Titre : L'Union des arts : nouvelles des beaux-arts, des lettres et des théâtres / MM. Cadart & Luquet, éditeurs de la Société des aqua-fortistes
Éditeur : Cadart & Luquet (Paris)
Date d'édition : 1864-02-06
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328834684
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 244 Nombre total de vues : 244
Description : 06 février 1864 06 février 1864
Description : 1864/02/06 (A1)-1865/05/21 (A2). 1864/02/06 (A1)-1865/05/21 (A2).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5406726g
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V-5835
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
PRIME DE L'UHION DES ARTS
Tout abonné d'un an à ['Union des Arts aura
le droit de se faire délivrer dans les bureaux du
journal, soit une collection de six Eaux-fortes
à son choix, prises parmi celles de MM. Chau-
vel, Léon Jacque ou Villevielle, conte-
nues chacune dans une jolie couverture
gravée; soit la grande lithographie exécutée
par M. Laurens, d'après le célèbre tableau de
la Mise au Tombeau, d'Eugène Delacroix. Les
abonnés des départements qui ne voudraient
pas faire retirer leur prime au bureau la
recevront directement en ajoutant un franc au
prix de leur abonnement.
Chacune des primes de l'Union des Arts est
mise en vente chez MM. Cadart et Luquet, édi-
teurs d'estampes, au prix de huit francs.
NÉCROLOGIE
CHRISTOPHE FRATIN
Le talent de Fratin est ua de ces talents aimés el
populaires, qui sont tout de suite acceptés, parce
qu'ils sont la vérité même.
On regarde, et l'on se dit-à soi-même : Ah! le
grand maître ! 11 étudie, il contemple, il admire; et
ce qu'il a bien étudié, admiré, contemplé, il le re-
produit d'un geste énergique et passionné.
M. Fratin est une espèce de La Fontaine, et je ne
sais pas de plus grande louange à lui faire. Il par-
tage, avec le grand fabuliste, le suprême honneur
de mettre en relief ce monde à part qui n'est plus
l'homme, el qui n'est pas la plante. Un monde
animé de toutes les passions et de tous les besoins de
l'humanité : la jalousie et l'amour, la colère el la
vengeance, la faim le froid, la soif, les appétits satis-
faits; ardents à la proie, habiles à l'embûche, et
tant de vie et d'activité unies à tant d'instincts si ter-
ribles, si charmants, si divers '
•léchante les héros dont Ésope est le père
disait le poète. A son tour, Fratin pouvait dire :
Je sculpte les personnages des comédies de La Fon-
taine.
Il n'en fait pas des héros, Dieu l'en préserve ! il
les fait bel et bien, la grâce et l'ornement, la ter-
reur et la pitié de ce bas monde.
En bronze, en terre cuite, en plâtre; en toute
espèce de matière obéissant à sa main et à sa
volonté, Fratin reproduit les habitants de la terre,
et des eaux et des airs.
11 sait ce que renferme la tanière, et ce.que con-
tient la taupinière; il connaît à fond le bocage el la
plaine, la vallée cl le mont, le marécage et l'eau
courante.
Il a tant étudié la bonne et gracieuse nature en ses
mystères ineffables! Lui aussi il est un poète, et
jamais rien de si vulgaire et de si trivial ne s'est
présenté à ses yeux, qu'il ne lui ait donné je ne sais
quelle grâce inattendue, inespérée.
Et lui aussi, il a vu comme il faut les voir, il a
montré comme il fallait les montrer, Monsieur du
Corbeau, Sire Loup, Damoiselle Belette, Maître Jean-
Lapin, Compère le Renard, Commère la Cigogne.
. Il était très-lié avec le chat nommé Rodilardus, et
le ratRatapon; il a pleuré sur Progné l'hirondelle;
il a suivi tout un jour d'été
La Bique allant remplir sa traînante mamelle.
11 a vu tout ce que voyait M. de Bulfon lui-même :
Tigres dans les forêts, alouettes aux champs;
Le lièvre apercevant l'ombre de ses oreilles;
Un vieux renard, sentant son renard d'une lieue;
Un cerf, à la faveur d'une vigne fort haute;
L'aigle et le chat-huanl, l'autour et l'alouette;
Un souriceau tout jeune cl qui n'avait rien vu;
Un serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile, rendu...;
Un âne accompagnant un cheval peu courtois ;
Le héron au long bec emmanché d'un long cou;
Jean-Lapin, fils de Pierre et neveu de Guillaume;
L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie;
Un rat, hôte des champs, rat de peu de cervelle;
Certain ours montagnard, ours à demi-léché;
Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras;
Quatre animaux divers, le chat, grippe-fromage,
Trislc oiseau, le hibou, Ronge-Maille, le Rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit scélérat.
Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
Une tortue à la tète légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays;
Une perdrix étant nourrie
Parmi de certains coqs incivils, peu galants;
Deux perroquets, l'un père et l'autre fils;
Mère lionne ayant perdu son faon ;
Une jeune souris de peu d'expérience;
Un hérisson du voisinage,
Dans l'oeuvre de Fratin, très-piquant personnage,
La Gazelle, le Rat, le Corbeau, la Tortue, et tant
d'autres compositions où tout gronde, où toute chante,
où tout est rire et galtô. Vraiment, il n'y a pas de
plus habile artiste dans le grand art d'être obéissant
à la nature avec tant de verve et de conviction,
d'énergie et de bonne humeur.
Qui voudrait cataloguer l'oeuvre de Fratin serait
obligé d'écrire un gros tome; et que de choses encore
il oublierait, dont cet habile artiste ne se souvenait
pas lui-même, tant il possédait au degré suprême un
des plus grands caractères du vrai talanl, la fécon-
dité !
Mais, quoi! l'heure est impitoyable aux grands
artistes ! Les temps sont durs ! La vérité n'est plus de
mode ! Un art guindé, misérable et faux, a remplacé
les délicates merveilles d'un art' sérieux et sincère.
Tout à l'heure, Fratin, désespéré, appelait en vain
qui lui vînt en aide et protection; attente inutile
et vaine prière! Et aujourd'hui le voilà mort! Réduit
aux petites oeuvres de chaque jour, quand il deman-
dait un libre espace, un pan de muraille, un coin
de jardin, un escalier monumental, une cour, une
fontaine, une terrasse , on lui montraitune table,
une cheminée, un petit Dunlcerque, ou quelque
humble cabinet d'écrivain.
Tel qu'il était là, réduit àces humbles porportions
qui semblaient le condamner au néant, Fratin se pré-
sentait toujours dans la lice entr'ouverte, il appe-
lait à son aide tous les braves gens restés iidèles à ce
qui est simple et vrai.
Nous l'avons vu naguère tout entier dans ses su-
prêmes efforts, dans ses dernières gaîtés quand parut
ce catalogue récent, dernier mot de l'oeuvre et du
talent de Fratin.
Voyez le reste et la fin de sa fortune : le malheur
qui le poursuivait ne s'est arrêté que devant la mort!
En présence de tnnt de tète, de persévérance, si mal
récompensés, on est tenté de s'écrier :
0 talent, tu n'es qu'un vain mot I
.1. JANIN-
Fratin (Christophe), né à Metz à la lin de Tannée'
1801, était lils d'un artisan doué au plus haut de-
Tout abonné d'un an à ['Union des Arts aura
le droit de se faire délivrer dans les bureaux du
journal, soit une collection de six Eaux-fortes
à son choix, prises parmi celles de MM. Chau-
vel, Léon Jacque ou Villevielle, conte-
nues chacune dans une jolie couverture
gravée; soit la grande lithographie exécutée
par M. Laurens, d'après le célèbre tableau de
la Mise au Tombeau, d'Eugène Delacroix. Les
abonnés des départements qui ne voudraient
pas faire retirer leur prime au bureau la
recevront directement en ajoutant un franc au
prix de leur abonnement.
Chacune des primes de l'Union des Arts est
mise en vente chez MM. Cadart et Luquet, édi-
teurs d'estampes, au prix de huit francs.
NÉCROLOGIE
CHRISTOPHE FRATIN
Le talent de Fratin est ua de ces talents aimés el
populaires, qui sont tout de suite acceptés, parce
qu'ils sont la vérité même.
On regarde, et l'on se dit-à soi-même : Ah! le
grand maître ! 11 étudie, il contemple, il admire; et
ce qu'il a bien étudié, admiré, contemplé, il le re-
produit d'un geste énergique et passionné.
M. Fratin est une espèce de La Fontaine, et je ne
sais pas de plus grande louange à lui faire. Il par-
tage, avec le grand fabuliste, le suprême honneur
de mettre en relief ce monde à part qui n'est plus
l'homme, el qui n'est pas la plante. Un monde
animé de toutes les passions et de tous les besoins de
l'humanité : la jalousie et l'amour, la colère el la
vengeance, la faim le froid, la soif, les appétits satis-
faits; ardents à la proie, habiles à l'embûche, et
tant de vie et d'activité unies à tant d'instincts si ter-
ribles, si charmants, si divers '
•léchante les héros dont Ésope est le père
disait le poète. A son tour, Fratin pouvait dire :
Je sculpte les personnages des comédies de La Fon-
taine.
Il n'en fait pas des héros, Dieu l'en préserve ! il
les fait bel et bien, la grâce et l'ornement, la ter-
reur et la pitié de ce bas monde.
En bronze, en terre cuite, en plâtre; en toute
espèce de matière obéissant à sa main et à sa
volonté, Fratin reproduit les habitants de la terre,
et des eaux et des airs.
11 sait ce que renferme la tanière, et ce.que con-
tient la taupinière; il connaît à fond le bocage el la
plaine, la vallée cl le mont, le marécage et l'eau
courante.
Il a tant étudié la bonne et gracieuse nature en ses
mystères ineffables! Lui aussi il est un poète, et
jamais rien de si vulgaire et de si trivial ne s'est
présenté à ses yeux, qu'il ne lui ait donné je ne sais
quelle grâce inattendue, inespérée.
Et lui aussi, il a vu comme il faut les voir, il a
montré comme il fallait les montrer, Monsieur du
Corbeau, Sire Loup, Damoiselle Belette, Maître Jean-
Lapin, Compère le Renard, Commère la Cigogne.
. Il était très-lié avec le chat nommé Rodilardus, et
le ratRatapon; il a pleuré sur Progné l'hirondelle;
il a suivi tout un jour d'été
La Bique allant remplir sa traînante mamelle.
11 a vu tout ce que voyait M. de Bulfon lui-même :
Tigres dans les forêts, alouettes aux champs;
Le lièvre apercevant l'ombre de ses oreilles;
Un vieux renard, sentant son renard d'une lieue;
Un cerf, à la faveur d'une vigne fort haute;
L'aigle et le chat-huanl, l'autour et l'alouette;
Un souriceau tout jeune cl qui n'avait rien vu;
Un serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile, rendu...;
Un âne accompagnant un cheval peu courtois ;
Le héron au long bec emmanché d'un long cou;
Jean-Lapin, fils de Pierre et neveu de Guillaume;
L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie;
Un rat, hôte des champs, rat de peu de cervelle;
Certain ours montagnard, ours à demi-léché;
Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras;
Quatre animaux divers, le chat, grippe-fromage,
Trislc oiseau, le hibou, Ronge-Maille, le Rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit scélérat.
Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
Une tortue à la tète légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays;
Une perdrix étant nourrie
Parmi de certains coqs incivils, peu galants;
Deux perroquets, l'un père et l'autre fils;
Mère lionne ayant perdu son faon ;
Une jeune souris de peu d'expérience;
Un hérisson du voisinage,
Dans l'oeuvre de Fratin, très-piquant personnage,
La Gazelle, le Rat, le Corbeau, la Tortue, et tant
d'autres compositions où tout gronde, où toute chante,
où tout est rire et galtô. Vraiment, il n'y a pas de
plus habile artiste dans le grand art d'être obéissant
à la nature avec tant de verve et de conviction,
d'énergie et de bonne humeur.
Qui voudrait cataloguer l'oeuvre de Fratin serait
obligé d'écrire un gros tome; et que de choses encore
il oublierait, dont cet habile artiste ne se souvenait
pas lui-même, tant il possédait au degré suprême un
des plus grands caractères du vrai talanl, la fécon-
dité !
Mais, quoi! l'heure est impitoyable aux grands
artistes ! Les temps sont durs ! La vérité n'est plus de
mode ! Un art guindé, misérable et faux, a remplacé
les délicates merveilles d'un art' sérieux et sincère.
Tout à l'heure, Fratin, désespéré, appelait en vain
qui lui vînt en aide et protection; attente inutile
et vaine prière! Et aujourd'hui le voilà mort! Réduit
aux petites oeuvres de chaque jour, quand il deman-
dait un libre espace, un pan de muraille, un coin
de jardin, un escalier monumental, une cour, une
fontaine, une terrasse , on lui montraitune table,
une cheminée, un petit Dunlcerque, ou quelque
humble cabinet d'écrivain.
Tel qu'il était là, réduit àces humbles porportions
qui semblaient le condamner au néant, Fratin se pré-
sentait toujours dans la lice entr'ouverte, il appe-
lait à son aide tous les braves gens restés iidèles à ce
qui est simple et vrai.
Nous l'avons vu naguère tout entier dans ses su-
prêmes efforts, dans ses dernières gaîtés quand parut
ce catalogue récent, dernier mot de l'oeuvre et du
talent de Fratin.
Voyez le reste et la fin de sa fortune : le malheur
qui le poursuivait ne s'est arrêté que devant la mort!
En présence de tnnt de tète, de persévérance, si mal
récompensés, on est tenté de s'écrier :
0 talent, tu n'es qu'un vain mot I
.1. JANIN-
Fratin (Christophe), né à Metz à la lin de Tannée'
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