Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1906-02-19
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 19 février 1906 19 février 1906
Description : 1906/02/19 (Numéro 16314). 1906/02/19 (Numéro 16314).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
r~S.l~é'L~i~S e les u~ t~ Po~
On sva1)oiine aux Btn-eau^ (tu Jwn-nai, 5, BOULEVARD DES ITALIENS, A PAKÎ5 (2*), et (lanB tous les Bureaux fle Poste
LUNDI19 FEVRIER 1906*
eUARANTE-SIXIEME ANNEE *Wtti3l\
PRIX DE L'ABONNEMENT 'r' |f -Dépô^^ég
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Btettf «t AlSACE-LOBEAMfc,. 1*7 Br.; 34 fr.; 68 &^I ()?
WBOir POSTAI* lBfr.; 3S fr.; ^72frJa9O6
LES ABONNEMBKTS PATENT DES 1" ET 16 SB CHAQUE MO» "nragKï».>S.nr -TTTSS
Un numéro (départements) *O centimes
ANNONCES MM. Laghange, Cerf ET Gto, 8, place de la Bouts*
Xe Journal et des Régisseurs déclinent toute responsabilité quant à leur teneur
TÉLÉPQONE, S LIGNES t
W« 103.07 103.08 103.09 103.32 103.33
v PRIX DE L'ABONNEMENT
ItttB, SHSE «t SHHB-ET-OISB. troil moil, 14 fr.j «i w*>, 38 fr. Bt u, ES «r.
»ÉfART«»«lttSAœ-WK«AIHBM. IV fr.J 34 fr.; 63 Bf.
BHlOHPOSTAtE. 18 fr.; 36ft.{ 72 fr.
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Un numéro (u Paris) 18 centime» «,
Il
Directeur politique Adrien Hôbrard
Toutes les lettres destinées à la Rédaction doivent être adressées an Directe»
Le Journal ne pouvant répondre des manuscrits communiqués
prie les auteurs d'en garder copie
ADRESSA TÉLÉGRAPHIQUE TEMPS PARIS
Paris, 18 février
BITLLETIN DE L'ÉTÉ AMER
LA RÉPONSE DE LA FRANCE
On lira plus loin une importante dépêche de
notre envoyé spécial a Algésiras. Elle indique
dans quelles conditions M. Révoil a remis hier
soir à M. de Radowitz une courte note qui con-
tient la réponse française aux dernières propo-
sitions dé l'Allemagne. Les apartés continuent
donc. Nous persistons a le regretter.
La Gazette de Voss, qui a repris depuis deux
jours un ton de provocation et qui paraît cher-
cher à envenimer le' débat, déclare avec une
gravité risible que le Temps, n'a probablement
pas réfléchi à la responsabilité qu'il prend en
exprimant ce regret. Cette responsabilité, ce se-
rait ni plus ni moins, celle de l'échec de la con-
férence. Cette conférence a été inventée, suggé-
rée, imposée par l'Allemagne. C'est l'Allemagne
qui a affirmé qu'elle seule offrait à la crise une
solution possible. C'est l'Allemagne qui a refusé
de causer seule à seule avec nous. C'est l'Alle-
magne qui a voulu avoir l'Europe pour té-
moin de ses démêlés avec la France. Et
quand aujourd'hui on se permet d'observer
que les dialogues confidentiels entre M. Ré-
voil et M. de Radowitz sont, pour leurs
collègues qui y assistent impuissants, une sorte
de paradoxe discourtois; quand on exprime le
vœu que l'Allemagne nous laisse porter le dé-
bat en séance plénière; quand on demande en
un mot qu'on se souvienne qu'il y a à Algésiras
une conférence, on est accusé de préparer la
faillite de la réunion même dont on cherche à
sauvegarder les droits t Si la Gazette de Voss
espère nous impressionner par d'aussi médio-
cres sophismes, elle se trompe Il suffit de les
relever et de passer outre. Il en est de même de
la campagne qu'elle mène pour prouver contre
l'évidence que, dans l'affaire do Mar-Chica,
maintenant réglée, et qui do l'aveu de l'Allema-
gne ne regarde que l'Espagne, le Maroc et nous,
la France a fait alliance avec le prétendant et
favorisé aux dépens d'ailleurs dé la sécurité
algérienne cette contrebande des armes dont
à Algésiras elle organise la répression. Ce sont
là les inventions maladroites d'une presse à
bout d'arguments.
Tel qu'il nous apparaît d'après le télégram-
me de notre collaborateur M. Joseph Galtier,
le mémorandum remis par M. Révoil à M. de
Radowitz constitue un effort pour faire cadrer
avec les principes directeurs de notre politique
ce que contiennent d'acceptable les proposi-
tions allemandes. Pour y réussir, le plénipo-
tentiaire français a procédé analytiquement et
mis en relief les points sur lesquels l'accord
existe déjà. Ces pomts sont d'abord le respect,
en matière de police, de la souveraineté du
sultan, ensuite l'entrée au service cherifien
des instructeurs chargés de la réorganisa-
tion. On se souvient que, sur l'un et sur
l'autre, le gouvernement français, dès le
mois de mai 1905, a précisé ses vues avec
la plus grande netteté. Le projet de M. Saint-
René Taillandier, dont nous rappelions hier
l'acceptation par le makhzen, portait: « Le prin-
» cipe initial sur lequel sera fondée la réforme
» sur tous les points précités est le maintien des
» cadres militaires établis par le makhzen
> dans leur organisation actuelle et sans qu'au-
» cune modification y_ soit apportée; » Et il ajou-
tait pour compléter l'incorporation dos instruc-
teurs français à l'année chcriueniie « Quant a
» la tenue, elle sera semblable au costume »iu-
» sulman, avec le turban, le pantalon bouffant,
» la veste et le selliam. Cette tenue devra être
» portée en garnison et en campagne. » 11
convenait donc que la note française rappelât
que nous ne sommes pas moins attachés que
l'Allemagne au principe de la souveraineté du
sultan et à la manifestation de cette souverai-
neté dans la réforme de police. M. Révoil, en se
référant aux textes qui précèdent, aurait pu
ajouter que nos idées à cet égard n'ont pas
varié un seul instant.
Toutefois la note allemande avait, à notre
point de vue, un grave défaut. Cê défaut, c'était
l'imprécision de ses termes. Elle prévoyait l'en-
trée au service chérifien d'officiers étrangers 1
sans spécifier la nationalité de ces officiers. Il
était impossible, sans abandonner notre thèse
essentielle, de laisser subsister cette indécision.
C'est pourquoi notre mémorandum porte « offi-
ciers français et espagnols ». Cette addition,
conforme à l'espritde nos accords antérieurs
avec l'Espagne, a pour objet de prévenir l'in-
troduction au Maroc d'influences européennes
susceptibles de nous devenir hostiles. C'est
pour nous une garantie indispensable. Mais
cette garantie est précisément ce que jus-
qu'ici l'Allemagne, oublieuse de ses promes-
ses d' « aide » et de « bonne volonté », nous a, par
l'organe do ses plénipotentiaires et par celui de
sa presse, le plus obstinément refusé. Il s'agit
donc de trouver une tierce combinaison, ou
plus exactement de donner à la combinaison
franco-espagnole, qui nous est nécessaire telle
qu'elle est et représente, au point do vue de
l exécution de la réforme, le maximum des con-
F'EÏJIBL.Il.ETOM K>U ©eUt|lS
DU 19 FÉVRIER 1906
CHRONIQUE THÉÂTRALE
Varirtés. La Piste, trois actes, de Victorien Sardou;
polichinelle, un acte, de Mlle J. Paul-Ferrier.
Théâtre Molière. Les Plunies du geai, quatre actes'
de M. Jean Jullieu; le Parvenu, un acte, de MM. G1
Darien et Mévisto; Je suis -ministre, un acte, de Mme
Adrienne Cambry.
Spectacles divers.
Une fois de plus, la miraculeuse jeunesse de
M. Victorien Sardou nous aura ensorcelés.
Cet homme est extraordinaire. Ecoutez-le,
lorsqu'il cause après dîner, les coudes sur la
nappe, en fumant de gros cigares. Il extrait du
fond de sa mémoire une ample provision d'his-
toriettes, de souvenirs (il aime à évoquer le
passé: c'est de son âge). Mais tel récit qui, chez
un autre, ne serait que froid papotage rétros-
pectif, prend dans sa bouche une animation
singulière. Il y verse sa fantaisie, sa verve tré-
pidante, le feu de son regard, l'accent impé-
rieux de sa voix, l'amusement de son geste, ses
qualités de comédien, et cette curiosité d'ima-
gination et cette érudition pittoresque qui font de
la plus mince anecdote un drame vivant etvous
suspendent, attentifs et charmés, aux lèvres du
narrateur.
Allez voir sa pièce. Elle est pleine d'artifi-
ces, bâtie sur des pointes d'aiguille, invraisem-
blable, « truquée », surannée même quant à
l'emploi de certaines habiletés équivoques qui
ne sont plus dans nos goûts. Oui, mais parmi
ces choses circule un je ne sais quoi devif, d'al-
lègre, une gaieté légère, une dextérité toujours
pn éveil, une incroyable fertilité d'invention.
L'oeuvre, construite avec de vieux procédés, ne
donne point une impression de vieillesse. Cette
ingéniosité, cette flamme, ce mouvement per-
pétuel, c'est l'âme propre de Sardou, son
jrénie.
Casimir Révillon a épousé une femme divor-
3ée, Florence, qu'il adore et dont il est tendre-
ment chéri. (Tout le long du jour ils se béco-
cessions possibles' de notre part, un complé-
ment qui fasse tomber la résistance allemande.
C'est l'hypothèse, de ce complément qu'a évi-
demment envisagée" M. Révoil dans la dernière:
partie de sa note,Et«!«6t-pap4à qu'il témoigne,
suivant l'expression de notre envoyé spécial,
dé notre volonté de conciliation. Il va de soi
cependant que cette volonté est subordonnée à
l'acceptation par l'Allemagne.de ce qui est pour
la. France une absolue nécessité, à savoir le re-
crutement en France et en Espagne des instruc-
teurs de police.
Si l'Allemagne nous donnait sur ce point une
réponse catégorique, les négociateurs français
semblent penser qu'il serait possible d'établir
entre la France et l'Espagne, chargées do la
police, et l'Europe, de qui émanerait le mandat;
un intermédiaire. Cet intermédiaire aurait pour
mission d'homologuer chaque année les ré-
sultats de l'œuvre entreprise et de les
faire connaître aux puissances qui y trou-
veraient lo compte rendu de la tâche con-
fiée par elles aux instructeurs français et espa-
gnols. Le mémorandum de M. Révoil ne fait
qu'esquisser à titre éventuel et sous réserve
d'acceptation du premier point relatif à la na-
tionalité des instructeurs cette solution. Et il
ne prononce pas le nom de la puissance qui
jouerait ce rôle de délégué do la conférence et
d'organe enregistreur des réformes. Mais il est
probable que l'Italie serait acceptée par tous, si
l'on se mettait d'accord sur le principe. Quoi
qu'il en soit, il nous est impossible de dissimu-
ler qu'une telle organisation même en sup-,
posant réglée à notre avantage la question des
instructeurs nous parait une satisfaction ex-
cessive donnée aux prétentions injustifiées de
l'Allemagne. Nous désirons que la conférence
aboutisse à un accord. Mais nous pensons que
cet accord ne doit pas être recherché à toutprix.
Nous nous demandons si nos représentants,
dans leur louable zèle pour l'entente finale, ne
vont pasplus loin que de raison et si, en pous-
sant jusqu'au point qu'on vient de lire la limite
de leurs concessions, ils ne dépassent pas les
bornes où aurait dû nous retenir notre intérêt
positif,
En tout cas, et puisqu'on a cru devoir facili-
ter à l'Allemagne l'acceptation de nos exigen-
ces à l'égard du mandat de police, en lui lais-
sant entrevoir la possibilité de cette solution, il
faut plus que jamais et sans aucun retard que
la conférence soit saisie. On voit dans certains
télégrammes les plénipotentiaires des petites
puissances à la recherche d'informations qu'on,
leur refuse, les représentants des plus grandes
échangeant, un doigt sur la bouche, des moitiés
de confidences. Cetétatde choses n'estpas moins
dangereux que ridicule. Et il importe d'y mettre
un terme. La France a indiqué ce qu'elle
serait disposée^ accepter si on reconnaissait,
par l'octroi du mandat franco-espagnol, ce qui,
dans ses prétentions, est intangible et définitif.
Nous demandons que la conférence puisse dire
ce qu'elle en pense, et que l'Allemagne ne soit
pas seule juge de notre esprit de conciliation,
dont nous venons de fournir une preuve dé-
èisive. Le dialogue actuel ne peut se prolonger
longtemps. Et il est clair que la France a.dit
son dernier mot. Si satisfaction ne nous était
pas donnée sur la nationalité des instructeurs,
-sous réserve de charger ensuite une tierce
puissance d'assurer le contact entre l'Europe et
ses mandataires, l'entente serait impossible.
La situation appelle donc de promptes mesures.
Les plénipotentiaires n'interviendront-ils que
lorsque tout sera fini? Voilà la question qu'im-
posent les circonstances et à laquelle, si l'on
continue de cette allure, on sera bientôt forcé
de répondre affirmativement.
^r
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
Berlin, 18 février.
Le Berliner Tageblatt dit que le voyage actuel de
Guillaume II à Copenhague ne manquera pas de
resserrer les liens amicaux du Danemark et de l'Al-
lemagne. L'empire allemand ne demande au Dane-
mark que d'observer la neutralité en cas de conflit
et aussi de faire respecter cette neutralité. Il serait
nécessaire à cet effet de compléter la fortification de
Copenhague par celle du Grand Belt.
Budapest, 18 février.
Le général Nyiri, ancien ministre des honveds et
commandant militaire du distzict de Stuhlwoissen-
bourg, est arrivé hier à Budapest pour procéder, en
qualité de commissaire spécial, à la dissolution do
la Chambre hongroise demain lundi. Il a pris loge-
ment au château royal de Bude, et hier la musique
militaire est venue jouer sous ses fenêtres, comme
pour le souverain." Sa nomination de commissaire
royal paraît aujourd'hui à l'Officiel. Le général agi-
rait, dit-on, de la même façon que le comte Haller
on 1861 il informerait d'avance les présidents des
deux Chambres, députés et magnats, que le gou-
vernement lui a confié la mission de faire exécuter
la dissolution, et qu'il est autorisé à recourir à la
force en cas de refus d'obtempérer aux ordres du
roi. Une se présenterait dans la salle des séances
que si la Chambre décidait de continuer à siéger
malgré la dissolution.
On n'envisage pas sans appréhensions l'immi-
Dence de cette journée historique, étant données les
tent.) Elle ne regrette pas son premier époux,
Philippe Jobelin, et ne se souvient même plus
de l'avoir trompé avec un sien neveu, Oscar
Mirival. Son bonheur actuel lui a fait oublier ce
fâcheux accident; faute très excusable (car Phi-
lippe était un franc mauvais sujet) et passagère
(car elle s'est aussitôt ressaisie). Voici qu'une
circonstance inopinée ressuscite cette ancienne
histoire.
Vidant le tiroir de son secrétaire pour y re-
trouver une facture, Florence met la main sur
un « petit bleu» anonyme. C'est un vieux billet
d'Oscar, une demande de rendez-vous. « Je te
rejoindrai la semaine prochaine, au bord de la
mer, » écrivait le jeune homme. Florence relit
machinalement ces lignes et ne peut dissimuler
son trouble. Casimir s'en aperçoit et l'interroge.
La femme la plus honnête sait mentir; en pa-
réille occurrence à plus forte raison si elle a
pratiqué les ruses de l'adultère.
J'ai acheté ce meuble à la vente d'une
demi-mondaine célèbre, répond-elle.
Plus de doute, le «petit bleu provient d'un
des amants de la dame. Les inquiétudes du
mari, à peine nées, s'évanouissent. Une parole
imprudente les rallume. La sœur de Florence,
Gilberte Loysel, s'écrie", apercevant les tiroirs
ouverts et les papiers en désordre
Vous avez mis dans un bel état le secré-
taire de grand'maman 1
Ce meuble est un meuble de famille. De tout
temps, Florence l'a possédé. Donc elle a menti.
Pourquoi ce mensonge? Le malheureux Casi-
mir tourne et retourne la fatale dépêche il la
communique à son beau-frère Olivier Loysel, à
son ami Stanislas Potard (un célibataire en-
durci, fraîchement débarqué d'un voyage au-
tour du monde et fort sceptique sur le chapitre
de la vertu féminine). Ils déchiffrent, exami-
nent à la loupe, commentent ces pattes de
mouche. Florence est sortie et n'assiste point
au débat. °
On n'écrit pas en ces termes à une cocotte,
fait observer Potard, fin psychologue. Ceci s'a-
dresse à une femme mariée.
Casimir est au supplice. Il blêmit en discer-
nant le mot « juin », griffonné à l'angle du billet
bleu.
Juin, murmure-t-il, c'est l'époque où nous
partons pour Dinard. Le sort en estjeté je le
suis! t
Attendez, dit Loysel ce « juin est peut-
être un « juin », antérieur à votre règne.
Tandis que Casimir, torturé par l'incertitude,
court à la recherche de Florence, celle-ci, ren-
trée paisiblement au logis et mise au fait des
dispositions de plus en plus combatives que mani-
feste la coalition.'Les journaux de l'opposition font
déjà de la propagande pour organiser diverses ma-
nifestations de deuil pavoisement, des maisons
avec drapeaux noirs, célébration de messes funè-
bres, sonneries dè toutes les cloches d'église, ferme-
ture des magasins, etc.
Constantinople, via Sofia, 18 février.
Les chefs albanais exilés depuis les derniers évé-
nements d'Albanie et internés dans' Castambbl,
ayant fomenté une révolte de la population contre
l'imposition de la taxe personnelle et ayant obligé le
gouverneur général à partir, le gouvernement otto-
man a décidé de renvoyer les perturbateurs en
Albanie, leur présence en Asie-Mineure constituant
un danger.
L'entente serbo-monténégrine cause ici de l'inquié-
tude malgré les assurances données que le but
poursuivi serait de paralyser les déprédations pé-
riodiques albanaises sur les frontières serbe et mon-
ténégrine auxquelles aucune négociation avec la
Turquie n'a pu jusqu'ici mettre un terme. La Porte
croit au contraire que cette entente venant après
l'union bulgaro-serbe est dirigée contre la Turquie
et craint do voir cette union s'étendre à l'Albanie
olle-môme.
(Service Ilavas)
Saint-Pétersbourg, 18 février.
Les généraux Kouropatkine et Batianof, comman-
dant la 1™ et la 3e armée de Mandchourie, sont rappe-
lés le général Kouropatkine conserve sa dignité
d'aide de camp général.
Saint-Pétersbourg, 18 février.
Le Novoïc Vrémia juge, d'après l'attitude de la diplo-
matie allemande dans la question du Maroc, que 1 Al-
lemagne s'est prise dans le filet de ses propres intri-
gues, dont elle ne sait comment sortir avec honneur;
ou bien l'Allemagne poursuit des plans très compli-
qués, et constitue dans ce cas un danger pour la paix
européenne.
<,
v DERNIÈRE HEURE
LA TRANSMISSION DES POUVOIRS PRÉSIDENTIELS
La cérémonie de la transmission des pouvoirs pré-
sidentiels a lieu cet après-midi, à quatre heures, à
l'Elysée. Elle aura le caractère de noble simplicité
que M. Loubet et M. Fallières ont souhaité. p
Les présidents et les bureaux des deux Chambres,
les membres du gouvernement, les fonctionnaires ,s
et officiers des maisons civile et militaire de M. Lou-
bot et de son successeur seront les seuls témoins de
cette cérémonie.
A quatre heures moins un quart arriveront à l'E-
lysée MM. Antonin Dubost et Doumer, présidents
du Sénat et de la Chambre des députés, accompa-
gnés des membres des bureaux des deux Chambres.
Chaque cortège sera escorté d'un peloton de dra-
gons.
Les ministres se rendront individuellement au pa-
lais.
Le président du conseil ira au palais du Petit-
Luxembourg c'est lui qui accompagnera M. Falliè-
res du Sénat à l'Elysée
En attendant l'heure de la cérémonie, les minis-
tres, les présidents et les membres des bureaux des
deux Chambres se réuniront dans le salon des Am-
bassadeurs, où doit avoir lieu la transmission des
pouvoirs.
Ce salon est magnifique par ses proportions et sa
décoration. Tous les siégea en ont été enlevés pour
la cérémonie d'aujourd'hui. Sur une précieuse con-
sole, une vaste jardinière est remplie 'dos fleurs les
plus rares.
A quatre heures, M. Fallières, accompagné de M.
Maurice Rouvier, arrivera au palais do l'Elysée, qui
va être sa demeure pendant septans. M. Jean Lanes,
le nouveau secrétaire général do l'Elysée, M. Marc
Varenne, le nouveau chef du secrétariat particu-
lier, et les officiers d'ordonnanco du président de la
République suivront dans des landaus. Le cortège
présidentiel sera escorté par deux escadrons de cui-
rassiers.
La cérémonie, consistera.,essentiellement en deux
brèves allocutions de M. Loubet et de M. Fallières.
M. Loubet, dans lo parcours de l'Elyséo à la rue
Dante, sera pour la dernière fois escorté par deux
escadrons de cuirassiers.
Les ministres iront, à l'issue do la cérémonie, au
domicile de M. Loubet, rue Dante, pour rendre à
son arrivée, un dernier hommage a l'ancien chef
de l'Etat. M. Meurgé, maire du 5° arrondissement,
arrondissement dans lequel est sitv.ee la rue Dante,
et les membres de la municipalité ont demandé à
M. Loubet d'être également présents à son arrivée
pour lui souhaiter la bienvenue.
Les casernes et édifices militaires ont été pavoises
aujourd'hui, en l'honneur du nouveau président de
la République. A quatre heures, une salve do vingt
et un coups de canon sera tirée dans toutes les pla-
ces de guerre.
D'après les instructions données par M. G. Mesu-
sureur, directeur de l'administration générale -do
l'Assistance publique de Paris, dans tous les établis-
sements où sont hospitalisés les vieillards, il lour a
été distribué aujourd'hui une ration de vin supplé-
mentairo et le menu a été amélioré.
Déclarations de M. Loubet
Vienne, 18 février.
(Dépëche cle notre correspondant particulier)
Le Neues Wiener Tageblait, dont le directeur est
M. Singer, président- du Bureau international dés
associations de presse, publie uno conversation
qu'un do ses collaborateurs a eue hier avec M.
Loubet. Le président de la République a dit
Il m'est extrêmement difficile de parler librement
de ce passé tout, proche que sont les sept années de-
main révolues de ma présidence.
Le président de la République est irresponsable. Et
cependant l'opinion publique, trop peu renseignée sur
lesprescriptionsconatHiitioaneHos, n'arrive pas toujours
à concevoir la rigueur de cette irresponsabilité qui est
soupçons qui pèsent sur elle, s'en indigne. Elle
n'a pas trompé Casimir qu'elle aime. Elle a
trompé Philippe qu'elle n'aimait pas. A la
bonne heure. Mais comment établir la vérité?
Il n'y a qu'un moyen. Il faut que Philippe, le
premier mari, déclare, sous la foi du serment,
qu'il a été « sganarellisé ». Florence, en per-
sonne, ira lui arracher cet aveu un peu pé-
nible.
Ainsi s'engage la comédie. Les fils en sont
noués avec beaucoup d'adresse et de précau-
tion. Dans ces événements où le hasard joue
un si grand rôle, rien n'est abandonné au ha-
sard. Chaque phrase du dialogue, chaque geste,
chaque accessoire est un avertissement. Exem-
ple. En une courte scène épisodique, l'auteur pro-
duitMmeHortenseMirival, la femme d'Oscar,
une vraie « gale » et par la rosserie de cette
méchante créature, il prépare, sans avoir l'air
d'y toucher, son dénouement. Autre exem-
ple. Stanislas Potard, le voyageur, nous fait
une conférence sur la relativité de la morale
dans l'univers et raille les palinodies du di-
vorce. Cela signifie que nous allons en voir de
« roides » aux actes suivants et qu'il faudra ne
nous étonner de rien.
Cet excès de prévoyance, cette extrême minu-
tie ne laisseraient pas de fatiguer si une forte
dose de belle humeur n'y était jointe. M. Sar-
dou est l'esprit même. L'idée par où s'achève
son exposition, le déshonneur du premier
époux servani de garantie au second, la femme
divorcée sollicitant comme une insigne faveur
un témoignage qui rend sa honte publi-
que, appelant à son secours l'homme qu'elle a
trahi, se mettant sous la tutelle de sa victime
cette situation est une merveille de drôlerie
théâtrale.
Et avec quel art l'auteur la développe au se-
cond acte et en tire des « effets » 1 Nous sommes
chez Philippe Jobelin. C'est un bon garçon qui,
redevenu libre par le divorce, vit heureux entre
son neveu et sa nièce, M. et Mme Oscar Miri-
val. Il a gardé de Florence un souvenir agréa-
ble et ne soupçonne pas la cruelle injure que
jadis elle lui infligea, de complicité avec Oscar.
Il est tout ébaubi lorsqu'elle vient lui demander
son « certificat ». Il croit comprendre. Flo-
rence veut établir qu'une -faute dont elle est
coupable envers son second mari date du
temps du premier. C'est une sorte d'alibi
qui lui est indispensable pour faire éclater son
innocence. Philippe, bon prince, se prête au
stratagème; il rassure les deux amis que Casi-
mir lui a dépêchés en ambassadeurs. et Casimir
dans une large mesure la condition de l'action bien-
faisante que peut exercer le chef de l'Etat.
Je suis-donc astreint à une grande réserve. J'ai
essayé pendant toute la durée de mon mandat de tenir
la présidence de la- -République en dehors du conflit
des partis. Ce n'est pas pour l'y mêler maintenant. Je
ne peux parler librement ni du passé où je fus mêlé,
ni de l'avenir qui ne dépend pas de moi.
Ce que je puis dire c'est que, du premier au dernier
jour de mon mandat, j'ai voulu travailler à faire de la
paix intérieure une réalité durable.
Ce n'est pas à moi de rappeler combien cette paix
était troublée lors dé mon entrée en fonotion'; mais je
me plais à évoquer le souvenir de la grande manifes-
tation pacifique qui se produisit presque aussitôt, et
qu'on a trop vite oubliée l'Exposition de 1900.
Ce fut pour la France une période brillante et utile
où les gouvernements et les peuples étrangers colla-
borèrent à l'épanouissement de notre génie national.
Au seuil du vingtième siècle, tous ces congrès, où
tant d'activité se dépensa, portent un témoignages
éloquent en faveur de la solidarité et du labeur
humains. La Franco, qui se félicitait de leur offrir
l'hospitalité de sa capitale, leur dut de se mieux con-
naître et d'être mieux connue.
Des luttes politiques je n'ai rien à dire aujourd'hui.
Je retiens seulement qu'à aucun moment ces luttes
n'ont arrêté le mouvement de progrès social qui est
l'honneur de la troisième République et qui fut la pas
sion de ma vie.
Mutualité, prévoyance, retraites, sont des institutions
fécondes qui rendent meilleurs ceux qui les pratiquent
et qui doivent se développer avec fruit sans que l'Etat
se substitue à elles.
La mutualité française, avec ses 400 millions, ou peu
s'en faut, de fonds de réserve, est un bloc inattaqua-
ble. Dans chaque mutualité, si petite qu'elle soit, l'in-
fluence* des bons- s'exerce sur les moins bons, et la
prévoyance, par les liens qu'elle crée, devient un agent
d'amélioration morale.
Or, plus que jamais, j'estime que le progrès moral
est, dans une démocratie telle que la nôtre, l'instru-
ment du progrès politique et social.
A l'extérieur, j'ai considéré que mon devoir de chef
d'Etat était de travailler sans relâche à assurer à notre
pays, fermement attaché à l'alliance russe, des sym-
.pathies nouvelles.
Y oi-je contribué ? Ce n'est pas à moi d'en juger. En
tout cas, je n'ai rien négligé de ce qui dépendait de
moi pour arriver à ce résultat.
J'ai la conviction que la France, est aujourd'hui en
possession d'amitiés fidèles et sûres qui répondent à
une politique pacifique, respectueuse dos droits de
tousautant qu'attachée à la défense des siens propres.
̃ II me paraît d'ailleurs que la ferme volonté des peu-
ples européens de vivre dans les relations de paix
qu'exige leur développement matériel et moral est
pour le repos du monde la plus forte garantie.
L'opinion en Allemagne
Berlin, 18 février,
La Gazette de l'Allemagne du Nord, dans un arti-
cle où elle passe sommairement en revue les faits
saillants du septennat do M. Loubet, écrit « Les
sept années de la présidence de M. Loubot auront
été pour la politique intérieure de la France sept
années do progrès constants pour la pensée répu-
blicaine. »
En co qui concerne la politique étrangère, la Ga-
lette de 1 Allemagne du Nord estime qu'on ne peut
encore porter un jugement sur les conséquences
finales des changements qui se sont effectues sous
sa présidence. En conclusion, le journal dit que la
simplicité très digne de M. Loubet a pu lui gagner
des suffrages non seulement en France, mais aussi
à l'étranger.
-♦
LA TRANSMISSION DES POUVOIRS
C'est aujourd'hui que M. Loubet remet les
pouvoirs présidentiels à M. Fallières. Il faut
d'abord noter le calme et la simplicité dont s'en-
toure cet événement considérable. Dans les
Etats monarchiques, un changement de souve-
rain, même dansJes circonstances les plus nor-
males^ lorsque le prince héritier est majeur et
arrive au trône sans compétition, excite tou-
jours dans le peuple une vive émotion et une
certaine inquiétude. Rien ne garantit, en effet,
que le tempérament et les vues du nouveau
monarque, qui a été généralement tenu à l'écart
des affaires jusqu'à son avènement, ne déter-
mineront pas de profondes et aventureuses mo-
difications dans l'orientation de la politique na-
tionale. Le commencempnt d'un nouveau règne,
c'est toujours le saut dans l'inconnu.
Au contraire, lorsqu'un président de la Répu-
blique prend possession du pouvoir, son passé
et les conditions mêmes dans lesquelles il a été
élu permettent de prévoir à coup sûr la façon
dont il remplira sa haute magistrature. On sait
où l'on va. Dans le cas présent, on sait qu'il n'y
a rien de changé à l'Elysée. M. Fallières est,
comme M. Loubet, un ferme républicain, ami
de la paix, de l'ordre et de la liberté. Comme
M, Loubet, M. Fallières sera un très vigilant et
très loyal gardien de cette Constitution dont il
a été de mode de dire beaucoup de mal et qui
se révèle, à l'usage, comme un modèlede raison
et de prévoyance, plus propre qu'aucune autre
à assurer la tranquillité publique, par la conser-
vation des traditions qui ont fondé la prospé-
rité et la popularité des institutions républi-
caines.
Au moment où M. Loubet rentre dans la re-
traite avec une dignité admirable et inspirée du
plus bel esprit démocratique, tous les républi-
cains s'accorderont à rendre un éclatant témoi-
gnage de reconnaissance et de respect à cet ex-
cellent serviteur de la République. Toute la vie
de, M. Loubet, depuis ses débuts jusqu'à son
élévation au rang suprême, a été dominée par
sort dévouement à ses idées et à son pays. Ré-
lui-même qui exige des renseignements com-
plémentaires. Il les lui donne gaiement. Oui,
Florence l'a trompé en 1897. Philippe sourit. Et
cette insouciance ne semble pas naturelle à Ca-
simir il flaire là-dessous quelque supercherie.
Cependant, Florence qui attend à côté, dans
la salle de billard, que la discussion ait pris fin,
éprouve le besoin de s'y mêler; l'étourdie se
jette ingénument (elle est bien mal avisée) dans
la gueule du loup. Et Casimir, de plus en plus
méfiant, veut des preuves le nom de l'amant
d'abord. Quel est-il?. Florence, au pied du
mur, balbutie
Mon complice est devant vous. C'est Os-
ca;r.
Piteux, suffoqué, Oscar ne sait quelle conte-
nanceprendre. Auxviolentesapostrophes deCa-
simir il répond
Ce n'est pas vous que j'ai offensé, c'est
mon cher oncle.
La preuve est établie, Florence est sauvée.
Non, elle est perdue. D'un coup de baguette,
l'auteur opère le revirement qui remet tout en
question. Au moment de sortir, Florence s'écrie
« Qu'ai-je faitde mon sac?-Tul'as oublié sur le
billard », réplique inocemmentsasœur Gilberte.
Quel trait de lumière! Ainsi Florence attendait,
cachée dans l'appartement, le fruit de sa ruse,
de son accord préalable avec Philippe. Ils s1é-
taient concertés pour rouler cette dupe de Casi-
mir. Celui-ci est furieux. On le serait à moins.
Florence essaye de le calmer; elle accumule
les détails précis. Elle a passé deux jours en-
tiers avec Oscar, à Garches, à l'hôtel des Deux
'Cocottes., Elle s'offre à le conduire sur le lieu du
crime, dans la chambre où il fut consommé. On
interrogera l'hôtelière, on compulsera le livre
des voyageurs. A son tour, Philippe dresse l'o-
reille. Comment 1 l'é p oux berné, c'est lui, ce
n'est pas l'autre 1 Voilà une détestable plaisan-
terie 1 Il n'a plus envie de rire.
J'ai sué sang et eau pour rendre intelligibles
ces quiproquos, ces rebondissements inatten-
dus, la course échevelée, le choc de ces person-
nages qui se jouent entre eux la comédie. Cela
est d'une horrible complication quand on essaye
de l'analyser. A la scène, c'est limpide. M. Sar-
dou se meut avec une prodigieuse souplesse
dans l'imbroglio. Il y respire à l'aise. C'est son
élément.
L'ouvrage se dénoue à Garches, sur le seuil
de l'auberge des Deux Cocottes, où Florence
amène ses maris récalcitrants. L'étrange réha-
bilitation qu'elle poursuit tourne contre elle.
publicain sous l'Empire, républicain sous le
i6 Mai, M. Loubet a su être, lorsqu'il le fallait,
un homme d'opposition, pour devenir ensuite
le plus sage des hommes de gouvernement.
Toujours animé du même sentiment de ses
devoirs, ce modéré notoire a cessé, en entrant
à l'Elysée, d'être le représentant d'un parti il
n'a plus été, comme l'exigeait sa fonction, que
l'arbitre impartial entre les partis. Les réaction-
naires lui reprochent amèrement de n'avoir pas
employé son influence à imposer sa politique
personnelle. On est bien à l'aise, ici, où l'on a
combattu énergiquemént les erreurs de M. Com-
bes, pour reconnaître que M. Loubet ne pouvait
partir en guerre contre un ministère qui avait
pour lui la majorité dans les deux Chambres.
La République n'est pas un régime de coups
d'Etat, mais de liberté, et ce n"est que par la
libre discussion, non par la force, que des ré-
publicains peuvent s'efforcer d'éclairer une ma-
jorité égarée et de renverser un mauvais gou-
vernement. Le chef de l'Etat n'a pas à interve-
nir dictatorialement dans ces luttes.
M. Loubet a suffisamment prouvé dans les
premiers mois de sa présidence, alors que ces
mêmes réactionnaires l'accablaient d'outrages
odieux et se vantaient de l'obliger à quitter la
place, que ce n'est pas le courage qui lui man-
quait. D'un bout à l'autre de son septennat, vis-
à-vis de la réaction comme vis-à-vis d'un radi-
calisme excessif -qu'il n'approuvait sans doute
pas dans son for intérieur, mais que la Constitu-
tion lui ordonnait de subir-M. Loubet a présidé
en véritable et parfait républicain et il emporte
la reconnaissance des républicains, qui s'asso-
cient sans réserves à l'hommage de M. le prési-
dent du conseil et du corps diplomatique.
M. Loubet a bien servi la France et il l'a repré-
sentée dignement devant l'étranger. Et ce que
l'on peut souhaiter de mieux à la République,
c'est d'avoir toujours à l'avenir des présidents
qui ressemblent à M. Loubet. M. Fallières a été
élu précisément parce que personne ne peut
douter qu'il ne soit résolu à présider avec la
môme correction constitutionnelle et le même
souci de la paix publique que son prédécesseur.
̃̃ «»̃
EN M.J^TKJrTl
La Chambre des députés ne s'occupe do l'art qu'une
fois par an. Tout d'abord, on serait tenté de le re-
gretter. A la réflexion, il apparaît que c'est plutôt
heureux, sinon pour l'art, du moins pour les ar-
tistes. Chacun sait que le suffrage universel confère
ipso facto à ses élus une non moins universelle com-
pétence nous ne songeons donc point à dénier aux
représentants de la nation le droit do so prononcer
sur les questions artistiques. Là comme ailleurs,
leur arbitrage est légitime par lo fait seul qu'il est
inévitable. Il est bon quo chaque année des idées
générales soient émises, à la tribune, sur le Louvre,
la Comédie-Française, les théâtres lyriques, les mo-
numents historiques, le Conservatoire et l'Ecole des
beaux-arts. Une idée générale est toujours quelque
chose d'inoffensif, qui peut, par extraordinaire, avoir
aussi son côté bienfaisant. Et puis cela permet de
nommer des commissions, ce qui réjouit tant do
gens sans nuire à personne. En passant des bouil-
leurs de cru à l'esthétique, les députés témoignent
de la variété de leurs aptitudes et do la souplesse
de leur génie. Il y a bien là de quoi exalter l'élec-
teur, le réjouir dans son orgueil et l'affermir dans
sa confiance. Il devient loisible à tout citoyen fran-
çais de rêver d'une organisation administrative qui
transporterait l'Opéra dans les communes rurales
et ferait circuler les Noces de Cana de hameau en
hameau. De tels rêves, dût la réalisation en demeu-
rer lointaine, secouent l'inertie des bureaux et me-
nacent leur mauvais vouloir proverbial. Comme dit
le refrain célèbre « Si ce n'est qu'un songe, cola fait
plaisir. » Nous y gagnons d'ailleurs d'éloquents
discours.
Ce qui nous semble moins heureux et moins inno-
cent, c'est de voir la Chambre s'instituer juge du
camp dans les conflits entre écrivains et directeurs
de théâtre. Tout a été dit, et fort bien dit, sur le
débat qui a mis aux prises un poète dramatique
d'un rare mérite et le très distingué directeur d'une
scène subventionnée. Nous préférons ignorer lequel
des deux adversaires avait raison. Du moment que
la question était portée à la tribune, il parut que
tous deux avaient tort. Sans manquer do déférence
envers les mandataires du pays, on songe malgré
soi à la fable populaire des deux cochers parisiens
qui, désireux do vider un différend personnel, cri-
blèrent de coups de fouet les deux voyageurs qui,
pour leur malheur, étaient voiturés par eux. « Ah i
tu tapes sur mon bourgeois! Je vais éreinter le
tien l » Les deux bourgeois sortirent mal parés de
cette discussion; les deux cochers se réconcilièrent
chez le marchand de vin. Voilà peut-être un galant
homme de poète et un galant homme de directeur
qui vont se croire brouillés. Les deux députés, espé-
rons-le du moins, resteront les meilleurs amis du
monde; c'est une compensation, nous le reconnais-
sons mais comme tout irait mieux dans le royaume
de Thalie si la Chambre renonçait à le pacifier 1
Tout le mal vient de ce qu'on est sorti du domaine
des idées générales. La Chambre obéissait à un sen-
timent des plus louables. Elle cédait à son amour
de l'harmonie. A la pensée qu'il pouvait y avoir un
désaccord, même momentané, entre un écrivain et
un directeur, elle a souffert dans sa conception do
la concorde. Les hommes politiques ne sont pas ha-
Impossible de se renseigner l'hôtellerie sub-
siste, mais l'hôtelière est morte; les registres
ont été détruits, les meubles renouvelés; on
ne retrouve plus, sur la glace de leur chambre,
les deux noms d'Oscar et de Florence enla-
cés. La jeune femme se désespère. Arrivera-elle
à convaincre son Casimir?. Ici s'intercale une
scène délicieuse. Que M. Sardou l'ait écrite dans
l'entraînement du sujet, ou pour donner à
Réjane l'occasion d'exprimer des sentiments
profonds et tendres, et pour corser un rôle,
jusque-là un peu trop inconsistant, je ne sais.
Mais le morceau est exquis.
Florence est désolée de ne pouvoir se laver,
aussi complètement qu'elle l'eût souhaité, des
soupçons de Casimir; les reproches dont il
l'accable l'émeuvent; sa peine éclate en mots
douloureux qui lui jaillissent du cœur. Oui, elle
a dissimulé cette faute d'une heure elle a voulu
l'oublier, et qu'on l'oubliât. Si elle a fait ce pieux
mensonge, c'était pour le bien de son mari,
dans l'intérêt de leur bonheur à. tous deux.
Tu n'es qu'un ingrat. J'ai voulu t'épar-
gner l'ennui de rencontrer ce monsieur, de te
dire « C'est celui-là. » Ça n'existe pas, ce qu'on
ignore, ça n'a jamais existé.
Il y aurait pas mal de choses à opposer à
ce raisonnement bien féminin. Mais Casimir
n'a qu'une idée, une idée fixe. Est-ce lui la
« victime », ou bien son prédécesseur?
Mon amour, reprend Florence, est la seule
garantie de ma fidélité. J'ai trompé l'autre parce
que je ne l'aimais pas je te suis fidèle parce
que je t'aime, voila tout. Mais te le prouver, cet
amour-là, est-ce possible ? Si tu n'y crois pas, si
tu ne le sens pas, ce n'est pas avec des serments
et des pleurs que je pourrai t'en convaincre.
Crois-moi coupable, si tu veux. Je n'ai plus le
courage ni la force de me défendre.
Ce joli dialogue renferme l'embryon d'un
drame psychologique extrêmement délicat. Une
femme doit-elle dissimuler à l'homme qu'elle
épouse les secrets de son passé, quand ils sont
de nature à diminuer la confiance, à éveiller
les inquiétudes du nouveau mari? L'absolue
loyauté exigerait l'aveu. Il semble que Flo-
rence aurait pu se dire:
« Si Casimir m'aime, il me saura gré de ne lui
avoir rien caché de ma vie; il absoudra cette
défaillance qui ne l'atteint pas directement;
voyant que je suis incapable de mensonge, son
amour en sera fortifié; et je n'aurai plus à
craindre le danger des révélations fortuites et
tardives qui pourraient, par la suite, empoison-
ner notre union. » Une conscience purifiée par
bitués au spectacle des conflits de l'intérêt et de Iï»
vanité. Ils se font des gens do lettres une idée très
haute et les croient.volontiers semblables à eux-
mêmes, c'est-à-»dire sans colères et sans passions..
Ils ont vu qu'il y allait avoir querelle, et n'écoutant
quo leur bon cœur « Nous allons arranger cola ».
so sont-ils dit. AMarseille, cela s'appelle «séparer».
Et on a « séparé », nous le constatons 1
« Pourquoi diable t'es-tu jeté entre nous? » dit
Mercutio blessé à son cousin. Roméo fait l'éternelli
réponse des gens qui pèchent par excès de zèle:
« J'avais cru bien faire !» »
En dépit des arbitres, nous voulons croire qu&
tout s'arrangera. L'histoire du théâtre est pleine de
ces haines qui durent un jour. La mission sociale
d'un directeur de spectacle exige qu'il soit conspué
et maudit par ceux-là mêmes qui l'embrasseront
demain. Genus irrilabile.
Hier nous lisions dans la Revue de Paris des let-
tres de jeunesse d'Hector Berlioz. C'était un homme
d'un commerce difficile. Il avait choisi l'attitude da
la persécution comme la plus élégante et la plus
profitable. Etant l'ennemi né de toutes les traditions,
il concourait pour le prix de Rome. Le jury poussa
la noirceur jusqu'à le lui donner. Aussitôt il s'écria
fièrement « Je ne puis que maudire plus amère-
ment le dospotisme de la routine qui m'exile de
France au moment où ma présenco Paris pourrait
m'étre avantageuse. » A première vue, ces lignes
trahissent do la douleur; quand on sait les lire, cela
veut dire tout simplement que Berlioz aurait été
furieux de n'avoir pas le prix. Le tout est de savoir
commenter.
Lorsque Berlioz était en instance auprès d'un
théâtre, il s'exprimait ainsi « Etre obligé de voir
les plus belles années de ma vie perdues pour la
musique dramatique, par la seule raison que trois
grodins ont en mémo temps le malheur d'être des
imbéciles » » Inutile d'ajouter que les trois person-
nages ainsi qualifiés étaient trois directeurs. Cela se
passait en 1835. Tout indique qu'il y. avait déjà des
orages dans le ciel do l'art dramatique. S'il s'était
trouvé alors un député pour « séparer » les antago-
nistes, Bcnvenuto Cellini n'eût peut-étre jamais étô
joué. Mais les députés de cette époque préféraient
voter le budget, en temps utile, et dans les ques-
tions théâtrales; ils se contontaient de leur place au
parterre. Les pauvros esprits (
+
LA CONFÉRENCE D'ALGÉSIRÀS
La réponse de la France
(Dépêche de notre envoyé spécial).
Algésiras, 18 février.
La réception et la communication de la note ver-
bale française, qu'Qn a apprises ce matin, absorbent
aujourd'hui toute l'attention. On ne parle que d'elles.
Les journalistes assiègent l'hôtel Reina-Cristina et
les diplomates. La mission française observe la plus
stricte réserve, afin d'éviter les fausses interpréta-
tions. J'ai dû poursuivre ailleurs mon enquête.
On fait d'abord observer qu'il s'agit d'une simple
note verbale, de même forme et de môme caractère
que la note allemande remise à M. de Radowitz par
M. Révoil. On ne saurait donc parler de proposi-
tions fermes. M. de Radowitz avait exprimé les vues
allemandes qui comprennent deux points princi-
paux souveraineté du sultan, qui prêtera les trou-
pes chéritiennes pour l'exécution de la police, et en
second lieu la direction et le commandement laissés
à des officiers étrangers.
La France, dans sa réponse, apporte plus de pré-
cision.'Elle tient à affirmer et à sauvegarder les
principes que lui dicte sa politique marocaine. Mais
elle se montre prête à considérer, dans la limite où.
cos principes ne sont pas atteints, les vues alleman-
des. Elle admet de ces vues tout ce qui n'est pas in-
compatible avec cos principes dont elle n'entend pas
se départir. Elle manifeste de claire façon son désir
sincère de conciliation et sa volonté d'arriver à une
solution honorable.
Les mots « officiers étrangers restaient vagues
dans la note allemande. Ils ne le sont pas dans la
note française. Ils no pourraient pas l'être. J'ai ap-
pris du côté espagnol qu'il s'agit d'officiers français
et espagnols qui formeraient les cadres do la police
des ports. Il n'est point question de l'intérieur de
l'empire chérifien, ni de Fez. L'Espagne approuve et
défend cette organisation. Toute autro solution lui
paraît impraticable et irrationnelle. J'ai même en-
tendu cotte formule « Nous deux ou personne. »,
Il va sans dire que dans cette hypothèse aucun
intérêt ne serait lésé. L'intégrité du Maroc, la sou-
veraineté du sultan et la porte ouverte y trouve-
raient des garanties efficaces. Si son projet de man-
dat franco-espagnol était accepté, la France ne refu-
serait même pas à envisager alors la possibilité
de créer, au bénéfice d'une tierce puissance, une
sorte de mandat intermédiaire entre la France et
l'Espagne, chargées de l'exécution, et l'Europe, qui
leur aurait confié cette exécution. Mais cette ques-
tion il faut insister sur ce point ne pourra
être utilement examinée qu'après que M. de Rado-
witz aura répondu sur la nationalité des instruc-
teurs.
La réponse française a fait ici auprès des ambas-
sadeurs des grandes puissances la meilleure impres-
sion Ceux que j'ai vus reconnaissent à la fois la.
modération et la franchise de notre gouvernement
dont la conduite jusqu'à présent a gagné les plus
précieuses sympathies.
La parole est maintenant à l'Allemagne. Celle-ci
no pout pas ooutonir qu'on attonto h ses intérêts. Ont
espère dans les milieux diplomatiques importants
la confession, suivie d'une absolution générale
c'est la meilleure chance qu'il y ait d'assurer la
foi réciproque des deux époux, c'est-à-dire la
parfaite félicité conjugale.
Oui, mais dans la pratique, le moyen est très
chanceux. Si Casimir n'est pas profondément
épris de Florence, la franche révélation qu'elle
lui fait de sa faiblesse peut le refroidir, le rebu-
ter, lui inspirer des doutes sur la solidité d'une
vertu qui n'a pas su se défendre ou bien, s'il
est d'une complexion passionnée, éveiller en lui
la fièvre'd'une jalousie rétrospective qui le ren-
dra malheureux. (De toutes les formes de la ja-
lousie, c'est la plus violente .et la plus odieuse,
parce qu'elle est incurable.) Autant de périls
qui planent sur la tète de Florence. Elle risque
de tout perdre. Et je conçois qu'elle hésite.
Mais alors elle n'a plus le droit de se plaindre
si l'aveu des choses qu'elle a tenues sous
silence, se faisant en dehors d'elle, se fait contre
elle. Ce n'est que justice. Casimir pourrait allé-
guer « Si j'avais su cela, je ne vous eusse pas
épousée. » Et elle n'aurait rien à répondre. Son
argumentation est donc puérile, et elle peut
mener loin. « Je me tais pour vous éviter des
désagréments. » Diable! C'est la porte ouverte
à toutes les petites capitulations de conscience.
Ce thème eût comporté de subtils développe-
ments à la Marivaux. Ils ne rentraient pas dans
le dessein de M. Sardou qui n'a voulu écrire
qu'une pièce- d'action. Elle s'achève gaiement,
comme elle avait commencé, en vaudeville.
Vous vous rappelez la méchante petite femme,
entrevue au premier acte, et qui déteste si inti-
mement Florence. Elle arrive à point nommé
pour la tirer d'embarras. sans le vouloir.
Comme on fait allusion à son aventure avec
Oscar.
Rien de plus vrai, s'écrie la petite
« rosse ». J'ai eu leur correspondance dans les
mains. Et je l'ai brûlée, y compris la lettre de
rupture. C'éiait en 1897.
Florence et Casimir ne sont unis que depuis
1903. Cette fois, le nuage est dissipé. Ils s'em-
brassent et se commandent un fin déjeunes
sous les ombrages des Deux Cocottes. Je crois
bien qu'à leur place je fusse allé chercher
plus loin un autre cabaret. Mais Florence est
entièrement dénuée de timidité. Elle se dés-
habille moralement entre ses deux maris, son
ex-amant, sa sœur, so.n beau-frère et quelques
amis, sans en paraître le moins du monde con-
fuse. C'est une aimable commère. C'est Mme
Sans-Gêne. Réjane lui prèle la malice de sa voix
et de ses yeux, sa grâce piquante. Ce rôle lé^ei?
On sva1)oiine aux Btn-eau^ (tu Jwn-nai, 5, BOULEVARD DES ITALIENS, A PAKÎ5 (2*), et (lanB tous les Bureaux fle Poste
LUNDI19 FEVRIER 1906*
eUARANTE-SIXIEME ANNEE *Wtti3l\
PRIX DE L'ABONNEMENT 'r' |f -Dépô^^ég
tau, ma n gBBMr-oBg. iwi swb, 14 tr.; six o»u, as &“• Ot « se i /sëinê
Btettf «t AlSACE-LOBEAMfc,. 1*7 Br.; 34 fr.; 68 &^I ()?
WBOir POSTAI* lBfr.; 3S fr.; ^72frJa9O6
LES ABONNEMBKTS PATENT DES 1" ET 16 SB CHAQUE MO» "nragKï».>S.nr -TTTSS
Un numéro (départements) *O centimes
ANNONCES MM. Laghange, Cerf ET Gto, 8, place de la Bouts*
Xe Journal et des Régisseurs déclinent toute responsabilité quant à leur teneur
TÉLÉPQONE, S LIGNES t
W« 103.07 103.08 103.09 103.32 103.33
v PRIX DE L'ABONNEMENT
ItttB, SHSE «t SHHB-ET-OISB. troil moil, 14 fr.j «i w*>, 38 fr. Bt u, ES «r.
»ÉfART«»«lttSAœ-WK«AIHBM. IV fr.J 34 fr.; 63 Bf.
BHlOHPOSTAtE. 18 fr.; 36ft.{ 72 fr.
I.E» Â1IOIWEWENT» DATEKT »ES I» Et 16 BB CHAOBB MO»
Un numéro (u Paris) 18 centime» «,
Il
Directeur politique Adrien Hôbrard
Toutes les lettres destinées à la Rédaction doivent être adressées an Directe»
Le Journal ne pouvant répondre des manuscrits communiqués
prie les auteurs d'en garder copie
ADRESSA TÉLÉGRAPHIQUE TEMPS PARIS
Paris, 18 février
BITLLETIN DE L'ÉTÉ AMER
LA RÉPONSE DE LA FRANCE
On lira plus loin une importante dépêche de
notre envoyé spécial a Algésiras. Elle indique
dans quelles conditions M. Révoil a remis hier
soir à M. de Radowitz une courte note qui con-
tient la réponse française aux dernières propo-
sitions dé l'Allemagne. Les apartés continuent
donc. Nous persistons a le regretter.
La Gazette de Voss, qui a repris depuis deux
jours un ton de provocation et qui paraît cher-
cher à envenimer le' débat, déclare avec une
gravité risible que le Temps, n'a probablement
pas réfléchi à la responsabilité qu'il prend en
exprimant ce regret. Cette responsabilité, ce se-
rait ni plus ni moins, celle de l'échec de la con-
férence. Cette conférence a été inventée, suggé-
rée, imposée par l'Allemagne. C'est l'Allemagne
qui a affirmé qu'elle seule offrait à la crise une
solution possible. C'est l'Allemagne qui a refusé
de causer seule à seule avec nous. C'est l'Alle-
magne qui a voulu avoir l'Europe pour té-
moin de ses démêlés avec la France. Et
quand aujourd'hui on se permet d'observer
que les dialogues confidentiels entre M. Ré-
voil et M. de Radowitz sont, pour leurs
collègues qui y assistent impuissants, une sorte
de paradoxe discourtois; quand on exprime le
vœu que l'Allemagne nous laisse porter le dé-
bat en séance plénière; quand on demande en
un mot qu'on se souvienne qu'il y a à Algésiras
une conférence, on est accusé de préparer la
faillite de la réunion même dont on cherche à
sauvegarder les droits t Si la Gazette de Voss
espère nous impressionner par d'aussi médio-
cres sophismes, elle se trompe Il suffit de les
relever et de passer outre. Il en est de même de
la campagne qu'elle mène pour prouver contre
l'évidence que, dans l'affaire do Mar-Chica,
maintenant réglée, et qui do l'aveu de l'Allema-
gne ne regarde que l'Espagne, le Maroc et nous,
la France a fait alliance avec le prétendant et
favorisé aux dépens d'ailleurs dé la sécurité
algérienne cette contrebande des armes dont
à Algésiras elle organise la répression. Ce sont
là les inventions maladroites d'une presse à
bout d'arguments.
Tel qu'il nous apparaît d'après le télégram-
me de notre collaborateur M. Joseph Galtier,
le mémorandum remis par M. Révoil à M. de
Radowitz constitue un effort pour faire cadrer
avec les principes directeurs de notre politique
ce que contiennent d'acceptable les proposi-
tions allemandes. Pour y réussir, le plénipo-
tentiaire français a procédé analytiquement et
mis en relief les points sur lesquels l'accord
existe déjà. Ces pomts sont d'abord le respect,
en matière de police, de la souveraineté du
sultan, ensuite l'entrée au service cherifien
des instructeurs chargés de la réorganisa-
tion. On se souvient que, sur l'un et sur
l'autre, le gouvernement français, dès le
mois de mai 1905, a précisé ses vues avec
la plus grande netteté. Le projet de M. Saint-
René Taillandier, dont nous rappelions hier
l'acceptation par le makhzen, portait: « Le prin-
» cipe initial sur lequel sera fondée la réforme
» sur tous les points précités est le maintien des
» cadres militaires établis par le makhzen
> dans leur organisation actuelle et sans qu'au-
» cune modification y_ soit apportée; » Et il ajou-
tait pour compléter l'incorporation dos instruc-
teurs français à l'année chcriueniie « Quant a
» la tenue, elle sera semblable au costume »iu-
» sulman, avec le turban, le pantalon bouffant,
» la veste et le selliam. Cette tenue devra être
» portée en garnison et en campagne. » 11
convenait donc que la note française rappelât
que nous ne sommes pas moins attachés que
l'Allemagne au principe de la souveraineté du
sultan et à la manifestation de cette souverai-
neté dans la réforme de police. M. Révoil, en se
référant aux textes qui précèdent, aurait pu
ajouter que nos idées à cet égard n'ont pas
varié un seul instant.
Toutefois la note allemande avait, à notre
point de vue, un grave défaut. Cê défaut, c'était
l'imprécision de ses termes. Elle prévoyait l'en-
trée au service chérifien d'officiers étrangers 1
sans spécifier la nationalité de ces officiers. Il
était impossible, sans abandonner notre thèse
essentielle, de laisser subsister cette indécision.
C'est pourquoi notre mémorandum porte « offi-
ciers français et espagnols ». Cette addition,
conforme à l'espritde nos accords antérieurs
avec l'Espagne, a pour objet de prévenir l'in-
troduction au Maroc d'influences européennes
susceptibles de nous devenir hostiles. C'est
pour nous une garantie indispensable. Mais
cette garantie est précisément ce que jus-
qu'ici l'Allemagne, oublieuse de ses promes-
ses d' « aide » et de « bonne volonté », nous a, par
l'organe do ses plénipotentiaires et par celui de
sa presse, le plus obstinément refusé. Il s'agit
donc de trouver une tierce combinaison, ou
plus exactement de donner à la combinaison
franco-espagnole, qui nous est nécessaire telle
qu'elle est et représente, au point do vue de
l exécution de la réforme, le maximum des con-
F'EÏJIBL.Il.ETOM K>U ©eUt|lS
DU 19 FÉVRIER 1906
CHRONIQUE THÉÂTRALE
Varirtés. La Piste, trois actes, de Victorien Sardou;
polichinelle, un acte, de Mlle J. Paul-Ferrier.
Théâtre Molière. Les Plunies du geai, quatre actes'
de M. Jean Jullieu; le Parvenu, un acte, de MM. G1
Darien et Mévisto; Je suis -ministre, un acte, de Mme
Adrienne Cambry.
Spectacles divers.
Une fois de plus, la miraculeuse jeunesse de
M. Victorien Sardou nous aura ensorcelés.
Cet homme est extraordinaire. Ecoutez-le,
lorsqu'il cause après dîner, les coudes sur la
nappe, en fumant de gros cigares. Il extrait du
fond de sa mémoire une ample provision d'his-
toriettes, de souvenirs (il aime à évoquer le
passé: c'est de son âge). Mais tel récit qui, chez
un autre, ne serait que froid papotage rétros-
pectif, prend dans sa bouche une animation
singulière. Il y verse sa fantaisie, sa verve tré-
pidante, le feu de son regard, l'accent impé-
rieux de sa voix, l'amusement de son geste, ses
qualités de comédien, et cette curiosité d'ima-
gination et cette érudition pittoresque qui font de
la plus mince anecdote un drame vivant etvous
suspendent, attentifs et charmés, aux lèvres du
narrateur.
Allez voir sa pièce. Elle est pleine d'artifi-
ces, bâtie sur des pointes d'aiguille, invraisem-
blable, « truquée », surannée même quant à
l'emploi de certaines habiletés équivoques qui
ne sont plus dans nos goûts. Oui, mais parmi
ces choses circule un je ne sais quoi devif, d'al-
lègre, une gaieté légère, une dextérité toujours
pn éveil, une incroyable fertilité d'invention.
L'oeuvre, construite avec de vieux procédés, ne
donne point une impression de vieillesse. Cette
ingéniosité, cette flamme, ce mouvement per-
pétuel, c'est l'âme propre de Sardou, son
jrénie.
Casimir Révillon a épousé une femme divor-
3ée, Florence, qu'il adore et dont il est tendre-
ment chéri. (Tout le long du jour ils se béco-
cessions possibles' de notre part, un complé-
ment qui fasse tomber la résistance allemande.
C'est l'hypothèse, de ce complément qu'a évi-
demment envisagée" M. Révoil dans la dernière:
partie de sa note,Et«!«6t-pap4à qu'il témoigne,
suivant l'expression de notre envoyé spécial,
dé notre volonté de conciliation. Il va de soi
cependant que cette volonté est subordonnée à
l'acceptation par l'Allemagne.de ce qui est pour
la. France une absolue nécessité, à savoir le re-
crutement en France et en Espagne des instruc-
teurs de police.
Si l'Allemagne nous donnait sur ce point une
réponse catégorique, les négociateurs français
semblent penser qu'il serait possible d'établir
entre la France et l'Espagne, chargées do la
police, et l'Europe, de qui émanerait le mandat;
un intermédiaire. Cet intermédiaire aurait pour
mission d'homologuer chaque année les ré-
sultats de l'œuvre entreprise et de les
faire connaître aux puissances qui y trou-
veraient lo compte rendu de la tâche con-
fiée par elles aux instructeurs français et espa-
gnols. Le mémorandum de M. Révoil ne fait
qu'esquisser à titre éventuel et sous réserve
d'acceptation du premier point relatif à la na-
tionalité des instructeurs cette solution. Et il
ne prononce pas le nom de la puissance qui
jouerait ce rôle de délégué do la conférence et
d'organe enregistreur des réformes. Mais il est
probable que l'Italie serait acceptée par tous, si
l'on se mettait d'accord sur le principe. Quoi
qu'il en soit, il nous est impossible de dissimu-
ler qu'une telle organisation même en sup-,
posant réglée à notre avantage la question des
instructeurs nous parait une satisfaction ex-
cessive donnée aux prétentions injustifiées de
l'Allemagne. Nous désirons que la conférence
aboutisse à un accord. Mais nous pensons que
cet accord ne doit pas être recherché à toutprix.
Nous nous demandons si nos représentants,
dans leur louable zèle pour l'entente finale, ne
vont pasplus loin que de raison et si, en pous-
sant jusqu'au point qu'on vient de lire la limite
de leurs concessions, ils ne dépassent pas les
bornes où aurait dû nous retenir notre intérêt
positif,
En tout cas, et puisqu'on a cru devoir facili-
ter à l'Allemagne l'acceptation de nos exigen-
ces à l'égard du mandat de police, en lui lais-
sant entrevoir la possibilité de cette solution, il
faut plus que jamais et sans aucun retard que
la conférence soit saisie. On voit dans certains
télégrammes les plénipotentiaires des petites
puissances à la recherche d'informations qu'on,
leur refuse, les représentants des plus grandes
échangeant, un doigt sur la bouche, des moitiés
de confidences. Cetétatde choses n'estpas moins
dangereux que ridicule. Et il importe d'y mettre
un terme. La France a indiqué ce qu'elle
serait disposée^ accepter si on reconnaissait,
par l'octroi du mandat franco-espagnol, ce qui,
dans ses prétentions, est intangible et définitif.
Nous demandons que la conférence puisse dire
ce qu'elle en pense, et que l'Allemagne ne soit
pas seule juge de notre esprit de conciliation,
dont nous venons de fournir une preuve dé-
èisive. Le dialogue actuel ne peut se prolonger
longtemps. Et il est clair que la France a.dit
son dernier mot. Si satisfaction ne nous était
pas donnée sur la nationalité des instructeurs,
-sous réserve de charger ensuite une tierce
puissance d'assurer le contact entre l'Europe et
ses mandataires, l'entente serait impossible.
La situation appelle donc de promptes mesures.
Les plénipotentiaires n'interviendront-ils que
lorsque tout sera fini? Voilà la question qu'im-
posent les circonstances et à laquelle, si l'on
continue de cette allure, on sera bientôt forcé
de répondre affirmativement.
^r
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
Berlin, 18 février.
Le Berliner Tageblatt dit que le voyage actuel de
Guillaume II à Copenhague ne manquera pas de
resserrer les liens amicaux du Danemark et de l'Al-
lemagne. L'empire allemand ne demande au Dane-
mark que d'observer la neutralité en cas de conflit
et aussi de faire respecter cette neutralité. Il serait
nécessaire à cet effet de compléter la fortification de
Copenhague par celle du Grand Belt.
Budapest, 18 février.
Le général Nyiri, ancien ministre des honveds et
commandant militaire du distzict de Stuhlwoissen-
bourg, est arrivé hier à Budapest pour procéder, en
qualité de commissaire spécial, à la dissolution do
la Chambre hongroise demain lundi. Il a pris loge-
ment au château royal de Bude, et hier la musique
militaire est venue jouer sous ses fenêtres, comme
pour le souverain." Sa nomination de commissaire
royal paraît aujourd'hui à l'Officiel. Le général agi-
rait, dit-on, de la même façon que le comte Haller
on 1861 il informerait d'avance les présidents des
deux Chambres, députés et magnats, que le gou-
vernement lui a confié la mission de faire exécuter
la dissolution, et qu'il est autorisé à recourir à la
force en cas de refus d'obtempérer aux ordres du
roi. Une se présenterait dans la salle des séances
que si la Chambre décidait de continuer à siéger
malgré la dissolution.
On n'envisage pas sans appréhensions l'immi-
Dence de cette journée historique, étant données les
tent.) Elle ne regrette pas son premier époux,
Philippe Jobelin, et ne se souvient même plus
de l'avoir trompé avec un sien neveu, Oscar
Mirival. Son bonheur actuel lui a fait oublier ce
fâcheux accident; faute très excusable (car Phi-
lippe était un franc mauvais sujet) et passagère
(car elle s'est aussitôt ressaisie). Voici qu'une
circonstance inopinée ressuscite cette ancienne
histoire.
Vidant le tiroir de son secrétaire pour y re-
trouver une facture, Florence met la main sur
un « petit bleu» anonyme. C'est un vieux billet
d'Oscar, une demande de rendez-vous. « Je te
rejoindrai la semaine prochaine, au bord de la
mer, » écrivait le jeune homme. Florence relit
machinalement ces lignes et ne peut dissimuler
son trouble. Casimir s'en aperçoit et l'interroge.
La femme la plus honnête sait mentir; en pa-
réille occurrence à plus forte raison si elle a
pratiqué les ruses de l'adultère.
J'ai acheté ce meuble à la vente d'une
demi-mondaine célèbre, répond-elle.
Plus de doute, le «petit bleu provient d'un
des amants de la dame. Les inquiétudes du
mari, à peine nées, s'évanouissent. Une parole
imprudente les rallume. La sœur de Florence,
Gilberte Loysel, s'écrie", apercevant les tiroirs
ouverts et les papiers en désordre
Vous avez mis dans un bel état le secré-
taire de grand'maman 1
Ce meuble est un meuble de famille. De tout
temps, Florence l'a possédé. Donc elle a menti.
Pourquoi ce mensonge? Le malheureux Casi-
mir tourne et retourne la fatale dépêche il la
communique à son beau-frère Olivier Loysel, à
son ami Stanislas Potard (un célibataire en-
durci, fraîchement débarqué d'un voyage au-
tour du monde et fort sceptique sur le chapitre
de la vertu féminine). Ils déchiffrent, exami-
nent à la loupe, commentent ces pattes de
mouche. Florence est sortie et n'assiste point
au débat. °
On n'écrit pas en ces termes à une cocotte,
fait observer Potard, fin psychologue. Ceci s'a-
dresse à une femme mariée.
Casimir est au supplice. Il blêmit en discer-
nant le mot « juin », griffonné à l'angle du billet
bleu.
Juin, murmure-t-il, c'est l'époque où nous
partons pour Dinard. Le sort en estjeté je le
suis! t
Attendez, dit Loysel ce « juin est peut-
être un « juin », antérieur à votre règne.
Tandis que Casimir, torturé par l'incertitude,
court à la recherche de Florence, celle-ci, ren-
trée paisiblement au logis et mise au fait des
dispositions de plus en plus combatives que mani-
feste la coalition.'Les journaux de l'opposition font
déjà de la propagande pour organiser diverses ma-
nifestations de deuil pavoisement, des maisons
avec drapeaux noirs, célébration de messes funè-
bres, sonneries dè toutes les cloches d'église, ferme-
ture des magasins, etc.
Constantinople, via Sofia, 18 février.
Les chefs albanais exilés depuis les derniers évé-
nements d'Albanie et internés dans' Castambbl,
ayant fomenté une révolte de la population contre
l'imposition de la taxe personnelle et ayant obligé le
gouverneur général à partir, le gouvernement otto-
man a décidé de renvoyer les perturbateurs en
Albanie, leur présence en Asie-Mineure constituant
un danger.
L'entente serbo-monténégrine cause ici de l'inquié-
tude malgré les assurances données que le but
poursuivi serait de paralyser les déprédations pé-
riodiques albanaises sur les frontières serbe et mon-
ténégrine auxquelles aucune négociation avec la
Turquie n'a pu jusqu'ici mettre un terme. La Porte
croit au contraire que cette entente venant après
l'union bulgaro-serbe est dirigée contre la Turquie
et craint do voir cette union s'étendre à l'Albanie
olle-môme.
(Service Ilavas)
Saint-Pétersbourg, 18 février.
Les généraux Kouropatkine et Batianof, comman-
dant la 1™ et la 3e armée de Mandchourie, sont rappe-
lés le général Kouropatkine conserve sa dignité
d'aide de camp général.
Saint-Pétersbourg, 18 février.
Le Novoïc Vrémia juge, d'après l'attitude de la diplo-
matie allemande dans la question du Maroc, que 1 Al-
lemagne s'est prise dans le filet de ses propres intri-
gues, dont elle ne sait comment sortir avec honneur;
ou bien l'Allemagne poursuit des plans très compli-
qués, et constitue dans ce cas un danger pour la paix
européenne.
<,
v DERNIÈRE HEURE
LA TRANSMISSION DES POUVOIRS PRÉSIDENTIELS
La cérémonie de la transmission des pouvoirs pré-
sidentiels a lieu cet après-midi, à quatre heures, à
l'Elysée. Elle aura le caractère de noble simplicité
que M. Loubet et M. Fallières ont souhaité. p
Les présidents et les bureaux des deux Chambres,
les membres du gouvernement, les fonctionnaires ,s
et officiers des maisons civile et militaire de M. Lou-
bot et de son successeur seront les seuls témoins de
cette cérémonie.
A quatre heures moins un quart arriveront à l'E-
lysée MM. Antonin Dubost et Doumer, présidents
du Sénat et de la Chambre des députés, accompa-
gnés des membres des bureaux des deux Chambres.
Chaque cortège sera escorté d'un peloton de dra-
gons.
Les ministres se rendront individuellement au pa-
lais.
Le président du conseil ira au palais du Petit-
Luxembourg c'est lui qui accompagnera M. Falliè-
res du Sénat à l'Elysée
En attendant l'heure de la cérémonie, les minis-
tres, les présidents et les membres des bureaux des
deux Chambres se réuniront dans le salon des Am-
bassadeurs, où doit avoir lieu la transmission des
pouvoirs.
Ce salon est magnifique par ses proportions et sa
décoration. Tous les siégea en ont été enlevés pour
la cérémonie d'aujourd'hui. Sur une précieuse con-
sole, une vaste jardinière est remplie 'dos fleurs les
plus rares.
A quatre heures, M. Fallières, accompagné de M.
Maurice Rouvier, arrivera au palais do l'Elysée, qui
va être sa demeure pendant septans. M. Jean Lanes,
le nouveau secrétaire général do l'Elysée, M. Marc
Varenne, le nouveau chef du secrétariat particu-
lier, et les officiers d'ordonnanco du président de la
République suivront dans des landaus. Le cortège
présidentiel sera escorté par deux escadrons de cui-
rassiers.
La cérémonie, consistera.,essentiellement en deux
brèves allocutions de M. Loubet et de M. Fallières.
M. Loubet, dans lo parcours de l'Elyséo à la rue
Dante, sera pour la dernière fois escorté par deux
escadrons de cuirassiers.
Les ministres iront, à l'issue do la cérémonie, au
domicile de M. Loubet, rue Dante, pour rendre à
son arrivée, un dernier hommage a l'ancien chef
de l'Etat. M. Meurgé, maire du 5° arrondissement,
arrondissement dans lequel est sitv.ee la rue Dante,
et les membres de la municipalité ont demandé à
M. Loubet d'être également présents à son arrivée
pour lui souhaiter la bienvenue.
Les casernes et édifices militaires ont été pavoises
aujourd'hui, en l'honneur du nouveau président de
la République. A quatre heures, une salve do vingt
et un coups de canon sera tirée dans toutes les pla-
ces de guerre.
D'après les instructions données par M. G. Mesu-
sureur, directeur de l'administration générale -do
l'Assistance publique de Paris, dans tous les établis-
sements où sont hospitalisés les vieillards, il lour a
été distribué aujourd'hui une ration de vin supplé-
mentairo et le menu a été amélioré.
Déclarations de M. Loubet
Vienne, 18 février.
(Dépëche cle notre correspondant particulier)
Le Neues Wiener Tageblait, dont le directeur est
M. Singer, président- du Bureau international dés
associations de presse, publie uno conversation
qu'un do ses collaborateurs a eue hier avec M.
Loubet. Le président de la République a dit
Il m'est extrêmement difficile de parler librement
de ce passé tout, proche que sont les sept années de-
main révolues de ma présidence.
Le président de la République est irresponsable. Et
cependant l'opinion publique, trop peu renseignée sur
lesprescriptionsconatHiitioaneHos, n'arrive pas toujours
à concevoir la rigueur de cette irresponsabilité qui est
soupçons qui pèsent sur elle, s'en indigne. Elle
n'a pas trompé Casimir qu'elle aime. Elle a
trompé Philippe qu'elle n'aimait pas. A la
bonne heure. Mais comment établir la vérité?
Il n'y a qu'un moyen. Il faut que Philippe, le
premier mari, déclare, sous la foi du serment,
qu'il a été « sganarellisé ». Florence, en per-
sonne, ira lui arracher cet aveu un peu pé-
nible.
Ainsi s'engage la comédie. Les fils en sont
noués avec beaucoup d'adresse et de précau-
tion. Dans ces événements où le hasard joue
un si grand rôle, rien n'est abandonné au ha-
sard. Chaque phrase du dialogue, chaque geste,
chaque accessoire est un avertissement. Exem-
ple. En une courte scène épisodique, l'auteur pro-
duitMmeHortenseMirival, la femme d'Oscar,
une vraie « gale » et par la rosserie de cette
méchante créature, il prépare, sans avoir l'air
d'y toucher, son dénouement. Autre exem-
ple. Stanislas Potard, le voyageur, nous fait
une conférence sur la relativité de la morale
dans l'univers et raille les palinodies du di-
vorce. Cela signifie que nous allons en voir de
« roides » aux actes suivants et qu'il faudra ne
nous étonner de rien.
Cet excès de prévoyance, cette extrême minu-
tie ne laisseraient pas de fatiguer si une forte
dose de belle humeur n'y était jointe. M. Sar-
dou est l'esprit même. L'idée par où s'achève
son exposition, le déshonneur du premier
époux servani de garantie au second, la femme
divorcée sollicitant comme une insigne faveur
un témoignage qui rend sa honte publi-
que, appelant à son secours l'homme qu'elle a
trahi, se mettant sous la tutelle de sa victime
cette situation est une merveille de drôlerie
théâtrale.
Et avec quel art l'auteur la développe au se-
cond acte et en tire des « effets » 1 Nous sommes
chez Philippe Jobelin. C'est un bon garçon qui,
redevenu libre par le divorce, vit heureux entre
son neveu et sa nièce, M. et Mme Oscar Miri-
val. Il a gardé de Florence un souvenir agréa-
ble et ne soupçonne pas la cruelle injure que
jadis elle lui infligea, de complicité avec Oscar.
Il est tout ébaubi lorsqu'elle vient lui demander
son « certificat ». Il croit comprendre. Flo-
rence veut établir qu'une -faute dont elle est
coupable envers son second mari date du
temps du premier. C'est une sorte d'alibi
qui lui est indispensable pour faire éclater son
innocence. Philippe, bon prince, se prête au
stratagème; il rassure les deux amis que Casi-
mir lui a dépêchés en ambassadeurs. et Casimir
dans une large mesure la condition de l'action bien-
faisante que peut exercer le chef de l'Etat.
Je suis-donc astreint à une grande réserve. J'ai
essayé pendant toute la durée de mon mandat de tenir
la présidence de la- -République en dehors du conflit
des partis. Ce n'est pas pour l'y mêler maintenant. Je
ne peux parler librement ni du passé où je fus mêlé,
ni de l'avenir qui ne dépend pas de moi.
Ce que je puis dire c'est que, du premier au dernier
jour de mon mandat, j'ai voulu travailler à faire de la
paix intérieure une réalité durable.
Ce n'est pas à moi de rappeler combien cette paix
était troublée lors dé mon entrée en fonotion'; mais je
me plais à évoquer le souvenir de la grande manifes-
tation pacifique qui se produisit presque aussitôt, et
qu'on a trop vite oubliée l'Exposition de 1900.
Ce fut pour la France une période brillante et utile
où les gouvernements et les peuples étrangers colla-
borèrent à l'épanouissement de notre génie national.
Au seuil du vingtième siècle, tous ces congrès, où
tant d'activité se dépensa, portent un témoignages
éloquent en faveur de la solidarité et du labeur
humains. La Franco, qui se félicitait de leur offrir
l'hospitalité de sa capitale, leur dut de se mieux con-
naître et d'être mieux connue.
Des luttes politiques je n'ai rien à dire aujourd'hui.
Je retiens seulement qu'à aucun moment ces luttes
n'ont arrêté le mouvement de progrès social qui est
l'honneur de la troisième République et qui fut la pas
sion de ma vie.
Mutualité, prévoyance, retraites, sont des institutions
fécondes qui rendent meilleurs ceux qui les pratiquent
et qui doivent se développer avec fruit sans que l'Etat
se substitue à elles.
La mutualité française, avec ses 400 millions, ou peu
s'en faut, de fonds de réserve, est un bloc inattaqua-
ble. Dans chaque mutualité, si petite qu'elle soit, l'in-
fluence* des bons- s'exerce sur les moins bons, et la
prévoyance, par les liens qu'elle crée, devient un agent
d'amélioration morale.
Or, plus que jamais, j'estime que le progrès moral
est, dans une démocratie telle que la nôtre, l'instru-
ment du progrès politique et social.
A l'extérieur, j'ai considéré que mon devoir de chef
d'Etat était de travailler sans relâche à assurer à notre
pays, fermement attaché à l'alliance russe, des sym-
.pathies nouvelles.
Y oi-je contribué ? Ce n'est pas à moi d'en juger. En
tout cas, je n'ai rien négligé de ce qui dépendait de
moi pour arriver à ce résultat.
J'ai la conviction que la France, est aujourd'hui en
possession d'amitiés fidèles et sûres qui répondent à
une politique pacifique, respectueuse dos droits de
tousautant qu'attachée à la défense des siens propres.
̃ II me paraît d'ailleurs que la ferme volonté des peu-
ples européens de vivre dans les relations de paix
qu'exige leur développement matériel et moral est
pour le repos du monde la plus forte garantie.
L'opinion en Allemagne
Berlin, 18 février,
La Gazette de l'Allemagne du Nord, dans un arti-
cle où elle passe sommairement en revue les faits
saillants du septennat do M. Loubet, écrit « Les
sept années de la présidence de M. Loubot auront
été pour la politique intérieure de la France sept
années do progrès constants pour la pensée répu-
blicaine. »
En co qui concerne la politique étrangère, la Ga-
lette de 1 Allemagne du Nord estime qu'on ne peut
encore porter un jugement sur les conséquences
finales des changements qui se sont effectues sous
sa présidence. En conclusion, le journal dit que la
simplicité très digne de M. Loubet a pu lui gagner
des suffrages non seulement en France, mais aussi
à l'étranger.
-♦
LA TRANSMISSION DES POUVOIRS
C'est aujourd'hui que M. Loubet remet les
pouvoirs présidentiels à M. Fallières. Il faut
d'abord noter le calme et la simplicité dont s'en-
toure cet événement considérable. Dans les
Etats monarchiques, un changement de souve-
rain, même dansJes circonstances les plus nor-
males^ lorsque le prince héritier est majeur et
arrive au trône sans compétition, excite tou-
jours dans le peuple une vive émotion et une
certaine inquiétude. Rien ne garantit, en effet,
que le tempérament et les vues du nouveau
monarque, qui a été généralement tenu à l'écart
des affaires jusqu'à son avènement, ne déter-
mineront pas de profondes et aventureuses mo-
difications dans l'orientation de la politique na-
tionale. Le commencempnt d'un nouveau règne,
c'est toujours le saut dans l'inconnu.
Au contraire, lorsqu'un président de la Répu-
blique prend possession du pouvoir, son passé
et les conditions mêmes dans lesquelles il a été
élu permettent de prévoir à coup sûr la façon
dont il remplira sa haute magistrature. On sait
où l'on va. Dans le cas présent, on sait qu'il n'y
a rien de changé à l'Elysée. M. Fallières est,
comme M. Loubet, un ferme républicain, ami
de la paix, de l'ordre et de la liberté. Comme
M, Loubet, M. Fallières sera un très vigilant et
très loyal gardien de cette Constitution dont il
a été de mode de dire beaucoup de mal et qui
se révèle, à l'usage, comme un modèlede raison
et de prévoyance, plus propre qu'aucune autre
à assurer la tranquillité publique, par la conser-
vation des traditions qui ont fondé la prospé-
rité et la popularité des institutions républi-
caines.
Au moment où M. Loubet rentre dans la re-
traite avec une dignité admirable et inspirée du
plus bel esprit démocratique, tous les républi-
cains s'accorderont à rendre un éclatant témoi-
gnage de reconnaissance et de respect à cet ex-
cellent serviteur de la République. Toute la vie
de, M. Loubet, depuis ses débuts jusqu'à son
élévation au rang suprême, a été dominée par
sort dévouement à ses idées et à son pays. Ré-
lui-même qui exige des renseignements com-
plémentaires. Il les lui donne gaiement. Oui,
Florence l'a trompé en 1897. Philippe sourit. Et
cette insouciance ne semble pas naturelle à Ca-
simir il flaire là-dessous quelque supercherie.
Cependant, Florence qui attend à côté, dans
la salle de billard, que la discussion ait pris fin,
éprouve le besoin de s'y mêler; l'étourdie se
jette ingénument (elle est bien mal avisée) dans
la gueule du loup. Et Casimir, de plus en plus
méfiant, veut des preuves le nom de l'amant
d'abord. Quel est-il?. Florence, au pied du
mur, balbutie
Mon complice est devant vous. C'est Os-
ca;r.
Piteux, suffoqué, Oscar ne sait quelle conte-
nanceprendre. Auxviolentesapostrophes deCa-
simir il répond
Ce n'est pas vous que j'ai offensé, c'est
mon cher oncle.
La preuve est établie, Florence est sauvée.
Non, elle est perdue. D'un coup de baguette,
l'auteur opère le revirement qui remet tout en
question. Au moment de sortir, Florence s'écrie
« Qu'ai-je faitde mon sac?-Tul'as oublié sur le
billard », réplique inocemmentsasœur Gilberte.
Quel trait de lumière! Ainsi Florence attendait,
cachée dans l'appartement, le fruit de sa ruse,
de son accord préalable avec Philippe. Ils s1é-
taient concertés pour rouler cette dupe de Casi-
mir. Celui-ci est furieux. On le serait à moins.
Florence essaye de le calmer; elle accumule
les détails précis. Elle a passé deux jours en-
tiers avec Oscar, à Garches, à l'hôtel des Deux
'Cocottes., Elle s'offre à le conduire sur le lieu du
crime, dans la chambre où il fut consommé. On
interrogera l'hôtelière, on compulsera le livre
des voyageurs. A son tour, Philippe dresse l'o-
reille. Comment 1 l'é p oux berné, c'est lui, ce
n'est pas l'autre 1 Voilà une détestable plaisan-
terie 1 Il n'a plus envie de rire.
J'ai sué sang et eau pour rendre intelligibles
ces quiproquos, ces rebondissements inatten-
dus, la course échevelée, le choc de ces person-
nages qui se jouent entre eux la comédie. Cela
est d'une horrible complication quand on essaye
de l'analyser. A la scène, c'est limpide. M. Sar-
dou se meut avec une prodigieuse souplesse
dans l'imbroglio. Il y respire à l'aise. C'est son
élément.
L'ouvrage se dénoue à Garches, sur le seuil
de l'auberge des Deux Cocottes, où Florence
amène ses maris récalcitrants. L'étrange réha-
bilitation qu'elle poursuit tourne contre elle.
publicain sous l'Empire, républicain sous le
i6 Mai, M. Loubet a su être, lorsqu'il le fallait,
un homme d'opposition, pour devenir ensuite
le plus sage des hommes de gouvernement.
Toujours animé du même sentiment de ses
devoirs, ce modéré notoire a cessé, en entrant
à l'Elysée, d'être le représentant d'un parti il
n'a plus été, comme l'exigeait sa fonction, que
l'arbitre impartial entre les partis. Les réaction-
naires lui reprochent amèrement de n'avoir pas
employé son influence à imposer sa politique
personnelle. On est bien à l'aise, ici, où l'on a
combattu énergiquemént les erreurs de M. Com-
bes, pour reconnaître que M. Loubet ne pouvait
partir en guerre contre un ministère qui avait
pour lui la majorité dans les deux Chambres.
La République n'est pas un régime de coups
d'Etat, mais de liberté, et ce n"est que par la
libre discussion, non par la force, que des ré-
publicains peuvent s'efforcer d'éclairer une ma-
jorité égarée et de renverser un mauvais gou-
vernement. Le chef de l'Etat n'a pas à interve-
nir dictatorialement dans ces luttes.
M. Loubet a suffisamment prouvé dans les
premiers mois de sa présidence, alors que ces
mêmes réactionnaires l'accablaient d'outrages
odieux et se vantaient de l'obliger à quitter la
place, que ce n'est pas le courage qui lui man-
quait. D'un bout à l'autre de son septennat, vis-
à-vis de la réaction comme vis-à-vis d'un radi-
calisme excessif -qu'il n'approuvait sans doute
pas dans son for intérieur, mais que la Constitu-
tion lui ordonnait de subir-M. Loubet a présidé
en véritable et parfait républicain et il emporte
la reconnaissance des républicains, qui s'asso-
cient sans réserves à l'hommage de M. le prési-
dent du conseil et du corps diplomatique.
M. Loubet a bien servi la France et il l'a repré-
sentée dignement devant l'étranger. Et ce que
l'on peut souhaiter de mieux à la République,
c'est d'avoir toujours à l'avenir des présidents
qui ressemblent à M. Loubet. M. Fallières a été
élu précisément parce que personne ne peut
douter qu'il ne soit résolu à présider avec la
môme correction constitutionnelle et le même
souci de la paix publique que son prédécesseur.
̃̃ «»̃
EN M.J^TKJrTl
La Chambre des députés ne s'occupe do l'art qu'une
fois par an. Tout d'abord, on serait tenté de le re-
gretter. A la réflexion, il apparaît que c'est plutôt
heureux, sinon pour l'art, du moins pour les ar-
tistes. Chacun sait que le suffrage universel confère
ipso facto à ses élus une non moins universelle com-
pétence nous ne songeons donc point à dénier aux
représentants de la nation le droit do so prononcer
sur les questions artistiques. Là comme ailleurs,
leur arbitrage est légitime par lo fait seul qu'il est
inévitable. Il est bon quo chaque année des idées
générales soient émises, à la tribune, sur le Louvre,
la Comédie-Française, les théâtres lyriques, les mo-
numents historiques, le Conservatoire et l'Ecole des
beaux-arts. Une idée générale est toujours quelque
chose d'inoffensif, qui peut, par extraordinaire, avoir
aussi son côté bienfaisant. Et puis cela permet de
nommer des commissions, ce qui réjouit tant do
gens sans nuire à personne. En passant des bouil-
leurs de cru à l'esthétique, les députés témoignent
de la variété de leurs aptitudes et do la souplesse
de leur génie. Il y a bien là de quoi exalter l'élec-
teur, le réjouir dans son orgueil et l'affermir dans
sa confiance. Il devient loisible à tout citoyen fran-
çais de rêver d'une organisation administrative qui
transporterait l'Opéra dans les communes rurales
et ferait circuler les Noces de Cana de hameau en
hameau. De tels rêves, dût la réalisation en demeu-
rer lointaine, secouent l'inertie des bureaux et me-
nacent leur mauvais vouloir proverbial. Comme dit
le refrain célèbre « Si ce n'est qu'un songe, cola fait
plaisir. » Nous y gagnons d'ailleurs d'éloquents
discours.
Ce qui nous semble moins heureux et moins inno-
cent, c'est de voir la Chambre s'instituer juge du
camp dans les conflits entre écrivains et directeurs
de théâtre. Tout a été dit, et fort bien dit, sur le
débat qui a mis aux prises un poète dramatique
d'un rare mérite et le très distingué directeur d'une
scène subventionnée. Nous préférons ignorer lequel
des deux adversaires avait raison. Du moment que
la question était portée à la tribune, il parut que
tous deux avaient tort. Sans manquer do déférence
envers les mandataires du pays, on songe malgré
soi à la fable populaire des deux cochers parisiens
qui, désireux do vider un différend personnel, cri-
blèrent de coups de fouet les deux voyageurs qui,
pour leur malheur, étaient voiturés par eux. « Ah i
tu tapes sur mon bourgeois! Je vais éreinter le
tien l » Les deux bourgeois sortirent mal parés de
cette discussion; les deux cochers se réconcilièrent
chez le marchand de vin. Voilà peut-être un galant
homme de poète et un galant homme de directeur
qui vont se croire brouillés. Les deux députés, espé-
rons-le du moins, resteront les meilleurs amis du
monde; c'est une compensation, nous le reconnais-
sons mais comme tout irait mieux dans le royaume
de Thalie si la Chambre renonçait à le pacifier 1
Tout le mal vient de ce qu'on est sorti du domaine
des idées générales. La Chambre obéissait à un sen-
timent des plus louables. Elle cédait à son amour
de l'harmonie. A la pensée qu'il pouvait y avoir un
désaccord, même momentané, entre un écrivain et
un directeur, elle a souffert dans sa conception do
la concorde. Les hommes politiques ne sont pas ha-
Impossible de se renseigner l'hôtellerie sub-
siste, mais l'hôtelière est morte; les registres
ont été détruits, les meubles renouvelés; on
ne retrouve plus, sur la glace de leur chambre,
les deux noms d'Oscar et de Florence enla-
cés. La jeune femme se désespère. Arrivera-elle
à convaincre son Casimir?. Ici s'intercale une
scène délicieuse. Que M. Sardou l'ait écrite dans
l'entraînement du sujet, ou pour donner à
Réjane l'occasion d'exprimer des sentiments
profonds et tendres, et pour corser un rôle,
jusque-là un peu trop inconsistant, je ne sais.
Mais le morceau est exquis.
Florence est désolée de ne pouvoir se laver,
aussi complètement qu'elle l'eût souhaité, des
soupçons de Casimir; les reproches dont il
l'accable l'émeuvent; sa peine éclate en mots
douloureux qui lui jaillissent du cœur. Oui, elle
a dissimulé cette faute d'une heure elle a voulu
l'oublier, et qu'on l'oubliât. Si elle a fait ce pieux
mensonge, c'était pour le bien de son mari,
dans l'intérêt de leur bonheur à. tous deux.
Tu n'es qu'un ingrat. J'ai voulu t'épar-
gner l'ennui de rencontrer ce monsieur, de te
dire « C'est celui-là. » Ça n'existe pas, ce qu'on
ignore, ça n'a jamais existé.
Il y aurait pas mal de choses à opposer à
ce raisonnement bien féminin. Mais Casimir
n'a qu'une idée, une idée fixe. Est-ce lui la
« victime », ou bien son prédécesseur?
Mon amour, reprend Florence, est la seule
garantie de ma fidélité. J'ai trompé l'autre parce
que je ne l'aimais pas je te suis fidèle parce
que je t'aime, voila tout. Mais te le prouver, cet
amour-là, est-ce possible ? Si tu n'y crois pas, si
tu ne le sens pas, ce n'est pas avec des serments
et des pleurs que je pourrai t'en convaincre.
Crois-moi coupable, si tu veux. Je n'ai plus le
courage ni la force de me défendre.
Ce joli dialogue renferme l'embryon d'un
drame psychologique extrêmement délicat. Une
femme doit-elle dissimuler à l'homme qu'elle
épouse les secrets de son passé, quand ils sont
de nature à diminuer la confiance, à éveiller
les inquiétudes du nouveau mari? L'absolue
loyauté exigerait l'aveu. Il semble que Flo-
rence aurait pu se dire:
« Si Casimir m'aime, il me saura gré de ne lui
avoir rien caché de ma vie; il absoudra cette
défaillance qui ne l'atteint pas directement;
voyant que je suis incapable de mensonge, son
amour en sera fortifié; et je n'aurai plus à
craindre le danger des révélations fortuites et
tardives qui pourraient, par la suite, empoison-
ner notre union. » Une conscience purifiée par
bitués au spectacle des conflits de l'intérêt et de Iï»
vanité. Ils se font des gens do lettres une idée très
haute et les croient.volontiers semblables à eux-
mêmes, c'est-à-»dire sans colères et sans passions..
Ils ont vu qu'il y allait avoir querelle, et n'écoutant
quo leur bon cœur « Nous allons arranger cola ».
so sont-ils dit. AMarseille, cela s'appelle «séparer».
Et on a « séparé », nous le constatons 1
« Pourquoi diable t'es-tu jeté entre nous? » dit
Mercutio blessé à son cousin. Roméo fait l'éternelli
réponse des gens qui pèchent par excès de zèle:
« J'avais cru bien faire !» »
En dépit des arbitres, nous voulons croire qu&
tout s'arrangera. L'histoire du théâtre est pleine de
ces haines qui durent un jour. La mission sociale
d'un directeur de spectacle exige qu'il soit conspué
et maudit par ceux-là mêmes qui l'embrasseront
demain. Genus irrilabile.
Hier nous lisions dans la Revue de Paris des let-
tres de jeunesse d'Hector Berlioz. C'était un homme
d'un commerce difficile. Il avait choisi l'attitude da
la persécution comme la plus élégante et la plus
profitable. Etant l'ennemi né de toutes les traditions,
il concourait pour le prix de Rome. Le jury poussa
la noirceur jusqu'à le lui donner. Aussitôt il s'écria
fièrement « Je ne puis que maudire plus amère-
ment le dospotisme de la routine qui m'exile de
France au moment où ma présenco Paris pourrait
m'étre avantageuse. » A première vue, ces lignes
trahissent do la douleur; quand on sait les lire, cela
veut dire tout simplement que Berlioz aurait été
furieux de n'avoir pas le prix. Le tout est de savoir
commenter.
Lorsque Berlioz était en instance auprès d'un
théâtre, il s'exprimait ainsi « Etre obligé de voir
les plus belles années de ma vie perdues pour la
musique dramatique, par la seule raison que trois
grodins ont en mémo temps le malheur d'être des
imbéciles » » Inutile d'ajouter que les trois person-
nages ainsi qualifiés étaient trois directeurs. Cela se
passait en 1835. Tout indique qu'il y. avait déjà des
orages dans le ciel do l'art dramatique. S'il s'était
trouvé alors un député pour « séparer » les antago-
nistes, Bcnvenuto Cellini n'eût peut-étre jamais étô
joué. Mais les députés de cette époque préféraient
voter le budget, en temps utile, et dans les ques-
tions théâtrales; ils se contontaient de leur place au
parterre. Les pauvros esprits (
+
LA CONFÉRENCE D'ALGÉSIRÀS
La réponse de la France
(Dépêche de notre envoyé spécial).
Algésiras, 18 février.
La réception et la communication de la note ver-
bale française, qu'Qn a apprises ce matin, absorbent
aujourd'hui toute l'attention. On ne parle que d'elles.
Les journalistes assiègent l'hôtel Reina-Cristina et
les diplomates. La mission française observe la plus
stricte réserve, afin d'éviter les fausses interpréta-
tions. J'ai dû poursuivre ailleurs mon enquête.
On fait d'abord observer qu'il s'agit d'une simple
note verbale, de même forme et de môme caractère
que la note allemande remise à M. de Radowitz par
M. Révoil. On ne saurait donc parler de proposi-
tions fermes. M. de Radowitz avait exprimé les vues
allemandes qui comprennent deux points princi-
paux souveraineté du sultan, qui prêtera les trou-
pes chéritiennes pour l'exécution de la police, et en
second lieu la direction et le commandement laissés
à des officiers étrangers.
La France, dans sa réponse, apporte plus de pré-
cision.'Elle tient à affirmer et à sauvegarder les
principes que lui dicte sa politique marocaine. Mais
elle se montre prête à considérer, dans la limite où.
cos principes ne sont pas atteints, les vues alleman-
des. Elle admet de ces vues tout ce qui n'est pas in-
compatible avec cos principes dont elle n'entend pas
se départir. Elle manifeste de claire façon son désir
sincère de conciliation et sa volonté d'arriver à une
solution honorable.
Les mots « officiers étrangers restaient vagues
dans la note allemande. Ils ne le sont pas dans la
note française. Ils no pourraient pas l'être. J'ai ap-
pris du côté espagnol qu'il s'agit d'officiers français
et espagnols qui formeraient les cadres do la police
des ports. Il n'est point question de l'intérieur de
l'empire chérifien, ni de Fez. L'Espagne approuve et
défend cette organisation. Toute autro solution lui
paraît impraticable et irrationnelle. J'ai même en-
tendu cotte formule « Nous deux ou personne. »,
Il va sans dire que dans cette hypothèse aucun
intérêt ne serait lésé. L'intégrité du Maroc, la sou-
veraineté du sultan et la porte ouverte y trouve-
raient des garanties efficaces. Si son projet de man-
dat franco-espagnol était accepté, la France ne refu-
serait même pas à envisager alors la possibilité
de créer, au bénéfice d'une tierce puissance, une
sorte de mandat intermédiaire entre la France et
l'Espagne, chargées de l'exécution, et l'Europe, qui
leur aurait confié cette exécution. Mais cette ques-
tion il faut insister sur ce point ne pourra
être utilement examinée qu'après que M. de Rado-
witz aura répondu sur la nationalité des instruc-
teurs.
La réponse française a fait ici auprès des ambas-
sadeurs des grandes puissances la meilleure impres-
sion Ceux que j'ai vus reconnaissent à la fois la.
modération et la franchise de notre gouvernement
dont la conduite jusqu'à présent a gagné les plus
précieuses sympathies.
La parole est maintenant à l'Allemagne. Celle-ci
no pout pas ooutonir qu'on attonto h ses intérêts. Ont
espère dans les milieux diplomatiques importants
la confession, suivie d'une absolution générale
c'est la meilleure chance qu'il y ait d'assurer la
foi réciproque des deux époux, c'est-à-dire la
parfaite félicité conjugale.
Oui, mais dans la pratique, le moyen est très
chanceux. Si Casimir n'est pas profondément
épris de Florence, la franche révélation qu'elle
lui fait de sa faiblesse peut le refroidir, le rebu-
ter, lui inspirer des doutes sur la solidité d'une
vertu qui n'a pas su se défendre ou bien, s'il
est d'une complexion passionnée, éveiller en lui
la fièvre'd'une jalousie rétrospective qui le ren-
dra malheureux. (De toutes les formes de la ja-
lousie, c'est la plus violente .et la plus odieuse,
parce qu'elle est incurable.) Autant de périls
qui planent sur la tète de Florence. Elle risque
de tout perdre. Et je conçois qu'elle hésite.
Mais alors elle n'a plus le droit de se plaindre
si l'aveu des choses qu'elle a tenues sous
silence, se faisant en dehors d'elle, se fait contre
elle. Ce n'est que justice. Casimir pourrait allé-
guer « Si j'avais su cela, je ne vous eusse pas
épousée. » Et elle n'aurait rien à répondre. Son
argumentation est donc puérile, et elle peut
mener loin. « Je me tais pour vous éviter des
désagréments. » Diable! C'est la porte ouverte
à toutes les petites capitulations de conscience.
Ce thème eût comporté de subtils développe-
ments à la Marivaux. Ils ne rentraient pas dans
le dessein de M. Sardou qui n'a voulu écrire
qu'une pièce- d'action. Elle s'achève gaiement,
comme elle avait commencé, en vaudeville.
Vous vous rappelez la méchante petite femme,
entrevue au premier acte, et qui déteste si inti-
mement Florence. Elle arrive à point nommé
pour la tirer d'embarras. sans le vouloir.
Comme on fait allusion à son aventure avec
Oscar.
Rien de plus vrai, s'écrie la petite
« rosse ». J'ai eu leur correspondance dans les
mains. Et je l'ai brûlée, y compris la lettre de
rupture. C'éiait en 1897.
Florence et Casimir ne sont unis que depuis
1903. Cette fois, le nuage est dissipé. Ils s'em-
brassent et se commandent un fin déjeunes
sous les ombrages des Deux Cocottes. Je crois
bien qu'à leur place je fusse allé chercher
plus loin un autre cabaret. Mais Florence est
entièrement dénuée de timidité. Elle se dés-
habille moralement entre ses deux maris, son
ex-amant, sa sœur, so.n beau-frère et quelques
amis, sans en paraître le moins du monde con-
fuse. C'est une aimable commère. C'est Mme
Sans-Gêne. Réjane lui prèle la malice de sa voix
et de ses yeux, sa grâce piquante. Ce rôle lé^ei?
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