Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-03-14
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 14 mars 1903 14 mars 1903
Description : 1903/03/14 (N12055). 1903/03/14 (N12055).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k75724061
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
OITKT Q CENTIMES le Nu:m.éro. PARIS & DÉPARTEMENTS - -- L© Numéro, CIN Q CENTIMES
- ; -' - ~BL ,.
- ANNONCES •
AUX BUREAUX DU JCvRNAL
\llL Pn-r;
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Ve 4 à 8 heures'du soir el de 10 heures du soir à 1 heure du malin
No 12055 — Samedi 14 Mars 1903
24 VENTOSE AN 111
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A (il.1 mandats à l'administrateur
NOS LEADERS
La réforme des
Conseils de révision
Répondant aux sénateurs qui l'inter-
pejlaient sur l'état sanitaire de l'armée,
le ministre de la guerre a fait connaî-
tre qu'il avait prescrit, à l'arrivée au
corps, « des visites très minutieuses
pendant une durée d'au moins six se-
maines », et qu'à la suite de ces visites
un très grand nombre de soldats avaient
été réformés.
Cela est fort bien sans doute, et l'on
ne peut que féliciter le général Andrc
des mesures qu'il a cru devoir prendre.
Mais le fait même qu'il a cru, avec
raison, devoir les prendre, démontre
que le docteur Labbé n'avait pas telle-
ment tort de se plaindre de la façon
dont les conseils de revision s'acquittent
de leur mission.
On a assurément très bien fait de ren-
voyer dans leurs foyers les milliers de
conscrits que des visites très minutieu-
ses, à l'arri vée au corps, ont fait recon-
naître pour impropres au service.
Mais on eût encore mieux fait de les
laisser chez eux.
On eût réalisé ainsi une forte écono-
mie, chose qui n'est point à dédaigner.
***
Les conseils de révision fonctionnent
, souvent, cela n'est que trop vrai, avec
une vraiment déplorable légèreté.
Je puis citer uu fait tout récent.
L'an dernier, une vieille dame —
dont le nom, autrefois, brilla dans le
firmament artistique de Paris — vint
me trouver, toute éplorée.Le conseil de
revision venait de déclarer bon pour le
service son peiit-fils. Or, ce jeune hom-
me était tuberculeux au troisième de-
gré. Il n'y avait qu'à le regarder pour
être convaincu qu'il ne pourrait sup-
porter les fatigues de la vie militaire ;
il avait la mort écrite sur le visage.
On restait stupéfié ; on se demandait ce
que les membres du conseil de revision
pouvaient avoir eu dans les yeux pour
ne pas voir ce que tout le monde, hé-
las ! voyait.
Cédant aux sollicitations pressantes
de la grand'mère, je tentai uue démar -
che au ministère de la guerre ; il me fut
répondu qu'il n'y avait rien à faire , le
conseil de revision s'était souveraine-
ment prononcé; le jeune soldat devait
rejoindre son corps ; là, il serait exa-
miné de nouveau ; on le renverrait, si
décidément on le trouvait malade.
Le malheureux enfant n'attendit pas
jusque-là ; il devait partir pour le régi-
ment dans les premiers jours de no-
vembre ; fin octobre, il était mort.
Combien de faits semblables pour-
rait-on citer, sans doute !
Et si maintenant, je disais !è-,i mot de
ce qui se passe pour l'armée territo-
riale.
*** *
Tenez : voici un croquis fait de sou-
venir" en quelques hâtifs traits de plu-
me,mais qui pourra avoir rintérêt d'une
«chose vue».C'est quelques jours après
l'arrivée des « treize jours ». La cour de
l'hôpital, vaste, plantée d'arbres, est
encombrée de territoriaux proposés
pour la réforme et que les commandants
de compagnie viennent présenter à la
commission.
Quelle collection ! Ici, assis par terre,
au soleil, un idiot bave, sourient. Plus
loin, un « peladeux » dont on s'écarte,
prudomment, offre aux regards son cuir
chevelu tigré de places blanches. Ail-
leurs, un éléphanliasique est entouré
avec curiosité; ses mains, monstrueu-
ses. pendent le long de son corps, inap-
tes à aucun usage.
Dans une petite salle où il fait trop
chaud, la commission de réforme tra-
vaille; les compagnies sont appelées
une à une. Un obèse se présente. On le
mesure : 137 de tour de taille. Et comme
l'un des officiers de la commission ha-
sarde un: «II a l'air solide, cependant »,
le médecin major riposte un: «Ah!
ca 1 est-ce que vous voulez faire de l'ar-
mée une cour des miracles ? » péremp-
toire. Ce sont surtout des phtisiques
qui défilent. Ah ! les pauvres gens !
quelle misère !
Un tout petit, tout noir, qui vient,
dans la cour, de raconter qu'il a pris
en Indo-Chine le germe de sa maladie, a
prestement enlevé blouse et chemise ;
on voit son torse cerclé de côtes qui
saillent, sa poitrine dont la peau se
creuse avec des reflets bleuâtres. Il ne
se fait pas d'illusion sur son état, ce-
lui-là ; il se sait « fichu » ; il crèvera la
cigarette aux lèvres, en blaguant. Mais
en voici un autre. Celui-ci se traîne. II
■ est livide; la sueur de l'agonie se glace,
visqueuse, sur son front; sous ses pom-
mettes enfiévrées, ses joues sont deux
trous; autour de son cou osseux s'en-
roule l'ironie d'un foulard de nuance
tendre; et dans ses yeux hagards flotte
l'horreur de la mort entrevue ; ses vê-
tements pendent désolément le long de
son corps. Est-ce un fantôme? Est-ce
t un cadavre déjà?
Le plus jeûne des deux médecins-
majors va parléiS l'interroger ; le plus
Vieux l'arrêté en le prenant par le bras :
Silence 1 il ne faut pas que le nom du
mal soit prononcé. Si cet infortuné, qtti
n'a sans doute pas un mois, pas huit
jours à vivre, qui sera mort demain
peut-être, conserve encore quelque illu-
sion, quelque espérance, oh ! qu'il les
conserve i.
D'une voix légèrement enrouée, ra-
pide, le vieux médecin dit : — « Sans
plus ample informé, je propose la ré-
forme. » C'est dit; entendu; va mourir
chez toi, malheureux, dont les os sem-
blent craquer à chaque mouvement,dont
le souffle sort haletant des poumons
ravagés.
Mais pourquoi l'a-t-on fait venir?
Pourquoi lui a-t-on imposé,à lui et aux
autres,ce déplacement coûteux pour eux,
coûteux pour le Trésor public ? Indem-
nité de route, aller et retour ; trois DU
quatre journées à la caserne ; quelques
francs pour chacun, dos millions pour
le pays.
Ne croyez-vous pas véritablement
qu'il y aurait quelque chose à faire?
que des mesures pourraient, devraient
être prises pour éviter ce gaspillage
douloureux? L'interpellation qui vient
d'être discutée au Sénat n'aura pas été
inutile si elle détermine le général An-
dré à étudier, à réaliser la réforme des
conseils de revision.
Ce n'est pas à l'arrivée au corps que
devraient être reconnus les faibles, les
malingres, les malades, c'est avant
toute incorporation. A procéder ainsi,
comme le veut la raison, on épargne-
rait beaucoup de temps, beaucoup d'ar-
gent et beaucoup de souffrances.
Lucien Victor-Meunier.
LES CONGRÉGATIONS
Le grand débat si impatiem-
ment attendu a enfin com-
mencé. Il a débuté, du côté de
l'opposition, par des paroles
de violence, des ricanements,
des mots d'esprit plus que dou-
teux, une attitude d'ensemble
qui évidemment laissent prévoir des séan-
ces agitées. La majorité républicaine fera
bien de ne pas répondre à ces provoco-
tions méditées par des interruptions qui
auraient pour résultats d'exciter un peu
plus les pass!ons et d'amener une obstruc-
tion plus systématique encore.
Inutile de s'arrêter ni au discours que
l'abbé Gayraud a surtout voulu faire subir
à la droite pour la punir de sa sévérité à
son égard, ni à l'incident ridicule concer-
nant Rabier, le rapporteur, ni même au
au prêche véhément de M. Lerolle, député
clérical, qui nous a promis une belle petite
guerre civile au cas où la Chambre n'au
toriserait pas les congrégations. Ce sont
là trois hors-d'œuvre dont la Chambre se
serait volontiers passée et qui, d'ailleurs,
ne compteront pas pour grand'chose dans
la discussion.
Mais, tout de suite après, un grand et
beau discours de Barthou. Il l'a fait avec
beaucoup de courage et de talent, bien or-
donné, nourri de documents et de démon-
strations juridiques, avec de ces ripostes
raides qui font taire l'adversaire et au mi-
lieu des applaudissements du parti répu-
blicain tout entier.
Et c'était justice. Barthou a beaucoup
gagné depuis quatre ans. D'abord — je le
dis sans malice — en rompant avec cer-
taines relations politiques qui l'avaient
quelque peu brouillé avec les républicains,
ce que le centre a voulu lui faire payer par
des interruptions désobligeantes; ensuite,
par la forme et la netteté de la pensée.
Vraiment, il a été très crâne. Il a eu
quelques beaux passages en faveur des
droits de la Société civique et laïque contre
l'esprit clérical. Il a tenu le vrai langage
républicain, ne reculant devant aucune res-
ponsabilité. Au point de vue juridique, il a
apporté des arguments de premier ordre.
Bref, une belle rentrée.
Nous en avons probablement pour cinq
ou six séances avant de passer au vote, et
c'est le vote qui est le plus important en
dépit de l'intérêt qui peut s'attacher à cer-
tains discours. J'espère que sous ce rap-
port, la majorité républicaine saura faire
son devoir. — Ch. B.
———————————— qb
LE DISCOURS DE CLEMENCEAU
Il ne faut pas que la grand débat qui s'est
ouvert à la Chambre nous etnpêchâl de donner
l'attention qu'il mérite au superbe et utile dis-
cours que M. Clemenceau a prononcé, hier, au
Sénat.
Il parlait d3 la santé de nos soldats ; inter-
rompu, hnrcalÓ, attaqué, par les hommes de la
droite, il a dit tout ce qu'il avait à dire ; il a
dénoncé des faits, il a montré de pauvres
conscrits surmenés, grelottant la fièvre, obligés
à des marches de vingt-trois kilomètres alors
que l'hôpital les réclamait ; il a dit les hor-
reurs du 39' d'infanterie, des casernemonts où
un phtisique éclaboussait de ses crachats le lit
de son voisin ; il a rappelé le surmenage des
jeunes soldats du 12' corps, qui, d'après l'ordre
du ministre, devaient être préparés en quatre
mois, et que le général préparait en deux
mois.
Il a bravement, loyalement, montré la plaie,
et les criailleries de la droite ne l'ont pas fait
reculer d'une semclIe. Et il a indiqué le re-
mède.
Le remède, il est dans ces quelques phrases
do l'admirable orateur :
« Le ministre de la guerre nous a parlé en
civil. Il nous a dit : « Laissez-moi le temps ; je
« prêcherai, je convertirai, j'amènerai tout le
« monde à nos idées ». Cela, c'est un langage
de civil, c'est-à-dire celui que nous avons le
droit de tenir en face des difficultés politiques
et autres que nous rencontrons chaque jour.
Mais vous, ministre de la guerre, l'instrument
de votre autorité, ce n'es! pas la persuasion
c'est l'autorité. Il faut, non persuader, mais
commander. Frappez s'il le faut, non à tort et
à travers, mais au bon endroit, à la tête. »
L'impression produite au Sénat par cette ha-
rangue hachée, heurtée, fougueuse, où chaque
phrase dit une vérité, dénonce un crime, indi-
que un argument, apporte une. solution, a été
énorme. Elle ne sera pas moindre dans le pays,
et elle sera durable. Ce discours n'aura pas
été prononcé en vain, il pO,l'lera ses fruits, pour
la santé de DOS enfants, pour l'honneur et pour
la gloire de cette armée de la République, dont
quelques fous malfaisants ont (erifé, en ces
dernières ancées, de faire leur cbose..
LA JOURNEE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBRE
LES CONGREGATIONS
Après la séance d'bior, un député nationa-
liste, s'adressant à un de nos confrères républi-
cains, lui disait :
- Je ne me fais pas d'illusion. Nous serons
battus à 80 voix au moins de majorité.
Ce njot indique bien l'état do découragement
où paraît déjà tombée l'opposition réaction-
naire. Le bloc, que cortains déclaraient un peu
pendillé. s'est retrouvé aussi compact, aussi
imposant que jamais ! Il faisait beau voir les
gauches soutenir de leurs applaudissements les
orateurs républicains. Du reste, ceux-ci ont
parlé avec l'énergie qui convenait.
La congrégation va subir un effroyable
échec. Les démocrates ont le droit de se réjouir.
Résumons les débats :
L'abbé Gayraud, peu écouté, développe d'a-
bord une motion préjudicielle tendant au ren-
voi du projet à la commission pour supplé-
ment d'étude. L'abbé parle longtemps, sans
dire grand'chose.
A un moment, M. Gayraud s'est écrié :
M. Gayraud. — Lorsque la Révolution, par
des décrets successifs, prohiba peu à peu tous les
ordres religieux, elle eut, du moins, le souci hu-
main d'assurer par des pensions l'existence maté-
rielle de chacun des congréganistes.
Charles Bos a eu une interruption très justi-
fiée :
M. Charles Bos. — Elle avait saisi leurs
biens. Que les congrégations nous donnent les
leurs et nous payerons des pensions aux religieux.
(Applaudissements. )
A quoi, M. Gayraud a répliqué, un peu naï-
vement:
M. Gayraud. - Comme la Révolution, vous
saisissez leurs biens, puisque vous les mettez sous
séquestre, puisque vous nommez des administra-
teurs, des liquidateurs.
Hélas non : nous n'avons pas encore accom-
pli l'oeuvre entamée par la Révolution.
M. Rabier, rapporteur, lui répond en deux
mots, que la commission repousse la motioQ.
L'abbé Gayraud revient à la tribune, proteste
avec véhémence contre l'attitude du rappor-
teur; finalement, retire sa motion. Il no se fai-
sait pas d'illusions sur son sort.
M. Lerolle succède à l'abbé Gayraud. M. Le-
rolle fait l'apologie des congrégations ; du
reste, avec sa longue barbe, avec son débit
« monacal », M. Lerolle ressemble par beau-
coup de traits à un frère prêcheur, et il nous
donne à la Chambre un exemple assez réussi
d'éloquence de la chaire.
Réponse à une calomnie
Le seuldétail vraiment intéressant de ce dis-
cours, c'est qu'il donne à M. Rabier l'occasion
de s'expliquer sur ce qu'on a appelé «l'inci-
dent Camille Dreyfus ». On sait que M. Rabier
a été accusé par la presse réactionnaire d'avoir
accepté comme collaborateur à son rapport M.
Camille Dreyfus, ancien député.
Sur une allusion de M. Lerolle à cette his-
toire, M. Rabier interrompt l'orateur réaction-
naire, monte à la tribune et fait. aux applau-
dissements de la Chambre, les très nettesdé-
clarations suivantes :
M. Uabier. — Je demande à répondre. Il
faut en finir tout de suite avec cet incident. La
plaisanterie a assez duré. S'il ne s'agissait que de
moi, je dédaignerais ces accusations (applaudisse-
ments à gauche), mais c'est l'œuvre de la commis-
sion qu'on veut attaquer.
Je m'attends à tout. L'ancien rapporteur de la
loi sur les associations, M. Trouillot, aujourd'hui
ministre, a été l'objet d'odieuses accusations ; il a
dû, dans sa campagne électorale, se défendre d'a-
voir volé dans les magasins du Louvre. On me
réserve sans doute des attaques semblables. (Ap-
plaudissements prolongés.)
Je ne veux pas faire l'éloge de M. Camille Drey-
fus, mais je puis bien dire qu'il est aujourd'hui
réhabilité, après un séjour sur la Côte-d'Ivoire.
Cet hommo est venu chez moi m'offrir de faire
un travail manuel que je ne pouvais pas faire moi-
même, à savoir corriger les épreuves. Cela a été
fait. (Mouvements divers.) Et c'est dans un bureau
de la Chambre, devant plus de dix députés, que
cette correction a été faite.
On a dit que j'avais détourné une lettre de l'am-
bassade d'Angleterre et une autre de M. Chaumié.
Voici la vérité.
Le 26 février, M. Camille Dreyfus vint me dire
que le Figaro lui avait envoyé un télégramme
pour lui hire une proposition. Plus tard, il me
dit que le Figaro, furieux d'avoir vu mon rapport
publié par le Temps, quelques heures après la dis-
tribution faite aux députés, lui demandait s'il n'a-
vait pas des documents iutéressants à publier. Je
répondis que, de l'approbation, ou du blâme ou du
mécontentement des journaux, je m'en moquais.
J'employai même un mot plus énergique.
La lettre de l'ambassadeur d'Angleterre concer-
nant les Bénédictins de Douai m'a été remise le
13 février et mon rapport est du 8 février.
Les Bénédictins de Soulac
M. de Baudry-d'Asson. — Ce ne sont pas
les Bénédictins de Douai, ce sont ceux de Soulac
sur lesquels vous devriez vous expliquer. (Rires à
droite.*
M. Uabier. - Oui, je sais, c'est encore une
autre plaisanterie : c'est la dame Seguin qui ex-
ploite le dentifrice dit des Bénédictins de Soulac.
Il n'y a qu'un malheur à cette version ; un juge-
ment récent du tribunal de Lesparrc déclare que
la dame Seguin n'est pas la propriétaire de cette
marque qui est la propriété des Bénédictins.
M. du Perler de Larsan. — Je vous ai
offert déjà de parier 500 francs (rires) pour les
pauvres que l'erreur de M. Brissou est certaine.
Vous parlez aujourd'hui d'un jugement qui cons-
tate l'existence des Bénédictins de Soulac Eh
bien ! M. le rapporteur, je vous mets au défi d'ap-
porter ce jugement.
M. Rabier. — La chose m'a été affirmée tout
à l'heure par le liquidateur nommé par le tribunal
de Soulac.
M. nabier, ayant ainsi fait justice, brave-
ment et brillammept, des insinuations clérica-
les, il rend la parole à l'orateur réactionnaire,
qui termine son discours de façon à obtenir
l'approbation de ses amis.
Discours de M. Barthou
La fin de la séance est prise par l'important
discours de M. Barthou. Celui-ci s'attaque
avec maëstria à la congrégation.
M, Barthou. — Le discours de M. Lerolle
montre toute l'importance de la discussion et indi-
que assez haut que chacun doit ici revendiquer
toute sa responsabilité. C'est à ce sentiment que
j'obéis en prenant la parole et je dirai dans toute
mon indépendance, sans me croire asservi, comme
semblait l'indiquer tout à l'heure M. Lerolle, pour-
quoi je défends les droits de la société civile et de
l'Etat laïque contre les empiétements du clergé.
(Applaudissements à gauche et à l'extrême gau-
che.)
C'est dans cet esprit que j'ai donné à la loi de
1901 mon adhésion mûrement réfléchie. La loi de
1901 a été contre les empiètements des congréga-
tions religieusesune mesure de précaution et de
défense nécessaires. Pour les. associations, elle a
ajouté une liberté de plus à toutes celles dont la
République a déjà doté le pays.
M. Lerolle a indiqué que ses amis et lui enten-
daient s'armer de la loi de 1901 en se constituant
en associations civiles. Sur ce terrain, nous ne re-
doutons ni la lutte, ni la concurrence.
Mais ce que.nous ne voulons pas, c'est que des
hommes se lient par des vœux perpétuels qui sont
la négation de la liberté humaine et l'abdication de
la personnalité humaine. (Applaudissements à
gauche.) •
Ce que nous ne voulons pas davantage, c'est que
se constituent des biens de main morte qui sont
pour la société civile une préoccupation constante
et une menace perpétuelle.
En écoutant M. Lerolle, je me rappelais que les
mêmes difficultés qui ont motivé la loi de 1901 se
produisaient au même instant en Espagne, .pays
monarchique et ultramontain. Le gouvernement
espagnol a dû prendre un décret obligeant les con-
grégations à se soumettre à une loi qui leur im-
pose l'autorisation.
Et j'admire l'ingénieuse souplesse avec laquelle
agissent partout et toujours los congrégations re-
ligieuses.
, Sont-elles dans un pays où le droit commun leur
permet l'existence ? Elles se réclament très haut
do ce régime de liberté ; elles se réclament du
droit commun, sauf à constituer bientôt, par l'u-
nion mystérieuse et prolongée de leurs membres,
par leurs ressources patiemment grossies, le plus
redoutable groupement, le plus dangereux des
privilèges.
S'agit-il de pays où on veut les soumettre à l'au-
torisation ? Aussitôt elles protestent.
En Espagne, comme chez nous, les congréga-
tions protestent et résistent Nous ne sommes donc
pas dans une situation exceptionnelle et nous ne
donnons pas, comme le prétend M. Lerolle, un
exemple que personne ne suit. C'est que tous les
pays, sentent la nécessité de mettre un terme à des
empiètements intolérables.
On nous demande au nom de qui nous parlons
et nous agissons ? Je réponds au nom du suffrage
universelle. (Vifs applaudissements à gauche.)
Les élections dernières se sont faites pour ou
contre la loi du 1er juillet 1901 ? Est-il un de ceux
qui ont voté cette loi qui n'ait été l'objet des pires
attaques et des plus odieuses calomnies ? Le suf-
frage universel s'est prononcé clairement et nette-
ment.
Les électeurs républicains ont exigé l'application
intégrale de la loi de 1901. Notre devoir est de leur
obéir et de ne pas reculer dans la défense de la
République.
M. Barthou montre ce que vaut la charité
des congréganistes en rappelanlle casdu « Bon-
Pasteur », il signale la superstition, très profi-
table aux franciscains de Saint-Antoine de Pa-
doue, qui retrouve les objets perdus.
L'orateur indique que l'origine des congré-
gations en cause est le mouvement de réaction
césarienne auquol la France dut la loi Fal-
loux.
Il se déclare nettement partisan du rejet en
bloc des autorisations, et conclut en ces ter-
mes : -
En refusant de voter le passage à la discussion
des article, j'entends refuser la liberté légale et
l'autorisation républicaine aux congrégations qui
enseignent le mépris des lois laïques, de la société
civile et la haine de la République. (Applaudisse-
ments à gauche.)
Je me refuse à m'associer aux lenteurs d'une
procédura incertaine, que les congrégations ont
saluée comme une espérance, mais que la démo-
cratie, désorientée et surprise, considérerait comme
une défaillance coupable. (Applaudissements pro-
longés à gauche, à l'extrême gauche et sur divers
bancs au centre.)
La suite de la discussion est renvoyée à au-
jourd'hui.
H. D.
AU SÉNAT
L'état sanitaire de l'armée
M. Gacon, dans la discussion sur l'état sani-
taire de l'armée, parle d'une cause de maladie
généralement ignorée : la distribution aux
troupes de viandes provenant d'animaux tu-
berculeux.
M. Gaeon. — Aujourd'hui, dès qu'un cultiva-
teur s'aperçoit, et cela lui est facile, qu'un de ces
animaux est atteint de tuberculose, il l'envoie à la
boucherie et ainsi se répandent dans l'alimentation
des viandes malsaines.
L'orateur pense que, en dehors de la discussion
qui se poursuit devant le Sénat, il faudrait ouvrir
une enquête sur les causes de la mortalité dans les
corps de troupe et les mesures nécessaires pour y
porter remède.
M. Gauthier demande que les casernes soient
mieux chauffées et aérées.
Discours de M. Clémenceau
M. Georges Clémenceau fait un admirable
discours.
M. Clemenceau. — Je voudrais essayer de
faire cesser l'inutile sacrifice de vies humaines qui
est le déshonneur de notre pays. Je dirai tout ce
que je pense.
Nous sommes un peuple très audacieux ; nous
avons fait des révolutions ; toute autorité est tenue
chaque matin de rendre des comptes. Si je critique
un général, on dit que je manque de respect à l'ar-
mée. Je veux cependant parler en toute liberté des
fonctions, sinon des personnes.
Les intentions de M. le ministre de la guerre
sont excellentes : je suis d'accord avec lui sur les
idées ; mais je diffère avec lui quant à la méthode
d'action. Il est trop optimiste.
11 ne faut pas oublier que l'armée prend les meil-
leurs et que beaucoup de malades sont réformés et
vont mourir dans leur famille. La mortalité de-
vrait être moins grande dans l'armée qne dans le
civil. Que deviennent dans la pratique les circu-
laires du ministre de la guerre? Comment sont-
elles appliquées ? C'est sur ce point tout particuliè-
rement que je veux m'expliquer.
Je vais prendre quelques exemples.
Le Sénat connaît par les journaux le cas du jeune
soldat Catbelineau, du 66' de ligne à Tours, mort
récemment à l'infirmerie dans des conditions qui
indiquent un défaut de surveillance de la part des
chefs et des médecins régimentaires.
Un autre cas, celui du canonnier Mille, du 27*
d'artillerie à Douai, également connu. Cet homme
aussi est mort dans des conditions étranges et pé-
nibles.
Enfin, il est un troisième cas dont le Sénat a en
tendu parler, je veux dire celui de ce jeune sol-
dat du 39' d'infanterie, décédé à Rouen, le 4 fé-
vrier dernier et dont le grand-père, par une lettre
que les journaux ont publiée, a raconté la triste
odyssée.
Nous ne reviendrons pas aujourd'hui sur les
faits révoltants auxquels se rapporte sar ce
point le discours de M. Clemenceau. Il pour-
suit ainsi :
Une chose est certaine, c'est que le règlement
porte qu'il doit y avoir dans chaque régiment une
compagnie spéciale pour les dispensés. A Rouen,
on en a fait deux, ce qui prouve encore comment
les règlements sont obéis dans l'armée. Car c'est
un fait qu'en ce moment nous vivons en pleine
anarchie militaire.
Nous avons des lois, des règlements, un minis-
tre. Tout cela semble construit pour marcher sous
une impulsion unique et pour obéir. Illusions! La
plupart des chefs font ce qu'ils veulent, n'en dé-
plaise au général André, malgré ses efforts. (Sou-
rires.) J'aime le général André parce que c'est un
vaillant. Il n'a reculé devant rien pour faire son
devoir. (Applaudissements.) Jo ne fais pas ici le
procès d'un officier, mais d'un système : j'ai le
droit de le faire. (Vifs applaudissements.)
Après ce magnifique discours, la suite de la
discussion est renvoyée à aujourd'hui.
H.D.
————————
LE TRUST DES PROPRIÉTAIRES
(De notre correspondant fJarticulferj
Stockholm, 12 mars.
Depuis le mois de janvier, les loyers, dans
ta capitale suédoise, ont augmenté d'une ma-
nière extraordinaire, sans qu'on ait pu en
trouver la cause. La presse a ouvert une en-
quête et a pu établir l'existence d'un trust des
propriétaires, association dont chaque membre
est passible d'une amende, s'il loue un loge-
ment au-dessous d'un chiffre fixé.
4>
CROMWELL ET LE FOOTBALL
[De noire correspondant particulier)
Londres, 12 mars.
Dune vieille-lettre qu'on vient de retrouver,
il ressort qu'Olivier Cromwell a pu' être un
.homme d'Etat remarquable, et même un grand
capitaine, mais qu'en fait de football il était
d'une infériorité pitoyable.
En eff 6t, dans le document en question, le
protecteur dit, en parlant de certains de ses
adversaires, avec lesquels il s'était rencontré
sur le champ de bataille : « il y eut une époque
où j'aurais redouté plus que n'importe quoi de
rencontrer ces messieurs sur le terrain du foot-
ball; car j'aurais été sûr d'être « rossé » (trip-
ped) par eux ».
—i——
La fermeture du Bonasteu
Le gouvernement a fermé la maison du Bon-
Pasteur de Nancy. C'est bien. Mais il y a hélas
d'autres maisons du Bon-Pasteur que celle de
Naocy, Ces dernières restent ouvertes. Enten-
dons-nous. En disunt qu'elles sont ouvertes,
nous ne voulons pas dire que la surveillance
de l'Etat ait les moyens de s'y exercer de façon
effective.
Nous constatons simplement que sur tes di-
verses succursales du Bon-Pasteur, une seule,
celle où Mlle Lecoanet a été martyrisée, a été
supprimée.
Les cléricaux les plus endurcis n'osent pas
prétendre que M. Combes ait eu la main trop
rude. Il est même pormis de trouver que la me-
sure prise par le ministre de l'intérieur a be-
soin d'être complétée.
Les pensionnaires de la maison do Nancy ont
été disséminées, nous dit-on. entre d'autres
établissements. S'agit-il d'établissements dé-
pendant de la même organisation congréga-
niste ? La chose est à craindre.
Eh bien, nous estimons qu'à côté do la res-
ponsabilité immédiate quiaélé sanctionnée par
la clôture do la maison de Nancy, il y a une
responsabilité indirecte. Celle-ci incombe à la
maison-mère qui s'est montrée incapable de
surveiller ses succursales et dont la négli-
gence a permis tes atrocités que l'on sait.
L'opinion ne comprendrait pas que l'on hé-
sitât à fermer la maison mère et, par la même
occasion, ainsi que pour les mêmes motifs —
à supprimer les établissements essaimés par la
congrégation compromise.
M. Combes n'a pas attendu, sans doute, les
conseils do la presse républicaine pour mettre
la question à l'étude. Les démocrates attendent
avec impatience les sanctions nécessaires.
IMPERIALES INTENTIONS
Les journaux de l'étranger s'occupant de ce
qu'ils appellent 1e manifeste des réformes que
vient de lancer le tsar.
Sans doute ce manifeste indique chez son-
auteur une certaine velléité de chercher en
quelque chose l'amélioration à ce qui existe en
Russie ; mais la distance est si grande aujour-
d'hui, entre ce qu'est l'état constitutionnel non
seulement chez nous mais chez la plupart des
peuples de l'Europe, et l'état purement arbi-
traire qui est encore le lot de la grande nation
russe, que nous en sommes à ne pas nous ren-
dre bien compte de l'espèce de progrès rêvé par
le tsar pour son peuple.
Il en est à parler de « la liberté de con-
science » ; il offre de prendre des mesures qui
« doivent permettre au paysan de quitter la
commune, lui faciliter le départ et alléger les
peines de prison actuellement édictées ». Il
propose «aux représentants de l'administration
provinciale ou locale de collaborer avec les re-
présentants du clergé orthodoxe à l'établisse-
ment des principes essentiels de la morale qui
doivent présider à la vie publique et qui seuls
peuvent procurer à chacun le développement
da son bien-être et lui assurer le plein exercice
de ses droits ».
C'est à l'application que la Russie pourra
voir ce que valent ces intentions impériales;
quelque chose nous dit que la moindre consti-
tution serait plus agréable à la nation que ce
long exposé de vœux un peu vagues.
RÉGIMENTS HONGROIS, OFFICIERS AUTRICHIENS
(De notre correspondant particulier)
Budapest, 12 mars.
Un des griefs les plus sérieux de la Hongrie
est celui ci : les régiments hongrois qui font
partie - de l'armée commune de l'Autriche
Hongrie ont des officiers autrichiens, pour la
plupart des Allemands, ne sachant pas parler
hongrois
Déjà, en 1868, l'empereur-roi s'était engagé
à changer cet état de choses. Il avait même si-
gné dans ce sens, un décret qui jusqu'ici est
resté sans exécution. En présence de la vive
agitation qui règne actuellement à propos de
la nouvelle loi militaire en Hongrie, le chef
suprême de l'armée a pris les dispositions né-
cessaires pour que dorénavant les régiments
hongrois soient commandés par des Hongrois.
C'est le premier pas vers la réalisation du
projet de crééer une armée nationale indé-
pendante.
LES INCIDENTS D'AUCH
Divisions fâcheuses entre républicains.
- Questions personnelles.- Récon-
ciliation nécessaire.
(De notre correspondant particulieri
Toulouse, 12 mars.
Comme nos lecteurs l'ont vu par le compte
rendu de l'interpeltotion Deslieux-Junca au
Sénat, et par l'article paru dans notre numéro
du 11 mars, les républicains de la ville d'Auch
sont fort divisés: il ne s'agit plus pour eux
de lutter contre les réactionnaires, mais de sa-
voir qui l'emportera de M. Destieux-Junca,
sénateur, ou de M. Decker-David, député, tacIS:
deux radicaux. Les élections municipales par-
tielles qui viennent d'avoir lieu ont fait entrer
10 partisans de M. Decker au conseil municipal,
tandis que les 16 membres ancien? et non dé-
missionnaires sont des amis de M. Deslieux.
Nous n'avons aucune envie d'intervenir dans
la lutte qui s'est engagée entre ces deux hom-
mes politiqnes; tous deux sont d'excellents ré-
publicains, et leur honorabilité est au-dessus
de tout soupçon.
Mais nous ne pouvons nous empêcher de re-
gretter vivement l'exemple démoralisant que
donne le conseil municipal d'Auch, où nous
voyons des hommes qui ont les mêmes opi-
nions se combattre mutuellement et chercher à
se discréditer les uns les autres.
La situation est d'autant plus grave que le
département du Gers est resté longtemps atta-
ché aux principes conservateurs (M. de Cassa-
gnac était encore, il y a quelque dix ans, le
maître du pays), et quo les républicains, bien
loin d'avoir des positions à perdre, ont encore
des sièges à gagner, notamment les sièges lé-
gislatifs de Lombez et de Condom. Or, la con-
tinuation de la lutte entre les diverses frac-
tions du parti avancé aboutirait fatalement à
la résurrection du parti réactionnaire qui ago-
nise, et à des élections dans le genre de celle
de Moissac.
Dans l'intérêt supérieur de la République, il
faut donc que MM. Destieux-Junca et Docker-
David sacrifient leurs convenances et leurs res-
sènlimonts personnels pour assurer, par l'u-
nion de tous les républicains, le triomphe des
idées démocratiques; nous ne doutons pas
qu'ils ne comprennent leur devoir et qu'ils ne
réservent à l'avenir leur talent et leurs forces
pour la lutte contre la réaction, — F. Fg
LES OBSÈQUES DE
- M. GASTON PARIS
Au Collège de France. — Les déléga-
tions. — Les discours. -
Les obsèques de M. Gaston Paris ont été cé-T
lébrées hier, à midi. A l'issue de la cérémonie
religieuse, le cortège s'est formédevant l'église
et s'est dirigé vers le Collège de France, dont la
cour avait été décorée de tenlure3 noires our
initiales du défunt administrateur. ;
Devant la grille du Collège de France, un
bataillon du 102' do ligne avec drapeau et mu- ;
sique rendait les honneurs.
Les cordons du poêle étaient tenus par MM.
Chaumié, Brunetière, Georges Perrot, Levas-
seur, sous-directeur du Collège de France,
Thévenin, sous directeur de l'Ecole des hautes-
études, Paul Meyer, directeur de l'Ecole des
chartes, Steuens, représentant l'Université de
Bonn, et Bédier, représentant les anciens élè-
ves de Gaston Paris,
En tête du cortège marchaient les représen-
tants des diverses sections de l'Institut, les dé-
légations de nombreuses sociétés savantes et
des grandes écoles de France et de l'étranger.
Le cercueil, sur lequel avait été placé l'ha-
bit d'académicien de Gaston Paris, a été trans-
porté sous le péristyle du Collège de France.
Le ministre de l'instruction publique a pris
le premier la parole :
La France, a-t-il dit, porté aujourd'hui le deuil
d'un de ses fils dont elle avait le plus le droit d'être
fière. Les manifestations de douldur et de regret
qui, de tous côtés, se sont produites à l'étranger à
la nouvelle de cette mort attestent quelle grande
place tenait dans le monde entier le savant célè-
bre, l'écrivain exquis, l'homme de haute conscience
et de grand cœur qu'était Gaston Paris.
M. Brunetière a succédé au ministre; il a
parlé au nom de l'Académie française et a
examiné l'œuvre de Gaston Paris.
Discours de MM Georges Perrot
et Levasseur
M. Georges Perrot, président de l'Académie
des inscriptions, après s'être attaché, en ana-
lysant lea deux ou trois ouvrages principaux
qui ont fondé la réputation de Gaston Paris, à
faire comprendre quelle a été sa supériorité et
pourquoi tous les romanistes s'accordaient à
saluer en lui le puissant promoteur de leurs
études, a rappelé que, non content de rédiger,
de savants mémoires, il s'était hardiment em-
ployé à créer des sociétés el des revues desti-
nées à grouper tes zélateurs de ses études et à
leur amener de nouvelles recrues.
Au nom du Collège de France, dont il est
sous-directeur, M. Levasseur, membre de l'Ins-
titut, a dit l'importance des services dont cet
établissement est redevable à son directeur M.
Gaston Paris, la reconnaissance qu'il en con-
serve et la douleur de tous ses collègues. Il a<
rappelé que le Collège de France et l'Ecole dea
hautes études ont été, pendant trente ans, la
foyer scientifique de Gaston Paris ; que c'est
de là qu'il a rayonné, par son enseignement
et par ses écrits, dans le monde des lettres.
Les autres orateurs
M. Louis Havet a dit :
C'est parce qu'il était un génie qu'il a féconda
d'autres études que bis siennes. A ses leçons ro-
manes, Beljame tenait apprendre comment on doit
publier Shakespeare; Psichari, par l'histoire du
vieux français, s'orientait dans la phonétique by-
zantine. Dans le Saint-Alexis de Paris, livre où il
semblait ne remuer que de la poussière française,
j'ai puisé des enseignements, les plus précieux que
j'aie jamais rencontrés, sur l'art d'exploiter les ma*
nuscrits latins. Lui-même, d'ailleurs, savait tout et
aurait pu tout enseigner. Mieux que personne, il
sentait qu'il y a une science, et non pas des scien-
cas. A vingt cinq ans, il fut un des fondateurs de
la Revue critique, qui renouvela ohez nous, en
bloc, toute l'atmosphère de toutes les études histo-
riques et philologiques, sans distinctiod de spécia-
lités et de filières.
M. Morel-Fafio, professeur suppléant auCof?
lège de France, a donné, au nom des anciens
élèves de Gaston Paris, « un dernier adieu à
l'incomparable maître qu'ils viennent de per-
dre et qu'ils pteurentn.
M. Antoine Thomas a parlé ensuite au nom
de la Société des Anciens Textes.
D'aulres allocutions ont encore été pronon-
cées par M. Georges Sleffens, délégué de la
section romane de l'Université de Bonn, par
M. Elie Berger, président de la Société de l'E-
cole des Chartes, et par le D1 Jeannin, au nom
de la Société des amis de la Marne.
Les discours prononcés, les assistants ont
défilé devant les membres de la famille. La cé-
rémonie était terminée.
Un fourgon des pompes funèbres a ensuite
transporté le cercueil à la gare Saint-Lazare,
d'où il a été dirigé sur Cérisy-Ia-Salle (Man-
che), où aura lieu l'inhumation.
Voix* à la 39 page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
LE TRESOR SECRET DES BOERS
(De notre correspondant particulier)
Hambourg, 12 mars.
Les Anglais, qui veulent à tout prix décou.
vrir le fameux trésor secret du Transvaal, ont
eu un nouveau déboire. Le chef d'un bureau
de police privée. M. Meisterknecht, avait con-
clu avec le gouvernement anglais un accord. Il
se faisait fort de découvrir les fonds, évalués à
environ 100 millions de francs, si on lui don..
nait 4 0i0 du montant, c'est-à-dire quatre mil-
lions.
Mais un concurrent, jaloux de M. Meisterk-
necht, avertit les chefs des Boers; il leur en-
voya même plusieursphotographies du fameux
chef, qui furent immédiatement expédiées dans
l'Afrique du Sud.
A peine M. Meisterknecht était-il arrivé à
Capelown, qu'il fut accueilli par des citoyens
fidèles de la République du Transvaal, qui ne
le quittèrent pins. Le policier amateur de Ham-
bourg a donc dû rentrer bredouille.
CONTRE L'AVANCEMENT AU CHOIX
On sait que les instituteurs se plaignent da
l'avancement au choix et qu'ils demandent sa
Suppression.
Les délégués des instituteurs au conseil dé-
partemental de l'Isère ont eu l'heureuse idée
d'appeler officiellemenlleurs collègues du dé-
parlement à se prononcer sur la question par
une sorte de référendum. Ils ont démissionné
pour permettre à leurs électeurs de manifestât
sur leurs noms,
contre les promotions au cbolx,lIUf permettent
souvent, disent ils, à un cancre portant beau, sa-
chant plier l'échiné et jouer à propos du pistont
de gagner iO,OfO, 15,000 numéros sur ses condis-
ciples plus intelligents, plus travailleurs et plus
digues que lui
Les instituteurs de l'Isère ont, a une énorme
majorité, réélu les délégués démissionnaires:
ils se sont ainsi netlement prononcés conlre les
promotions au choix. ,
L'exemple des délégués de Ilsère mérite
d'être suivi dans les autres départements. La
- ; -' - ~BL ,.
- ANNONCES •
AUX BUREAUX DU JCvRNAL
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24 VENTOSE AN 111
ATOHBNIS^0 ^| ,.-/. 4, rue du Mail
A (il.1 mandats à l'administrateur
NOS LEADERS
La réforme des
Conseils de révision
Répondant aux sénateurs qui l'inter-
pejlaient sur l'état sanitaire de l'armée,
le ministre de la guerre a fait connaî-
tre qu'il avait prescrit, à l'arrivée au
corps, « des visites très minutieuses
pendant une durée d'au moins six se-
maines », et qu'à la suite de ces visites
un très grand nombre de soldats avaient
été réformés.
Cela est fort bien sans doute, et l'on
ne peut que féliciter le général Andrc
des mesures qu'il a cru devoir prendre.
Mais le fait même qu'il a cru, avec
raison, devoir les prendre, démontre
que le docteur Labbé n'avait pas telle-
ment tort de se plaindre de la façon
dont les conseils de revision s'acquittent
de leur mission.
On a assurément très bien fait de ren-
voyer dans leurs foyers les milliers de
conscrits que des visites très minutieu-
ses, à l'arri vée au corps, ont fait recon-
naître pour impropres au service.
Mais on eût encore mieux fait de les
laisser chez eux.
On eût réalisé ainsi une forte écono-
mie, chose qui n'est point à dédaigner.
***
Les conseils de révision fonctionnent
, souvent, cela n'est que trop vrai, avec
une vraiment déplorable légèreté.
Je puis citer uu fait tout récent.
L'an dernier, une vieille dame —
dont le nom, autrefois, brilla dans le
firmament artistique de Paris — vint
me trouver, toute éplorée.Le conseil de
revision venait de déclarer bon pour le
service son peiit-fils. Or, ce jeune hom-
me était tuberculeux au troisième de-
gré. Il n'y avait qu'à le regarder pour
être convaincu qu'il ne pourrait sup-
porter les fatigues de la vie militaire ;
il avait la mort écrite sur le visage.
On restait stupéfié ; on se demandait ce
que les membres du conseil de revision
pouvaient avoir eu dans les yeux pour
ne pas voir ce que tout le monde, hé-
las ! voyait.
Cédant aux sollicitations pressantes
de la grand'mère, je tentai uue démar -
che au ministère de la guerre ; il me fut
répondu qu'il n'y avait rien à faire , le
conseil de revision s'était souveraine-
ment prononcé; le jeune soldat devait
rejoindre son corps ; là, il serait exa-
miné de nouveau ; on le renverrait, si
décidément on le trouvait malade.
Le malheureux enfant n'attendit pas
jusque-là ; il devait partir pour le régi-
ment dans les premiers jours de no-
vembre ; fin octobre, il était mort.
Combien de faits semblables pour-
rait-on citer, sans doute !
Et si maintenant, je disais !è-,i mot de
ce qui se passe pour l'armée territo-
riale.
*** *
Tenez : voici un croquis fait de sou-
venir" en quelques hâtifs traits de plu-
me,mais qui pourra avoir rintérêt d'une
«chose vue».C'est quelques jours après
l'arrivée des « treize jours ». La cour de
l'hôpital, vaste, plantée d'arbres, est
encombrée de territoriaux proposés
pour la réforme et que les commandants
de compagnie viennent présenter à la
commission.
Quelle collection ! Ici, assis par terre,
au soleil, un idiot bave, sourient. Plus
loin, un « peladeux » dont on s'écarte,
prudomment, offre aux regards son cuir
chevelu tigré de places blanches. Ail-
leurs, un éléphanliasique est entouré
avec curiosité; ses mains, monstrueu-
ses. pendent le long de son corps, inap-
tes à aucun usage.
Dans une petite salle où il fait trop
chaud, la commission de réforme tra-
vaille; les compagnies sont appelées
une à une. Un obèse se présente. On le
mesure : 137 de tour de taille. Et comme
l'un des officiers de la commission ha-
sarde un: «II a l'air solide, cependant »,
le médecin major riposte un: «Ah!
ca 1 est-ce que vous voulez faire de l'ar-
mée une cour des miracles ? » péremp-
toire. Ce sont surtout des phtisiques
qui défilent. Ah ! les pauvres gens !
quelle misère !
Un tout petit, tout noir, qui vient,
dans la cour, de raconter qu'il a pris
en Indo-Chine le germe de sa maladie, a
prestement enlevé blouse et chemise ;
on voit son torse cerclé de côtes qui
saillent, sa poitrine dont la peau se
creuse avec des reflets bleuâtres. Il ne
se fait pas d'illusion sur son état, ce-
lui-là ; il se sait « fichu » ; il crèvera la
cigarette aux lèvres, en blaguant. Mais
en voici un autre. Celui-ci se traîne. II
■ est livide; la sueur de l'agonie se glace,
visqueuse, sur son front; sous ses pom-
mettes enfiévrées, ses joues sont deux
trous; autour de son cou osseux s'en-
roule l'ironie d'un foulard de nuance
tendre; et dans ses yeux hagards flotte
l'horreur de la mort entrevue ; ses vê-
tements pendent désolément le long de
son corps. Est-ce un fantôme? Est-ce
t un cadavre déjà?
Le plus jeûne des deux médecins-
majors va parléiS l'interroger ; le plus
Vieux l'arrêté en le prenant par le bras :
Silence 1 il ne faut pas que le nom du
mal soit prononcé. Si cet infortuné, qtti
n'a sans doute pas un mois, pas huit
jours à vivre, qui sera mort demain
peut-être, conserve encore quelque illu-
sion, quelque espérance, oh ! qu'il les
conserve i.
D'une voix légèrement enrouée, ra-
pide, le vieux médecin dit : — « Sans
plus ample informé, je propose la ré-
forme. » C'est dit; entendu; va mourir
chez toi, malheureux, dont les os sem-
blent craquer à chaque mouvement,dont
le souffle sort haletant des poumons
ravagés.
Mais pourquoi l'a-t-on fait venir?
Pourquoi lui a-t-on imposé,à lui et aux
autres,ce déplacement coûteux pour eux,
coûteux pour le Trésor public ? Indem-
nité de route, aller et retour ; trois DU
quatre journées à la caserne ; quelques
francs pour chacun, dos millions pour
le pays.
Ne croyez-vous pas véritablement
qu'il y aurait quelque chose à faire?
que des mesures pourraient, devraient
être prises pour éviter ce gaspillage
douloureux? L'interpellation qui vient
d'être discutée au Sénat n'aura pas été
inutile si elle détermine le général An-
dré à étudier, à réaliser la réforme des
conseils de revision.
Ce n'est pas à l'arrivée au corps que
devraient être reconnus les faibles, les
malingres, les malades, c'est avant
toute incorporation. A procéder ainsi,
comme le veut la raison, on épargne-
rait beaucoup de temps, beaucoup d'ar-
gent et beaucoup de souffrances.
Lucien Victor-Meunier.
LES CONGRÉGATIONS
Le grand débat si impatiem-
ment attendu a enfin com-
mencé. Il a débuté, du côté de
l'opposition, par des paroles
de violence, des ricanements,
des mots d'esprit plus que dou-
teux, une attitude d'ensemble
qui évidemment laissent prévoir des séan-
ces agitées. La majorité républicaine fera
bien de ne pas répondre à ces provoco-
tions méditées par des interruptions qui
auraient pour résultats d'exciter un peu
plus les pass!ons et d'amener une obstruc-
tion plus systématique encore.
Inutile de s'arrêter ni au discours que
l'abbé Gayraud a surtout voulu faire subir
à la droite pour la punir de sa sévérité à
son égard, ni à l'incident ridicule concer-
nant Rabier, le rapporteur, ni même au
au prêche véhément de M. Lerolle, député
clérical, qui nous a promis une belle petite
guerre civile au cas où la Chambre n'au
toriserait pas les congrégations. Ce sont
là trois hors-d'œuvre dont la Chambre se
serait volontiers passée et qui, d'ailleurs,
ne compteront pas pour grand'chose dans
la discussion.
Mais, tout de suite après, un grand et
beau discours de Barthou. Il l'a fait avec
beaucoup de courage et de talent, bien or-
donné, nourri de documents et de démon-
strations juridiques, avec de ces ripostes
raides qui font taire l'adversaire et au mi-
lieu des applaudissements du parti répu-
blicain tout entier.
Et c'était justice. Barthou a beaucoup
gagné depuis quatre ans. D'abord — je le
dis sans malice — en rompant avec cer-
taines relations politiques qui l'avaient
quelque peu brouillé avec les républicains,
ce que le centre a voulu lui faire payer par
des interruptions désobligeantes; ensuite,
par la forme et la netteté de la pensée.
Vraiment, il a été très crâne. Il a eu
quelques beaux passages en faveur des
droits de la Société civique et laïque contre
l'esprit clérical. Il a tenu le vrai langage
républicain, ne reculant devant aucune res-
ponsabilité. Au point de vue juridique, il a
apporté des arguments de premier ordre.
Bref, une belle rentrée.
Nous en avons probablement pour cinq
ou six séances avant de passer au vote, et
c'est le vote qui est le plus important en
dépit de l'intérêt qui peut s'attacher à cer-
tains discours. J'espère que sous ce rap-
port, la majorité républicaine saura faire
son devoir. — Ch. B.
———————————— qb
LE DISCOURS DE CLEMENCEAU
Il ne faut pas que la grand débat qui s'est
ouvert à la Chambre nous etnpêchâl de donner
l'attention qu'il mérite au superbe et utile dis-
cours que M. Clemenceau a prononcé, hier, au
Sénat.
Il parlait d3 la santé de nos soldats ; inter-
rompu, hnrcalÓ, attaqué, par les hommes de la
droite, il a dit tout ce qu'il avait à dire ; il a
dénoncé des faits, il a montré de pauvres
conscrits surmenés, grelottant la fièvre, obligés
à des marches de vingt-trois kilomètres alors
que l'hôpital les réclamait ; il a dit les hor-
reurs du 39' d'infanterie, des casernemonts où
un phtisique éclaboussait de ses crachats le lit
de son voisin ; il a rappelé le surmenage des
jeunes soldats du 12' corps, qui, d'après l'ordre
du ministre, devaient être préparés en quatre
mois, et que le général préparait en deux
mois.
Il a bravement, loyalement, montré la plaie,
et les criailleries de la droite ne l'ont pas fait
reculer d'une semclIe. Et il a indiqué le re-
mède.
Le remède, il est dans ces quelques phrases
do l'admirable orateur :
« Le ministre de la guerre nous a parlé en
civil. Il nous a dit : « Laissez-moi le temps ; je
« prêcherai, je convertirai, j'amènerai tout le
« monde à nos idées ». Cela, c'est un langage
de civil, c'est-à-dire celui que nous avons le
droit de tenir en face des difficultés politiques
et autres que nous rencontrons chaque jour.
Mais vous, ministre de la guerre, l'instrument
de votre autorité, ce n'es! pas la persuasion
c'est l'autorité. Il faut, non persuader, mais
commander. Frappez s'il le faut, non à tort et
à travers, mais au bon endroit, à la tête. »
L'impression produite au Sénat par cette ha-
rangue hachée, heurtée, fougueuse, où chaque
phrase dit une vérité, dénonce un crime, indi-
que un argument, apporte une. solution, a été
énorme. Elle ne sera pas moindre dans le pays,
et elle sera durable. Ce discours n'aura pas
été prononcé en vain, il pO,l'lera ses fruits, pour
la santé de DOS enfants, pour l'honneur et pour
la gloire de cette armée de la République, dont
quelques fous malfaisants ont (erifé, en ces
dernières ancées, de faire leur cbose..
LA JOURNEE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBRE
LES CONGREGATIONS
Après la séance d'bior, un député nationa-
liste, s'adressant à un de nos confrères républi-
cains, lui disait :
- Je ne me fais pas d'illusion. Nous serons
battus à 80 voix au moins de majorité.
Ce njot indique bien l'état do découragement
où paraît déjà tombée l'opposition réaction-
naire. Le bloc, que cortains déclaraient un peu
pendillé. s'est retrouvé aussi compact, aussi
imposant que jamais ! Il faisait beau voir les
gauches soutenir de leurs applaudissements les
orateurs républicains. Du reste, ceux-ci ont
parlé avec l'énergie qui convenait.
La congrégation va subir un effroyable
échec. Les démocrates ont le droit de se réjouir.
Résumons les débats :
L'abbé Gayraud, peu écouté, développe d'a-
bord une motion préjudicielle tendant au ren-
voi du projet à la commission pour supplé-
ment d'étude. L'abbé parle longtemps, sans
dire grand'chose.
A un moment, M. Gayraud s'est écrié :
M. Gayraud. — Lorsque la Révolution, par
des décrets successifs, prohiba peu à peu tous les
ordres religieux, elle eut, du moins, le souci hu-
main d'assurer par des pensions l'existence maté-
rielle de chacun des congréganistes.
Charles Bos a eu une interruption très justi-
fiée :
M. Charles Bos. — Elle avait saisi leurs
biens. Que les congrégations nous donnent les
leurs et nous payerons des pensions aux religieux.
(Applaudissements. )
A quoi, M. Gayraud a répliqué, un peu naï-
vement:
M. Gayraud. - Comme la Révolution, vous
saisissez leurs biens, puisque vous les mettez sous
séquestre, puisque vous nommez des administra-
teurs, des liquidateurs.
Hélas non : nous n'avons pas encore accom-
pli l'oeuvre entamée par la Révolution.
M. Rabier, rapporteur, lui répond en deux
mots, que la commission repousse la motioQ.
L'abbé Gayraud revient à la tribune, proteste
avec véhémence contre l'attitude du rappor-
teur; finalement, retire sa motion. Il no se fai-
sait pas d'illusions sur son sort.
M. Lerolle succède à l'abbé Gayraud. M. Le-
rolle fait l'apologie des congrégations ; du
reste, avec sa longue barbe, avec son débit
« monacal », M. Lerolle ressemble par beau-
coup de traits à un frère prêcheur, et il nous
donne à la Chambre un exemple assez réussi
d'éloquence de la chaire.
Réponse à une calomnie
Le seuldétail vraiment intéressant de ce dis-
cours, c'est qu'il donne à M. Rabier l'occasion
de s'expliquer sur ce qu'on a appelé «l'inci-
dent Camille Dreyfus ». On sait que M. Rabier
a été accusé par la presse réactionnaire d'avoir
accepté comme collaborateur à son rapport M.
Camille Dreyfus, ancien député.
Sur une allusion de M. Lerolle à cette his-
toire, M. Rabier interrompt l'orateur réaction-
naire, monte à la tribune et fait. aux applau-
dissements de la Chambre, les très nettesdé-
clarations suivantes :
M. Uabier. — Je demande à répondre. Il
faut en finir tout de suite avec cet incident. La
plaisanterie a assez duré. S'il ne s'agissait que de
moi, je dédaignerais ces accusations (applaudisse-
ments à gauche), mais c'est l'œuvre de la commis-
sion qu'on veut attaquer.
Je m'attends à tout. L'ancien rapporteur de la
loi sur les associations, M. Trouillot, aujourd'hui
ministre, a été l'objet d'odieuses accusations ; il a
dû, dans sa campagne électorale, se défendre d'a-
voir volé dans les magasins du Louvre. On me
réserve sans doute des attaques semblables. (Ap-
plaudissements prolongés.)
Je ne veux pas faire l'éloge de M. Camille Drey-
fus, mais je puis bien dire qu'il est aujourd'hui
réhabilité, après un séjour sur la Côte-d'Ivoire.
Cet hommo est venu chez moi m'offrir de faire
un travail manuel que je ne pouvais pas faire moi-
même, à savoir corriger les épreuves. Cela a été
fait. (Mouvements divers.) Et c'est dans un bureau
de la Chambre, devant plus de dix députés, que
cette correction a été faite.
On a dit que j'avais détourné une lettre de l'am-
bassade d'Angleterre et une autre de M. Chaumié.
Voici la vérité.
Le 26 février, M. Camille Dreyfus vint me dire
que le Figaro lui avait envoyé un télégramme
pour lui hire une proposition. Plus tard, il me
dit que le Figaro, furieux d'avoir vu mon rapport
publié par le Temps, quelques heures après la dis-
tribution faite aux députés, lui demandait s'il n'a-
vait pas des documents iutéressants à publier. Je
répondis que, de l'approbation, ou du blâme ou du
mécontentement des journaux, je m'en moquais.
J'employai même un mot plus énergique.
La lettre de l'ambassadeur d'Angleterre concer-
nant les Bénédictins de Douai m'a été remise le
13 février et mon rapport est du 8 février.
Les Bénédictins de Soulac
M. de Baudry-d'Asson. — Ce ne sont pas
les Bénédictins de Douai, ce sont ceux de Soulac
sur lesquels vous devriez vous expliquer. (Rires à
droite.*
M. Uabier. - Oui, je sais, c'est encore une
autre plaisanterie : c'est la dame Seguin qui ex-
ploite le dentifrice dit des Bénédictins de Soulac.
Il n'y a qu'un malheur à cette version ; un juge-
ment récent du tribunal de Lesparrc déclare que
la dame Seguin n'est pas la propriétaire de cette
marque qui est la propriété des Bénédictins.
M. du Perler de Larsan. — Je vous ai
offert déjà de parier 500 francs (rires) pour les
pauvres que l'erreur de M. Brissou est certaine.
Vous parlez aujourd'hui d'un jugement qui cons-
tate l'existence des Bénédictins de Soulac Eh
bien ! M. le rapporteur, je vous mets au défi d'ap-
porter ce jugement.
M. Rabier. — La chose m'a été affirmée tout
à l'heure par le liquidateur nommé par le tribunal
de Soulac.
M. nabier, ayant ainsi fait justice, brave-
ment et brillammept, des insinuations clérica-
les, il rend la parole à l'orateur réactionnaire,
qui termine son discours de façon à obtenir
l'approbation de ses amis.
Discours de M. Barthou
La fin de la séance est prise par l'important
discours de M. Barthou. Celui-ci s'attaque
avec maëstria à la congrégation.
M, Barthou. — Le discours de M. Lerolle
montre toute l'importance de la discussion et indi-
que assez haut que chacun doit ici revendiquer
toute sa responsabilité. C'est à ce sentiment que
j'obéis en prenant la parole et je dirai dans toute
mon indépendance, sans me croire asservi, comme
semblait l'indiquer tout à l'heure M. Lerolle, pour-
quoi je défends les droits de la société civile et de
l'Etat laïque contre les empiétements du clergé.
(Applaudissements à gauche et à l'extrême gau-
che.)
C'est dans cet esprit que j'ai donné à la loi de
1901 mon adhésion mûrement réfléchie. La loi de
1901 a été contre les empiètements des congréga-
tions religieusesune mesure de précaution et de
défense nécessaires. Pour les. associations, elle a
ajouté une liberté de plus à toutes celles dont la
République a déjà doté le pays.
M. Lerolle a indiqué que ses amis et lui enten-
daient s'armer de la loi de 1901 en se constituant
en associations civiles. Sur ce terrain, nous ne re-
doutons ni la lutte, ni la concurrence.
Mais ce que.nous ne voulons pas, c'est que des
hommes se lient par des vœux perpétuels qui sont
la négation de la liberté humaine et l'abdication de
la personnalité humaine. (Applaudissements à
gauche.) •
Ce que nous ne voulons pas davantage, c'est que
se constituent des biens de main morte qui sont
pour la société civile une préoccupation constante
et une menace perpétuelle.
En écoutant M. Lerolle, je me rappelais que les
mêmes difficultés qui ont motivé la loi de 1901 se
produisaient au même instant en Espagne, .pays
monarchique et ultramontain. Le gouvernement
espagnol a dû prendre un décret obligeant les con-
grégations à se soumettre à une loi qui leur im-
pose l'autorisation.
Et j'admire l'ingénieuse souplesse avec laquelle
agissent partout et toujours los congrégations re-
ligieuses.
, Sont-elles dans un pays où le droit commun leur
permet l'existence ? Elles se réclament très haut
do ce régime de liberté ; elles se réclament du
droit commun, sauf à constituer bientôt, par l'u-
nion mystérieuse et prolongée de leurs membres,
par leurs ressources patiemment grossies, le plus
redoutable groupement, le plus dangereux des
privilèges.
S'agit-il de pays où on veut les soumettre à l'au-
torisation ? Aussitôt elles protestent.
En Espagne, comme chez nous, les congréga-
tions protestent et résistent Nous ne sommes donc
pas dans une situation exceptionnelle et nous ne
donnons pas, comme le prétend M. Lerolle, un
exemple que personne ne suit. C'est que tous les
pays, sentent la nécessité de mettre un terme à des
empiètements intolérables.
On nous demande au nom de qui nous parlons
et nous agissons ? Je réponds au nom du suffrage
universelle. (Vifs applaudissements à gauche.)
Les élections dernières se sont faites pour ou
contre la loi du 1er juillet 1901 ? Est-il un de ceux
qui ont voté cette loi qui n'ait été l'objet des pires
attaques et des plus odieuses calomnies ? Le suf-
frage universel s'est prononcé clairement et nette-
ment.
Les électeurs républicains ont exigé l'application
intégrale de la loi de 1901. Notre devoir est de leur
obéir et de ne pas reculer dans la défense de la
République.
M. Barthou montre ce que vaut la charité
des congréganistes en rappelanlle casdu « Bon-
Pasteur », il signale la superstition, très profi-
table aux franciscains de Saint-Antoine de Pa-
doue, qui retrouve les objets perdus.
L'orateur indique que l'origine des congré-
gations en cause est le mouvement de réaction
césarienne auquol la France dut la loi Fal-
loux.
Il se déclare nettement partisan du rejet en
bloc des autorisations, et conclut en ces ter-
mes : -
En refusant de voter le passage à la discussion
des article, j'entends refuser la liberté légale et
l'autorisation républicaine aux congrégations qui
enseignent le mépris des lois laïques, de la société
civile et la haine de la République. (Applaudisse-
ments à gauche.)
Je me refuse à m'associer aux lenteurs d'une
procédura incertaine, que les congrégations ont
saluée comme une espérance, mais que la démo-
cratie, désorientée et surprise, considérerait comme
une défaillance coupable. (Applaudissements pro-
longés à gauche, à l'extrême gauche et sur divers
bancs au centre.)
La suite de la discussion est renvoyée à au-
jourd'hui.
H. D.
AU SÉNAT
L'état sanitaire de l'armée
M. Gacon, dans la discussion sur l'état sani-
taire de l'armée, parle d'une cause de maladie
généralement ignorée : la distribution aux
troupes de viandes provenant d'animaux tu-
berculeux.
M. Gaeon. — Aujourd'hui, dès qu'un cultiva-
teur s'aperçoit, et cela lui est facile, qu'un de ces
animaux est atteint de tuberculose, il l'envoie à la
boucherie et ainsi se répandent dans l'alimentation
des viandes malsaines.
L'orateur pense que, en dehors de la discussion
qui se poursuit devant le Sénat, il faudrait ouvrir
une enquête sur les causes de la mortalité dans les
corps de troupe et les mesures nécessaires pour y
porter remède.
M. Gauthier demande que les casernes soient
mieux chauffées et aérées.
Discours de M. Clémenceau
M. Georges Clémenceau fait un admirable
discours.
M. Clemenceau. — Je voudrais essayer de
faire cesser l'inutile sacrifice de vies humaines qui
est le déshonneur de notre pays. Je dirai tout ce
que je pense.
Nous sommes un peuple très audacieux ; nous
avons fait des révolutions ; toute autorité est tenue
chaque matin de rendre des comptes. Si je critique
un général, on dit que je manque de respect à l'ar-
mée. Je veux cependant parler en toute liberté des
fonctions, sinon des personnes.
Les intentions de M. le ministre de la guerre
sont excellentes : je suis d'accord avec lui sur les
idées ; mais je diffère avec lui quant à la méthode
d'action. Il est trop optimiste.
11 ne faut pas oublier que l'armée prend les meil-
leurs et que beaucoup de malades sont réformés et
vont mourir dans leur famille. La mortalité de-
vrait être moins grande dans l'armée qne dans le
civil. Que deviennent dans la pratique les circu-
laires du ministre de la guerre? Comment sont-
elles appliquées ? C'est sur ce point tout particuliè-
rement que je veux m'expliquer.
Je vais prendre quelques exemples.
Le Sénat connaît par les journaux le cas du jeune
soldat Catbelineau, du 66' de ligne à Tours, mort
récemment à l'infirmerie dans des conditions qui
indiquent un défaut de surveillance de la part des
chefs et des médecins régimentaires.
Un autre cas, celui du canonnier Mille, du 27*
d'artillerie à Douai, également connu. Cet homme
aussi est mort dans des conditions étranges et pé-
nibles.
Enfin, il est un troisième cas dont le Sénat a en
tendu parler, je veux dire celui de ce jeune sol-
dat du 39' d'infanterie, décédé à Rouen, le 4 fé-
vrier dernier et dont le grand-père, par une lettre
que les journaux ont publiée, a raconté la triste
odyssée.
Nous ne reviendrons pas aujourd'hui sur les
faits révoltants auxquels se rapporte sar ce
point le discours de M. Clemenceau. Il pour-
suit ainsi :
Une chose est certaine, c'est que le règlement
porte qu'il doit y avoir dans chaque régiment une
compagnie spéciale pour les dispensés. A Rouen,
on en a fait deux, ce qui prouve encore comment
les règlements sont obéis dans l'armée. Car c'est
un fait qu'en ce moment nous vivons en pleine
anarchie militaire.
Nous avons des lois, des règlements, un minis-
tre. Tout cela semble construit pour marcher sous
une impulsion unique et pour obéir. Illusions! La
plupart des chefs font ce qu'ils veulent, n'en dé-
plaise au général André, malgré ses efforts. (Sou-
rires.) J'aime le général André parce que c'est un
vaillant. Il n'a reculé devant rien pour faire son
devoir. (Applaudissements.) Jo ne fais pas ici le
procès d'un officier, mais d'un système : j'ai le
droit de le faire. (Vifs applaudissements.)
Après ce magnifique discours, la suite de la
discussion est renvoyée à aujourd'hui.
H.D.
————————
LE TRUST DES PROPRIÉTAIRES
(De notre correspondant fJarticulferj
Stockholm, 12 mars.
Depuis le mois de janvier, les loyers, dans
ta capitale suédoise, ont augmenté d'une ma-
nière extraordinaire, sans qu'on ait pu en
trouver la cause. La presse a ouvert une en-
quête et a pu établir l'existence d'un trust des
propriétaires, association dont chaque membre
est passible d'une amende, s'il loue un loge-
ment au-dessous d'un chiffre fixé.
4>
CROMWELL ET LE FOOTBALL
[De noire correspondant particulier)
Londres, 12 mars.
Dune vieille-lettre qu'on vient de retrouver,
il ressort qu'Olivier Cromwell a pu' être un
.homme d'Etat remarquable, et même un grand
capitaine, mais qu'en fait de football il était
d'une infériorité pitoyable.
En eff 6t, dans le document en question, le
protecteur dit, en parlant de certains de ses
adversaires, avec lesquels il s'était rencontré
sur le champ de bataille : « il y eut une époque
où j'aurais redouté plus que n'importe quoi de
rencontrer ces messieurs sur le terrain du foot-
ball; car j'aurais été sûr d'être « rossé » (trip-
ped) par eux ».
—i——
La fermeture du Bonasteu
Le gouvernement a fermé la maison du Bon-
Pasteur de Nancy. C'est bien. Mais il y a hélas
d'autres maisons du Bon-Pasteur que celle de
Naocy, Ces dernières restent ouvertes. Enten-
dons-nous. En disunt qu'elles sont ouvertes,
nous ne voulons pas dire que la surveillance
de l'Etat ait les moyens de s'y exercer de façon
effective.
Nous constatons simplement que sur tes di-
verses succursales du Bon-Pasteur, une seule,
celle où Mlle Lecoanet a été martyrisée, a été
supprimée.
Les cléricaux les plus endurcis n'osent pas
prétendre que M. Combes ait eu la main trop
rude. Il est même pormis de trouver que la me-
sure prise par le ministre de l'intérieur a be-
soin d'être complétée.
Les pensionnaires de la maison do Nancy ont
été disséminées, nous dit-on. entre d'autres
établissements. S'agit-il d'établissements dé-
pendant de la même organisation congréga-
niste ? La chose est à craindre.
Eh bien, nous estimons qu'à côté do la res-
ponsabilité immédiate quiaélé sanctionnée par
la clôture do la maison de Nancy, il y a une
responsabilité indirecte. Celle-ci incombe à la
maison-mère qui s'est montrée incapable de
surveiller ses succursales et dont la négli-
gence a permis tes atrocités que l'on sait.
L'opinion ne comprendrait pas que l'on hé-
sitât à fermer la maison mère et, par la même
occasion, ainsi que pour les mêmes motifs —
à supprimer les établissements essaimés par la
congrégation compromise.
M. Combes n'a pas attendu, sans doute, les
conseils do la presse républicaine pour mettre
la question à l'étude. Les démocrates attendent
avec impatience les sanctions nécessaires.
IMPERIALES INTENTIONS
Les journaux de l'étranger s'occupant de ce
qu'ils appellent 1e manifeste des réformes que
vient de lancer le tsar.
Sans doute ce manifeste indique chez son-
auteur une certaine velléité de chercher en
quelque chose l'amélioration à ce qui existe en
Russie ; mais la distance est si grande aujour-
d'hui, entre ce qu'est l'état constitutionnel non
seulement chez nous mais chez la plupart des
peuples de l'Europe, et l'état purement arbi-
traire qui est encore le lot de la grande nation
russe, que nous en sommes à ne pas nous ren-
dre bien compte de l'espèce de progrès rêvé par
le tsar pour son peuple.
Il en est à parler de « la liberté de con-
science » ; il offre de prendre des mesures qui
« doivent permettre au paysan de quitter la
commune, lui faciliter le départ et alléger les
peines de prison actuellement édictées ». Il
propose «aux représentants de l'administration
provinciale ou locale de collaborer avec les re-
présentants du clergé orthodoxe à l'établisse-
ment des principes essentiels de la morale qui
doivent présider à la vie publique et qui seuls
peuvent procurer à chacun le développement
da son bien-être et lui assurer le plein exercice
de ses droits ».
C'est à l'application que la Russie pourra
voir ce que valent ces intentions impériales;
quelque chose nous dit que la moindre consti-
tution serait plus agréable à la nation que ce
long exposé de vœux un peu vagues.
RÉGIMENTS HONGROIS, OFFICIERS AUTRICHIENS
(De notre correspondant particulier)
Budapest, 12 mars.
Un des griefs les plus sérieux de la Hongrie
est celui ci : les régiments hongrois qui font
partie - de l'armée commune de l'Autriche
Hongrie ont des officiers autrichiens, pour la
plupart des Allemands, ne sachant pas parler
hongrois
Déjà, en 1868, l'empereur-roi s'était engagé
à changer cet état de choses. Il avait même si-
gné dans ce sens, un décret qui jusqu'ici est
resté sans exécution. En présence de la vive
agitation qui règne actuellement à propos de
la nouvelle loi militaire en Hongrie, le chef
suprême de l'armée a pris les dispositions né-
cessaires pour que dorénavant les régiments
hongrois soient commandés par des Hongrois.
C'est le premier pas vers la réalisation du
projet de crééer une armée nationale indé-
pendante.
LES INCIDENTS D'AUCH
Divisions fâcheuses entre républicains.
- Questions personnelles.- Récon-
ciliation nécessaire.
(De notre correspondant particulieri
Toulouse, 12 mars.
Comme nos lecteurs l'ont vu par le compte
rendu de l'interpeltotion Deslieux-Junca au
Sénat, et par l'article paru dans notre numéro
du 11 mars, les républicains de la ville d'Auch
sont fort divisés: il ne s'agit plus pour eux
de lutter contre les réactionnaires, mais de sa-
voir qui l'emportera de M. Destieux-Junca,
sénateur, ou de M. Decker-David, député, tacIS:
deux radicaux. Les élections municipales par-
tielles qui viennent d'avoir lieu ont fait entrer
10 partisans de M. Decker au conseil municipal,
tandis que les 16 membres ancien? et non dé-
missionnaires sont des amis de M. Deslieux.
Nous n'avons aucune envie d'intervenir dans
la lutte qui s'est engagée entre ces deux hom-
mes politiqnes; tous deux sont d'excellents ré-
publicains, et leur honorabilité est au-dessus
de tout soupçon.
Mais nous ne pouvons nous empêcher de re-
gretter vivement l'exemple démoralisant que
donne le conseil municipal d'Auch, où nous
voyons des hommes qui ont les mêmes opi-
nions se combattre mutuellement et chercher à
se discréditer les uns les autres.
La situation est d'autant plus grave que le
département du Gers est resté longtemps atta-
ché aux principes conservateurs (M. de Cassa-
gnac était encore, il y a quelque dix ans, le
maître du pays), et quo les républicains, bien
loin d'avoir des positions à perdre, ont encore
des sièges à gagner, notamment les sièges lé-
gislatifs de Lombez et de Condom. Or, la con-
tinuation de la lutte entre les diverses frac-
tions du parti avancé aboutirait fatalement à
la résurrection du parti réactionnaire qui ago-
nise, et à des élections dans le genre de celle
de Moissac.
Dans l'intérêt supérieur de la République, il
faut donc que MM. Destieux-Junca et Docker-
David sacrifient leurs convenances et leurs res-
sènlimonts personnels pour assurer, par l'u-
nion de tous les républicains, le triomphe des
idées démocratiques; nous ne doutons pas
qu'ils ne comprennent leur devoir et qu'ils ne
réservent à l'avenir leur talent et leurs forces
pour la lutte contre la réaction, — F. Fg
LES OBSÈQUES DE
- M. GASTON PARIS
Au Collège de France. — Les déléga-
tions. — Les discours. -
Les obsèques de M. Gaston Paris ont été cé-T
lébrées hier, à midi. A l'issue de la cérémonie
religieuse, le cortège s'est formédevant l'église
et s'est dirigé vers le Collège de France, dont la
cour avait été décorée de tenlure3 noires our
initiales du défunt administrateur. ;
Devant la grille du Collège de France, un
bataillon du 102' do ligne avec drapeau et mu- ;
sique rendait les honneurs.
Les cordons du poêle étaient tenus par MM.
Chaumié, Brunetière, Georges Perrot, Levas-
seur, sous-directeur du Collège de France,
Thévenin, sous directeur de l'Ecole des hautes-
études, Paul Meyer, directeur de l'Ecole des
chartes, Steuens, représentant l'Université de
Bonn, et Bédier, représentant les anciens élè-
ves de Gaston Paris,
En tête du cortège marchaient les représen-
tants des diverses sections de l'Institut, les dé-
légations de nombreuses sociétés savantes et
des grandes écoles de France et de l'étranger.
Le cercueil, sur lequel avait été placé l'ha-
bit d'académicien de Gaston Paris, a été trans-
porté sous le péristyle du Collège de France.
Le ministre de l'instruction publique a pris
le premier la parole :
La France, a-t-il dit, porté aujourd'hui le deuil
d'un de ses fils dont elle avait le plus le droit d'être
fière. Les manifestations de douldur et de regret
qui, de tous côtés, se sont produites à l'étranger à
la nouvelle de cette mort attestent quelle grande
place tenait dans le monde entier le savant célè-
bre, l'écrivain exquis, l'homme de haute conscience
et de grand cœur qu'était Gaston Paris.
M. Brunetière a succédé au ministre; il a
parlé au nom de l'Académie française et a
examiné l'œuvre de Gaston Paris.
Discours de MM Georges Perrot
et Levasseur
M. Georges Perrot, président de l'Académie
des inscriptions, après s'être attaché, en ana-
lysant lea deux ou trois ouvrages principaux
qui ont fondé la réputation de Gaston Paris, à
faire comprendre quelle a été sa supériorité et
pourquoi tous les romanistes s'accordaient à
saluer en lui le puissant promoteur de leurs
études, a rappelé que, non content de rédiger,
de savants mémoires, il s'était hardiment em-
ployé à créer des sociétés el des revues desti-
nées à grouper tes zélateurs de ses études et à
leur amener de nouvelles recrues.
Au nom du Collège de France, dont il est
sous-directeur, M. Levasseur, membre de l'Ins-
titut, a dit l'importance des services dont cet
établissement est redevable à son directeur M.
Gaston Paris, la reconnaissance qu'il en con-
serve et la douleur de tous ses collègues. Il a<
rappelé que le Collège de France et l'Ecole dea
hautes études ont été, pendant trente ans, la
foyer scientifique de Gaston Paris ; que c'est
de là qu'il a rayonné, par son enseignement
et par ses écrits, dans le monde des lettres.
Les autres orateurs
M. Louis Havet a dit :
C'est parce qu'il était un génie qu'il a féconda
d'autres études que bis siennes. A ses leçons ro-
manes, Beljame tenait apprendre comment on doit
publier Shakespeare; Psichari, par l'histoire du
vieux français, s'orientait dans la phonétique by-
zantine. Dans le Saint-Alexis de Paris, livre où il
semblait ne remuer que de la poussière française,
j'ai puisé des enseignements, les plus précieux que
j'aie jamais rencontrés, sur l'art d'exploiter les ma*
nuscrits latins. Lui-même, d'ailleurs, savait tout et
aurait pu tout enseigner. Mieux que personne, il
sentait qu'il y a une science, et non pas des scien-
cas. A vingt cinq ans, il fut un des fondateurs de
la Revue critique, qui renouvela ohez nous, en
bloc, toute l'atmosphère de toutes les études histo-
riques et philologiques, sans distinctiod de spécia-
lités et de filières.
M. Morel-Fafio, professeur suppléant auCof?
lège de France, a donné, au nom des anciens
élèves de Gaston Paris, « un dernier adieu à
l'incomparable maître qu'ils viennent de per-
dre et qu'ils pteurentn.
M. Antoine Thomas a parlé ensuite au nom
de la Société des Anciens Textes.
D'aulres allocutions ont encore été pronon-
cées par M. Georges Sleffens, délégué de la
section romane de l'Université de Bonn, par
M. Elie Berger, président de la Société de l'E-
cole des Chartes, et par le D1 Jeannin, au nom
de la Société des amis de la Marne.
Les discours prononcés, les assistants ont
défilé devant les membres de la famille. La cé-
rémonie était terminée.
Un fourgon des pompes funèbres a ensuite
transporté le cercueil à la gare Saint-Lazare,
d'où il a été dirigé sur Cérisy-Ia-Salle (Man-
che), où aura lieu l'inhumation.
Voix* à la 39 page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
LE TRESOR SECRET DES BOERS
(De notre correspondant particulier)
Hambourg, 12 mars.
Les Anglais, qui veulent à tout prix décou.
vrir le fameux trésor secret du Transvaal, ont
eu un nouveau déboire. Le chef d'un bureau
de police privée. M. Meisterknecht, avait con-
clu avec le gouvernement anglais un accord. Il
se faisait fort de découvrir les fonds, évalués à
environ 100 millions de francs, si on lui don..
nait 4 0i0 du montant, c'est-à-dire quatre mil-
lions.
Mais un concurrent, jaloux de M. Meisterk-
necht, avertit les chefs des Boers; il leur en-
voya même plusieursphotographies du fameux
chef, qui furent immédiatement expédiées dans
l'Afrique du Sud.
A peine M. Meisterknecht était-il arrivé à
Capelown, qu'il fut accueilli par des citoyens
fidèles de la République du Transvaal, qui ne
le quittèrent pins. Le policier amateur de Ham-
bourg a donc dû rentrer bredouille.
CONTRE L'AVANCEMENT AU CHOIX
On sait que les instituteurs se plaignent da
l'avancement au choix et qu'ils demandent sa
Suppression.
Les délégués des instituteurs au conseil dé-
partemental de l'Isère ont eu l'heureuse idée
d'appeler officiellemenlleurs collègues du dé-
parlement à se prononcer sur la question par
une sorte de référendum. Ils ont démissionné
pour permettre à leurs électeurs de manifestât
sur leurs noms,
contre les promotions au cbolx,lIUf permettent
souvent, disent ils, à un cancre portant beau, sa-
chant plier l'échiné et jouer à propos du pistont
de gagner iO,OfO, 15,000 numéros sur ses condis-
ciples plus intelligents, plus travailleurs et plus
digues que lui
Les instituteurs de l'Isère ont, a une énorme
majorité, réélu les délégués démissionnaires:
ils se sont ainsi netlement prononcés conlre les
promotions au choix. ,
L'exemple des délégués de Ilsère mérite
d'être suivi dans les autres départements. La
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