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Une école de médecine navale à Rochefort

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18 septembre 2020

 A l'occasion des Journées du patrimoine, consacrées au Patrimoine et à l'éducation, Gallica vous propose de découvrir l’hôpital maritime et l'école de chirurgie de Rochefort (Charente-Maritime), activités complémentaires de l'arsenal.

Caron, officier de santé. 22 Brumaire an 6. Estampe de Labrousse, L.F.
 Louis XIV et son ministre Colbert décident de rétablir la suprématie maritime française en créant une marine de guerre divisée entre le Levant (Mer Méditerranée) et le Ponant (Océan Atlantique). Pour cette dernière, on choisit Rochefort pour des raisons stratégiques.En effet, à 20km à l’intérieur des terres le site est en outre protégé par des îles et par différentes batteries ainsi qu’un rempart entourant la ville, créée de toutes pièces pour l’occasion, le tout constituant ce qu’on appelle la ceinture de feu.
Jusqu’au XVIIIe siècle, sur les navires de guerre ce sont souvent des barbiers-chirurgiens  qui faisaient office de chirurgiens, bien qu'occupant une position bien inférieure à cette corporation. Quant aux quelques praticiens embarqués sur les bateaux, leur incompétence  était un fait notoire. Ils étaient choisis par le capitaine du bateau jusqu’en 1689 où une ordonnance de Louis XIV stipule que désormais ils devront être agréés par le premier médecin et le chirurgien-major de chaque port. Cependant cette mesure a une efficacité très relative puisque les postulants sont encore trop souvent ignares.
 
le Port de Rochefort, vue du magasin des colonies. Dessin de N.M. Ozanne, 1819
 
Ayant eu connaissance de la flatteuse réputation dont jouissait Jean Cochon-Dupuy (1674-1757) à La Rochelle, l’intendant Michel Bégon de La Picardière l’attire à Rochefort en l’y nommant second médecin de la marine en 1704, puis premier médecin en 1712. Cochon-Dupuy pressent qu'un praticien est appelé à jouer un rôle essentiel lors des périples, comme le rappelle le Docteur Ollivier dans son ouvrage paru en 1864 : Le Médecin de la marine dans les voyages de découvertes autour du monde. Son projet est de remplacer les barbiers-chirurgiens par des officiers de santé. Convaincu que le fait d’exercer la médecine sur un navire de guerre nécessite une formation spécifique et particulièrement poussée, Cochon-Dupuy œuvre pour une réforme de l’enseignement de la chirurgie :

Il ne suffit pas aux chirurgiens majors des vaisseaux de savoir la pure chirurgie, puisqu’ils sont obligés de servir aussi comme médecins et apothicaires. […] Là [dans les hôpitaux de la marine], ils pourront s’instruire non seulement sur l’anatomie et les opérations de la chirurgie, mais encore acquérir des connaissances sur les maladies internes et sur la composition des remèdes et sur les doses auxquelles on les administre.
 

Dans un rapport adressé au Ministre de la marine en 1715, Cochon-Dupuy élabore toute une méthode pédagogique très orientée vers les travaux pratiques. Il finit par obtenir gain de cause : une école d’anatomie et de chirurgie, premier établissement de ce genre dans le monde, est inaugurée en 1722. Considérant que les ouvrages consacrés à cette discipline n'étaient pas assez didactiques pour des jeunes gens encore trop peu exercés à l'exercice intellectuel de la lecture, ll fait paraître en 1726 son Manuel des opérations de chirurgie. Non seulement les élèves reçoivent un enseignement spécialisé dans les pathologies susceptibles de se déclarer en pleine mer, mais ils sont également initiés à la Science considérée à l'époque comme un savoir encyclopédique. Ils vont donc mettre à profit leurs voyages de par le monde pour rapporter des échantillons d’espèces nouvelles et constituer des collections sur l’anatomie humaine, mais aussi sur la botanique, la zoologie, la géologie et l'ethnologie.

 

 

Il est vrai qu’au tout début, les conditions d’accueil faites aux aspirants-officiers laissent fort à désirer puisqu’ils sont logés dans les salles du premier hôpital de la marine au milieu des malades, comme le déplore Jean Cochon-Dupuy. Mais grâce au soutien du secrétaire d’Etat de la marine de Louis XV, le comte de Maurepas, l’école connaît un certain essor et peu à peu l’établissement rochefortais fait des émules : en 1725 à Toulon et en 1735 à Brest.  Elle jouit d’une excellente réputation au point que son règlement intérieur est adopté par les autres écoles navales en 1768.
A la fin du XVIIIe siècle (1783-1788), l’ingénieur Pierre Toufaire construit le premier établissement hospitalier à structure pavillonnaire de France et l’école est alors transférée dans un des pavillons d’entrée conçu spécialement pour elle au sein de l’Hôpital de la marine. La dynastie des Cochon-Dupuy continue à y jouer un rôle prégnant puisque le fils de Jean, Gaspard (1710-1788) lui succède à la tête de l’école et s'illustre particulièrement en élaborant un jardin de plantes médicinales. Puis un cousin éloigné, Pierre Cochon-Duvivier (1731-1813)  devient à son tour en 1780 chirurgien en chef de la marine au port de Rochefort.
 
En 1798, l’école de chirurgie du port prend le nom officiel de Ecole de médecine navale jusqu’à sa fermeture en 1964. Transformée en musée, elle comporte maintenant une bibliothèque de plusieurs milliers d'ouvrages scientifiques et de riches collections d’anatomie et d’instruments chirurgicaux, témoins d'une époque révolue.

 

 

 

Commentaires

Soumis par Pierre RAGARU le 11/10/2020

Ce musée de l'ancienne école de médecine est extraordinaire à visiter .... Mais sur rendez-vous , je crois .

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