Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-03-23
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 23 mars 1903 23 mars 1903
Description : 1903/03/23 (N12064). 1903/03/23 (N12064).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k75724150
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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Cït^Q le PA^IS & DÉPARTEMENTS~ Lô Niiméro, CINQ CENTJ;l'\1:EEI-
-, -i - i. Il
ANNONCES ;
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NOS LEADERS
LES
Les congrégations enseignantes ont
vécu. La discussion relative aux auto-
risations s'est terminée, comme l'avaient
firévu et comme le souhaitaient tous
les républicains, par le refus de passer
k l'exarrien des articles. La crânerie du
président du conseil et son admirable
discours, auquel il n'y a pas un mot à
ajouter, pas un mot à retrancher, ont
entraîné les hésitants et décidé de la
victoire. C'est le fait le plus considéra-
ble qui se soit produit, depuis plus de
cinquante ans, dans l'histoire politique,
religieuse et sociale de la France. Il
aura ses répercussions au loin.
Au gouvernement maintenant d'ap-
porter à l'application de la loi la mé-
thode et l'esprit de suite sans lesquels la
victoire risquerait d'être stérile. On sait
l'habileté avec laquelle les congréga-
tions ont toujours éludé la loi. Nous
espérons qu'elles rencontreront plus de
difficultés dans l'avenir, et qu'il ne suf-
fira pas à leurs membres de quitter leurs
robes et d'endosser un habit semi-laï-
que, pour donner ensuite, sans être in-
quiétés, dans les mêmes établissements,
le même enseignement animé du même
esprit. La démocratie ne tolérerait pas
une pareille mystification, et elle aurait
raison.
Lundi, c'est le tour des congrégations
prédicarites. Le nouveau débat n'aura
assurément pas l'ampleur du précédent.
Tout d'abord,le sujet est moins intéres-
sant pour les congrégations elles-mêmes
et pour tous ceux qui avaient à cœur
de les sauver. La question de l'enseigne-
ment fut de tout temps celle à laquelle
le parti clérical fut le plus attaché. Qui
tient l'enfant, tient l'avenir, on ne
saurait trop le redire. Voilà pourquoi
le parti républicain a bien fait de ne
pas s'arrêter aux chicanes de la procé-
dure et d'aller droit au but.
D'autre part, les considérations géné-
rales qu'on a pu invoquer contre toutes
les congrégations, bien qu'il s'agît seu-
lement des congrégations enseignantes,
ne seraient plus guère de mise dans la
discussion qui va s'ouvrir sur les con-
grégations prédicantes. On ne met pas
deux préfaces conçues dans les mêmes
termes en tête.d'un ouvrage. Les nou-
veaux orateurs s'exposeraient donc à
des redites, dans lesquelles ils ne vou-
dront pas tomber. Quant à ceux qui ont
déjà parlé, remonteront-ils à la tri-
bune ? C'est douteux.
Le sort des congrégations vouées à la
prédication sera donc plus rapidement
réglé que celui de leurs sœurs ensei-
gnantes. Personne ne se fait, je crois,
illusion sur le résultat. La majorité ré-
publicaine a montré, la semaine der-
nière, son esprit de sagesse et de disci-
pline. Rien ne l'entamera ni ne la dé-
sorganisera, tant que la lutte contre la
Congrégation n'aura pas été menée à
bonne fin.
Au surplus, on ne voit pas bien les
raisons qui pourraient la déterminer à
se montrer moins sévère et moins réso-
lue contre celles-ci que contre les précé-
dentes. A quels arguments auront re-
cours les défenseurs de l'œuvre congré-
ganiste, quand cette œuvre se présente
sous la forme de la prédication? Ici,
plus de liberté du père de famille. On
nes'adresseplus àdes enfants, maisà des
hommes, nous devrions dire plus exac-
tement à des femmes. Dira-t-on que
l'Eglise ne peut pas se passer de ces in-
fatigables propagandistes qui vont à
l'extérieur comme à l'intérieur porter
partout la parole de paix et de vérité ? Il
faudrait avoir quelque aplomb pour le
soutenir.
De paix ? L'affaire Dreyfus, le procès
des Assomptionnistes, l'homélie du
R. P. Ollivier à la suite de la catastro-
phe du Bazar de la Charité, indiquent
assez l'esprit qui anime les moines pré-
dicants.
De vérité?— Qu'en sait-on ! Deman-
dez au protestant, à l'israélite, au ma-
hométan, ce qu'ils pensent de leur re-
ligion. Vous verrez si chacun d'eux ne
croit pas être, et être seul, en posses-
sion de la vérité. Mais alors, les autres
sont dans l'erreur, car je me suis laissé
dire que la vérité est une. A tout prix,
il faut donc les amener à cette vérité
N'est-ce pas l'œuvre la plus méritoire
aux yeux de Dieu ?
« La foi qui n'agit point, est-ce une foi
sincère r »
Et l'on agit. Par la persuasion d'a-
bord. Puis, quand on est le plus fort,
par le fer et le feu. Dieu sait bien re-
connaître les siens.
Il n'y a que les jacobins et les sec-
taires auxquels le caractère charitable
de cette prédication essentiellement
évangélique et chrétienne puisse échap-
per. L'Eglise catholique a craint sans
doute que son clergé paroissial ne suf-
fit pas à cette tâche. Elle a donc provo-
qué la formation de ces innombrables
congrégations qui, sous le nom de mis-
sions, vont prêter leur concours aux
curés et aux vicaires.
Sans doute, le Concordat a réservé
au clergé séculier le monopole de la pré-
dication. Mais grâce à la faiblesse de
nos gouvernants depuis un siècle, le
Concordat n'a jamais lié que l'Etat.
L'Eglise ne s'en souvient que pour tirer
profit des articles conçus à son avan-
tage. L'esprit envahisseur de la congré-
gation n'a pas tardé à dominer d'abord,
à asservir ensuite le clergé séculier,
bientôt dépossédé de la chaire et du con-
fessionnal. Jésuites, dominicains, oblats,
capucins se sont ainsi substitués aux
prêtres des paroisses.
La mode s'en est mêlée. On ne va
plus entendre un curé ou un vicaire
prêcher la parole divine. Sauf dans les
villages, le prêtre ordinaire ne monte
pour ainsi dire plus en chaire. Qu'y fe-
rait-il ? Parler du dogme, c'était bon au
XVIIe siècle ; de la morale, c'est vieux
jeu. Il n'y a que les bons Pères qui con-
naissent à fond la politique et qui soient
capables de traiter la Gueuse avec les
égards qui lui sont dus : ils ne s'en font
pas faute. Et quelle est la dame du fau-
bourg Saint-Germain qui ne se croirait
pas déshonorée si elle allait raconter ses
péchés au curé de sa paroisse? Il ignore
le cœur humain ! Ah ! ma chère; le
Père X. ! comme il connait les faibles-
ses féminines, et comme il sait y com-
patir !
Bientôt la chapelle s'élève, et elle fait
à l'église paroissiale une telle concur-
rence que le prêtre séculier s'en in-
quiète. Est-ce le recul de la foi ou le
développement des idées démocrati-
ques qui le préoccupe? Non. Le casuel
diminue. Dons, legs, offrandes, riches
successions, tout va aux congréga-
tions.
Et les républicains donneraient l'au-
torisation légale à ces congrégations !
Il est vrai que quelques-unes d'entre
elles ont créé des missions à l'étranger
depuis la loi de juillet 1901. J'en
connais même une qui a soutenu jadis
un siège fameux. La majorité républi-
caine lui en saura-t-elle gi-é ?
Henri Michel.
L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
Nous courons tout droit à la
séparation des Eglises et de
l'Etat. Le président du conseil
l'a reconnu hier au Sénat. De
son côté, M. Ribot — et ce
sont des paroles très graves
dans sa bouche, — en a parlé
au cours de la discussion générale sur les
congrégations enseignantes, comme d'une
chose inévitable. De telle sorte que tous
les républicains, y compris les modérés,
considèrent la suppression des congréga-
tions comme le prélude de la dénoncia-
tion du Concordat.
Le Concordat est muet sur la question
des congrégations. Celles-ci n'ont donc pas
le droit d'invoquer le bénéfice du pacte con-
clu entre Bonaparte et le pape. Mais comme
le clergé séculier a pris partout la défense
des congrégations, il en résulte qu'en ce
qui le concerne, il a violé le Concordai
dont il retire tant d'avantages.
Pour le moment, puisque le Concordat
existe toujours, nous ne voyons aucun in-
convénient à ce que le clergé profite de
tout ce qu'il lui accorde. Mais encore faut-
il qu'il y ait réciprocité de part et d'autre.
L'Etat français, lui, respecte le Concordat
non-seulement dans sa lettre, mais même
dans un esprit plus large que celui qui l'a
inspiré. Il ne se borne pas, en effet, à payer
les indemnités fixées, à prêter ses églises,
à assurer des palais aux évêques et un
presbytère à chaque curé ou desservent. Il
fait mieux que cela, car il tolère que le
clergé s'insurge contre les lois et insulte
le gouvernement qui le paie.
Le clergé séculier est, dés aujourd'hui, à
un tournant redoutable de son histoire. Son
intérêt lui commanderait d'assister d'un œil
indifférent à l'exécution de la Congrégation.
Or, voici que, mal conseillé, il se jette au
contraire dans la lutte et prend parti pour
les moines, pour les frères, pour les reli-
gieuses, contre la République et contre son
gouvernement.
Il sème le vent, il récoltera la tempête.
Ses insolences ont indigné une importante
partie de l'opinion. Qu'il continue dans cette
voie, et il formera une majorité contre lui-
même.
Plus que jamais, comme on le voit, le
problême de la séparation des Eglises et de
l'Etat est posé. Les républicains ont le de-
voir de le résoudre à bref délai. Il est im-
possible que nous persistions à être naifs
au point de loger et de nourrir soixante
mille hommes qui n'écoutent que les ordres
d'un étranger et injurient la République. —
Ch. B.
- -
ECONOMIE A RÉALISER
Puisque le Sénat vient d'aborder la discus-
sion du budget, c'est le moment de lui signaler
une économie bien facile à réaliser.
Il s'agit des subventions pour les œuvres,
scolaires ou autres, des congrégations qui en-
tretiennent des missions à l'étranger ; c'est évi-
demment par erreur que ces sommes figurent,
cette année, au budget. Puisque la Chambre a
refusé d'autoriser les congrégations, ces con-
grégations n'existent plus, il va donc de soi
qu'on ne peut songer 4 fournir à ces associa-
tions défuntes le moyen de soutenir les mis-
sions dont elles s'occupaient alors qu'elles
étaient vivantes.
Le Sénat va donc, nous en exprimons le fer-
me espoir, biffer les crédits attribués à ces œu-
vres orientales ou extrême-orientales.
Si, d'ailleurs, le Sénat laissait passer, sans
les annuler, ces paragraphes du budget, la
Chambre, nous en sommes certains, se char-
gerait de l'opération. Les congrégations sont
mortes et l'usage n'est pas de faire des rentes
aux trépassés.
LES FORTIFICATIONS DE METZ
(De noire correspondant particulierl
Strasbourg; 21 mars.
Les communes de Devant-les-Pont et de Ban-
Saint-Martin ont adressé à l'empereur Guil-
laumo une pétition demandant, dans l'intérêt
du développement de ces deux communes, la
démolition de la muraille d'enceinte de Metz,
du côté de l'ouest. Le cabinet de l'empereur a
répondu par un refus, en alléguant que des
raisons stratégiques exigent le .« maintien de
cette partie de l'enceinte dj la ville. -.
LES ÉLECTIONS
D'AUJOURD'HUI
Election législative, dans lo 4° arrondisse-
montde Paris ; élection législative àCommorcy
(Meuse) ; élections municipales dans les 12e,
17e, 18e arrondissements do Paris : tel est le bi-
lan do la journée. Nous sommes conûants dans
nos amis,ils feront leur devoir et nous aurons,
ce soir, à enregistrer une série de victoires ré-
publicaines,
C'est surtout sur l'élection du 4e arrondisse-
ment que se porte l'attention du public. Il s'a-
git de savoir si cette circonscription qui nomma
M. Daniel Cloulier, nationaliste, à une petite
majorité, sera regagnée à la démocratie. Nous
le croyons. Nous avons parlé à plusieurs re-
prises des conditions dans lesquelles la lutte
s'engage.
Le parti républicain doit mettre au-dessus
de toute considération la nécessité d'assurer
la défaite de M. Maurice Barrés.
M. Barrès fut un boulangiste de la première
heure ; il est resté fidèle au culte du cheval
noir ; il se fait gloire d'avoir été un des initia-
teurs du mouvement nationaliste ; il a couvert
do boue les meilleurs républicains; son patrio-
tisme a consisté à essayer de répandre en Lor-
raine des idées de séparatisme ; enfin, il n'a
jamais caché sa haine de Paris où il ne voit
que des « déracinés ».
Sans adhérer pour cela aux idées collecti-
vistes, nous conseillons énergiquement à nos
amis de donner leurs suflrages à M. Gabriel
Deville, dont les déclarations sont les plus con-
formes au programme d'action républicaine
et sociale du parti radical-socialiste.
***
Nous n'avons pas grand chose à dire sur
l'élection de Commersy, où il. semble assuré
que M. Poincaré, récemment nommé sénateur,
soit remplacé par un républicain de sa
nuance.
Revenons à Paris, à propos de ses trois élec-
tions municipales.
Dans le 12e arrondissement, le candidat ré-
publicain socialiste, le docteur Salmon, est en
présence d'un nationaliste et de trois candidats
collectivistes, ces derniers sont : MM. Lencou,
Kosciusko et Fribourg.
M. Lencou est un confrère dont nous esti-
mons le caractère et le talent ; M. Kosciusko
vaut par une connaissance approfondie des
questions sociales ; M. Fribourg nouseslconnu
pour un garçon intelligent. Ils trouveront ce-
pendant naturel que nous recommandions le
candidat qui, seul, adopte notre programme
intégral : le citoyen Salmon, dont les affirma-
tions nettement républicaines et socialistes ont
été acclamées dans maintes réunions publiques,
qui arrivera certainement en tête de liste ce
soir et sur le nom duquel — s'il y a ballottage
- dpvra se faire, au second tour, l'union de
toutes les forces démocratiques. -
M. Sohier est le seul candidat d'union répu-
blicaine dans le 17* arrondi ssement.Tou tes les
voix des adversaires de la réaction lui sont as-
surées. Il a fait une courageuse et franche
campagne; il s'est dépensé d'une manière ad-
mirable. Que tous les démocrates courent
avec lui sus à la réaction. Il doit, ce soir, être
proclamé élu.
M, Henri Turot doit venir à bout, aux-
Grandes-Carrières, de son adversaire nationa-
liste. Le 18e arrondissement ne laissera pas le
cléricalisme prendre pied chez lui.
.**
Recommander à nos amis de ne pas s'abste-
nir, c'est inutile, n'est-ce pas ? Ceux qui
nous lisent sont tous des militants qui n'ont
pas besoin de conseils pour voter et faire voter
en faveur des candidats républicains et contre
les hommes de la congrégation.
Ce qui est peut-être moins superflu c'est de
prendre dès maintenant une attitude en vue
du second tour, dans les circonscriptions où se
produirait un ballottage.
Nous n'admettons '— d'avance* — aucune
autre candidature, au ballottage, que celle du
républicain — quelle que soit sa nuance —
qu'aura désigné le suffrage universel, qui sera
arrivé en tête de liste. Aucune équivoque, au-
cun sophisme ne doivent obscurcir 1e principe
de la discipline républicaine; il faut imiter les
citoyens de Dinan, il faut se garder de tom-
ber dans l'erreur des électeurs de Moissac. —
H. D.
OANS LE r ARRONDISSEMENT
M. lo maire du 4e arrondissement nous adresse
la lettre suivante :
Paris, 21 mars 1903.
Monsieur le directeur,
M. le conseiller Galli a dit hier à la tribune
du Conseil que :
« Trois comités électoraux ont convoqué,
« mercredi dernier, les citoyens à une réunion
« publique, salle des fâles de la Mairie du 4'
a arrondissement. »
Et l'honorable conseiller a ajouté « qu'il ne
« doutait pas que l'affiche en question (affiche
« sur papier blanc) n'ait été placardée et im-
« primée aux frais des contribuables ».
M. Galli est inexactement renseigné.
1" La réunion à laquelle il a fait allusion a
été provoquée, non par des comités électoraux
du 4e arrondissement, mais par le comité cen-
tral de la jeunesse républicaine radicale et ra-
dicale-socialiste dont le siège social est 25, rue
de Richelieu et qui, à tour de rôle, organise
des conférences dans tous les arrondissements
de Paris.
2" Il ne s'agissait nullement de réunion poli-
tique, mais d'une conférence sous le litre géné-
ral et un peu vague « le Progrès par la Répu-
blique ».
Aucun des orateurs n'a fait allusion à l'élec-
tion législative qui va avoir lieu demain, et
n'a parlé des candidats.
3" Tous les frais, môme ceux d'éclairage dp
la salle ont été payés par le comité central do
la jeunesse républicaine radicale et radicale-
socialiste.
4" Quant à la couleur du papier de l'affiche,
je ne vois pas quel intérêt elle peut présenter
dans les circonstances que je signale.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le direc-
teur, l'assurance de mes sentiments les plus
distingués.
GEORGES Fabre.
♦
DANS LE SOMALILAND
L'expédition anglo abyssine
Berbera, 18 mars.
viâ Aden, 21 mars.
La colonne abyssine, forte de 5,000 hommes
armés de fusils Remington, n'a rencontré jus-
qu'à présent aucune résistance. Elle devait ar-
river, le 15 oa le 20, à Bari, sur l'Ouebbi Che-
beyli où sa tAche, qui consiste à couper une
des lignes de retraite du Mullah, sera achevée.
Toutefois, le Mullah conserve plusieurs li-
gnes de retraite et le succès du mouvement
enveloppant des colonnes est douteux, leur
base s'étendant sur 300 ou 400 milles.
L'appareil de télégraphie sans fil fonctionne
avec succès entre Damot et Bohotle.
, Garbawein. 6 mars.
,. viâ, Aden, 20 mars. -
*4 CoIqqoq déUftkéo du corps principal a
beaucoup souffert de la chaleur intense après
son départ d'Obbia. Les hommes tombaient en
grand nombre et bientôt tous les fourgons fu-
rent remplis d'invalides. On décida alors d'ac-
corder aux troupes un repos de deux jours et
do marcher do nuit sur El Debbeh.
Lodabal, 7 mars.
La colonne a de nouveau souffert dans sa
marche d'El Debbeh a Lodabal. La route était
jonchée de soldats épuisés par la chaleur. Les
troupes qui ont le plus souffert sont celles de
l'Inde.
ON DEMANDE UN DICTATEUR
A quel journaliste cela n'est-il pas arrivé de
manquer de sujet d'article? Quel faiseur de
« papiers » ne s'est surpris parfois le nez en
l'air, mordillant son porteplume, cherchant
d'un regard vague, dans l'espace, le semblant
quelconque d'idée autour de laquelle il pour-
rait entortiller les cent ou cent cinquante lignes
que son devoir professionnel lui commande im-
périeusement de faire jaillir de son cerveau ?
En pareille occurrence, un chroniqueur ordi-
nairo se met, en désespoir de cause, à parlor de
la pluie et du beau temps. M. de Cassagnac,
lui, en semblable mésaventure, réclame un dic-
tateur.
Il n'a — je suppose - qu'à presser la bou-
lon correspondant, le déclanchement se pro-
duit, la manivelle se met à tourner toute
seule; en peu d'instants, l'article sur la dicta-
ture est fait.
« Oui, l'homme qui nous débarrassera de ce
régime infâme sera béni, acclamé ». Telle est
la phrase que les abonnés de VAutoritè ont pu
lire, hier, en tête de leur journal. Je crois vo-
lontiers qu'elle leur aura procuré une douce
émotion, mais je doute qu'elle -les ait surpris.
Ils la connaissent si bien, pour l'avoir lue
tant de fois 1 Quant à nous, nous le saluons
avec cette déférence due aux personnes âgées
que l'on a coutume de rencontrer fréquem-
ment.
Voilà bien un quart de siècle, si je ne m'a-
buse, que M. de Cassagnac a inventé le v n'im-
portequisme », et depuis lors il n'a cessé de
nous jouer sa ritournelle. Et cependant M.
de Cassagnac est un homme de talent, un
journaliste de race, dont le style, d'une bru-
talité voulue,n'est point parfois sans éloquence.
Comme cela doit l'ennuyer de toujours mou-
dre le même air ! Mais de quoi parler, quand
on s'est mis volontairement en dehors du grand
courant des idées nationales, quand on s'est,
en se roidissant en une attitude de résistance
aveugle et sourde, condamné à l'inutilité?
M. de Cassagnac réclame un dictateur ; il la
réclame au nom de « tous ceux qui regrettent
le passé, rêvent un avenir radieux et son dé-
goûtés du présent ». La phrase est bien ordon-
née , s'équilibre agréablement sur ses trois
pieds, mais, en vérité, quels sont ceux dont
M. de Cassagnac entend parler ? Où sont-ils
ceux qui regrettent le passé de sang et de
honte dont le mot de dictature évoque le sinis-
tre souvenir ?
C'est dans la boue rouge de Sedan qu'est
tombé le dernier dictateur de France, et les
Français ne veulent plus de maître. Ils savent
ce que les maîtres à qui ils s'étaient donnés
leur ont pris. M. de Cassagnac a-t il oublié que
l'Alsace.et la Lorraine na sont pas encore rade-,
venues françaises? En 1871, l'Assomblée de
Bordeaux, tout entière soulevée, a déclaré Na-
poléon III responsable de la ruine et du dé-
membrement de la patrie. Et l'on demande un
dictateur!.
Heureusement que ce n'est que pour tuer le
temps, et parce qu'on n'a pas, sous la main,
d'autre sujet d'article. — L. y,-Il.
L'abondance des matières nous oblige à re-
mettre à demain notre chronique hebdoma-
daflll.: A LA CAMPAGNE, de notre
collaborateur A. MONTOUX.
UN PREolCATEUR GALONNÉ
Le ministre de la guerre vient de mettre aux
arrêts de forteresse le capitaine Poirrier qui,
chargé de faire à ses soldats une conférence
morale sur le devoir et la patrie, en a profité
pour injurier gravement le gouvernement et
émettre des théories politiques qui n'avaient
rien de commun avec la sujet qu'oc l'avait
prié de développer.
Bien entendu, la prosse réactionnaire et clé-
ricale ne tarit point d'éloges sur l'acte d'insu-
bordination do ce capitaine, qui se prépare
sans doute à quitter l'armée avec éclat, pour
se présenter aux suffrages das électeurs d'une
circonscription nationaliste.
Les théories politiques et philosophiques du
capitaine Poirrier ont, en effet, ûo quoi plaire
à M. de Cassagnac et au père Dulac. M. le ca-
pitaine Poirrier n'est point ministériel, c'est
son droit, mais cela ne regarde pas ses soldats.
Au seuil de la caserne les discussions politi-
ques doivent se tairo, la jeunesse de France se
consacre sous tes drapeaux à la défense du
pays, c'est commettre ulle œuvre malsaine que
de semer parmi elle des germes de divisiou et
des ferments de haino.
M.le capitaine Poirrier est un fervent catho-
lique. c'est son droit aussi, mais ce n'est pas
une raison pour transformer les salles de théo-
ries en chapelles el les conférences morales en
sermons.
Or voici ce que cet officier a déclaré aux
soldats : « L'amour de la patrie et le devoir
militaire ne peuvent se concilier qu'avec la foi
religieuse et l'amour do Dieu. Dieu est la base
de tout, le principe suprême, la source pure
des sentiments les plus nobles et les plus élevés
et si l'on tarit cette source, les grandes
impulsions de l'âme se dessèchent et meu-
rent. »
Qu'est-ce à dire, si co n'est qu'un libre-pen-
seur est incapable d'aimer sa patrie et d'être
un bon soldat, et qu'un chrétien seul peut
bien servir le pays ?
Il est impossible que do pareilles théories
puissent être impunément exposées aux sol-
dats. Cl' serait prolonger le séminaire jusque
dans la caserne. Nous ne nouions pas de l as-
socialion du goupillon et du sabre, et à plus
forte raison nous ne souffrirons pas que le sa-
bro lui même se transforme en goupillon.
- L. Armbvusler.
—: ;
L'EMBARRAS DE M. DE KOERBER
(De notre correspondant particulier)
Vienne, 21 mars.
Bien emharrassé, M. de Kwrber, auquel on
fait en ce moment des reproches justifiés à l'oc-
casion du compromis en discussion à la Cham-
bre. Aujourd'hui on lui a jelé à la figure que
l'empereur a été forcé de faire des concessions
à la Hongrie, tandis qu'en Autriche on est « à
pied baisé » devant les ordres d'en haut. M. de
Kœrber se défend de son mieux, mais ne peut
nier qu'il obéit aveuglément pour sauvegarder
son portefeuille. La loi sur l'augmentation du
contingent de l'armée a passé en Autrichecomme
une lettre à la poste —et en Hongrie, la Cham-
bre l'a fait avorter. Janus-François-Joseph or-
donne ici et obéit là-bas ; de là le malaise qui
amènera qUê:l\e jour la scission. 1
Le ridicule m a-n ,',#Cstç du roi. de Saxe a indi-
gné les donnâtes gens qÏÏT j^ent qu'U n'y a
Tien de chevaleresque à injurier uue-temiuô iCIH"
~1- 1 -.
oee QUI mémo pimot la pitié que l'injure. ]
AU SENAT
LÊ « NOBIS NOMINAVIT »
M. Combes a donné hier des explications au
Sénat sur le Nobis nominavit, sur la situation
créée par l'inlûlérance de la cour papale qui
entend employer dans les bulles des formules
contraires au Concordat.
Le président du conseil a profilé de la discus
sion du budget des cultes pour exposer sa ma-
nière de voir. Reconnaissons qu'il a été très
net, laissant entrevoir comme résultat final de
la résistance du Vatican la séparation des Egli-
ses et de l'Etat.
Voilà le langage qu'il faut tenir, et c'est celui
que nous avons toujours ici conseillé au gou-
vernement.
Après l'expédition de quelques projets d'af-
faires, M. Delpech a pris le premier la parole,
proposant au Sénat la suppression du budget
des cultes, entrainant la dénonciation du Con-
cordat. M. Delpech défend sa proposition avec
vigueur ;
M. Delpech. — Le Concordat est devenu ca-
duc en très grande partie. J'en demande la sup-
pression absolue et définitive. (Approbations sur
divers bancs.)
Entre la démocratie moderne et l'Eglise, il n'y
a aucune entente possible, et il no peut exister
entre elles qu'une union mal assortie.
Les intérêts de l'Eglise ne sont pas les nôtres,
l'idéal de l'église n'est pas le nôtre.
La démocratie moderne est avide de progrès, de
lumière, de libre recherche. L'église catholique
romaine est tout entière tournée vers le passé, vers
le passé sanglant que l'on connaît et qu'elle a rem-
pli des abus abominables de la force spirituelle
qu'elle demande au nom de Dieu.
L'église catholique romaine est l'ennemi irré-
conciliable de toutes les libertés qui sont chères.
de la liberté des cultes, de la liberté de cons-
cience.
Elle est l'ennemie irréconciliable de tout pro-
grès.
C'est pour cela que lé viens demander à la tri-
bune à tous les républicains d'être conséquent avec
eux-mêmes et de voter la suppression du budget
des cultes. (Applaudissements à l'extréme-gau-
che. )
Discours de M. Combes
M. Combes monte alors à la tribune.
M. Combes. — Que ceux de mes amis poli-
tiques qui sont pressés de voter la suppression du
budget des cultes calment leur impatience : au
train dont vont les choses, peut-être n'attendront-
ils pas bien longtemps la réalisation de leurs espé-"
rances. (Applaudissements à gauche.)
Car, il est visible que le clergé catholique multi-
plie, comme à plaisir, les actes par lesquels se ma-
nifeste le peu de cas qu'il fait des lois concordataires.
(Très bien ! très bien ! sur les mêmes bancs).
Nous savons bien que les clerges de toutes les
religions sont de nature envahissante qui, sous le
prétexte que le spirituel doit dominer le temporel,
s'évertuent à vouloir diriger les actes du pouvoir
civil.
Partout où le clergé est régulièrement organisé,
en France, comme en Angleterre ou en Espagne,
les choses se passent ainsi ; mais nulle part plus
qu'en France, avec une telle fréquence, une telle
acrimonie, une telle arrogance. (Très bien! très
bien! à gauche. — Mouvements à droite.)
Il y a là matière à de graves réflexions pour un
gouvernement désireux de faire respecter les lois
qui régissent sa politique religieuse.
Ce qui aggrave cet état de rébellion du clergé,
c'est que selon la lettre autant que selon l'esprit
dss dispositions concordataires, l'Eglise catholique,
représentée par son clergé séculier, doit «o conatt-
crer exclusivement à l'exercice du culte.
Ces fonctionnaires sont tenus de limiter à ce do-
maine leur action individuelle ou collective. Toute
incursion dans le domaine civil et politique leur
est formellement interdite.
Or le contrat bilatéral du Concordat est violé,
ser nombre de points, toujours par l'Eglise, jamais
par l'Etat. (Très bien! à gauche. — Protestations à
droite.)
J'astends que l'on me donne la preuve con-
traire!
Pour ne citer quo des faits récents et connus de
tous, le contrat est violé lorsque le chef du pouvoir
spirituel s'arroge le droit, sans autre raison que
son bon plaisir, de dicter les choix au pouvoir ci-
vil, en matière de nominations épiscopales ; lorsque
des cardinaux invitent directement, par des lettres
rendues publiques, le chef de l'Etat à désavouer
la politique de sou gouvernement ; lorsque les ar-
chevêques et les évêques signent en commun un
manifeste, sous le couvert de la dénomination de
pétition, bien qu'ils ne l'adressassent pas au Par-
lement ; lorsque ces prélats, abusant de l'autorité
morale qui s'attache à leur caractère, blâment,
dans des mandements, les actes du Gouvernement
et jettent le trouble dans la conscience de leurs
fidèles.
Il a été violé quand les prélats eux-mêmes ont
dépossédé le clergé séculier des paroisses les plus
riches et des chaires les plus importantes de leurs
diocèse au profit des moines faisant partie de con-
grégations que la loi n'a jamais reconnues. (Très
bien ! à gauche.)
Il a été violé quand les évêques et les prêtres
ont dénoncé les lois du pays comme des œuvres
détestables, pour ne pas dire plus, et qu'il était
louable de mépriser.
Il a été violé enfin quand les évêques, les curés
et les desservants sont venus se mêler aux luttes
électorales et se sont fait les auxiliaires des can-
didats.
Mais nous sommes pour le maintien intégral des
stipulations de l'acte concordataire. Et, d'accord
en cela avec tout le parti républicain qui ne veut
plus etro mystifié (Vifs applaudissements à gau-
cho), nous nous résignerions à dénoncer cette con-
vention plutôt que de prêter au maintien d'un
état de choses qui n'est ni la guerre ni la paix,
mais plutôt la guerre aue la Daix. (Très bien! à
gauche. ) - - --
Messieurs, depuis dix ans on tâche do vous allé-
cher en vous faisant espérer qu'au prix du désa-
veu de quelques lois républicaines (exclamations
ironiques à gauche) , le clergé se rallierait à la
République.
Ri'poussoz, comme un présent funeste, ce rallie-
ment. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
M. le comte de Tréveneuc. — Ceux qui
parlent de ralliement n'ont que ce qu'ils méritent.
M. le président du conseil. — Rallié
dans ces conditions, le clergé serait le maître de la
République. (Applaudissements à gauche.) Nous
savons,on effet, qu'on ne fait pas à la théocratie
sa part et qu'appeler 1e clerger à son aide, c'est se
condamner à en subir la direction. (Nouveaux ap-
plaudissements sur les mêmes bancs.)
Le clergé u'est pas fait pour la politique :
qu'il se cantonne donc dans la patisfactiOIl des
besoins et des aspirations qu'il a mission de satis-
faire ! Le gouvernement ne désire pas plus son
aida qu'il n'est d'humeur à tolérer son hostilité.
(Très bien! et applaudissements à gauche.)
Il est temps que ces incursions vagabondes ces-
sent de se produire. Le maintien du Concordat est
à ce prix, bien aveugle qui ne le voit pas. (Double
salve d'applaudissements à gaucho et sur divers
bancs au centre.)
Les républicains félicitent le président du
conseil.
M. de Lamarzelle prononce un discours réac-
tionnaire — naturellement — qui n'ajoute pas
grand chose au débat.
M. Delpech revient ensuite insister en fa-
veur de la suppression du budget des cultes.
Sur la proposition do MM. Berthelot, Lour-
des, Poirrier, l'affichage du discours du prési-
dent du conseil est prononcé par 166 voix con-
tre 71.
MM. Lourlies, Clemenceau et Leydel présen-
lent le projet de résolution suivant :
Le Sénat, approuvant les déclarations du gouver-
nement et comptant sur sa fermeté pour assurer
la défense dos droiti do l'Etat, passe à l'ordre dà
jour.
Adoplé par 188 voix contre 49.
Par 210 voix contre 68, la proposition Del-
pech n'est pas adoptée.
Séance dcmain.- II. D.
- 00
LE MAIRE RÉVOQUÉ DE ROSIÈRES
Carmaux, 21 mars.
âk Buacarret. DÎSîrS révoqué de Rosières, a
envoyé au 'procureur de la République une
lettre lui annonçant qu'il recevra sous pli re-
commandé les documents dont la commission
spéciale avait conslalé la disparition.
Il signale en outre l'effervescence d09 élec-
teurs et prie le procureur de prendre des me-
sures pour éviter des conflits cette nuit.
UN PETIT COUP D'ÉTAT EN SERBIE
(De notre correspondant jiarticulierl
Bolgrade, 21 mars.
Dans les cercles de la cour, on affirme que
le roi Alexandre-révoquera par simple décret
tous les membres radicaux du Couseil d'Etat.
Leur nombre est de 25, parmi eux se trouvent
les anciens ministres ScbimiLscb, Vouilch et
Nicolitsch. Après cette épuration, il procédera
à la dissolution de la Skouptchina.
———————————— ♦
CONGRÉGANISTES ET SOCIALISTES
(De notre correspondant particulier
Budapest, 21 mars.
Sur l'invitation du président du conseil, M.
de Szell, les carmes ont commencé, dans
leurs sermons de carême, une campagne
acharnée contre les associations socialistes,
qu'ils traitent de hordes de malfaiteurs. Un
religieux, le P. Anlal, a si gravement insulté
les ouvriers, que ceux-ci ont menacé do démo-
lir l'église.
Une escouade d'agents a dû protéger le pré-
dicateur. Le P. An lai a été déplacé et envoyé à
Raab. Néanmoins, les églises sont toujours
gardées militairement.
ib
Les grandes manœuvres en Angleterre
(De notre correspondant parliculierl J
Londres, 21 mars.
Aux grandes manœuvres d'automne, on con-
centrera cette année 80.000 hommes. Le? opé-
rations auront lieu entre,Oxford, Berks, Hants
et Wilts. Les deux armées en présence seront
commandées par les généraux French et Evelyo
Wood.
lh BAIE DE BOMBA
(De notre correspondant particulier)
Rome, 21 mars.
L'amiral Palumbo, qui, avec une escadre,
avait visité la côte tripolitaine, a présenté son
rapport au gouvernement. Il en ressort qu'a..
la Baie de Bomba l'eau est d'un niveau si bas
que toute navigation est impossible. L'amiral
y a envoyé le contre-torpilleur, le Nibbio, dont
le commandant n'a fait aucun rapport par
écrit do ait mission, ayant jugé que la baie
n'avait aucune importance.
Voir à la 3a page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
AFFAIRES D'ALGERIE
Nous avons vu quels sont les sentiments des
Européens à l'égard dos indigènes. Les ptus
modérés estiment qu'on a raison de prendre
vis-à-vis d'eux des mosures spéciales, par con-
séquent arbitraires et de les traiter comme fai-
saient les Turcs.
Mais au moins l'adminislralion française, le
gouvernement essaie-t-il de réagir contre cet
ostracisme dont on voudrait frapper une popu-
lation entière, s'occupe-t-il do diminuer la dis-
tance morale et intellectuelle entre l'Arabe et
I Européen, cherche t'it à amener à nous ce
peuple étranger à nos lois, à notre langue, à
nos coutumes, perige-t-il, après avoir renversé
les barrières dressées jadis entre le vainqueur
et le vaincu, à faire oublier les différences de
race et de religion par des règlements bien-
veillants, par un traitement équitable, par des
lois sages et justes ?
Un rapide coup d'oeil sur l'organisation ad-
ministrative dee indigènes nous répoudra et
on verra si le régime imposé aux Arabos, et
quQ nous ne modifions de temps en temps que
pour l'aggraver, répond bien au but que la
France se propose en Afrique.
Les territoires de l'Algérie, habités par les
indigènes et dans lesquels la population euro-
péenne est clairsemée, sont divisés on commu-
nes dites mixtes ayant à leur tête dos espèces
de maires appelés - adminislraleurs.
Ces fonctionnaires n'avaiont à l'origine que
des pouvoirs civils. Depuis une vingtaine d'an-
nées, on les a investis en même temps de pou-
voirs judiciaires. L'administrateur, aujour-
d'hui, administre, juge et condamne ses admi-
nistrés. Il peut prononcer lui-môme et sans
appel et sans aucune formalité de procédure
des peines allant jusqu'à quinze francs d'a-
mende et cinq jours de prison.
Armé de cette puissance, le fonctionnaire fait
trembler toute une tribu, tenue à sa merci et à
sa discrétion.
Nous ue parlerons pas do l'impôt; il est la
même, il porte les mêmes noms, il est établi
sur les mêmes bases que du temps des Turcs.
Laissons pour aujourd'hui de côté le régime fi-
nancier.
Les indigènes, pour tous les crimes et délits
qu'ils pourraient commetlre,sont soumis à nos
lois et justiciables de nos tribunaux. Le code
de l'indigénat, pour lequel, ainsi que nous l'a-
vons dit, l'administrateur juge et prononce les
peines édictées par les articles 46i,465 et 466 du
Code pénal, leur est spécial.
Ces dispositions sévères ont pu ot peuvent
paraître encore nécessaires dans certaines ré-
gionset dans des circonslarices particulières.
Veut-on savoir avec quello intelligence on las
applique?
ap De par ce code da l'indigénat, un indigène
ne peut partir do sa tribu saus un permis de
voyago qu'il est obligé do faire viser partout
où il s'arrête.
D'Alger à Bouffarik, il y a 25 kilomètres. Un
jour un indigène, assesseur à la cour d'appel
d'Alger. chevalier de la Légion d'honneur, se
rend de Bouffarik à Alger, probablement pour
une audience de la cour où il devait siéger
comme conseiller; il avait oublié de se munir
d'un permis do voyage. On l'a arrêté et con-
duit au poste.
Vous croyez à une erreur ? Un commerçant
de Constantine, venu régulièrement à Alger
pour ses affaires, so trouve tout à coup avoir
basoin d'aller ou Franco. Il se r?nd à la Pré-
fcclure et demande l'autorisation. On lui dit de
repasser. Après huit jours d'allenle on lui ré-
pond d'aller à Conslauline (460 kilomètres),
domander son autorisation.
Une autre fois, trois Arabes de Pliilippeviîle
reçoivent une assignation pour venir déposet
à Alger. Ils s'embarquent, viennent à Alger,
déposent, puis sont orrêlés et mis en prison. Us
n'avaient pas do permis.
On pourrait mu!liplier ces oxemples. N'au-.
blions pas aussi qu'après une condamnation
pour infraction au code do l'indigénat, si la
condamné fait appel et que son appel ne soit
pas jugé fondé, il peut être coudauiné pour CO.
fait A une nouvelle amende.
On a trouvé néanmoins que ce ddr régimr
d'exception ne suffisait point ; l'a amie détail
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Adresser lettres et iltltluÚlls à. l'administrateur
NOS LEADERS
LES
Les congrégations enseignantes ont
vécu. La discussion relative aux auto-
risations s'est terminée, comme l'avaient
firévu et comme le souhaitaient tous
les républicains, par le refus de passer
k l'exarrien des articles. La crânerie du
président du conseil et son admirable
discours, auquel il n'y a pas un mot à
ajouter, pas un mot à retrancher, ont
entraîné les hésitants et décidé de la
victoire. C'est le fait le plus considéra-
ble qui se soit produit, depuis plus de
cinquante ans, dans l'histoire politique,
religieuse et sociale de la France. Il
aura ses répercussions au loin.
Au gouvernement maintenant d'ap-
porter à l'application de la loi la mé-
thode et l'esprit de suite sans lesquels la
victoire risquerait d'être stérile. On sait
l'habileté avec laquelle les congréga-
tions ont toujours éludé la loi. Nous
espérons qu'elles rencontreront plus de
difficultés dans l'avenir, et qu'il ne suf-
fira pas à leurs membres de quitter leurs
robes et d'endosser un habit semi-laï-
que, pour donner ensuite, sans être in-
quiétés, dans les mêmes établissements,
le même enseignement animé du même
esprit. La démocratie ne tolérerait pas
une pareille mystification, et elle aurait
raison.
Lundi, c'est le tour des congrégations
prédicarites. Le nouveau débat n'aura
assurément pas l'ampleur du précédent.
Tout d'abord,le sujet est moins intéres-
sant pour les congrégations elles-mêmes
et pour tous ceux qui avaient à cœur
de les sauver. La question de l'enseigne-
ment fut de tout temps celle à laquelle
le parti clérical fut le plus attaché. Qui
tient l'enfant, tient l'avenir, on ne
saurait trop le redire. Voilà pourquoi
le parti républicain a bien fait de ne
pas s'arrêter aux chicanes de la procé-
dure et d'aller droit au but.
D'autre part, les considérations géné-
rales qu'on a pu invoquer contre toutes
les congrégations, bien qu'il s'agît seu-
lement des congrégations enseignantes,
ne seraient plus guère de mise dans la
discussion qui va s'ouvrir sur les con-
grégations prédicantes. On ne met pas
deux préfaces conçues dans les mêmes
termes en tête.d'un ouvrage. Les nou-
veaux orateurs s'exposeraient donc à
des redites, dans lesquelles ils ne vou-
dront pas tomber. Quant à ceux qui ont
déjà parlé, remonteront-ils à la tri-
bune ? C'est douteux.
Le sort des congrégations vouées à la
prédication sera donc plus rapidement
réglé que celui de leurs sœurs ensei-
gnantes. Personne ne se fait, je crois,
illusion sur le résultat. La majorité ré-
publicaine a montré, la semaine der-
nière, son esprit de sagesse et de disci-
pline. Rien ne l'entamera ni ne la dé-
sorganisera, tant que la lutte contre la
Congrégation n'aura pas été menée à
bonne fin.
Au surplus, on ne voit pas bien les
raisons qui pourraient la déterminer à
se montrer moins sévère et moins réso-
lue contre celles-ci que contre les précé-
dentes. A quels arguments auront re-
cours les défenseurs de l'œuvre congré-
ganiste, quand cette œuvre se présente
sous la forme de la prédication? Ici,
plus de liberté du père de famille. On
nes'adresseplus àdes enfants, maisà des
hommes, nous devrions dire plus exac-
tement à des femmes. Dira-t-on que
l'Eglise ne peut pas se passer de ces in-
fatigables propagandistes qui vont à
l'extérieur comme à l'intérieur porter
partout la parole de paix et de vérité ? Il
faudrait avoir quelque aplomb pour le
soutenir.
De paix ? L'affaire Dreyfus, le procès
des Assomptionnistes, l'homélie du
R. P. Ollivier à la suite de la catastro-
phe du Bazar de la Charité, indiquent
assez l'esprit qui anime les moines pré-
dicants.
De vérité?— Qu'en sait-on ! Deman-
dez au protestant, à l'israélite, au ma-
hométan, ce qu'ils pensent de leur re-
ligion. Vous verrez si chacun d'eux ne
croit pas être, et être seul, en posses-
sion de la vérité. Mais alors, les autres
sont dans l'erreur, car je me suis laissé
dire que la vérité est une. A tout prix,
il faut donc les amener à cette vérité
N'est-ce pas l'œuvre la plus méritoire
aux yeux de Dieu ?
« La foi qui n'agit point, est-ce une foi
sincère r »
Et l'on agit. Par la persuasion d'a-
bord. Puis, quand on est le plus fort,
par le fer et le feu. Dieu sait bien re-
connaître les siens.
Il n'y a que les jacobins et les sec-
taires auxquels le caractère charitable
de cette prédication essentiellement
évangélique et chrétienne puisse échap-
per. L'Eglise catholique a craint sans
doute que son clergé paroissial ne suf-
fit pas à cette tâche. Elle a donc provo-
qué la formation de ces innombrables
congrégations qui, sous le nom de mis-
sions, vont prêter leur concours aux
curés et aux vicaires.
Sans doute, le Concordat a réservé
au clergé séculier le monopole de la pré-
dication. Mais grâce à la faiblesse de
nos gouvernants depuis un siècle, le
Concordat n'a jamais lié que l'Etat.
L'Eglise ne s'en souvient que pour tirer
profit des articles conçus à son avan-
tage. L'esprit envahisseur de la congré-
gation n'a pas tardé à dominer d'abord,
à asservir ensuite le clergé séculier,
bientôt dépossédé de la chaire et du con-
fessionnal. Jésuites, dominicains, oblats,
capucins se sont ainsi substitués aux
prêtres des paroisses.
La mode s'en est mêlée. On ne va
plus entendre un curé ou un vicaire
prêcher la parole divine. Sauf dans les
villages, le prêtre ordinaire ne monte
pour ainsi dire plus en chaire. Qu'y fe-
rait-il ? Parler du dogme, c'était bon au
XVIIe siècle ; de la morale, c'est vieux
jeu. Il n'y a que les bons Pères qui con-
naissent à fond la politique et qui soient
capables de traiter la Gueuse avec les
égards qui lui sont dus : ils ne s'en font
pas faute. Et quelle est la dame du fau-
bourg Saint-Germain qui ne se croirait
pas déshonorée si elle allait raconter ses
péchés au curé de sa paroisse? Il ignore
le cœur humain ! Ah ! ma chère; le
Père X. ! comme il connait les faibles-
ses féminines, et comme il sait y com-
patir !
Bientôt la chapelle s'élève, et elle fait
à l'église paroissiale une telle concur-
rence que le prêtre séculier s'en in-
quiète. Est-ce le recul de la foi ou le
développement des idées démocrati-
ques qui le préoccupe? Non. Le casuel
diminue. Dons, legs, offrandes, riches
successions, tout va aux congréga-
tions.
Et les républicains donneraient l'au-
torisation légale à ces congrégations !
Il est vrai que quelques-unes d'entre
elles ont créé des missions à l'étranger
depuis la loi de juillet 1901. J'en
connais même une qui a soutenu jadis
un siège fameux. La majorité républi-
caine lui en saura-t-elle gi-é ?
Henri Michel.
L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
Nous courons tout droit à la
séparation des Eglises et de
l'Etat. Le président du conseil
l'a reconnu hier au Sénat. De
son côté, M. Ribot — et ce
sont des paroles très graves
dans sa bouche, — en a parlé
au cours de la discussion générale sur les
congrégations enseignantes, comme d'une
chose inévitable. De telle sorte que tous
les républicains, y compris les modérés,
considèrent la suppression des congréga-
tions comme le prélude de la dénoncia-
tion du Concordat.
Le Concordat est muet sur la question
des congrégations. Celles-ci n'ont donc pas
le droit d'invoquer le bénéfice du pacte con-
clu entre Bonaparte et le pape. Mais comme
le clergé séculier a pris partout la défense
des congrégations, il en résulte qu'en ce
qui le concerne, il a violé le Concordai
dont il retire tant d'avantages.
Pour le moment, puisque le Concordat
existe toujours, nous ne voyons aucun in-
convénient à ce que le clergé profite de
tout ce qu'il lui accorde. Mais encore faut-
il qu'il y ait réciprocité de part et d'autre.
L'Etat français, lui, respecte le Concordat
non-seulement dans sa lettre, mais même
dans un esprit plus large que celui qui l'a
inspiré. Il ne se borne pas, en effet, à payer
les indemnités fixées, à prêter ses églises,
à assurer des palais aux évêques et un
presbytère à chaque curé ou desservent. Il
fait mieux que cela, car il tolère que le
clergé s'insurge contre les lois et insulte
le gouvernement qui le paie.
Le clergé séculier est, dés aujourd'hui, à
un tournant redoutable de son histoire. Son
intérêt lui commanderait d'assister d'un œil
indifférent à l'exécution de la Congrégation.
Or, voici que, mal conseillé, il se jette au
contraire dans la lutte et prend parti pour
les moines, pour les frères, pour les reli-
gieuses, contre la République et contre son
gouvernement.
Il sème le vent, il récoltera la tempête.
Ses insolences ont indigné une importante
partie de l'opinion. Qu'il continue dans cette
voie, et il formera une majorité contre lui-
même.
Plus que jamais, comme on le voit, le
problême de la séparation des Eglises et de
l'Etat est posé. Les républicains ont le de-
voir de le résoudre à bref délai. Il est im-
possible que nous persistions à être naifs
au point de loger et de nourrir soixante
mille hommes qui n'écoutent que les ordres
d'un étranger et injurient la République. —
Ch. B.
- -
ECONOMIE A RÉALISER
Puisque le Sénat vient d'aborder la discus-
sion du budget, c'est le moment de lui signaler
une économie bien facile à réaliser.
Il s'agit des subventions pour les œuvres,
scolaires ou autres, des congrégations qui en-
tretiennent des missions à l'étranger ; c'est évi-
demment par erreur que ces sommes figurent,
cette année, au budget. Puisque la Chambre a
refusé d'autoriser les congrégations, ces con-
grégations n'existent plus, il va donc de soi
qu'on ne peut songer 4 fournir à ces associa-
tions défuntes le moyen de soutenir les mis-
sions dont elles s'occupaient alors qu'elles
étaient vivantes.
Le Sénat va donc, nous en exprimons le fer-
me espoir, biffer les crédits attribués à ces œu-
vres orientales ou extrême-orientales.
Si, d'ailleurs, le Sénat laissait passer, sans
les annuler, ces paragraphes du budget, la
Chambre, nous en sommes certains, se char-
gerait de l'opération. Les congrégations sont
mortes et l'usage n'est pas de faire des rentes
aux trépassés.
LES FORTIFICATIONS DE METZ
(De noire correspondant particulierl
Strasbourg; 21 mars.
Les communes de Devant-les-Pont et de Ban-
Saint-Martin ont adressé à l'empereur Guil-
laumo une pétition demandant, dans l'intérêt
du développement de ces deux communes, la
démolition de la muraille d'enceinte de Metz,
du côté de l'ouest. Le cabinet de l'empereur a
répondu par un refus, en alléguant que des
raisons stratégiques exigent le .« maintien de
cette partie de l'enceinte dj la ville. -.
LES ÉLECTIONS
D'AUJOURD'HUI
Election législative, dans lo 4° arrondisse-
montde Paris ; élection législative àCommorcy
(Meuse) ; élections municipales dans les 12e,
17e, 18e arrondissements do Paris : tel est le bi-
lan do la journée. Nous sommes conûants dans
nos amis,ils feront leur devoir et nous aurons,
ce soir, à enregistrer une série de victoires ré-
publicaines,
C'est surtout sur l'élection du 4e arrondisse-
ment que se porte l'attention du public. Il s'a-
git de savoir si cette circonscription qui nomma
M. Daniel Cloulier, nationaliste, à une petite
majorité, sera regagnée à la démocratie. Nous
le croyons. Nous avons parlé à plusieurs re-
prises des conditions dans lesquelles la lutte
s'engage.
Le parti républicain doit mettre au-dessus
de toute considération la nécessité d'assurer
la défaite de M. Maurice Barrés.
M. Barrès fut un boulangiste de la première
heure ; il est resté fidèle au culte du cheval
noir ; il se fait gloire d'avoir été un des initia-
teurs du mouvement nationaliste ; il a couvert
do boue les meilleurs républicains; son patrio-
tisme a consisté à essayer de répandre en Lor-
raine des idées de séparatisme ; enfin, il n'a
jamais caché sa haine de Paris où il ne voit
que des « déracinés ».
Sans adhérer pour cela aux idées collecti-
vistes, nous conseillons énergiquement à nos
amis de donner leurs suflrages à M. Gabriel
Deville, dont les déclarations sont les plus con-
formes au programme d'action républicaine
et sociale du parti radical-socialiste.
***
Nous n'avons pas grand chose à dire sur
l'élection de Commersy, où il. semble assuré
que M. Poincaré, récemment nommé sénateur,
soit remplacé par un républicain de sa
nuance.
Revenons à Paris, à propos de ses trois élec-
tions municipales.
Dans le 12e arrondissement, le candidat ré-
publicain socialiste, le docteur Salmon, est en
présence d'un nationaliste et de trois candidats
collectivistes, ces derniers sont : MM. Lencou,
Kosciusko et Fribourg.
M. Lencou est un confrère dont nous esti-
mons le caractère et le talent ; M. Kosciusko
vaut par une connaissance approfondie des
questions sociales ; M. Fribourg nouseslconnu
pour un garçon intelligent. Ils trouveront ce-
pendant naturel que nous recommandions le
candidat qui, seul, adopte notre programme
intégral : le citoyen Salmon, dont les affirma-
tions nettement républicaines et socialistes ont
été acclamées dans maintes réunions publiques,
qui arrivera certainement en tête de liste ce
soir et sur le nom duquel — s'il y a ballottage
- dpvra se faire, au second tour, l'union de
toutes les forces démocratiques. -
M. Sohier est le seul candidat d'union répu-
blicaine dans le 17* arrondi ssement.Tou tes les
voix des adversaires de la réaction lui sont as-
surées. Il a fait une courageuse et franche
campagne; il s'est dépensé d'une manière ad-
mirable. Que tous les démocrates courent
avec lui sus à la réaction. Il doit, ce soir, être
proclamé élu.
M, Henri Turot doit venir à bout, aux-
Grandes-Carrières, de son adversaire nationa-
liste. Le 18e arrondissement ne laissera pas le
cléricalisme prendre pied chez lui.
.**
Recommander à nos amis de ne pas s'abste-
nir, c'est inutile, n'est-ce pas ? Ceux qui
nous lisent sont tous des militants qui n'ont
pas besoin de conseils pour voter et faire voter
en faveur des candidats républicains et contre
les hommes de la congrégation.
Ce qui est peut-être moins superflu c'est de
prendre dès maintenant une attitude en vue
du second tour, dans les circonscriptions où se
produirait un ballottage.
Nous n'admettons '— d'avance* — aucune
autre candidature, au ballottage, que celle du
républicain — quelle que soit sa nuance —
qu'aura désigné le suffrage universel, qui sera
arrivé en tête de liste. Aucune équivoque, au-
cun sophisme ne doivent obscurcir 1e principe
de la discipline républicaine; il faut imiter les
citoyens de Dinan, il faut se garder de tom-
ber dans l'erreur des électeurs de Moissac. —
H. D.
OANS LE r ARRONDISSEMENT
M. lo maire du 4e arrondissement nous adresse
la lettre suivante :
Paris, 21 mars 1903.
Monsieur le directeur,
M. le conseiller Galli a dit hier à la tribune
du Conseil que :
« Trois comités électoraux ont convoqué,
« mercredi dernier, les citoyens à une réunion
« publique, salle des fâles de la Mairie du 4'
a arrondissement. »
Et l'honorable conseiller a ajouté « qu'il ne
« doutait pas que l'affiche en question (affiche
« sur papier blanc) n'ait été placardée et im-
« primée aux frais des contribuables ».
M. Galli est inexactement renseigné.
1" La réunion à laquelle il a fait allusion a
été provoquée, non par des comités électoraux
du 4e arrondissement, mais par le comité cen-
tral de la jeunesse républicaine radicale et ra-
dicale-socialiste dont le siège social est 25, rue
de Richelieu et qui, à tour de rôle, organise
des conférences dans tous les arrondissements
de Paris.
2" Il ne s'agissait nullement de réunion poli-
tique, mais d'une conférence sous le litre géné-
ral et un peu vague « le Progrès par la Répu-
blique ».
Aucun des orateurs n'a fait allusion à l'élec-
tion législative qui va avoir lieu demain, et
n'a parlé des candidats.
3" Tous les frais, môme ceux d'éclairage dp
la salle ont été payés par le comité central do
la jeunesse républicaine radicale et radicale-
socialiste.
4" Quant à la couleur du papier de l'affiche,
je ne vois pas quel intérêt elle peut présenter
dans les circonstances que je signale.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le direc-
teur, l'assurance de mes sentiments les plus
distingués.
GEORGES Fabre.
♦
DANS LE SOMALILAND
L'expédition anglo abyssine
Berbera, 18 mars.
viâ Aden, 21 mars.
La colonne abyssine, forte de 5,000 hommes
armés de fusils Remington, n'a rencontré jus-
qu'à présent aucune résistance. Elle devait ar-
river, le 15 oa le 20, à Bari, sur l'Ouebbi Che-
beyli où sa tAche, qui consiste à couper une
des lignes de retraite du Mullah, sera achevée.
Toutefois, le Mullah conserve plusieurs li-
gnes de retraite et le succès du mouvement
enveloppant des colonnes est douteux, leur
base s'étendant sur 300 ou 400 milles.
L'appareil de télégraphie sans fil fonctionne
avec succès entre Damot et Bohotle.
, Garbawein. 6 mars.
,. viâ, Aden, 20 mars. -
*4 CoIqqoq déUftkéo du corps principal a
beaucoup souffert de la chaleur intense après
son départ d'Obbia. Les hommes tombaient en
grand nombre et bientôt tous les fourgons fu-
rent remplis d'invalides. On décida alors d'ac-
corder aux troupes un repos de deux jours et
do marcher do nuit sur El Debbeh.
Lodabal, 7 mars.
La colonne a de nouveau souffert dans sa
marche d'El Debbeh a Lodabal. La route était
jonchée de soldats épuisés par la chaleur. Les
troupes qui ont le plus souffert sont celles de
l'Inde.
ON DEMANDE UN DICTATEUR
A quel journaliste cela n'est-il pas arrivé de
manquer de sujet d'article? Quel faiseur de
« papiers » ne s'est surpris parfois le nez en
l'air, mordillant son porteplume, cherchant
d'un regard vague, dans l'espace, le semblant
quelconque d'idée autour de laquelle il pour-
rait entortiller les cent ou cent cinquante lignes
que son devoir professionnel lui commande im-
périeusement de faire jaillir de son cerveau ?
En pareille occurrence, un chroniqueur ordi-
nairo se met, en désespoir de cause, à parlor de
la pluie et du beau temps. M. de Cassagnac,
lui, en semblable mésaventure, réclame un dic-
tateur.
Il n'a — je suppose - qu'à presser la bou-
lon correspondant, le déclanchement se pro-
duit, la manivelle se met à tourner toute
seule; en peu d'instants, l'article sur la dicta-
ture est fait.
« Oui, l'homme qui nous débarrassera de ce
régime infâme sera béni, acclamé ». Telle est
la phrase que les abonnés de VAutoritè ont pu
lire, hier, en tête de leur journal. Je crois vo-
lontiers qu'elle leur aura procuré une douce
émotion, mais je doute qu'elle -les ait surpris.
Ils la connaissent si bien, pour l'avoir lue
tant de fois 1 Quant à nous, nous le saluons
avec cette déférence due aux personnes âgées
que l'on a coutume de rencontrer fréquem-
ment.
Voilà bien un quart de siècle, si je ne m'a-
buse, que M. de Cassagnac a inventé le v n'im-
portequisme », et depuis lors il n'a cessé de
nous jouer sa ritournelle. Et cependant M.
de Cassagnac est un homme de talent, un
journaliste de race, dont le style, d'une bru-
talité voulue,n'est point parfois sans éloquence.
Comme cela doit l'ennuyer de toujours mou-
dre le même air ! Mais de quoi parler, quand
on s'est mis volontairement en dehors du grand
courant des idées nationales, quand on s'est,
en se roidissant en une attitude de résistance
aveugle et sourde, condamné à l'inutilité?
M. de Cassagnac réclame un dictateur ; il la
réclame au nom de « tous ceux qui regrettent
le passé, rêvent un avenir radieux et son dé-
goûtés du présent ». La phrase est bien ordon-
née , s'équilibre agréablement sur ses trois
pieds, mais, en vérité, quels sont ceux dont
M. de Cassagnac entend parler ? Où sont-ils
ceux qui regrettent le passé de sang et de
honte dont le mot de dictature évoque le sinis-
tre souvenir ?
C'est dans la boue rouge de Sedan qu'est
tombé le dernier dictateur de France, et les
Français ne veulent plus de maître. Ils savent
ce que les maîtres à qui ils s'étaient donnés
leur ont pris. M. de Cassagnac a-t il oublié que
l'Alsace.et la Lorraine na sont pas encore rade-,
venues françaises? En 1871, l'Assomblée de
Bordeaux, tout entière soulevée, a déclaré Na-
poléon III responsable de la ruine et du dé-
membrement de la patrie. Et l'on demande un
dictateur!.
Heureusement que ce n'est que pour tuer le
temps, et parce qu'on n'a pas, sous la main,
d'autre sujet d'article. — L. y,-Il.
L'abondance des matières nous oblige à re-
mettre à demain notre chronique hebdoma-
daflll.: A LA CAMPAGNE, de notre
collaborateur A. MONTOUX.
UN PREolCATEUR GALONNÉ
Le ministre de la guerre vient de mettre aux
arrêts de forteresse le capitaine Poirrier qui,
chargé de faire à ses soldats une conférence
morale sur le devoir et la patrie, en a profité
pour injurier gravement le gouvernement et
émettre des théories politiques qui n'avaient
rien de commun avec la sujet qu'oc l'avait
prié de développer.
Bien entendu, la prosse réactionnaire et clé-
ricale ne tarit point d'éloges sur l'acte d'insu-
bordination do ce capitaine, qui se prépare
sans doute à quitter l'armée avec éclat, pour
se présenter aux suffrages das électeurs d'une
circonscription nationaliste.
Les théories politiques et philosophiques du
capitaine Poirrier ont, en effet, ûo quoi plaire
à M. de Cassagnac et au père Dulac. M. le ca-
pitaine Poirrier n'est point ministériel, c'est
son droit, mais cela ne regarde pas ses soldats.
Au seuil de la caserne les discussions politi-
ques doivent se tairo, la jeunesse de France se
consacre sous tes drapeaux à la défense du
pays, c'est commettre ulle œuvre malsaine que
de semer parmi elle des germes de divisiou et
des ferments de haino.
M.le capitaine Poirrier est un fervent catho-
lique. c'est son droit aussi, mais ce n'est pas
une raison pour transformer les salles de théo-
ries en chapelles el les conférences morales en
sermons.
Or voici ce que cet officier a déclaré aux
soldats : « L'amour de la patrie et le devoir
militaire ne peuvent se concilier qu'avec la foi
religieuse et l'amour do Dieu. Dieu est la base
de tout, le principe suprême, la source pure
des sentiments les plus nobles et les plus élevés
et si l'on tarit cette source, les grandes
impulsions de l'âme se dessèchent et meu-
rent. »
Qu'est-ce à dire, si co n'est qu'un libre-pen-
seur est incapable d'aimer sa patrie et d'être
un bon soldat, et qu'un chrétien seul peut
bien servir le pays ?
Il est impossible que do pareilles théories
puissent être impunément exposées aux sol-
dats. Cl' serait prolonger le séminaire jusque
dans la caserne. Nous ne nouions pas de l as-
socialion du goupillon et du sabre, et à plus
forte raison nous ne souffrirons pas que le sa-
bro lui même se transforme en goupillon.
- L. Armbvusler.
—: ;
L'EMBARRAS DE M. DE KOERBER
(De notre correspondant particulier)
Vienne, 21 mars.
Bien emharrassé, M. de Kwrber, auquel on
fait en ce moment des reproches justifiés à l'oc-
casion du compromis en discussion à la Cham-
bre. Aujourd'hui on lui a jelé à la figure que
l'empereur a été forcé de faire des concessions
à la Hongrie, tandis qu'en Autriche on est « à
pied baisé » devant les ordres d'en haut. M. de
Kœrber se défend de son mieux, mais ne peut
nier qu'il obéit aveuglément pour sauvegarder
son portefeuille. La loi sur l'augmentation du
contingent de l'armée a passé en Autrichecomme
une lettre à la poste —et en Hongrie, la Cham-
bre l'a fait avorter. Janus-François-Joseph or-
donne ici et obéit là-bas ; de là le malaise qui
amènera qUê:l\e jour la scission. 1
Le ridicule m a-n ,',#Cstç du roi. de Saxe a indi-
gné les donnâtes gens qÏÏT j^ent qu'U n'y a
Tien de chevaleresque à injurier uue-temiuô iCIH"
~1- 1 -.
oee QUI mémo pimot la pitié que l'injure. ]
AU SENAT
LÊ « NOBIS NOMINAVIT »
M. Combes a donné hier des explications au
Sénat sur le Nobis nominavit, sur la situation
créée par l'inlûlérance de la cour papale qui
entend employer dans les bulles des formules
contraires au Concordat.
Le président du conseil a profilé de la discus
sion du budget des cultes pour exposer sa ma-
nière de voir. Reconnaissons qu'il a été très
net, laissant entrevoir comme résultat final de
la résistance du Vatican la séparation des Egli-
ses et de l'Etat.
Voilà le langage qu'il faut tenir, et c'est celui
que nous avons toujours ici conseillé au gou-
vernement.
Après l'expédition de quelques projets d'af-
faires, M. Delpech a pris le premier la parole,
proposant au Sénat la suppression du budget
des cultes, entrainant la dénonciation du Con-
cordat. M. Delpech défend sa proposition avec
vigueur ;
M. Delpech. — Le Concordat est devenu ca-
duc en très grande partie. J'en demande la sup-
pression absolue et définitive. (Approbations sur
divers bancs.)
Entre la démocratie moderne et l'Eglise, il n'y
a aucune entente possible, et il no peut exister
entre elles qu'une union mal assortie.
Les intérêts de l'Eglise ne sont pas les nôtres,
l'idéal de l'église n'est pas le nôtre.
La démocratie moderne est avide de progrès, de
lumière, de libre recherche. L'église catholique
romaine est tout entière tournée vers le passé, vers
le passé sanglant que l'on connaît et qu'elle a rem-
pli des abus abominables de la force spirituelle
qu'elle demande au nom de Dieu.
L'église catholique romaine est l'ennemi irré-
conciliable de toutes les libertés qui sont chères.
de la liberté des cultes, de la liberté de cons-
cience.
Elle est l'ennemie irréconciliable de tout pro-
grès.
C'est pour cela que lé viens demander à la tri-
bune à tous les républicains d'être conséquent avec
eux-mêmes et de voter la suppression du budget
des cultes. (Applaudissements à l'extréme-gau-
che. )
Discours de M. Combes
M. Combes monte alors à la tribune.
M. Combes. — Que ceux de mes amis poli-
tiques qui sont pressés de voter la suppression du
budget des cultes calment leur impatience : au
train dont vont les choses, peut-être n'attendront-
ils pas bien longtemps la réalisation de leurs espé-"
rances. (Applaudissements à gauche.)
Car, il est visible que le clergé catholique multi-
plie, comme à plaisir, les actes par lesquels se ma-
nifeste le peu de cas qu'il fait des lois concordataires.
(Très bien ! très bien ! sur les mêmes bancs).
Nous savons bien que les clerges de toutes les
religions sont de nature envahissante qui, sous le
prétexte que le spirituel doit dominer le temporel,
s'évertuent à vouloir diriger les actes du pouvoir
civil.
Partout où le clergé est régulièrement organisé,
en France, comme en Angleterre ou en Espagne,
les choses se passent ainsi ; mais nulle part plus
qu'en France, avec une telle fréquence, une telle
acrimonie, une telle arrogance. (Très bien! très
bien! à gauche. — Mouvements à droite.)
Il y a là matière à de graves réflexions pour un
gouvernement désireux de faire respecter les lois
qui régissent sa politique religieuse.
Ce qui aggrave cet état de rébellion du clergé,
c'est que selon la lettre autant que selon l'esprit
dss dispositions concordataires, l'Eglise catholique,
représentée par son clergé séculier, doit «o conatt-
crer exclusivement à l'exercice du culte.
Ces fonctionnaires sont tenus de limiter à ce do-
maine leur action individuelle ou collective. Toute
incursion dans le domaine civil et politique leur
est formellement interdite.
Or le contrat bilatéral du Concordat est violé,
ser nombre de points, toujours par l'Eglise, jamais
par l'Etat. (Très bien! à gauche. — Protestations à
droite.)
J'astends que l'on me donne la preuve con-
traire!
Pour ne citer quo des faits récents et connus de
tous, le contrat est violé lorsque le chef du pouvoir
spirituel s'arroge le droit, sans autre raison que
son bon plaisir, de dicter les choix au pouvoir ci-
vil, en matière de nominations épiscopales ; lorsque
des cardinaux invitent directement, par des lettres
rendues publiques, le chef de l'Etat à désavouer
la politique de sou gouvernement ; lorsque les ar-
chevêques et les évêques signent en commun un
manifeste, sous le couvert de la dénomination de
pétition, bien qu'ils ne l'adressassent pas au Par-
lement ; lorsque ces prélats, abusant de l'autorité
morale qui s'attache à leur caractère, blâment,
dans des mandements, les actes du Gouvernement
et jettent le trouble dans la conscience de leurs
fidèles.
Il a été violé quand les prélats eux-mêmes ont
dépossédé le clergé séculier des paroisses les plus
riches et des chaires les plus importantes de leurs
diocèse au profit des moines faisant partie de con-
grégations que la loi n'a jamais reconnues. (Très
bien ! à gauche.)
Il a été violé quand les évêques et les prêtres
ont dénoncé les lois du pays comme des œuvres
détestables, pour ne pas dire plus, et qu'il était
louable de mépriser.
Il a été violé enfin quand les évêques, les curés
et les desservants sont venus se mêler aux luttes
électorales et se sont fait les auxiliaires des can-
didats.
Mais nous sommes pour le maintien intégral des
stipulations de l'acte concordataire. Et, d'accord
en cela avec tout le parti républicain qui ne veut
plus etro mystifié (Vifs applaudissements à gau-
cho), nous nous résignerions à dénoncer cette con-
vention plutôt que de prêter au maintien d'un
état de choses qui n'est ni la guerre ni la paix,
mais plutôt la guerre aue la Daix. (Très bien! à
gauche. ) - - --
Messieurs, depuis dix ans on tâche do vous allé-
cher en vous faisant espérer qu'au prix du désa-
veu de quelques lois républicaines (exclamations
ironiques à gauche) , le clergé se rallierait à la
République.
Ri'poussoz, comme un présent funeste, ce rallie-
ment. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
M. le comte de Tréveneuc. — Ceux qui
parlent de ralliement n'ont que ce qu'ils méritent.
M. le président du conseil. — Rallié
dans ces conditions, le clergé serait le maître de la
République. (Applaudissements à gauche.) Nous
savons,on effet, qu'on ne fait pas à la théocratie
sa part et qu'appeler 1e clerger à son aide, c'est se
condamner à en subir la direction. (Nouveaux ap-
plaudissements sur les mêmes bancs.)
Le clergé u'est pas fait pour la politique :
qu'il se cantonne donc dans la patisfactiOIl des
besoins et des aspirations qu'il a mission de satis-
faire ! Le gouvernement ne désire pas plus son
aida qu'il n'est d'humeur à tolérer son hostilité.
(Très bien! et applaudissements à gauche.)
Il est temps que ces incursions vagabondes ces-
sent de se produire. Le maintien du Concordat est
à ce prix, bien aveugle qui ne le voit pas. (Double
salve d'applaudissements à gaucho et sur divers
bancs au centre.)
Les républicains félicitent le président du
conseil.
M. de Lamarzelle prononce un discours réac-
tionnaire — naturellement — qui n'ajoute pas
grand chose au débat.
M. Delpech revient ensuite insister en fa-
veur de la suppression du budget des cultes.
Sur la proposition do MM. Berthelot, Lour-
des, Poirrier, l'affichage du discours du prési-
dent du conseil est prononcé par 166 voix con-
tre 71.
MM. Lourlies, Clemenceau et Leydel présen-
lent le projet de résolution suivant :
Le Sénat, approuvant les déclarations du gouver-
nement et comptant sur sa fermeté pour assurer
la défense dos droiti do l'Etat, passe à l'ordre dà
jour.
Adoplé par 188 voix contre 49.
Par 210 voix contre 68, la proposition Del-
pech n'est pas adoptée.
Séance dcmain.- II. D.
- 00
LE MAIRE RÉVOQUÉ DE ROSIÈRES
Carmaux, 21 mars.
âk Buacarret. DÎSîrS révoqué de Rosières, a
envoyé au 'procureur de la République une
lettre lui annonçant qu'il recevra sous pli re-
commandé les documents dont la commission
spéciale avait conslalé la disparition.
Il signale en outre l'effervescence d09 élec-
teurs et prie le procureur de prendre des me-
sures pour éviter des conflits cette nuit.
UN PETIT COUP D'ÉTAT EN SERBIE
(De notre correspondant jiarticulierl
Bolgrade, 21 mars.
Dans les cercles de la cour, on affirme que
le roi Alexandre-révoquera par simple décret
tous les membres radicaux du Couseil d'Etat.
Leur nombre est de 25, parmi eux se trouvent
les anciens ministres ScbimiLscb, Vouilch et
Nicolitsch. Après cette épuration, il procédera
à la dissolution de la Skouptchina.
———————————— ♦
CONGRÉGANISTES ET SOCIALISTES
(De notre correspondant particulier
Budapest, 21 mars.
Sur l'invitation du président du conseil, M.
de Szell, les carmes ont commencé, dans
leurs sermons de carême, une campagne
acharnée contre les associations socialistes,
qu'ils traitent de hordes de malfaiteurs. Un
religieux, le P. Anlal, a si gravement insulté
les ouvriers, que ceux-ci ont menacé do démo-
lir l'église.
Une escouade d'agents a dû protéger le pré-
dicateur. Le P. An lai a été déplacé et envoyé à
Raab. Néanmoins, les églises sont toujours
gardées militairement.
ib
Les grandes manœuvres en Angleterre
(De notre correspondant parliculierl J
Londres, 21 mars.
Aux grandes manœuvres d'automne, on con-
centrera cette année 80.000 hommes. Le? opé-
rations auront lieu entre,Oxford, Berks, Hants
et Wilts. Les deux armées en présence seront
commandées par les généraux French et Evelyo
Wood.
lh BAIE DE BOMBA
(De notre correspondant particulier)
Rome, 21 mars.
L'amiral Palumbo, qui, avec une escadre,
avait visité la côte tripolitaine, a présenté son
rapport au gouvernement. Il en ressort qu'a..
la Baie de Bomba l'eau est d'un niveau si bas
que toute navigation est impossible. L'amiral
y a envoyé le contre-torpilleur, le Nibbio, dont
le commandant n'a fait aucun rapport par
écrit do ait mission, ayant jugé que la baie
n'avait aucune importance.
Voir à la 3a page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
AFFAIRES D'ALGERIE
Nous avons vu quels sont les sentiments des
Européens à l'égard dos indigènes. Les ptus
modérés estiment qu'on a raison de prendre
vis-à-vis d'eux des mosures spéciales, par con-
séquent arbitraires et de les traiter comme fai-
saient les Turcs.
Mais au moins l'adminislralion française, le
gouvernement essaie-t-il de réagir contre cet
ostracisme dont on voudrait frapper une popu-
lation entière, s'occupe-t-il do diminuer la dis-
tance morale et intellectuelle entre l'Arabe et
I Européen, cherche t'it à amener à nous ce
peuple étranger à nos lois, à notre langue, à
nos coutumes, perige-t-il, après avoir renversé
les barrières dressées jadis entre le vainqueur
et le vaincu, à faire oublier les différences de
race et de religion par des règlements bien-
veillants, par un traitement équitable, par des
lois sages et justes ?
Un rapide coup d'oeil sur l'organisation ad-
ministrative dee indigènes nous répoudra et
on verra si le régime imposé aux Arabos, et
quQ nous ne modifions de temps en temps que
pour l'aggraver, répond bien au but que la
France se propose en Afrique.
Les territoires de l'Algérie, habités par les
indigènes et dans lesquels la population euro-
péenne est clairsemée, sont divisés on commu-
nes dites mixtes ayant à leur tête dos espèces
de maires appelés - adminislraleurs.
Ces fonctionnaires n'avaiont à l'origine que
des pouvoirs civils. Depuis une vingtaine d'an-
nées, on les a investis en même temps de pou-
voirs judiciaires. L'administrateur, aujour-
d'hui, administre, juge et condamne ses admi-
nistrés. Il peut prononcer lui-môme et sans
appel et sans aucune formalité de procédure
des peines allant jusqu'à quinze francs d'a-
mende et cinq jours de prison.
Armé de cette puissance, le fonctionnaire fait
trembler toute une tribu, tenue à sa merci et à
sa discrétion.
Nous ue parlerons pas do l'impôt; il est la
même, il porte les mêmes noms, il est établi
sur les mêmes bases que du temps des Turcs.
Laissons pour aujourd'hui de côté le régime fi-
nancier.
Les indigènes, pour tous les crimes et délits
qu'ils pourraient commetlre,sont soumis à nos
lois et justiciables de nos tribunaux. Le code
de l'indigénat, pour lequel, ainsi que nous l'a-
vons dit, l'administrateur juge et prononce les
peines édictées par les articles 46i,465 et 466 du
Code pénal, leur est spécial.
Ces dispositions sévères ont pu ot peuvent
paraître encore nécessaires dans certaines ré-
gionset dans des circonslarices particulières.
Veut-on savoir avec quello intelligence on las
applique?
ap De par ce code da l'indigénat, un indigène
ne peut partir do sa tribu saus un permis de
voyago qu'il est obligé do faire viser partout
où il s'arrête.
D'Alger à Bouffarik, il y a 25 kilomètres. Un
jour un indigène, assesseur à la cour d'appel
d'Alger. chevalier de la Légion d'honneur, se
rend de Bouffarik à Alger, probablement pour
une audience de la cour où il devait siéger
comme conseiller; il avait oublié de se munir
d'un permis do voyage. On l'a arrêté et con-
duit au poste.
Vous croyez à une erreur ? Un commerçant
de Constantine, venu régulièrement à Alger
pour ses affaires, so trouve tout à coup avoir
basoin d'aller ou Franco. Il se r?nd à la Pré-
fcclure et demande l'autorisation. On lui dit de
repasser. Après huit jours d'allenle on lui ré-
pond d'aller à Conslauline (460 kilomètres),
domander son autorisation.
Une autre fois, trois Arabes de Pliilippeviîle
reçoivent une assignation pour venir déposet
à Alger. Ils s'embarquent, viennent à Alger,
déposent, puis sont orrêlés et mis en prison. Us
n'avaient pas do permis.
On pourrait mu!liplier ces oxemples. N'au-.
blions pas aussi qu'après une condamnation
pour infraction au code do l'indigénat, si la
condamné fait appel et que son appel ne soit
pas jugé fondé, il peut être coudauiné pour CO.
fait A une nouvelle amende.
On a trouvé néanmoins que ce ddr régimr
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