Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-11-10
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 10 novembre 1903 10 novembre 1903
Description : 1903/11/10 (Numéro 15487). 1903/11/10 (Numéro 15487).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
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MARDI 10 NOVEMBRE 1903.
On s'abonne aux Bureaux du Journal, 5, BOULEVARD DES ITALIENS, À PARIS (2'), et dans tous les Bureaux de Poste
QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE. N° 15487.
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tn numéro (à I»arïs) 125 centimes
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Paris, 9 novembre
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
RÉSULTRTS DE LA LOI AGRAIRE EN IRLANDE
t,a loi agraire irlandaise'de M. Wyndham a
été adoptée pendant la dernière session législa-
tive. C'est même le seul grand succès du gou-
vernement. Elle est devenue la charte de l'Ir-
lande nouvelle. Depuis le 2 novembre dernier
elle est partout en vigueur. Il faut maintenant
savoir comment le peuple irlandais s'en servira.
Va-t-il en profiter pour rétablir la prospérité de
l'île? Et comment? `1
Certes, la mesure n'est point banale. Elle a
mis la propriété de la terre à la portée du
paysan. L'Etat, pour servir les cultivateurs,
exproprie et rembourse le landlord. Il revend lé
sol aux tenanciers et les fait payer par annuités.
Mais il leur demande moins pour acquérir leur
iopin qu'ils p'en payaient en fermage pour ne
rien acquérir du tout. C'est, quand on y regarde
de près, l'application la plus manifeste de la
théorie de l'Etat-providence. C'est un socia-
lisme d'Etat non déguisé. Il est vrai que ce so-
cialisme travaille à se détruire lui-même, puis-
qu'il a pour résultat de créer une classe nou-
velle de petits propriétaires. Qu'est-ce que cela
prouve, sinon que les Anglais n'ont pas peur
des mots et que, seules, les réalités leur impor-
tent, pourvu qu'elles soient bienfaisantes?
Mais c'est précisément parce qu'ils ont le
goût de la réalité que tant d'amis anglais de
l'Irlande, éclairés par un siècle d'expériences,
sont en train de se demander si la récente loi
agraire aura bien l'effet qu'on espère, c'ést-à-
dire si elle ramènera la prospérité suivie du
calme dans l'île appauvrie et ruinée.
Il est vrai que les grandes lois irlandaises de-
puis Gladstone ont, de plus en plus, facilité
l'acquisition de la terre par les petits paysans.
L'Acte de 1870 leur a assuré la compensation
pour les améliorations apportées à sa'ferme.
Celui de 1881 les a garantis contre les fermages
exagérés et les arendus inexpulsables aussi long-
temps qu'ils payaient leur fermage. En 1885, cent
vingt-cinq millions; en 1888, cent vingt-cinq
autres millions; en 1891, huit cent vingt-cinq
millions ont été consacrés par la métropole a
faciliter aux paysans de l'Irlande l'acquisition
de leurs fermes.
Il y a dix ans, une grande démocratie de
trente mille petits propriétaires avait été créée.
On croit qu'il en sortira cent mille de l'applica-
tion de la loi nouvelle.
Oui, mais si ces cent mille ne réussissent pas
mieux-que les trente mille qui existaient en
1893, à rendre leurs cultures profitables et leurs
domaines prospères, à quoi donc aura servi
l'énorme effort de l'Angleterre?
Or, il apparaît de plus en plus clairement que
les révolutions légales dans le système de la
propriété ne suffiront en aucune façon, par leur
vertu propre, à ressusciter l'agriculture irlan-
daise. Propriétaire ou tenancier, si le paysan
irlandais continue de se livrer aux mêmes cul-
tures et de la même façon, il continuera aussi de
vivre dans la misère, toujours prêt à la révolte.
Il est inutile qu'on réforme les lois agraires s'il
ne se réforme lui-même. Et il faut, puisqu'on
lui donne la terre, qu'il apprenne à la faire
fructifier.
Pendant le dernier siècle, la culture de la
pomme de terre, qui demande peu de soins et
peu de travail, était la seule grande culture irlan-
daise. La leçon des famines a démontré que
c'était là une fatale imprudence. Alors on s'est
^nis partout à faire de l'élevage, et des cantons
entiers se sont trouvés transformés en prairies.
Les prairies gagnent encore du terrain de nos
jours avec une rapidité inquiétante. La terre
des pommes de terre est en train de devenir la
terre des herbages, c'est-à-dire qu'elle fournit
de moins en moins de travail à ses habitants.
Sur la même étendue de terrain, les prairies
nourrissent sept àhuitfois moins d'hommes que
la culture.
II faudra que les petits propriétaires irlandais
nés de la récente loi agraire renoncent à l'éle-
vage qui tendrait fatalement à la reconstitution
des grands domaines et continuerait de favo-
riser le fléau de l'émigration. Ils devront, selon
toute probabilité, se mettre à la petite culture
comme les habitants des îles Scilly et comme
ceux des îles anglo-normandes. Là est leur
salut.
Aux Sorlingues, une population misérable et
une terre de famine ont été transformées par
l'énergie d'un grand propriétaire, M. A. Smith,
en véritables greniers d'abondance grâce à l'in-
troduction de la petite culture intensive. Jersey
et Guernesey ont eu la même fortune. Ce sont
maintenant les jardins maraîchers de Londres.
Il est probable, disent les experts, que l'Irlande
morcelée en tout petits domaines devra devenir
le jardin maraîcher de Liverpool, de Manches-
ter et du Pays noir. Elle devra devenir cela, ou
mourir.
La question est de savoir si le paysan irlan-
dais est assez travailleur, assez persévérant et
assez économe pour réussir dans l'œuvre que
la science agricole lui montre comme inévita-
ble.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICUUERS DU Temps
Naples, 9 novembre, 10 h. 20.
M. Rosano, le nouveau ministre des finances, de-
vait ce matin prendre le train pour se rendre à
"A-T .·+.,n a.a én ~'h~mh,t:iI nn lA ~tr(171-
FEUILLETON OU <&£\Vip5
DU 10 NOVEMBRE 1903 (»)
L'ÉTANG
II
Le lendemain matin, quand Colette ouvrit ses
volets, l'étang avait déjà recouvré un peu de
son eau. La rigole mère était submergée, et le
long du thalweg se tordait comme un bras
mince et calme de rivière, sur deux ou trois
hectomètres de long. Quelques reliefs sur la
boue asséchée, étaient des poissons morts. Des
bergeronnettes couraient sur la vase, que pi-
quait, plus au loin, le semis sombre des cor-
beaux. La pile conique qui soutenait la hutte
émergeait encore de la terre, l'eau n'arrivant
pas jusque-là. Et c'était un décor plus morne
peut-être que la veille, parce qu'aussi plus
calme, plus calme de la paix morose des cime-
tières et des déserts.
Colette descendit pour assister à l'épilogue
de la pêche.
Dans le carpat, la vase s'était déposée en sé-
diments irréguliers, comme des dunes minu-
scules. De ci, de là, sur ce sol mou, se dessinait
un enfoncemenl vague d'où sortait quelque
chose d'informe, verdâtre et rond comme un
col de bouteille. Et c'était une anguille qui, ta-
pie hier au fond de la bourbe, avait pratiqué
cette nuit sa mine souterraine pour remonter à
l'air et respirer. Alors, comme la veille, les
dents de fer tenues à bout de bras mordaient
au dos la limoneuse bête aux trois quarts en-
gourdie, et l'enlevaient, s'érigeant dans le ciel
comme au désert biblique les croix porteuses
du serpent d'airain.
Enfin, devant le couloir de la bonde, on allu-
ma quelques brandons de paille dont le vent
faisait pénétrer l'acre fumée dans le boyau;
Reproduction interdite.
va mort. ÏL s'était suicidé pendant la nuit, en se ti-
rant un coup de revolver.
Pietro Rosano était né en 1847, à Aversa, dans la
province de Caserte. Il représente depuis 1895 ses
compatriotes à la Chambre, où il a pris place au
centre gauche. Il fut sous-secrétaire d'Etat à l'inté-
térieur dans le premier ministère de M. Giolitti, et
comme lui, fut accusé de soustractions de documents
de la Banque romaine. Ces accusations n'empêchè-
rent pas ses compatriotes de lui garder leur confiance
et de confirmer à nouveau son mandat de député.
C'était un des plus brillants avocats de l'Italie.
h'Avanti cpmmença aussitôt une campagne contre
Rosano l'accusant entre autres de s'être fait donner
cinq mille francs pour obtenir la mise en liberté 'dé
l'anarchiste Bergamasco impliqué dans les troubles
de 1898 et qui avait qté arrêté et désigné pour la re-
légation dans une île.
L'Avanti ajoutait que Rosano ne pourrait pas sou-
tenir qu'il agissait en sa qualité d'avocat, car le gou-
vernement envoyait au domicile forcé sans que l'in-
dividu objet de cette mesure pût se faire défendre
par un avocat. Or, hier, le journal Roma, de Naples,
publiait une lettre de ce même Bergamasco confir-
mant les dires de VAvanti avec de nombreux dé--
tails.
Madrid, 9 novembre, 9 h. 10.
Les élections municipales ont eu lieu à Madrid et
dans toute l'Espagne sans que l'ordre ait été sérieu-
sement troublé.
A Madrid, les républicains se sont abstenus; mais
ils ont signé un manifeste pour se compter. C'était
un véritable plébiscite. Ils ont réuni 35,000 signa-
tures. Les candidats monarchiques ont obteuu près
de 40,000 voix.
A Barcelone, les républicains tiennent la tête de
la liste élue avec plus de 30,000 voix; les catalanistes
n'en ont que 10,000.
En général, dans les grandes villes, on constate
une sérieuse augmentation de votes en faveur des
républicains, des démocrates et des libéraux, tandis
que les carlistes partout font piteuse figure.
Madrid, 9 novembre, 9 h. 30.
D'après les informations officielles, la majorité
des élections est un triomphe pour les candidatures
officielles.
On signale quelques collisions et désordres à Ca-
dix, à Valence et en Biscaye où, selon l'habitude, les
cléricaux et les réactionnaires ont acheté les votes.
A Bilbao, Valence, Teruel, Huelva, Barcelone,
Saragosse et Salamanque, les républicains sont en
tête des listes avec des majorités considérables.
Sofia, 9 novembre, 8 heures.
L'ouverture du Sobranié, le 13e en date, depuis la
constitution de la Bulgarie indépendante, est. fixée
au 14 novembre, pour la lecture du discours du trô-
ne par le prince Ferdinand ou par le premier minis-
tre général Pétrof.
Tout bien calculé, et quinze élections doubles dé-
falquées, le nouveau Sobranié sera composé de 174
députés sur 189, dont 114 stamboulovistes, 17rados-
lavistes à compter parmi les gouvernementaux jus-
qu'à ce qu'ils soient réhabilités de leur procès. Les
oppositionnels se décomposent ainsi 28 stoïlovistes
ou guechovistes, 7 zankovistes, 7 karavelistes,
fraction des jeunes, et 1 député indépendant, le pro-
fesseur Mihaïlovski, président d'un des deux comi-
tés macédoniens.
Parmi les projets de loi, le Sobranié aura à rati-
fier une série de prélèvements du cabinet, environ
30 millions, à la Banque nationale pour dépenses
militaires..
Le ministre de Russie, M. Bachmetief, ne s'est
pas mêlé aux élections, quoi qu'en prétendent les
journaux officieux.
Bucarest,, 9 novembre, 8 h. 10.
On annonce le prochain voyage du ministre des
affaires étrangères, Jonel Bratiano, à Vienne, Berlin
et Paris, où il s'emploiera certainement à préparer
le terrain pour le futur traité de commerce entre la
Roumanie et ces différents Etats.
{Service Havas)
Lyon, 9 novembre.
Une dépêche adressée de Munich à un journal pari-
sien et que la presse française a reproduite, annonçait
que l'ex-princesse de Saxe avait tenté de se suicider et
que, atteinte de folie, elle était gardée nuit et jour au
palais.
La vérité' est que l'ex-princesse de Saxe était à Lyon
hier et avant-hier, en compagnie de sa mère, la grande-
duchesse de Toscane, et qu'elle habite toujours au
château de Sain1> Victor, à Ronno, près Amplepuis, dé-
partement du Rhône.
Madrid, 9 novembre.
Une dépêche de Melilla dit que les Maures se sont
mis d'accord. La paix est rétablie. Plus de 8,000 ra-
tions de pain ont été réparties entre'les fugitifs.
L'ORGUE LAÏCISÉ
La fête de la Raison a été célébrée hier par
les soins de M. Charbonnel, sous la présidence
de M. Berthelot, dans la salle du Trocadéro.
Un culte nouveau est fondé. Comme le dit
l'Action de ce matin « L'orgue est laïcisé ».
Ce fut une longue et touffue cérémonie. Des
discours y furent prononcés, mais des inter-
mèdes les égayaient. On n'avait pas eu recours
à M. Coquelin cadet et c'est dommage. Mais
on récita des pages d'Eschyle et des pages de
M. Aulard. M. Clovis Hugues se fit entendre et
aussi M. Brémond du théâtre Sarah-Bernardt.
On chanta du Beethoven. On chanta du Méhul,
l'Hymne pour la fête des époux et même le
Chant du départ.
La victoire en chantant nous ouvre la carrière,
La République nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons périr.
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir.
Puis, pour effacer la fâcheuse impression de
militarisme qui se dégageait de ce chant guer-
rier, on reprit en chœur avec l'orgue Yln-
ternationale.
ainsi fait-on pour les renards et au bout d'un
instant, des interstices des murailles s'élancè-
rent les dernières victimes, rampantes et pres-
que asphyxiées.
Cette fois, ce fut tout. Moisson, et glane étaient
finies. L'étang avait donné ce qu'il pouvait. Il
restait à l'ensemencer d'une nouvelle graine,
qui au bout de trois ans, dans ce champ sans
labour qu'engraissait seule la rosée des nuages,
donnerait une autre récolte sans qu'intervînt la
main des hommes culture de Paradis terres-
tre, qui ne craint grêle ni tempêtes, où nul effort
n'est nécessaire, sinon de ramasser ce que la
nature bénévole vous porte dans la main.
Les jours suivants, encore, NoUgailhe eut des
occupations qui firent que Colette trouva moins
longue l'absence de Barrial.
Ce n'est pas tout d'avoir pêché le poisson mis
en réservoir, il faut s'en débarrasser et le vendre.
Chose assez souvent ennuyeuse, vu les débou-
chés en somme restreints et la difficulté d'en-
voyer loin la trop spéciale marchandise, laquel-
le doit arriver vivante dans les viviers urbains
pour s'écouler, tout le carême, au prix fort du
détail.
Cette année-là, le tout partit sans trop de
peine. Quelques belles pièces passant en ca-
deaux, l'achat fractionné de la foule, l'emplette
sur place de certains marchands, du premier
jour avaient réduit le stock. Puis survint un in-
dividu, meneur d'une charrette à bœufs mate-
lassée de paille. On y versa, en vrac, dix quin-
taux de toutes espèces et l'homme s'en alla
vers son pays, le pays bas des peds-tarrous (1)
dont il parcourrait les villages,. arrêtant ses
bestiaux sur la grand'place de chacun pour dé-
biter cette pacotille aquatique, là-bas aubaine
rare de gourmets.
Un autre jour, débarqua de Limoges à la gare
la plus proche une énorme et superbe dame,
annoncée par dépêche, que la voiture alla qué-
rir. Elle avait de très belles bagues, de grands
anneaux d'or aux oreilles, une pelisse de four-
rure et le parler quelque peu gras une poisson-
(1) Pieds terreux sobriquet des gens du bas Limou-
sin, dont la terre errasse colle aux chaussures.
SUs s'obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros, 1
Nous leur apprendrons que nos balles;
Sont pour nos propres généraux.
Ainsi « l'oeuvre de Pottier » corrigeait heu-
reusement ce qu'avait de compromettant le
poème de Joseph Chénier. Et la Raison était
vengée -de tout soupçon de cléricalisme.
M. Berthelot se retira, nous apprennent les
comptes rendus, «après le poème de Clovis Hu-
gues et avant la page d'Aulard, lue par M. Lu-
gné-Poé ». On ne nous dit point ce qu'il en pen-
sait et en vérité nous le regrettons. Il semble,
en effet, qu'entre l'existence de recueillement
fécond de l'illustre savant et cette parade
bruyante la contradiction soit telle que ce dut
être pour lui une surprise désagréable de s'y
voir soudainement mêlé. Cette contradiction
apparaît d'ailleurs avec une netteté frappante
lorsqu'on lit le discours de M. Berthelot. Les
pensées libres et fortes qui s'y trouvent expri-
mées sont le désaveu le plus complet qui se
puisse concevoir des méthodes chères à V Action.
Et notre confrère, en plaçant son carnaval laï-
que sous le patronage de ce discours a l'air de
faire à ses lecteurs une mauvaise plaisanterie.
Ecoutez M. Berthelot
Nous avons élargi notre horizon au jour présent,
nous ne devons plus nous laisser entraîner dans la
tempête jusqu'à répondre à la violence du fanatisme
par une violence contraire; nous devons conserver
toujours la dignité sereine et ta bienveillance pour tous,
qui conviennent aux interprèles de la Raison.
Et plus loin
La théocratie dans l'histoire du monde a toujours
joué le rôle d'un parasite qui vit aux dépens des na-
tions et qui ne cesse d'y développer, comme en vertu
d'un virus spécifique, le fanatisme, l'intolérance et
la superstition. Sa nous voulons l'écarter, ce n'est pas
pour remplacer son oppression par la nôtre: c'est au
contraire pour laisser à chaque individu la liberté
complète de ses opinions, de ses croyances et de ses
pratiques personnelles.
En d'autres termes, poursuivons la lutte jus-
qu'à l'émancipation. Ne la poussons jamais jus-
qu'à la persécution. Trouvons dans le respect
des libertés d'autrui la garantie de nos libertés
propres. Et, comme le disait un autre orateur
de la réunion, M. Ferdinand Buisson « Ne de-
mandons à l'Etat que de faire disparaître tous
les privilèges, tous les monopoles. Qu'il nous
assure la Liberté et la Raison. Rien de plus. »
Et tout cela, assurément, est fort noble et fort
élevé. Et nous y reconnaissons avec joie le lan-
gage d'esprits affranchis et de penseurs vrai-
ment libres. Mais, entre ces penseurs libres et
les libres penseurs qui leur faisaient hier un
cortège déconcertant, nous discernons un abî-
me. Entre la conception de M. Berthelot et celle
de M. Charbonnel, nous cherchons en vain les
points de contact. Nous entendons bien que
l'un prêche la sérénité, la dignité, la bienveil-
lance. Mais nous voyons l'autre regretter que
« les incendiaires d'églises y mettent le feu la
nuit, quand elles sont vides, et non pas au mo-
ment où les dévotes sont à la messe ». M. Ber-
thelot se prononce avec sa coutumière clarté
pour la liberté complète. Mais les rédacteurs de
l'Action se chargent de lui répondre.
Oui, s'écrient-ils, nous le jurons à tous les Dou-
ble-Face, nous ferons voir ce que nous pouvons faire
dans l'opposition. ayant déjà pas mal fait dans le
ministérialisme, même circonspect, en qualité d'A-
paches. Dans les quinze jours, nous nous chargeons
bien de provoquer, rien qu'avec nos groupes do la
Libre Pensée, d'un bout à l'autre du pays, quinze
cents, deux mille meetings de protestation et d'ac-
tion directe.
Il y aura tes incidents nécessaires. Il y en eut lors
des processions, et on eût pu encore tes aggraver.
Nous recommencerons.
Et,à l'appel des philosophes réclamant la to-
lérance et la paix, ils opposent la promesse de
désordres systématiques, le règne de la
« Libre Pensée » à coups de matraques et de
gourdins.
S'il en est ainsi, c'est qu'entre les uns et les
autres, il y a, il y aura toujours la distance qui
sépare la liberté de l'oppression. M. Berthelot
est un homme. de science et de critique. Ses
amis d'hier n'estiment que le droit du plus fort.
La raison ne se distingue point du libre et sincère
examen. La « Libre pensée », avec ses diman-
ches et ses jours fériés tels que nous les annon-
ce,M. Charbonnel, est une Eglise autoritaire, et
ceux qui la desservent y portent une mentalité
de sacristie. On peut attendre d'eux une trans-
position du fanatisme rien de plus. Bedeaux
ils étaient hier. Bedeaux ils seront demain. Et
la même discipline qu'ils mettaient en d'autres
temps ou en d'autres pays au service des Reli-
gions d'Etat, ils la mettront désormais à celui
de l'Irreligion officielle.
C'est pourquoi, sans attacher à leurs opéra-
tions une excessive importance, on peut re-
gretter que des hommes dont la France s'ho-
nore, couvrent de leur autorité ces petites fêtes
de famille ou de secte. Sans doute, par le
langage qu'ils y tiennent, ils dégagent leur per-
sonnalité des solidarités compromettantes. Mais
mieux vaudrait encore qu'ils n'eussent point à
se dégager et laissassent, en restant chez eux,
à cette liturgie nouvelle, son véritable carac-
tère de cuisine électorale.
̃
POLITIQUE ET RELIGION
L'archevêque de Rouen, Mgr Fuzet, a adressé au
clergé et aux fidèles de son diocèse une lettre pasto-
rale conçue en excellents termes, et dont les idées
directrices paraîtront irréprochables aux républi-
cains les plus sourcilleux. Le principe énergique-
ment développé par ce prélat est que le clergé doit
s'abstenir de toute politique. Mgr Fuzet montre que
la politique n'a pas porté bonheur au clergé, ni à la
nière cossue qui avait fait le voyage pour trai-
ter à meilleur escient. A l'égard monétaire
aussi c'était une grosse cliente les Vaujour
furent pleins d'attentions. Mais cette boule
alerte conclut rondement son marché qu'on
exécuta vite. Le niveau baissé dans les réser-
voirs, les bottes suiffées reparurent et ce fut
de nouveau la poche lourde des fourrés déver-
sant sur le sol ses captures miraculeuses, trans-
portées cette fois en des paniers où l'on alignait
sur la paille, tête contre queue et queue contre
tête, ventre en l'air et serrées pour éviter les
soubresauts, l'armée prisonnière des carpes
dont les gueules bâillaient, convulsives, et dont
les abdomens sanguinolents avaient des spas-
mes d'agonie.
Tout enfin prêt, pesé, étiqueté, compté,
chargé, payé, la belle grosse dame, reprenant
sa fourrure, ses gants et son chapeau, monta à
son tour sur le siège, en laissant pour adieu, à
la mère de Colette, cette phrase de compli-
ment
Votre petite gosse, elle a des yeux à la per-
dition de son âme.
Et maintenant plus un poisson ne peuplait les
bassins, où pulluleraient désormais à l'aise les
renouées et les lentilles d'eau. Nettoyé du sa-
ble vaseux, le carpat présentait, sous un filet
d'eau obstiné qui malgré toutes précautions fil-
trait au travers de la bonde, un pavé inégal dans
les interstices duquel les joncs, les prêles et
aussi le cresson allaient croître pendant trois
ans. Le pré d'aval lui-même, oublieux de l'inon-
dation, reverdissait, engraissé au contraire, et
dans la prison de ses berges le ruisselet rede-
venu clair murmurait à peine, asile calme aux
ébats des vairons.
Colette avait reçu de Léopold les manuscrits
promis; elle s'était mise à la copie, et son en-
thousiaûie fervent faisait s'empiler feuillets sur
feuillets.
Mais le petit scribe assidu, dans son bonheur
à déchiffrer des pages inédites, sentait éclore en
soi un sentiment nouveau.
Non, rien décidément n'était si beau que de
faire palpiter la vie humaine avec si peu du
papier et de l'encre Rien de si orodigieuxque
religion. L'imprudente intervention des évêques,
des prêtres et des moines dans les luttes des partis
les a rendus suspects aux yeux des populations, qui
ne veulent à aucun prix du « gouvernement des
curés » et ces fautes ont exposé l'Eglise aux repré-
sailles des républicains, qui ont été fondés à crain-
dre que la République elle-même ne fût menacée
par l'alliance du cléricalisme et des diverses formes
d'opposition anticonstitutionnelle. L'archevêque de
Rouen ordonne en conséquence à ses prêtres de re-
noncer définitivement à une erreur si funeste, d'ac-
cepter la situation qui leur est faite et de consacrer
désormais tous leurs efforts à leur ministère reli-
gieux.
Ces paroles n'ont pas eu l'heur de plaire à M.Paul
de Cassagnac, qui partage avec les spécialistes d'un
certain anticléricalisme la palme de la polémique
antiépiscopale. La truculence du vocabulaire du ré-
dacteur en chef de l'Autorité, lorsqu'il lui arrive d'é-
reinter un prince do l'Eglise et cela lui arrive
souvent fait la joie des amateurs de style roman-
tique. Cette fois, notre virulent confrère s'est dé-
passé lui-même. Il commence ainsi « Mgr Fuzet,
archevêque de Rouen par la grâce de la Gueuse, est
de ceux qui payent leur mitre argent comptant. »
Un peu plus loin, il accuse ce prélat d'être «vendu
à la République ». Il le montre, digne successeur de
Cauchon, poursuivi par le souvenir de cette Jeanne
d'Arc « qu'il eût ordonné de brûler. » II faut encore
citer la conclusion « Cette théorie ( de Mgr Fuzet)
est dégradante pour le prêtre et ne peut être prê-
chée que par un prélat qui digère et dort dans la pour-
pre, se moquant des souffrances de l'humble curé
de campagne et assistant, les yeux secs, le cœur
froid, à la proscription de deux cent mille religieux
et religieuses, dont l'unique crime fut de ne pas
avoir, comme lui, baisé l'orteil de Satan ». Com-
ment n'être pas charmé de ce petit morceau ? 2
Un évoque que M. de-* Cassagnac n'accusera pas
do baiser l'orteil de Satan, c'est Mgr Turinaz, évo-
que de Nancy. Celui-ci estime, comme M. de Cassa-
gnac et contrairement à Mgr Fuzet, que le devoir
du prêtre est de se mêler activement aux affaires du
pays afin de combattre les mauvaises lois, les mau-
vais députés, les mauvais gouvernements. Dans
une allocution aux membres du clergé de sa ville
épiscopale, il a dénoncé les modérés, qui n'ont, d'a-
près lui, « ni principes, ni caractère etles « habiles »
dont les perpétuelles concessions n'ont servi de rien.
Ici, l'évêque de Nancy oublie que ces habiles ont été
peu nombreux et que leur habileté fut tardive. Si
les directions de Léon XIII avaient été plus fidèle-
ment et plus promptement suivies, si les catholiques
et une partie du clergé ne s'étaient pas acharnés à
faire de la politique réactionnaire, malgré les avis
du pape et de la raison, les intérêts du catholicisme
y auraient gagné, et la cause de la liberté religieuse
s'en fût bien trouvée.
Entre l'évêque de Nancy et son confrère de Rouen,
les préférences du nouveau pontife Pie X ne sont
probablement pas celles de M. Paul de Cassagnac.
C'est du moins ce que l'on peut inférer d'une inter-
view du Saint-Père, publiée par M. Henri des Houx
au Matin. Pie X a exposé, dans cet entretien, la con-
ception générale qu'il s'est faite de sa mission. Il
considère que « l'Eglise no saurait être inféodée à
aucun parti », que les catholiques doivent subir pa-
tiemment, comme le Christ, les épreuves et les tri-
bulations, régler leur conduite « sur les divins mo-
dèles et lespréceptes del'Evangile », tenir pour (c mes-
quines » et écarter « les préoccupations de partis ».
Bref, conclut M. des Houx, Pie X subordonnera « la
politique et la diplomatie à l'apostolat populaire »
il sera « le pape de l'Evangile, le pape du catéchis-
me, le pape apostolique ». Puissent les conseils si
sages et si opportuns de Pie X ne pas se heurter à
la résistance incorrigible des cléricaux français I
'̃ ̃' ̃ m
LA SANTÉ DE GUILLAUME II
Une nouvelle bien inattendue a été apprise hier
aux Berlinois, par la Gazette de l'Allemagne du Nord
qui a inséré la note suivante qu'elle se disait auto-
risée à publier
L'empereur s'est soumis aujourd'hui à l'opération
d'un polype des cordes vocales.
L'opération a été faite par le conseiller intime et
professeur Moritz Schmidt et a très bien réussi. L'em-
pereur devra toutefois s'abstenir de parler jusqu'à ce
que la plaie causée par l'opération soit guérie.
Potsdam, 7 novembre 1903.
LEUTHOLD, MORITZ SCHMIDT.
La Gazette de l'Allemagne du Nord annonçait, en
outre, qu'il résultait d'un examen microscopique au-
quel s'était livré le conseiller intime Orth, que le
polype de l'empereur était composé d'un tissu con-
jonctif très mou, contenant très peu de cellules et
recouvert d'un épithélium uni, disposé en couches
régulières et se distinguant partout très nettement
du tissu conjonctif.
Une partie des cellules du tissu conjonctif con-
tient des granules pigmentaires fins et bruns, pro-
venant évidemment de petits écoulements de sang
qui ont eu lieu anciennement. Le polype contient un
certain nombre de vaisseaux sanguins à paroi mince
Il s'agit donc d'un polype tout à fait bénin du tissu
conjonctif.
Les journaux ne paraissant pas le dimanche soir
à Berlin, la nouvelle1 produisit une énorme sensa-
tion. Dans toute l'Allemagne, du reste, l'émotion fut
vive.
Malgré l'affirmation des médecins déclarant qu'il
s'agit d'une tumeur bénigne, les commentaires du
public sont pessimistes. On se rappelle involontai-
rement la terrible maladie à laquelle a succombé le
père de Guillaume II, l'empereur Frédéric III.
C'est avant les fêtes de Wiesbaden que l'empe-
reur ressentit les premières atteintes de son mal de
gorge. Pendant la visite du tsar, il avait des dou-
leurs aiguës. L'empereur a été opéré déjà plusieurs
fois de plusieurs excroissances analogues à la joue
et dans l'oreille. Ces opérations furent faites par le
professeur Trautmann maintenant décédé, et il ne
fut jamais rien publié à ce sujet.
L empereur revenant de Darmstadt, est arrivé au
Nouveau Palais, à Potsdam, vendredi matin, et n'a
pas laissé voir à ce moment qu'il était souffrant.
de peindre toutes les nuances, de sculpter toutes
les formes, de noter toutes les cadences, avec
les vingt-cinq lettres de l'alphabet. Quel don
c'était, de pouvoir mettre en œuvre toutes ces
richesses I Ah I elle comprenait qu'on eût ap-
pelé les poètes divins 1 Et une ambition lui mon-
tait de composer elle aussi de belles histoires,
un regret de n'être sans doute pas née pour ré-
pondre à de pareils appels.
Elle avait bien, parfois, tenté d'envelopper
telles de ses visions dans une strophe, dans un
rythme.Mais manier un vers était affaire si
délicate et si difficile l II fallait être si expert
pour se faire obéir de ces lignes pourtant si mal-
léables et si souples, qui, après avoir pénétré le
ciel et la terre revenaient à la rime dans un chu-
chotement mystérieux l
Ah du moins si elle ne pouvait tirer parti
pour son propre compte de ses idées, de ses
imaginations, de tout ce que lui raconteraient
ses yeux et ses oreilles, elle en saurait faire pro-
fiter l'ami
Et la voilà notant mille trouvailles, auxquelles
jusqu'à cette heure elle n'avait pas pris garde,
et rassemblant des documents à l'intention de
l'écrivain qu'elle se sentait déjà aimer si fort.
Dé jour en jour, l'étang se remplissait. Avec
l'approche du printemps, on eût dit, de cette
eau montante, une poussée de sève comme celle
qui commençait à teindre de la couleur du sang
les brindilles gonflées des boulonniëres, à pi-
quer du vert tendre des bourgeons éclatés le
moutonnement brun des pépinières résineuses.
Comme la copie en progrès mordait dans le
brouillon sans cesse, de même ce miroir s'élar-
gissait en rongeant la bordure que lui faisait la
grève recouverte d'un semis clair de végéta-
tions frêles. On le sentait tendre insensiblement
vers la limite marquée par un relief de joncs ou
d'herbes jaunes, en épousant de plus en plus le
contour définitif, tel un être en croissance
s'achemine vers son gabarit de maturité.
Alors on réempoissonna, avec du nourrain de
carpe et de tanche. Pour le brochet, on n'en re-
met jamais, on en trouve toujours, apporté
qu'il est, prétend-on, par les canards sauvages,
à l'état d'œufs soit collés à leurs pattes, soit
D'après la Gazette de la Cour, il a fait, ce jour-là, une
promenade avec l'impératrice. Samedi matin, jour
de l'opération, il s'est occupé des affaires de l'Etat,
comme d'habitude. Cependant, il n'est pas douteux
que les dispositions pour l'opération avaient été pri-
ses depuis quelque temps. x
Le premier bulletin indique que l'opération a été
bénigne. Une opération de ce genre n'exige pas
l'emploi du chloroforme ou de l'éther, et dans les
milieux médicaux, on croit qu'il n'a été fait usage
que de cocaïne.
L'empereur a gardé hier la chambre et a passé
une journée calme. Il a dormi toute la nuit sans in-
terruption." L'aspect de la petite plaie est tout à fait
satisfaisant. Il n'y a ni douleur ni malaise dans la
gorge. La température était de 36°3, et il y avait
60 pùlsations. K
On fait remarquer que le prince impérial est parti
pour la chasse avec M. de Trotha, maréchal de la
cour, et que c'est là une preuve certaine que l'état
do Guillaume II est satisfaisant.
LES RESSOURCES DU RECRUTEMENT
EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
Dans un lettre, qu'il a rendue publique, il y a
quelques semaines, M. Colin, député d'Alger, dé-
clarait qu'il lui semblait possible et indispensable
« de réaliser des économies très importantes sur
le budget de la guerre, car c'est surtout sur ces
économies qu'il faut compter pour alimenter le
budget de la solidarité sociale, dont les besoins
sont aussi urgents que considérables, et auquel il'
devient de moins en moins possible de marchander
les crédits. »
« N'ayant pas une population comparable à celle
de l'Empire allemand, ajoutait l'honorable député,
nous ne pouvons appeler et entretenir le même
nombre d hommes sous les drapeaux. Si, jusqu'à
présent, nous sommes à peu près arrivés à le faire,
c'est en enflant nos effectifs d'éléments qui en
grossissent la chiffre sans en augmenter la force.
Pour être refusé par les conseils de revision, il
faut, à l'heure actuelle, êtra manifestement im-
propre à tout service.
» On enrégimenteles débiles comme les vigoureux,
parce qu'il faut à tout prix maintenir les effectifs.
» Si l'état sanitaire de notre armée est notable-
ment inférieur à celui de l'armée allemande, cela
tient pour beaucoup à ce que les conseils de revi-
sion opèrent avec une sélection infiniment plus
rigoureuse que chez nous, et peuvent ainsi exclure
de l'armée tous les jeunes gens peu aptes à sup-
porter les fatigues de la vie militaire. »
La lecture de cette lettre a déterminé un offi-
cier de nos amis, particulièrement compétent en
ces matières, à nous adresser une étude très docu-
mentée, dans laquelle il établit que l'assertion de
M. Colin n'est pas tout à fait exacte. Il nous est
impossible de, reproduire intégralement ce tra-
vail, en raison de son caractère technique mais
il présente trop d'intérêt pour que nous n'en don-
nions pas une analyse, et pour que nous n'en ci-
tions pas quelques passages
On répète volontiers que les conseils de revi-
sion allemands ont à examiner, chaque année,
1.200.000 jeunes gens, tandis que nosllistes de re-
crutement n'en comprennent guère plus du tiers
(325.000 en 1902 et en 1903). Ce n'est pas tout à
fait exact. « On ne peut comparer, évidemment,
que ce qui est comparable or, les 1.220.000 jeunes
gens examinés en 1900 je ne possède pas de ren-
seignements plus récents par les conseils de
revision allemands se composaient de 515.000 con-
scrits de l'année, les 700.000 autres étant des
ajournés des années précédentes ce sont, évi-
demment, ces 515.000 hommes atteignant l'âge du
service militaire qui doivent être mis en regard
des 325.000 Français portés sur les listes de recru-
tement. »
Mais, d'abord, pourquoi donc le nombre des
ajournés est-il aussi élevé en Allemagne ? Parce
que l'âge légal du service y est d'un an inférieur
à ce qu'il est chez nous, et que, par suite, les
jeunes gens appelés pour la première fois doivent
être en moyenne moins développés que chez nous.
Ceci, explique que plus de la moitié d'entre eux
sont ajournés la première fois. L'Allemagne n'y
perd rien, car l'ajournement ne dispense pas chez
elle, comme chez nous, d'une partie du temps de
service dû normalement à l'Etat.
Sur 515.000 hommes environ atteignant l'âge
d'être soldats, l'Allemagne en a incorporé
273.000 en 1900, tant dans l'armée que dans
la marine, tant comme appelés que comme
engagés volontaires. Mais ce chiffre de 273.000
comprend-il la totalité des jeunes gens reconnus
aptes au service ? Pas le moins du monde.
80.000 environ ont été reconnus bons et néanmoins
classés dans « l'Ersatzreserve », catégorie qui com-
prend les soutiens de famille, les hommes qu'un
intérêt commercial ou industriel- peut-être aussi
un intérêt politique fait maintenir dans leura
foyers, enfin ceux qu'on désigne sous le vocable
d' « Uberzœhlig » (en surnombre), c'est-à-dire ceux
que leur numéro de tirage dispense du service en
temps de paix parce qu'il n'existe pas de cadres
pour les recevoir et de crédits pour les entretenir.
Mais,ne nous y trompons pas, ces hommes no sont
pas des « demi-bons » ils prennent part à des
périodes d'exercices en temps de paix, et, à la
mobilisation, ils sont appelés immédiatement à
compléter les effectifs des dépôts.
Il résulte de ce qui précède que 353.000 hommes
ont été, en 1900, déclarés bons pour le service en
Allemagne, alors que 515.000 jeunes gens attei-
gnaient l'âge du service. Le rapport est, en réa-
lité, de 68 pour 100.
Revenons en~France. L'année 1903 y a donné en-
viron 325.000 inscrits, sur lesquels on nous annonce
que 196.000 seulement seront appelés. Le nombre
des engagés volontaires et des jeunes marins in-
scrits n'est pas encore connu; mais, en le suppo-
sant de 31.000, comme l'année dernière, et il
ingérés dans l'intestin, que, réfractaires au suc
gastrique, ils traversent impunément.
Il fut amusant pour Colette de voir tout ce
fretin reprendre vie, s'en aller peu à peu, qui
assez vigoureux, qui tournant tant soit peu
le ventre, vers les demeures nouvelles con-
cédées pour trois ans, C'était comme un adieu
d'ingrates que vous faisaient de la queue les
bestioles, à mesure que ranimées elles plon-
geaient dans la profondeur. Le temps se trou-
vant plutôt froid par un vent du nord assez
aigre, l'opération réussit pleinement. Bien que
l'étang d'alevinage fût distant de quatre ou
cinq lieues, tout ce petit monde aquatique avait
très bien supporté le voyage; et peu nombreux
furent les malades, à qui, très charitablement,
la jeune fille soufflait dans la bouche et les
ouïes, truc efficace pour les ressusciter.
Il ne restait plus qu'à attendre.
A présent c'était le printemps avec l'éclosion
de ses premiers bourgeons, le déploiement dé
ses feuilles neuves. L'étang avait recouvré son
niveau. Aux deux extrémités de la chaussée,
par les chenaux de fuite, l'eau s'écoulait en cas-
cades mousseuses qui mettaient aux deux flancs
du val une écharpe de blancheurs mobiles. Et
le bruit joyeux de ces chutes faisait une trame
sonore sur laquelle se détachaient, en arabes-
ques claires, les chansons des mésanges et les
cris répétés des sitelles, ces petits pics à la
livrée de martin-pêcheur défraîchi.
Dans ce cadre reverdissant, avec la fin de
mars passait l'échelonnement des migrations
printanières. Au matin, les premiers regards
se portant sur l'étang cherchaient, comptaient
de petites choses mouvantes qui étaient des
bandes de canards évoluant au plein large, près
de la hutte heureusement pour eux inhabitée.
Quand on longeait les bords, aux traversées des
boulonnières, c'était parfois l'essor rapide et
flasque tout ensemble d'une bécasse rousse, ou
bien, dans les touffes de joncs, le zigzag subit
d'une bécassine qui fuyait, criant aigrement.
Sur les herbes basses des rives, la silhouette
grise d'un héron se dressait solitaire. Les jours
de grand vent d'ouest, des hirondelles de mer,
apportées sur l'aile de la rafale et sur lesquelles
ne saurait y avoir à cet égard de grosses difféf*
rences, on n'arrive qu'au chiffre de 227.000 in*
corporations, chiffre correspondant à 69 pour 100
des inscrits, tout comme en Allemagne, en 1900«
Qu'on ne dise donc plus que si les maladies con-
tinuent à être plus fréquentes chez nous que dans
l'armée allemande, il faut en chercher la causa
dans le peu de sévérité des conseils de revision <
Peut-être, convient-il d'en accuser plutôt les pro-
grès de l'alcoolisme chez nous.
Ayant établi ce point, notre correspondant com-
pare les effectifs entretenus en France et en Alle-
magne
« M. Messimy, dans le préambule de son exposé)
des motifs, fait valoir que, pour une population
de 56 millions d'habitants, l'Allemagne aurait
650.000 hommes sous les drapeaux, alors que, pour
39 millions,. la France entretiendrait sous les armes
660.000 Français, déduction faite des soldats étran-
gers et indigènes. Ces chiffres méritent, eux aussi,
d'être examinés de très près, et surtout il semble
indispensable de considérer non pas ce qui se pas-
sait ces années dernières, mais ce qui va se passer
demain.
» Essayons donc de faire le décompte des hommes
qui seront présents sous les drapeaux dans les
doux pays pendant l'année 1904.
» Naguère, cette opération était malaisée, parce
que chez nous on ne connaît que l'effectif budgé-
taire, lequel est un effectif moyen, tandis que*
chez nos voisins, on se trouvait en présence d'un
effectif fixe, qui ne variait jamais d'un bout de
l'année à l'autre, attendu que tout homme quit-
tant le service était aussitôt remplacé par un
homme du « Nacheraatz », maintenu d'abord pro-
visoirement dans ses foyers. Mais la loi allemande
de 1893 a supprimé le « Nachersatz », et, main-
tenant, l'Allemagne est soumise, tout comme nous;
aux fluctuations d'effectifs au début de l'année
militaire, on dépasse le quantum légal, pour tom-
ber au-dessous à la fin de l'été, et surtout après
le départ de la classe libérable. La comparaison des
effectifs est devenue possible et légitime.
» Or, voici quels ont été les chiffres budgétaires
des deux armées en Allemagne, dans ces dernières
années
Troupe ï ï h ï t t i Hommes. 495.000
Sous-officiers 81.000
Officiers et fonctionnaires assimilés. 32.500
Employés militaires assimilés aux hom-
mes de troupe 2.500
Marine (officiers et matelots) 33.500
Elément européen des troupes de pro-
tectorat e 1.500
Troupes d'occupation en Chine, avec
leurs dépôts présents en Allemagne.. 7.000
Total.. y ï s î ï Hommes. 653.000
Il s'y ajoute
Volontaires d'un an, non soldés par
le budget 11.000
Total général. t ï Hommes. 664.000
» Le Gouvernement impérial se propose de de-
mander, pour l'année prochaine, une augmentation
d'effectif de 15.000 hommes, ce qui portera le total
à environ 680.000, au lieu de 650.000, chiffre indi-
qué par M. Messimy. Et je ne parle pas des aug-
mentations prochaines de la flotte, qui, lorsque le
programme de constructions navales sera exécuté,
devra comprendre 58.000 officiera et matelots, au
lieu de 33.500. En attendant, nous pouvons con-
clure que, dès 1904, les Allemands auront, sous les
armes, 121 hommes pour 10.000 habitants.
» Passons maintenant à la France.
» Le projet de budget de 1904 prévoit, pour l'armée
métropolitaine, 26.000 officiera et 519.000 hommes
de troupe. Pour ne conserver que les éléments
comparables à ceux de l'Allemagne, déduisons en-
viron 30.000 hommes provenant des indigènes, des
étrangers et du contingent français d'Algérie. En
revanche, ajoutons 50.000 hommes de la marine et
50.000 officiera et soldats, représentant l'élément
européen des troupes coloniales, stationné soit dans
la métropole, soit dans les colonies. Au total, la
Franco entretiendra, l'année prochaine, 615.000
hommes sous les armes au lieu de 660.000,
chiffre indiqué par M. Messimy. Comme la popu-
lation est de 39 millions d'âmes, il y aura 157 sol-
dats pour 10.000 habitants, soit 36 de plus qu'ep
Allemagne. »
Que se passerait-il si nous prétendions ramener
notre « pour mille » à celui de l'Allemagne, comme
certains le désirent Avant de répondre, il importe
de décompter les troupes coloniales, les dépôts de
ces troupes dans la métropole, les marins, et de
les séparer des troupes stationnées dans la métro-
pole et affectées à la défense de ses frontières.
En Allemagne, la première catégorie comprend
42.000 hommes, soit 7 pour 10.000 habitants, et la
seconde 638.000 hommes, soit 114 pour 10.000 habi-
tants.
En France, nous avons 50.000 marins, auxquels
s'ajoutent les troupes dites coloniales on peut en
retrancher une dizaine de mille hommes provenant
du contingent annuel et qui ne vont pas aux colo-
nies, mais il faut y joindre les soldats issus de
France que nous sommes bien forcés d'entretenir
en Algérie et en Tunisie. Leur nombre ne peut
guère descendre au-dessous de 40.000. Ainsi, nous
avons 130.000 hommes pour le service de la flotte
et des colonies, soit 33 pour 10.000 habitants, au
lieu de 7 seulement que nous venons de trouver
en. Allemagne. Il ne nous reste donc que 485.000
hommes pour les troupes de la métropole soit
124 pour 10.000 habitants à opposer aux 638.000
hommes de l'Allemagne, représentant 114 soldats
pour 10.000 habitants. Ceci établi, notre corres-
pondant ajoute
« Èh bien supposons qu'on ramène l'ensemble
de nos forces au taux de l'Allemagne, c'est-à-dire
à 121 pour 10.000. La réduction, qui serait da
140.000 hommes, ne porterait évidemmenfni sur la
marine, ni sur les troupes coloniales, .dont de ré-
cents décrets viennent de fixer la composition,
d'après les besoins urgents de la défense des colo-
nies. Les troupes métropolitaines seules seraient
atteintes elles descendraient à l'effectif de 345.000
hommes environ. C'est-à-dirô que la France, qui.
Colette défendait qu'on tirât, égayaient le pay-
sage de leurs blanches évolutions.
La vaste nappe d'eau dormait, dans la ver-
dure envahissante qui couronnait maintenant la
tête souple des bouleaux et pointait, espoir vic-
torieux, par-dessus la défaite aplatie et lassée
des herbages d'antan. Peu à peu, dans tout le
décor, s'effectuait l'avènement de la grande vie
estivale. Tout poussait, tout croissait, tout se
mouvait et tout chantait. La bise n'avait plus
ses voix aigres dans les pinèdes, et mille petites
fleurettes s'épanouissaient entre les bruyères,
tandis que le murmure ininterrompu des rai-
nettes, dans les soirées déjà tiédies, semblait
faire vibrer l'atmosphère sous le frôlement in-
visible de quelque archet immatériel.
De la saison nouvellement venue, Colette res-
sentait, en même temps que l'émotion qu'elle
porte en elle, sa force mystérieuse. Et, pour-
tant, quelquefois encore, une double tristesse
étreignait l'enfant et la terre. C'était quand
Léopold retardait un peu sa visite, c'était quand
le matin se levait parmi les brouillards.
L'humidité, alors, saturait tout, avant là
naissance du vent. Aux arbustes de la chaussée
une perle pendait à chaque bourgeon entr'ou-
vert; et, aux moindres secousses, c'était une
pluie de gouttes larges et froides qui tombait
sur le sol, pendant que le rameau, privé de sa
parure, se redressait plus souple et plus léger,
ainsi que se relève un front de reine frêle que
n'écrase plus son diadème. Aux autres plans,
rien de visible qu'une brume imprécise où sa
fondaient le ciel et l'eau. Seule la portion pro-
che des rives, formant comme une baie, se ré-
vélait en moutonnements flous de formes à;
peine indiquées. Et l'horizon semblait ouvert
sur une mer, une mer calme dont nul zéphyr,
nul flux n'agitait la surface. Du fond de cetta
rade embrumée et paisible, l'œil cherchait in*
stinctivement des formes longues de navires,
ou des apparitions aériennes de vergues et ai
mâts embroussaillés par des cordages..
VERLHAC-MONJAUZE.
(A suivre).
~~=~L<
~–J~h-"
MARDI 10 NOVEMBRE 1903.
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Le Journal et les Régisseurs, déclinent toute reiponsabilitê quant à leur teneur
TÉLÉPHONE. S LIGNES:
N" 103 0*7 IO3.OS 1O3.O9 lig.S'T 11S.4O
Paris, 9 novembre
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
RÉSULTRTS DE LA LOI AGRAIRE EN IRLANDE
t,a loi agraire irlandaise'de M. Wyndham a
été adoptée pendant la dernière session législa-
tive. C'est même le seul grand succès du gou-
vernement. Elle est devenue la charte de l'Ir-
lande nouvelle. Depuis le 2 novembre dernier
elle est partout en vigueur. Il faut maintenant
savoir comment le peuple irlandais s'en servira.
Va-t-il en profiter pour rétablir la prospérité de
l'île? Et comment? `1
Certes, la mesure n'est point banale. Elle a
mis la propriété de la terre à la portée du
paysan. L'Etat, pour servir les cultivateurs,
exproprie et rembourse le landlord. Il revend lé
sol aux tenanciers et les fait payer par annuités.
Mais il leur demande moins pour acquérir leur
iopin qu'ils p'en payaient en fermage pour ne
rien acquérir du tout. C'est, quand on y regarde
de près, l'application la plus manifeste de la
théorie de l'Etat-providence. C'est un socia-
lisme d'Etat non déguisé. Il est vrai que ce so-
cialisme travaille à se détruire lui-même, puis-
qu'il a pour résultat de créer une classe nou-
velle de petits propriétaires. Qu'est-ce que cela
prouve, sinon que les Anglais n'ont pas peur
des mots et que, seules, les réalités leur impor-
tent, pourvu qu'elles soient bienfaisantes?
Mais c'est précisément parce qu'ils ont le
goût de la réalité que tant d'amis anglais de
l'Irlande, éclairés par un siècle d'expériences,
sont en train de se demander si la récente loi
agraire aura bien l'effet qu'on espère, c'ést-à-
dire si elle ramènera la prospérité suivie du
calme dans l'île appauvrie et ruinée.
Il est vrai que les grandes lois irlandaises de-
puis Gladstone ont, de plus en plus, facilité
l'acquisition de la terre par les petits paysans.
L'Acte de 1870 leur a assuré la compensation
pour les améliorations apportées à sa'ferme.
Celui de 1881 les a garantis contre les fermages
exagérés et les arendus inexpulsables aussi long-
temps qu'ils payaient leur fermage. En 1885, cent
vingt-cinq millions; en 1888, cent vingt-cinq
autres millions; en 1891, huit cent vingt-cinq
millions ont été consacrés par la métropole a
faciliter aux paysans de l'Irlande l'acquisition
de leurs fermes.
Il y a dix ans, une grande démocratie de
trente mille petits propriétaires avait été créée.
On croit qu'il en sortira cent mille de l'applica-
tion de la loi nouvelle.
Oui, mais si ces cent mille ne réussissent pas
mieux-que les trente mille qui existaient en
1893, à rendre leurs cultures profitables et leurs
domaines prospères, à quoi donc aura servi
l'énorme effort de l'Angleterre?
Or, il apparaît de plus en plus clairement que
les révolutions légales dans le système de la
propriété ne suffiront en aucune façon, par leur
vertu propre, à ressusciter l'agriculture irlan-
daise. Propriétaire ou tenancier, si le paysan
irlandais continue de se livrer aux mêmes cul-
tures et de la même façon, il continuera aussi de
vivre dans la misère, toujours prêt à la révolte.
Il est inutile qu'on réforme les lois agraires s'il
ne se réforme lui-même. Et il faut, puisqu'on
lui donne la terre, qu'il apprenne à la faire
fructifier.
Pendant le dernier siècle, la culture de la
pomme de terre, qui demande peu de soins et
peu de travail, était la seule grande culture irlan-
daise. La leçon des famines a démontré que
c'était là une fatale imprudence. Alors on s'est
^nis partout à faire de l'élevage, et des cantons
entiers se sont trouvés transformés en prairies.
Les prairies gagnent encore du terrain de nos
jours avec une rapidité inquiétante. La terre
des pommes de terre est en train de devenir la
terre des herbages, c'est-à-dire qu'elle fournit
de moins en moins de travail à ses habitants.
Sur la même étendue de terrain, les prairies
nourrissent sept àhuitfois moins d'hommes que
la culture.
II faudra que les petits propriétaires irlandais
nés de la récente loi agraire renoncent à l'éle-
vage qui tendrait fatalement à la reconstitution
des grands domaines et continuerait de favo-
riser le fléau de l'émigration. Ils devront, selon
toute probabilité, se mettre à la petite culture
comme les habitants des îles Scilly et comme
ceux des îles anglo-normandes. Là est leur
salut.
Aux Sorlingues, une population misérable et
une terre de famine ont été transformées par
l'énergie d'un grand propriétaire, M. A. Smith,
en véritables greniers d'abondance grâce à l'in-
troduction de la petite culture intensive. Jersey
et Guernesey ont eu la même fortune. Ce sont
maintenant les jardins maraîchers de Londres.
Il est probable, disent les experts, que l'Irlande
morcelée en tout petits domaines devra devenir
le jardin maraîcher de Liverpool, de Manches-
ter et du Pays noir. Elle devra devenir cela, ou
mourir.
La question est de savoir si le paysan irlan-
dais est assez travailleur, assez persévérant et
assez économe pour réussir dans l'œuvre que
la science agricole lui montre comme inévita-
ble.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICUUERS DU Temps
Naples, 9 novembre, 10 h. 20.
M. Rosano, le nouveau ministre des finances, de-
vait ce matin prendre le train pour se rendre à
"A-T .·+.,n a.a én ~'h~mh,t:iI nn lA ~tr(171-
FEUILLETON OU <&£\Vip5
DU 10 NOVEMBRE 1903 (»)
L'ÉTANG
II
Le lendemain matin, quand Colette ouvrit ses
volets, l'étang avait déjà recouvré un peu de
son eau. La rigole mère était submergée, et le
long du thalweg se tordait comme un bras
mince et calme de rivière, sur deux ou trois
hectomètres de long. Quelques reliefs sur la
boue asséchée, étaient des poissons morts. Des
bergeronnettes couraient sur la vase, que pi-
quait, plus au loin, le semis sombre des cor-
beaux. La pile conique qui soutenait la hutte
émergeait encore de la terre, l'eau n'arrivant
pas jusque-là. Et c'était un décor plus morne
peut-être que la veille, parce qu'aussi plus
calme, plus calme de la paix morose des cime-
tières et des déserts.
Colette descendit pour assister à l'épilogue
de la pêche.
Dans le carpat, la vase s'était déposée en sé-
diments irréguliers, comme des dunes minu-
scules. De ci, de là, sur ce sol mou, se dessinait
un enfoncemenl vague d'où sortait quelque
chose d'informe, verdâtre et rond comme un
col de bouteille. Et c'était une anguille qui, ta-
pie hier au fond de la bourbe, avait pratiqué
cette nuit sa mine souterraine pour remonter à
l'air et respirer. Alors, comme la veille, les
dents de fer tenues à bout de bras mordaient
au dos la limoneuse bête aux trois quarts en-
gourdie, et l'enlevaient, s'érigeant dans le ciel
comme au désert biblique les croix porteuses
du serpent d'airain.
Enfin, devant le couloir de la bonde, on allu-
ma quelques brandons de paille dont le vent
faisait pénétrer l'acre fumée dans le boyau;
Reproduction interdite.
va mort. ÏL s'était suicidé pendant la nuit, en se ti-
rant un coup de revolver.
Pietro Rosano était né en 1847, à Aversa, dans la
province de Caserte. Il représente depuis 1895 ses
compatriotes à la Chambre, où il a pris place au
centre gauche. Il fut sous-secrétaire d'Etat à l'inté-
térieur dans le premier ministère de M. Giolitti, et
comme lui, fut accusé de soustractions de documents
de la Banque romaine. Ces accusations n'empêchè-
rent pas ses compatriotes de lui garder leur confiance
et de confirmer à nouveau son mandat de député.
C'était un des plus brillants avocats de l'Italie.
h'Avanti cpmmença aussitôt une campagne contre
Rosano l'accusant entre autres de s'être fait donner
cinq mille francs pour obtenir la mise en liberté 'dé
l'anarchiste Bergamasco impliqué dans les troubles
de 1898 et qui avait qté arrêté et désigné pour la re-
légation dans une île.
L'Avanti ajoutait que Rosano ne pourrait pas sou-
tenir qu'il agissait en sa qualité d'avocat, car le gou-
vernement envoyait au domicile forcé sans que l'in-
dividu objet de cette mesure pût se faire défendre
par un avocat. Or, hier, le journal Roma, de Naples,
publiait une lettre de ce même Bergamasco confir-
mant les dires de VAvanti avec de nombreux dé--
tails.
Madrid, 9 novembre, 9 h. 10.
Les élections municipales ont eu lieu à Madrid et
dans toute l'Espagne sans que l'ordre ait été sérieu-
sement troublé.
A Madrid, les républicains se sont abstenus; mais
ils ont signé un manifeste pour se compter. C'était
un véritable plébiscite. Ils ont réuni 35,000 signa-
tures. Les candidats monarchiques ont obteuu près
de 40,000 voix.
A Barcelone, les républicains tiennent la tête de
la liste élue avec plus de 30,000 voix; les catalanistes
n'en ont que 10,000.
En général, dans les grandes villes, on constate
une sérieuse augmentation de votes en faveur des
républicains, des démocrates et des libéraux, tandis
que les carlistes partout font piteuse figure.
Madrid, 9 novembre, 9 h. 30.
D'après les informations officielles, la majorité
des élections est un triomphe pour les candidatures
officielles.
On signale quelques collisions et désordres à Ca-
dix, à Valence et en Biscaye où, selon l'habitude, les
cléricaux et les réactionnaires ont acheté les votes.
A Bilbao, Valence, Teruel, Huelva, Barcelone,
Saragosse et Salamanque, les républicains sont en
tête des listes avec des majorités considérables.
Sofia, 9 novembre, 8 heures.
L'ouverture du Sobranié, le 13e en date, depuis la
constitution de la Bulgarie indépendante, est. fixée
au 14 novembre, pour la lecture du discours du trô-
ne par le prince Ferdinand ou par le premier minis-
tre général Pétrof.
Tout bien calculé, et quinze élections doubles dé-
falquées, le nouveau Sobranié sera composé de 174
députés sur 189, dont 114 stamboulovistes, 17rados-
lavistes à compter parmi les gouvernementaux jus-
qu'à ce qu'ils soient réhabilités de leur procès. Les
oppositionnels se décomposent ainsi 28 stoïlovistes
ou guechovistes, 7 zankovistes, 7 karavelistes,
fraction des jeunes, et 1 député indépendant, le pro-
fesseur Mihaïlovski, président d'un des deux comi-
tés macédoniens.
Parmi les projets de loi, le Sobranié aura à rati-
fier une série de prélèvements du cabinet, environ
30 millions, à la Banque nationale pour dépenses
militaires..
Le ministre de Russie, M. Bachmetief, ne s'est
pas mêlé aux élections, quoi qu'en prétendent les
journaux officieux.
Bucarest,, 9 novembre, 8 h. 10.
On annonce le prochain voyage du ministre des
affaires étrangères, Jonel Bratiano, à Vienne, Berlin
et Paris, où il s'emploiera certainement à préparer
le terrain pour le futur traité de commerce entre la
Roumanie et ces différents Etats.
{Service Havas)
Lyon, 9 novembre.
Une dépêche adressée de Munich à un journal pari-
sien et que la presse française a reproduite, annonçait
que l'ex-princesse de Saxe avait tenté de se suicider et
que, atteinte de folie, elle était gardée nuit et jour au
palais.
La vérité' est que l'ex-princesse de Saxe était à Lyon
hier et avant-hier, en compagnie de sa mère, la grande-
duchesse de Toscane, et qu'elle habite toujours au
château de Sain1> Victor, à Ronno, près Amplepuis, dé-
partement du Rhône.
Madrid, 9 novembre.
Une dépêche de Melilla dit que les Maures se sont
mis d'accord. La paix est rétablie. Plus de 8,000 ra-
tions de pain ont été réparties entre'les fugitifs.
L'ORGUE LAÏCISÉ
La fête de la Raison a été célébrée hier par
les soins de M. Charbonnel, sous la présidence
de M. Berthelot, dans la salle du Trocadéro.
Un culte nouveau est fondé. Comme le dit
l'Action de ce matin « L'orgue est laïcisé ».
Ce fut une longue et touffue cérémonie. Des
discours y furent prononcés, mais des inter-
mèdes les égayaient. On n'avait pas eu recours
à M. Coquelin cadet et c'est dommage. Mais
on récita des pages d'Eschyle et des pages de
M. Aulard. M. Clovis Hugues se fit entendre et
aussi M. Brémond du théâtre Sarah-Bernardt.
On chanta du Beethoven. On chanta du Méhul,
l'Hymne pour la fête des époux et même le
Chant du départ.
La victoire en chantant nous ouvre la carrière,
La République nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons périr.
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir.
Puis, pour effacer la fâcheuse impression de
militarisme qui se dégageait de ce chant guer-
rier, on reprit en chœur avec l'orgue Yln-
ternationale.
ainsi fait-on pour les renards et au bout d'un
instant, des interstices des murailles s'élancè-
rent les dernières victimes, rampantes et pres-
que asphyxiées.
Cette fois, ce fut tout. Moisson, et glane étaient
finies. L'étang avait donné ce qu'il pouvait. Il
restait à l'ensemencer d'une nouvelle graine,
qui au bout de trois ans, dans ce champ sans
labour qu'engraissait seule la rosée des nuages,
donnerait une autre récolte sans qu'intervînt la
main des hommes culture de Paradis terres-
tre, qui ne craint grêle ni tempêtes, où nul effort
n'est nécessaire, sinon de ramasser ce que la
nature bénévole vous porte dans la main.
Les jours suivants, encore, NoUgailhe eut des
occupations qui firent que Colette trouva moins
longue l'absence de Barrial.
Ce n'est pas tout d'avoir pêché le poisson mis
en réservoir, il faut s'en débarrasser et le vendre.
Chose assez souvent ennuyeuse, vu les débou-
chés en somme restreints et la difficulté d'en-
voyer loin la trop spéciale marchandise, laquel-
le doit arriver vivante dans les viviers urbains
pour s'écouler, tout le carême, au prix fort du
détail.
Cette année-là, le tout partit sans trop de
peine. Quelques belles pièces passant en ca-
deaux, l'achat fractionné de la foule, l'emplette
sur place de certains marchands, du premier
jour avaient réduit le stock. Puis survint un in-
dividu, meneur d'une charrette à bœufs mate-
lassée de paille. On y versa, en vrac, dix quin-
taux de toutes espèces et l'homme s'en alla
vers son pays, le pays bas des peds-tarrous (1)
dont il parcourrait les villages,. arrêtant ses
bestiaux sur la grand'place de chacun pour dé-
biter cette pacotille aquatique, là-bas aubaine
rare de gourmets.
Un autre jour, débarqua de Limoges à la gare
la plus proche une énorme et superbe dame,
annoncée par dépêche, que la voiture alla qué-
rir. Elle avait de très belles bagues, de grands
anneaux d'or aux oreilles, une pelisse de four-
rure et le parler quelque peu gras une poisson-
(1) Pieds terreux sobriquet des gens du bas Limou-
sin, dont la terre errasse colle aux chaussures.
SUs s'obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros, 1
Nous leur apprendrons que nos balles;
Sont pour nos propres généraux.
Ainsi « l'oeuvre de Pottier » corrigeait heu-
reusement ce qu'avait de compromettant le
poème de Joseph Chénier. Et la Raison était
vengée -de tout soupçon de cléricalisme.
M. Berthelot se retira, nous apprennent les
comptes rendus, «après le poème de Clovis Hu-
gues et avant la page d'Aulard, lue par M. Lu-
gné-Poé ». On ne nous dit point ce qu'il en pen-
sait et en vérité nous le regrettons. Il semble,
en effet, qu'entre l'existence de recueillement
fécond de l'illustre savant et cette parade
bruyante la contradiction soit telle que ce dut
être pour lui une surprise désagréable de s'y
voir soudainement mêlé. Cette contradiction
apparaît d'ailleurs avec une netteté frappante
lorsqu'on lit le discours de M. Berthelot. Les
pensées libres et fortes qui s'y trouvent expri-
mées sont le désaveu le plus complet qui se
puisse concevoir des méthodes chères à V Action.
Et notre confrère, en plaçant son carnaval laï-
que sous le patronage de ce discours a l'air de
faire à ses lecteurs une mauvaise plaisanterie.
Ecoutez M. Berthelot
Nous avons élargi notre horizon au jour présent,
nous ne devons plus nous laisser entraîner dans la
tempête jusqu'à répondre à la violence du fanatisme
par une violence contraire; nous devons conserver
toujours la dignité sereine et ta bienveillance pour tous,
qui conviennent aux interprèles de la Raison.
Et plus loin
La théocratie dans l'histoire du monde a toujours
joué le rôle d'un parasite qui vit aux dépens des na-
tions et qui ne cesse d'y développer, comme en vertu
d'un virus spécifique, le fanatisme, l'intolérance et
la superstition. Sa nous voulons l'écarter, ce n'est pas
pour remplacer son oppression par la nôtre: c'est au
contraire pour laisser à chaque individu la liberté
complète de ses opinions, de ses croyances et de ses
pratiques personnelles.
En d'autres termes, poursuivons la lutte jus-
qu'à l'émancipation. Ne la poussons jamais jus-
qu'à la persécution. Trouvons dans le respect
des libertés d'autrui la garantie de nos libertés
propres. Et, comme le disait un autre orateur
de la réunion, M. Ferdinand Buisson « Ne de-
mandons à l'Etat que de faire disparaître tous
les privilèges, tous les monopoles. Qu'il nous
assure la Liberté et la Raison. Rien de plus. »
Et tout cela, assurément, est fort noble et fort
élevé. Et nous y reconnaissons avec joie le lan-
gage d'esprits affranchis et de penseurs vrai-
ment libres. Mais, entre ces penseurs libres et
les libres penseurs qui leur faisaient hier un
cortège déconcertant, nous discernons un abî-
me. Entre la conception de M. Berthelot et celle
de M. Charbonnel, nous cherchons en vain les
points de contact. Nous entendons bien que
l'un prêche la sérénité, la dignité, la bienveil-
lance. Mais nous voyons l'autre regretter que
« les incendiaires d'églises y mettent le feu la
nuit, quand elles sont vides, et non pas au mo-
ment où les dévotes sont à la messe ». M. Ber-
thelot se prononce avec sa coutumière clarté
pour la liberté complète. Mais les rédacteurs de
l'Action se chargent de lui répondre.
Oui, s'écrient-ils, nous le jurons à tous les Dou-
ble-Face, nous ferons voir ce que nous pouvons faire
dans l'opposition. ayant déjà pas mal fait dans le
ministérialisme, même circonspect, en qualité d'A-
paches. Dans les quinze jours, nous nous chargeons
bien de provoquer, rien qu'avec nos groupes do la
Libre Pensée, d'un bout à l'autre du pays, quinze
cents, deux mille meetings de protestation et d'ac-
tion directe.
Il y aura tes incidents nécessaires. Il y en eut lors
des processions, et on eût pu encore tes aggraver.
Nous recommencerons.
Et,à l'appel des philosophes réclamant la to-
lérance et la paix, ils opposent la promesse de
désordres systématiques, le règne de la
« Libre Pensée » à coups de matraques et de
gourdins.
S'il en est ainsi, c'est qu'entre les uns et les
autres, il y a, il y aura toujours la distance qui
sépare la liberté de l'oppression. M. Berthelot
est un homme. de science et de critique. Ses
amis d'hier n'estiment que le droit du plus fort.
La raison ne se distingue point du libre et sincère
examen. La « Libre pensée », avec ses diman-
ches et ses jours fériés tels que nous les annon-
ce,M. Charbonnel, est une Eglise autoritaire, et
ceux qui la desservent y portent une mentalité
de sacristie. On peut attendre d'eux une trans-
position du fanatisme rien de plus. Bedeaux
ils étaient hier. Bedeaux ils seront demain. Et
la même discipline qu'ils mettaient en d'autres
temps ou en d'autres pays au service des Reli-
gions d'Etat, ils la mettront désormais à celui
de l'Irreligion officielle.
C'est pourquoi, sans attacher à leurs opéra-
tions une excessive importance, on peut re-
gretter que des hommes dont la France s'ho-
nore, couvrent de leur autorité ces petites fêtes
de famille ou de secte. Sans doute, par le
langage qu'ils y tiennent, ils dégagent leur per-
sonnalité des solidarités compromettantes. Mais
mieux vaudrait encore qu'ils n'eussent point à
se dégager et laissassent, en restant chez eux,
à cette liturgie nouvelle, son véritable carac-
tère de cuisine électorale.
̃
POLITIQUE ET RELIGION
L'archevêque de Rouen, Mgr Fuzet, a adressé au
clergé et aux fidèles de son diocèse une lettre pasto-
rale conçue en excellents termes, et dont les idées
directrices paraîtront irréprochables aux républi-
cains les plus sourcilleux. Le principe énergique-
ment développé par ce prélat est que le clergé doit
s'abstenir de toute politique. Mgr Fuzet montre que
la politique n'a pas porté bonheur au clergé, ni à la
nière cossue qui avait fait le voyage pour trai-
ter à meilleur escient. A l'égard monétaire
aussi c'était une grosse cliente les Vaujour
furent pleins d'attentions. Mais cette boule
alerte conclut rondement son marché qu'on
exécuta vite. Le niveau baissé dans les réser-
voirs, les bottes suiffées reparurent et ce fut
de nouveau la poche lourde des fourrés déver-
sant sur le sol ses captures miraculeuses, trans-
portées cette fois en des paniers où l'on alignait
sur la paille, tête contre queue et queue contre
tête, ventre en l'air et serrées pour éviter les
soubresauts, l'armée prisonnière des carpes
dont les gueules bâillaient, convulsives, et dont
les abdomens sanguinolents avaient des spas-
mes d'agonie.
Tout enfin prêt, pesé, étiqueté, compté,
chargé, payé, la belle grosse dame, reprenant
sa fourrure, ses gants et son chapeau, monta à
son tour sur le siège, en laissant pour adieu, à
la mère de Colette, cette phrase de compli-
ment
Votre petite gosse, elle a des yeux à la per-
dition de son âme.
Et maintenant plus un poisson ne peuplait les
bassins, où pulluleraient désormais à l'aise les
renouées et les lentilles d'eau. Nettoyé du sa-
ble vaseux, le carpat présentait, sous un filet
d'eau obstiné qui malgré toutes précautions fil-
trait au travers de la bonde, un pavé inégal dans
les interstices duquel les joncs, les prêles et
aussi le cresson allaient croître pendant trois
ans. Le pré d'aval lui-même, oublieux de l'inon-
dation, reverdissait, engraissé au contraire, et
dans la prison de ses berges le ruisselet rede-
venu clair murmurait à peine, asile calme aux
ébats des vairons.
Colette avait reçu de Léopold les manuscrits
promis; elle s'était mise à la copie, et son en-
thousiaûie fervent faisait s'empiler feuillets sur
feuillets.
Mais le petit scribe assidu, dans son bonheur
à déchiffrer des pages inédites, sentait éclore en
soi un sentiment nouveau.
Non, rien décidément n'était si beau que de
faire palpiter la vie humaine avec si peu du
papier et de l'encre Rien de si orodigieuxque
religion. L'imprudente intervention des évêques,
des prêtres et des moines dans les luttes des partis
les a rendus suspects aux yeux des populations, qui
ne veulent à aucun prix du « gouvernement des
curés » et ces fautes ont exposé l'Eglise aux repré-
sailles des républicains, qui ont été fondés à crain-
dre que la République elle-même ne fût menacée
par l'alliance du cléricalisme et des diverses formes
d'opposition anticonstitutionnelle. L'archevêque de
Rouen ordonne en conséquence à ses prêtres de re-
noncer définitivement à une erreur si funeste, d'ac-
cepter la situation qui leur est faite et de consacrer
désormais tous leurs efforts à leur ministère reli-
gieux.
Ces paroles n'ont pas eu l'heur de plaire à M.Paul
de Cassagnac, qui partage avec les spécialistes d'un
certain anticléricalisme la palme de la polémique
antiépiscopale. La truculence du vocabulaire du ré-
dacteur en chef de l'Autorité, lorsqu'il lui arrive d'é-
reinter un prince do l'Eglise et cela lui arrive
souvent fait la joie des amateurs de style roman-
tique. Cette fois, notre virulent confrère s'est dé-
passé lui-même. Il commence ainsi « Mgr Fuzet,
archevêque de Rouen par la grâce de la Gueuse, est
de ceux qui payent leur mitre argent comptant. »
Un peu plus loin, il accuse ce prélat d'être «vendu
à la République ». Il le montre, digne successeur de
Cauchon, poursuivi par le souvenir de cette Jeanne
d'Arc « qu'il eût ordonné de brûler. » II faut encore
citer la conclusion « Cette théorie ( de Mgr Fuzet)
est dégradante pour le prêtre et ne peut être prê-
chée que par un prélat qui digère et dort dans la pour-
pre, se moquant des souffrances de l'humble curé
de campagne et assistant, les yeux secs, le cœur
froid, à la proscription de deux cent mille religieux
et religieuses, dont l'unique crime fut de ne pas
avoir, comme lui, baisé l'orteil de Satan ». Com-
ment n'être pas charmé de ce petit morceau ? 2
Un évoque que M. de-* Cassagnac n'accusera pas
do baiser l'orteil de Satan, c'est Mgr Turinaz, évo-
que de Nancy. Celui-ci estime, comme M. de Cassa-
gnac et contrairement à Mgr Fuzet, que le devoir
du prêtre est de se mêler activement aux affaires du
pays afin de combattre les mauvaises lois, les mau-
vais députés, les mauvais gouvernements. Dans
une allocution aux membres du clergé de sa ville
épiscopale, il a dénoncé les modérés, qui n'ont, d'a-
près lui, « ni principes, ni caractère etles « habiles »
dont les perpétuelles concessions n'ont servi de rien.
Ici, l'évêque de Nancy oublie que ces habiles ont été
peu nombreux et que leur habileté fut tardive. Si
les directions de Léon XIII avaient été plus fidèle-
ment et plus promptement suivies, si les catholiques
et une partie du clergé ne s'étaient pas acharnés à
faire de la politique réactionnaire, malgré les avis
du pape et de la raison, les intérêts du catholicisme
y auraient gagné, et la cause de la liberté religieuse
s'en fût bien trouvée.
Entre l'évêque de Nancy et son confrère de Rouen,
les préférences du nouveau pontife Pie X ne sont
probablement pas celles de M. Paul de Cassagnac.
C'est du moins ce que l'on peut inférer d'une inter-
view du Saint-Père, publiée par M. Henri des Houx
au Matin. Pie X a exposé, dans cet entretien, la con-
ception générale qu'il s'est faite de sa mission. Il
considère que « l'Eglise no saurait être inféodée à
aucun parti », que les catholiques doivent subir pa-
tiemment, comme le Christ, les épreuves et les tri-
bulations, régler leur conduite « sur les divins mo-
dèles et lespréceptes del'Evangile », tenir pour (c mes-
quines » et écarter « les préoccupations de partis ».
Bref, conclut M. des Houx, Pie X subordonnera « la
politique et la diplomatie à l'apostolat populaire »
il sera « le pape de l'Evangile, le pape du catéchis-
me, le pape apostolique ». Puissent les conseils si
sages et si opportuns de Pie X ne pas se heurter à
la résistance incorrigible des cléricaux français I
'̃ ̃' ̃ m
LA SANTÉ DE GUILLAUME II
Une nouvelle bien inattendue a été apprise hier
aux Berlinois, par la Gazette de l'Allemagne du Nord
qui a inséré la note suivante qu'elle se disait auto-
risée à publier
L'empereur s'est soumis aujourd'hui à l'opération
d'un polype des cordes vocales.
L'opération a été faite par le conseiller intime et
professeur Moritz Schmidt et a très bien réussi. L'em-
pereur devra toutefois s'abstenir de parler jusqu'à ce
que la plaie causée par l'opération soit guérie.
Potsdam, 7 novembre 1903.
LEUTHOLD, MORITZ SCHMIDT.
La Gazette de l'Allemagne du Nord annonçait, en
outre, qu'il résultait d'un examen microscopique au-
quel s'était livré le conseiller intime Orth, que le
polype de l'empereur était composé d'un tissu con-
jonctif très mou, contenant très peu de cellules et
recouvert d'un épithélium uni, disposé en couches
régulières et se distinguant partout très nettement
du tissu conjonctif.
Une partie des cellules du tissu conjonctif con-
tient des granules pigmentaires fins et bruns, pro-
venant évidemment de petits écoulements de sang
qui ont eu lieu anciennement. Le polype contient un
certain nombre de vaisseaux sanguins à paroi mince
Il s'agit donc d'un polype tout à fait bénin du tissu
conjonctif.
Les journaux ne paraissant pas le dimanche soir
à Berlin, la nouvelle1 produisit une énorme sensa-
tion. Dans toute l'Allemagne, du reste, l'émotion fut
vive.
Malgré l'affirmation des médecins déclarant qu'il
s'agit d'une tumeur bénigne, les commentaires du
public sont pessimistes. On se rappelle involontai-
rement la terrible maladie à laquelle a succombé le
père de Guillaume II, l'empereur Frédéric III.
C'est avant les fêtes de Wiesbaden que l'empe-
reur ressentit les premières atteintes de son mal de
gorge. Pendant la visite du tsar, il avait des dou-
leurs aiguës. L'empereur a été opéré déjà plusieurs
fois de plusieurs excroissances analogues à la joue
et dans l'oreille. Ces opérations furent faites par le
professeur Trautmann maintenant décédé, et il ne
fut jamais rien publié à ce sujet.
L empereur revenant de Darmstadt, est arrivé au
Nouveau Palais, à Potsdam, vendredi matin, et n'a
pas laissé voir à ce moment qu'il était souffrant.
de peindre toutes les nuances, de sculpter toutes
les formes, de noter toutes les cadences, avec
les vingt-cinq lettres de l'alphabet. Quel don
c'était, de pouvoir mettre en œuvre toutes ces
richesses I Ah I elle comprenait qu'on eût ap-
pelé les poètes divins 1 Et une ambition lui mon-
tait de composer elle aussi de belles histoires,
un regret de n'être sans doute pas née pour ré-
pondre à de pareils appels.
Elle avait bien, parfois, tenté d'envelopper
telles de ses visions dans une strophe, dans un
rythme.Mais manier un vers était affaire si
délicate et si difficile l II fallait être si expert
pour se faire obéir de ces lignes pourtant si mal-
léables et si souples, qui, après avoir pénétré le
ciel et la terre revenaient à la rime dans un chu-
chotement mystérieux l
Ah du moins si elle ne pouvait tirer parti
pour son propre compte de ses idées, de ses
imaginations, de tout ce que lui raconteraient
ses yeux et ses oreilles, elle en saurait faire pro-
fiter l'ami
Et la voilà notant mille trouvailles, auxquelles
jusqu'à cette heure elle n'avait pas pris garde,
et rassemblant des documents à l'intention de
l'écrivain qu'elle se sentait déjà aimer si fort.
Dé jour en jour, l'étang se remplissait. Avec
l'approche du printemps, on eût dit, de cette
eau montante, une poussée de sève comme celle
qui commençait à teindre de la couleur du sang
les brindilles gonflées des boulonniëres, à pi-
quer du vert tendre des bourgeons éclatés le
moutonnement brun des pépinières résineuses.
Comme la copie en progrès mordait dans le
brouillon sans cesse, de même ce miroir s'élar-
gissait en rongeant la bordure que lui faisait la
grève recouverte d'un semis clair de végéta-
tions frêles. On le sentait tendre insensiblement
vers la limite marquée par un relief de joncs ou
d'herbes jaunes, en épousant de plus en plus le
contour définitif, tel un être en croissance
s'achemine vers son gabarit de maturité.
Alors on réempoissonna, avec du nourrain de
carpe et de tanche. Pour le brochet, on n'en re-
met jamais, on en trouve toujours, apporté
qu'il est, prétend-on, par les canards sauvages,
à l'état d'œufs soit collés à leurs pattes, soit
D'après la Gazette de la Cour, il a fait, ce jour-là, une
promenade avec l'impératrice. Samedi matin, jour
de l'opération, il s'est occupé des affaires de l'Etat,
comme d'habitude. Cependant, il n'est pas douteux
que les dispositions pour l'opération avaient été pri-
ses depuis quelque temps. x
Le premier bulletin indique que l'opération a été
bénigne. Une opération de ce genre n'exige pas
l'emploi du chloroforme ou de l'éther, et dans les
milieux médicaux, on croit qu'il n'a été fait usage
que de cocaïne.
L'empereur a gardé hier la chambre et a passé
une journée calme. Il a dormi toute la nuit sans in-
terruption." L'aspect de la petite plaie est tout à fait
satisfaisant. Il n'y a ni douleur ni malaise dans la
gorge. La température était de 36°3, et il y avait
60 pùlsations. K
On fait remarquer que le prince impérial est parti
pour la chasse avec M. de Trotha, maréchal de la
cour, et que c'est là une preuve certaine que l'état
do Guillaume II est satisfaisant.
LES RESSOURCES DU RECRUTEMENT
EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
Dans un lettre, qu'il a rendue publique, il y a
quelques semaines, M. Colin, député d'Alger, dé-
clarait qu'il lui semblait possible et indispensable
« de réaliser des économies très importantes sur
le budget de la guerre, car c'est surtout sur ces
économies qu'il faut compter pour alimenter le
budget de la solidarité sociale, dont les besoins
sont aussi urgents que considérables, et auquel il'
devient de moins en moins possible de marchander
les crédits. »
« N'ayant pas une population comparable à celle
de l'Empire allemand, ajoutait l'honorable député,
nous ne pouvons appeler et entretenir le même
nombre d hommes sous les drapeaux. Si, jusqu'à
présent, nous sommes à peu près arrivés à le faire,
c'est en enflant nos effectifs d'éléments qui en
grossissent la chiffre sans en augmenter la force.
Pour être refusé par les conseils de revision, il
faut, à l'heure actuelle, êtra manifestement im-
propre à tout service.
» On enrégimenteles débiles comme les vigoureux,
parce qu'il faut à tout prix maintenir les effectifs.
» Si l'état sanitaire de notre armée est notable-
ment inférieur à celui de l'armée allemande, cela
tient pour beaucoup à ce que les conseils de revi-
sion opèrent avec une sélection infiniment plus
rigoureuse que chez nous, et peuvent ainsi exclure
de l'armée tous les jeunes gens peu aptes à sup-
porter les fatigues de la vie militaire. »
La lecture de cette lettre a déterminé un offi-
cier de nos amis, particulièrement compétent en
ces matières, à nous adresser une étude très docu-
mentée, dans laquelle il établit que l'assertion de
M. Colin n'est pas tout à fait exacte. Il nous est
impossible de, reproduire intégralement ce tra-
vail, en raison de son caractère technique mais
il présente trop d'intérêt pour que nous n'en don-
nions pas une analyse, et pour que nous n'en ci-
tions pas quelques passages
On répète volontiers que les conseils de revi-
sion allemands ont à examiner, chaque année,
1.200.000 jeunes gens, tandis que nosllistes de re-
crutement n'en comprennent guère plus du tiers
(325.000 en 1902 et en 1903). Ce n'est pas tout à
fait exact. « On ne peut comparer, évidemment,
que ce qui est comparable or, les 1.220.000 jeunes
gens examinés en 1900 je ne possède pas de ren-
seignements plus récents par les conseils de
revision allemands se composaient de 515.000 con-
scrits de l'année, les 700.000 autres étant des
ajournés des années précédentes ce sont, évi-
demment, ces 515.000 hommes atteignant l'âge du
service militaire qui doivent être mis en regard
des 325.000 Français portés sur les listes de recru-
tement. »
Mais, d'abord, pourquoi donc le nombre des
ajournés est-il aussi élevé en Allemagne ? Parce
que l'âge légal du service y est d'un an inférieur
à ce qu'il est chez nous, et que, par suite, les
jeunes gens appelés pour la première fois doivent
être en moyenne moins développés que chez nous.
Ceci, explique que plus de la moitié d'entre eux
sont ajournés la première fois. L'Allemagne n'y
perd rien, car l'ajournement ne dispense pas chez
elle, comme chez nous, d'une partie du temps de
service dû normalement à l'Etat.
Sur 515.000 hommes environ atteignant l'âge
d'être soldats, l'Allemagne en a incorporé
273.000 en 1900, tant dans l'armée que dans
la marine, tant comme appelés que comme
engagés volontaires. Mais ce chiffre de 273.000
comprend-il la totalité des jeunes gens reconnus
aptes au service ? Pas le moins du monde.
80.000 environ ont été reconnus bons et néanmoins
classés dans « l'Ersatzreserve », catégorie qui com-
prend les soutiens de famille, les hommes qu'un
intérêt commercial ou industriel- peut-être aussi
un intérêt politique fait maintenir dans leura
foyers, enfin ceux qu'on désigne sous le vocable
d' « Uberzœhlig » (en surnombre), c'est-à-dire ceux
que leur numéro de tirage dispense du service en
temps de paix parce qu'il n'existe pas de cadres
pour les recevoir et de crédits pour les entretenir.
Mais,ne nous y trompons pas, ces hommes no sont
pas des « demi-bons » ils prennent part à des
périodes d'exercices en temps de paix, et, à la
mobilisation, ils sont appelés immédiatement à
compléter les effectifs des dépôts.
Il résulte de ce qui précède que 353.000 hommes
ont été, en 1900, déclarés bons pour le service en
Allemagne, alors que 515.000 jeunes gens attei-
gnaient l'âge du service. Le rapport est, en réa-
lité, de 68 pour 100.
Revenons en~France. L'année 1903 y a donné en-
viron 325.000 inscrits, sur lesquels on nous annonce
que 196.000 seulement seront appelés. Le nombre
des engagés volontaires et des jeunes marins in-
scrits n'est pas encore connu; mais, en le suppo-
sant de 31.000, comme l'année dernière, et il
ingérés dans l'intestin, que, réfractaires au suc
gastrique, ils traversent impunément.
Il fut amusant pour Colette de voir tout ce
fretin reprendre vie, s'en aller peu à peu, qui
assez vigoureux, qui tournant tant soit peu
le ventre, vers les demeures nouvelles con-
cédées pour trois ans, C'était comme un adieu
d'ingrates que vous faisaient de la queue les
bestioles, à mesure que ranimées elles plon-
geaient dans la profondeur. Le temps se trou-
vant plutôt froid par un vent du nord assez
aigre, l'opération réussit pleinement. Bien que
l'étang d'alevinage fût distant de quatre ou
cinq lieues, tout ce petit monde aquatique avait
très bien supporté le voyage; et peu nombreux
furent les malades, à qui, très charitablement,
la jeune fille soufflait dans la bouche et les
ouïes, truc efficace pour les ressusciter.
Il ne restait plus qu'à attendre.
A présent c'était le printemps avec l'éclosion
de ses premiers bourgeons, le déploiement dé
ses feuilles neuves. L'étang avait recouvré son
niveau. Aux deux extrémités de la chaussée,
par les chenaux de fuite, l'eau s'écoulait en cas-
cades mousseuses qui mettaient aux deux flancs
du val une écharpe de blancheurs mobiles. Et
le bruit joyeux de ces chutes faisait une trame
sonore sur laquelle se détachaient, en arabes-
ques claires, les chansons des mésanges et les
cris répétés des sitelles, ces petits pics à la
livrée de martin-pêcheur défraîchi.
Dans ce cadre reverdissant, avec la fin de
mars passait l'échelonnement des migrations
printanières. Au matin, les premiers regards
se portant sur l'étang cherchaient, comptaient
de petites choses mouvantes qui étaient des
bandes de canards évoluant au plein large, près
de la hutte heureusement pour eux inhabitée.
Quand on longeait les bords, aux traversées des
boulonnières, c'était parfois l'essor rapide et
flasque tout ensemble d'une bécasse rousse, ou
bien, dans les touffes de joncs, le zigzag subit
d'une bécassine qui fuyait, criant aigrement.
Sur les herbes basses des rives, la silhouette
grise d'un héron se dressait solitaire. Les jours
de grand vent d'ouest, des hirondelles de mer,
apportées sur l'aile de la rafale et sur lesquelles
ne saurait y avoir à cet égard de grosses difféf*
rences, on n'arrive qu'au chiffre de 227.000 in*
corporations, chiffre correspondant à 69 pour 100
des inscrits, tout comme en Allemagne, en 1900«
Qu'on ne dise donc plus que si les maladies con-
tinuent à être plus fréquentes chez nous que dans
l'armée allemande, il faut en chercher la causa
dans le peu de sévérité des conseils de revision <
Peut-être, convient-il d'en accuser plutôt les pro-
grès de l'alcoolisme chez nous.
Ayant établi ce point, notre correspondant com-
pare les effectifs entretenus en France et en Alle-
magne
« M. Messimy, dans le préambule de son exposé)
des motifs, fait valoir que, pour une population
de 56 millions d'habitants, l'Allemagne aurait
650.000 hommes sous les drapeaux, alors que, pour
39 millions,. la France entretiendrait sous les armes
660.000 Français, déduction faite des soldats étran-
gers et indigènes. Ces chiffres méritent, eux aussi,
d'être examinés de très près, et surtout il semble
indispensable de considérer non pas ce qui se pas-
sait ces années dernières, mais ce qui va se passer
demain.
» Essayons donc de faire le décompte des hommes
qui seront présents sous les drapeaux dans les
doux pays pendant l'année 1904.
» Naguère, cette opération était malaisée, parce
que chez nous on ne connaît que l'effectif budgé-
taire, lequel est un effectif moyen, tandis que*
chez nos voisins, on se trouvait en présence d'un
effectif fixe, qui ne variait jamais d'un bout de
l'année à l'autre, attendu que tout homme quit-
tant le service était aussitôt remplacé par un
homme du « Nacheraatz », maintenu d'abord pro-
visoirement dans ses foyers. Mais la loi allemande
de 1893 a supprimé le « Nachersatz », et, main-
tenant, l'Allemagne est soumise, tout comme nous;
aux fluctuations d'effectifs au début de l'année
militaire, on dépasse le quantum légal, pour tom-
ber au-dessous à la fin de l'été, et surtout après
le départ de la classe libérable. La comparaison des
effectifs est devenue possible et légitime.
» Or, voici quels ont été les chiffres budgétaires
des deux armées en Allemagne, dans ces dernières
années
Troupe ï ï h ï t t i Hommes. 495.000
Sous-officiers 81.000
Officiers et fonctionnaires assimilés. 32.500
Employés militaires assimilés aux hom-
mes de troupe 2.500
Marine (officiers et matelots) 33.500
Elément européen des troupes de pro-
tectorat e 1.500
Troupes d'occupation en Chine, avec
leurs dépôts présents en Allemagne.. 7.000
Total.. y ï s î ï Hommes. 653.000
Il s'y ajoute
Volontaires d'un an, non soldés par
le budget 11.000
Total général. t ï Hommes. 664.000
» Le Gouvernement impérial se propose de de-
mander, pour l'année prochaine, une augmentation
d'effectif de 15.000 hommes, ce qui portera le total
à environ 680.000, au lieu de 650.000, chiffre indi-
qué par M. Messimy. Et je ne parle pas des aug-
mentations prochaines de la flotte, qui, lorsque le
programme de constructions navales sera exécuté,
devra comprendre 58.000 officiera et matelots, au
lieu de 33.500. En attendant, nous pouvons con-
clure que, dès 1904, les Allemands auront, sous les
armes, 121 hommes pour 10.000 habitants.
» Passons maintenant à la France.
» Le projet de budget de 1904 prévoit, pour l'armée
métropolitaine, 26.000 officiera et 519.000 hommes
de troupe. Pour ne conserver que les éléments
comparables à ceux de l'Allemagne, déduisons en-
viron 30.000 hommes provenant des indigènes, des
étrangers et du contingent français d'Algérie. En
revanche, ajoutons 50.000 hommes de la marine et
50.000 officiera et soldats, représentant l'élément
européen des troupes coloniales, stationné soit dans
la métropole, soit dans les colonies. Au total, la
Franco entretiendra, l'année prochaine, 615.000
hommes sous les armes au lieu de 660.000,
chiffre indiqué par M. Messimy. Comme la popu-
lation est de 39 millions d'âmes, il y aura 157 sol-
dats pour 10.000 habitants, soit 36 de plus qu'ep
Allemagne. »
Que se passerait-il si nous prétendions ramener
notre « pour mille » à celui de l'Allemagne, comme
certains le désirent Avant de répondre, il importe
de décompter les troupes coloniales, les dépôts de
ces troupes dans la métropole, les marins, et de
les séparer des troupes stationnées dans la métro-
pole et affectées à la défense de ses frontières.
En Allemagne, la première catégorie comprend
42.000 hommes, soit 7 pour 10.000 habitants, et la
seconde 638.000 hommes, soit 114 pour 10.000 habi-
tants.
En France, nous avons 50.000 marins, auxquels
s'ajoutent les troupes dites coloniales on peut en
retrancher une dizaine de mille hommes provenant
du contingent annuel et qui ne vont pas aux colo-
nies, mais il faut y joindre les soldats issus de
France que nous sommes bien forcés d'entretenir
en Algérie et en Tunisie. Leur nombre ne peut
guère descendre au-dessous de 40.000. Ainsi, nous
avons 130.000 hommes pour le service de la flotte
et des colonies, soit 33 pour 10.000 habitants, au
lieu de 7 seulement que nous venons de trouver
en. Allemagne. Il ne nous reste donc que 485.000
hommes pour les troupes de la métropole soit
124 pour 10.000 habitants à opposer aux 638.000
hommes de l'Allemagne, représentant 114 soldats
pour 10.000 habitants. Ceci établi, notre corres-
pondant ajoute
« Èh bien supposons qu'on ramène l'ensemble
de nos forces au taux de l'Allemagne, c'est-à-dire
à 121 pour 10.000. La réduction, qui serait da
140.000 hommes, ne porterait évidemmenfni sur la
marine, ni sur les troupes coloniales, .dont de ré-
cents décrets viennent de fixer la composition,
d'après les besoins urgents de la défense des colo-
nies. Les troupes métropolitaines seules seraient
atteintes elles descendraient à l'effectif de 345.000
hommes environ. C'est-à-dirô que la France, qui.
Colette défendait qu'on tirât, égayaient le pay-
sage de leurs blanches évolutions.
La vaste nappe d'eau dormait, dans la ver-
dure envahissante qui couronnait maintenant la
tête souple des bouleaux et pointait, espoir vic-
torieux, par-dessus la défaite aplatie et lassée
des herbages d'antan. Peu à peu, dans tout le
décor, s'effectuait l'avènement de la grande vie
estivale. Tout poussait, tout croissait, tout se
mouvait et tout chantait. La bise n'avait plus
ses voix aigres dans les pinèdes, et mille petites
fleurettes s'épanouissaient entre les bruyères,
tandis que le murmure ininterrompu des rai-
nettes, dans les soirées déjà tiédies, semblait
faire vibrer l'atmosphère sous le frôlement in-
visible de quelque archet immatériel.
De la saison nouvellement venue, Colette res-
sentait, en même temps que l'émotion qu'elle
porte en elle, sa force mystérieuse. Et, pour-
tant, quelquefois encore, une double tristesse
étreignait l'enfant et la terre. C'était quand
Léopold retardait un peu sa visite, c'était quand
le matin se levait parmi les brouillards.
L'humidité, alors, saturait tout, avant là
naissance du vent. Aux arbustes de la chaussée
une perle pendait à chaque bourgeon entr'ou-
vert; et, aux moindres secousses, c'était une
pluie de gouttes larges et froides qui tombait
sur le sol, pendant que le rameau, privé de sa
parure, se redressait plus souple et plus léger,
ainsi que se relève un front de reine frêle que
n'écrase plus son diadème. Aux autres plans,
rien de visible qu'une brume imprécise où sa
fondaient le ciel et l'eau. Seule la portion pro-
che des rives, formant comme une baie, se ré-
vélait en moutonnements flous de formes à;
peine indiquées. Et l'horizon semblait ouvert
sur une mer, une mer calme dont nul zéphyr,
nul flux n'agitait la surface. Du fond de cetta
rade embrumée et paisible, l'œil cherchait in*
stinctivement des formes longues de navires,
ou des apparitions aériennes de vergues et ai
mâts embroussaillés par des cordages..
VERLHAC-MONJAUZE.
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