"Les petits métiers de Paris semblent, de prime abord, innombrables. A y regarder de près, on peut cependant les ramener à deux genres.

D'abord les métiers utiles, ou censés tels (ceux que M.Thiers aurait pu appeler les petits métiers "nécessaires"). Ce sont en général des métiers du matin, ayant pour mission de fournir des approvisionnements indispensables à la vie, ou encore de rendre à la population divers services pratiques: vider ses boîtes Poubelle, rempailler ses chaises, tondre ses chiens, la réconforter de café chaud s'il fait froid, la rafrâichir de boissons glacées s'il fait chaud, livrer aux enfants les oublies, les plaisirs et les gaufres. Métiers traditionnels, exercés par une armée régulière de vendeurs dont le protype est le marchand de quatre-saisons, autorisé, médaillé, protégé, favorisé à ce point qu'aujourd'hui il encombre les chaussées de ses files de petites charrettes, pendant que le boutiquier d'en face encombre les trottoirs de ses étalages. Ce qui, par parenthèse, a pour résulta de donner à des quartiers entiers un aspect de carreaux des Halles aggravé de marché du Temple!

Puis, dans l'après-midi, s'abattant sur Paris, la bande des irréguliers, des inutiles, des suspects, dont le rôle est de rendre la voie intenable, et qui, si l'on n'y met ordre, s'en acquittent dans la perfection: dessinant sur l'asphalte des poissons entrelacés; vous offrant sans une seconde de répit, si vous vous reposez à la terrasse d'un café: la "Manière de traiter les femmes comme elles le méritent", le "Journal des Cocottes", des pronostics de sport, des petits chiens, des anneaux de sûreté, des statues en plâtre, "Cent vingt monuments de Paris pour un franc"; tendant la main; harponnant des bouts de cigare jusque sous vos pieds; vous proposant d'appeler "vot'cocher, vot' voiture". Ceux-là ne sont que des variantes plus ou moins inquiétant du camelot."

Henri Béraldi, Préface de Paris qui crie: petits métiers