Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-03-18
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 18 mars 1903 18 mars 1903
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
rnircicy. CENTIMES le Numéro;
PARIS A DÉPARTEMENTS''
Le - NrÂa o.J./{..I Q CENTI!\!:ES
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No 12059 — Mercredi 18 Mars 1903
28 VENTOSE AN 111
- AUMimSTHATlOIV ; 14, me du JluiJ
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NOS LEADERS
GRIBOUILLE
II sied, je pense, de féliciter M. Am-
broise Rendu de la franchise - certains
diraient : du cynisme ; et je n'y verrais,
pour ma part, nul inconvénient - avec
laquelle il a présenté au conseil muni-
cipal sa proposition tendant à la créa-
tion, à Paris, d'un certain nombre d'a-
gences de pari mutuel.
M. Arobroise Rendu n'a pas cru de-
voir dissimuler que, pour lui, ce n'était
là qu'un commencement ; et il s'est,
sans circonlocutions, sans ambages,
montré très favorable, du moins en
principe, au rétablissement des maisons
de jeu, telles, sans doute, qu'elles ont
existé à Paris jusqu'en 1837. Voici com-
ment s'est exprimé M. Ambroise Rendu
parlant à un rédacteur du Petit Bleu.
« On a pu très légitimement se de-
mander s'il ne vaudrait pas mieux,
pour supprimer les tripots clandestins,
créer des maisons de jeu public dont le
produit servirait à alimenter le budget
de l'Assistance publique. Je crois que
la morale ne perdrait rien à cette créa-
tion, et que la bienfaisance y gagnerait
certainement. La question mérite donc
d'être examinée, et devra l'être un jour,
car les besoins et les misères parlent
plus haut que les raisonnements d'une
pudeur mal placée.
L'heure est prochaine où le pro-
blème se posera dans toute sa ri-
gueur. Nous ne craignons pas de dire
qu'il faudra, pour le résoudre, briser
les vieilles formules et les antiques
préjugés. Nous sommes loin des théo-
ries philosophiques ! La nécessité va
plus vite que les moralistes, et les pré-
cédera toujours sur le terrain des cho-
ses pratiques et des questions humani-
taires. »
Que vous semble de cet agréable ga-
limatias? En particulier, l'idée de créer
des maisons de jeu dans le but de sup-
primer les tripots, n'a pu venir qu'à
un descendant direct du très illustre
Gribouille. Saluons.
***
Mais M. Ambroise Rendu se fait tort
à lui-même en déclarant, comme on l'a
vu plus haut, que tous, tant que nous
sommes, « nous sommes loin des théo-
ries philosophiques ». Au cours de la
même interview, M. Ambroise Rendu a
émis deux aphorismes qui, si je ne me
trompe, ont bien l'air d'être ou de vou-
loir être des « théories philosophiques».
Celui-ci d'abord :
« Le vice, ou — si l'on aime mieux
« — le plaisir, doit venir en aide à la
« misère et à la souffrance. »
Et, un peu plus loin, après avoir dé-
claré que « sans nous occuper de la
moralité des paris aux courses, nous ne
devons pas, dans l'intérêt des malheu-
reux dont nous avons la charge, ne pas
profiter de cette situation », M. Am-
broise Rendu a formulé un deuxième
aphorisme ainsi conçu :
« Du mal lui-même, on peut tirer le
bien. »
N'est-ce pas qu'on dirait le refrain
d'une chanson de Béranger? Ça pour-
rait se fredonner sur l'air : « Dis-moi,
soldat, dis-moi t'en souviens-tu ? »
***
Quand on a réglementé le pari aux
courses, on a voulu l'interdire partout
ailleurs que sur les hippodromes, et
l'on a fixé le minimum des mises à 5 fr.,
précisément pour défendre autant que
possible les humbles, les pauvres, con-
tre cette maladie effroyable, pire que
l'alcool, qui s'appelle : le jeu.
M. Ambroise Rendu propose de re-
venir sur ce qui a été fait ; il désire met-
tre le pari à la portée de tous et sans
doute aussi, je pense, de toutes les
bourses; il veut, au lieu que les gens
soient forcés d'aller chercher le jeu,
que le jeu vienne les trouver, les pro-
voquer, dans leur rue, à leur porte,
chez eux.
Les ravages qu'exerce le pari aux
courses sont incommensurables; ce que
1'0£\ en sait est déjà effrayant ; et cer-
tes, ce que l'on sait n'est rien auprès de
te qu'on ignore. De combien de mal-
heureux, l'attrait d'un gain facile, indi-
gnement exploité par des industriels
sans scrupules, a-t-il causé la perte ?
On a gagné une fois, ou bien on en
connaît qui ont gagné ; on se laisse en-
traîner ; l'habitude, la volonté du tra-
vail sont abandonnées ; on roulera jus-
qu'au bas de la pente. Que de femmes
et d'enfants sanglotent, chaque diman-
che, tandis que l'homme est aux cour-
ses ! Et cela finit souvent devant les tri-
bunaux. Pourquoi ce pauvre diable que
l'on condamne et qui pleure, a-t-il
volé? Pour jouer aux courses. Que de-
viennent les petits êtres qui avaient
besoin de son travail pour vivre? M.
Ambroise Rendu propose de multiplier
à l'infini ces déchéances, ces ruines, ces
catastrophes.
Mais. (Et-iL c'est pour l'Assistance
publique. Fort bien. Cela veut dire qu'à
ceux que le pari aux courses aura ré-
duits à la mendicité,, on rendra un peu
de leur argent sous forme de bons de
pain. Gribouille, je te reconnais bien
ft !
***
Il y a plus. Car le pari aux courses est
la pire forme du jeu. Y a-t-il des cour-
ses sincères? Je n'en sais rien. Mais ce
que je sais bien, c'est que tout lé travail
auquel se livrent ceux qui ne veulent pas
parier au hasard, consiste à se rensei-
gner sur les chances probables do vol
organisé. Un bon « tuyau », c'est, par
exemple, la nouvelle susurrée de bouche
à oreille, que tel cheval qui, d'après ses
performances, devrait gagner, ne ga-
gnera pas,cela par suite d'arrangements
secrets; c'est encore la nouvelle, tenue
soigneusement mystérieuse, qu'un acci-
dent encore ignoré retire à tel ou tel
concurrent toute sa chance. Le pari aux
courses n'est autre qu'une immense en-
treprise de duperie mutuelle ; c'est à qui
pourra tromper l'autre, à qui saura le
mieux mentir. Autrement dit, c'est la
plus grande école de démoralisation,
d'avilissement moral qui ait jamais été
imaginée.
Dans la pratique du jeu aux courses,
non seulement l'aptitude au travail, la
possibilité même du long effort quoti-
dien se perdent, mais encore le senti-
ment du juste et de l'injuste, la notion
du bien et du mal. Nul fléau ne peut
être comparé à celui-ci.
Et nous contestons formellement,
absolument, que du mal puisse sortir le
bien. Non ! mille fois non ! tout le dé-
montre, tout le prouve; le mal ne
peut produire que le mal.
La proposition deM.Ambroise Rendu,
si, par malheur, elle était adoptée, ne
pourrait avoir d'autre effet que d'aug-
menter, dans de notables proportions,
sans doute, la misère et la criminalité.
Lucien Victor-Meunier.
TRANSACTION IMPOSSIBLE
A propos de certaines con-
grégations , divers journaux,
entre autres le Radical — et le
Temps semble confirmer — ont
publié qu'une transaction avait
été arrêtée, d'accord avec le
gouvernement et l'Union démo-
cratique. -
Je cite le Radical :
L'entente, écrit notre confrère, si elle n'est
déjà faite absolument, est bien près de se faire
sur les bases suivantes: M. Combes, ou bien
le rapporteur de la commission, déclareraient
à la Chambre qu'au lendemain du rejet en bloc
de toutes les demandes d'autorisation les con-
grégations enseignantes qui ont des établisse-
ments hospitaliers ou des établissements d'en-
seignement de la langue française à l'étranger
pourraient déposer des demandes d'autorisa-
tion spéciales pour ces établissements. Le
gouvernement instruirait ces demandes et en
saisirait la Chambre, qui serait ainsi à même
de se prononcer sur les cas particuliers qui
intéressent l' Union démocratique.
Pour ma part, je ne suis hostile à priori
à aucune transaction. Je préfère quelque
chose à rien du tout. Il faut reconnaître ce-
pendant que celle qui est proposée n'a au-
cune valeur juridique parlementaire. Il
est même impossible d'en entretenir sé-
rieusement la Chambre.
Je suppose que les déclarations, soit du
gouvernement, soit du rapporteur, ont
donné satisfaction aux modérés du bloc.
Le vote est acqnis. C'est-à-dire que toutes
les autorisations seront refusées. Quelles
en seront les conséquences ?
Premièrement, d'après l'article 18 de la
loi de 1901, toutes les congrégations, y
compris celles qui ont des missions ou
entretiennent des écoles et des hôpitaux en
Orient et en Extrême-Orient, sont dissou-
tes de plein droit. Elles n'existent plus. La
personnalité civile et morale dont elles
jouissent en fait à l'heure actuelle a dis-
paru. Un liquidateur est nommé. C'est lui
qui gère les biens, en attendant l'heure de
la ventilation.es biens, pour ainsi dire
séquestrés et mis sous scellés-si l'on peut
employer cêtte expression — deviennent
intangibles. - --
Deuxièmement. Comment peut-il y avoir
nouvelle demande en autorisation pour les
écoles, les missions ou les hôpitaux établis
à l'étranger, de la part de la congrégation
dissoute? En droit, la chose est impossible.
La congrégation, qui est morte, ne peut
plus demander d'autorisation. Ses mem-
bres, même réunis unanimement, ne peu-
vent constituer de nouvelle congrégation
en instance d'autorisation pour exercer
comme une sorte de répétition globale sur
les biens que la congrégation dissoute pos-
sédait à l'étranger. Le liquidateur n'a plus
de raison d'être dans ce cas et la loi est
abominablement violée. Quel gouverne-
ment oserait parler d'une pareille chose à
la Chambre ?
La transaction dont parlenilQ Radical etle
Temps est donc inadmissible. — Ch. B.
■1^1
ON DEMANDE DES RÉVÉRENDS
M. Barboni, curé des Lilas, ne nous l'envoie
pas dire; il charge les moines de prêcher le Ca-
rême dans sa paroisse: « Deux révérends pères
rédemptoristes, à la parole chaude, persuasive
et entraînante, ont consenti, sur ma demande,
à prêcher une mission dans notre paroisse.
Leurs prédications traiteront les grandes ques-
tions religieuses du jour, celles qui préoccu-
pent davantage tous les esprits. »
En d'autres termes, le prêtre séculier, tient
à se solidariser avec la moinerie en lui offrant
les églises que l'Etat a mises à la disposition du
seul clergé paroissial.
Si le clergé séculier lient à ce qu'on le con-
fonde avec les congrégations, nous n'y voyons
pas d'inconvénient pour notre part ;mais qu'il
ne so montre pas surpris, s'il s'aperçoit plus
tard que cette confusion entraîne ses ennuis.
Les Anglais meaasls à Aden
(De noWû correspondant particulier)
Adan, 16 mars.
Ds tribus hostilss aux Anglais, et comptant
environ 7,000 guerriers, sa préparent à atta-
quer les troupes anglaises dans l'hinterland
d'Aden. Les indigènes ont détruit les fils télé-
graphiques. Les troupes anglaises sont con-
centrées à Darakhan sous les ordres du géné-
rai Maillaud» -..
CHANCE DE BOURREAU
Après tuer ou après boire ? — Un mé-
canicien attentif.—Hommes noirs,
hommes rouges. — Le peloton
d'exécution. — Dessert.
avarié.
Dernièrement a eu lieu - en Angleterre, je
suppose, à moins que ce no soit en Ecosse ou
en Irlande — l'exécution d'un condamné nom-
mé Edwardc;, Je dis« condamné » et non « cri-
minel », car, la justice humaine devenant de
plus en plus faillible, rien ne prouve, jusqu'à
nouvel ordre, que nous ne fûmes pas en pré-
sence de l'erreur judiciaire à cataloguer sous
le numéro 27,823. Co qui parait certain — et,
là encore, je dis « paraît», attendu que les exé-
cutions ne sont guère publiques dans les pays
où l'anglais se parle — c'est qu'Edwards a été
occis, vraisemblablement pendu. Qu'est-il sur-
venu après l'exécution ? Le bourreau s'est-il
livré à des libations exceptionnelles? A-t-il
trinqué à la prochaine fin légale d'un scélérat
fictif ou authentique ? A-t-il supputé le gain
que lui rapporterait ce travail à venir, les feux
d'une nouvelle matinée sanglante ? Toujours
est-il qu'il s'est endormi — il prétend que c'est
du sommeil du juste -- dans l'express qui
s'éloignait de la tombe d'Edwards, et qu'il
s'est réveillé sur la voie ferrée, entre le train
qu'il venait d'abandonner, à l'improvisto et le
convoi de charbon qui arrivait en sens inverse.
Un inconnu — peut-être un revenant — aurait
voulu faire apprécier au fonctionnaire les char-
mes d'une exécution modem-style, encore peu
répandus. Monsieur l'exécuteur préfère de
beaucoup les drames où il joue le rôle actif.
Il devra toutefois un remerciement pécuniaire,
la prime d'une tête, su mécanicien du train
de charbon, qui a eu l'originale idée d'épar-
gner un bourreau et de le faire transporter à
l'hôpital. Les princ&s de la science réunis au
chevet du sympathique malade sont absolu-
ment certains de le sauver : ils sont de force à
guérir les égratignures.
Les ressources des bourreaux
Je m'étais d'abom intéressé à ce boul'rcau,le
croyant devenu honoraire. S'a fortune va m'é-
loigner de lui ; son inforlqtfo aussi: il me ré-
pugnera de le considérer en proie aux craintes
de vengeance, à la suiU de ses futurs exploits.
Oui, je vous entends: que ne renonce-t-il à ses
hautes fonctions, car vous savez qu'il est l'exé-
cuteur, non pas d/ ses semblables, mais des
« hautes œuvres »7 Pourquoi « hautes) ? Sans
doute parce qu'une potence ou une guillotine
dominent l'assistance. publique ou prétendue
telle.Mais alors, permettez-moi de vous le dire,
vous faites bon marché de ses instincts person-
nels et de ses penchants irrésistibles. Que vou-
lez-vous qu'il devienne, le pauvre, si vous lui
retirez la corde ou le couperet des mains?
Qu'il étrangle et qu'il décapite pour son compte
strictement personnel? Qu'il substitue à la loi
son intéressante individualité? Evidemment,
ce serait la seule modification conforme à ses
aptitudes; et il n'y a pas tant de différence
entre l'assassin et le bourreau, entre l'homme
qui répand le sang pour vivre et l'homme qui
tire ses moyens d'existence du sang qu'il ré-
pand. L'assassin est au suprême degré de
l'échelle des trépas, le bourreau apparaît au
dessous: qui se ressemble s'assemble, tout exé-
cuteur des hautes œuvres ne peut manquer de
faire des vœux sinistres en faveur de la multi-
plicité des crimes et du maintien de la peine de
mort. Le désir, commun aux poètes,d'améliorer
l'humanité, paraît néfaste aux hommes rouges
Avec quelle joie Samson dût-il couper la tête
d'André Chénier ?
Las métiers funèbres
En vain, nous dira-t-on,que le bourreau est
l'instrument, rien que l'instrument de la loi.
C'est possible. Mais il est — et c'est là co qui
constitue sa terrible responsabilité — un ins-
trument conscient. L'assassin est d'ordinaire
peu intéressant? J'y souscris. La peine de mort
est l'arme principale de la société contre le
crime? Il y aurait beaucoup à dire là-dessus,
et nos lecteurs savent bien quoi — car ils sont
comme nous partisans de. la suppression de
la peine de mort. Mais,ce qu'il faut mettre hors
de doute, c'est que, délibérément, do sa vo-
lonté propre, le bourreau s'est fait le fonction-
naire, patenté et rétribué, chargé d'alimenter
la souffrance et la mort. Or, tirer ses ressour-
ces, ou son bien-être, do ce que la terre recèle
de terrible et de mauvais, c'est à coup sûr
manquer de conscience ou employer épouvan-
tablement le peu qu'on en a. Je me suis tou-
jours demandé par suite de quelle oblitération
du sens moral un homme, qui pouvait trouver
tant d'autres moyens d'existence, n'y recourait
pas ; un malheureux qui, au pis aller pouvait
so tuer, vivait du meurtre et de la terreur qu'il
faisait métier de pratiquer et d'inspirer. Oh !
sans doute, tout métier qui vit de la mort est
horrible ! Fossoyeur, ensevelisseur, agent dos
pompes funèbres, sont des mots très capables
de donner le frisson aux malades et aux es-
prits faibles. Mais les êtres humains qui les ac-
colent à leurs noms, s'ils vivent aussi de la
mort et du deuil, vivent d'une mort et d'un
deuil acquis ;■ ils en profitent, ils s'y enrichis-
sent, mais ils ne l'ont pas provoqué. Dieu me
garde de vous les donner comme des types
d'idéal ; encore faut-il leur assigner une place
spéciale. Parfois même, et lorsque leurs fonc-
tions funèbres sont une conséquence d'un mé-
tier plus général, ils sont fort intéressants. Je
n'en veux que deux exemples : le menuisier et
le plombier de campagne. Ils ont adopté, le
premier l'industrie du bois, le second celle du
plomb. Conséquences terribles et souvent pres-
que imprévues, l'un est obligé de confectionner
un cercueil de chêne, l'autre un cercueil do
métal. Ne faut-il pas les plaindre, au lieu do les
blâcr.er, ces artisans que la nécessité d'une pro-
fession, tout autre, transforme, certain jour,
d'abord en fabricants de caisses mortuaires,
ensuite en ensevelisseurs ?
Mais donner la mort? Et comment, à qui ?
Dans la colère, à l'assassin dont vous êtes as-
sailli? Non pas: à l'inconnu qui peut n'être pas
le coupable !
Rêve et réalité
Lorsque j'effectuai, en qualité d'engagé con-
ditionnel, mon service militaire actif, j'avais
fréquemment le sommeil troublé par un cau-
chemar : je me voyais dans le peloton chargé
d'une exécution par les armes. Dans le rêve,
tout comme éveillé, j'interrogeais ma cons-
cience : qu'eussé-je fait ? Refuser d'obéir à
l'ordre qui m'était donné? C'était un acte d'in-
subordination auquel, certes, je recourrais au-
jourd'hui, quelles qu'en dussent être les consé-
quences,mais qui à cette époque m'eût fait hési-
ter. Non : je n'aurais rien dit, j'aurais tiré,
mais si haut et si maladroitement que seuls
l'azur do l'air ou quelque oiseau de passage au-
raient pu se plaindre de moi.
Les suites d'un grand dîner
Dans le même ordre d'idées, et pour finir sur
une note moins dramatique, même assez
joyeuse, je vous raconterai une aventure dont
un mien cousin — que j'aimais beaucoup —
fut le héros il y a quinze ans. Il assistait à un
banquet dont les convives étaient connus de
l'amphitryon (et encore?) mais ne so connais-
saient pas. Dès les hors-d'oeuvro, il avait lié
conversation avec un jeune homme charmant,
brillant causeur, d'aue érudition certaine. Il se
demandait auelle pouvait être la profession du
quidam; Il Pavait interrogé sur ce point; dis-
çiôlcraQiit d'aijordj puis avec quelque maigr
lance. Etait-co excès de modestie? Le jeune
homme répondait évasivement. Mais l'art fai-
sant le thème principal de la convortation,
mon cousin en avait déduit que son commen-
sal devait être artiste : sculpteur,peintre, œurv
sicien ou littérateur ? voilà co qu'il importait
de savoir. Il résolut d'être fixé, et le prenant
à part, sitôt qu'on se fut levé de table, il lo
somma de décliner ses nom et profession.
Le jeune homme so résigna, non sans un
soupir :
— Vous l'aurez voulu, dit-il, et à quoi bon ?
Je suis X., un des aides-bourreaux.
Je vous demande pardon du détail, mais
devant cette révélation provoquée à la fin du
repas, mon cousin, qui était d'un excellent
cœur, laissa croire aux assistants qu'il avait.
mauvais estomac 1
FERNAND GENDRIER.
LES EMPLOYÉS AUX PRUD'HOMMES
Le Sénat qui va avoir à s'occuper de nou-
veau du projet de loi déjà voté par la Chambre
sur les conseils des prud'hommes, saisira, nous
en sommes convaincus, l'occasion de réaliser
un progrès, en adoptant l'amendement Strauss,
qui rend les employés de commerce justicia-
bles des prud'hommes.
Il n'est pas, en matière d'administration do
la justice, de réforme plus urgente, et qui ren-
dra de plus réels services. Quelle raison peut-
on invoquer pour refuser aux employés la ju-
ridiction prud'homale dont jouissent les ou-
vriers? Est-ce qu'un employé qui gagne cent
vingt-cinq francs par mois est en état d'enga-
ger et de soutenir, pour la défense de ses ap-
pointements, des procès devant les tribunaux
civils et de commerce et devant les cours d'ap-
pel?
Nous croyons ne pas nous tromper en comp-
tant sur le Sénat républicain pour reconnaître
à l'employé de commerce le droit d'être jugé,
économiquement et rapidement, pour les ques-
tions professionnelles, par ses pairs, comme
le sont les travailleurs des divers syndicats.
» -
DÉLIBÉRATION ILLÉGALE
Le conseil municipal de Langueux ayant
voté une subvention de 20 francs pour le cal-
vaire de Tréguier, M. Robert, préfet des Côtes-
du Nord, a pris l'arrêté suivant :
Vu les articles 63 et 65 de la loi du 5 avril 1881;
Vu en date du 1" mars 1903, la délibération par
laquelle le conseil municipal de Langueux a voté
un crédit de 20 francs à titre de souscription pour
l'érection, à Tréguier, d'un calvaire dit de protes-
tation ;
Considérant que le calvaire en question n'a pas
le caractère d'un monument public, qu'en s'asso-
ciant à un acte de protestation contre les homma-
ges rendus à un écrivain illustre, avec l'assenti-
ment de l'autorité supérieure, le conseil municipal
de Langueux est sorti de ses attributions ; que sa
délibération se trouve par suite entachée de nul-
lité.
L'avis du conseil de préfecture entendu.
Arrêtons :
La délibération sus-visée du conseil municipal
de Langueux, en date du 1" mars 1903,est déclarée
nulle et de nul effet.
Les républicains seront unanimes à approu-
ver l'arrêté du préfet des Côtes-du-Nord. Le
pouvoir central ne peut avoir l'air de considé-
rer comme admissible la manifestation cléri-
cale dirigée contre la mémoire d'un grand écri-
vain dont l'œuvre honore la France.
L'arrêté de M. Robert dit bien ce qu'il veut
dire, et nous nous contentons d'en mettre le
texte sous les yeux de nos lecteurs, sans plus
do commentaires.
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UNITÉ MORALE
Les défenseurs des congrégations voudraient
bien faire croire qu'ils sont on même temps
les défenseurs de la liberté. Ils s'étonnent que
M. W-ildeck-Rousseau ait protesté contre la
division dos nouvelles générations en « deux
jeunesses ».
Et M. Denye-Cachin s'écriait hier à la
Chambre:
Les cérveaux humains sont de toutes sortes et il
en faut do toutes sortes parce qu'il faut des idées
de toutes sortes et que c'est du choc de ces idées
que sort le progrès humain.
Voilà une idée large, voilà une idée libérale!
Si les amis des moines parlent ainsi, sans doute
les moines eux-mêmes tiennent un langage
analogue? Justement, le Figaro nous parle des
sujets traités à Notre-Dame, à l'occasion du
Carême, par le R. P. Janvier, dominicain. Hâ-
tons-nous de lire. Notre confrère réactionnaire
parle de « l'impression considérable que l'ora-
teur a produite en appelant de tous ses vœux
l'avènement, dans nos sociétés si troublées, si-
non, hélas 1 d'une paix absolue, du moins
d'une paix relative basée sur un fonds de con-
corde et d'unité sans lequel la vie sociale est
intolérable ».
Et comment réaliser ce fonds de concorde et
d'unité ? Lisons toujours :
Dieu est le fondement et le sommet de la morale.
Ii n'y a pas de morale sans Dieu. L'histoire a infli-
gé de sanglants démentis à ceux qui ont essayé de
séparer les sociétés de Dieu.
Par conséquent, le dominicain entend sou-
mettre la société à Diou, c'est-à dire à l'Eglise.
Il ajouto :
Deux cités immenses se font une guerre impi-
toyable. Dans l'une, tout est Dieu, excepté Dieu.
Dans l'autre, rien n'est Dieu, excepté Dieu. Cette
dernière seule possède la vérité.
Telle est la doctrine des moines, dominicains
et autres. Ils possèdent la vérité, ils possèdent
seuls la vérité. Par suite, notre devoir est de
nous rallier à leurs enseignements.
Comme nous.ils veulent l'unité morale; mais
nous réclamons que le « fonds de concorde né-
cessaire soit constitué par des idées de tolérance
et de libre examen ».
Les religieux exigent que les citoyens abdi-
quent en leur faveur le droit de raisonner et
de discuter.
Où est la liberté? Où est la tyrannie? —
H. D.
UN BON JUGE EN ITALIE
(De notre. correspondant particulier)
Rome, 16 mars.
Le bon juge de Château-Thierry a trouvé un
émule en Italie. A Atesss, une pauvre vieille
femme, nommée Albina Lemme, était accusée
d'avoir pris quelques branches mortes dans la
forêt de la commune. La valeur du bois volé
était évaluée à cinquante centimes. La pauvre
femme a avoué, en disant: « J'ai eu tellement
froid.» Le magistrat, M. Vincent Jamnelli, a
acquitté l'accusée, en disant qu'elle avait agi
sous l'impulsion - d'une nécessité impérieuso.
Le jugement est approuvé par toute la popu-
lation.
————————-——— ———————————
LE COMTE IGNATIEFF
(De noire correspondait particulier)
S'iint-Pétcrsbourg, 16 mars.
Le comte Ignalieff qui, sur l'invitation du
tsar, a dû prendre un congé illimité et @ partir
pour l'étranger, no paraît guère avoir d'espoir
de pouvoir rentrer de sitôt en Russie. Il-vient
de vendre sa maison sis? au Quai Moïka et a
L renvoyé tous ses dQmQsUque~ ',-'
A LA CHAMBRE
1 LES CONGREGATIONS
La discussion générale sur les congréga-
tions se poursuit, toujours avec un certain
calme.
M. Massé prend la parole le premier. Elo-
quence mesurée, qui gagnerait à s'échauffer un
peu à certains passages, documentation nom-
breuse et précise. M. Massé prend rang parmi
les orateurs dont la venue à la tribune n'est
point indifférente.
M. Massé affirme que la Chambre est mai-
tresse de sa procédure. Puis:
M. Massé. — Une première constatation s'im-
pose : de 60.000 en 1789, à la veille de leur disper-
sion. les congréganistes s'élèvent aujourd'hui à
200.000. Leurs biens confisqués se sont reconsti-
tués et agrandis.
Ce ne sont pas des congrégations anciennes qui
se sont ainsi développées. Au contraire, elles meu-
rent peu à peu. Ce sont des congrégations nou-
velles nées après la loi de 1850, ardentes, vivaces,
actives, et plus préoccupées des soucis de ce monde
que d'intérêts spirituels.
Elles ont recours à tous les moyens les plus po-
sitifs, souvent les moins célestes, les plus matériels.
Ce sont les spéculations grossières de Saint-Antoine
de Padoue.
M. Aynard. — Encore saint Antoine.
M. Massé. — Changeons de saint si vous
voulez.
Avec les congrégations nouveau jeu, tous les
saints sont bons pour qu'elles exercent leur com-
merce. C'est un de mes amis de Lyon, M. Léon
Chaine, qui cite un exemple révoltant de ces appels
à la crédulité.
Une sœur molestée par un curé, supplia Saint-
Joseph de lui donner un avancement qui l'en dé-
barrassât. Ce ne fut pas en vain. Saint-Joseph l'en
débarrassa.
Mais comme le prêtre ne méritait pas d'être ré-
compensé, saint Joseph lui envoya, raconte Je Pro-
pagateur de Lyon, une bonne bronchite qui le tua;
tous les soirs, la sœur, en priant pour lui, re-
mercie tout de même saint Joseph de l'en avoir
débarrassée.
M. Aynard. — Puisque vous citez M. Chaine,
citez aussi le passage de son livre où il combat
toute la loi sur les congrégations.
M. Gayraud. — Le Propagateur a été blâmé
par la Semaine religieuse et n'est l'organe d'au-
cune congrégation.
M. Buisson. — C'est un des journaux reli-
gieux les plus répandus et les plus prospères.
M. Massé. — Toutes les congrégations se sou-
tiennent en publiant des bulletins pour tous leurs
membres; elles arrivent ainsi à exercer une action
politique.
M. Prache. — Vous devriez nous parler aussi
des francs-maçons. C'est une congrégation qui no
paye pas de laxe do mainmorte, pas de droits sur
les revenus; elle viole toutes les lois et elle est ce-
pendant administrée, depuis six ans, par des fonc-
tionnaires et des ministres, et vous avez l'audace
de vous plaiudre 1
M. Massé. — J'ai là plusieurs de ces bulle-
tins.
M. Rabier. - II y en a plus de cinq cents.
M. Massé. — On y voit clairement leur
action politique, l'un d'eux dit que le but à
poursuivre, c'est d'avoir des représentants chré-
tiens.
Les congrégations ont toujours essayé de lutter
contre les idées de liberté. Vous direz, messieurs,
si vous voulez que la France soit abaissée ou si vous
voulez qu'elle continue à être glorieuse et à défen-
dre les idées de liberté et de justice sociale. (Ap-
plaudissements à gauche.)
Discours de M. Denys-Cochin
M. Denys-Cochin, qui m'a l'air d'être un ner-
veux-lymphatique, à la mode de beaucoup de
bourgeois intelligents, a perdu, depuis quelque
temps, la bonne humeur qui avait fait son suc-
cès. Le geste fébrile, la voix saccadée, il a
moins de possession de lui-même que naguère,
et par suite, moins de maîtrise ; quand il con-
sulte ses notes, je remarque que le papier trem-
ble sous ses doigts.
M. Denys Cochrn est dans une disposition
d'esprit nouvellé pour lui; il multiplie les in-
cidents. C'est un genre qui ne lui convient
nullement. Il fera bien de revenir, s'il le peut,
à son ancienne manière.
M. Denys-Cochin s'en prend à M. Barthou.
M. Denys-Cochin. — En philosophie, je
comprends les changements les plus complets.
Chrétien, j'admets la possibilité d'une conversion,
dans un sens ou dans l'autre. Je comprends par-
faitement un savant, comme M. Berthelot, attaché
à des idées contraires à celles de M. Wurtz, et
acceptant plus tard la théorie atomique.
En matière politique, o'est différent. Là nous ne
défendons pas seulement nos idées, mais celles de
nos commettants, et quand nous changeons d'opi-
nion nous devons nous retirer pour nous repré-
senter devant eux. (Très bien ! très bien !)
Je ne dis cela pour personne et je ne veux pas
être accusé de faire des insinuations; je n'ensuis
pas moins amené à rappeler les déclarations faites
à Oloron par M. Barthou. quand il a dit que ce
serait déloyal de condamner en bloc les congré-
gations. (Interruptions.)
M. Barthou, - Je suis surpris que vous ne
teniez pas compte des explications que j'ai données
ensuite.
M. Denys-Cochin. - Vous avez dit qu'il y
aurait inj ustice et déloyauté à repousser toutes
les demandes. En ce qui concerne les congréga-
tions enseignantes vous avez ajouté que l'intérêt
de la République commandait de les examiner avec
une rigueur attentive. Je ne suppose pas que cette
rigueur attentive consiste dans le refus en bloc.
Je conclus tout au moins que pour les autres con.
grégations vous examinerez les demandes les unes
après les autres.
M. Barthou. - Je ne puis laisser se conti-
nuer une digression qui repose sur une inexacti-
tude. - -
Dans le discours d'Oloron auquel vous faites allu-
sion je me suis expliqué sur les congrégations on
général et sur les catégories en particulier. C'est à
propos des congrégations en général que j'ai dit
que je considérerais comme déloyal de refuser
toute autorisation. Et j'étais tellement disposé à
examiner certaines demandes que pour celles des
congrégations hospitalières et ayant des établisse-
ments à l'étranger j'ai déclaré ici-même que je les
examinerais favorablement.
En ce qui concerne les congrégations non ensei-
gnantes, j'ai déclaré qu'il fallait une rigueur plus
attentive, qu'il fallait examiner leurs origines,
leurs statuts leur dépendance d'une autorité étran-
gère, la nature de leur enseignement. J'ai ajouté
qu'il y aurait duperie excessive à favoriser des
établissements hostiles à la société moderne, à la
liberté de la République. (Très bien ! très bien 1 à
gauche. )
Et c'est parce que j'ai acquis la conviction que
toutes ces doctrines se ressemblent que je suis
décidé à n'accorder aucune autorisation. (Bruit à
droite.)
M. Denys-Cochin. — J'ai horreur des per-
sonnalités mais je ne crois pas dire d'inexactitu-
des lorsque je cite votre discours d'Oloron. Il res-
sort bien de votre discours que, si vous étiez résolu
à examiner les demandes d'autorisation avec ri-
gueur, cependant vous les examineriez l'une après
l'autre. Est-co cela qu'on appelle faire des person-
nalités ?
M. Marthou. — Comment! Vous ne vouiez pas
faire de personnalités et vous prononcez mon nom ;
vous me mettez en cause après avoir parlé du de-
voir que nous avons do nous retirer lorsque nous
ne sommes plus en communauté d'idées avec ceux
quo nous représentons!
Je maintiens que la politique que je défends a la
sympathie de mes électeurs; j'en reçois chaque ma-
tin lo témoignage, et je vous dis très haut qu'ils
m'approuvent lorsque je refuse de me prêter à une
manœuvre quelconque, soulignée par votre discours,
et qui, sous couleur de sympathie, tend à diviser la
majorité républicaine. (Applaudissements à gau-
cho et à l'extrême gauche. )
DôcHémont, M. Denys Cochin ne tient pas
le bon bouf.
Voici M. Ferdinand nuisson. Le président de
la commission protesta contre l'affirmtion de
ceux qui prôtendcçt que le rejet des deman-
des des congrégations est une alleiato à' la
liberté :
- M. BuissQii* — Quoi est donc gelqi des
droits nationaux que nous enlevons au conirréi'a.i
niste?
M. Gayraud. — Celui de s'assoeier avec qu &
lui plaît, celui-là même que vous reconnaissez Õ
tous les citoyens, sauf à lui.
M. Boisson. — C'est la liberté, la libération I
que nous voulons pour le congréganiste. (Exclamq.
tions a droite.) ¡
Oui, je le sais, c'est une idée déconcertante pour,
vous, neuve pour beaucoup, elle n'est quej uste pour
nous.
Nous n'admettons pas cette abdication indivi- (
duelle do la conscience humaine, entre les mains
d'un supérieur d'une congrégation. Nous voulons
supprimer tout l'outillage d'asservissement de 1/1 ¡
congrégation. (Vifs applaudissements à gauche) i
M.Denys-Coohin nous a demandé où nous alliuus il
où nous allons, je vais vous le dire.
Nous allons à l'accomplissement de cette vérité ré-i
publicaine que l'individu dott être libre et que nuti
ne deit abdiquer même volontairement une par-i
celle de saliberté. i
Nous refusons de mettre la signature de l'état
républicain au bas d'un contrat qui aliène la li- !
berté du citoyen. (Vifs applaudissements à gauche.:
Bruit à droite.) 1
La loi nous oblige à dire si nous entendons don-
ner la consécration législative aux congrégations. !
Nous n'avons pas d'autre question à examiner,
pas d'uutre réponse à donner. La réponse de la
commission c'est non. (Applaudissement. à gaU-{
che. Bruit à droite.) (
M. Buisson terminera son discours aujoup-j
d'hui. j
M. Prache dépose une demande d'interpella-
tion sur la franc-maçonnerie, qui est renvoya
à la suite -des autres.
H. D.
Voir à la 36 page
les Dernières Dépêches]'
de la nuit et '1
la Hevue des Journaux
du matin
LES CLIENTS DE SAINT-ANTOINE
- -,
Voici que le clergé. lui-même commencer
s'émouvoir de l'exploitation par les Francis-j
cain du pouvoir surnaturel de saint Antoine
do Padoue. Est-ce dans le but de moraliser Ull
peu l'église catholique, ou bien est-co parcetf
qu'ils pensent que. l'argent dont bénéficie ac
tuellement saint Antoine, serait, avec plus da:
profit pour eux, employé à des messes à in-î
tentions ou à des saints sacrifices d'actioa dg
grâces ? C
Toujours est-il que l'abbé Hemmer a ré-!
cemment protesté, avec assez de violence, fUll
congrès sacerdotal do Bourges contre ce qu'il ]
appelle les dévotions mercantiles. Il
M. l'abbé Hemmer est un joyeux pince sans
rire. Il a cité le cas du catholique convaincu,)
apportant à un prêtre dix francs pour saint'
Antoine,à l'effet de faire faire,par le bon saint, t
les diligences nécessaires pour qu'il obtienne;
promptement le divorce. t
Le prêtre refusa, paraît-il, l'offrande, étant !
donné le but antichrétien auquel elle était des-
tinée. Mais notre bon croyant jelasesdix francs'
dans le tronc de saint Antoine, obtint son di
vorce et se remaria civilement. Ce qui prouve
que, si saint An oine sait retrouver les objets;
perdus, il lui peut arriver aussi, par hasard,
de faire perdre la foi.
« Qu'y a-t-il d'étonnant, dit l'abbé Hemmer,'
si les fidèles, dans leur confiance dans la puis- ,
sance de l'argent, oublient de s'assurer de la
complète moralité de ce qu'ils demandent : les*
uns veulent un bon testament, les autres ua;
gros lot, d'autres une exemption de service
militaire à laquelle ils n'ont aucun droit; d'au-:
très un succès d'examen auxquels ils se sont
mal préparés. » 1
Ajoutons à cela le cas récent du gendarma
qui promit dix francs à Saint-Antoine s'il ar-
rivait à vendre dans de bonnes conditions un
cheval de réforme qu'il prètendait être vigou-
reux et bien constitué.
Gageons que ni le Pèlerin, ni la Croix, nl
tous les opuscules de la bonne presse, qui sont
autant de feuilles de réclame pour saint An-.
toine ne reproduiront les paroles de l'abbé
Hemmer. — Cela tuerait leur crédit. et elle
en ont tant besoin! — Charles Darcy. ,!
* "i
SUBORDINATION ABSURDE
Le Conseil d'Etat a, paraît-il, une question
à résoudre. C'est ainsi que l'énonçait, il y ai
quelque temps, notre ami Lucien Victor-Meu-,
nier. ;
« Le fait pour un Français d'être officier de
réserve ou de territoriale entraine-t-il pour lu i
privation ou diminution de ses droits de cirv
toyen ?» , i
Que diable f voilà une question que je suis
fort étonné de ne voir pas résolue au 20' siècla:
et qui me semble grosse de conséquences, si lat
Conseil d'Etat la tranche par l'affirmative. Si.
les officiers de la résêrve et de la territoriale,
même en dehors de leurs périodes, conservent;
envers leurs supérieurs dans l'armée le même
caractère de subordination que leurs frères da
l'active, qui nous assure qu'il n'en sera pas de
même demain en ce qui concerne les simples
soldats? et alors la France tout entière sera
sous la puissance du sabre.
Les injustices sans nombre et les multiples
abus d'autorité croîtront en raison du silence
obligatoire des anciens soldats ; quand la cons-
cience du citoyen dira : « Dévoile ! » La qualité
de soldat soufflera : « Chut l ou gare le Code ! »
Et c'est cette heure, où nous nous débattons
avec acharnement pour assurer la suprématie
du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, c'es.
cette minute que choisit le ministère publth
pour se demander si cette chose existe : la su-
bordination du civil au militaire ; car, lest
officiers comme les hommes de la réserve et da
la territoriale sont des civils dans toute l'ac-
ception du terme, sinon où seraient donc les
civils?
Résoudre la question ci-dessus par l'affirma-
tive, ce serait désorganiser l'armée en obli-
geant les officiers qui veulent rester citoyens à
donner leur démission ; ce serait hâter l'état
d'anarchie ; car, je le répète, après la subordi-
nation des officiers de réserve et de territoriale
on privera bientôt de certains de leurs droi..
tous les anciens soldats. - Jacques Ledroit.
Le feu chez l'émir d'AfghaDistaD
(De notre correspondant particulier)
Bombay, 16 mars.
Les dernières nouvelles de Caboul rapportent
qu'un incendie formidable a éclaté au palais de
l'émir d'Afghanistan. Grâce aux efforts des
pompiers improvisés, on a pu sauver le corps
principal du bâtiment, mais les deux ailes ont
été complètement détruites.
L'émir a fait frapper une médaille d'or à la
mémoire du saurelage de son appartement
personnel. On croit que l'incendie est dû à la
malveillance et que la veuve de l'émir Ab-
dourrahman ne serait pas tout à fait étrangère
à ce sinistre.
LES JESUITES EN ALSACE-LORRAINE -
(De notre correspondant particulier-
Strasbourg, 16 mars. 1
Une affiche judiciaire apposée au Palais ca.
justice de Metz annonce Tenregistrement d'une
Société en oommandite qui v:nt de se fondes
sous le Qom de « Société Immobilière de
PARIS A DÉPARTEMENTS''
Le - NrÂa o.J./{..I Q CENTI!\!:ES
ANNONCES ,' ,.J: ;'"i:
AUX BUREAUX DU JOtfRHÀfc
14, rue du Mail, Paris.
JfcchôZ MM. LAGRANGE, CERF à GH ;
6, place de la -Bourse, 6.
i
Adresse Télégraphique : XIXe SIÈCLE - PARIS
ABONNEMENTS
Paris Troiimoii 6f. Six mois 11 f. Un an 20-L
Départements — 7f. — 12 f. - 24"
Union Postale — 9f. — 16 f. - 82 té
Les Abonnements sont reçus s&ns fraia
dans tous les Bureaux de Posta J
RÉDACTION : 44, rue du Mail
Te 4 à 8 heures du soir et de 10 heures du soir à 1 heure du matin
No 12059 — Mercredi 18 Mars 1903
28 VENTOSE AN 111
- AUMimSTHATlOIV ; 14, me du JluiJ
Adresser lettres et mandais à l'administrateur
NOS LEADERS
GRIBOUILLE
II sied, je pense, de féliciter M. Am-
broise Rendu de la franchise - certains
diraient : du cynisme ; et je n'y verrais,
pour ma part, nul inconvénient - avec
laquelle il a présenté au conseil muni-
cipal sa proposition tendant à la créa-
tion, à Paris, d'un certain nombre d'a-
gences de pari mutuel.
M. Arobroise Rendu n'a pas cru de-
voir dissimuler que, pour lui, ce n'était
là qu'un commencement ; et il s'est,
sans circonlocutions, sans ambages,
montré très favorable, du moins en
principe, au rétablissement des maisons
de jeu, telles, sans doute, qu'elles ont
existé à Paris jusqu'en 1837. Voici com-
ment s'est exprimé M. Ambroise Rendu
parlant à un rédacteur du Petit Bleu.
« On a pu très légitimement se de-
mander s'il ne vaudrait pas mieux,
pour supprimer les tripots clandestins,
créer des maisons de jeu public dont le
produit servirait à alimenter le budget
de l'Assistance publique. Je crois que
la morale ne perdrait rien à cette créa-
tion, et que la bienfaisance y gagnerait
certainement. La question mérite donc
d'être examinée, et devra l'être un jour,
car les besoins et les misères parlent
plus haut que les raisonnements d'une
pudeur mal placée.
L'heure est prochaine où le pro-
blème se posera dans toute sa ri-
gueur. Nous ne craignons pas de dire
qu'il faudra, pour le résoudre, briser
les vieilles formules et les antiques
préjugés. Nous sommes loin des théo-
ries philosophiques ! La nécessité va
plus vite que les moralistes, et les pré-
cédera toujours sur le terrain des cho-
ses pratiques et des questions humani-
taires. »
Que vous semble de cet agréable ga-
limatias? En particulier, l'idée de créer
des maisons de jeu dans le but de sup-
primer les tripots, n'a pu venir qu'à
un descendant direct du très illustre
Gribouille. Saluons.
***
Mais M. Ambroise Rendu se fait tort
à lui-même en déclarant, comme on l'a
vu plus haut, que tous, tant que nous
sommes, « nous sommes loin des théo-
ries philosophiques ». Au cours de la
même interview, M. Ambroise Rendu a
émis deux aphorismes qui, si je ne me
trompe, ont bien l'air d'être ou de vou-
loir être des « théories philosophiques».
Celui-ci d'abord :
« Le vice, ou — si l'on aime mieux
« — le plaisir, doit venir en aide à la
« misère et à la souffrance. »
Et, un peu plus loin, après avoir dé-
claré que « sans nous occuper de la
moralité des paris aux courses, nous ne
devons pas, dans l'intérêt des malheu-
reux dont nous avons la charge, ne pas
profiter de cette situation », M. Am-
broise Rendu a formulé un deuxième
aphorisme ainsi conçu :
« Du mal lui-même, on peut tirer le
bien. »
N'est-ce pas qu'on dirait le refrain
d'une chanson de Béranger? Ça pour-
rait se fredonner sur l'air : « Dis-moi,
soldat, dis-moi t'en souviens-tu ? »
***
Quand on a réglementé le pari aux
courses, on a voulu l'interdire partout
ailleurs que sur les hippodromes, et
l'on a fixé le minimum des mises à 5 fr.,
précisément pour défendre autant que
possible les humbles, les pauvres, con-
tre cette maladie effroyable, pire que
l'alcool, qui s'appelle : le jeu.
M. Ambroise Rendu propose de re-
venir sur ce qui a été fait ; il désire met-
tre le pari à la portée de tous et sans
doute aussi, je pense, de toutes les
bourses; il veut, au lieu que les gens
soient forcés d'aller chercher le jeu,
que le jeu vienne les trouver, les pro-
voquer, dans leur rue, à leur porte,
chez eux.
Les ravages qu'exerce le pari aux
courses sont incommensurables; ce que
1'0£\ en sait est déjà effrayant ; et cer-
tes, ce que l'on sait n'est rien auprès de
te qu'on ignore. De combien de mal-
heureux, l'attrait d'un gain facile, indi-
gnement exploité par des industriels
sans scrupules, a-t-il causé la perte ?
On a gagné une fois, ou bien on en
connaît qui ont gagné ; on se laisse en-
traîner ; l'habitude, la volonté du tra-
vail sont abandonnées ; on roulera jus-
qu'au bas de la pente. Que de femmes
et d'enfants sanglotent, chaque diman-
che, tandis que l'homme est aux cour-
ses ! Et cela finit souvent devant les tri-
bunaux. Pourquoi ce pauvre diable que
l'on condamne et qui pleure, a-t-il
volé? Pour jouer aux courses. Que de-
viennent les petits êtres qui avaient
besoin de son travail pour vivre? M.
Ambroise Rendu propose de multiplier
à l'infini ces déchéances, ces ruines, ces
catastrophes.
Mais. (Et-iL c'est pour l'Assistance
publique. Fort bien. Cela veut dire qu'à
ceux que le pari aux courses aura ré-
duits à la mendicité,, on rendra un peu
de leur argent sous forme de bons de
pain. Gribouille, je te reconnais bien
ft !
***
Il y a plus. Car le pari aux courses est
la pire forme du jeu. Y a-t-il des cour-
ses sincères? Je n'en sais rien. Mais ce
que je sais bien, c'est que tout lé travail
auquel se livrent ceux qui ne veulent pas
parier au hasard, consiste à se rensei-
gner sur les chances probables do vol
organisé. Un bon « tuyau », c'est, par
exemple, la nouvelle susurrée de bouche
à oreille, que tel cheval qui, d'après ses
performances, devrait gagner, ne ga-
gnera pas,cela par suite d'arrangements
secrets; c'est encore la nouvelle, tenue
soigneusement mystérieuse, qu'un acci-
dent encore ignoré retire à tel ou tel
concurrent toute sa chance. Le pari aux
courses n'est autre qu'une immense en-
treprise de duperie mutuelle ; c'est à qui
pourra tromper l'autre, à qui saura le
mieux mentir. Autrement dit, c'est la
plus grande école de démoralisation,
d'avilissement moral qui ait jamais été
imaginée.
Dans la pratique du jeu aux courses,
non seulement l'aptitude au travail, la
possibilité même du long effort quoti-
dien se perdent, mais encore le senti-
ment du juste et de l'injuste, la notion
du bien et du mal. Nul fléau ne peut
être comparé à celui-ci.
Et nous contestons formellement,
absolument, que du mal puisse sortir le
bien. Non ! mille fois non ! tout le dé-
montre, tout le prouve; le mal ne
peut produire que le mal.
La proposition deM.Ambroise Rendu,
si, par malheur, elle était adoptée, ne
pourrait avoir d'autre effet que d'aug-
menter, dans de notables proportions,
sans doute, la misère et la criminalité.
Lucien Victor-Meunier.
TRANSACTION IMPOSSIBLE
A propos de certaines con-
grégations , divers journaux,
entre autres le Radical — et le
Temps semble confirmer — ont
publié qu'une transaction avait
été arrêtée, d'accord avec le
gouvernement et l'Union démo-
cratique. -
Je cite le Radical :
L'entente, écrit notre confrère, si elle n'est
déjà faite absolument, est bien près de se faire
sur les bases suivantes: M. Combes, ou bien
le rapporteur de la commission, déclareraient
à la Chambre qu'au lendemain du rejet en bloc
de toutes les demandes d'autorisation les con-
grégations enseignantes qui ont des établisse-
ments hospitaliers ou des établissements d'en-
seignement de la langue française à l'étranger
pourraient déposer des demandes d'autorisa-
tion spéciales pour ces établissements. Le
gouvernement instruirait ces demandes et en
saisirait la Chambre, qui serait ainsi à même
de se prononcer sur les cas particuliers qui
intéressent l' Union démocratique.
Pour ma part, je ne suis hostile à priori
à aucune transaction. Je préfère quelque
chose à rien du tout. Il faut reconnaître ce-
pendant que celle qui est proposée n'a au-
cune valeur juridique parlementaire. Il
est même impossible d'en entretenir sé-
rieusement la Chambre.
Je suppose que les déclarations, soit du
gouvernement, soit du rapporteur, ont
donné satisfaction aux modérés du bloc.
Le vote est acqnis. C'est-à-dire que toutes
les autorisations seront refusées. Quelles
en seront les conséquences ?
Premièrement, d'après l'article 18 de la
loi de 1901, toutes les congrégations, y
compris celles qui ont des missions ou
entretiennent des écoles et des hôpitaux en
Orient et en Extrême-Orient, sont dissou-
tes de plein droit. Elles n'existent plus. La
personnalité civile et morale dont elles
jouissent en fait à l'heure actuelle a dis-
paru. Un liquidateur est nommé. C'est lui
qui gère les biens, en attendant l'heure de
la ventilation.es biens, pour ainsi dire
séquestrés et mis sous scellés-si l'on peut
employer cêtte expression — deviennent
intangibles. - --
Deuxièmement. Comment peut-il y avoir
nouvelle demande en autorisation pour les
écoles, les missions ou les hôpitaux établis
à l'étranger, de la part de la congrégation
dissoute? En droit, la chose est impossible.
La congrégation, qui est morte, ne peut
plus demander d'autorisation. Ses mem-
bres, même réunis unanimement, ne peu-
vent constituer de nouvelle congrégation
en instance d'autorisation pour exercer
comme une sorte de répétition globale sur
les biens que la congrégation dissoute pos-
sédait à l'étranger. Le liquidateur n'a plus
de raison d'être dans ce cas et la loi est
abominablement violée. Quel gouverne-
ment oserait parler d'une pareille chose à
la Chambre ?
La transaction dont parlenilQ Radical etle
Temps est donc inadmissible. — Ch. B.
■1^1
ON DEMANDE DES RÉVÉRENDS
M. Barboni, curé des Lilas, ne nous l'envoie
pas dire; il charge les moines de prêcher le Ca-
rême dans sa paroisse: « Deux révérends pères
rédemptoristes, à la parole chaude, persuasive
et entraînante, ont consenti, sur ma demande,
à prêcher une mission dans notre paroisse.
Leurs prédications traiteront les grandes ques-
tions religieuses du jour, celles qui préoccu-
pent davantage tous les esprits. »
En d'autres termes, le prêtre séculier, tient
à se solidariser avec la moinerie en lui offrant
les églises que l'Etat a mises à la disposition du
seul clergé paroissial.
Si le clergé séculier lient à ce qu'on le con-
fonde avec les congrégations, nous n'y voyons
pas d'inconvénient pour notre part ;mais qu'il
ne so montre pas surpris, s'il s'aperçoit plus
tard que cette confusion entraîne ses ennuis.
Les Anglais meaasls à Aden
(De noWû correspondant particulier)
Adan, 16 mars.
Ds tribus hostilss aux Anglais, et comptant
environ 7,000 guerriers, sa préparent à atta-
quer les troupes anglaises dans l'hinterland
d'Aden. Les indigènes ont détruit les fils télé-
graphiques. Les troupes anglaises sont con-
centrées à Darakhan sous les ordres du géné-
rai Maillaud» -..
CHANCE DE BOURREAU
Après tuer ou après boire ? — Un mé-
canicien attentif.—Hommes noirs,
hommes rouges. — Le peloton
d'exécution. — Dessert.
avarié.
Dernièrement a eu lieu - en Angleterre, je
suppose, à moins que ce no soit en Ecosse ou
en Irlande — l'exécution d'un condamné nom-
mé Edwardc;, Je dis« condamné » et non « cri-
minel », car, la justice humaine devenant de
plus en plus faillible, rien ne prouve, jusqu'à
nouvel ordre, que nous ne fûmes pas en pré-
sence de l'erreur judiciaire à cataloguer sous
le numéro 27,823. Co qui parait certain — et,
là encore, je dis « paraît», attendu que les exé-
cutions ne sont guère publiques dans les pays
où l'anglais se parle — c'est qu'Edwards a été
occis, vraisemblablement pendu. Qu'est-il sur-
venu après l'exécution ? Le bourreau s'est-il
livré à des libations exceptionnelles? A-t-il
trinqué à la prochaine fin légale d'un scélérat
fictif ou authentique ? A-t-il supputé le gain
que lui rapporterait ce travail à venir, les feux
d'une nouvelle matinée sanglante ? Toujours
est-il qu'il s'est endormi — il prétend que c'est
du sommeil du juste -- dans l'express qui
s'éloignait de la tombe d'Edwards, et qu'il
s'est réveillé sur la voie ferrée, entre le train
qu'il venait d'abandonner, à l'improvisto et le
convoi de charbon qui arrivait en sens inverse.
Un inconnu — peut-être un revenant — aurait
voulu faire apprécier au fonctionnaire les char-
mes d'une exécution modem-style, encore peu
répandus. Monsieur l'exécuteur préfère de
beaucoup les drames où il joue le rôle actif.
Il devra toutefois un remerciement pécuniaire,
la prime d'une tête, su mécanicien du train
de charbon, qui a eu l'originale idée d'épar-
gner un bourreau et de le faire transporter à
l'hôpital. Les princ&s de la science réunis au
chevet du sympathique malade sont absolu-
ment certains de le sauver : ils sont de force à
guérir les égratignures.
Les ressources des bourreaux
Je m'étais d'abom intéressé à ce boul'rcau,le
croyant devenu honoraire. S'a fortune va m'é-
loigner de lui ; son inforlqtfo aussi: il me ré-
pugnera de le considérer en proie aux craintes
de vengeance, à la suiU de ses futurs exploits.
Oui, je vous entends: que ne renonce-t-il à ses
hautes fonctions, car vous savez qu'il est l'exé-
cuteur, non pas d/ ses semblables, mais des
« hautes œuvres »7 Pourquoi « hautes) ? Sans
doute parce qu'une potence ou une guillotine
dominent l'assistance. publique ou prétendue
telle.Mais alors, permettez-moi de vous le dire,
vous faites bon marché de ses instincts person-
nels et de ses penchants irrésistibles. Que vou-
lez-vous qu'il devienne, le pauvre, si vous lui
retirez la corde ou le couperet des mains?
Qu'il étrangle et qu'il décapite pour son compte
strictement personnel? Qu'il substitue à la loi
son intéressante individualité? Evidemment,
ce serait la seule modification conforme à ses
aptitudes; et il n'y a pas tant de différence
entre l'assassin et le bourreau, entre l'homme
qui répand le sang pour vivre et l'homme qui
tire ses moyens d'existence du sang qu'il ré-
pand. L'assassin est au suprême degré de
l'échelle des trépas, le bourreau apparaît au
dessous: qui se ressemble s'assemble, tout exé-
cuteur des hautes œuvres ne peut manquer de
faire des vœux sinistres en faveur de la multi-
plicité des crimes et du maintien de la peine de
mort. Le désir, commun aux poètes,d'améliorer
l'humanité, paraît néfaste aux hommes rouges
Avec quelle joie Samson dût-il couper la tête
d'André Chénier ?
Las métiers funèbres
En vain, nous dira-t-on,que le bourreau est
l'instrument, rien que l'instrument de la loi.
C'est possible. Mais il est — et c'est là co qui
constitue sa terrible responsabilité — un ins-
trument conscient. L'assassin est d'ordinaire
peu intéressant? J'y souscris. La peine de mort
est l'arme principale de la société contre le
crime? Il y aurait beaucoup à dire là-dessus,
et nos lecteurs savent bien quoi — car ils sont
comme nous partisans de. la suppression de
la peine de mort. Mais,ce qu'il faut mettre hors
de doute, c'est que, délibérément, do sa vo-
lonté propre, le bourreau s'est fait le fonction-
naire, patenté et rétribué, chargé d'alimenter
la souffrance et la mort. Or, tirer ses ressour-
ces, ou son bien-être, do ce que la terre recèle
de terrible et de mauvais, c'est à coup sûr
manquer de conscience ou employer épouvan-
tablement le peu qu'on en a. Je me suis tou-
jours demandé par suite de quelle oblitération
du sens moral un homme, qui pouvait trouver
tant d'autres moyens d'existence, n'y recourait
pas ; un malheureux qui, au pis aller pouvait
so tuer, vivait du meurtre et de la terreur qu'il
faisait métier de pratiquer et d'inspirer. Oh !
sans doute, tout métier qui vit de la mort est
horrible ! Fossoyeur, ensevelisseur, agent dos
pompes funèbres, sont des mots très capables
de donner le frisson aux malades et aux es-
prits faibles. Mais les êtres humains qui les ac-
colent à leurs noms, s'ils vivent aussi de la
mort et du deuil, vivent d'une mort et d'un
deuil acquis ;■ ils en profitent, ils s'y enrichis-
sent, mais ils ne l'ont pas provoqué. Dieu me
garde de vous les donner comme des types
d'idéal ; encore faut-il leur assigner une place
spéciale. Parfois même, et lorsque leurs fonc-
tions funèbres sont une conséquence d'un mé-
tier plus général, ils sont fort intéressants. Je
n'en veux que deux exemples : le menuisier et
le plombier de campagne. Ils ont adopté, le
premier l'industrie du bois, le second celle du
plomb. Conséquences terribles et souvent pres-
que imprévues, l'un est obligé de confectionner
un cercueil de chêne, l'autre un cercueil do
métal. Ne faut-il pas les plaindre, au lieu do les
blâcr.er, ces artisans que la nécessité d'une pro-
fession, tout autre, transforme, certain jour,
d'abord en fabricants de caisses mortuaires,
ensuite en ensevelisseurs ?
Mais donner la mort? Et comment, à qui ?
Dans la colère, à l'assassin dont vous êtes as-
sailli? Non pas: à l'inconnu qui peut n'être pas
le coupable !
Rêve et réalité
Lorsque j'effectuai, en qualité d'engagé con-
ditionnel, mon service militaire actif, j'avais
fréquemment le sommeil troublé par un cau-
chemar : je me voyais dans le peloton chargé
d'une exécution par les armes. Dans le rêve,
tout comme éveillé, j'interrogeais ma cons-
cience : qu'eussé-je fait ? Refuser d'obéir à
l'ordre qui m'était donné? C'était un acte d'in-
subordination auquel, certes, je recourrais au-
jourd'hui, quelles qu'en dussent être les consé-
quences,mais qui à cette époque m'eût fait hési-
ter. Non : je n'aurais rien dit, j'aurais tiré,
mais si haut et si maladroitement que seuls
l'azur do l'air ou quelque oiseau de passage au-
raient pu se plaindre de moi.
Les suites d'un grand dîner
Dans le même ordre d'idées, et pour finir sur
une note moins dramatique, même assez
joyeuse, je vous raconterai une aventure dont
un mien cousin — que j'aimais beaucoup —
fut le héros il y a quinze ans. Il assistait à un
banquet dont les convives étaient connus de
l'amphitryon (et encore?) mais ne so connais-
saient pas. Dès les hors-d'oeuvro, il avait lié
conversation avec un jeune homme charmant,
brillant causeur, d'aue érudition certaine. Il se
demandait auelle pouvait être la profession du
quidam; Il Pavait interrogé sur ce point; dis-
çiôlcraQiit d'aijordj puis avec quelque maigr
lance. Etait-co excès de modestie? Le jeune
homme répondait évasivement. Mais l'art fai-
sant le thème principal de la convortation,
mon cousin en avait déduit que son commen-
sal devait être artiste : sculpteur,peintre, œurv
sicien ou littérateur ? voilà co qu'il importait
de savoir. Il résolut d'être fixé, et le prenant
à part, sitôt qu'on se fut levé de table, il lo
somma de décliner ses nom et profession.
Le jeune homme so résigna, non sans un
soupir :
— Vous l'aurez voulu, dit-il, et à quoi bon ?
Je suis X., un des aides-bourreaux.
Je vous demande pardon du détail, mais
devant cette révélation provoquée à la fin du
repas, mon cousin, qui était d'un excellent
cœur, laissa croire aux assistants qu'il avait.
mauvais estomac 1
FERNAND GENDRIER.
LES EMPLOYÉS AUX PRUD'HOMMES
Le Sénat qui va avoir à s'occuper de nou-
veau du projet de loi déjà voté par la Chambre
sur les conseils des prud'hommes, saisira, nous
en sommes convaincus, l'occasion de réaliser
un progrès, en adoptant l'amendement Strauss,
qui rend les employés de commerce justicia-
bles des prud'hommes.
Il n'est pas, en matière d'administration do
la justice, de réforme plus urgente, et qui ren-
dra de plus réels services. Quelle raison peut-
on invoquer pour refuser aux employés la ju-
ridiction prud'homale dont jouissent les ou-
vriers? Est-ce qu'un employé qui gagne cent
vingt-cinq francs par mois est en état d'enga-
ger et de soutenir, pour la défense de ses ap-
pointements, des procès devant les tribunaux
civils et de commerce et devant les cours d'ap-
pel?
Nous croyons ne pas nous tromper en comp-
tant sur le Sénat républicain pour reconnaître
à l'employé de commerce le droit d'être jugé,
économiquement et rapidement, pour les ques-
tions professionnelles, par ses pairs, comme
le sont les travailleurs des divers syndicats.
» -
DÉLIBÉRATION ILLÉGALE
Le conseil municipal de Langueux ayant
voté une subvention de 20 francs pour le cal-
vaire de Tréguier, M. Robert, préfet des Côtes-
du Nord, a pris l'arrêté suivant :
Vu les articles 63 et 65 de la loi du 5 avril 1881;
Vu en date du 1" mars 1903, la délibération par
laquelle le conseil municipal de Langueux a voté
un crédit de 20 francs à titre de souscription pour
l'érection, à Tréguier, d'un calvaire dit de protes-
tation ;
Considérant que le calvaire en question n'a pas
le caractère d'un monument public, qu'en s'asso-
ciant à un acte de protestation contre les homma-
ges rendus à un écrivain illustre, avec l'assenti-
ment de l'autorité supérieure, le conseil municipal
de Langueux est sorti de ses attributions ; que sa
délibération se trouve par suite entachée de nul-
lité.
L'avis du conseil de préfecture entendu.
Arrêtons :
La délibération sus-visée du conseil municipal
de Langueux, en date du 1" mars 1903,est déclarée
nulle et de nul effet.
Les républicains seront unanimes à approu-
ver l'arrêté du préfet des Côtes-du-Nord. Le
pouvoir central ne peut avoir l'air de considé-
rer comme admissible la manifestation cléri-
cale dirigée contre la mémoire d'un grand écri-
vain dont l'œuvre honore la France.
L'arrêté de M. Robert dit bien ce qu'il veut
dire, et nous nous contentons d'en mettre le
texte sous les yeux de nos lecteurs, sans plus
do commentaires.
——————————— ———————————
UNITÉ MORALE
Les défenseurs des congrégations voudraient
bien faire croire qu'ils sont on même temps
les défenseurs de la liberté. Ils s'étonnent que
M. W-ildeck-Rousseau ait protesté contre la
division dos nouvelles générations en « deux
jeunesses ».
Et M. Denye-Cachin s'écriait hier à la
Chambre:
Les cérveaux humains sont de toutes sortes et il
en faut do toutes sortes parce qu'il faut des idées
de toutes sortes et que c'est du choc de ces idées
que sort le progrès humain.
Voilà une idée large, voilà une idée libérale!
Si les amis des moines parlent ainsi, sans doute
les moines eux-mêmes tiennent un langage
analogue? Justement, le Figaro nous parle des
sujets traités à Notre-Dame, à l'occasion du
Carême, par le R. P. Janvier, dominicain. Hâ-
tons-nous de lire. Notre confrère réactionnaire
parle de « l'impression considérable que l'ora-
teur a produite en appelant de tous ses vœux
l'avènement, dans nos sociétés si troublées, si-
non, hélas 1 d'une paix absolue, du moins
d'une paix relative basée sur un fonds de con-
corde et d'unité sans lequel la vie sociale est
intolérable ».
Et comment réaliser ce fonds de concorde et
d'unité ? Lisons toujours :
Dieu est le fondement et le sommet de la morale.
Ii n'y a pas de morale sans Dieu. L'histoire a infli-
gé de sanglants démentis à ceux qui ont essayé de
séparer les sociétés de Dieu.
Par conséquent, le dominicain entend sou-
mettre la société à Diou, c'est-à dire à l'Eglise.
Il ajouto :
Deux cités immenses se font une guerre impi-
toyable. Dans l'une, tout est Dieu, excepté Dieu.
Dans l'autre, rien n'est Dieu, excepté Dieu. Cette
dernière seule possède la vérité.
Telle est la doctrine des moines, dominicains
et autres. Ils possèdent la vérité, ils possèdent
seuls la vérité. Par suite, notre devoir est de
nous rallier à leurs enseignements.
Comme nous.ils veulent l'unité morale; mais
nous réclamons que le « fonds de concorde né-
cessaire soit constitué par des idées de tolérance
et de libre examen ».
Les religieux exigent que les citoyens abdi-
quent en leur faveur le droit de raisonner et
de discuter.
Où est la liberté? Où est la tyrannie? —
H. D.
UN BON JUGE EN ITALIE
(De notre. correspondant particulier)
Rome, 16 mars.
Le bon juge de Château-Thierry a trouvé un
émule en Italie. A Atesss, une pauvre vieille
femme, nommée Albina Lemme, était accusée
d'avoir pris quelques branches mortes dans la
forêt de la commune. La valeur du bois volé
était évaluée à cinquante centimes. La pauvre
femme a avoué, en disant: « J'ai eu tellement
froid.» Le magistrat, M. Vincent Jamnelli, a
acquitté l'accusée, en disant qu'elle avait agi
sous l'impulsion - d'une nécessité impérieuso.
Le jugement est approuvé par toute la popu-
lation.
————————-——— ———————————
LE COMTE IGNATIEFF
(De noire correspondait particulier)
S'iint-Pétcrsbourg, 16 mars.
Le comte Ignalieff qui, sur l'invitation du
tsar, a dû prendre un congé illimité et @ partir
pour l'étranger, no paraît guère avoir d'espoir
de pouvoir rentrer de sitôt en Russie. Il-vient
de vendre sa maison sis? au Quai Moïka et a
L renvoyé tous ses dQmQsUque~ ',-'
A LA CHAMBRE
1 LES CONGREGATIONS
La discussion générale sur les congréga-
tions se poursuit, toujours avec un certain
calme.
M. Massé prend la parole le premier. Elo-
quence mesurée, qui gagnerait à s'échauffer un
peu à certains passages, documentation nom-
breuse et précise. M. Massé prend rang parmi
les orateurs dont la venue à la tribune n'est
point indifférente.
M. Massé affirme que la Chambre est mai-
tresse de sa procédure. Puis:
M. Massé. — Une première constatation s'im-
pose : de 60.000 en 1789, à la veille de leur disper-
sion. les congréganistes s'élèvent aujourd'hui à
200.000. Leurs biens confisqués se sont reconsti-
tués et agrandis.
Ce ne sont pas des congrégations anciennes qui
se sont ainsi développées. Au contraire, elles meu-
rent peu à peu. Ce sont des congrégations nou-
velles nées après la loi de 1850, ardentes, vivaces,
actives, et plus préoccupées des soucis de ce monde
que d'intérêts spirituels.
Elles ont recours à tous les moyens les plus po-
sitifs, souvent les moins célestes, les plus matériels.
Ce sont les spéculations grossières de Saint-Antoine
de Padoue.
M. Aynard. — Encore saint Antoine.
M. Massé. — Changeons de saint si vous
voulez.
Avec les congrégations nouveau jeu, tous les
saints sont bons pour qu'elles exercent leur com-
merce. C'est un de mes amis de Lyon, M. Léon
Chaine, qui cite un exemple révoltant de ces appels
à la crédulité.
Une sœur molestée par un curé, supplia Saint-
Joseph de lui donner un avancement qui l'en dé-
barrassât. Ce ne fut pas en vain. Saint-Joseph l'en
débarrassa.
Mais comme le prêtre ne méritait pas d'être ré-
compensé, saint Joseph lui envoya, raconte Je Pro-
pagateur de Lyon, une bonne bronchite qui le tua;
tous les soirs, la sœur, en priant pour lui, re-
mercie tout de même saint Joseph de l'en avoir
débarrassée.
M. Aynard. — Puisque vous citez M. Chaine,
citez aussi le passage de son livre où il combat
toute la loi sur les congrégations.
M. Gayraud. — Le Propagateur a été blâmé
par la Semaine religieuse et n'est l'organe d'au-
cune congrégation.
M. Buisson. — C'est un des journaux reli-
gieux les plus répandus et les plus prospères.
M. Massé. — Toutes les congrégations se sou-
tiennent en publiant des bulletins pour tous leurs
membres; elles arrivent ainsi à exercer une action
politique.
M. Prache. — Vous devriez nous parler aussi
des francs-maçons. C'est une congrégation qui no
paye pas de laxe do mainmorte, pas de droits sur
les revenus; elle viole toutes les lois et elle est ce-
pendant administrée, depuis six ans, par des fonc-
tionnaires et des ministres, et vous avez l'audace
de vous plaiudre 1
M. Massé. — J'ai là plusieurs de ces bulle-
tins.
M. Rabier. - II y en a plus de cinq cents.
M. Massé. — On y voit clairement leur
action politique, l'un d'eux dit que le but à
poursuivre, c'est d'avoir des représentants chré-
tiens.
Les congrégations ont toujours essayé de lutter
contre les idées de liberté. Vous direz, messieurs,
si vous voulez que la France soit abaissée ou si vous
voulez qu'elle continue à être glorieuse et à défen-
dre les idées de liberté et de justice sociale. (Ap-
plaudissements à gauche.)
Discours de M. Denys-Cochin
M. Denys-Cochin, qui m'a l'air d'être un ner-
veux-lymphatique, à la mode de beaucoup de
bourgeois intelligents, a perdu, depuis quelque
temps, la bonne humeur qui avait fait son suc-
cès. Le geste fébrile, la voix saccadée, il a
moins de possession de lui-même que naguère,
et par suite, moins de maîtrise ; quand il con-
sulte ses notes, je remarque que le papier trem-
ble sous ses doigts.
M. Denys Cochrn est dans une disposition
d'esprit nouvellé pour lui; il multiplie les in-
cidents. C'est un genre qui ne lui convient
nullement. Il fera bien de revenir, s'il le peut,
à son ancienne manière.
M. Denys-Cochin s'en prend à M. Barthou.
M. Denys-Cochin. — En philosophie, je
comprends les changements les plus complets.
Chrétien, j'admets la possibilité d'une conversion,
dans un sens ou dans l'autre. Je comprends par-
faitement un savant, comme M. Berthelot, attaché
à des idées contraires à celles de M. Wurtz, et
acceptant plus tard la théorie atomique.
En matière politique, o'est différent. Là nous ne
défendons pas seulement nos idées, mais celles de
nos commettants, et quand nous changeons d'opi-
nion nous devons nous retirer pour nous repré-
senter devant eux. (Très bien ! très bien !)
Je ne dis cela pour personne et je ne veux pas
être accusé de faire des insinuations; je n'ensuis
pas moins amené à rappeler les déclarations faites
à Oloron par M. Barthou. quand il a dit que ce
serait déloyal de condamner en bloc les congré-
gations. (Interruptions.)
M. Barthou, - Je suis surpris que vous ne
teniez pas compte des explications que j'ai données
ensuite.
M. Denys-Cochin. - Vous avez dit qu'il y
aurait inj ustice et déloyauté à repousser toutes
les demandes. En ce qui concerne les congréga-
tions enseignantes vous avez ajouté que l'intérêt
de la République commandait de les examiner avec
une rigueur attentive. Je ne suppose pas que cette
rigueur attentive consiste dans le refus en bloc.
Je conclus tout au moins que pour les autres con.
grégations vous examinerez les demandes les unes
après les autres.
M. Barthou. - Je ne puis laisser se conti-
nuer une digression qui repose sur une inexacti-
tude. - -
Dans le discours d'Oloron auquel vous faites allu-
sion je me suis expliqué sur les congrégations on
général et sur les catégories en particulier. C'est à
propos des congrégations en général que j'ai dit
que je considérerais comme déloyal de refuser
toute autorisation. Et j'étais tellement disposé à
examiner certaines demandes que pour celles des
congrégations hospitalières et ayant des établisse-
ments à l'étranger j'ai déclaré ici-même que je les
examinerais favorablement.
En ce qui concerne les congrégations non ensei-
gnantes, j'ai déclaré qu'il fallait une rigueur plus
attentive, qu'il fallait examiner leurs origines,
leurs statuts leur dépendance d'une autorité étran-
gère, la nature de leur enseignement. J'ai ajouté
qu'il y aurait duperie excessive à favoriser des
établissements hostiles à la société moderne, à la
liberté de la République. (Très bien ! très bien 1 à
gauche. )
Et c'est parce que j'ai acquis la conviction que
toutes ces doctrines se ressemblent que je suis
décidé à n'accorder aucune autorisation. (Bruit à
droite.)
M. Denys-Cochin. — J'ai horreur des per-
sonnalités mais je ne crois pas dire d'inexactitu-
des lorsque je cite votre discours d'Oloron. Il res-
sort bien de votre discours que, si vous étiez résolu
à examiner les demandes d'autorisation avec ri-
gueur, cependant vous les examineriez l'une après
l'autre. Est-co cela qu'on appelle faire des person-
nalités ?
M. Marthou. — Comment! Vous ne vouiez pas
faire de personnalités et vous prononcez mon nom ;
vous me mettez en cause après avoir parlé du de-
voir que nous avons do nous retirer lorsque nous
ne sommes plus en communauté d'idées avec ceux
quo nous représentons!
Je maintiens que la politique que je défends a la
sympathie de mes électeurs; j'en reçois chaque ma-
tin lo témoignage, et je vous dis très haut qu'ils
m'approuvent lorsque je refuse de me prêter à une
manœuvre quelconque, soulignée par votre discours,
et qui, sous couleur de sympathie, tend à diviser la
majorité républicaine. (Applaudissements à gau-
cho et à l'extrême gauche. )
DôcHémont, M. Denys Cochin ne tient pas
le bon bouf.
Voici M. Ferdinand nuisson. Le président de
la commission protesta contre l'affirmtion de
ceux qui prôtendcçt que le rejet des deman-
des des congrégations est une alleiato à' la
liberté :
- M. BuissQii* — Quoi est donc gelqi des
droits nationaux que nous enlevons au conirréi'a.i
niste?
M. Gayraud. — Celui de s'assoeier avec qu &
lui plaît, celui-là même que vous reconnaissez Õ
tous les citoyens, sauf à lui.
M. Boisson. — C'est la liberté, la libération I
que nous voulons pour le congréganiste. (Exclamq.
tions a droite.) ¡
Oui, je le sais, c'est une idée déconcertante pour,
vous, neuve pour beaucoup, elle n'est quej uste pour
nous.
Nous n'admettons pas cette abdication indivi- (
duelle do la conscience humaine, entre les mains
d'un supérieur d'une congrégation. Nous voulons
supprimer tout l'outillage d'asservissement de 1/1 ¡
congrégation. (Vifs applaudissements à gauche) i
M.Denys-Coohin nous a demandé où nous alliuus il
où nous allons, je vais vous le dire.
Nous allons à l'accomplissement de cette vérité ré-i
publicaine que l'individu dott être libre et que nuti
ne deit abdiquer même volontairement une par-i
celle de saliberté. i
Nous refusons de mettre la signature de l'état
républicain au bas d'un contrat qui aliène la li- !
berté du citoyen. (Vifs applaudissements à gauche.:
Bruit à droite.) 1
La loi nous oblige à dire si nous entendons don-
ner la consécration législative aux congrégations. !
Nous n'avons pas d'autre question à examiner,
pas d'uutre réponse à donner. La réponse de la
commission c'est non. (Applaudissement. à gaU-{
che. Bruit à droite.) (
M. Buisson terminera son discours aujoup-j
d'hui. j
M. Prache dépose une demande d'interpella-
tion sur la franc-maçonnerie, qui est renvoya
à la suite -des autres.
H. D.
Voir à la 36 page
les Dernières Dépêches]'
de la nuit et '1
la Hevue des Journaux
du matin
LES CLIENTS DE SAINT-ANTOINE
- -,
Voici que le clergé. lui-même commencer
s'émouvoir de l'exploitation par les Francis-j
cain du pouvoir surnaturel de saint Antoine
do Padoue. Est-ce dans le but de moraliser Ull
peu l'église catholique, ou bien est-co parcetf
qu'ils pensent que. l'argent dont bénéficie ac
tuellement saint Antoine, serait, avec plus da:
profit pour eux, employé à des messes à in-î
tentions ou à des saints sacrifices d'actioa dg
grâces ? C
Toujours est-il que l'abbé Hemmer a ré-!
cemment protesté, avec assez de violence, fUll
congrès sacerdotal do Bourges contre ce qu'il ]
appelle les dévotions mercantiles. Il
M. l'abbé Hemmer est un joyeux pince sans
rire. Il a cité le cas du catholique convaincu,)
apportant à un prêtre dix francs pour saint'
Antoine,à l'effet de faire faire,par le bon saint, t
les diligences nécessaires pour qu'il obtienne;
promptement le divorce. t
Le prêtre refusa, paraît-il, l'offrande, étant !
donné le but antichrétien auquel elle était des-
tinée. Mais notre bon croyant jelasesdix francs'
dans le tronc de saint Antoine, obtint son di
vorce et se remaria civilement. Ce qui prouve
que, si saint An oine sait retrouver les objets;
perdus, il lui peut arriver aussi, par hasard,
de faire perdre la foi.
« Qu'y a-t-il d'étonnant, dit l'abbé Hemmer,'
si les fidèles, dans leur confiance dans la puis- ,
sance de l'argent, oublient de s'assurer de la
complète moralité de ce qu'ils demandent : les*
uns veulent un bon testament, les autres ua;
gros lot, d'autres une exemption de service
militaire à laquelle ils n'ont aucun droit; d'au-:
très un succès d'examen auxquels ils se sont
mal préparés. » 1
Ajoutons à cela le cas récent du gendarma
qui promit dix francs à Saint-Antoine s'il ar-
rivait à vendre dans de bonnes conditions un
cheval de réforme qu'il prètendait être vigou-
reux et bien constitué.
Gageons que ni le Pèlerin, ni la Croix, nl
tous les opuscules de la bonne presse, qui sont
autant de feuilles de réclame pour saint An-.
toine ne reproduiront les paroles de l'abbé
Hemmer. — Cela tuerait leur crédit. et elle
en ont tant besoin! — Charles Darcy. ,!
* "i
SUBORDINATION ABSURDE
Le Conseil d'Etat a, paraît-il, une question
à résoudre. C'est ainsi que l'énonçait, il y ai
quelque temps, notre ami Lucien Victor-Meu-,
nier. ;
« Le fait pour un Français d'être officier de
réserve ou de territoriale entraine-t-il pour lu i
privation ou diminution de ses droits de cirv
toyen ?» , i
Que diable f voilà une question que je suis
fort étonné de ne voir pas résolue au 20' siècla:
et qui me semble grosse de conséquences, si lat
Conseil d'Etat la tranche par l'affirmative. Si.
les officiers de la résêrve et de la territoriale,
même en dehors de leurs périodes, conservent;
envers leurs supérieurs dans l'armée le même
caractère de subordination que leurs frères da
l'active, qui nous assure qu'il n'en sera pas de
même demain en ce qui concerne les simples
soldats? et alors la France tout entière sera
sous la puissance du sabre.
Les injustices sans nombre et les multiples
abus d'autorité croîtront en raison du silence
obligatoire des anciens soldats ; quand la cons-
cience du citoyen dira : « Dévoile ! » La qualité
de soldat soufflera : « Chut l ou gare le Code ! »
Et c'est cette heure, où nous nous débattons
avec acharnement pour assurer la suprématie
du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, c'es.
cette minute que choisit le ministère publth
pour se demander si cette chose existe : la su-
bordination du civil au militaire ; car, lest
officiers comme les hommes de la réserve et da
la territoriale sont des civils dans toute l'ac-
ception du terme, sinon où seraient donc les
civils?
Résoudre la question ci-dessus par l'affirma-
tive, ce serait désorganiser l'armée en obli-
geant les officiers qui veulent rester citoyens à
donner leur démission ; ce serait hâter l'état
d'anarchie ; car, je le répète, après la subordi-
nation des officiers de réserve et de territoriale
on privera bientôt de certains de leurs droi..
tous les anciens soldats. - Jacques Ledroit.
Le feu chez l'émir d'AfghaDistaD
(De notre correspondant particulier)
Bombay, 16 mars.
Les dernières nouvelles de Caboul rapportent
qu'un incendie formidable a éclaté au palais de
l'émir d'Afghanistan. Grâce aux efforts des
pompiers improvisés, on a pu sauver le corps
principal du bâtiment, mais les deux ailes ont
été complètement détruites.
L'émir a fait frapper une médaille d'or à la
mémoire du saurelage de son appartement
personnel. On croit que l'incendie est dû à la
malveillance et que la veuve de l'émir Ab-
dourrahman ne serait pas tout à fait étrangère
à ce sinistre.
LES JESUITES EN ALSACE-LORRAINE -
(De notre correspondant particulier-
Strasbourg, 16 mars. 1
Une affiche judiciaire apposée au Palais ca.
justice de Metz annonce Tenregistrement d'une
Société en oommandite qui v:nt de se fondes
sous le Qom de « Société Immobilière de
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