Chateau de Pierrefond, Voyage de Taylor et Nodier
À la recherche du passé

La nostalgie est le moteur de nombreux déplacements. Elle instaure un rapport très particulier au passé, individuel ou collectif. Le regret des temps anciens est une constante : on recherche les traces des sociétés de jadis pour mieux repartir de l’avant. L’important est la découverte de vieux monuments, des existences différentes, d’autres philosophies. C’était le sens des remarques de Montaigne (Journal de voyage en Italie, par la Suisse et l’Allemagne) ou les détours effectués par J.A. de Thou qui visitait avec délectation et émotion les bibliothèques et grandes peintures de son temps lors de déplacements politiques (Mémoires). Parfois le regret ou l’amertume affleuraient : ainsi La Fontaine bouleversé en apercevant le château d’Amboise où avait été enfermé son ancien protecteur Fouquet (Voyage en Limousin). À moins que la relation de voyage ne se fasse qu’au niveau symbolique (Les Regrets de Du Bellay). En dehors de cela, le voyage n’était qu’un exercice de style où importait surtout l’art du conteur (Voyage de Chapelle et Bachaumont) quand il n’était pas une exaltation de l’avenir (description de grands travaux, émerveillements devant les civilisations urbaines).

La Révolution, là encore, engendre une coupure radicale. Le monde de l’ancien Régime n’est plus et son souvenir devient dès le début du XIXe siècle l’objet d’une vénération que seuls des univers disparus peuvent susciter. Il est alors magnifié par les artistes (la vie de château, le brillant de la cour, la guerre en dentelles…). Très vite on pourchasse le moindre vestige de cette vieille France millénaire, par l’écrit et surtout par l’illustration. Le travail de Charles Nodier et du baron Taylor participe de cette recherche sur les traces d’un passé qui se meurt (Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France). Avec leurs ouvrages le patrimoine acquiert une vie, une histoire, une légende surtout, dans une atmosphère qui accompagne et magnifie l’idéal romantique de l’époque.

Ce recueillement sur les anciennes civilisations, développé par Volney (Les Ruines, ou Méditations sur les révolutions des empires ), est une des dimensions du premier romantisme. Chateaubriand ne perd pas une occasion d’exalter la solitude contemplative devant les restes d’antiques monuments et de vénérables cathédrales (Voyage au Mont-Blanc , Cinq jours en Auvergne). Un culte des ruines médiévales s’établit : Hugo peint les vestiges du Mont Saint-Michel. Les écrivains en visite dans une région vont célébrer son histoire, les hauts faits qui s’y sont déroulés, les traditions et les mythes que ces paysages et ces climats ont engendrés. Ainsi voyage Hugo (Le Rhin), ainsi se déplace Théophile Gautier (Quand on voyage, Caprices et zig-zags, Voyage en Espagne).