Titre : Le XIXe siècle : journal quotidien politique et littéraire / directeur-rédacteur en chef : Gustave Chadeuil
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1886-08-29
Contributeur : Chadeuil, Gustave (1821-1896). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 29 août 1886 29 août 1886
Description : 1886/08/29 (A17,N5345). 1886/08/29 (A17,N5345).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-199
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 04/04/2013
Dix-septième année. — Ne 5345
Prix du numéro : Paris et départements : 15 centimes
Dimanche 29 août 1880
LE xir SIECLE
JOURNAL RÉPUBLICAIN
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SOMMAIRE
BULLETIN.
INFORMATIONS PARTICULIÈRES.
QUESTIONS DU JOUR. — Eug. Lièbert.
LE TRAITEMENT DES INSTITUTEURS.
CHRONIQUE. — Raoul Lucet.
LA RÉVOLUTION BULGARE.
NOUVELLES DE L'ÉTRANGER.
ECHOS DU JOUR. — Brichanteau.
BULLETIN MILITAIRE ET MARITIME.
NOUVELLES COLONIALES.
LA PRESSE AU JOUR LE JOUR.
MOUVEMENT JUDICIAIRE.
LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE OUVRIÈRE. —
Marcel Edant.
LE MEETING DE LA SALLE FAVIÉ.
BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
ACTES ET DOCUMENTS OFFICIELS.
GAZETTE DU PALAIS. — Me Gervasy.
COURRIER DE LA BOURSE. — Paul Ambroise.
FAITS DIVERS.
CAUSERIE LITTÉRAIRE. — G.
SPORT DU JOUR. — Turba.
COURRIER DES THÉÂTRES. — Yorick.
Avis ET COMMUNICATIONS.
FEUILLETON.
BULLETIN
Ce ne sont pas les conseils qui manquent
au prince Alexandre. Pendant que les
journaux russes déclarent à l'envi qu'il n'y
a pas à revenir sur le fait accompli, un re-
virement en faveur du prince dépossédé
se fait en Allemagne et en Angleterre de-
puis qu'il est confirmé qu'il n'a pas signé
d'acte d'abdication. Le Times va même
jusqu'à dire que, selon toute probabilité,
le prince Alexandre n'oubliera pas com-
bien de fois le prince de Bismarck a fait
profession, à son égard, de la plus pro-
fonde indifférence, et qu'il comprendra
que la sollicitude qui pourrait lui être té-
moignée par le chancelier serait dictée
plus par le désir de faciliter les voies à la
politique russe que par sympathie pour
ses propres intérêts. Dans ces circonstan-
ces, le journal de la Cité estime que le
prince Alexandre, s'il a son libre arbitre,
arrivera à cette conclusion, que ce qu'il a
de mieux à faire est de consulter son seul
honneur et de retourner en Bulgarie. La
situation est difficile, il est vrai; mais une
carrière honorable s'ouvre devant le
prince, tandis qu'à Darmstadt, il ne peut
espérer qu'une sécurité sans gloire.
L'opinion du prince Alexandre a con-
cordé avec les avis du Times. Ce n'est sans
doute qu'une coïncidence ; mais, pendant
que le Times cherchait à enflammer le
courage et l'ambition du prince Alexandre,
celui-ci quittait Lemberg, reprenant le
chemin de la Bulgarie. Il faut attendre
qu'il soit arrivé pour savoir si c'est un
nouvel acte ou l'épilogue du drame qui se
prépare.
La Chambre des communes a fini la dis-
cussion de l'amendement de M. Parnell ;
elle l'a repoussé par 304 voix contre 181.
Ce résultat était prévu. La politique irlan-
daise de lord Salisbury se trouve approu-
vée par les Communes avant même d'avoir
été exposée.
.-- ..---
INFOItlATIONS PAR TICUIIIRRES
M. Jules Grévy
Le président de la République partira pro-
bablement ce soir pour Mont-sous-Vaudrey.
L'état de santé de M. Grévy est des plus sa-
tisfaisants.
Le conseil des ministres
Les ministres se sont réunis hier matin à
neuf heures, à l'Elysée, sous la présidence de
M. Jules Grévy.
Tous les ministres assistaient à la réunion,
qui s'est prolongée jusqu'à une heure moins
le quart.
Le ministre des affaires étrangères a fait
part des renseignements recueillis sur les af-
faires de Bulgarie. On ignore encore les dis-
positions du prince Alexandre relativement à
l'éventualité de son retour dans la princi-
pauté.
M. de Freycinet a ensuite exposé l'état des
négociations entamées avec le Vatican au
sujet de notre protectorat en extrême Orient.
Il résulte de ses explications que les pour-
parlers se poursuivent et que le saint-siège
n'a encore pris aucune décision définitive.
M. de Freycinet a également fait connaître
le résumé des dépêches arrivées par les der-
niers courriers de Madagascar et de l'Indo-
Chine. La situation est sensiblement la même
en Annam. Dans le Tonkin, aux environs de
Lao-Kaï, quelques attaques de pirates ont eu
lieu sur la frontière.
Le ministre de l'intérieur a rendu compte
des délibérations des conseils généraux.
Le garde des sceaux a soumis au conseil
un décret portant organisation de la justice
musulmane en Algérie.
Il a fait signer des décrets portant nomina-
tions dans la magistrature.
Il est probable que le prochain conseil des
ministres aura lieu le jeudi 9 septembre.
Mouvement administratif
Par décrets en date d'hier :
M. Lascombes, sous-préfet de Villeneuve-
sur-Lot, est nommé sous-préfet de Montluçon
(Allier), en remplacement de M. Détape, pré-
cédemment appelé à d'autres fonctions.
M. Devoisins, sous-préfet de Château-Chi-
non, est nommé sous-préfet de Villeneuve-
sur-Lot (Lot-et-Garonne).
M. Génie, conseiller de préfecture de l'Eure,
est nommé sous-préfet de Château-Chinon.
M. Marraud, chef de cabinet de préfet, est
nommé conseiller de préfecture de l'Eure.
Mouvement diplomatique
On affirme que la succession de M. de Cour-
cel à Berlin ne sera recueillie ni par M.
Waddington, qui resterait titulaire de l'am-
bassade de Londres, ni par M. Lefebvre de
Béhaine.
M. Saillard, consul à Tampico, est chargé,
par suite de la mort de M. La Vieille, de la
gérance du consulat de France à Panama.
M. Bourée, le nouveau ministre de France
en Belgique, est attendu à Bruxelles le 6 sep-
tembre prochain. Après avoir présenté ses
lettres de créance au roi Léopold, il prendra
un congé de deux mois.
Les téléphones
Nous sommes autorisés à déclarer que le
traité passé le 22 juillet dernier par M. le mi-
nistre des postes et télégraphes pour la con-
stitution de la Société fermière des réseaux
téléphoniques de l'Etat subsiste et que la
seule question réservée est celle de savoir
sous quelle forme il recevra une sanction dé-
finitive; le ministre des postes et télégraphes,
étant dès maintenant autorisé, va présenter
un projet de loi à la rentrée du Parlement.
La France et le Vatican
Les négociations continuent entre la France
et le Vatican.
Toutefois, nous croyons savoir qu'une so-
lution provisoire pourrait intervenir sous peu.
Cette solution consisterait, paraît-il, dans la
nomination d'un délégué apostolique qui se-
rait chargé de se rendre à Pékin pour étudier
sur place, avec le concours de M. Constans,
envoyé extraordinaire de France en Chine, les
intérêts spirituels dont le saint-siège serait
disposé à prendre directement la tutelle.
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QUESTIONS DU JOUR
Les vœux des conseils généraux
Leur session se sera terminée sans
incidents notables. Quelques vœux poli-
tiques, comme toujours, qui seront
annulés, comme toujours, par décret
du gouvernement, parce que la loi du
10 août 1871 le prescrit en termes for-
mels. On a discuté, et un peu raillé
même, ces annulations de vœux, comme
n'ayant point de portée, puisque, annulé
ou non, un vœu reste toujours un vœu ;
la vérité même est que le mot d'annu-
lation est un terme bien inexact dans la
circonstance, car, il n'y a pas de décret
qui tienne, le vœu reste émis. Il y au-
rait là sans doute un sujet de contro-
verse intéressante, mais qui n'aurait pas
de résultat pratique, à moins qu'il n'a-
boutît à une réforme de l'article de la
loi de 1871 qui interdit, un peu plato-
niquement sans doute, tonte discussion
politique aux assembles départementa-
les. Mais, comme il n'est pas question
de toucher à la loi sur les conseils gé-
néraux, qui est, d'ailleurs, la meilleure
inspiration de l'Assemblée nationale,
nous laisserons de côté, quant à pré-
sent, un débat qui porterait principale-
ment sur des théories.
Ce que l'on a vu surtout dominer
dans cette session des conseils géné-
raux, ce sont les préoccupations agri-
coles. De tous côtés, on s'est plaint
que l'agriculture ne fût pas assez sou-
tenue et encouragée par le gouverne-
ment. Dans toutes les régions qui pro-
duisent les céréales et la viande, on
s'est plaint amèrement de n'avoir pas
encore obtenu de lois suffisamment
protectrices, et l'on s'est plaint que rien
ne fût fait de ce côté en faveur de l'agri-
culture, tandis qu'on a protégé large-
ment le commerce et l'industrie. « Nous
désirons être traités sur le même pied
que le commerce et l'industrie », telle
est la formule qu'a mise en circulation,
depuis quelques années, la presse agri-
cole et qui a fait fortune aussitôt dans la
grande et la moyenne culture. Question
terriblement complexe pour qui ne veut
juger les choses qu'au point de vue des
intérêts réels de la France agricole, en
écartant toute théorie absolue de pro-
tectionnisme ou de libre-échange. Un
point de vue que l'on ne considère
presque jamais, c'est la réciprocité en
matière de traités de commerce. Si nous
élevons les droits de douane sur les
produits d'un pays étranger, le gouver-
nement de ce pays ne manque pas
d'exercer des représailles en surélevant
aussitôt les droits de ses propres doua-
nes sur nos produits à nous. C'est une
affaire terriblement complexe, qui ne
saurait être traitée au pied levé. Nous
ne disons pas qu'il faille repousser sans
examen les vœux protectionnistes des
agriculteurs ; mais encore sera-t-il bien
difficile de trouver de ce côté-là un re-
mède vraiment efficace.
Aussi trouvons-nous bien plus pra-
tiques les vœux qui s'appliquent au per-
fectionnement de notre agriculture. Il
est certain — et la presse agricole diri-
gée par les hommes les plus compétents
le proclame — qu'il ne serait nullement
impossible à nos cultivateurs d'augmen-
ter leurs produits sans que leurs frais
d'exploitation en fussent accrus sensi-
blement. C'est ce qui dépendra, en par-
tie, de l'intelligence et de l'activité des
cultivateurs eux-mêmes, en partie d'a-
méliorations législatives depuis long-
temps promises, mais attendues aussi
depuis longtemps. C'est ce qu'a fort
bien exposé dans un récent discours
prononcé à Remiremont l'honorable M.
Méline, ancien ministre de l'agricul-
ture , comme on sait, qui, malgré
des tendances protectionnistes très vi-
ves, a compris que l'on pourrait trou-
ver, en dehors de la protection, des
moyens efficaces de ramener la prospé-
rité dans l'agriculture. Comment? Par
un ensemble de réformes législatives
qui, promises depuis longtemps, atten-
dent toujours. Pourquoi n'avoir pas or-
ganisé le crédit agricole ? pourquoi n'a-
voir pas achevé le code rural? Vingt
autres projets ou propositions de lois,
depuis des années restent en suspens.
Le Sénat aime à s'occuper de ces ma-
tières ; mais la Chambre actuelle, à
l'exemple de sa devancière, n'y consa-
cre, avec un ennui trop peu dissimulé,
que des bouts de séance à de longs in-
tervalles. Rien n'avance, rien ne se fait.
M. Méline conclut que les questions
agricoles et généralement toutes les
questions d'affaires seraient bien mieux
traitées et, dans tous les cas, ne langui-
raient point si, au lieu de législatures
de quatre années, la loi électorale avait
créé une Chambre permanente et sou-
mise au renouvellement partiel, à l'exem-
ple du Sénat et des conseils généraux.
C'est une idée très digne d'examen ,
mais qui nous entraînerait aujourd'hui.
un peu loin des conseils généraux. Pour
revenir aux conseils généraux, le carac-
tère frappant de cette session d'août a
été, nous le répétons, les préoccupations
très vives, très marquées qui s'y sont
fait jour au sujet de la situation agri-
cole. Le gouvernement et surtout la
Chambre, restée jusqu'ici trop indiffé-
rente, feront bien de prêter l'oreille la
plus attentive à ces vœux. Les conseils
généraux ne les avaient peut-être jamais
exprimés avec autant d'insistance.
EUG. LIÉBERT.
Les ministres se sont réunis hier en
conseil. M. le président de la République
repart ce matin, à la première heure,
pour Mont-sous-Vaudrey, et l'on a pu voir
par le compte rendu de la délibération
gouvernementale qu'il ne s'était rien passé
d'extraordinaire à Paris pendant les vingt-
quatre dernières heures. Les colporteurs
de nouvelles à sensation s'étaient pour-
tant assez acharnés sur les motifs secrets
de l'arrivée inopinée de M. Grévy. Bruits
de dissentiments entre les ministres, nou-
velles de complications à Madagascar, de
rupture avec le Vatican, tout ce qu'on pou-
vait imaginer avait été allégué par les
nouvellistes d'imagination moyenne. L'é-
lite, plus difficile à satisfaire, tenait abso-
lument à voir dans ce voyage la réalisation
de la nouvelle lancée par le Times et
reprise par le Figaro. M. Grévy ne pouvait
venir que pour donner sa démission.
M. Grévy est venu, et il n'y a rien de
changé dans l'Etat. Les membres du gou-
vernement ont conféré des affaires cou-
rantes, lesquelles n'ont aucun caractère
de gravité, et ils sont repartis aux eaux ou
en voyage. De l'émotion qu'on a voulu
provoquer il ne reste donc qu'une chose
à retenir : c'est que la santé de M. Grévy
est excellente puisqu'elle lui a permis de
prendre, à la discussion qui a eu lieu dans
le conseil, une part très active et de faire,
à moins de quarante-huit heures d'inter-
valle, deux voyages longs et fatigants.
Quant à la délibération du conseil, elle
montre que si, en l'absence du Parlement,
les affaires sont moins actives, elles ne
sont cependant pas arrêtées et que, malgré
les allées et venues, les villégiatures et les
cures, chaque ministre apporte à la direc-
tion de son département une attention
soutenue. Il était bon qu'au cours des va-
cances, surtout après les élections dépar-
tementales et la session des conseils gé-
néraux , après les récents événements
d'Orient, une réunion des divers membres
du gouvernement délibérât sur les affaires
publiques, ne fût-ce que pour prouver
l'inexactitude de tous les bruits répandus
et affirmer la continuité de l'accord entre
les ministres.
——————————— -——————————.
Le traitement des mais
Nous avons publié, l'autre jour, le
texte d'un vœu déposé par M. Bienvenu
au conseil général de la Vendée. Un de
nos abonnés, instituteur, nous adresse
à ce propos une lettre qui nous a paru
intéressante et que nous publions ci-
dessous, en gardant pour nous, selon
notre habitude, le nom du signataire et
celui de la localité d'où elle est datée :
Monsieur le directeur,
Vous avez inséré, le mercredi 25 août
dernier, le vœu relatif aux traitements des
instituteurs déposé par M. Léon Bienvenu
à la première séance du conseil général de
la Vendée.
Savez-vous que les considérants déno-
tent un homme d'une parfaite compétence
en la matière; qu'on ne pouvait mieux,
en quelques lignes, signaler toute l'injus-
tice de la situation qui est faite à ceux qui
veulent arriver ; que le mal de cette situa-
tion provisoire et précaire est bien tel que
M. Bienvenu l'indique, et que son remède:
consolidation du traitement au bénéfice
de l'école, mériterait d'être sérieusement
examiné et adopté en attendant, faute de
mieux ?
C'est pourquoi j'aurais voulu voir l'un
de vos rédacteurs commenter ce vœu en
première page avec toute l'attention qu'il
mérite.
Voulez-vous que je me prenne pour
exemple? En 1885, j'occupais un poste
d'instituteur dans une petite commune de
450 habitants (40 enfants à diriger en-
viron).
Je jouissais d'un traitement, soumis à
retenue, de 1,880 francs, et je parvenais,
grâce à mes fonctions de factotum com-
munal, à gagner annuellement 4,000 francs.
J'approchais de la trentaine ; je me suis
lassé d'occuper un poste où, malgré tout,
la profession d instituteur n'est qu acces-
soire ; l'occupation absorbante, c'est la
mairie.
Pour me livrer tout entier à ma vocation
d'instituteur, j'ai demandé et obtenu le
poste actuel.
J'ai sous mes ordres un instituteur ad-
joint dont je suis responsable ; les deux
classes comprennent près de 100 enfants.
Mon prédécesseur, bénéficiant des dis-
positions de la loi du 16 juin 1881, avait
un traitement garanti de 2,800 francs.
Je lui succède pour faire la même be-
sogne : en vertu de la même loi, l'Etat ne
me garantit que 1,600 francs.
Il est vrai qu'à force de bassesses et
d'humiliations (il faut bien vivre, j'ai deux
bébés), la commune s'est décidée à m'al-
louer pour 1887 un supplément de 400
francs.
Mais notez bien ceci :
Le conseil municipal est réactionnaire
et déteste cordialement l'obligation, la laï-
cité, la gratuité, surtout la gratuité et la
neutralité.
Je n'ignore pas que ce supplément de
400 francs est bien aléatoire; j'espère avoir
la force de résister à certaines exigences,
et alors. on me coupera les vivres. Croyez-
vous que c'est une situation bien enviable !
Augmentation de travail et de responsa-
bilité ; diminution de salaire. Le plus sou-
vent, il faut faire abandon de toute dignité.
Au premier prétexte je retournerai dans
un petit poste, ou je quitterai l'enseigne-
ment.
Vous voyez que j'ai mes raisons pour
trouver le vœu de M. Bienvenu fort raison-
nable.
On m'avait dit que cela changerait, que
la loi serait votée à courte échéance.
A présent même, je n'attends rien de
bon du projet s'il est voté tel qu'il a été
adopté par le conseil d'Etat.
On se figure, en France, avoir des insti-
tuteurs; c'est une erreur complète : le
plus souvent on n'a que des secrétaires de
mairie.
Le traitement fixe vient toujours — et
mensuellement — quoi qu'il arrive.
Le casuel ne survient que si l'on se
donne la peine de le faire venir. On ré-
serve toutes ses forces pour les fonctions
accessoires ; on est épuisé lorsqu'il s'agit
de la classe.
Voyez les députés : est-ce qu'ils peuvent
vivre et faire figure avec leurs 9,000 francs
d'indemnité? Non. Ils siègent par occasion
et s'occupent le plus souvent — ils ont
bien raison — de leurs affaires person-
nelles, plus lucratives.
Nous faisons comme eux; nous donnons
des leçons particulières, nous sommes
comptables, géomètres, auteurs, etc., et
nous nous occupons de nos classes quand
nous pouvons.
On s'étonne ensuite de la lenteur des
travaux législatifs et des progrès de l'in-
struction.
Je vais faire comme M. Bienvenu — au
nom prédestiné — et mettre en avant mon
petit remède :
Décrétez que dans toutes les communes
où les instituteurs ne cumulent pas les
fonctions de secrétaires de mairie, le trai-
tement est fixé au maximum de la classe
la plus élevée, et vous verrez les effets se
produire.
— Mais ça coûterait au moins 3 millions !
— Et vous hésitez ? !
Il y a de l'exagération dans cette let-
tre. Ainsi, il n'est pas juste de dire que
les députés ne siègent que par occasion.
Sans doute l'indemnité de 9,000 francs
qui leur est allouée peut paraître insuf-
fisante; sans doute il arrive que certains
députés s'occupent le plus souvent de
leurs affaires personnelles ; mais c'est en
pareil cas surtout qu'il faut se garder
de conclure du particulier au général et
de considérer comme une règle ce qui
n'est heureusement qu'une exception.
Mais la situation qui a motivé le vœu
de M. Bienvenu et la lettre de notre
abonné n'en mérite pas moins d'attirer
l'attention, et nous recommandons à qui
de droit le remède qu'il propose.
Il désirait que la question fût traitée
en première page. Le voilà satisfait.
CHRONIQUE
Voyage au centre de la terre
Décidément, ce farceur de Jules Verne
a toutes les chances. Non seulement il
tire et vend ses livres à des centaines
de milliers d'exemplaires ; non seule-
ment on les lui traduit en toutes les
langues, voire même en idiômes sau-
grenus comme le finnois, le turc, le slo-
vaque, en attendant le volapük, mais
encore, par-dessus le marché, les cir-
constances se chargent, avec une spon-
tanéité bénévole, de lui faire une ré-
clame enragée : il a des neveux toqués
qui le « révolvérisent » en pleine rue ;
il se rencontre des insulaires ignorés de
la mer Egée pour lui intenter de reten-
tissants procès en diffamation sous le
fallacieux prétexte que, dans l'Archipel
en feu, il a calommeusement insinué
que, vers 1825, leurs ancêtres auraient
été un tantinet pirates et pilleurs d'épa-
ves. En vérité, je vous le dis, c'est un
« veinard », une famille Bidard en un
seul écrivain !
Voici maintenant, pour peu que cela
continue, qu'il va être convaincu de
prescience et de divination ! Le fait est
que tout ce qu'il a prédit de plus extra-
ordinaire en fait de voyages ou de tours
de force scientifiques s'est déjà accom-
pli ou est en passe de s'accomplir.
*
* *
Le Tour du monde en 80 jours est
désormais à la portée de tous. Deman-
dez plutôt aux brûleurs d'étapes, à M.
de Lanessan, par exemple, qui ne veut
pas mettre plusse sept mois à « appren-
dre » l'Egypte, l'Inde, l'Indo-Chine, la
Chine, le Japon, les Philippines et les
îles de la Sonde! Ce qui suppose, ap-
paremment, que s'il s'agissait non pas
d'étudier à fond cet énorme morceau
de planète, mais simplement de le tra-
verser en hâte, à toute vapeur, dans
l'unique but de faire une course de vi-
tesse et de gagner un pari, il lui suffi-
rait d'un temps cinq ou six fois moin-
dre. Et Mme de Lanessan, l'Aouda de
ce nouveau Philéas Fogg, trouverait cela
tout naturel !. Sans compter qu'il est
grandement question de doubler la puis-
sance et la rapidité des paquebots ac-
tuels, prochainement raccordés par de
nouvelles voies ferrées transcontinen-
tales!
Vingt mille lieues sous les mers vont
tomber dans le domaine public. C'est le
ministère de la marine qui, après l'ex-
périence embryonnaire de l'amirauté
russe, en fait son affaire. Avant un mois
peut-être, le capitaine Nemo, ressuscité
sous les traits de l'ingénieur Goubet,
aura pris sa revanche. Moi qui vous
parle, j'ai vu, de mes yeux vu, les
plans et modèles d'un Nautilus authen-
tique qui est, tout comme l'autre, un
bateau-poisson, un torpilleur hypo-
aquatique; j'en ai donné ici même la
description succincte, et j'espère pou-
voir, sous peu de jours, vous raconter
les péripéties de sa coulée et de son
lancement. et, en attendant qu'il serve
à relever le prestige sous-marin de la
France militaire, la Société centrale de
secours aux naufragés l'a déjà adopté
en principe, « avant la lettre », et il est
question de l'utiliser pour la pêche au
corail sur les côtes algériennes.
On a vu naguère des rivières en feu
transformées en bols de punch au pé-
trole, comme dans Michel Strogoff et
comme dans l'Etoile du Sud ; le génie
de la fraude prépare la synthèse chimi-
que du diamant.
Qu'est-ce que Cinq semaines en bal-
lon ? Qu'est-ce que la traversée aérienne
de l'Afrique? N'avez-vous point entendu
parler de cet Américain qui fait cons-
truire un aérostat monstre et veut met-
tre à profit les courants superposés de
l'atmosphère pour tenter la traversée —
au moins aussi redoutable — de l'océan
Atlantique?
Les canons Bange, qui portent à
18 kilomètres — plus que la distance de
Paris à Versailles, — les obus à la dy-
namite, les torpilles aériennes essayées
par M. Lhoste, valent bien, j'imagine,
les fantastiques canonnades des Cinq
cents millions de la Bégum. On n'a pas
encore trouvé les bombes chimiques as-
phyxiant à la ronde, sans douleur, des
armées entières ; mais on y viendra, et
les hommes-obus, comme on en voit
dans les cirques modernes, sont une
étape sur la route qui mène à la réali-
sation des utopies balistiques du Voyage
de la terre à la lune.
Il y a mieux, et l'idée du Voyage au
centre de la terre — le plus extraor-
dinaire de tous — vient d'être elle-
même reprise et sérieusement dis-
cutée.
*
itr *
C'est un Américain — naturellement
— qui a fait la chose sienne. Mais, par
une singulière anomalie, c'est un Amé-
ricain du Sud, de l'Amérique latine, le
docteur argentin J.-J. Martinez.
M. J.-J. Martinez a écrit à ce propos,
il y a quelque temps, une brochure des
plus originales, qu'il a adressée à toutes
les Sociétés savantes du monde, et de-
puis, de San-Francisco, où il s'est trans-
porté, comme en un pays plus central
et moins réfractaire aux paradoxes
aventureux, il inonde la presse cosmo-
polite de lettres enthousiastes et pres-
santes.
C'est que, en effet, pour mener à bien
son projet il ne lui faut pas moins du
concours moral et pécuniaire de toutes
les nations civilisées, taxées approxi-
mativement par lui, d'avance, à une
vingtaine de millions chacune. Un joli
denier, comme l'on voit. Il est vrai que
l'entreprise « dont s'agit » en vaut la
peine : séduisante et colossale dans son
but, elle ne paraît pas devoir être d'une
exécution commode.
M. Martinez propose, en effet, tout
comme le héros de Jules Verne, d'aller
voir ce qui se passe au centre de la
terre. Rien que cela ! Cet Hispano-
Américain a la nostalgie des grandes
profondeurs,
Seulement, plus audacieux encore que
le minéralogiste danois, il trouve que,
pour cette excursion verticale à travers
les mystères de l'hypogée, il serait ba-
nal d'emprunter au cratère d'un volcan
eteint son escalier naturel. Il lui faut
une route nouvelle et inédite, creusée
de main d'homme, et qui serait - ça, je
le crois sans peine ! — le plus formida-
ble ouvrage dont l'histoire ait eujamais
à faire mention.
« Qu'y a-t-il, écrit-il gravement, au
» centre de la terre ? En dépit des
» hypothèses des géologues, nous n'en
» savons rien. Allons-y voir ! Forons un
» puits à travers la croûte terrestre, et
» avançons vers l'intérieur. De cette
» façon nous serons fixés, et la science
» universelle tirera de cette perquisi-
» tion d'incalculables bénéfices. »
Il y aura de grandes difficultés, sans doute ;
mais elles ne seront pas insurmontables.
Les tunnels du mont Cenis et du Saint-Gothard,
le canal de Suez et le canal de Panama, où
100 millions de mètres cubes de matériaux
vont être changés de place, nous sont de sûrs
garants que nous pourrions forer un puits
de 5 X 10 mètres et amener à la surface
seulement trois cents millions de mètres cu-
bes de débris pour arriver à une profondeur
de six millions de mètres.
De puissantes machines seraient établies
à la surface et, dans le parcours du puits, fe-
raient mouvoir des ascenseurs, des chaînes
sans fin, etc. Des tuyaux pneumatiques pour-
raient être installés dans le puits et amener
les débris à la surface, même des plus gran-
des profondeurs, avec Instantanéité. L'air et
la lumière s'expédieraient aisément.
Ni la poudre ni la dynamite ne seraient
employées, pour éviter les ébranlements dans
les machines ou dans les masses rocheuses.
Les tarières et scies en diamant, mues par
l'électricité, entailleraient la roche dure, qui
se détacherait par levier. La pression hydrau-
lique, l'air comprimé, la vapeur, la chaleur,
le froid, pourraient être autant d'agents de
désagrégation employés, et un travail conti-
nu empêcherait l'œuvre de s'éterniser. Même
en ne creusant que dix mètres par vingt-
quatre heures, ce qui est très faisable, il ne
faudrait que 1,600 ans pour atteindre le cen-
tre. Ce qui n'est pas un grand laps de temps
dans les fastes de l'humanité.
La science, d'ailleurs, ne doit pas travailler
seulement pour les générations présentes.
*
* *
Que la science doive profiter beau-
coup du forage de ce gigantesque puits
d'observation, je me garderai bien d'y
contredire. Ce serait là, sans doute, le
tombeau de nombre de fausses doctri-
nes géologiques ou autres qui arrêtent
l'essor intellectuel. J'estime même —
et je ne suis pas le seul — qu'il n'est
pas nécessaire d'aller jusqu'au centre de
la terre pour que le projet ait son inté-
rêt. Dès le commencement des travaux,
on recueillerait d'importants résultats
pour la science, l'industrie -et" les arts.
Descendrait-on seulement jusqu'au point
d'ébullition de l'eau — un cap difficile à
franchir ! — ce serait immense.
Mais. Il y a des mais, hélas ! Il y en
a toute une légion. Quand on pense que
le puits le plus profond atteint à peine
1,170 mètres et que les plus grands
abîmes de l'Océan ne dépassent pas
8,513 mètres, le puits de six mille kilo-
mètres dont parle avec tant de désin-
volture le docteur Martinez ne laisse
pas d'effaroucher quelque peu les plus
téméraires. Six mille kilomètres en ligne
verticale! Il semble que toutes les ri-
chesses et toutes les forces de l'huma-
nité n'y suffiraient pas !
Songez que les plus hautes monta-
gnes, qui sont des masses colossales à
côté d'un être humain, sont si peu de
chose en comparaison du diamètre de
la terre, qu'elles deviennent presque
inappréciables et que notre globe peut
être considéré comme une sphère lisse
sur laquelle les océans et les mers for-
ment à peine une pellicule infime ana-
logue à celle qu'on obtiendrait en
mouillant du doigt une bille de billard !
Mais avec les deux millions de francs
de dépenses annuelles que réclame M.
Martinez, on réussirait à peine à égrati-
gner la croûte terrestre, car un puits,
eût-il même huit à dix kilomètres de
profondeur — ce qui déjà serait beau
— ne devrait être considéré que comme
une insignifiante égratignure ! ! !
Puis, 1,600 ans, seize ZD siècles, c'est un
peu long. Je sais bien que cela ne
compte guère dans l'éternité; mais c'est
égal : c'est pour faire peur et pour dé-
courager les initiatives les plus har-
dies.
Peut-être M. Martinez trouvera-t-il en
AmériqUe, où l'on ne doute de rien,
l'appui nécessaire pour amorcer l'en-
treprise. Je crains fort que la France, à
laquelle il a eu la gracieuseté d'en of-
frir la primeur, « pour lui faire mériter
une fois de plus, le titre glorieux de
cerveau du monde », ne se décide pas
volontiers à attacher le grelot.
Si ce boyau géant se perce — et il se
percera tôt ou tard, sinon jusqu'au cen-
tre du globe, au moins jusqu'à de ver-
tigineuses profondeurs — la France se
consolera de n'avoir point eu l'honneur
de donner le premier coup de sonde.
w
+ <*
Il nous suffira que l'idée du voyage
au centre de la terre ait pour la pre-
mière fois germé dans le cerveau d'un
Français, auquel M. Martinez l'a sans
doute empruntée.
Quelle aubaine pour la science fran-
çaise ! Quel triomphe pour son pro-
phète Jules Verne !
Jules Verne faisant autorité en ma-
tière scientifique ! L'un de ses plus
étourdissants paradoxes servant de
point de départ et de signal à la plus
colossale entreprise qui ait jamais été
tentée ! La science et l'industrie s'inspi-
rant du roman ! Voilà, par exemple,
qui est un signe des temps !
Je sais des gens que cela agace. Moi
pas. Cela m'amuse, au contraire, et me
réjouit. Nous sommes dans le siècle du
toc : il est fatal que la science ait son
ruolz, dont la simili-lumière fascine la
foule.
Mais ne disons pas de mal de Jules
Verne. Il a rendu d'incomparables ser-
vices en fondant une littérature nou-
velle, amusante, mouvementée, faite
pour réveiller, le goût émoussé des
aventures. La légende y tient plus de
place que la science de bon aloi. D'ac-
cord! Mais, légendes pour légendes,
j'aime mieux les légendes dont la mo-
rale s'inspire de la science, même fre-
latée, que les contes à dormir debout
ou les bergerades affadissantes de Ber-
quin, de Georges Ohnet, où même —
pardonnez ce blasphème ! — de Mme
George Sand. D'ailleurs, les légendes
ont parfois du bon. N'étaient-ils pas
nourris de légendes héroïques, — assu-
rément inférieures aux fantaisies de
Jules Verne, — les grands aventuriers
d'antan, ceux qui, rêvant d'eldorados
inconnus et de prouesses surnaturelles,
colonisaient l'Amérique et les Indes et
portaient si - haut et si loin l'esprit mili-
tant de la race ?
Il ne me déplaît pas qu'un écrivain se
soit trouvé assez ingénieux pour créer
des légendes nouvelles, également che-
valeresques, avec un ragoût de positi-
visme expérimental et pour orienter les
jeunes imaginations vers les exploits
du héros moderne, de l'explorateur, de
l'ingénieur, du géographe, du savant.
Vraiment, Michel Strogoff, Michel Ar-
dan, Paganel, Hector Servadac, etc.,
méritaient au moins autant qu'Amadis
de Gaule, les quatre fils Aymon ou Fran-
çois le Champi, de devenir des « types »
populaires !
RAOUL LUCET.
LA REVOLUTION BULGARE
Une dépêche de M. StambonlofF au père
du prince Alexandre
Jugenheim, 27 août. — Le prince Alexandre
de Hesse a reçu de M. Stambouloff la dépê-
che suivante, datée de Tirnovo :
« Au nom de notre patrie nous prions Vo-
tre Altesse de télégraphier sans retard à no-
tre prince, votre fils bien-aimé, l'invitant à se
rendre dès aujourd'hui directement de Lem-
berg à Bucharest, où M. Natchewitsch, agent
diplomatique de la Bulgarie, lui donnera
toutes les explications désirables au sujet des
récents événements.
» La nation et d'armée bulgares attendent
avec impatience le retour du prince. »
Prix du numéro : Paris et départements : 15 centimes
Dimanche 29 août 1880
LE xir SIECLE
JOURNAL RÉPUBLICAIN
REDACTION
l'adresser aa Secrétaire de la Rédaction
de 2 heures à minuit
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Directeur politique:
A.-EDOUARD PORTALIS
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SOMMAIRE
BULLETIN.
INFORMATIONS PARTICULIÈRES.
QUESTIONS DU JOUR. — Eug. Lièbert.
LE TRAITEMENT DES INSTITUTEURS.
CHRONIQUE. — Raoul Lucet.
LA RÉVOLUTION BULGARE.
NOUVELLES DE L'ÉTRANGER.
ECHOS DU JOUR. — Brichanteau.
BULLETIN MILITAIRE ET MARITIME.
NOUVELLES COLONIALES.
LA PRESSE AU JOUR LE JOUR.
MOUVEMENT JUDICIAIRE.
LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE OUVRIÈRE. —
Marcel Edant.
LE MEETING DE LA SALLE FAVIÉ.
BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
ACTES ET DOCUMENTS OFFICIELS.
GAZETTE DU PALAIS. — Me Gervasy.
COURRIER DE LA BOURSE. — Paul Ambroise.
FAITS DIVERS.
CAUSERIE LITTÉRAIRE. — G.
SPORT DU JOUR. — Turba.
COURRIER DES THÉÂTRES. — Yorick.
Avis ET COMMUNICATIONS.
FEUILLETON.
BULLETIN
Ce ne sont pas les conseils qui manquent
au prince Alexandre. Pendant que les
journaux russes déclarent à l'envi qu'il n'y
a pas à revenir sur le fait accompli, un re-
virement en faveur du prince dépossédé
se fait en Allemagne et en Angleterre de-
puis qu'il est confirmé qu'il n'a pas signé
d'acte d'abdication. Le Times va même
jusqu'à dire que, selon toute probabilité,
le prince Alexandre n'oubliera pas com-
bien de fois le prince de Bismarck a fait
profession, à son égard, de la plus pro-
fonde indifférence, et qu'il comprendra
que la sollicitude qui pourrait lui être té-
moignée par le chancelier serait dictée
plus par le désir de faciliter les voies à la
politique russe que par sympathie pour
ses propres intérêts. Dans ces circonstan-
ces, le journal de la Cité estime que le
prince Alexandre, s'il a son libre arbitre,
arrivera à cette conclusion, que ce qu'il a
de mieux à faire est de consulter son seul
honneur et de retourner en Bulgarie. La
situation est difficile, il est vrai; mais une
carrière honorable s'ouvre devant le
prince, tandis qu'à Darmstadt, il ne peut
espérer qu'une sécurité sans gloire.
L'opinion du prince Alexandre a con-
cordé avec les avis du Times. Ce n'est sans
doute qu'une coïncidence ; mais, pendant
que le Times cherchait à enflammer le
courage et l'ambition du prince Alexandre,
celui-ci quittait Lemberg, reprenant le
chemin de la Bulgarie. Il faut attendre
qu'il soit arrivé pour savoir si c'est un
nouvel acte ou l'épilogue du drame qui se
prépare.
La Chambre des communes a fini la dis-
cussion de l'amendement de M. Parnell ;
elle l'a repoussé par 304 voix contre 181.
Ce résultat était prévu. La politique irlan-
daise de lord Salisbury se trouve approu-
vée par les Communes avant même d'avoir
été exposée.
.-- ..---
INFOItlATIONS PAR TICUIIIRRES
M. Jules Grévy
Le président de la République partira pro-
bablement ce soir pour Mont-sous-Vaudrey.
L'état de santé de M. Grévy est des plus sa-
tisfaisants.
Le conseil des ministres
Les ministres se sont réunis hier matin à
neuf heures, à l'Elysée, sous la présidence de
M. Jules Grévy.
Tous les ministres assistaient à la réunion,
qui s'est prolongée jusqu'à une heure moins
le quart.
Le ministre des affaires étrangères a fait
part des renseignements recueillis sur les af-
faires de Bulgarie. On ignore encore les dis-
positions du prince Alexandre relativement à
l'éventualité de son retour dans la princi-
pauté.
M. de Freycinet a ensuite exposé l'état des
négociations entamées avec le Vatican au
sujet de notre protectorat en extrême Orient.
Il résulte de ses explications que les pour-
parlers se poursuivent et que le saint-siège
n'a encore pris aucune décision définitive.
M. de Freycinet a également fait connaître
le résumé des dépêches arrivées par les der-
niers courriers de Madagascar et de l'Indo-
Chine. La situation est sensiblement la même
en Annam. Dans le Tonkin, aux environs de
Lao-Kaï, quelques attaques de pirates ont eu
lieu sur la frontière.
Le ministre de l'intérieur a rendu compte
des délibérations des conseils généraux.
Le garde des sceaux a soumis au conseil
un décret portant organisation de la justice
musulmane en Algérie.
Il a fait signer des décrets portant nomina-
tions dans la magistrature.
Il est probable que le prochain conseil des
ministres aura lieu le jeudi 9 septembre.
Mouvement administratif
Par décrets en date d'hier :
M. Lascombes, sous-préfet de Villeneuve-
sur-Lot, est nommé sous-préfet de Montluçon
(Allier), en remplacement de M. Détape, pré-
cédemment appelé à d'autres fonctions.
M. Devoisins, sous-préfet de Château-Chi-
non, est nommé sous-préfet de Villeneuve-
sur-Lot (Lot-et-Garonne).
M. Génie, conseiller de préfecture de l'Eure,
est nommé sous-préfet de Château-Chinon.
M. Marraud, chef de cabinet de préfet, est
nommé conseiller de préfecture de l'Eure.
Mouvement diplomatique
On affirme que la succession de M. de Cour-
cel à Berlin ne sera recueillie ni par M.
Waddington, qui resterait titulaire de l'am-
bassade de Londres, ni par M. Lefebvre de
Béhaine.
M. Saillard, consul à Tampico, est chargé,
par suite de la mort de M. La Vieille, de la
gérance du consulat de France à Panama.
M. Bourée, le nouveau ministre de France
en Belgique, est attendu à Bruxelles le 6 sep-
tembre prochain. Après avoir présenté ses
lettres de créance au roi Léopold, il prendra
un congé de deux mois.
Les téléphones
Nous sommes autorisés à déclarer que le
traité passé le 22 juillet dernier par M. le mi-
nistre des postes et télégraphes pour la con-
stitution de la Société fermière des réseaux
téléphoniques de l'Etat subsiste et que la
seule question réservée est celle de savoir
sous quelle forme il recevra une sanction dé-
finitive; le ministre des postes et télégraphes,
étant dès maintenant autorisé, va présenter
un projet de loi à la rentrée du Parlement.
La France et le Vatican
Les négociations continuent entre la France
et le Vatican.
Toutefois, nous croyons savoir qu'une so-
lution provisoire pourrait intervenir sous peu.
Cette solution consisterait, paraît-il, dans la
nomination d'un délégué apostolique qui se-
rait chargé de se rendre à Pékin pour étudier
sur place, avec le concours de M. Constans,
envoyé extraordinaire de France en Chine, les
intérêts spirituels dont le saint-siège serait
disposé à prendre directement la tutelle.
- 0
QUESTIONS DU JOUR
Les vœux des conseils généraux
Leur session se sera terminée sans
incidents notables. Quelques vœux poli-
tiques, comme toujours, qui seront
annulés, comme toujours, par décret
du gouvernement, parce que la loi du
10 août 1871 le prescrit en termes for-
mels. On a discuté, et un peu raillé
même, ces annulations de vœux, comme
n'ayant point de portée, puisque, annulé
ou non, un vœu reste toujours un vœu ;
la vérité même est que le mot d'annu-
lation est un terme bien inexact dans la
circonstance, car, il n'y a pas de décret
qui tienne, le vœu reste émis. Il y au-
rait là sans doute un sujet de contro-
verse intéressante, mais qui n'aurait pas
de résultat pratique, à moins qu'il n'a-
boutît à une réforme de l'article de la
loi de 1871 qui interdit, un peu plato-
niquement sans doute, tonte discussion
politique aux assembles départementa-
les. Mais, comme il n'est pas question
de toucher à la loi sur les conseils gé-
néraux, qui est, d'ailleurs, la meilleure
inspiration de l'Assemblée nationale,
nous laisserons de côté, quant à pré-
sent, un débat qui porterait principale-
ment sur des théories.
Ce que l'on a vu surtout dominer
dans cette session des conseils géné-
raux, ce sont les préoccupations agri-
coles. De tous côtés, on s'est plaint
que l'agriculture ne fût pas assez sou-
tenue et encouragée par le gouverne-
ment. Dans toutes les régions qui pro-
duisent les céréales et la viande, on
s'est plaint amèrement de n'avoir pas
encore obtenu de lois suffisamment
protectrices, et l'on s'est plaint que rien
ne fût fait de ce côté en faveur de l'agri-
culture, tandis qu'on a protégé large-
ment le commerce et l'industrie. « Nous
désirons être traités sur le même pied
que le commerce et l'industrie », telle
est la formule qu'a mise en circulation,
depuis quelques années, la presse agri-
cole et qui a fait fortune aussitôt dans la
grande et la moyenne culture. Question
terriblement complexe pour qui ne veut
juger les choses qu'au point de vue des
intérêts réels de la France agricole, en
écartant toute théorie absolue de pro-
tectionnisme ou de libre-échange. Un
point de vue que l'on ne considère
presque jamais, c'est la réciprocité en
matière de traités de commerce. Si nous
élevons les droits de douane sur les
produits d'un pays étranger, le gouver-
nement de ce pays ne manque pas
d'exercer des représailles en surélevant
aussitôt les droits de ses propres doua-
nes sur nos produits à nous. C'est une
affaire terriblement complexe, qui ne
saurait être traitée au pied levé. Nous
ne disons pas qu'il faille repousser sans
examen les vœux protectionnistes des
agriculteurs ; mais encore sera-t-il bien
difficile de trouver de ce côté-là un re-
mède vraiment efficace.
Aussi trouvons-nous bien plus pra-
tiques les vœux qui s'appliquent au per-
fectionnement de notre agriculture. Il
est certain — et la presse agricole diri-
gée par les hommes les plus compétents
le proclame — qu'il ne serait nullement
impossible à nos cultivateurs d'augmen-
ter leurs produits sans que leurs frais
d'exploitation en fussent accrus sensi-
blement. C'est ce qui dépendra, en par-
tie, de l'intelligence et de l'activité des
cultivateurs eux-mêmes, en partie d'a-
méliorations législatives depuis long-
temps promises, mais attendues aussi
depuis longtemps. C'est ce qu'a fort
bien exposé dans un récent discours
prononcé à Remiremont l'honorable M.
Méline, ancien ministre de l'agricul-
ture , comme on sait, qui, malgré
des tendances protectionnistes très vi-
ves, a compris que l'on pourrait trou-
ver, en dehors de la protection, des
moyens efficaces de ramener la prospé-
rité dans l'agriculture. Comment? Par
un ensemble de réformes législatives
qui, promises depuis longtemps, atten-
dent toujours. Pourquoi n'avoir pas or-
ganisé le crédit agricole ? pourquoi n'a-
voir pas achevé le code rural? Vingt
autres projets ou propositions de lois,
depuis des années restent en suspens.
Le Sénat aime à s'occuper de ces ma-
tières ; mais la Chambre actuelle, à
l'exemple de sa devancière, n'y consa-
cre, avec un ennui trop peu dissimulé,
que des bouts de séance à de longs in-
tervalles. Rien n'avance, rien ne se fait.
M. Méline conclut que les questions
agricoles et généralement toutes les
questions d'affaires seraient bien mieux
traitées et, dans tous les cas, ne langui-
raient point si, au lieu de législatures
de quatre années, la loi électorale avait
créé une Chambre permanente et sou-
mise au renouvellement partiel, à l'exem-
ple du Sénat et des conseils généraux.
C'est une idée très digne d'examen ,
mais qui nous entraînerait aujourd'hui.
un peu loin des conseils généraux. Pour
revenir aux conseils généraux, le carac-
tère frappant de cette session d'août a
été, nous le répétons, les préoccupations
très vives, très marquées qui s'y sont
fait jour au sujet de la situation agri-
cole. Le gouvernement et surtout la
Chambre, restée jusqu'ici trop indiffé-
rente, feront bien de prêter l'oreille la
plus attentive à ces vœux. Les conseils
généraux ne les avaient peut-être jamais
exprimés avec autant d'insistance.
EUG. LIÉBERT.
Les ministres se sont réunis hier en
conseil. M. le président de la République
repart ce matin, à la première heure,
pour Mont-sous-Vaudrey, et l'on a pu voir
par le compte rendu de la délibération
gouvernementale qu'il ne s'était rien passé
d'extraordinaire à Paris pendant les vingt-
quatre dernières heures. Les colporteurs
de nouvelles à sensation s'étaient pour-
tant assez acharnés sur les motifs secrets
de l'arrivée inopinée de M. Grévy. Bruits
de dissentiments entre les ministres, nou-
velles de complications à Madagascar, de
rupture avec le Vatican, tout ce qu'on pou-
vait imaginer avait été allégué par les
nouvellistes d'imagination moyenne. L'é-
lite, plus difficile à satisfaire, tenait abso-
lument à voir dans ce voyage la réalisation
de la nouvelle lancée par le Times et
reprise par le Figaro. M. Grévy ne pouvait
venir que pour donner sa démission.
M. Grévy est venu, et il n'y a rien de
changé dans l'Etat. Les membres du gou-
vernement ont conféré des affaires cou-
rantes, lesquelles n'ont aucun caractère
de gravité, et ils sont repartis aux eaux ou
en voyage. De l'émotion qu'on a voulu
provoquer il ne reste donc qu'une chose
à retenir : c'est que la santé de M. Grévy
est excellente puisqu'elle lui a permis de
prendre, à la discussion qui a eu lieu dans
le conseil, une part très active et de faire,
à moins de quarante-huit heures d'inter-
valle, deux voyages longs et fatigants.
Quant à la délibération du conseil, elle
montre que si, en l'absence du Parlement,
les affaires sont moins actives, elles ne
sont cependant pas arrêtées et que, malgré
les allées et venues, les villégiatures et les
cures, chaque ministre apporte à la direc-
tion de son département une attention
soutenue. Il était bon qu'au cours des va-
cances, surtout après les élections dépar-
tementales et la session des conseils gé-
néraux , après les récents événements
d'Orient, une réunion des divers membres
du gouvernement délibérât sur les affaires
publiques, ne fût-ce que pour prouver
l'inexactitude de tous les bruits répandus
et affirmer la continuité de l'accord entre
les ministres.
——————————— -——————————.
Le traitement des mais
Nous avons publié, l'autre jour, le
texte d'un vœu déposé par M. Bienvenu
au conseil général de la Vendée. Un de
nos abonnés, instituteur, nous adresse
à ce propos une lettre qui nous a paru
intéressante et que nous publions ci-
dessous, en gardant pour nous, selon
notre habitude, le nom du signataire et
celui de la localité d'où elle est datée :
Monsieur le directeur,
Vous avez inséré, le mercredi 25 août
dernier, le vœu relatif aux traitements des
instituteurs déposé par M. Léon Bienvenu
à la première séance du conseil général de
la Vendée.
Savez-vous que les considérants déno-
tent un homme d'une parfaite compétence
en la matière; qu'on ne pouvait mieux,
en quelques lignes, signaler toute l'injus-
tice de la situation qui est faite à ceux qui
veulent arriver ; que le mal de cette situa-
tion provisoire et précaire est bien tel que
M. Bienvenu l'indique, et que son remède:
consolidation du traitement au bénéfice
de l'école, mériterait d'être sérieusement
examiné et adopté en attendant, faute de
mieux ?
C'est pourquoi j'aurais voulu voir l'un
de vos rédacteurs commenter ce vœu en
première page avec toute l'attention qu'il
mérite.
Voulez-vous que je me prenne pour
exemple? En 1885, j'occupais un poste
d'instituteur dans une petite commune de
450 habitants (40 enfants à diriger en-
viron).
Je jouissais d'un traitement, soumis à
retenue, de 1,880 francs, et je parvenais,
grâce à mes fonctions de factotum com-
munal, à gagner annuellement 4,000 francs.
J'approchais de la trentaine ; je me suis
lassé d'occuper un poste où, malgré tout,
la profession d instituteur n'est qu acces-
soire ; l'occupation absorbante, c'est la
mairie.
Pour me livrer tout entier à ma vocation
d'instituteur, j'ai demandé et obtenu le
poste actuel.
J'ai sous mes ordres un instituteur ad-
joint dont je suis responsable ; les deux
classes comprennent près de 100 enfants.
Mon prédécesseur, bénéficiant des dis-
positions de la loi du 16 juin 1881, avait
un traitement garanti de 2,800 francs.
Je lui succède pour faire la même be-
sogne : en vertu de la même loi, l'Etat ne
me garantit que 1,600 francs.
Il est vrai qu'à force de bassesses et
d'humiliations (il faut bien vivre, j'ai deux
bébés), la commune s'est décidée à m'al-
louer pour 1887 un supplément de 400
francs.
Mais notez bien ceci :
Le conseil municipal est réactionnaire
et déteste cordialement l'obligation, la laï-
cité, la gratuité, surtout la gratuité et la
neutralité.
Je n'ignore pas que ce supplément de
400 francs est bien aléatoire; j'espère avoir
la force de résister à certaines exigences,
et alors. on me coupera les vivres. Croyez-
vous que c'est une situation bien enviable !
Augmentation de travail et de responsa-
bilité ; diminution de salaire. Le plus sou-
vent, il faut faire abandon de toute dignité.
Au premier prétexte je retournerai dans
un petit poste, ou je quitterai l'enseigne-
ment.
Vous voyez que j'ai mes raisons pour
trouver le vœu de M. Bienvenu fort raison-
nable.
On m'avait dit que cela changerait, que
la loi serait votée à courte échéance.
A présent même, je n'attends rien de
bon du projet s'il est voté tel qu'il a été
adopté par le conseil d'Etat.
On se figure, en France, avoir des insti-
tuteurs; c'est une erreur complète : le
plus souvent on n'a que des secrétaires de
mairie.
Le traitement fixe vient toujours — et
mensuellement — quoi qu'il arrive.
Le casuel ne survient que si l'on se
donne la peine de le faire venir. On ré-
serve toutes ses forces pour les fonctions
accessoires ; on est épuisé lorsqu'il s'agit
de la classe.
Voyez les députés : est-ce qu'ils peuvent
vivre et faire figure avec leurs 9,000 francs
d'indemnité? Non. Ils siègent par occasion
et s'occupent le plus souvent — ils ont
bien raison — de leurs affaires person-
nelles, plus lucratives.
Nous faisons comme eux; nous donnons
des leçons particulières, nous sommes
comptables, géomètres, auteurs, etc., et
nous nous occupons de nos classes quand
nous pouvons.
On s'étonne ensuite de la lenteur des
travaux législatifs et des progrès de l'in-
struction.
Je vais faire comme M. Bienvenu — au
nom prédestiné — et mettre en avant mon
petit remède :
Décrétez que dans toutes les communes
où les instituteurs ne cumulent pas les
fonctions de secrétaires de mairie, le trai-
tement est fixé au maximum de la classe
la plus élevée, et vous verrez les effets se
produire.
— Mais ça coûterait au moins 3 millions !
— Et vous hésitez ? !
Il y a de l'exagération dans cette let-
tre. Ainsi, il n'est pas juste de dire que
les députés ne siègent que par occasion.
Sans doute l'indemnité de 9,000 francs
qui leur est allouée peut paraître insuf-
fisante; sans doute il arrive que certains
députés s'occupent le plus souvent de
leurs affaires personnelles ; mais c'est en
pareil cas surtout qu'il faut se garder
de conclure du particulier au général et
de considérer comme une règle ce qui
n'est heureusement qu'une exception.
Mais la situation qui a motivé le vœu
de M. Bienvenu et la lettre de notre
abonné n'en mérite pas moins d'attirer
l'attention, et nous recommandons à qui
de droit le remède qu'il propose.
Il désirait que la question fût traitée
en première page. Le voilà satisfait.
CHRONIQUE
Voyage au centre de la terre
Décidément, ce farceur de Jules Verne
a toutes les chances. Non seulement il
tire et vend ses livres à des centaines
de milliers d'exemplaires ; non seule-
ment on les lui traduit en toutes les
langues, voire même en idiômes sau-
grenus comme le finnois, le turc, le slo-
vaque, en attendant le volapük, mais
encore, par-dessus le marché, les cir-
constances se chargent, avec une spon-
tanéité bénévole, de lui faire une ré-
clame enragée : il a des neveux toqués
qui le « révolvérisent » en pleine rue ;
il se rencontre des insulaires ignorés de
la mer Egée pour lui intenter de reten-
tissants procès en diffamation sous le
fallacieux prétexte que, dans l'Archipel
en feu, il a calommeusement insinué
que, vers 1825, leurs ancêtres auraient
été un tantinet pirates et pilleurs d'épa-
ves. En vérité, je vous le dis, c'est un
« veinard », une famille Bidard en un
seul écrivain !
Voici maintenant, pour peu que cela
continue, qu'il va être convaincu de
prescience et de divination ! Le fait est
que tout ce qu'il a prédit de plus extra-
ordinaire en fait de voyages ou de tours
de force scientifiques s'est déjà accom-
pli ou est en passe de s'accomplir.
*
* *
Le Tour du monde en 80 jours est
désormais à la portée de tous. Deman-
dez plutôt aux brûleurs d'étapes, à M.
de Lanessan, par exemple, qui ne veut
pas mettre plusse sept mois à « appren-
dre » l'Egypte, l'Inde, l'Indo-Chine, la
Chine, le Japon, les Philippines et les
îles de la Sonde! Ce qui suppose, ap-
paremment, que s'il s'agissait non pas
d'étudier à fond cet énorme morceau
de planète, mais simplement de le tra-
verser en hâte, à toute vapeur, dans
l'unique but de faire une course de vi-
tesse et de gagner un pari, il lui suffi-
rait d'un temps cinq ou six fois moin-
dre. Et Mme de Lanessan, l'Aouda de
ce nouveau Philéas Fogg, trouverait cela
tout naturel !. Sans compter qu'il est
grandement question de doubler la puis-
sance et la rapidité des paquebots ac-
tuels, prochainement raccordés par de
nouvelles voies ferrées transcontinen-
tales!
Vingt mille lieues sous les mers vont
tomber dans le domaine public. C'est le
ministère de la marine qui, après l'ex-
périence embryonnaire de l'amirauté
russe, en fait son affaire. Avant un mois
peut-être, le capitaine Nemo, ressuscité
sous les traits de l'ingénieur Goubet,
aura pris sa revanche. Moi qui vous
parle, j'ai vu, de mes yeux vu, les
plans et modèles d'un Nautilus authen-
tique qui est, tout comme l'autre, un
bateau-poisson, un torpilleur hypo-
aquatique; j'en ai donné ici même la
description succincte, et j'espère pou-
voir, sous peu de jours, vous raconter
les péripéties de sa coulée et de son
lancement. et, en attendant qu'il serve
à relever le prestige sous-marin de la
France militaire, la Société centrale de
secours aux naufragés l'a déjà adopté
en principe, « avant la lettre », et il est
question de l'utiliser pour la pêche au
corail sur les côtes algériennes.
On a vu naguère des rivières en feu
transformées en bols de punch au pé-
trole, comme dans Michel Strogoff et
comme dans l'Etoile du Sud ; le génie
de la fraude prépare la synthèse chimi-
que du diamant.
Qu'est-ce que Cinq semaines en bal-
lon ? Qu'est-ce que la traversée aérienne
de l'Afrique? N'avez-vous point entendu
parler de cet Américain qui fait cons-
truire un aérostat monstre et veut met-
tre à profit les courants superposés de
l'atmosphère pour tenter la traversée —
au moins aussi redoutable — de l'océan
Atlantique?
Les canons Bange, qui portent à
18 kilomètres — plus que la distance de
Paris à Versailles, — les obus à la dy-
namite, les torpilles aériennes essayées
par M. Lhoste, valent bien, j'imagine,
les fantastiques canonnades des Cinq
cents millions de la Bégum. On n'a pas
encore trouvé les bombes chimiques as-
phyxiant à la ronde, sans douleur, des
armées entières ; mais on y viendra, et
les hommes-obus, comme on en voit
dans les cirques modernes, sont une
étape sur la route qui mène à la réali-
sation des utopies balistiques du Voyage
de la terre à la lune.
Il y a mieux, et l'idée du Voyage au
centre de la terre — le plus extraor-
dinaire de tous — vient d'être elle-
même reprise et sérieusement dis-
cutée.
*
itr *
C'est un Américain — naturellement
— qui a fait la chose sienne. Mais, par
une singulière anomalie, c'est un Amé-
ricain du Sud, de l'Amérique latine, le
docteur argentin J.-J. Martinez.
M. J.-J. Martinez a écrit à ce propos,
il y a quelque temps, une brochure des
plus originales, qu'il a adressée à toutes
les Sociétés savantes du monde, et de-
puis, de San-Francisco, où il s'est trans-
porté, comme en un pays plus central
et moins réfractaire aux paradoxes
aventureux, il inonde la presse cosmo-
polite de lettres enthousiastes et pres-
santes.
C'est que, en effet, pour mener à bien
son projet il ne lui faut pas moins du
concours moral et pécuniaire de toutes
les nations civilisées, taxées approxi-
mativement par lui, d'avance, à une
vingtaine de millions chacune. Un joli
denier, comme l'on voit. Il est vrai que
l'entreprise « dont s'agit » en vaut la
peine : séduisante et colossale dans son
but, elle ne paraît pas devoir être d'une
exécution commode.
M. Martinez propose, en effet, tout
comme le héros de Jules Verne, d'aller
voir ce qui se passe au centre de la
terre. Rien que cela ! Cet Hispano-
Américain a la nostalgie des grandes
profondeurs,
Seulement, plus audacieux encore que
le minéralogiste danois, il trouve que,
pour cette excursion verticale à travers
les mystères de l'hypogée, il serait ba-
nal d'emprunter au cratère d'un volcan
eteint son escalier naturel. Il lui faut
une route nouvelle et inédite, creusée
de main d'homme, et qui serait - ça, je
le crois sans peine ! — le plus formida-
ble ouvrage dont l'histoire ait eujamais
à faire mention.
« Qu'y a-t-il, écrit-il gravement, au
» centre de la terre ? En dépit des
» hypothèses des géologues, nous n'en
» savons rien. Allons-y voir ! Forons un
» puits à travers la croûte terrestre, et
» avançons vers l'intérieur. De cette
» façon nous serons fixés, et la science
» universelle tirera de cette perquisi-
» tion d'incalculables bénéfices. »
Il y aura de grandes difficultés, sans doute ;
mais elles ne seront pas insurmontables.
Les tunnels du mont Cenis et du Saint-Gothard,
le canal de Suez et le canal de Panama, où
100 millions de mètres cubes de matériaux
vont être changés de place, nous sont de sûrs
garants que nous pourrions forer un puits
de 5 X 10 mètres et amener à la surface
seulement trois cents millions de mètres cu-
bes de débris pour arriver à une profondeur
de six millions de mètres.
De puissantes machines seraient établies
à la surface et, dans le parcours du puits, fe-
raient mouvoir des ascenseurs, des chaînes
sans fin, etc. Des tuyaux pneumatiques pour-
raient être installés dans le puits et amener
les débris à la surface, même des plus gran-
des profondeurs, avec Instantanéité. L'air et
la lumière s'expédieraient aisément.
Ni la poudre ni la dynamite ne seraient
employées, pour éviter les ébranlements dans
les machines ou dans les masses rocheuses.
Les tarières et scies en diamant, mues par
l'électricité, entailleraient la roche dure, qui
se détacherait par levier. La pression hydrau-
lique, l'air comprimé, la vapeur, la chaleur,
le froid, pourraient être autant d'agents de
désagrégation employés, et un travail conti-
nu empêcherait l'œuvre de s'éterniser. Même
en ne creusant que dix mètres par vingt-
quatre heures, ce qui est très faisable, il ne
faudrait que 1,600 ans pour atteindre le cen-
tre. Ce qui n'est pas un grand laps de temps
dans les fastes de l'humanité.
La science, d'ailleurs, ne doit pas travailler
seulement pour les générations présentes.
*
* *
Que la science doive profiter beau-
coup du forage de ce gigantesque puits
d'observation, je me garderai bien d'y
contredire. Ce serait là, sans doute, le
tombeau de nombre de fausses doctri-
nes géologiques ou autres qui arrêtent
l'essor intellectuel. J'estime même —
et je ne suis pas le seul — qu'il n'est
pas nécessaire d'aller jusqu'au centre de
la terre pour que le projet ait son inté-
rêt. Dès le commencement des travaux,
on recueillerait d'importants résultats
pour la science, l'industrie -et" les arts.
Descendrait-on seulement jusqu'au point
d'ébullition de l'eau — un cap difficile à
franchir ! — ce serait immense.
Mais. Il y a des mais, hélas ! Il y en
a toute une légion. Quand on pense que
le puits le plus profond atteint à peine
1,170 mètres et que les plus grands
abîmes de l'Océan ne dépassent pas
8,513 mètres, le puits de six mille kilo-
mètres dont parle avec tant de désin-
volture le docteur Martinez ne laisse
pas d'effaroucher quelque peu les plus
téméraires. Six mille kilomètres en ligne
verticale! Il semble que toutes les ri-
chesses et toutes les forces de l'huma-
nité n'y suffiraient pas !
Songez que les plus hautes monta-
gnes, qui sont des masses colossales à
côté d'un être humain, sont si peu de
chose en comparaison du diamètre de
la terre, qu'elles deviennent presque
inappréciables et que notre globe peut
être considéré comme une sphère lisse
sur laquelle les océans et les mers for-
ment à peine une pellicule infime ana-
logue à celle qu'on obtiendrait en
mouillant du doigt une bille de billard !
Mais avec les deux millions de francs
de dépenses annuelles que réclame M.
Martinez, on réussirait à peine à égrati-
gner la croûte terrestre, car un puits,
eût-il même huit à dix kilomètres de
profondeur — ce qui déjà serait beau
— ne devrait être considéré que comme
une insignifiante égratignure ! ! !
Puis, 1,600 ans, seize ZD siècles, c'est un
peu long. Je sais bien que cela ne
compte guère dans l'éternité; mais c'est
égal : c'est pour faire peur et pour dé-
courager les initiatives les plus har-
dies.
Peut-être M. Martinez trouvera-t-il en
AmériqUe, où l'on ne doute de rien,
l'appui nécessaire pour amorcer l'en-
treprise. Je crains fort que la France, à
laquelle il a eu la gracieuseté d'en of-
frir la primeur, « pour lui faire mériter
une fois de plus, le titre glorieux de
cerveau du monde », ne se décide pas
volontiers à attacher le grelot.
Si ce boyau géant se perce — et il se
percera tôt ou tard, sinon jusqu'au cen-
tre du globe, au moins jusqu'à de ver-
tigineuses profondeurs — la France se
consolera de n'avoir point eu l'honneur
de donner le premier coup de sonde.
w
+ <*
Il nous suffira que l'idée du voyage
au centre de la terre ait pour la pre-
mière fois germé dans le cerveau d'un
Français, auquel M. Martinez l'a sans
doute empruntée.
Quelle aubaine pour la science fran-
çaise ! Quel triomphe pour son pro-
phète Jules Verne !
Jules Verne faisant autorité en ma-
tière scientifique ! L'un de ses plus
étourdissants paradoxes servant de
point de départ et de signal à la plus
colossale entreprise qui ait jamais été
tentée ! La science et l'industrie s'inspi-
rant du roman ! Voilà, par exemple,
qui est un signe des temps !
Je sais des gens que cela agace. Moi
pas. Cela m'amuse, au contraire, et me
réjouit. Nous sommes dans le siècle du
toc : il est fatal que la science ait son
ruolz, dont la simili-lumière fascine la
foule.
Mais ne disons pas de mal de Jules
Verne. Il a rendu d'incomparables ser-
vices en fondant une littérature nou-
velle, amusante, mouvementée, faite
pour réveiller, le goût émoussé des
aventures. La légende y tient plus de
place que la science de bon aloi. D'ac-
cord! Mais, légendes pour légendes,
j'aime mieux les légendes dont la mo-
rale s'inspire de la science, même fre-
latée, que les contes à dormir debout
ou les bergerades affadissantes de Ber-
quin, de Georges Ohnet, où même —
pardonnez ce blasphème ! — de Mme
George Sand. D'ailleurs, les légendes
ont parfois du bon. N'étaient-ils pas
nourris de légendes héroïques, — assu-
rément inférieures aux fantaisies de
Jules Verne, — les grands aventuriers
d'antan, ceux qui, rêvant d'eldorados
inconnus et de prouesses surnaturelles,
colonisaient l'Amérique et les Indes et
portaient si - haut et si loin l'esprit mili-
tant de la race ?
Il ne me déplaît pas qu'un écrivain se
soit trouvé assez ingénieux pour créer
des légendes nouvelles, également che-
valeresques, avec un ragoût de positi-
visme expérimental et pour orienter les
jeunes imaginations vers les exploits
du héros moderne, de l'explorateur, de
l'ingénieur, du géographe, du savant.
Vraiment, Michel Strogoff, Michel Ar-
dan, Paganel, Hector Servadac, etc.,
méritaient au moins autant qu'Amadis
de Gaule, les quatre fils Aymon ou Fran-
çois le Champi, de devenir des « types »
populaires !
RAOUL LUCET.
LA REVOLUTION BULGARE
Une dépêche de M. StambonlofF au père
du prince Alexandre
Jugenheim, 27 août. — Le prince Alexandre
de Hesse a reçu de M. Stambouloff la dépê-
che suivante, datée de Tirnovo :
« Au nom de notre patrie nous prions Vo-
tre Altesse de télégraphier sans retard à no-
tre prince, votre fils bien-aimé, l'invitant à se
rendre dès aujourd'hui directement de Lem-
berg à Bucharest, où M. Natchewitsch, agent
diplomatique de la Bulgarie, lui donnera
toutes les explications désirables au sujet des
récents événements.
» La nation et d'armée bulgares attendent
avec impatience le retour du prince. »
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