Les lettres sous l’Empire

 

Décrite comme aux ordres du pouvoir, la littérature de l’Empire a constamment été sous-évaluée par la critique littéraire, pour qui les auteurs les plus brillants furent alors les opposants à l’Empire comme Germaine de Staël, Benjamin Constant ou Chateaubriand. Malgré ce mépris, la vie littéraire de 1800 à 1815 prépara pourtant celle de la Restauration, à la fois dans ses composantes les plus novatrices comme l’école romantique, mais aussi dans ses factions les plus conservatrices.
 
Le monde éditorial, très dynamique, fit paraître chaque année des centaines de nouveaux romans et recueils de poésies, que l’on peut suivre dès 1810 grâce à la Bibliographie de la France. Le genre romanesque, encore énormément marqué par le goût « ossianique » et par la mode des romans épistolaires ou historiques du XVIIIe siècle, ne connut cependant aucun grand nom. Les récits dans le goût pastoral furent relativement bien représentés, comme le montre le roman de Joseph Bonaparte Moïna ou la villageoise du Mont-Cenis, tout comme les romans historiques et même fantastiques. La veine du roman « gothique », encouragée par la traduction du roman anglais Le Moine de Matthew Gregory Lewis publiée en France en 1798, suscite de nombreux récits fantastiques, où la magie, le surnaturel et les passions violentes et parfois contre-nature sont loin d’être absentes. Les romans sentimentaux, notamment ceux de Sophie Cottin, sont très lus. Au théâtre, les œuvres de Raynouard furent particulièrement encensées : malgré son intérêt pour le style « troubadour », que l’on commençait également à retrouver en peinture, le choix polémique des sujets de ses pièces historiques (Les États de Blois ou l’assassinat du duc de Guise ; Les Templiers), lui valurent les foudres de la censure impériale. Le poète et dramaturge Antoine-Vincent Arnault, dont les drames furent principalement incarnés sur scène par Talma, connut au contraire une reconnaissance quasi-officielle. La poésie fut surtout représentée par Jacques Delille, mort en 1813, et par Fontanes, nommé grand-maître de l’Université par Napoléon, aujourd’hui tombés dans l’oubli, de même qu’Esménard, auteur du poème en cinq chants La Navigation.
 
Si aucun grand nom ne subsiste aujourd’hui du Paris littéraire de l’époque, de l’époque, la critique fut extrêmement à la mode, et les « Belles-lettres » passionnèrent le lectorat français et européen par l’entremise des feuilletons du Journal de l’Empire et des rubriques du Mercure de France.
 
L’Empire apparaît en réalité comme un entre-deux, où disparurent les derniers grands noms du XVIIIe siècle, comme La Harpe (1803) ou Bernardin de Saint-Pierre (1814) disparurent alors que leurs successeurs fréquentaient encore les lycées napoléoniens : Victor Hugo, Lamartine, Alfred de Musset. D’autres auteurs, célébrés dans les décennies qui suivirent, mais parfaitement oubliés de nos jours, faisaient alors leurs premières armes, tel le poète Alexandre Soumet, ou encore Stendhal, qui n’était pas encore devenu Balzac et occupait alors un poste d’auditeur au conseil d’Etat. Malgré une pauvreté relative, qui s’explique par la dépendance de la création au pouvoir et à la censure napoléonienne. La vie littéraire se concentra dans quelques salons, comme celui de l’impératrice Joséphine à Malmaison.