Titre : Le Rappel / directeur gérant Albert Barbieux
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1918-08-03
Contributeur : Barbieux, Albert. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328479063
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 03 août 1918 03 août 1918
Description : 1918/08/03 (N17425). 1918/08/03 (N17425).
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k75509144
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-43
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 14/02/2013
15 THERMIDORS AN 126. = N°17-425 CÈ Numéro ? DIX CENTIMES SAML £ DÏ."3 AOUT MG. -=.N° 17.&5
AUGUSTE VACQUERIE
FClJdafer (1869)
TELEPHONE
Nord : 24-PO, 2:¡..
- iAijiirèS 10 h. du soie : GUTENBERG 00-70
Oür. LA PUBLICITE
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23, M de Strasbourg. - PARIS
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EDMOND DU MESNIL.
Directeur
,, , ABONNEMENTS
1 ; t'n an Six mois Trois mois
SEINE & S.-ET-OISE.. 18 » 9 n 5 *
FRANCE & COLONIES..; 20 » 11 a 6 S
ETRANGER [8-.-.-" 32 » 16 » .- 8 *
REDACTION1 ET ADMINISTRATION
FIS, Boulevard de Strasbourg. - PARTS.
TRIBUNE LIBRE
IL Y A QUATRE ANS,
EN AUTRICHE
L'assassinat de Jaurès, où
pouvais-je bien en avoir déjà
entendu parler ? Mais à Buchs,
le 1er août 1914, à peine après
avoir franchi heureusement la
frontière autrichienne. On dit
Que les morts vont vite, les événements
aussi. Cette nouvelle sensati,..ÍmeHe et.
bien d'autres encore nous attendaient
èn cours de route.
Il y a de cela quatre ans ! Voilà la
cinquième année de la guerre qui com-
mence, et de quelle guerre ! Involontai-
rement mon esprit fait ufi retour sur lui-
même et me ramène en arrière. Je con-
sulte quelques notes éparses et jaunies
par le temps. 4
Dans le train qui nous emmène loin de
Vienne et dans lequel nous avons trouvé
place grâce à l'obligeance d'un haut
fonctionnaire -- tout le monde ne nous
détestait pas en Autriche - mon jeune
confrère Dunant respire plus à l'aise.
A son contentement se mêlent une mi-
nute des regrets. Oh, regrets furtifs et
Combien vite réprimés l
Il y avait à Vienne une douceur de vi-
tre que prisait l'étranger nullement en-
nemi du farniente, et si ce n'avaient été
maints usages surannés, l'arbitraire des
lois. les questions de race et de religion,
le séjour dans cette grande .cité eût été
délicieux. Les jours, hiver, été, se res-
semblaient et se passaient au café, en
promenades et en musique. La grande
ville était reposante comme un coin de
province. Ses vieilles maisons qui ra-
contaient son histoire avaient trouvé
grâce devant la pioche des démolis-
seurs.
C'est tout cela que regrettait vague-
ment notre confrère.
«s
Les ambassadeurs étrangers les moins
disposés envers la Ballplatz, s'éton-
naient qu'un homme à la tête d'une for-
tune aussi considérable et du rang so-
cial de Berchtold, alliant aux rares
idons de l'esprit un profond sens artisti-
que, consentît plus longtemps à conser-
ver une charge qui n'était pour lui
qu'une cause de déboires et de soucis
ft qui l'exposait à recevoir tous les ca-
mouflets.
Cet homme, je le rencontrai, dans les
aerniers jours de juillet 1914, rega-
gnant à pied la Ballplatz, près de l'égli-
se des Minorités. Il avait bien changé.
toujours cravaté avec recherche et
illuite élégance impeccable, le cou pas-
sé dans le carcan d'un col démesuré-
ment haut, il avait l'air de quelqu'un
qui, se sentant moins observé, s'aban-
donne. C'était un Berchtold jauni, ter-
reux, mal en point, le Berchtold des
mauvais jours. Malgré ses efforts, ses
combinaisons politiques rencontraient
d'insurmontables difficultés et tout le
système était acculé finalement à une
impasse. -
,' Q
Les cafés jouaient un rôle actif 'dans
la vie de Vienne. Maints mouvements
d'opinion y ont pris naissance. Ils
avaient chacun leur physionomie diffé-
rente. Au Central, la politique, le Par-
lement, la Bourse et la presse voisinent.
Ce petit bossu, jamais seul, c'est Karl
Krauss, le pamphlétaire qui publiait la
Torche, dont la vente seule lui assurait
de beaux revenus. A une autre table,
solitaire et le regard perdu, dans un
complet clair à gros carreaux, le type
de l'ouvrier endimanché, Peter Alten-
berg qui cherchait à se distinguer en
littérature par son originalité et ses
mœurs étranges. Le monsieur qui lit le
Novoïé Vrémya, c'est le député russo-
phile de la Galicie, Markoff, poursuivi
depuis la guerre et condamné à mort.
Quelqu'un passe qui semble en pays de
connaissance, le baron d'Albon de Saint-
André, du Tagblatt, un des hommes
qui connaissent le mieux la famille im-
périale. Là-bas, en grande conversa-
tion, l'anglais Stanhope, l'envoyé spé-
cial de Bennett et du Herald auprès de
Guillaume II. Il faisait constamment la
navette entre Berlin, Vienne et Saint-
Pétersbourg, persona gratis sima auprès
de la grande-duchesse Vladimir. Stan-
hope avait épousé une horrible petite
Berlinoise. La guerre venue, il est entré
avec sir Roger et Stuart Chamberlain
au service de la propagande allemande.
Que d'autres figures on apercevait au
Café Central ! Harpner, avocat socia-
liste, qui en dernier lieu défendit le
meurtrier du comte Sturgkh. Le géologue
Suess, notre Albert Thomas national,
que les Viennois prenaient à son accent
pour un echtcr Charlottenburgcr (1),
:M Il iO uloff
Que de propos graves ou inconsidé-
rés ont aussi été échangés là, particu-
fièrtment dans le courant de ce mois de
juillet 1914, où il fit si chaud à Vienne
<&
On ne croyait pas plus alors aux vel-
léités de guerre de l'Autriche qu'on
(1) Tout c, qu'il y a de plus bourgeois de Cîiar-
lottanbourg. Uiarlûlleiifcoyrg, faubourg xie Ber-
lin.
LA RIPOSTE DE FOCH
Les Français entrent dans Soissons
-.-- -_.--- - 8-. -- -----
,. ,
L'ennemi bat en retraite au nord de - la Marne
où nous réalisons de très sensibles progrès.
----./ > .t.- <
L'ACTUALITÉ
i
Anniversaire
Voici cinq ans que la guer-
re traine sur la claie l'huma-
nité pantelante.
Cinq ans que le seul geste
d'un Maudit a suffi pour dé-
chaîner sur le monde la plus
exécrable calamité de l'His-
toire:
Contemplant son immense forfait,
l'empereur Guillaume a osé dire : « En
vérité, je n'avais pas voulu cela. »
Ce qu'il a voulu, c'est le meurtre sou-
dain des victimes. Ce qui l'a surpris,
c'est leur résistance. Résistance impré-
vue, résistance sublime, où la petite
Belgique se révéla digne de la plus gran-
de cause, et jeta la première à la cons-
cience universelle la clameur désespérée
du Droit égorgé.
Le fer dans la plaie, le sang dans la
gorge, les Nations martyres se sont re-
dressées.
> Leur lutte fut si tenace, leur appel à
la « justice immanente » si frénétique,
qu'elles ont remué l'Univers.
Non seulement il s'est retrouvé une
Europe pour s'insurger contre une
agression qu'elle eût la faiblesse de to-
lérer en 1870, mais de l'Occident à l'Ex-
trême-Orient les peuples se sont mis en
marche pour arracher aux serres de
l'aigle noir la liberté humaine et l'ave-
nir de la civilisation.
Il n'avait pas prévu davantage qu'il
existe des forces morales, impondéra-
bles, hors des usines de Krupp et des
bureaux du grand état-major allemand,
et qui finalement décideront de la Vic-
toire sur la Force brutale, honte attar-
dée du Passe.
Ce cinquième an de la guerre — qui
doit en être le dernier - commence
sous les signes heureux.
Notre esprit d'offensive rëveillê, nous
a rendu l'initiative.
Les inspirations de notre génie d'im-
provisation nous ont redressé, contre la
sûreté de leurs méthodes.
Le plus clair de nos succès est 'd'avdir
non seulement rejeté les Boches par-
dessus la Marne, mais d'avoir jeté le
doute dans l'âme allemande.
Que les Allemands le gèlent ou le con-
fessent, leur superbe se dégonfle. L'idée
de la défaite se glisse sournoisement
daiis leurs rangs.
Ce n'est pas la fin. Mais c'est le pres-
sentiment de la fin.
Et ces pressentiments-là secouent
les empires et ébranlent les trônes.
Cela, non plus, il ne 'l'a pas voulu.
EDMOND DU MESNIL.
————————— —————————
Leur prochaine offensive
• # • ■ 1 ■1
L'Agence Reuter apprend que, pour la
première fois depuis le 21 mars, les réser-
ves fraîches à la disposition des Alliés sont
considérablement plus nombreuses que les
réserves fraîches de l'ennemi bien que ce-
lui-ci conserve .encore une supériorité numé-
rique en substance sur tout le front.
Il y a.entreprendra au cours des quelques mois
qui vont suivre une offensive soit en Italie
soit dans les Balkans.
n'ajoute foi à présent à son désir de
paix. A quatre ans de distance, malgré
la guerre, la diplomatie se laisse encore
surprendre par ks événements. Si, en
juillet 1914, eile s'y était prise à temps
au lieu de se confiner dans une molle et
coupable quiétude, si elle n'avait pas
laissé le temps aux événements de se
dtssner, si ses moyens d'information
n'avaient pas fait défaut, si au lieu
d'abandonner Berchtold à lui-même et
à un entourage qu'inspirait le fatal
Tchirschsky, elle avait mieux connu
l'Autriche officielle, qui sait si ce qu'elle
tenta inutilement entre le 26 juillet et le
2 août, n'eut pas réussi quinze jours
plus tôt ! #
■-i
Comme ils ont été douloureux ces der-
niers jours de Vienne ! Un vent de folie
tournait les tètes, etque de scènes tristes
dont nous avons été le témoin. Les der-
niers et fugaces espoirs d'arrangement
dont on nous leurrait s'évanouissant.
Et Paris qui ne se rendait pas compte
de ce qui se passait, tout entier à l'af-
faire Caillaux, comme aujourd'hui,
presque date pour date, il se passionne
pour l'affaire Malvy.
Heureusement que si l'ennemi est en-
core à nos portes, la situation n'est plus
la même et l'avenir qui se lève rayon-
nant autorise tous les espoirs.
, LOUIS BRESSE.
Communiqués Français 1
14 HEURES.,
Au cours de la nuit, nos troupes ont réalisé de nouveaux progrès au nord de la
Marne.
23 HEURES.
Les attaques menées depuis deux jours par nos troupes et les unités alliées, sur, 1
le front au nord de la Marne, ont obtenu un plein succès.
Bousculés sur toute ra "ligne, les Allemands ont été contraints d'abandonner,
la position de résistance qu'ils avaient choisie entre Fère-en-Tardenois et Ville-en-
Tardenois, et de précipiter leur retraite. i 1
Sur notre gauche, nos troupes sont entrées dans Soissons. Plus au sud, elles ont
franohi la Crise sur tout son parcours. -
Au centre, progressant largement au nord de l'Ourcq, nous avons dépassé
Arcy-Sainte-Restitue et pénétré dans les bois de Dole. Plus à l'est, Coulonges, à
quatre kilomètres au nord du bois Meunière, est en notre possession.
Sur notre droite, Gousseaucourt, Villers-Agron et Ville-en-Tardenois sont a
nous. Sur cette partie du iront, nous avons porté nos lignes à cinq kilomètres en-
viron au nord de la route de Dormai» à Reims, sur la ligne générale Vézilly-Lhéry,,
Entre Ardre et Vesles, nous avons occupé Gueux et Thillois.
Les magnifiques - exploits
de nos poilus des chars d'assaut
— »
L'A. S. est une des armes où le courage
et l'initiative individuelle ont le plus fré-
quemment l'occasion de se manifester.
C'est dire que, bien que nc/U.vieUement créée
ses héros ne se comptent déjà plus et qiue
nombreux sont ses faits d'armes, dont cer-
tains ipeuvent être classés parmi les plus
teaii'x de J'armée française, cependant si
riche en actes de bruvoure et de témérité.
Dans une attaque particulièrement lon-
gue et acharnée, tous les chefs de ebars
sont plus ou moins grièvement blessés à
la figure par des éclats d'e balles traversant
les feules de visées : Pas un seul ne con-
sent à être évacué et tous poursuivent le
combat jusqu'au moment où ils ont atteint
leurs objectifs.
Le lieutenant Marchal a son char projeté
dans un cours d'eau, toutes les portes sont
îKAitUécs. Grièvement blessé et ayant la
moitié d'un pied arraché, il émerge par le
capot, conirne d'une tourelle d'un sous-ma-
rin et continue à tirer à !a carabine.
A CœuvreS; plusieurs chars légers sont
il soufflés » par les déflagrations d'obus de
gros .t;:llibrc. Le personnel sort des chars
et poursuit Ja lutte à pied.
le brigadier Sanglois a tin oeil enlevé
dans sa tourelle, de mitrailleur. Il refuse de
se faire évacuer et continue pendant tout
l'assaut à tirer en* visant avec l'autre œil.
De même, le brigadier Çhavarot a une épau-
le brisée ; il reste pour continuer à tirer de
l'autre bras, puis conduire son char d'une
moin.
Tant de sacrifices sont largement récom-
pensés lorsque, ainsi q;ue cela s'est produit
à Vertefeiuille, de nombreux Allemands me-
nacés dar.s une ferme par un igroupe de
chars, prennent la fuite dans une direc-
lion opposée et tombent sur un autre groupe
qui les mitraille jusqu'au dernier ; ou bien
encore lorsque tout un régiment allemand
se trouvant face à face avec une ligne 'de
chars d'assaut, tombe à genoux, les bras en
l'air, ou se fait écraser en essayant de ré-
sister. -
Un « as » : PIERRE CELLIER
Il capture plus de 700 hommes,
20 mitrailleuses et des canons.
Mais le plus beau des faits d'armes, celui
qui, croyons-nous, dépasse tous ceux que
l'on a pu citer, est celui du jeune briga-
dier Pierre Collier, qui vient d'obtenir la
croix de la Lésion, d'honneur, pour avoir,
dit sa citation; « réussi à capturer : 1 co-
lonel, 15 officiers, 700 soldats, 20 mitrail-
leuses et une section de 2 canons de 77
avec leurs caissons i) !.
Pierre Cellier a raconté bien simplement
son. histoire,. 11 combattait dans n char,
lorsque celui-ci ifut démoli par un obua. 11
sortit alors et, comme ont l'habitude de le
faire tous ses camarades^ il continua à tirer
avec sa carabine. Se trouvant à un moment
dans un ravin, il aperçut l'entrée d'une
grotte dans laquelle des Allemands venaient
de s'engouffrer. Il se précipita. Mais en
route, ayant rencontré une vingtaine d'Amé-
ricains, il les emmena avec lui -et se mit
il ICIllf tête ipour faire le siège de la grotte.
Chaque Allemand qui essayait do sortir élait
aussitôt abattu. Pondant près d'une heure,
Pierre Cellier et ses vaillants compagnons
tirent tête aux Allemands qui, finalement,
agitèrent au bout d'un fusil, un drapeau
blanc en siane de reddition. Pierre Cellier
pénétra alors dans; la grotte et cueillit
tout ce qui s'y trouvait.
Et voilà comment un petit soldat français
de l'A. S., aidé de quelques Américains,
dont il avait pris le commandement, revint
triomphalement dans ses lignes.
Autour de la Bataille
1 , -,",", -
Si l'on considère l'axe de marche de l'ar-
mée Mangin, qui est orienté sud-ouest-nord-
est, et celui de l'armée Berthelot qui est
orienté sud-est-nord-ouest, on voit que 1'':---'
deux axes prolongés aboutissent, tous d.?ux
à la Vesle entre Braisne et Fis'ines.
Il v a donc mouvement convergent de
nos deux ailes vers la même partie de la
rivière. On conçoit les conséquences que ce-
la pourrait avoir pour l'ennemi. Il est vrai-
semblable que le même effet produit, par
cette menace sera d'accélérer la retraite du
centre allemand.
MuiS: le fait d'ores et déjà acqîïïs est que
la décision de la phase présente de la ba-
taille commence à se dessiner. Les Alle-
mands. qui s'étaient arrêtés sur une ligne
de repli, où ils engageaient leurs gros et
même des réserves fraîches, commencent à
céder sous notre pression. Il n'c.st pas (tou-
teux que des événements plus importants
encore vont. bientôt se produire et il est
'probable que nous allons assister à un nou-
veau recul du front ennemi.
La forêt de Nesles
On sait que les Allemands massent des
troupes, en grand nombre, dans la forêt de
Nesles. Ils creusent aussi des tranchées au
milieu du bois et aux alentours, tendant
des fils de fe'r barbelés. Il est évident qu'ils
ont l'intention de faire, en ce 'point, 'une ré-
sistance vigoureuse. En fait, ils disputè-
rent tout le terrain cédé, et ont, sans doute,
le désir de rendre aussi coûteuse que pos-
sible l'avance des 'Toupes alliées. Cepen-
dant, les pertes allemandes sont, hors de
proportion avec les nôtres, et le moral de
l'ennemi s'affaiblit. ,
La prise de Cierges
Le correspondant du J'lem York Herald
aux armées américaines télégraphie en date
du lor août que c'est après un très dur com-
bat au sud-oues t de Cierges que ce village
a été pris. Les Allemands avaient fait des
barricades de sacs de sable qui entouraient
presque entièrement-Je village.
Quand les Américains se sont approchés,
prêts au corps à corps, ils ont trouvé le
village évacué, mais plein de gaz.
De la Marne à l'Aisne
L'Agence Reuter est informée que les AI-
lemands, au cours de leur retraite de la
Marne, n'ont pas perdu un grand nombre
de canons, mais qu'ils ont été obligés d'a-
bandonner de grandes quantités de matériel
et de mumtiqns,, -
Dans le matériel figure une grande quan-
tité de 'pièces de ponts qui étaient réunies
au nord de la Marne, indiquant ainsi que
l'ennemi avait l'intention d'effectuer le pas-
sage de la rivière en grande force et de
pousser son avance dans la direction de
Paris.
On a maintenant des indices que les Alle-
mands ont l'intention de maintenir ap-
proximativement leurs lignes actuelles =
mais il semble peu probable qu'ils songent
a les tenir d'une façon permanente.
On incline à croire que les Allemands se
retireront sur la ligné de la Vesle, et peut-
être au delà de l'Aisne.
Depuis t0 commencement de la bataille
du L.) juillet, les Allemands ont employé
71 divisions. Les divisions fraîches à la
disposition du prince Ruprecht se montent
seulement à 20.
Un ordre du jour
aux troupes britanniques
Le général Berthelot, commandant la 5e
armée, entre la Marne et Reims, a adressé
1 ordre du jour suivant aux troupes britan-
niques de ce secteur :
A peine déb:a.rqnÓ, tentant à honneur de parti-
ciper à h contre-offensive qui venait d'arrêter
la furieuse luéc Ce J'ennemi sur la Marne et
commençait il [e rc'i°lei' en désordre vers le
nord, précipitant ses mouvements, réduisant à
l'extrême la dm'ée de ses reconnaissances vo-
tre corps d'armée s'est jeté avec-ardeur dans la
mêlée Poussant sans répit ses efforts hrurcc-
lant talonnant l'ennemi, il a. pendant dix iou-s
eucçç^.fs, Ws combat, fait sienne cette vallée
de 1 Ardre largement arrosée de son san"
(jrâce au courage héroïque et à la ténacité
proverbiale des ms de la les
oîtorLs cün:nus et répétés de ce brave corps
Tie n'ont pas çté vains. 21 officiers, plus de
1 l.,^ioOn0 sloln datis Ilrisonn, 110 mill'ni,l.lùuses, 40
canons enlevés a l'ennemi, dont quatre divisions
ont ..io :surrossi\Tmont luaiinçnéçs et refoulées ;
1 haute vallée de 1 Ardre reconquise avec les
Ki'dteur.s qui Ja dominent au llqrd et nu sud :
!ül (-t l, biJnn de JJl participation britannique
a 1 l'eifrfr ort , de-la u" armée.
Ecossais rie la montagne sous le commande-
ment du général Campbell, enfants du Ycr>-
shire sous le commandement du génial Braiti-
wite. cavaliers australiens et néo-zôkindacs vo JS
ions, officiers et soldats de ce corps d'armée si
brillamment commandé par le général sir A.
oodlev, vous venez d'ajouter une page glorieuse
a votre histoire. Marfaux, Ciiaumusy, montagne
de Bligny, ces noms prestigieux pourront Ôtt.,
,jnserHs en lettres d'or dans les annales de vos
régiments. Vos amis français* se souviendront
avec émotion de votre brillante bravoure et de
votre parfaite camaraderie de combat.
LA SITUATION
Situation paradoxale
Le propre des relations amicales, cordia-
les ou simplement courtoises établies entre
les. peuples, c'est évidemment la faculté de
converser à tout instant par la voie diplo-
matique. Le premier acte qui caractérise
une tension entre deux Etals, c'est la réser.
ve rendue apparente dans laquelle se can.
tonnent les ambassadeurs, les ministres et
le personnel des ambassades, des légations
et des consulats. Quand les rapports se font
inamicaux, les diplomates sont rappelés
par leur gouvernement ou se retirent d'eux-
mêmes si leur situation devient périlleuse.
En ce cas, c'est presque inévitablement la
guerre.
Où en sommes-nous, à ces divers points
ae vue, avec la République des Soviets ?
Les gouvernements de l'Entente, excep-
tion faite pour les Etats-Unis. ont tenu à ré-
server entièrement leur attitude vis-à-vis.
du gouvernement de MM. Lénine et Trot-
sky jusqu'au moment où la nation russe au-
rait eu elle-même la possibilité de se pro-
noncer sur une forme de gouvernement à
sa convenance et sur les hommes investis
de sa confiance pour représenter à l'inté-
rieur et à l'extérieur la Constitution russe.
Donner une Constitution à la Russie, c'est
ce qui préoccupe le moins MM. Lénine,
Trotsky et leurs bons amis de Berlin, aux-
quels le désordre actuel, malgré la double
exécution de Mirbach et d'Eichhorn - se-
ra-ce les dernières ? - est essentielle-
ment profitable.
Ouvertement menacés, les ambassadeurs
d'Angleterre, des Etats-Unis et de France
ont quitté le territoire russe.
Un geste insolent du dey d'Alger détermi-
na, iadis, le roi Louis-Philippe à donner au
potentat africain une leçon définitive. Ceci
n'implique pas, pour les. trois nations enten-
tistes, la nécessité de déclarer la guerre à la
République des Soviets, mais il est certain
qu un compte à régler s'établit entre elles
et les fauteurs de désordres qui asservis-
sent leur patrie au ioug allemand. Les sen-
timents démocratiques de MM. Lénine et
Trotsky, nominalement chefs de l'anarchie
russe, se jugent dans tes actes plus que
dans les mots : les représentants des trois
plus grandes démocraties du monde ne peu-
vent plus trouver en Russie une pierre où
poser la tête.
Quelles seront les conséquences de celle
situation paradoxale en vertu de laquelle
nos diplomates ont dû fuir le contact du
peuple auprès duquel ils étaient accrédités,
peuple qui fut notre allié hiet et contre le-
quel nous ne nourrissons, malqré tout, au-
cune intention hostile ?
J'espère que cette fois la question orien-
tale se simplifie et je crois que l'Entente
sama prendre une attitude, la seule qui con-
vienne : c'est le contrepied de la politique
allemande en Russie.
Camille DEVILAR.
—————————-—
Les raids britanniques
sur les villes allemandes
-+.-
Londres, 2 août. - Dans la matinée du
1er août. une de nos escadrilles est allée
bombarder Cologne. Mais, trouvant cette
ville cachée par les nuages, l'escadrille re-
vint en arrière et jeta ses bombes sur les
usines de Duren, où un incendie éclata
Tous nos appareils sont, rentrés.
Une seconde formation a attaqué les ate-
hers du chemin de fer de Trêves. Elle a été
violemment assaillie par un grand nombre
d'appareils ennemis dont trois ont été dé:
truits.
Un de nos appareils manque.:
VOIR EN DEUXIEME PAGE
LES INTERPELLATIONS
SUR LA MARINE MARCHANDE
POLITIQUE ÉTRANGÈRE
POURQUOI L' UKRAINE
HAIT L'ALLEMAGNE
La presse austro-allemande, à bout dur*
guments, aurait trouvé tout simplement ce«
ci : S'il n'a pas été tramé à Paris, l'attentat
de la Iekateringskaya-Ulice à Kief, y a du
moins été connu à l'avance, à preuve l'in-
formation suivante publiée par un grand
journal du matin le 20 juillet : « Les têtes
de Mumm et de von Eichhorn sont mises à,
prix par l'alliance secrète des patriotes
ukrainiens ». Les journaux de Berlin et de
Vienne accusaient déjà l'Entente de la res-
ponsabilité du meurtre de Mirbach à Mos-
cou. Il n'y a rien de changé.
En vérité, les Allemands ne veulent pas
reconnaître qu'ils sont détestés aussi
bien en Ukraine qu'en Russie et que les ac-
tes de terrorisme sont une réponse à leurs;
exactions.
L'hetman Skoropadsky, qui était d'ail-
leurs le beau-frère de Eichhorn et qui ne
tient son pouvoir que des baïonnettes alle-
mandes sur lesquelles il s'appuie, vient da
lancer une proclamation conforme à la. thè-t
se allemande. « Eichhorn n'a pas été frap-
pé par une main ukrainienne, mais par un
étranger, un ennemi de l'Ukraine et de ses
alliés J),
Comme si Doirzoff, Je meurtrier arrêté a
Kief, ou Blumkine, ,celui sur lequel on n'a
pas réussi à mettre la main à Moscou, nés
tous deux en Russie, n'étaient pas des Rus-
-
L'Entente Et bon dos. On parait oublier
que ce n'est pas impunément que les soldats
allemands sont venus enlever son blé au
paysan, renverser le gouvernement de la
Rada qui avait au moins quelque racine
dans le peuple et astreindre les populations
aux travaux forcés.
Tout le monde n'est pas de cet avis-là cri
Allemagne. Une feuille socialiste, La Voix
du peuple de Chemnitz, écrit avec fran-
chise : <( Regardons les choses en face. Pour-
quoi le régime militaire allemand est-il si
détesté en Ukraine et comment les haines
sont-elles parvenues dans ce pays à ce point
d'âpreté que les Allemands qui y exercent
le commandement, ne sont plus sûrs de
leur vie ? »
La lumière commence à se faire en Alle-
magne, mais il n'est pire sourd que celui
qui ne veut pas entendre. L. B.
LA CLASSE 20
Une déclaration de M. Clemenceau
Le projet de loi sur le recensement de la;
classe 20 a été adopté à l'unanimité par le
Sénat. Prenant la parole au cours de la
discussion le président du Conseil a fait lai
déclaration suivante :
« Cette discussion est poun moi particuliè-
rement émouvante à raison des paroles qui
m'ont été adressées. Vous avez raison de
compter sur notre sentiment du devoir.
Nous a*wns fait des sacrifices cncrmcs -
nous ferons tous ceux nécessaires à la vic-
toire de notre pays et des grandes idées
qu'il représente Nous ne ferons que les
efforts nécessaires.
« J'ai cherché à tirer le meilleur parti des
forces à notre disposition. Que puis-je faire
quand les généraux Foéh et Pétain me de-
mandent de recenser la classe pour le cas
où les circonstances rendraient l'appel né-
cessaire ? J'ai pensé qu'il fallait mettre la
représentation nationale eli présence de son
devoir. La Chambre l'a fait, le Sénat était
<1,clà résolu auparavant à faire lo sien.
« Le pays attend beaucoup de son Parle-
ment. Sauvons la France, d'abord !
« H n'y a plus aujourd'hui qu'un parti,
celui de la France ! C'est celui que nous
vouions tous servir. »
» i» i.
Guerre de partisans en Pologne
--+8-
Le « Berliner Tageblalt » apprend de
Varsovie que des bandes se forment de
toutes part en Pologne. Ijqjà le gouverneur
général de Varsovie a pris dss mssunes
spécia'es. Le gouverneur die Lubiin leS
imite aujourd'hui.
Dans les territoires d'occupation autri-
chienne, on n" obtuse des gendarmes , on
fait venir d'Autriche des gendarmes sup- *
plémentaires.
On signale qu'à Lodz tin policier à été tué
à coups de vevolver au moment où il fai-
sait irruption dans wn^cave où l'on im-
primait des tracls interdits.
II. Malvy devant la Haute - Cour
Les raisons des poursuites contre l'ancien ministre
exposées par le procureur général
L'audience est ouverte à 2 h'. 10. Tous les
sénateurs sont présents. La parole est don-
née à M. Mérilton (pour prononcer son ré-
quisitoire.
LE RÉQUISITOIRE
(f Le rôle que je remplis aujourd'hui, dit
tout d'abord le procureur général, n'est pas
le rôle habituel du ministère public. Il est
plus difficile et plus haut. Sur l'accusation
vague et imprécise de la Giambre des dépu-
tés, j'avais à choisir les chefs de l'accusa-
tion et à suivre l'instruction. C'est en toute
sincérité que je vous apporte ici mon pi-
nion.
» L'affaire se présente incontestablement
avec des côtés politiques, mais il ne faut
pas pour cela la tfaire diâvier de son but.
Elfè est politiqiue en ce sens qu'intervien-
nent des actes politiques de l'accusé, mats
die cesserait d'être judiciaire si j'avais à ju-
ger des fails politiques qui me dépassent
et sur lesquels je n'ai pas à me pronon-
cer. »
Après cet exorde, M. Mérillon passe aux
origines de l'affaire. Il les fait remonter non
A la lettre d'accusation de M. Daudet, mais
iL l'inlerpellation Clemenceau.
M. Malvy, dit-il, n'est pas accusé de tra-
hison. Il ne s'agit plus des trois faits déter-
minés par M. Daudet dont, après instruc-
tion, il ne reste plus rien. Ce qui reste.
c'est la résolution de la Chambre qui a tra-
duit devant la Haute-Cour M. Malvy, accusé,
d'avoir, de 1914 à 1917, dans l'exercice da"
ses fonctions, renseigné l'ennemi sur tous
nos projets militaires et diplomatiques ;
d'avoir dans les mêmes circonstances de
temps et de lieu favorisé l'ennemi en provo-
quant ou excitant des mutineries militai-
res. C'est la complicité prévue -par l'article
60 dir Code pénal, au sujet de laquelle le
procureur général reprend les arguments
juridiques qu'il a développés dans' ses pre*
mières réquisitions.
Il y a eu crime
Il va maintenant répondre à l'objection dé
la défense : sans crinie il n'y a pas de com-
plicité, en établissant que le crime contre.
la sécurité du pays existe réellement. il
ressort des intelligences avec l'ennemi pra-
tiquées notamment par les hommes du
Bonnet Rouge et de toute cette propagande
pacifiste ot défaitiste qui eut sa répercus-
sion au front.
« On ne conteste pas, dit M. Mérillon,
l'existence du crime, mais comprenant le
danger que représente la manifestation de
-:ée crime que le ministre n'a pu ignorer, on
a voulu, en contester les conséquences. Or,
ces conséquences ne sont pas discutables
ce sont los mutineries.
« J'entends bien ce qu'on va prétendre :
que là n'est pas la cause des mutineries, car
elles sont d'ordre militaire ; elles ont été
AUGUSTE VACQUERIE
FClJdafer (1869)
TELEPHONE
Nord : 24-PO, 2:¡..
- iAijiirèS 10 h. du soie : GUTENBERG 00-70
Oür. LA PUBLICITE
S'adresser au RAPPEL-PUBLICITE
23, M de Strasbourg. - PARIS
Ias manuscrits non insérés ne sont pas rendus
'-' ~.inB~.
EDMOND DU MESNIL.
Directeur
,, , ABONNEMENTS
1 ; t'n an Six mois Trois mois
SEINE & S.-ET-OISE.. 18 » 9 n 5 *
FRANCE & COLONIES..; 20 » 11 a 6 S
ETRANGER [8-.-.-" 32 » 16 » .- 8 *
REDACTION1 ET ADMINISTRATION
FIS, Boulevard de Strasbourg. - PARTS.
TRIBUNE LIBRE
IL Y A QUATRE ANS,
EN AUTRICHE
L'assassinat de Jaurès, où
pouvais-je bien en avoir déjà
entendu parler ? Mais à Buchs,
le 1er août 1914, à peine après
avoir franchi heureusement la
frontière autrichienne. On dit
Que les morts vont vite, les événements
aussi. Cette nouvelle sensati,..ÍmeHe et.
bien d'autres encore nous attendaient
èn cours de route.
Il y a de cela quatre ans ! Voilà la
cinquième année de la guerre qui com-
mence, et de quelle guerre ! Involontai-
rement mon esprit fait ufi retour sur lui-
même et me ramène en arrière. Je con-
sulte quelques notes éparses et jaunies
par le temps. 4
Dans le train qui nous emmène loin de
Vienne et dans lequel nous avons trouvé
place grâce à l'obligeance d'un haut
fonctionnaire -- tout le monde ne nous
détestait pas en Autriche - mon jeune
confrère Dunant respire plus à l'aise.
A son contentement se mêlent une mi-
nute des regrets. Oh, regrets furtifs et
Combien vite réprimés l
Il y avait à Vienne une douceur de vi-
tre que prisait l'étranger nullement en-
nemi du farniente, et si ce n'avaient été
maints usages surannés, l'arbitraire des
lois. les questions de race et de religion,
le séjour dans cette grande .cité eût été
délicieux. Les jours, hiver, été, se res-
semblaient et se passaient au café, en
promenades et en musique. La grande
ville était reposante comme un coin de
province. Ses vieilles maisons qui ra-
contaient son histoire avaient trouvé
grâce devant la pioche des démolis-
seurs.
C'est tout cela que regrettait vague-
ment notre confrère.
«s
Les ambassadeurs étrangers les moins
disposés envers la Ballplatz, s'éton-
naient qu'un homme à la tête d'une for-
tune aussi considérable et du rang so-
cial de Berchtold, alliant aux rares
idons de l'esprit un profond sens artisti-
que, consentît plus longtemps à conser-
ver une charge qui n'était pour lui
qu'une cause de déboires et de soucis
ft qui l'exposait à recevoir tous les ca-
mouflets.
Cet homme, je le rencontrai, dans les
aerniers jours de juillet 1914, rega-
gnant à pied la Ballplatz, près de l'égli-
se des Minorités. Il avait bien changé.
toujours cravaté avec recherche et
illuite élégance impeccable, le cou pas-
sé dans le carcan d'un col démesuré-
ment haut, il avait l'air de quelqu'un
qui, se sentant moins observé, s'aban-
donne. C'était un Berchtold jauni, ter-
reux, mal en point, le Berchtold des
mauvais jours. Malgré ses efforts, ses
combinaisons politiques rencontraient
d'insurmontables difficultés et tout le
système était acculé finalement à une
impasse. -
,' Q
Les cafés jouaient un rôle actif 'dans
la vie de Vienne. Maints mouvements
d'opinion y ont pris naissance. Ils
avaient chacun leur physionomie diffé-
rente. Au Central, la politique, le Par-
lement, la Bourse et la presse voisinent.
Ce petit bossu, jamais seul, c'est Karl
Krauss, le pamphlétaire qui publiait la
Torche, dont la vente seule lui assurait
de beaux revenus. A une autre table,
solitaire et le regard perdu, dans un
complet clair à gros carreaux, le type
de l'ouvrier endimanché, Peter Alten-
berg qui cherchait à se distinguer en
littérature par son originalité et ses
mœurs étranges. Le monsieur qui lit le
Novoïé Vrémya, c'est le député russo-
phile de la Galicie, Markoff, poursuivi
depuis la guerre et condamné à mort.
Quelqu'un passe qui semble en pays de
connaissance, le baron d'Albon de Saint-
André, du Tagblatt, un des hommes
qui connaissent le mieux la famille im-
périale. Là-bas, en grande conversa-
tion, l'anglais Stanhope, l'envoyé spé-
cial de Bennett et du Herald auprès de
Guillaume II. Il faisait constamment la
navette entre Berlin, Vienne et Saint-
Pétersbourg, persona gratis sima auprès
de la grande-duchesse Vladimir. Stan-
hope avait épousé une horrible petite
Berlinoise. La guerre venue, il est entré
avec sir Roger et Stuart Chamberlain
au service de la propagande allemande.
Que d'autres figures on apercevait au
Café Central ! Harpner, avocat socia-
liste, qui en dernier lieu défendit le
meurtrier du comte Sturgkh. Le géologue
Suess, notre Albert Thomas national,
que les Viennois prenaient à son accent
pour un echtcr Charlottenburgcr (1),
:M Il iO uloff
Que de propos graves ou inconsidé-
rés ont aussi été échangés là, particu-
fièrtment dans le courant de ce mois de
juillet 1914, où il fit si chaud à Vienne
<&
On ne croyait pas plus alors aux vel-
léités de guerre de l'Autriche qu'on
(1) Tout c, qu'il y a de plus bourgeois de Cîiar-
lottanbourg. Uiarlûlleiifcoyrg, faubourg xie Ber-
lin.
LA RIPOSTE DE FOCH
Les Français entrent dans Soissons
-.-- -_.--- - 8-. -- -----
,. ,
L'ennemi bat en retraite au nord de - la Marne
où nous réalisons de très sensibles progrès.
----./ > .t.- <
L'ACTUALITÉ
i
Anniversaire
Voici cinq ans que la guer-
re traine sur la claie l'huma-
nité pantelante.
Cinq ans que le seul geste
d'un Maudit a suffi pour dé-
chaîner sur le monde la plus
exécrable calamité de l'His-
toire:
Contemplant son immense forfait,
l'empereur Guillaume a osé dire : « En
vérité, je n'avais pas voulu cela. »
Ce qu'il a voulu, c'est le meurtre sou-
dain des victimes. Ce qui l'a surpris,
c'est leur résistance. Résistance impré-
vue, résistance sublime, où la petite
Belgique se révéla digne de la plus gran-
de cause, et jeta la première à la cons-
cience universelle la clameur désespérée
du Droit égorgé.
Le fer dans la plaie, le sang dans la
gorge, les Nations martyres se sont re-
dressées.
> Leur lutte fut si tenace, leur appel à
la « justice immanente » si frénétique,
qu'elles ont remué l'Univers.
Non seulement il s'est retrouvé une
Europe pour s'insurger contre une
agression qu'elle eût la faiblesse de to-
lérer en 1870, mais de l'Occident à l'Ex-
trême-Orient les peuples se sont mis en
marche pour arracher aux serres de
l'aigle noir la liberté humaine et l'ave-
nir de la civilisation.
Il n'avait pas prévu davantage qu'il
existe des forces morales, impondéra-
bles, hors des usines de Krupp et des
bureaux du grand état-major allemand,
et qui finalement décideront de la Vic-
toire sur la Force brutale, honte attar-
dée du Passe.
Ce cinquième an de la guerre — qui
doit en être le dernier - commence
sous les signes heureux.
Notre esprit d'offensive rëveillê, nous
a rendu l'initiative.
Les inspirations de notre génie d'im-
provisation nous ont redressé, contre la
sûreté de leurs méthodes.
Le plus clair de nos succès est 'd'avdir
non seulement rejeté les Boches par-
dessus la Marne, mais d'avoir jeté le
doute dans l'âme allemande.
Que les Allemands le gèlent ou le con-
fessent, leur superbe se dégonfle. L'idée
de la défaite se glisse sournoisement
daiis leurs rangs.
Ce n'est pas la fin. Mais c'est le pres-
sentiment de la fin.
Et ces pressentiments-là secouent
les empires et ébranlent les trônes.
Cela, non plus, il ne 'l'a pas voulu.
EDMOND DU MESNIL.
————————— —————————
Leur prochaine offensive
• # • ■ 1 ■1
L'Agence Reuter apprend que, pour la
première fois depuis le 21 mars, les réser-
ves fraîches à la disposition des Alliés sont
considérablement plus nombreuses que les
réserves fraîches de l'ennemi bien que ce-
lui-ci conserve .encore une supériorité numé-
rique en substance sur tout le front.
Il y a
qui vont suivre une offensive soit en Italie
soit dans les Balkans.
n'ajoute foi à présent à son désir de
paix. A quatre ans de distance, malgré
la guerre, la diplomatie se laisse encore
surprendre par ks événements. Si, en
juillet 1914, eile s'y était prise à temps
au lieu de se confiner dans une molle et
coupable quiétude, si elle n'avait pas
laissé le temps aux événements de se
dtssner, si ses moyens d'information
n'avaient pas fait défaut, si au lieu
d'abandonner Berchtold à lui-même et
à un entourage qu'inspirait le fatal
Tchirschsky, elle avait mieux connu
l'Autriche officielle, qui sait si ce qu'elle
tenta inutilement entre le 26 juillet et le
2 août, n'eut pas réussi quinze jours
plus tôt ! #
■-i
Comme ils ont été douloureux ces der-
niers jours de Vienne ! Un vent de folie
tournait les tètes, etque de scènes tristes
dont nous avons été le témoin. Les der-
niers et fugaces espoirs d'arrangement
dont on nous leurrait s'évanouissant.
Et Paris qui ne se rendait pas compte
de ce qui se passait, tout entier à l'af-
faire Caillaux, comme aujourd'hui,
presque date pour date, il se passionne
pour l'affaire Malvy.
Heureusement que si l'ennemi est en-
core à nos portes, la situation n'est plus
la même et l'avenir qui se lève rayon-
nant autorise tous les espoirs.
, LOUIS BRESSE.
Communiqués Français 1
14 HEURES.,
Au cours de la nuit, nos troupes ont réalisé de nouveaux progrès au nord de la
Marne.
23 HEURES.
Les attaques menées depuis deux jours par nos troupes et les unités alliées, sur, 1
le front au nord de la Marne, ont obtenu un plein succès.
Bousculés sur toute ra "ligne, les Allemands ont été contraints d'abandonner,
la position de résistance qu'ils avaient choisie entre Fère-en-Tardenois et Ville-en-
Tardenois, et de précipiter leur retraite. i 1
Sur notre gauche, nos troupes sont entrées dans Soissons. Plus au sud, elles ont
franohi la Crise sur tout son parcours. -
Au centre, progressant largement au nord de l'Ourcq, nous avons dépassé
Arcy-Sainte-Restitue et pénétré dans les bois de Dole. Plus à l'est, Coulonges, à
quatre kilomètres au nord du bois Meunière, est en notre possession.
Sur notre droite, Gousseaucourt, Villers-Agron et Ville-en-Tardenois sont a
nous. Sur cette partie du iront, nous avons porté nos lignes à cinq kilomètres en-
viron au nord de la route de Dormai» à Reims, sur la ligne générale Vézilly-Lhéry,,
Entre Ardre et Vesles, nous avons occupé Gueux et Thillois.
Les magnifiques - exploits
de nos poilus des chars d'assaut
— »
L'A. S. est une des armes où le courage
et l'initiative individuelle ont le plus fré-
quemment l'occasion de se manifester.
C'est dire que, bien que nc/U.vieUement créée
ses héros ne se comptent déjà plus et qiue
nombreux sont ses faits d'armes, dont cer-
tains ipeuvent être classés parmi les plus
teaii'x de J'armée française, cependant si
riche en actes de bruvoure et de témérité.
Dans une attaque particulièrement lon-
gue et acharnée, tous les chefs de ebars
sont plus ou moins grièvement blessés à
la figure par des éclats d'e balles traversant
les feules de visées : Pas un seul ne con-
sent à être évacué et tous poursuivent le
combat jusqu'au moment où ils ont atteint
leurs objectifs.
Le lieutenant Marchal a son char projeté
dans un cours d'eau, toutes les portes sont
îKAitUécs. Grièvement blessé et ayant la
moitié d'un pied arraché, il émerge par le
capot, conirne d'une tourelle d'un sous-ma-
rin et continue à tirer à !a carabine.
A CœuvreS; plusieurs chars légers sont
il soufflés » par les déflagrations d'obus de
gros .t;:llibrc. Le personnel sort des chars
et poursuit Ja lutte à pied.
le brigadier Sanglois a tin oeil enlevé
dans sa tourelle, de mitrailleur. Il refuse de
se faire évacuer et continue pendant tout
l'assaut à tirer en* visant avec l'autre œil.
De même, le brigadier Çhavarot a une épau-
le brisée ; il reste pour continuer à tirer de
l'autre bras, puis conduire son char d'une
moin.
Tant de sacrifices sont largement récom-
pensés lorsque, ainsi q;ue cela s'est produit
à Vertefeiuille, de nombreux Allemands me-
nacés dar.s une ferme par un igroupe de
chars, prennent la fuite dans une direc-
lion opposée et tombent sur un autre groupe
qui les mitraille jusqu'au dernier ; ou bien
encore lorsque tout un régiment allemand
se trouvant face à face avec une ligne 'de
chars d'assaut, tombe à genoux, les bras en
l'air, ou se fait écraser en essayant de ré-
sister. -
Un « as » : PIERRE CELLIER
Il capture plus de 700 hommes,
20 mitrailleuses et des canons.
Mais le plus beau des faits d'armes, celui
qui, croyons-nous, dépasse tous ceux que
l'on a pu citer, est celui du jeune briga-
dier Pierre Collier, qui vient d'obtenir la
croix de la Lésion, d'honneur, pour avoir,
dit sa citation; « réussi à capturer : 1 co-
lonel, 15 officiers, 700 soldats, 20 mitrail-
leuses et une section de 2 canons de 77
avec leurs caissons i) !.
Pierre Cellier a raconté bien simplement
son. histoire,. 11 combattait dans n char,
lorsque celui-ci ifut démoli par un obua. 11
sortit alors et, comme ont l'habitude de le
faire tous ses camarades^ il continua à tirer
avec sa carabine. Se trouvant à un moment
dans un ravin, il aperçut l'entrée d'une
grotte dans laquelle des Allemands venaient
de s'engouffrer. Il se précipita. Mais en
route, ayant rencontré une vingtaine d'Amé-
ricains, il les emmena avec lui -et se mit
il ICIllf tête ipour faire le siège de la grotte.
Chaque Allemand qui essayait do sortir élait
aussitôt abattu. Pondant près d'une heure,
Pierre Cellier et ses vaillants compagnons
tirent tête aux Allemands qui, finalement,
agitèrent au bout d'un fusil, un drapeau
blanc en siane de reddition. Pierre Cellier
pénétra alors dans; la grotte et cueillit
tout ce qui s'y trouvait.
Et voilà comment un petit soldat français
de l'A. S., aidé de quelques Américains,
dont il avait pris le commandement, revint
triomphalement dans ses lignes.
Autour de la Bataille
1 , -,",", -
Si l'on considère l'axe de marche de l'ar-
mée Mangin, qui est orienté sud-ouest-nord-
est, et celui de l'armée Berthelot qui est
orienté sud-est-nord-ouest, on voit que 1'':---'
deux axes prolongés aboutissent, tous d.?ux
à la Vesle entre Braisne et Fis'ines.
Il v a donc mouvement convergent de
nos deux ailes vers la même partie de la
rivière. On conçoit les conséquences que ce-
la pourrait avoir pour l'ennemi. Il est vrai-
semblable que le même effet produit, par
cette menace sera d'accélérer la retraite du
centre allemand.
MuiS: le fait d'ores et déjà acqîïïs est que
la décision de la phase présente de la ba-
taille commence à se dessiner. Les Alle-
mands. qui s'étaient arrêtés sur une ligne
de repli, où ils engageaient leurs gros et
même des réserves fraîches, commencent à
céder sous notre pression. Il n'c.st pas (tou-
teux que des événements plus importants
encore vont. bientôt se produire et il est
'probable que nous allons assister à un nou-
veau recul du front ennemi.
La forêt de Nesles
On sait que les Allemands massent des
troupes, en grand nombre, dans la forêt de
Nesles. Ils creusent aussi des tranchées au
milieu du bois et aux alentours, tendant
des fils de fe'r barbelés. Il est évident qu'ils
ont l'intention de faire, en ce 'point, 'une ré-
sistance vigoureuse. En fait, ils disputè-
rent tout le terrain cédé, et ont, sans doute,
le désir de rendre aussi coûteuse que pos-
sible l'avance des 'Toupes alliées. Cepen-
dant, les pertes allemandes sont, hors de
proportion avec les nôtres, et le moral de
l'ennemi s'affaiblit. ,
La prise de Cierges
Le correspondant du J'lem York Herald
aux armées américaines télégraphie en date
du lor août que c'est après un très dur com-
bat au sud-oues t de Cierges que ce village
a été pris. Les Allemands avaient fait des
barricades de sacs de sable qui entouraient
presque entièrement-Je village.
Quand les Américains se sont approchés,
prêts au corps à corps, ils ont trouvé le
village évacué, mais plein de gaz.
De la Marne à l'Aisne
L'Agence Reuter est informée que les AI-
lemands, au cours de leur retraite de la
Marne, n'ont pas perdu un grand nombre
de canons, mais qu'ils ont été obligés d'a-
bandonner de grandes quantités de matériel
et de mumtiqns,, -
Dans le matériel figure une grande quan-
tité de 'pièces de ponts qui étaient réunies
au nord de la Marne, indiquant ainsi que
l'ennemi avait l'intention d'effectuer le pas-
sage de la rivière en grande force et de
pousser son avance dans la direction de
Paris.
On a maintenant des indices que les Alle-
mands ont l'intention de maintenir ap-
proximativement leurs lignes actuelles =
mais il semble peu probable qu'ils songent
a les tenir d'une façon permanente.
On incline à croire que les Allemands se
retireront sur la ligné de la Vesle, et peut-
être au delà de l'Aisne.
Depuis t0 commencement de la bataille
du L.) juillet, les Allemands ont employé
71 divisions. Les divisions fraîches à la
disposition du prince Ruprecht se montent
seulement à 20.
Un ordre du jour
aux troupes britanniques
Le général Berthelot, commandant la 5e
armée, entre la Marne et Reims, a adressé
1 ordre du jour suivant aux troupes britan-
niques de ce secteur :
A peine déb:a.rqnÓ, tentant à honneur de parti-
ciper à h contre-offensive qui venait d'arrêter
la furieuse luéc Ce J'ennemi sur la Marne et
commençait il [e rc'i°lei' en désordre vers le
nord, précipitant ses mouvements, réduisant à
l'extrême la dm'ée de ses reconnaissances vo-
tre corps d'armée s'est jeté avec-ardeur dans la
mêlée Poussant sans répit ses efforts hrurcc-
lant talonnant l'ennemi, il a. pendant dix iou-s
eucçç^.fs, Ws combat, fait sienne cette vallée
de 1 Ardre largement arrosée de son san"
(jrâce au courage héroïque et à la ténacité
proverbiale des ms de la les
oîtorLs cün:nus et répétés de ce brave corps
Tie n'ont pas çté vains. 21 officiers, plus de
1 l.,^ioOn0 sloln datis Ilrisonn, 110 mill'ni,l.lùuses, 40
canons enlevés a l'ennemi, dont quatre divisions
ont ..io :surrossi\Tmont luaiinçnéçs et refoulées ;
1 haute vallée de 1 Ardre reconquise avec les
Ki'dteur.s qui Ja dominent au llqrd et nu sud :
!ül (-t l, biJnn de JJl participation britannique
a 1 l'eifrfr ort , de-la u" armée.
Ecossais rie la montagne sous le commande-
ment du général Campbell, enfants du Ycr>-
shire sous le commandement du génial Braiti-
wite. cavaliers australiens et néo-zôkindacs vo JS
ions, officiers et soldats de ce corps d'armée si
brillamment commandé par le général sir A.
oodlev, vous venez d'ajouter une page glorieuse
a votre histoire. Marfaux, Ciiaumusy, montagne
de Bligny, ces noms prestigieux pourront Ôtt.,
,jnserHs en lettres d'or dans les annales de vos
régiments. Vos amis français* se souviendront
avec émotion de votre brillante bravoure et de
votre parfaite camaraderie de combat.
LA SITUATION
Situation paradoxale
Le propre des relations amicales, cordia-
les ou simplement courtoises établies entre
les. peuples, c'est évidemment la faculté de
converser à tout instant par la voie diplo-
matique. Le premier acte qui caractérise
une tension entre deux Etals, c'est la réser.
ve rendue apparente dans laquelle se can.
tonnent les ambassadeurs, les ministres et
le personnel des ambassades, des légations
et des consulats. Quand les rapports se font
inamicaux, les diplomates sont rappelés
par leur gouvernement ou se retirent d'eux-
mêmes si leur situation devient périlleuse.
En ce cas, c'est presque inévitablement la
guerre.
Où en sommes-nous, à ces divers points
ae vue, avec la République des Soviets ?
Les gouvernements de l'Entente, excep-
tion faite pour les Etats-Unis. ont tenu à ré-
server entièrement leur attitude vis-à-vis.
du gouvernement de MM. Lénine et Trot-
sky jusqu'au moment où la nation russe au-
rait eu elle-même la possibilité de se pro-
noncer sur une forme de gouvernement à
sa convenance et sur les hommes investis
de sa confiance pour représenter à l'inté-
rieur et à l'extérieur la Constitution russe.
Donner une Constitution à la Russie, c'est
ce qui préoccupe le moins MM. Lénine,
Trotsky et leurs bons amis de Berlin, aux-
quels le désordre actuel, malgré la double
exécution de Mirbach et d'Eichhorn - se-
ra-ce les dernières ? - est essentielle-
ment profitable.
Ouvertement menacés, les ambassadeurs
d'Angleterre, des Etats-Unis et de France
ont quitté le territoire russe.
Un geste insolent du dey d'Alger détermi-
na, iadis, le roi Louis-Philippe à donner au
potentat africain une leçon définitive. Ceci
n'implique pas, pour les. trois nations enten-
tistes, la nécessité de déclarer la guerre à la
République des Soviets, mais il est certain
qu un compte à régler s'établit entre elles
et les fauteurs de désordres qui asservis-
sent leur patrie au ioug allemand. Les sen-
timents démocratiques de MM. Lénine et
Trotsky, nominalement chefs de l'anarchie
russe, se jugent dans tes actes plus que
dans les mots : les représentants des trois
plus grandes démocraties du monde ne peu-
vent plus trouver en Russie une pierre où
poser la tête.
Quelles seront les conséquences de celle
situation paradoxale en vertu de laquelle
nos diplomates ont dû fuir le contact du
peuple auprès duquel ils étaient accrédités,
peuple qui fut notre allié hiet et contre le-
quel nous ne nourrissons, malqré tout, au-
cune intention hostile ?
J'espère que cette fois la question orien-
tale se simplifie et je crois que l'Entente
sama prendre une attitude, la seule qui con-
vienne : c'est le contrepied de la politique
allemande en Russie.
Camille DEVILAR.
—————————-—
Les raids britanniques
sur les villes allemandes
-+.-
Londres, 2 août. - Dans la matinée du
1er août. une de nos escadrilles est allée
bombarder Cologne. Mais, trouvant cette
ville cachée par les nuages, l'escadrille re-
vint en arrière et jeta ses bombes sur les
usines de Duren, où un incendie éclata
Tous nos appareils sont, rentrés.
Une seconde formation a attaqué les ate-
hers du chemin de fer de Trêves. Elle a été
violemment assaillie par un grand nombre
d'appareils ennemis dont trois ont été dé:
truits.
Un de nos appareils manque.:
VOIR EN DEUXIEME PAGE
LES INTERPELLATIONS
SUR LA MARINE MARCHANDE
POLITIQUE ÉTRANGÈRE
POURQUOI L' UKRAINE
HAIT L'ALLEMAGNE
La presse austro-allemande, à bout dur*
guments, aurait trouvé tout simplement ce«
ci : S'il n'a pas été tramé à Paris, l'attentat
de la Iekateringskaya-Ulice à Kief, y a du
moins été connu à l'avance, à preuve l'in-
formation suivante publiée par un grand
journal du matin le 20 juillet : « Les têtes
de Mumm et de von Eichhorn sont mises à,
prix par l'alliance secrète des patriotes
ukrainiens ». Les journaux de Berlin et de
Vienne accusaient déjà l'Entente de la res-
ponsabilité du meurtre de Mirbach à Mos-
cou. Il n'y a rien de changé.
En vérité, les Allemands ne veulent pas
reconnaître qu'ils sont détestés aussi
bien en Ukraine qu'en Russie et que les ac-
tes de terrorisme sont une réponse à leurs;
exactions.
L'hetman Skoropadsky, qui était d'ail-
leurs le beau-frère de Eichhorn et qui ne
tient son pouvoir que des baïonnettes alle-
mandes sur lesquelles il s'appuie, vient da
lancer une proclamation conforme à la. thè-t
se allemande. « Eichhorn n'a pas été frap-
pé par une main ukrainienne, mais par un
étranger, un ennemi de l'Ukraine et de ses
alliés J),
Comme si Doirzoff, Je meurtrier arrêté a
Kief, ou Blumkine, ,celui sur lequel on n'a
pas réussi à mettre la main à Moscou, nés
tous deux en Russie, n'étaient pas des Rus-
-
L'Entente Et bon dos. On parait oublier
que ce n'est pas impunément que les soldats
allemands sont venus enlever son blé au
paysan, renverser le gouvernement de la
Rada qui avait au moins quelque racine
dans le peuple et astreindre les populations
aux travaux forcés.
Tout le monde n'est pas de cet avis-là cri
Allemagne. Une feuille socialiste, La Voix
du peuple de Chemnitz, écrit avec fran-
chise : <( Regardons les choses en face. Pour-
quoi le régime militaire allemand est-il si
détesté en Ukraine et comment les haines
sont-elles parvenues dans ce pays à ce point
d'âpreté que les Allemands qui y exercent
le commandement, ne sont plus sûrs de
leur vie ? »
La lumière commence à se faire en Alle-
magne, mais il n'est pire sourd que celui
qui ne veut pas entendre. L. B.
LA CLASSE 20
Une déclaration de M. Clemenceau
Le projet de loi sur le recensement de la;
classe 20 a été adopté à l'unanimité par le
Sénat. Prenant la parole au cours de la
discussion le président du Conseil a fait lai
déclaration suivante :
« Cette discussion est poun moi particuliè-
rement émouvante à raison des paroles qui
m'ont été adressées. Vous avez raison de
compter sur notre sentiment du devoir.
Nous a*wns fait des sacrifices cncrmcs -
nous ferons tous ceux nécessaires à la vic-
toire de notre pays et des grandes idées
qu'il représente Nous ne ferons que les
efforts nécessaires.
« J'ai cherché à tirer le meilleur parti des
forces à notre disposition. Que puis-je faire
quand les généraux Foéh et Pétain me de-
mandent de recenser la classe pour le cas
où les circonstances rendraient l'appel né-
cessaire ? J'ai pensé qu'il fallait mettre la
représentation nationale eli présence de son
devoir. La Chambre l'a fait, le Sénat était
<1,clà résolu auparavant à faire lo sien.
« Le pays attend beaucoup de son Parle-
ment. Sauvons la France, d'abord !
« H n'y a plus aujourd'hui qu'un parti,
celui de la France ! C'est celui que nous
vouions tous servir. »
» i» i.
Guerre de partisans en Pologne
--+8-
Le « Berliner Tageblalt » apprend de
Varsovie que des bandes se forment de
toutes part en Pologne. Ijqjà le gouverneur
général de Varsovie a pris dss mssunes
spécia'es. Le gouverneur die Lubiin leS
imite aujourd'hui.
Dans les territoires d'occupation autri-
chienne, on n" obtuse des gendarmes , on
fait venir d'Autriche des gendarmes sup- *
plémentaires.
On signale qu'à Lodz tin policier à été tué
à coups de vevolver au moment où il fai-
sait irruption dans wn^cave où l'on im-
primait des tracls interdits.
II. Malvy devant la Haute - Cour
Les raisons des poursuites contre l'ancien ministre
exposées par le procureur général
L'audience est ouverte à 2 h'. 10. Tous les
sénateurs sont présents. La parole est don-
née à M. Mérilton (pour prononcer son ré-
quisitoire.
LE RÉQUISITOIRE
(f Le rôle que je remplis aujourd'hui, dit
tout d'abord le procureur général, n'est pas
le rôle habituel du ministère public. Il est
plus difficile et plus haut. Sur l'accusation
vague et imprécise de la Giambre des dépu-
tés, j'avais à choisir les chefs de l'accusa-
tion et à suivre l'instruction. C'est en toute
sincérité que je vous apporte ici mon pi-
nion.
» L'affaire se présente incontestablement
avec des côtés politiques, mais il ne faut
pas pour cela la tfaire diâvier de son but.
Elfè est politiqiue en ce sens qu'intervien-
nent des actes politiques de l'accusé, mats
die cesserait d'être judiciaire si j'avais à ju-
ger des fails politiques qui me dépassent
et sur lesquels je n'ai pas à me pronon-
cer. »
Après cet exorde, M. Mérillon passe aux
origines de l'affaire. Il les fait remonter non
A la lettre d'accusation de M. Daudet, mais
iL l'inlerpellation Clemenceau.
M. Malvy, dit-il, n'est pas accusé de tra-
hison. Il ne s'agit plus des trois faits déter-
minés par M. Daudet dont, après instruc-
tion, il ne reste plus rien. Ce qui reste.
c'est la résolution de la Chambre qui a tra-
duit devant la Haute-Cour M. Malvy, accusé,
d'avoir, de 1914 à 1917, dans l'exercice da"
ses fonctions, renseigné l'ennemi sur tous
nos projets militaires et diplomatiques ;
d'avoir dans les mêmes circonstances de
temps et de lieu favorisé l'ennemi en provo-
quant ou excitant des mutineries militai-
res. C'est la complicité prévue -par l'article
60 dir Code pénal, au sujet de laquelle le
procureur général reprend les arguments
juridiques qu'il a développés dans' ses pre*
mières réquisitions.
Il y a eu crime
Il va maintenant répondre à l'objection dé
la défense : sans crinie il n'y a pas de com-
plicité, en établissant que le crime contre.
la sécurité du pays existe réellement. il
ressort des intelligences avec l'ennemi pra-
tiquées notamment par les hommes du
Bonnet Rouge et de toute cette propagande
pacifiste ot défaitiste qui eut sa répercus-
sion au front.
« On ne conteste pas, dit M. Mérillon,
l'existence du crime, mais comprenant le
danger que représente la manifestation de
-:ée crime que le ministre n'a pu ignorer, on
a voulu, en contester les conséquences. Or,
ces conséquences ne sont pas discutables
ce sont los mutineries.
« J'entends bien ce qu'on va prétendre :
que là n'est pas la cause des mutineries, car
elles sont d'ordre militaire ; elles ont été
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