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Full notice

Title : Le cahier rouge de Lucile Desmoulins / publ. par Georges Lecoq

Author : Desmoulins, Lucile (1771?-1794). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1880

Contributor : Lecocq, Georges (1849-18..?). Éditeur scientifique

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 16 p. ; in-8

Format : Nombre total de vues : 17

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k74578p

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, Ye-25901

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303334261

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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PARIS,

LIBRAIRIE RÀpHAHL SIMON, QUAt VOLTAJRE.

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LE CAHIER ROUGE

LUCILE DESMOULINS


LE CAHIER ROUGE

LUGILE DESMOULINS

LIBRAIRIE RAPHAËL SIMON, 9, QUAt VOLTAtttE.

(JE~wt du B«H~<t: de la Cott/ëreKee I.tMcr<re et ~c:e~~Me de P~<c. N' HI. 1880.)

DE

PUBL!~ PAR

GEORGES LECOCQ.

PARIS,

t88o


LE CAHIER ROUGE DE LUCILE DESMOULINS.

Au nombre des plus belles et des plus touchantes ngures de la Révolution Française, parmi celles qui éclairent même les jours sombres du rayonnement de leur grâce et de leur patriotisme, au milieu de tant d'autres et au-dessus de beaucoup d'autres, nous apercevons Lucile Duplessis, la femme adorée et adorable de Camille Desmoulins. On a souvent parlé d'elle, ou pour être plus exact, parlé d'eux, car les deux époux sont inséparables dans l'histoire; M. Claretie leur a consacré un volume remarquable après lequel il semble que rien ne puisse être dit. Ils sont, cependant, si intéressants les documents qui les concernent sont en quantité relativement si considérable que les travaux devront se succéder longtemps encore avant d'avoir épuisé la légitime curiosité du public et la mine si riche des matériaux que le temps et les fureurs politiques ont épargnés.

Qu'il nous soit permis de lire avec une respectueuse piété les notes écrites au courant de la plume, de parcourir les feuilles sur lesquelles la pensée intime était, aussitôt traduite qu'éclose, en un mot ces J~HMp qui nous font entrer un instant dans la vie même de ceux dont nous nous occupons.

Les manuscrits que nous avons pu recueillir nous fourniront l'occasion de plus d'une publication du genre de celle ci. Nous commençons aujourd'hui par le Cahier rouge de Lucile Desmoulins. Ce cahier n'est pas absolument inédit, M. Claretie en a donné plusieurs pièces; le voici dans son entier, mais avant il est bon de le décrire et de rectifier à ce sujet l'historien de Camille.

En effet, voici comment M. Claretie nous le présente « Ce petit cahier haut de douze centimètres et large de huit centimètres; cartonné de carton rouge et contenant vingt-deux feuillets d'un papier solide, rugueux et jauni, dont treize seulement sont couverts de récriture de Lueile, ce cahier de jeune fille contient des vers composés en l'honneur de Mademoiselle Duplessis ou copiés par elle sur des recueils qui paraissaient ators. A la première page, le baron de Girardot, à qui ce document unique appartenait, a tracé cette indication

« CAHIER KCRtT DE LA MAIN DE LUCILE DUPLESSIS,

« FEMMR DE CAMILLE DESMOUL1NS

M'A tM DONNt~ PAR LA S-ËfJR DE LUCILE, EN t83~ A PAK!S. <t B. DE GtRARCOT. M


« Il est aujourd'hui la propriété de M. de Lescure qui a bien voulu nous le communiquer (t). »

Ce cahier contient non pas 22 mais .).o feuillets, dont plusieurs ne sont pas coupés. Vingt sont couverts de l'écriture de Lucile, quinze seulement sont numérotes.

Outre la mention de la première page, M. de Girardot avait ajouté ou plutôt répété à la seconde page

C( CE CAHIER CONTIENT DIVERSES

«

«

«

«

«

<(

POÉSIES ECRITES PAR

LUCILE DUPLESSIS FEMME DE CAMtLLE DESMOULINS M'A ÉTÉ DONNÉ PAR

MADEMOISELLE DUPLESSIS SŒUR DE LUCILE, EN l83~. ? »

Nous ne pensons pas que le baron de Girardot se soit dessaisi de ce document, en tout cas il le possédait encore il y a quelques mois car, au catalogue de la vente d'autographes composant sa collection (t3 et t~ juin i8;-< nous le retrouvons sous le n" 268. Il nous a été cédé par M. Etienne Charavay qui s'en était rendu acquéreur à cette vente. Ceci dit en ce qui touche la matérialité du recueil, arrivons aux poésies qu'il contient. Elles nous font connaître «les pensées de Lucile, à la veille et au lendemain de son mariage. Lorsqu'elle commença à y noter les vers qui la frappaient ou lui plaisaient, elle était évidemment déjà éprise de Camille. Amour contrarié, car M. Duplessis lepere n'avait pas vu d'un œil tres-iavorable naître et grandir l'amour de Desmoulins pour sa fille. Lorsque touf d'abord Camille s'ouvrit à lui sur ses projets, parla doucement, timidement d'union, il se heurta à un refus très-net de M. Duplessis, il put croire à une résolution inflexible. L'amoureux s'éloigna et madame Duplessis fut attristée, Lucile gémit. Et l'expression de cette tristesse, de cette intime douleur, on la retrouve dans les pièces de vers recueillies dans le petit caltier rouge de mademoiselle Duplessis.

« Ce sont là des vers amoureux, attendris, qui tous chantent les malheurs de deux amants séparés par la volonté paternelle. Lucile prend plaisir à les recopier, à les apprendre. Elle leur trouve sans nul doute la saveur âcre de ces mets qui rendent parfois la souffrance plus lancinante et plus cruelle. Celui qui s'appelait le berger Sylvain,

()) Oarctie. Ct<M<<)<WMM/M.f,p. t.tt.


(:) Nous reproduisons scrupuleusement le manuscrit sans y rtcn changer, pas mcmc les ~utt!MCK, alors admisM, de son orthographe.

Sylvain Maréchal, a rimé pour les amoureux persécutes des romances qui peignaient les tourments de Lucile. Elle les transcrivait donc avec une volupté douloureuse sur son cahier de jeune fille en leur donnant, comme Maréchal, ce titre: .RcwaMce historique (t). ? »

Mais pourquoi nous attarder, analyser ces pièces de vers tendres et charmantes; pourquoi reculer le moment où le lecteur va pouvoir les lire? Laissons donc notre plume au repos, effaçons-nous devant cette aimable et touchante apparition du xvur' siècle et de la Révolution, devant Lucile Desmoulins.

LE TRÉSOR.

ROMANCE HISTORIQUE.

AtR Au ~t)M~ d'une NOM~'C )'<CC.

Jeunes filles à rame tendre,

Vous tous, amis du sentiment,

Venez près de moi pour entendre Un récit triste mais touchant.

Si mon style n'a point de charme Et s'il n'est pas semé de fleurs,

Du moins accordés (2) une larme A ce qui m'a coûte des pleurs.

Sylvandre né dans l'indigence

Gardoit avec soins le troupeau

D'un laboureur que l'oppulence Rendoit l'honneur de son hameau. Nice étoit l'unique héritière

De ce laboureur orgueilleux

Et ne s'en montroit pas plus tiere. Sylvandre en devint amoureux.

Il n'osa jamais le lui dire

On est si timide en aimant I

Mais dans ses yeux il laissa lire

Et sa tendresse et son tourment.

(t) Ctaretie C. JOMMMM/t'M, p. t,t3.


Et voilà que dans le silence Épris l'un pour l'autre, tous deux Avec une égale constance

Ont en secret les mêmes feux. Au moment même où peut-être J pleure d'être né sans or,

Dans le domaine de son maître Sylvandre upperçoit un trésor. !vre de joie, à cette vue

11 vole à Nice et lui fait part De sa richesse innatcndue.

Tous deux bénissent le hasart. Mais après cet instant d'ivresse Sylvandre, devenu rêveur,

Dit, en tremblant, à sa maîtresse « Je suis loin encore du bonheur 1 « Quand je devrais être victime

K

«

K

De mes sentimens délicats,

Peut-on être heureux par un crime ? Ce trésor ne m'appartient pas.

«

«

«

(t

Nice, dans le champ de ton père J'ai trouvé ce riche dépôt II est à lui. Viens ma bergère. Il faut le lui rendre aussitot.

« Ah, mon ami, de ce service « Ah, puisse mon père enchanté « Te destiner la main de Nice « Pour prix de ta fidélité, a

Voici la réponcc du père

«

«

K

((

«

((

<t

Fidèle et loya! serviteur,

Je veux bien doubler ton salaire, Mais chasse l'amour de ton cœur. M me faut désormais pour gendre Un laboureur riche en moisson Tu n'es que berger. Vas, Sylvandre. Retourne vite à tes moutons, x


Sylvandre & sa chaumière obscure

S'en va silencieusement.

A s'abstenire de nouriture

Il s'obstine de ce moment.

Trois jours après, son chien fidèle

Accourt, et par son aboiment

Apprend à Nice la nouvelle

Du trépas de son tendre amant.

De désespoir Nice frappée

Cachant à son père interdit

L'objet dont elle est occupée

D'un ton doux et triste lui dit

« Laissez-moi de ce berger sage

« Recevoir le dernier soupir. »

Puis, rassemblant tout son courage

Près de Sylvandre alla mourir.

Par le Berger SYLVAIN.

LE CONTRAT DE MARIAGE PAR DEVANT NATURE. ROMANCE HISTORIQUE

<'J)~MC <Ï!~

Le jeune Hylas, la jeune Hélène S'aimaient tous deux également

Et tout en eux servit leur charme; Mêmes désirs, même penchant,

Toujours d'accord, jamais se plaindre, Sans cesse ensemble sans dégout C'étoient (pour d'un seul trait les peindre) Les deux motiés du même tout.

La couronne de l'hyménée

Manquait seule à leurs tendres cœurs Et la guirlande fortunée

N'eût offert jamais plus de fleurs. Mais leurs familles divisées

Par le culte de leurs ayeux,

Tenant chacune & ses idées,

Mirent un obstacle fleurs voeux.


Au couple fidèle on vint dire

«

K

«

«

«

((

«

Quittez-vous pour ne plus vous voir D'un Dieu vengeur redoutez l'ire 1 Vous haïr est votre devoir.

Quoi nous haïr 1 Mais la nature Pour nous aimer nous créa tous Peut-elle d'une flamme pure

Voir les progrès avec courroux. n

En vain nos amans supplièrent L'un à l'autre on les arracha. En vain des larmes ils versèrent Du couvent on les menaça. Après plusieurs mois de misère, Comme par miracle échappés, Enfin ils purent se soustraire A leurs tyrans préoccupes.

« Viens, dit Hylas à son Hélène, « 'Suis-moi dans le fond des forêts.

«

«

K

«

«

«

Abandonnons l'espèce humaine Si peu digne de nos respects. Leurs lois, faites pour l'imposture, Ne nous permet pas d'être époux; Appelons-en à la nature

Par devant elle unissons-nous. w

Nos deux amans firent voyage Incognito, d'un pied léger,

Vers une région sauvage

Ott les cœurs peuvent s'engager. Là, sans prctrcs et sans notaires, Sur un autel de gazon frais, Au milieu d'un bois solitaire Ils s'unirent à peu de frais.

Leurs travaux et leur industrie Embelirent ces lieux déserts. Us oublièrent leur patrie

Kt fut'cnt pour eux l'univers.


Vous qu'on persécute à la ville,

Jeunes coeurs, accourez près d'eux;

Leur toit de chaume sert d'asile

A tous les amans malheureux.

Le Berger SYLVAIN.

38 Jour Septembre tySy.

L'ENFANT TROUVÉ.

ROMANCE.

Am Je F< planté.

Dans le sentier qui nous a guidé Est un enfant abandonné

Errant sans dessin et sans guide; Ce jeune enfant parrait bien né. Il parle une langue étrangère

Mais ces gestes sont éloquens Peut-être a-t-il perdu sa mère ? Hélas, il est sans vêtement.

« Soulageons les maux qu'il endure; Adoptons ce pauvre orphelain Que nous adresse la nature.

Réchauffons-le dans notre sein. » Ainsi parla le bon Silvandre

A l'ingénue et tendre Aimé.

Aussitôt tous deux de se rendre Près de l'enfant non réclamé.

« Ah, qu'il est beau, )) dit la bergère; Puis, en le prenant par la main « Nous n'habitons qu'une chaumière Mais nous avons un cœur humain. » A peine au seuil de leur demeure Un pasteur déjà des plus vieux Vint leur dire a Chassez sur l'heure, Chassa cet hôte dangereux.

Sylvandre, Almé, qu'allés-vous faire ? Cet enfant, beau comme le jour, A fuit le malheur de la terre.

Vous allez éberger l'amour.


Vieillard, ton humeur est chagrine, Reprit Sylvandre avec ardeur;

On peut loger dans sa chaumière

Celui qu'on porte dans son cœur. »

LA CHANSSON DU SAULE.

AIR Au pied tfKMMM~e <ÏMMC.

Frais ornement des prés et des vallons, Le voyageur t'aime sur son passage.

Bel arbrisseau, sous ton léger feuillage Le gay pasteur prélude à ses chanssons Et moi je viens gémir à ton ombrage.

0 saule, ami fidéle à ton ruisseau,

Complaisamment penché sur son rivage Chaque printemps, sous un nouveau feuillage, Du chaud du jour tu préserves son eau, Et moi je viens languir à ton ombrage. S'il se trouvait un coeur né pour l'amour Un berger tendrp au maintien doux et sage, 0 saule ami, prête lui ton feuillage;

Qu'il vienne ici pendant le chaud du jour Je viendrai l'aimer à ton ombrage.

VERS

trouvés otM pied d'un arbre

sur ~<!fëHMe de Bourg la Reine.

Toi qui n'aimas jamais et crains d'aimer un jour, Jeune ou vieux, fusses-tu l'un des stoïques, Garde-toi de toucher à ces touches magiques Ou bien crains pour ton cœur

La touche de l'amour.

LA ROSE ET LE FLAMBEAU.

CHANSON ANACRËONTtQUE.

L'idée de cette chanson est due à une esquisse de M. Fragonard. .tl~'a/a/rc.

Lise avoit une rose

De la surveille éclose.


C'était là tout son bien. De sa fleur printanière, Lise, contente et fière Ne désiroit plus rien. Pour faire voir sa rosé Tout fraîchement éclose Lise voulut un jour; Non loin de son village, Faire un pélérinage

Au Temple de l'Amour. Sans nulle expérience Lise arrive et s'avance Jusqu'au pied de l'autel. Lise tremblante, émue, N'ose porter sa vue

Sur le jeune immortel.

Mais l'amour voit la.rose Tout fraîchement éclose A travers son bandeau. Sur cette fleur nouvelle H jette une étincelle

De son divin flambeau. La rose est consumée.

Une vaine fumée

Remplace ce trésor.

Depuis cette journée,

Rêveuse et consternée,

Lise gémit encor.

Craignez jeunes bergères Les ardeurs passagères

De ce dieu porte-bandeau N'approchez pas vos roses De la surveille écloses

Tout près de son Hambeau.


COMPLAINTE DE MARIE ANTOINETTE,

Sur !'a!r de la complainte de Marie Stuart, reine ~K~eterr~. De votre reine infortunée,

François, écoutez les remords

A la coupable destinée

Demandez raison de mes torts.

(t) DaM le manuscrit il n'y a ancan titre.

CHANSON (t).

AtR JVyM~/M de ce bocage.

Humble autel de verdure Que la sensible Emma

A la bonne nature

De ses mains éleva,

De la mélancolie

Monument précieux

Permets à mon âme attendrie De t'adresser des vœux.

Dans ce frais sanctuaire, Sur ce gazon épais,

Quand Emma solitaire

Viendra chercher la paix De son âme oppressée

Par le poids du malheur, Chasse toute noire pensée, Rends le calme à son cœur. Et toi, fille sensible,

D'Emma, l'unique appui, A toi seul est possible

De charmer ses ennuis,

Viens souvent la surprendre Au pied de cet autel,

Souvent verse ton âme tendre Dans le sein maternel.

REINE DE FRANCE.


Près de mon palais solitaire,

Autrefois plein de faux amis,

Du peuple j'entends la colère Il m'accuse et moi je gémis.

A tous les coups mon âme est prête, Mais où m'entraînent ces bourreaux ? Où suisse ? J'entends sur ma tête Se croiser de fatals ciseaux.

On m'arrache le diadême,

Un voile est posé sur mon front; Je vais donc survivre à moi-même 1 Non, je mourrai de cet affront. 0 vous, pastourelles naïves,

Qui portiez envie à mon sort, Dans quelques romances plaintives Placez mon nom après ma mort Dites de Marie Antoinette

L'ambition et les malheurs.

J'expire un peu plus satisfaite Si votre Reine obtient des pleurs.

ROMANCE (i).

Am La Fête des bonnes ~CtM. Au sein de nos campagnes Célébrons la liberté

Des vallons aux montagnes Que ce cri soit répété.

Un petit moment de guerre Ramène le bon vieux tems Chez nous c'est encore la terre, La terre des anciens Francs. Buvons à tasse pleine

A notre divinité,

Chantons à perdre haleine, Célébrons la liberté 1

(t) P<M de titre dans le manuscrit.


La dédaigneuse Angleterre Ne nous croyait que galant. Chez nous c'est toujours la terre, La terre des anciens Francs.

AUTRE.

Qui que tu sois, quand tu serais l'Amour Garde toi de troubler la paix de cet asile,

Respecte ce riant séjour De l'innocence et de Lucile,

AVEC LES JEUX.

0 vous Père de la patrie, Prenez ses couronnes de fleurs Emblême de vôtre génie. Nais, hommage de nos cœurs, Cent fois heureuse d'être née Pour vivre à l'abri de vos lois. Dans nos campagnes fortunées L'âge d'or luit à votre voix.

ROMANCE.

Sur la pente de la colline

Qui borne d'ici l'horizon,

Distinguez-vous cette chaumine Qu'accompagne un petit donjon? Là, dans la paix et le silence,

Là, deux amans, enfin époux,

De leur tendre persévérance

Savourent les fruits les plus doux. L'histoire en est des plus touchantes. Vous qui gémissez sous la loi

De durs parents, jeunes amantes, Approchez-vous, écoutez-moi. Courageuse autant que fidèle

Cécile ainsi que son amant

Peuvent vous servir de modèle Pour un semblable errement.


De la nature et de sa mère,

Cécile, élève seulement,

Possédoit une âme trop fière

Pour prendre d'autre enseignement. Alain, jeune homme bon et sage, Sut lui plaire sans beaucoup d'art, Heureux Alain Ce fut l'ouvrage D'un seul moment, d'un seul regard. Un autre que lui de Cécile

Poursuivait ardemment le cœur. Dans l'art d'écrire maître habile, Profond politique, orateur,

Il savait tout hors l'art de plaire. Novice encore en fait d'amour Colmat n'avoit pu que du père Obtenir un tendre retour.

Mais Colmat l'âme satisfaite

Du consentement paternel

Croit sa félicité parfaite

Et déjà pense être & l'autel.

Déjà, dans sa vaste demeure,

Le lit nuptial à grand frais

S'élève il n'attend plus que l'heure De se voir heureux pour jamais. Le père enfin dit à Cécile

« Je ne vous donne qu'un moment. Tout subterfuge est inutile

Optez Colmat ou le couvent. Une union mal assortie

Plus qu'un cloître me feroit mal; Mieux vaut sortir de la vie

Que d'y traîner un joug fatal, o Cécile au couvent est menée

On l'y reçoit à bras ouvert,

Un peu d'or hâte la journée

Qui doit en priver l'Univers.

Alain sait tout. Cécile en larmes S'est concertée avec Alain

Et l'amour prépare les armes

Pour combattre un père inhumain.


Le temple s'ouvre et la victime S'avance, mais d'un pas tardif; Alain la suit des yeux, l'anime, Et n'attend qu'un regard furtif. « Ma fille, dit alors le prêtre,

Que venez-vous chercher ici ? 2 Venez-vous à Dieu vous soumettre, Que demandez-vous ? Un mari. Au mot, malgré la présence

Et de Colmat et des parens,

Ardent et ner, Alain s'élance,

Cécile est dans ses bras tremblans. Puis, sans sortir de cet asile,

L'un l'autre se donnant la main, « Dieu, reçois les vœux de Cécile. « Dieu, reçois le serment d'Alain. » Toutes les nonnes douairières

Prirent la fuite de dépit.

Le prêtre changea de prières,

Le père enfin y consentit.

Les deux époux dès le soir même De ce beau jour.

Goutèrent le bonheur suprême Dans leur foyer, simple comme eux.

t859~MtSNS, tMf. T. ~EtJKST!.