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Philippe d'Orléans, le savant

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22 novembre 2018

Philippe d’Orléans assure la régence de la France de 1715 à 1723, à partir de la mort de Louis XIV jusqu’au sacre de Louis XV. On ne saurait limiter l’homme à sa réputation de libertin. Le personnage est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, notamment par son intérêt certain pour la science en général.

Portrait de Philippe d'Orléans, régent, en pied. Collection Michel Hennin.

Le duc de Chartres est né de l’union arrangée d’un couple hautement improbable, Monsieur, frère de Louis XIV, ayant épousé en secondes noces la Princesse Palatine. Grâce à son précepteur, l'abbé Dubois qui lui inculque ses connaissances très poussées pour l'époque en sciences physiques, mathématiques, chimie, peinture, gravure et musique, le futur régent reçoit une éducation très solide. L'ecclésiastique aux moeurs très libres conserva par la suite une grande influence sur son ancien élève dont il devint le compagnon de débauche.

Fuyant les mondanités, doué d’une grande mémoire, très intelligent, le duc de Chartres alias Philippe d'Orléans est le savant de la famille. Il s’intéresse tout particulièrement à l’alchimie et, afin de parfaire ses connaissances, offre sa protection au chimiste néerlandais Guillaume Homberg (ou Humbert). En 1704, il le nomme Premier médecin attaché à son service.  Il fait construire un laboratoire  dans son hôtel particulier du Palais-Royal.  Homberg et lui y  élaborent des parfums entêtants.

Reportons-nous aux Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la république des lettres de Jean-Pierre Niceron paru de 1729 à 1745 :

M. le Duc d’Orléans qui se livrait au goût et au talent qu’il avait pour les sciences, ayant voulu entrer dans les mystères de la chimie et de la physique expérimentale, prit en 1702  M. Homberg auprès de lui en qualité de son physicien, et lui donna une pension et un laboratoire le mieux fourni et le plus superbe que la chimie eût jamais eu.

Leurs recherches portent aussi sur  la fameuse pierre philosophale. En effet,  les scientifiques de l’époque ne doutent pas de leur faculté de transmuter le plomb en or grâce à cette hypothétique substance alchimique. Pourtant le régent semble faire preuve de lucidité quant à son existence. Facétieux, il s’amuse à égarer les recherches de Homberg vers… de la matière fécale comme le raconte Aimé-Henri Paulian dans son ouvrage la Physique à la portée de tout le monde. C’est d’ailleurs de cette façon que le chimiste néerlandais découvre ce que l'on nommera le pyrophore de Homberg ! Dans  l’Alchimie et les alchimistes,  Louis Figuier propage cette anecdote.

 

L'Alchimiste (1775). Wright, Joseph. Pether, William (graveur)
 

Ses activités de chimiste vont placer Philippe d’Orléans dans une situation délicate. D’autant plus qu’il manifeste son intérêt pour les sciences occultes. Dans le passé, il aurait même participé  à des séances de sorcellerie où on invoque le diable. Il prend ensuite rapidement ses distances vis-à-vis de ces pratiques. Il n’en faut pas plus pour qu’il soit accusé d’empoisonnement sur la descendance directe de son oncle, Louis XIV, afin de servir son ambition personnelle. L'entourage de son principal rival, le bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, le duc du Maine  se charge de propager la rumeur. En effet, à la mort du grand roi, tous deux se disputent âprement la régence. Dans un premier temps, le Duc du Maine semble l’emporter grâce au dernier testament de Louis XIV rédigé sous l’influence de Madame de Maintenon, l’ancienne préceptrice des enfants illégitimes royaux. Mais le Parlement casse le testament en faveur de Philippe d’Orléans. Depuis lors, l'hécatombe de la famille royale a été attribuée à une maladie contagieuse, la scarlatine.

En 1715-1718, le prince de sang diligente une enquête auprès des intendants afin de faire le point sur l'état des ressources naturelles du pays et en confie la direction à l'Académie des sciences. Nous pouvons y voir une preuve supplémentaire de la curiosité d'esprit qui ne cessa d'animer le Régent tout au long de son existence !

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