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La cour d'honneur du site Richelieu

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26 novembre 2018

Au cœur du deuxième arrondissement, entre la rue Richelieu et la rue Vivienne, un ancien palais princier abrite depuis trois siècles les collections de la Bibliothèque nationale de France. Découvrez l’histoire de ce site à travers des documents méconnus disponibles sur Gallica.

Projet pour la Bibliothèque du Roi, agence de Cotte, 1734

Aujourd’hui le visiteur qui vient pour la première fois sur le site historique de la BnF est accueilli par quatre statues allégoriques placées sous le porche du 58 rue de Richelieu. Passé ce porche, il découvre la cour d’honneur, quelque peu encombrée par la présence temporaire d’un modulaire, et les ailes disparates qui l’entourent. En effet, loin d'être le fruit d'un chantier uniforme, le site Richelieu s'est construit sur plusieurs siècles.

A l’époque de Mazarin, la cour d’honneur du palais cardinalice se trouve du côté de l’hôtel Tubeuf, partie la plus ancienne du site. Tout à sa passion bibliophile, Mazarin décida de donner à ses livres un espace digne d'eux. Il confia à l’architecte Le Muet, en 1646, la construction de la grande aile de 144m de long à l'ouest de la propriété, prévue pour accueillir les écuries au rez-de-chaussée et la bibliothèque à l'étage. Achevée en 1648, elle est complétée d'une aile de traverse qui la relie aux galeries de Mansart et à l'hôtel Tubeuf.
 

A la mort de Mazarin en 1661, l'aile revient à son neveu, Philippe Mancini, titré le duc de Nevers, qui laisse son nom à l'hôtel de Nevers. L’aspect de la cour côté rue de Richelieu est mal connu. Sans doute un espace en terre battue, au mieux partiellement pavée. Les plans d’époque et les descriptions ne fournissent pas d’informations particulières.

Avec l’installation de la Bibliothèque royale dans l’hôtel de Nevers en 1721, la cour est aménagée : elle se voit dotée d’un jardin, relativement sommaire – une étendue d’herbe avec un bassin si l’on en croit les plans – sur la moitié de sa superficie. L’autre moitié se compose d’une étendue en dur : était-elle enfin pavée ?
 
Mais l’aménagement le plus significatif est bien entendu l’ajout de deux ailes qui achèvent de dessiner le rectangle de la cour d’honneur que nous connaissons aujourd’hui. La première est due à l’architecte du roi Robert de Cotte, la seconde à son successeur Jacques V Gabriel. Ces deux ailes, achevées dans la première moitié du XVIIIe siècle, sont toujours en place.
 

L’aspect présenté sur certains plans de l’agence Robert de Cotte semble quelque peu idéalisé, quoi que rien n’exclut l’aménagement de parterres autour du bassin à un moment donné.
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, les architectes s'interrogent sur une possible extension des bâtiments. Etienne-Louis Boullée notamment imagine en 1785 utiliser l'espace de la cour d'honneur pour en faire une salle de lecture. La cour aurait été couverte d'une vaste voûte à caissons de bois suspendue sur une charpente, tandis qu'une large ouverture toute en longueur dans le centre du toit aurait assuré un éclairage zénithal. L'entrée aurait été déplacée côté rue Colbert, transformée en place. Projet visionnaire mais laissé sans suite. 

Un autre projet, dû à François-Joseph Bélanger, propose l’installation d’une citerne couverte au centre de la cour d’honneur. Projet semble-t-il également resté sans suite.

Le bouleversement de la cour d’honneur a lieu avec la construction de la salle Labrouste, inaugurée en 1868.  La moitié de la cour disparait sous les bâtiments. Labrouste décide également de reconstruire l’hôtel de Nevers. Il détruit le bâti du XVIIe siècle et le remplace par une aile XIXe siècle. Seul subsiste le petit morceau de l’aile à l’angle des rues Richelieu et Colbert. Il s’attaque ensuite à l’aile Gabriel qu’il souhaite rebâtir, mais décède. Son successeur, Jean-Louis Pascal, préfère garder le cachet XVIIIe du lieu et restaure le bâtiment.

Le jardin devient l’espace « cour », et disparait donc, avec une entrée du site décalée au nord rue de Richelieu, tandis que Labrouste recrée un jardin côté rue Vivienne. Toutefois ce n’est pas Labrouste qui supprime les derniers vestiges du jardin de la cour d'honneur, mais Pascal. Le bassin et les arbres disparaissent, laissant place à une cour pavée.
 
Sous le nouveau porche d'entrée du 58 rue de Richelieu, Pascal fait placer quatre statues représentant l'Imprimerie par Labatut, la Gravure par Hugues, la Calligraphie par Coutan et la Numismatique par Becquet. Il conçoit également un projet de couverture de la cour d'honneur, rappelant le projet d'Etienne-Louis Boullée, mais pour en faire une vaste halle d'exposition et non une salle de lecture, avec un toit de verre et de métal. Ce projet faisant quelque peu polémique, il est abandonné.
 

Depuis l’aménagement de la cour par Pascal à l’extrême fin du XIXe siècle, celle-ci n’a pas connu de transformation significative. La présence du square Louvois à proximité immédiate de l’entrée de la bibliothèque sert également de substitue à l’absence d’espace vert dans cette partie du quadrilatère, aujourd’hui la seule ouverte au public.

Pour aller plus loin :

Richelieu. Quatre siècles d'histoire architecturale au cœur de Paris, dir. Aurélien Conraux, Anne-Sophie Haquin et Christine Mengin, BnF Éditions/INHA, 2017.

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