Titre : La Lanterne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1896-08-20
Contributeur : Flachon, Victor. Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 20 août 1896 20 août 1896
Description : 1896/08/20 (N7060,A20). 1896/08/20 (N7060,A20).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-54
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 10/07/2012
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Directeur Politique i Emile CORNUDET
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20' ANNÉE — NUMÉRO 7060 3 FRUCTIDOR — AN 104
JEUDI 20 AOUT - 1896 - JEUDI 20 AOUT
Le Numéro : 6 Centimes
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LE GACHIS FINANCIER
Le discours que M. Méline a prononcé
en prenant la présidence du Conseil gé-
néral des Vosges, offre, étant donnée la
situation de son auteur, un certain in-
térêt.
Il indique, en effet, quelle sera, à la
rentrée des Chambres, l'attitude du
gouvernement en ce qui concerne la
grosse question de la réforme de l'impôt.
M. Méline a donné à entendre qu'en
présence de l'opposition qui s'était ma-
nifestée contre l'impôt-sur la rente, le
gouvernement était prêt à retirer son
projet.
Quelque surprenante qu'elle soit,
cette déclaration n'a rien d'inattendu
pour nous. Nos lecteurs se souviennent
peut-être que nous l'avions prévue depuis
longtemps et que nous avions annoncé,
dès les premiers jours des vacances
jparlementaires, que le ministère sai-
sirait l'occasion de la session des Con-
seils généraux pour retirer son malen-
contreux projet et esquiver ainsi à la
Chambre un vote qui l'eût mis en mino-
rité et l'eût acculé à une démission.
On se rappelle également que plu-
sieurs journaux ministériels nous ont,
à cette occasion, accusés d'attribuer ar-
bitrairement au ministère d'invraisem-
blables desseins pour le mieux combat-
tre, tout comme ils nous accusaient
dernièrement de lui prêter mécham-
ment l'intention de dissoudre la Cham-
bre.
On voit que sur le premier point au
moins — et l'avenir dira si nous avions
raison en ce qui touche la dissolution —
nos prévisions n'étaient pas aussi arbi-
traires que la presse ministérielle affec-
tait de le dire, puisque l'événement les
a pleinement confirmées.
Mais alors, si le projet d'impôt sur la
rente est retiré, que va-til rostor du
soi-disant projet de réforme fiscale élu-
cubré par M. Cochery et si bruyamment
présenté par le ministère comme le nec
plus ultra d'une politique sage, pré-
voyante et de progrès continu ?
On n'a pas oublié l'enthousiasme que
les journaux ministériels manifestèrent
au sujet de ce projet avant qu'il fût dé-
posé,
— Vous allez voir, nous disaient ces
journaux, comment les modérés savent
s'y prendre pour faire aboutir les ré-
formes que la politique radicale socia-
liste est impuissante à réaliser.
Pour s'être un peu refroidi après le
dépôt du projet, cet accès de lyrisme
n'en persista pas moins dans la presse
ministérielle qui continua à dauber sur
les radicaux socialistes, ces brouillons
qui ne savent rien faire et à qui, affir-
mait-elle, les modérés allaient donner
une leçon de politique pratique en tran-
chant d'un tour de main la question de
la réforme fiscale.
Eh bien ! aujourd'hui, il n'y a plus de
doute possible, si jamais on put en
avoir ; le cabinet modéré se rend si bien
compte de l'absurdité et de l'imprati-
cabilité de son projet qu'il va le retirer
purement et simplement, et voilà cette
année encore, et par sa faute, la réforme
fiscale à vau-l'eau, alors qu'elle était
sur le point d'aboutir avec le cabinet
radical socialiste.
Il est à peine besoin de remarquer
que M. Méline, dans le discours même
où il annonce l'échec de la politique
financière du cabinet qu'il préside, pro-
teste contre cet échec et déclare que
son ministère fera la réforme quand
même.
— Si la rente n'est pas imposée, dit-
il avec un certain aplomb, les ren-
tiers n'en contribueront pas moins aux
charges de l'Etat : ils seront frappés par
voie de conversion. Cela revient à dire
que la situation privilégiée des por-
teurs de titres de l'Etat restera la même
et que l'énorme tribut qu'ils prélèvent
sur le produit général des impôts sous
- forme d'arrérages demeurera indemme
de toute charge fiscale. Telle est la con-
clusion à tirer des paroles de M. Méline,
à moins qu'il n'ait prétendu dire cette
absurdité que les 30 ou 40 millions an-
nuels que l'impôt sur la rente devait
produire, seront désormais assurés au
Trésor par voie de conversions succes-
sives et à jet continu.
Mais, malgré les fantaisies que M. Mé-
line se permet en matière financière,
matière peu connue de lui, telle n'a pas
été sa pensée, puisqu'il reconnaît que
le retrait du projet d'impôt sur la rente
créera dans le budget. qu'avait établi
M. Cochery, un déficit qu'il faudra com-
bler par un moyen quelconque.
Quel sera ce moyen ? M. Méline ne le
dit pas ; il a l'air de s'en rapporter aux
hasards de la discussion à la Chambre
ou dans la commission du budget, pour
le trouver.
D'où il résulte qu'en réalité il n'y a
plus aujourd'hui de projet de budget, le
gouvernement renonçant à son projet
primitif et ne sachant encore par quoi
le remplacer. -
Or, en admettant, ce qui n'est pas
probable, que d'ici à la rentrée de la
Chambre le gouvernement ait trouvé le
moyen de sortir de cette impasse, il ne
faut pas oublier que cette rentrée n'au-
ra lieu, avec tous les retards qu'y ap-
portera la visite du tsar, que vers la fin
d'octobre. C'est donc à cette date, c'est-
à-dire deux mois avant la clôture de
l'exercice financier, que le ministère, si
tant est qu'il aboutisse, apportera son
nouveau projet de budget pour l'exer-
cice prochain.
Et il est bien évident que les deux mois
qui resteront au Parlement, avant la fin
de l'année, seront absolument insuffi-
sants pour étudier et adopter le projet
nouveau.
Dès lors, on reviendra aux anciens
errements et on votera une fois de plus
un budget d'attente, de déception, ex-
clusif de toute réforme et maintenant
tous les anciens abus. Encore faudra-t-
il pour cela un certain nombre de dou-
zièmes provisoires, qui nous feront re-
tomber jusqu'au cou dans le gâchis
financier auquel la politique radicale
socialiste avait si heureusement mis fin
l'année dernière.
Si cette politique était restée aux af-
faires, nous aurions la réforme fiscale à
partir de janvier prochain, cette réforme
se traduisant par un dégrèvement de
40 0/0 des contributions directes payées
par les agriculteurs. L'intervention de
la politique modérée dans la personne
de M. Méline a changé tout cela, et aura
pour résultat d'ajourner la réforme de
l'impôt aux calendes.
Donc pas de réformes, un budget de
déception, des douzièmes provisoires,
en d'autres termes, le gâchis politique
et financier, voilà ce que nous annonce
le discours prononcé par M. Méline au
Conseil général des Vosges. Tel sera le
lendemain de la visite du tsar, que l'on
s'apprête à exploiter pour tâcher de mas-
quer cette situation.
Espérons que les députés, qui ont leur
responsabilité à dégager devant le pays,
reviendront, de leur contact avec les
électeurs, les yeux complètement des-
sillés. ,.
RAPHAËL PARÉ.
A. CUBA
Madrid, t8 août. — De nouveaux renforts
destinés à Cuba, partiront du 20 au 23, de San-
tander, La Corogne, Cadix et Barcelone.
Washington, 18 août. — On parle beaucoup,
dans les cercles officiels, des réclamations que
préparerait la Légation espagnole au sujet des
dommages subis du fait des flibustiers cubains
partis des Etats-Unis. On dit qu'en ébruitant
cette nouvelle, l'Espagne a eu en vue d'empê-
cher le départ de nouveaux flibustiers.
On dit en outre que toutes les réclamations
de l'Espagne seront vaines on rappelle, à ce
propos, qu'en 1885, M. Bayard notifia au minis-
tre espagnol Baierra que le soin de découvrir
les flibustiers appartenait exclusivement à
l'Espagne.
Lisbonne, 18 août. — Le journal Novidades
du 15 août, publie sous ce titre : l'Espagne et
Cuba, un article développant cette pensée que
l'Espagne a défendu héroïquement et digne-
ment à Cuba l'honneur de ses armes, et que
nul ne saurait lui refuser son admiration. Les
Novidades concluent en déclarant qu'à raison
même de ce fait, rien n'oblige l'Espagne à aller
plus loin.
« Dans l'isolement, dit ce journal, ou l'é-
goïsme des autres puissances a laissée l'Espa-
gne, aller plus loin serait cesser d'être un
héroïsme louable pour n'être plus qu'une folie
ruineuse. »
New- Ybrh, 18 août. — Un immense meeting
a été tenu àKay-West hier soir, pour protester
contre le meurtre de M. Charles Govin, corres-
pondant d'un journal de la Floride.*
Le meeting a adopté une résolution propo-
sant d'envoyer un télégramme à M. Olney, se-
crétaire d'Etat au ministère des affaires étran-
gères, pour lui demander de protéger les Amé.
ricains à Cuba.
Madrid, 18 août. — Une dépêche privée de
Cuba dit que la colonne Zaballa a eu une ren-
contre avec les bandes Aguirre et Mirabal près
de Las Lajas à une demi-lieue de la Havane.
L'engagement a été acharné.
NOUVELLE PROVOCATION
Le gouvernement continue le cours de
ses exploits. M. Calvignac, maire de Car-
maux, vient d'être révoqué de ses fonc-
tions.
La Cour de Toulouse, qui n'est pourtant
point suspecte, n'ayant condamné Calvi-
gnac qu'à 100 francs d'amende ce qui, dans
les conditions de la poursuite, équivalait
à un acquittement, le cabinet avait une re-
vanche à prendre. Il fallait surtout em-
pêcher à tout prix M. le baron Reille
d'être trop mécontent de l'arrêt rendu.
C'est pourquoi M. Barthou s'est empressé
de révoquer le maire de Carmaux, offrant
insi un nouveau gage au parti clérical et
donnant par là même une leçon aux élec-
teurs qui ont nommé Calvignac et aux
magistrats qui ne l'ont pas assez sévère-
ment condamné, au gré du gouverne-
ment.
C'est toujours le même système de pro-
vocation à l'égard de la démocratie, pour
complaire à MM. d'Hulst, de Mun, Reille
et de Mackau, ces protecteurs tout puis-
sants du ministère. Petits hommes, petits
moyens!
ECHOS
Observations météorologiques :
Température la plus 15 au-dessus de o
basse à 2 h. 40 matin.. 12°15 au.dessus deo
La plus élevée du jour
à 2 h. 3o soir. 25°10 au-dessus deo
Temps probable pour aujourd'hui : Nuageux ;
température chaude.
Aujourd'hui mercredi, à deux heures,
courses à Deauville.
NOS FAVORIS
Prix de Deauville : Murat ou Neri.
Prix du Conseil général du Calvados :
Pervenche ou Phosphore.
Prix de la Société des courses de Deau-
ville et de la Société d'Encouragement du
Demi-Sang : Obole ou Nacelle.
Prix de la Plage : Pastille ou Jouteuse.
International de Trouville : Léda ou
Lubin.
Prix de l'Hippodrome : Caracoleur ou
Gondole.
Le bracelet de Mme Beecher-Stowe !
L'auteur de la Case de l'oncle Tom a laissé
à sa fille, pour être placé dans un musée, après
sa mort, un bracelet qui a une histoire.
C'était en 1854. Mme Beecher-Stowe venait
de faire en Angleterre des conférences anti-
esclavagistes. A son départ, la duchesse de
Sutherland lui fit don d'un bracelet qui affec-
tait la forme d'une chaîne d'esclave, avec cette
inscription: « Pour que les esclaves soient affran-
chis avant peu. »
Quand fut décrétée l'abolition de l'esclavage
aux Etats-Unis, Mme Beecher-Stowe fit in-
scrire sur le bracelet la date de ce mémorable
événement.
C'est ce bijou historique qui sera placé un
jour dans un des musées des Etats-Unis.
Avant que la pioche des démolisseurs s'a-
batte sur les ruines de la Cour des comptes —
ce qui ne saurait tarder — rappelons qu'il y a
là toute une flore d'une vivacité stupéfiante et
qui mérite d'arrêter l'attention de nos botanis-
tes. L'un d'eux; M. Joseph Vallot, s'est amusé
à en dresser le catalogue. Il n'a pas trouvé
moins de cent cinquante-deux espèces de
plantes, notamment des pâquerettes, des mar-
guerites, des chardons, des millefeuilles et
jusqu'à des érables.
M. Vallot, d'ailleurs, a tout spécialement
étudié la flore parisienne. Au cours de ses
herborisations, le savant » faib détonnantos
découvertes. Il a trouvé la moutarde sauvage
quai d'Austerlitz, autour de l'Arc de Triomphe ;
le chou, quai d'Orsay; la verveine, sur le terre-
plein du Pont-Neuf ; la lentille, boulevard Vol-
taire; la garance, sur les berges du canal de
l'Ourcq, à la Villette ; la chicorée, quai de Gre-
nelle, et enfin la laitue place du Carrousel. En
tout, plus de deux cents espèces de plantes.
Le bon poète Goudeau, qui a chanté les
Fleurs de bitume, n'avait pas songé à. celles-
là.
L'esprit de parti fausse l'histoire. Il faut sa-
voir gré à la sincère documentation qui seule
remet les choses en leur véritable place.
M. Ch.-L. Chassin, dont l'autorité des tra-
vaux révolutionnaires est depuis longtemps
établie, jette un jour précieux sur la guerre de
Vendée par la publication du Tome 1 des Paci-
fications de l'Ouest, 1794-1801. Cette histoire,
jusqu'à présent réputée indéchiffrable, s'éclaire
d'une lumière vraie dont profite au plus haut
point la grande idée républicaine. Et c'est un
devoir de signaler aux bibliothèques populaires
cet ouvrage d'utilité patriotique écrit par un
défenseur convaincu de la liberté.
Le monument de Leconte de Lisle, œuvre du
sculpteur Puech et de l'architecte Scellier de
Gisors, vient d'être moulé en plâtre et figurera
sous sa forme définitive en marbre au prochain
Salon des Champs-Elysées.
Le monument se compose d'un haut piédes-
tal surmonté du buste de l'auteur des Poèmes
barbares. A gauche du piédestal, une muse
-ailée semble défendre le poète. Cette grande
figure sera en marbre, comme d'ailleurs tout
le monument, mais les ailes seront dorées et
dorée également sera la branche de laurier en
métal que la muse-tiendra de la main gauche,
derrière le buste de Leconte de Lisle. Autour
du piédestal, et rappelant l'origine créole du
poète, un bananier étendra ses larges feuilles
dentelées.
Le monument sera édifié, comme on le sait,
dans le jardin du Luxembourg, près du boule-
vard Saint-Michel.
Voilà une souscription qui a fait des pro-
grès; il est vrai qu'aucun corps constitué ne
s'en est occupé.
feVWWVt
MOT DE LA FIN
Définitions :
Homme. — Terme générique qui em-
brasse la femme. il
Passe-Partout.
GAGES A LA RÉACTION
Si le parti réactionnaire n'est pas
content du cabinet Méline, c'est que,
décidément, il est insatiable.
Jamais aucun gouvernement, même à
l'époque de l'Ordre moral et du Seize-Mai,
n'a donné plus de gages significatifs aux
adversaires de la République, que le mi-
nistère actuel.
Il va même si loin, qu'il en arrive à éton-
ner, à décourager et même à « scandali-
ser » ses meilleurs amis, les opportu-
nistes.
Ces jours derniers, n'a-t-il pas eu la sin-
gulière idée de désigner, pour aller en
mission à l'exposition de NIjni-Novgorod,
un des cléricaux-réactionaires les plus mi-
litants de la ville d'Angers, M. Georges
Bougère, frère du député conservateur de
Maine-et-Loire 1
Un pareil choix est si extraordinaire que
le Patriote d'Angers, iournal d'opinion très
modérée s'en est indigné et n'a pas hésité
à le blâmer sans réserves.
M. Georges Bougêre, dit notre confrère, n'é-
tait désigné pour cette mission en Russie, ni
par des convictions républicaines de nature &
lui donner la confiance du gouvernement, ni
par un passé industriel et commercial permet-
tant de passer au-dessus de toutes les considé-
rations politiques.
La feuille opportuniste conclut en décla-
rant que « de telles désignations sont fai-
tes pour dérouter l'opinion républicaine
dans les départements et qu'en cette cir-
constance, le ministère Méline a commis
une bourde. »
Il ne nous déplaît pas de constater que
les opportunistes eux-mêmes commencent
à s'inquiéter de l'orientation de plus en
plus réactionnaire imprimée par le cabi-
net actuel à sa politique.
Pour être tardives, leurs critiques na-
vrées n'en sont pas moins intéressantes et
instructives.
Mais ce n'est pas une « bourde », —
comme semble naïvement le croire le Pa-
triote, — que le gouvernement a commise
en confiant une mission officielle à M.
Georges Bougère, le maire réactionnaire
de Sainte Gemme, c'est un acte réfléchi,
conscient, et qui n'est, au fond, que la
mise en œuvre d'une politique bien déter-
minée, comme l'étaient les instructions
envoyées dernièrement par M. Barthou au
sujet des égards avec lesquels M. le dé-
puté conservateur de Grandmaison devait
etre traité par le préfet.
Le président du Conseil, dans tous ses
discours, mais surtout dans ses actes, pa-
raît n'avoir qu'un but : gagner les bonnes
grâces du parti réactionnaire et s'assurer
sa protection et son appui.
Il y a quelques jours, au grand scandale
des républicains de Maine-et-Loire, M.
Méline nommait officier du Mérite agricole
un personnage dont le principal titre à
cette distinction est d'être la créature du
Conseil général monarchiste de ce dépar-
tement.
Dans le Morbihan, uniquement pour être
agréable à un député opportuno-réaction-
naire, il a décoré du Mérite agricole un
ancien épicier, devenu marchand de cidre,
dont les titres agronomiques ou simple-
ment agricoles sont un mystère pour tout
le monde.
Les journaux opportunistes, qui ne peu-
vent manquer d'avoir des trésors d'indul-
gence pour le cabinet Méline, se contente-
ront peut-être de traiter de « bourdes »
toutes ces nominations étranges; mais
pour nous et pour l'immense majorité des
républicains, ils constituent tout simple-
ment des gages au parti réactionnaire et
clérical.
AU POLE NORD
Voici, au sujet de l'expédition Nansen au
Pôle-Nord, les renseignements fournis par l'of-
ficier de marine belge Adrien de Gerlache qui
se trouve actuellement en Norvège, préparant
sa propre expédition au Pôle-Sud.
Le Fram battait le pavillon norvégien « pur »
c'est-à-dire sans la marque de l'union avec
la Suède (coin supérieur à la hampo). On sait
que c'est le pavillon adopté par le parti radical.
Le roi Oscar ne savait pas, lorsqu'il souscri-
vit de sa cassette particulière une assez forte
somme à l'expédition, que son chef fût, en poli-
tique, un radical. Comme il en témoigna plus
tard son mécontentement, des amis personnels
de Nansen se cotisèrent pour renvoyer au roi
le montant de sa souscription.
C'est le 30 juin 1830 que le Storthing vota par
73 voix contre 39 le projet de loi allouant une
somme de 200,000 couronnes (280,000 fr.) à l'ex-
pédition.
En janvier s'ouvrait une souscription natio-
nale qui, quelques semaines après, permettait
déjà à Nansen de commander le Fram. Celui-
ci fut lancé le 26 octobre 1892 et l'expédition
quitta Christiania le 24 juin 1893. Après un
heureux voyage le long de la côte, le Fram
quittait Vardœ le 21 juillet dans la matinée ;
il arrivait le 29 du même mois à Chaborava et
quittait ce port le 3 août à il h. 1/2 du soir.
Depuis lors, on n'avait plus eu de lui que de
« fausses nouvelles » ; pigeons et ballons
aperçus à différentes reprises, et enfin, cet hi-
ver, le fameux télégramme.
veLr, 'expédition Nansen coûte au delà de 500,000
francs, mais il n'est pas un Norvégien qui
trouve que ce soit payer trop cher l'auréole de
gloire dont la Norvège se trouve nantie aujour-
d'hui.
Une dépêche de Vardœ annonce que Nansen
a quitté cette ville hier matin. Après un court
séjour à Hammerfest, Tromsoë et Drontheim, il
se rendra à Christiania où il arrivera probable-
ment dimanche prochain.
LES TROUBLES DE LENS
Lens, 18 août. — La bagarre qui s'est
produite, dimanche, à Billy-Montigny, en-
tre les membres du Parti ouvrier et les
réactionnaires, a vivement impressionné
la population travailleuse du bassin houil-
ler du Pas-de-Calais. Elle est indignée des
menées opportunistes et cléricales aux-
quelles elle attribue les scènes déplora-
bles de dimanche.
Nombre de curieux vont visiter les dé-
gâts causés à la salle Bouchet par les ma-
nifestants.
Le bruit circule que le propriétaire de
cette salle va s'adressera la commune pour
se faire indemniser des dégâts' causés à son
établissement.
Le commissaire spécial souffre d'une
forte contusion derrière la tête. On pense
qu'une enquête va être prescrite afin de
découvrir les auteurs des coups portés à
ce fonctionnaire connu dans le bassin
houiller du Pas-de-Calais depuis quinze
ans.
Mais il est bien inutile d'ajouter que
cette enquête n'aboutira à aucune pour-
suite. Ce n'est pas le ministère Meline-
Barthou qui s'aviserait de poursuivre des
gens qui ne sont, en somme, à ses yeux,
coupables que d'excès de zèle.
M. Lourties, maire de Billy-Montigny
et frère de l'ancien ministre du commerce,
a adressé à ùn journal de la région une
lettre dont nous croyons intéressant de ci-
ter les passages suivant :
MM. Evrard et Ghesquiêre, qui se seraient
trouvés en périlleuse situation s'ils ne s'étaient
pas abrités derrière l'écharpe du maire et celle
du commissaire de surveillance, ont annoncé
leur prochain retour. Eh bien, je ne les engage
pas à tenter encore une fois l'aventure à Billy-
Montigny.
Je dis mieux : il ne serait pas prudent, étant
donnée l'effervescence des esprits, de faire une
conférence internationaliste dans le bassin
houiller.
Tous les maires des cantons de Lens, Carvin
sont prêts à protéger leur commune contre les
menées internationalistes. Il leur suffira pour
cela de faire appel à tous les bons citoyens, à
tous les patriotes, si nombreux dans le bassin
houiller. oui ne se laissent pas hypnotiser pw
cette loque rouge derrière laquelle se dissimule
l'épée allemande ou le sabre d'un sauveur.
Ce jour-là, messieurs, ce n'est pas vingt gen-
darmes qu'il faudra pour protéger votre per-
sonne. Nous demanderons un escadron de ca-
valerie.
Un dernier mot à M. Evrard. Les conférences
professionnelles que vous avez faites à Billy-
Montigny se sont toujours passées au milieu
d'un calme profond. Celles-là, nous les avons
toujours respectées et je les ferai toujours res-
pecter.
Le ton de la lettre de ce maire opportu-
niste suffit à établir la part de responsa-
bilité qui incombe, dans la bagarre de di-
manche, aux partisans du ministère Mé-
line. On remarquera la joie avec laquelle
le Lourties évoque le souvenir des actes
de sauvagerie accomplis dans sa commune
par une bande d'énergumènes. C'est tout
au plus si ce singulier maire peut se rete-
nir de féliciter les assommeurs et de don-
ner aux maires des communes voisines le
conseil d'organiser contre les socialistes
des guet-apens du genre de celui de Billy-
Montigny.
Gageons que bébé Barthou ne traitera
pas le maire de Billy-Montigny de la même
façon que celui de Carmaux.
Le citoyen Calvignac a été révoqué ; M.
Lourties a bien des chances pour être dé-
coré, s'il ne l'est déjà.
Lens, 18 août. — Le citoyen Thurut,
peintre à Lens, arrêté dimanche soir au
cours de la bagarre survenue à Billy-Mon-
tigny, vient d'être mis en liberté.
egouvernement de curés que nous su-
bissons a tout de même compris que c'eût
été faire montre d'une complaisance exa-
gérée à l'égard des cléricaux, que de gar-
der en prison un citoyen qui n'avait
commis d'autre crime que de se laisser
assommer.
Aventure Chinoise
Les récents résultats de la statistique
témoignent du peu de propension de la
plupart de nos contemporains pour le ma-
riage. Aussi, ce ne sont qu'imprécations
contre ces endurcis célibataires qui, dans
la crainte d'une lignée trop nombreuse,
croient devoir se soustraire aux saines et
pures joies des justes noces.
On s'empresse de citer à titre de con-
traste les Chinois, qui se montrent au
contraire volontiers partisans de ces unions
fécondes qui accroissent sans cesse le chif
fre de la population.
Or, une amusante petite histoire, qui
nous arrive de Chine, tendrait à faire
croire que ce goût des familles nombreu-
ses n'est pas aussi répandu qu'on se l'ima-
gine dans le Céleste empire.
Il paraît qu'une Chinoise, reconnaissante
des bontés qu'avait pour elle un mission-
naire, alla lui faire des confidences au
sujet des inquiétudes que lui inspirait son
fils. Ce jeune homme se montrait des plus
récalcitrants au mariage et ne parlait de
rien moins que de se faire engager parmi
le nombreux personnel d'eunuques qui
remplit le palais impérial.
On juge du désespoir de la pauvre
femme. Avoir mis au monde un enfant
doué de tous les attributs du sexe viril, et
le voir s'entêter à perdre son plus beau
titre à la dignité d'homme, quelle infor-
tune !
Le missionnaire s'excusa de ne pouvoir
morigéner le jeune homme sur un sem-
blable chapitre qui, affirma-t-il, n'était pas
de son ressort.
La pauvre mère rentra chez elle plus
éplorée que jamais.
Sur ces entrefaites son fils revint et lui
dit: « Je sors du palais, c'est fait! »
Ces simples mots jetèrent l'effroi dans
le cœur de la malheureuse femme.
— « Tu es engagé comme eunuque ? »,
s'écria-t-elle.
- « Pas encore, répondit-il, mais j'en
suis digne a. -
L'infortunée Chinoise se répandit en
plaintes amères et en acerbes reproches,
mais que pouvait-elle contre le fait ac-
compli?
Elle se résigna donc à la pensée que son
triste rejeton aurait au palais une position
lucrative et exempte d'ennuis.
Mais lorsque le jeune homme vint pour
solliciter la place convoitée, on lui répon-
dit qu'elle était prise.
Les demandes avaient affiué et le plus
recommandé des candidats avait naturel-
lement été l'heureux élu.
Il s'en retourna chez lui, l'oreille basse
Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait
[plus.
Cette aventure nous prouve que les Chi-
nois ne sont pas toujours aussi friands de
nombreuses familles que le prétend la lé-
gende.
Albert Dayrolles.
ASSISTANCE PUBLIQUE
Je sors de l'Assistance publique.
Je recommande depuis près de trois an-
nées quelques vieillards et, entre autres,
un pauvre ouvrier de la Compagnie du gaz,
dont la face tuméfiée, cuite littéralement
par les fours de la toute puissante société,
rappelle à notre philanthropie qu'il existe
encore au XIXe siècle des martyrs du tra-
vail.
Ce vieillard, le père Seiler, m'a avoué
qu'il ne pourrait attendre davantage et
qu'il préférait en finir.
Oui, il est des gens comme cela qui, las,
fatigués, disent brusquement adieu à la
lassitude, à la fatigue, à la souffrance, à
l'ingratitude des hommes. Ce ne serait pas
le premier. J'en ai connu, et j'en pourrais
dire les noms, qui dans ce petit coin de
Paris que je représente, ont d'un seul coup
calmé leurs inquiétudes et les nôtres. C'est
horrible, et pourtant cela est.
L'Assistance est débordée par les de-
mandes de placement. Elle en a 6,000 au
bas mot, qui attendent que la mort fasse un
trou dans un bienheureux hospice pour s'y
nicher et y mourir à leur tour. 6,000 qui
attendent depuis un an, deux ans, cinq
ans. et qui remplissent les conditions re-
quises: infirmités inçurables ou soixante-
dix ans d'âge. @a pas attendu, elle, pour les
La société n'a pas attendu, elle, pour les
prendre dans ses lacs, dans ses griffes ; à
vingt ans, elle les a jetés au régiment, de
là à la mine, aux champs, à 1 usine, au
magasin, au bureau ; elle a pris une part
de leur travail pour entretenir ses gouver
nements, ses juges, ses gendarmes, ses
soldats, ses fonctionnaires, ses représen-
tants.
Et c'est alors qu'au nom de la liberté,
de l'égalité, de la fraternité, de la Répu-
blique, enfin, elle leur supprime le travail
à soixante ans et ne leur montre comme
compensation que la rue ou le suicide.
La Déclaration des Droits mettait les
vieillards à la charge de l'Etat, mais ce
n'était qu'une déclaration.
Il faut attendre un an au moins quand
on n'en peut plus, vivre de raccrocs, de
subterfuges, de trucs ; vivre en rougissant
de vivre quand toute existence vous est
due. C'est trop.
L'insuffisance des moyens, dira-t-on.
est l'excuse.
Mais comment se fait-il que la préfec-
ture de police ne fasse pas attendre ? que
Nanterre et Villers-Cotterets soient tou-
jours prêts pour qui le désire? que la pri-
son soit un asile toujours tutélaire pour
les sans-le-sou qui aspirent à y rentrer?
Il y a un vice radical dans l'organisation
de l'Assistance publique pour les vieillards,
et nous ne nous laisserons pas séduire par
des comparaisons avec le passé. Le passé
est ce qu'il a été. Et s'il a été odieux, le
présent n'a pas le droit d'être inique.
J'en appelle à nos collègues de la Cham
bre; j'en appelle aux conseillers généraux
de partout; j'en appelle aux conseillers
municipaux de France, et je les prie de
mettre à l'ordre du jour de leurs congrès
et de leurs travaux, le moyen d'allier la
rapidité dans l'exécution, qui est le propre
de la police, avec l'ampleur de l'hospita-
lité qu'accorde déjà l'Assistance publique
de Paris.
E. Chauvière.
AGITATION EN ESPAGNE
Madrid, 18 août. — Les anciens députés ré-
publicains fédéraux. Lostau et Vallès, ainsi que
(l'autres personnes, ont été arrêtés ce matin à
Barcelone.
Madrid, 18 août. — L'ancien ministre de la
guerre de la République espagnole, Estebanez.
a été arrêté à Barcelone et emprisonné.
Estebanez, qui réside habituellement à Paris,
venait, dit-on, à Madrid pour diriger la publi-
venait, d'un dictionnaire militaire.
cation
LA QUADRUPLE ALLIANCE
~Ud Notre confrère le Voltaire se préoc-
~tJlIii cupe des menées qui auraient lieu
actuellement en vue d'une accession de
l'Angleterre à la Triple alliance.
On sait qu'un congrès de la Paix, auquel
prendront part des philanthropes de tous
les pays. va se réunir à Budapest le 17 sep-
tembre prochain. Or, il paraîtrait qu à
l'issue de cette réunion, un autre congrès,
véritable congrès de guerre celui-là, sera
tenu par des parlementaires anglais, alle-
mands, autrichiens et italiens.
D'après la Nazione, l'Italie y serait re-
présentée par 159 députés et 28 sénateurs
presque tous crispiniens.
Leur but serait d'amener un accord li-
bre-échangiste entre les puissances de
l'Europe centrale contre la France et la
Russie.
Sans s'exagérer l'efficacité des résolu-
tions que-ces parlementaires se proposent
de voter contre nous, sauf à les faire ra-
tifier dans leurs Parlements respectifs, il
convient cependant, comme le dit M. Albin
dans le Voltaire, de signaler leurs menées
à la vigilance trop souvent en défaut de
notre gouvernement.
DRAME DU VITRIOL
Hier, vers quatre heures du soir, la nommée
Anne-Joséphine Boala, âgée de vingt-six ans
lança le contenu d'un flacon de vitriol sur Mar-
cel Boala, son mari, âgé de vingt-neuf ans, cor-
donnier, demeurant li, passage Bouchardy.
avec lequel elle venait d'avoir une vive discus-
sion.
Fort heureusement, ce dernier ne fut pas
atteint.
La féroce épouse se dirigea alors vers le ca-
nal Saint-Martin, où elle se précipita.
Elle fut immédiatement retirée par des ma-
riniers et conduite à l'hôpital Saint-Louis.
LE VOYAGE DU TSAR
Voici l'itinéraire que suivra l'empereur
de Russie dans son voyage à l'étranger :
Le 25 août (nouveau style), l'empereur quit-
tera Peterhof, se rendant à Vienne par Var-
sovie.
27 août. — Arrivée à Vienne.
28 août. — Séjour à Vienne.
29 août. — Départ de Vienne.
31 août. — Arrivée à Kiew.
3 septembre. — Départ de Kiew.
5 septembre. — Arrivée à Breslau.
6 septembre. Séjour. Le tsar assistera aux
manœuvres.
7 septembre. — Départ de Breslau. Arrivée
à Kiel.
8 septembre. — Arrivée à Copenhague sur
un yacht.
8 au 20 septembre. — Séjour à Copenhague.
20 septembre. — Départ de Copenhague pou;
Balmoral sur un yacht.
22 septembre. — Arrivée à Balmoral.
22 septembre 3 octobre. — Séjour à Balmoral.
5 octobre. — Arrivée à Cherbourg.
6 octobre. — Arrivée à Paris (matin).
Après leur séjour à Paris, les souverains
russes se rendront directement à Darms-
tadt, où ils séjourneront jusqu'au 8 no-
vembre.
La suite de l'empereur de Russie se com
posera, entre autres, des personnages sui-
vants :
Le général Richter, chef de la maison mil;
taire du tsar; le comte Lobanof- Rostwski,
ministre des affaires étrangères ; le prince Vo-
rontzof-Dachkof, ministre de la cour ; le géné-
ral Hesse, commandant des palais; le comtc
Benkendorf, maréchal de la cour ; le comte
Hendrikof, secrétaire de l'impératrice ; la prin-
cesse Galitzine ; la princesse Vassiltchikof, de
moiselle d'honneur ; le docteur .Hirsch, méde-
cin de la cour ; le prince Obolenski et le prince
Dolgorouki, aides de camp.
*
* #
Hier matin, au ministère des affaires
étrangères, M. Hanotaux, le général Tour
nier, secrétaire général de la présidence
M. de Giers, M.Mollard, chef adjoint du pro.
tocole, le directeur et quelques fonction.
naires de la Gomwuie des chemins dt
Directeur Politique i Emile CORNUDET
Pour fout ce qui concerne la rédaction, s'adresser au
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DE LA RÉDACTION
Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus
ABONNEMENTS
PARIS, SEINE ET SEINE-ET-OISE
UN MOIS 2 FR.
TROIS MOIS. 5 FR.
SIX MOIS. 9 FR.
UN AN. 18 FR.
20' ANNÉE — NUMÉRO 7060 3 FRUCTIDOR — AN 104
JEUDI 20 AOUT - 1896 - JEUDI 20 AOUT
Le Numéro : 6 Centimes
PARIS ET DÉPARTEMENTS
ABONNEMENTS
DÉPARTEMENTS
UN MOIS 2 FR.
TROIS MOIS à.. 6 FR.
SIX MOIS. 11 FR.
UN AN. 20 FR.
Directeur-Administrateur : A. LAJEUNE-VILAR
Pour tout ce qui concerne l'administration
dit journal, s'adresser au Directeur.Administrateur
18, RUE RICHER, 18; -
LE GACHIS FINANCIER
Le discours que M. Méline a prononcé
en prenant la présidence du Conseil gé-
néral des Vosges, offre, étant donnée la
situation de son auteur, un certain in-
térêt.
Il indique, en effet, quelle sera, à la
rentrée des Chambres, l'attitude du
gouvernement en ce qui concerne la
grosse question de la réforme de l'impôt.
M. Méline a donné à entendre qu'en
présence de l'opposition qui s'était ma-
nifestée contre l'impôt-sur la rente, le
gouvernement était prêt à retirer son
projet.
Quelque surprenante qu'elle soit,
cette déclaration n'a rien d'inattendu
pour nous. Nos lecteurs se souviennent
peut-être que nous l'avions prévue depuis
longtemps et que nous avions annoncé,
dès les premiers jours des vacances
jparlementaires, que le ministère sai-
sirait l'occasion de la session des Con-
seils généraux pour retirer son malen-
contreux projet et esquiver ainsi à la
Chambre un vote qui l'eût mis en mino-
rité et l'eût acculé à une démission.
On se rappelle également que plu-
sieurs journaux ministériels nous ont,
à cette occasion, accusés d'attribuer ar-
bitrairement au ministère d'invraisem-
blables desseins pour le mieux combat-
tre, tout comme ils nous accusaient
dernièrement de lui prêter mécham-
ment l'intention de dissoudre la Cham-
bre.
On voit que sur le premier point au
moins — et l'avenir dira si nous avions
raison en ce qui touche la dissolution —
nos prévisions n'étaient pas aussi arbi-
traires que la presse ministérielle affec-
tait de le dire, puisque l'événement les
a pleinement confirmées.
Mais alors, si le projet d'impôt sur la
rente est retiré, que va-til rostor du
soi-disant projet de réforme fiscale élu-
cubré par M. Cochery et si bruyamment
présenté par le ministère comme le nec
plus ultra d'une politique sage, pré-
voyante et de progrès continu ?
On n'a pas oublié l'enthousiasme que
les journaux ministériels manifestèrent
au sujet de ce projet avant qu'il fût dé-
posé,
— Vous allez voir, nous disaient ces
journaux, comment les modérés savent
s'y prendre pour faire aboutir les ré-
formes que la politique radicale socia-
liste est impuissante à réaliser.
Pour s'être un peu refroidi après le
dépôt du projet, cet accès de lyrisme
n'en persista pas moins dans la presse
ministérielle qui continua à dauber sur
les radicaux socialistes, ces brouillons
qui ne savent rien faire et à qui, affir-
mait-elle, les modérés allaient donner
une leçon de politique pratique en tran-
chant d'un tour de main la question de
la réforme fiscale.
Eh bien ! aujourd'hui, il n'y a plus de
doute possible, si jamais on put en
avoir ; le cabinet modéré se rend si bien
compte de l'absurdité et de l'imprati-
cabilité de son projet qu'il va le retirer
purement et simplement, et voilà cette
année encore, et par sa faute, la réforme
fiscale à vau-l'eau, alors qu'elle était
sur le point d'aboutir avec le cabinet
radical socialiste.
Il est à peine besoin de remarquer
que M. Méline, dans le discours même
où il annonce l'échec de la politique
financière du cabinet qu'il préside, pro-
teste contre cet échec et déclare que
son ministère fera la réforme quand
même.
— Si la rente n'est pas imposée, dit-
il avec un certain aplomb, les ren-
tiers n'en contribueront pas moins aux
charges de l'Etat : ils seront frappés par
voie de conversion. Cela revient à dire
que la situation privilégiée des por-
teurs de titres de l'Etat restera la même
et que l'énorme tribut qu'ils prélèvent
sur le produit général des impôts sous
- forme d'arrérages demeurera indemme
de toute charge fiscale. Telle est la con-
clusion à tirer des paroles de M. Méline,
à moins qu'il n'ait prétendu dire cette
absurdité que les 30 ou 40 millions an-
nuels que l'impôt sur la rente devait
produire, seront désormais assurés au
Trésor par voie de conversions succes-
sives et à jet continu.
Mais, malgré les fantaisies que M. Mé-
line se permet en matière financière,
matière peu connue de lui, telle n'a pas
été sa pensée, puisqu'il reconnaît que
le retrait du projet d'impôt sur la rente
créera dans le budget. qu'avait établi
M. Cochery, un déficit qu'il faudra com-
bler par un moyen quelconque.
Quel sera ce moyen ? M. Méline ne le
dit pas ; il a l'air de s'en rapporter aux
hasards de la discussion à la Chambre
ou dans la commission du budget, pour
le trouver.
D'où il résulte qu'en réalité il n'y a
plus aujourd'hui de projet de budget, le
gouvernement renonçant à son projet
primitif et ne sachant encore par quoi
le remplacer. -
Or, en admettant, ce qui n'est pas
probable, que d'ici à la rentrée de la
Chambre le gouvernement ait trouvé le
moyen de sortir de cette impasse, il ne
faut pas oublier que cette rentrée n'au-
ra lieu, avec tous les retards qu'y ap-
portera la visite du tsar, que vers la fin
d'octobre. C'est donc à cette date, c'est-
à-dire deux mois avant la clôture de
l'exercice financier, que le ministère, si
tant est qu'il aboutisse, apportera son
nouveau projet de budget pour l'exer-
cice prochain.
Et il est bien évident que les deux mois
qui resteront au Parlement, avant la fin
de l'année, seront absolument insuffi-
sants pour étudier et adopter le projet
nouveau.
Dès lors, on reviendra aux anciens
errements et on votera une fois de plus
un budget d'attente, de déception, ex-
clusif de toute réforme et maintenant
tous les anciens abus. Encore faudra-t-
il pour cela un certain nombre de dou-
zièmes provisoires, qui nous feront re-
tomber jusqu'au cou dans le gâchis
financier auquel la politique radicale
socialiste avait si heureusement mis fin
l'année dernière.
Si cette politique était restée aux af-
faires, nous aurions la réforme fiscale à
partir de janvier prochain, cette réforme
se traduisant par un dégrèvement de
40 0/0 des contributions directes payées
par les agriculteurs. L'intervention de
la politique modérée dans la personne
de M. Méline a changé tout cela, et aura
pour résultat d'ajourner la réforme de
l'impôt aux calendes.
Donc pas de réformes, un budget de
déception, des douzièmes provisoires,
en d'autres termes, le gâchis politique
et financier, voilà ce que nous annonce
le discours prononcé par M. Méline au
Conseil général des Vosges. Tel sera le
lendemain de la visite du tsar, que l'on
s'apprête à exploiter pour tâcher de mas-
quer cette situation.
Espérons que les députés, qui ont leur
responsabilité à dégager devant le pays,
reviendront, de leur contact avec les
électeurs, les yeux complètement des-
sillés. ,.
RAPHAËL PARÉ.
A. CUBA
Madrid, t8 août. — De nouveaux renforts
destinés à Cuba, partiront du 20 au 23, de San-
tander, La Corogne, Cadix et Barcelone.
Washington, 18 août. — On parle beaucoup,
dans les cercles officiels, des réclamations que
préparerait la Légation espagnole au sujet des
dommages subis du fait des flibustiers cubains
partis des Etats-Unis. On dit qu'en ébruitant
cette nouvelle, l'Espagne a eu en vue d'empê-
cher le départ de nouveaux flibustiers.
On dit en outre que toutes les réclamations
de l'Espagne seront vaines on rappelle, à ce
propos, qu'en 1885, M. Bayard notifia au minis-
tre espagnol Baierra que le soin de découvrir
les flibustiers appartenait exclusivement à
l'Espagne.
Lisbonne, 18 août. — Le journal Novidades
du 15 août, publie sous ce titre : l'Espagne et
Cuba, un article développant cette pensée que
l'Espagne a défendu héroïquement et digne-
ment à Cuba l'honneur de ses armes, et que
nul ne saurait lui refuser son admiration. Les
Novidades concluent en déclarant qu'à raison
même de ce fait, rien n'oblige l'Espagne à aller
plus loin.
« Dans l'isolement, dit ce journal, ou l'é-
goïsme des autres puissances a laissée l'Espa-
gne, aller plus loin serait cesser d'être un
héroïsme louable pour n'être plus qu'une folie
ruineuse. »
New- Ybrh, 18 août. — Un immense meeting
a été tenu àKay-West hier soir, pour protester
contre le meurtre de M. Charles Govin, corres-
pondant d'un journal de la Floride.*
Le meeting a adopté une résolution propo-
sant d'envoyer un télégramme à M. Olney, se-
crétaire d'Etat au ministère des affaires étran-
gères, pour lui demander de protéger les Amé.
ricains à Cuba.
Madrid, 18 août. — Une dépêche privée de
Cuba dit que la colonne Zaballa a eu une ren-
contre avec les bandes Aguirre et Mirabal près
de Las Lajas à une demi-lieue de la Havane.
L'engagement a été acharné.
NOUVELLE PROVOCATION
Le gouvernement continue le cours de
ses exploits. M. Calvignac, maire de Car-
maux, vient d'être révoqué de ses fonc-
tions.
La Cour de Toulouse, qui n'est pourtant
point suspecte, n'ayant condamné Calvi-
gnac qu'à 100 francs d'amende ce qui, dans
les conditions de la poursuite, équivalait
à un acquittement, le cabinet avait une re-
vanche à prendre. Il fallait surtout em-
pêcher à tout prix M. le baron Reille
d'être trop mécontent de l'arrêt rendu.
C'est pourquoi M. Barthou s'est empressé
de révoquer le maire de Carmaux, offrant
insi un nouveau gage au parti clérical et
donnant par là même une leçon aux élec-
teurs qui ont nommé Calvignac et aux
magistrats qui ne l'ont pas assez sévère-
ment condamné, au gré du gouverne-
ment.
C'est toujours le même système de pro-
vocation à l'égard de la démocratie, pour
complaire à MM. d'Hulst, de Mun, Reille
et de Mackau, ces protecteurs tout puis-
sants du ministère. Petits hommes, petits
moyens!
ECHOS
Observations météorologiques :
Température la plus 15 au-dessus de o
basse à 2 h. 40 matin.. 12°15 au.dessus deo
La plus élevée du jour
à 2 h. 3o soir. 25°10 au-dessus deo
Temps probable pour aujourd'hui : Nuageux ;
température chaude.
Aujourd'hui mercredi, à deux heures,
courses à Deauville.
NOS FAVORIS
Prix de Deauville : Murat ou Neri.
Prix du Conseil général du Calvados :
Pervenche ou Phosphore.
Prix de la Société des courses de Deau-
ville et de la Société d'Encouragement du
Demi-Sang : Obole ou Nacelle.
Prix de la Plage : Pastille ou Jouteuse.
International de Trouville : Léda ou
Lubin.
Prix de l'Hippodrome : Caracoleur ou
Gondole.
Le bracelet de Mme Beecher-Stowe !
L'auteur de la Case de l'oncle Tom a laissé
à sa fille, pour être placé dans un musée, après
sa mort, un bracelet qui a une histoire.
C'était en 1854. Mme Beecher-Stowe venait
de faire en Angleterre des conférences anti-
esclavagistes. A son départ, la duchesse de
Sutherland lui fit don d'un bracelet qui affec-
tait la forme d'une chaîne d'esclave, avec cette
inscription: « Pour que les esclaves soient affran-
chis avant peu. »
Quand fut décrétée l'abolition de l'esclavage
aux Etats-Unis, Mme Beecher-Stowe fit in-
scrire sur le bracelet la date de ce mémorable
événement.
C'est ce bijou historique qui sera placé un
jour dans un des musées des Etats-Unis.
Avant que la pioche des démolisseurs s'a-
batte sur les ruines de la Cour des comptes —
ce qui ne saurait tarder — rappelons qu'il y a
là toute une flore d'une vivacité stupéfiante et
qui mérite d'arrêter l'attention de nos botanis-
tes. L'un d'eux; M. Joseph Vallot, s'est amusé
à en dresser le catalogue. Il n'a pas trouvé
moins de cent cinquante-deux espèces de
plantes, notamment des pâquerettes, des mar-
guerites, des chardons, des millefeuilles et
jusqu'à des érables.
M. Vallot, d'ailleurs, a tout spécialement
étudié la flore parisienne. Au cours de ses
herborisations, le savant » faib détonnantos
découvertes. Il a trouvé la moutarde sauvage
quai d'Austerlitz, autour de l'Arc de Triomphe ;
le chou, quai d'Orsay; la verveine, sur le terre-
plein du Pont-Neuf ; la lentille, boulevard Vol-
taire; la garance, sur les berges du canal de
l'Ourcq, à la Villette ; la chicorée, quai de Gre-
nelle, et enfin la laitue place du Carrousel. En
tout, plus de deux cents espèces de plantes.
Le bon poète Goudeau, qui a chanté les
Fleurs de bitume, n'avait pas songé à. celles-
là.
L'esprit de parti fausse l'histoire. Il faut sa-
voir gré à la sincère documentation qui seule
remet les choses en leur véritable place.
M. Ch.-L. Chassin, dont l'autorité des tra-
vaux révolutionnaires est depuis longtemps
établie, jette un jour précieux sur la guerre de
Vendée par la publication du Tome 1 des Paci-
fications de l'Ouest, 1794-1801. Cette histoire,
jusqu'à présent réputée indéchiffrable, s'éclaire
d'une lumière vraie dont profite au plus haut
point la grande idée républicaine. Et c'est un
devoir de signaler aux bibliothèques populaires
cet ouvrage d'utilité patriotique écrit par un
défenseur convaincu de la liberté.
Le monument de Leconte de Lisle, œuvre du
sculpteur Puech et de l'architecte Scellier de
Gisors, vient d'être moulé en plâtre et figurera
sous sa forme définitive en marbre au prochain
Salon des Champs-Elysées.
Le monument se compose d'un haut piédes-
tal surmonté du buste de l'auteur des Poèmes
barbares. A gauche du piédestal, une muse
-ailée semble défendre le poète. Cette grande
figure sera en marbre, comme d'ailleurs tout
le monument, mais les ailes seront dorées et
dorée également sera la branche de laurier en
métal que la muse-tiendra de la main gauche,
derrière le buste de Leconte de Lisle. Autour
du piédestal, et rappelant l'origine créole du
poète, un bananier étendra ses larges feuilles
dentelées.
Le monument sera édifié, comme on le sait,
dans le jardin du Luxembourg, près du boule-
vard Saint-Michel.
Voilà une souscription qui a fait des pro-
grès; il est vrai qu'aucun corps constitué ne
s'en est occupé.
feVWWVt
MOT DE LA FIN
Définitions :
Homme. — Terme générique qui em-
brasse la femme. il
Passe-Partout.
GAGES A LA RÉACTION
Si le parti réactionnaire n'est pas
content du cabinet Méline, c'est que,
décidément, il est insatiable.
Jamais aucun gouvernement, même à
l'époque de l'Ordre moral et du Seize-Mai,
n'a donné plus de gages significatifs aux
adversaires de la République, que le mi-
nistère actuel.
Il va même si loin, qu'il en arrive à éton-
ner, à décourager et même à « scandali-
ser » ses meilleurs amis, les opportu-
nistes.
Ces jours derniers, n'a-t-il pas eu la sin-
gulière idée de désigner, pour aller en
mission à l'exposition de NIjni-Novgorod,
un des cléricaux-réactionaires les plus mi-
litants de la ville d'Angers, M. Georges
Bougère, frère du député conservateur de
Maine-et-Loire 1
Un pareil choix est si extraordinaire que
le Patriote d'Angers, iournal d'opinion très
modérée s'en est indigné et n'a pas hésité
à le blâmer sans réserves.
M. Georges Bougêre, dit notre confrère, n'é-
tait désigné pour cette mission en Russie, ni
par des convictions républicaines de nature &
lui donner la confiance du gouvernement, ni
par un passé industriel et commercial permet-
tant de passer au-dessus de toutes les considé-
rations politiques.
La feuille opportuniste conclut en décla-
rant que « de telles désignations sont fai-
tes pour dérouter l'opinion républicaine
dans les départements et qu'en cette cir-
constance, le ministère Méline a commis
une bourde. »
Il ne nous déplaît pas de constater que
les opportunistes eux-mêmes commencent
à s'inquiéter de l'orientation de plus en
plus réactionnaire imprimée par le cabi-
net actuel à sa politique.
Pour être tardives, leurs critiques na-
vrées n'en sont pas moins intéressantes et
instructives.
Mais ce n'est pas une « bourde », —
comme semble naïvement le croire le Pa-
triote, — que le gouvernement a commise
en confiant une mission officielle à M.
Georges Bougère, le maire réactionnaire
de Sainte Gemme, c'est un acte réfléchi,
conscient, et qui n'est, au fond, que la
mise en œuvre d'une politique bien déter-
minée, comme l'étaient les instructions
envoyées dernièrement par M. Barthou au
sujet des égards avec lesquels M. le dé-
puté conservateur de Grandmaison devait
etre traité par le préfet.
Le président du Conseil, dans tous ses
discours, mais surtout dans ses actes, pa-
raît n'avoir qu'un but : gagner les bonnes
grâces du parti réactionnaire et s'assurer
sa protection et son appui.
Il y a quelques jours, au grand scandale
des républicains de Maine-et-Loire, M.
Méline nommait officier du Mérite agricole
un personnage dont le principal titre à
cette distinction est d'être la créature du
Conseil général monarchiste de ce dépar-
tement.
Dans le Morbihan, uniquement pour être
agréable à un député opportuno-réaction-
naire, il a décoré du Mérite agricole un
ancien épicier, devenu marchand de cidre,
dont les titres agronomiques ou simple-
ment agricoles sont un mystère pour tout
le monde.
Les journaux opportunistes, qui ne peu-
vent manquer d'avoir des trésors d'indul-
gence pour le cabinet Méline, se contente-
ront peut-être de traiter de « bourdes »
toutes ces nominations étranges; mais
pour nous et pour l'immense majorité des
républicains, ils constituent tout simple-
ment des gages au parti réactionnaire et
clérical.
AU POLE NORD
Voici, au sujet de l'expédition Nansen au
Pôle-Nord, les renseignements fournis par l'of-
ficier de marine belge Adrien de Gerlache qui
se trouve actuellement en Norvège, préparant
sa propre expédition au Pôle-Sud.
Le Fram battait le pavillon norvégien « pur »
c'est-à-dire sans la marque de l'union avec
la Suède (coin supérieur à la hampo). On sait
que c'est le pavillon adopté par le parti radical.
Le roi Oscar ne savait pas, lorsqu'il souscri-
vit de sa cassette particulière une assez forte
somme à l'expédition, que son chef fût, en poli-
tique, un radical. Comme il en témoigna plus
tard son mécontentement, des amis personnels
de Nansen se cotisèrent pour renvoyer au roi
le montant de sa souscription.
C'est le 30 juin 1830 que le Storthing vota par
73 voix contre 39 le projet de loi allouant une
somme de 200,000 couronnes (280,000 fr.) à l'ex-
pédition.
En janvier s'ouvrait une souscription natio-
nale qui, quelques semaines après, permettait
déjà à Nansen de commander le Fram. Celui-
ci fut lancé le 26 octobre 1892 et l'expédition
quitta Christiania le 24 juin 1893. Après un
heureux voyage le long de la côte, le Fram
quittait Vardœ le 21 juillet dans la matinée ;
il arrivait le 29 du même mois à Chaborava et
quittait ce port le 3 août à il h. 1/2 du soir.
Depuis lors, on n'avait plus eu de lui que de
« fausses nouvelles » ; pigeons et ballons
aperçus à différentes reprises, et enfin, cet hi-
ver, le fameux télégramme.
veLr, 'expédition Nansen coûte au delà de 500,000
francs, mais il n'est pas un Norvégien qui
trouve que ce soit payer trop cher l'auréole de
gloire dont la Norvège se trouve nantie aujour-
d'hui.
Une dépêche de Vardœ annonce que Nansen
a quitté cette ville hier matin. Après un court
séjour à Hammerfest, Tromsoë et Drontheim, il
se rendra à Christiania où il arrivera probable-
ment dimanche prochain.
LES TROUBLES DE LENS
Lens, 18 août. — La bagarre qui s'est
produite, dimanche, à Billy-Montigny, en-
tre les membres du Parti ouvrier et les
réactionnaires, a vivement impressionné
la population travailleuse du bassin houil-
ler du Pas-de-Calais. Elle est indignée des
menées opportunistes et cléricales aux-
quelles elle attribue les scènes déplora-
bles de dimanche.
Nombre de curieux vont visiter les dé-
gâts causés à la salle Bouchet par les ma-
nifestants.
Le bruit circule que le propriétaire de
cette salle va s'adressera la commune pour
se faire indemniser des dégâts' causés à son
établissement.
Le commissaire spécial souffre d'une
forte contusion derrière la tête. On pense
qu'une enquête va être prescrite afin de
découvrir les auteurs des coups portés à
ce fonctionnaire connu dans le bassin
houiller du Pas-de-Calais depuis quinze
ans.
Mais il est bien inutile d'ajouter que
cette enquête n'aboutira à aucune pour-
suite. Ce n'est pas le ministère Meline-
Barthou qui s'aviserait de poursuivre des
gens qui ne sont, en somme, à ses yeux,
coupables que d'excès de zèle.
M. Lourties, maire de Billy-Montigny
et frère de l'ancien ministre du commerce,
a adressé à ùn journal de la région une
lettre dont nous croyons intéressant de ci-
ter les passages suivant :
MM. Evrard et Ghesquiêre, qui se seraient
trouvés en périlleuse situation s'ils ne s'étaient
pas abrités derrière l'écharpe du maire et celle
du commissaire de surveillance, ont annoncé
leur prochain retour. Eh bien, je ne les engage
pas à tenter encore une fois l'aventure à Billy-
Montigny.
Je dis mieux : il ne serait pas prudent, étant
donnée l'effervescence des esprits, de faire une
conférence internationaliste dans le bassin
houiller.
Tous les maires des cantons de Lens, Carvin
sont prêts à protéger leur commune contre les
menées internationalistes. Il leur suffira pour
cela de faire appel à tous les bons citoyens, à
tous les patriotes, si nombreux dans le bassin
houiller. oui ne se laissent pas hypnotiser pw
cette loque rouge derrière laquelle se dissimule
l'épée allemande ou le sabre d'un sauveur.
Ce jour-là, messieurs, ce n'est pas vingt gen-
darmes qu'il faudra pour protéger votre per-
sonne. Nous demanderons un escadron de ca-
valerie.
Un dernier mot à M. Evrard. Les conférences
professionnelles que vous avez faites à Billy-
Montigny se sont toujours passées au milieu
d'un calme profond. Celles-là, nous les avons
toujours respectées et je les ferai toujours res-
pecter.
Le ton de la lettre de ce maire opportu-
niste suffit à établir la part de responsa-
bilité qui incombe, dans la bagarre de di-
manche, aux partisans du ministère Mé-
line. On remarquera la joie avec laquelle
le Lourties évoque le souvenir des actes
de sauvagerie accomplis dans sa commune
par une bande d'énergumènes. C'est tout
au plus si ce singulier maire peut se rete-
nir de féliciter les assommeurs et de don-
ner aux maires des communes voisines le
conseil d'organiser contre les socialistes
des guet-apens du genre de celui de Billy-
Montigny.
Gageons que bébé Barthou ne traitera
pas le maire de Billy-Montigny de la même
façon que celui de Carmaux.
Le citoyen Calvignac a été révoqué ; M.
Lourties a bien des chances pour être dé-
coré, s'il ne l'est déjà.
Lens, 18 août. — Le citoyen Thurut,
peintre à Lens, arrêté dimanche soir au
cours de la bagarre survenue à Billy-Mon-
tigny, vient d'être mis en liberté.
egouvernement de curés que nous su-
bissons a tout de même compris que c'eût
été faire montre d'une complaisance exa-
gérée à l'égard des cléricaux, que de gar-
der en prison un citoyen qui n'avait
commis d'autre crime que de se laisser
assommer.
Aventure Chinoise
Les récents résultats de la statistique
témoignent du peu de propension de la
plupart de nos contemporains pour le ma-
riage. Aussi, ce ne sont qu'imprécations
contre ces endurcis célibataires qui, dans
la crainte d'une lignée trop nombreuse,
croient devoir se soustraire aux saines et
pures joies des justes noces.
On s'empresse de citer à titre de con-
traste les Chinois, qui se montrent au
contraire volontiers partisans de ces unions
fécondes qui accroissent sans cesse le chif
fre de la population.
Or, une amusante petite histoire, qui
nous arrive de Chine, tendrait à faire
croire que ce goût des familles nombreu-
ses n'est pas aussi répandu qu'on se l'ima-
gine dans le Céleste empire.
Il paraît qu'une Chinoise, reconnaissante
des bontés qu'avait pour elle un mission-
naire, alla lui faire des confidences au
sujet des inquiétudes que lui inspirait son
fils. Ce jeune homme se montrait des plus
récalcitrants au mariage et ne parlait de
rien moins que de se faire engager parmi
le nombreux personnel d'eunuques qui
remplit le palais impérial.
On juge du désespoir de la pauvre
femme. Avoir mis au monde un enfant
doué de tous les attributs du sexe viril, et
le voir s'entêter à perdre son plus beau
titre à la dignité d'homme, quelle infor-
tune !
Le missionnaire s'excusa de ne pouvoir
morigéner le jeune homme sur un sem-
blable chapitre qui, affirma-t-il, n'était pas
de son ressort.
La pauvre mère rentra chez elle plus
éplorée que jamais.
Sur ces entrefaites son fils revint et lui
dit: « Je sors du palais, c'est fait! »
Ces simples mots jetèrent l'effroi dans
le cœur de la malheureuse femme.
— « Tu es engagé comme eunuque ? »,
s'écria-t-elle.
- « Pas encore, répondit-il, mais j'en
suis digne a. -
L'infortunée Chinoise se répandit en
plaintes amères et en acerbes reproches,
mais que pouvait-elle contre le fait ac-
compli?
Elle se résigna donc à la pensée que son
triste rejeton aurait au palais une position
lucrative et exempte d'ennuis.
Mais lorsque le jeune homme vint pour
solliciter la place convoitée, on lui répon-
dit qu'elle était prise.
Les demandes avaient affiué et le plus
recommandé des candidats avait naturel-
lement été l'heureux élu.
Il s'en retourna chez lui, l'oreille basse
Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait
[plus.
Cette aventure nous prouve que les Chi-
nois ne sont pas toujours aussi friands de
nombreuses familles que le prétend la lé-
gende.
Albert Dayrolles.
ASSISTANCE PUBLIQUE
Je sors de l'Assistance publique.
Je recommande depuis près de trois an-
nées quelques vieillards et, entre autres,
un pauvre ouvrier de la Compagnie du gaz,
dont la face tuméfiée, cuite littéralement
par les fours de la toute puissante société,
rappelle à notre philanthropie qu'il existe
encore au XIXe siècle des martyrs du tra-
vail.
Ce vieillard, le père Seiler, m'a avoué
qu'il ne pourrait attendre davantage et
qu'il préférait en finir.
Oui, il est des gens comme cela qui, las,
fatigués, disent brusquement adieu à la
lassitude, à la fatigue, à la souffrance, à
l'ingratitude des hommes. Ce ne serait pas
le premier. J'en ai connu, et j'en pourrais
dire les noms, qui dans ce petit coin de
Paris que je représente, ont d'un seul coup
calmé leurs inquiétudes et les nôtres. C'est
horrible, et pourtant cela est.
L'Assistance est débordée par les de-
mandes de placement. Elle en a 6,000 au
bas mot, qui attendent que la mort fasse un
trou dans un bienheureux hospice pour s'y
nicher et y mourir à leur tour. 6,000 qui
attendent depuis un an, deux ans, cinq
ans. et qui remplissent les conditions re-
quises: infirmités inçurables ou soixante-
dix ans d'âge. @a pas attendu, elle, pour les
La société n'a pas attendu, elle, pour les
prendre dans ses lacs, dans ses griffes ; à
vingt ans, elle les a jetés au régiment, de
là à la mine, aux champs, à 1 usine, au
magasin, au bureau ; elle a pris une part
de leur travail pour entretenir ses gouver
nements, ses juges, ses gendarmes, ses
soldats, ses fonctionnaires, ses représen-
tants.
Et c'est alors qu'au nom de la liberté,
de l'égalité, de la fraternité, de la Répu-
blique, enfin, elle leur supprime le travail
à soixante ans et ne leur montre comme
compensation que la rue ou le suicide.
La Déclaration des Droits mettait les
vieillards à la charge de l'Etat, mais ce
n'était qu'une déclaration.
Il faut attendre un an au moins quand
on n'en peut plus, vivre de raccrocs, de
subterfuges, de trucs ; vivre en rougissant
de vivre quand toute existence vous est
due. C'est trop.
L'insuffisance des moyens, dira-t-on.
est l'excuse.
Mais comment se fait-il que la préfec-
ture de police ne fasse pas attendre ? que
Nanterre et Villers-Cotterets soient tou-
jours prêts pour qui le désire? que la pri-
son soit un asile toujours tutélaire pour
les sans-le-sou qui aspirent à y rentrer?
Il y a un vice radical dans l'organisation
de l'Assistance publique pour les vieillards,
et nous ne nous laisserons pas séduire par
des comparaisons avec le passé. Le passé
est ce qu'il a été. Et s'il a été odieux, le
présent n'a pas le droit d'être inique.
J'en appelle à nos collègues de la Cham
bre; j'en appelle aux conseillers généraux
de partout; j'en appelle aux conseillers
municipaux de France, et je les prie de
mettre à l'ordre du jour de leurs congrès
et de leurs travaux, le moyen d'allier la
rapidité dans l'exécution, qui est le propre
de la police, avec l'ampleur de l'hospita-
lité qu'accorde déjà l'Assistance publique
de Paris.
E. Chauvière.
AGITATION EN ESPAGNE
Madrid, 18 août. — Les anciens députés ré-
publicains fédéraux. Lostau et Vallès, ainsi que
(l'autres personnes, ont été arrêtés ce matin à
Barcelone.
Madrid, 18 août. — L'ancien ministre de la
guerre de la République espagnole, Estebanez.
a été arrêté à Barcelone et emprisonné.
Estebanez, qui réside habituellement à Paris,
venait, dit-on, à Madrid pour diriger la publi-
venait, d'un dictionnaire militaire.
cation
LA QUADRUPLE ALLIANCE
~Ud Notre confrère le Voltaire se préoc-
~tJlIii cupe des menées qui auraient lieu
actuellement en vue d'une accession de
l'Angleterre à la Triple alliance.
On sait qu'un congrès de la Paix, auquel
prendront part des philanthropes de tous
les pays. va se réunir à Budapest le 17 sep-
tembre prochain. Or, il paraîtrait qu à
l'issue de cette réunion, un autre congrès,
véritable congrès de guerre celui-là, sera
tenu par des parlementaires anglais, alle-
mands, autrichiens et italiens.
D'après la Nazione, l'Italie y serait re-
présentée par 159 députés et 28 sénateurs
presque tous crispiniens.
Leur but serait d'amener un accord li-
bre-échangiste entre les puissances de
l'Europe centrale contre la France et la
Russie.
Sans s'exagérer l'efficacité des résolu-
tions que-ces parlementaires se proposent
de voter contre nous, sauf à les faire ra-
tifier dans leurs Parlements respectifs, il
convient cependant, comme le dit M. Albin
dans le Voltaire, de signaler leurs menées
à la vigilance trop souvent en défaut de
notre gouvernement.
DRAME DU VITRIOL
Hier, vers quatre heures du soir, la nommée
Anne-Joséphine Boala, âgée de vingt-six ans
lança le contenu d'un flacon de vitriol sur Mar-
cel Boala, son mari, âgé de vingt-neuf ans, cor-
donnier, demeurant li, passage Bouchardy.
avec lequel elle venait d'avoir une vive discus-
sion.
Fort heureusement, ce dernier ne fut pas
atteint.
La féroce épouse se dirigea alors vers le ca-
nal Saint-Martin, où elle se précipita.
Elle fut immédiatement retirée par des ma-
riniers et conduite à l'hôpital Saint-Louis.
LE VOYAGE DU TSAR
Voici l'itinéraire que suivra l'empereur
de Russie dans son voyage à l'étranger :
Le 25 août (nouveau style), l'empereur quit-
tera Peterhof, se rendant à Vienne par Var-
sovie.
27 août. — Arrivée à Vienne.
28 août. — Séjour à Vienne.
29 août. — Départ de Vienne.
31 août. — Arrivée à Kiew.
3 septembre. — Départ de Kiew.
5 septembre. — Arrivée à Breslau.
6 septembre. Séjour. Le tsar assistera aux
manœuvres.
7 septembre. — Départ de Breslau. Arrivée
à Kiel.
8 septembre. — Arrivée à Copenhague sur
un yacht.
8 au 20 septembre. — Séjour à Copenhague.
20 septembre. — Départ de Copenhague pou;
Balmoral sur un yacht.
22 septembre. — Arrivée à Balmoral.
22 septembre 3 octobre. — Séjour à Balmoral.
5 octobre. — Arrivée à Cherbourg.
6 octobre. — Arrivée à Paris (matin).
Après leur séjour à Paris, les souverains
russes se rendront directement à Darms-
tadt, où ils séjourneront jusqu'au 8 no-
vembre.
La suite de l'empereur de Russie se com
posera, entre autres, des personnages sui-
vants :
Le général Richter, chef de la maison mil;
taire du tsar; le comte Lobanof- Rostwski,
ministre des affaires étrangères ; le prince Vo-
rontzof-Dachkof, ministre de la cour ; le géné-
ral Hesse, commandant des palais; le comtc
Benkendorf, maréchal de la cour ; le comte
Hendrikof, secrétaire de l'impératrice ; la prin-
cesse Galitzine ; la princesse Vassiltchikof, de
moiselle d'honneur ; le docteur .Hirsch, méde-
cin de la cour ; le prince Obolenski et le prince
Dolgorouki, aides de camp.
*
* #
Hier matin, au ministère des affaires
étrangères, M. Hanotaux, le général Tour
nier, secrétaire général de la présidence
M. de Giers, M.Mollard, chef adjoint du pro.
tocole, le directeur et quelques fonction.
naires de la Gomwuie des chemins dt
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