Titre : Le Rappel / directeur gérant Albert Barbieux
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1888-10-23
Contributeur : Barbieux, Albert. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328479063
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 23 octobre 1888 23 octobre 1888
Description : 1888/10/23 (N6801). 1888/10/23 (N6801).
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k75431942
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-43
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/12/2012
N8 6801 — Mardi 23 Octobre 1888
2 Brumaire an 97 » s* 6801
CINQ centimes le numéro
RÉDACTION
18, BUE DE VALOIS, 18
S'ADRESSER AU SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION
De 4 à 6 heures du soir
Et de 9 heures du soir à minuit
VVVVVV\II
LES MANUSCRITS NON INSÉRÉS NE SBBONT PAS RENDE*
1 j -
» ADMINISTRATION -
18, BUE DE VALOIS, 18
Adresser lettres et mandat6
A L'ADMINISTRATEUR-GÉRANf
ANNONCES
1 MM. Ch. LAGRANGE, CERF et Cc
J 6, place de la RonNIe, 6
ABONNEMENTS
PARIS
UN mois 2 FB.
TROIS MOIS. 5 —
SIX 11015 9FR.
UN AN. 1.8 -
Rédacteur en cM : AUGUSTE VACQUERIE
ABONNEMENTS
DEPARTEMENTS
UN MOIS 2 FR.
TBOtSMOtS. 6 —
SIX MOIS. 11 FR.
UN AN..,. 20 —
LE RAPPEL vient d'acquérir
fe droit de publier le livre qui
fait si grand bruit en ce moment,
et qui a été rigoureusement in-
terdit en Allemagne,
LA DERNIÈRE MALADIE
DE FRÉDÉRIC III
PAR
le docteur MACKENZIE
Le préfet de là Seine vient d'annuler
une délibération du conseil municipal
de Saint-Oucn qui affectait une somme
de vingt mille francs à la création d'une
boulangerie municipale.
La raison donnée par M. Poubelle,
c'est qu'un conseil municipal ne doit
pas s'occuper d'exploitation commer-
ciale.
C'est très juste en général. Reste à
savoir si le commerce du pain est un
commerce comme un autre.
S'il ressemblait aux autres com-
merces, la légisistion le soumettrait-elle
aux taxes, soit officieuses, soit offi-
cielles, qu'elle permet aux autorités mu-
nicipales de lui imposer ?
Et puisque les autorités municipales
peuvent intervenir dans ce genre de
commerce, ne vaudrait-il pas mieux
qu'au lieu de le régir par des maximum
qui peuvent être contestés et donner
liea à des conflits, elles pussent, par une
concurrence régulatrice, montrer au pu-
hlk - et se montrer à elles-mêmes —
quelle est la véritable valeur de la mar-
chandise fabriquée?
Je sais bien que la législation qui ré-
git les communes n'est pas la même que
celle de l'Etat, mais c'est justement un
des reproches qu'adressent aux lois ac-
tuelles les partisans de l'autonomie
communale. Tant que la limite des in-
térêts communaux n'est pas dépassée,
pourquoi ne permettrait-on pas aux
communes de faire — ou d'essayer —
ce qui est permis à l'Etat dans le cercle
de ses propres intérêts ?
Par exemple, l'Etat exploite tout un
réseau de chemins de fer. Quelle est la
grande justification que l'on invoque
pour cette exploitation ? Qu'elle sert de
point de comparaison avec l'exploita-
tion des grandes compagnies et qu'elle
est par là même un instrument- efficace
pour éviter des abus el, amener des
progrès.
Est-ce que la fourniture du pain à
bOI) marché n'est pas d'un aussi grand
intérêt pour la vie quotidienne que les
transports à bon marché? Est-ce que,
sous son aspect commercial, elle ne
constitue pas un vrai service publie ?
Est-ce que, s'il plaisait; aux boulangers
de ne plus faire de pain, il ne faudrait
pas cependant que du pain fut fourni ?
N'était-ce pas une immixtion dans le
commerce des farines que cette caisse
de la boulangerie dont j'ai bien entendu
critiquer le fonctionnement, mais dont
je n'ai pas entendu critiquer la légalité ?
J'ignore comment, si elle avait été
autorisée, aurait fonctionné la boulan-
gerie municipale de Saint-Ouen. Aurait-
elle prospéré, aurait-elle échoué? L'é-
vénement l'aurait dit. Mais je regrette
qu'au moins l'épreuve n'ait pas été ten-
tée. Elle était désirée non seulement
par le conseil, mais par la population.
Supposez que l'essai eût réussi et' que
dès lors on eût été porté à l'étendre ?
-Croyez-vous qu'il y aurait eu grand mal
à ce que dans d'autres villes d'autres
boulangeries municipales fussent créées?
à ce qu'il y en eût, par exemple, une
dans chaque quartier de Paris ?
Pour dire vrai, toutes les boulange-
ries seraient municipalisées que je ne
m'en effraierais ni rie m'en étonnerais.
Je comprends qu'on soit très respec-
tueux de la liberté du commerce et je
trouve logique que ceux qui, au nom de
cette liberté, veulent faire supprimer la
taxe officielle du pain soient les ennemis
de cette municipalisation. Mais tant
qu'on maintiendra la taxe — et je dé-
clare qu'on fera bien de la maintenir,
parce qu'encore une fois le pain n'est
pas une marchandise dont on soit libre
de laisser manquer le marché ou dont
on puisse laisser monter le prix au gré
d'un chacun, — tant, dis-je, qu'on main-
tiendra la taxe, il ne pourra pas être
question de liberté. Dès lors, je ne vois
pas comment les municipalités, puis-
qu'elles sont appelées à dire à quel prix
le peuple a le droit d'avoir du pain, ne
seraient pas par là même autorisées à
prouver, en offrant de fabriquer elles-
mêmes, que leur tarif est bien assis. Et
puisque, au cas où devant ce/tarif les
boulangeries privées refuseraient de
fonctionner, ce serait aux municipalités
d'assurer le service, je ne vois pas pour-
quoi on leur refuserait le droit de s'as-
surer contre ces risques par la création
de boulangeries publiques. Ici, ce qui
domine tout, c'est l'intérêt général, ce
sont les besoins de ceux qui souffrent.
ERNEST LEFÈVRE
L'ALLIANCE ROMPUE
Si nous en croyons le Courrier du soÙ',
les royalistes auraient fini par s'aperce-
voir du jeu de dupes qu'ils jouent dans
leur association avec les bonapartistes et
les boulangistes.
D'ici à très peu de jours, il paraîtrait
une lettre du comte de Paris qui romprait
l'alliance avec éclat et qui dirait carré-
ment : - Tout est rompu, mon général !
Cette lettre nous étonnerait, et nous de-
mandons à M. Pierre Baragnon la permis-
sion de n'y croire qu'après que nous l'au-
rons lue.
D'abord, quel intérêt les royafistes au-
raient-ils à s'isoler? Ils constateraient leur
petit nombre et leur impuissance. Ils ont
vu récemment, par l'échec d'un de leurs
meilleurs chefs, M. Edouard Hervé, ce
qu'ils peuvent déduits à eux-mêmes. Ce
n'est qu'en se confondant avec les impé-
rialistes, les partisans -du cheval noir et
les mécontents de toute espèce, qu'ils
peuvent se faire l'illusion d'être un sem-
blant d'armée.
Et puis, il est dans leur nature d'être
dupes. C'est une fatalité à laquelle ils ne
peuvent pas se dérober. L'expérience n'y
fait rien. Ils ont été dupes de Louis Bona-
parte, ils sont dupes du général Boulan-
ger. Ils l'appellent le « lit » et le « trou ».
Ils l'aident, en effet, à faire le lit dans
lequel il les enfouira et le lit dans lequel
il se coucherait — si les républicains n'é-
taient pas là pour lui dire, à la porte de la
Chambre : — On n'entre pas !
AUGUSTE VACQUERIE.
Election municipale du 21 octobre
16* arrondissement
QUARTIER D'AUTEUIL -
1 ro section
Inscrits : 1.637 | Votants : 1.030
Perrichout. 310
Jehan. 172
Saint-Lanne. 135
Bocandé 133
Carillon 114
Picard. 71
André. 58
Coquet 21
Divers. 14
Blancs et nuls. 21
2* section
Inscrits : 1.209 1 Votants : 823
Perrichout. 245
Bocandé 166
André. 96
Jehan. , , 83
Saint-Lanne. 67
Coquet 58
Picard. : 48
CanHon. 27
Divers. 18
Blancs et nuls. i5
RÉSULTATS COMPLETS
Inscrits : 2.845 1 Votants : 1.874
Perrichout, rép. 555
Bocandé, rép. 301
Jehan, réacfc." 255
Saint-Lanne, rép. 202
André, rÓp , 154
Cari!lon, rép. 141
Picard, rép. 119
Coquet, rép.,. 79
Di vers. 32
Blancs et nuls. 36
Il y a ballottage
Il s'agissait de remplacer M. Cernesson, dé-
missionnaire à la suite de son élection comme
député de la Côte-d'Or.
.0- -
LE MAIRE DE POUGUES-LES-EAUX
En récompense de l'opposition qu'il fait
à la République, le maire de Pougues-Ies-
Eaux avait adressé une demande au préfet
de la Nièvre: Le préfet n'a pas cru devoir
obtempérer à la demande d'un adversaire
de nos institutions.
Le maire en a appelé au ministre de
l'intérieur. Le ministre a donné raison au
préfet..
Sur quoi, le maire vient d'adresser au
préfet une lettre dont je détache ce qui
suit :
— « Le sntisfecit qui vous est donné par
votre chef- hiérarchique ne m'étonne
nullement et je ne saurais vous féliciterde
recevoir un bon point du ministère Flo-
quet. Je me plais à croire qne vous sui-
vrez dans sa chute un cabinet dont les
jours sont comptés. »
: Nous nous plaisons à croire, nous, que
les jours d'un maire pareil sont plus
comptés que ceux du cabinet, et qu'une
mesure immédiate va être prise contre ce
fonctionnaire qui se permet de menacer
ses supérieurs.
--- ————————.
LE CONSEIL MUNICIPAL
Le conseil municipal reprend ses tra-
vaux aujourd'hui lundi.
L'ordre du jour de la première séance
est chargé. On n'y relève pas moins de
vingt-neuf questions, dont deux sur les
incidents qui ont signalé l'enterrement
d'Emile Eudes le 8 août dernier.
Quant au conseil général de la Seine, il
est, comme nous l'avons dit, convoqué
pour le 29 courant.
L'ITALIE ET LA TUNISIE
Une dépèche de Tunis déclare qu'il est
inexact que le Journal officiel de la Ré-
gence doive publier aujourd'hui un décret
supplémentaire modifiant le récent décret
relatif aux écoles en Tunisie.
———————— ————————
GAIETÉS REVISIONNISTES
M. Gaudin de Villaine, député de la
Manche, devait, fatalement, être original.
La physiognomonie ne serait qu'un vain
mot si de tels cheveux, d'un tel jaune,
disposés sur le front en mèche rabattue
continuant jusqu'à l'occiput la ligne, déjà
cependant bien assez longue, du nez, et,
par derrière, partagés par une raie sem-
blable pour sa profondeur et son inflexi-
bilité à un coup de sabre, si,: surtout, un
tel pantalon, jaune aussi — rappel de
couleur 1 — servant de maillot à de telles
jambes si invraisemblablement longues et
maigres, n'étaient pas les indices d'une
propension congénitale à la bizarrerie.
Indices non trompeurs. Avant-hier, de-
vant la commission de revision, M. Gau-
din de Villaine vient de révéler de quel
merveilleux humoriste, genre Mark Twain,
est en lui l'étoffe, malgré l'exiguité de
l'espace disponible. 1
Invité à faire connaître ses sentiments
sur la meilleure constitution à adminis-
trer à la Fiance, cet excellent M. Gaudin
de Villaine s'est prononcé pour un sys-
tème mixte, qui ne serait évidemment pas
la République, mais qui ne serait pas da-
vantage la monarchie. On sait comment
les royalistes entendent user du suffrage
universel. Le peuple serait appelé à se
prononcer sur la forme du gouvernement
et, une fois ce plébiscite rendu — en fa-
veur d'un Philippe VII quelconque ; ceci
sous-entendu — il n'y aurait plus à y re-
venir. « Cette consultation ne serait pas
renouvelée », a dit le roi. On brûlerait bel
et bien les urnes, et le silence régnerait.
Par cet unique vote non-seulement serait
enchaînée la génération actuelle, mais
encore, avec elle,, les générations subsé-
quentes- et successives, ce jusqu'à com-
plète usure des générations elles-mêmes.
C'est là ce que, dans le parti réaction-
naire, on appelle : proclamer la souverai-
neté du suffrage universel. Agréables far-
ceurs !
M. Gaudin de Villaine, nous le disons à
son honneur, répugne à ces conceptions
hasardées. Il ne saurait être républicain,
mais ne se, dissimule pas que la monar-
chie héréditaire a peu de chances de 4urée.
Et cela le conduit à-imaginer ce système
assurément drôle : la monarchie à vie. Le
souverain serait nommé par voie plébisci-
taire, mais il serait nommé « tout seul »,
c'est-à-dire sans que, par le fait de son
élection, aucune présomption fût créée en
faveur de ses fils, petits-fils, cousins ou
frères. A sa mort, le peuple aurait à faire
choix d'un nouveau monarque et le pren-
drait où il voudrait, soit dans la famille
royale, soit partout ailleurs. Ainsi, par
exemple, je suppose : la France se donne-
rait corps et biens à Philippe VII et, celui-
ci, une fois passé de vie à trépas, dégoûtée
nécessairement de l'orléanisme, accorde-
rait la préférence à Napoléon IV ou V,
histoire de voir simplement s'il est bien
vrai qu'un Bonaparte ne va jamais sans
une ou deux invasions. Enfin, il y aurait
de la variété.
Mais je signale tout de suite à M. Gaudin
de Villaine l'immense danger de son sys-
tème. Comment ne s'en est-il pas aperçu?
Comment n'a-t-il pas vu qu'une telle com-
binaison constituait une excitation perma-
nente au régicide? Quelle serait -ne fré-
mit-on pas en y songeant? — la situation
physique et morale des malheureux que la
vox populi aurait piacés. pour le temps
qui leur resterait à vivre, à la tête de la
nation, et dont la mort devrait ainsi ou-
vrir un champ si vaste à tant d'espérances
diverses! Se figure-t-on cette existence?
Vivre, dormir même cuirassé, ne boire
que de l'eau claire — et encore ! — ne man-
ger que des œufs à la coque ! Il arrive
très souvent — lisez l'histoire — qu'un
roi meure avant l'âge, supprimé par des
compétiteurs trop pressés, mais en l'état
ordinaire la quantité de ces compétiteurs
est restreinte; étant mises de côté les
conjurations populaires, on ne trouve
guère d'assassins probables en dehors de
la famille. La proposition de M. Gaudin de
Villaine tendrait à multiplier à l'infini le
nombre de ces compétiteurs, c'est-à-dire
de ces régicides possibles!. Est-ce que,
par hasard, un farouche ennemi des rois
se cacherait sous le veston court de cet
aimable député, d'ailleurs homme d'es-
prit?
Et puis, suppressions violentes à part,
est-ce que ce système n'entraînerait pas
à des remaniements trop fréquents pour
la bonne marche des affaires publiques?
Il y a évidemment des monarques qui s'é-
ternisent sur le trône; à preuve Louis XIV
et Louis XV; mais il en est d'autres dont
le, règne est das pius courts. Philippe III
et Henri III ont régné 15 ans ; Henri II,
14 ans; Charles IX, 13 ans ; Philippe IV et
Charles IV, 6 ans; Louis X, 2 ans; Fran-
çois II, 17 mois. Adopter le système de
M. Gaudin de Villaine, ne serait-ce pas
substituer à l'instabilité ministérielle, dont
on se plaint non sans raison, l'instabilité
gouvernementale ? Voyez-vous la France
passant, tous les huit ou dix ans en
moyenne, de la monarchie constitution-
nelle à l'empire, de celui-ci à la mo-
narchie absolue, de cette dernière à la
dictature militaire, etc. ?. Bien entendu,
à toute mutation la plupart des institu-
tions sociales vireraient également de
bord. C'est cela qui grossirait au budget
les chiffres de pensions de retraite ! chaque
gouvernement nouveau s'empressant,
cela va de soi, de remplacer les créatures
du régime précédent par ses créatures à
lui, et tout ie monde faisant valoir les
droits acquis!
Et dire que c'est la, à des conceptions
d'une si parfaite, cocasserie qu'on en ar-
rive, nécessairement, fatalement, toutes
les fois que, mettant de côté la logique et
la vérité, on tente de faire contracter à la
monarchie et au suffrage universel ce ma-
riage auprès duquel l'accouplement légen-
daire de la carpe et du lapin paraît unr
véritable simplicité physiologique!
LUCIEN VlcrOR-MBUNIBR.;
-0. - - :
LETTRE DU GÉNÉRAL FÉVRIER
En quittant le 6e corps, le général FEfJ
vrier a adressé aux troupes qu'il comman-,
dait l'ordre du jour suivant : *
Officiers, sous-officiers et soldats,
Atteint par la limite d'âge, je passe à la date
du 21 octobre dans la deuxième section de
l'état-major général. A partir de ce jour, le
général d'Espeuilles, commandant la 4e divi-
sion de cavalerie, exerce'a le commandement
du 68 corps d'armée jusqu'à l'arrivée de mott
successeur.
Pendant les six années que j'ai passées à
votre tête, je n'ai eu qu'à me louer de votr.
excellent esprit.
La tâche qui m'incombait était lourde; par
votre zèle et votre dévoue nent absolu au de-
voir, vous l'avez allégée et vous m'avez rendue
le commandement facile. Je vous en re.4
mercie.
Vous occupez sur la frontière un posta;
d'honneur. Ne l'oubliez ja nais, et contineez d«
mériter, comme vous l'avez fait * là 1
jour, la confiance que les sympathiques popu-
lations qui vous entourent et le gouvernement;
de la République ont mise dans votre patri,
tisme.
Pour moi; je m'éloigne de vous avec ur* :
profond regret, mais je "este des vôtres par le-
cœur, et je serai toujours heureux de vos
succès.
Châlons, i9 octobre. 4888.
Le général commandant le 6e corps
d'armée,
FÉVRIER.
LES ON-DIT
Les soixante-six projets du concours
Danton sont exposés depuis hier à l'Hôtel
de Ville. Le nombre des visiteurs qui sel
pressent à cette exposition, les discussions
qui s'élèvent dans la salle, disent assezi
combien la figure de celui qui en est l'ob -
ject passionne encore le public. Les grou-4
pes vont, s'arrêtent aux endroits où let
grand tribun met sa silhouette la plu £ g
énergique. Le projet de M. Baffier (nO 44)
est très entouré. Danton vient d'escalades
la tribune, qui lui sert de piédestal. De*j
bout, ramassé sur lui-même, le bras tendu. •
les poings serrés, le mùffle en avant*
tout le corps tremble d'audace, frémit
de conviction, d'énergie concentrée. Trè$ï
« peuple », trop peuple peut-être. Un sans-
culotte, coiffé du bonnet phrygien, grava;
de la pointe et du-marteau, sur le marbre
de la tribune : La Patrie et la Répuhlir¡tte ài
Danton.
M. Marqueste (n° 51) a fait un Danton qui
a de l'ampleur, de l'autorité. Il crio : Do!
l'audace ! encore de l'audace! C'est la pa-
trie en danger. Les figures de volontaires
qui défilent devant lé piédestal sont très*
étudiées, ont bien l'allure et la couleur de*
l'époque.
Très beau de geste, de mouvement, le
Danton de M. Desca (n° 30). Deux remar-
quables bas-reliefs : l'Appel des volon-
taires, et Danton haranguant les femmes'
de la Halle, flanquent à droite et à gauche
le piédestal. C'est une œuvre complète.
J'en dirai autant du projet de M.
Paris ; les figures qui entourent Danton
sont bien groupées, harmonieuses, —
mais l'ensemble du groupe peut sembler
théâtral, comme chantant. Il y a de l'é-
lan, de la simplicité, de la flamme dans
le Danton de M. Edouard Fournier, n 4.
Celai de M. Capellaro, debout, les ras
croisés, prend vraiment .possession de la,.
tribune, où il apparaît comme une incar-
nation de la force et de la. souveraineté
populaires.
M. Fa\guière s'est contenté d'un buste,
Feuillete» du RAPPEL
DU 23 OCTOBRE
183
LES
MISÉRABLES
TROISIÈME PARTIE J
MARIUS
- LIVRE HUITIÈME
- ,," LE MAUVAIS PAUVRe
Le judas de la Provideuee
Marius depuis cinq ans avait vécu dans
la pauvreté, dans le dénûment, dans la
détresse même, mais il s'aperçut qu'il
c'avait point connu la vraie misère. La
vraie misère, il venait de la voir. C'était
cette larve qui venait de passer sous ses
Jf £ UX.
C'est qu'en effet qui n'a yu e a mi-
re de l'homme n'a rien vu il faut voir la
Reproduction Interdite.
¡,Voir le Rqj'j'di du 23 avril au 22 oçtobrct
misère de la femme ; qui n'a vu que la
misère de la femme n'a rien vu, il faut
voir la misère de l'enfant.
Quand l'homme est arrivé aux dernières
extrémités, il arrive en même temps aux
dernières ressources. Malheur aux êtres
sans défense qui l'entourent! Le travail,
le salaire, le pain, le feu, le courage, la
bonne volonté, tout lui manque à la fois.
La clarté du jour semble s'éteindre au
dehors, la lumière morale s'éteint au de-
dans; dans ces ombres, l'homme ren-
contre la faiblesse de la femme et de l'en-
fant, et les ploie violemment aux igno-
minies.
Alors toutes horreurs sont possibles.
Le désespoir est entouré de cloisons fra-
giles qui donnent toutes sur le vice ou sur
le crime.
La santé, la jeunesse, l'honneur, les
saintes et farouches délicatesses de la
chair encore neuve, le cœur, la virginité,
la pudeur, cet épiderme de l'âme, sont si-
nistrement maniés parce tâtonnement qui
cherche des ressources, qui rencontre
l'opprobre, et qui s'en accommode. Pères,
mères, enfants, frères, sœurs, hommes,
femmes, filles, adhèrent, et s'agrègent
presque comme une formation minérale,
dans cette brumeuse promiscuité d dexes
de parentés, d'âges, d'infamies, d'inno-
cences. Ils s'accroupissent, adossés les
uns aux autres, dans une espèce de destin-
taudis. Ils s'entre-regardent lamentable-
ment. 0 les infortunés ! comme ils sont
pâles 1 comme ils ont froid! Il semble
qu'ils soient dans une planète bien plus
loin du soleil que nous.
Cette jeune fille fut pour Marius une
sorte d'envoyée des ténèbres.
Elle lui révéla tout un côté hideux de la
nuit. Marius se reprocha presque les
préoccupations de rêverie et de passion
qui l'avaient empêché jusqu'à ce jour de
jeter un coup d'œil sur ses voisins. Avoir
payé leur loyer, c'était un mouvement
machinal, tout le monde eût eu ce mou-
vement; mais lui Marius eut dû faire
mieux.
Quoi! un mur seulement le séparait de
ces êtres abandonnés qui vivaient à tâ-
tons dans la nuit en dehors du reste des
vivants, il les coudoyait, il était en quel-
que sorte, lui, le dernier chaînon du genre
humain qu'ils touchassent, il les entendait
vivre ou plutôt râler à côté de lui, et il n'y
prenait point garde ! Tous les jours, à cha-
que instant, à travers Ta muraille, il les
entendait marcher, aller, venir, parler, et
il ne prêtait pas l'oreille! et dans ces pa-
roles il y avait des gémissements, et il ne
les écoutait même pas, sa pensée était
ailleurs, à des songes, à des rayonnements
impossibles, à des amours \en l'air, à -des
folies; et cependant des ..créaturos humai-
nes, ses frères en Jésus-Christ, ses frères
uâns le peuple, agonisaient à côté de lui !
agonisaient inutilement! il faisait même
partie de leur malheur et il l'aggravait.
Car s'ils avaient eu un autre voisin, un voi-
sin moins chimérique et plus attentif, un
homme ordinaire et charitable, évidem-
ment leur indigence eût été remarquée,
leurs signaux de détresse eussent été
aperçus, et depuis longtemps déjà peut-
être ils eussent été recueillis et sauvés!
Sans doute ils paraissaient bien dépra-
vés, bien corrompus, bien avilis, bien
odieux même, mais ils sont rares ceux
qui sont tombés sans être dégradés ; d'ail-
leurs il y a un point où les infortunés et
les infâmes se mêlent et se confondent
dans un seul mot, mot fatal, les miséra-
bles; de qui est-ce la faute? Et puis, est-
ce que ce n'est pas quand la chute est
plus profonde que la charité doit être plus
grande?
Tout en se faisant cette morale, car il y
avait des occasions où Marius, comme
tous les cœurs vraiment honnêtes, était à
lui-même son propre pédagogue et se
grondait plus qu'il ne le méritai4, il con-
sidérait le mur qui le séparait des Jon-
drette comme s'il eût pu faire passer à
travers cette cloison son regard plein de
pitié et en ces malheu-
reux..
Le mur était une mince lame de plâtre
soïttenue par des lattes et dés solives. et
qui, comme on vient de le lire, laissait
parfaitement distinguer le bruit des pa-
roles et des voix II fallait être le songeur
Marius pour ne pas s'en être encore aperçu.
Aucun papier n'était eollé sur ce mur ni
du côté des Jondrette ni du côté de Marius ;
on en voyait à nu la grossière construc-
tion.
Sans presque en avoir conscience, Ma-
rius examinait cette cloison ; quelquefois
la rêverie examine, observe et scrute
comme ferait la pensée. -
Tout à coup, il se leva, il venait de re-
marquer vers le haut, près du plafond, un
trou triangulaire résultant de trois lattes
qui laissaient un vide entre elles.
Le plâtras qui avait dû boucher ce vide
était absent, et en montant sur la com-
mode on pouvait voir par cette ouverture
dans le galetas des Jondrette.
La commisération a et doit avoir sa cu-
riosité. Ce trou faisait une espèce de judas.
Il est permis de regarder l'infortune en
traître pour la secourir.
— Voyons un peu ce que c'est que ces
gens-là, pensa Mar us, et où ils en sont.
Il escalada la commode, approcha sa
prunelle de la crevasse, et regarda.
VI
L'homme fauve au gîte
Les villes, comme les forêts, ont leurs
antres ou se cachent tùut. ce qu'elles ont
de plus méchant et de plus redoutable.
Seulement, dans les villes, ce qui se cache
ainsi est féroce, immonde et petit, c'est-
à-dire laid ; dans les forêts, ce qui se ca-
che est féroce, sauvage et grand, c'est-à-
dire beau. Repaires pour repaires, ceux
des bêtes sont préférables à ceux des
hommes. Les cavernes valent mieux que
les bouges
Ce que Marius voyait était un bouge.
Marius était pauvre et sa chambre était
indigente, mais de même que sa pauvreté
était noble, son grenier était propre. Le
taudis où son regard plongeait en ce mo-
ment était abjeet,' sale, fétide, infect, té-
nébreux, sordfde. '',
Pour tous meubles, une chaise de paille.
une table infirme, quelques vieux tessons,
et dans deux coins deux grabats indes-
criptibles ; pour toute clarté, une fenêtre-
mansarde à quatre carreaux, drapée de
toiles d'araignée. Il venait par cette lu-
carne juste assez de jour pour qu'une face,
d'homme parût une face de fantôme.
Les murs avaient un aspect lépreux, et
étaient couverts de coutures et de cica-
trices comme un visage défiguré par quel-
que horrible maladie ; une humidité chas-
sieuse y suintait. On y distinguait des des-
sins obscènes grossièrement charbonnés.
La chambre que Marius occupait avait
un pavage de briques délabré; celle-ci
n'était ni carrelée, ni plancbéiée; on y
marchait à cru sur l'antique plâtre de la
masure devenu noir sous les pieds. Sur
tè, sol inégal, où la poussière était comme
incrustée et qui n'avait qu'41ne virginité,
celte du balai, se groupaient capricieuse-
ment des constellations de vieux chaus-
sons, de savates et de chiffons affreux ; dix
reste, cette chambre avait une chemi-
née; aussi la louait-on quarante francs
par an.
Il y avait de tout dans cette cheminée,
un réchaud, une marmite, des planches
cassées, des loques pendues à des clous,
une cage d'oiseau, de la cendre et mémo
un peu de feu. Deux tisons y fumaieni
tristement.
VICTOR HUGO.
(A suivre.)
i.
2 Brumaire an 97 » s* 6801
CINQ centimes le numéro
RÉDACTION
18, BUE DE VALOIS, 18
S'ADRESSER AU SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION
De 4 à 6 heures du soir
Et de 9 heures du soir à minuit
VVVVVV\II
LES MANUSCRITS NON INSÉRÉS NE SBBONT PAS RENDE*
1 j -
» ADMINISTRATION -
18, BUE DE VALOIS, 18
Adresser lettres et mandat6
A L'ADMINISTRATEUR-GÉRANf
ANNONCES
1 MM. Ch. LAGRANGE, CERF et Cc
J 6, place de la RonNIe, 6
ABONNEMENTS
PARIS
UN mois 2 FB.
TROIS MOIS. 5 —
SIX 11015 9FR.
UN AN. 1.8 -
Rédacteur en cM : AUGUSTE VACQUERIE
ABONNEMENTS
DEPARTEMENTS
UN MOIS 2 FR.
TBOtSMOtS. 6 —
SIX MOIS. 11 FR.
UN AN..,. 20 —
LE RAPPEL vient d'acquérir
fe droit de publier le livre qui
fait si grand bruit en ce moment,
et qui a été rigoureusement in-
terdit en Allemagne,
LA DERNIÈRE MALADIE
DE FRÉDÉRIC III
PAR
le docteur MACKENZIE
Le préfet de là Seine vient d'annuler
une délibération du conseil municipal
de Saint-Oucn qui affectait une somme
de vingt mille francs à la création d'une
boulangerie municipale.
La raison donnée par M. Poubelle,
c'est qu'un conseil municipal ne doit
pas s'occuper d'exploitation commer-
ciale.
C'est très juste en général. Reste à
savoir si le commerce du pain est un
commerce comme un autre.
S'il ressemblait aux autres com-
merces, la légisistion le soumettrait-elle
aux taxes, soit officieuses, soit offi-
cielles, qu'elle permet aux autorités mu-
nicipales de lui imposer ?
Et puisque les autorités municipales
peuvent intervenir dans ce genre de
commerce, ne vaudrait-il pas mieux
qu'au lieu de le régir par des maximum
qui peuvent être contestés et donner
liea à des conflits, elles pussent, par une
concurrence régulatrice, montrer au pu-
hlk - et se montrer à elles-mêmes —
quelle est la véritable valeur de la mar-
chandise fabriquée?
Je sais bien que la législation qui ré-
git les communes n'est pas la même que
celle de l'Etat, mais c'est justement un
des reproches qu'adressent aux lois ac-
tuelles les partisans de l'autonomie
communale. Tant que la limite des in-
térêts communaux n'est pas dépassée,
pourquoi ne permettrait-on pas aux
communes de faire — ou d'essayer —
ce qui est permis à l'Etat dans le cercle
de ses propres intérêts ?
Par exemple, l'Etat exploite tout un
réseau de chemins de fer. Quelle est la
grande justification que l'on invoque
pour cette exploitation ? Qu'elle sert de
point de comparaison avec l'exploita-
tion des grandes compagnies et qu'elle
est par là même un instrument- efficace
pour éviter des abus el, amener des
progrès.
Est-ce que la fourniture du pain à
bOI) marché n'est pas d'un aussi grand
intérêt pour la vie quotidienne que les
transports à bon marché? Est-ce que,
sous son aspect commercial, elle ne
constitue pas un vrai service publie ?
Est-ce que, s'il plaisait; aux boulangers
de ne plus faire de pain, il ne faudrait
pas cependant que du pain fut fourni ?
N'était-ce pas une immixtion dans le
commerce des farines que cette caisse
de la boulangerie dont j'ai bien entendu
critiquer le fonctionnement, mais dont
je n'ai pas entendu critiquer la légalité ?
J'ignore comment, si elle avait été
autorisée, aurait fonctionné la boulan-
gerie municipale de Saint-Ouen. Aurait-
elle prospéré, aurait-elle échoué? L'é-
vénement l'aurait dit. Mais je regrette
qu'au moins l'épreuve n'ait pas été ten-
tée. Elle était désirée non seulement
par le conseil, mais par la population.
Supposez que l'essai eût réussi et' que
dès lors on eût été porté à l'étendre ?
-Croyez-vous qu'il y aurait eu grand mal
à ce que dans d'autres villes d'autres
boulangeries municipales fussent créées?
à ce qu'il y en eût, par exemple, une
dans chaque quartier de Paris ?
Pour dire vrai, toutes les boulange-
ries seraient municipalisées que je ne
m'en effraierais ni rie m'en étonnerais.
Je comprends qu'on soit très respec-
tueux de la liberté du commerce et je
trouve logique que ceux qui, au nom de
cette liberté, veulent faire supprimer la
taxe officielle du pain soient les ennemis
de cette municipalisation. Mais tant
qu'on maintiendra la taxe — et je dé-
clare qu'on fera bien de la maintenir,
parce qu'encore une fois le pain n'est
pas une marchandise dont on soit libre
de laisser manquer le marché ou dont
on puisse laisser monter le prix au gré
d'un chacun, — tant, dis-je, qu'on main-
tiendra la taxe, il ne pourra pas être
question de liberté. Dès lors, je ne vois
pas comment les municipalités, puis-
qu'elles sont appelées à dire à quel prix
le peuple a le droit d'avoir du pain, ne
seraient pas par là même autorisées à
prouver, en offrant de fabriquer elles-
mêmes, que leur tarif est bien assis. Et
puisque, au cas où devant ce/tarif les
boulangeries privées refuseraient de
fonctionner, ce serait aux municipalités
d'assurer le service, je ne vois pas pour-
quoi on leur refuserait le droit de s'as-
surer contre ces risques par la création
de boulangeries publiques. Ici, ce qui
domine tout, c'est l'intérêt général, ce
sont les besoins de ceux qui souffrent.
ERNEST LEFÈVRE
L'ALLIANCE ROMPUE
Si nous en croyons le Courrier du soÙ',
les royalistes auraient fini par s'aperce-
voir du jeu de dupes qu'ils jouent dans
leur association avec les bonapartistes et
les boulangistes.
D'ici à très peu de jours, il paraîtrait
une lettre du comte de Paris qui romprait
l'alliance avec éclat et qui dirait carré-
ment : - Tout est rompu, mon général !
Cette lettre nous étonnerait, et nous de-
mandons à M. Pierre Baragnon la permis-
sion de n'y croire qu'après que nous l'au-
rons lue.
D'abord, quel intérêt les royafistes au-
raient-ils à s'isoler? Ils constateraient leur
petit nombre et leur impuissance. Ils ont
vu récemment, par l'échec d'un de leurs
meilleurs chefs, M. Edouard Hervé, ce
qu'ils peuvent déduits à eux-mêmes. Ce
n'est qu'en se confondant avec les impé-
rialistes, les partisans -du cheval noir et
les mécontents de toute espèce, qu'ils
peuvent se faire l'illusion d'être un sem-
blant d'armée.
Et puis, il est dans leur nature d'être
dupes. C'est une fatalité à laquelle ils ne
peuvent pas se dérober. L'expérience n'y
fait rien. Ils ont été dupes de Louis Bona-
parte, ils sont dupes du général Boulan-
ger. Ils l'appellent le « lit » et le « trou ».
Ils l'aident, en effet, à faire le lit dans
lequel il les enfouira et le lit dans lequel
il se coucherait — si les républicains n'é-
taient pas là pour lui dire, à la porte de la
Chambre : — On n'entre pas !
AUGUSTE VACQUERIE.
Election municipale du 21 octobre
16* arrondissement
QUARTIER D'AUTEUIL -
1 ro section
Inscrits : 1.637 | Votants : 1.030
Perrichout. 310
Jehan. 172
Saint-Lanne. 135
Bocandé 133
Carillon 114
Picard. 71
André. 58
Coquet 21
Divers. 14
Blancs et nuls. 21
2* section
Inscrits : 1.209 1 Votants : 823
Perrichout. 245
Bocandé 166
André. 96
Jehan. , , 83
Saint-Lanne. 67
Coquet 58
Picard. : 48
CanHon. 27
Divers. 18
Blancs et nuls. i5
RÉSULTATS COMPLETS
Inscrits : 2.845 1 Votants : 1.874
Perrichout, rép. 555
Bocandé, rép. 301
Jehan, réacfc." 255
Saint-Lanne, rép. 202
André, rÓp , 154
Cari!lon, rép. 141
Picard, rép. 119
Coquet, rép.,. 79
Di vers. 32
Blancs et nuls. 36
Il y a ballottage
Il s'agissait de remplacer M. Cernesson, dé-
missionnaire à la suite de son élection comme
député de la Côte-d'Or.
.0- -
LE MAIRE DE POUGUES-LES-EAUX
En récompense de l'opposition qu'il fait
à la République, le maire de Pougues-Ies-
Eaux avait adressé une demande au préfet
de la Nièvre: Le préfet n'a pas cru devoir
obtempérer à la demande d'un adversaire
de nos institutions.
Le maire en a appelé au ministre de
l'intérieur. Le ministre a donné raison au
préfet..
Sur quoi, le maire vient d'adresser au
préfet une lettre dont je détache ce qui
suit :
— « Le sntisfecit qui vous est donné par
votre chef- hiérarchique ne m'étonne
nullement et je ne saurais vous féliciterde
recevoir un bon point du ministère Flo-
quet. Je me plais à croire qne vous sui-
vrez dans sa chute un cabinet dont les
jours sont comptés. »
: Nous nous plaisons à croire, nous, que
les jours d'un maire pareil sont plus
comptés que ceux du cabinet, et qu'une
mesure immédiate va être prise contre ce
fonctionnaire qui se permet de menacer
ses supérieurs.
--- ————————.
LE CONSEIL MUNICIPAL
Le conseil municipal reprend ses tra-
vaux aujourd'hui lundi.
L'ordre du jour de la première séance
est chargé. On n'y relève pas moins de
vingt-neuf questions, dont deux sur les
incidents qui ont signalé l'enterrement
d'Emile Eudes le 8 août dernier.
Quant au conseil général de la Seine, il
est, comme nous l'avons dit, convoqué
pour le 29 courant.
L'ITALIE ET LA TUNISIE
Une dépèche de Tunis déclare qu'il est
inexact que le Journal officiel de la Ré-
gence doive publier aujourd'hui un décret
supplémentaire modifiant le récent décret
relatif aux écoles en Tunisie.
———————— ————————
GAIETÉS REVISIONNISTES
M. Gaudin de Villaine, député de la
Manche, devait, fatalement, être original.
La physiognomonie ne serait qu'un vain
mot si de tels cheveux, d'un tel jaune,
disposés sur le front en mèche rabattue
continuant jusqu'à l'occiput la ligne, déjà
cependant bien assez longue, du nez, et,
par derrière, partagés par une raie sem-
blable pour sa profondeur et son inflexi-
bilité à un coup de sabre, si,: surtout, un
tel pantalon, jaune aussi — rappel de
couleur 1 — servant de maillot à de telles
jambes si invraisemblablement longues et
maigres, n'étaient pas les indices d'une
propension congénitale à la bizarrerie.
Indices non trompeurs. Avant-hier, de-
vant la commission de revision, M. Gau-
din de Villaine vient de révéler de quel
merveilleux humoriste, genre Mark Twain,
est en lui l'étoffe, malgré l'exiguité de
l'espace disponible. 1
Invité à faire connaître ses sentiments
sur la meilleure constitution à adminis-
trer à la Fiance, cet excellent M. Gaudin
de Villaine s'est prononcé pour un sys-
tème mixte, qui ne serait évidemment pas
la République, mais qui ne serait pas da-
vantage la monarchie. On sait comment
les royalistes entendent user du suffrage
universel. Le peuple serait appelé à se
prononcer sur la forme du gouvernement
et, une fois ce plébiscite rendu — en fa-
veur d'un Philippe VII quelconque ; ceci
sous-entendu — il n'y aurait plus à y re-
venir. « Cette consultation ne serait pas
renouvelée », a dit le roi. On brûlerait bel
et bien les urnes, et le silence régnerait.
Par cet unique vote non-seulement serait
enchaînée la génération actuelle, mais
encore, avec elle,, les générations subsé-
quentes- et successives, ce jusqu'à com-
plète usure des générations elles-mêmes.
C'est là ce que, dans le parti réaction-
naire, on appelle : proclamer la souverai-
neté du suffrage universel. Agréables far-
ceurs !
M. Gaudin de Villaine, nous le disons à
son honneur, répugne à ces conceptions
hasardées. Il ne saurait être républicain,
mais ne se, dissimule pas que la monar-
chie héréditaire a peu de chances de 4urée.
Et cela le conduit à-imaginer ce système
assurément drôle : la monarchie à vie. Le
souverain serait nommé par voie plébisci-
taire, mais il serait nommé « tout seul »,
c'est-à-dire sans que, par le fait de son
élection, aucune présomption fût créée en
faveur de ses fils, petits-fils, cousins ou
frères. A sa mort, le peuple aurait à faire
choix d'un nouveau monarque et le pren-
drait où il voudrait, soit dans la famille
royale, soit partout ailleurs. Ainsi, par
exemple, je suppose : la France se donne-
rait corps et biens à Philippe VII et, celui-
ci, une fois passé de vie à trépas, dégoûtée
nécessairement de l'orléanisme, accorde-
rait la préférence à Napoléon IV ou V,
histoire de voir simplement s'il est bien
vrai qu'un Bonaparte ne va jamais sans
une ou deux invasions. Enfin, il y aurait
de la variété.
Mais je signale tout de suite à M. Gaudin
de Villaine l'immense danger de son sys-
tème. Comment ne s'en est-il pas aperçu?
Comment n'a-t-il pas vu qu'une telle com-
binaison constituait une excitation perma-
nente au régicide? Quelle serait -ne fré-
mit-on pas en y songeant? — la situation
physique et morale des malheureux que la
vox populi aurait piacés. pour le temps
qui leur resterait à vivre, à la tête de la
nation, et dont la mort devrait ainsi ou-
vrir un champ si vaste à tant d'espérances
diverses! Se figure-t-on cette existence?
Vivre, dormir même cuirassé, ne boire
que de l'eau claire — et encore ! — ne man-
ger que des œufs à la coque ! Il arrive
très souvent — lisez l'histoire — qu'un
roi meure avant l'âge, supprimé par des
compétiteurs trop pressés, mais en l'état
ordinaire la quantité de ces compétiteurs
est restreinte; étant mises de côté les
conjurations populaires, on ne trouve
guère d'assassins probables en dehors de
la famille. La proposition de M. Gaudin de
Villaine tendrait à multiplier à l'infini le
nombre de ces compétiteurs, c'est-à-dire
de ces régicides possibles!. Est-ce que,
par hasard, un farouche ennemi des rois
se cacherait sous le veston court de cet
aimable député, d'ailleurs homme d'es-
prit?
Et puis, suppressions violentes à part,
est-ce que ce système n'entraînerait pas
à des remaniements trop fréquents pour
la bonne marche des affaires publiques?
Il y a évidemment des monarques qui s'é-
ternisent sur le trône; à preuve Louis XIV
et Louis XV; mais il en est d'autres dont
le, règne est das pius courts. Philippe III
et Henri III ont régné 15 ans ; Henri II,
14 ans; Charles IX, 13 ans ; Philippe IV et
Charles IV, 6 ans; Louis X, 2 ans; Fran-
çois II, 17 mois. Adopter le système de
M. Gaudin de Villaine, ne serait-ce pas
substituer à l'instabilité ministérielle, dont
on se plaint non sans raison, l'instabilité
gouvernementale ? Voyez-vous la France
passant, tous les huit ou dix ans en
moyenne, de la monarchie constitution-
nelle à l'empire, de celui-ci à la mo-
narchie absolue, de cette dernière à la
dictature militaire, etc. ?. Bien entendu,
à toute mutation la plupart des institu-
tions sociales vireraient également de
bord. C'est cela qui grossirait au budget
les chiffres de pensions de retraite ! chaque
gouvernement nouveau s'empressant,
cela va de soi, de remplacer les créatures
du régime précédent par ses créatures à
lui, et tout ie monde faisant valoir les
droits acquis!
Et dire que c'est la, à des conceptions
d'une si parfaite, cocasserie qu'on en ar-
rive, nécessairement, fatalement, toutes
les fois que, mettant de côté la logique et
la vérité, on tente de faire contracter à la
monarchie et au suffrage universel ce ma-
riage auprès duquel l'accouplement légen-
daire de la carpe et du lapin paraît unr
véritable simplicité physiologique!
LUCIEN VlcrOR-MBUNIBR.;
-0. - - :
LETTRE DU GÉNÉRAL FÉVRIER
En quittant le 6e corps, le général FEfJ
vrier a adressé aux troupes qu'il comman-,
dait l'ordre du jour suivant : *
Officiers, sous-officiers et soldats,
Atteint par la limite d'âge, je passe à la date
du 21 octobre dans la deuxième section de
l'état-major général. A partir de ce jour, le
général d'Espeuilles, commandant la 4e divi-
sion de cavalerie, exerce'a le commandement
du 68 corps d'armée jusqu'à l'arrivée de mott
successeur.
Pendant les six années que j'ai passées à
votre tête, je n'ai eu qu'à me louer de votr.
excellent esprit.
La tâche qui m'incombait était lourde; par
votre zèle et votre dévoue nent absolu au de-
voir, vous l'avez allégée et vous m'avez rendue
le commandement facile. Je vous en re.4
mercie.
Vous occupez sur la frontière un posta;
d'honneur. Ne l'oubliez ja nais, et contineez d«
mériter, comme vous l'avez fait * là 1
jour, la confiance que les sympathiques popu-
lations qui vous entourent et le gouvernement;
de la République ont mise dans votre patri,
tisme.
Pour moi; je m'éloigne de vous avec ur* :
profond regret, mais je "este des vôtres par le-
cœur, et je serai toujours heureux de vos
succès.
Châlons, i9 octobre. 4888.
Le général commandant le 6e corps
d'armée,
FÉVRIER.
LES ON-DIT
Les soixante-six projets du concours
Danton sont exposés depuis hier à l'Hôtel
de Ville. Le nombre des visiteurs qui sel
pressent à cette exposition, les discussions
qui s'élèvent dans la salle, disent assezi
combien la figure de celui qui en est l'ob -
ject passionne encore le public. Les grou-4
pes vont, s'arrêtent aux endroits où let
grand tribun met sa silhouette la plu £ g
énergique. Le projet de M. Baffier (nO 44)
est très entouré. Danton vient d'escalades
la tribune, qui lui sert de piédestal. De*j
bout, ramassé sur lui-même, le bras tendu. •
les poings serrés, le mùffle en avant*
tout le corps tremble d'audace, frémit
de conviction, d'énergie concentrée. Trè$ï
« peuple », trop peuple peut-être. Un sans-
culotte, coiffé du bonnet phrygien, grava;
de la pointe et du-marteau, sur le marbre
de la tribune : La Patrie et la Répuhlir¡tte ài
Danton.
M. Marqueste (n° 51) a fait un Danton qui
a de l'ampleur, de l'autorité. Il crio : Do!
l'audace ! encore de l'audace! C'est la pa-
trie en danger. Les figures de volontaires
qui défilent devant lé piédestal sont très*
étudiées, ont bien l'allure et la couleur de*
l'époque.
Très beau de geste, de mouvement, le
Danton de M. Desca (n° 30). Deux remar-
quables bas-reliefs : l'Appel des volon-
taires, et Danton haranguant les femmes'
de la Halle, flanquent à droite et à gauche
le piédestal. C'est une œuvre complète.
J'en dirai autant du projet de M.
Paris ; les figures qui entourent Danton
sont bien groupées, harmonieuses, —
mais l'ensemble du groupe peut sembler
théâtral, comme chantant. Il y a de l'é-
lan, de la simplicité, de la flamme dans
le Danton de M. Edouard Fournier, n 4.
Celai de M. Capellaro, debout, les ras
croisés, prend vraiment .possession de la,.
tribune, où il apparaît comme une incar-
nation de la force et de la. souveraineté
populaires.
M. Fa\guière s'est contenté d'un buste,
Feuillete» du RAPPEL
DU 23 OCTOBRE
183
LES
MISÉRABLES
TROISIÈME PARTIE J
MARIUS
- LIVRE HUITIÈME
- ,," LE MAUVAIS PAUVRe
Le judas de la Provideuee
Marius depuis cinq ans avait vécu dans
la pauvreté, dans le dénûment, dans la
détresse même, mais il s'aperçut qu'il
c'avait point connu la vraie misère. La
vraie misère, il venait de la voir. C'était
cette larve qui venait de passer sous ses
Jf £ UX.
C'est qu'en effet qui n'a yu e a mi-
re de l'homme n'a rien vu il faut voir la
Reproduction Interdite.
¡,Voir le Rqj'j'di du 23 avril au 22 oçtobrct
misère de la femme ; qui n'a vu que la
misère de la femme n'a rien vu, il faut
voir la misère de l'enfant.
Quand l'homme est arrivé aux dernières
extrémités, il arrive en même temps aux
dernières ressources. Malheur aux êtres
sans défense qui l'entourent! Le travail,
le salaire, le pain, le feu, le courage, la
bonne volonté, tout lui manque à la fois.
La clarté du jour semble s'éteindre au
dehors, la lumière morale s'éteint au de-
dans; dans ces ombres, l'homme ren-
contre la faiblesse de la femme et de l'en-
fant, et les ploie violemment aux igno-
minies.
Alors toutes horreurs sont possibles.
Le désespoir est entouré de cloisons fra-
giles qui donnent toutes sur le vice ou sur
le crime.
La santé, la jeunesse, l'honneur, les
saintes et farouches délicatesses de la
chair encore neuve, le cœur, la virginité,
la pudeur, cet épiderme de l'âme, sont si-
nistrement maniés parce tâtonnement qui
cherche des ressources, qui rencontre
l'opprobre, et qui s'en accommode. Pères,
mères, enfants, frères, sœurs, hommes,
femmes, filles, adhèrent, et s'agrègent
presque comme une formation minérale,
dans cette brumeuse promiscuité d dexes
de parentés, d'âges, d'infamies, d'inno-
cences. Ils s'accroupissent, adossés les
uns aux autres, dans une espèce de destin-
taudis. Ils s'entre-regardent lamentable-
ment. 0 les infortunés ! comme ils sont
pâles 1 comme ils ont froid! Il semble
qu'ils soient dans une planète bien plus
loin du soleil que nous.
Cette jeune fille fut pour Marius une
sorte d'envoyée des ténèbres.
Elle lui révéla tout un côté hideux de la
nuit. Marius se reprocha presque les
préoccupations de rêverie et de passion
qui l'avaient empêché jusqu'à ce jour de
jeter un coup d'œil sur ses voisins. Avoir
payé leur loyer, c'était un mouvement
machinal, tout le monde eût eu ce mou-
vement; mais lui Marius eut dû faire
mieux.
Quoi! un mur seulement le séparait de
ces êtres abandonnés qui vivaient à tâ-
tons dans la nuit en dehors du reste des
vivants, il les coudoyait, il était en quel-
que sorte, lui, le dernier chaînon du genre
humain qu'ils touchassent, il les entendait
vivre ou plutôt râler à côté de lui, et il n'y
prenait point garde ! Tous les jours, à cha-
que instant, à travers Ta muraille, il les
entendait marcher, aller, venir, parler, et
il ne prêtait pas l'oreille! et dans ces pa-
roles il y avait des gémissements, et il ne
les écoutait même pas, sa pensée était
ailleurs, à des songes, à des rayonnements
impossibles, à des amours \en l'air, à -des
folies; et cependant des ..créaturos humai-
nes, ses frères en Jésus-Christ, ses frères
uâns le peuple, agonisaient à côté de lui !
agonisaient inutilement! il faisait même
partie de leur malheur et il l'aggravait.
Car s'ils avaient eu un autre voisin, un voi-
sin moins chimérique et plus attentif, un
homme ordinaire et charitable, évidem-
ment leur indigence eût été remarquée,
leurs signaux de détresse eussent été
aperçus, et depuis longtemps déjà peut-
être ils eussent été recueillis et sauvés!
Sans doute ils paraissaient bien dépra-
vés, bien corrompus, bien avilis, bien
odieux même, mais ils sont rares ceux
qui sont tombés sans être dégradés ; d'ail-
leurs il y a un point où les infortunés et
les infâmes se mêlent et se confondent
dans un seul mot, mot fatal, les miséra-
bles; de qui est-ce la faute? Et puis, est-
ce que ce n'est pas quand la chute est
plus profonde que la charité doit être plus
grande?
Tout en se faisant cette morale, car il y
avait des occasions où Marius, comme
tous les cœurs vraiment honnêtes, était à
lui-même son propre pédagogue et se
grondait plus qu'il ne le méritai4, il con-
sidérait le mur qui le séparait des Jon-
drette comme s'il eût pu faire passer à
travers cette cloison son regard plein de
pitié et en ces malheu-
reux..
Le mur était une mince lame de plâtre
soïttenue par des lattes et dés solives. et
qui, comme on vient de le lire, laissait
parfaitement distinguer le bruit des pa-
roles et des voix II fallait être le songeur
Marius pour ne pas s'en être encore aperçu.
Aucun papier n'était eollé sur ce mur ni
du côté des Jondrette ni du côté de Marius ;
on en voyait à nu la grossière construc-
tion.
Sans presque en avoir conscience, Ma-
rius examinait cette cloison ; quelquefois
la rêverie examine, observe et scrute
comme ferait la pensée. -
Tout à coup, il se leva, il venait de re-
marquer vers le haut, près du plafond, un
trou triangulaire résultant de trois lattes
qui laissaient un vide entre elles.
Le plâtras qui avait dû boucher ce vide
était absent, et en montant sur la com-
mode on pouvait voir par cette ouverture
dans le galetas des Jondrette.
La commisération a et doit avoir sa cu-
riosité. Ce trou faisait une espèce de judas.
Il est permis de regarder l'infortune en
traître pour la secourir.
— Voyons un peu ce que c'est que ces
gens-là, pensa Mar us, et où ils en sont.
Il escalada la commode, approcha sa
prunelle de la crevasse, et regarda.
VI
L'homme fauve au gîte
Les villes, comme les forêts, ont leurs
antres ou se cachent tùut. ce qu'elles ont
de plus méchant et de plus redoutable.
Seulement, dans les villes, ce qui se cache
ainsi est féroce, immonde et petit, c'est-
à-dire laid ; dans les forêts, ce qui se ca-
che est féroce, sauvage et grand, c'est-à-
dire beau. Repaires pour repaires, ceux
des bêtes sont préférables à ceux des
hommes. Les cavernes valent mieux que
les bouges
Ce que Marius voyait était un bouge.
Marius était pauvre et sa chambre était
indigente, mais de même que sa pauvreté
était noble, son grenier était propre. Le
taudis où son regard plongeait en ce mo-
ment était abjeet,' sale, fétide, infect, té-
nébreux, sordfde. '',
Pour tous meubles, une chaise de paille.
une table infirme, quelques vieux tessons,
et dans deux coins deux grabats indes-
criptibles ; pour toute clarté, une fenêtre-
mansarde à quatre carreaux, drapée de
toiles d'araignée. Il venait par cette lu-
carne juste assez de jour pour qu'une face,
d'homme parût une face de fantôme.
Les murs avaient un aspect lépreux, et
étaient couverts de coutures et de cica-
trices comme un visage défiguré par quel-
que horrible maladie ; une humidité chas-
sieuse y suintait. On y distinguait des des-
sins obscènes grossièrement charbonnés.
La chambre que Marius occupait avait
un pavage de briques délabré; celle-ci
n'était ni carrelée, ni plancbéiée; on y
marchait à cru sur l'antique plâtre de la
masure devenu noir sous les pieds. Sur
tè, sol inégal, où la poussière était comme
incrustée et qui n'avait qu'41ne virginité,
celte du balai, se groupaient capricieuse-
ment des constellations de vieux chaus-
sons, de savates et de chiffons affreux ; dix
reste, cette chambre avait une chemi-
née; aussi la louait-on quarante francs
par an.
Il y avait de tout dans cette cheminée,
un réchaud, une marmite, des planches
cassées, des loques pendues à des clous,
une cage d'oiseau, de la cendre et mémo
un peu de feu. Deux tisons y fumaieni
tristement.
VICTOR HUGO.
(A suivre.)
i.
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