Titre : L'Univers
Éditeur : L'Univers (Paris)
Date d'édition : 1892-12-11
Contributeur : Veuillot, Louis (1813-1883). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, Pierre (1859-1907). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, François (1870-1952). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34520232c
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 11 décembre 1892 11 décembre 1892
Description : 1892/12/11 (Numéro 8986). 1892/12/11 (Numéro 8986).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse Collection numérique : Bibliographie de la presse
Description : Collection numérique : BIPFPIG44 Collection numérique : BIPFPIG44
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
Dimanche 11 Décembre 1892
if* 8986.
Kdltiun quotidienne
mamitmm
Dimanche 11 Décembre 1892
ÉDITION QUOTIDIENNE
On m î . ,
Six mois . .
Trois mois.
PARIS
*T DÉPARTEMENTS
. . 55 »
. . 28 50
. . 15 »
ÉTRANGER
(UNION POSTAI!)
66 i
34 M
18 »
3E
ÉDITION SEMI-QUOTIDIENNE
Si®s abonnements partent dès 1" ët iè de chaque mois
UN NUMÉRO I £® ris cent *
l Departéménts . . , 20
SUREAUX g Paris, 10, rue des Saints -Pèsfs
Dn an *, i ;
Six mois. .
Trois mois.
- . PARIS. •.
ET DÉPARTEMENTS
. . 30 »
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.ÉTRANGER
(union postale)
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19 »
10 »
On Vtboant I Rome, place dû Gesù, 8
Xes abonnements partent des l«r et 16 de chaque moii
, . ' . i'CNI \1RS ij féposd pas dès niamscrits qni lui soàt adressés •
ANNONCES V
MM- LAGRÀNGE, CERF et C 1 ', 6, place de la. Bourse
FRANCE
PARIS, 10 DÉCEMBRE 1892
.mm jftt.
Hier, à là commission d'enquête,
M. Bourgeois a promis la communica
tion complète du dossier du Panama.
Gela lui vaut ce matin d'assez vives
attaques dans la presse, les uns lui
reprochant d'avoir cédé, les autres de
s'être exécuté trop tard. Le nouveau
garde des sceaux peut commencer à
voir que la succession de M. Ricard,
avec lequel il se solidarisait dans uné
phrase pompeuse, est un peu lourde.
On annonce pour aujourd'hui la
comparution devant la commission
d'enquête de M; Floquet. A cette oc
casion, des journaux demandent quand
comparaîtra M. de Freycinet, pour
donner des explications sur le chiffre
exorbitant des allocations faites à son
journal, le Télégraphe.
M» Quesnay de Beaurepaire n'est
pas démissionnaire ; les personnages
de sa trempe ne lâchent pas si vite
une belle» situation ; ils. f tiennent
d'autant plus qu'ils ont fait plus de
sacrifices et rendq plu^ de « services »
pour la conquérir. M. le procureur
général devient président de chambre
à la cour de cassation ; il obtient un
des plus hauts postes inamovibles de
la magistrature.
On annonçait que la nomination
serait ce matin au Journal Officiel ;
elle n'y à pas parti, mais ce n'est
qu'une remise. La note du Temps,
qu'on trouvera plus loin, est trop po
sitive pour qu'il ne s'agisse pas d'un
fait accompli ; elle est d'ailleurs con
firmée par nombre de journaux répu
blicains, satisfaits ou mécontents.
D'après l'ordre du jour,,les députés
devraient aujourd'hui reprendre la
discussion du budget,' quëstion du
régime dès .boissons; le feront-ils?
N'y aurar-t-il pas quelque nouvel in
cident?
Le bruyant procès de M. Ahlwardt
s'est terminé par la condamnation du
nouveau député à cinq mois dé pri
son. Devant le texte formel de la loi,
une condamnation était inévitable.
Telle qu'elle est, ellé semblé indiquer
que le délit n'est pas sans circons
tances atténuantes ; par conséquent,
elle ne lave pas entièrement les fa
bricants de « fusils juifs ». D'ailleurs;
voici les autorités militaires qui pa
raissent se prononcer pour Ahl
wardt, car elles demandent : 1° que
la fabrication des fusils soit réservée
aux ateliers dé l'Etat ; 2" que lés fu
sils Lœve soient rendus à la manu
facture juive qui les a fournis.
C'est aujourd'hui que lé Reichstag"
doit, d'après la loi, se prononcer sur
l'élection de M. Ahlwardt ; malgré la
rage des juifs et de leurs dignes alliés
les nationaux-libéraux, on ne doute
pas de la validation. D'ailléurs l'élec
tion est évidemment régulière et le
chiffre de la majorité est énorme.
P.-S. — A la dernière heure, un©
note de Y Agencé Havas nous annoncé
que la nomination de M. Quesnay de
Beaurepaire a été signée au conseil
des ministres, tenu ce matin. •
(Voir aux Dernières Nouvelles)
L'article de la Gazette dont les « ré-
fractaires » de l'Orne ont fait, sous
forme de feuille volante,un pamphlet,
fdétendait répondre à un article de
'Univers sur la position prise depuis
deux ans par lés catholiques. Notre
exposé n'ayant pas éu l'héùr de
plaire à la Gazette , elle le discuta
de la façon qui lui est habituelle,
c'est-à-dire en évitant de voir ce qui
la gênait trop et en faussant ce
qu'elle citait. Nous laissâmes passer
cette diatribe. Nous la relevons aujour
d'hui, pour soulager nôs amis du dio
cèse de Séez de l'ennui de l'avoir lue.
La Gazette feint d'abord d'ignorer
absolument qu'il y a deux ans le car
dinal Lavigerie ne parla qu'avec la
certitude d'indiquer la pensée du Pape
et que très vite Rome confirma son
appel. Après cette première falsifica
tion des faits, elle résùmëj le toast
d'Alger danà la Marseillaise, « chant
de mort, de dévastation et de pillage »,
s'écrie-t-elle, que le cardinal trai#B-
forma en chant d'église et fit.jouer
pour mieux affirmer sa foi politique
nouvelle ». D'où le lecteur doit con
clure que tout catholique qui suit
Léon XIII se rallie à une- politique de
mort, de pillage, etc. Et comme elle'
se pique de logique, la Gazettè part de
cette interprétation hardie pour s'in
digner contre ce cardinal (lisez le
Pape), demandant aux catholiques
:< leur respect et leur adhésion à cé
« régime qui, né dé l'assassinat, ne
« s'est maintenu que par la violence et
« par l'arbitraire ».
Cela dit, répété et ressassé, là Ga
zette s'étonne que Mgr Lavigerie (li
sons toujours iè Pape), att lieu de re-
connaitrë qu'il faisait fausse routé çt
« contrevenait à toutes les règles de
la logique »,ait persévéré dans d'aussi
déplorables sentiments. Quant aux
actes de Rome et aux actes épisco-
paux qui ont suivi le toast, la Gazette
n'en dit rien : elle les ignore. Cepen
dant, après avoir fait campagne contre
le chef de l'Eglise, en prenant le soin
de dire à Mgr Lavigerie, encore vivant
alors: « C'est à vous que je parler
Eminence », elle passe d'un bond du
toast à l'Encyclique. Ici noùs citdns ail
long :
L'Encybliqué à parti.
Le Pa'pê a donné à tous ceux qui avaient
combattu la République un programme qui
pouvait réunir les efforts de tous les catholi
ques, en établissant une distinction capital^
entre la formé du gouvernement et la légis
lation qu'il s'aglàsait de détruire.
Or, qu'on se demandé si les catholique^
ont répondu à cette injonction de Léon XIII i
Qu'on se demande si la « législation » ré
publicaine a été attaquée sérieusement sur
un seui point 1
Partout on a capitulé.
Il n'est pas jusqu'aux « catéchisme^
électoraux », que les plus résolus de, nos
évêques avaient publiés, qui n'aient été re
tirés 1
Mgr Fava lui-même, qui avait si vigou
reusement engagé la lutte, a battu en re
traite.
C'est tin désastre.
Le parti catholique, au liëu de rôdou-
blër d'efforts, d'énergie, à lâché pîéd par
tout.
Le légalisme, le oonstitutionnalisme do
mine la situation* et il se montre* depuis le
toast, bien plus constitutionnel avant tout
que catholique avant tout.
L'injonction du Pape de détruire la « lé
gislation » des républicains est cependant
formelle.
Or, le parti eâtholiquô républicain agit
comme si le Pape n'avait pds parlé.
N'est-ce pas que c'est inouï et que
notre correspondant dê l'Orne a 1»
droit de s'écrier : Voilà donc comment
à la Gazette on écrit l'histoire ! Oui, ét
voiià aussi, hélas ! comment il faut
l'écrire pour plaire à dés « réfrac-
taires », qui tous n'ont pas mêmë
l'excuse, peu valable, de céder à des
traditions ultramonarchistes et galli
canes; ,
La vérité, la voici : seuls, depuis
deuic ans, dans les groupés conserva
teurs, les catholiques ont fait quelque
chose. Qu'ils n'aient point fait assez*
nous l'avons déjà dit plusieurs fois et
nous le disons encore. Néanmoins, on
lés a vus au combat. Qui donc y a
vu les amis de la Gazétte ? Dans quelle
bataille électorale ont-ils arboré" leUf
drapeau et affirmé leurs principes?
On ne compte à leur actif que des
protestations, généralement anony
mes, contre les instructions du Pape,
et deux ou trois banquets où. ils ont,
certes, plus' affirmé le gallicanisme et*
le libéralisme que le royalisme.
Dans le premier de ces banquets,
leur chef,: séduit par uné image litté
raire èt disant vrai d'ailleurs, à remié
l'avenir dé là moïiarchie à « une
saute dé vent », en d'autrés térmes, à
l'imprévu, aux accidents, aux catas
trophes. Dans le dernier, tout en par
lant du « droit », on s'est; comme fond
de doctriné, incliné devant la Révolu
tion ; et, dé plus,' d'après \e Gaulois et
le Moniteur, qui en paraissaient char
més, on aurait crié Vive le roi! au son
de la Parisienne.
C'est une blague , s'écrient YExpress
et la Gazette, et c'est mentir que de
croire que les « blagueurs » du Gau
lois et du Moniteur n'ont pas menti.
Soit ! mais permettez une simple re
marque i inêm e si ces réclamations
tardives sont fondées, il reste biéii
établi que lés journaux lés plus au
torisés du parti, ceux qui le dirigent,
l'entraînent et peuvent se vanter
d'avoir l'oreille du maître, ont cordia
lement accueilli la Parisienne. Or cé
chant, nous lé fépéions, pai* son ori
gine et son objet, est plus révolution
naire que la Marseillaise.
Celle-ci, en effet, était, quand elle
parut «un-chant de guerre » —c'est"
son titre — à l'usage de nos soldats
marchant à l'ennemi. L'armée du
Rhin la chantait contre les Allemands?
avant qu'ellé fût connue à Paris: Pour
sûr, quant aux paroles, elle a en di
vers endroits l'odieux accent de sa
date: à « l'amour sacré de la patrie »,
invoqué contre l'étranger envahisseur,
se mêle en le dominant l'esprit de la
Révolution et de la Terreur ; mais si
le sentiment national y est dominé
et dévoyé, il n'en est pas absent. Ne
peut-on le reconnaître sans accepter
une politique de sang, de dévastation
et de pillage ?
Dans la Parisienne on n'entend ré
sonner ni la frénésie du jaëobin, ni
le patriotisme inquiet, sauvage du
soldat, voulant qu'un « sang impur
arrose nos sillons » ; c'est sûr la note
libérale que la bourgeoisie voltai-
rienne y chante sa victoire. Mais si
les parolés et la musique sont moins
ménaçantes que dans ^ Marseillaise,
le fond est plus mauvais. 1830 à achevé
la ruine de la royauté française ; et
c'est par une révolution sans cause*
sans doctrine, sans élan, marquée au
sceau de l'hypocrisie et couronnée par
la substitution d'un Bourbon usurpa
teur aux Boufbôhs' légitimes que nous
avons eii cet achèvement; Il est étrange
qu'on né puisse dire cette vérité sans
entendré des royalistes « modernes »
vous accuser de pactiser avec lés ré
volutionnaires. Comme cela prouve
que si l'ancien groupe monarchiste
répugne encore a chanter avec ses
nouveaux chefs là Parisienne, il ! est
conquis à là politique èt aux doctrines
doiitèé chàiit a marqué lé triomphe 1
Oui, lé vrai parti royaliste ést mort ;
et ceux qui gardent ses doctrines, étant
catholiques avant tout, suivent comme
nous le Pape.
Mais nous voilà un peu loin de
l'article de la Gazette . Revénons-y
pour achever en deux mots de l'exé
cuter. Ne suffit-il pas d'opposer de
simples démentis à des affirmations
Comme celles-ci :
— Lès catholiques n'ont rién fait
pour obéir aux « injonctions » dû
Pape., Il leur commandait de conti
nuer à combattra « la législation ». afin
d'arriver àla« détruire » et ils ne l'ont
pas même » attaquée sérieusement sur
un seul point » ; partout ils ont capi
tulé, partout ils ont lâché pied ; les
évêquès, entraînés dans « le désas
tre », ont retiré « jusqu 'aux çaté-
çhismés électoraux » ët « Mgr Fàva
lui-même »,' d'abord très vigoureux, « à
battu en retraite » ; enfin, pour tout
dire, le parti catholique « agit comme;
si le Pape n'avait pas parlé».
Quelle réponse opposer à toutes ces
affirmations, sinon, c'est faux? Il y a
là un tél mépris dé la Vérité qu'on ne
peut l'expliquer, inêmè par un excès
de passion et de colère ; c'est de l'in
conscience.
Dieu merci, les catholiques mili
tants, que les réfractaires qualifient de
(< ralliés », ont répondu avec zèle et
confîàricë à l'appel du Pape. La Ga
zette dit qu'ils ont tout cônfeédé au
pouvoir ; elle sait parfaitement qu'ils
n'ont rien concédé du tout. Qu'elle '
désigne donc les concessions faites !
La quëstion des « catéchismes éleo-
toraui » — mot impropre — n'était
pas dé leur ressort et si lés huit évê
ques qui avâient traité du devoir élec
toral oiit retiré de leurs Catéchismes
cette pagé, c'est, non parce que lés
catholiques les abandonnaient, mais
parce que le Pape, généralisant des
instructions antérieures, leur a dit
de le faire. Loin de « lâeher pied »,
les catholiques ont sans trêve com
battu la législation, sachant bien
qu'ils ne peuvent tout de suite la dé
truire ni même entamer la horde des
républicains sèctaires et persécuteurs,
màis convaincus qu'ils y arriveront;
et cela malgré le concours que, par
leur opposition au Souverain Pontife,
les réfractaires prêtent aux révolu
tionnaires.
Eugène Veuillot.
La Gazette est d'avis qué sén con
frère dé Toulouse, Y Express, ayant
traité de « blagueurs » quiconque a
entendu la Parisienne à Montauban, il
ést démontré que cé chant philippien
n'a été, là, ni chanté, ni joué. Elle
estime que nous ne pouvons plus ac
corder quelque crédit à ce « canard »,
et voudrait nous faire admettre que
jamais il n'a été permis d'y croire.
Mais non, mais non ! Nous attend
dons,pour être fixés là-dessus, que le
Moniteur ét le Gaulois nous disent
pourquoi ils ont fait cette forte
« blague » et que, de son côté, la
Gazette nous fasse connaître l'éner
gique démenti qu'elle a tout de suite
dû leur donner. Oui, un peu plus de
lumière nous est nécessaire et nous
est dû.
En effet, si l'on ne s'expliqué guère
que le Gaulois et le Moniteur, qui
étaient de la fête et y occupaient de
bonnes places, aient cru entendre ce
qu'ils n 7 entendaient pas ; si l'on ne
peut comprendre que le compte rendu
ait constaté un fait qui ne s'était pas
produit; on s'explique moins encore
que là Gazette, également présente,
n'ait pàs tout de suite protesté, sinon
dans la salle ,même du banquet, au
moins chez elle, dans ses colonnes où
l'on ne craint jamais d'être gênant et
hargneux* ••
Elle devait d'autant plus le faire que
divers journaux, notamment la Libre
Parole èt'l'Univers, avaient vite signalé
cet acte énorme, qui signifiait en mu
sique au vieux parti royaliste qu'il ne
comptait plus.
Si nos souvenirs sont en défaut, et
que la Gazette n'ait point gardé le si
lence, nous là prions de nous dire en
fin dans quels numéros se trouvent ses
rectifications, explications, protesta
tions. Qu'elle y réfléchisse, et, malgré
sa partialité, elle comprendra qu'il ne
suffit pas pour nous convaincre de l'in
concevable erreur de ses frères en roya
lisme intransigeant, que son ami YEti-
press, organe dés salons réfractaires dé
la Haute-Garonne et lieux voisins,nous
dise : Vous serez des '« menteurs » Si
voué pérsistez à prendre au sérieux un
« canard » lancé par les « blagueurs »
du Gaulois et du Moniteur.
E. V.
« Pitié, charité, maternité », ces
mots qui expriment dé si grandes cho
ses servent depuis longtemps à dési
gner trois hôpitaux de Paris où furent
largement pratiquées dès l'origine-, au
profit des malheureux, les trois vertus
qui correspondent à cette triple ap
pellation. Placés au fronton des por
tes d'autant d'établissements hospita
liers, ces trois mots faisaient éclater à
tous les regards la compassion des
fondateurs pour les misères humaines
et, à l'encontre de la' fameuse devise
placée par Dante au seuil de l'Enfer,
ils disaient clairement à tous : « Pre
nez tout espoir, vous qui entrez ici ».
Or, il paraît que ces mots offusquent
nos édiles, qui, à ce que Ton dit, se
raient décidés à les faire disparaître
afin de leur substituer dé3 noms de
savants. Quels savants ? dira-t-on peut-
être. Quels sont ces hommes prodi
gieux dont le souvenir doit parler plus
éloquemmentau peuple que les vertus
de pitié, de charité, de maternité!
Nous n'en savons rien encore, et après
tout qu'importe ! Pour la besogné
qu'il poursuit, le conseil municipal
n'a même pas besoin de faire un choix
quelconque ; il lui suffirait de tirer au
sort, parmi la série des savants plus
ou moins illustres, les trois noms né^
cessaires à la substitution dont il s'a
git ; car, on ne saurait s'y tromper; ce
n'est pas tant de glorifier telle ou telle
personnalité que l'on a souci : ce qu'on
veut, c'est remplacer vaille que vaille
des mots qui ont le tort, pëur les sec
taires, de garder comme un air de
religion.
Sous ce rapport, il esr curieux d'ob
server, le travail, qui remonte déjà
loin, des hommes de la Révolution.
De même que le christianisme; à son
apparition dans le monde, a dû créer
line langue spéciale pour exprimer
les idées nouvelles dont l'enrichissait
son divin Fondateur, dë mêmé la Ré
volution, dont le but est de détruire'
là religion, s'attache à se créer un laii-,
gage propre. Aspirant à faire, dispa
raltrè les idées chrétiennes, elle tra
vaille tout d'abord à supprimer les
mots jpar, lesquels ces idées S'expri
ment, et ainsi s'expliquent les nou
veautés de langage qui, peu à peu, par
une poussée progressive _ dpéréé sur
l'opinion, mettént en discrédit les
« bons vieux mots » dont parlait Re
nan, lequel ne craignait pas de dis
qualifier ainsi le nom même ét par
suite la notion de Dieu.
Ainsi en est-il pour le cas spécial
qui nous occupe. Les laïcisateurs n'i
gnorent pas que la charité est une
vertu chrétienne, dont la philanthro
pie n'est qu'une assez vilaine contre
façon. Ils n'ignorent pas davantage
que cétté vertu dé charité noue et res
serre les liens les plus doux et les
plus forts entre ceux qui l'exercent et
ceux, qui en bénificient. N'est-ce pas à
elle, en effet, que tient une grande
part de l'influence de l'Eglise dont les
institutions charitables multipliées a
travers les siècles étaient pour les
peuples une mervëilleuse et constante
prédication ? C'est pourquoi la cupidi
té révolutionnaire s'est emparée avec
un tel empressement de ces fonda
tions admirables. Et c'est pourquoi
ààssi.oiï s'est mis si vite eh péine de
supprimer toutes les appellations qui
en rappelaient le souvenir.
Les Hôtels-Dieu sont devenus des
hôpitaux. L'aumône tant célébrée dans
l'Evangile, qui recommande qu'on la
fasse abondamment aux pauvres, à été
pourchassée comme humiliante et
remplacée par Yassistance. Ce dernier
mot a même servi pour désigner tout
l'ensemble deà services publics orgà-
nisésà grands frais pour remplacer
l'ancienne organisation gratuite des
services charitables, et comme la pitié
est encore un sentiment né du chris
tianisme, voici qu'on rêve de le sup
primer du langage courant tout comme
le mot de charité.
C'est assez dire qu'on ne saurait trop
protester, au nom des idées catho
liques, contre ces transformations de
la langue. En des pages immortelles,
De Maistre a montré leé gràndës lois
qui président à la formation du lan
gage et quelle philosophie se cache
sous les expressions parfois les plus
vulgaires. La langué française se dis
tingue entre toutes par les idées
chrétiennes qui ont inspiré sa forma
tion. Il n'est que temps de la' défendre
contre lés déformations que vëiit y
introduire la secte, à dessein de trom
per le peuple et pour propager plus
aisément la substitution aux idées
chrétiennes des dangereux sophismes
de la Révolution.
Auguste Roussel.
Depuis deux semaines, environ, le
travail a cessé dans les bois dé Meil-
lant. d'Uzay-le-Venon, de Chalivoy,
de Saucergues et de quelques autres
communes du Cher: les bûcherons se
sont mis en grève. Nous avons noté
les jnenus incidents de ce chômage ;
ils n'ont pas été fort nombreux et,
entre la crise ministérielle et les re
cherches de la commission d'enquête,
on ne, leur a pas accordé grande
attention. Cette grève cependant est
sérieuse et contient un indice très
grave : elle nous montre que le socia
lisme de plus en plus pénètre dans
les campagnes.
Jusqu'ici, les meneurs socialistes
ne s'étaient guère occupés que dés
villés; ils n'avaient prêché leurs fu
nestes doctrines qu'aux ouvriers de
l'industrie, aux mineurs, aux travail
leurs de l'usine et de l'atelier. Depuis
quelque temps> ils cherchent à s'in
filtrer parmi les travailleurs des
chàmps. Au récent congrès socialiste
de Marseille, on à élaboré tout un
plan de propagande et d'action en vue
de conquérir au parti le peuple des
campagnes. On commence à réaliser
ce programme, et du premier coup
on obtient un succès : plusieurs cen
taines de bûcherons déposent la co
gnée et cessent le travail dans le dé
partement du Cher.
Les socialistes ont d'abord entre
pris ces rudes travailleurs de la forêt.
Bientôt, ils essayeront de gagner les
ouvriers des champs, les laboureurs,
les paysàns véritables. Ces derniers,
sans doute, seront plus réfractaires a
leur propagande. Au fond du cœur de
tous jés paysans, il y a l'ambition de
posséder, fiien à soi, un petit lopin
de terre, un morceau de champ, un
coin de prairie. Les plus aisés ou les
moins pauvres ont déjà pour la plupart,
cette propriété, bien mince, mais qui
n'en est pas moins une propriété.
Aussi les systèmes qui reposent sur la
suppression dé la propriété person
nelle n'ont pas grande chance de
séduire le paysan. Mais les soci&listes
ne sont pas inintelligents, ils ont une
très sérieuse habileté : on se berce
d'une illusion dangereuse en s'imagi-
nant le contraire. Ils ne trouveront pas
d'abord le travailleur de la campagne
bien disposé à les entendre ; mais tôt
ou tard, si l'on n'y prend garde, ils
parviendront à se faire écouter.
En attendant, M. Baudin a su déjà
se rendre maître des bûcherons du
Cher : ceux-ci obéissent à leur syndi
cat, et le syndicat prend son mot d'or
dre auprès du citoyen Baudin.
M. Baudin et le parti dont il est lë
mandataire auprès dès grévistes ont
d'ailleurs trouvé chez les bûcherons
un terrâin bien préparé. Lès ouvriers
de la forêt n'ont pas une existence
agréable; qui vient étaler sous leurs
yeux des promesses fallacieuses,, mais
séduisantes, est sûr d'être écouté. La
Vie des bûcherons est très dure ; leur
travail est rude, et pour ce travàil ils
ne Reçoivent qu'un très maigre sa
laire : 2fr. 50 par jour, quelquefois un
peu plus, quelquefois moins. A Saiicér-
gues, notamment, ils hé gagnent, pa
rait-il, que 2 francs. Sans doute, la
vie pour eux est moins chère que pour
l'ouvrier des villes. Il n'en est pas
moins vrai que 2 francs ou 2 fr. 50 par
jour, surtout si l'on tient compté des
chômages inévitables, né permet
tent point de se faire une existencô
aisée.
Lés égoïtes ont toujours de très
bonnes raisons pour démontrer qqe
ces bûcherons seraient plus sages
de régler leurs désirs sur leurs
moyens : de la sorte, tous leurs désirs
seraient satisfaits. C'est très joli ; mais
quel est le riche ou le bourgeois sim
plement à son aise qui, dans la situa
tion dé ces ouvriers, n'ambitionnerait
pas une position un peu plus confor
table ?
Il ne faut donc pas ici se répandre
en reproches amers contre les ou
vriers ; ils sont dans leur droit en fai
sant grève : ils obéissent, en recher
chant l'amélioration de leur éort,à des
sentiments naturels ët permis.
Lés coupables sont surtout les Bau
din et àùtrës meneurs qui.exploitent
la situation misérable des bûcherons
du Cher, comme naguère celle des
mineurs de Garmaux, àu profit de
leur ambition personnelle. Toutefois;
il ne suffit point de blâmer, avec plus
ou moins d'énergie, les excitateurs de
révoltes, les mauvais conseillers du
peuple, les misérables quL songent
bien davantage à leur intérêt qu'à l'in
térêt de l'ouvrier.
Il nous faut mener contre eux, au
près des travailleurs, une action catho
lique et sociale énërgique : hous de
vons chercher en mêmé temps à amé
liorer là condition matérielle de
l'ouvrier et à le convertir à la reli
gion. Et puisque les socialistes es
sayent en ce moment de conquérir les
paysans, il est temps que certains
grands propriétairés catholiques, au
lieu de songer à peu près exclusive
ment à donner des bals dans leurs
châteaux, des garden-parties dans
léurs parcs et des chasses à courre,
dans leurs' forêts, se préoccupent
avant - tout du sort matériel et moral
des paysans sur lesquels ils ont ou
peuvent avoir de l'influence !
François Veuillot.
Dans la réunion solennelle, tenue,
récemment par les archevêques des
Etats-Unis, réunion à laquelle assistait
MgrSatolli, délégué dû Saint-Siège,
on a discuté la grave quëstion des me
sures concernant Tenseignëment sco
laire.
Voici, sur cette importante matière,
les deux résolutions prises :
1" décision. — Travailler (ta premote)
à l'établissement d'écoles catholiques de
manière à y pouvoir admettre un plus
grand nombre d'enfants ; et; s'il est pos
sible, tous nos enfants catholiques, confor
mément au troisième concile plénier de'
Baltimore et; aux décisions du Saint-Siè&e.
2° décision. —- Quant aux enfants qui, en
ce moment, ne fréquentent pas les écoles
catholiques, nous prescrivons de plus (in
addition) de pourvoirà leur instruction re
ligieuse par des écoles du dimanche ét aussi
par des instructions un jour ou plusieurs
jours dé là semaine, et en insistant forte
ment auprès dés parents ( urging parents)
pour qu'ifs ens&'igaent la* doctrine chré
tienne à leurs enfants. Les écoles' du di
manche et des jours de semaine devraient
être sous la surveillance directe du clergé,
aidé par des maîtres laïcs intelligents, et,
lorsque ce sera possible, par des membres
des ordres religieux voués à l'enseigne
ment.
Le cardinal Lavigerie
Nous lisons dans la Semaine Reli
gieuse du diocèse de Péris :
S. Em. le cardinal archevêque de Paris,
de concert avec le ohapitre métropolitain, a
décidé qu'un service solennel serait célébré
i Notre-Dame^ à la mémoire du cardinal
Lavigerie.
La cérémonie, présidée p&r S. Em. Iè
cardinal, est Gxée au mardi 13 ôourànt, k
10 heures.
— Une dépêche nous a signalé le
service célébré à Rayonné pour l'âme
du càrdinâl Lavigerie.
, Voici le compte rèhdu qué publie,
la Semaine de Bàyonne ;
Aux premiers rangs da l'assistance se
trouvaient M: le général de division, un re
présentant de M. le général-gôuverneur
empôohé, M. le maire de Bayonne, M. la
président du tribunal civil et M. le prési
dent du tribunal de commerce, M. le pré-,
sident dè la chambre dé cèmmerca ; une
délégation du conseil municipal, composée
dè MM. Larribièré, Strasser, Gùichèilné,
Elissalde et Vital Birabéu..
Puis vènaient une délégation des officiers»
de la garnison ; MM; les membres du tri
bunal de commerce et de la onambre.
. Les dames occupaient un des cûtés de la
nef^ ayant à leur tête, .pour présider le:
deuil, les damés delà famille du cardinal-
Lavigerie, Mmes lès générales Munier et
Hervé, et Mme la. àoloiïèllè' Gilion.
■ L'église était tènduè dé noir dèpiiis ie'
chevet jnsqu'èi l'orjgùe; l'autel et la chiite'
étaient oouverts de orêpes de deuil. Uù su-
perba oatafalque enveloppé de bougies et
de feux se dressait au pied du ohœur.
,(£est Mgr J'évêque qui a offert pour le
oardinal le saint sacrifice de la messe ; les
chants ont été pieusement exécutés parles
élèvèé.
Après lé s'aiÀt sàcriflce, Mgt l'èvêqiie est
monté dans là chaire de vérité, étdans une
courte, mais touchante oraison funèbre, il à
fait l'éloge du cardinal: Il l'a montré prêtrà
à 28 _ ans, appelé dès lors au plus brillant
avenir par ses fonctions de professeur à là
Sorbonne, mais se révélant déjà prêtre -Mis
sionnaire par la création de l'oeuvre des
Ecoles d'Orient en 1856, et par sa mission
de charité à la suite dès massacres du.
Liban ; il l'a péini évêque-rnissionnaire en
1867 lors de la famine, en 1868 lors dû"
choléra algérien* et Français ët grand pa
triote toujours, soit à Natiey; où taût d'ofeù-
vres lui survivent, soit à Alger, d'où à l'é
poque de nos désastres il lançait ses sémi
naristes comme brancardiers sur les champs -
dé bataille pour voler au secours de nos
bleàëés.
L'évèquë-mïssionriairê s'était continué
lors dè l'oocupation dè ltf Tunisie, èn 1880 ;
le missionnaire sé retrouva dans le cardinal
en 1882, quandj pour réoompenser ce hé
ros taillé à i'antiqué; le Saint-Père l'eut re
vêtu de la pourpre ^romaine. Ge fut alors
qu'il poursuivit oette campagne ohrétienne
et patriotique contre les misères de l'escla
vagisme afrioain, armant contre elles ses
Pères blancs, ses frères èt ses sœurs du
Sahara. Eu même tempé, il saVait faire jail
lir les dons au profit dè sèS oeuvres admi
rables,' ét ces générosités de l'Europe; il lètf
répandait à profusion sur la terre d'Afri
que.
Les ovations de la France, les chaleu
reuses sympathies l'avaient accompagné
dans cette longue ascension des premiers ,
degrés du sanotuaire jusqu'aux hauteurs
oàrdinàlicés. A ces ovations, à ces sympa
thies, à cette popularité, lé Saint-Siège lui
dèmaridà dé renoncer un jour pour prêcher :
à la France cette union des esprits et des
cœurs qui seule peut la sauver: Le cardi
nal, qui avait été dévoué, qui s'était prodi
gué par-dessus toute chose à l'Eglise et à
la France, éleva son obéissance jusqu'à ce
dernier sacrifice, justifiant ainsi la belle de
vise qu'il avait prise dès le début de sa car
rière épisoopàle : CHariiaê.
Ah! ne nous attachons pas, poursuit
Mgr l'évêque, à ces quelques défauts que -
notre perspicacité aime peut-être, trop à
découvrir chez notre illustre compatriote.
Quand on contemple les. osuyres magnifi
ques du Dante et de j Michel-Ange, notre
admiration, saisie par tant de splendéurs,
pëut-ellé s'arrêter à des rugosités dans
quelques détails ? Regardons le cardinal à
la hauteur et dans la perspective où ses
grands mérites.nous le montrent, prions
pour lui sans doute ét méritons par nos
travaux d'être aveo lui dans l'éternité.
A ïà Suite dé cétté oraison funèbrë ont'
éu liëu oinq absoutes ; là première a été :
faite par M. le vicaire général Diharce ; la'
seconde, par M. le vicaire général Cassei-
gnan; la troisième, par M. la chanoine
Lagau ; la. quatrième, par M. le chanoine
Pouré, et la cinquième, par Mgr l'évêque.
La foule s'est retirée profondément impres
sionnée par oet éclatant hommage de sym
pathie envers lé pliis illustre des Bayonnais ;
contemporains.
Ajoutons que dès samedi, péndarit qué
les obsèques du cardinal avaient lieu dans !
la cathédrale d'Alger, la mairie s'était asso
ciée à ce grand deuil, en mettant en herne=
le drapeau de l'hôtel de ville.
Les obsèques du cardinal Lavigerie
a tunis
Tunis", mèrdrèdi 7 dëcènùbre. '
Samedi 3 déoembre, la ville d'Alger a
rendu i son grahd évêqué" les" honhéiirs
funèbres avec un imposante solennité. Lè'
corps du cardinal a été émbàrqtié sûr lé
Cosmao , croiseur de première classe en
voyé de Villefranche. Une chambré ar
dente avéit été disposée datfs l'eutrépont ét
décorée d'à tentures roiiges. Cinq prélàtM'
avaient pris place sur lè crbisëûr : NN. SS".
Brincat, Livinhac, Toumier, Gazaniob et
Grussenmeyer. Les officiers dii bord av&ïeiif
gracieusement cédé leurs cabines et' fait;
avec leur courtoisie ordinaire, les honneurs'
de leur batea"u.
A une heure et quart, le croiseur prenait
la mer, saluant au passage du goulet les
batteries de l'amirauté d'une salve d'artil-
lorie.
La mer était splendide et le soleil étinca-
lant, mais la tempête était proche. En prévi
sion du mauvais temps, le Cosmao prit tout
de suite une allure rapide. C'est un des bons
marcheurs de la Hotte française, et aux es
sais il a donné nœuds.
if* 8986.
Kdltiun quotidienne
mamitmm
Dimanche 11 Décembre 1892
ÉDITION QUOTIDIENNE
On m î . ,
Six mois . .
Trois mois.
PARIS
*T DÉPARTEMENTS
. . 55 »
. . 28 50
. . 15 »
ÉTRANGER
(UNION POSTAI!)
66 i
34 M
18 »
3E
ÉDITION SEMI-QUOTIDIENNE
Si®s abonnements partent dès 1" ët iè de chaque mois
UN NUMÉRO I £® ris cent *
l Departéménts . . , 20
SUREAUX g Paris, 10, rue des Saints -Pèsfs
Dn an *, i ;
Six mois. .
Trois mois.
- . PARIS. •.
ET DÉPARTEMENTS
. . 30 »
16 »
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.ÉTRANGER
(union postale)
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10 »
On Vtboant I Rome, place dû Gesù, 8
Xes abonnements partent des l«r et 16 de chaque moii
, . ' . i'CNI \1RS ij féposd pas dès niamscrits qni lui soàt adressés •
ANNONCES V
MM- LAGRÀNGE, CERF et C 1 ', 6, place de la. Bourse
FRANCE
PARIS, 10 DÉCEMBRE 1892
.mm jftt.
Hier, à là commission d'enquête,
M. Bourgeois a promis la communica
tion complète du dossier du Panama.
Gela lui vaut ce matin d'assez vives
attaques dans la presse, les uns lui
reprochant d'avoir cédé, les autres de
s'être exécuté trop tard. Le nouveau
garde des sceaux peut commencer à
voir que la succession de M. Ricard,
avec lequel il se solidarisait dans uné
phrase pompeuse, est un peu lourde.
On annonce pour aujourd'hui la
comparution devant la commission
d'enquête de M; Floquet. A cette oc
casion, des journaux demandent quand
comparaîtra M. de Freycinet, pour
donner des explications sur le chiffre
exorbitant des allocations faites à son
journal, le Télégraphe.
M» Quesnay de Beaurepaire n'est
pas démissionnaire ; les personnages
de sa trempe ne lâchent pas si vite
une belle» situation ; ils. f tiennent
d'autant plus qu'ils ont fait plus de
sacrifices et rendq plu^ de « services »
pour la conquérir. M. le procureur
général devient président de chambre
à la cour de cassation ; il obtient un
des plus hauts postes inamovibles de
la magistrature.
On annonçait que la nomination
serait ce matin au Journal Officiel ;
elle n'y à pas parti, mais ce n'est
qu'une remise. La note du Temps,
qu'on trouvera plus loin, est trop po
sitive pour qu'il ne s'agisse pas d'un
fait accompli ; elle est d'ailleurs con
firmée par nombre de journaux répu
blicains, satisfaits ou mécontents.
D'après l'ordre du jour,,les députés
devraient aujourd'hui reprendre la
discussion du budget,' quëstion du
régime dès .boissons; le feront-ils?
N'y aurar-t-il pas quelque nouvel in
cident?
Le bruyant procès de M. Ahlwardt
s'est terminé par la condamnation du
nouveau député à cinq mois dé pri
son. Devant le texte formel de la loi,
une condamnation était inévitable.
Telle qu'elle est, ellé semblé indiquer
que le délit n'est pas sans circons
tances atténuantes ; par conséquent,
elle ne lave pas entièrement les fa
bricants de « fusils juifs ». D'ailleurs;
voici les autorités militaires qui pa
raissent se prononcer pour Ahl
wardt, car elles demandent : 1° que
la fabrication des fusils soit réservée
aux ateliers dé l'Etat ; 2" que lés fu
sils Lœve soient rendus à la manu
facture juive qui les a fournis.
C'est aujourd'hui que lé Reichstag"
doit, d'après la loi, se prononcer sur
l'élection de M. Ahlwardt ; malgré la
rage des juifs et de leurs dignes alliés
les nationaux-libéraux, on ne doute
pas de la validation. D'ailléurs l'élec
tion est évidemment régulière et le
chiffre de la majorité est énorme.
P.-S. — A la dernière heure, un©
note de Y Agencé Havas nous annoncé
que la nomination de M. Quesnay de
Beaurepaire a été signée au conseil
des ministres, tenu ce matin. •
(Voir aux Dernières Nouvelles)
L'article de la Gazette dont les « ré-
fractaires » de l'Orne ont fait, sous
forme de feuille volante,un pamphlet,
fdétendait répondre à un article de
'Univers sur la position prise depuis
deux ans par lés catholiques. Notre
exposé n'ayant pas éu l'héùr de
plaire à la Gazette , elle le discuta
de la façon qui lui est habituelle,
c'est-à-dire en évitant de voir ce qui
la gênait trop et en faussant ce
qu'elle citait. Nous laissâmes passer
cette diatribe. Nous la relevons aujour
d'hui, pour soulager nôs amis du dio
cèse de Séez de l'ennui de l'avoir lue.
La Gazette feint d'abord d'ignorer
absolument qu'il y a deux ans le car
dinal Lavigerie ne parla qu'avec la
certitude d'indiquer la pensée du Pape
et que très vite Rome confirma son
appel. Après cette première falsifica
tion des faits, elle résùmëj le toast
d'Alger danà la Marseillaise, « chant
de mort, de dévastation et de pillage »,
s'écrie-t-elle, que le cardinal trai#B-
forma en chant d'église et fit.jouer
pour mieux affirmer sa foi politique
nouvelle ». D'où le lecteur doit con
clure que tout catholique qui suit
Léon XIII se rallie à une- politique de
mort, de pillage, etc. Et comme elle'
se pique de logique, la Gazettè part de
cette interprétation hardie pour s'in
digner contre ce cardinal (lisez le
Pape), demandant aux catholiques
:< leur respect et leur adhésion à cé
« régime qui, né dé l'assassinat, ne
« s'est maintenu que par la violence et
« par l'arbitraire ».
Cela dit, répété et ressassé, là Ga
zette s'étonne que Mgr Lavigerie (li
sons toujours iè Pape), att lieu de re-
connaitrë qu'il faisait fausse routé çt
« contrevenait à toutes les règles de
la logique »,ait persévéré dans d'aussi
déplorables sentiments. Quant aux
actes de Rome et aux actes épisco-
paux qui ont suivi le toast, la Gazette
n'en dit rien : elle les ignore. Cepen
dant, après avoir fait campagne contre
le chef de l'Eglise, en prenant le soin
de dire à Mgr Lavigerie, encore vivant
alors: « C'est à vous que je parler
Eminence », elle passe d'un bond du
toast à l'Encyclique. Ici noùs citdns ail
long :
L'Encybliqué à parti.
Le Pa'pê a donné à tous ceux qui avaient
combattu la République un programme qui
pouvait réunir les efforts de tous les catholi
ques, en établissant une distinction capital^
entre la formé du gouvernement et la légis
lation qu'il s'aglàsait de détruire.
Or, qu'on se demandé si les catholique^
ont répondu à cette injonction de Léon XIII i
Qu'on se demande si la « législation » ré
publicaine a été attaquée sérieusement sur
un seui point 1
Partout on a capitulé.
Il n'est pas jusqu'aux « catéchisme^
électoraux », que les plus résolus de, nos
évêques avaient publiés, qui n'aient été re
tirés 1
Mgr Fava lui-même, qui avait si vigou
reusement engagé la lutte, a battu en re
traite.
C'est tin désastre.
Le parti catholique, au liëu de rôdou-
blër d'efforts, d'énergie, à lâché pîéd par
tout.
Le légalisme, le oonstitutionnalisme do
mine la situation* et il se montre* depuis le
toast, bien plus constitutionnel avant tout
que catholique avant tout.
L'injonction du Pape de détruire la « lé
gislation » des républicains est cependant
formelle.
Or, le parti eâtholiquô républicain agit
comme si le Pape n'avait pds parlé.
N'est-ce pas que c'est inouï et que
notre correspondant dê l'Orne a 1»
droit de s'écrier : Voilà donc comment
à la Gazette on écrit l'histoire ! Oui, ét
voiià aussi, hélas ! comment il faut
l'écrire pour plaire à dés « réfrac-
taires », qui tous n'ont pas mêmë
l'excuse, peu valable, de céder à des
traditions ultramonarchistes et galli
canes; ,
La vérité, la voici : seuls, depuis
deuic ans, dans les groupés conserva
teurs, les catholiques ont fait quelque
chose. Qu'ils n'aient point fait assez*
nous l'avons déjà dit plusieurs fois et
nous le disons encore. Néanmoins, on
lés a vus au combat. Qui donc y a
vu les amis de la Gazétte ? Dans quelle
bataille électorale ont-ils arboré" leUf
drapeau et affirmé leurs principes?
On ne compte à leur actif que des
protestations, généralement anony
mes, contre les instructions du Pape,
et deux ou trois banquets où. ils ont,
certes, plus' affirmé le gallicanisme et*
le libéralisme que le royalisme.
Dans le premier de ces banquets,
leur chef,: séduit par uné image litté
raire èt disant vrai d'ailleurs, à remié
l'avenir dé là moïiarchie à « une
saute dé vent », en d'autrés térmes, à
l'imprévu, aux accidents, aux catas
trophes. Dans le dernier, tout en par
lant du « droit », on s'est; comme fond
de doctriné, incliné devant la Révolu
tion ; et, dé plus,' d'après \e Gaulois et
le Moniteur, qui en paraissaient char
més, on aurait crié Vive le roi! au son
de la Parisienne.
C'est une blague , s'écrient YExpress
et la Gazette, et c'est mentir que de
croire que les « blagueurs » du Gau
lois et du Moniteur n'ont pas menti.
Soit ! mais permettez une simple re
marque i inêm e si ces réclamations
tardives sont fondées, il reste biéii
établi que lés journaux lés plus au
torisés du parti, ceux qui le dirigent,
l'entraînent et peuvent se vanter
d'avoir l'oreille du maître, ont cordia
lement accueilli la Parisienne. Or cé
chant, nous lé fépéions, pai* son ori
gine et son objet, est plus révolution
naire que la Marseillaise.
Celle-ci, en effet, était, quand elle
parut «un-chant de guerre » —c'est"
son titre — à l'usage de nos soldats
marchant à l'ennemi. L'armée du
Rhin la chantait contre les Allemands?
avant qu'ellé fût connue à Paris: Pour
sûr, quant aux paroles, elle a en di
vers endroits l'odieux accent de sa
date: à « l'amour sacré de la patrie »,
invoqué contre l'étranger envahisseur,
se mêle en le dominant l'esprit de la
Révolution et de la Terreur ; mais si
le sentiment national y est dominé
et dévoyé, il n'en est pas absent. Ne
peut-on le reconnaître sans accepter
une politique de sang, de dévastation
et de pillage ?
Dans la Parisienne on n'entend ré
sonner ni la frénésie du jaëobin, ni
le patriotisme inquiet, sauvage du
soldat, voulant qu'un « sang impur
arrose nos sillons » ; c'est sûr la note
libérale que la bourgeoisie voltai-
rienne y chante sa victoire. Mais si
les parolés et la musique sont moins
ménaçantes que dans ^ Marseillaise,
le fond est plus mauvais. 1830 à achevé
la ruine de la royauté française ; et
c'est par une révolution sans cause*
sans doctrine, sans élan, marquée au
sceau de l'hypocrisie et couronnée par
la substitution d'un Bourbon usurpa
teur aux Boufbôhs' légitimes que nous
avons eii cet achèvement; Il est étrange
qu'on né puisse dire cette vérité sans
entendré des royalistes « modernes »
vous accuser de pactiser avec lés ré
volutionnaires. Comme cela prouve
que si l'ancien groupe monarchiste
répugne encore a chanter avec ses
nouveaux chefs là Parisienne, il ! est
conquis à là politique èt aux doctrines
doiitèé chàiit a marqué lé triomphe 1
Oui, lé vrai parti royaliste ést mort ;
et ceux qui gardent ses doctrines, étant
catholiques avant tout, suivent comme
nous le Pape.
Mais nous voilà un peu loin de
l'article de la Gazette . Revénons-y
pour achever en deux mots de l'exé
cuter. Ne suffit-il pas d'opposer de
simples démentis à des affirmations
Comme celles-ci :
— Lès catholiques n'ont rién fait
pour obéir aux « injonctions » dû
Pape., Il leur commandait de conti
nuer à combattra « la législation ». afin
d'arriver àla« détruire » et ils ne l'ont
pas même » attaquée sérieusement sur
un seul point » ; partout ils ont capi
tulé, partout ils ont lâché pied ; les
évêquès, entraînés dans « le désas
tre », ont retiré « jusqu 'aux çaté-
çhismés électoraux » ët « Mgr Fàva
lui-même »,' d'abord très vigoureux, « à
battu en retraite » ; enfin, pour tout
dire, le parti catholique « agit comme;
si le Pape n'avait pas parlé».
Quelle réponse opposer à toutes ces
affirmations, sinon, c'est faux? Il y a
là un tél mépris dé la Vérité qu'on ne
peut l'expliquer, inêmè par un excès
de passion et de colère ; c'est de l'in
conscience.
Dieu merci, les catholiques mili
tants, que les réfractaires qualifient de
(< ralliés », ont répondu avec zèle et
confîàricë à l'appel du Pape. La Ga
zette dit qu'ils ont tout cônfeédé au
pouvoir ; elle sait parfaitement qu'ils
n'ont rien concédé du tout. Qu'elle '
désigne donc les concessions faites !
La quëstion des « catéchismes éleo-
toraui » — mot impropre — n'était
pas dé leur ressort et si lés huit évê
ques qui avâient traité du devoir élec
toral oiit retiré de leurs Catéchismes
cette pagé, c'est, non parce que lés
catholiques les abandonnaient, mais
parce que le Pape, généralisant des
instructions antérieures, leur a dit
de le faire. Loin de « lâeher pied »,
les catholiques ont sans trêve com
battu la législation, sachant bien
qu'ils ne peuvent tout de suite la dé
truire ni même entamer la horde des
républicains sèctaires et persécuteurs,
màis convaincus qu'ils y arriveront;
et cela malgré le concours que, par
leur opposition au Souverain Pontife,
les réfractaires prêtent aux révolu
tionnaires.
Eugène Veuillot.
La Gazette est d'avis qué sén con
frère dé Toulouse, Y Express, ayant
traité de « blagueurs » quiconque a
entendu la Parisienne à Montauban, il
ést démontré que cé chant philippien
n'a été, là, ni chanté, ni joué. Elle
estime que nous ne pouvons plus ac
corder quelque crédit à ce « canard »,
et voudrait nous faire admettre que
jamais il n'a été permis d'y croire.
Mais non, mais non ! Nous attend
dons,pour être fixés là-dessus, que le
Moniteur ét le Gaulois nous disent
pourquoi ils ont fait cette forte
« blague » et que, de son côté, la
Gazette nous fasse connaître l'éner
gique démenti qu'elle a tout de suite
dû leur donner. Oui, un peu plus de
lumière nous est nécessaire et nous
est dû.
En effet, si l'on ne s'expliqué guère
que le Gaulois et le Moniteur, qui
étaient de la fête et y occupaient de
bonnes places, aient cru entendre ce
qu'ils n 7 entendaient pas ; si l'on ne
peut comprendre que le compte rendu
ait constaté un fait qui ne s'était pas
produit; on s'explique moins encore
que là Gazette, également présente,
n'ait pàs tout de suite protesté, sinon
dans la salle ,même du banquet, au
moins chez elle, dans ses colonnes où
l'on ne craint jamais d'être gênant et
hargneux* ••
Elle devait d'autant plus le faire que
divers journaux, notamment la Libre
Parole èt'l'Univers, avaient vite signalé
cet acte énorme, qui signifiait en mu
sique au vieux parti royaliste qu'il ne
comptait plus.
Si nos souvenirs sont en défaut, et
que la Gazette n'ait point gardé le si
lence, nous là prions de nous dire en
fin dans quels numéros se trouvent ses
rectifications, explications, protesta
tions. Qu'elle y réfléchisse, et, malgré
sa partialité, elle comprendra qu'il ne
suffit pas pour nous convaincre de l'in
concevable erreur de ses frères en roya
lisme intransigeant, que son ami YEti-
press, organe dés salons réfractaires dé
la Haute-Garonne et lieux voisins,nous
dise : Vous serez des '« menteurs » Si
voué pérsistez à prendre au sérieux un
« canard » lancé par les « blagueurs »
du Gaulois et du Moniteur.
E. V.
« Pitié, charité, maternité », ces
mots qui expriment dé si grandes cho
ses servent depuis longtemps à dési
gner trois hôpitaux de Paris où furent
largement pratiquées dès l'origine-, au
profit des malheureux, les trois vertus
qui correspondent à cette triple ap
pellation. Placés au fronton des por
tes d'autant d'établissements hospita
liers, ces trois mots faisaient éclater à
tous les regards la compassion des
fondateurs pour les misères humaines
et, à l'encontre de la' fameuse devise
placée par Dante au seuil de l'Enfer,
ils disaient clairement à tous : « Pre
nez tout espoir, vous qui entrez ici ».
Or, il paraît que ces mots offusquent
nos édiles, qui, à ce que Ton dit, se
raient décidés à les faire disparaître
afin de leur substituer dé3 noms de
savants. Quels savants ? dira-t-on peut-
être. Quels sont ces hommes prodi
gieux dont le souvenir doit parler plus
éloquemmentau peuple que les vertus
de pitié, de charité, de maternité!
Nous n'en savons rien encore, et après
tout qu'importe ! Pour la besogné
qu'il poursuit, le conseil municipal
n'a même pas besoin de faire un choix
quelconque ; il lui suffirait de tirer au
sort, parmi la série des savants plus
ou moins illustres, les trois noms né^
cessaires à la substitution dont il s'a
git ; car, on ne saurait s'y tromper; ce
n'est pas tant de glorifier telle ou telle
personnalité que l'on a souci : ce qu'on
veut, c'est remplacer vaille que vaille
des mots qui ont le tort, pëur les sec
taires, de garder comme un air de
religion.
Sous ce rapport, il esr curieux d'ob
server, le travail, qui remonte déjà
loin, des hommes de la Révolution.
De même que le christianisme; à son
apparition dans le monde, a dû créer
line langue spéciale pour exprimer
les idées nouvelles dont l'enrichissait
son divin Fondateur, dë mêmé la Ré
volution, dont le but est de détruire'
là religion, s'attache à se créer un laii-,
gage propre. Aspirant à faire, dispa
raltrè les idées chrétiennes, elle tra
vaille tout d'abord à supprimer les
mots jpar, lesquels ces idées S'expri
ment, et ainsi s'expliquent les nou
veautés de langage qui, peu à peu, par
une poussée progressive _ dpéréé sur
l'opinion, mettént en discrédit les
« bons vieux mots » dont parlait Re
nan, lequel ne craignait pas de dis
qualifier ainsi le nom même ét par
suite la notion de Dieu.
Ainsi en est-il pour le cas spécial
qui nous occupe. Les laïcisateurs n'i
gnorent pas que la charité est une
vertu chrétienne, dont la philanthro
pie n'est qu'une assez vilaine contre
façon. Ils n'ignorent pas davantage
que cétté vertu dé charité noue et res
serre les liens les plus doux et les
plus forts entre ceux qui l'exercent et
ceux, qui en bénificient. N'est-ce pas à
elle, en effet, que tient une grande
part de l'influence de l'Eglise dont les
institutions charitables multipliées a
travers les siècles étaient pour les
peuples une mervëilleuse et constante
prédication ? C'est pourquoi la cupidi
té révolutionnaire s'est emparée avec
un tel empressement de ces fonda
tions admirables. Et c'est pourquoi
ààssi.oiï s'est mis si vite eh péine de
supprimer toutes les appellations qui
en rappelaient le souvenir.
Les Hôtels-Dieu sont devenus des
hôpitaux. L'aumône tant célébrée dans
l'Evangile, qui recommande qu'on la
fasse abondamment aux pauvres, à été
pourchassée comme humiliante et
remplacée par Yassistance. Ce dernier
mot a même servi pour désigner tout
l'ensemble deà services publics orgà-
nisésà grands frais pour remplacer
l'ancienne organisation gratuite des
services charitables, et comme la pitié
est encore un sentiment né du chris
tianisme, voici qu'on rêve de le sup
primer du langage courant tout comme
le mot de charité.
C'est assez dire qu'on ne saurait trop
protester, au nom des idées catho
liques, contre ces transformations de
la langue. En des pages immortelles,
De Maistre a montré leé gràndës lois
qui président à la formation du lan
gage et quelle philosophie se cache
sous les expressions parfois les plus
vulgaires. La langué française se dis
tingue entre toutes par les idées
chrétiennes qui ont inspiré sa forma
tion. Il n'est que temps de la' défendre
contre lés déformations que vëiit y
introduire la secte, à dessein de trom
per le peuple et pour propager plus
aisément la substitution aux idées
chrétiennes des dangereux sophismes
de la Révolution.
Auguste Roussel.
Depuis deux semaines, environ, le
travail a cessé dans les bois dé Meil-
lant. d'Uzay-le-Venon, de Chalivoy,
de Saucergues et de quelques autres
communes du Cher: les bûcherons se
sont mis en grève. Nous avons noté
les jnenus incidents de ce chômage ;
ils n'ont pas été fort nombreux et,
entre la crise ministérielle et les re
cherches de la commission d'enquête,
on ne, leur a pas accordé grande
attention. Cette grève cependant est
sérieuse et contient un indice très
grave : elle nous montre que le socia
lisme de plus en plus pénètre dans
les campagnes.
Jusqu'ici, les meneurs socialistes
ne s'étaient guère occupés que dés
villés; ils n'avaient prêché leurs fu
nestes doctrines qu'aux ouvriers de
l'industrie, aux mineurs, aux travail
leurs de l'usine et de l'atelier. Depuis
quelque temps> ils cherchent à s'in
filtrer parmi les travailleurs des
chàmps. Au récent congrès socialiste
de Marseille, on à élaboré tout un
plan de propagande et d'action en vue
de conquérir au parti le peuple des
campagnes. On commence à réaliser
ce programme, et du premier coup
on obtient un succès : plusieurs cen
taines de bûcherons déposent la co
gnée et cessent le travail dans le dé
partement du Cher.
Les socialistes ont d'abord entre
pris ces rudes travailleurs de la forêt.
Bientôt, ils essayeront de gagner les
ouvriers des champs, les laboureurs,
les paysàns véritables. Ces derniers,
sans doute, seront plus réfractaires a
leur propagande. Au fond du cœur de
tous jés paysans, il y a l'ambition de
posséder, fiien à soi, un petit lopin
de terre, un morceau de champ, un
coin de prairie. Les plus aisés ou les
moins pauvres ont déjà pour la plupart,
cette propriété, bien mince, mais qui
n'en est pas moins une propriété.
Aussi les systèmes qui reposent sur la
suppression dé la propriété person
nelle n'ont pas grande chance de
séduire le paysan. Mais les soci&listes
ne sont pas inintelligents, ils ont une
très sérieuse habileté : on se berce
d'une illusion dangereuse en s'imagi-
nant le contraire. Ils ne trouveront pas
d'abord le travailleur de la campagne
bien disposé à les entendre ; mais tôt
ou tard, si l'on n'y prend garde, ils
parviendront à se faire écouter.
En attendant, M. Baudin a su déjà
se rendre maître des bûcherons du
Cher : ceux-ci obéissent à leur syndi
cat, et le syndicat prend son mot d'or
dre auprès du citoyen Baudin.
M. Baudin et le parti dont il est lë
mandataire auprès dès grévistes ont
d'ailleurs trouvé chez les bûcherons
un terrâin bien préparé. Lès ouvriers
de la forêt n'ont pas une existence
agréable; qui vient étaler sous leurs
yeux des promesses fallacieuses,, mais
séduisantes, est sûr d'être écouté. La
Vie des bûcherons est très dure ; leur
travail est rude, et pour ce travàil ils
ne Reçoivent qu'un très maigre sa
laire : 2fr. 50 par jour, quelquefois un
peu plus, quelquefois moins. A Saiicér-
gues, notamment, ils hé gagnent, pa
rait-il, que 2 francs. Sans doute, la
vie pour eux est moins chère que pour
l'ouvrier des villes. Il n'en est pas
moins vrai que 2 francs ou 2 fr. 50 par
jour, surtout si l'on tient compté des
chômages inévitables, né permet
tent point de se faire une existencô
aisée.
Lés égoïtes ont toujours de très
bonnes raisons pour démontrer qqe
ces bûcherons seraient plus sages
de régler leurs désirs sur leurs
moyens : de la sorte, tous leurs désirs
seraient satisfaits. C'est très joli ; mais
quel est le riche ou le bourgeois sim
plement à son aise qui, dans la situa
tion dé ces ouvriers, n'ambitionnerait
pas une position un peu plus confor
table ?
Il ne faut donc pas ici se répandre
en reproches amers contre les ou
vriers ; ils sont dans leur droit en fai
sant grève : ils obéissent, en recher
chant l'amélioration de leur éort,à des
sentiments naturels ët permis.
Lés coupables sont surtout les Bau
din et àùtrës meneurs qui.exploitent
la situation misérable des bûcherons
du Cher, comme naguère celle des
mineurs de Garmaux, àu profit de
leur ambition personnelle. Toutefois;
il ne suffit point de blâmer, avec plus
ou moins d'énergie, les excitateurs de
révoltes, les mauvais conseillers du
peuple, les misérables quL songent
bien davantage à leur intérêt qu'à l'in
térêt de l'ouvrier.
Il nous faut mener contre eux, au
près des travailleurs, une action catho
lique et sociale énërgique : hous de
vons chercher en mêmé temps à amé
liorer là condition matérielle de
l'ouvrier et à le convertir à la reli
gion. Et puisque les socialistes es
sayent en ce moment de conquérir les
paysans, il est temps que certains
grands propriétairés catholiques, au
lieu de songer à peu près exclusive
ment à donner des bals dans leurs
châteaux, des garden-parties dans
léurs parcs et des chasses à courre,
dans leurs' forêts, se préoccupent
avant - tout du sort matériel et moral
des paysans sur lesquels ils ont ou
peuvent avoir de l'influence !
François Veuillot.
Dans la réunion solennelle, tenue,
récemment par les archevêques des
Etats-Unis, réunion à laquelle assistait
MgrSatolli, délégué dû Saint-Siège,
on a discuté la grave quëstion des me
sures concernant Tenseignëment sco
laire.
Voici, sur cette importante matière,
les deux résolutions prises :
1" décision. — Travailler (ta premote)
à l'établissement d'écoles catholiques de
manière à y pouvoir admettre un plus
grand nombre d'enfants ; et; s'il est pos
sible, tous nos enfants catholiques, confor
mément au troisième concile plénier de'
Baltimore et; aux décisions du Saint-Siè&e.
2° décision. —- Quant aux enfants qui, en
ce moment, ne fréquentent pas les écoles
catholiques, nous prescrivons de plus (in
addition) de pourvoirà leur instruction re
ligieuse par des écoles du dimanche ét aussi
par des instructions un jour ou plusieurs
jours dé là semaine, et en insistant forte
ment auprès dés parents ( urging parents)
pour qu'ifs ens&'igaent la* doctrine chré
tienne à leurs enfants. Les écoles' du di
manche et des jours de semaine devraient
être sous la surveillance directe du clergé,
aidé par des maîtres laïcs intelligents, et,
lorsque ce sera possible, par des membres
des ordres religieux voués à l'enseigne
ment.
Le cardinal Lavigerie
Nous lisons dans la Semaine Reli
gieuse du diocèse de Péris :
S. Em. le cardinal archevêque de Paris,
de concert avec le ohapitre métropolitain, a
décidé qu'un service solennel serait célébré
i Notre-Dame^ à la mémoire du cardinal
Lavigerie.
La cérémonie, présidée p&r S. Em. Iè
cardinal, est Gxée au mardi 13 ôourànt, k
10 heures.
— Une dépêche nous a signalé le
service célébré à Rayonné pour l'âme
du càrdinâl Lavigerie.
, Voici le compte rèhdu qué publie,
la Semaine de Bàyonne ;
Aux premiers rangs da l'assistance se
trouvaient M: le général de division, un re
présentant de M. le général-gôuverneur
empôohé, M. le maire de Bayonne, M. la
président du tribunal civil et M. le prési
dent du tribunal de commerce, M. le pré-,
sident dè la chambre dé cèmmerca ; une
délégation du conseil municipal, composée
dè MM. Larribièré, Strasser, Gùichèilné,
Elissalde et Vital Birabéu..
Puis vènaient une délégation des officiers»
de la garnison ; MM; les membres du tri
bunal de commerce et de la onambre.
. Les dames occupaient un des cûtés de la
nef^ ayant à leur tête, .pour présider le:
deuil, les damés delà famille du cardinal-
Lavigerie, Mmes lès générales Munier et
Hervé, et Mme la. àoloiïèllè' Gilion.
■ L'église était tènduè dé noir dèpiiis ie'
chevet jnsqu'èi l'orjgùe; l'autel et la chiite'
étaient oouverts de orêpes de deuil. Uù su-
perba oatafalque enveloppé de bougies et
de feux se dressait au pied du ohœur.
,(£est Mgr J'évêque qui a offert pour le
oardinal le saint sacrifice de la messe ; les
chants ont été pieusement exécutés parles
élèvèé.
Après lé s'aiÀt sàcriflce, Mgt l'èvêqiie est
monté dans là chaire de vérité, étdans une
courte, mais touchante oraison funèbre, il à
fait l'éloge du cardinal: Il l'a montré prêtrà
à 28 _ ans, appelé dès lors au plus brillant
avenir par ses fonctions de professeur à là
Sorbonne, mais se révélant déjà prêtre -Mis
sionnaire par la création de l'oeuvre des
Ecoles d'Orient en 1856, et par sa mission
de charité à la suite dès massacres du.
Liban ; il l'a péini évêque-rnissionnaire en
1867 lors de la famine, en 1868 lors dû"
choléra algérien* et Français ët grand pa
triote toujours, soit à Natiey; où taût d'ofeù-
vres lui survivent, soit à Alger, d'où à l'é
poque de nos désastres il lançait ses sémi
naristes comme brancardiers sur les champs -
dé bataille pour voler au secours de nos
bleàëés.
L'évèquë-mïssionriairê s'était continué
lors dè l'oocupation dè ltf Tunisie, èn 1880 ;
le missionnaire sé retrouva dans le cardinal
en 1882, quandj pour réoompenser ce hé
ros taillé à i'antiqué; le Saint-Père l'eut re
vêtu de la pourpre ^romaine. Ge fut alors
qu'il poursuivit oette campagne ohrétienne
et patriotique contre les misères de l'escla
vagisme afrioain, armant contre elles ses
Pères blancs, ses frères èt ses sœurs du
Sahara. Eu même tempé, il saVait faire jail
lir les dons au profit dè sèS oeuvres admi
rables,' ét ces générosités de l'Europe; il lètf
répandait à profusion sur la terre d'Afri
que.
Les ovations de la France, les chaleu
reuses sympathies l'avaient accompagné
dans cette longue ascension des premiers ,
degrés du sanotuaire jusqu'aux hauteurs
oàrdinàlicés. A ces ovations, à ces sympa
thies, à cette popularité, lé Saint-Siège lui
dèmaridà dé renoncer un jour pour prêcher :
à la France cette union des esprits et des
cœurs qui seule peut la sauver: Le cardi
nal, qui avait été dévoué, qui s'était prodi
gué par-dessus toute chose à l'Eglise et à
la France, éleva son obéissance jusqu'à ce
dernier sacrifice, justifiant ainsi la belle de
vise qu'il avait prise dès le début de sa car
rière épisoopàle : CHariiaê.
Ah! ne nous attachons pas, poursuit
Mgr l'évêque, à ces quelques défauts que -
notre perspicacité aime peut-être, trop à
découvrir chez notre illustre compatriote.
Quand on contemple les. osuyres magnifi
ques du Dante et de j Michel-Ange, notre
admiration, saisie par tant de splendéurs,
pëut-ellé s'arrêter à des rugosités dans
quelques détails ? Regardons le cardinal à
la hauteur et dans la perspective où ses
grands mérites.nous le montrent, prions
pour lui sans doute ét méritons par nos
travaux d'être aveo lui dans l'éternité.
A ïà Suite dé cétté oraison funèbrë ont'
éu liëu oinq absoutes ; là première a été :
faite par M. le vicaire général Diharce ; la'
seconde, par M. le vicaire général Cassei-
gnan; la troisième, par M. la chanoine
Lagau ; la. quatrième, par M. le chanoine
Pouré, et la cinquième, par Mgr l'évêque.
La foule s'est retirée profondément impres
sionnée par oet éclatant hommage de sym
pathie envers lé pliis illustre des Bayonnais ;
contemporains.
Ajoutons que dès samedi, péndarit qué
les obsèques du cardinal avaient lieu dans !
la cathédrale d'Alger, la mairie s'était asso
ciée à ce grand deuil, en mettant en herne=
le drapeau de l'hôtel de ville.
Les obsèques du cardinal Lavigerie
a tunis
Tunis", mèrdrèdi 7 dëcènùbre. '
Samedi 3 déoembre, la ville d'Alger a
rendu i son grahd évêqué" les" honhéiirs
funèbres avec un imposante solennité. Lè'
corps du cardinal a été émbàrqtié sûr lé
Cosmao , croiseur de première classe en
voyé de Villefranche. Une chambré ar
dente avéit été disposée datfs l'eutrépont ét
décorée d'à tentures roiiges. Cinq prélàtM'
avaient pris place sur lè crbisëûr : NN. SS".
Brincat, Livinhac, Toumier, Gazaniob et
Grussenmeyer. Les officiers dii bord av&ïeiif
gracieusement cédé leurs cabines et' fait;
avec leur courtoisie ordinaire, les honneurs'
de leur batea"u.
A une heure et quart, le croiseur prenait
la mer, saluant au passage du goulet les
batteries de l'amirauté d'une salve d'artil-
lorie.
La mer était splendide et le soleil étinca-
lant, mais la tempête était proche. En prévi
sion du mauvais temps, le Cosmao prit tout
de suite une allure rapide. C'est un des bons
marcheurs de la Hotte française, et aux es
sais il a donné nœuds.
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