ET
D'avoir fait à tes vers estropier Horace, MOL. Fem. <
sav. m, 5. Certains passages de Dictys de Crète que
Scaliger avait estropiés, VOLT. Goût. Voltaire dans
ses derniers jours ne pouvait voir sans-un véritable
chagrin qu'on se permît ainsi d'estropier nos belles
tragédies, MARMONTEL, Élém. littér. t. ix, p. B3,
dans POUGENS. || Estropier un vers, en altérer la me-
sure. || Estropier une sonate, une chanson, la jouer
mal, la chanter mal. || 3° Terme de peinture. Estro-
pier une figure, n'en pas observer les proportions.
|| 4" S'estropier, v. réfl. Quoi ! ces dieux qui s'estro-
pientlesuns lesautres,FONTEN.Z>iaJ.iîsope, Homère.
|| Fig. Voulant se redresser, soi-même on s'estropie,
Et d'un original on fait une copie, BOIL. Épit. îx.
— HIST. xvi" s. Subjuguez par ung petit homme
estropié, RAB. Pant. iv, Nouv. prol. En une bat-
taille, dix mill' hommes sont stropiez ou tuez, MONT.
m, 23. On a attaché l'honneur à couper bras et
jambes, à estropier l'un, à tuer l'autre, LANOUE,
246. I,es armes d'aujourd'hui sont si griefves, qu'un
gentilhomme, à trente et cinq ans, est tout estropié
des espaules, d'un tel fardeau, ID. 286. Estropié de
quelques coups et mesmes de l'honneur, D'AUB.
Hist. i, 4 88. Infinis lieux y sont [dans le texte]
desesperêement estropiez et mutilez, AMYOT, Moral.
Épit. p. f B.
— ÉTYM. Espagn. et portug. estropear; ital. slrop-
piare, storpiare, estropier, stroppio, obstacle, em-
pêchement. Origine inconnue. Diez propose par
conjecture le latin ex-torpidare, rendre roide, en-
gourdi. Muratori fait mention de turpis, laid. Tout
cela est incertain. Estropier est récent et venu de
l'italien.
fESTUAILLE (è-stu-â-U', Il mouillées), s. f. Nom
donné anciennement aux magasins de sels, Lettres
pat. 27 juin 4 680.
t ESTUAIRE (è-stu-ê-r'), s. m. Terme d'antiquité
romaine. Étang maritime où l'on nourrissait du
poisson. || Terme de géographie. Sinuosité du litto-
ral, qui n'est couverte d'eau qu'il la marée mon-
tante. || Se dit, par analogie, de l'embouchure d'un
fleuve qui forme une sorte de golfe. Les rivages de
l'estuaire girondin encadrent de vastes nappes d'eau
où l'on peut étudier tous les phénomènes des cou-
rants et des marées, RECLUS, Revue des Veux-Mon-
des, 4862, déc. p. 904.
— HIST. xiv* s. Une pièce de terre, ainsi comme
elle se levé, o [avec] le fons du fossé qui est et fiert
[frappe, porte] à l'eslier du port dessous le enas-
teau, DU CANGE, eslerium.
— ÉTYM. Lat.lieu où le flux pénètre.
ESTURGEON (è-stur-jon), s. m. Gros poisson qui
remonte de la mer dans les grands fleuves. Les oeufs
de l'esturgeon constituent un aliment très-recherché
dans le Nord, sous le nom de caviar. On fait avec
la vessie natatoire de l'esturgeon l'ichthyocolle ou
colle de poisson. A son souper, un glouton Com-
mande que l'on apprête Pour lui seul un esturgeon;
Il n'en laissa que la tête, LA FONT, le Glouton.
— HIST. xive s. Bresmes en rost, esturgon et ge-
lée, Hénagier, n, 4. Esturgeon: eschaudez, ostez
le limon, couppez la teste et la fendez en deux, ib.
H, 5.
— ÉTYM. Espagn. esturion; ital. storione ; de
l'anc. haut-allem. sturio; allem. Stôr. Retz, i, 2,
écrivait èturgeon.
•f ÉSULE (é-su-1'), s. f. Nom de plusieurs euphor-
bes, dont une {euphorbia esula, L.) a une racine
dont l'écorce a été employée comme purgatif hydra-
gogue. Ésule ronde, euphorbia peplus, L. Petite
ésule, ancien nom officinal de l'euphorbia cyparis-
sias. Grande ésule, ancien nom officinal de l'eu-
phorbe des marais. ■ • "
t ÉSUS (é'zus'), s. m. Nom d'un dieu des Gaulois,
assimilé tantôt à Mars et tantôt à Apollon, et à qui
on sacrifiait des victimes humaines. Il s'écrivait
aussi IIcsus.
ET (è ; le t ne se lie jamais, ce que remarque
Palsgrave, p. 37, au xvie siècle, excepté dans les
locutions latines : et esetera, dites è-tsé-té-ra, et'ob
hoc et ab hac, dites : a-bo-kè^ta-bak), conj. || 1° Il
sert à lier entre elles les parties semblables du dis-
cours. Corneille et Racine. Bon et sage. Le riche et le
pauvre. Le sage est ménager du temps et des pa-
roles, LA FONT. Fabl. vin, 26. Les esprits justes, et
qui aiment à faire des images, LA BRUY. I. On n'a
pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et ai-
mer, ID. iv. || Ordinairement, les mots joints par et
se suivent; maison peut quelquefois les séparer, soit
•dans le style familier, soit dans le style élevé. La
raison veut et la nature Qu'après le mal vienne le
bien, MALH. V, 6. Albe le veut, et Rome ; il faut leur
ET
obéir, CORN. Hor. m, 6. Les truites y sont admira-
bles et les saumons du Rhin, PELLISSON, Lett. hist.
4 8 oct. 4 684. |] 2° Après les noms d'heure, de mesure,
quand il y a une fraction, on met et : midi et demi,
midi et un quart; minuit et trois quarts; deux heures
et un quart ; une aune et un tiers. || On peut aussi sup-
primer et, excepté quand la fraction est demi : minuit
un quart; midi trois quarts; une aune un tiers, etc.
|| 3° Dans les noms de nombre composés, et se met
généralement devant un quoiqu'il ne se mette pas
devant deux, trois, quatre, etc. vingt et un, trente
et un, etc. Il n'y a d'exception que pour cent et
quatre-vingt : quatre-vingt-un, cent-un. || Et se met
aussi devant onze après soixante. Soixante et onze.
|| 4° Et répété sert à donnerplus de force à la phrase.
Quel carnage de toutes parts ! On égorge à la fois
les enfants, les vieillards, Et la soeur et le frère
Et la fille et la mère, Le fils dans les bras de son
père, RAC. Eslh.-i, 5. Et le riche et le pauvre, et
le faible et le fort Vont tous également des douleurs
à là mort, VOLT. 4" Disc. égal, des cond. Aristote
met au rang des monarchies et l'empire des Perses
et le royaume de Lacédémone, MONTESQ. Esp. xi, 9.
|| 5° Et s'emploie au commencement des phrases
qui en suivent d'autres sans liaison immédiate,
dans le style biblique ou poétique. Et Jésus se
rendit sur la montagne des Oliviers. Et voilà que
tout d'un coup.... Et véritablement on ne saurait
nier que.... Et vous prononcerez un arrêt si cruel!
RAC. Andr. i, 4. Et je puis voir répandre un sang si
précieux ! Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux I
ID. ib. m, 8. Et moi aussi, j'avais espéré, mon-
seigneur, que vous viendriez à Versailles, MAIN-
TENON, Lett. au card. de Noailles, 3 avr. 4697. Et
je pleurais! et je me trouvais à plaindre ! et la tris-
tesse osait approcher de moi ! J. J. ROUSS. Bel. v, 9.
Et qui sait dans quels pièges adroits les perfides
ruses d'une femme vicieuse et jalouse de ses vertus
a pu surprendre son innocente simplicité ! ID. Ém.
v. || Et fût-il, c'est-à-dire quand même il serait; et
fussiez-vous, c'est-à-dire quand même vous seriez.
Il faut les combattre, et fussent-ils trois contre un.
Vous le devez haïr, et fût-il votre père, CORN. Hé-
racl. v,2. Je vengerai sur vous, et fussiez-vous mon
père.... ID. ib. Vous-même en deviendriez, je le gage,
amoureux; On ne s'en peut sauver, et fût-on tout
déglace, LA FONT. l'Eunuque, v, 4. || Et de suivi
d'un infinitif se met quelquefois à la fin d'un récit
pour signifier que l'événement se termina par l'ac-
tion que l'infinitif exprime. Ainsi parla-t-il; et cha-
cun de rire. || De nos jours on a quelquefois com-
mencé une pièce de vers par et, ce qui donne l'air
au poète de continuer des réflexions dont le com-
mencement n'aurait pas été communiqué à l'audi-
teur ou au lecteur. Et j'ai dit dans mon coeur : que
faire de la vie? LAMART. Méd. n, 4 9. || 6° El extera,
et les autres choses, et le resté, et tout ce qui s'en-
suit. Par abréviation on écrit etc. Que lui-même [le
juge] il chante après boire, La liberté, la gloire, et
caetera, BÉRANG. Vendanges. || S. m. Le signe qui
représente cette expression. Un et estera. Des et
caetera. || Proverbe. Dieu nous garde d'un quipro-
quo d'apothicaire, et d'un et caetera de notaire,
parce que les quiproquos d'apothicaires empoison-
nent et que les et caetera de notaires engendrent
les procès.
— REM. 1. La règle est que, et joignant deux ou
plusieurs substantifs, le verbe qui s'y rapporte,
se mette au pluriel. Cependant on peut quelquefois,
quand ce ne sont pas des noms de personnes, se
soustraire à cette règle, soit que l'on considère les
mots ainsi joints comme un seul sujet, soit qu'il y
ait licence poétique. Ce grand homme [Moïse] a
écrit les oeuvres de Dieu avec une exactitude et une
simplicité qui attire la croyance,- BOSS. Hist. il, 3.
On dit que ton front jaune et ton teint sans couleur
Perdit en ce moment son antique pâleur, BOIL. Lutr. i.
Quel nouveau trouble excite en mes esprits, Le sang
du père, ô ciel, et les larmes du fils ? RAC. Mithr.
v, B. La sagesse et la pitié du souverain peut faire
toute seule le bonheur des sujets, MASS. W dim. de
carême La tendresse et la crainte Pour, lui dans
tous les coeurs était alors éteinte, VOLT. Henr. ni.
L'univers, medis-je, est un tout immense dont toutes
les parties se correspondent; la grandeur et la sim-
plicité de cette idée éleva mon âme, THOMAS, Éloge
de Marc-Aurele. || 2. La régularité veut qu'avec et on
ne change pas de construction et qu'on ne dise pas
par exemple : Saint-Louis aimait la justice et à chan-
ter à la chapelle. Cette règle n'est pas de rigueur,
du moins avec la conjonction que; et les exemples
suivants sont très-bons. Pour moi qu'en santé même
un autre monde étonne, Qui crois l'âme immortelle |
ÊTA
1507
et que c'est Dieu qui tonne, BOIL. Sat. i. Vous-
même de vos soins craignez la récompense, Et que
dans votre sein ce serpent élevé Ne vous punisse un
jour de l'avoir conservé, RAC. Andr. i, 2. || 3. La
versification regarde comme un hiatus la rencontre
de et devant une voyelle et la rejette; ce qui est
une très-grande gêne. Pourtant cette rencontre n'a
rien de dur à l'oreille, et les poètes auraient bien
dû suivre l'exemple de Régnier, qui met sans scru-
pule et devant une voyelle. Il va comme un ban-
quier en carrosse et en housse, RÉGNIER , Sat. a.
[Il] Peut autant qu'autre prince et a trop de moyen,
ID. ib. m. La Fontaine aussi en a des exemples : Le
juge prétendait qu'à tort et à travers On ne saurait
manquer condamnant un pervers, Fabl. n, 3.
|| 4. Dans des membres de phrase mis en corres-
pondance par des adverbes comparatifs , on ne
met pas et devant le second : Plus je le vois, plus je
l'aime. Et n'est de mise que quand, au lieu d'une
seule proposition il y en a plusieurs : Plus je le
vois et plus je le fréquente, plus je l'aime. Cepen-
dant la suppression de Yet n'est pas d'absolue
rigueur, et dans des phrases de ce genre il s'em-
ploie souvent par pléonasme : Plus je vous en-
visage, Et moins je me remets, monsieur, votre
visage, RAC. Plaid. Il, 4. |j-5. Les grammairiens
donnent pour règle de mettre ni, non pas et, dans
les propositions négatives, et et, non pas ni, dans
les propositions affirmatives; et ils blâment les au-
teurs qui ne se sont pas conformés à cette règle.
Elle est sans doute bonne à suivre en général ; pour-
tant, comme le remarque M. Lemaire , il n'y a là
rien d'absolu, et c'est la pensée qui doit domi-
ner l'expression. Ainsi, cette phrase de la Bruyère :
Il n'est rien que .les hommes aiment mieux et qu'ils
ménagent moins que leur propre vie, ch. xi, vaut
mieux avec et qu'avec ni, demandé par quelques
grammairiens. En contre-partie, ce passage de Boi-
leau : Défendit qu'un vers faible y pût jamais en-
trer, Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer,
Art p. n, est critiqué, et l'on veut substituer et à
ni, sous prétexte que la phrase est affirmative;
mais, avec des verbes à signification négative, la
disjonctive ni répond mieux à la pensée. || 6° Et, au
xvne siècle, se mettait souvent où nous mettons eW
Et bien !
— HIST. ix* s. Pro Deo àmur et pro Christian po-
blo, Serment. || x's.E si distrent [et ils dirent ainsi],
Fragm. de Valenc. p. 467. || xie s. Il en apelet e ses
dux e ses contes, Ch. de Roi. n. || XII" s. Sis [si les]
acouplons deux et deux as chevaus, Honc. p. IBO.
|| xme s. Dame, ce respont Berte, et je les amerai,
Berle, vn Si tost qu'il eut lavé [qu'il se fut lavé],
Et no François en ont le messagier mené, ib. LXVII.'
S ardoir [elle] fut jugée, et par droit jugement [et
ce fut justice], ib. xcv. [| xve s. Je ne vis oneques deux
meilleures dames ni de plus noble condition, ni ne
verrai jamais, et vesquisse mille ans, FROISS.II,m,
32. Nostre maistre et bienfaiteur et prince digne,
COMM. Prol. La plupart des gens taschent à leur
complaire [aux princes] et à leurs complexions et
conditions, ID. ib. \\ xvie s.L'Escriture a coustume
de leur reprocher qu'ils ont coeur et coeur, c'est à
dire le coeur double, CALV. Instit. 4032. Ils ne doi-
vent pourtant faire escarmouche, et [ni] n'entre- '
prendre d'y mettre ordre, ID. ib. 4 24 0, Puisque vous
le voulez, et moi aussi [je le veux bien], dit Lon-
garine, MARG. Nouv. LVIII. Sans contention et [ni]
artifice, MONT. AU lect. p. xi. Mes défauts s'y liront
au vif, et ma forme naïfve, ID. ib. Aprez qu'il se fust
rendu etsatrouppe, ID.I, 26. Etquoy! s'il t'eust
commandé de mettre le feu en nos temples? ID. I,
243. Nous osons à cette heure et parler et escrire,
ID. n, 42. Adonc se prirent les Athéniens à luy dire
tout hault : AMYOT, Nicias, 4 2. Le et caetera des notaires ne sert
qu'à ce qui est de l'ordinaire des contrats , LOY-
SEL, 368.
— ÉTYM. Prpvenç. et ; espagn. et ital. e ; du latin
et; grec, T$.
ÉTABLAGE (é-ta-bla-j'), s. m. Ce qu'on paye
pour la place d'un cheval, d'un boeuf, etc. dans une
étable, une écurie. || Terme de charron. Entre-deux
des limonières d'un avant-train ou d'une charrette.
— HIST. xvie s. Ceste chose ne vaut pas l'esta-
blage [est de peu de valeur], OUDIN, Dicl.
— ÉTYM. Étable 4.
4. ÉTABLE (é-ta-bl'), s. f. || i" Logement où l'on
met les bestiaux. Étable à porcs, à brebis, et, plus
particulièrement, dans le langage ordinaire, ioge-
ment du boeuf. Parmi ces gens, un gros valet d'é-
table, RÉGNIER, Sot. x. Christ, qui fut homme et
Dieu, naquit dans une étable, ROTR. St Genest, n,
D'avoir fait à tes vers estropier Horace, MOL. Fem. <
sav. m, 5. Certains passages de Dictys de Crète que
Scaliger avait estropiés, VOLT. Goût. Voltaire dans
ses derniers jours ne pouvait voir sans-un véritable
chagrin qu'on se permît ainsi d'estropier nos belles
tragédies, MARMONTEL, Élém. littér. t. ix, p. B3,
dans POUGENS. || Estropier un vers, en altérer la me-
sure. || Estropier une sonate, une chanson, la jouer
mal, la chanter mal. || 3° Terme de peinture. Estro-
pier une figure, n'en pas observer les proportions.
|| 4" S'estropier, v. réfl. Quoi ! ces dieux qui s'estro-
pientlesuns lesautres,FONTEN.Z>iaJ.iîsope, Homère.
|| Fig. Voulant se redresser, soi-même on s'estropie,
Et d'un original on fait une copie, BOIL. Épit. îx.
— HIST. xvi" s. Subjuguez par ung petit homme
estropié, RAB. Pant. iv, Nouv. prol. En une bat-
taille, dix mill' hommes sont stropiez ou tuez, MONT.
m, 23. On a attaché l'honneur à couper bras et
jambes, à estropier l'un, à tuer l'autre, LANOUE,
246. I,es armes d'aujourd'hui sont si griefves, qu'un
gentilhomme, à trente et cinq ans, est tout estropié
des espaules, d'un tel fardeau, ID. 286. Estropié de
quelques coups et mesmes de l'honneur, D'AUB.
Hist. i, 4 88. Infinis lieux y sont [dans le texte]
desesperêement estropiez et mutilez, AMYOT, Moral.
Épit. p. f B.
— ÉTYM. Espagn. et portug. estropear; ital. slrop-
piare, storpiare, estropier, stroppio, obstacle, em-
pêchement. Origine inconnue. Diez propose par
conjecture le latin ex-torpidare, rendre roide, en-
gourdi. Muratori fait mention de turpis, laid. Tout
cela est incertain. Estropier est récent et venu de
l'italien.
fESTUAILLE (è-stu-â-U', Il mouillées), s. f. Nom
donné anciennement aux magasins de sels, Lettres
pat. 27 juin 4 680.
t ESTUAIRE (è-stu-ê-r'), s. m. Terme d'antiquité
romaine. Étang maritime où l'on nourrissait du
poisson. || Terme de géographie. Sinuosité du litto-
ral, qui n'est couverte d'eau qu'il la marée mon-
tante. || Se dit, par analogie, de l'embouchure d'un
fleuve qui forme une sorte de golfe. Les rivages de
l'estuaire girondin encadrent de vastes nappes d'eau
où l'on peut étudier tous les phénomènes des cou-
rants et des marées, RECLUS, Revue des Veux-Mon-
des, 4862, déc. p. 904.
— HIST. xiv* s. Une pièce de terre, ainsi comme
elle se levé, o [avec] le fons du fossé qui est et fiert
[frappe, porte] à l'eslier du port dessous le enas-
teau, DU CANGE, eslerium.
— ÉTYM. Lat.
ESTURGEON (è-stur-jon), s. m. Gros poisson qui
remonte de la mer dans les grands fleuves. Les oeufs
de l'esturgeon constituent un aliment très-recherché
dans le Nord, sous le nom de caviar. On fait avec
la vessie natatoire de l'esturgeon l'ichthyocolle ou
colle de poisson. A son souper, un glouton Com-
mande que l'on apprête Pour lui seul un esturgeon;
Il n'en laissa que la tête, LA FONT, le Glouton.
— HIST. xive s. Bresmes en rost, esturgon et ge-
lée, Hénagier, n, 4. Esturgeon: eschaudez, ostez
le limon, couppez la teste et la fendez en deux, ib.
H, 5.
— ÉTYM. Espagn. esturion; ital. storione ; de
l'anc. haut-allem. sturio; allem. Stôr. Retz, i, 2,
écrivait èturgeon.
•f ÉSULE (é-su-1'), s. f. Nom de plusieurs euphor-
bes, dont une {euphorbia esula, L.) a une racine
dont l'écorce a été employée comme purgatif hydra-
gogue. Ésule ronde, euphorbia peplus, L. Petite
ésule, ancien nom officinal de l'euphorbia cyparis-
sias. Grande ésule, ancien nom officinal de l'eu-
phorbe des marais. ■ • "
t ÉSUS (é'zus'), s. m. Nom d'un dieu des Gaulois,
assimilé tantôt à Mars et tantôt à Apollon, et à qui
on sacrifiait des victimes humaines. Il s'écrivait
aussi IIcsus.
ET (è ; le t ne se lie jamais, ce que remarque
Palsgrave, p. 37, au xvie siècle, excepté dans les
locutions latines : et esetera, dites è-tsé-té-ra, et'ob
hoc et ab hac, dites : a-bo-kè^ta-bak), conj. || 1° Il
sert à lier entre elles les parties semblables du dis-
cours. Corneille et Racine. Bon et sage. Le riche et le
pauvre. Le sage est ménager du temps et des pa-
roles, LA FONT. Fabl. vin, 26. Les esprits justes, et
qui aiment à faire des images, LA BRUY. I. On n'a
pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et ai-
mer, ID. iv. || Ordinairement, les mots joints par et
se suivent; maison peut quelquefois les séparer, soit
•dans le style familier, soit dans le style élevé. La
raison veut et la nature Qu'après le mal vienne le
bien, MALH. V, 6. Albe le veut, et Rome ; il faut leur
ET
obéir, CORN. Hor. m, 6. Les truites y sont admira-
bles et les saumons du Rhin, PELLISSON, Lett. hist.
4 8 oct. 4 684. |] 2° Après les noms d'heure, de mesure,
quand il y a une fraction, on met et : midi et demi,
midi et un quart; minuit et trois quarts; deux heures
et un quart ; une aune et un tiers. || On peut aussi sup-
primer et, excepté quand la fraction est demi : minuit
un quart; midi trois quarts; une aune un tiers, etc.
|| 3° Dans les noms de nombre composés, et se met
généralement devant un quoiqu'il ne se mette pas
devant deux, trois, quatre, etc. vingt et un, trente
et un, etc. Il n'y a d'exception que pour cent et
quatre-vingt : quatre-vingt-un, cent-un. || Et se met
aussi devant onze après soixante. Soixante et onze.
|| 4° Et répété sert à donnerplus de force à la phrase.
Quel carnage de toutes parts ! On égorge à la fois
les enfants, les vieillards, Et la soeur et le frère
Et la fille et la mère, Le fils dans les bras de son
père, RAC. Eslh.-i, 5. Et le riche et le pauvre, et
le faible et le fort Vont tous également des douleurs
à là mort, VOLT. 4" Disc. égal, des cond. Aristote
met au rang des monarchies et l'empire des Perses
et le royaume de Lacédémone, MONTESQ. Esp. xi, 9.
|| 5° Et s'emploie au commencement des phrases
qui en suivent d'autres sans liaison immédiate,
dans le style biblique ou poétique. Et Jésus se
rendit sur la montagne des Oliviers. Et voilà que
tout d'un coup.... Et véritablement on ne saurait
nier que.... Et vous prononcerez un arrêt si cruel!
RAC. Andr. i, 4. Et je puis voir répandre un sang si
précieux ! Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux I
ID. ib. m, 8. Et moi aussi, j'avais espéré, mon-
seigneur, que vous viendriez à Versailles, MAIN-
TENON, Lett. au card. de Noailles, 3 avr. 4697. Et
je pleurais! et je me trouvais à plaindre ! et la tris-
tesse osait approcher de moi ! J. J. ROUSS. Bel. v, 9.
Et qui sait dans quels pièges adroits les perfides
ruses d'une femme vicieuse et jalouse de ses vertus
a pu surprendre son innocente simplicité ! ID. Ém.
v. || Et fût-il, c'est-à-dire quand même il serait; et
fussiez-vous, c'est-à-dire quand même vous seriez.
Il faut les combattre, et fussent-ils trois contre un.
Vous le devez haïr, et fût-il votre père, CORN. Hé-
racl. v,2. Je vengerai sur vous, et fussiez-vous mon
père.... ID. ib. Vous-même en deviendriez, je le gage,
amoureux; On ne s'en peut sauver, et fût-on tout
déglace, LA FONT. l'Eunuque, v, 4. || Et de suivi
d'un infinitif se met quelquefois à la fin d'un récit
pour signifier que l'événement se termina par l'ac-
tion que l'infinitif exprime. Ainsi parla-t-il; et cha-
cun de rire. || De nos jours on a quelquefois com-
mencé une pièce de vers par et, ce qui donne l'air
au poète de continuer des réflexions dont le com-
mencement n'aurait pas été communiqué à l'audi-
teur ou au lecteur. Et j'ai dit dans mon coeur : que
faire de la vie? LAMART. Méd. n, 4 9. || 6° El extera,
et les autres choses, et le resté, et tout ce qui s'en-
suit. Par abréviation on écrit etc. Que lui-même [le
juge] il chante après boire, La liberté, la gloire, et
caetera, BÉRANG. Vendanges. || S. m. Le signe qui
représente cette expression. Un et estera. Des et
caetera. || Proverbe. Dieu nous garde d'un quipro-
quo d'apothicaire, et d'un et caetera de notaire,
parce que les quiproquos d'apothicaires empoison-
nent et que les et caetera de notaires engendrent
les procès.
— REM. 1. La règle est que, et joignant deux ou
plusieurs substantifs, le verbe qui s'y rapporte,
se mette au pluriel. Cependant on peut quelquefois,
quand ce ne sont pas des noms de personnes, se
soustraire à cette règle, soit que l'on considère les
mots ainsi joints comme un seul sujet, soit qu'il y
ait licence poétique. Ce grand homme [Moïse] a
écrit les oeuvres de Dieu avec une exactitude et une
simplicité qui attire la croyance,- BOSS. Hist. il, 3.
On dit que ton front jaune et ton teint sans couleur
Perdit en ce moment son antique pâleur, BOIL. Lutr. i.
Quel nouveau trouble excite en mes esprits, Le sang
du père, ô ciel, et les larmes du fils ? RAC. Mithr.
v, B. La sagesse et la pitié du souverain peut faire
toute seule le bonheur des sujets, MASS. W dim. de
carême La tendresse et la crainte Pour, lui dans
tous les coeurs était alors éteinte, VOLT. Henr. ni.
L'univers, medis-je, est un tout immense dont toutes
les parties se correspondent; la grandeur et la sim-
plicité de cette idée éleva mon âme, THOMAS, Éloge
de Marc-Aurele. || 2. La régularité veut qu'avec et on
ne change pas de construction et qu'on ne dise pas
par exemple : Saint-Louis aimait la justice et à chan-
ter à la chapelle. Cette règle n'est pas de rigueur,
du moins avec la conjonction que; et les exemples
suivants sont très-bons. Pour moi qu'en santé même
un autre monde étonne, Qui crois l'âme immortelle |
ÊTA
1507
et que c'est Dieu qui tonne, BOIL. Sat. i. Vous-
même de vos soins craignez la récompense, Et que
dans votre sein ce serpent élevé Ne vous punisse un
jour de l'avoir conservé, RAC. Andr. i, 2. || 3. La
versification regarde comme un hiatus la rencontre
de et devant une voyelle et la rejette; ce qui est
une très-grande gêne. Pourtant cette rencontre n'a
rien de dur à l'oreille, et les poètes auraient bien
dû suivre l'exemple de Régnier, qui met sans scru-
pule et devant une voyelle. Il va comme un ban-
quier en carrosse et en housse, RÉGNIER , Sat. a.
[Il] Peut autant qu'autre prince et a trop de moyen,
ID. ib. m. La Fontaine aussi en a des exemples : Le
juge prétendait qu'à tort et à travers On ne saurait
manquer condamnant un pervers, Fabl. n, 3.
|| 4. Dans des membres de phrase mis en corres-
pondance par des adverbes comparatifs , on ne
met pas et devant le second : Plus je le vois, plus je
l'aime. Et n'est de mise que quand, au lieu d'une
seule proposition il y en a plusieurs : Plus je le
vois et plus je le fréquente, plus je l'aime. Cepen-
dant la suppression de Yet n'est pas d'absolue
rigueur, et dans des phrases de ce genre il s'em-
ploie souvent par pléonasme : Plus je vous en-
visage, Et moins je me remets, monsieur, votre
visage, RAC. Plaid. Il, 4. |j-5. Les grammairiens
donnent pour règle de mettre ni, non pas et, dans
les propositions négatives, et et, non pas ni, dans
les propositions affirmatives; et ils blâment les au-
teurs qui ne se sont pas conformés à cette règle.
Elle est sans doute bonne à suivre en général ; pour-
tant, comme le remarque M. Lemaire , il n'y a là
rien d'absolu, et c'est la pensée qui doit domi-
ner l'expression. Ainsi, cette phrase de la Bruyère :
Il n'est rien que .les hommes aiment mieux et qu'ils
ménagent moins que leur propre vie, ch. xi, vaut
mieux avec et qu'avec ni, demandé par quelques
grammairiens. En contre-partie, ce passage de Boi-
leau : Défendit qu'un vers faible y pût jamais en-
trer, Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer,
Art p. n, est critiqué, et l'on veut substituer et à
ni, sous prétexte que la phrase est affirmative;
mais, avec des verbes à signification négative, la
disjonctive ni répond mieux à la pensée. || 6° Et, au
xvne siècle, se mettait souvent où nous mettons eW
Et bien !
— HIST. ix* s. Pro Deo àmur et pro Christian po-
blo, Serment. || x's.E si distrent [et ils dirent ainsi],
Fragm. de Valenc. p. 467. || xie s. Il en apelet e ses
dux e ses contes, Ch. de Roi. n. || XII" s. Sis [si les]
acouplons deux et deux as chevaus, Honc. p. IBO.
|| xme s. Dame, ce respont Berte, et je les amerai,
Berle, vn Si tost qu'il eut lavé [qu'il se fut lavé],
Et no François en ont le messagier mené, ib. LXVII.'
S ardoir [elle] fut jugée, et par droit jugement [et
ce fut justice], ib. xcv. [| xve s. Je ne vis oneques deux
meilleures dames ni de plus noble condition, ni ne
verrai jamais, et vesquisse mille ans, FROISS.II,m,
32. Nostre maistre et bienfaiteur et prince digne,
COMM. Prol. La plupart des gens taschent à leur
complaire [aux princes] et à leurs complexions et
conditions, ID. ib. \\ xvie s.L'Escriture a coustume
de leur reprocher qu'ils ont coeur et coeur, c'est à
dire le coeur double, CALV. Instit. 4032. Ils ne doi-
vent pourtant faire escarmouche, et [ni] n'entre- '
prendre d'y mettre ordre, ID. ib. 4 24 0, Puisque vous
le voulez, et moi aussi [je le veux bien], dit Lon-
garine, MARG. Nouv. LVIII. Sans contention et [ni]
artifice, MONT. AU lect. p. xi. Mes défauts s'y liront
au vif, et ma forme naïfve, ID. ib. Aprez qu'il se fust
rendu etsatrouppe, ID.I, 26. Etquoy! s'il t'eust
commandé de mettre le feu en nos temples? ID. I,
243. Nous osons à cette heure et parler et escrire,
ID. n, 42. Adonc se prirent les Athéniens à luy dire
tout hault :
qu'à ce qui est de l'ordinaire des contrats , LOY-
SEL, 368.
— ÉTYM. Prpvenç. et ; espagn. et ital. e ; du latin
et; grec, T$.
ÉTABLAGE (é-ta-bla-j'), s. m. Ce qu'on paye
pour la place d'un cheval, d'un boeuf, etc. dans une
étable, une écurie. || Terme de charron. Entre-deux
des limonières d'un avant-train ou d'une charrette.
— HIST. xvie s. Ceste chose ne vaut pas l'esta-
blage [est de peu de valeur], OUDIN, Dicl.
— ÉTYM. Étable 4.
4. ÉTABLE (é-ta-bl'), s. f. || i" Logement où l'on
met les bestiaux. Étable à porcs, à brebis, et, plus
particulièrement, dans le langage ordinaire, ioge-
ment du boeuf. Parmi ces gens, un gros valet d'é-
table, RÉGNIER, Sot. x. Christ, qui fut homme et
Dieu, naquit dans une étable, ROTR. St Genest, n,
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 93.59%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 93.59%.
- Collections numériques similaires Fonds régional : Bourgogne Fonds régional : Bourgogne /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Bourgogn1"
- Auteurs similaires Fonds régional : Bourgogne Fonds régional : Bourgogne /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Bourgogn1"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 570/1146
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k5406698m/f570.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k5406698m/f570.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k5406698m/f570.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k5406698m/f570.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k5406698m
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k5406698m
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k5406698m/f570.image × Aide