Titre : L'Univers
Éditeur : L'Univers (Paris)
Date d'édition : 1902-03-30
Contributeur : Veuillot, Louis (1813-1883). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, Pierre (1859-1907). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, François (1870-1952). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34520232c
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 30 mars 1902 30 mars 1902
Description : 1902/03/30 (Numéro 12449). 1902/03/30 (Numéro 12449).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse Collection numérique : Bibliographie de la presse
Description : Collection numérique : BIPFPIG44 Collection numérique : BIPFPIG44
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k711039c
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
jMTZO N QUOTID IENNE
PARIS ÉTRANGES
ïï départements (union postas^
Un an....<>...• 25 » 86' »
Six mois...... 13 js 19 »
Trois mois....,,' 7 » . i© ' » .
tes aboanements partent des 1 er et 16 de chaque mois
UN NUMÉRO : Paris & Départements 10 cent,
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ET
LE MONDE
ÉDITION BEMI-QIIOT H>IEMNiB
PARIS ÉT:
s? départements
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L'VNIVERSne répond pas des manuscrits qui lui sont adressé*
ANNONCES
&SML LAGRANGE, CERF et 0,6, place de h Bourse
Êemain, fête de PAQUES, 1' « Uni
vers» ne paraîtra pas.
PARIS, 29 MAKS 190Î "
tïn dinef grââ;. s ,,.;
Èncbfce ime capitu
lation. .«•««■«.*...
Çi «t là : Pour mon
saint* .............
Croix abattue, croix
relevés...........
A la Chambre
An Sénat
Feuilleton : Les
« ChanteuxdeCrux
Ave
A. R.
Pierre Veuillot.
J; Messire.
J. M anwénat.
François Yeuiilst.
Bî&ïlià. — ftçuveîîe» ds Rome. -- Mé-
chantE et sots. — Au jour la jour. —
— Prières publiques. — Les congréga
tions. — La santé de Mgr Jauffret. —■ ta-
formations poiitifues et parlementaires.
— Chronique électorale. — Une confé
rence de M. Jules Lemaltre. — En Al
gérie. — Le testament de Cecll Rhodes.
■»*- La guerre ds Trnas .ml. — Les af
fairée de diîiae. -£■ .Eî.-sager; — A tra
vers la presse. — Le congrès des jau
nes. — L'a question ouvrière. — Let
tres. sciences et arts. — Un manuel sa
cerdotal. — Deux traits de propagande.
■ — Eihos 4 a partout. — Le vendredi-
Bsint. — Eglise du Sacré-Cœur; — Chro
nique religieuse. — Nécrologie. — Guer
re et marine. — Jardin d'acclimatation.
— Nouvelles diverge». — ■ a encri^. Ta-
» b.iesa si bulletin Car t'^re h®îî?«.
W BIHB GRAS
Avant-hier, dans sa chronique
de la République, M. Bachaumont,
parlant avec le dédain nécessaire
aes dîners gras du Vèndredi-fBaint,
faisait dater cette * manifestation
îibre-peiièeuse et gotyate de cer
tain festin que donna Sainte-Beuve
au prince Napoléon.
Ce premier diner des saucisson-
îiiers, le chroniqueur Bachaumont
te raconte avec ^honnête désir d'en
décharger l'amphitryon et ses con
vives. 11 y met de l'esprit et del'in-
vention, deux choses généralement
bonnes et particulièrement de mise
dans une chronique. Cependant
ï'^nventioh â tin côté faible : elle
s'accorde difficilement avec l'exac
titude. Nous en avons ici une preuve
nouvelle. Le chroniqueur de la Ré
publique, pour mieux fe^ciiser sès
clients, réduit leur manifestation à
une distraction et met au compte de
l 'Univers lebruit qu'elle fit. Je m'ins
cris en faux et je cite Bachaumont:
... ,t>ans les premiers jïîurs d'avril 1867,
le prince Napoléon dit à l'auteur de Vo-
lv.pté :
« Vous vivez dans le commerce d'illus
tres écrivains que je serais heureux de
connaître... VouUs-voUs me les présen
ter ?... Faisons mieux... dînons ensem
ble. — Soit, répondit Sainte-Beuve, si
Votr^AItesse daigne venir dîner chez
moi.— Mon Altesse daigne...Quel joui?...
Voyons... vendredi prochain? — Va pour
Vendredi... Je vais convier immédiate
ment cinq ou six de mes intimes... car,
vous savez, ma maison, comme celle de
Socrate, n'en peut contenir davantage.—
Affaire convenue... A vendredi 1 — A
Vendredi !»
Là dessus, l'Altesse et le critique se
séparèrent sans avoir un instant songé
ÇU 'iJa venaient de prendre jour pour le
vendredi saint. Sainte-Beuve rédige un
menu très simple... Oh 1 pas de brouet
hoir, mais aucun de ces plats oà Ton
aurait pu voir un défi systématique aux
traditions religieuses, ni jambon, ni
boudin, ni soupe au lard !... Les convi
ves étaient, outre le prince Napoléon,
Renan, Flaubert, About, Paul de Saint-
Victor, le docteur Robin et deux ou
trois autres dont les noms m'échappent.. »
Mais pas une femme, pas même George
Sand, comme on l'a prétendu. .. Le len
demain de l'entrevue entre le prince
Napoléon et le critique, l'affaire s'é
FEUILLETON DE L'UNIVERS
du 30 mars 1902
u
iï AYE "
(Conte de Pâques).'
I
— Alors, monsieur le curé, vous pensez
que Remi Champain a la vocation reli
gieuse ?
— Mon Dieu, monsieur le comte, il se
rait bien hasardeux d'affirmer, d'une
manière absolue, la vocation d'un garçon
de onze ans. Mais enfin, dans la me
sure où je puis le certifier, je crois que
cet enfant, s'il répond à l'appel d'En-
Haut, sera prêtre un jour.
— Est-il de caractère à bien y ré
pondre ?
— Son caractère est très doux, franc,
raisonnable. Il n'y a chez lui ni exalta
tion, ni calcul. On lui sent, au contraire,
une piété sérieuse, une décision réflé
chie.
— Hum ! On m'a conté, de lui, certains
tours...
— Oh! des espiègleries d'enfants...
C'est vrai qu'il Be laisse un peu trop faci
lement entraîner par ses camarades.
— Eh I mais, monsieur le curé, c'est
an défaut dangereux.
— Hélas, oui, je le sais bien. Mais qui
n'a point son côté faible? Et c'est d'ail
leurs le seul que je lui connaisse.
— Croyez-vous qu'il parvienne à en
triompher?
bruita. Sainte-Beuve était alors très sur
veillé par « un catholique enrage de
l'Univers », lequel avait, avec la bonne
de « Joseph Delorme », de fréquents et
secrets entretiens. C'est elle, sans doute,
qui vendit la ai^che. Son confident dé
nonça les s pafpailî&îs » auà foudres
ecclésiastiques. Tout le quartier s'émut
tandis que Sainte-Beuve et le prince
vivaient dans la plus complète incons
cience de leur méprise involontaire et de
l'orage qui grondait -sur eux. On dîna
dans la même inconscience. Au dessert,
quelqu'un hasarda : « Mais j'y songe,
c'est aujourd'hui vendredi saint I — Hé
las! fit Sainte-Beuve, il est un peu tard
peur décommander la fête» s Tcus les
ôonvives se retirèrent Vers dix heures
— car l'amphitryon se couchait tôt —
après une soirée charmante, où l'on avait
causé belles-lettrés, art, science, de
tout enfin, sauf de 1a religion. Ce qui
n'empêcha pas l'Univers de fulminer
contre les dineura les plus virulents ana-
thèmes.
Je signale tout de suite dans ce
récit une erreur de date. Aux pre
miers jour$ d'avril Î867,l'Univers,
supprimé depuis plus de sept ans,
n'existait pas; il allait renaître,
mais ce n'était pas encore fait. Le
premier numéro de sa réapparition
Dorte cette date : 16 avril 1867. Ç'çst
'année suivante, le iô avril iS6§,
qu'eut lieu le diner où des personna
ges en titre et en vue inaugurèrent
la campagne de la -charcuterie con
tre la Crois»
Le journal qui le premier parla
de cet exploit fut, non Vtjnivers,
mais l 'Evénement, ami âlorg du
prince Napoléon. De là, il passa
aans toute la presse. L 'Univers
s'en tint d'abord à signaler le fait
d'après l 'Evénement. .11 doutait de.
cette vilenie. L'Evénement avait
parlé le i4 avril ; le premier article
militant de l'Univers parut le 17
seulement. Il était court, ironique
et dédaigneux plutôt que fulmi
nant. Louis Yeuillot y raillait « ce
pauvre ancien charmant M. Sainte-
Beuve, devenu sénateur de l'empire
et, vivandière de la libre-pensée ».
L'affaire felevatltpar divërs feôtéa
du scandale et du boulevard, Piga.ro
intervint. Journal monarchique et
religieux au fond... bien au fond,
filaiè voilé fen pratique à la défense
des moeurs libres, il défendit avec
énergie les saucisses du sénateur et
du prince. Deux de ses rédacteurs
s'attelèrent à cette besogne* M. Vil
lemot et M. Lockroy, iè [môme Loc-
kroy qui depuis a fait fortune dans
la politique. L'un de ces figaristes,
à court d'arguments valables et
même de traits d'esprit, crut se tirer
d'eftibarras en reprochant à Louis
Veuillot de fouiller dans îa Vie pfi-
vée de ses adversaires C'est l'in
vention que rajeunit M. Bachau-
riiont en contant qu' « un catholique
enragé de Y Univers » en relations
suivies avec « la bonne » de Sainte-
Beuve révéla le secret de ce gros dî
ner gras au journal des délateurs,
lequel bien vite et très bruyamment
prononça l'anathème. Voici ce que
répondit Louis Veuillot au fïga-
rifcte I
« Î1 y a bien quelques journaux
dans Paris et un entre tous, qui se
font peu scrupule d'escalader le
mur de la vie privée, de dire ce qui
se passe chez l'ennemi même lors
qu'ils n'en savent rien. M. Villemot
est trop instruit des mœurs de la
presse pour ignorer que l 'Univers
ne fait point ce métier là. Le dîner
de M. Sainte-Beuve a été divulgué
par des fureteurs de profession qui
ne haïssent point ce philosophe ni
ses sauces, et le Figaro n'a aucune
ment le droit de les condamner.
« Si M. Villemot prétend nous in
terdire de recueillir les faits de ce
genre lorsqu'ils sont publiés par
d'autres et non démentis, ou s'il
— Je le pense. Quand Cet enfant fie
verra dirigé dans la voie qui mène au
sacerdoce, un tel élan le poussera vers
ce but qu'il vainora, Dieu aidant, ce
manque d'énergie.
— Espérons-le .'... Alors, à votre sens,
on ferait une bonne œuvre, en donnant à
Eemi Champain les moyens d'entrer au
petit séminaire ?
— Ah ! monsieur le comte, Dieu vous
bénirait, si vous accomplissiez une
aussi belle action... Vous savez |que l'en
fant n'a d'autre appui que la. pauvre Bégu,
son aïeule...
— Allons, soit ! J'y consens, sur votre
prière et sur votre parole... Il est enfant
de chœur, n'est-ce pas ? Je le verrai
donc, tout à l'heure, avec ses camara
des. Eh bien, je lui parlerai moi-même.
— Ils vont venir, en effet, dans un ins
tant, monsieur le comte, et vous deman
der leurs œufs de Pâques, èn chantant
le Regina. Leur lundi de Pâques, ils
n'ont garde de l'oublier !
Un .troisième personnage, un jeune
homme, avait assisté, sans mot dire, à
ce dialogue entre le comte de Fontverte
et le curé de Landry. Assis près du
comte, au bord de la terrasse épanouie
devant le château, il regardait vague
ment la prairie qui dévalait à ses pieds
jusqu'à la Creuse et la colline escarpée,
chamarrée de bois, qui fermait l'hori
zon, de l'autre côté de la rivière aux
eaux profondes et vertes. Pâques était
venu fort tard, en cette année 1881 ; on
était au 18 avril et le printemps, assez
précoce, éclatait dans toute sa fraîcheur
et dans tout son parfum. Les pâqueret
tes blanches avaient neigé sur la prai
rie ; elles frissonnaient doucement sous
croit que nous aevdîis nous abste
nir de les apprécier jsuivant nos
convenances,, il témoigné beaucoup
trop de crainte pour la valeur de sçs
dieux.'.-:*"-*- - • - •
« M. Villemot et le jeune homme
(M. Locîiroy) disent que M. Sainte-
Beuve a le droit de manger .et de
servir de la viande tous les jours
de la sçmaine, même le vendredi-
saint... Nous ns reprochons pas à
M. Sainte-Beuve un délit, flous lui
reprochons une grossièreté. II n'a
pas lésé la loi, il a lésé les conve
nances. M. Villemot excuse — et
même admire ce qui lui semble un
acte hardi-et peut-être opportun de
libre-penseur. C'est, tout simple
à son point de vue. Nous blâmons
et même nous sifflons ce qui nous
semble ùno fanfaronnade " d'anti-
christianisme très malséailt de la
part d'un homme constitué en répu
tation et en dignité. »
Le chroniqueur de la République
conclut en affirmant qu'au total ce
dîner n'a été qu'un accident dont
on a fait sbrtir une légende. Nous
le voulons bien, mais c'est difficile à
croire. Sainte-Beuve fut pris,à cette
époque, d'un accès très marqué
d 'irr éligion j le prince Napoléon et
les autres convives étaient tous
atteints à des degrés différents dë
cette même infirmité. Comment ad
mettre qu'ils n'ont pas su ce qu'ils
faisaient ? Seulement à cause du
bruit de la presse et surtout du mé
contentement de l'empereur ils fu
rent gênés de dô qu'ils avaient fait.
Eugène Veuillot.
%ULLETI
La. Chambré a renvoyé le budget au
Luxembourg, hiër soir,ter s sept heureSj
après avoir maintenu ses premières dé'
cisions sur quelques points importants :
suppression des treize jours, réduction
de la. taxe des journaux, interdiction du
cumul de l'indemnité de sénateur et
d'un traitement de fonctionnaire.
En fin de séance, de très vifs inci
dents ont été soulevés sur la. mise à. l'or
dre du jour de la question du gaz à Pa
ris. M. Mirman a réclamé l'ajourne
ment pour donner à ia discussion une
àmplëur « indispensable »,et M. Allema.net
qualifiait la convention arrêtée par le
conseil municipal de « Panama natio
naliste ».
M. Colliard, rapporteur de la com
mission, mis en demeure par M. Mille-
voye de s'expliquer sur des tentatives
de pression dont il aurait été Vobjet s n'a
pu fournir que de très vagues rensei
gnements.
En fin de compte la mise a l'ordre du
jour & été repoussée.
Ce matin $ adoption de la loi sur la
corruption électorsile, modifiée au
Luxembourg.
Le Sénat a voté la loi sur les circons
criptions électorales, et disjoint l'article
relatif au mandat de six ans.
Dans l'après-midi, M. Godin, séna
teur de l'Inde, a questionné la ministre
des colonies sur un combat au Chari —
et après une assez longue suspension de
séance, on recevait dtpôt du budget re
tour de la Chambre.
Ce matin, en attendant le rapport de
lacommission des finances, on a re
poussé la proposition, votée par la
Chambre, sur la réglementation de l'af
fichage électoral.
Les délégués boers du Transvaal sont
toujours à. Kroonsiad ; on espère con
naître lundi le résultat de leur mis
sion.
D'après des télégrammes de Prêtoria,
M. Schalh-Burger et ses,collègues atten
draient h résultat dè'îeur message à
M. Steijn.
La reine d'Espagne a gracié hier, se
lon la tradition, neuf condamnés à
mort.
Une indisposition de M. Sag&sîa fera
probablement remettre le conseil des
ministres d'aujourd'hui.
la caresse de la brise, entre des corbeil
les de tulipes aux boules panachées, de
pensées aux pétaleB de velours sombre
et de jacinthes aux houppes légères, al
ternant du rose au pourpre impérial.
Aux derniers mots du curé, le jeune
homme rêveur avait dressé la tête.
— Ah ! c'est le lundi de Pâques et au
chant du Regina que vous recevez ici les
enfants de chœur ?
— Mais oui !
— Chez nous, sur les "confins de l'Or
léanais et du Berri, c'est pendant les
jours saints qu'ils font leur tournée. Ils
vont de ferme en ferme, aveâ un crucifix
que l'on baise à la ronde et, dans les
maisons, c'est l'O Crux ave qu'ils enton
nent. AubsI les appelle-t-on, ehez nos
paysans, les « Chanteux de Crux ave ».
— Mais le dénouement, sans doute, éBt
le même, interrompit le comte en sou
riant : des œufs ou quelques piécettes ?
— Naturellement.
— Ce sont de bons vieux usages et
qu'il faut maintenir, ajouta le curé...
Mais tenez, les voici. Vous voyez Remi
Champain, le premier à droite.
' Le comte et son jeune ami tournèrent
les yeux vers la porte du parc. Elle
s'ouvrait à gauche, un peu en contre
bas, au bout d'une allée qui montait dou
cement jusqu'à la terrasse, entre des
buissons de boules de neige, de tamaris
et de lilas. Sur ces buissons comme sur
la prairie, le printemps avait répandu
ses trésors. Entre les bouquets odorants
des lilas de mauve très pâle ou de blanc
très pur, entre les grappes arrondies et
brillantes des boules de neige, entre la
floraison vaporeuse qui ondulait sur les
tamaris roses, entre les rhododendrons
On organise; k Manresa,, un congrès
'ouvrier auquel sera convié M. Canale-
%as, ministre de l'agriculture.
4 On a de mauvaises nouvelles de Ma
cédoine -, les bandes de révolutionnaires
se livrent à toutes sortes de provoca
tions ; une mobilisation de 70,000 hom
mes de troupes auxiliaires en Turquie
d'Europe pour les manœuvres, n'est
pas sans rapport, dit on, avec cette si
tuation.
Une collision sanglante s'est prodiiite
jeudi, âu village-frontière de Saratasch
entre des postes frontières bulgares et
turcs.
Il y a eu de part et d'autre des bles
sés. Un sous-officier bulgare a été tué.
Le département d'Etat, de Washing
ton, ne considère pas comme digne de
son attention les accusations de corrup
tion formulées à l'occasion des négocia
tions en vue de l'achat des Antilles da
noises, et dont nous avons parlé hier.
L'exposé des faits contient des erreurs
évidentes.
Plusieurs feuilles anglaises annon
cent que, conformément à la proposi
tion de Yuan-Shi Kaï, le bouton de
mandarin de premier rang a été con
féré à Mgr Favier.
NOUVELLES DE EOM1
* 27 mars. •"
- Att Vatican.
Mercredi passé, 26 courant, Sa Sain
teté Léon XIII a reçu en audience parti
culière Mgr Schaepman, président du
groupe des députés catholiques de la se
conde Chambre des Pays-Bas.
— Dans les cercles catholiques de
Rome, on a noté âVec satisfaction une
phrase très significative de l'adresse lue
au Saint-Père par S. Exc. le baron de
Loc, envoyé extraordinaire de S. M.
l'empereur d'Allemagne, à l'occasion de
la réception solennelle du jubilé.
Voici la phrase du baron de Lac
« Je prie Votre Sainteté d'agréer cet
hommage comme preuve - d'amitié de
souverain à souverain et comme signe de
vénération de l'empereur d'Allemagne
envers le chef de l'Eglise catholique.»
« : ; ;
BECHANTS ET SOTS
On sait que nos gouvernants veu
lent à la fois qu'il n'y ait plus de
Jésuites et que les Jésuites ne puis
sent cesser de l'être.
£ Cela entraîne la bande ministé
rielle à de grandes bizarreries.
Ainsi,, d'après le Gaulois, M. Wal-
deck- Rousseau viendrait de faire
jusqu'à Rome, près de diverses au
torités, des démarches pour qu'au
cun Jésuite français ne pût obtenir
la sécularisation ou en user, s'il
l'avait obtenue. Son but était d'em
pêcher d'abord le Père Coubé ou
l'abbé Coubé, puis tout autre en
suite, non seulement de prêcher
dans nos églises, mais aussi de
faire n'importe où, comme tout le
monde, des conférences. Il lui pas
serait cependant de parler sur des
sujets absolument étrangers à la
politique et surtout à la question
électorale. .
Assurément c'est odieux, mais
comme c'est bête aussi !
AU JOÏÏIILE JOÏÏR
Le Figaro, « pour venir en aide aux
maîtres d'hôtel de ses lecteurs, » don
nait, hier vendredi-Eaint, un menu com
prenant, entre autres, les plats sui
vants :
« Caisse d'oeufs gratinés aux nouilles
et aux parmesans.
« Sorbets au marasquin. '
« Mousse à la pistache.
« Fromage de Hollande. »
Le Figaro ignore que les œufs et le
lait, le vendredi-saint, ne sont pas moins
interdits que la viande.
Aujourd'hui, samedi-saint, nous lisons
dans le Matin :
Maintenant .que le Christ est dans
son linceul, les clocheB se sont tues;
pendant toute la journée d'aujourd'hui,
elies resteront muettes; traduisant par
leur silence la désolation du monde an
tique, lorsque Jésus eut rendu son der
nier soupir; et demain, à dix heures,
revenues de Rome, elles feront de nou
veau entendre les gais éclats de leurg
mille voix de bronze. »
Comme certains journaux feraient
bien, avant de traiter les questions reli
gieuses, d'apprendre à les connaître un
tout petit peu !
Nos jeunes architectes de l'Ecole des
beaux-arts n'arrivent pas toujours à « se
lancer ».
Pour se consoler, ils « lancent ».
Dernièrement encore, dix logistes pour
le concours éliminatoire du prix de Rome
se sont amusés, pour passer le temps, à
prendre pour cibles les fenêtres d'un bâ
timent qui leur faisait face et à y lancer
des projectiles tels que des bûches de
bois et des siphons d'eau de seltz.
C 'était Bans doute pour faire des étu
des Bur la résistance des, 1 matériaux.
Seulement, deux personnes ayant été
blessées, l'histoire a tourné au tragique,
et le directeur de l'Ecole,justement ému,
a fait placarder un avis informant les
intéressés que si les fauteurs de désor
dre ne se dénonçaient pas eux-mêmes,
Je concours serait annulé.
Toutefois, assure-t-on, ce document
officiel n'est resté affiché que quelques
instants ; il fut presque aussitôt prudem
ment retiré afin que l'incident ne s'é
bruitât pas.
Tant pis. Il s'est ébruité quand même.
• •
M. Larosse est avec sa femme dans les
environs de Paris. Mourant de faim, ils
entrent dans une guinguette, où le patron
leur avoue qu'il ne possède qu'une côte
lette...
— Une seule, fait Larosse. Mais alors,
que mangera ma femme ?
ENCORE UNE CAPITULATION
On ne s'arrête guère dans la voie
des faiblesses, surtout quand on
est comme M. Loubet. Ce pauvre
homme multiplie comme à plaisir
les capitulations. Hier, il laissait
M. de Lanessan, dans le voyage à
Saint-Pétersbourg, supprimer l'au
mônier militaire, cependant prévu
et même prescrit par les règle
ments.; aujourd'liui il n'ose pas re
cevoir une délégation des Jaunes,
parce que les Rouges hurlent et que
M. le baron Millerand croit de
voir ménager ceux-ci, surtout à la
veille des élections. Ne pourraient-
ils pas lui refuser leurs voix ?
Il y a seulement quelques se
maines, M. Loubet, mieux ins
piré parce qu'il s'abandonnait à:
ses propres sentiments, avait reçu
avec sympathie une délégation des
Jaunes, mais c'était une leçon in
directe pour MM. Waldeck-Rous-
seau et Millerand, qui n'avaient pas
osé les recevoir. Cette fois, M. le
président de la République n'a pas
osé témoigner la même fermeté,'
pourtant peu compromettante, et à
la demande d'audience du secré
taire général du congrès des Jau
nes, il a fait répondre par la let
tre suivante :
28 mars 1902.
Monsieur le secrétaire général,
Par lettre en date de ce jour, vous
avez sollicité une audience pour ce soir
ou demain matin, en faveur d!une délé
gation du congrès syndical ouvrier qui se
tient actuellement à Paris.
Le président de la République me
charge de vous faire connaître qu'il a le
regret de ne pouvoir répondre favora
blement à votre demande, tous ses ins
tants étant pris ce soir et demain ma
tin.
- Agréez, etc.-
Général Dubois.
Il n'est pas toujours agréable
d'être dans les honneurs, et M. le
général Dubois aura pu regretter,
quoiqu'il ne fît que se conformer
aux ordres reçus, d'écrire une telle
lettre. A qui donc fera-t-on croire
que, dans la soirée d'hier et la ma
tinée de ce matin, M, Loubet n'ait
pas pu trouver une. minute dispo
nible?
Ainsi des ouvriers, désiréux dè
travailler, cherchent un terrain
d'entente avec les patrons; ils veu
lent éviter les pires malheurs,, et lè
président de la République, le mo
déré M. Loubet, au lieu de leur
donner l'appui qu'il leur devrait de
par sa fonction, n'ose même pas les
recevoir.
Alors, l'homme est complet dans
sa faiblesse, et ceux qui l'ont im
posé par une espèce d'escamotage,
s'ils ont eu la main heureuse pour
eux..., l'ont eue malheureuse pour
la France !
A. R.
Çâ et là
POUR MON SAINT
Ce n'est jamais, il faut que je l'avoue,
sans quelque appréhension et dans un
état d'humeur parfaitement sereine que
j'écoute, chaque année, le prédicateur
qui parle sur la Passion. J'ai toujours
peur qu'il ne se mette à injurier Baint
Pierre. Il me semble avoir encore dans
l'oreille les cris frénétiques de certain
chanoine. Sa voix tonitruante faisait re
tentir les voûtes de l'exclamation : < Lâ
che! lâche ! lâche ! » répétée, hurlée par
intervalles comme un refrain. C'était à
saint Pierre qu'il en avait.
.Je n'ai aucunement profité de ce ser
mon-là. Regardant le prédicateur avec
amertume et hostilité, je pensais tout le
temps : — Tu goûtes évidemment très
fort ton brutal effet d'éloquence. « Lâ
che », le mot est plein, il est sonore ; il
remplit ta bouche et tu en remplis l'é^
glise. Quel vibrant mépris pour saint
Pierre ! Mais tu en parles bien à ton
aise, dans ta chaire où tu ne risques rien.
Je voudrais savoir ce que tu aurais fait
à la plaGe du chef des apôtres. Je :t'ac4
corde sans'hésitation que tu n'eusses pas
renié Jésus-Christ. Non, car tu. te serais-
-candaH i«a~ au6f65 dÎBCipleS, et,
comme eux, tu aurais prestement tut et
disparu à la première alerte...
J'en conviens, j'avais tort de me laisser
aller à ces réflexions. Mais pourquoi
traitait-il saint Pierre de lâche ? Et tant
de prédicateurs, — toutefois sans aller
aussi loin, — font à peu près de même.
Ils ont l'air ravi d'avoir une bonne occa
sion de satisfaire le sentiment qui nous
porte à être féroces vis-à-vis de ceux qui
Bont haut placés, qui sont vénérés, qui
nous doivent l'exemple,... s'il leur arrive
de faire un faux pas. On saute sur l'au
baine, on se détend, on se soulage. — Un
seul jour par an où il soit permis de te
maltraiter'un peu. Je vais m'en don
ner...
Ce n'est pas bien ; ce n'est pas juste."
Les apôtres manquèrent de bravoure au ,
moment de' la Passion : d'accord. Mais,
sauf quelqaefois un mot; une parenthèse,:
on ne leur dit rien, et l'on tombe sur ce
lui qui, Bomme toute, s'est montré le plus
courageux, le plus fidèle et s'est le plus
amèrement repenti d'une défaillance
dont les autres lui avaient tous donné
l'exemple.
Ils ne devaient recevoir l'Esprit saint,
avec ses dons et ses lumières, que deux
mois après. C'étaient des hommes, qui
n'avaient même pas bien compris les
enseignements de leur Maître. Ils se
faisaient encore du Messie la vieille idée
épanouis qui se serraient en massifs au
pied de ces arbustes, quatre enfants
montaient, comme une jeunesse triom
phante, au milieu des sourires de la na
ture en plein renouveau, le soleil au
front, la ceinture rouge au flanc serrant
les plis de l'aube blanche.
Remi Champain, le premier à droite,
avait, dans son habit de chœur, un air
angélique, avec ses yeux bruns, très lim
pides, et ses cheveux d'un roux ardent
dont quelques mèches indisciplinées
tombaient sur le front. On se mirait dans
l'innocence, en contemplant son regard
pur et profond ; le sourire de sa bouche à
demi ouverte annonçait la candeur.
Ses trois compagnons montaient près
de lui : Jean Levivier, le plus grand,dont
le pantalon grisâtre, aux bords effilo-
qués, dépassait de beaucoup l'aube trop
oourte ; Martin Lourson, dont les douze
ans, déjà vigoureux, promettaient un
gars solide,haut en couleur, aux muscles
forts, aux traits robustes et qui balançait
gauchement ses larges mains très rouges
au bout de ses manches très claires ;
enfin, le petit Jérôme Ardebèche, aux
yeux noirs pétillants de malice.
La comtesse, avertie, descendait le
perron, escortée de ses deux filles, Adèle
et Solange.
Mais les enfants sont arrivés, le teint
coloré par la marche et par l'émotion;
les voici rangéB devant le château ; der
rière eux, la prairie s'étend toute blan
che et le ciel sourit, d'un bleu très doux,
sur les coteaux boisés qui se baignent
dans la Creuse.
D'abovd, une gamme de toux ; puis,
les voix fraîches, un peu discordantes,
attaquent le Regina cseli, tandis que le
bon curé, qui s'est placé derrière les
châtelains, marque la mesure en se
couant la tête et balançant la main.
Enfin, le chant s'arrête et voilà tout le
cérémonial accompli.
Alors, pendant que la comtesse appe
lait les enfants pour leur distribuer des
piécettes blanches et les désaltérer de
quelques sirops bien frais, son mari fit
signe à Remi Champain.
L'enfant s'approcha, baissant la tête
et roulant du bout des doigts les glands
de sa ceinture.
— Allons, regarde-moi bien, dit le
comte ; il faut que j'examine un peu cette
frimousse-là.
Remi se redressa, les joues roses, et ses
yeux s'ouvrirent tout grands, — des
yeux qui faisaient penser à ces lacs des
montagneB,où l'azur est seul à se refléter.
— Ainsi, tu voudrais bien entrer au
séminaire?
Intimidé, très ému, le petit regarda le
prêtre.
— Parle toi-même, répondit le curé,
souriant, à cette prière silencieuse.
L'enfant se retourna vers le comte et,
tordant plus fort que jamais sa pauvre
ceinture.
— Oh oui, murmura-t il avec un ac
cent profond !
— Et pourquoi ?
— Parce que... parce que... je vou
drais... faire plaisir au bon Dieu.
— Maison peut faire plaisir au bon
Dieu, sans être prêtre. Demande à M. le
curé.' : ■■■-.■ _ _ ■■■ ■
— M. le curé me l'a bien dit. Mais...
mais ce n'est pas la même chose !
— Qu'est-ce qui n'est pas la même
chose?
— Eh bien... voilà !
Et sur ce mot, peu explicatif, le petit
Champain, qui ne savait trop comment
exprimer au châtelain tout ce qu'il avait
dans l'esprit, s'arrêta court.
• — Allons, n'aie donc pas peur, je ne
suis pas Bi méchant.
— Eh bien oui... voilà, reprit l'enfant,
qui s'enhardit tout à coup et qui, très
vite, avec du feu dans les prunelles et
sur les joues, continua ; Voilà! Je vou
drais faire tout ce que je peux pour le
bon Dieu, je voudrais l'aimer toujours
plus, inventer je ne sais quoi pour lui
faire plaisir. Et puis, je suis heureux
quand je sers la messe ; alors je voudrais
bien la dire aussi, plus tard. Et puis,
je voudrais que tous les autres ai
ment beaucoup le bon Dieu, et puis la
sainte Vierge. Et puis, je voudrais qu'on
ne fit jamais de peine au bon Dieu et
puis, que moi je sois toujours auprès de
lui. Et puis..., voilà..., je ne sais plus !
-r- Ce n 'eBt pas très éloquent, conclut
le curé. Mais ne sentez-vous point que
tout le prêtre est en germe en ce petit
cœur? En somme, il veut, confusément,
mais profondément, sedonner tout à Dieu
et lui gagner les âmes.
— Oui, répondit le châtelain pensif. Et
ce sont là des sentiments bien rares, en
nos campagnes, et surtout chez un en
fant si jeune ; ils semblent marquer un
appel divin!... D'ailleurs, je m'en rap
porte à vous, monsieur le curé... Alors,
poursuivit le comte, en regardant l'en
fant dans les yeux, tu. serais heureux
d'aller au petit séminaire? ,
— Oh ! s'exclama Remi, qui rayonna.
— Et ta grand'mère ?
— Oh ! grand'mère veut biea !
PARIS ÉTRANGES
ïï départements (union postas^
Un an....<>...• 25 » 86' »
Six mois...... 13 js 19 »
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ANNONCES
&SML LAGRANGE, CERF et 0,6, place de h Bourse
Êemain, fête de PAQUES, 1' « Uni
vers» ne paraîtra pas.
PARIS, 29 MAKS 190Î "
tïn dinef grââ;. s ,,.;
Èncbfce ime capitu
lation. .«•««■«.*...
Çi «t là : Pour mon
saint* .............
Croix abattue, croix
relevés...........
A la Chambre
An Sénat
Feuilleton : Les
« ChanteuxdeCrux
Ave
A. R.
Pierre Veuillot.
J; Messire.
J. M anwénat.
François Yeuiilst.
Bî&ïlià. — ftçuveîîe» ds Rome. -- Mé-
chantE et sots. — Au jour la jour. —
— Prières publiques. — Les congréga
tions. — La santé de Mgr Jauffret. —■ ta-
formations poiitifues et parlementaires.
— Chronique électorale. — Une confé
rence de M. Jules Lemaltre. — En Al
gérie. — Le testament de Cecll Rhodes.
■»*- La guerre ds Trnas .ml. — Les af
fairée de diîiae. -£■ .Eî.-sager; — A tra
vers la presse. — Le congrès des jau
nes. — L'a question ouvrière. — Let
tres. sciences et arts. — Un manuel sa
cerdotal. — Deux traits de propagande.
■ — Eihos 4 a partout. — Le vendredi-
Bsint. — Eglise du Sacré-Cœur; — Chro
nique religieuse. — Nécrologie. — Guer
re et marine. — Jardin d'acclimatation.
— Nouvelles diverge». — ■ a encri^. Ta-
» b.iesa si bulletin
W BIHB GRAS
Avant-hier, dans sa chronique
de la République, M. Bachaumont,
parlant avec le dédain nécessaire
aes dîners gras du Vèndredi-fBaint,
faisait dater cette * manifestation
îibre-peiièeuse et gotyate de cer
tain festin que donna Sainte-Beuve
au prince Napoléon.
Ce premier diner des saucisson-
îiiers, le chroniqueur Bachaumont
te raconte avec ^honnête désir d'en
décharger l'amphitryon et ses con
vives. 11 y met de l'esprit et del'in-
vention, deux choses généralement
bonnes et particulièrement de mise
dans une chronique. Cependant
ï'^nventioh â tin côté faible : elle
s'accorde difficilement avec l'exac
titude. Nous en avons ici une preuve
nouvelle. Le chroniqueur de la Ré
publique, pour mieux fe^ciiser sès
clients, réduit leur manifestation à
une distraction et met au compte de
l 'Univers lebruit qu'elle fit. Je m'ins
cris en faux et je cite Bachaumont:
... ,t>ans les premiers jïîurs d'avril 1867,
le prince Napoléon dit à l'auteur de Vo-
lv.pté :
« Vous vivez dans le commerce d'illus
tres écrivains que je serais heureux de
connaître... VouUs-voUs me les présen
ter ?... Faisons mieux... dînons ensem
ble. — Soit, répondit Sainte-Beuve, si
Votr^AItesse daigne venir dîner chez
moi.— Mon Altesse daigne...Quel joui?...
Voyons... vendredi prochain? — Va pour
Vendredi... Je vais convier immédiate
ment cinq ou six de mes intimes... car,
vous savez, ma maison, comme celle de
Socrate, n'en peut contenir davantage.—
Affaire convenue... A vendredi 1 — A
Vendredi !»
Là dessus, l'Altesse et le critique se
séparèrent sans avoir un instant songé
ÇU 'iJa venaient de prendre jour pour le
vendredi saint. Sainte-Beuve rédige un
menu très simple... Oh 1 pas de brouet
hoir, mais aucun de ces plats oà Ton
aurait pu voir un défi systématique aux
traditions religieuses, ni jambon, ni
boudin, ni soupe au lard !... Les convi
ves étaient, outre le prince Napoléon,
Renan, Flaubert, About, Paul de Saint-
Victor, le docteur Robin et deux ou
trois autres dont les noms m'échappent.. »
Mais pas une femme, pas même George
Sand, comme on l'a prétendu. .. Le len
demain de l'entrevue entre le prince
Napoléon et le critique, l'affaire s'é
FEUILLETON DE L'UNIVERS
du 30 mars 1902
u
iï AYE "
(Conte de Pâques).'
I
— Alors, monsieur le curé, vous pensez
que Remi Champain a la vocation reli
gieuse ?
— Mon Dieu, monsieur le comte, il se
rait bien hasardeux d'affirmer, d'une
manière absolue, la vocation d'un garçon
de onze ans. Mais enfin, dans la me
sure où je puis le certifier, je crois que
cet enfant, s'il répond à l'appel d'En-
Haut, sera prêtre un jour.
— Est-il de caractère à bien y ré
pondre ?
— Son caractère est très doux, franc,
raisonnable. Il n'y a chez lui ni exalta
tion, ni calcul. On lui sent, au contraire,
une piété sérieuse, une décision réflé
chie.
— Hum ! On m'a conté, de lui, certains
tours...
— Oh! des espiègleries d'enfants...
C'est vrai qu'il Be laisse un peu trop faci
lement entraîner par ses camarades.
— Eh I mais, monsieur le curé, c'est
an défaut dangereux.
— Hélas, oui, je le sais bien. Mais qui
n'a point son côté faible? Et c'est d'ail
leurs le seul que je lui connaisse.
— Croyez-vous qu'il parvienne à en
triompher?
bruita. Sainte-Beuve était alors très sur
veillé par « un catholique enrage de
l'Univers », lequel avait, avec la bonne
de « Joseph Delorme », de fréquents et
secrets entretiens. C'est elle, sans doute,
qui vendit la ai^che. Son confident dé
nonça les s pafpailî&îs » auà foudres
ecclésiastiques. Tout le quartier s'émut
tandis que Sainte-Beuve et le prince
vivaient dans la plus complète incons
cience de leur méprise involontaire et de
l'orage qui grondait -sur eux. On dîna
dans la même inconscience. Au dessert,
quelqu'un hasarda : « Mais j'y songe,
c'est aujourd'hui vendredi saint I — Hé
las! fit Sainte-Beuve, il est un peu tard
peur décommander la fête» s Tcus les
ôonvives se retirèrent Vers dix heures
— car l'amphitryon se couchait tôt —
après une soirée charmante, où l'on avait
causé belles-lettrés, art, science, de
tout enfin, sauf de 1a religion. Ce qui
n'empêcha pas l'Univers de fulminer
contre les dineura les plus virulents ana-
thèmes.
Je signale tout de suite dans ce
récit une erreur de date. Aux pre
miers jour$ d'avril Î867,l'Univers,
supprimé depuis plus de sept ans,
n'existait pas; il allait renaître,
mais ce n'était pas encore fait. Le
premier numéro de sa réapparition
Dorte cette date : 16 avril 1867. Ç'çst
'année suivante, le iô avril iS6§,
qu'eut lieu le diner où des personna
ges en titre et en vue inaugurèrent
la campagne de la -charcuterie con
tre la Crois»
Le journal qui le premier parla
de cet exploit fut, non Vtjnivers,
mais l 'Evénement, ami âlorg du
prince Napoléon. De là, il passa
aans toute la presse. L 'Univers
s'en tint d'abord à signaler le fait
d'après l 'Evénement. .11 doutait de.
cette vilenie. L'Evénement avait
parlé le i4 avril ; le premier article
militant de l'Univers parut le 17
seulement. Il était court, ironique
et dédaigneux plutôt que fulmi
nant. Louis Yeuillot y raillait « ce
pauvre ancien charmant M. Sainte-
Beuve, devenu sénateur de l'empire
et, vivandière de la libre-pensée ».
L'affaire felevatltpar divërs feôtéa
du scandale et du boulevard, Piga.ro
intervint. Journal monarchique et
religieux au fond... bien au fond,
filaiè voilé fen pratique à la défense
des moeurs libres, il défendit avec
énergie les saucisses du sénateur et
du prince. Deux de ses rédacteurs
s'attelèrent à cette besogne* M. Vil
lemot et M. Lockroy, iè [môme Loc-
kroy qui depuis a fait fortune dans
la politique. L'un de ces figaristes,
à court d'arguments valables et
même de traits d'esprit, crut se tirer
d'eftibarras en reprochant à Louis
Veuillot de fouiller dans îa Vie pfi-
vée de ses adversaires C'est l'in
vention que rajeunit M. Bachau-
riiont en contant qu' « un catholique
enragé de Y Univers » en relations
suivies avec « la bonne » de Sainte-
Beuve révéla le secret de ce gros dî
ner gras au journal des délateurs,
lequel bien vite et très bruyamment
prononça l'anathème. Voici ce que
répondit Louis Veuillot au fïga-
rifcte I
« Î1 y a bien quelques journaux
dans Paris et un entre tous, qui se
font peu scrupule d'escalader le
mur de la vie privée, de dire ce qui
se passe chez l'ennemi même lors
qu'ils n'en savent rien. M. Villemot
est trop instruit des mœurs de la
presse pour ignorer que l 'Univers
ne fait point ce métier là. Le dîner
de M. Sainte-Beuve a été divulgué
par des fureteurs de profession qui
ne haïssent point ce philosophe ni
ses sauces, et le Figaro n'a aucune
ment le droit de les condamner.
« Si M. Villemot prétend nous in
terdire de recueillir les faits de ce
genre lorsqu'ils sont publiés par
d'autres et non démentis, ou s'il
— Je le pense. Quand Cet enfant fie
verra dirigé dans la voie qui mène au
sacerdoce, un tel élan le poussera vers
ce but qu'il vainora, Dieu aidant, ce
manque d'énergie.
— Espérons-le .'... Alors, à votre sens,
on ferait une bonne œuvre, en donnant à
Eemi Champain les moyens d'entrer au
petit séminaire ?
— Ah ! monsieur le comte, Dieu vous
bénirait, si vous accomplissiez une
aussi belle action... Vous savez |que l'en
fant n'a d'autre appui que la. pauvre Bégu,
son aïeule...
— Allons, soit ! J'y consens, sur votre
prière et sur votre parole... Il est enfant
de chœur, n'est-ce pas ? Je le verrai
donc, tout à l'heure, avec ses camara
des. Eh bien, je lui parlerai moi-même.
— Ils vont venir, en effet, dans un ins
tant, monsieur le comte, et vous deman
der leurs œufs de Pâques, èn chantant
le Regina. Leur lundi de Pâques, ils
n'ont garde de l'oublier !
Un .troisième personnage, un jeune
homme, avait assisté, sans mot dire, à
ce dialogue entre le comte de Fontverte
et le curé de Landry. Assis près du
comte, au bord de la terrasse épanouie
devant le château, il regardait vague
ment la prairie qui dévalait à ses pieds
jusqu'à la Creuse et la colline escarpée,
chamarrée de bois, qui fermait l'hori
zon, de l'autre côté de la rivière aux
eaux profondes et vertes. Pâques était
venu fort tard, en cette année 1881 ; on
était au 18 avril et le printemps, assez
précoce, éclatait dans toute sa fraîcheur
et dans tout son parfum. Les pâqueret
tes blanches avaient neigé sur la prai
rie ; elles frissonnaient doucement sous
croit que nous aevdîis nous abste
nir de les apprécier jsuivant nos
convenances,, il témoigné beaucoup
trop de crainte pour la valeur de sçs
dieux.'.-:*"-*- - • - •
« M. Villemot et le jeune homme
(M. Locîiroy) disent que M. Sainte-
Beuve a le droit de manger .et de
servir de la viande tous les jours
de la sçmaine, même le vendredi-
saint... Nous ns reprochons pas à
M. Sainte-Beuve un délit, flous lui
reprochons une grossièreté. II n'a
pas lésé la loi, il a lésé les conve
nances. M. Villemot excuse — et
même admire ce qui lui semble un
acte hardi-et peut-être opportun de
libre-penseur. C'est, tout simple
à son point de vue. Nous blâmons
et même nous sifflons ce qui nous
semble ùno fanfaronnade " d'anti-
christianisme très malséailt de la
part d'un homme constitué en répu
tation et en dignité. »
Le chroniqueur de la République
conclut en affirmant qu'au total ce
dîner n'a été qu'un accident dont
on a fait sbrtir une légende. Nous
le voulons bien, mais c'est difficile à
croire. Sainte-Beuve fut pris,à cette
époque, d'un accès très marqué
d 'irr éligion j le prince Napoléon et
les autres convives étaient tous
atteints à des degrés différents dë
cette même infirmité. Comment ad
mettre qu'ils n'ont pas su ce qu'ils
faisaient ? Seulement à cause du
bruit de la presse et surtout du mé
contentement de l'empereur ils fu
rent gênés de dô qu'ils avaient fait.
Eugène Veuillot.
%ULLETI
La. Chambré a renvoyé le budget au
Luxembourg, hiër soir,ter s sept heureSj
après avoir maintenu ses premières dé'
cisions sur quelques points importants :
suppression des treize jours, réduction
de la. taxe des journaux, interdiction du
cumul de l'indemnité de sénateur et
d'un traitement de fonctionnaire.
En fin de séance, de très vifs inci
dents ont été soulevés sur la. mise à. l'or
dre du jour de la question du gaz à Pa
ris. M. Mirman a réclamé l'ajourne
ment pour donner à ia discussion une
àmplëur « indispensable »,et M. Allema.net
qualifiait la convention arrêtée par le
conseil municipal de « Panama natio
naliste ».
M. Colliard, rapporteur de la com
mission, mis en demeure par M. Mille-
voye de s'expliquer sur des tentatives
de pression dont il aurait été Vobjet s n'a
pu fournir que de très vagues rensei
gnements.
En fin de compte la mise a l'ordre du
jour & été repoussée.
Ce matin $ adoption de la loi sur la
corruption électorsile, modifiée au
Luxembourg.
Le Sénat a voté la loi sur les circons
criptions électorales, et disjoint l'article
relatif au mandat de six ans.
Dans l'après-midi, M. Godin, séna
teur de l'Inde, a questionné la ministre
des colonies sur un combat au Chari —
et après une assez longue suspension de
séance, on recevait dtpôt du budget re
tour de la Chambre.
Ce matin, en attendant le rapport de
lacommission des finances, on a re
poussé la proposition, votée par la
Chambre, sur la réglementation de l'af
fichage électoral.
Les délégués boers du Transvaal sont
toujours à. Kroonsiad ; on espère con
naître lundi le résultat de leur mis
sion.
D'après des télégrammes de Prêtoria,
M. Schalh-Burger et ses,collègues atten
draient h résultat dè'îeur message à
M. Steijn.
La reine d'Espagne a gracié hier, se
lon la tradition, neuf condamnés à
mort.
Une indisposition de M. Sag&sîa fera
probablement remettre le conseil des
ministres d'aujourd'hui.
la caresse de la brise, entre des corbeil
les de tulipes aux boules panachées, de
pensées aux pétaleB de velours sombre
et de jacinthes aux houppes légères, al
ternant du rose au pourpre impérial.
Aux derniers mots du curé, le jeune
homme rêveur avait dressé la tête.
— Ah ! c'est le lundi de Pâques et au
chant du Regina que vous recevez ici les
enfants de chœur ?
— Mais oui !
— Chez nous, sur les "confins de l'Or
léanais et du Berri, c'est pendant les
jours saints qu'ils font leur tournée. Ils
vont de ferme en ferme, aveâ un crucifix
que l'on baise à la ronde et, dans les
maisons, c'est l'O Crux ave qu'ils enton
nent. AubsI les appelle-t-on, ehez nos
paysans, les « Chanteux de Crux ave ».
— Mais le dénouement, sans doute, éBt
le même, interrompit le comte en sou
riant : des œufs ou quelques piécettes ?
— Naturellement.
— Ce sont de bons vieux usages et
qu'il faut maintenir, ajouta le curé...
Mais tenez, les voici. Vous voyez Remi
Champain, le premier à droite.
' Le comte et son jeune ami tournèrent
les yeux vers la porte du parc. Elle
s'ouvrait à gauche, un peu en contre
bas, au bout d'une allée qui montait dou
cement jusqu'à la terrasse, entre des
buissons de boules de neige, de tamaris
et de lilas. Sur ces buissons comme sur
la prairie, le printemps avait répandu
ses trésors. Entre les bouquets odorants
des lilas de mauve très pâle ou de blanc
très pur, entre les grappes arrondies et
brillantes des boules de neige, entre la
floraison vaporeuse qui ondulait sur les
tamaris roses, entre les rhododendrons
On organise; k Manresa,, un congrès
'ouvrier auquel sera convié M. Canale-
%as, ministre de l'agriculture.
4 On a de mauvaises nouvelles de Ma
cédoine -, les bandes de révolutionnaires
se livrent à toutes sortes de provoca
tions ; une mobilisation de 70,000 hom
mes de troupes auxiliaires en Turquie
d'Europe pour les manœuvres, n'est
pas sans rapport, dit on, avec cette si
tuation.
Une collision sanglante s'est prodiiite
jeudi, âu village-frontière de Saratasch
entre des postes frontières bulgares et
turcs.
Il y a eu de part et d'autre des bles
sés. Un sous-officier bulgare a été tué.
Le département d'Etat, de Washing
ton, ne considère pas comme digne de
son attention les accusations de corrup
tion formulées à l'occasion des négocia
tions en vue de l'achat des Antilles da
noises, et dont nous avons parlé hier.
L'exposé des faits contient des erreurs
évidentes.
Plusieurs feuilles anglaises annon
cent que, conformément à la proposi
tion de Yuan-Shi Kaï, le bouton de
mandarin de premier rang a été con
féré à Mgr Favier.
NOUVELLES DE EOM1
* 27 mars. •"
- Att Vatican.
Mercredi passé, 26 courant, Sa Sain
teté Léon XIII a reçu en audience parti
culière Mgr Schaepman, président du
groupe des députés catholiques de la se
conde Chambre des Pays-Bas.
— Dans les cercles catholiques de
Rome, on a noté âVec satisfaction une
phrase très significative de l'adresse lue
au Saint-Père par S. Exc. le baron de
Loc, envoyé extraordinaire de S. M.
l'empereur d'Allemagne, à l'occasion de
la réception solennelle du jubilé.
Voici la phrase du baron de Lac
« Je prie Votre Sainteté d'agréer cet
hommage comme preuve - d'amitié de
souverain à souverain et comme signe de
vénération de l'empereur d'Allemagne
envers le chef de l'Eglise catholique.»
« : ; ;
BECHANTS ET SOTS
On sait que nos gouvernants veu
lent à la fois qu'il n'y ait plus de
Jésuites et que les Jésuites ne puis
sent cesser de l'être.
£ Cela entraîne la bande ministé
rielle à de grandes bizarreries.
Ainsi,, d'après le Gaulois, M. Wal-
deck- Rousseau viendrait de faire
jusqu'à Rome, près de diverses au
torités, des démarches pour qu'au
cun Jésuite français ne pût obtenir
la sécularisation ou en user, s'il
l'avait obtenue. Son but était d'em
pêcher d'abord le Père Coubé ou
l'abbé Coubé, puis tout autre en
suite, non seulement de prêcher
dans nos églises, mais aussi de
faire n'importe où, comme tout le
monde, des conférences. Il lui pas
serait cependant de parler sur des
sujets absolument étrangers à la
politique et surtout à la question
électorale. .
Assurément c'est odieux, mais
comme c'est bête aussi !
AU JOÏÏIILE JOÏÏR
Le Figaro, « pour venir en aide aux
maîtres d'hôtel de ses lecteurs, » don
nait, hier vendredi-Eaint, un menu com
prenant, entre autres, les plats sui
vants :
« Caisse d'oeufs gratinés aux nouilles
et aux parmesans.
« Sorbets au marasquin. '
« Mousse à la pistache.
« Fromage de Hollande. »
Le Figaro ignore que les œufs et le
lait, le vendredi-saint, ne sont pas moins
interdits que la viande.
Aujourd'hui, samedi-saint, nous lisons
dans le Matin :
Maintenant .que le Christ est dans
son linceul, les clocheB se sont tues;
pendant toute la journée d'aujourd'hui,
elies resteront muettes; traduisant par
leur silence la désolation du monde an
tique, lorsque Jésus eut rendu son der
nier soupir; et demain, à dix heures,
revenues de Rome, elles feront de nou
veau entendre les gais éclats de leurg
mille voix de bronze. »
Comme certains journaux feraient
bien, avant de traiter les questions reli
gieuses, d'apprendre à les connaître un
tout petit peu !
Nos jeunes architectes de l'Ecole des
beaux-arts n'arrivent pas toujours à « se
lancer ».
Pour se consoler, ils « lancent ».
Dernièrement encore, dix logistes pour
le concours éliminatoire du prix de Rome
se sont amusés, pour passer le temps, à
prendre pour cibles les fenêtres d'un bâ
timent qui leur faisait face et à y lancer
des projectiles tels que des bûches de
bois et des siphons d'eau de seltz.
C 'était Bans doute pour faire des étu
des Bur la résistance des, 1 matériaux.
Seulement, deux personnes ayant été
blessées, l'histoire a tourné au tragique,
et le directeur de l'Ecole,justement ému,
a fait placarder un avis informant les
intéressés que si les fauteurs de désor
dre ne se dénonçaient pas eux-mêmes,
Je concours serait annulé.
Toutefois, assure-t-on, ce document
officiel n'est resté affiché que quelques
instants ; il fut presque aussitôt prudem
ment retiré afin que l'incident ne s'é
bruitât pas.
Tant pis. Il s'est ébruité quand même.
• •
M. Larosse est avec sa femme dans les
environs de Paris. Mourant de faim, ils
entrent dans une guinguette, où le patron
leur avoue qu'il ne possède qu'une côte
lette...
— Une seule, fait Larosse. Mais alors,
que mangera ma femme ?
ENCORE UNE CAPITULATION
On ne s'arrête guère dans la voie
des faiblesses, surtout quand on
est comme M. Loubet. Ce pauvre
homme multiplie comme à plaisir
les capitulations. Hier, il laissait
M. de Lanessan, dans le voyage à
Saint-Pétersbourg, supprimer l'au
mônier militaire, cependant prévu
et même prescrit par les règle
ments.; aujourd'liui il n'ose pas re
cevoir une délégation des Jaunes,
parce que les Rouges hurlent et que
M. le baron Millerand croit de
voir ménager ceux-ci, surtout à la
veille des élections. Ne pourraient-
ils pas lui refuser leurs voix ?
Il y a seulement quelques se
maines, M. Loubet, mieux ins
piré parce qu'il s'abandonnait à:
ses propres sentiments, avait reçu
avec sympathie une délégation des
Jaunes, mais c'était une leçon in
directe pour MM. Waldeck-Rous-
seau et Millerand, qui n'avaient pas
osé les recevoir. Cette fois, M. le
président de la République n'a pas
osé témoigner la même fermeté,'
pourtant peu compromettante, et à
la demande d'audience du secré
taire général du congrès des Jau
nes, il a fait répondre par la let
tre suivante :
28 mars 1902.
Monsieur le secrétaire général,
Par lettre en date de ce jour, vous
avez sollicité une audience pour ce soir
ou demain matin, en faveur d!une délé
gation du congrès syndical ouvrier qui se
tient actuellement à Paris.
Le président de la République me
charge de vous faire connaître qu'il a le
regret de ne pouvoir répondre favora
blement à votre demande, tous ses ins
tants étant pris ce soir et demain ma
tin.
- Agréez, etc.-
Général Dubois.
Il n'est pas toujours agréable
d'être dans les honneurs, et M. le
général Dubois aura pu regretter,
quoiqu'il ne fît que se conformer
aux ordres reçus, d'écrire une telle
lettre. A qui donc fera-t-on croire
que, dans la soirée d'hier et la ma
tinée de ce matin, M, Loubet n'ait
pas pu trouver une. minute dispo
nible?
Ainsi des ouvriers, désiréux dè
travailler, cherchent un terrain
d'entente avec les patrons; ils veu
lent éviter les pires malheurs,, et lè
président de la République, le mo
déré M. Loubet, au lieu de leur
donner l'appui qu'il leur devrait de
par sa fonction, n'ose même pas les
recevoir.
Alors, l'homme est complet dans
sa faiblesse, et ceux qui l'ont im
posé par une espèce d'escamotage,
s'ils ont eu la main heureuse pour
eux..., l'ont eue malheureuse pour
la France !
A. R.
Çâ et là
POUR MON SAINT
Ce n'est jamais, il faut que je l'avoue,
sans quelque appréhension et dans un
état d'humeur parfaitement sereine que
j'écoute, chaque année, le prédicateur
qui parle sur la Passion. J'ai toujours
peur qu'il ne se mette à injurier Baint
Pierre. Il me semble avoir encore dans
l'oreille les cris frénétiques de certain
chanoine. Sa voix tonitruante faisait re
tentir les voûtes de l'exclamation : < Lâ
che! lâche ! lâche ! » répétée, hurlée par
intervalles comme un refrain. C'était à
saint Pierre qu'il en avait.
.Je n'ai aucunement profité de ce ser
mon-là. Regardant le prédicateur avec
amertume et hostilité, je pensais tout le
temps : — Tu goûtes évidemment très
fort ton brutal effet d'éloquence. « Lâ
che », le mot est plein, il est sonore ; il
remplit ta bouche et tu en remplis l'é^
glise. Quel vibrant mépris pour saint
Pierre ! Mais tu en parles bien à ton
aise, dans ta chaire où tu ne risques rien.
Je voudrais savoir ce que tu aurais fait
à la plaGe du chef des apôtres. Je :t'ac4
corde sans'hésitation que tu n'eusses pas
renié Jésus-Christ. Non, car tu. te serais-
-candaH i«a~ au6f65 dÎBCipleS, et,
comme eux, tu aurais prestement tut et
disparu à la première alerte...
J'en conviens, j'avais tort de me laisser
aller à ces réflexions. Mais pourquoi
traitait-il saint Pierre de lâche ? Et tant
de prédicateurs, — toutefois sans aller
aussi loin, — font à peu près de même.
Ils ont l'air ravi d'avoir une bonne occa
sion de satisfaire le sentiment qui nous
porte à être féroces vis-à-vis de ceux qui
Bont haut placés, qui sont vénérés, qui
nous doivent l'exemple,... s'il leur arrive
de faire un faux pas. On saute sur l'au
baine, on se détend, on se soulage. — Un
seul jour par an où il soit permis de te
maltraiter'un peu. Je vais m'en don
ner...
Ce n'est pas bien ; ce n'est pas juste."
Les apôtres manquèrent de bravoure au ,
moment de' la Passion : d'accord. Mais,
sauf quelqaefois un mot; une parenthèse,:
on ne leur dit rien, et l'on tombe sur ce
lui qui, Bomme toute, s'est montré le plus
courageux, le plus fidèle et s'est le plus
amèrement repenti d'une défaillance
dont les autres lui avaient tous donné
l'exemple.
Ils ne devaient recevoir l'Esprit saint,
avec ses dons et ses lumières, que deux
mois après. C'étaient des hommes, qui
n'avaient même pas bien compris les
enseignements de leur Maître. Ils se
faisaient encore du Messie la vieille idée
épanouis qui se serraient en massifs au
pied de ces arbustes, quatre enfants
montaient, comme une jeunesse triom
phante, au milieu des sourires de la na
ture en plein renouveau, le soleil au
front, la ceinture rouge au flanc serrant
les plis de l'aube blanche.
Remi Champain, le premier à droite,
avait, dans son habit de chœur, un air
angélique, avec ses yeux bruns, très lim
pides, et ses cheveux d'un roux ardent
dont quelques mèches indisciplinées
tombaient sur le front. On se mirait dans
l'innocence, en contemplant son regard
pur et profond ; le sourire de sa bouche à
demi ouverte annonçait la candeur.
Ses trois compagnons montaient près
de lui : Jean Levivier, le plus grand,dont
le pantalon grisâtre, aux bords effilo-
qués, dépassait de beaucoup l'aube trop
oourte ; Martin Lourson, dont les douze
ans, déjà vigoureux, promettaient un
gars solide,haut en couleur, aux muscles
forts, aux traits robustes et qui balançait
gauchement ses larges mains très rouges
au bout de ses manches très claires ;
enfin, le petit Jérôme Ardebèche, aux
yeux noirs pétillants de malice.
La comtesse, avertie, descendait le
perron, escortée de ses deux filles, Adèle
et Solange.
Mais les enfants sont arrivés, le teint
coloré par la marche et par l'émotion;
les voici rangéB devant le château ; der
rière eux, la prairie s'étend toute blan
che et le ciel sourit, d'un bleu très doux,
sur les coteaux boisés qui se baignent
dans la Creuse.
D'abovd, une gamme de toux ; puis,
les voix fraîches, un peu discordantes,
attaquent le Regina cseli, tandis que le
bon curé, qui s'est placé derrière les
châtelains, marque la mesure en se
couant la tête et balançant la main.
Enfin, le chant s'arrête et voilà tout le
cérémonial accompli.
Alors, pendant que la comtesse appe
lait les enfants pour leur distribuer des
piécettes blanches et les désaltérer de
quelques sirops bien frais, son mari fit
signe à Remi Champain.
L'enfant s'approcha, baissant la tête
et roulant du bout des doigts les glands
de sa ceinture.
— Allons, regarde-moi bien, dit le
comte ; il faut que j'examine un peu cette
frimousse-là.
Remi se redressa, les joues roses, et ses
yeux s'ouvrirent tout grands, — des
yeux qui faisaient penser à ces lacs des
montagneB,où l'azur est seul à se refléter.
— Ainsi, tu voudrais bien entrer au
séminaire?
Intimidé, très ému, le petit regarda le
prêtre.
— Parle toi-même, répondit le curé,
souriant, à cette prière silencieuse.
L'enfant se retourna vers le comte et,
tordant plus fort que jamais sa pauvre
ceinture.
— Oh oui, murmura-t il avec un ac
cent profond !
— Et pourquoi ?
— Parce que... parce que... je vou
drais... faire plaisir au bon Dieu.
— Maison peut faire plaisir au bon
Dieu, sans être prêtre. Demande à M. le
curé.' : ■■■-.■ _ _ ■■■ ■
— M. le curé me l'a bien dit. Mais...
mais ce n'est pas la même chose !
— Qu'est-ce qui n'est pas la même
chose?
— Eh bien... voilà !
Et sur ce mot, peu explicatif, le petit
Champain, qui ne savait trop comment
exprimer au châtelain tout ce qu'il avait
dans l'esprit, s'arrêta court.
• — Allons, n'aie donc pas peur, je ne
suis pas Bi méchant.
— Eh bien oui... voilà, reprit l'enfant,
qui s'enhardit tout à coup et qui, très
vite, avec du feu dans les prunelles et
sur les joues, continua ; Voilà! Je vou
drais faire tout ce que je peux pour le
bon Dieu, je voudrais l'aimer toujours
plus, inventer je ne sais quoi pour lui
faire plaisir. Et puis, je suis heureux
quand je sers la messe ; alors je voudrais
bien la dire aussi, plus tard. Et puis,
je voudrais que tous les autres ai
ment beaucoup le bon Dieu, et puis la
sainte Vierge. Et puis, je voudrais qu'on
ne fit jamais de peine au bon Dieu et
puis, que moi je sois toujours auprès de
lui. Et puis..., voilà..., je ne sais plus !
-r- Ce n 'eBt pas très éloquent, conclut
le curé. Mais ne sentez-vous point que
tout le prêtre est en germe en ce petit
cœur? En somme, il veut, confusément,
mais profondément, sedonner tout à Dieu
et lui gagner les âmes.
— Oui, répondit le châtelain pensif. Et
ce sont là des sentiments bien rares, en
nos campagnes, et surtout chez un en
fant si jeune ; ils semblent marquer un
appel divin!... D'ailleurs, je m'en rap
porte à vous, monsieur le curé... Alors,
poursuivit le comte, en regardant l'en
fant dans les yeux, tu. serais heureux
d'aller au petit séminaire? ,
— Oh ! s'exclama Remi, qui rayonna.
— Et ta grand'mère ?
— Oh ! grand'mère veut biea !
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