[American version]
Vue de la mission du Sault St Louis. Après 1676. Détail.
BnF, Estampes.

Joseph-François Lafitau (1681-1746)

 

Issu d'une riche famille de la bourgeoisie bordelaise, Joseph-François Lafitau entre au noviciat des jésuites en 1696, puis étudie la philosophie et la rhétorique à Pau de 1698 à 1701, avant de compléter ses études à Poitiers, à La Flèche, et enfin à Paris en 1711. Il décide alors, âgé de 31 ans, de se rendre au Canada pour œuvrer aux missions lointaines.

Il passe près de six années (1712-1717) au Sault-Saint-Louis (Kahnawake), mission située sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal. Là, avec la collaboration d'un vieux jésuite, le père Garnier, il s'initie à la langue et à la culture des Iroquois. De retour en France, il rédige un mémoire sur sa découverte du ginseng (1718), puis, à la suite d'un voyage à Rome, est nommé procureur des missions de la Nouvelle-France (1722).

Il écrit alors, en deux volumes, son ouvrage le plus célèbre : Mœurs des sauvages américains (1724). Féru de culture classique, il entend se servir des sources relatives aux peuples anciens (Hébreux, Grecs, etc.) pour mieux comprendre les mœurs autochtones, en particulier iroquoises. Il s'efforce de prouver l'origine commune des Indiens et des Occidentaux et d'étayer ainsi le dogme chrétien de l'unité de la création, démarche qui lui vaut les railleries de Voltaire.

Lafitau systématise une forme d'ethnographie comparée qu'on observe aussi, plus précocement, chez André Thevet (1557) ou chez Marc Lescarbot (1609), tout en faisant preuve dans ses descriptions d'une minutie rarement égalée à cette époque. Il découvre le système de parenté classificatoire des Iroquois, et reconnaît l'importance des femmes dans la société iroquoise, en parlant d'une " gynécocratie ". Lafitau retourne au Canada en 1727, où il séjourne deux ans comme supérieur de la mission de Sault-Saint-Louis, avant de rentrer définitivement en France en 1729.

 

Documents associés :

- Les Mœurs des sauvages américains (1724) de Joseph-François Lafitau ne constitue ni une relation de voyage, ni une histoire, ni une description, mais une comparaison : l'auteur, pour montrer que les mœurs iroquoises ne sont pas aberrantes, s'attache à les mettre en parallèle avec celles des sociétés de l'Antiquité (Grecs, Hébreux, etc.). Certains chercheurs en font le précurseur de l'ethnologie moderne.

- Jésuite féru de rhétorique et de philosophie, pétri de culture théologique et classique, Lafitau décide à 31 ans de partir en mission au Canada. Il fait un séjour de cinq années, entre 1712 et 1717, chez les Iroquois du Sault Saint-Louis (Kahnawake), près de Montréal.