Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-02-01
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 01 février 1903 01 février 1903
Description : 1903/02/01 (N12014). 1903/02/01 (N12014).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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Le Numéro, ENTÎMES
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No 12014. — Oim^ncliô lar Février 1903
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ADMINISTRATION ; 14, rue (Iii Mail
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NOS LEADERS
Cnllr NHI
Si déplorable que soit la méthode
de travail adoptée par la Chambre et la
rapidité avec laquelle défilent devant les
députés les budgets des divers ministè-
res, emportés dans une course vertigi-
neuse et folle, certains faits d'une ex-
ceptionnelle gravité ont pu cependant
être mis en lumière, Il importait que le
Parlement les retînt et n'eût pas fair au
moins do les laisser passer sans protes-
tation. -
Jeudi, c'étaient les missionnaires,
parmi lesquels brillent au premier rang
les jésuites qui faisaient .les frais de la
discussion. A la défense habile qu'en a
présenté l'honorable M. Denys Cochin,
qui est incontestablement un de nos
meilleurs orateurs, mon excellent col-
lègue et ami Dubief a opposé une verte
réplique que la gauche et l'extrême-
gauche ont vigoureusement applaudie.
Après lui, m'appuyant sur une brochure
adressée aux sénateurs et aux députés
du Bloc par le directeur et par les pro-
fesseurs de l'école française laïque de
Beyrouth, j'ai essayé de montrer à la
Chambre de quelle façon les bons Pères
— style ecclésiastique ! — observent
la neutralité scolaire, pratiquent la tolé-
rance et la liberté, dont ils sont, disent
leurs amis, les derniers défenseurs, en-
- geignent enfin à l'étranger l'amour de
la patrie française.
Du budget des affaires étrangères,
on a passé au budget des postes. Les
postes et les congrégations ne semblent
pas avoir beaucoup de points de con-
tact. Ce sont cependant les congréga-
nistes qui ont eu de nouveau les hon-
neurs de la séance. Tant il est vrai que
dans notre République encore encapu-
cinée, l'influence de la congrégation se
fait sentir partout ! Aucune administra-
tion de l'Etat n'y échappe. Demain, la
discussion du budget de la guerre et du
budget de la marine sera peut-être l'oc-
casion de révélations plus sensation-
nelles que toutes celles dont la Chambre
s'est justement émue jusqu'ici. Et s'il
plaît à mon collègue Ferrette, l'homme
de France qui connaît sans doute le
mieux — car il est toujours prêt à in-
terpeller sur cette affaire - les paroles
et les actes de la famille Humbert, de-
puis le jour de l'ouverture du fameux
coffre-fort jusqu'au jour où, sur la ga-
lante invitation de M. le garde des
sceaux, il a convenu aux fameux es-
crocs do retourner en France, si, dis-je,
il plaît à M. Ferrette de nous faire con-
naître le rôle joué dans cette tragi-
comédie parla gent cléricale, il y aura
peut-être encore quelques bons instants
pour la vieille gaieté française.
Mais comment la congrégation s'est-
elle trouvée mêlée à la discussion du
budget des postes? Depuis quelques
jours on parlait à mots couverts de
certains faits scandaleux qui se seraient
produits dans une ville du Midi, à pro-
pos d'un concours pour le surnuméra-
riat. L'honorable M. Lacombe, député
de l'Aveyron, les a portés à la tribune
avec une vigueur dont nous sommes
heureux de le féliciter. Ce sont les élè-
ves des frères qui en sont les héros.
Depuis quelques années, on avait re-
marqué que les jeunes gens préparés
par les « bons frères » obtenaient un
succès considérable dans les concours
pour le surnumérariat des postes et
pour les contributions indirectes. En
vain, les écoles laïques, desservies par
un personnel d'élite profondément dé-
voué à sa besogne et stimulé par la con-
currence congréganiste, essayaient de
hlltcr, les résultats ne répondaient pas
aux efforts. Peu à peu le décourage-
ment s'emparait des élèves, et les pa-
rents eux-mêmes n'envoyaient pas sans
regret à l'école laïque les enfants qu'ils
destinaient à l'administration des pos-
tos ou à celle des contributions indirec-
tes. On se serait lassé à moins.
La prospérité de l'école congréga-
niste allait donc toujours grandissant.
Pour soutenir plus avantageusement
une concurrence aussi redoutable,la mu-
nicipalité ne recula devant aucun sacri-
fice. Une école primaire supérieure fut
créée. Les résultats des concours n'en
furent pas changés.
Tel un joueur imprudent ou naïf
se heurte à la veine insolente d'un
filol qui a préparé les cartes avant de
commencer la partie. Des doutes naqui-
rent. Les vaincus avaient remarqué que
la chance n'était pas le seul facteur qui
favorisât leurs camarades plus heureux.
De petits calepins, pouvant tenir dans
le creux de la main, habilement dissi-
mulés dans la manche du veston décou-
sue pour la circonstance, venaient au
secours des mémoires défaillantes :
les élèves des écoles congréganistes se
passaient les calepins, quand chacun
n'avait pas le sien, et avec les calepins
le succès. Un hasard heureux a fait met-
tre la main sur un certain nombre de
ces calepins. Du coup, le secret de la
supériorité de l'école congréganiste sur
l'école laïque a été découvert.
; Jusqu'ici, il semble qu'il n'y ait rien
que de très banal. Un concours a lieu,
des élèves copient, cela se voit tous les
jours. Je ne veux même pas rechercher
si un peu plus de surveillanco ne ren-
drait pas cette pratique du « copiage »
j?lu$di( £ çilç et £ lus togerçusj?, Et si
mon collègue Lacombe n'avait pas dit
autre chose, je orois que l'affaire n'eût
pas mérité les honneurs de la tribune.
Mais le procédé était excellent : les
bons Frères l'avaient expérimenté.Com-
ment en tirer tout le parti possible?
Une condition d'abord s'imposait, c'est
qu'on ne fût pas pris. Une maladresse
risquait de tout compromettre, en dépit
de la complaisance que mettaient ma-
nifestement les surveillants des con-
cours. On travailla donc à perfection-
ner l'art de copier. Et comme il faut un
stimulant au travail, on jugea bientôt
que les plus habiles devaient avoir
droit à une récompense. Comment les
déterminer, car la justice seule peut
présider à un classement qui ne soit
pas contesté par les intéressés eux-
mêmes ? On institua des concours de co-
piage.
Il est vrai que les bons frères comme
les bons pères n'agissent jamais que
« pour la plus grande gloire de Dieu,
ad majorem Dei gloriam ». Voilà pour-
quoi, sans doute, la veille du concours,
on menait tous les élèves candidats à
confesse, et le lendemain matin, avant
les examens, tous, élèves et maîtres,
recevaient la très sainte communion.
Les bénédictions célestes ne pouvaient
pas ne pas descendre sur la pieuse
fraude.
Une enquête est ouverte. Il sera in-
téressant d'en connaître les résultats.
Ce qu'il importe de retenir dès à pré-
sent, c'est le procédé essentiellement
loyal, conforme à l'esprit de justice et
d'honnêteté qui doit être le fond de
toute éducation, auquel les congréga-
nistes de Rodez avaient recours pour
établir la supériorité de leur enseigne-
ment sur celui des laïcs. Nous avons
donc les « concours de copiage ». Heu-
reuse innovation !
A quand les concours de vol ?
Henri Michel.
—-• M
l'AUTOtOBILISME ET LES POSTES
M. Sembat est intervenu, de
la façon la plus heureuse, hier,
dans la discussion du budget
des postes ; il a fait remarquer
combien notre système de dis-
tribution des lettres et des pa
quets dans les campagnes, était
peu en rapport avec les instruments de pro-
grès que nous possédons aujourd'hui.
Il a préconisé, notamment, un mode
d'application de l'automobile, qui donne-
rait, sans aucun doute, d'excellents résul-
tats : l'automobile prenant au bureau les
facteurs ruraux et les transportant au point
de leur parcours où ils n'ont plus qu'à s'é-
grener dans les petits centres, vers les châ-
teaux isolés, vers les fermes, puis les atten-
dant à Un" endroit convenu et les ramenant
à leur point de départ. Outre que ce pro-
cédé soulagerait les facteurs ruraux, ac-
tuellement exténués par d'interminables
marches , il permettrait d'accomplir les
tournées en un temps infiniment moindre,
et par conséquent rendrait les distributions
plus rapides, M. Sembat a pu citer, sans
être démenti, tels hameaux du Centre où
les lettres et imprimés ne sont distribués
que vingt-quatre heures après leur arrivée
à la gare la plus rapprochée. Toute cette
partie du service a évidemment besoin d'ê-
tre transformée , et l'automobile semble
être né tout exprès pour être l'agent de cette
transformation.
Et ce que propose M. Sembat, tout en
étant un progrès, n'est point une révolu-
tion ; nous ne ferions encore qu'imiter nos
voisins, puisque l'automobile est déjà
employé en Italie et en Suisse ; il parait
même qu'on l'emploie dans une de nos
colonies, à la Guadeloupe.
M. Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux
postes et télégraphes, a bien fait de répon-
dre qu'il allait pousser à la solution pro-
gressive de la question. Il n'en est point
de plus intéressante que celle des commu
nications rapides entre les citoyens. —
Ch. B.
Voir à la 3J page
les Dernières Dépêches
die la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
ÏÏIT 1IIIIHIIIIIMI DL "WliïïlinMlJMBJBMUiMLIJMILMMlUMMllUHMMllIMliMMiMI
AU CONSEIL D'ÉTAT
Je ferai à la magislraluro administrative le
même reproche quo je faisais hier à la magis-
trature judiciaire. Le recrutement du Conseil
d'Elat, dans sa base même, prête à de nom-
breuses critiques.
Chaque année, un certain nombre de postes
d'auditeurs de deuxième classe sont mis au con-
cours. L'auditeur de deuxième classe n'a, la
première année,aucune rémunération, les trois
suivantes il touche deux mille francs.
On reconnaîtra qu'il y a là des obstacles à ce
que des jeunes gens appartenant à des familles
modestes, et fussont-ils très intelligents,se des-
tinent à une carrière qui,outre les hasards du
concours,comport6 la nécessité de se livrer à
des études très dispendieuses, et ne donne
mêmo point, une fois tous les obstacles sur-
montés, lo pain quotidien.
Il arrive ainsi que les places d'auditeurs au
Conseil d'Etat sont, par la force des choses,ré-
servées aux classes fortunées. L'école libre des
sciences politiqucs, où se recrutent la presque
totalité des cauaidals, est un véritable foyer de
réaction.
J'ajoute qu'outre le concours que doivent
subir les postulants, ils sont soumis à une en-
quête d'un genre particulier. On s'enquiert
de leur famillo, do leurs moyens d'exisisuce,
de la situation pécuniaire des parents, et il est
malheureusement trop vrai que l'on s'inquiète
beaucoup plus de savoir s'ils font partie du
Tout-Paris élégant et mondain que do recher-
cher s'ils sont républicains.
Je sais bien que les inconvénients de ce re-
crutement aristocratique sont en partie corri-
gés par 10 droit qu'a le gouvernement de nom-
mer directement à un certain nombre de places
do maîtres des requêtes et de conseillers d'Elat,
des fonctionnaires de son choix.
Toujours est-il qu'il y a là une organisation
défectueuse, et que les républicains ne.doivent
pas perdre de vue la nécessité qu'il y a de la
çonjesr. t L, Armlirusier,
LE THEATRE ALSACIEN
Une première intéressante. — Le ré-
veil littéraire de l'Alsace. — La re-
naissance d'une langue. — Min-
nesanger et dramaturges.
— L'esprit alsacien à tra-
vers les siècles.
L'apparition d'une pièce alsacienne, sur un
de nos théâtres boulevardiers, évoque sans qu'on
s'en doute un monde d'idées neuves, dont la
portée dépasse de beaucoup le succès éphémère
de quelques brillantes représentations.
Mossieu le maire, dont la traduction fran-
çaise affrontait ces jours-ci la rampe du théâtre
Déjazet, est en effet une amusanto et spirituelle
comédie de moeurs alsaciennes, écrite dans le
dialecte du pays, par un jiune auteur du plus
brillant avonir,,Nl. Gustave Stoskopf. Encoura-
gé par le bon accueil fait sur le même théâtre
l'an passé au Voyage à Paris, M. Sloskopf s'est
décidé à soumettre à l'appréciation de la criti-
que parisienne la comédie qui là-bas, sur les
bords du Rhin, passe pour son chef-d'œuvre,
et l'expérience a produit les résultats les plus
favorables, à en juger par la bienveillance des
critiques parisiens à son égard.
Mais l'événement artistique, limité ici aux
proportions d'une petite première, prend en
Alsace un développement beaucoup plus con-
sidérable, si l'on songe que l'éclosion d'un
théâtre alsacien a réveillé dans ce pays le goût
d'une langue nationale, assoupi de gré ou
de force depuis plus de deux siècles, ,4u cours
desquels l'Alsace subit des influences diver-
ses.
Sous le coup d'une crise évolutive très carac-
térisée, depuis son annexion, cette province,
dont Strasbourg a toujours été l'âme et le cer-
veau, s'est secouée depuis quelques années de
la torpeur où l'avait maintenue la rigueur des
lois répressives de l'empire allemand.
Perdant peuà peu l'influence que la langue
et la littérature françaises exerçaient depuis si
longtemps sur son esprit, l'Alsacien, nature
fière, indépendante et ironiste, se vit dans la
nécessité de puiser à nouveau ses sources
d'instruction dans les gymnases où la langue
germanique lui était imposée.
Les Allemands estimaient en effet que le
seul moyen de maîtriser ces sujets rebelles à la
volonté impériale, consistait dans l'éloigne-
ment des traditions françaises. Les rapports
très étroits que présentent en apparence et
même en fait la langue germanique et le pa-
tois d'Alsace semblaient leur donner raison.
Mais ils ne pensèrent pas alors que cette coer-
cition, en revivifiant la langue et les mœurs
originelles d'un petit peuple qui avait toujours
rêvé l'autonomie, lui permettrait de se refaire
une langue nationale, non plus seulement par-
lée comme un vulgaire idiome, mais écrite,
propre à créer dos œuvres à et réveillerjentre les
Vosges et le Rhin l'esprit d'indépendance qui
a toujours caractérisé les sujets do cette ré-
gion.
Le passé littéraire de l'Alsace
Dans ce pays, dont le nom tire son origine
d'un mot allemand : Edel Sass, qui signifie
noble séjour, l'influence germanique n'est en
réalité qu'une greffe imposée par le temps et la
destinée sur un sol où les traces gauloises sont
encore très visibles. C'est ainsi que l'on re-
trouve encore, sur la route de Schrameck au
Grand Rû, lo bois des Druides et les vestiges
d'un marché gaulois. La haine des Alsaciens
contre les Germains, primitivement les Francs
Ripuaires, Saliens et Sicâmbres, date de l'in-
vasion des barbares sur ce territoire que les
Romains appelaient la Gaule celtique.
Le ressouvenir do cette époque lointaine re-
vit dans une vieille légende. Un chef germain
étant disparu, ce fut un cavalier gaulois qui
rapporta sa tête et sa fille au consul romain,
ne voulant pas, disait-il, sa salir au contact
d'une bête puante (Stinckfiehe en haut alle-
mand) et moins encore souiller sa descendance.
C'est d'ailleurs de ce mélange des Celtes, des
Germains, des Huns et des Francs établis en
Alsace sous les empereurs romains que naquit
le patois alsacien.
Sous Charlemagne et ses successeurs,la pré-
dominance ecclésiastique fit des évêques les
seigneurs des cercles murés (kreis) jusqu'à l'é-
poque où les paysans et les habitants des vil-
les, au prix des luttes parfois les plus sanglan-
tes, conquirent leurs franchises. Mais dumoins
les abbayes et les monastères eurent-ils le mé-
rite de développer les instincls artistes des ko-
longen (colons) que la férocité barbare des
Francs avait conduits à se réfugier dans le do-
maine inviolable de l'Eglise.
Chose curieuse, ce sont trois femmes dont la
mémoire bienfaisante prédomine parmi les
nombreuses légendes alsaciennes du moyen-
âge.
D'abord sainte Odile, patronne de l'Alsace,
fille du duc Allie, qui personnifie la bonté et
la foi.
Puis Herrade de Landsberg, qui représente
la science, et dont le manuscrit original du
Jardin des Délices fut brûlé pendant le bom-
bardement meurtrier qui détruisit la bibliothè-
que de Strasbourg, mais dont une copie a pu
être heureusement retrouvée.
Enfin Sabine, qui symbolise l'art, puisqu'elle
a inspiré légendairement les groupes qui avoi-
sinont l'horloge de la célèbre cathédrale dont
la flèche domine la vallée du Rhin.
Mais l'Alsace était trop préoccupée pendant
le moyen-âge de conquérir ses franchises et ses
libertés muni ci pales, malgré l'effort des Gerold-
seck et autres évêques-ducs, pour songer à
d'autres délassements artistiques que ses fêtes
patronales, ses tirs et ses commémorations dont
un érudit, M. Leroy de Sainte-Croix, a recueilli
les souvenirs dans un imposant ouvrage en
deux volumes in-quarto : L'Alsace en fête.
Aussi, tels les peuples primitifs, a-t-elle vécu
de ses seules traditions et légendes, dont une
plume exporte pourrait créer des chefs-d'œuvre,
en le s fixant avec un sens bien précis de l'âme
alsacienne et de ses aspirations.
Toutefois, l'histoire de ces luttes nous permet
de conslalerquelempiro germanique lui-même
reconnaissait combien ce pays, composé en fait
de républiques municipalessolidairesdansleurs
grands intérêts communs, tout en demeurant
jalouses de leurs libartés propres, gagnait à vi-
vre à peu près indépendant, enserré dans ses
frontières naturelles dos Vosges el du Rhin.
L'époque moderne -
Ainsi nous franchissons la longue période
qui sépare la révolution alsacienne do 1342, où
fut détruit le régime aristocratique, soumis dé-
sormais à la volonté du peuple, de l'époque de
l'annexion française au lendemain de la guerre
de Trente ans.
Cependant les lettres et les arts, les lettres
surtout, dont Gutenberg avait, par sa décou-
verte précieuse de l'imprimerie en 1434, paru
faciliter les voie2.ne devaient pas encore susci-
ter de chefs-d'œuvre dans une langue qui n'é-
tait fixée par aucune grammaire.
C'est toutau plus si l'on peut rattacher àcette
phase de la Renaissance le poème satirique cé-
lèbre do Sébastien Urandt (Nal'renschin vais-
seau des fousy, paru en 1494 à Bâle, et écrit à
Strasbourg.
Ceux que l'élude préoccupé alors s'expriment
soit on allemand, soit plus lard en français et
nous ne découvrons comme monuments litté-
raires antérieurs à ce siècle dans le Bas-Rhin
(pllJÍ:! des Triboques et du Nordgau) que l'Har-
inonie des E-wngiles.ècrile dans un idiome assez
\!tJQt ,i a 9.i et d~s le Ul-
Rhin (pays des Raûraques et du Sundgau), que
les chants des Minnesanger dont Wagner s'ins-
pira dans ses Maîtres Chanteurs, et qui sont les
bardes et les trouvères des corporations.
Ajoutons à cela, dans la langue strasbour-
geoise, si bien conservée à travers les siècles,
les sermons de Geiler, les œuvres de Mûrner et
de Fischart, puis ce Moscheroch d'allure fran-
che et naïve, mais toujours ingénieuse et sati-
rique. -
Enfin, voici au début de ce siècle la première
comédie digne de ce nom, le Lundi de Pente-
côte d'Arnold, qui a mérilé de Gœthe le plus
grand éloge, puis los pièces de Maugold. Peut-
être les rayons lumineux qu'ellesprojelaientdaas
le monde littéraire se seraient-ils à jamais
obscurcis, sans les événements qui ramenèrent
en 1871 l'Alsace sous la domination de l'Empire
d'Allemagne, reconstitué par le chancelier de
fer.
Nous avons tous présent à la mémoire, et nos
pères alsaciens plus que nous encore, le souve-
nir des temps difficiles que traversa la pauvre
province au lendemain de notre défaite, pour
ne pas comprendre combien il eût été difficile
d'espérer de longtemps un réveil de la pensée
dans ce pays dont on venait, d'un trait de plu-
me, rompre les traditions et les liens déjà sé-
culaires.
Réveil intellectuel de l'Alsace
Mais l'impossibilité même d'exprimer des
idée?, sous un régime aussi sévère, fit éclore
naturellement le désir, chez quelques auda-
cieux, de se servir du théâtre comme d'une tri-
bune propice au développement artistique et par
suite social.
Le seul fait d'avoir tenté de jouer, en Alsace,
des pièces écrites dans la langue du-pays-j nous-
a féyélé que l'instinct d'autonomie de ce petit
peuple ne fut jamais anéanli, mais simplement
étouffé par la répression du vainqueur. C'est
des efforts même du germanisme, tendant à fai-
re disparaître non-seulement l'usage du fran-
çais, mais aussi l'idiome alsacien, qu'est res-
suscité le goût de la poésie de clocher.
De ce nationalisme de bon aloi, à proposer
en exemple à nos politiciens arrivistes du mo-
ment, est né, parallèlement au théâtre de la
ville, un théâtre réellement autochtone, créé
par une troupe d'élite, qui n'hésita pas à expo-
ser tout haut ses statuts et son but, savoir :
œuvrer en langue d'Alsace ; encourager, avec
l'aide des bons citoyens, une formule bien na-
tionale de littérature dramatique ; populariser
l'art élevé par la translation des œuvres du
théâtre moderne dans cette langue.
Dès 1890, c'est-à-dire juste après le temps
révolu de produire une génération nouvelle
moins disposée que la précédente à s'expatrier,
à noyer dans la masse cosmopolite son esprit
si spécial, deux sociétés slrasbourgeoises se
fondèrent : la Théâtrale et la Vosgienne avec
pour répertoire des traductions d'œuvres alle-
mandes.
C'est là quo commence à développer ses qua-
lités dramaturgiques le futur auteur de M. le
Maire, Gustave Stoskopf, qui, de poète humo-
risto habitué du cercle intime alsacien : la
Boite à Farine, profitant des essais intéres-
sants de Lùslig, de Stœber et de Weiss, se ré-
vélera bientôt, au lendemain des Gaietés d'Al-
sace, par des pièces dignes d'un véritable
théâtre. -
Quelque temps après, ueux autres sociétés,
l'Humoristique et l'Argentine,s'essaient, de leur
côté,à des créatiotis,avec un répertoire où pré-
domine le haut-allemand traduit en alsacien.
La concurrence ayant, par de fâcheux effets,
précipité la dissolution de ces petits cénacles,
un Allemand, M. Julius Greber, fit représenter
au théâtre de Strasbourg quelques pièces alsa-
ciennes de sa composition, entre autres : Un
Marié dans une armoire, les Trois Galants de
Sainte-Cécile, qui faisaient ressortir le côté
spirituel et gai de cette langue diversement
parlée, selon les types spéciaux de commis, de
juges ou de paysans qu'elle décrivait.
A ce D* Julius Greber, avec la collaboration
assidue de Gustave Stoskopf, peintre et poète,
le théâtre alsacien doit son installation. Alexan-
dre Hessler, ancien directeur du théâtre muni-
cipal do Strasbourg, s'intéressant à ces tenta-
tives, émit en effet l'idée d'établir une scène
spéciale dans la ville, et à cet effet il apporta
une cotisation personnelle de 3.500 marks.
Cela se passait en 1897. Dix ans plus tôt,
Antoine, alors petit employé du Gaz, inaugu-
rait les soirées du Théâtre Libre, avec les deux
cent vingt-cinq francs de sa mensualité. Il y
avait progrès.
En 1878, un rédacteur du journal l'Alsacien,
nommé Hauss, intéressé à ce projet, apporta
sa contribution littéraire, et avec lui vinrent
successivement Greber, Stoskopf, Abel, Prévôt,
Kottner, F. Baslian, Horsch, Wolff, et. sur-
girent alors les pièces les plus curieuses, telles
que la Lucie et la Jeune Princesse do Greber,
le Moulin de la Forêt d'Abel et Prévôt, la tra-
duction de l'Ami Fritz, d'Erckmann-Cha-
trian, ces deux Alsaciens dont la France s'ho-
nore, traduclion plus vivante encore dans le
langue familière et natale de ses personnages
que dans la nôtre ; le Candidat, le Voyage à
Paris et Mossieu le Maire, qui édifièrent la no-
toriété de Stoskopf, suffisamment, comme on
l'a vu, pour attirer la curiosité des spectateurs
parisiens.
Il paraîtrait spécieux de refaire ici l'analyse
do Mossieu'le Maire, que nos locteurs ont lue
récemment. Un mot suffit à caractériser cette
comédie, en raison des qualités si personnelles
d'observation que son auteur sut y développer :
c'est la pièce alsacienne par excellence.
Admirablement secondé en Alsace par une
troupe d'amaleurs devenue en peu de temps
une compagnie d'élite, M. Gustave Stoskopf a
dû se trouver, je pense, satisfait de l'interpré-
tation parisienne à laquelle Mlle Blanche De-
nège.du théâtre Antoine, apporta son concours
intelligent.
L'Alsace de demain
C'est, en fait, dans la restauration du génie
très original d'une langue particulièrement fé-
conde en trails d'esprit, quo l'âme alsacienne
se ressaisit, aidée dans sa propulsion par les
efforts des jeunes lettrés et artistes, ainsi que
par l'appui d'une presse intelligente, où pré-
domine en bioufaisante influence, la Revue al-
sacienne illustrée, qui parait à Strasbourg.
Nous pouvons, en examinant les progrès de
cette génération neuve, sanctionnés, dut-on
paraître surpris du fait, par une subvention de
la municipalité sirasbourgeoise, entrevoir un
horizon de future liberté, d'autonomie et de re-
naissance dans l'Alsace, tant lillérairo que
politique.
Ainsi se résoudrait au gré des nations,déli-
vrées de l'angoisse d'un possible et meurtrier
conflit, le problème difficile de l'avenir d'un pe-
tit peuple suffisamment doué poursavoir se di-
riger lui-même. Il aurait de plus l'avantage de
maintenir pour sa part, fût-ce à l'abri de l'un
ou l'autre prolectorat, entre les lignes vosgien-
gienne- el du Rhin, la neutralité politique qui
nous permettrait du moins de méditer en paix
sur l'idéal de la fraternité des peuples.
ALCANTER DE BRAHM.
POUR PASSER LES RIVIÈRES
(De noire correspondant partiCtdierl
Berlin, 30 janvier.
Lo système dos canots pliables, qu'on a em-
ployés jusqu'ici pour le passage de la cavalerie
à travers les rivières, n'a pas donné de résul-
tats salisfaisanls, On le remplacera par celui
des canots d'acier eombio&i$ye« dQ3 poLons
spé.çiauii, -
Six régiments dé cavalerie seront munis, à
titre d'essai, de ce nouvel outillage.
11.1.. II.
POUR LES OFFICIERS EN NON-ACTIVITÉ
Le tableau de propositions des officiers pour
la Légion d'honneur devant paraître prochai-
nement, nous signalons à la bienveillante at-
tention du ministre de la guerre une catégorie
d'officiers dont les droits ont été jusqu'ici com-
promis. Nous voulons parler des officiers en
non-activité pour infirmités temporaires et
ayant plus de vingt ans de service actif.
Obligés de quitter l'armée, soit provisoire-
ment, soit malheureusement sans espoir de re-
tour, pour des infirmités contractées souvent
dans le service, ces officiers sont considérés, à
tort, à notre avis, comme ne devant être l'ob-
jet d'aucune proposition pour la Légion d'hen-
neur.
C'est ajouter une tristesse de plus aux épreu-
ves qui frappent des officiers méritants. La
mise en non-activité, après une carrière de
vingt ans et plus : c'est, pour les uns, l'avenir
brisé, puisqu'ils perdent tout droit à l'avance-
ment ; pour les autres, c'est la carrière mili-
taire à jamais [ermées si leur santé ne s'amé-
liore pas.
Eliminer en principe du tableau de proposi-
tions pour la Légion d'honneur les officiers en
non-activité, les ajourner, sans discuter leurs
titres, c'est mal interpréter d'ailleurs les ins-
tructions ministérielles.
En effet, d'après l'instruction du 7 avril 1831
modifiée par la circulaire du 10 janvier 1901 :
« Le contingent de croix attribué au ministère
de la guerre est destiné aux militaires en acti-
vi té "de service ou en non-activité pour infir-
mités temporaires. »
D'après l'instruction ministérielle pour l'ap-
plication du décret du 15 mars 1901 (art. 8) :
« sont présentés pour chevaliers les militaires
ayant au moins vingt ans de service » et plus
loin (art. 11) « les officiers en non-activité pour
infirmités, qui sont inscrits au tableau de con-
cours continuent à y figurer ».
L'inscription sur les listes de présentation
est donc obligatoire pour tous les officiers
ayant vingt ans de service. Bien que leur
maintien sur le tableau do concours ne résulte
pas forcément de cette proposition, les titres
de tous les officiers n'en doivent pas moins
être discutés et les officiers en non-activité ne
pouvent pas être ajournés indéfiniment sans
motif.
En somme, nous estimons que la situation
de ces officiers est plus intéressante que celle
de leurs camarades plus heureux, qui, grâce
à une bonne santé, ont pu conserver leur poste
dans l'armée el voir leur ambition satisfaite.
Il nous suffira, nous en sommes persuadés,
de signaler.ces faits au ministre de la guerre,
dont nous connaissons le grand esprit do jus-
tice,pour être assurés que cet oubli sera promp-
tement réparé.
———————————— ————————————
LA MAFFIA MILITARISTE EN PRUSSE
(De notre correspondant particulier)
Berlin, 30 janvier.
Le suicide du préfet (Landrath) M. von
Willich, a révélé, dans la Prusse Orientale,
un élat de choses qui rappelle en quelque sorte
Naples et les menées de la Camorra. Sous pré-
texte de patriotisme, les Prussiens envoyés là-
bas se permettent les abua les plus abomina-
bles. Ainsi locommandautvonEndell avait puisé
à pleines mains dans les fonds dostinés à la
germanisation, et s'était sauvé de la banque-
route grâce à des « emprunts » pou délicats.
M. von Willich fit une campagne contre
les nombreux détournements du brave com-
mandant. Celui-ci, au lieu de poursuivre son
diffamateur, demanda la convocation d'un
conseil d'officiers pour juger son cas. Sur un
ordre venu de haut lieu, le conseil a dû re
connaître le commandant honnête homme.
Il fallait bien défendre l'honneur de l'armée f
Les « Yunkers » boycottèrent M. von Wil-
lich, qui avait eu l'immense tort de dénoncer
les détournements commis par un comman-
dant. Le malheureux von Willich en fut bi
affecté qu'il se suicida.
——————————— ———————————
LA RÉVOLUTION AU MAROC
(De notre correspondant particulier)
Tanger, 30 janvier.
Le bruit court que le ministre do la guerre
du sultan du Maroc est passé avec ses troupes
dans le camp du prétendant.
Le colonel italien Ferrara, qui est à la tête
des manufactures d'armes du sultan, n'a pu
pénétrer à Fez et est revenu à Tanger.
LA FIN DE SANTA-LUCIA
iDe notre correspondant particulierI
Naples, 30 janvier.
L'ancien port de Santa-Lucia sera complète-
ment démoli,ainsi que les rues qui l'entourent.
Il n'en restera que le souvenir et la légende qui
s'y rattache. On a déjà démoli l'église de No-
tre-Dame-en-Chaines, fondée par un plongeur.
La démolition du quartier de Santa-Lucia va
obliger environ 8.000 hommes à quitter leurs
demeures.
———————————— ———————————.
L'ÉLECTION DU 4e ARRONDISSEMENT
Aux délégués des six comités républicains
radicaux et socialistes de la 2' circonscription
du 4' arrondissement qui lui avaient offert la
candidature, le citoyen Adolphe Chérioux,
conseiller municipal du quartier Saint-Lam-
bert, a adressé la lettre suivante :
Paris, 29 janvier 1903.
Citoyens,
En m'offrant la candidature radicale-socialiste
pour le siege de député actuellement vacant dans
la 2e circonscription du 4e arrondissement, vous
m'avez fait lo plus grand honneur.
Je vous en remercie sincèrement.
Mais le quartier qui m'a envoyé à plusieurs re-
prises à l'Hôtel de Ville, et qui avait été très né-
gligé autrefois, a encore besoin de mon concours,
et je dois aux électeurs qui m'ont honoré de leur
conOance de conduire jusqu'au bout les améliora-
tions qui s'imposent.
Vous trouverez certainement dans la grande pha-
lange républicaine un homme qui saura défendre
vos principes et tenir haut et forme le drapeau de
la République, et plus que jamais, j'estime que
l'union de tous les républicains est nécessaire en
face de la réaction qui ne désarme pas.
Croyez, mes chers concitoyens, à mes meilleurs
sentiments.
ADOLPHE Cntmoux,
Conseiller municipal.
LES SOCIÉTÉS PAR ACTIONS
La commission de réforme de la législation
des sociétés par actions, instituée par le garde
des sceaux, a terminé hier l'élaboration d'un
premier projet portant modification des lois du
24 juillet 1867, du 1" août 1893 et du 9 juillet
1902.
Le texte de ce projet, précédé d'un rapport de
M. Rodolphe Rousseau, sera remis au garde
des sceaux dans le courant de la semaino pro-
chaine.
La commission continuera à se réunir ions
les vendredis au ministère de la justice jus-
qu'au complet achèvement de trois autres pro-
jets relatifs aux obligations el parts do fonda-
teurs, aux sociétés étrangères et à la réglcmon-
LQUOU tle Iniuus et iuvuuiaircs.
LA JOURNÉE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBRE
Les obsèques de Mahmoud-Pacha
M. Denys Cochin a posé unè question aa
ministre de l'intérieur, au sujet des obsèques;
de Mahmoud-Pacha, enterré ces jours derniers
au cimetière du Père-Lachaise.
M. Denys-Cochin était très mécontent d'une
mesure prise par M. Mouquin, commissaire de
police, mesure tendant à interdire les discours
et même les prières en langue turque; la,
police voulait éviter, parait-il, que des paro-I
les trop désagréables pour le sultan fussent;
prononcées. - ii
Un des orateurs, Ahmed Riza, ayant pris la
parti de parler en français, M. Mouqnin l'au- j
rait prié de retirer le mot d' « inj ustice », cC:
l'aurait arrêté au mot « réformes ». Ii
M. Denys Cochin s'est plaint d'un fait pIIlS
grave suivant lui : Il
M. Denys Cochin. — Le sultan a signifié,
par ministère d'avoué, un exploit à notre garda
des sceaux réclamant les restes pour les faire in-
humer en Turquie. Que cache au fond cette de-
mande? C'est le secret du sultan. Demande inso-
lite en tout cas, car depuis le treizième siècle au.
cun prince de la famille du sultan n'est mort en
terre étrangère. Le sultan se réclame, il est vrai,
du droit ottoman ; c'est un droit auquel il a fait
subir de si sanglants accrocs que peut-être son
droit à l'invoquer est-il singulièrement fort clos 7
Je demande au ministre s'il admettra que du
papier timbré lui soit signifié dans de telles cir-
constances pour réclamer le cadavre d'un homme
exilé de son pays parce qu'il osa, un jour, de-
mander des réformes quo l'Europe réclame en
Turquie. Je lui demande si ce papier timbré ne lui
semble pas appeler quelques représentations diplo-
matiques. (Vifs applaudissements.)
M. Combes a fourni les explications suivan-
tes :
m. Combes. — S'il m'appartient de juger en
moi-môme un gouvernement étranger dans un à*
ses actes, il ne m'appartient pas de faire connaître
publiquement mon sentiment.
On devait prononcer aux obsèques de Mahmord
pacha des paroles violentes contre le sultan. Nous
en avons été avisés. On nous avait demandé d'user
de la loi de tS49 sur les attroupements. Nous avons
opposé à cette demande' un refus péremptoire.
(Très bien!) Nous avons seulement exigé que Ica
discours fussent prononcés en français.
M. Fouquet. — Cest le français obligatoire.
M. Combes. — J'ajoute que M. Cochin est
mal informé. A1. Mouquin n'a pas eu le rôle qu'il
lui prête et n'a pas empêché de parler.
Quant au transport du corps en Turquie, la ma-
gistrature ne commettra aucune défaillance et la
gouvernementaucune faiblesse. (Applaudissements.)
L'affaire Gobillot
M. Gérault-llicbard demande une pension
annuelle de 1.200 francs pour la veuve de l'in-
stituteur Gobillot et ses enfants. On se rappelle
que Gobillot avait élé condamné, sur l'accusa-
tion de nombreux ennemis de la République
el que les débats de la cour d'assises viennent,
en se terminant par la condamnation de Le*
clerc, d'innocenter définitivement le malheureux
Gobillot.
M. Poincaré intervient.
M. Poincaré. — J'ai été le témoin des souf.
frances de ce malheureux instituteur et je m'asso-
cie entièrement à votre demande. Mais les répu-
blicains de la Meuse n'ont pas attendu aujourd'hui
pour intervenir en faveur de sa veuve.
Tous les républicains et les instituteurs ont de-
mandé pour elle un bureau de tabac. Si cette de*.
mande n'a pas encore eu de suite, c'est parce qu'on
attendait le résultat du procès engagé devant la
cour d'assises. (Applaudissements.)
M. de Benoist. — Ce ne sont pas seulement
ceux que M. Poincaré appelle des républicains qui
ont attendu le résultat du proeès, ce sont tous les
habitants de la Meuse. (Applaudissements à droite.)
M. Rouvier, ministre des finances.-Je suis4,
décidé à donner à la veuve de cette victime de la
diffamation un bureau de tabac d'un produit net
égal à la pension que demande M. Gérault-Richard
auquel je demande, par suite, de retirer son pro-
jet. (Applaudissements.)
M. Poincaré. — Je réponds à M. de Benoist
que je suis très heureux de constater que la raison
finit toujours par avoir raison. Mais je dois dire
qu'à Commercy la dernière campagne a été menée
contre moi à propos de cette malheureuse affaire.1
J'ai, en ma possession, une lettre de l'infortune
instituteur qui, le lor septembre 1901, me commu-
niqua un numéro d'un journal nationaliste, dans
lequel Gobillot était violemment attaqua. (Applau-
dissements à gauche.)
M. Ferrette dit que l'administration fut seule
coupable, attendu que GobiUot fut abandonné
par ses chefs.
Les accusations réactionnaires
M. Poincaré. — Ce n'est certainement pas
moi qui demanderai aux instituteurs de sortir de
leur rôle que je considère comme assez noble. (Ap-
plaudissements à gauche.) Mais je dois dire que
l'instituteur Gobillot a été victime d'une fraction
du parti réactionnaire. La preuve en est que ses
défenseurs ont toujours été attaqués par ceux qujj
dans la Meuse, combattent l'idée républicaine.
J'ajoute qu'il est inexact que Gobillot ait été
abandonné par ses chefs. Il a au contraire écrit des
lettres dans lesquelles il constate l'appui qu'il a
reçu de la part de l'administration. (Applaudisse-
ments à gauche.)
Le journal de M. Ferrette a publié des artioleti
violents contre Gobillot qui s'en est plaint à moi)
par lettre. Ces articles et d'autres relatifs à cette
affaire, je les ai brillés, voulant tout oublier de
cette malheureuse affaire. (Vifs applaudissements à
gauche.)
M. Ferrette. — L'article en question n'était
qu'un simple fait divers. Je proteste énergique-
ment contre les procédés employés par M. PoiiL
caré. (Applaudissements à droite.)
M. Cnuco d'Ornano. — Il ressort de3 dé-:
clarations do M. Ferrette que Gobillot a été aban-
donné par ses chefs, qui méritent une flôtris-
sure.
M. Chaumié, ministre de l'instruction publi-
que. — Je ue peux pas laisser passer do semblables,
paroles sans une énergique protestation. Gobillot a
toujours déclaré qu'il n'avait rien eu à reprocher à
ses chefs. Je proteste avec la dernière énergie con-
tre des accusations dont on n'a apporté aucune
justification. (Vils applaudissements à gauche et.
l'extrême gauche.)
M. Georges Leygues. — Je m'associe en-
tièrement à l'énergique protestation du ministre,
car jamais l'instituteur Gobillot ni les membres
de sa famille ne se sont plaints de l'attitude, do
l'administration à son égard. (Applaudissements à
gauche.)
M. Cunéo d'Ornano. - On sait cependant
que Gobillot a été envoyé en disgrâce par sos.
chefs dans une petite commune.
M. Poincaré. — C'est absolument inexact.
Jamais l'instituteur Gobillot n'a été envoyé en dis-
grâce. C'est sur sa demande expresse qu'il a ét
déplucé.
La proposition de M. Géraull-Richard est
adoptée par 487 voix, son auteur lui donnant le
caractère d'uc hommage à l'instituteur mar-
tyrisé.
M. Combes, président du conseil. — Le gou-
vernement s'associe pleinement à la manifestation
faite par la Chambre. (Applaudissements.)
Le budget des postes
Sur le budget des postes, M. Rouanet plaida
la cause des femmes employées et des catégo"
ries les mains heureuses des sous-agents.
Les fraudes de Rodez
M. Louis Lacombe signale les fraudes cm""
mises par les élève3 des écoles coogréganisteà1
de l'Aveyron, aux examens des postes.
Notre rédacteur en chef consacrait à ces faits
un de ses derniers articles, et nos lecteurs sonfc
ainsi au courant de la question.
M. Louis Lacoiube.- - Depuis plusievit
PAS & DËPARTEMENTS
Le Numéro, ENTÎMES
ANNONCES ;.
AUX BUREAUX DU JCRN4
14. rue du Mail, Paris.
fit chez MM. LAGRANGE, CERF & CM
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No 12014. — Oim^ncliô lar Février 1903
13 PLUVIOSE AN. 111
ADMINISTRATION ; 14, rue (Iii Mail
Adresser lettres et mandats à l'administrateur
NOS LEADERS
Cnllr NHI
Si déplorable que soit la méthode
de travail adoptée par la Chambre et la
rapidité avec laquelle défilent devant les
députés les budgets des divers ministè-
res, emportés dans une course vertigi-
neuse et folle, certains faits d'une ex-
ceptionnelle gravité ont pu cependant
être mis en lumière, Il importait que le
Parlement les retînt et n'eût pas fair au
moins do les laisser passer sans protes-
tation. -
Jeudi, c'étaient les missionnaires,
parmi lesquels brillent au premier rang
les jésuites qui faisaient .les frais de la
discussion. A la défense habile qu'en a
présenté l'honorable M. Denys Cochin,
qui est incontestablement un de nos
meilleurs orateurs, mon excellent col-
lègue et ami Dubief a opposé une verte
réplique que la gauche et l'extrême-
gauche ont vigoureusement applaudie.
Après lui, m'appuyant sur une brochure
adressée aux sénateurs et aux députés
du Bloc par le directeur et par les pro-
fesseurs de l'école française laïque de
Beyrouth, j'ai essayé de montrer à la
Chambre de quelle façon les bons Pères
— style ecclésiastique ! — observent
la neutralité scolaire, pratiquent la tolé-
rance et la liberté, dont ils sont, disent
leurs amis, les derniers défenseurs, en-
- geignent enfin à l'étranger l'amour de
la patrie française.
Du budget des affaires étrangères,
on a passé au budget des postes. Les
postes et les congrégations ne semblent
pas avoir beaucoup de points de con-
tact. Ce sont cependant les congréga-
nistes qui ont eu de nouveau les hon-
neurs de la séance. Tant il est vrai que
dans notre République encore encapu-
cinée, l'influence de la congrégation se
fait sentir partout ! Aucune administra-
tion de l'Etat n'y échappe. Demain, la
discussion du budget de la guerre et du
budget de la marine sera peut-être l'oc-
casion de révélations plus sensation-
nelles que toutes celles dont la Chambre
s'est justement émue jusqu'ici. Et s'il
plaît à mon collègue Ferrette, l'homme
de France qui connaît sans doute le
mieux — car il est toujours prêt à in-
terpeller sur cette affaire - les paroles
et les actes de la famille Humbert, de-
puis le jour de l'ouverture du fameux
coffre-fort jusqu'au jour où, sur la ga-
lante invitation de M. le garde des
sceaux, il a convenu aux fameux es-
crocs do retourner en France, si, dis-je,
il plaît à M. Ferrette de nous faire con-
naître le rôle joué dans cette tragi-
comédie parla gent cléricale, il y aura
peut-être encore quelques bons instants
pour la vieille gaieté française.
Mais comment la congrégation s'est-
elle trouvée mêlée à la discussion du
budget des postes? Depuis quelques
jours on parlait à mots couverts de
certains faits scandaleux qui se seraient
produits dans une ville du Midi, à pro-
pos d'un concours pour le surnuméra-
riat. L'honorable M. Lacombe, député
de l'Aveyron, les a portés à la tribune
avec une vigueur dont nous sommes
heureux de le féliciter. Ce sont les élè-
ves des frères qui en sont les héros.
Depuis quelques années, on avait re-
marqué que les jeunes gens préparés
par les « bons frères » obtenaient un
succès considérable dans les concours
pour le surnumérariat des postes et
pour les contributions indirectes. En
vain, les écoles laïques, desservies par
un personnel d'élite profondément dé-
voué à sa besogne et stimulé par la con-
currence congréganiste, essayaient de
hlltcr, les résultats ne répondaient pas
aux efforts. Peu à peu le décourage-
ment s'emparait des élèves, et les pa-
rents eux-mêmes n'envoyaient pas sans
regret à l'école laïque les enfants qu'ils
destinaient à l'administration des pos-
tos ou à celle des contributions indirec-
tes. On se serait lassé à moins.
La prospérité de l'école congréga-
niste allait donc toujours grandissant.
Pour soutenir plus avantageusement
une concurrence aussi redoutable,la mu-
nicipalité ne recula devant aucun sacri-
fice. Une école primaire supérieure fut
créée. Les résultats des concours n'en
furent pas changés.
Tel un joueur imprudent ou naïf
se heurte à la veine insolente d'un
filol qui a préparé les cartes avant de
commencer la partie. Des doutes naqui-
rent. Les vaincus avaient remarqué que
la chance n'était pas le seul facteur qui
favorisât leurs camarades plus heureux.
De petits calepins, pouvant tenir dans
le creux de la main, habilement dissi-
mulés dans la manche du veston décou-
sue pour la circonstance, venaient au
secours des mémoires défaillantes :
les élèves des écoles congréganistes se
passaient les calepins, quand chacun
n'avait pas le sien, et avec les calepins
le succès. Un hasard heureux a fait met-
tre la main sur un certain nombre de
ces calepins. Du coup, le secret de la
supériorité de l'école congréganiste sur
l'école laïque a été découvert.
; Jusqu'ici, il semble qu'il n'y ait rien
que de très banal. Un concours a lieu,
des élèves copient, cela se voit tous les
jours. Je ne veux même pas rechercher
si un peu plus de surveillanco ne ren-
drait pas cette pratique du « copiage »
j?lu$di( £ çilç et £ lus togerçusj?, Et si
mon collègue Lacombe n'avait pas dit
autre chose, je orois que l'affaire n'eût
pas mérité les honneurs de la tribune.
Mais le procédé était excellent : les
bons Frères l'avaient expérimenté.Com-
ment en tirer tout le parti possible?
Une condition d'abord s'imposait, c'est
qu'on ne fût pas pris. Une maladresse
risquait de tout compromettre, en dépit
de la complaisance que mettaient ma-
nifestement les surveillants des con-
cours. On travailla donc à perfection-
ner l'art de copier. Et comme il faut un
stimulant au travail, on jugea bientôt
que les plus habiles devaient avoir
droit à une récompense. Comment les
déterminer, car la justice seule peut
présider à un classement qui ne soit
pas contesté par les intéressés eux-
mêmes ? On institua des concours de co-
piage.
Il est vrai que les bons frères comme
les bons pères n'agissent jamais que
« pour la plus grande gloire de Dieu,
ad majorem Dei gloriam ». Voilà pour-
quoi, sans doute, la veille du concours,
on menait tous les élèves candidats à
confesse, et le lendemain matin, avant
les examens, tous, élèves et maîtres,
recevaient la très sainte communion.
Les bénédictions célestes ne pouvaient
pas ne pas descendre sur la pieuse
fraude.
Une enquête est ouverte. Il sera in-
téressant d'en connaître les résultats.
Ce qu'il importe de retenir dès à pré-
sent, c'est le procédé essentiellement
loyal, conforme à l'esprit de justice et
d'honnêteté qui doit être le fond de
toute éducation, auquel les congréga-
nistes de Rodez avaient recours pour
établir la supériorité de leur enseigne-
ment sur celui des laïcs. Nous avons
donc les « concours de copiage ». Heu-
reuse innovation !
A quand les concours de vol ?
Henri Michel.
—-• M
l'AUTOtOBILISME ET LES POSTES
M. Sembat est intervenu, de
la façon la plus heureuse, hier,
dans la discussion du budget
des postes ; il a fait remarquer
combien notre système de dis-
tribution des lettres et des pa
quets dans les campagnes, était
peu en rapport avec les instruments de pro-
grès que nous possédons aujourd'hui.
Il a préconisé, notamment, un mode
d'application de l'automobile, qui donne-
rait, sans aucun doute, d'excellents résul-
tats : l'automobile prenant au bureau les
facteurs ruraux et les transportant au point
de leur parcours où ils n'ont plus qu'à s'é-
grener dans les petits centres, vers les châ-
teaux isolés, vers les fermes, puis les atten-
dant à Un" endroit convenu et les ramenant
à leur point de départ. Outre que ce pro-
cédé soulagerait les facteurs ruraux, ac-
tuellement exténués par d'interminables
marches , il permettrait d'accomplir les
tournées en un temps infiniment moindre,
et par conséquent rendrait les distributions
plus rapides, M. Sembat a pu citer, sans
être démenti, tels hameaux du Centre où
les lettres et imprimés ne sont distribués
que vingt-quatre heures après leur arrivée
à la gare la plus rapprochée. Toute cette
partie du service a évidemment besoin d'ê-
tre transformée , et l'automobile semble
être né tout exprès pour être l'agent de cette
transformation.
Et ce que propose M. Sembat, tout en
étant un progrès, n'est point une révolu-
tion ; nous ne ferions encore qu'imiter nos
voisins, puisque l'automobile est déjà
employé en Italie et en Suisse ; il parait
même qu'on l'emploie dans une de nos
colonies, à la Guadeloupe.
M. Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux
postes et télégraphes, a bien fait de répon-
dre qu'il allait pousser à la solution pro-
gressive de la question. Il n'en est point
de plus intéressante que celle des commu
nications rapides entre les citoyens. —
Ch. B.
Voir à la 3J page
les Dernières Dépêches
die la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
ÏÏIT 1IIIIHIIIIIMI DL "WliïïlinMlJMBJBMUiMLIJMILMMlUMMllUHMMllIMliMMiMI
AU CONSEIL D'ÉTAT
Je ferai à la magislraluro administrative le
même reproche quo je faisais hier à la magis-
trature judiciaire. Le recrutement du Conseil
d'Elat, dans sa base même, prête à de nom-
breuses critiques.
Chaque année, un certain nombre de postes
d'auditeurs de deuxième classe sont mis au con-
cours. L'auditeur de deuxième classe n'a, la
première année,aucune rémunération, les trois
suivantes il touche deux mille francs.
On reconnaîtra qu'il y a là des obstacles à ce
que des jeunes gens appartenant à des familles
modestes, et fussont-ils très intelligents,se des-
tinent à une carrière qui,outre les hasards du
concours,comport6 la nécessité de se livrer à
des études très dispendieuses, et ne donne
mêmo point, une fois tous les obstacles sur-
montés, lo pain quotidien.
Il arrive ainsi que les places d'auditeurs au
Conseil d'Etat sont, par la force des choses,ré-
servées aux classes fortunées. L'école libre des
sciences politiqucs, où se recrutent la presque
totalité des cauaidals, est un véritable foyer de
réaction.
J'ajoute qu'outre le concours que doivent
subir les postulants, ils sont soumis à une en-
quête d'un genre particulier. On s'enquiert
de leur famillo, do leurs moyens d'exisisuce,
de la situation pécuniaire des parents, et il est
malheureusement trop vrai que l'on s'inquiète
beaucoup plus de savoir s'ils font partie du
Tout-Paris élégant et mondain que do recher-
cher s'ils sont républicains.
Je sais bien que les inconvénients de ce re-
crutement aristocratique sont en partie corri-
gés par 10 droit qu'a le gouvernement de nom-
mer directement à un certain nombre de places
do maîtres des requêtes et de conseillers d'Elat,
des fonctionnaires de son choix.
Toujours est-il qu'il y a là une organisation
défectueuse, et que les républicains ne.doivent
pas perdre de vue la nécessité qu'il y a de la
çonjesr. t L, Armlirusier,
LE THEATRE ALSACIEN
Une première intéressante. — Le ré-
veil littéraire de l'Alsace. — La re-
naissance d'une langue. — Min-
nesanger et dramaturges.
— L'esprit alsacien à tra-
vers les siècles.
L'apparition d'une pièce alsacienne, sur un
de nos théâtres boulevardiers, évoque sans qu'on
s'en doute un monde d'idées neuves, dont la
portée dépasse de beaucoup le succès éphémère
de quelques brillantes représentations.
Mossieu le maire, dont la traduction fran-
çaise affrontait ces jours-ci la rampe du théâtre
Déjazet, est en effet une amusanto et spirituelle
comédie de moeurs alsaciennes, écrite dans le
dialecte du pays, par un jiune auteur du plus
brillant avonir,,Nl. Gustave Stoskopf. Encoura-
gé par le bon accueil fait sur le même théâtre
l'an passé au Voyage à Paris, M. Sloskopf s'est
décidé à soumettre à l'appréciation de la criti-
que parisienne la comédie qui là-bas, sur les
bords du Rhin, passe pour son chef-d'œuvre,
et l'expérience a produit les résultats les plus
favorables, à en juger par la bienveillance des
critiques parisiens à son égard.
Mais l'événement artistique, limité ici aux
proportions d'une petite première, prend en
Alsace un développement beaucoup plus con-
sidérable, si l'on songe que l'éclosion d'un
théâtre alsacien a réveillé dans ce pays le goût
d'une langue nationale, assoupi de gré ou
de force depuis plus de deux siècles, ,4u cours
desquels l'Alsace subit des influences diver-
ses.
Sous le coup d'une crise évolutive très carac-
térisée, depuis son annexion, cette province,
dont Strasbourg a toujours été l'âme et le cer-
veau, s'est secouée depuis quelques années de
la torpeur où l'avait maintenue la rigueur des
lois répressives de l'empire allemand.
Perdant peuà peu l'influence que la langue
et la littérature françaises exerçaient depuis si
longtemps sur son esprit, l'Alsacien, nature
fière, indépendante et ironiste, se vit dans la
nécessité de puiser à nouveau ses sources
d'instruction dans les gymnases où la langue
germanique lui était imposée.
Les Allemands estimaient en effet que le
seul moyen de maîtriser ces sujets rebelles à la
volonté impériale, consistait dans l'éloigne-
ment des traditions françaises. Les rapports
très étroits que présentent en apparence et
même en fait la langue germanique et le pa-
tois d'Alsace semblaient leur donner raison.
Mais ils ne pensèrent pas alors que cette coer-
cition, en revivifiant la langue et les mœurs
originelles d'un petit peuple qui avait toujours
rêvé l'autonomie, lui permettrait de se refaire
une langue nationale, non plus seulement par-
lée comme un vulgaire idiome, mais écrite,
propre à créer dos œuvres à et réveillerjentre les
Vosges et le Rhin l'esprit d'indépendance qui
a toujours caractérisé les sujets do cette ré-
gion.
Le passé littéraire de l'Alsace
Dans ce pays, dont le nom tire son origine
d'un mot allemand : Edel Sass, qui signifie
noble séjour, l'influence germanique n'est en
réalité qu'une greffe imposée par le temps et la
destinée sur un sol où les traces gauloises sont
encore très visibles. C'est ainsi que l'on re-
trouve encore, sur la route de Schrameck au
Grand Rû, lo bois des Druides et les vestiges
d'un marché gaulois. La haine des Alsaciens
contre les Germains, primitivement les Francs
Ripuaires, Saliens et Sicâmbres, date de l'in-
vasion des barbares sur ce territoire que les
Romains appelaient la Gaule celtique.
Le ressouvenir do cette époque lointaine re-
vit dans une vieille légende. Un chef germain
étant disparu, ce fut un cavalier gaulois qui
rapporta sa tête et sa fille au consul romain,
ne voulant pas, disait-il, sa salir au contact
d'une bête puante (Stinckfiehe en haut alle-
mand) et moins encore souiller sa descendance.
C'est d'ailleurs de ce mélange des Celtes, des
Germains, des Huns et des Francs établis en
Alsace sous les empereurs romains que naquit
le patois alsacien.
Sous Charlemagne et ses successeurs,la pré-
dominance ecclésiastique fit des évêques les
seigneurs des cercles murés (kreis) jusqu'à l'é-
poque où les paysans et les habitants des vil-
les, au prix des luttes parfois les plus sanglan-
tes, conquirent leurs franchises. Mais dumoins
les abbayes et les monastères eurent-ils le mé-
rite de développer les instincls artistes des ko-
longen (colons) que la férocité barbare des
Francs avait conduits à se réfugier dans le do-
maine inviolable de l'Eglise.
Chose curieuse, ce sont trois femmes dont la
mémoire bienfaisante prédomine parmi les
nombreuses légendes alsaciennes du moyen-
âge.
D'abord sainte Odile, patronne de l'Alsace,
fille du duc Allie, qui personnifie la bonté et
la foi.
Puis Herrade de Landsberg, qui représente
la science, et dont le manuscrit original du
Jardin des Délices fut brûlé pendant le bom-
bardement meurtrier qui détruisit la bibliothè-
que de Strasbourg, mais dont une copie a pu
être heureusement retrouvée.
Enfin Sabine, qui symbolise l'art, puisqu'elle
a inspiré légendairement les groupes qui avoi-
sinont l'horloge de la célèbre cathédrale dont
la flèche domine la vallée du Rhin.
Mais l'Alsace était trop préoccupée pendant
le moyen-âge de conquérir ses franchises et ses
libertés muni ci pales, malgré l'effort des Gerold-
seck et autres évêques-ducs, pour songer à
d'autres délassements artistiques que ses fêtes
patronales, ses tirs et ses commémorations dont
un érudit, M. Leroy de Sainte-Croix, a recueilli
les souvenirs dans un imposant ouvrage en
deux volumes in-quarto : L'Alsace en fête.
Aussi, tels les peuples primitifs, a-t-elle vécu
de ses seules traditions et légendes, dont une
plume exporte pourrait créer des chefs-d'œuvre,
en le s fixant avec un sens bien précis de l'âme
alsacienne et de ses aspirations.
Toutefois, l'histoire de ces luttes nous permet
de conslalerquelempiro germanique lui-même
reconnaissait combien ce pays, composé en fait
de républiques municipalessolidairesdansleurs
grands intérêts communs, tout en demeurant
jalouses de leurs libartés propres, gagnait à vi-
vre à peu près indépendant, enserré dans ses
frontières naturelles dos Vosges el du Rhin.
L'époque moderne -
Ainsi nous franchissons la longue période
qui sépare la révolution alsacienne do 1342, où
fut détruit le régime aristocratique, soumis dé-
sormais à la volonté du peuple, de l'époque de
l'annexion française au lendemain de la guerre
de Trente ans.
Cependant les lettres et les arts, les lettres
surtout, dont Gutenberg avait, par sa décou-
verte précieuse de l'imprimerie en 1434, paru
faciliter les voie2.ne devaient pas encore susci-
ter de chefs-d'œuvre dans une langue qui n'é-
tait fixée par aucune grammaire.
C'est toutau plus si l'on peut rattacher àcette
phase de la Renaissance le poème satirique cé-
lèbre do Sébastien Urandt (Nal'renschin vais-
seau des fousy, paru en 1494 à Bâle, et écrit à
Strasbourg.
Ceux que l'élude préoccupé alors s'expriment
soit on allemand, soit plus lard en français et
nous ne découvrons comme monuments litté-
raires antérieurs à ce siècle dans le Bas-Rhin
(pllJÍ:! des Triboques et du Nordgau) que l'Har-
inonie des E-wngiles.ècrile dans un idiome assez
\!tJQt ,i a 9.i et d~s le Ul-
Rhin (pays des Raûraques et du Sundgau), que
les chants des Minnesanger dont Wagner s'ins-
pira dans ses Maîtres Chanteurs, et qui sont les
bardes et les trouvères des corporations.
Ajoutons à cela, dans la langue strasbour-
geoise, si bien conservée à travers les siècles,
les sermons de Geiler, les œuvres de Mûrner et
de Fischart, puis ce Moscheroch d'allure fran-
che et naïve, mais toujours ingénieuse et sati-
rique. -
Enfin, voici au début de ce siècle la première
comédie digne de ce nom, le Lundi de Pente-
côte d'Arnold, qui a mérilé de Gœthe le plus
grand éloge, puis los pièces de Maugold. Peut-
être les rayons lumineux qu'ellesprojelaientdaas
le monde littéraire se seraient-ils à jamais
obscurcis, sans les événements qui ramenèrent
en 1871 l'Alsace sous la domination de l'Empire
d'Allemagne, reconstitué par le chancelier de
fer.
Nous avons tous présent à la mémoire, et nos
pères alsaciens plus que nous encore, le souve-
nir des temps difficiles que traversa la pauvre
province au lendemain de notre défaite, pour
ne pas comprendre combien il eût été difficile
d'espérer de longtemps un réveil de la pensée
dans ce pays dont on venait, d'un trait de plu-
me, rompre les traditions et les liens déjà sé-
culaires.
Réveil intellectuel de l'Alsace
Mais l'impossibilité même d'exprimer des
idée?, sous un régime aussi sévère, fit éclore
naturellement le désir, chez quelques auda-
cieux, de se servir du théâtre comme d'une tri-
bune propice au développement artistique et par
suite social.
Le seul fait d'avoir tenté de jouer, en Alsace,
des pièces écrites dans la langue du-pays-j nous-
a féyélé que l'instinct d'autonomie de ce petit
peuple ne fut jamais anéanli, mais simplement
étouffé par la répression du vainqueur. C'est
des efforts même du germanisme, tendant à fai-
re disparaître non-seulement l'usage du fran-
çais, mais aussi l'idiome alsacien, qu'est res-
suscité le goût de la poésie de clocher.
De ce nationalisme de bon aloi, à proposer
en exemple à nos politiciens arrivistes du mo-
ment, est né, parallèlement au théâtre de la
ville, un théâtre réellement autochtone, créé
par une troupe d'élite, qui n'hésita pas à expo-
ser tout haut ses statuts et son but, savoir :
œuvrer en langue d'Alsace ; encourager, avec
l'aide des bons citoyens, une formule bien na-
tionale de littérature dramatique ; populariser
l'art élevé par la translation des œuvres du
théâtre moderne dans cette langue.
Dès 1890, c'est-à-dire juste après le temps
révolu de produire une génération nouvelle
moins disposée que la précédente à s'expatrier,
à noyer dans la masse cosmopolite son esprit
si spécial, deux sociétés slrasbourgeoises se
fondèrent : la Théâtrale et la Vosgienne avec
pour répertoire des traductions d'œuvres alle-
mandes.
C'est là quo commence à développer ses qua-
lités dramaturgiques le futur auteur de M. le
Maire, Gustave Stoskopf, qui, de poète humo-
risto habitué du cercle intime alsacien : la
Boite à Farine, profitant des essais intéres-
sants de Lùslig, de Stœber et de Weiss, se ré-
vélera bientôt, au lendemain des Gaietés d'Al-
sace, par des pièces dignes d'un véritable
théâtre. -
Quelque temps après, ueux autres sociétés,
l'Humoristique et l'Argentine,s'essaient, de leur
côté,à des créatiotis,avec un répertoire où pré-
domine le haut-allemand traduit en alsacien.
La concurrence ayant, par de fâcheux effets,
précipité la dissolution de ces petits cénacles,
un Allemand, M. Julius Greber, fit représenter
au théâtre de Strasbourg quelques pièces alsa-
ciennes de sa composition, entre autres : Un
Marié dans une armoire, les Trois Galants de
Sainte-Cécile, qui faisaient ressortir le côté
spirituel et gai de cette langue diversement
parlée, selon les types spéciaux de commis, de
juges ou de paysans qu'elle décrivait.
A ce D* Julius Greber, avec la collaboration
assidue de Gustave Stoskopf, peintre et poète,
le théâtre alsacien doit son installation. Alexan-
dre Hessler, ancien directeur du théâtre muni-
cipal do Strasbourg, s'intéressant à ces tenta-
tives, émit en effet l'idée d'établir une scène
spéciale dans la ville, et à cet effet il apporta
une cotisation personnelle de 3.500 marks.
Cela se passait en 1897. Dix ans plus tôt,
Antoine, alors petit employé du Gaz, inaugu-
rait les soirées du Théâtre Libre, avec les deux
cent vingt-cinq francs de sa mensualité. Il y
avait progrès.
En 1878, un rédacteur du journal l'Alsacien,
nommé Hauss, intéressé à ce projet, apporta
sa contribution littéraire, et avec lui vinrent
successivement Greber, Stoskopf, Abel, Prévôt,
Kottner, F. Baslian, Horsch, Wolff, et. sur-
girent alors les pièces les plus curieuses, telles
que la Lucie et la Jeune Princesse do Greber,
le Moulin de la Forêt d'Abel et Prévôt, la tra-
duction de l'Ami Fritz, d'Erckmann-Cha-
trian, ces deux Alsaciens dont la France s'ho-
nore, traduclion plus vivante encore dans le
langue familière et natale de ses personnages
que dans la nôtre ; le Candidat, le Voyage à
Paris et Mossieu le Maire, qui édifièrent la no-
toriété de Stoskopf, suffisamment, comme on
l'a vu, pour attirer la curiosité des spectateurs
parisiens.
Il paraîtrait spécieux de refaire ici l'analyse
do Mossieu'le Maire, que nos locteurs ont lue
récemment. Un mot suffit à caractériser cette
comédie, en raison des qualités si personnelles
d'observation que son auteur sut y développer :
c'est la pièce alsacienne par excellence.
Admirablement secondé en Alsace par une
troupe d'amaleurs devenue en peu de temps
une compagnie d'élite, M. Gustave Stoskopf a
dû se trouver, je pense, satisfait de l'interpré-
tation parisienne à laquelle Mlle Blanche De-
nège.du théâtre Antoine, apporta son concours
intelligent.
L'Alsace de demain
C'est, en fait, dans la restauration du génie
très original d'une langue particulièrement fé-
conde en trails d'esprit, quo l'âme alsacienne
se ressaisit, aidée dans sa propulsion par les
efforts des jeunes lettrés et artistes, ainsi que
par l'appui d'une presse intelligente, où pré-
domine en bioufaisante influence, la Revue al-
sacienne illustrée, qui parait à Strasbourg.
Nous pouvons, en examinant les progrès de
cette génération neuve, sanctionnés, dut-on
paraître surpris du fait, par une subvention de
la municipalité sirasbourgeoise, entrevoir un
horizon de future liberté, d'autonomie et de re-
naissance dans l'Alsace, tant lillérairo que
politique.
Ainsi se résoudrait au gré des nations,déli-
vrées de l'angoisse d'un possible et meurtrier
conflit, le problème difficile de l'avenir d'un pe-
tit peuple suffisamment doué poursavoir se di-
riger lui-même. Il aurait de plus l'avantage de
maintenir pour sa part, fût-ce à l'abri de l'un
ou l'autre prolectorat, entre les lignes vosgien-
gienne- el du Rhin, la neutralité politique qui
nous permettrait du moins de méditer en paix
sur l'idéal de la fraternité des peuples.
ALCANTER DE BRAHM.
POUR PASSER LES RIVIÈRES
(De noire correspondant partiCtdierl
Berlin, 30 janvier.
Lo système dos canots pliables, qu'on a em-
ployés jusqu'ici pour le passage de la cavalerie
à travers les rivières, n'a pas donné de résul-
tats salisfaisanls, On le remplacera par celui
des canots d'acier eombio&i$ye« dQ3 poLons
spé.çiauii, -
Six régiments dé cavalerie seront munis, à
titre d'essai, de ce nouvel outillage.
11.1.. II.
POUR LES OFFICIERS EN NON-ACTIVITÉ
Le tableau de propositions des officiers pour
la Légion d'honneur devant paraître prochai-
nement, nous signalons à la bienveillante at-
tention du ministre de la guerre une catégorie
d'officiers dont les droits ont été jusqu'ici com-
promis. Nous voulons parler des officiers en
non-activité pour infirmités temporaires et
ayant plus de vingt ans de service actif.
Obligés de quitter l'armée, soit provisoire-
ment, soit malheureusement sans espoir de re-
tour, pour des infirmités contractées souvent
dans le service, ces officiers sont considérés, à
tort, à notre avis, comme ne devant être l'ob-
jet d'aucune proposition pour la Légion d'hen-
neur.
C'est ajouter une tristesse de plus aux épreu-
ves qui frappent des officiers méritants. La
mise en non-activité, après une carrière de
vingt ans et plus : c'est, pour les uns, l'avenir
brisé, puisqu'ils perdent tout droit à l'avance-
ment ; pour les autres, c'est la carrière mili-
taire à jamais [ermées si leur santé ne s'amé-
liore pas.
Eliminer en principe du tableau de proposi-
tions pour la Légion d'honneur les officiers en
non-activité, les ajourner, sans discuter leurs
titres, c'est mal interpréter d'ailleurs les ins-
tructions ministérielles.
En effet, d'après l'instruction du 7 avril 1831
modifiée par la circulaire du 10 janvier 1901 :
« Le contingent de croix attribué au ministère
de la guerre est destiné aux militaires en acti-
vi té "de service ou en non-activité pour infir-
mités temporaires. »
D'après l'instruction ministérielle pour l'ap-
plication du décret du 15 mars 1901 (art. 8) :
« sont présentés pour chevaliers les militaires
ayant au moins vingt ans de service » et plus
loin (art. 11) « les officiers en non-activité pour
infirmités, qui sont inscrits au tableau de con-
cours continuent à y figurer ».
L'inscription sur les listes de présentation
est donc obligatoire pour tous les officiers
ayant vingt ans de service. Bien que leur
maintien sur le tableau do concours ne résulte
pas forcément de cette proposition, les titres
de tous les officiers n'en doivent pas moins
être discutés et les officiers en non-activité ne
pouvent pas être ajournés indéfiniment sans
motif.
En somme, nous estimons que la situation
de ces officiers est plus intéressante que celle
de leurs camarades plus heureux, qui, grâce
à une bonne santé, ont pu conserver leur poste
dans l'armée el voir leur ambition satisfaite.
Il nous suffira, nous en sommes persuadés,
de signaler.ces faits au ministre de la guerre,
dont nous connaissons le grand esprit do jus-
tice,pour être assurés que cet oubli sera promp-
tement réparé.
———————————— ————————————
LA MAFFIA MILITARISTE EN PRUSSE
(De notre correspondant particulier)
Berlin, 30 janvier.
Le suicide du préfet (Landrath) M. von
Willich, a révélé, dans la Prusse Orientale,
un élat de choses qui rappelle en quelque sorte
Naples et les menées de la Camorra. Sous pré-
texte de patriotisme, les Prussiens envoyés là-
bas se permettent les abua les plus abomina-
bles. Ainsi locommandautvonEndell avait puisé
à pleines mains dans les fonds dostinés à la
germanisation, et s'était sauvé de la banque-
route grâce à des « emprunts » pou délicats.
M. von Willich fit une campagne contre
les nombreux détournements du brave com-
mandant. Celui-ci, au lieu de poursuivre son
diffamateur, demanda la convocation d'un
conseil d'officiers pour juger son cas. Sur un
ordre venu de haut lieu, le conseil a dû re
connaître le commandant honnête homme.
Il fallait bien défendre l'honneur de l'armée f
Les « Yunkers » boycottèrent M. von Wil-
lich, qui avait eu l'immense tort de dénoncer
les détournements commis par un comman-
dant. Le malheureux von Willich en fut bi
affecté qu'il se suicida.
——————————— ———————————
LA RÉVOLUTION AU MAROC
(De notre correspondant particulier)
Tanger, 30 janvier.
Le bruit court que le ministre do la guerre
du sultan du Maroc est passé avec ses troupes
dans le camp du prétendant.
Le colonel italien Ferrara, qui est à la tête
des manufactures d'armes du sultan, n'a pu
pénétrer à Fez et est revenu à Tanger.
LA FIN DE SANTA-LUCIA
iDe notre correspondant particulierI
Naples, 30 janvier.
L'ancien port de Santa-Lucia sera complète-
ment démoli,ainsi que les rues qui l'entourent.
Il n'en restera que le souvenir et la légende qui
s'y rattache. On a déjà démoli l'église de No-
tre-Dame-en-Chaines, fondée par un plongeur.
La démolition du quartier de Santa-Lucia va
obliger environ 8.000 hommes à quitter leurs
demeures.
———————————— ———————————.
L'ÉLECTION DU 4e ARRONDISSEMENT
Aux délégués des six comités républicains
radicaux et socialistes de la 2' circonscription
du 4' arrondissement qui lui avaient offert la
candidature, le citoyen Adolphe Chérioux,
conseiller municipal du quartier Saint-Lam-
bert, a adressé la lettre suivante :
Paris, 29 janvier 1903.
Citoyens,
En m'offrant la candidature radicale-socialiste
pour le siege de député actuellement vacant dans
la 2e circonscription du 4e arrondissement, vous
m'avez fait lo plus grand honneur.
Je vous en remercie sincèrement.
Mais le quartier qui m'a envoyé à plusieurs re-
prises à l'Hôtel de Ville, et qui avait été très né-
gligé autrefois, a encore besoin de mon concours,
et je dois aux électeurs qui m'ont honoré de leur
conOance de conduire jusqu'au bout les améliora-
tions qui s'imposent.
Vous trouverez certainement dans la grande pha-
lange républicaine un homme qui saura défendre
vos principes et tenir haut et forme le drapeau de
la République, et plus que jamais, j'estime que
l'union de tous les républicains est nécessaire en
face de la réaction qui ne désarme pas.
Croyez, mes chers concitoyens, à mes meilleurs
sentiments.
ADOLPHE Cntmoux,
Conseiller municipal.
LES SOCIÉTÉS PAR ACTIONS
La commission de réforme de la législation
des sociétés par actions, instituée par le garde
des sceaux, a terminé hier l'élaboration d'un
premier projet portant modification des lois du
24 juillet 1867, du 1" août 1893 et du 9 juillet
1902.
Le texte de ce projet, précédé d'un rapport de
M. Rodolphe Rousseau, sera remis au garde
des sceaux dans le courant de la semaino pro-
chaine.
La commission continuera à se réunir ions
les vendredis au ministère de la justice jus-
qu'au complet achèvement de trois autres pro-
jets relatifs aux obligations el parts do fonda-
teurs, aux sociétés étrangères et à la réglcmon-
LQUOU tle Iniuus et iuvuuiaircs.
LA JOURNÉE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBRE
Les obsèques de Mahmoud-Pacha
M. Denys Cochin a posé unè question aa
ministre de l'intérieur, au sujet des obsèques;
de Mahmoud-Pacha, enterré ces jours derniers
au cimetière du Père-Lachaise.
M. Denys-Cochin était très mécontent d'une
mesure prise par M. Mouquin, commissaire de
police, mesure tendant à interdire les discours
et même les prières en langue turque; la,
police voulait éviter, parait-il, que des paro-I
les trop désagréables pour le sultan fussent;
prononcées. - ii
Un des orateurs, Ahmed Riza, ayant pris la
parti de parler en français, M. Mouqnin l'au- j
rait prié de retirer le mot d' « inj ustice », cC:
l'aurait arrêté au mot « réformes ». Ii
M. Denys Cochin s'est plaint d'un fait pIIlS
grave suivant lui : Il
M. Denys Cochin. — Le sultan a signifié,
par ministère d'avoué, un exploit à notre garda
des sceaux réclamant les restes pour les faire in-
humer en Turquie. Que cache au fond cette de-
mande? C'est le secret du sultan. Demande inso-
lite en tout cas, car depuis le treizième siècle au.
cun prince de la famille du sultan n'est mort en
terre étrangère. Le sultan se réclame, il est vrai,
du droit ottoman ; c'est un droit auquel il a fait
subir de si sanglants accrocs que peut-être son
droit à l'invoquer est-il singulièrement fort clos 7
Je demande au ministre s'il admettra que du
papier timbré lui soit signifié dans de telles cir-
constances pour réclamer le cadavre d'un homme
exilé de son pays parce qu'il osa, un jour, de-
mander des réformes quo l'Europe réclame en
Turquie. Je lui demande si ce papier timbré ne lui
semble pas appeler quelques représentations diplo-
matiques. (Vifs applaudissements.)
M. Combes a fourni les explications suivan-
tes :
m. Combes. — S'il m'appartient de juger en
moi-môme un gouvernement étranger dans un à*
ses actes, il ne m'appartient pas de faire connaître
publiquement mon sentiment.
On devait prononcer aux obsèques de Mahmord
pacha des paroles violentes contre le sultan. Nous
en avons été avisés. On nous avait demandé d'user
de la loi de tS49 sur les attroupements. Nous avons
opposé à cette demande' un refus péremptoire.
(Très bien!) Nous avons seulement exigé que Ica
discours fussent prononcés en français.
M. Fouquet. — Cest le français obligatoire.
M. Combes. — J'ajoute que M. Cochin est
mal informé. A1. Mouquin n'a pas eu le rôle qu'il
lui prête et n'a pas empêché de parler.
Quant au transport du corps en Turquie, la ma-
gistrature ne commettra aucune défaillance et la
gouvernementaucune faiblesse. (Applaudissements.)
L'affaire Gobillot
M. Gérault-llicbard demande une pension
annuelle de 1.200 francs pour la veuve de l'in-
stituteur Gobillot et ses enfants. On se rappelle
que Gobillot avait élé condamné, sur l'accusa-
tion de nombreux ennemis de la République
el que les débats de la cour d'assises viennent,
en se terminant par la condamnation de Le*
clerc, d'innocenter définitivement le malheureux
Gobillot.
M. Poincaré intervient.
M. Poincaré. — J'ai été le témoin des souf.
frances de ce malheureux instituteur et je m'asso-
cie entièrement à votre demande. Mais les répu-
blicains de la Meuse n'ont pas attendu aujourd'hui
pour intervenir en faveur de sa veuve.
Tous les républicains et les instituteurs ont de-
mandé pour elle un bureau de tabac. Si cette de*.
mande n'a pas encore eu de suite, c'est parce qu'on
attendait le résultat du procès engagé devant la
cour d'assises. (Applaudissements.)
M. de Benoist. — Ce ne sont pas seulement
ceux que M. Poincaré appelle des républicains qui
ont attendu le résultat du proeès, ce sont tous les
habitants de la Meuse. (Applaudissements à droite.)
M. Rouvier, ministre des finances.-Je suis4,
décidé à donner à la veuve de cette victime de la
diffamation un bureau de tabac d'un produit net
égal à la pension que demande M. Gérault-Richard
auquel je demande, par suite, de retirer son pro-
jet. (Applaudissements.)
M. Poincaré. — Je réponds à M. de Benoist
que je suis très heureux de constater que la raison
finit toujours par avoir raison. Mais je dois dire
qu'à Commercy la dernière campagne a été menée
contre moi à propos de cette malheureuse affaire.1
J'ai, en ma possession, une lettre de l'infortune
instituteur qui, le lor septembre 1901, me commu-
niqua un numéro d'un journal nationaliste, dans
lequel Gobillot était violemment attaqua. (Applau-
dissements à gauche.)
M. Ferrette dit que l'administration fut seule
coupable, attendu que GobiUot fut abandonné
par ses chefs.
Les accusations réactionnaires
M. Poincaré. — Ce n'est certainement pas
moi qui demanderai aux instituteurs de sortir de
leur rôle que je considère comme assez noble. (Ap-
plaudissements à gauche.) Mais je dois dire que
l'instituteur Gobillot a été victime d'une fraction
du parti réactionnaire. La preuve en est que ses
défenseurs ont toujours été attaqués par ceux qujj
dans la Meuse, combattent l'idée républicaine.
J'ajoute qu'il est inexact que Gobillot ait été
abandonné par ses chefs. Il a au contraire écrit des
lettres dans lesquelles il constate l'appui qu'il a
reçu de la part de l'administration. (Applaudisse-
ments à gauche.)
Le journal de M. Ferrette a publié des artioleti
violents contre Gobillot qui s'en est plaint à moi)
par lettre. Ces articles et d'autres relatifs à cette
affaire, je les ai brillés, voulant tout oublier de
cette malheureuse affaire. (Vifs applaudissements à
gauche.)
M. Ferrette. — L'article en question n'était
qu'un simple fait divers. Je proteste énergique-
ment contre les procédés employés par M. PoiiL
caré. (Applaudissements à droite.)
M. Cnuco d'Ornano. — Il ressort de3 dé-:
clarations do M. Ferrette que Gobillot a été aban-
donné par ses chefs, qui méritent une flôtris-
sure.
M. Chaumié, ministre de l'instruction publi-
que. — Je ue peux pas laisser passer do semblables,
paroles sans une énergique protestation. Gobillot a
toujours déclaré qu'il n'avait rien eu à reprocher à
ses chefs. Je proteste avec la dernière énergie con-
tre des accusations dont on n'a apporté aucune
justification. (Vils applaudissements à gauche et.
l'extrême gauche.)
M. Georges Leygues. — Je m'associe en-
tièrement à l'énergique protestation du ministre,
car jamais l'instituteur Gobillot ni les membres
de sa famille ne se sont plaints de l'attitude, do
l'administration à son égard. (Applaudissements à
gauche.)
M. Cunéo d'Ornano. - On sait cependant
que Gobillot a été envoyé en disgrâce par sos.
chefs dans une petite commune.
M. Poincaré. — C'est absolument inexact.
Jamais l'instituteur Gobillot n'a été envoyé en dis-
grâce. C'est sur sa demande expresse qu'il a ét
déplucé.
La proposition de M. Géraull-Richard est
adoptée par 487 voix, son auteur lui donnant le
caractère d'uc hommage à l'instituteur mar-
tyrisé.
M. Combes, président du conseil. — Le gou-
vernement s'associe pleinement à la manifestation
faite par la Chambre. (Applaudissements.)
Le budget des postes
Sur le budget des postes, M. Rouanet plaida
la cause des femmes employées et des catégo"
ries les mains heureuses des sous-agents.
Les fraudes de Rodez
M. Louis Lacombe signale les fraudes cm""
mises par les élève3 des écoles coogréganisteà1
de l'Aveyron, aux examens des postes.
Notre rédacteur en chef consacrait à ces faits
un de ses derniers articles, et nos lecteurs sonfc
ainsi au courant de la question.
M. Louis Lacoiube.- - Depuis plusievit
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