Le Blog
Gallica
La Bibliothèque numérique
de la BnF et de ses partenaires

Napoléon et les invalides de guerre

0
16 juin 2021

L’hybris qui a progressivement  gagné Napoléon va entraîner la France dans une spirale de guerres incessantes avec pour conséquence des millions de morts et de blessés. Il va leur témoigner sa gratitude en pérennisant le dispositif mis en place par un illustre prédécesseur. 

Napoléon 1er visitant l'infirmerie des Invalides (11 février 1808) / par Veron-Bellecourt (Collection de la BIU Santé)

L’héritage de Louis XIV

On retrouve cette même volonté de conquête territoriale chez le monarque absolu, initiateur du projet de l’Hôtel des invalides à Paris. Mû par le même devoir  de reconnaissance à l’égard de ses « vieux soldats blessés, estropiés ou vieillis dans le service », il lui importe de les soustraire à l’état de mendicité et d’exclusion sociale dans lequel ils sombraient trop souvent. L’institution est donc un des symboles de l’époque louis-quatorzienne.

Une institution menacée ?  

C’est pourquoi à l’heure de la Révolution française, son existence est remise en question et l’on songe même à transformer les bâtiments en une vaste prison. C’est un sujet âprement débattu an sein des assemblées du peuple, comme en témoignent les rapports qui nous sont parvenus. Mais le déclenchement des guerres révolutionnaires va changer la donne. Priorité est donnée désormais au très récent Service de santé des armées créé seulement depuis 1777.
 

  Fête nationale du 1er vendemiaire an 7 à l'Hotel des Invalides : la République française à ses déffenseurs : [estampe] / L.F. Labrousse graveur, 1798

Prorogation  de la vocation initiale

Le premier consul Napoléon Bonaparte ordonne un grand plan d’embellissement des bâtiments, nécessaire pour effacer les déprédations commises par les sans-culottes. Il veut faire de cet hôpital militaire un établissement à la pointe du progrès. Une fois parvenu au pouvoir, afin de vérifier que ses ordonnances et décrets sont appliqués à la lettre, il n’hésite pas à inspecter les lieux : débonnaire avec ses grognards, il n'oublie pas d'interroger le corps médical et les sœurs-hospitalières. Voici le récit d'une visite effectuée en 1808 (voir l'image en une du billet). Mais cette prise en charge intégrale par l’Etat fait  bientôt l’objet de trop de convoitises.  

Extr. de : Recrue patriotique allant à la guerre pour soutenir les jacobins et les feuillants. Guerrier revenant de la guerre : [estampe], 1792 

Une régulation des flux nécessaire

Entre 1800 et 1815, on assiste à un accroissement exponentiel de la population susceptible d’y accéder. En effet, les progrès apportés au Service de santé des armées - notamment la création d’ambulances volantes qui,  après les hostilités, se déplacent sur le champ de bataille et vont récupérer les blessés avant qu’ils ne soient atteints par la gangrène ou achevés par l’ennemi – contribuent  à sauver de nombreuses vies. Sans oublier la chirurgie de guerre qui avec un praticien tel que Dominique Larrey réputé pour opérer vite et bien, connaît une amélioration spectaculaire.
Pour maintenir le bon fonctionnement de l’Hôtel des invalides, il est impératif de réguler le nombre de candidats éligibles à l’admission au sein de l’institution. Des règles beaucoup plus restrictives sont donc édictées et il faut désormais pouvoir justifier d’un des critères suivants :

  • 30 années de service militaire
  • avoir plus de 60 ans
  • avoir perdu un ou plusieurs membres
  • souffrir d’une cécité due à une blessure de guerre
  • ne pas avoir de foyer familial 

Si bien qu’en 1814, les effectifs des pensionnaires de l’Hôtel des invalides sont limités à 3100 individus.

Tout est sous contrôle 

Napoléon a la main sur les nominations des gouverneur, intendant, trésorier, officiers de santé, chirurgiens, apothicaires.
Les pensionnaires continuent à être assujettis à un règlement militaire et tout manquement fait l’objet de sanctions. La plus anecdotique, appliquée dès les origines, consistant "pour ceux qui se sont enyvré et comis quelque désordre ou d'avoir découché sans congé » à les installer à la table des buveurs d’eau au réfectoire. Un fonctionnement réglementé jusqu’au moindre détail s’applique aux hôpitaux militaires, et par conséquent à l'infirmerie des Invalides. 
 

La table des buveurs d'eau au milieu

L'infirmerie

Elle occupe le quart de l’Hôtel et offre deux cents lits.  Au rez de chaussée, quatre salles  claires, constamment aérées, sont maintenues à une température de 18°. Deux d’entre elles sont réservées aux blessés les plus graves placés en observation. Au premier étage, quatre autres salles abritent des scorbutiques. Les cours intérieures sont aménagées en jardins pour y accueillir les convalescents.
Des notions d’hygiénisme encore balbutiantes à l’époque font leur apparition dès 1794. Les sols sont lavés à grande eau pour tenter de faire disparaître les odeurs pestilentielles. Chaque homme doit pouvoir disposer d'un lit individuel. Privilège inouï : si leur état le permet, les patients peuvent bénéficier de bains réguliers. On leur fournit désormais cinq chemises à leur arrivée, au lieu de trois précédemment. 

 

[Pensionnaire de l'Hôtel des Invalides en uniforme, assis, accoudé à un guéridon] :
[photographie], 1850

Le personnel soignant et médical

On maintient le personnel soignant déjà en place depuis 1769, en l’occurrence les Filles de la Charité aussi appelées  Sœurs grises. Elles sont secondées par les Fraters ou Garçons qui sont en réalité les aides des chirurgiens
Un décret de 1811 réorganise le service de santé.  A certaines périodes y exercera un personnel d’exception tels que le médecin René-Nicolas Desgenettes, le chirurgien Dominique Larrey ou le pharmacien Antoine Parmentier.
En 1800, le protocole médical stipule que les praticiens visitent les malades deux fois par jour.  En outre, des chirurgiens et pharmaciens de deuxième ou troisième classe, chargés de préparer les cahiers de la visite matinale, précèdent la venue de leurs confrères. 

Ainsi l’Empereur a pérennisé l’institution mise en place par le monarque absolu. La mise de oeuvre de ce projet nous donne à voir un exemple abouti de son esprit d’organisation doublé d’un souci du détail assez impressionnant.  

Les Invalides - la cour de l'infirmerie. Extr. de  Collection Jaquet, 1850-1920

Pour aller plus loin : 

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.