Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1886-05-19
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32757974m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 68249 Nombre total de vues : 68249
Description : 19 mai 1886 19 mai 1886
Description : 1886/05/19 (A17,N5244). 1886/05/19 (A17,N5244).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7562027j
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 09/04/2013
Dix-septième année. — N° 5244 Prix du numéro à Paris : 15 centimes — Départements : 20 centimes Mercredi 19 mai 1886
I? VTY~ CTTfT I?
JOURNAL RÉPUBLICAIN
RÉDACTION
J'adresser au Secrétaire de la Rédaction
de 2 heures à minuit
16, rue Cadet, 16
Directeur politique :
A.-EDOUARD PORTALIS
- --- ABONNEMENTS
DEPARTEMENTS
Trois mois 4 # ««
Six mois. 3® »»
Un an. «58 »>.
PARIS
Trois mois— 5 3 H"
gix mois. SS» "o
Un an. 58 Ma
Supplément pr l'Etranger (Europe) l fr. par trimestre
Les a.bonncmta partent des 1er et 15 QV chaque mots
ADMINISTRATIF
Adresser les Lettres et Mandats à l'Administrateur
i6, rue GadLet, 16
EN VENTE A LONDRES
A la lilor*air*i© jeart
39, OLD COMPTON STREET (SOHO)
ET DANS SES SUCCURSALES
nÉe ISSEURS D'AXNONOJES :
MM. LAGRANGE, CERF ET C18
6, place de la Bourse, 6
BULLETIN
L'Espagne a un roi depuis vingt-quatre
heures. Cette nouvelle a causé une vive
allégresse à Madrid, disent les dépêches
officielles. Les Corlès ont fait fête au royal
enfant et salué son entrée dans le monde
par des discours débordants de lyrisme. Le
canon a tonné dans tout le royaume et
des réjouissances publiques se préparent
pour célébrer, comme il convient, l'heu-
reuse délivrance de la reine-mère.
Cependant la naissance d'Alphonse XIII
n'a point dissipé les inquiétudes que la
mort prématurée d'Alphonse XII a semées
dans l'esprit des partisans les plus fi-
dèles du feu roi. Les plus clairvoyants ne
peuvent se défendre des appréhensions que
fait naître la perspective d'une minorité et
d'une régence qui peuvent durer dix-huit
années.
Les partis hostiles à la dynastie d'Isa-
belle n'ont pas renoncé au projet si sou-
vent tenté de ramener don Carlos sur le
trône. Les républicains d'Espagne, si peu
nombreux qu'ils soient encore, n'ont rien
abandonné de leurs espérances. Ni les uns
ni les autres n'ont désarmé, et il n'est pas
téméraire de dire que la naissance d'un
enfant mâle a peut-être plutôt compliqué
la question gouvernementale en rendant
impossible la fusion des deux branches de
la dynastie bourbonienne.
Les élections de Bruxelles ont donné le
résultat que nous avions fait pressentir.
M. Buis, candidat du parti libéral, a été
élu avec une majorité de deux mille voix
contre le général Jacmard qui, sous l'éti-
quette de candidat indépendant, a groupé
toutes les voix du parti clérical.
La défaite de ce parti est éclatante et
significative. Le zèle pieux de ceux qui le
mènent ne s'était point ralenti depuis
l'ouverture de la période électorale; il s'est
ravivé, s'il était possible, le jour du scru-
tin. Les curés ont bravement conduit leurs
ouailles aux urnes en manière de proces-
sion ; il ne manquait au cortège que la
croix et la bannière. Ces démonstrations
religieuses n'ont pu conjurer l'échec du
général Jacmard.
Cet échec est dû surtout à la discipline
qu'a su montrer, dans cette circonstance, le
parti libéral. Libéraux et progressistes,
oubliant leurs divergences d'opinion, fai-
sant taire leurs rancunes, ont marché à
rangs pressés au scrutin.
L appel patriotique que M. Janson, chef
du parti progressiste, mis en minorité au
premier tour, avait adressé à ses amis, a
été entendu. La victoire était à ce prix, et
il faut féliciter les électeurs bruxellois d'a-
voir profité des leçons du passé et des sa-
ges avis que les hommes avisés de l'opi-
nion libérale leur ont fait entendre.
L'élection d'hier porte en elle son ensei-
gnement. Dans quelques semaines, l'oc-
casion sera belle de mettre en pratique les
principes de discipline qui ont assuré le
succès de M. Buis.
L'opinion la plus accréditée en Angle-
terre est que le bill irlandais sera repoussé.
Il est difficile de fixer précisément le
jour du vote. Les discours succèdent aux
harangues, les solutions radicales aux so-
lutions mixtes; ajournement, vote sur le
principe, sauf examen des détails organi-
ques, rejet total impartiel, tout se plaide,
tout se défend avec une abondance et
quelquefois une éloquence dont les ora-
teurs anglais sont coutumiers. La discus-
sion peut durer encore une semaine ou
tourner court, ad libitum. La lumière est
faite dès à présent, ou tout au moins les
partis sont groupés en vue de l'issue finale
de ce long débat. Il ne semble pas qu'il
puisse y avoir, à l'heure actuelle, de tran-
saction possible, ou nous serions fort
suLrp'irdiés.e de la dissolution de la Chambre
des communes prend corps. M. Gladstone
a déjà envisagé cette hypothèse, et il est
résolu, dit-on, à faire appel du verdict de
la Chambre au corps électoral. Il nous a
paru, dès les premiers jours, que cette
éventualité était à prévoir et, selon toute
vraisemblance, l'événement confirmera ces
prévisions.
Louis HBNRIQUB.
INFORMATIONS PAR TICULIBRES
Conseil des ministres
Les ministres ont tenu conseil hier matin
à l'Elysée, sous la présidence de M. Jules
Grévyd.élibération a été très longue et s'est
La délibération a été très longue et s'est
prolongée jusqu'à midi. Elle a été en grande
partie consacrée à entendre l'exposé, par le
ministre de la guerre, du projet de loi de
réorganisation militaire qui sera déposé à la
rentrée.
Le ministre de la guerre a fait ensuite si-
gner un décret portant organisation du ser-
vice d'aérostation militaire.
Le ministre de l'intérieur a fait connaître
la situation des grèves.
A Decazeville, 426 ouvriers sont au travail,
par suite de la rentrée de 22 nouveaux tra-
vailleurs.
A Lyon, les négociations entre les patrons
verriers et les délégués des ouvriers sont
suspendues, parce que les patrons ne veu-
lent pas admettre aux pourparlers les délé-
gués d'une usine où la grève n'existe pas.
M. Demôle, ministre de la justice, a soumis
à la signature du président de la République
un mouvement dans les justices de paix.
M. de Lanessan
Le ministre du commerce et de l'industrie
vient de charger M. de Lanessan, député, de
la mission d'étudier, en qualité de délégué
général, la situation commerciale des colo-
nies françaises et pays de protectorat, et de
préparer leur participation à l'Exposition uni-
verselle de 1889.
Les droits d'inscription
Le projet de budget de 1887 rétablit les
droits d'inscription dans les facultés de l'E-
tat, qui avaient été supprimés par la loi du 18
mars 1880. Il fixe à 30 fr. le montant de cha-
que inscription. Seront exemptés de cette
taxe : 1° les étudiants qui, déjà inscrits à une
faculté de droit ou de médecine, se feront ins-
crire en outre à une faculté des lettres ou des
sciences ; 2° lès boursiers des facultés ; 3° un
dixième des étudiants inscrits..
D'après ces bases, en tenant compte du
nombre d'étudiants qui a suivi en Ï884 les
cours des facultés de l'Etat, ainsi que des rem-
boursements à faire aux villes de Bordeaux,
Lille, Lyon et Montpellier, la recette produite
par les droits d'inscription rétablis s'élèverait
à 797,965 fr.
Cette somme, ainsi que celle de 300,000 fr.
qui redeviendra disponible par suite de la
suppression de l'indemnité payée aux quatre
villes ci-dessus indiquées à raison de la sup-
pression du droit d'inscription, seront em-
ployées à accroître la dotation de plusieurs
chapitres du budget de l'enseignement supé-
rieur, notamment les traitements du person-
nel et le crédit alloué aux bibliothèques des
facultés.
Convocations d'électeurs
Les électeurs du canton de la Roche-Der-
rien (Côtes-d'Or) sont convoqués à la date du
6 juin, à l'effet d'élire leur représentant au
conseil général.
Les électeurs des cantons de Belpech et de
Saint-Hilaire (Aude), de Bédarieux (Hérault)
et de Vivonne (Vienne) sont convoqués à la
même date à l'effet de nommer leur repré-
sentant au conseil d'arrondissement.
QUESTIONS DU JOUR
Le philosophe à la cour
Il faudrait être un vrai sauvage, un
Huron, un Iroquois, pour ne point con-
naître le mariage du duc de Bragance
avec la princesse Amélie. Sans me don-
ner pour grand flâneur, j'ai vu vingt
fois les portraits des deux fiancés aux
vitrines des marchands de photogra-
phies. Ce sont de jeunes et aimables
figures. Il y a bien un peu de mêli-mêlo
dans les étalages, mais c'est à ce prix
que la gloire photographique se paie,
même pour les modèles de sang royal.
Quant aux journaux mondains, ils ont
amplement parlé. de ces fiançailles.
Quelle soirée ! Nous avons eu la des-
cription de l'hôtel, l'inventaire de la
corbeille, la liste des personnages invi-
tés, que sais-je encore ? On ne s'entre-
tient point d'autre chose dans le monde
aristocratique et soi-disant tel. — Oh!
cette soirée ! Mais c'est le retour de la
monarchie, ma chère ! C'est la fin de
l'abominable République !. On en a
parlé, on en parle, on en parlera.
& Or savez-vous qui fut, en cette cir-
constance mémorable, le lion de l'hôtel
Galliera? Savez-vous qui, à lui seul,
éclipsa les Broglie, les Fourtou, les
Morny, cette fleur des pois du nouveau
parti royaliste, et toute la baronnie do-
rée des Rothschild, et Dumas fils, et
l'abbé d'Ulst, et Blowitz, et Gounod, et
la foule des célébrités variées, varia-
blas, qui s'étaient empressées de faire
leur cour au prétendant à double vi-
sage? Ce fut un simple philosophe
nommé Simon, dont le prénom est
Jules.
Aussi n'y eut-il, dès le lendemain,
dans l'universalité du monde bien pen-
sant, de compliments et de louanges que
pour le philosophe Jules Simon. Son
nom parut dans les journaux, en
vedette, au premier rang de ceux qui
avaient été admis à l'insigne honneur de
saluer l'auguste famille. « Citons, écri-
vaient à l'envi les feuilles publiques,
citons d'abord MM. Jules Simon, le duc
de Morny, etc., etc. » — Avant le duc
-de MorDy ? - Oui, mesdames, c'est tout
simplement comme j'ai l'honneur de
vous le dire. La vieillesse de notre
grand homme aura ainsi goûté toutes
les gloires. On le redira dans les futurs
âges, et l'on célèbrera ce bel épisode
en prose, en vers et même en couplets
d'opéra-comique. Est-il nécessaire d'a-
jouter dans combien d'élégants salons
le philosophe est à la mode? Sur le
coup du five o'clock, on dit que son buste
est orné de fleurs par les mains des plus
gracieuses personnes. Les libations de
thé se font en son honneur dans les plus
fines porcelaines. Et ne parlez plus à
Philaminte, s'il vous plaît, d'autres ou-
vrages que des nobles œuvres de Jules
Simon ; elle se pâme sur ce livreaustère
et doux : le Devoir !
Mais il n'est pas de bonheur sans
nuage, et voici que, depuis trois jours,
notre philosophe est déplaisamment
houspillé dans nombre de journaux ré-
publicains. Il y avait, du reste, un peu
de temps qu'il avait perdu leurs bonnes
grâces pour des causes qui ne sont pas
encore oubliées, bien qu'un peu loin-
taines : le Platon contemporain était
ministre et ne sut garder ni la Répu-
blique ni peut-être sa propre dignité
personnelle devant le coup d'Etat du
16 Mai ; ce ne fut même point couronné
de fleurs que le maréchal de Mac-Mahon
le mit à la porte. Pourtant les fâcheries
qu'il avait suscitées s'apaisaient un peu :
est-ce qu'il n'était pas, après tout, an-
cien par les services et toujours jeune
par la beauté du talent? C'était encore
un régal que ces chroniques du Matin
où il enseignait par l'exemple à Paul de
Cassagnac, à Vallès, à Cornély, le secret
des bons coups de plume; tel le vieux
Mérignac donnant une leçon d'escrime
à de jeunes lames. Quel talent ! Aussi,
comme le goût qu'ont les Français pour
les dons de l'esprit les fait passer sur
bien des choses, on avait presque oublié
les griefs d'antan et l'on s'était repris
de sincère admiration pour le virtuose.
Mais, patatras ! voici que sa présence
à la soirée de l'hôtel Galliera est, dans
tout le parti républicain, l'occasion d'un
gros scandale. Cela est devenu le can-
can de Paris, si bien que les reporters,
impartiaux, mais avisés, se sont préci-
pités place de la Madeleine : « Seriez-
vous rallié au parti orléaniste, seigneur?
— Moi, moi, vieux libéral, moi, vieux
républicain, rallié aux princes! Ah!
vous n'y songez point! Je connais le
eomte de Paris, je vais le voir ; char-
mant jeune homme ! Mais n'ai-je pas le
droit d'aller où cela m'amuse? N'êtes-
vous pas libéraux et moi libéral? Au
surplus, je sais d'où tout cela vient :
c'est Gambetta qui m'a gardé rancune.
(Geste de dénégation des reporters qui
protestent que Gambetta n'ourdit aucune
intrigue.) Et sachez-le, poursuit le philo-
sophe, ce n'est point par ambition que
je vais chez les princes. Si je voulais
être aujourd'hui ministre, ministre de
la République, et peut-être mieux, je
n'aurais qu'à lever la main. Et puis, à
la fin, qu'on me laisse la paix, ou je
dirai tout! Car j'ai des papiers, des pa-
piers terribles !. » Les reporters s'en-
fuient blêmes d'émotion et dégringolent
l'escalier quatre à quatre.
Si l'un d'entre eux eût osé demeurer
chez le philosophe, et que sa langue
n'eût pas été bouclée par le respect, il
lui aurait fait remarquer peut-être que
tout citoyen est assurément libre d"aller
où il lui plaît, mais que des bornes tou-
tefois se trouvent imposées à chacun
par les convenances, aux hommes poli-
tiques surtout. Malgré cette liberté d'al-
ler, ce n'est pas la coutume que l'on
aille indifféremment en tout endroit. Je
m'abstiens de chercher les nombreux
exemples que l'interlocuteur de M. Si-
mon aurait pu citer. — « Mais que pen-
sez-vous, aurait-il ajouté sans doute, de
l'effet qu'une démarche de ce genre pro-
duirait en France et en Europe si vingt
républicains aussi notables que vous
eussent imité votre exemple? Ne l'au-
rait-on pas regardée comme une impor-
tante manifestation de l'élite du parti
républicain contre la République? Et
vous êtes-vous bien demandé vous-
même chez qui vous alliez faire des dé-
monstrations de politesse qui générale-
ment, dans les salons des princes, pas-
sent pour des démonstrations de fidé-
lité ? Ne vous récriez pas ! Ce serait au
public de se récrier plutôt ; car enfin,
avez-vous oublié, vous, homme politi-
que, homme d'Etat républicain, à qui
vous alliez porter vos hommages? Est-
ce que vous auriez perdu tout souvenir
de 1873, et du voyage à Frohsdorff, et
de la chute de Thiers, et de ce grand
complot dont M. le comte de Paris fut
le principal personnage? N'avez-vous
connu davantage aucune des causes de
l'historique croc-en-jambe qui vous fut
donné le 16 mai 1877? N'auriez-vous
pas ouï parler des abominations qui se
commirent en ce temps-là pour le compte
du parti orléaniste ? Et, pour en venir à
l'heure présente, est-ce que, des élec-
tions de 1885, vous n'avez rien su? Et
vous allez au baise-main!. Le peuple
est simple, voyez-vous, et vous ne lui
ferez jamais entrer dans la tête que l'on
puisse honorablement être à la fois
l'ami du prétendant et le serviteur de la
République. »
Moralité ? Mais non, ne me demandez
point la moralité de l'anecdote ! Vous
m'embarrasseriez fort, et je n'en sau-
rais tirer aucune. Mettons tout bonne-
ment le point final.
EUG. LIÉBERT.
LE « HOME RULE »
La discussion sur les affaires d'Irlande
se poursuit non seulement aux Commu-
nes, mais aussi dans les cercles politiques
d'Angleterre, et les passions deviennent
chaque jour plus vives. Le parti conserva-
teur, par l'organe du marquis de Salis-
bury, a poussé un cri de haine et de guerre
dont le seul effet pourrait être de rallier
les forces libérales autour du bill de M.
Gladstone. Le système d'émigration irlan-
daise proposé par le chef du parti conser-
vateur ressemble fort, en effet, aux mé-
thodes expérimentées par la Russie à
l'égard des Polonais, et il ne faudrait pas
beaucoup presser les paroles du marquis
de Salisbury pour en tirer la pensée d'une
expulsion ou d'une déportation en masse.
Tout au moins indiquent-elles l'intention
de rendre la vie impossible aux Irlandais
et de les contraindre à abandonner leur
patrie.
Mais, d'autre part, il est difficile de par-
tager l'optimisme du cabinet et de penser
qne l'adoption du bill resserrerait l'union
entre l'Angleterre et l'Irlande. Ceux qui
ont pris* en main avec le plus d'autorité la
cause de l'Irlande, depuis O'Connell jus-
qu'à M. Parnell, se sont toujours proposé
pour but l'indépendance de l'Irlande, et
si pour le moment, les home rulers sou-
tiennent le cabinet, c'est qu'ils veulent
faire triompher le principe du bill, c'est-
à-dire de l'autonomie irlandaise, sauf à
poursuivre leurs revendications contre
M. Gladstone lui-même, lorsqu'on en vien-
drait à discuter sur la quotité des libertés
à accorder à l'Irlande.
Il devient d'ailleurs peu probable que
cette discussion doive s'engager. Bien que
quelques hésitants, parmi lesquels sir Ch.
Dilke, se soient ralliés à la politique de M.
Gladstone sous l'émotion produite par le
discours du marquis de Salisbury, le parti
libéral reste profondément divisé. Le mar-
quis de Hartingtoa et M. Chamberlain per-
sistent dans leur opposition, et le rejet
du bill peut être considéré comme cer-
tain
Le problème qui se pose dès maintenant
est de savoir si le cabinet acceptera sa dé-
faite et se retirera pour faire place à un
cabinet whig dirigé par le marquis de Har-
tington, ou s'il demandera à la reine de
dissoudre les Communes et de faire appel
au pays. La question irlandaise, qui n'a
point joué de rôle dans les dernières élec-
tions, deviendrait la plate-forme électorale
et la direction à donner, à cette affaire se-
rait indiquée par les électeurs dans une
sorte de plébiscite.
C'est à ce dernier parti que M. Gladstone
semble devoir s'arrêter, et il serait intéres-
sant de connaître la réponse des électeurs.
Quelque parti que l'on choisiss.(riI..
leurs, cette question irlandaise est gros-
se de difficultés et de menaces. Pen-
dant qu'une partie de l'ile-soeur attend
avec impatience son affranchissement,
l'autre partie organise ouvertement la
guerre civile, en prévision du cas où la
solution libérale prévaudrait. Dans l'Ulster
et partout où les orangistes comptent des
adhérents, l'effervescence est à son com-
ble. Les volontaires s'organisent et les an-
ciens sous-officiers sont invités à leur ser-
vir d'instructeurs pendant que les associa-
tions loyalistes s'exercent au tir.
Que les projets de M. Gladstone soient
adoptés ou rejetés, l'agitation irlandaise
ne sera pas apaisée et il està craindre que,
dans un cas comme dans l'autre, l'Irlande
ne devienne de nouveau le théâtre de san-
glantes collisions.
LA VIE DE PARIS
Ce qui s'est passé aujourd'hui dans
le sanctuaire de l'Académie des scien-
ces est bien fait pour surprendre les
Parisiens comme une chose rare. On y
a célébré le centenaire de M. Chevreul.
Ce n'est qu'en août prochain que le
grand savant aura achevé un siècle
d'existence; mais, à ce moment-là, ses
jeunes. collègues prennent des vacances
et vont s'ébattre à la campagne ou au
bord de la mer. Ils voulaient être pré-
sents à la cérémonie et on en a avancé
la date. Ce n'est pas une imprudence
qu'on a commise ou une précaution
qu'on a prise, car M. Chevreul se porte
fort bien. Il a assisté à la séance de l'A-
cadémie, où on lui a offert une œuvre
d'art ; il a prononcé un petit speech ; il
en a écouté d'autres, ce qui est parfois
plus fatigant. Et si les graves fêtes aca-
démiques comportaient le bal, il l'eût
ouvert !
M. Chevreul a donc atteint l'âge auquel
Fontenelle a touché, et je crois qu'il n'y
a pas un troisième exemple d'homme
célèbre ayant eu une telle longévité,
surtout en conservant, comme Fon-
tenelle et M. Chevreul, l'intégrité de ses
facultés intellectuelles. Les centenaires
sont rares chez nous : il y a, parmi eux,
plus de femmes que d'hommes et ce
sont, en général, des gens de la cam-
pagne en qui persiste seulement la vie
animale. Quand tous les journaux au-
ront raconté la cérémonie d'aujourd'hui,
quand les feuilles à un sou en auront
avisé leur million de lecteurs, M. Che-
vreul sera populaire. Mais il le sera
comme phénomène et non pas comme
savant.
Il faut avoir le courage de le recon-
naître. Chez nous, les noms des plus
grands savants sont ignorés de la foule.
Nous avons toujours à la bouche le
grand mot de science, et la science n'est
pas en honneur chez la masse de la na-
tion.
Pour être connu, il faut avoir inventé
un remède. M. Pasteur est populaire
depuis trois mois parce qu'il guérit un
mal qui frappait l'imagination du peuple.
Sans cela, appelez-vous Claude Bernard,
Littré, Chevreul, vous resterez ignorés
d'une immense majorité de vos conci-
toyens ! Car malgré nos prétentions, ni
nos goûts ni notre éducation ne sont
scientifiques. Nous vivons dans je ne
sais quel paradoxe de conduite qui fait
que nous savons les noms de ceux qui
font du mal à l'humanité ou qui l'amu-
sent et que nous ignorons ceux de ses
véritables bienfaiteurs !
Quand je pense qu'on a trouvé que
Frary était un révolutionnaire avec sa
Question du latin 1 Mais il n'a pas dit
la vingtième partie de ce qui pouvait
être dit sur r éducation de notre jeu-
nesse. Hommes et femmes, on nous
instruit dans le rêve, comme si nous de-
vions passer notre vie à être orateurs
ou faiseurs de sonnets ! Certes, j'aime
l'éducation classique et j'estime que les
lettres anciennes et l'histoire du passé
sont l'ornement des nobles esprits, et
qu'un homme n'est pas complet qui les
ignore. Mais, à côté de cette éducation
de luxe, il y a l'éducation populaire ,
l'éducation courante, qui est générale-
ment stupide. Prenez un gamin quel-
conque de douze ans ou une petite fille
de même âge. Ils seront ferrés sur Nabu-
chodonosor et n'ignoreront pas les hauts
faits de Sésostris. Mais ils ne sauront
pas qui a inventé les chemins de fer.
Moi qui vous parle, je l'ai appris à vingt
ans et plus, ayant été cependant un
bon écolier, couronné au concours de la
main du prince Napoléon, pour un dis-
cours plein d'éloquence où j'avais fait
parler Auguste ! Quand on voit les cho-
ses d'un peu près, en se dégageant du
joug des habitudes, c'est à ne pas y
croire et à penser qu'un génie malin
nous a frappés d aveuglement. La
science, dit-on, est reine du monde ;
et personne ne sait de quoi est faite
cette royauté.
Je reconnais que, par la littérature,
certaines idées nées de l'étude des
sciences ont pénétré dans la masse du
peuple. On y a un certain sens des mé-
thodes thérapeutiques et, dans la bour-
geoisie, la morale courante commence
à compter avec la névrose, l'hérédité et
la fatalité physiologique. Il se peut
même que la morale mondaine abuse un
peu de ces notions. Le grand goût de
comfort que nous possédons s'appuie
sur cette opinion que la science peut
tout, et les améliorations de la vie ma-
térielle ne surprennent plus. Vapeur, té-
légraphe, téléphonie sont entrés dans
les mœurs avec une grande facilité.
Mais, tandis que les hommes çje lettres
(fui ont publié des récits à succès, que
les auteurs qui ont fait jouer des pièces,
que les politiciens qui ont mené une
belle intrigue sont gens notoires, avouez
que nous ne savons pas le nom des sa-
vants à qui nous devons le plus. Sur
mille femmes qui portent une robe de
couleur, il n'y en a pas une qui sache
que Chevreul a créé la chimie des cou-
leurs et transformé une industrie. De
même pour tout. Quant à moi, je ne serai
content que le jour où l'on aura jeté au
feu les trois quarts des livres d'éduca-
tion et fait la première place dans les
programmes à l'histoire des inventions,
qui est, en réalité, l'histoire même de
l'humanité.
HENRY FououmR.
M O-
LES NOUVELLES LOIS MILITAIRES
Le projet de loi organique militaire, dont
M. le ministre de la guerre a donné lecture
co matin à ses collègues, comprend quatre
titres, La réduction du service actif à trois
ans est la base du projet.
Le service est personnel et égal pour tous ;
le service auxiliaire et la disponibilité sont
supprimés, ainsi que toutes les dispenses de
droit.
La proportion des sursis d'appel est portée
à dix pour cent, dont sept pour cent seront
renouvelables pendant quatre ans, pour cause
d'achèvement d'études, afin de sauvegarder
les carrières libérales. Les docteurs en méde-
cine feront un an de service en qualité de
médecins auxiliaires.
Les jeunes gens pourvus du diplôme d'ins-
truction militaire préparatoire seront, après
deux ans de service, renvoyes en congé illi-
mité. L'organisation de cette instruction mi-
litaire préparatoire, destinée aux jeunes gens
de 17 à 20 ans, sera réglée par décret et ne
devra rien coûter à l'Etat.
Il y aura, dans chaque canton, des exerci-
ces mensuels du dimanche pour les hommes
dispensés et pour ceux qui auront obtenu un
sursis ; les instructeurs seront fournis par les
régiments.
Le projet comporte la création d'une taxe
militaire applicable pendant trois ans aux
exemptés et dont le minimum sera de
21 fr. 60, soit 6 centimes par jour. La taxe
sera perçue par les communes, qui touche-
ront le sixième de son produit.
Les troupes coloniales se recruteront par
voie d'engagements volontaires : rengage-
ments avec primes, admission avec prime
des jeunes gens du contingent métropolitain
qui, avant le tirage au sort, demanderont à
servir dans l'armée coloniale ; incorporation
pour un an des contingents coloniaux.
Le contingent annuel est fixé à 192,000 hom-
mes ; l'armée comprendra donc, avec ses
trois contingents, 545,000 hommes, déduction
faite des pertes.
L'effectif actuel n'étant que de 472,000 hom-
mes, il y aura un excédent de 74,000 hommes.
On y fera face en laissant au ministre de la
guerre le droit de retarder jusqu'au 30 no-
vembre l'appel de la classe, de renvoyer la
classe libérable aussitôt après les manœuvres
d'automne, enfin d'envoyer en congé, du 1er oc-
tobre au 31 mars, une partie de la classe qui
termine sa deuxième année de présence sous
les drapeaux, afin de maintenir intacte la
période d'entraînement de trois ans.
Le projet accorde ensuite d'importants
avantages aux sous-officiers.
Il comporte l'adoption du recrutement ré-
gional. Chaque corps d'armée se recrutera
sur son territoire ; mais les hommes seront,
dans leur corps d'armée, dirigés sur des
corps stationnés en dehors de la subdivision
de région à laquelle Ils appartiennent.
Un certain nombre de fonctions seront sup-
primées dans l'état-major général de l'armée.
Quarante régiments de chasseurs à pied se-
ront créés ; enfin l'artillerie de forteresse et
le génie fusionneront.
Un corps d'ingénieurs militaires, chargés
do l'exécution de tous les travaux d'art, sera
institué et se recrutera à l'Ecole polytechni-
que.
Pour l'avancement, le projet organique ne
modifie pas le projet dont nous avons déjà
fait connaître les bases.
COULISSES PARLEMENTAIRES
Les trois sous-commissions du budget
étaient convoquées hier pour reprendre leurs
travaux.
Les ire et 2° sous-commissions n'ont pu dé-
libérer utilement, faute d'un nombre suffisant
de membres présents.
La 3e sous-commission a décidé qu'avant
de statuer sur les budgets de la guerre et de
la marine elle entendrait de nouveau MM. le
général Boulanger et l'amiral Aube.
La Naissance du Roi d'Espagne
Madrid, 17 mai.
Chambre des députés. — M. Martos, prési-
dent de la Chambre, annonce la naissance du
roi.
« Nous venons, dit-il, d'être témoins d'un
grand événement. Autour de la tombe de
notre roi regretté, nous avons respiré une
atmosphère de tristesse et presque de ter-
reur ; autour du berceau du nouveau roi
renaissent la joie et l'espérance.
« C'est un grand bonheur que le roi mou-
rant nous ait laissé un fils pour le remplacer
et perpétuer la monarchie.
» Nos aïeux défendaient la liberté représen-
tée par une jeune fille au berceau ; prépa-
rons-nous à défendre le monarque qui repré-
sente la paix et l'ordre. »> (Cris répétés : Vive
le roi !)
Les députés républicains n'assistent pas à
la séance.
M. Sagasta parle dans le même sens que
M. Martos.
Le comte Toreno, au nom du parti conser-
vateur, s'associe aux paroles de MM. Martos
et Sagasta.
Madrid, 17 mai. — M. Sagasta a pris éga-
lement la parole au Sénat au sujet de la nais-
sance du roi. Il a ajouté que la reine avait un
nouveau titre au respect de tous les Espa-
gnols parce qu'elle était l'ange tutélaire de
L'Espagne. M. Sagasta a terminé en criant:
« Vive la reine régente ! Vive le roi ! »
Ces paroles ont été saluées par de vifs ap-
plaudissements. Les sénateurs républicains
ont seuls gardé le silence.
La Epoca dit que la médiation de la régente
entre la Colombie et l'Italie sera réalisée
aussitôt après la signature de l'accord préli-
minaire.
Madrid, 18 mai. — Les souverains et chefs
d'Etat d'Europe ont adressé à la reine Chris-
tine des télégrammes de félicitations à l'occa-
sion de la naissance du roi.
Les télégrammes du pape, du président de
la République française et du roi de Portu-
gal sont conçus en termes très sympatiques.
La santé du jeune prince est bonM ; l'état
de la régente est aussi satisfaisant que pos-
sible.
Madrid, 18 mai. — Le nouveau roi prendra
le nom d'Alphonse XIII.
Madrid, 18 mai, soir. - Les paroles pronon-
cées parles présidents de la Chambre et du Sé-
nat et par le président du conseil, à l'occasion
de la naissance du roi, et les applaudisse-
ments qu'elles ont provoqués dans ces assem-
blées, ont produit dans la population de Ma-
drid l'impression la plus favorable. La satis-
faction est générale et la ville entière a un
aspect de joie et d'animation.
ÉCHOS DE PARIS
LA JOURNÉE. — Courses à Maisons-Laf-
fitte.
Le ministre de la guerre s'est rendu hier
au ministère du commerce pour y visiter
la maquette de la rue Saint-Antoine et de
la Bastille, restituées en vue de l'Exposi-
tion de 1889. Nous avons donné déjà quel-
ques détails sur ce projet de reconstitution
d'un des quartiers les plus intéressants du
Paris d'il y a cent ans.
Le général Boulanger a été reçu par son
collègue M. Lockroy. Il a examiné avec
beaucoup d'intérêt ce curieux travail.
Lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre
à Paris, donnera le 24 courant, à l'hôtel
de l'ambassade, un grand dîner à l'occa-
sion de l'anniversaire de la naissance de la
reine Victoria.
Le grand-duc et la grande-duchesse
Wladimir de Russie, accompagnés par M.
Sarrien, ministre de l'intérieur, ont visité
la Conciergerie et le Dépôt de la préfec-
ture de police. Ils ont été reçus par le se-
crétaire général, M. Lozé, assisté de M.
Naudin, chef de la première division, et
des autres chefs de service.
Le premier anniversaire de la mort de
Victor Hugo tombe samedi prochain 22
mai. Ce jour-là et le lendemain dimanche,
la plupart des sociétés qui assistaient aux
funérailles de notre grand poète, ainsi
qu'un grand nombre de ses admirateurs,
iront au Panthéon déposer des couronnes
sur sa tombe.
Depuis hier, on voit à toutes les bouti-
ques de fleuristes de la rive gauche d'im-
menses couronnes de fleurs naturelles
portant des inscriptions en l'honneur de
Victor Hugo. -
Les mariages :
Rappelons qu'aujourd'hui, sera célébré,
à Versailles, le mariage de M. Emile De-
magny avec Mlle Marie de Girardin.
Le mariage de Mlle Labbé, fille de l'émi-
nent chirurgien M. Léon Labbé, avec M.
Larmoyez, a été célébré hier, à midi, à
Saint-Augustin, en présence d'une nom-
breuse assistance.
Les témoins de la jeune mariée étaient
MM. le docteur Millard et Labbé, profes-
seur à l'Ecole de droit de Paris; ceux du
marié, MM. les docteurs Moissenet et Til-
laux.
Plusieurs solistes de l'Opéra se sont
fait entendre au cours de cette brillante
cérémonie qui n'a pris fin qu'à deux heu-
res et demie.
Nous avons annoncé hier le mariage du
duc de Morny avec Mlle Guzman-Blanco,
fille du nouveau président de la Républi-
que de Venezuela.
La future est, dit-on, de beauté rare et,
qui plus est, dotée d'une fortune considé-
rable. x
La Patrie, journal bonapartiste, accueille
plus que froidement la nouvelle de ce
mariage.
« Cette alliance, dit-elle, froissera les
sentiments patriotiques de bien des per-
sonnes : nous voulons parler de tous ceux
qui connaissent les écrits de M. Guzman-
Blanco contre la France, contre notre ar-
mée et surtout contre nos malheureux
soldats de Metz. »
On signale l'arrivée à Paris du duc et
de la duchesse de Saxe-Meiniogen et du
grand-duc Nicolas Michaelovitch : ce der-
nier doit prolonger son séjour jusqu'au
20 juin.
Le prince Henri de Battenberg , gendre
de la reine Victoria, a passé également ces
deux derniers jours à Paris. Il part aujour-
d'hui pour l'Allemagne.
Nous avons annoncé la haute distinction
accordée à M. Charles Garnier par la reine
d'Angleterre.
A cette occasion, les membres de la So-
ciété centrale des architectes ont décidé
d'offrir à leur confrère, le lundi 31 mai, à
sept heures, à l'hôtel Continental, un ban-
quet qui sera présidé par M. Bailly.
Mlle Hubertine Auclert vient d'adresser
aux membres de nos deux Assemblées une
nouvelle pétition en faveur des droits poli-
tiques des femmes. Elle insiste surtout
sur la situation des Françaises célibataires
ou veuves, « dont les intérêts, dit-elle, ne
sont représentés par personne dans les
assemblées élues ». Donc, pour commen-
cer et en attendant mieux, qu'on accorde
aux demoiselles et aux veuves le droit de
vote — et peut-être aussi l'éligilité, car la
pétition est à cet égard d'une obscurité qui
pourrait bien être une malice.
« Vous devez vous souvenir — ajoute
Mlle Auclert parlant au nom de toutes les
Françaises célibataires—que nos pères les
Gaulois faisaient, dans toutes les occasions
solennelles, intervenir les femmes dans la
vie publique; ils les chargeaient d'apaiser
les différends qui s'élevaient entre eux. »
Oui, sans doute, mademoiselle, mais les
Gaulois, ça ne date pas d'hier 1 Pourquoi
n'avoir pas, du temps que vous y étiez,
rappelé le rôle pacificateur que jouèrent
les Sabines, aux premiers temps de Rome ?
Demain jeudi, conférence de M. Hya-
cinthe Loyson sur la Révolution sociale.
Cette conférence sera faite au cirque
d'Hiver,à huit heures et demie du soir.
I? VTY~ CTTfT I?
JOURNAL RÉPUBLICAIN
RÉDACTION
J'adresser au Secrétaire de la Rédaction
de 2 heures à minuit
16, rue Cadet, 16
Directeur politique :
A.-EDOUARD PORTALIS
- --- ABONNEMENTS
DEPARTEMENTS
Trois mois 4 # ««
Six mois. 3® »»
Un an. «58 »>.
PARIS
Trois mois— 5 3 H"
gix mois. SS» "o
Un an. 58 Ma
Supplément pr l'Etranger (Europe) l fr. par trimestre
Les a.bonncmta partent des 1er et 15 QV chaque mots
ADMINISTRATIF
Adresser les Lettres et Mandats à l'Administrateur
i6, rue GadLet, 16
EN VENTE A LONDRES
A la lilor*air*i© jeart
39, OLD COMPTON STREET (SOHO)
ET DANS SES SUCCURSALES
nÉe ISSEURS D'AXNONOJES :
MM. LAGRANGE, CERF ET C18
6, place de la Bourse, 6
BULLETIN
L'Espagne a un roi depuis vingt-quatre
heures. Cette nouvelle a causé une vive
allégresse à Madrid, disent les dépêches
officielles. Les Corlès ont fait fête au royal
enfant et salué son entrée dans le monde
par des discours débordants de lyrisme. Le
canon a tonné dans tout le royaume et
des réjouissances publiques se préparent
pour célébrer, comme il convient, l'heu-
reuse délivrance de la reine-mère.
Cependant la naissance d'Alphonse XIII
n'a point dissipé les inquiétudes que la
mort prématurée d'Alphonse XII a semées
dans l'esprit des partisans les plus fi-
dèles du feu roi. Les plus clairvoyants ne
peuvent se défendre des appréhensions que
fait naître la perspective d'une minorité et
d'une régence qui peuvent durer dix-huit
années.
Les partis hostiles à la dynastie d'Isa-
belle n'ont pas renoncé au projet si sou-
vent tenté de ramener don Carlos sur le
trône. Les républicains d'Espagne, si peu
nombreux qu'ils soient encore, n'ont rien
abandonné de leurs espérances. Ni les uns
ni les autres n'ont désarmé, et il n'est pas
téméraire de dire que la naissance d'un
enfant mâle a peut-être plutôt compliqué
la question gouvernementale en rendant
impossible la fusion des deux branches de
la dynastie bourbonienne.
Les élections de Bruxelles ont donné le
résultat que nous avions fait pressentir.
M. Buis, candidat du parti libéral, a été
élu avec une majorité de deux mille voix
contre le général Jacmard qui, sous l'éti-
quette de candidat indépendant, a groupé
toutes les voix du parti clérical.
La défaite de ce parti est éclatante et
significative. Le zèle pieux de ceux qui le
mènent ne s'était point ralenti depuis
l'ouverture de la période électorale; il s'est
ravivé, s'il était possible, le jour du scru-
tin. Les curés ont bravement conduit leurs
ouailles aux urnes en manière de proces-
sion ; il ne manquait au cortège que la
croix et la bannière. Ces démonstrations
religieuses n'ont pu conjurer l'échec du
général Jacmard.
Cet échec est dû surtout à la discipline
qu'a su montrer, dans cette circonstance, le
parti libéral. Libéraux et progressistes,
oubliant leurs divergences d'opinion, fai-
sant taire leurs rancunes, ont marché à
rangs pressés au scrutin.
L appel patriotique que M. Janson, chef
du parti progressiste, mis en minorité au
premier tour, avait adressé à ses amis, a
été entendu. La victoire était à ce prix, et
il faut féliciter les électeurs bruxellois d'a-
voir profité des leçons du passé et des sa-
ges avis que les hommes avisés de l'opi-
nion libérale leur ont fait entendre.
L'élection d'hier porte en elle son ensei-
gnement. Dans quelques semaines, l'oc-
casion sera belle de mettre en pratique les
principes de discipline qui ont assuré le
succès de M. Buis.
L'opinion la plus accréditée en Angle-
terre est que le bill irlandais sera repoussé.
Il est difficile de fixer précisément le
jour du vote. Les discours succèdent aux
harangues, les solutions radicales aux so-
lutions mixtes; ajournement, vote sur le
principe, sauf examen des détails organi-
ques, rejet total impartiel, tout se plaide,
tout se défend avec une abondance et
quelquefois une éloquence dont les ora-
teurs anglais sont coutumiers. La discus-
sion peut durer encore une semaine ou
tourner court, ad libitum. La lumière est
faite dès à présent, ou tout au moins les
partis sont groupés en vue de l'issue finale
de ce long débat. Il ne semble pas qu'il
puisse y avoir, à l'heure actuelle, de tran-
saction possible, ou nous serions fort
suLrp'irdiés.e de la dissolution de la Chambre
des communes prend corps. M. Gladstone
a déjà envisagé cette hypothèse, et il est
résolu, dit-on, à faire appel du verdict de
la Chambre au corps électoral. Il nous a
paru, dès les premiers jours, que cette
éventualité était à prévoir et, selon toute
vraisemblance, l'événement confirmera ces
prévisions.
Louis HBNRIQUB.
INFORMATIONS PAR TICULIBRES
Conseil des ministres
Les ministres ont tenu conseil hier matin
à l'Elysée, sous la présidence de M. Jules
Grévyd.élibération a été très longue et s'est
La délibération a été très longue et s'est
prolongée jusqu'à midi. Elle a été en grande
partie consacrée à entendre l'exposé, par le
ministre de la guerre, du projet de loi de
réorganisation militaire qui sera déposé à la
rentrée.
Le ministre de la guerre a fait ensuite si-
gner un décret portant organisation du ser-
vice d'aérostation militaire.
Le ministre de l'intérieur a fait connaître
la situation des grèves.
A Decazeville, 426 ouvriers sont au travail,
par suite de la rentrée de 22 nouveaux tra-
vailleurs.
A Lyon, les négociations entre les patrons
verriers et les délégués des ouvriers sont
suspendues, parce que les patrons ne veu-
lent pas admettre aux pourparlers les délé-
gués d'une usine où la grève n'existe pas.
M. Demôle, ministre de la justice, a soumis
à la signature du président de la République
un mouvement dans les justices de paix.
M. de Lanessan
Le ministre du commerce et de l'industrie
vient de charger M. de Lanessan, député, de
la mission d'étudier, en qualité de délégué
général, la situation commerciale des colo-
nies françaises et pays de protectorat, et de
préparer leur participation à l'Exposition uni-
verselle de 1889.
Les droits d'inscription
Le projet de budget de 1887 rétablit les
droits d'inscription dans les facultés de l'E-
tat, qui avaient été supprimés par la loi du 18
mars 1880. Il fixe à 30 fr. le montant de cha-
que inscription. Seront exemptés de cette
taxe : 1° les étudiants qui, déjà inscrits à une
faculté de droit ou de médecine, se feront ins-
crire en outre à une faculté des lettres ou des
sciences ; 2° lès boursiers des facultés ; 3° un
dixième des étudiants inscrits..
D'après ces bases, en tenant compte du
nombre d'étudiants qui a suivi en Ï884 les
cours des facultés de l'Etat, ainsi que des rem-
boursements à faire aux villes de Bordeaux,
Lille, Lyon et Montpellier, la recette produite
par les droits d'inscription rétablis s'élèverait
à 797,965 fr.
Cette somme, ainsi que celle de 300,000 fr.
qui redeviendra disponible par suite de la
suppression de l'indemnité payée aux quatre
villes ci-dessus indiquées à raison de la sup-
pression du droit d'inscription, seront em-
ployées à accroître la dotation de plusieurs
chapitres du budget de l'enseignement supé-
rieur, notamment les traitements du person-
nel et le crédit alloué aux bibliothèques des
facultés.
Convocations d'électeurs
Les électeurs du canton de la Roche-Der-
rien (Côtes-d'Or) sont convoqués à la date du
6 juin, à l'effet d'élire leur représentant au
conseil général.
Les électeurs des cantons de Belpech et de
Saint-Hilaire (Aude), de Bédarieux (Hérault)
et de Vivonne (Vienne) sont convoqués à la
même date à l'effet de nommer leur repré-
sentant au conseil d'arrondissement.
QUESTIONS DU JOUR
Le philosophe à la cour
Il faudrait être un vrai sauvage, un
Huron, un Iroquois, pour ne point con-
naître le mariage du duc de Bragance
avec la princesse Amélie. Sans me don-
ner pour grand flâneur, j'ai vu vingt
fois les portraits des deux fiancés aux
vitrines des marchands de photogra-
phies. Ce sont de jeunes et aimables
figures. Il y a bien un peu de mêli-mêlo
dans les étalages, mais c'est à ce prix
que la gloire photographique se paie,
même pour les modèles de sang royal.
Quant aux journaux mondains, ils ont
amplement parlé. de ces fiançailles.
Quelle soirée ! Nous avons eu la des-
cription de l'hôtel, l'inventaire de la
corbeille, la liste des personnages invi-
tés, que sais-je encore ? On ne s'entre-
tient point d'autre chose dans le monde
aristocratique et soi-disant tel. — Oh!
cette soirée ! Mais c'est le retour de la
monarchie, ma chère ! C'est la fin de
l'abominable République !. On en a
parlé, on en parle, on en parlera.
& Or savez-vous qui fut, en cette cir-
constance mémorable, le lion de l'hôtel
Galliera? Savez-vous qui, à lui seul,
éclipsa les Broglie, les Fourtou, les
Morny, cette fleur des pois du nouveau
parti royaliste, et toute la baronnie do-
rée des Rothschild, et Dumas fils, et
l'abbé d'Ulst, et Blowitz, et Gounod, et
la foule des célébrités variées, varia-
blas, qui s'étaient empressées de faire
leur cour au prétendant à double vi-
sage? Ce fut un simple philosophe
nommé Simon, dont le prénom est
Jules.
Aussi n'y eut-il, dès le lendemain,
dans l'universalité du monde bien pen-
sant, de compliments et de louanges que
pour le philosophe Jules Simon. Son
nom parut dans les journaux, en
vedette, au premier rang de ceux qui
avaient été admis à l'insigne honneur de
saluer l'auguste famille. « Citons, écri-
vaient à l'envi les feuilles publiques,
citons d'abord MM. Jules Simon, le duc
de Morny, etc., etc. » — Avant le duc
-de MorDy ? - Oui, mesdames, c'est tout
simplement comme j'ai l'honneur de
vous le dire. La vieillesse de notre
grand homme aura ainsi goûté toutes
les gloires. On le redira dans les futurs
âges, et l'on célèbrera ce bel épisode
en prose, en vers et même en couplets
d'opéra-comique. Est-il nécessaire d'a-
jouter dans combien d'élégants salons
le philosophe est à la mode? Sur le
coup du five o'clock, on dit que son buste
est orné de fleurs par les mains des plus
gracieuses personnes. Les libations de
thé se font en son honneur dans les plus
fines porcelaines. Et ne parlez plus à
Philaminte, s'il vous plaît, d'autres ou-
vrages que des nobles œuvres de Jules
Simon ; elle se pâme sur ce livreaustère
et doux : le Devoir !
Mais il n'est pas de bonheur sans
nuage, et voici que, depuis trois jours,
notre philosophe est déplaisamment
houspillé dans nombre de journaux ré-
publicains. Il y avait, du reste, un peu
de temps qu'il avait perdu leurs bonnes
grâces pour des causes qui ne sont pas
encore oubliées, bien qu'un peu loin-
taines : le Platon contemporain était
ministre et ne sut garder ni la Répu-
blique ni peut-être sa propre dignité
personnelle devant le coup d'Etat du
16 Mai ; ce ne fut même point couronné
de fleurs que le maréchal de Mac-Mahon
le mit à la porte. Pourtant les fâcheries
qu'il avait suscitées s'apaisaient un peu :
est-ce qu'il n'était pas, après tout, an-
cien par les services et toujours jeune
par la beauté du talent? C'était encore
un régal que ces chroniques du Matin
où il enseignait par l'exemple à Paul de
Cassagnac, à Vallès, à Cornély, le secret
des bons coups de plume; tel le vieux
Mérignac donnant une leçon d'escrime
à de jeunes lames. Quel talent ! Aussi,
comme le goût qu'ont les Français pour
les dons de l'esprit les fait passer sur
bien des choses, on avait presque oublié
les griefs d'antan et l'on s'était repris
de sincère admiration pour le virtuose.
Mais, patatras ! voici que sa présence
à la soirée de l'hôtel Galliera est, dans
tout le parti républicain, l'occasion d'un
gros scandale. Cela est devenu le can-
can de Paris, si bien que les reporters,
impartiaux, mais avisés, se sont préci-
pités place de la Madeleine : « Seriez-
vous rallié au parti orléaniste, seigneur?
— Moi, moi, vieux libéral, moi, vieux
républicain, rallié aux princes! Ah!
vous n'y songez point! Je connais le
eomte de Paris, je vais le voir ; char-
mant jeune homme ! Mais n'ai-je pas le
droit d'aller où cela m'amuse? N'êtes-
vous pas libéraux et moi libéral? Au
surplus, je sais d'où tout cela vient :
c'est Gambetta qui m'a gardé rancune.
(Geste de dénégation des reporters qui
protestent que Gambetta n'ourdit aucune
intrigue.) Et sachez-le, poursuit le philo-
sophe, ce n'est point par ambition que
je vais chez les princes. Si je voulais
être aujourd'hui ministre, ministre de
la République, et peut-être mieux, je
n'aurais qu'à lever la main. Et puis, à
la fin, qu'on me laisse la paix, ou je
dirai tout! Car j'ai des papiers, des pa-
piers terribles !. » Les reporters s'en-
fuient blêmes d'émotion et dégringolent
l'escalier quatre à quatre.
Si l'un d'entre eux eût osé demeurer
chez le philosophe, et que sa langue
n'eût pas été bouclée par le respect, il
lui aurait fait remarquer peut-être que
tout citoyen est assurément libre d"aller
où il lui plaît, mais que des bornes tou-
tefois se trouvent imposées à chacun
par les convenances, aux hommes poli-
tiques surtout. Malgré cette liberté d'al-
ler, ce n'est pas la coutume que l'on
aille indifféremment en tout endroit. Je
m'abstiens de chercher les nombreux
exemples que l'interlocuteur de M. Si-
mon aurait pu citer. — « Mais que pen-
sez-vous, aurait-il ajouté sans doute, de
l'effet qu'une démarche de ce genre pro-
duirait en France et en Europe si vingt
républicains aussi notables que vous
eussent imité votre exemple? Ne l'au-
rait-on pas regardée comme une impor-
tante manifestation de l'élite du parti
républicain contre la République? Et
vous êtes-vous bien demandé vous-
même chez qui vous alliez faire des dé-
monstrations de politesse qui générale-
ment, dans les salons des princes, pas-
sent pour des démonstrations de fidé-
lité ? Ne vous récriez pas ! Ce serait au
public de se récrier plutôt ; car enfin,
avez-vous oublié, vous, homme politi-
que, homme d'Etat républicain, à qui
vous alliez porter vos hommages? Est-
ce que vous auriez perdu tout souvenir
de 1873, et du voyage à Frohsdorff, et
de la chute de Thiers, et de ce grand
complot dont M. le comte de Paris fut
le principal personnage? N'avez-vous
connu davantage aucune des causes de
l'historique croc-en-jambe qui vous fut
donné le 16 mai 1877? N'auriez-vous
pas ouï parler des abominations qui se
commirent en ce temps-là pour le compte
du parti orléaniste ? Et, pour en venir à
l'heure présente, est-ce que, des élec-
tions de 1885, vous n'avez rien su? Et
vous allez au baise-main!. Le peuple
est simple, voyez-vous, et vous ne lui
ferez jamais entrer dans la tête que l'on
puisse honorablement être à la fois
l'ami du prétendant et le serviteur de la
République. »
Moralité ? Mais non, ne me demandez
point la moralité de l'anecdote ! Vous
m'embarrasseriez fort, et je n'en sau-
rais tirer aucune. Mettons tout bonne-
ment le point final.
EUG. LIÉBERT.
LE « HOME RULE »
La discussion sur les affaires d'Irlande
se poursuit non seulement aux Commu-
nes, mais aussi dans les cercles politiques
d'Angleterre, et les passions deviennent
chaque jour plus vives. Le parti conserva-
teur, par l'organe du marquis de Salis-
bury, a poussé un cri de haine et de guerre
dont le seul effet pourrait être de rallier
les forces libérales autour du bill de M.
Gladstone. Le système d'émigration irlan-
daise proposé par le chef du parti conser-
vateur ressemble fort, en effet, aux mé-
thodes expérimentées par la Russie à
l'égard des Polonais, et il ne faudrait pas
beaucoup presser les paroles du marquis
de Salisbury pour en tirer la pensée d'une
expulsion ou d'une déportation en masse.
Tout au moins indiquent-elles l'intention
de rendre la vie impossible aux Irlandais
et de les contraindre à abandonner leur
patrie.
Mais, d'autre part, il est difficile de par-
tager l'optimisme du cabinet et de penser
qne l'adoption du bill resserrerait l'union
entre l'Angleterre et l'Irlande. Ceux qui
ont pris* en main avec le plus d'autorité la
cause de l'Irlande, depuis O'Connell jus-
qu'à M. Parnell, se sont toujours proposé
pour but l'indépendance de l'Irlande, et
si pour le moment, les home rulers sou-
tiennent le cabinet, c'est qu'ils veulent
faire triompher le principe du bill, c'est-
à-dire de l'autonomie irlandaise, sauf à
poursuivre leurs revendications contre
M. Gladstone lui-même, lorsqu'on en vien-
drait à discuter sur la quotité des libertés
à accorder à l'Irlande.
Il devient d'ailleurs peu probable que
cette discussion doive s'engager. Bien que
quelques hésitants, parmi lesquels sir Ch.
Dilke, se soient ralliés à la politique de M.
Gladstone sous l'émotion produite par le
discours du marquis de Salisbury, le parti
libéral reste profondément divisé. Le mar-
quis de Hartingtoa et M. Chamberlain per-
sistent dans leur opposition, et le rejet
du bill peut être considéré comme cer-
tain
Le problème qui se pose dès maintenant
est de savoir si le cabinet acceptera sa dé-
faite et se retirera pour faire place à un
cabinet whig dirigé par le marquis de Har-
tington, ou s'il demandera à la reine de
dissoudre les Communes et de faire appel
au pays. La question irlandaise, qui n'a
point joué de rôle dans les dernières élec-
tions, deviendrait la plate-forme électorale
et la direction à donner, à cette affaire se-
rait indiquée par les électeurs dans une
sorte de plébiscite.
C'est à ce dernier parti que M. Gladstone
semble devoir s'arrêter, et il serait intéres-
sant de connaître la réponse des électeurs.
Quelque parti que l'on choisiss.(riI..
leurs, cette question irlandaise est gros-
se de difficultés et de menaces. Pen-
dant qu'une partie de l'ile-soeur attend
avec impatience son affranchissement,
l'autre partie organise ouvertement la
guerre civile, en prévision du cas où la
solution libérale prévaudrait. Dans l'Ulster
et partout où les orangistes comptent des
adhérents, l'effervescence est à son com-
ble. Les volontaires s'organisent et les an-
ciens sous-officiers sont invités à leur ser-
vir d'instructeurs pendant que les associa-
tions loyalistes s'exercent au tir.
Que les projets de M. Gladstone soient
adoptés ou rejetés, l'agitation irlandaise
ne sera pas apaisée et il està craindre que,
dans un cas comme dans l'autre, l'Irlande
ne devienne de nouveau le théâtre de san-
glantes collisions.
LA VIE DE PARIS
Ce qui s'est passé aujourd'hui dans
le sanctuaire de l'Académie des scien-
ces est bien fait pour surprendre les
Parisiens comme une chose rare. On y
a célébré le centenaire de M. Chevreul.
Ce n'est qu'en août prochain que le
grand savant aura achevé un siècle
d'existence; mais, à ce moment-là, ses
jeunes. collègues prennent des vacances
et vont s'ébattre à la campagne ou au
bord de la mer. Ils voulaient être pré-
sents à la cérémonie et on en a avancé
la date. Ce n'est pas une imprudence
qu'on a commise ou une précaution
qu'on a prise, car M. Chevreul se porte
fort bien. Il a assisté à la séance de l'A-
cadémie, où on lui a offert une œuvre
d'art ; il a prononcé un petit speech ; il
en a écouté d'autres, ce qui est parfois
plus fatigant. Et si les graves fêtes aca-
démiques comportaient le bal, il l'eût
ouvert !
M. Chevreul a donc atteint l'âge auquel
Fontenelle a touché, et je crois qu'il n'y
a pas un troisième exemple d'homme
célèbre ayant eu une telle longévité,
surtout en conservant, comme Fon-
tenelle et M. Chevreul, l'intégrité de ses
facultés intellectuelles. Les centenaires
sont rares chez nous : il y a, parmi eux,
plus de femmes que d'hommes et ce
sont, en général, des gens de la cam-
pagne en qui persiste seulement la vie
animale. Quand tous les journaux au-
ront raconté la cérémonie d'aujourd'hui,
quand les feuilles à un sou en auront
avisé leur million de lecteurs, M. Che-
vreul sera populaire. Mais il le sera
comme phénomène et non pas comme
savant.
Il faut avoir le courage de le recon-
naître. Chez nous, les noms des plus
grands savants sont ignorés de la foule.
Nous avons toujours à la bouche le
grand mot de science, et la science n'est
pas en honneur chez la masse de la na-
tion.
Pour être connu, il faut avoir inventé
un remède. M. Pasteur est populaire
depuis trois mois parce qu'il guérit un
mal qui frappait l'imagination du peuple.
Sans cela, appelez-vous Claude Bernard,
Littré, Chevreul, vous resterez ignorés
d'une immense majorité de vos conci-
toyens ! Car malgré nos prétentions, ni
nos goûts ni notre éducation ne sont
scientifiques. Nous vivons dans je ne
sais quel paradoxe de conduite qui fait
que nous savons les noms de ceux qui
font du mal à l'humanité ou qui l'amu-
sent et que nous ignorons ceux de ses
véritables bienfaiteurs !
Quand je pense qu'on a trouvé que
Frary était un révolutionnaire avec sa
Question du latin 1 Mais il n'a pas dit
la vingtième partie de ce qui pouvait
être dit sur r éducation de notre jeu-
nesse. Hommes et femmes, on nous
instruit dans le rêve, comme si nous de-
vions passer notre vie à être orateurs
ou faiseurs de sonnets ! Certes, j'aime
l'éducation classique et j'estime que les
lettres anciennes et l'histoire du passé
sont l'ornement des nobles esprits, et
qu'un homme n'est pas complet qui les
ignore. Mais, à côté de cette éducation
de luxe, il y a l'éducation populaire ,
l'éducation courante, qui est générale-
ment stupide. Prenez un gamin quel-
conque de douze ans ou une petite fille
de même âge. Ils seront ferrés sur Nabu-
chodonosor et n'ignoreront pas les hauts
faits de Sésostris. Mais ils ne sauront
pas qui a inventé les chemins de fer.
Moi qui vous parle, je l'ai appris à vingt
ans et plus, ayant été cependant un
bon écolier, couronné au concours de la
main du prince Napoléon, pour un dis-
cours plein d'éloquence où j'avais fait
parler Auguste ! Quand on voit les cho-
ses d'un peu près, en se dégageant du
joug des habitudes, c'est à ne pas y
croire et à penser qu'un génie malin
nous a frappés d aveuglement. La
science, dit-on, est reine du monde ;
et personne ne sait de quoi est faite
cette royauté.
Je reconnais que, par la littérature,
certaines idées nées de l'étude des
sciences ont pénétré dans la masse du
peuple. On y a un certain sens des mé-
thodes thérapeutiques et, dans la bour-
geoisie, la morale courante commence
à compter avec la névrose, l'hérédité et
la fatalité physiologique. Il se peut
même que la morale mondaine abuse un
peu de ces notions. Le grand goût de
comfort que nous possédons s'appuie
sur cette opinion que la science peut
tout, et les améliorations de la vie ma-
térielle ne surprennent plus. Vapeur, té-
légraphe, téléphonie sont entrés dans
les mœurs avec une grande facilité.
Mais, tandis que les hommes çje lettres
(fui ont publié des récits à succès, que
les auteurs qui ont fait jouer des pièces,
que les politiciens qui ont mené une
belle intrigue sont gens notoires, avouez
que nous ne savons pas le nom des sa-
vants à qui nous devons le plus. Sur
mille femmes qui portent une robe de
couleur, il n'y en a pas une qui sache
que Chevreul a créé la chimie des cou-
leurs et transformé une industrie. De
même pour tout. Quant à moi, je ne serai
content que le jour où l'on aura jeté au
feu les trois quarts des livres d'éduca-
tion et fait la première place dans les
programmes à l'histoire des inventions,
qui est, en réalité, l'histoire même de
l'humanité.
HENRY FououmR.
M O-
LES NOUVELLES LOIS MILITAIRES
Le projet de loi organique militaire, dont
M. le ministre de la guerre a donné lecture
co matin à ses collègues, comprend quatre
titres, La réduction du service actif à trois
ans est la base du projet.
Le service est personnel et égal pour tous ;
le service auxiliaire et la disponibilité sont
supprimés, ainsi que toutes les dispenses de
droit.
La proportion des sursis d'appel est portée
à dix pour cent, dont sept pour cent seront
renouvelables pendant quatre ans, pour cause
d'achèvement d'études, afin de sauvegarder
les carrières libérales. Les docteurs en méde-
cine feront un an de service en qualité de
médecins auxiliaires.
Les jeunes gens pourvus du diplôme d'ins-
truction militaire préparatoire seront, après
deux ans de service, renvoyes en congé illi-
mité. L'organisation de cette instruction mi-
litaire préparatoire, destinée aux jeunes gens
de 17 à 20 ans, sera réglée par décret et ne
devra rien coûter à l'Etat.
Il y aura, dans chaque canton, des exerci-
ces mensuels du dimanche pour les hommes
dispensés et pour ceux qui auront obtenu un
sursis ; les instructeurs seront fournis par les
régiments.
Le projet comporte la création d'une taxe
militaire applicable pendant trois ans aux
exemptés et dont le minimum sera de
21 fr. 60, soit 6 centimes par jour. La taxe
sera perçue par les communes, qui touche-
ront le sixième de son produit.
Les troupes coloniales se recruteront par
voie d'engagements volontaires : rengage-
ments avec primes, admission avec prime
des jeunes gens du contingent métropolitain
qui, avant le tirage au sort, demanderont à
servir dans l'armée coloniale ; incorporation
pour un an des contingents coloniaux.
Le contingent annuel est fixé à 192,000 hom-
mes ; l'armée comprendra donc, avec ses
trois contingents, 545,000 hommes, déduction
faite des pertes.
L'effectif actuel n'étant que de 472,000 hom-
mes, il y aura un excédent de 74,000 hommes.
On y fera face en laissant au ministre de la
guerre le droit de retarder jusqu'au 30 no-
vembre l'appel de la classe, de renvoyer la
classe libérable aussitôt après les manœuvres
d'automne, enfin d'envoyer en congé, du 1er oc-
tobre au 31 mars, une partie de la classe qui
termine sa deuxième année de présence sous
les drapeaux, afin de maintenir intacte la
période d'entraînement de trois ans.
Le projet accorde ensuite d'importants
avantages aux sous-officiers.
Il comporte l'adoption du recrutement ré-
gional. Chaque corps d'armée se recrutera
sur son territoire ; mais les hommes seront,
dans leur corps d'armée, dirigés sur des
corps stationnés en dehors de la subdivision
de région à laquelle Ils appartiennent.
Un certain nombre de fonctions seront sup-
primées dans l'état-major général de l'armée.
Quarante régiments de chasseurs à pied se-
ront créés ; enfin l'artillerie de forteresse et
le génie fusionneront.
Un corps d'ingénieurs militaires, chargés
do l'exécution de tous les travaux d'art, sera
institué et se recrutera à l'Ecole polytechni-
que.
Pour l'avancement, le projet organique ne
modifie pas le projet dont nous avons déjà
fait connaître les bases.
COULISSES PARLEMENTAIRES
Les trois sous-commissions du budget
étaient convoquées hier pour reprendre leurs
travaux.
Les ire et 2° sous-commissions n'ont pu dé-
libérer utilement, faute d'un nombre suffisant
de membres présents.
La 3e sous-commission a décidé qu'avant
de statuer sur les budgets de la guerre et de
la marine elle entendrait de nouveau MM. le
général Boulanger et l'amiral Aube.
La Naissance du Roi d'Espagne
Madrid, 17 mai.
Chambre des députés. — M. Martos, prési-
dent de la Chambre, annonce la naissance du
roi.
« Nous venons, dit-il, d'être témoins d'un
grand événement. Autour de la tombe de
notre roi regretté, nous avons respiré une
atmosphère de tristesse et presque de ter-
reur ; autour du berceau du nouveau roi
renaissent la joie et l'espérance.
« C'est un grand bonheur que le roi mou-
rant nous ait laissé un fils pour le remplacer
et perpétuer la monarchie.
» Nos aïeux défendaient la liberté représen-
tée par une jeune fille au berceau ; prépa-
rons-nous à défendre le monarque qui repré-
sente la paix et l'ordre. »> (Cris répétés : Vive
le roi !)
Les députés républicains n'assistent pas à
la séance.
M. Sagasta parle dans le même sens que
M. Martos.
Le comte Toreno, au nom du parti conser-
vateur, s'associe aux paroles de MM. Martos
et Sagasta.
Madrid, 17 mai. — M. Sagasta a pris éga-
lement la parole au Sénat au sujet de la nais-
sance du roi. Il a ajouté que la reine avait un
nouveau titre au respect de tous les Espa-
gnols parce qu'elle était l'ange tutélaire de
L'Espagne. M. Sagasta a terminé en criant:
« Vive la reine régente ! Vive le roi ! »
Ces paroles ont été saluées par de vifs ap-
plaudissements. Les sénateurs républicains
ont seuls gardé le silence.
La Epoca dit que la médiation de la régente
entre la Colombie et l'Italie sera réalisée
aussitôt après la signature de l'accord préli-
minaire.
Madrid, 18 mai. — Les souverains et chefs
d'Etat d'Europe ont adressé à la reine Chris-
tine des télégrammes de félicitations à l'occa-
sion de la naissance du roi.
Les télégrammes du pape, du président de
la République française et du roi de Portu-
gal sont conçus en termes très sympatiques.
La santé du jeune prince est bonM ; l'état
de la régente est aussi satisfaisant que pos-
sible.
Madrid, 18 mai. — Le nouveau roi prendra
le nom d'Alphonse XIII.
Madrid, 18 mai, soir. - Les paroles pronon-
cées parles présidents de la Chambre et du Sé-
nat et par le président du conseil, à l'occasion
de la naissance du roi, et les applaudisse-
ments qu'elles ont provoqués dans ces assem-
blées, ont produit dans la population de Ma-
drid l'impression la plus favorable. La satis-
faction est générale et la ville entière a un
aspect de joie et d'animation.
ÉCHOS DE PARIS
LA JOURNÉE. — Courses à Maisons-Laf-
fitte.
Le ministre de la guerre s'est rendu hier
au ministère du commerce pour y visiter
la maquette de la rue Saint-Antoine et de
la Bastille, restituées en vue de l'Exposi-
tion de 1889. Nous avons donné déjà quel-
ques détails sur ce projet de reconstitution
d'un des quartiers les plus intéressants du
Paris d'il y a cent ans.
Le général Boulanger a été reçu par son
collègue M. Lockroy. Il a examiné avec
beaucoup d'intérêt ce curieux travail.
Lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre
à Paris, donnera le 24 courant, à l'hôtel
de l'ambassade, un grand dîner à l'occa-
sion de l'anniversaire de la naissance de la
reine Victoria.
Le grand-duc et la grande-duchesse
Wladimir de Russie, accompagnés par M.
Sarrien, ministre de l'intérieur, ont visité
la Conciergerie et le Dépôt de la préfec-
ture de police. Ils ont été reçus par le se-
crétaire général, M. Lozé, assisté de M.
Naudin, chef de la première division, et
des autres chefs de service.
Le premier anniversaire de la mort de
Victor Hugo tombe samedi prochain 22
mai. Ce jour-là et le lendemain dimanche,
la plupart des sociétés qui assistaient aux
funérailles de notre grand poète, ainsi
qu'un grand nombre de ses admirateurs,
iront au Panthéon déposer des couronnes
sur sa tombe.
Depuis hier, on voit à toutes les bouti-
ques de fleuristes de la rive gauche d'im-
menses couronnes de fleurs naturelles
portant des inscriptions en l'honneur de
Victor Hugo. -
Les mariages :
Rappelons qu'aujourd'hui, sera célébré,
à Versailles, le mariage de M. Emile De-
magny avec Mlle Marie de Girardin.
Le mariage de Mlle Labbé, fille de l'émi-
nent chirurgien M. Léon Labbé, avec M.
Larmoyez, a été célébré hier, à midi, à
Saint-Augustin, en présence d'une nom-
breuse assistance.
Les témoins de la jeune mariée étaient
MM. le docteur Millard et Labbé, profes-
seur à l'Ecole de droit de Paris; ceux du
marié, MM. les docteurs Moissenet et Til-
laux.
Plusieurs solistes de l'Opéra se sont
fait entendre au cours de cette brillante
cérémonie qui n'a pris fin qu'à deux heu-
res et demie.
Nous avons annoncé hier le mariage du
duc de Morny avec Mlle Guzman-Blanco,
fille du nouveau président de la Républi-
que de Venezuela.
La future est, dit-on, de beauté rare et,
qui plus est, dotée d'une fortune considé-
rable. x
La Patrie, journal bonapartiste, accueille
plus que froidement la nouvelle de ce
mariage.
« Cette alliance, dit-elle, froissera les
sentiments patriotiques de bien des per-
sonnes : nous voulons parler de tous ceux
qui connaissent les écrits de M. Guzman-
Blanco contre la France, contre notre ar-
mée et surtout contre nos malheureux
soldats de Metz. »
On signale l'arrivée à Paris du duc et
de la duchesse de Saxe-Meiniogen et du
grand-duc Nicolas Michaelovitch : ce der-
nier doit prolonger son séjour jusqu'au
20 juin.
Le prince Henri de Battenberg , gendre
de la reine Victoria, a passé également ces
deux derniers jours à Paris. Il part aujour-
d'hui pour l'Allemagne.
Nous avons annoncé la haute distinction
accordée à M. Charles Garnier par la reine
d'Angleterre.
A cette occasion, les membres de la So-
ciété centrale des architectes ont décidé
d'offrir à leur confrère, le lundi 31 mai, à
sept heures, à l'hôtel Continental, un ban-
quet qui sera présidé par M. Bailly.
Mlle Hubertine Auclert vient d'adresser
aux membres de nos deux Assemblées une
nouvelle pétition en faveur des droits poli-
tiques des femmes. Elle insiste surtout
sur la situation des Françaises célibataires
ou veuves, « dont les intérêts, dit-elle, ne
sont représentés par personne dans les
assemblées élues ». Donc, pour commen-
cer et en attendant mieux, qu'on accorde
aux demoiselles et aux veuves le droit de
vote — et peut-être aussi l'éligilité, car la
pétition est à cet égard d'une obscurité qui
pourrait bien être une malice.
« Vous devez vous souvenir — ajoute
Mlle Auclert parlant au nom de toutes les
Françaises célibataires—que nos pères les
Gaulois faisaient, dans toutes les occasions
solennelles, intervenir les femmes dans la
vie publique; ils les chargeaient d'apaiser
les différends qui s'élevaient entre eux. »
Oui, sans doute, mademoiselle, mais les
Gaulois, ça ne date pas d'hier 1 Pourquoi
n'avoir pas, du temps que vous y étiez,
rappelé le rôle pacificateur que jouèrent
les Sabines, aux premiers temps de Rome ?
Demain jeudi, conférence de M. Hya-
cinthe Loyson sur la Révolution sociale.
Cette conférence sera faite au cirque
d'Hiver,à huit heures et demie du soir.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Auteurs similaires Barbot Jules Barbot Jules /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Barbot Jules" or dc.contributor adj "Barbot Jules")Histoire véritable du pays de Gévaudan : manuscrit inédit extrait des Archives de la Haute-Garonne / publié par Jules Barbot /ark:/12148/bpt6k5324418k.highres Francisco Sanchez, médecin de l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques et régent de la Faculté de médecine de Toulouse, 1582-1623 / J. Barbot,... /ark:/12148/bpt6k5810183t.highres
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k7562027j/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k7562027j/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k7562027j/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k7562027j/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k7562027j
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k7562027j
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k7562027j/f1.image × Aide