Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-01-31
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Description : 31 janvier 1903 31 janvier 1903
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 20/06/2013
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AUX BUREAUX DU JCJRAL
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NOS LEA DURS
mmmËMmmmmmtùtmai&aeafum*
LES ŒuvreslaïijUBS
a l'etranuer
Notre ami et collaborateur Henri
Michel a posé hier la question des mis-
sions catholiques sur son véritable ter-
rain en déposant un projet de résolu-
tion invitant le gouvernement à faire
sur le crédit la part la plus large possi-
ble aux établissements laïques, et à
mettre les instituteurs laïques au moins
sur le même pied que les congréga-
nistes.
A l'énorme majorité de 340 voix con-
tre 88. la motion Henri Michel- accep-
tée d'ailleurs par le gouvernement — a
été adoptée.
La droite a compris l'importance de
ce vote, et un de ses orateurs a avoué
l'inquiétude des cléricaux en accusant
le cabinet d'accepter « la destruction
progressive des établissements congré-
ganistes ».
C'est, en effet, à une disparition qui
ne saurait tarder pendant de longues
années, que la résolution de la Cham-
bre voue les missions religieuses.
Les réactionnaires défendent les mis-
sions en essayant de démontrer que
leur absence nuirait à la propagation de
la langue française, du commerce fran-
çais, de l'esprit français. Que les éta-
blissements fondés notamment en
Orient et en Extrême-Orient soient reli-
gieux ou non, peu importe, disent nos
ad versaires. Ce sont des établissements
français qu'on ne saurait supprimer
sans amoindrir notre prestige national.
Les cléricaux oublient d'ajouter que
si les congrégations montrent tant d'ac-
tivité, c'est qu'elles ont les moyens de
réaliser l'œuvre entreprise par elles. Et
ces moyens, financiers et autres, elles
les doivent principalement à la généro-
sité de l'Etat.
Le débat d'hier a prouvé que l'Etat,
pour subventionner richement les con-
gréganistes avait été forcé de secourir
avec trop de parcimonie les laïques.
Vraiment, il n'y a pas d'exagération à
demander que nos nationaux ne soient
pas contraints de se faire moines pour
gagner les sympathies du pouvoir de la
métropole.
Si, autour de nous, la lutte entre les
écoles congréganistes et les écoles laï-
ques est ardente, on pense à quelles ex-
trémités la fureur d'être concurrencés
peut amener les moines enseignants
d'Orient.
Henri Michel a appelé l'attention du
gouvernement sur l'inqualifiable con-
duite des jésuites installés, par la grâce
de l'Etat français, à Beyrouth, où ils ont
créé une faculté de médecine et de
pharmacie. A Beyrouth également,
existe une école laïque, française. Cette
dernière est mise à l'index par les R. P.
Jésuites.
Citons, par exemple, le cas de ce
jeune Arménien qui, sentant la néces-
sité de se perfectionner dans notre lan-
gue fit part au père Catin de son inten-
tion d'aller à l'école laïque.
Peu s'en fallut que les jésuites mis-
sent l'écolier à la porte de leur maison,
pour le punir de sa témérité. Finale-
ment, on l'engagea, puisqu'il voulait
apprendre le français, à s'inscrire à l'é-
cole américaine.
Voilà commont les congréganistes
prennent soin d'augmenter l'influence
de notre pays. Les catholiques profes-
sent que la patrie ne vient qu'après
Dieu. Certains d'entre eux ne se con-
tentent pas d'affirmer cette « vérité »,
ils la démontrent par leurs actes.
La participation des écoles laïques
aux subventions nationales dans une
mesure équitable organisera une con-
currence moins déloyale entre les éta-
blissements religieux et les établisse-
ments neutres.
Il est bien entendu qu'aux yeux des
républicains, ce ne sera qu'un régime
transitoire. Là où une seule école est
nécessaire, il est stupide d'en mettre
deux. Le gaspillage de l'argent des con-
tribuables n'est pas plus excusable en
Asie-Mineure qu'en Europe. Ainsi, les
allocations aux missionnaires paraîtront
moins justifiables à mesure que les œu-
vres laïques deviendront plus fortes el,
légitimement, plus exigeantes.
Je crois que telle est Ja voie dans la-
quelle la Chambre est entrée, en adop-
lanl la motion Henri Michel, qu'avaient
signée aussi Charles Bos et MM. Houa-
net, Buisson et Pastre.
Il faut en finir, et le plus tôt possi-
ble, avec les missions catholiques qui
compromettent la France, et la font
haïr.
M. Sembatar dit, avec l'éloquence as-
sez âpre qui lui est familière :
— J attaque le missionnaire, parce
qu'il veut s'imposer par la forceet que,
quand il est menacé, il appelle à son
secours, les armées européennes.
Les missionnaires, pour cette raison,
sont tout le contraire de missionnaires
de paix.
Notre ami Duhicf, lui aussi, a signalé
les inconvénients des établissements
religieux. A propos des écoles de Syrie :
— Une encyclique patriarcale, a-t-il
dit, interdit aux nationaux d'aller dans
les écoles confessionnelles françaises.
Si a ces écoles confessionnelles étaient
substituées des écoles laïques, celte in-
terdiction ne se produirait pas.
Nous sommes déjà bien assez ennuyés,
aux colonies, par les superstitions indi-
gènes ; pourquoi nous. encombrer de
superstitions immigrées?
Hugues Destrem.
♦
TOUJOURS EN AVANT
M. Leydet, en prenant pos-
session de la présidence de la
gauche démocratique du Sénat,
a prononcé hier un discours
dont nous détachons plus loin
.un passage. Bien d'autres pas-
sages de cette excellente allo-
cution seraient à citer, et notamment cette
phrase qu'il a prononcée en terminant :
« Si chaque législateur pouvait avoir son
programme de travail, le faire aboutir et
apporter ainsi sa part de réformes, sa
pierre à l'édifice social, le pays, qui a tou-
jours en tout le bon sens et la patience,
soutiendrait sans cesse ses représentants
dans cette marche ininterrompue vers le
progrès. »
Mais quoi, s'il n'est pas donné à tout re-
présentant du peuple, d'arriver avec un
programme de travail précis, et de sortir
du Parlement avec la joie d'avoir fait abou-
tir une réforme, il appartient du moins à
tout homme de bonne volonté de s'associer
effectivement au travail commun, de pren-
dre sa part de la tâche, et de contribuer à
la marche en avant, en poussant, dans la
mesure de ses forces, à la roue du pro-
grès.
Et M. Leydet nous donne en quelques
mois la liste d'un certain nombre de desi-
derata du peuple que le membre du Parle-
ment a pour devoir de réaliser tout de
suite.
Que veut le peuple ? se demande M. Ley-
det ; et le président de la gauche démocra-
tique du Sénat répond :
« Il veut pour aujourd'hui la réduction à
deux ans et la complète égalité du service
militaire. Il veut aussi, avec énergie, se
délivrer des congrégations, affranchir l'en-
seignement de toute immixtion cléricale et
poursuivre sans défaillance l'organisation
incessante de l'Etat laïque sans jamais per-
dre de vue la solution définitive que la
science, la philosophie, la raison et la li-
berté réclament depuis si longtemps. ))
« Il veut, pour demain, le remplacement
des impôts des anciens régimes, si injus-
tes, si lourds pour les classes laborieuses
et pour les familles nombreuses, par l'im-
pôt sur le revenu, la création des retraites
pour la vieillesse, œuvre de justice par
excellence, qui délivrera tout être humain,
dont le travail a pourtant contribué à la
prospérité nationale, de ce terrible souci,
de cet affreux cauchemar d'une vieillesse
sans sécurité. J)
Et pour après-demain ? l'orateur est le
premier à reconnaître que ce qui précède
ne suffirait pas encore ; que, ces quelques
réformes acquises, le peuple en exigera
d'autres, car les besoins se modifient, et le
progrès est indéfini.
Mais l'important est de vouloir le pro-
grès, et de se faire son serviteur ; à chaque
jour suffit sa peine, soit, mais sachons
prévoir que chaque jour apportera son pro-
blème à résoudre, son « mieux » à assurer.
Toujours en avant. - Ch. B.
DECLARATION DE M. COMBES
Nous donnons plus loin, à nos « Coulisses
des Chambres » un compte-rendu de l'élection
des membres de la commission sécatoriale de
la loi des congrégations ; nous recevons, à ce
sujot, les renseignements qui suivent sur des
déclarations fort importantes faites, dans le
2e bureau du Sénat, par le président du con-
seil.
Au cours de la discussion qui s'est élevée
dans ce bureau, M. Halgan, sénateur de la
Vendée, a questionné M. Combos sur la con-
tradiction existant entre l'exposé des motifs
du projol de loi relatif aux salésiens qui est
conçu dans un sons défavorable à la demande
d'autorisation et le dispositif du projet qui
porte approbation de cette demande.
Il a constaté aussi avec étonnement que le
président du Conseil voulait voir supprimer les
congrégations enseignantes, alors qu'il procla-
mait l'excellence de l'enseignement chrétien.
Le président du Conseil a répondu que la
contradiction signalée avait sa cause dans la
procédure prescrite par le règlement d'admi-
nistration publique, portant application de la
loi des associatioas.
Il a reproduit à ce propos les explications
qu'il a données à la Chambre à l'occasion des
interpellations de MM. Paul Meunier el Pli-
ebon.
Quant à l'enseignement chrétien, M. Com-
bes s'est défendu d'en avoir fait l'éloge en
quelque circonstance que ce soit.
Il s est borné à parler de l'idée religieuse et
de son rôle dans la société actuelle ; la pensée
n'a pu venir au président du conseil de louer
un enseignement dominé par dos dogmes qu'il
réprouve d'une manière absolue.
L'HOSPITALITE SUISSE
(De notre correspondant particulier)
Genève, 29 janvier.
Les étudiants de nationalité suisse de la Fa-
culté de Lausanne viennent de tenir une grande
réunion, dans laquelle ils ont demandé des
mesuies spéciales contre l'invasion des élèves
do nationalité étrangère. Le mouvement vise
surtout les nombreux Husses qui font leurs
études médicales à Lausanne. La professeur
Herzen a pris la défense de ces derniers. Les
étudiants tusses lui ont fait une ovation en-
thousiaste.
LE DRAPEAU BLANC DE CRONJE
(De notre correspondant parliculierl
Londres. 29 janvier.
Lord Roberls conservo dans sa maison, à
PorllanU-place, un chilien 'J,: toile blanche,qui
est d'une propreté douteuse el bien effiloche.
C'est le drapeau blanc que le général Cronjo
bissa à Paardeberg, avant sa reddition.
Le musée militaire a l'iutentiou do réclamer
cette a relique » à lord HobcrlS.
-
DANS LES BALKANS
IDO notre correspondant particulieri
: Sufia, 29 janvier.
Lo sultan, cédant au parti iriil>aire d'Yiidi2
Kiosquo. a décidé dé" 'côftckxi'.rgr dcu& corps
atLuéc 11 Arn.!l'I;'¡')¡;. -
LES CRIMES
DES PAROCHES
CONDAMNATION A MORT
Le-dofenseur de Leclerc.-La mémoire
de Gobillot. — M' Lagasse proteste.
Le système de défense de l'in-
culpé. — Le verdict.
Saint-Mihiel, 29 janvier.
Me Daupleix, défenseur de Leclerc, prend la
parole el ilétrit, tout d'abord, la campagne de
presse qui a été menée, dès le début, avec une
précipitation coupable. Puis il rend hommage
à la mémoire de Gobillot et s'incline devant le
malheur de sa veuve et de ses enfants ; mais
s'essaye à faire ressortir toute l'élrangeté do la
conduite de Gobiilot au moment do l'assassi-
nat de la veuve filour.
M' Daupleix voulant parler de l'incendie de
la maison d'école et mettre en cause l'inslitu-
teur, M* Lagasse se lève et proteste.
Si vous voulez, dit-il, faire passer Gobillot pour
un incendiaire, nous nous quitterons tard, je vous
le promets.
Le président. — Cela ne sera pas. Je ne le per-
mettrai pas, d'autant plus que Leclerc a bénéficié
d'une ordonnance de non-lieu, en ce qui concerne
ledit incendie, et que rien d'autre part, dans la
procédure, ne permet d'incriminer Gobillot. Je
vous invite à rester dans l'affaire.
Me Lagasse. — Si vous persistez dans vos insi-
nuations, qui sont cent fois plus redoutables pour
la mémoire de celui que j'ai le devoir de défendre
que toutes les accusations de votre client Leclerc,
je ferai intervenir un avoué aux débats et je prie-
rai la cour de me donner acte de toutes les impu-
tations que je croirai devoir relever.
Après un échange d'observations, MI Dau-
pleix abandonne le récit de l'incendie pour se
restreindre au vol des bijoux. Il aborde en-
suite la défense de son client.
La plaidoirie
L'avocat reprend, mais avec des atténua-
tions très marquées, le système de défense de
Leclerc.
En ce qui concerne les crimes Hurault et
Robert, M' Daupleix s'efforce de prouver ma-
thématiquement que Leclerc avait un com-
plice.
A Troussey, cet ignorant n'a pu trouver tout
seul la combinaison des trois lettres du coffre-
fort de M. Robert et remuer et briser tout seul
un coffre-fort de 250 kilos. Dans sa péroraison
M' Daupleix invoque la jeunesse de Leclerc,
les mauvais exemples qu'il a eu sous les yeux,
de son père et de sa mère. Il flétrit la peine
de mort, acte de barbarie dans la civilisaiion
moderne, cite les pays où elle a été suppri-
mée, rappelle le doute qui plane sur tous ces
crimes, quoi qu'on en dise, et qui demeure en-
core au fond de tous les esprits.
Miséricorde, s'écrie t-11, ne le tuez pas, non pas à
cause de lui, mais à cause du secret qu'il emporte-
rait à tout jamais dans la tombe 1
Des applaudissements éclatent dans l'audi-
toire.
L'audience est levée à midi.
Après M* Daupleix, avocat de Leclerc, Mt
Larzillièro a présenté la défense de Lamelle,
qu'il s'efforce de dégager de toute complicité
avec son co accusé dans les assassinats retenus
par l'acte d'accusation. Tout au plus, son client
a-t-il été complice de vol qualifié ou de tenta-
tive de vol. Le jury se montrera indulgent, car
la prison préventive qu'a subie Laruelle est
déjà une peine suffisante.
Dans une courte réplique, M' Lagasse rend
un nouvel hommage à la mémoire de l'institu-
teur Gobillot.
La situation de Leclerc, dit-il en terminant, me
paraît être à cette heure tellement désespérée que
je considère comme un devoir de ne pas insister
davantage.
Après quelques mots de l'avocat général,
M. Falgayrolles qui, lui aussi, fait de nouveau
justice des insinuations dirigées contre Gobillot,
M' Daupleix prend à son tour la parole et dit
en substance :
Nous devons, à cette heure, nous détacher des
contingences extérieures. Ce débat qui s'agite a
pour objet la guillotine. Leclerc n'a pas eu un mot,
ni un geste de regret au cours de ces débats. Il y
a là un oas particulier et qui ne s'est peut-être
jamais rencontré. On ne frappe pas les inconscients
comme les autres. Imposez-lui le remords de ses
crimes. Forcez-le, par une existenoe qui ne peut
être que terrible, à se repentir.
Les débats sont clos.
Le président pose au jury quarante questions
tant principales que secondaires sur les deux
accusés.
Le jury se retire pour délibérer. La foule est
très agitée.
Pendant ce temps, l'accusé rit aux éclats
dans une chambre voisine.
Le verdict
Après une heure et quart de délibération le
jury répond oui à la majorité sur toutes les
questions en ce qui concerne Leclerc. Il ac-
corde des circonstaoces atténuantes à Laruelle.
La cour condamne Leclerc à la peine de
mort et Laruelle à deux ans de prison.
Leclerc regarde en ricanant la foule qui le
bue 1
LA MAGISTRATURE DÉMOCRATIQUE
L'attention des républicains ne se porte pas
d'une manière assez soutenue sur les réformes
à opérer dans la magistrature. Da tous les
corps de l'Etat, celui-là est en effet le plus re-
belle à l'esprit démocraliquo. il n'y a qu' un
seul président Magnaud.
Cela tient à ce que les magistrats forment,
dans la pays, une caste de privilégiés. La pro-
fession de juge n'est point facilement accessible
à ceux qui n appartiennent pas. aux clauses
fortunées.
En ellet, parmi les plus favorisés des aspi-
rants à des fonctions judiciaires, so trouvent
les attachés à la chancellerie, et les attachés au
parquet de la Seine. Il faut que ces jeunes
gens soient riches, c'est là une nécessité iné-
luctable. Il leur a fallu d'abord,pour décrocher
des diplômes, faire des études coûteuses; il
leur faut ensuite vivre jusqu'au moment où la
porte sainte leur sera ouverte. Beaucoup at-
tendent jusqu'à trente ans avant d'être nom-
més aux postes de juges ou de substituts qui
leur sont réservés dans les ressorts. ils ont
alors des appointements de 3,000 francs, tout
à fait insuffisants pour soutenir leur rang.
Comment foraieiit-ils,s'ils n'avalont pas un pa-
trimoine personnel ?
Parlerai-je des autres ? de ceux qui postu-
lent un poste en province et qui, après des
démarches incessantes et des platitudes sans
nombre, sont trop heureux lorsqu ils pouvent
arriver à être nommés juges-suppléants non
rétribués ? Que foraient-ils, les malheureux,
s'ils n'avaient point de ressources qui leur per-
missent d'attendre le maigrô traitement quo
l'Etat leur destine ?
Voilà pourquoi jusqu'à présent la profession
de magistrat est restée une profession aristo-
cratique, voilà pourquoi le pouvoir judiciaire
, est demeuré le privilège d'une classe de pos-
sédants. Tout cela jure avec un Etat qui se dit
démocratique. Une transformation s'impose.
Sans aller jusqu'à demander la susponsion,
même momentanée, de l'inamovibilité, bien
que des événements récents puissent paraître
justifier cette mesure, je crois que l'on pour
y ait fACilomjat touuàdtof à nos «UaaUan au» j$
saurait se prolonger sans de graves périls pour
la République.
Il faut reudro la magistrature accessible à
ceux qui n'ont point la chance de trouver, en
naissant, une fortune dans leur berceau, et
pour cela, il faut augmenter Ids traitements
des juges inférieurs afin de leur permettre de
vivre convenablement, sansêtre acculés à la dé-
mission ou aux dettes.
Je ne propose point d'augmenter le budget
de la justice, cela n'est point nécessaire. Une
série de mesures intelligentes et de sages éco-
nomies réaliseraient le progrèsqueje souhaite.
Il faudrait d'abord supprimer un certain
nombre de petits tribunaux d'arrondissement
qui n'ont presque rien à faire.En même temps,
on étondrait au point de vue civil et au point
de vue pénal la compétence des juges de paix,
qui statueraient sur toutes les affaires d'une
importance secondaire.
Il faudrait ensuite supprimer un certain
nombre de sièges de conseillers dans les diffé-
rentes cours d'appel. Il suffit, pour qu'un arrêt
soit rendu avec toutes les garanties nécessaires,
de cinq magistrats siégeants. Toutes les cham-
bres de la cour de Paris sont ainsi composées.
Croirait-on que dans nombre de cours de pro-
vince, les magistrats siègent ordinairement au
nombre de sept et très souvent au nombre de
neuf? C'est absolument inutile, la suppression
de ces quatre conseillers surnuméraires réali-
serait immédiatement une économie de 28.000
francs par cour d'appel.
Toutes les sommes obtenues par ces modifi-
cations serviraient à rémunérer davantage les
jeunes magistrats. Je suis persuadé que, si la
Chambre adoptait ces mesures dans leur en-
semble, un progrès très réel serait réalisé, et
que peu à peu l'esprit démocratique se répan-
drait dans notre corps judiciaire. — L. Arm-
bruster.
LA PAIX ARMÉE
LeSecolo, le journal socialisle de Milan, re-
vient sur le discours de M. Jaurès. « Si, dé-
clara-t-il, M. Jaurès s'était souvenu des temps
de Crispi, il n'aurait pas dit que la Triplice a
toujours eu un but pacifique. » Il ajoute: —
« En ce qui nous concerne, nous n'avons au-
cun motif de nous féliciter de la Triple-Al-
liance. »
Et, en effet, si l'Italie est encore aujourd'hui
dans une situation terriblement obérée et dif-
ficile, elle le doit aux dépenses excessives
qu'elle a dû s'imposer pour faire figure pré-
sentable, dans la Triplice, à côté de l'Allema-
gne ; si « aux temps de Crispi », la misère a
été telle en Italie que la famice. comme aux
époques les plus obscures du moyen-âge, y a
exercé ses ravages, ç'a été parce que le plus
clair de ses ressources s'engloutissait dans le
gouffre insatiable desarmements. Jecomprends
fort que les socialistes italiens, que le peuple
italien n'aient aucun sujet de se féliciter de la
triple-alliance.
Mais où je saisis moins bien la pensée du
Secolo, c'est quand il dit : c M. Jaurès a parlé
uniquement en socialiste français. » Qu'est-ce
que cela signifie? Est-ce que les socialistes
français, est-ce que le peuple français ne souf-
frent pas cruellement, eux aussi, de l'odieux
régime qui s'appelle : la paix armée ?
Assurément, taudis que l'Italie se trouve au
bord de la ruine complète, la France a pu
mieux tenir le coup; et cela tient à la fertilité
plus grande de son sol, à sa supérieure acti-
vité commerciale et industrielle. Mais, toutes
proportions gardées, n'est-il pas juste de dire
quo la paix armée que nous subissons depuis
trente ans et plus a été aussi préjudiciable à la
France qu'à l'Italie?
Depuis trente ans et plus, nous jetons cha-
que année un milliard dans le budget de la
guerre et de la marine. Si cette somme colos-
sale avait pu être dépensée utilement, que da
réformes eussent été réalisées, que de progrès
accomplis, que de bien fait 1
Sans compter que délivrés des préoccupa-
tions, des soucis que fait peser sur nous la
nécessité de maintenir,au prix des plus grands
sacrifices, notre puissance militaire et navale,
nous aurions pu nous orienter résolument
vers d'autres buts et marcher à pas rapides du
côté du bonheur social.
La Triple-Aliiance, constituée pour mainte-
nir l'état de choses établi par le traité de Franc-
fort, a été, est encore grandement préjudicia-
ble aux intérôts, non seulement de la France
et de l'Italie, mais de l'humanité toute entière;
cela paraîtra l'évidence même aux historiens
de l'avenir. — L. V.-lf.
♦ •
PARTI RADICAL-SOCIALISTE
Le comité exécutif a tenu sa deuxième séance
plénière de janvier, hier soir, sous la prési-
dence de M. F. Buisson, député de la Seine;
M. Ad. Chérioux, conseiller municipal de
Paris, remplissait les fonctions de secrétaire de
séance.
Doubs. — Un délégué appelle l'attention des
membres du parti sur les manœuvres de nos
adversaires au sujet de l'élection du docteur
Borno comme sénateur du Doubs. Cette élec-
tion est régulièrement acquise à deux voix do
majorité. Les réactionnaires le savont et ils
essaient alors de faire contester la valabilité
des feuilles de pointage. Le Sénat considérant
que les feuilles de pointage contestées ont été
reconnues valables pour la validation de MM.
Besnard et Gaillard déjouera la manœuvre
réactionnaire et proclamera le véritable élu.
Basses Alpes. — Après discussion, le comité,
considérant qu'à la suite de l'invalidation de
MM. Andrieux elFruchier la situation n'est plus
entière dans les Basses-Alpes, que la nouvelle
convocation des électeurs sénatoriaux consti-
tuera on quelque sorte un troisième tour de
scruLin, vote à l'unanimité 1 ordre du jour sui-
vant :
« Le Comité oxéculif du parti républicain
« radical et radical-socialiste, s'en rapportant à
« la désignation des électeurs sénatoriaux ré-
« publicaius des Basses-Alpes, estime que le
a parli républicain radical et ralical-socialislo
« dos Basses-Alpes doit aller à la victoire ré-
« publicaineavec les candidats qui ont recueilli
« la majorité des suffrages républicains, aux
« dernières élections sénatoriales. »
Aisne. — MM. Morlot ot DJumer, entendus
sur la situation dans l'Aisne et sur les der-
nières élections sénatoriales, le comité, à nou-
veau, donne acte à la fédération de 1 Aisne
qu'ollo n'a à aucun moment ongagé la respon-
sabilité du parti ot que les républicains du ce
département ont obsorvé les règles formulées
dans la résolution de pnncipo du 3 décembre
1902.
Drôme. - Le comité, saisi par la fédération
républicaine radicale et radicale-socialiste de
la Drôine d'un dossier complot sur l'élection
législative qui doit avoir lieu le 8 février pro-
chain, dans la 1" circonscription do Valence,
estime quo le comité central do la 1" circons-
cription do Valonce ayant dans un congrès ré-
gulièrement constitué choisi comme candidat
uniquo le citoyen Paul Faure, ce candidat,
soutenu par la fédération de la Drômo. est
donc le soul qui puisse revendiquer l'appui du
parti.Le comité exccutit invite, on conséquence,
tous les électeurs radicaux et radicaux-socia-
listes à porter leurs suffrages sur le nom du
citoyen Paul Faurc.
Nord. — Après discussion sur certains inci-
dents de la période électorale sénatoriale dans
-M^qcd» j £$€uaità «Mlosdwja je qç p~
et simple excluant toutes questions person-
nellas.
Résolution de principe. - Sur la proposition
de M. Henri Michel, des Bouches-du-Rhône, la
motion suivante, confirmant la doctrine du
Parti, est votée à l'unanimité :
« Considérant que le comité exécutif du parti
a républicain radical et radical-socialiste ne
« peut pas, fauto de connaître exactement les
« détails de la situation, désigner lui-même tes
« candidats du Parti dans chaque département,
« il est décidé que le Comité ne donnera son
« appui qu'aux candidats désignés par les fé-
« déralions ou groupes radicaux et radicaux-
« socialistes des départements. »
Nous rappelons que le compte rendu des tra-
vaux du Congrès de Lyon, les 9, 10, 11 et 12
octobre 1902 est en vente au siège du comité,
au prix de 0 fr. 20 l'exemplaire franco par la
poste, et de 15 fr. le cent, port eu sus par colis
postal.
Adresser les commandes de brochures et les
fonds à M. G. Lefebvre, trésorier du Comité
exécutif, 62, rue Tiquetonne, à Paris.
Voir à la Se page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
PELLETAN PROPHÈTE
Dans l'Eclair du 6 août 1901, sous 1e titre :
« Encore la Marine s, M. Pellelan a fait paraî-
tre un article très documenté sur le grand croi-
seur la Jeanne-dArc, qui effectue en ce moment
des essais de vitesse.
« Deux de nos navires, disait M. Pellelan,
étaient conçus pour faire 23 noeuds, comme nos
rivaux. L'un était la Jeanne-d'A.rc,énorme cui-
rassé de 11.000 tonnes. L'ordre de mise en
chantiers était daté du 28 décembre 1895. et le
bâtiment devait être torminé en juillet 1900. »
Parlant de l'accident survenu à bord de la
Jeanne-d'Arc en août 1901 et au cours duquel
« ses chaudières avaient rougi, l'eau avait dis-
paru et le personnel s'était soustrait au péril »,
le brillant polémiste écrivait :
« Inutile d'ajouter qu'il est superflu d'es-
sayer de nouveau des appareils qui donnent
de tels résultats, c'est-à dire qu'il faut : 1° com-
mander de nouvelles^ chaudières ; 2° les ins-
taller en place des chaudières actuelles, ce qui
ajourne l'entrée eu fonctions de la « Jeanne
d'Arc» aux environs de 1903 s'il ne se produit
pas d'accidents nouveaux ; 7 ans pour avoir
un croiseur, ajoutez à cela le surcroît de dé-
penses qu'il est modéré d'évaluer à 2 mil-
lions. D.
M. Camille Pellelan ne pouvait pas être
meilleur prophète. Tout d'abord, l'élément
technique n'a pas voulu changer lo type de
chaudières, qu'il s'est contenté de modifier —
ces modifications qui viennent d'être terminées
ont coûté environ 1.200.000 francs, sans comp-
ter les dépenses d'armement supplémentaires.
Nous voici en 1903, date fixée par M. Pellelan,
et le bâtiment est loin d'être en service ; il vient
ae taire un essai a toute puissanco aosoiument
déplorable; et cependant, toutes les précautions
avaient été prises pour en assurer la réussite ;
la carène avait été nettoyée à blanc, los ma-
chines visitées; or, la vitesse obtenue malgré
tous ces efforts, n'a été que do 21 n. 7 au lieu
de 23 nœuds, soit 1 n.3 inférieure aux condi-
tions du contrat, bien que la puissance déve-
loppée ait été de 30.260 chevaux au lieu de la
puissance contractuelle de 28.600 chevaux.
Quelle infériorité vis-à-vis dos Anglais dont le
croiseur le Drakt de 30.000 chevaux et de
14.000 tonnes de déplacDment, vient de donner
22 nœuds avec 22.000 chevaux, 23 nœuds avec
26.000 chevaux et qui atteindra certainement
24 nœuds avec la puissance prévue do 30.000
chevaux. Il est vrai que les formes de ce na-
vire sont quelque peu différentes de celles de
la Jeanne-d'Arc !
Pour en revenir à ce dernier navire, voici
comment M. Pellelan terminait l'article que
nous citons :
« Ne criez pas : il faut une sanction, il faut
que quelqu'un soit puni 1 Non, personne ne
sera puni. Le vrai responsable en pareille
matière, c'est le ministre qui connaît tous les
abus auxquels de pareils accidents sont impu-
tables et qui n'y change rien I»
M. Pellelan a prouvé, depuis son arrivée rue
Royale, qu'il n'était pas, comme beaucoup de
ses prédécesseurs, sous la domination de ses
services techniques ; les faits malheureux qu'il
avait prédits on août 1901 se sont réalisés dans
des proportions encore plus déplorables qu'il
ne le pouvait prévoir Les responsabilités dont
il parlait, il les recherche aujourd'hui, et nous
avons trop confiance en son caractère et en
son énergie pour ne pas être certains qu'il
frappera ceux qui flont la cause d'un désastre
aussi pénible que celui de la Jeanne-d'Arc.
Par la voie de la presse, le constructeur du
Châteaurenault nous apprend que, s'appuyant
sur un rapport du commandant de ce navire,
il vient d'adresser au ministre des propositions
pour la fourniture des chaudières d'un des cui-
rassés à un prix qui défie toute concurrence. Il
paraîtrait que l'opinion du ministre, toujours
d'après ce constructeur, n'est pas partagée par
la section technique, ni par nombre d'officiers
de valeur, etc., etc.
Voilà un singulier procédé qui indique dos
habitudes bizarres! Comment ce constructeur
peut-il avoir eu connaissance d'un rapport du
commandant du Châteaurenault ? et dans
tous les cas, comment ce dernier se déclare-t-il
édifié sur la valeur d'un appareil après quel-
ques jours de marche, alors que généralement
on attend pour cola plusieurs années.
Le commandant a-t-il signalé à ce construc-
teur que les chaudières avaient beaucoup perdu
do leur utilisation première, puisque le chiffre
de consommation de 700 grammes environ ob-
tenu aux essais, est monté en service courant
à près de 1 kilog.,tmalgré qu'on eu embarqué,
sur ce navire, du charbon spécial d'essai an
liou de combustible ordinaire ? C'est cette
énorme consommation, qu'on n'avait pas pré-
vue, qui l'a obligé à faire une relâche qui
n'était pas indiquée dans ses instructions.
Par quel procédé de constructeur sail-il que
ses prix délient toute concurrence? Ils sont donc
bien dillèreuts do ceux qu'il faisait précédem-
ment et est-ce parce qu'on ne voudrait pas de
ses appareils qu'il tes offrirait à un taux ex-
traordinairemeul bas, oubliant que le meilleur
marché est souvent ce qui coûte le plus cher?
Il y a, parait-il, dos officiers.mécaniciens de
valeur Y Ce sont ceux qui prônent ses appa-
reils I
S'il a l'opinion de la section technique en sa
favour, c'est peut-être une raison do se méfier,
Elle n'a fait, notre section tacbnique, que des
bateaux sans vitesse, avec des- coques trop fai-
bles. des machines qui cassent, dos chaudières
coûtant les yeux de la tôle à mettre au point,
de l'artillerie qui no peut pas liror, etc.
Eu voilà un appui et, nous le répétons, quel-
les singulières moeurs 1
On nous dit que lo ministre recherche quelles
connivences il peut y avoir entre des construc-
teurs qui lui envoient du papier timbré et la
section technique qui fait ses confidences par
l'organe do ces derniers; il parait que la section
technique mettrait ensuite toutes sortes d'en-
traves pour empêcher le tm%htCM)r$t~J.ttJ.-o!Jl..eaP4' , ,-,
LA JOURNEE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBREs
- ,-
Le budget des affaires étrangères
M. Gauthier trouve moyen d'obtenir J'amnis
lie en faveur de MM. Syvelon et Paul Coûtant,
frappés de la censure avec exclusion tempo
raire, dans des circonstances qu'on n'a pas oulq
bliéos et qui n'étaient pas banales. M. Syveloœ'
profite sans retard de la permission qui lui esti
octroyée. Il reprend place à son banc. Espô-<
rons qu'il sera sage.
Conformément à un rapport de M. Colin, le
projet tendant à ajouter une disposition tran-
sitoire à la lof sur le jury criminel eu Algérie1
est adopté. )
Rien, jusqu'ici, qui ressemble au budget des,
affaires étrangères. Mais voici.
A la discussion générale est jointe une inter- j
pellation de M. Millevoye « sur l'état de nos
relations internationales ». I
Le président de la commission du budget!
demande si ses collègues ne pourraient point
consentir à présenter leurs observations dans
une interpellation qui serait discutée aussitôt,
après le budget. i
M. Charles Bos. — Nous aurons à nous 00.'
cuper des congrégations.
M. Lasies. — Ah! c'est vrai, Il y a longtemps
qu'on n'en avait parlé. 4
M. de Pressensé craint qu'avec cette méthode:
les orateurs parlent sur les articles au lieu da:
parler sur l'ensemble, es qui serait plus loin.
Pourtant MM. Berry et Millevoye acceptent
l'ajournement. Le débat est fixé au lundi 16 fé-
vrier.
lia cour d'arbitrage
M. d'Estournelles réclame un crédit pour la
cour d'arbitrage de la Haye.
M. Delcassé promet cinq mille francs, à prea-,
dre sur le prochain budget.
M. d'Estournelles. — Mais pourquoi ne
pas inscrire aujourd'hui même un crédit mémoire.
M. Uubief, rapporteur. —Il me semble qu'on
pourrait inscrire dès cette année un chapitre ainsi
libellé : « Participation de la France pour la cour
d'arbitrage. — Mémoire. »
On en tombe d'accord.
L'ambassade da Vatican
M. Sembat est tout à fait d'avis qu'il faut
supprimer l'ambassade auprès du Vatican. U
n'a pas tort.
M. Delcassé, qui a naguère combattu la
proposition de M. Sembat, la combat encore
avec des arguments qu'il lui semble peu utile
de renouveler.
L'amendement est repoussé par 325 voix
contre. 215.
M. Meunier, moins gourmand que M. Sem-
bat, se contenterait de remplacer l'ambassadeur
au Vatican par un simple ministre plénipoten-
tiaire.
Cruellement, M. Delcassé refuse d'amoindrir
son délégué auprès du Saint-Siège.
M. Meunier, à titre de compensation, exige
un livre jaune pour faire connaître nos rola-
lions avec le Saint-Siège.
M. Delcassé promet.
Une motion en ce sens est adoptée par 331
voix contre 6..
Le cléricalisme en Orient
M. Dejeante est partisan do la suppression
du chapitre 9 (allocaLions aux établissements
français en Orient et en Extrême-Orient, SB.
cours aux écoles, frais du culte). ;
M. Delcassé défend son chapitre, trop chau-
dement, peut-être. ;
M. Ferrette trouve que les membres de l'op-
position seraient de grands naïfs, s'ils empê-
chaient, en cette occasion,, le gouvernement de
s'asseoir entre deux majorités.
M. Sembat répond à M. Delcassé.
Discours de M. Sembat
M. Sembat. — Ce que nous demandons, c'est
que la France reconnaisse que les missionnaires et
les Jésuites no peuvent pas la représenter ; ce que
nous roulons, c'est répandre au loin notre ensei-
gnement moderne.
Aussi, demanderons-nous, comme le demande M.
Hubbard, un des hommes qui connaissent le mieux
la Chine, la création d'une école normale françaisa
en Chine. Le moment est favorable pour subven-
tionner une université, telle que l'a conçue le co-
mité de l'Asie française, université qui permettrait
aux Chinois d'apprendre par nous les sciences mo-
dernes.
M. Denys Cochin. — Qui est-ce qui con-
teste cela?
M. Sembat. — Je suis bien sûr que nous so
rons d'accord sur certains points. Nous demandons
que, sur ce crédit du chapitre 9, une somme da
60,000 francs soit affectée à subventionner Ciitta
université.
Nous ce disons pas : « Enlevons l'argent aux cu'
rés ». Nous disons : « Enlevons l'argent aux curés
et donnons-le aux Universités. (Applaudissements
à gaucbet.
M. Delcassé. — Vous ne pouvez pas dire que
je combats sjstùmatiquemout l'enseignement laï-
que. S b t s,. 1 t t
M. Sembat. — Si je le pensais, je protesterais
plus souvent, ce que je dis, c'est que dans divers
cas, vous avez sacrifié l'enseignement laïque à
l'enseignement congréganiste.
Lisez le remarquable rapport de M. Dubiof ; vou4
y verrez la preuve que, pour entrer à J'Ecole de
médecine de Beyrouth, il faut avoir le diplôme de
certains établissements religieux, alors qu'on re-
fuse l'entrée aux élèves de l'institution laïque. (Ex-
clamations à gauche.)
M. Delcassé. — Dès que j'ai connu ces faits,
j'ai donné des instructions pour les faire cesser.
M. Sembat. — Je vous en félicite. Mais cela
ne suffit peut-être pas ; car on procédera par iotu
midation ; dos persécutions sont constamment axer.
cées contre les laïques.
M. Dubief. — Le chancelier de l'école n'est
même pas français.
M. Sembat. — Il faut que cela cesse. (Applau-
dissements à gauche).
M. Denys-Cochin réplique que la politique
anticléricale en Orient serait de la « politique
antiftançaise ». JI n'y va pas par quatre che-
mins.
Discours de M. Dubief
M. Dubief, rapporteur, fait à son tour, très
éloquemment, le procès des missions.
M. Dubjcf, - Quand les missionnaires se (rou.
vent dans un pays avec d'autres missionnaires
étrangers, ils se réclament hautement de leur qua-
lité de Français et du drapeau tricolore ; mais,
quand ils n'ont pas à redouter la concurrence, ils
exercent une véritable tyrannie, tyrannie religieuse,
tyrannie d'administration, a tel point qu'on a vu
la population entière d'une lie s'enfuir pour échap-
per à cette tyranuiu. Uu rapport du J'amirul Cloué
en fait fol.
J'ai la conviction profonde que les missionnaires
ne doivent pas diriger les hôpitaux, les écoles fran-
çaises a l'étranger. Envoyons-y des instituteurs laI.
ques, des médecins, mais pas des religieux. Nous
contribuerons ainsi à développer le rayonnement
du génie de la France. (AppltiudisseweoLs a gau4.
che,)
Discours de M. Michel
Après quelques mots de M. Denys Cochin;
Henri Michel intervient.
Avec lui, le débat ne perd rien ni en ampleur
ni en élévation. ;
M: llenri Michel. — Je viens confirmer les,
observations présentées à la Chambro par M. lQ.i
rapporteur à propos de ce qui se passe dans le Lei
vaut. Voici une brochure intitulée « Les congréga-^
tions religieuses et l'influence française en Syrie ».:
« Grâce à la première générosité du gouvernement,
de la République française, lit oo dans cette bro- j
ÂUM, Beyrouth a te boDlIeM de r alM te- i
O!IJ,,- m&açtaa .it'tt cas
TLj© NtiméJlo, [nT s€*.^Î)Q centimes
-
AIVXOSCES ■
AUX BUREAUX DU JCJRAL
'1, - ; i Mîuï. l'.iftis.
Bt wîhez MM. LAGRANGE, CERF & CJ*
6, place de la Bourse, 6,
Adresse Télégraphique : XIXe SIÈCLE - PARIS
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Pans Trei«n»iî 6f. Six mis 11 f. un au soi;
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I5 5-:i>ACT'ION s 1 I. rue illa Mail
he J à S heurts on son' fi .ie !•> Heures • i.ic soir n. 4 heure du mutin
IM ° 12013. — Samedi 31 Janvier 1903
12 -- PLUVIOSE AN 111
AlttliKISTItATION ; 1 1, rue du Mail
Adresser lettres el mandats à l'administrateur -
NOS LEA DURS
mmmËMmmmmmtùtmai&aeafum*
LES ŒuvreslaïijUBS
a l'etranuer
Notre ami et collaborateur Henri
Michel a posé hier la question des mis-
sions catholiques sur son véritable ter-
rain en déposant un projet de résolu-
tion invitant le gouvernement à faire
sur le crédit la part la plus large possi-
ble aux établissements laïques, et à
mettre les instituteurs laïques au moins
sur le même pied que les congréga-
nistes.
A l'énorme majorité de 340 voix con-
tre 88. la motion Henri Michel- accep-
tée d'ailleurs par le gouvernement — a
été adoptée.
La droite a compris l'importance de
ce vote, et un de ses orateurs a avoué
l'inquiétude des cléricaux en accusant
le cabinet d'accepter « la destruction
progressive des établissements congré-
ganistes ».
C'est, en effet, à une disparition qui
ne saurait tarder pendant de longues
années, que la résolution de la Cham-
bre voue les missions religieuses.
Les réactionnaires défendent les mis-
sions en essayant de démontrer que
leur absence nuirait à la propagation de
la langue française, du commerce fran-
çais, de l'esprit français. Que les éta-
blissements fondés notamment en
Orient et en Extrême-Orient soient reli-
gieux ou non, peu importe, disent nos
ad versaires. Ce sont des établissements
français qu'on ne saurait supprimer
sans amoindrir notre prestige national.
Les cléricaux oublient d'ajouter que
si les congrégations montrent tant d'ac-
tivité, c'est qu'elles ont les moyens de
réaliser l'œuvre entreprise par elles. Et
ces moyens, financiers et autres, elles
les doivent principalement à la généro-
sité de l'Etat.
Le débat d'hier a prouvé que l'Etat,
pour subventionner richement les con-
gréganistes avait été forcé de secourir
avec trop de parcimonie les laïques.
Vraiment, il n'y a pas d'exagération à
demander que nos nationaux ne soient
pas contraints de se faire moines pour
gagner les sympathies du pouvoir de la
métropole.
Si, autour de nous, la lutte entre les
écoles congréganistes et les écoles laï-
ques est ardente, on pense à quelles ex-
trémités la fureur d'être concurrencés
peut amener les moines enseignants
d'Orient.
Henri Michel a appelé l'attention du
gouvernement sur l'inqualifiable con-
duite des jésuites installés, par la grâce
de l'Etat français, à Beyrouth, où ils ont
créé une faculté de médecine et de
pharmacie. A Beyrouth également,
existe une école laïque, française. Cette
dernière est mise à l'index par les R. P.
Jésuites.
Citons, par exemple, le cas de ce
jeune Arménien qui, sentant la néces-
sité de se perfectionner dans notre lan-
gue fit part au père Catin de son inten-
tion d'aller à l'école laïque.
Peu s'en fallut que les jésuites mis-
sent l'écolier à la porte de leur maison,
pour le punir de sa témérité. Finale-
ment, on l'engagea, puisqu'il voulait
apprendre le français, à s'inscrire à l'é-
cole américaine.
Voilà commont les congréganistes
prennent soin d'augmenter l'influence
de notre pays. Les catholiques profes-
sent que la patrie ne vient qu'après
Dieu. Certains d'entre eux ne se con-
tentent pas d'affirmer cette « vérité »,
ils la démontrent par leurs actes.
La participation des écoles laïques
aux subventions nationales dans une
mesure équitable organisera une con-
currence moins déloyale entre les éta-
blissements religieux et les établisse-
ments neutres.
Il est bien entendu qu'aux yeux des
républicains, ce ne sera qu'un régime
transitoire. Là où une seule école est
nécessaire, il est stupide d'en mettre
deux. Le gaspillage de l'argent des con-
tribuables n'est pas plus excusable en
Asie-Mineure qu'en Europe. Ainsi, les
allocations aux missionnaires paraîtront
moins justifiables à mesure que les œu-
vres laïques deviendront plus fortes el,
légitimement, plus exigeantes.
Je crois que telle est Ja voie dans la-
quelle la Chambre est entrée, en adop-
lanl la motion Henri Michel, qu'avaient
signée aussi Charles Bos et MM. Houa-
net, Buisson et Pastre.
Il faut en finir, et le plus tôt possi-
ble, avec les missions catholiques qui
compromettent la France, et la font
haïr.
M. Sembatar dit, avec l'éloquence as-
sez âpre qui lui est familière :
— J attaque le missionnaire, parce
qu'il veut s'imposer par la forceet que,
quand il est menacé, il appelle à son
secours, les armées européennes.
Les missionnaires, pour cette raison,
sont tout le contraire de missionnaires
de paix.
Notre ami Duhicf, lui aussi, a signalé
les inconvénients des établissements
religieux. A propos des écoles de Syrie :
— Une encyclique patriarcale, a-t-il
dit, interdit aux nationaux d'aller dans
les écoles confessionnelles françaises.
Si a ces écoles confessionnelles étaient
substituées des écoles laïques, celte in-
terdiction ne se produirait pas.
Nous sommes déjà bien assez ennuyés,
aux colonies, par les superstitions indi-
gènes ; pourquoi nous. encombrer de
superstitions immigrées?
Hugues Destrem.
♦
TOUJOURS EN AVANT
M. Leydet, en prenant pos-
session de la présidence de la
gauche démocratique du Sénat,
a prononcé hier un discours
dont nous détachons plus loin
.un passage. Bien d'autres pas-
sages de cette excellente allo-
cution seraient à citer, et notamment cette
phrase qu'il a prononcée en terminant :
« Si chaque législateur pouvait avoir son
programme de travail, le faire aboutir et
apporter ainsi sa part de réformes, sa
pierre à l'édifice social, le pays, qui a tou-
jours en tout le bon sens et la patience,
soutiendrait sans cesse ses représentants
dans cette marche ininterrompue vers le
progrès. »
Mais quoi, s'il n'est pas donné à tout re-
présentant du peuple, d'arriver avec un
programme de travail précis, et de sortir
du Parlement avec la joie d'avoir fait abou-
tir une réforme, il appartient du moins à
tout homme de bonne volonté de s'associer
effectivement au travail commun, de pren-
dre sa part de la tâche, et de contribuer à
la marche en avant, en poussant, dans la
mesure de ses forces, à la roue du pro-
grès.
Et M. Leydet nous donne en quelques
mois la liste d'un certain nombre de desi-
derata du peuple que le membre du Parle-
ment a pour devoir de réaliser tout de
suite.
Que veut le peuple ? se demande M. Ley-
det ; et le président de la gauche démocra-
tique du Sénat répond :
« Il veut pour aujourd'hui la réduction à
deux ans et la complète égalité du service
militaire. Il veut aussi, avec énergie, se
délivrer des congrégations, affranchir l'en-
seignement de toute immixtion cléricale et
poursuivre sans défaillance l'organisation
incessante de l'Etat laïque sans jamais per-
dre de vue la solution définitive que la
science, la philosophie, la raison et la li-
berté réclament depuis si longtemps. ))
« Il veut, pour demain, le remplacement
des impôts des anciens régimes, si injus-
tes, si lourds pour les classes laborieuses
et pour les familles nombreuses, par l'im-
pôt sur le revenu, la création des retraites
pour la vieillesse, œuvre de justice par
excellence, qui délivrera tout être humain,
dont le travail a pourtant contribué à la
prospérité nationale, de ce terrible souci,
de cet affreux cauchemar d'une vieillesse
sans sécurité. J)
Et pour après-demain ? l'orateur est le
premier à reconnaître que ce qui précède
ne suffirait pas encore ; que, ces quelques
réformes acquises, le peuple en exigera
d'autres, car les besoins se modifient, et le
progrès est indéfini.
Mais l'important est de vouloir le pro-
grès, et de se faire son serviteur ; à chaque
jour suffit sa peine, soit, mais sachons
prévoir que chaque jour apportera son pro-
blème à résoudre, son « mieux » à assurer.
Toujours en avant. - Ch. B.
DECLARATION DE M. COMBES
Nous donnons plus loin, à nos « Coulisses
des Chambres » un compte-rendu de l'élection
des membres de la commission sécatoriale de
la loi des congrégations ; nous recevons, à ce
sujot, les renseignements qui suivent sur des
déclarations fort importantes faites, dans le
2e bureau du Sénat, par le président du con-
seil.
Au cours de la discussion qui s'est élevée
dans ce bureau, M. Halgan, sénateur de la
Vendée, a questionné M. Combos sur la con-
tradiction existant entre l'exposé des motifs
du projol de loi relatif aux salésiens qui est
conçu dans un sons défavorable à la demande
d'autorisation et le dispositif du projet qui
porte approbation de cette demande.
Il a constaté aussi avec étonnement que le
président du Conseil voulait voir supprimer les
congrégations enseignantes, alors qu'il procla-
mait l'excellence de l'enseignement chrétien.
Le président du Conseil a répondu que la
contradiction signalée avait sa cause dans la
procédure prescrite par le règlement d'admi-
nistration publique, portant application de la
loi des associatioas.
Il a reproduit à ce propos les explications
qu'il a données à la Chambre à l'occasion des
interpellations de MM. Paul Meunier el Pli-
ebon.
Quant à l'enseignement chrétien, M. Com-
bes s'est défendu d'en avoir fait l'éloge en
quelque circonstance que ce soit.
Il s est borné à parler de l'idée religieuse et
de son rôle dans la société actuelle ; la pensée
n'a pu venir au président du conseil de louer
un enseignement dominé par dos dogmes qu'il
réprouve d'une manière absolue.
L'HOSPITALITE SUISSE
(De notre correspondant particulier)
Genève, 29 janvier.
Les étudiants de nationalité suisse de la Fa-
culté de Lausanne viennent de tenir une grande
réunion, dans laquelle ils ont demandé des
mesuies spéciales contre l'invasion des élèves
do nationalité étrangère. Le mouvement vise
surtout les nombreux Husses qui font leurs
études médicales à Lausanne. La professeur
Herzen a pris la défense de ces derniers. Les
étudiants tusses lui ont fait une ovation en-
thousiaste.
LE DRAPEAU BLANC DE CRONJE
(De notre correspondant parliculierl
Londres. 29 janvier.
Lord Roberls conservo dans sa maison, à
PorllanU-place, un chilien 'J,: toile blanche,qui
est d'une propreté douteuse el bien effiloche.
C'est le drapeau blanc que le général Cronjo
bissa à Paardeberg, avant sa reddition.
Le musée militaire a l'iutentiou do réclamer
cette a relique » à lord HobcrlS.
-
DANS LES BALKANS
IDO notre correspondant particulieri
: Sufia, 29 janvier.
Lo sultan, cédant au parti iriil>aire d'Yiidi2
Kiosquo. a décidé dé" 'côftckxi'.rgr dcu& corps
atLuéc 11 Arn.!l'I;'¡')¡;. -
LES CRIMES
DES PAROCHES
CONDAMNATION A MORT
Le-dofenseur de Leclerc.-La mémoire
de Gobillot. — M' Lagasse proteste.
Le système de défense de l'in-
culpé. — Le verdict.
Saint-Mihiel, 29 janvier.
Me Daupleix, défenseur de Leclerc, prend la
parole el ilétrit, tout d'abord, la campagne de
presse qui a été menée, dès le début, avec une
précipitation coupable. Puis il rend hommage
à la mémoire de Gobillot et s'incline devant le
malheur de sa veuve et de ses enfants ; mais
s'essaye à faire ressortir toute l'élrangeté do la
conduite de Gobiilot au moment do l'assassi-
nat de la veuve filour.
M' Daupleix voulant parler de l'incendie de
la maison d'école et mettre en cause l'inslitu-
teur, M* Lagasse se lève et proteste.
Si vous voulez, dit-il, faire passer Gobillot pour
un incendiaire, nous nous quitterons tard, je vous
le promets.
Le président. — Cela ne sera pas. Je ne le per-
mettrai pas, d'autant plus que Leclerc a bénéficié
d'une ordonnance de non-lieu, en ce qui concerne
ledit incendie, et que rien d'autre part, dans la
procédure, ne permet d'incriminer Gobillot. Je
vous invite à rester dans l'affaire.
Me Lagasse. — Si vous persistez dans vos insi-
nuations, qui sont cent fois plus redoutables pour
la mémoire de celui que j'ai le devoir de défendre
que toutes les accusations de votre client Leclerc,
je ferai intervenir un avoué aux débats et je prie-
rai la cour de me donner acte de toutes les impu-
tations que je croirai devoir relever.
Après un échange d'observations, MI Dau-
pleix abandonne le récit de l'incendie pour se
restreindre au vol des bijoux. Il aborde en-
suite la défense de son client.
La plaidoirie
L'avocat reprend, mais avec des atténua-
tions très marquées, le système de défense de
Leclerc.
En ce qui concerne les crimes Hurault et
Robert, M' Daupleix s'efforce de prouver ma-
thématiquement que Leclerc avait un com-
plice.
A Troussey, cet ignorant n'a pu trouver tout
seul la combinaison des trois lettres du coffre-
fort de M. Robert et remuer et briser tout seul
un coffre-fort de 250 kilos. Dans sa péroraison
M' Daupleix invoque la jeunesse de Leclerc,
les mauvais exemples qu'il a eu sous les yeux,
de son père et de sa mère. Il flétrit la peine
de mort, acte de barbarie dans la civilisaiion
moderne, cite les pays où elle a été suppri-
mée, rappelle le doute qui plane sur tous ces
crimes, quoi qu'on en dise, et qui demeure en-
core au fond de tous les esprits.
Miséricorde, s'écrie t-11, ne le tuez pas, non pas à
cause de lui, mais à cause du secret qu'il emporte-
rait à tout jamais dans la tombe 1
Des applaudissements éclatent dans l'audi-
toire.
L'audience est levée à midi.
Après M* Daupleix, avocat de Leclerc, Mt
Larzillièro a présenté la défense de Lamelle,
qu'il s'efforce de dégager de toute complicité
avec son co accusé dans les assassinats retenus
par l'acte d'accusation. Tout au plus, son client
a-t-il été complice de vol qualifié ou de tenta-
tive de vol. Le jury se montrera indulgent, car
la prison préventive qu'a subie Laruelle est
déjà une peine suffisante.
Dans une courte réplique, M' Lagasse rend
un nouvel hommage à la mémoire de l'institu-
teur Gobillot.
La situation de Leclerc, dit-il en terminant, me
paraît être à cette heure tellement désespérée que
je considère comme un devoir de ne pas insister
davantage.
Après quelques mots de l'avocat général,
M. Falgayrolles qui, lui aussi, fait de nouveau
justice des insinuations dirigées contre Gobillot,
M' Daupleix prend à son tour la parole et dit
en substance :
Nous devons, à cette heure, nous détacher des
contingences extérieures. Ce débat qui s'agite a
pour objet la guillotine. Leclerc n'a pas eu un mot,
ni un geste de regret au cours de ces débats. Il y
a là un oas particulier et qui ne s'est peut-être
jamais rencontré. On ne frappe pas les inconscients
comme les autres. Imposez-lui le remords de ses
crimes. Forcez-le, par une existenoe qui ne peut
être que terrible, à se repentir.
Les débats sont clos.
Le président pose au jury quarante questions
tant principales que secondaires sur les deux
accusés.
Le jury se retire pour délibérer. La foule est
très agitée.
Pendant ce temps, l'accusé rit aux éclats
dans une chambre voisine.
Le verdict
Après une heure et quart de délibération le
jury répond oui à la majorité sur toutes les
questions en ce qui concerne Leclerc. Il ac-
corde des circonstaoces atténuantes à Laruelle.
La cour condamne Leclerc à la peine de
mort et Laruelle à deux ans de prison.
Leclerc regarde en ricanant la foule qui le
bue 1
LA MAGISTRATURE DÉMOCRATIQUE
L'attention des républicains ne se porte pas
d'une manière assez soutenue sur les réformes
à opérer dans la magistrature. Da tous les
corps de l'Etat, celui-là est en effet le plus re-
belle à l'esprit démocraliquo. il n'y a qu' un
seul président Magnaud.
Cela tient à ce que les magistrats forment,
dans la pays, une caste de privilégiés. La pro-
fession de juge n'est point facilement accessible
à ceux qui n appartiennent pas. aux clauses
fortunées.
En ellet, parmi les plus favorisés des aspi-
rants à des fonctions judiciaires, so trouvent
les attachés à la chancellerie, et les attachés au
parquet de la Seine. Il faut que ces jeunes
gens soient riches, c'est là une nécessité iné-
luctable. Il leur a fallu d'abord,pour décrocher
des diplômes, faire des études coûteuses; il
leur faut ensuite vivre jusqu'au moment où la
porte sainte leur sera ouverte. Beaucoup at-
tendent jusqu'à trente ans avant d'être nom-
més aux postes de juges ou de substituts qui
leur sont réservés dans les ressorts. ils ont
alors des appointements de 3,000 francs, tout
à fait insuffisants pour soutenir leur rang.
Comment foraieiit-ils,s'ils n'avalont pas un pa-
trimoine personnel ?
Parlerai-je des autres ? de ceux qui postu-
lent un poste en province et qui, après des
démarches incessantes et des platitudes sans
nombre, sont trop heureux lorsqu ils pouvent
arriver à être nommés juges-suppléants non
rétribués ? Que foraient-ils, les malheureux,
s'ils n'avaient point de ressources qui leur per-
missent d'attendre le maigrô traitement quo
l'Etat leur destine ?
Voilà pourquoi jusqu'à présent la profession
de magistrat est restée une profession aristo-
cratique, voilà pourquoi le pouvoir judiciaire
, est demeuré le privilège d'une classe de pos-
sédants. Tout cela jure avec un Etat qui se dit
démocratique. Une transformation s'impose.
Sans aller jusqu'à demander la susponsion,
même momentanée, de l'inamovibilité, bien
que des événements récents puissent paraître
justifier cette mesure, je crois que l'on pour
y ait fACilomjat touuàdtof à nos «UaaUan au» j$
saurait se prolonger sans de graves périls pour
la République.
Il faut reudro la magistrature accessible à
ceux qui n'ont point la chance de trouver, en
naissant, une fortune dans leur berceau, et
pour cela, il faut augmenter Ids traitements
des juges inférieurs afin de leur permettre de
vivre convenablement, sansêtre acculés à la dé-
mission ou aux dettes.
Je ne propose point d'augmenter le budget
de la justice, cela n'est point nécessaire. Une
série de mesures intelligentes et de sages éco-
nomies réaliseraient le progrèsqueje souhaite.
Il faudrait d'abord supprimer un certain
nombre de petits tribunaux d'arrondissement
qui n'ont presque rien à faire.En même temps,
on étondrait au point de vue civil et au point
de vue pénal la compétence des juges de paix,
qui statueraient sur toutes les affaires d'une
importance secondaire.
Il faudrait ensuite supprimer un certain
nombre de sièges de conseillers dans les diffé-
rentes cours d'appel. Il suffit, pour qu'un arrêt
soit rendu avec toutes les garanties nécessaires,
de cinq magistrats siégeants. Toutes les cham-
bres de la cour de Paris sont ainsi composées.
Croirait-on que dans nombre de cours de pro-
vince, les magistrats siègent ordinairement au
nombre de sept et très souvent au nombre de
neuf? C'est absolument inutile, la suppression
de ces quatre conseillers surnuméraires réali-
serait immédiatement une économie de 28.000
francs par cour d'appel.
Toutes les sommes obtenues par ces modifi-
cations serviraient à rémunérer davantage les
jeunes magistrats. Je suis persuadé que, si la
Chambre adoptait ces mesures dans leur en-
semble, un progrès très réel serait réalisé, et
que peu à peu l'esprit démocratique se répan-
drait dans notre corps judiciaire. — L. Arm-
bruster.
LA PAIX ARMÉE
LeSecolo, le journal socialisle de Milan, re-
vient sur le discours de M. Jaurès. « Si, dé-
clara-t-il, M. Jaurès s'était souvenu des temps
de Crispi, il n'aurait pas dit que la Triplice a
toujours eu un but pacifique. » Il ajoute: —
« En ce qui nous concerne, nous n'avons au-
cun motif de nous féliciter de la Triple-Al-
liance. »
Et, en effet, si l'Italie est encore aujourd'hui
dans une situation terriblement obérée et dif-
ficile, elle le doit aux dépenses excessives
qu'elle a dû s'imposer pour faire figure pré-
sentable, dans la Triplice, à côté de l'Allema-
gne ; si « aux temps de Crispi », la misère a
été telle en Italie que la famice. comme aux
époques les plus obscures du moyen-âge, y a
exercé ses ravages, ç'a été parce que le plus
clair de ses ressources s'engloutissait dans le
gouffre insatiable desarmements. Jecomprends
fort que les socialistes italiens, que le peuple
italien n'aient aucun sujet de se féliciter de la
triple-alliance.
Mais où je saisis moins bien la pensée du
Secolo, c'est quand il dit : c M. Jaurès a parlé
uniquement en socialiste français. » Qu'est-ce
que cela signifie? Est-ce que les socialistes
français, est-ce que le peuple français ne souf-
frent pas cruellement, eux aussi, de l'odieux
régime qui s'appelle : la paix armée ?
Assurément, taudis que l'Italie se trouve au
bord de la ruine complète, la France a pu
mieux tenir le coup; et cela tient à la fertilité
plus grande de son sol, à sa supérieure acti-
vité commerciale et industrielle. Mais, toutes
proportions gardées, n'est-il pas juste de dire
quo la paix armée que nous subissons depuis
trente ans et plus a été aussi préjudiciable à la
France qu'à l'Italie?
Depuis trente ans et plus, nous jetons cha-
que année un milliard dans le budget de la
guerre et de la marine. Si cette somme colos-
sale avait pu être dépensée utilement, que da
réformes eussent été réalisées, que de progrès
accomplis, que de bien fait 1
Sans compter que délivrés des préoccupa-
tions, des soucis que fait peser sur nous la
nécessité de maintenir,au prix des plus grands
sacrifices, notre puissance militaire et navale,
nous aurions pu nous orienter résolument
vers d'autres buts et marcher à pas rapides du
côté du bonheur social.
La Triple-Aliiance, constituée pour mainte-
nir l'état de choses établi par le traité de Franc-
fort, a été, est encore grandement préjudicia-
ble aux intérôts, non seulement de la France
et de l'Italie, mais de l'humanité toute entière;
cela paraîtra l'évidence même aux historiens
de l'avenir. — L. V.-lf.
♦ •
PARTI RADICAL-SOCIALISTE
Le comité exécutif a tenu sa deuxième séance
plénière de janvier, hier soir, sous la prési-
dence de M. F. Buisson, député de la Seine;
M. Ad. Chérioux, conseiller municipal de
Paris, remplissait les fonctions de secrétaire de
séance.
Doubs. — Un délégué appelle l'attention des
membres du parti sur les manœuvres de nos
adversaires au sujet de l'élection du docteur
Borno comme sénateur du Doubs. Cette élec-
tion est régulièrement acquise à deux voix do
majorité. Les réactionnaires le savont et ils
essaient alors de faire contester la valabilité
des feuilles de pointage. Le Sénat considérant
que les feuilles de pointage contestées ont été
reconnues valables pour la validation de MM.
Besnard et Gaillard déjouera la manœuvre
réactionnaire et proclamera le véritable élu.
Basses Alpes. — Après discussion, le comité,
considérant qu'à la suite de l'invalidation de
MM. Andrieux elFruchier la situation n'est plus
entière dans les Basses-Alpes, que la nouvelle
convocation des électeurs sénatoriaux consti-
tuera on quelque sorte un troisième tour de
scruLin, vote à l'unanimité 1 ordre du jour sui-
vant :
« Le Comité oxéculif du parti républicain
« radical et radical-socialiste, s'en rapportant à
« la désignation des électeurs sénatoriaux ré-
« publicaius des Basses-Alpes, estime que le
a parli républicain radical et ralical-socialislo
« dos Basses-Alpes doit aller à la victoire ré-
« publicaineavec les candidats qui ont recueilli
« la majorité des suffrages républicains, aux
« dernières élections sénatoriales. »
Aisne. — MM. Morlot ot DJumer, entendus
sur la situation dans l'Aisne et sur les der-
nières élections sénatoriales, le comité, à nou-
veau, donne acte à la fédération de 1 Aisne
qu'ollo n'a à aucun moment ongagé la respon-
sabilité du parti ot que les républicains du ce
département ont obsorvé les règles formulées
dans la résolution de pnncipo du 3 décembre
1902.
Drôme. - Le comité, saisi par la fédération
républicaine radicale et radicale-socialiste de
la Drôine d'un dossier complot sur l'élection
législative qui doit avoir lieu le 8 février pro-
chain, dans la 1" circonscription do Valence,
estime quo le comité central do la 1" circons-
cription do Valonce ayant dans un congrès ré-
gulièrement constitué choisi comme candidat
uniquo le citoyen Paul Faure, ce candidat,
soutenu par la fédération de la Drômo. est
donc le soul qui puisse revendiquer l'appui du
parti.Le comité exccutit invite, on conséquence,
tous les électeurs radicaux et radicaux-socia-
listes à porter leurs suffrages sur le nom du
citoyen Paul Faurc.
Nord. — Après discussion sur certains inci-
dents de la période électorale sénatoriale dans
-M^qcd» j £$€uaità «Mlosdwja je qç p~
et simple excluant toutes questions person-
nellas.
Résolution de principe. - Sur la proposition
de M. Henri Michel, des Bouches-du-Rhône, la
motion suivante, confirmant la doctrine du
Parti, est votée à l'unanimité :
« Considérant que le comité exécutif du parti
a républicain radical et radical-socialiste ne
« peut pas, fauto de connaître exactement les
« détails de la situation, désigner lui-même tes
« candidats du Parti dans chaque département,
« il est décidé que le Comité ne donnera son
« appui qu'aux candidats désignés par les fé-
« déralions ou groupes radicaux et radicaux-
« socialistes des départements. »
Nous rappelons que le compte rendu des tra-
vaux du Congrès de Lyon, les 9, 10, 11 et 12
octobre 1902 est en vente au siège du comité,
au prix de 0 fr. 20 l'exemplaire franco par la
poste, et de 15 fr. le cent, port eu sus par colis
postal.
Adresser les commandes de brochures et les
fonds à M. G. Lefebvre, trésorier du Comité
exécutif, 62, rue Tiquetonne, à Paris.
Voir à la Se page
les Dernières Dépêches
de la nuit et
la Revue des Journaux
du matin
PELLETAN PROPHÈTE
Dans l'Eclair du 6 août 1901, sous 1e titre :
« Encore la Marine s, M. Pellelan a fait paraî-
tre un article très documenté sur le grand croi-
seur la Jeanne-dArc, qui effectue en ce moment
des essais de vitesse.
« Deux de nos navires, disait M. Pellelan,
étaient conçus pour faire 23 noeuds, comme nos
rivaux. L'un était la Jeanne-d'A.rc,énorme cui-
rassé de 11.000 tonnes. L'ordre de mise en
chantiers était daté du 28 décembre 1895. et le
bâtiment devait être torminé en juillet 1900. »
Parlant de l'accident survenu à bord de la
Jeanne-d'Arc en août 1901 et au cours duquel
« ses chaudières avaient rougi, l'eau avait dis-
paru et le personnel s'était soustrait au péril »,
le brillant polémiste écrivait :
« Inutile d'ajouter qu'il est superflu d'es-
sayer de nouveau des appareils qui donnent
de tels résultats, c'est-à dire qu'il faut : 1° com-
mander de nouvelles^ chaudières ; 2° les ins-
taller en place des chaudières actuelles, ce qui
ajourne l'entrée eu fonctions de la « Jeanne
d'Arc» aux environs de 1903 s'il ne se produit
pas d'accidents nouveaux ; 7 ans pour avoir
un croiseur, ajoutez à cela le surcroît de dé-
penses qu'il est modéré d'évaluer à 2 mil-
lions. D.
M. Camille Pellelan ne pouvait pas être
meilleur prophète. Tout d'abord, l'élément
technique n'a pas voulu changer lo type de
chaudières, qu'il s'est contenté de modifier —
ces modifications qui viennent d'être terminées
ont coûté environ 1.200.000 francs, sans comp-
ter les dépenses d'armement supplémentaires.
Nous voici en 1903, date fixée par M. Pellelan,
et le bâtiment est loin d'être en service ; il vient
ae taire un essai a toute puissanco aosoiument
déplorable; et cependant, toutes les précautions
avaient été prises pour en assurer la réussite ;
la carène avait été nettoyée à blanc, los ma-
chines visitées; or, la vitesse obtenue malgré
tous ces efforts, n'a été que do 21 n. 7 au lieu
de 23 nœuds, soit 1 n.3 inférieure aux condi-
tions du contrat, bien que la puissance déve-
loppée ait été de 30.260 chevaux au lieu de la
puissance contractuelle de 28.600 chevaux.
Quelle infériorité vis-à-vis dos Anglais dont le
croiseur le Drakt de 30.000 chevaux et de
14.000 tonnes de déplacDment, vient de donner
22 nœuds avec 22.000 chevaux, 23 nœuds avec
26.000 chevaux et qui atteindra certainement
24 nœuds avec la puissance prévue do 30.000
chevaux. Il est vrai que les formes de ce na-
vire sont quelque peu différentes de celles de
la Jeanne-d'Arc !
Pour en revenir à ce dernier navire, voici
comment M. Pellelan terminait l'article que
nous citons :
« Ne criez pas : il faut une sanction, il faut
que quelqu'un soit puni 1 Non, personne ne
sera puni. Le vrai responsable en pareille
matière, c'est le ministre qui connaît tous les
abus auxquels de pareils accidents sont impu-
tables et qui n'y change rien I»
M. Pellelan a prouvé, depuis son arrivée rue
Royale, qu'il n'était pas, comme beaucoup de
ses prédécesseurs, sous la domination de ses
services techniques ; les faits malheureux qu'il
avait prédits on août 1901 se sont réalisés dans
des proportions encore plus déplorables qu'il
ne le pouvait prévoir Les responsabilités dont
il parlait, il les recherche aujourd'hui, et nous
avons trop confiance en son caractère et en
son énergie pour ne pas être certains qu'il
frappera ceux qui flont la cause d'un désastre
aussi pénible que celui de la Jeanne-d'Arc.
Par la voie de la presse, le constructeur du
Châteaurenault nous apprend que, s'appuyant
sur un rapport du commandant de ce navire,
il vient d'adresser au ministre des propositions
pour la fourniture des chaudières d'un des cui-
rassés à un prix qui défie toute concurrence. Il
paraîtrait que l'opinion du ministre, toujours
d'après ce constructeur, n'est pas partagée par
la section technique, ni par nombre d'officiers
de valeur, etc., etc.
Voilà un singulier procédé qui indique dos
habitudes bizarres! Comment ce constructeur
peut-il avoir eu connaissance d'un rapport du
commandant du Châteaurenault ? et dans
tous les cas, comment ce dernier se déclare-t-il
édifié sur la valeur d'un appareil après quel-
ques jours de marche, alors que généralement
on attend pour cola plusieurs années.
Le commandant a-t-il signalé à ce construc-
teur que les chaudières avaient beaucoup perdu
do leur utilisation première, puisque le chiffre
de consommation de 700 grammes environ ob-
tenu aux essais, est monté en service courant
à près de 1 kilog.,tmalgré qu'on eu embarqué,
sur ce navire, du charbon spécial d'essai an
liou de combustible ordinaire ? C'est cette
énorme consommation, qu'on n'avait pas pré-
vue, qui l'a obligé à faire une relâche qui
n'était pas indiquée dans ses instructions.
Par quel procédé de constructeur sail-il que
ses prix délient toute concurrence? Ils sont donc
bien dillèreuts do ceux qu'il faisait précédem-
ment et est-ce parce qu'on ne voudrait pas de
ses appareils qu'il tes offrirait à un taux ex-
traordinairemeul bas, oubliant que le meilleur
marché est souvent ce qui coûte le plus cher?
Il y a, parait-il, dos officiers.mécaniciens de
valeur Y Ce sont ceux qui prônent ses appa-
reils I
S'il a l'opinion de la section technique en sa
favour, c'est peut-être une raison do se méfier,
Elle n'a fait, notre section tacbnique, que des
bateaux sans vitesse, avec des- coques trop fai-
bles. des machines qui cassent, dos chaudières
coûtant les yeux de la tôle à mettre au point,
de l'artillerie qui no peut pas liror, etc.
Eu voilà un appui et, nous le répétons, quel-
les singulières moeurs 1
On nous dit que lo ministre recherche quelles
connivences il peut y avoir entre des construc-
teurs qui lui envoient du papier timbré et la
section technique qui fait ses confidences par
l'organe do ces derniers; il parait que la section
technique mettrait ensuite toutes sortes d'en-
traves pour empêcher le tm%htCM)r$t~
LA JOURNEE
PARLEMENTAIRE
A LA CHAMBREs
- ,-
Le budget des affaires étrangères
M. Gauthier trouve moyen d'obtenir J'amnis
lie en faveur de MM. Syvelon et Paul Coûtant,
frappés de la censure avec exclusion tempo
raire, dans des circonstances qu'on n'a pas oulq
bliéos et qui n'étaient pas banales. M. Syveloœ'
profite sans retard de la permission qui lui esti
octroyée. Il reprend place à son banc. Espô-<
rons qu'il sera sage.
Conformément à un rapport de M. Colin, le
projet tendant à ajouter une disposition tran-
sitoire à la lof sur le jury criminel eu Algérie1
est adopté. )
Rien, jusqu'ici, qui ressemble au budget des,
affaires étrangères. Mais voici.
A la discussion générale est jointe une inter- j
pellation de M. Millevoye « sur l'état de nos
relations internationales ». I
Le président de la commission du budget!
demande si ses collègues ne pourraient point
consentir à présenter leurs observations dans
une interpellation qui serait discutée aussitôt,
après le budget. i
M. Charles Bos. — Nous aurons à nous 00.'
cuper des congrégations.
M. Lasies. — Ah! c'est vrai, Il y a longtemps
qu'on n'en avait parlé. 4
M. de Pressensé craint qu'avec cette méthode:
les orateurs parlent sur les articles au lieu da:
parler sur l'ensemble, es qui serait plus loin.
Pourtant MM. Berry et Millevoye acceptent
l'ajournement. Le débat est fixé au lundi 16 fé-
vrier.
lia cour d'arbitrage
M. d'Estournelles réclame un crédit pour la
cour d'arbitrage de la Haye.
M. Delcassé promet cinq mille francs, à prea-,
dre sur le prochain budget.
M. d'Estournelles. — Mais pourquoi ne
pas inscrire aujourd'hui même un crédit mémoire.
M. Uubief, rapporteur. —Il me semble qu'on
pourrait inscrire dès cette année un chapitre ainsi
libellé : « Participation de la France pour la cour
d'arbitrage. — Mémoire. »
On en tombe d'accord.
L'ambassade da Vatican
M. Sembat est tout à fait d'avis qu'il faut
supprimer l'ambassade auprès du Vatican. U
n'a pas tort.
M. Delcassé, qui a naguère combattu la
proposition de M. Sembat, la combat encore
avec des arguments qu'il lui semble peu utile
de renouveler.
L'amendement est repoussé par 325 voix
contre. 215.
M. Meunier, moins gourmand que M. Sem-
bat, se contenterait de remplacer l'ambassadeur
au Vatican par un simple ministre plénipoten-
tiaire.
Cruellement, M. Delcassé refuse d'amoindrir
son délégué auprès du Saint-Siège.
M. Meunier, à titre de compensation, exige
un livre jaune pour faire connaître nos rola-
lions avec le Saint-Siège.
M. Delcassé promet.
Une motion en ce sens est adoptée par 331
voix contre 6..
Le cléricalisme en Orient
M. Dejeante est partisan do la suppression
du chapitre 9 (allocaLions aux établissements
français en Orient et en Extrême-Orient, SB.
cours aux écoles, frais du culte). ;
M. Delcassé défend son chapitre, trop chau-
dement, peut-être. ;
M. Ferrette trouve que les membres de l'op-
position seraient de grands naïfs, s'ils empê-
chaient, en cette occasion,, le gouvernement de
s'asseoir entre deux majorités.
M. Sembat répond à M. Delcassé.
Discours de M. Sembat
M. Sembat. — Ce que nous demandons, c'est
que la France reconnaisse que les missionnaires et
les Jésuites no peuvent pas la représenter ; ce que
nous roulons, c'est répandre au loin notre ensei-
gnement moderne.
Aussi, demanderons-nous, comme le demande M.
Hubbard, un des hommes qui connaissent le mieux
la Chine, la création d'une école normale françaisa
en Chine. Le moment est favorable pour subven-
tionner une université, telle que l'a conçue le co-
mité de l'Asie française, université qui permettrait
aux Chinois d'apprendre par nous les sciences mo-
dernes.
M. Denys Cochin. — Qui est-ce qui con-
teste cela?
M. Sembat. — Je suis bien sûr que nous so
rons d'accord sur certains points. Nous demandons
que, sur ce crédit du chapitre 9, une somme da
60,000 francs soit affectée à subventionner Ciitta
université.
Nous ce disons pas : « Enlevons l'argent aux cu'
rés ». Nous disons : « Enlevons l'argent aux curés
et donnons-le aux Universités. (Applaudissements
à gaucbet.
M. Delcassé. — Vous ne pouvez pas dire que
je combats sjstùmatiquemout l'enseignement laï-
que. S b t s,. 1 t t
M. Sembat. — Si je le pensais, je protesterais
plus souvent, ce que je dis, c'est que dans divers
cas, vous avez sacrifié l'enseignement laïque à
l'enseignement congréganiste.
Lisez le remarquable rapport de M. Dubiof ; vou4
y verrez la preuve que, pour entrer à J'Ecole de
médecine de Beyrouth, il faut avoir le diplôme de
certains établissements religieux, alors qu'on re-
fuse l'entrée aux élèves de l'institution laïque. (Ex-
clamations à gauche.)
M. Delcassé. — Dès que j'ai connu ces faits,
j'ai donné des instructions pour les faire cesser.
M. Sembat. — Je vous en félicite. Mais cela
ne suffit peut-être pas ; car on procédera par iotu
midation ; dos persécutions sont constamment axer.
cées contre les laïques.
M. Dubief. — Le chancelier de l'école n'est
même pas français.
M. Sembat. — Il faut que cela cesse. (Applau-
dissements à gauche).
M. Denys-Cochin réplique que la politique
anticléricale en Orient serait de la « politique
antiftançaise ». JI n'y va pas par quatre che-
mins.
Discours de M. Dubief
M. Dubief, rapporteur, fait à son tour, très
éloquemment, le procès des missions.
M. Dubjcf, - Quand les missionnaires se (rou.
vent dans un pays avec d'autres missionnaires
étrangers, ils se réclament hautement de leur qua-
lité de Français et du drapeau tricolore ; mais,
quand ils n'ont pas à redouter la concurrence, ils
exercent une véritable tyrannie, tyrannie religieuse,
tyrannie d'administration, a tel point qu'on a vu
la population entière d'une lie s'enfuir pour échap-
per à cette tyranuiu. Uu rapport du J'amirul Cloué
en fait fol.
J'ai la conviction profonde que les missionnaires
ne doivent pas diriger les hôpitaux, les écoles fran-
çaises a l'étranger. Envoyons-y des instituteurs laI.
ques, des médecins, mais pas des religieux. Nous
contribuerons ainsi à développer le rayonnement
du génie de la France. (AppltiudisseweoLs a gau4.
che,)
Discours de M. Michel
Après quelques mots de M. Denys Cochin;
Henri Michel intervient.
Avec lui, le débat ne perd rien ni en ampleur
ni en élévation. ;
M: llenri Michel. — Je viens confirmer les,
observations présentées à la Chambro par M. lQ.i
rapporteur à propos de ce qui se passe dans le Lei
vaut. Voici une brochure intitulée « Les congréga-^
tions religieuses et l'influence française en Syrie ».:
« Grâce à la première générosité du gouvernement,
de la République française, lit oo dans cette bro- j
ÂUM, Beyrouth a te boDlIeM de r alM te- i
O!IJ,,- m&açtaa .it'tt cas
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