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Titre : L'Aurore : littéraire, artistique, sociale / dir. Ernest Vaughan ; réd. Georges Clemenceau

Éditeur : L'Aurore (Paris)

Date d'édition : 1903-07-31

Contributeur : Vaughan, Ernest (1841-1929). Directeur de publication

Type : texte

Type : publication en série imprimée

Langue : français

Format : Nombre total de vues : 24412

Description : 31 juillet 1903

Description : 1903/07/31 (Numéro 2111).

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k728806v

Source : Bibliothèque nationale de France

Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32706846t

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 06/02/2011

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Rédacteur en Chef :

GEORGES CLEWEWCEAU

Urtmt Intel la «nmalim Miurwt !t Mutin u SwtUift il II IHicfoi,

presser lettres et mandats à V. Félii ïiLL??-'

Secrétaire général

Téléphone : 103.BB tel manuscrite non iiuiréi ne tout pat reitdru-

L'AURORE

Politique; Littéraire, Sociale

_/ Si* Trmt

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SEISE ET SEINE-KT-QISJÏ . . • 32F» 1.6R» 8R♦ DÉPARTEMENTS. ....... 36 « 18 - 0 «

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LES ANNONCES SONT REÇUES :

â L'OFFICE D'ANNONCES, 10, pfcea de la Itaitt

ET AUX BUREAUX OU JOURNAL, HUE MONTMARTRE Adresse. téxjég^àphiqvkc t AURORE-PARI5

A NOS LECTEURS

Nous avons le plaisir d'informer ceux de nos lecteurs (jiu passent une partie de la saison en villégiature que nous tenons à leur disposition di i Abonnements de Saison, à raison de 10 centimes ie numéro pour (a France et de I"> centimes pour l'étranger.

La durée de ces abonn ments est fixée par le nombre de /ois qu'il nous aura été versé 10 ou 15 centimes, soif en timbresposte ou mandai.

Les Modérés etla Décentralisation

Carlsbad.

M. Paul Boncour vient de publier sur Li décentralisation un article qui n'a point encore pénétré dans les montagnes de la Bohême et que je jugu excellent sur les dires du Temps. Mais, pourquoi ce journal, fort échauffé sou dainemant, embouche-t-il uns trompette sévère pour sommer radicaux et socialises de devenir tout aussitôt décentra lisnleurs suivant la formule qu'il lui plait d'adopter ?

Le rédacteur du Temps, qui, sans doute, a accompli maintes prouesses' dans le champ de U décentralisation, se plaint que je demeure « sans voix » quand M. Paul Boncour a parlé. J'ignorais que je lusse tenu de traiter sur l'heure tel ou tel sujet suivant les convenances d'un confrère. Mais puisque le Temps me fait l'honneur d'attacher quelque prix à mon opinion, je m'empresse de lui dire, sans espérer que mon aveu le désarme, que je suis demeuré le. téroce ennemi de la Constitution de t an VIII, maintenue avec le plus grand foin par tous ses amis qui ont occupé le pouvoir pendant une trentaine d'annees. Non seulement je tiens ferme pour la décentralisation, mais encore mon idéal de gouvernement est le fédéralisme, tant je suis loin de mériter le reproche de jacobinisme que le Temps lance à tort et à travers sur tous ceux qui ne sont pas de sa paroisse.

L'ancienne division provinciale, qui était le produit naturel de l'histoire, fut détruite par ta Révolution dans un moment de colère, pour briser les résistances coalisées des vieilles choses 4 i ordre nouveau. 11 se trouva que pour hater la réalisation de leur système ^.'affranchissement autoritaire, les Jacobins, pour employer le mot du Temps, aboutirent surtout à forger les instru h ents du despotisme napoléonien. Ce rendant les institutions de 1793 furent il un libéralisme notable en comparai son de celles de l'an VIII. Depuis cette epoque nous avons proclamé la République, mais nous ne l'avons pas faite. Les amis du Temps, comme M. Georges Picot, se sont aperçus que nous n'avions pas de garanties pour ta liberté indivi duelle lorsque les internationalistes clé ricaux ont entrepris de résister par tous les moyens aux lois françaises. Ils ont eu trente ans pour nous donner ces ga ranties. Ils n'y ont pas songé. Et voici qu'aujourd'hui la décentralisation les tente parce qu'ils croient qu'on en pour rait tirer parti en faveur de l'Eglise con iru la société civile issue de la Révolu tion.

Pour moi, je crois leur calcul mal fon et j'estime que tout ce qui agrandira la liberté favorisera l'essor de l'esprit de la Révolution française. Je crois avoir donné des preuves que j'essayais de suivre une politique d'idées, n'ayant point hésité à me séparer du mes amis quand ic les ai vus céder aux entraînements de t autorité à tout prix. Je ne crois point <;ue les garanties de liberté individuelle, que je considère, avec M. Georges Picot, comme nécessaires, servent la cause du cléricalisme autant que M. Georges Pi cot paraît le croire. Car. toutes les libertés se tiennent et le principe de liberté exclut l'Eglise de tous ses privilèges. Je n'ai point attendu l'article de M. Georges Picot pour mettre sur le chantier un projet de loiquidonne à chaque citoyen français les bénéfices de l'habeas corpus. Je ic déposerai sur le bureau du Sénat aussitôt qu'il me sera possible. Pour la décentralisation, elle n'implique rien de moins qu'une complète réorganisation administrative Si les amis du Temps sont ■prêts pour cette oeuvre, je ne doute pas qu'elle puisse Être menée à bonne tin. Mais qui profitera de cette simplification d'organes si utile à la bonne expédition ;de3 affaires, si avantageuse pour l'équilibre budgétaire ? Ce ne sera pas certainement cette bourgeoisie fonctionnariste que le Temps représente d'une fajçon si distinguée. Sa décentralisation ne serait-elle qu'un sujet d'articles de vacances comme 11 en fait presque l'aveu ?

L'Assemblée nationale entreprit do faire une loi de décentralisation au proSflt des conseils généraux. Elle était guidée, U faut bien ie dire, par l'espoir de renforcer l'esprit de réaction. En quoi Texpérience montra son erreur, car la médiocre réforma servit principalement «lo véhicule à l'esprit républicain. Et qui donc s'opposa à cette loi fle décentrali-

sation T M. Thiera, d'abord, qui n'était, ia pense, ni radical, ni socialiste. Le Temps a-t-il donc perdu la mémoire ? Et Gambetta, chef de l'opportunisme à la mode du Temps, fit le grand effort de s'abstenir. Enfin, quelle résistance pour l'élection des maires par les conseils municipaux I Je n'ai pas les scrutins sous les yeux, mais je sais bien que tout lo parti radical en masse donna ce jour- 1*. du côté de la décentralisation.

Je n'ignore pas que plus tard nous eûmes la commission Barthou pour la décentralisation, une simple parade, ou: Deschanol devait dira son mot, et dont; je prédis la sort avant les trois coups du rideau. H s'agissait, non pas de décentraliser mais de hâter tas promenades des paperasses à travers les bureaux. Nous voilà bien loin de M. Paul Boncour.

Avec mon distingué confrère, je professe qu'il faut en finir avec la centrali sation napoléonienne tombée aux mains d'un Etat anonyme de ronds-de-cuir où la routine tue toute initiative et toute responsabilité. Mais que 1e Temps y prenne garde, Ce n'est pas moins qu'une révolution politique et sociale qu'il nous recommande. M. Goblet, radical, eut au moins le mérite de tenter une simplification élémentaire par la suppression des sous-préfets. Je ne me souviens pas que le Temps ait poussé des cris d'admiration. Terrible, cette politique modérée qui, pour être contente, a besoin d'une révolution.

Q. CLEMENCEAU.

INFORMATIONS POLITIQUES

Les conseils d'arrondissement

Les conseils d'arrondissement continuent à adresser au gouvernement républicain les té-, moignages de leur respectueuse sympathie. Voici! la motion votée à l'unanimité par le conseil de' l'arrondissement do Valence i

■ Le conseil d'arrondissement adresse à M.i Combes, indignement calomnié par des adversaires haineux, et & ses dévoués collaborateurs,! l'expression de sa cordiale confiance, et lui re-i nouvelle les vives félicitations de la démocratie drômoise, en l'engageant à persévérer dans son attitude, approuvée par tous ies sincères républicains. »

En réponse à l'adresse que lui avait envoyée le conseil d'arrondissement de Marseille, M. Combes, président du conseil, vient de faire tenir au président de cette assemblée ïe télégramme suivant :

« Très touché des félicitations que vous m'avez transmises de la part des membres du conseil d'arrondissement, je vous prie de les assurer que je continuerai fermement la politique laïque et républicaine, et de leur exprimer mes meilleurs remerciements pour, leur, témoignage de sympathie. »,

Échos

Justice Militaire.

U Aurore a sommairement raconté* hier, dans sa dernière heure, l'histoire du soldat Gallion.

Condamné une première fois à mort,, en avril dernier, pour voies de fait envers un supérieur, Gallion avait vu sa peine commuée en celle de dix ans de travaux publics.

Dix ans de travaux publics ! c'était la mort lente avec tous les raffinements de toitures en usage dans les bagnes militaires. Gallion préférait en finir tout de suite. Conduit à la' parade d'exécution, il refusa de se découvrir pendant la lecture du jugement, et lança ensuite son képi à la tête du capitaine. Violences et outrages envers un supérieur!... Gallion vient d'être condamné à mort pour la seconde fois.

Il faut rapprocher cet arrêt de celui rendu par le conseil de guerre de Châlons-sur-Marne dans l'affaire de M. le commandant Perrot. II convient de mettre en regard de cette double condamnation à mort pour « outrages et violences » envers un capitaine, l'amende de un franc infligée à M. Perrot pour c outrages et menaces de mort » envers un général représentant îe ministre de la guerre.

11 est vrai qu'après la faute, les deux inculpés différèrent singulièrement d'attitude. Tandis que le soldat Gallion revendiquait hautement la responsabilité de son acte, le commandant Perrot niait, mentait, laissait bassement soupçonner ses camarades, jusqu'au jour où il s'effondrait à l'audience!.,.

Et maintenant, va-t-on fusiller Gallion 2

Mort d'une Cantatrice.

Mme Victoire Noeb Stoltz, cantatrice célèbre en 1840, est morte hier matin, â l'hôtel Bellevue, avenue de l'Opéra. La vogue était alors à Meyerbeer et à Donizetti : Mme Stoltz se fit acclamer pour ses débuts dans Valentine des Huguenots, puis elle créa LéOnor de la Favorite,

Elle parut pour la dernière fois sur notre première scène en 1856.

Mariée d'abord à M. Lécuyer, un ancien régisseur du théâtre de Rouen, elle devint par un second mariage baronne Kirschendorf; puis, par un troisième, comtesse de Lesignano...

«.Elle est morte... Mme Stoltz *

Les Bagnes cléricaux.

Encore une histoire édifiante. ( r,v

Deux petites Parisiennes de treize et quatorze ans viennent de s'évader de l'usine de soieries da Franquebalme, près Monfavet (Vaucluse), où elles avaient été placées par une maison religieuse de Paria,

Ces deux enfants, la nuit dernière, sont descendues sans bruit du troisième étage»

sa trouvait leur dortoir. Elles ont réussi à gagner inaperçues la routé d'Avignon, où elles sont parvenues dans la matinée.

Elles se sont rendues aussitôt au commissariat de police pour réclamer leur liberté, disant que la vie qu'on leur faisait subir dans l'usine, qui leur était assignée comme refuge, était intolérable.

Ajoutons que dans l'usine en question les fonctions de surveillance sont confiées à des ! saurs.

La première enquête ayant révélé plusieurs cas d'évasions semblables en ces derniers temps, on aura quelque peine à étouffer ce nouveau scandale.

Les Gaietés du Sabre.

"Une bagarre sanglante, dont l'issue fut déplorable, vient de se produire à Longeville, banlieue de Metz très fréquentée par la garnison.

Des jeunes gens du village, sortant d'un bal de nuit, furent insultés et maltraités par des sous-officiers allemands qui les traitèrent de scklingel et de Franzosenkopf (canailles, têtes de Français).

Les jeunes gens coururent chez des voisins et revinrent avec des fourches et des haches. Un mêlée générale s'ensuivit. Les sousofficiers, qui avaient dégainé, blessèrent plusieurs civils; mais, par contre, trois d'entre eux re-

rent d'horribles blessures. L'un d'eux eut

tête fendue d'un coup de hache et mourut aussitôt; un autre eut l'épaule emportée, un troisième reçut un coup de fourche dans le ventre. Transportés à l'hôpital, ils moururent dans la nuit.

D'autres militaires, moins grièvement blessés, parcoururent la rue, sabre au clair, et

rnétrèrent dans les maisons qu'ils mirent

sac, au grand effroi des habitants réveillés en sursaut.

De nombreuses arrestations furent faites dès le matin, mais la plupart des inculpés civils auraient, dit-on, gagné îft frontière pt n'ont pu être saisis. - : 1 i

Un Neveu de Rampolla. 'g?"

Une poursuite qui tombe mal,

La police italienne recherche très activement, en ce moment, un certain baron de Pollozzetto, propre neveu du cardinal Rampolla, contre lequel a été lancé ce mandat d'amener t

« Le procureur général du roi près la cour d'appel de Milan, vu la sentence de cette cour d'appel contumaciale, en date du 18 mars 1898, en vertu cle laquelle, Rampolla FrançoisRodolphe, baron de Polozzetto, fils de feu le baron Raphaël et de Louise Sgadari, âgé de vingt-neuf ans, originaire de Petraïia Sottana, était condamné à douze ans de réclusion, à l'interdiction perpétuelle de fonctions publiques et à la perte de ses droits de citoyen, comme coupable du délit prévu par les articles 275 et 69 du Code pénal pour avoir, dans la nuit du 30 au 31 août 1895, déterminé d'autres personnes également condamnées, à commettre et former îe faux testament de feu le baron Jules Sgadari au préjudice de Maria Àssunta Averna et Diodoro Mortillo, en ordonne exécution. »

On croit que le baron Polozetto est caché au Vatican et des agents spéciaux sont en observation place Saint-Pierre,

Il n'est pas dit que la police italienne n'y mette pas quelque malice,

Renan et le Nationalisme.

La souscription en faveur de îa statue, d'Ernest Renan continue lente et modeste. On trouva plus vite, plus d'argent pour glorifier le faussaire Henry que pour perpétuer le souvenir du « petit Breton consciencieux qui, un jour, s'enfuit épouvanté de SaintSulpice, parce qu'il crût s'apercevoir qu'une partie de ce que ses maîtres lui avaient dit n'était peut-être pas tout à fait vrai ».

L'amour scrupuleux de la vérité minutieuse ne valut jamais à personne la popularité auprès des riches soutiens de la société. Les cléricaux ne donnent pas pour la satue de Renan. On ne saurait le leur reprocher. Les nationalistes eux-mêmes, qui se disent libre* penseurs, s'abstiennent Ils estiment sans doute qu'il y a des erreurs bonnes pour le peuple, j qu'il existe de patriotiques aveuglements. Or, Renan, dès 1894, montrait à l'horizon les signes évidents de la fatigue causée par les! charges nationales.

« Les nations modernes, écrivait-il, ressemblent aux héros écrasés par leur armure, du tombeau de Maximilien à Inspruck, corps rachitiques sous des mailles de fer. La France, qui a marché la première dans la voie de l'esprit nationaliste, sera, selon la loi commune, la première à réagir contre le mouvement qu'elle a provoqué... Personne n'a plus de goût à servir de matériaux à ces tours bâties, comme celles de Tamerlau, avec des cadavres... »

On comprend qu'ils n'aiment pas Renan ceux qui vivent et profitent du poids écrasant de la paix armée.

Gibbons et Gibus.

L'attitude du cardinal Gibbons inquiète fort ses collègues italiens. Ce diable d'Américain passe son temps à tout critiquer, notamment l'administration financière du Vatican et l'entretien d'une foule de parasites qui dévorent à belles dents le denier de Saint-Pierre.

Le vieil Oreglia est seul- à ne pas s'inquiéter de ces allures révolutionnaires :

« Laissez-le faire, disait-il hier; au fond, ce Gibbons est un bon prêtre. Il ressemble à ces peaux de lapin que l'on voit transformer en chapeaux dans les manufactures modernes. ! La peau arrive hérissée, sauvage, indomptable; elle passe par deux, trois machines, et ressort sous forme de chapeau poli et luisant sous la brosse. Quand Gibbons aura traversé trois ou quatre réunions cardinalices, il aura Il souplesse d'un chageau bjeg brossai

Nourri dans le Vatican, le camerlingue connaît les gens d'église.

La Liberté de la Presse en Chine. ~-

On télégraphie de Pékin, au sujet des rédacteurs du Su-Pao, récemment incriminés pour attaques contre le gouvernement chinois, que M. Dubail, ministre de France, a exprimé hautement l'opinion que ces rédacteurs doivent être remis aux autorités chinoises. Garder dans les concessions étrangères des su- ; jets chinois inculpés de lèse-majesté serait, à son sens, une violation des conditions dans, lesquelles les concessions étrangères sont: maintenues en Chine.

Les légations de Russie, d'Allemagne, de 1 Belgique et de Hollande sont d'acccord avec M. Dubail à ce sujet .

Le ministre des Etats-Unis voudrait, au contraire, que les accusés fussent jugés et punis dans îa concession. Le ministre fait remarquer que le délit est de nature politique et que la liberté de la presse a été tolérée à Shanghaï par la Chine, ce qui atténue la culpabilité de» accusés.

Les autres ministres attendent des instructions.

L'attitude de M* Dubail est regrettable à tous points de vue. M; n'est pas au représentant de la France républicaine qu'il appartenait de livrer à la torture des écrivains Inculpés d'un délit purement politique-

Histoire de Brigands.

On mande de Viterbe que d'audacieux brigands viennent de capturer le syndic de Carbognano, Dominique Sabuzzi, tandis qu'il revenait en plein jour de visiter ses propriétés.

Cinq individus masqués et armés de fusils lui enlevèrent sa bourse contenant iro francs et son revolver. Puis, il le ligottèrent et l'entraînèrent dans la campagne. Les brigands lui dictèrent ensuite une lettre adressée à sa femme pour Vinviter à remettre mille francs au porteur.

Un paysan fut chargé de transmettre à Carbognano la missive du captif. La réponse parvint le jour même; l'argent fut versé et le ! syndic relâché.

! Uy a trois ans, ce même syndic fut l'objet d'une tentative d'enlèvement semblable. Mais il réussit 1 se sauver grâce à la vitesse de son cheval. On avait, à la suite de cette tentative, arrêté quatre paysans que des enfants avaient vus armés de fusils, mais les jurés de Viterbe acquittèrent les inculpés.

Ceux-ci n'avaient dès lors aucune raison pour ne pas recommencer^

Dentelles.

L'art de la "dentelle à la main se meurt. M, Charles Dupuy, sénateur grave, homme d'Etat majestueux que l'on ne s'attendait pas à voir préoccupé de ces gracieuses frivolités, nous l'apprend.

A la veille de la Révolution, les dentelles se fabriquaient un peu partout dans nos anciennes provinces, en Auvergne, en Lorraine, en Flandre, en Franche-Comté, en Normandie. Au début du dix-neuvième siècle, 1a décadence commence- En 1850, on compte encore 250.000 dentellières. Aujourd'hui ce chiffre a diminué de plus de moitié.

Comment s'étonner de l'exode vers les villes alors que les champs ne nourrissent plus ceux qui leur restent fidèles ? On n'entend plus nulle part le bruit régulier du métier des tisserands à la main. Les braves femmes maniant adroitement leur fuseau apparaissent comme une paradoxale résurrection du passé à l'usage des touristes.

Le pittoresque y perd. L'a fortune publique aussi»

Les dentelles permettaient aux femmes de la campagne d'apporter au budget familial un indispensable complément de ressources. Aujourd'hui, la machine travaille plus vite qu'el- ' les et à meilleur marché. Il faut que nos ouvrières triomphent de la machine, éclipsant et discréditant par l'élégance de leur goût, l'habileté artistique de leurs mains, les banales productions mécaniques.

Pour sauver cet art charmant on s'est adressé, une fois de plus, à nos institutrices. Une loi votée par îa Chambre des députés et rapportée au Sénat par M. Charles Dupuy, institue des cours professionnels de la dentelle à la main dans les écoles primaires et dans les écoles normales des départements où cette fabrication est en usage.

Que nos législateurs ne se contentent pas' de faire des lois, qu'ils agissent sur les moeurs. Qu'ils reviennent à l'ancienne mode du jabot. Qu'ils se parent de dentelles d'Alençon ou du Puy. M. Charles Dupuy peut être assuré qu'il contribuera ainsi puissamment à la prospérité de la gracieuse industrie féminine qui l'intéresse si justement.

Passe-Temps Ecclésiastiques

Les congréganistes ont décidément une! prédilection, particulière pour la chose dont! Cambronne se contentait de lancer le mot. ! Elle leur est bonne à tout, et quand ils ne la jettent pas, comme en Bretagne, ù la tête des commissaires spéciaux et de3 gendarmes, ils lui confient les papiers dont ils veulent se débarrasser.

La. chose s'est passée avant-hier rue du Regard, dans un établissement tenu par lesmarianistes et où ils reçoivent des jeune» gens. Un commissaire aux délégations y avait dressé un procès-verbal de contravention à la loi de 1901 et y opérait une perquisition. Il avait saisi divers papiers et continuait ses recherches, quand un des religieux, nommé Lebon, lui demanda l'autorisation de les examiner. Il la lui accorda et le laissa sous la surveillance d'un agent, évidemment distrait, car le religieux put jeter les pièces saisies dans les cabinets du couvent.

Cet exploit va sans doute mettre l'abbé Lebon en odeur de sainteté auprès des fidèles, mais contrairement ù l opinion oo-

pulaire, il ne lui portera pas bonheur, car le procureur de li République l a fait arrêter et il sera poursuivi pour détournement de pièces saisies. Il faut croire qu'elles n'étaient pas dépourvues d'intérêt, puisqu'on mettait un si vif empressement à s'en défaire. Le représentant de la justice aura eu san3 doute la curiosité de les connaître, et, s'il a fait procéder à des fouilles immédiates, il eut probable que cela ne sera pas imposable. L'abbé Le'•>on en aura été pour son geste, qui manque d'élégance, et pour un séjour, au moins préventif, en prison.

L. M.

DANS L'UNIVERSITE

L'incident auquel a donné lieu la distribution des prix au lycée de Marseille montre assez l'esprit qui prévaut aujourd'hui dans les établissements de l'Etat. M. DanIre s me, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui présidait cette distribution, n'a pu faire l'éloge de renseignement laïque et célébrer les résultats qu'il produit* en émancipant les consciences, en les débarrassant de cette humilité chrétienne qui abaisse l'homme par l'idée de sa culpabilité et de son impuissance morale, sans soulever des tempêtes dans l'auditoire, et quand B eût déclaré que l'avenir 1 était à la science et non à la foi, et que îê-: volution de l'intelligence humaine s'accomplirait en dehors de la religion et malgré elle, ïe tapage devint si violent qu'il dut renoncer à continuer son discours. Des bagarres se produisirent dans l'assistance, des coups de canne furent échangés, et M. Dautresme dut être protégé par ses amis lorsqu'il sortit de la salle.

Voilà où nous a conduits l'esprit que des ministres comme M, Leygues et M. Chaumié ont laissé s'implanter dans l'Université. Les lycées de l'Etat, les établissements où il distribue l'instruction laïque et qui devraient être imprégnés de l'idée démocratique et républicaine, sont de vagues jésuitoires, où triomphe l'enseignement le plus rétrograde, et lorsqu'un trouble-fête comme M. Dautresme s'avise d'y tenir un langage imbu de l'esprit moderne, d'y parler au nom de la raison et de la science, il y soulève les plus violentes protestations,

L'incident Coulon, l'incident Tissier, les manifestations tumultueuses de Marseille : sont l'indice d'une situation à laquelle il est urgent de porter remède^

Les fcss es Tunisie

La dernière de M. Delcassé — l'a loi violée Un régime spécial pour les congrégations enseignantes en Tunisie

Les lois relatives aux congrégations étant exécutoires sur tous les points du territoire français, colonies et pays de protectorat compris, rien ne pouvait, îi première vue, s'opposer à leur exécution en Tunisie.

C'était, d'ailleurs, le voeu de tous les républicains français habitant la Régence. C'était aussi celui du résident général I La preuve en est dans les documents qui suivent.

Le 28 mai 1903, la Fédération des Cercles tunisiens de la Ligue française de l'enseignement votait cet ordre du jour, aussitôt transmis à M. Combes :

Considérant que le résident général, à l'occasion du 23' congrès national de la Ligue française de l'enseignement, tenu à Tunis en avril' dernier, a, par des déclarations franches et loyales, qui sont allées au coeur des nombreux républicains présents, formulé nettement ses termes intentions d'appliquer à la Tunisie les lois récentes relatives aux congregations ensei-' gnantes et de laïciser & bref délai les établisse- 1 ments publics de la Régence qui sont encore di- i rigés par des congréganistes ; !

Adresse à M. Pichon ses plus ,vives félicita-, tions ;

Exprime sa confiance dans îa réalisation h bref délai de ce programme républicain.

Quelques jours après, 1e comité de ïa Fédération, erau par certains bruits mis en circulation par la cléricaille, adressait aux | ministres et à tous les chefs du parti républicains le télégramme suivant, que nous avons reproduit à l'époque :

Fédération Tunisienne de Ligue Enseignement.

Après avoir appris avec légitime satisfaction que désireux d'appliquer lot votée par lo Parlement sur congrégations enseignantes, résident

E' -al avait décidé fermer écoles tenues dans ace par frères marianistes, salésiens et e Famille du Bellay ;

Constate qu'afin d'empêcher exécution de cette 1 mesure, cléricaux unis aux réactionnaires agitent pays et tentent y provoquer troubles ;

Considérant qu'une certaine presse favorise cette agitation ; que, d'autre part, archevêque de Carthage dans mandement rendu public qualifie de mauvaise action mesure arrêtée par résident général, et que esprits s'échauffent de plus en plus sous efforts des meneurs ;

Que ceux-ci prétendent que fermeture 'des écoles congrêganlstes proposée par Pichon déplaît au ministre affaires étrangères et qu'elle aura d'autant moins sa sanction qu'ils s'agiteront davantage ;

Qu'en vue de donner à leur manifestation un caractère d'intimidation plus accentué, ils ont décidé hier soir en une réunion préparatoire do convoquer colonie pour dimanche 14 Juin a effet de lui demander voeu favorable au statu quo...\

Considérant que le fait de publier décret de fermeture mettrait fin h agitation et ramènerait autour représentant République tous les hésitants qui se laissent encore abuser par adversaires avoués et déguisés de nos institutions,

La Fédération, afin prévenir dans colonie divisions plus profondes ; afin aussi assurer en Tunisie, prolongement France, mais foyer de réaction et de cléricalisme, la prééminence des idées républicaines et laïques,

Emet le voeu que, sans plus retard, car il y a urgence, décret fermeture des écoles congréganistes dirigées en Tunisie par marianistes, salésiens et Sainte Famille, soit promulgué.

Voici quelques réponses à ce télégramme: Paris, 9 juin.

Avons reçu télégramme et avons conféré avec gouvernement, oui envoie instructions. Suspendez toutes manifestations. Amitiés.

Buissos, MASSÉ, GUIEYSSE.

Paris, 12 juin.

Gauche démocratique Sénat décida appuyer politique actuelle laïcisation en Tunisie et demander création écoles laïques. Sentiments cordiaux,

VICTOR LEYDET, président.

Paria, 13 Juin.

Vous pouvez anonccr que députés et sénateurs républicains se préoccupent situation en Tunisie.

Hier, groupe démocratique Sénat en a délibéré, et tout fait espérer que loi associations recevra bref delai execution Régence.. Amitiés.

LÉO* ROBELON.

Les républicains de Tunisie, le résiden général, les chefs du Parlement, le gouvernement lui-même, tout le monde était donc d'accord à ce moment 1 ur l'application aux établissements congréganistes dâ la Régence,- des lois relatives aux associatiens.

Mais on avait compté sans ïe protecteur officiel des moines, sans M. Delcassé.

A la fin de juin, M. Pichon recevait l'ordre de se rendre à Paris et de venir conférer avec le ministre des affaires étrangères.

Le résultat des conférences qui eurent lieu entre M. Pichon et M. Delcassé es4 aujourd'hui connu. Las lois relatives aux cnn< grégations ne seront pas appliquées en Tu*. \ nisie,

Voici, en effet, la dépêche que l'agence Parts-Nouvelles recevait, hier, de Tunis : Tunis, 30 juillet.

Le Journal officiel de la Régence publiera pro chainement une loi spéciale relative aux cangre galions.

M. Pichon, résident général, s'est mis d'ao cord avec le ministre dos affaires étrangères sur 1$ régime particulier auquel seront assujetti les ordres enseignants en Tunisie,

En quoi consistera ce « régime particulier ? „ Da quel Parlement sortira cette « loi spéciale ? 1, Mystère ! Ce qui aat certain, c'est que cette loi, très spéciale, en effetviolera la volonté du législateur, c'est-à-dire ia loi proprement dite ; qu'elle violera en même temps la conscience de nos compatriotes de Tunisie et les désirs nettement! exprimés de tous les chefs du parti républicain.

En revanche, elle donnera pleine satisfaction à l'archevêque de Carthage et aux moinés ses protégés.

Dès maintenant cela nous suffit pour ju* get* l'oeuvre nouvelle de M. Delcassé, ** Ad. Off.

UNE DERNIERE

TAB J. PHILIP

Le concours général — Un parterre de rulr

Le discours de M. Chevaley - L'allo. J cution du ministre — La fresque de Pu via de Chavannes

Pour une dernière, elle fut exception» nellement brillante, da l'eclat quelque peu mélancolique et terni déjà des choc ses qui vont mourir.

Dès neuf heures, devant la Sorbonne la queue des grands jours : une foule tassée, mais plus humble que d'habitu-

■ -t, provinciale : bourgeois

paisibles, ayant conservé le respect du concours général, honnêtes familles d'uo niversitaires, mamans parées en l'lion s neur de leurs forts en thème.

A neuf heures et demie, le grand ara."- phithéâtre est plein jusqu'au faite. L'es, trade et la parterre sont vides encore S seuls, les bancs réservés aux gens da marque portent d'augustes inscriptions,

Mais voici que des deux côtés de 1# salle, un à un, les professeurs jaillissent du trou noir de l'escalier. Il y en a da toutes les couleurs et pour tous lea goûts : jaune serin qui s entassent avea un froufroutement, rouges lie de vin,, dont la moire étincelante provoque l'ad-, miration des dames, puis des violets^ puis des noirs, aussi noirs que les apo/ thicaires de Molière ; et brochant sur le tout, le tournoiement des blanches her~ mines.

C'est fait. Le parterre est composé vrai parterre de rois qui d'ailleurs, an premier rang, se tiennent très sages, comme s ils avaient peur de leurs mas-

siers.

Mais que dire de l'estrade, parée du fin du Un, de l'élite parmi l'élite t EUe fu} magnifique à voir. Vraiment, le ministre en habit faisait pileux effet au milieu d# la soie ambiante. Par bonheur, tout un rang d'académiciens, déguisés en perru. ches varies, lui servait do repoussoir.

Plus loin, mais au parterre toujours, le troupeau des forts en thème.

Enfin, sur les gradins et dans les trUr bunes, la foule, anonyme et frémissante

* *

C'est devant un tel auditoire que, le premier, parla M. Chevaley, professeur d'anglais au lycée Voltaire, chargé du discours d'usage.

D'une voix douce, posée, aux in, flexions délicates, M. Chevaley parla fort bien. Il sut se garder de la banalité cou, tumière, et louer 1' a enseignement des langues vivantes » comme il sied, e«' homme très intelligent et très pratique,, qui s'est nourri d'expérience et pénétre de choses vécues.

II ne fit pas — et il faut l'en félicites — la charge à fond do train contre les: études classiques que tel autre, de moins de tact et de goût, n'eût pas manque d'exécuter. Mais après avoir rendu pleine justice à la culture littéraire et scien tifique qui traduit dans l'enseignement les aspirations de l'humanité, il se crut permis — ï bon droit — de montrer que les langues vivantes développaient aij plus haut degré dans l'enfant l'esprit sans lequel il ne peut vivre, l'esprit d( son temps.

Chemin faisant, eu déroulant ce thè, me, dans une langue souple et finement nuancée, avec une pointa da rechercha d'ailleurs agréable, le jeune professeur exprima de fortes pensées et trouva d« bien jolies définitions. Aux applaudisse.: ments unanimes il montra dans le fais., ceau des solidarités actuelles qui tient la monde, l'idéal en marche. Il n'eut-pas de peine à prouver tout ce que ie Fronçait pouvait gagner à apprendre et à parler des langues étrangères sorte de i lettre