Artémis

Gérard de Nerval

Le sonnet paraît pour la première fois dans le recueil des Chimères ; il est sans doute contemporain d’« El Desdichado » et de la crise de folie d’août-septembre 1853. Le texte, retrace les étapes d’un rituel initiatique qui a tout d’une apothéose, au moyen de l’évocation œcuménique d’influences mythiques et religieuses diverses.

La Treizième revient... C'est encor la première ;
Et c'est toujours la seule, — ou c'est le seul moment
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière ?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :
C'est la mort — ou la morte... O délice ! ô tourment !
La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,

Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule :
As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ?

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos dieux :
Tombez fantômes blancs de votre ciel qui brûle :
— La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !
 
Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1854.
> Texte intégral dans Gallica : Paris, Giraud, 1854