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Title : Théatre. 2 / Stendhal ; établissement du texte et préfaces par Henri Martineau

Author : Stendhal (1783-1842). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1931

Contributor : Martineau, Henri. Éditeur scientifique

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 3 vol. (XXVI-360, 402, 407 p.) ; 16 cm

Description : Collection : Le livre du divan

Description : Collection : Le livre du divan

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : GTextes1

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k6943d

Source : Bibliothèque nationale de France

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421257234

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37527575k

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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PARIS

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37

MCMXXXI

II ULYSSE HAMLET

LES DEUX HOMMES

ÉTABLISSEMENT DU TEXTE ET PRÉFACES PAR HENRI MARTINEAU

STENDHAL

LE LIVRE DU DIVAN



TRÉATRE.- II. 1



THÉATRE



STENDHAL

MCMXXXI

PARIS

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37

THÉÂTRE

II

ULYSSE HAMLET

LES DEUX HOMMES



ULYSSE



Déjà Beyle, il le confesse ailleurs, avait

pensé écrire une Pénélope, toute empruntée

à Homère. Il préféra ensuite donner à sa

pièce le nom d'Ulysse. Il la mentionne

assez souvent sous ce titre dans ses cahiers

de jeunesse. Et c'est en 1802, à l'âge de

dix-neuf ans, il nous le dit expressément

lui-même, qu'il jeta sur le papier l'indication

de ce qu'il y pensait développer. Mais

bientôt il avait résolu de l'abandonner,

ne se croyant « aucun génie pour la tragédie ».

Les quelques pages publiées ici provien-

nent des manuscrits de la bibliothèque de

Grenoble où elles occupent le feuillet 134

du tome 15 de R. 5896 et un petit cahier

dans la liasse 3 de R. 302.

H. M.



ULYSSE

TRAGÉDIE en 5 ACTES ET EN PROSE

FAIRE entrer dans la pièce la conspiration des prétendants contre Télémaque. La pièce sera presque toute faite avec des passages d'Homère mis en vers. Il n'y aura que quelques liaisons à ajouter.

Ulysse racontera-t-il dans la pièce à Télémaque les dangers qu'il a courus depuis on départ de Troie ?

Interfusa genas, et pallida morte futurâ, Ulysse à Télémaque, près du dénouement O mon fils, l'as-tu vu, cet Alphé si fier, Il hésite, il frémit, pâle de sa mort future.


Quel est le problème1 ?

Ulysse rentrera-t-il, ou ne rentrera-t-il

pas en possession de son trône ?

Le spectateur désirera qu'Ulysse rentre

en possession du trône d'Ithaque. Il

faut employer tous les moyens possibles

pour augmenter cet intérêt.

Antinoüs a toute l'énergie d'une grande

ambition. Il a formé avec Eurimaque et

plusieurs des amants de la reine le projet

d'assassiner Télémaque pour se partager

le royaume d'Ulysse. Son projet à lui est de

le garder pour lui seul il ne se sert de ses co-

conspirateurs que comme d'un moyen. Il

feint d'être amoureux d'une princesse du

sang d'Ulysse, confidente de Pénélope,

afin d'avoir auprès d'elle un espion sûr.

Je veux peindre dans Antinoüs l'am-

bitieux parfait.

Ulysse a ce grand caractère de pru-

dence qu'Homère lui donne dans ses

poèmes. Il n'est jamais dissimulé parce

que ce défaut avilit.

Télémaque est tout ce qu'il doit être

un jeune Achille.

Pénélope exactement comme dans

1. 21 floréal X [11 mai 1802].


ULYSSE 13

Homère, sage et retenue, ayant pour Ulysse

le plus grand amour et la plus grande

vénération.

Eumée, confident de Télémaque, grande

vénération pour le sang d'Arcésius, fidélité,

courage.

ULYSSE. roi d'Ithaque.

TÉLÉMAQUE. son fils.

PÉNÉLOPE. son épouse.

ANTINOÜS. jeune prince issu

d'une grande fa-

mille d'Ithaque.

MÊLANTE. princesse du sang

d'Ulysse.

BUMÉE. confident de Télé-

maque.

EURIMAQUE}. conjurés.

PISANDRE

Tout bien considéré, je ne me crois

aucun génie pour la tragédie.

Aussi j'abandonne Ulysse et Ariodanl

que j'avais le projet de traiter.

Je crois ce second sujet très heureux.

Peut-être un jour le reprendrai-je, mais il me semble qu'il faut débuter par tout ce qu'on peut faire de mieux, et je me crois plus près d'une bonne comédie que d'une bonne tragédie.

J'ai dix-neuf ans accomplis. Il est temps

de me faire connaître, ainsi il faut tout sacrifier pour traiter le Ménage à la mode.



HAMLET



Beyle a toujours tenu l'Hamlet de Shakspeare pour un des sommets de l'art dramatique. Dès son premier séjour à Paris, en 1800, nous savons qu'il « songeait plus à Hamlet et au Misanthrope qu'à la vie réelle ». Comment l'idée lui vint-elle de refaire celle pièce? Il avait pour lui l'exemple des classiques qui n'ont jamais craint d'emprunter de toutes mains le sujet de leurs tragédies, et il croyait bien y pouvoir introduire un ressort nouveau.

A la bibliothèque municipale de Grenoble on trouve dans le dossier R. 302 plusieurs feuillets de sa main il avait tracé quelques ébauches de ce qu'il comptait réaliser un jour en maître. Ces ébauches, il les reprit du 18 novembre au 8 décembre 1802 et les retravailla, remania, ef développa avec acharnement, durant vingt jours, accumulant les arguments, les notes, les plans, jusqu'à ce qu'il s'aperçut que la situation neuve qu'il croyait avoir inventée en lisant les Mémoires d'un homme de qualité était déjà dans l'Hypermnestre d'Antoine-Marin Lemierre (1758). Alors il laissa là les pages noircies et qu'on trouve aujourd'hui aux feuillets 88 à 125 du tome 24 des manuscrits de Grenoble R. 5896. Et il songea à


écrire le Philosophe amoureux d'où devait sortir bientôt les Deux Hommes.

Il n'avait pas renoncé à revenir sur le

sujet d'Hamlet, il en parle à plusieurs reprises dans son Journal el ses Pensées. Dans ces derniers cahiers il écrit un jour: « Commencer mon Hamlet par: Laisse-moi, spectre épouvantable. »

Lorsque, le 18 mars 1813, Beyle vil

jouer l'Hamlet de Ducis, ce ne fui pas sans doute sans repenser à ses projets abandonnés. Il ne se gêna pas du reste pour dire combien la pièce de Ducis lui semblait plate et combien elle lui déplaisait pour le fond el pour le style. Dramaturge novice qui n'arrivait guère à donner un corps présentable aux idées des pièces qui germaient encore vaguemenl dans son espril, Beyle a loujours montré un goût assez prompt et assez vif quanl il s'agissait de juger les ouvrages des autres.

H.M.


HAMLET

TRAGÉDIE en 5 ACTES ET EN VERS 1

Les crimes quelque cachés qu'ils soient

sont tôt ou tard découverts et punis.

Tout doit céder au devoir, et même

l'amour.

PERSONNAGES

CLAUDIUS2, roi de Danemark.

HAMLET, fils d'Alfred, neveu de Claudius.

GERTRUDE 2, mère d'Hamlet, veuve d'Alfred, épouse

de Clandius.

OPHÉLIE, fille de Claudius.

CASIMIR, général de l'armée de Claudius.

La scène est en Pologne, à.

1. Commencée le 27 brumaire XI [18 novembre 1802],

et abandonnée le 15 frimaire XI [16 décembre 1802], jus-

qu'au temps où j'aurai assez de force pour enterrer Hyper-

mnestre.

Je trouvai la situation du 2e acte le 10 frimaire et le

14 au soir je lus dans La Harpe qu'elle était dans Hyper-

mnestre.

2. Beyle a biffé ce nom et remplacé par Boleslas.

3. Ce nom est biffé et remplacé par Régane.


AVANT-SCÈNE

ALFRED, grand prince et grand législateur, régnait sur le Danemark ce grand prince avait formé le projet de donner au Danemark quelques-unes des institutions des peuples plus méridionaux qu'il croyait utiles au bonheur des hommes. Il commença quelques-unes de ses réformes et ne cacha point les plus importantes qu'il voulait faire par la suite. Il s'attira ainsi la haine de la haute noblesse de son royaume et de son clergé.

Alfred avait un frère nommé Claudius, génie âpre et sauvage, profondément ambitieux. Il s'était illustré à la guerre sous le règne de Christian, son père. Il supportait avec impatience l'éloignement des affaires où le tenait le sage Alfred, lorsque le mécontentement des nobles lui fit naître le projet de détrôner le roi son frère et de prendre sa place. Il leva l'étendard de la révolte avec les grands du royaume et rassembla une armée. Alfred marcha à lui, le vainquit et lui pardonna. Le perfide Claudius accepta


le pardon, mais n'abandonna pas son dessein. Il comptait tôt ou tard trouver le moment favorable, il passa un an dans cette attente à la cour de son frère.

Pendant ce temps-là Alfred, instruit

par la révolte de son frère, se concilia beaucoup de nobles et de prêtres. Claudius vit avec effroi le nombre des mécontents diminuer, et reconnut enfin que jamais un soulèvement ne le placerait sur le trône de Danemark. A l'instant son parti fut pris subjuguer la reine, empoisonner le roi, se faire nommer tuteur du jeune Hamlet, le faire périr et régner enfin, tels furent ses projets. Il était beau, dans la fleur de l'âge, avait jadis brillé dans les tournois. Il se rapprocha de la cour, feignit de reprendre les goûts de ses anciennes années, fut aimable. La reine était femme, elle l'aima.

Bientôt elle lui sacrifia tous ses devoirs,

leur intelligence dura un an. Claudius lui persuada qu'Alfred en avait connaissance et voulait les faire périr tous deux dans des supplices affreux. Enfin il l'assassina, de son consentement. La reine fut nommée tutrice de son fils. Après deux mois donnés à la bienséance, Claudius épousa la reine, et, bientôt, suscita des troubles, fit assembler les états et se fit nommer roi.


Ramener tout cela aux lois et usages

de la Pologne où l'action se passe.

Alfred avait nommé Hamlet son succes-

seur, mais Claudius a suscité des troubles et, prétextant la jeunesse d'Hamlet, s'est fait nommer roi par les magnats.


Caracières

Claudius, ambitieux dans toute la force

du terme et par conséquent autant

scélérat qu'on peut 1 être.

Hamlet, jeune homme du plus grand

courage et de la plus noble franchise.

Il a fait la guerre sous son père il a

vingt-deux ans. Eperdument amou-

reux d'Ophélie, poursuivi par le

spectre de son père.

Gertrude, femme coupable et pleine de

remords, aimant et craignant son fils,

elle hait Claudius et n'ose le faire

paraître.

Ophélie, jeune et charmante princesse,

adorant son amant et aimant son

père.

Casimir, bon général, instrument de Clau-

dius, tête sulfureuse.


Plan

Hamlet est un amant qui venge son père, en tuant le père de sa maîtresse. ACTE 1 er

Le roi explique à Casimir dans quel dessein il l'a rappelé de l'armée à Elseneur. Gertrude et Hamlet entrent. Le roi fait ses adieux à ce prince. Hamlet reste seul avec Ophélie qui le conjure de lui avouer son secret. Ses combats. Enfin il avoue que son père lui est apparu et lui a ordonné de venger sa mort sur ses meurtriers. Mais il ne les lui a pas nommés. ACTE 2

Hamlet entre hors de lui sur la scène, son père vient de lui apparaître et de lui ordonner de le venger sur Claudius qui l'assassina, du consentement de Gertrude. Ophélie attirée par ses cris vient sur la scène. Hamlet lui fait jurer de garder le secret, et lui révèle ce qu'il vient d'ap-


prendre. Elle doute de la vérité de l'apparition, Hamlet lui en fait la description. Ophélie défend son père avec toute la chaleur de l'amour qu'elle a pour Hamlet et de celui qu'elle porte à son père. Casimir vient presser Hamlet de partir, ce prince le charge de dire au roi qu'il ne le peut pas encore. Casimir en marque son étonnement. Le roi arrive, Hamlet lui répète la même chose. Le roi en est très étonné et lui ordonne de partir. Hamlet sort. Claudius resté seul avec Casimir témoigne les soupçons que le retard d'Hamlet lui font concevoir, et termine, en concluant de le faire périr le jour même de quelque manière que ce soit 1.

ACTE 3 2

Hamlet expose ses chagrins et les moyens qu'il a pris pour venger son père, il attend sa mère qui l'a fait appeler. Gertrude vient de la part du roi pour inviter Ha.mlet au repas où le roi veut 1. Dans un plan antérieur qui se trouve dans la liasse 3 des manuscrits cotés R. 302, Casimir conseillait au roi d'empoisonner Hamlet dans un repas. Claudius y consentait. N. D. L. E.

2. Le plan de cet acte manquant sur le manuscrit primitif du tome 24 de R. 5896, je l'emprunte au plan qui se trouve dans le carton R. 302. N D. L. E.


l'empoisonner. Hamlet fait convenir sa mère de son crime et lui fait part de l'ordre de son père qui lui ordonne de la livrer à ses propres remords. Elle dit à son fils qu'elle veut se retirer dans un couvent chez le Czar, son frère, que là, elle avouera son crime et lui procurera les moyens de remonter sur le trône de ses pères. Il est convenu qu'Hamlet viendra la faire évader dans deux heures. Hamlet sort.

Claudius vient s'informer de la mission de Gertrude qui lui annonce qu'Hamlet refuse. Elle témoigne ses remords au roi. Ophélie vient dire à son père qu'elle tremble pour ses jours et le supplier de quitter une couronne qui l'expose sans cesse. Elle n'obtient rien. Elle sort. Claudius seul résout de faire périr Hamlet le plus tôt possible.

ACTE 4

Désespoir d'Hamlet. Il délibère s'il peut s'ôter la vie. Il conclut qu'il ne le peut pas tant que son père n'est pas vengé. Il attend Ophélie qui lui a fait demander une dernière entrevue. Elle arrive. Scène à grands développements. Elle fait tout au monde pour détourner


Hamlet de son projet, ne réussit pas et sort au dernier désespoir.

Hamlet forme une conspiration contre Claudius, au moment où il est le plus animé ce roi lui envoie dire qu'il consent à lui donner sa fille en mariage, que tout est prêt et qu'on l'attend.

Consternation d'Hamlet, il refuse. 5e ACTE

On annonce la folie d'Ophélie. Scène entre elle et Hamlet où elle est folle d'amour. Le roi vient. Il a un instant de remords à la vue de tous les malheurs qui l'accablent, mais il les surmonte il se détermine à tuer Gertrude. Il entre dans l'appartement de la reine. Hamlet arrive avec ses conjurés. Le roi sort couvert du sang de Gertrude. Les conjurés le tuent. Hamlet apprend la mort d'Ophélie, il se tue après avoir disposé de la couronne. La scène est en Pologne dans le temps des mœurs les plus chevaleresques.


Je veux peindre dans la tragédie

d'Hamlet l'opposition de l'amour filial et de l'amour.

Le protagoniste est Hamlet,

après lui Ophélie,

ensuite. Claudius,

enfin. Gertrude,

Casimir, instrument.

D'après l'avant-scène, que doit vouloir,

au commencement du premier acte, Hamlet ? Connaître les assassins de son père, les punir, épouser Ophélie, régner et puisque Claudius règne sur le Danemark, s'illustrer à la guerre, et se faire un royaume. Ophélie ? Epouser Hamlet, et trouver

le bonheur suprême dans sa possession. Gertrude? Défendre Hamlet des embûches

que Claudius pourrait lui tendre, et pour cela éviter de devenir suspecte à Claudius. Claudius ? Régner tranquillement sur le

Danemark et pour cela faire périr Hamlet sans qu'on puisse le soupçonner de cette mort.

Quels sont les personnages les plus

propres à faire l'exposition ?


1. Claudius et Casimir.

Cette scène finie que doit vouloir

Hamlet ? Prendre les derniers ordres

de Claudius, faire ses adieux à Ophélie

et partir pour l'armée.

Ophélie? voir son amant avant son

départ et obtenir la confidence de la cause

de sa tristesse.

Gertrude ? Veiller sur le salut de son

fils, pénétrer les raisons qui engagent

Claudius à lui donner la conduite de son

armée, et donner des conseils à Hamlet

sur la manière de s'y conduire.

D'après cela

2. Hamlet vient avec sa mère prendre

congé de Claudius.

La scène finie que veut Hamlet ? Voir

Ophélie et partir.

Claudius ? Qu'Hamlet parte prompte-

ment afin d'en être plus tôt défait.

Ophélie ? Voir son amant.

Gertrude ? Pénétrer le secret de la

tristesse de son fils, afin de pouvoir le

diriger plus sûrement.

Casimir ? Partir promptement pour

faire périr Hamlet et reprendre plus tôt

le commandement de l'armée.

3. Gertrude seule avec son fils le presse

de lui dévoiler son secret, elle ne l'obtient


pas. Elle fait appeler Ophélie pour l'aider à arracher son secret à Hamlet, elle la laisse avec lui.

Cette scène finie, que veut Hamlet ? Faire ses adieux à Ophélie.

Gertrude ? Qu'Ophélie découvre le secret d'Hamlet.

Ophélie ? Découvrir le secret de son amant, et lui faire ses adieux. Claudius et Casimir, idem.

4. Ophélie restée seule avec son amant le conjure de lui apprendre la cause de sa tristesse. Il résiste quelque temps enfin il cède. Il lui fait jurer de lui garder le secret, et lui apprend que son père Alfred lui est apparu et lui a ordonné de le venger. Il ne lui a pas nommé ses assassins. Il part pour l'armée dans l'intention de sortir d'une cour où il n'a plus d'amis et de découvrir les assassins de son père. Ils développent leur amour et sortent. ACTE II

Que veut, après la dernière scène du premier acte, Hamlet ? Partir. Ophélie ? Revoir bientôt son amant victorieux.


Gertrude ? Revoir Ophélie pour appren-

dre le secret d'Hamlet.

Claudius et Casimir, idem.

Alfred apparaît à Hamlet, lui nomme

pour ses assassins Claudius et la reine

et lui ordonne de le venger avant de

partir. Il lui ordonne d'abandonner Ger-

trude à ses propres remords.

1. Hamlet entre hors de lui sur la

scène, il développe son horreur par des

phrases entrecoupées.

Après cette scène que veut Hamlet ?

Venger son père en faisant périr Claudius.

2. Les cris d'Hamlet attirent Ophélie. Elle

arrive, voit le trouble de son amant, le con-

jure de lui en apprendre la cause. Hamlet lui

fait renouveler son serment et la lui conte.

Elle emploie tous les moyens pour détourner

Hamlet du dessein où il est de venger son

père. Hamlet sort, résolu à le venger.

Quelle est la résolution d'Ophélie ?

D'empêcher Hamlet de venger Alfred.

3. Elle en cherche les moyens, quand

Gertrude vient savoir si elle a réussi

auprès de son fils.


Que doit faire Gertrude ? Tout au monde

pour savoir d'Ophélie le secret d'Hamlet. Que doit faire Ophélie ? Avoir horreur

de Gertrude.

Que doit faire Hamlet ? Courir chez les

amis de son père, leur révéler le secret de sa mort et les exciter à en tirer vengeance avec lui.

4. Gertrude demande à Ophélie quel

est le secret d'Hamlet. Ophélie a horreur d'elle et le lui témoigne par des phrases entrecoupées, elle sort.

Qu'est-ce qui fait fuir Ophélie? L'horreur

que lui inspire Gertrude.

5. Court monologue d'horreur de Ger-

trude, elle voit le jour de la vengeance s'approcher. C'est en vain qu'elle a cru les dieux apaisés. Elle voit Claudius. Qu'éprouve Gertrude à la vue de Clau-

dius ? Le premier mouvement est la terreur. Quand Claudius a annoncé ce qui l'amène elle cherche à excuser son fils. Qui amène Claudius? L'envie de faire par-

tir Hamlet, et de savoir ce qui l'a retenu.

6. Il demande à Gertrude ce qui a

retenu Hamlet à Varsovie. Il lui dit qu'il


vient d'ordonner qu'on le cherchât et qu'on lui dise que le roi le demande. Gertrude laisse percer ses soupçons. Claudius les repousse avec mépris et aigreur.

Après cette scène, que veut Claudius ?

Faire partir Hamlet.

Que veut Gertrude ? Excuser son fils

et veiller sur lui.

Que doit vouloir Hamlet mandé par

Claudius ? Cacher l'horreur et la haine qu'il lui inspire, mais il ne le peut qu'à demi.

7. Hamlet arrive. Claudius lui demande

les raisons de son retard. Hamlet développe sa fierté, le roi sa hauteur. Il lui ordonne de partir. Il dit à Gertrude de sortir avec son fils et de faire en sorte de le calmer.

Quel est l'intérêt d'Hamlet ? Voyant

que.


Hamlet est poursuivi par l'ombre de son père dès qu'il cède à l'amour. ACTE I

Claudius expose le sujet à Casimir, entrevue du roi et d'Hamlet. Confidence d'Hamlet à Ophélie. Don de l'écharpe, adieux des amants.

ACTE II

Apparition d'Alfred à Hamlet. Scène entre celui-ci et Ophélie. Le roi vient lui réitérer l'ordre de partir, il sort en colère. Gertrude arrive, Ophélie sort. Scène entre Hamlet.et sa mère, dans laquelle celle-ci avoue son crime et nomme Claudius pour son complice. Ils conviennent qu'Hamlet ira le soir faire évader sa mère. Hamlet sort pour trouver les moyens de venger son père.

1. Du 13 frimaire XI [4 décembre 1802.]


ACTE III

Hamlet est sur la scène. Ophélie arrive et lui demande sur qui il doit venger la mort de son père. Sur Claudius.. Scène déchirante entre les deux amants. Hamlet consent à ne rien entreprendre jusqu'à ce qu'Ophélie ait vu son père. Hamlet sort, Claudius arrive.

Scène entre Ophélie et lui, il demeure inflexible. Ophélie sort désespérée. Casimir arrive. Le roi lui dit qu'il ne doute plus qu'Hamlet ne conspire. Il lui ordonne d'aller chercher un corps de troupes qui est à portée de Varsovie. En attendant il va tâcher d'attirer Hamlet dans un lieu où il puisse s'assurer de lui.

« Il aime ma fille, j'ai mes ressorts tout prêts, s'il cède il est mort. »

ACTE IV

Scène entre Hamlet et Gertrude Claudius a proposé à Hamlet de lui donner sa fille Hamlet ne désire rien tant, mais il combat encore cette envie, il 1. Boleslas annonce à Hamlet qu'il lui donne sa fille et que, comme sa présence est nécessaire à l'armée, il faut que tout se termine à l'instant.


craint d'offenser son père. Sa mère mue

par des raisons de politique achève de

le persuader. Il consent enfin qu'elle aille

annoncer son consentement au roi. Elle sort.

Hamlet resté seul a un moment de

joie, mais bientôt les remords l'agitent.

Son père lui apparaît, il lui montre sa

plaie avec un regard plein de reproche

Il me montre sa plaie. Ah 1 j'y lis mon devoir.

Il se détermine à venger son père.

Dans ce moment Ophélie vient le chercher

Venez, cher Hamlet, on n'attend plus que vous.

Hamletrefuse. Ophélie s'emporte d' abord.

Ensuite son désespoir se concentre, elle

sort dans une profonde stupeur.

Un envoyé des grands vient annoncer

à Hamlet que tout est prêt, qu'il ne peut

plus reculer sans les perdre.

Hamlet sort, déterminé à la vengeance la

plus prompte.

ACTE V

Claudius est sur la scène. On vient

lui annoncer la folie de sa fille. Il a des

remords, il les surmonte. Il entre chez

a reine pour la tuer.


Hamlet entre pour sauver sa mère. Il

voit sortir de chez elle Claudius avec

un poignard sanglant. Il le tue.

Arrive Ophélie folle. Scène déchirante

entre elle et Hamlet. Elle aperçoit le corps

de son père. La raison lui revient

Ah je le reconnais, et mon songe est accompli.

Elle se tue.

Hamlet

Tu ne seras pas longtemps seule au tombeau.

Il remet le gouvernement aux grands,

conseille à la Pologne de se faire république

et se tue.

Si je prends la situation du poignard,

Ophélie ne peut plus être folle.

Elle pourrait encore l'être en présen-

tant [à] Gertrude le poignard, mais cette

situation ne rentre pas assez dans le carac-

tère de la tragédie.


ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE

CLAUDIUS, CASIMIR.

CLAUDIUS.

Enfin dans Elseneur je revois Casimir,

et -tu vas me donner des nouvelles de

mon armée.

CASIMIR.

Seigneur, je l'ai conduite jusque sur

la frontière, et sans l'ordre imprévu

qui me rappelle auprès de vous, peut-être

les Suédois seraient-ils déjà vaincus.

CLAUDIUS.

Cet ordre t'étonne. Ne crois pas, cher

Casimir, avoir perdu la confiance de


ton roi, et puisqu'il te rappelle ici sois sûr qu'il a quelque chose de plus important à te confier qu'aux lieux où tu commandais l'armée.

CASIMIR.

Seigneur, je me soumets avec respect aux ordres que vous voulez bien me donner. Cependant s'il m'était permis de parler je dirais que le bruit de ma disgrâce semé en tous lieux, et le prince Hamlet qui, dit-on, commandera l'armée, auraient eu de quoi m'effrayer si mon amour pour mon prince ne m'assurait de sa faveur.

CLAUDIUS.

On t'a dit vrai, Casimir, et Hainlet commandera l'armée, tu y seras son lieutenant; mais ne t'effraye point, c'est là que tu me rendras le plus grand service que tu puisses me rendre et que tu calmeras enfin les inquiétudes quinecessent de m'agiter. Tu crois sans doute que l'heureux Claudius, parvenu par tes soins au trône du Danemark, n'a plus rien à désirer, mais tu sais que j'y suis monté par ce que l'imbécile vulgaire appelle des crimes et tant qu'il en restera un seul témoin


la couronne n'est pas assurée sur ma tête. Déjà l'imbécile Gertrude qui me fatigue sans cesse de ses vains remords serait allée rejoindre son époux aux enfers si je n'avais craint de donner par cette mort de la consistance au bruit sourd qui m'accuse de la mort d'Alfred. Ce qui encourage les partisans de mon frère, c'est ce jeune Hamlet qui, quoique si jeune, a su se conquérir l'amour du peuple. Ils plaignent sa jeunesse privée de la couronne de son père, ils plaignent Alfred enlevé à la fleur de son âge.

Tu sais quelles bornes j'avais marquées

à sa vie, je ne croyais pas nécessaire de les rapprocher davantage. Mais depuis quelque temps ce prince si aimable que les seuls jeux guerriers semblaient occuper est devenu triste et rêveur, c'est en vain que je lui ai marqué plus de confiance que jamais, il repousse toutes mes avances avec une sombre froideur. J'ai cru même un jour surprendre un regard plein de fureur qu'il lançait sur moi. Je pensais que ses peines venaient de l'amour qui, comme tu le sais, l'unit à mon Ophélie dès l'âge le plus tendre. Mais que devins-je lorsque j'appris de cette âme franche et candide, qu'elle souffrait autant que moi de la tristesse d'Hamlet et qu'elle n'en savait pas mieux la cause ? Alors mes


soupçons furent au comble. Je le fis appeler et, en présence de sa mère, avec toute l'amitié qu'un oncle tendre a pour un neveu, je lui demandai la cause de sa tristesse habituelle. Je lui parlai de la couronne que je lui gardais en dépôt, je l'appelai mon fils et voulus l'embrasser, mais il s'échappa de mes bras avec horreur et parut épouvanté par un spectacle horrible. Sa mère effrayée l'appelait, il parut se radoucir à sa voix, il allait à elle, lorsqu'il parut saisi d'une horreur encore plus grande et sortit avec effroi.

Alors je ne doutai plus de rien. Il sait

que sa mère a poignardé son père, il sait que c'est moi qui ai provoqué le crime. Je résolus sa mort, mais il fallait qu'elle arrivât de manière à éloigner tous les soupçons. Je t'envoyai l'ordre de rompre les négociations entamées avec le roi de Suède, je le nommai général de mon armée. Tu es son lieutenant. Je vais recevoir son adieu ici, dans l'instant vous partez ce soir, vous arrivez aprèsdemain à l'armée. Vous livrez bataille, un de tes archers me délivre de mon ennemi et l'heureux Claudius n'a plus qu'à récompenser le fidèle Casimir.


Situation abandonnée

Hamlet voyant Boleslas le poignard levé sur sa mère Régane, et le menaçant de la percer s'il ne se retire.

O dieux, en ce moment affreux

Ou laissez-vous fléchir, ou dictez-moi vos vœux. Mauvais vers, mais exprimant un sentiment.

Pensées pour les Caractères

Boleslas, ambitieux dans toute la force du terme. Il suit naturellement de là qu'il doit porter une haine mortelle à Hamlet.

Pensées pour le dialogue

Gertrude (nom à changer)

Je ne puis plus me souffrir en ces lieux qui me rappellent mon époux et mon crime.


Situation

Claudius sachant qu'Hamlet veut venger son père sur lui et n'ayant pas assez de troupes pour le défendre s'empare de sa mère Gertrude, et dit à Hamlet

Le spectre dit à Hamlet

« J'ai été assassiné par Gertrude et 1. Beyle a barré ce premier paragraphe. N. D. L. E.

Claudius, sachant qu'Hamlet adore Ophé-

lie, et n'ayant pas assez de troupes pour se défendre, se montre à Hamlet tenant le poignard levé sur Ophélie

Venge donc ton père.

Cette situation me parait bonne en ce

qu'elle est dans l'esprit de la pièce peindre l'opposition dé l'amour et de. l'amour filial.

Ose venger ton père, et je perce ta mere.

Gertrude exhorte son fils à la vengeance et se tue1.


son complice, que son seul supplice soit

de te le nommer, venge-moi sur lui. »

Hamlet dans la scène d'adieu avec Ophélie parle de l'amour des grands et des facilités qu'il aurait eues à troubler l'Etat, si son amour ne l'eût retenu.

Boleslas, tenant un poignard sur le sein d'Ophélie, à Hamlet

« Hé bien, venge ton père. Quitte seul à l'instant Varsovie et la Pologne, ou c'en est fait de sa vie. »

HAMLET.

O dieux, en ce moment affreux

Ou laissez-vous fléchir, ou dictez-moi vos vœux..

Claudius «Hé! de quel droit prétends-tu

à mon amour, femme coupable ? Quand tu as trahi ton premier époux, qui me répond de ta foi ? »

Claudius « Tout le temps qu'il vit est volé à ma vie. »


Boleslas « Mais qui a pu tellement presser Hamlet ? Je suis sûr qu'hier il ne conspirait pas. Comment a-t-il pu choisir le moment où je comblais ses vœux ? »

Hamlet « Depuis que mon père m'a chargé de sa vengeance, je ne me connais plus. Je ne veux plus rien tièdement. Une fureur secrète m'anime, je me sens entraîné, j'ai soif du sang de Boleslas. »

Changer le nom de Claudius en celui

de Boleslas.


Plan

[15 frimaire XI1]

Je veux peindre dans cette pièce l'opposition de l'amour filial et de l'amour. Hamlet est poursuivi par l'ombre de son père dès qu'il cède à l'amour. La scène est en Pologne dans les temps les plus chevaleresques, ce qui me fournit une teinte d'amour et d'honneur de l'effet le plus touchant.

Boleslas.

Régane.

Hamlet.

Ophélie.

Casimir.

1. Dernier plan, sur lequel la pièce a été abandonnée parce que j'ai trouvé dans le cinquième acte d'Hypermnestre la situation du mien que j'avais tirée des Mémoires d'un Homme de qualité. H. BEYLE.


ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE

Boleslas expose le sujet à Casimir

son général il le tutoie. Entrevue du

roi et d'Hamlet en présence de Régane.

Confidence d'Hamlet à Ophélie, don de

l'écharpe, adieu des amants.

ACTE II

Apparition d'Alfred à Hamlet. Scène

entre celui-ci et Ophélie. Le roi vient

réitérer à Hamlet l'ordre de partir, il

sort en colère. Régane arrive, Ophélie sort.

Scène entre Hamlet et Régane dans

laquelle celle-ci avoue son crime et nomme

Boleslas pour son complice. Ils conviennent

qu'Hamlet ira le soir faire évader sa mère.

Hamlet sort pour trouver les moyens

de venger son père. (Ces moyens seront

annoncés dans ce qui précède.)

ACTE III

Hamlet est sur la scène. Ophélie arrive

et lui demande sur qui il doit venger


la mort de son père sur Boleslas.

Scène déchirante entre les deux amants.

Hamlet consent à ne rien faire jusqu'à

ce qu'Ophélie ait vu son père. Hamlet

sort. Boleslas arrive.

Scène entre Ophélie et son père. Il

demeure inflexible. Ophélie sort déses-

pérée. Casimir arrive le roi lui dit qu'il

ne doute plus qu'Hamlet ne conspire.

Il lui ordonne d'aller chercher un corps

de troupes qui est à portée de Varsovie.

En attendant il va tâcher d'attirer Ham-

let dans un lieu où il puisse s'assurer de

lui.

« Il aime ma fille, j'ai mes ressorts

tout prêts, s'il cède il est mort. Il adore

ma fille, je lui dis que je veux récompenser son amour avant qu'il parte pour l'armée

et que cette nuit je veux célébrer son

mariage dans la chapelle de mon château. S'il y vient je le fais arrêter. »

Il envoie chercher sa fille. Ophélie

vient. Elle est très triste. Son père lui annonce que touché de sa tristesse et de celle d'Hamlet, il en a découvert la cause et qu'il veut la récompenser dignement.

Mouvement de terreur d'Ophélie qui

croit que son père connaît les projets d'Hamlet contre lui et qu'il va le faire périr.


HAMLET 49

Son père continue et lui dit qu'il veut l'unir à Hamlet avant le départ de ce prince pour l'armée. Il sort en la chargeant d'apprendre cette nouvelle à Hamlet. Ophélie déplore son malheur. Ce qui l'aurait comblée de joie naguère la plonge dans le plus sombre désespoir. Elle sort cependant dans la résolution de tout tenter sur Hamlet.

ACTE IV

Hamlet seul sur la scène se félicite de ce que ses amis doivent venir le soir même avec lui enlever le roi, et le renfermer dans sa citadelle pour ensuite le faire juger par une diète. Il vengera son père, mais Ophélie est toujours présente à ses yeux. Il espère ne pas la voir avant l'événement fatal.

cc Grands dieux qui conduisez mon bras vengeur, faites que je ne la voie pas avant l'exécution de vos ordres, car alors je ne répondrais plus de moi.» »

Dans ce moment Ophélie se présente. Ophélie lui annonce le consentement de son père. Hamlet après bien des combats refuse de l'épouser. Grands développements de passion. Ophélie sort désespérée.


ACTE V

Boleslas, seul, est inquiet. Le refus

qu'Hamlet a fait de sa fille lui prouve

de plus en plus qu'il conspire contre lui.

Un de ses officiers vient lui rendre compte

que tout est tranquille. Il repasse ses

dispositions de défense et est prêt à se

retirer au moment où on vient lui annoncer

que son palais est entouré de troupes. On

vient lui annoncer que l'attaque commence,

il envoie un officier à la découverte.

Un instant après un second officier vient

lui annoncer que le premier est tué, que

tous ses soupçons étaientfondés, qu'Hamlet

s'avance à la tête des conjurés, que toute

la ville est déclarée pour lui.

Boleslas dit, sans être entendu, deux

mots à son officier. (Va chercher ma fille.)

Après quelques instants Ophélie arrive.

« Que voulez-vous, mon père ? Dans

ce danger votre place est auprès de moi. »

Hamlet s'avance en courant «Meurs, scé-

lérat. » Boleslas se détournant, et laissant

voir Ophélie « Si tu approches, elle est

morte. Fais sortir tes complices. Ils sortent.

Boleslas « Quitte seul à l'instant

Varsovie et la Pologne ou c'en est fait de

sa vie. Donne-moi ta parole d'honneur

que tu n'appelleras pas tes amis. »


Hamlet « Je la donne .»

Boleslas « Je te laisse cinq minutes

seul avec elle, décide-toi, vois si tu veux

sacrifier ta maîtresse à la couronne. »

(Il sort.)

Scène neuve et très tragique.


La situation est dans la nature. Il reste à prévoir l'effet qu'elle produirait. Il faut de l'expérience et du style pour oser la hasarder sur la scène.

Il y a eu un Boleslas II, roi de Pologne et tyran, auquel je pourrai attacher cette tragédie. J'avais le dessein de rendre Régane intéressante et de la faire très peu paraître. Boleslas devait la tuer au cinquième acte.

Je lis Alfieri dont je suis très content. J'ai lu les lettres de Clément à Voltaire qui m'ont paru très sensées. Je me. détermine à débuter par I[e] p[hilosophe] a[moureux].

H. BEYLE.


J'abandonne1 ce sujet qui peut fournir une des plus belles tragédies du théâtre français. Mais ce n'est pas pour toujours que je laisse mon cher Hamlet, du moins je l'espère. Je l'abandonne parce que la situation du cinquième acte est dans Hypermnestre, et que je ne veux pas débuter par une copie. Je trouvais dans cette pièce le caractère de Boleslas, ambitieux parfait, à développer. Caractère dont Acomat n'est qu'une partie. Car Boleslas est sur le premier plan et acteur principal de la tragédie. Point de confidents.

Une exposition superbe et très naturelle. Tous les systèmes de la chevalerie à développer.

La pitié dans les scènes d'Hamlet et d'Ophélie, la terreur dans celles de l'apparition et enfin le combat de l'amour filial et de l' amour, passions premières de l' homme que chaque spectateur a ressenties. Je peux traiter ce sujet avec un grand succès dans six ans d'ici, lorsque je serai sûr de mon style. Alors j'enterrerai Hypermnestre ou je tomberai. Il faudra voir si on ne pourrait pas montrer Ophélie folle. 1. 17 frimaire an XI [8 décembre 1802].



LES DEUX HOMMES



Tout ce qui reste des nombreux manuscrits se rapportant aux Deux hommes est épars à la bibliothèque municipale de Grenoble dans le dossier R. 302, et aux tomes 1, 5, 7, 14, 18, 21, 27, des volumes cotés R. 5896, ainsi que dans la liasse supplémentaire non reliée qui est conservée sous ce même numéro.

Pour l'histoire de la pièce, elle est en outre retracée au jour le jour parmi les pages écrites en 1803 et 1804 dans le Journal et les Pensées. Ce dernier ouvrage en particulier insiste à vingt reprises sur les caractères que Beyle compte développer chez ses protagonistes (cf. notamment le chapitre capital du tome II pp. 20-28). Le futur auteur y envisage aussi la publication de sa pièce au cas où elle ne serait pas jouée ou si elle n'obtenait pas le succès escompté. Il y indique encore comment la première idée lui en vint vers la fin de 1802 il avait résolu d'écrire une grande comédie en cinq actes et en vers, le Philosophe amoureux il revient à plusieurs reprises sur ce projet mais nous voyons quelques mois plus tard qu'il a changé le nom de son œuvre future en même temps sans doute que son plan; il note en effet à la date du 9 prairial XI (29 mai 1803)


« Je vais faire les Deux hommes, le sujet du Philosophe amoureux agrandi. »

Ce titre nouveau avait déjà paru sous sa

plume quand le 10 mars 1803, il écrivait: « Que me manque-t-il pour être heureux ? Société et argent avec considération. Je n'ai qu'à faire les Deux hommes et, dans un an ou dix-huit mois, j'ai tout cela. »

Pour préciser le temps exact où Henri

Beyle commença de penser sérieusement à sa pièce, et d'inscrire les idées qui lui venaient à son sujet, nous avons d'abord son propre aveu et ensuite les dates relevées sur ses brouillons. Les deux témoignages concordent absolument. Le 21 avril 1803, Beyle remarque qu'il y a trois mois qu'il travaille aux Deux hommes et le plus ancien fragment des manuscrits de Grenoble est précisément daté du lundi 4 pluvi6se XI ou 24 janvier 1803. Ce ne sont encore que des plans, des ébauches préparatoires il ne commence le dialogue que le 29 mars.

Bientôt il revient encore sur les nombreux

avantages qu'il compte retirer de son œuvre sitôt qu'elle sera terminée: « Je manque de tout, dit-il le 25 floréal (15 mai); cette pièce faite, j'aurai tout en abondance. Une autre fois il escompte qu'ayant acquis la célébrité par le succès des Deux hommes, il sera l'ami de Mlle Duchesnois et de Talma. En août suivant il reprend le même thème:


« Il est doux d'avoir de la gloire et un peu d'aisance. Il est doux d'avoir de jolies femmes et d'entrer dans le monde par le ciel. Voilà mes raisons pour faire les Deux hommes, comment y puis-je résister? » L'ouvrage cependant avançait peu. La comédie toutefois devait être entièrement ébauchée en prose quand environ le 30 août 1803 le jeune auteur commença d'en composer les vers ce fut toujours un travail ardu pour lui, à qui il fallait parfois soixante-douze heures pour accoucher d'un distique non seulement assez plat mais incorrect par surcroît. Le 9 janvier 1804, l'inspiration le vint plus heureusement visiter, Beyle note en marge de sa copie qu'il a fait dix vers ce jour-là, et qu'il est enfin venu à bout de trois-cent-six alexandrins d peu près réguliers.

Mais bientôt il va dé finitivement s'arrêter. Les vers le rebutent par trop et il lui vient aussi des idées toutes nouvelles. Le 27 avril 1804 il se félicite de n'avoir pas fait sa pièce l'année précédente. Elle eût manqué de comique. Il va en remanier le plan et le rendre véritablement comique. Il ajoute: « Il vaut mieux que ma pièce paraisse un an en retard et soit meilleure. »

C'est alors qu'il trouve que les Amants magnifiques, ce chef-d'œuvre de bon ton, doivent être son véritable modèle. Il songe


aussi à adjoindre au comique noble de ses principaux personnages un comique bourgeois plus délassant que produirait un valet, joué par La Rochelle. Il ne doute plus qu'il tient décidément un grand sujet: « Dans les Two men je fais lutter le caractère républicain avec le caractère monarchique. C'est peut-être la plus grande idée qui ait jamais fondé une comédie, et dans les circonstances c'est peut-être aussi la plus forte. »

En réalité c'est l'époque où il va tout abandonner. Beyle en ef fet conçoit bientôt l'idée de Letellier ou l'Intérieur d'un Journal, el c'est sur ce nouveau sujet qu'il déversera principalement désormais ses ardeurs écrivantes el son ambition de rival de Molière.

H. M.


LES DEUX HOMMES

PRÉFACE

E dessin de M. Guérin intitulé le L Raccommodemenl m'a donné l'idée de faire lutter la poésie avec la peinture.

J'ai supposé qu'un très jeune homme nommé Charles Valbelle aimait passionnément une de ses cousines nommée Adèle et en était aimé de même. Ils demeuraient tous deux chez la mère de Charles. Madame Valbelle qui avait d'autres vues pour son fils chercha à les brouiller ensemble. Pour y parvenir elle engagea un jeune homme de ses amis nommé Chamoucy à songer à Adèle. Comme elle possédait l'entière confiance de son fils et de sa nièce, elle porta facilement celle-ci à des démarches qu'elle fit regarder à Charles comme des preuves évidentes de son amour pour Chamoucy. Enfin au sortir d'un


bal où Adèle semblait avoir eu quelques préférences pour Chamoucy qui dansait fort bien, Charles furieux partit pour l'armée où il venait d'obtenir de l'emploi. Il y était depuis six mois, aimant toujours davantage sa cousine, lui écrivant très souvent et n'en recevant jamais de réponse, lorsque sa mère lui annonçant que le mariage d'Adèle et de Chamoucy était conclu et qu'il se célébrerait sous peu de jours, Charles hors de lui à cette fatale nouvelle quitta l'armée et vola à Paris chez sa mère. Mais elle sut si bien.observer Adèle que pendant deux jours elle ne put lui parler. Enfin il parvint à lui faire accepter une lettre où il lui demandait un moment d'entretien dans une des allées du jardin. C'est dans cette allée que se passe la scène et qu'Adèle arrive, tremblante et se disant à elle-même « M'aimerait-il encore, etc. »

J'avais fait cette exposition en vers, mais il m'a semblé qu'elle faisait longueur. J'ai choisi le genre dramatique comme le plus propre à donner des émotions fortes et rapides il m'est cependant désavantageux. Le goût de mes juges ne leur a pas laissé ignorer que tel trait qui serait supportable à la scène, paraît souvent dur et exagéré lorsqu'il est privé de l'illusion du théâtre. Cela doit surtout arriver


pour une scène dont les interlocuteurs très passionnés doivent plus souvent s'exprimer par des mots entrecoupés et lancés, (vibrati) si l'on veut me permettre cette expression, que par des phrases douces et coulantes.


ANECDOTE

qui a servi de base aux Deux hommes; je me désignerai dans le cours de ce récit sous le nom de Charles.

A la fin de l'hiver de 1803, Madame Valbelle vint habiter le village d'Auteuil près Paris. Elle loua une maison de campagne au milieu des plus beaux bois du pays qui en a de charmants. C'était une femme de 40 ans, cachant une profonde ambition sous l'air le plus naturel et le plus désoccupé. Elle recevait à Paris le plus grand monde, particulièrement les gens en place. Tout le monde était content d'elle parce qu'elle se pliait au caractère de tout le monde. La chronique scandaleuse se taisait sur son compte, on lui reprochait seulement une liaison un peu trop suivie avec M. de Chamoucy, le jeune homme le plus élégant de la capitale, il avait beaucoup d'esprit, un naturel charmant, mais sa fortune ne répondait pas à ses vœux. Il n'avait de moyen de l'augmenter que son crédit qui était très étendu, mais pour en tirer parti il lui fallait un premier fond,


aussi ses ennemis publiaient-ils qu'il cherchait avidement une femme riche.

Madame Valbelle amena avec elle à

Auteuil la fille d'un frère de son mari, Adèle de jeune personne âgée de dixhuit ans, d'une amabilité et d'une naïveté charmante. Sa physionomie montrait qu'elle était faite pour les grandes passions, mais sa profonde modestie ne le laissait point deviner au vulgaire des hommes.

Madame Valbelle avait un fils nommé

Charle, âgé de vingt ans, qui était parti deux mois auparavant pour l'armée, sous la conduite de M. Valbelle son oncle, vieillard de soixante ans, mais vert encore pour son âge, et lieutenant général sous l'ancien régime.

Le père de Charle en expirant l'avait

chargé de l'éducation de son fils, il s'était acquitté de ce soin dans un château situé dans les montagnes du Dauphiné où Madame Valbelle venait passer trois mois chaque année. Enfin il avait conduit pour la première fois Charle à Paris au mois d'octobre 1802.

Madame Valbelle était venue à Auteuil

passer la belle saison, voilà ce que tout le monde voyait, voici les motifs qui la conduisaient réellement.

La mère de M. de Chamoucy passait

le printemps, l'été et une partie de l'au-


tomne à Auteuil. C'était une tête faible pétrie de préjugés mais entièrement gouvernée par l'abbé Delmare qui avait autrefois élevé son fils, et qui maintenant couchait avec elle. Cet abbé avait tous les vices cachés sous le masque de toutes les vertus. Le trait marquant de son caractère était une hypocrisie profonde; d'ailleurs, pour la finesse et l'ambition, c'était un homme de génie. Depuis six mois il avait formé le projet d'épouser Madame de Chamoucy qui avait quarante mille livres de rente et il marchait rapidement à son but.

Madame Valbelle, qui avait autant

d'ambition que lui, et qui n'étant pas obligée à autant d'hypocrisie avait plus de moyens de réussir, avait concentré tous ses projets sur un fils qu'elle adorait. Ambitieuse elle-même, elle s'était promis d'en faire un ambitieux, elle lui ménageait depuis trois ans l'alliance de M. de Clérac, premier ministre d'alors, qui joignait à des talents qui lui assuraient sa place pour longtemps, une fortune immense. Mais un grand obstacle se présentait à Madame Valbelle. Son fils adorait sa cousine Adèle. M. Valbelle était tuteur d'Adèle, et elle partageait la tutelle de son fils avec lui. Pour renverser ,cet obstacle elle s'était

promis de faire épouser Adèle à Chamoucy


pendant l'absence de Charle. Chamoucy était d'accord avec elle et n'aspirait qu'à se voir maître d'Adèle et de trente mille livres de rente et allié de Madame Valbelle et de M. de Clérac par le mariage de Charle. Pour que M. Valbelle approuvât ce mariage, il fallait d'abord réconcilier Chamoucy avec sa mère avec qui il était brouillé. On croyait son père mort dans l'émigration.

Le 30 avril 1803, elle écrivit à M. Valbelle

au camp sous Khell que Madame Chamoucy demandait Adèle pour son fils. Sa lettre était combinée de manière à faire le plus grand effet possible sur M. Valbelle. Elle voyait ses affaires prendre la meilleure tournure possible lorsque le 12 mai au soir, elle entendit une chaise de poste dans sa cour et un instant d'après son fils lui sauta au cou. M. Valbelle entrait en même temps. Elle fut frappée comme vous pouvez penser de cettearrivée qui perdait son entreprise. Elle écrivit sur le champ à Chamoucy de venir sans être vu. Le 13, il ne vint point nouveau billet le 14, enfin il arriva le 15 à huit heures et demie du matin, jour où toutes les intrigues se finirent après avoir causé bien de l'agitation à tout le monde. Il faisait une de ces chaleurs de prin-

temps qui font fermenter tous les esprits le ciel était voilé par de grands nuages


gris rouge et de temps en temps il tombait quelques gouttes.

Chamoucy entra à huit heures et demie

dans un salon hexagone qui donnait sur un jardin anglais par cinq croisées et

dont la sixième servait de porte de commu-

nication avec la maison. Les trois du fond

étaient ouvertes et laissaient voir cette

verdure tendre du printemps et ces larges feuilles d'acacia avides de rosée. Il entra

en disant à la femme de chambre de confiance de Madame Valbelle

C'est bon, c'est bon, Justine, avertis ta maîtresse. Il resta six minutes seul. Madame

Valbelle arriva il l'accabla de choses aimables enfin elle le coupa et lui dit que Charle était arrivé; étonnement de Chamoucy. Elle lui dit qu'elle avait sans cesse eu les yeux sur les amants qui ne s'étaient

pas réconciliés (elle avait eu le secret de les

mettre mal ensemble, Charle avait accusé Adèle de coquetterie, elle avait été outrée

du reproche, et ils s'étaient brouillés).

Là-dessus Chamoucy, en montrant bien

son caractère (vanité et rien que vanité)

lui proposa de brusquer leur affaire.

Madame Valbelle l'approuva et lui dit

que dans ce dessein qui était excellent il

fallait qu'il arrivât publiquement à neuf


heures et demie chez elle et qu'elle le

remettrait bien avec sa mère. Là-dessus

Chamoucy sortit, parce qu'on entendit

la voiture de Valbelle.

Madame Valbelle resta seule six minutes,

et dit

« Il suivra mes desseins. »

Elle montra bien la passion qui l'agitait.

M. Valbelle arriva. Elle lui parla d'abord

de M. de Chamoucy avec Adèle, ensuite

elle entama pour la première fois le véri-

table objet de toute sa conduite. Elle lui

parla du mariage de Charles avec Fanny de

Clérac, la fille unique du ministre. Valbelle

répondit suivant son caractère. Elle se laissa

emporter par sa passion, demanda des

excuses à son beau-frère. Valbelle sortit ils

avaient demeuré une demi-heure ensemble.

Restée seule, elle dit

Il se retire

Quel homme 1 Quel orgueil t.

Elle demeura quelques minutes seule,

et découvrit toute la force de la passion

qui la conduisait depuis trois ans et qui

la porta à des extrémités si étranges

pendant le reste de la journée.

Adèle vint l'avertir que Madame Cha-

moucy et M. l'abbé Delmare l'attendaient

au salon.


LISTE DES PERSONNAGES

MADAME VALBELLE, dominée par l'ambition.

DELMARE, désir des richesses.

CHARLES, — — amour.

CHAMOUCY, désir de fortune et

vanité.

ADÈLE, amour.

VALBELLE, vertu.

MADAME CHAMOUCY, tous les préjugés

d'une bigote

noble.


PLANS ET EBAUCHES

Ouvrages à voir

pour F[ilosofo] in[namorato]

Le Séducteur du marquis de Bièvres pour la terreur qu'emploie Chamoucy. Tom-Jones, pour former le caractère de Chamoucy.

Pensées pour le détail des scènes Dans la scène de raillerie, justification de la Révolution française.

Faire demain 18 v[entose] deux cahiers Dans le premier, l'intrigue et les caractères.

Dans le second, pensées pour le détail des scènes.


Y copier les anecdotes de la vie de Racine et de Boileau.

Je sors de Phèdre, qui m'a paru bien mauvaise. Mlle Duchesnois n'a pas joué à beaucoup près aussi bien que l'autre jour. Saint-Prix et Mlle Bourg[oin] ont toujours été également détestables, et Damas à battre pour le ton doucereux dont il défigure Hippolyte.

Il y a eu une allusion contre les flalteurs du C[onsul]. On est fatigué en voyant Phèdre de la politesse du cœur de tous ces gens-là. Et par suite, de celle de Racine. Il ne 1. Quelles sont les locutions poétiques qui ne peuvent point entrer dans la prose (j'entends la plus passionnée).

Faire un cahier sur ce papier pour les Locutions poétiques 1.

Le commencer par le petit traité du vers alexandrin.

Faire sur le cahier de Pensées l'extrait des pensées de Chateaubriand.


Considérations diverses.

Je suis plus attaché à mon plus grand titre de gloire, c'est clair. J'aime donc mieux ma ϕ1 que ma comédie, mais j'ai 1. La Pharsale, grand poème qu'Henri Beyle avaiL sur le ehantier. N. D. L. E.

fallait d'amour que celui de Phèdre, qu'on lui apportât à la fin Hippolyte expirant par ses calomnies. Il ne fallait point d'Aricie. Cela aurait débarrassé la pièce d'une foule de vers expositifs.

Il fallait une exposition moins plaquée, il fallait un Théramène un peu moins plat et surtout qu'il ne fit point de récit total. Pièce à refaire.

Le vers descriptif que Racine fait fort bien est froid et par conséquent nullement tragique. (Et la Crète f umant du sang du Minotaure.) J'ai eu ce soir de grands doutes sur son style, il plaît trop aux âmes communes pour être bien bon. En attendant que je pousse ces idées il me paraît trop chargé d'épithètes, et d'épithètes faibles. J'en reviens toujours à trouver Aridromaque la meilleure pièce de Racine et la plus belle peinture tragique de l'amour qui existe en notre langue. Les Rivaux d'euxmêmes, raccommoder l'ami.


vu que le génie d'expression étant de nécessité, il fallait faire des vers avant que d'entreprendre la ϕ. Or j'ai besoin de gloire je dois donc m'attacher à l'ouvrage qui m'en donnera le plus pour dix ans. Cet ouvrage est une comédie de caractère (car, Molière et Corneille hors de compte, nous avons trois bons tragiques et un seul bon comique, je suppose qu'une bonne comédie dure autant qu'une bonne tragédie, chose à examiner mais qui, étant incertaine, est résolue positivement par le public éclairé) qui se trouve être (aux yeux du public éclairé) l'ouvrage qui réunit le plus de force et le plus de grandeur. Il me semble que dans ce genre l'ouvrage qui, dans ce moment, réunit le plus de force et de grandeur est les Deux Hommes. Mais age quod agis, je dois donc m'appliquer uniquement à ma comédie jusqu'à ce qu'elle soit finie. La meilleure manière de m'y appliquer ? C'est de remonter aux grands principes.

Delmare 1 s'est aperçu des desseins que Chamoucy a sur Adèle il a mis tous ses soins à en empêcher l'effet. Si Adèle élève de Mme Valbelle avait épousé Cha1. Lundi, 4 pluviôse [24 janvier 1803].


moucy, il aurait eu en tête Mme Valbelle

et l'exécution du projet qu'il a de se faire

épouser par Mme Chamoucy serait devenue

excessivement difficile.

Pour empêcher ce mariage il a poussé

sur la fin du carnaval Chamoucy dans

quelque imprudence si forte que sa mère

irritée l'a banni de sa présence. Depuis

lors elle donne chaque mois de l'argent

à Delmare pour faire tenir à son fils.

Delmare empoche cet argent et le prête à

Chamoucy à gros intérêts, comme le fruit

de ses économies dont il veut bien l'aider.

Chamoucy se trouvant très resserré dans

sa dépense ne voit rien de mieux à faire

pour le moment que d'épouser Adèle.

Pour cela il faut gagner son cœur, il est

venu incognito à Auteuil dans ce dessein.

Cette venue secrète est un moyen pour

lui de se rendre intéressant aux yeux

d'Adèle, et pour moi de donner des torts

apparents à Adèle vis-à-vis de Charles.

Chamoucy voyant qu'il ne fait pas des

progrès assez rapides ne sait plus comment

s'y prendre, lorsque Delmare insinue de

l'enlever. Dans ce siècle on ne croit plus

aux enlèvements de force, d'ailleurs

Chamoucy peut si bien disposer les appa-

rences que tout le monde le croit aimé

d'Adèle.

Adèle se laissera vaincre, et épousera


un homme pour lequel elle ne peut pas avoir de répugnance.

Chamoucy étant déterminé à enlever

Adèle, Delmare lui fait enlever, sans qu'il sans doute, sa propre mère. Il a d'avance persuadé à celle-ci que son fils dénaturé cherche à s'emparer d'elle pour se faire faire une donation de tous ses biens.

Lui, Delmare, a le projet d'arracher

Mme Chamoucy des mains de son fils, et espère ainsi l'éloigner à jamais de sa mère et hâter son hymen.

La seule chose qui empêche encore

Mme Chamoucy d'épouser Delmare est son amour pour son fils. Delmare en chargeant ce fils d'un crime atroce anéantit 'donc le seul obstacle qui s'oppose à son mariage'.

Ce qui, je pense, me donnera beaucoup

de facilité pour peindre Charles c'est

qu'en quelque sorte c'est mon portrait

que je ferai.

Le caractère que je veux donner à

Charles n'a pas encore été peint. C'est ce

premier enchantement d'un jeune homme

de 20 ans dont le développement physique

a été retardé comme le conseille Rousseau.

1. Stendhalabarrécestroisderniersparagraphea.N.D.L.E


L'enchantement qui saisit cette âme ardente et bonne à l'aspect du bonheur que tout lui offre dans ce moment de délire. Il aperçoit cependant les grandes masses du mal, l'hiver qu'il vient de passer à Paris les lui a laissé entrevoir.

Rien n'est au-dessus de l'amour qui le transporte, aucun style trop fort, trop passionné, trop brillant pour peindre les transports qui agitent ce jeune homme, nourri des grands exemples de l'antiquité et de la lecture des poètes.

Comme il est très aimable, je ne saurais trop le montrer.

Le caractère de la force est de beaucoup agir et peu parler, celui de la faiblesse de beaucoup parler et d'agir peu. Profiter de cette remarque dans la peinture de mes caractères, intéressants et ridicules. La force n'est jamais ridicule.

Méprises, source du rire.

Il faut d'abord composer une intrigue, quelle qu'elle soit, pour guider mon imagination.

C'est fait 18 V[entose] XI. Je commence à écrire le 5 germinal2.

1. 9 mars 1803.

2. 26 mars 1803.


Les deux hommes 1

comédie en 5 actes et en vers2.

Je montre que l'éducation philosophique a produit un homme vraiment honnête, tandis qu'au contraire l'éducation dévote a produit un homme faible inclinant à la scélératesse.

Défendre la philosophie, et couvrir de ridicule ceux qui l'attaquent.

Personnages

Mme Valbelle, 45 ans, 20 mille livres de rente, 30 avant la Révolution. Charles Valbelle protagoniste, fils de Mme Valbelle.

Hector de Chamoucy, fils de Mme de Chamoucy, 23 ans.

Adèle d'Averney, 18 ans, pupille de Valbelle.

Delmare ancien instituteur de Chamoucy.

1. Commencé le 17 pluviose XI [ 6 février 1803]. 1803. 10 février. Anniversaire de la mort de Montesquieu 1755.

Approuvé 10 ventôse XII [1 mars 1804}.

2. Molière, né en 1620, donne l'Etourdi à Lyon en 1653, à 33 ans le Tartuffe 1664; le Misanthrope 1666. 3. Delmare a fait fabriquer un faux extrait mortuaire de M. Chamoucy qui vit encore. Delmare l'a fait emprisonner.


Valbelle, oncle de Charles.

Mme de Chamoucy, mère d'Hector, cousine du ministre de la guerre.

Intrigue

Mme Valbelle antagoniste de Delmare. Delmare a mis tous ses soins à éloigner Chamoucy de sa mère, Mme Valbelle l'appelle à Auteuil chez elle.

Mme Valbelle s'est aperçue du violent amour de Charles pour Adèle, et de celui d'Adèle. Elle emploierait bien son autorité pour éloigner Charles d'Adèle, mais M. Valbelle étant tuteur elle ne peut rien faire sans lui. D'ailleurs M. Valbelle ayant élevé Charles a presque l'autorité d'un père, enfin elle veut ménager pour Charles son héritage.

Mme Valbelle s'est unie à Chamoucy pour empêcher l'union des amants, et faire épouser Adèle à Chamoucy.

Il faut continuellement que, par les soins de Mme Valbelle et de Chamoucy, Charles ait des torts envers Adèle, et Adèle envers Charles.

Dans l'invention et l'exécution de ces obstacles je peindrai l'ambition de Mme Valbelle, la fourberie de Chamoucy, la scélératesse de Delmare, etc., etc.


En intéressant vivement à l'amour de Charles et d'Adèle le spectateur prendra intérêt à tous les obstacles qui surviendront à leur union, ces obstacles doivent aller crescendo.

Mettre dans l'avant-scène, ou dans les entre-actes, tous les obstacles à mouvement, qui ne peuvent pas se passer sous les yeux du spectateur.

M. Valbelle dit dans le 1er acte à Mme Valbelle qu'il avait espéré qu'Adèle conviendrait à Charles et qu'il aurait été charmé de les unir.

Question

Quels sont les obstacles qu'une femme de 45 ans, riche, pleine d'usage du monde, d'adresse et d'esprit, aidée par un jeune homme de 23 ans, adroit et mourant d'envie de réussir, peut apporter à l'amour et à

Caractère d'Adèle.

L'amour que Charles a pour Adèle a

un peu changé le caractère de cette dernière. Il l'a rapproché du caractère de Julie d'Etange, et jugeant Chamoucy sur ses nouveaux besoins, elle commence à le trouver aimable bien moins que par le passé.


l'union d'Emile amant fougueux, et d'une jeune personne spirituelle, un peu coquette par conséquent susceptible, et amante ?

Ma comédie 1 durera autant que les hommes seront partagés entre l'éducation dévote et l'éducation philosophique. Longtemps après que celle-ci aura remporté la victoire on regardera encore ma pièce avec reconnaissance comme un des moyens qui la lui ont assurée. D'après cela si ma pièce est bonne, et que l'utilité de l'intention en mesure le succès, elle peut espérer dix siècles de durée.

Suivant la pratique des grands maîtres, lorsque tout un caractère ne se peut pas montrer dans un seul homme il faut en présenter deux. Pour la philosophie, Charles, M. Valbelle pour l'éducation dévote, Chamoucy, Delmare.

Je ferai haïr et craindre l'éducation dévote par deux moyens, le premier en montrant la perversité de ses fruits, le second le danger d'introduire les précepteurs dans les familles.

1. 1" ventôse XI [20 février 1803].

THÉÂTRE. Il. 6


Pour bien peindre mon tableau, il faut montrer

1er plan. la vertu de Charles. 2e la perversité de Chamoucy. 3e la scélératesse de Delmare. 4e la vertu de M. Valbelle. (M. Valbelle n'a un grand caractère qu'aux dépens des 4 personnages.) Charles étant le protagoniste, il faut que tout se rapporte à lui, et que tout serve à développer son caractère.

Dans Charles j'ai à peindre cette première impression que le monde, vu imparfaitement, fait sur une âme neuve, ardente et voyant tout en bien. Il sent cependant les grandes masses du mal, et les déteste franchement dans cette partie, Charles se rapproche du Misanthrope mais ce qui l'en différencie assez c'est qu'il ne doit pas avoir la moindre teinte d'humeur. Cet enthousiasme de vertu et de bonheur, la chose la plus touchante qui existe.

J'ai le bonheur de pouvoir présenter dans Delmare la peinture d'un tartuffe qui, n'étant qu'en seconde ligne, peut être différent de celui de Molière. Un des traits


les plus caractéristiques de Delmare, est de dire toujours du mal de la Philosophie (de celle d'Helvétius, Jean-Jacques, Voltaire).

Delmare confondu à la fin de la pièce dit « Chassé par la philosophie de cette infâme maison, je n'ai plus qu'une ressource allons faire un journal. » Ce trait sera toujours bon parce que tout grand homme produit nécessairement son Zoïle. L'envie de ses contemporains en a besoin.

Surtout si je veux acquérir quelque gloire dans l'empire de Molière, il faut n'être pas plus timide que ce grand homme.

Il faut exprimer clairement au commencement de la pièce les deux éducations différentes qu'ont reçues Charles et Chamoucy afin de faire tout de suite sentir au lecteur l'opposition.

Mme Valbelle propose à Valbelle Chamoucy pour l'époux d'Adèle. Valbelle fait l'analyse du caractère de Chamoucy, et diffère il prend des renseignements sur


Chamoucy, a une conversation avec lui, et le refuse.

Quelle est la perfection de l'éducation entreprise par Delmare ?

De faire de Chamoucy un courtisan parfait, or pour être courtisan parfait il ne faut avoir ni honneur ni humeur. (Visite de C. Vérité des portraits d'Helvétius. Petitesse des courtisans.)

Faire une scène de raillerie entre Valbelle et Delmare. La scène du 3e acte des Femmes savantes. Surtout point d'aigreur. Fabre en a mis dans sa scène entre Ariste et Timante.

Caraclères

Situation des personnes et des choses. Adèle est pupille de Valbelle, oncle qui

Le premier acte est froid, me jeter plus avant dans l'action, faire faire dans l'avant-scène un grand obstacle de mouvement. Qu'Adèle ne paraisse jamais soupçonnée par Mme Valbelle (Pertharite).


ne l'a pas vue depuis un an. Valbelle ne

l'a jamais vue. Elle est depuis trois ans

à Paris auprès de Mme Valbelle. Elle est

très riche et peut espérer une partie de la

fortune de Valbelle oncle, raison de l'amour

de Chamoucy pour elle.

Mme Valbelle a obtenu pour Charles la

main d'une jeune personne très riche, fille

d'un ministre qui doit le placer dans le

militaire et l'y avancer rapidement. Elle

ne veut pas qu'il épouse Adèle parce que

Orpheline elle n'a point de parents

qui puissent appuyer Charles, chose à

laquelle Mme Valbelle tient beaucoup.

2° Parce qu'Adèle, quoique riche, ne

l'est point autant que la jeune personne

qu'elle destine à son fils. D'ailleurs Mme Val-

belle espère par ses égards attirer à Charles

la plus grande partie de la fortune de

M. Valbelle oncle, qui naturellement

devrait être partagée entre Adèle et lui.

Adèle n'est donc pas un bon parti pour

Charles.

Ma pièce peignant le printemps de la

vie, et rappelant ainsi .les spectateurs à

leur jeunesse, je veux la placer dans le

plus pittoresque des villages qui entourent

Paris, et au printemps, jeunesse de la

nature. A Auteuil pour le moment.

Je fais Adèle élevée par Mme Valbelle,

cela m'ôte à la vérité la rivalité des mères,


Ferai-je mal de donner à Delmare, scélérat consommé, le dessus sur Chamoucy ? Je puis peindre tous les caractères par leur manière de juger Charles.

Je dais supprimer la naissance de l'amour d'Adèle pour Charles. On ne se marie pas 24 heures après être tombé amoureux de son mari.

Mme Valbelle approuvait l'amour de Chamoucy pour Adèle avant qu'elle sût l'amour de son fils pour cette même Adèle, parce qu'elle voulait se concilier par Mme de Chamoucy, femme titrée et de l'ancien régime, la faveur des nobles; depuis qu'elle sait l'amour de Charles elle presse le mariage

mais cela me dispense de montrer M. Daverney personnage froid, et cela m'évite beaucoup d'embarras pour réunir dans un même lieu deux femmes qui se détestent.

Tartuffes mis en scène

Le Tartuffe. de Molière.

Begearss. de Beaumarchais. Mme Evrard. de Collin.

Le flatteur de J.-B. Rousseau. Iago. de Shakspeare.


de Chamoucy avec vivacité pour faire perdre toute espérance à Charles dont elle croit la passion facile à dompter. Mme Valbelle a engagé Mme de Chamoucy à venir passer le printemps à Auteuil dans une maison à portée de la sienne pour avoir occasion de la connaître et de ménager le mariage de Chamoucy et d'Adèle.

Mme Valbelle, ambitieuse.

Modèle Mme Cardon, une teinte dans la mère du héros d'Amélie Mansfield. Femme de beaucoup d'esprit adorant son fils, voulant son avancement dans le monde parce qu'elle croit le bonheur attaché à une grande fortune et à un grand pouvoir. Si je pouvais lui faire dire « Oh Je le connais, son esprit ne fait jamais grâce à son cœur. »

Il résulte de ce caractère que les parents ont tort de vouloir faire trouver le bonheur de leurs enfants dans ce qui ferait le leur, qu'il faut choisir un état selon son goût. Mme Valbelle à la fin de la pièce dit à son fils « Mais tu ne seras pas général à trente ans. » Charles « Je serai époux heureux, père fortuné, fils respectueux et les honneurs viendront quand je les


aurai mérités. » Profiter de l'occasion pour donner un coup de patte à l'intrigue.

Mme Valbelle est venue à Auteuil pour écarter tous les soupçons qu'on aurait pu avoir de la négociation qu'elle a entreprise avec le ministre, et pour que son fils échappe aux plaisanteries qu'il pourrait essuyer en cas de non succès.

Charles Valbelle, son fils.

Protagoniste, caractère d'Emile. On le nomme le philosophe dans la pièce. J'offre dans Charles et Chamoucy à l'égard d'Adèle la lutte de l'amour véritable et de la séduction.

Obstacles à l'amour de Charles 10 le cœur d'Adèle qui n'est pas encore obtenu à ses yeux

la volonté de sa mère qui le destine à une autre.

Dans sa plus grande agitation Charles vient demander des conseils à son oncle M. Valbelle lui fait sentir qu'il est en âge de se conduire lui-même, et d'appliquer ses principes que c'est seulement dans ce


moment qu'il peut acquérir des raisons de s'estimer lui-même.

Il faut que l'intrigue amène Charles à être obligé de prononcer entre son amour et son devoir le devoir l'emporte. Tout au contraire de Chamoucy qui cédera toujours à sa passion, quelque criminelle qu'elle soit, pourvu qu'il soit sûr de n'être pas découvert.

Charles dit vers la fin de la pièce qu'il sera militaire parce que c'est le plus bel état qu'un Français puisse avoir actuellement, mais qu'il ne sera pas un militaire d'intrigue, qu'il ira à l'armée et que c'est là qu'il veut mériter les honneurs par de grandes actions.

La naïve vivacité du jeune homme enchante tout le monde. E[mile] IV, 204. Charles amoureux toujours extrême dans ses idées.

Charles a 23 ans, son oncle l'a amené à Paris pour le marier. Situation du 4e volume d'Emile.

Dans Charles, combat de l'amour et du respect qu'il doit à sa mère. L'amour l'emporte.


En bonne règle, ce serait à Charles à avoir des torts, mais 10 la tendresse de Mme Valbelle empêche qu'elle ne lui en donne 2° son caractère de franchise bien établi lui rendrait très aisé de s'en laver. Faire sentir cela dans la scène où Mme Valbelle se fait conseiller l'enlèvement.

Hector Chamoucy, jeune homme à la mode, séducteur.

Le caractère de Blifil sous l'extérieur d'un homme aimable, aimable par son jargon, et l'observance de toutes les petites convenances de la société. Odieux, mais agréable.

Voir Thornhill dans le Curé de Wakefield.

Ne jamais faire commettre à aucun de mes caractères intéressants aucune action contre la vraie morale, celle d'Helvétius.

Charles et Valbelle doivent plaire par leur gaîté et leur douceur, avantage sur les dévots facile à leur donner.


Delmare.

L'anti-philosophe, le tartuffe actuel, bas flatteur. Les traits de Geoffroy et de Laharpe,

1. Stendhal a barré ce paragraphe. N. D. L. E.

Chamoucy s'amusant à Pans ne s'est embarrassé en rien du sort de son père souffrant en province, disant « je ne connais pas cet homme-là. »

Chamoucy a 22 ans. Lui faire dire que peu lui importe d'être cocu pourvu qu'il soit riche.

Adèle Daverney..

Sophie d'Emile, le type des jeunes filles, un peu coquette.

Elle laisse pressentir un rendez-vous à Charles qui fait entendre qu'il mourrait plutôt que d'y manquer, la mère lisait et lui fait demander une entrevue avec toutes les manières qui peuvent toucher le cœur de Charles. Il manque au rendez-vous d'Adèle et va à celui de sa mère. Il me faut un moyen de ce genre le plus fort possible 1.


Delmare a fini l'éducation de Chamoucy depuis 5 ans il veut épouser sa mère pour cela il l'a fait divorcer. M. de Chamoucy a émigré, ses biens ont été vendus. Il se cachait malheureux en France lorsque sa femme a demandé et obtenu le divorce. Elle qui ne conçoit pas comment on peut vivre avec 30 mille livres de rente qui lui restent, a accordé à son mari une pension de 1.500 francs que Delmare, chargé de la lui faire tenir, retenait. Ce M. de Chamoucy est mort de chagrin. Le projet de Delmare est de faire déshériter Chamoucy, lorsqu'il sera le mari de sa mère. Pour cela il tâche de l'entraîner dans les fautes qu'il sait devoir le plus irriter sa mère. (Conduite de d'Orléans avec le prince de Lamballe. Etudier ce trait d'histoire.)

Delmare sera odieux aux yeux des maris. Il le serait aux yeux des fils si Chamoucy n'était pas ridicule et n'était que haïssable.

Valbelle, oncle1.

Vrai philosophe, le caractère d'Helvétius. Gai.

1. Caractères du même genre déjà mis en scène. Cléante du Tartuffe.

Ariste des Précepteurs.


Il dit dans le cours de la pièce « Méfiezvous de tout homme qui ne veut pas raisonner ses principes. C'est un sot, ou un imposteur. »

4e volume d'Emile, p. 220. «Considérez. etc. » Faire dire cela à Valbelle parlant à Mme Valbelle.

Le père de Charles l'a confié en mourant à M. de Valbelle son frère.

Valbelle oncle dit dans la pièce en parlant de Mme Chamoucy son ancienne amie « Je l'ai beaucoup connue jeune encore avant que la dévotion lui eût tourné la tête. »

Mme de Chamoucy 1.

Dominée par Delmare tous les préjugés

de la noblesse et les ridicules de la noblesse

actuelle. Sous son nom je pourrai avancer

beaucoup de préjugés de l'ancienne édu-

cation.

Le trait attribué à Sophie Grouchy,

femme de Condorcet.

1. Caractère du même genre Mme Pernelle.


Je puis ranger mes méditations sous

2 ordres différents1.

Philosophie, ou art de connaître et de

peindre les passions des hommes. Goût de la philosophie, ou propositions que je dois garder dans la peinture de chaque caractère, pour faire produire le plus grand effet au tableau épique, tragique, ou comique ce goût ne s'exerçant que sur ce que ces trois genres ont de commun. Chercher le goût de la comédie, celui

du poème épique en second. Pour chacun de ces deux ordres, chercher les meilleures méthodes d'étude et de composition.

Style ou art de faire des phrases fran-

çaises de manière à ce qu'elles montrent le plus exactement, et le plus clairement possible, le caractère ou la chose que je peins, en lui donnant le vernis qui lui convient.

Art de faire les vers.

Art de faire de la prose, secondairement.

1. 21 pluviôse XI [10 février 1803].


Je peins 1.

l'ambitieuse,

l'hypocrite,

le jeune homme vertueux, amoureux,

le jeune homme courtisan, à la mode,

séducteur,

la jeune fille un peu coquette; amante,

l'homme vertueux,

la femme faible et superstitieuse, ayant

les ridicules de la noblesse actuelle.

Quelle est l'époque de toutes ces passions

la plus intéressante à peindre ? Celle où

il faut le plus agir.

Pour bien peindre chacun de mes person-

nages il faut les montrer chacun dans l'action

la plus importante à leurs yeux où ils puissent

se trouver. Pour Charles amour; Chamoucy

séduction gagnant fortune et crédit

Mme Valbelle ambition pour son fils

Valbelle oncle amour pour le neveu qu'il a

élevé Delmare la grande intrigue d'où

dépend le bonheur de sa vie; Adèle l'amour.

Il faut au dénouement que

Charles ait prouvé sa vertu

Chamoucy la pente qu'il a à tous les

crimes

Delmare sa scélératesse et la facilité

que le caractère qu'il s'est donné lui donne

pour exécuter ses projets

1. 26 pluviôse XI [15 février 1803].


Mme Valbelle son ambition et son amour pour son fils

Valbelle sa vertu profonde et sa fermeté; Adèle qu'elle a les bonnes qualités nécessaires pour sentir l'amour vrai, et qu'elle aime Charles

Mme Chamoucy sa faiblesse, et qu'elle vient de ses préjugés.

Chercher tous les obstacles 1 que l'adresse peut mettre à la flamme de deux jeunes amants.

Ces obstacles peuvent venir de Charles, Adèle, objets extérieurs.

Charles, l'orgueil qui l'empêche de se jeter aux pieds d'une personne qui le méprise. Son peu d'expérience du monde, et de confiance en lui-même, qui l'empêche de comprendre qu'Adèle l'aime.

De soupçonner l'artifice dans Chamoucy et sa mère.

La fougue de l'âge et du caractère qui lui fait toujours croire avec les événements, les causes et les effets qu'il leur prête par ses raisonnements, et qui lui fait toujours prendre les partis extrêmes.

Quelle est l'action la plus forte d'un caractère ?

1. 27 pluviose [16 février 1803].


Le sacrifice à la passion dominante de celle qui est immédiatement après elle. Dans un courtisan français, le sacrifice de l'amour d'une jeune femme célèbre à la faveur du prince.

Il lui sera beaucoup pardonné parce -qu'elle a beaucoup aimé.

Henri-Max BEYLE.


Je peins dans le moment de la plus grande action

2e moyen. Mme VALBELLE, dominée par l'ambition.

Mme Cardon, de Voldemar.

Mme Chamoucy vient d'apprendre

à Mme Valbelle que son cousin le

ministre consent à l'union de Charles

et de sa fille et l'invite à se

rendre le lendemain à Paris pour

conclure.

3e caractère. DELMARE dominé par le désir des richesses. Geoffroy, Laharpe.

L'année du deuil de Mme Chamoucy

étant prête à finir, Delmâre a éloigné

Chamoucy. Il a amené Mme Chamoucy

à Auteuil pour pouvoir mieux la

circonvenir et se faire épouser il

se détermine à porter les grands

coups.

1 er caractère. CHARLES dominé par l'amour, accusé d'hypocrisie par Delmâre et

Chamoucy, forme le projet de fuir.

1. 27 pluviôse XI [16 février 1803].


2e caractère. CHAMOUCY, dominé par le désir de fortune et vanité.

Courtisan, grand danseur. D'accord avec Mme Valbelle pour mettre obstacle à la passion de Charles. Employant la terreur pour faire consentir Adèle à l'épouser. Son malheur lui donne l'air plus intéressant.

1er moyen. ADÈLE dominée par l'amour. Adèle adore Charles sans se l'avouer. Sa vanité l'en empêche.

4e caractère. VALBELLE dominé par la vertu.

3e moyen de développement de caractère. Mme CHAMOUCY dominée par tous les préjugés d'une bigote noble.

Mme Vignon.

Avant-scène.

Madame Valbelle a déclaré ses projets à son fils qui a demandé des délais et ne s'est jamais déclaré entièrement parce qu'il n'a jamais été sûr de l'amour d'Adèle.

Dans l'opposition des deux éducations j'offre non seulement les élèves mais encore


les précepteurs sur le deuxième plan. Tout me porte à bien développer Delmâre.

Charles, naïve vivacité, extrême dans toutes ses idées.


Je prouve ici la plus belle vérité morale qu'on puisse dire à notre siècle.

Tout dépend de l'éducation donnez à vos enjfants une éducation dirigée par la raison, et non par les préjugés.

C'est-à-dire Rendez vos enfants aussi vertueux que possible et ils seront aussi heureux que possible. 10 Vre XII2.

Les lrois premiers acles des Deux Hommes 1 1 re décade de Venlôse an XI

20 au 28 février 1803.

Personnages

Mme Valbelle.

Charles Valbelle, son fils.

1. Il n'y a que les sots qui emploient le hasard, dans une

bonne pièce, les personnages toujours dans une situation différente à chaque scène.

2. Désapprouvé 11 vendémiaire XII [4 octobre 1803].


M. Valbelle, son beau-frère.

Mme Chamoucy.

Hector Chamoucy, son fils.

Delmare, ancien précepteur de ce fils.

Adèle, pupille de Valbelle.

Lafleur, valet de Charles.

M. Chamoucy, père.

The Two Men

ACTE

1. Chamoucy arrive. Monologue.

2. Mme Valbellé vient et apprend à

Chamoucy que Charles est arrivé, elle lui donne rendez-vous pour le réconcilier avec sa mère elle entend Valbelle, elle le renvoie.

3. Elle reste seule, monologue passionné.

4. M. Valbelle arrive grande scène.

Dans un mouvement d'impatience elle se découvre à Valbelle elle lui en demande pardon de la manière la plus affectueuse, Valbelle sort.

5. Elle reste seule, monologue très

passionné. (It is done.)

6. Adèle arrive pour lui dire que

Mme Chamoucy est au salon. Mme Valbelle sort.


7. Charles arrive. Réconciliation des deux amants.

8. Arrivent Mme Valbelle, Mme Chamoucy, Chamoucy, Delmare Mme Valbelle voit que Charles et Adèle sont réconciliés. 9. Valbelle arrive, grande conversation sur la Révolution. Développement de tous les caractères et particulièrement de ceux de Charles, Chamoucy et Delmare. 10. Conversation entre Mme Valbelle et Chamoucy elle lui apprend que Charles et Adèle sont réconciliés, mais lui dit qu'elle a un moyen tout prêt pour empêcher leur mariage.


Mme Valbelle a déjà parlé plusieurs fois à Charles du mariage qu'elle projette. Charles a toujours demandé des délais, sans refuser nettement. Enfin après bien des peines la négociation avec le ministre a réussi. II faut que Charles agisse. La mère veut l'y déterminer. La présentation de Charles à sa future est fixée au lendemain.

ACTE I

SCÈNE 1

MADAME VALBELLE, VALBELLE.

II est 9 h. du matin, Mme Valbelle vient prier son beau-frère d'engager Charles à l'alliance qu'elle a ménagée pour lui. Le philosophe lui répond qu'il ne veut influer en rien sur la détermination de Charles, il lui en dit les raisons. Etonnement de Mme Valbelle. Il se justifie en peu de mots, ce qui établit son caractère, et fait présumer ce qu'on doit attendre de Charles qu'il a élevé. II sort. M. Valbelle


dit en deux vers que Charles a tous les talents tels que la danse, les armes, qu'il lui a enseignées lui-même.

SCÈNE 21

MADAME VALBELLE (seule).

Court monologue qui achève de peindre le caractère de Mme Valbelle. Elle parle de l'amour de Charles pour Adèle. Elle dit qu'elle attend son fils qu'elle a fait appeler. Il arrive.

SCÈNE 3

MADAME VALBELLE, CHARLES.

Mme Valbelle 2 fait sa proposition à 1. Variante de la scène 2. acte I

Court monologue où Mme Valbelle expose son ambition, ce qu'elle pense de son frère, les craintes que lui inspire l'amour de Charles pour Adèle. Elle dit qu'elle attend son fils qu'elle a fait appeler, il arrive.

(Mme Valbelle n'estime dans Valbelle que la connaissance des hommes qui peut être utile dans le monde, elle cherche à le convaincre en lui montrant qu'elle connaît les hommes.) (H. dit que l'ambition permet les maximes, moyen naturel de faire réfuter par Valbelle quelques fausses maximes de la bonne compagnie, mais brièvement.)

2. Mme Valbelle dit à Charles que l'affaire dont elle lui a déjà parlé est conclue, qu'elle compte aller demain le prtsenter au ministre. Charles cherche à la combattre.


unaries qui cnercne a la combattre pour toutes les bonnes raisons qu'il peut y opposer et qui finit enfin par demander et obtenir un délai de 24 heures. Sa mère lui fait sentir que c'est le dernier qu'elle pourra lui accorder, devant éviter de laisser paraître la moindre répugnance aux yeux de Mme Chamoucy, cousine du ministre, qui a négocié l'affaire et qui vient déjeuner avec eux.

SCÈNE 4

CHARLES, MADAME VALBELLE, ADÈLE. Adèle survient 1. Inquiétude de Mme Valbelle qui ne voudrait pas la laisser seule avec son fils. Obligée de sortir pour quelques ordres, elle recommande à Adèle de se trouver dans l'instant au salon pour en faire les honneurs à Mme Chamoucy. SCÈNE 5

CHARLES, ADÈLE.

Grands développements de leurs caractères.

1. Motiver cela.


Timidité profonde de Charles. Enfin il aborde la question, il déclare à Adèle tout ce qui se passe dans son cœur. Adèle en lui répondant lui donne mille marques d'amour qu'il n'aperçoit pas, mais que le public voit.

Un laquais arrive de la part de Mme Valbelle dire qu'on les attend au salon, où sont Mme Chamoucy et Delmare. Charles supplie Adèle de vouloir bien l'écouter dans deux heures au même endroit. Adèle laisse échapper un demi-consentement. ACTE Il

SCÈNE 11

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY.

Chamoucy dit à Mme Valbelle qu'il arrive de Paris selon son invitation. Il 1. Mme Valbelle gronde Chamoucy de n'arriver que ce matin, elle l'attendait la veille. Elle a envoyé dès le grand matin un laquais le chercher, mais ses gens ont dit qu'il ne rentrerait que tard. (Chamoucy grand danseur, souslieutenant qui n'a jamais rejoint, courtisan, grand danseur dans le genre de Frénis, de Châtillon, etc.)

Mais où étiez-vous ? — Au bal. Mais pourquoi faire ? vos amusements devraient-ils vous faire négliger vos


la supplie de lui continuer sa faveur, il lui témoigne le plus vif désir d'épouser affaires dans un moment où vous avez si grand besoin de les suivre avec chaleur. Vous vous êtes donc beaucoup amusé à ce bal ?

Ennuyé à la mort, mais ce bal était donné par M. de

Brétigny, ministre de la marine, qui m'en aurait voulu à la mort si je n'y eusse été.

Chamoucy parle à Mme Valbelle du vif désir qu'il a d'épou-

ser Adèle. C'était où Mme Valbelle voulait en venir. Chamoucy lui parle de l'amour de Charles pour Adèle. Mme Valbelle lui dit qu'il n'est arrivé avec son oncle que l'avant-veille, qu'il n'a encore eu aucune occasion de s'expliquer avec Adèle, que d'ailleurs sa timidité l'en aurait empêché, mais que M. Valbelle déalre cette alliance, que Charles n'ayant aucun secret pour lui il faut faire son mariage avant qu'il ait le temps de s'expliquer avec son oncle.

Qu'elle a tâté M. Valbelle sur ce mariage, qu'il n'est pas

étonnant qu'il ne plaise pas à un philosophe, que Valbelle a exigé pour 1re condition qu'il se réconcilie avec sa mère, qu'il prenne garde à Delmare, qu'elle l'observe de très près depuis 8 jours, que ses anciens soupçons lui paraissent plus justes que jamais, que Delmare est un Tartuffe qui avec toute sa prétendue amitié éloigne sa mère de lui, et qu'elle lui soupçonne d'autres projets que de se faire héberger éternellement par sa mère.

Mme Valbelle finit en disant à Chamoucy de se promener

dans le parc, qu'elle retourne au salon préparer sa mère à le voir, qu'il la verra retourner chez elle et qu'alors il pourra venir dans son cabinet en passant derrière les arbres, qu'elle y sera avec Adèle, et qu'elle tâchera de lui donner occasion de parler.

Dans cette scène Chamoucy expose l'état du cœur d'Adèle

à son égard, ses inégalités.

[Mme Valbelle ne peut pas marier Adèle sans le consente-

ment de M. Valbelle, or M. Valbelle veut que Chamoucy soit réconcilié avec sa mère. Mme Valbelle doit donc le vouloir fortement. Or c'est précisément ce que Delmare craint le plus.

Mme Valbelle et Delmaresont donc opposés parleurs plus

grands intérêts.]

[Les 15 jours qu'Adèle vient de passer loin de Charles,

et souvent avec Chamoucy, lui ont appris qu'elle aimait Charles et pas du tout Chamoucy.]


Adèle, c'était où Mme Valbelle voulait en venir. Elle lui apprend qu'il a un rival dans son fils, qu'elle ne croit pas cependant qu'il ait fait grande impression sur le cœur d'Adèle, que c'est actuellement à lui à parler. Qu'il faut obtenir le consentement de M. Valbelle, et pour cela être réconcilié avec sa mère, qu'elle tâchera de l'y préparer, qu'elle croit que Delmare, son ancien précepteur, est un faux ami, qu'elle l'invite à l'observer et à s'en méfier elle finit en disant « Je vous laisse, promenez-vous dans cette allée, je vais tâcher de vous envoyer Adèle sous quelque prétexte. Je vais au salon où est votre mère, je tâcherai d'amener les choses. » SCÈNE 2

Court monologue de Chamoucy, il développe son caractère de courtisan et de séducteur et celui de Delmare. Il dit qu'il est sûr de l'amitié de ce dernier qui le fournit d'argent, un peu cher, il est vrai, mais qu'il est très heureux d'avoir un pareil ami, aucun usurier ne voulant plus 1. Variante par un trait qu'il n'a pas voulu dire à Mme Valbelle, c'est qu'il. [trait de vanité de Chamoucy qui commence sa perte. Ce qui est parfaitement dans le caractère].


lui prêter1. Il voit venir sa mère avec Delmare, sort du salon, et se promène dans l'allée.

SCÈNE 3

DELMARE, MADAME CHAMOUCY.

Delmare prie Mme Chamoucy de consentir à leur mariage. Bons développements de son caractère astucieux, et de la faiblesse de Mme Chamoucy. Il aperçoit Chamoucy, son inquiétude 2. Il croit qu'il veut aborder sa mère, il rappelle adroitement et avec force à Mme Chamoucy tous les torts de son fils, enfin lorsqu'il la croit bien préparée, par un coup de maître il feint d'apercevoir Chamoucy, va le chercher et le présente à sa mère avec toute l'effusion d'un véritable ami qui cherche à les réconcilier. [Voilà je crois une superbe scène.]

1. Variante: que cette circonstance prouve que Delmare n'a pas de projet sur lui, que s'il en avait, pour s'attirer sa bienveillance, il le prêterait sans intérêt.

2. [Ha, diable, Chamoucy ici, voilà qui m'explique les insinuations de Mme Valbelle. Il faut mieux qu'il la voie devant moi qu'en mon absence.]


SCÈNE 4

DELMARE, MADAME CHAMOUCY,CHAMOUCY. Delmare se montre excellent ami de Chamoucy. Sa mère, esprit faible qui vient d'être bien montée par Delmare, est en colère et le repousse. Chamoucy lui parle d'un mariage avantageux qu'il pourrait conclure [Delmare à part Nous y voilà enfin], elle lui demande avec qui, il lui dit qu'il ne peut encore lui nommer la personne, mais qu'il lui en parlera dans la journée si elle veut le recevoir. [Delmare a parte à Mme Chamoucy Vous demander de l'argent.] Mme Chamoucy refuse son fils et lui défend de la voir. Elle lui permet de lui écrire pour son mariage. Elle demande son bras à Delmare pour sortir, Chamoucy fait signe à Delmare et lui dit qu'il l'attend dans le salon. Delmare lui dit qu'il vient dans une demi-heure.

SCÈNE 5

Monologue de 2 vers de Chamoucy.


SCÈNE 6

CHAMOUCY, DELMARE.

Chamoucy a de l'humeur, il demande de l'argent à Delmare qui, ayant besoin de le pénétrer, lui en donne toujours au même intérêt 1 par mois. Delmare l'amène adroitement sur son mariage, et parvient enfin à savoir qu'il s'agit d'Adèle. Chamoucy lui dit qu'il l'attend, Delmare le laisse en voyant venir Adèle, après s'être fait dire par Chamoucy qu'ils se rejoindront dans une heure.

SCÈNE 7

CHAMOUCY, ADÈLE.

(Adèle est avec sa femme de chambre, que Chamoucy éloigne par un signe en lui jetant une bourse sans être aperçu d'Adèle.) Adèle l'apercevant marque l'intention de se retirer. Chamoucy l'attire par quelques mots, déploie tout l'art d'un séducteur et finit enfin par lui parler de son amour, et se jette à ses pieds. Adèle troublée au dernier point et se voyant seule, le fuit. Au moment où Chamoucy étant aux genoux d'Adèle, celle-ci le prie avec instance


de se relever, Charles les aperçoit, croit Chamoucy aimé, il est pétrifié, le désespoir s'empare de lui, il prononce un demi-vers, s'enfonce dans le bois. Charles vient presque par hasard, voilà qui est mal. Il faudrait si cette scène subsiste, que Mme Valbelle ou Chamoucy l'envoyât. Je pourrais motiver la venue de Charles en faisant de la femme de chambre d'Adèle un espion gagné par Mme Valbelle, qui va l'avertir que Chamoucy est avec Adèle. Alors, sous quelque prétexte, Mme Valbelle envoie son fils au salon.

SCÈNE 8

Court monologue de Chamoucy. Il ne se dissimule pas qu'il n'a pas touché le cœur d'Adèle, s'il ne l'épouse pas il ne voit aucun moyen de se tirer de l'état affreux où il se trouve. L'inquiétude le dispose à confier tous ses secrets à Delmare.

SCÈNE 9

CHAMOUCY, DELMARE.

Chamoucy montre toute son inquiétude à Delmare et lui raconte le traitement qu'il vient d'éprouver de la part d'Adèle,


il lui dit qu'il croit Charles aimé. Ridicule jeté par Delmare sur le philosophe dont il rappelle quelque gaucherie qui a choqué Adèle, et qu'il croit incapable d'inspirer de l'amour 1.

Il conseille enfin à Chamoucy d'user de grands moyens, d'enlever Adèle après l'avoir compromise de manière à ne lai laisser d'autre parti que celui de l'épouser, il développe toute l'horreur de son caractère en répondant aux objections de Chamoucy. Celui-ci consent enfin à l'enlèvement. Ils sortent.

SCÈNE 10

DELMARE (seul).

Donne les derniers traits de son caractère en faisant son plan de conduite. Il croit à l'amour d'Adèle et de Charles. Il va chercher celui-ci pour le détromper, et malgré sa candeur le faire réussir.

1. Variante Delmare prête à Chamoucy à 1 par mois l'argent que sa mère l'a chargé de lui remettre. Chamoucy sort très content de Delmare qui l'a flatté adroitement dans ses plus chères espérances.


ACTE III

SCÈNE 1

Charles entre dans l'attitude du plus profond désespoir. Grand monologue dans lequel il exhale toute les fureurs de l'amour outragé. Il vient à croire qu'Adèle s'est moquée de lui, il maudit son éducation qui lui a fait négliger ces riens qui assurent le bonheur, il prend la résolution de se tuer. « Mais quoi, me tuer ? suis-je maître de ma vie ? Cet oncle qui a consacré sa vie à mon bonheur, cette mère qui met en moi toutes ses espérances et qui, si elle me met en désespoir, ne le fait que par un excès d'amour 2, qui me remplacera auprès d'eux, qui les consolera dans leur vieillesse ? Non, vivons, etc., etc. » II forme le dessein de fuir, il le révoque à l'instant. Son âme enflammée d'enthousiasme pour la vertu forme les desseins les plus généreux.

1. Cette scène ne sort pas du genre, car [c'est] celle du misanthrope avec Célimène au acte.

2. Il est évident que Mme Valbelle Mme Charles pour elle, mais cette erreur convient à son fils.


SCÈNE 2

CHARLES, MADAME VALBELLE.

Mme Valbelle cherchait Charles pour apprendre sa détermination. Charles lui expose rapidement et en style énergique et serré les raisons de prudence qui veulent qu'on connaisse sa femme avant de l'épouser. Mme Valbelle lui voyant la tête montée parle à son cœur. Charles se laisse vaincre et donne son consentement. Joie de Mme Valbelle. Adèle arrive.

SCÈNE 3

CHARLES, MADAME VALBELLE, ADÈLE. Mme Valbelle dans l'excès de sa. joie dit à Adèle de la féliciter, elle et son fils, qu'il consent enfin à faire son bonheur, qu'il se marie.

ADÈLE (tremblante).

A qui ?


MADAME VALBELLE.

A Mlle de Clérac.

Mot déchirant pour Adèle. Mme Valbelle

sort. Elle est bien sûre qu'en ne les laissant que cinq minutes ensemble ils ne feront que se brouiller davantage (à mesure que l'enthousiasme de Charles tombe, il va sentir peu à peu l'horreur de sa situation).

SCÈNE 4

CHARLES, ADÈLE.

Courte scène de dépit outrageant entre

Charles et Adèle (pour amener la suivante). SCÈNE 5

CHARLES, ADÈLE, CHAMOUCY.

Chamoucy envoyé par Mme Valbelle

vient chercher Adèle. Il est très joyeux, il fait compliment à Charles sur son mariage, et sort avec Adèle.


SCÈNE 6

CHARLES (seul).

« Tu périras, rival insolent. » II forme le projet d'appeler Chamoucy en duel. Mais aussitôt il prend une résolution contraire. Son enthousisame en tombant lui laisse voir l'horreur de sa situation. Il jette un coup d'œil rapide sur sa conduite, il voit avec effroi où il en est. Il a parlé à Adèle, et l'a perdue pour jamais.II a eu un moment l'affreuse pensée de se tuer il a consenti à épouser une fille inconnue, il prend la résolution d'être très lent à prendre un parti. Arrive Delmare.

SCÈNE 7

CHARLES, DELMARE.

Delmare fait d'abord compliment à Charles sur son mariage. Charles répond brièvement. Il va sortir lorsque Delmare lui dit qu'on parle d'un autre mariage qui l'étonne beaucoup, celui de Chamoucy et d'Adèle. Charles dit qu'il n'en est point étonné, qu'ils s'aiment, Delmare répend


qu'il ne serait point étonnant s'ils s'aimaient mais qu'il est sûr qu'ils ne s'aiment point. Charles (ayant toute l'âme sur le visage) cite la scène qui vient d'avoir lieu (la 7e du 2e acte). Delmare lui dit que c'est précisément cette scène qui a convaincu Chamoucy qu'il n'avait fait aucune impression sur le cœur d'Adèle 1. Au reste, dit Delmare, je croyais trouver ici M. Chamoucy, je vois qu'il ne vient point, je vais le chercher chez lui à Auteuil. Ne dites rien, je vous prie, de notre entretien, je vous laisse avec Mme votre mère et Mlle Adèle.

SCÈNE 8

CHARLES, MADAME VALBELLE, ADÈLE. Ravissement de Charles. Il s'explique et se réconcilie avec Adèle devant Mme Valbelle sans que celle-ci s'en aperçoive. Mme Valbelle parle à son fils de son mariage. Charles expose les obstacles, M. Valbelle survient. (Scène comique.)

1. Variante ce qui l'étonnait, lui, Delmare, car il croyait avoir observé qu'Adèle aimait. Delmare prend les précautions convenables pour que Charles ne le trahisse pas. Je vous laisse, dit-il avec Mme votre mère et Mlle Adèle. »


SCÈNE 9

MADAME VALBELLE, ADÈLE, CHARLES, M. VALBELLE.

M. Valbelle « Hé bien, mon neveu, est-il vrai que tu te maries ? etc. » Charles dit à son oncle que sa maman veut le marier, alors Mme Valbelle déploie tous les avantages de ce mariage pour Charles, elle dit qu'elle est très fâchée de lui voir un peu de répugnance. Alors Charles dit à sa mère et à son oncle qu'il aurait aussi un mariage à proposer qui ferait à jamais son bonheur. Son oncle lui demande avec qui il voudrait se marier, Charles lui répond avec Adèle. L'oncle dit en riant qu'on verra cela un jour. Ils vont dîner. SCÈNE 10

MADAME VALBELLE (seule).

Dit qu'elle l'empêchera bien, qu'il n'y a plus un moment à perdre. Elle sort. FIN DU S8 ACTE


ACTE IV

Mme Valbelle conseille la première à Chamoucy d'enlever Adèle.

Le trait de Claude Anet dans l'Héloïse. Mme Valbelle ayant besoin d'éloigner son fils l'envoie à Paris solliciter l'élargissement d'un prisonnier. Il y va et pour cela néglige Adèle. Ce prisonnier est le père de Chamoucy, que Delmare avait fait emprisonner 1.

SCÈNE 1

MADAME VALBELLE, CHARLES.

Mme Valbelle, tout en feignant de consentir au mariage de Charles, avec Adèle, lui demande s'il est bien sûr de l'amour de celle-ci. Charles répond que oui. Sa mère fait tant, qu'elle lui inspire des soupçons. Elle lui persuade presque qu'Adèle aime Chamoucy et ne veut faire 1. Copié le 13 ventôse XI (Gagnon).


SCÈNE 2

CHARLES, MADAME VALBELLE, CHAMOUCY. Chamoucy dit à Mme Valbelle que s'il obtient son consentement, il n'aura pas de peine à avoir celui d'Adèle.

Mme Valbelle le plaisante là dessus, et lui dit qu'il sera toujours avantageux, et qu'il serait bien en peine de donner des preuves de ce qu'il avance. Chamoucy après s'être fait un peu prier montre le portrait d'Adèle que Charles a vu et que Chamoucy s'est procuré.

Chamoucy dit tout ce qu'il faut pour faire croire à Charles qu'Adèle veut faire

1. En marge, Stendhal a écrit

que les personnages ne se comprennent qu'autant que leur passion se rapproche. Mme Valbelle peut-elle comprendre l'amour ?

Établir dans l'avant-scène que Delmare a de grandes obligations à Chamoucy père. Delmare a été fait prêtre pendant la Terreur, mais il le cache pour épouser Mme Chamoucy. C'est le contraire de Dubois.


de lui, Chamoucy, un amant et non un époux. Charles est au désespoir. Mme Valbelle et Chamoucy s'applaudissent de la réussite de leur ruse, lorsqu'Adèle paraît. SCËNE 3

MADAME VALBELLE, CHARLES,

CHAMOUCY, ADÈLE.

ADÈLE.

Ne voulez-vous pas venir, mon cousin. CHARLES.

Non, je craindrais de gêner d'ailleurs. Adèle piquée demande à sa tante si elle n'a pas trouvé son sac à ouvrage. Sa tante lui dit que non, Adèle paraît fâchée. Sa tante lui demande s'il y avait quelque chose de précieux. « Pas grand'chose, dit-elle, mon portrait qu'on m'a. rapporté de Paris. » Charles plaisante Chamoucy sur le portrait,, il découvre la vérité, Adèle est très piquée contre Charles qui va être envoyé à Paris.


SCÈNE 4

CHARLES, ADÈLE, M. VALBELLE.

M. Valbelle dit à Charles qu'il a un service à lui demander, qu'il le prie d'aller le soir même à Paris. Charles lui dit que jamais il n'a été retenu par un intérêt si puissant, que d'un mot dépend son bonheur ou son malheur éternel M. Valbelle lui dit qu'il s'agit d'un malheureux poursuivi par une cabale puissante, qu'une heure peut perdre. Charles se détermine en soupirant, et sort.

SCÈNE 5

VALBELLE, ADÈLE.

« Oui, mon Adèle, tu seras bien heureuse avec mon Charles. mais tu ne réponds rien. Est-ce qu'il y aurait quelque chose entre vous ? »

Développements de la bonté de M. Valbelle et de l'amour d'Adèle.

« Mais je vois ma sœur avec son Chamoucy, allons faire notre promenade. »


SCÈNE 6

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY.

Grande scène entre Mme Valbelle et Chamoucy, elle a l'art de se faire proposer ce qu'elle veut conseiller. Mme Valbelle « Vous voyez que tout leur réussit. » Elle dit que s'ils peuvent se trouver un moment ensemble ils sont raccommodés, qu'ils ont M. Valbelle pour eux. Elle finit par se faire proposer par Chamoucy d'enlever Adèle. Cela convenu, elle va passer une robe. Elle a conseillé à Chamoucy d'aller trouver Adèle à la promenade où elle est avec M. Valbelle pour éviter les confidences et pour faire croire après l'enlèvement à M. Valbelle qu'elle l'aimait 1.

SCÈNE 7

CHAMOUCY, seul.

Et moi, courons pour avoir la chaise de Delmare, mais un heureux hasard me l'amène.

1. En marge, Stendhal a écrit « Comment Mme Valbelle espère-t-elle qu'Adèle puisse jamais pardonner à Chamoucy?»


SCÈNE 8

CHAMOUCY, DELMARE.

Chamoucy conte tout à Delmare qui consent à lui laisser prendre sa chaise de poste, mais à condition qu'il la prendra d'autorité, pour que lui Delmare ne puisse pas être accusé de connivence. Chamoucy sort.

SCÈNE 9

DELMARE, CHARLES (motiver).

Charles arrive, Delmare lui dit tout et lui conseille de feindre d'aller à Paris, sauf à revenir au grand galop par un chemin détourné dès que sa mère l'aura quitté.

SCÈNE 10

CHARLES.

J'ai donné ma parole à mon oncle, il faut partir, mais te laisser enlever, ô mon Adèle, il faut voir Chamoucy. Mais le voici.


SCÈNE 11

CHARLES, CHAMOUCY.

Je montre dans cette scène l'immense supériorité du caractère de Charles sur celui de Chamoucy. Charles dit «je sais tout ». Chamoucy dit qu'il enlevait Adèle de son consentement; mais il consent à se désister de son entreprise sur la promesse que lui fait Charles de ne jamais dire un mot de ce projet. Charles sort.

SCÈNE 12

CHAMOUCY, seul.

Infâme Delmare, voilà donc de tes coups, mais mon bonheur est plus grand que ta malice. Voilà Charles loin. Allons brusquer l'enlèvement et Adèle est à moi.


A CTE V1

SCÈNE 1

MADAME VALBELLE, seule.

Attend Charles qui va arriver de Paris, et à la rencontre de qui elle a envoyé son valet de chambre.

Au quatrième acte, après que Mme Valbelle s'est fait conseiller par Chamoucy d'enlever Adèle, et que l'enlèvement est convenu, Chamoucy pressé par le temps court emprunter le cabriolet de Delmare qui par son adresse ordinaire se fait faire confidence de tout. Au commencement de la scène 8 du Ve acte Mme Valbelle fait appeler Delmare qui arrive.

La terrasse où Adèle ira à la rencontre de Charles, lieu de l'enlèvement. Dans la scène du 4e acte entre Chamoucy et Mme Valbelle.

1. Ce plan est bon. 20 germinal XI [10 avril 1803].


LES DEUX HOMMES 129

Ce 11 germinal, après un mûr examen,

ma pièce est excellente. Il y a pour tous

les goûts pour les gens d'esprit le caractère

de Valbelle et la scène de raillerie pour

les gens sensibles, Charles et Adèle pour

les ambitieux, Mme Valbelle. Au milieu

de tout cela le fat du jour et le tartuffe à

la mode, pièce d'invention, en 5 actes et

en vers, par un homme de vingt ans.

SCÈNE 2

MADAME VALBELLE, CHARLES.

Mme Valbelle apprend à Charles qu'A-

dèle s'est laissé enlever par Chamoucy

que cette aventure a éclaté, que sa répu-

tation ne peut plus se sauver qu'en deve-

nant l'épouse de Chamoucy le soir même

qu'Adèle a beau vouloir le nier, que toute

sa société la croit coupable, etc. Que tout

dépend de M. Valbelle qui ne veut pas

donner son consentement qu'elle croit

digne de lui de le solliciter. Elle le déter-

mine, elle sort en disant qu'elle va lui

envoyer M. Valbelle 1.

1. En marge, Stendhal a écrit « Très adroit à Mme Val-

belle d'être la première qui parle à Charles. On garde tou-


Ne pas laisser Mme Valbelle 1 purement ambitieuse, le système d'éducation suivi par Valbelle pour son cher Charles ne doit pas lui plaire, lui faire développer ce sentiment en regrettant qu'il n'ait pas été élevé comme Chamoucy.

J'ai fait de Mme Valbelle un philosophe et non point ce qu'elle doit être après la grande scène du conseil de l'enlèvement au 4e acte, elle doit, voyant la faiblesse de Chamoucy l'homme qu'elle estime le plus, en conclure l'avantage de son sexe sur le nôtre.

Bien prendre garde à me montrer au lieu du personnage.

SCÈNE 3

CHARLES, seul.

Montre l'état affreux de son cœur. Murmure contre la vertu (Brutus, Jules César de Shakspeare).

(Voilà Charles dans la situation du jours un peu de son premier jugement, surtout quand nous le formons sur le dire d'une personne qui jouit de toute notre confiance.»

1. 26 germinal XI [16 avril 1803].


3e acte. Au 3e acte, désespoir. Il a l'idée de se tuer. Ici il doute encore de l'infidélité d'Adèle. Les observations que l'amour lui a fait faire sur son cœur tiennent contre le récit de sa mère.

Un cri d'un instant contre sa mère. Ainsi, si cela est fondé en passion, ce n'est pas la même situation.)

SCÈNE 41

CHARLES, M. VALBELLE, ADÈLE.

Charles dit à M. Valbelle que tout a réussi, et lui remet une lettre. Adèle est 1. Précédemment Henri Beyle avait esquissé le plan des mêmes scènes

S. 4

CHARLES, M. VALBELLE. Charles dit que tout a réussi, il lui remet une lettre, il lui parle de M. de Chamoucy et d'Adèle. Celle-ci arrive.

S. 5

CHARLES, VALEELLE, ADÈLE. Tout s'explique, on convient que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy.

S. 6

Il arrive. Adèle le prie de reconnaître son Innocence. il soutient son rôle devant Adèle et M. Valbelle qui sortent. S. 7

Charles dit à Chamoucy de choisir ou rendre l'honneur à Adèle, où se battre à outrance. M. Valbelle rentre. S. 8

Les précédents, Delmare qui venait tout révéler mais Chamoucy consent à son mariage avec sa mère ils sont d'accord. Charles et Chamoucy sortent avec Valbelle et


justifiée aux yeux de Valbelle. Charles reconnaît son innocence. Ils conviennent que sa réputation est entre les mains de Chamoucy. Il arrive.

SCÈNE 5

CHARLES, M. VALBELLE, ADÈLE, CHAMOUCY. Adèle prie Chamoucy de reconnaître son innocence. Il refuse, il soutient son rôle devant Adèle et M. Valbelle. Celui-ci conduit Adèle chez elle.

SCÈNE 6

CHARLES, CHAMOUCY.

Chamoucy montre toute la bassesse d'un courtisan. Charles lui dit qu'il n'y a plus à hésiter, que nos mœurs ne permettent

Delmare pour aller se battre quand Mme Valbelle arrive. ensuite M. Chamoucy père arrive.

S. 9

M. Chamoucy ordonne à Delmare épouvanté de rester. On lui apprend tout. TI ordonne à son fils de tout avouer, il avoue. Valbelle va chercher les femmes.

S. 10

Entrent les Chamoucy père et fils.

S. 11


pas d'autre réparation, il faut que l'un des deux périsse ou que l'honneur d'Adèle soit rendu. Chamoucy, qui a donné des preuves de courage, ne veut pas se battre avec Charles pour ne pas se faire une ennemie de sa mère, mais la colère de Charles est si déterminée qu'il se détermine à lui avouer la vérité sous le secret, Charles lui dit qu'il ne suffit pas, qu'il faut la publier. Chamoucy lui dit que cette nouvelle le perdrait d'honneur (endroit pour un beau vers quoi vous parlez d'honneur en faisant ce que vous faites). M. Valbelle rentre.

SCÈNE 7

CHARLES, CHAMOUCY, VALBELLE. M. Valbelle insiste sur ce qu'a dit Charles et donne les raisons qui lui sont suggérées par la connaissance du monde. Il faut bien établir que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy, afin que ce soit bien de son acte de vertu que vienne le bonheur de Charles.


SCÈNE 8

CHARLES, VALBELLE, CHAMOUCY, DELMARE. Delmare entre.

Chamoucy demande à lui parler un moment 1. Il lui dit que ce n'est plus seulement sa fortune, mais tout son état dans le monde, qui dépend de cette affaire, que lui, Delmare, sera content de sa reconnaissance. Je ne dis rien, dit Delmare, mais à une condition votre mère m'aime et veut m'épouser donnez votre consentement à ce mariage. Je le donne, dit Chamoucy. Il se rapproche de Charles en disant qu'il ne sait rien. Eh bien au combat, dit celui-ci.

SCÈNE 9

VALBELLE, CHARLES, CHAMOUCY, DELMARE, MADAME VALBELLE.

Mme Valbelle est punie de toutes ses intrigues par la honte de tout avouer, et par le danger de son fils. Charles, Chamoucy, 1. En marge Mme Chamoucy a de grands biens qui doivent passer à son fils, si elle convole en secondes noces.


Valbelle, Delmare sortent pour aller au combat lorsque Chamoucy père arrive avec sa femme.

SCÈNE 10

Les précédents, CHAMOUCY PÈRE ET SA FEMME.

Chamoucy père ordonne à Delmare de rester. On s'explique. Chamoucy ordonne à son fils de dire la vérité. Il la dit. M. Valbelle va chercher Adèle.

SCÈNE 11

Les précédents, ADÈLE.

Adèle de retour, tous les arrangements sont pris Mme Valbelle consent à son union avec Charles. M. Chamoucy a l'ordre de faire arrêter Delmare. Mais M. Valbelle lui dit que le moindre bruit que l'on puisse faire est le mieux, de garder seulement l'ordre pour tenir Delmare en bride. Celui-ci sort en disant allons faire un journal. La morale de la pièce est dite en deux vers par un des personnages. La toile tombe.


Achevé d'esquisser les scènes le 25 germinal an XI [15 avril 18031. Il me reste à faire la scène de raillerie, la réconciliation devant Mme Valbelle.

Mme Valbelle parlant de M. Valbelle à

Chamoucy Il est excessivement honnête

avec moi surtout, il n'y a que l'éducation

de Charles sur laquelle il n'a jamais voulu

céder.

On voit par ce plan

la supériorité prodigieuse de Charles sur

Chamoucy,

la scélératesse de Delmare,

la fermeté et la sagesse de M. Valbelle,

le danger de la coquetterie pour les

femmes,

que Chamoucy n'a d'autre religion que

le qu'en dira-t-on,

le danger pour les femmes de nouer des

intrigues si fortes que bientôt elles ne peuvent plus les conduire.

Charles amant véritable, Chamoucy

séducteur concilient toutes les femmes à l'éducation philosophique.


Faire insister par Valbelle parlant à Mme Valbelle sur les changements que la révolution a apportés dans.

Je manque un des grands traits du caractère de Chamoucy en ne le faisant pas aussi faux qu'un homme de cour. Il n est faux qu'en amour, mais cette fausseté est presque autorisée dans nos mœurs. Dans le premier plan il était faux en ce qu'il manquait à sa parole d'honneur.

Ne pourrais-je pas le rétablir ainsi qu'à la fin du 4e acte Delmare revient de Paris pour lui apprendre les projets de Chamoucy.

Chamoucy peut-il être l'homme que Mme Valbelle estime le plus ?

Son fils a vingt ans et est fort différent de Chamoucy. Oui, mais elle espère qu'avec les grandes qualités qu'elle lui voit elle parviendra à lui donner l'élégance de Chamoucy.

Elle s'imagine que Charles changera bientôt dès qu'il ne sera plus constamment avec Valbelle. Elle regarde son mariage avec Mlle de Clérac qui doit le jeter dans la


carrière de l'ambition et l'occuper beaucoup comme très propre à le détacher de Valbelle.

Comme on n'estime que soi dans les autres, Mme Valbelle qui ne voit de désirable au monde que les honneurs peut-elle estimer M. Valbelle qui cherche le vrai bonheur ?

Delmare persuade à Chamoucy qu'il y a longtemps qu'il aurait quitté la place qu'il occupe auprès de Mme de Chamoucy et qui fait tenir des propos, s'il ne voulait avant que de quitter le remettre bien avec sa mère. Pour soutenir cela quand il le voit il l'exhorte toujours à se réconcilier avec sa mère.

Heureusement Chamoucy est odieux au 5e acte (pendant qu'il n'a été que ridicule les quatre premiers).

Chamoucy sachant que Mme Valbelle n'aime pas Valbelle jette sur lui le ridicule à pleines mains.

Valbelle doit être ridicule aux yeux de Mme Valbelle et de Chamoucy, non à ceux d'Adèle.

Delmare n'a jamais vu M. Valbelle. Il sait qu'il a sa réputation de philosophe, il veut le battre à la première entrevue


si elle a lieu devant Mmes Valbelle et Chamoucy. se voyant battu lui-même dans la scène de raillerie il prend de l'humeur.

Chamoucy à Mme Valbelle

Ne pourriez-vous pas séparer votre fils de cet original-là ?

Mme Valbelle

Vous savez bien que par une clause imprévue de son testament mon mari confia son fils entièrement à son frère jusqu'à l'âge de 21 ans accomplis mon fils aura 21 ans dans deux mois, mais il est fort attaché à son oncle et ne s'en séparera qu'avec peine. Il faudra beaucoup d'adresse pour cela, et c'est une des raisons qui me font désirer de le marier à Mlle de Clérac. Une fois jeté dans le monde et dans la société de M. de Clérac, il perdra bien vite ce caractère philosophe que lui a donné son oncle.

Montrer dans Delmare un homme digne d'être le chef de la secte dévote, s'indignant d'être réduit à suivre si longtemps une pitoyable séduction. D'après cela la scène de raillerie est parfaitement motivée, Delmare doit être charmé de trouver un adversaire digne de lui.


Charles vers le milieu du 4e acte aurait donné sa parole à son oncle d'aller sauver le prisonnier à Paris. Là-dessus M. Valbelle serait parti pour aller accompagner des dames dans une course dont il ne doit être de retour que vers 11 h. du soir. Il faudrait trouver un moyen qui empêchât Charles de prévenir Adèle, alors il serait entre la vertu et son amour, sa grande âme lui inspirerait de placer sa confiance en son ennemi, il verrait Chamoucy qui après lui avoir donné sa parole de ne pas enlever, se féliciterait de la confidence qui, le prévenant du danger, assure son entreprise. Ainsi Charles ne serait jaloux qu'une fois au 3e acte et le même trait le peindrait en bien et Chamoucy en mal en vrai mal, en le faisant manquer à la parole d'honneur qui tient de près au duel, la seule religion de sa nation.

Le misanthrope ayant pour ami qui se serait attaché à lui depuis 3 ou 4 jours en lui voyant faire une très belle action dans une auberge. Philinte serait un jeune homme qui suivrait les usages du monde sans les raisonner, et qui aurait une belle éducation et tout autre chose que la morale.


Comment renare unamoucy oaieux et méprisable aux yeux des Français ? En lui faisant manquer au duel ? Non pas précisément, il serait insupportable, mais à son analogue la parole d'honneur. Il faudrait trouver pour Chamoucy une situation où il pût beaucoup parler d'honneur. Il en parle beaucoup dans sa scène au 4e acte avec Charles.

Peindre Chamoucy discutant froidement entre son intérêt et la vertu. Toujours craignant uniquement le qu'en dira-1-on, seule religion des gens à la mode. Quel effet produirait un homme du monde, connu par quelques duels, refusant de se battre parce qu'il est sûr que personne n'en saura jamais rien ? Pourquoi l'expression du sentiment de l'amour serait-elle plus faible dans la comédie que dans la tragédie ?

Le défaut de ce plan est qu'on plaindrait Chamoucy et qu'on dirait que le précepteur a dénaturé son caractère parce qu'il prévoyait qu'il aurait un jour besoin de le séduire.

En me donnant le moyen de développer


Delmare il note le développement du bon cœur de Charles par le dédit au 2e acte.

Quand j'ai fait un plan, je me mets à relire toutes les poétiques, cela me distrait. En faire une pour moi, toute de choses, les phrases séparées par des tirets. Faire cela à Claix.

Si Delmare était le conseiller de Chamoucy le tableau serait encore plus effrayant. Je ne puis me dissimuler que le caractère de M. Valbelle, quelque beau qu'il soit, est étranger à mon sujet.

Il faudrait que Delmare, scélérat profond, poussât Chamoucy à l'hymen d'Adèle comme son ami et qu'il le trompât et qu'il le conduisit à une position telle que sa réputation dans le monde dépendît de Delmare, alors Delmare le ferait consentir à son hymen avec sa mère.

Dans ce plan, Mme Valbelle serait une coquette de 40 ans amoureuse de Chamoucy.


Que veux-je faire dans ma pièce ? Présenter l'avantage de l'éducation philosophique sur l'éducation ordinaire. Les deux élèves ont chacun 21 ans, âge où l'homme développe tout ce qu'il est ou doit être.

Pour les faire agir dans le même lieu ils sont amoureux de la même personne. Pour que Chamoucy ne soit pas un homme.1 il faut que quelqu'un le pousse.

Delmare aurait introduit Chamoucy chez Mme Valbelle et voudrait parvenir à lui faire épouser Adèle qui adore Charles fils de Mme Valbelle.

Delmare dans ce plan n'est qu'une espèce de Figaro qui dirige son maître, l'on dira toujours les Delmare sont rares celui-ci a élevé Chamoucy pour le tromper un jour, offrez un cas particulier.

10 Ce plan ne donne rien de plus aux caractères principaux Charles et Chamoucy 2° Il diminue les moyens de montrer Charles, car il faut moins de vertu à 1. Un mot illisible. N. D. L. E.


Charles pour résister à un fourbe étranger qu'à une mère pleine d'esprit et qui l'aime (m'assurer de cela).

Pensées pour le détail des scènes 1 IV. Mme Valbelle dit que, prévoyant ce qui arrive, elle a réuni chez elle quelques bavardes de ses amies qui lui serviront à embarrasser Charles et M. Valbelle, et à répandre la partie de sa conduite qu'elle destine à être publique.

Il faut que Mme Valbelle montre de quelle importance il est à ses yeux que Chamoucy épouse Adèle. Dès que celle-ci sera mariée, Charles ne s'opposera plus à contracter l'union qu'elle désire.

M. Valbelle dit à Mme Valbelle, scène du 1er acte, que. dans le monde on ne se forme pas d'idée de l'amour, parce qu'on l'y éprouve très rarement, qu'on croit amoureux ceux qui font des folies pour une femme, et souvent c'est une autre passion 1. 19 ventôse XI [10 mars 1803]. Mirabeau.


qui leur fait faire ces folies, que beaucoup enfin sont amoureux de l'amour. Qu'elle ne croie pas que Charles a un de ces petits amours, qu'il ne peut pas même comprendre ce sentiment, qu'il aime tout de bon, etc.1.

I. M. Valbelle à Mme Valbelle « Mais vous serez aimée par votre fils. En voyezvous beaucoup de mères qui jouissent de l'amitié de leurs enfants ? Votre éducation en fait des gens pleins d'égards, mais nullement aimants. On n'est point parent dans les familles à Paris, à peine y est-on ami. »

M. Valbelle à Mme Valbelle « Qu'est-ce que votre éducation a fait de Chamoucy ? Un homme ennuyé de tout. »

Delmare dit qu'il n'a pas besoin de beaucoup d'intrigue avec Chamoucy, qu'avec un peu de flatterie et la crainte du ridicule, on en fait tout ce qu'on veut. 1. En marge, Stendhal note « J'ai commencé le 8 germinal à écrire ma pièce, j'espère avoir fini la prose le 10 floréal, je la corrigerai jusqu'au 10 prairial, je pourrai donc commencer à faire des vers le 1er messidor. J'irai à Claix vers le 15 thermidor, j'aurai alors un acte ou deux mis en vers. »


Valbelle parlant à Mme Valbelle donne pour lointain au caractère de Charles la superbe vie de l'homme de bien.


Pensées justes sur les Deux hommes

Preuve du Plan Régnier 1

L'argent de la gloire employé à servir

l'amour.

in 1 i' pot. Ar wa.

II lui sera beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé.

Charles intéressant, Chamoucy ridicule pour les gens bien élevés.

Mme Valbelle la Cléopatre (de Rodogune)

du monde, fait voir ce qu'on a à craindre de l'intrigue et sa punition.

Delmare scélérat du côté ostensible.

Mme Chamoucy faible et ridicule.

M. Chamoucy noble non corrigé.

Si Chamoucy était un Lovelace, on lui 1. 29 ventôse XI [20 mars 1803].


Ce ne sera qu'en réfléchissant à ma pièce qu'on dira de Delmare qu'il est haïssable, cet homme-là

Chamoucy ne conçoit pas l'amour. Trait distinctif.

Le développement du protagoniste fixe l'espace laissé aux autres caractères 1. L'élargissement de l'inconnu était sûr, ses ennemis ont intrigué, il faut un nouvel effort. Delmare va à Paris au 3e acte, le séjour que Charles y fait est prolongé par l'intrigue de Delmare. Chamoucy a besoin de cette prolongation d'absence pour que la nuit vienne, et qu'il puisse enlever Adèle.

porterait envie à la vérité, mais on le craindrait.

Au commencement de la pièce 1 un

messager venant annoncer à Delmare que M. Chamoucy fait des démarches et qu'il pourra peut-être parvenir à se faire élargir. Cela rend Delmare odieux comme il le

faut en perspective, et le presse de se faire épouser. Développer là-dessus ses sentiments dans un monologue.


c'est au poète philosophe à remplir cet espace le plus caractéristiquement possible.

Plan

Quoique tout soit prêt pour le mariage de Charles, Mme Valbelle veut filer un peu cette négociation pour marier auparavant Adèle à Chamoucy, car elle craint les répugnances de son fils tant qu'Adèle ne sera pas mariée.

Il faut que Charles soit venu à Auteuil par une forte impulsion de son amour. Comment la plus forte possible ? En la faisant vaincre sa plus forte passion après son amour.

Charles vient de l'armée où il était avec son oncle, il a obtenu un congé de 15 jours.

(Souvent on ne parvient à la force qu'en particularisant, c'est-à-dire aux dépens de la grandeur.)

Si j'avais besoin d'un valet, j'en pourrais donner un à Charles qui aurait le caractère


Des traits employés par Bev[erley], l'ignorance de l'influence de l'argent ne 1. J'ai La flèche.

2. L'homme gai, comédie en 5 actes et en vers, qui ne se laisse accabler par rien et tout en riant se tire des plus grands embarras et parvient au bonheur.

Molière met presque toujours un valet ou une soubrette pour égayer la scène. Témoins

Dorine dans le Tartuffe, Mascarille dans l'Étourdi, Gros-René dans le Dépit. M[artine] dans les Femmes savantes. Dans le Joueur, Hector, Le Misanthrope, une petite scène. Scapin Scapin. Pourceaugnac Sbrigani. L'École des Femmes Georgette. L'École des Maris: Marinette. Le Silicien Hali. Les Précieuses Mascarille, Jodelet 1.

Tout ce qui n'intéresse pas en tragédie ne vaut rien parce que la tragédie ne fait qu'intéresser. Mais la comédie intéresse et réjouit.

On a reproché à Fabre la tristesse du Philinte 2.

de Paolo des Pénilenls noirs, de Brandt des B[arons] de Felsheim, et de mon Jean.


peut pas entrer dans le caractère de Charles, non plus qu'aucun de ceux qui supposent manque d'attention dans le précepteur Valbelle.

J'admets Lafleur dans ma pièce, nulle-

ment pour parodier son maître ou intéresser pour lui, Lafleur, mais pour faire rire, et exécuter ce que son maître ne peut pas faire1.

Mme Valbelle désirant conclure le mariage d'Adèle a écrit à M. Valbelle qui était à l'armée avec Charles celui-ci, qui a su de quoi il s'agissait, a demandé un congé qu'il a obtenu parce qu'il y avait armistice. Mme Valbelle le voyant arriver a jugé à propos de tenter de l'emporter d'assaut en mariant Charles en même temps qu'Adèle. Le mariage projeté de cette dernière avec Chamoucy est prévu par Delmare qui par conséquent veut entraver en tout les opérations de Mme Valbelle. Mme Valbelle n'a pas encore parlé clairement à Mme Chamoucy de donner 1. Nous voulons tout souffrir au théâtre, excepté le mépris, nous sommes en société avec les personnages, nous ne voulons pas les voir mener pendre, parce qu'on méprise les pendus, et par conséquent leur société.


Si les passions des donneurs d'obstacles 1. et 2. Paragraphes barrés d'un trait de plume par Stendhal. N. D. L. E.

Adèle à son fils, sûre qu'elle l'acceptera, et pour donner moins de prise à Delmare 1.

Charles est avec Adèle en brouillerie de bal, brouillerie occasionnée par la jalousie que Chamoucy lui a inspirée.

Mme Valbelle a pressenti Mme Chamoucy sur le mariage d'Adèle avec son fils. Mme Chamoucy y consentira, elle recule son mariage avec Delmare pour ne pas nuire à cette négociation, mais Delmare qui sent qu'il lui sera infiniment difficile de se faire épouser une fois que par le mariage de Chamoucy Mme Valbelle sera introduite dans la maison, a le plus grand intérêt à rompre ce mariage 2.

Delmare est sûr que Mme Valbelle veut

présenter aujourd'hui Chamoucy à sa mère pour les réconcilier. Cela pousse sa situation.


Au premier aspect manière de faire cette comédie, deux caractères opposés à développer, un même mobile qui les fasse agir tous deux de la manière la plus forte possible, que l'action de l'un soit toujours un effet de son caractère et un motif pour l'autre de développer le sien.

Le caractère d'ambitieux ne doit être

Mme Valbelle voulait réconcilier hier Chamoucy et sa mère, l'histoire du bal l'en a empêchée elle veut faire la paix aujourd'hui, mais les rapides démarches de Charles lui donnent une besogne plus pressée.

les empêchent de les faire bons, ceux qui les surmontent en ont moins de mérite.

Je montre le fond du caractère de Cha-

moucy au 5e acte, mais il faudrait le

montrer courtisan dans les 4 premiers

où il n'est qu'amant vulgaire.

Chamoucy doit céder à Charles. Montrer

Chamoucy courtisan dans les quatre pre-

miers actes si je peux le faire aux dépens

des autres caractères sans que cela nuise

à Charles.


Avant la pièce et son voyage, Charles avait déclaré son amour à Adèle, qui lui avait avoué qu'elle l'aimait. Mais Mme Valbelle était parvenue à les brouiller.

employé qu'au défaut du moyen précédent. Les effets extrêmes de toute autre passion que l'amour tomberaient dans le dramatique de Diderot ou, en élaguant, dans le tragique.

Je prends donc pour mobile l'amour d'une même femme.

Il faut pour la vraisemblance qu'Adèle ne soit pas la pupille de Valbelle 1.


1

La pièce commence par une

courte scène entre Mme Valbelle

Oppo- et Chamoucy.

sition Ensuite Mme Valbelle et

égayée M. Valbelle.

par la Mme Valbelle et Charles.

scène de Charles et Adèle se réconcilient.

raillerie Scène de raillerie.

Grande scène entre Mme Val-

belle et Chamoucy.

(Etablir fortement dans le 1er acte

l'amour de Charles pour sa mère.

Bien marquer le caractère de fat chez

Chamoucy à la 1re scène.)

II

Mme Valbelle déclare le dédit, le

public sait qu'il est faux.

Tourment de Charles. Scènes

attendrissantes entre Charles et

Adèle. M. Valbelle se charge du

Dédit dédit.

Dédit { Scène pour préparer le 3e acte

entre Chamoucy et Mme Valbelle,

La soubrette d'Adèle est gagnée

depuis longtemps.

Delmare présente Chamoucy à

sa mère.


III

Mme Valbelle cherche à inspirer de

la jalousie à Charles. Charles voit

son rival aux genoux d'Adèle, dans

le lieu, et à l'heure, où elle lui avait

donné rendez-vous à lui-même.

Jalou- Chamoucy n'a pas pu y entrer sans sie le consentement d'Adèle.

et Scène où Adèle s'avance joyeuse dé- vers son amant qui la reçoit avec ses- l'ironie la plus insultante.

poir Adèle consent à épouser Chamoucy, celui-ci en fait confidence

à Delmare et qu'il n'est pas aimé 1.

Malgré les avis de Mme Valbelle,

bonne scène de flatterie. Delmare

cherche partout Charles. Arrive le

messager.

(Dans cet acte, point de scène de préparation entre Mme Valbelle et Chamoucy. Etudier les scènes d' Iago et d'Othello.)

1. Il serait mieux que cette conftdence perdit Chamoucy.

Oui, dans une pièce où Chamoucy serait le protagoniste,

mais ici c'est Charles, il faut qu'il surmonte tous les obstacles

par lui-même. Cette scène est donc tout ce qu'elle peut être.

Elle montre la faiblesse de Chamoucy et l'astuce de Delmare.

Le messager empêche celui-ci de tirer parti de l'imprudence

de Chamoucy.


IV

Monologue de Charles. Les

amants se réconcilient devant et

Trans- malgré Mme Valbelle. M. Valbelle

ports fait consentir sa sœur au mariage

de de Charles avec Adèle.

déses- Grande scène de Mme Valbelle

poir avec Chamoucy.

et de Charles va à Paris, il est pressé

joie de cet acte de vertu par Adèle.

Leurs transports sont attendris-

sants.

Tableau complet de l'amour tel Charles qu'il peut être au milieu de nous, agitant un jeune homme bien

élevé.

{ Le Tartuffe tel qu'il peut être

sans tomber dans celui de MoDelmare lière, ayant beaucoup de traits ( du flatteur.

Intrigue de l'enlèvement (Fermeté).

f Tableau complet de l'amour tel

(Charles dans le monologue se détermine à partir dans une heure je serai loin d'elle, mais je veux la confondre.)

V


A Charles et à Valbelle un air très simple dans tout ce qu'ils font. Ils font de bonnes actions comme un poirier porte des poires. Pour que le flatteur Delmare veuille lutter contre M. Valbelle, il faut qu'il ait une réputation à soutenir il faut donc que Mme Valbelle le croie homme d'esprit.

(Scene avec Mme valbelle.)

(Présentation à sa mère.)

(Scène de séduction avec

Chamoucy Adèle.) (Scène de flatterie.) (Scène du conseil de l'enlè-

lèvement.) (Scène du 5e acte.)

Qu'au 4e acte ce soit Mme Valbelle qui

Delmare Scène de raillerie. Scène de

présentation. Scène de flatterie.

fasse éloigner Charles, mais indirectement, par M. Valbelle.


Pensées sur le plan Régnier

Je vois de l'amour en français dans les scènes de dépit du Tartuffe, du Dépit. Rodrigue, Chimène

Hermione, Oreste, Pyrrhus

Phèdre Roxane Monime.

Saint-Preux et Julie. Desgrieux et Manon.

La scène comique manque donc entièrement d'une peinture complète de l'amour, tel qu'il peut se trouver au milieu de nous.

D[emande]. Charles n'est pas très amoureux car son amour ne lui fait rien faire. Il ne fait que mâcher les obstacles que ses ennemis lui donnent.

R[éponse]. N'est-il pas dans la nature qu'un esprit franc et trop sincère soit deviné juste par sa mère qui, avec le plus


grand intérêt possible pour le deviner, en a les plus grands moyens,

et par Delmare qui réunit à beaucoup de moyens le plus grand intérêt de le deviner.

Peut-on tirer cette conséquence de la

différence du langage de chaque passion

que les séducteurs ne sont dangereux que

pour les femmes coquettes, et nullement

pour les femmes capables d'éprouver

l'amour ?


Caraclères dans le plan Régnier1

Charles

Scène avec sa mère

avec Adèle

avec Adèle et Mme Val- { 1er a[cte] 4 belle

la scène de raillerie

tourments pour le dédit {

dédit 2. 4

avec Adèle

avec M. Valbelle

Mme Valbelle lui inspire

la jalousie

il surprend Chamoucy 3. 3

aux genoux d'Adèle

scène de dépit avec Adèle

Monologue

Scène avec Delmare

Scène de réconciliation 4. 4

Il se détermine à aller à

Paris

A reporter. 15 scènes

1. 26 ventôse XI [17 mars 1803].


Report. 15 scènes

Scène avec sa mère {

avec M. Valbelle 5. 4

avec Adèle

avec Chamoucy

19 scènes

Chamoucy

Petite scène avec

Mme Valbelle { 1. 2

2e avec Mme Valbelle

Scène avec Mme Valbelle (

avec Mme Chamoucy et 2. 2

Delmare

Scène avec Adèle { 3. 2

avec Delmare

avec Mme Valbelle { 4. 1

avec Adèle.

avec Charles

avec Valbelle { 5. 5

avec Delmare

avec son père

12 scènes


Mme Valbelle

Scène avec Chamoucy {

Scène avec M. Valbelle

avec Charles 1. 5

Scène de raillerie

Grande scène avec Cha-

moucy

Scène où elle déclare le

dédit 2. 2

avec Chamoucy

avec Charles jaloux { 3. 2

avec Adèle (

Scène avec les deux

amants { 4. 2

Avec Chamoucy

avec Charles

avec Charles, M. Val- { 5. 2

belle et Chamoucy

13 scènes


Delmare

Scène de raillerie 1 1

Scène avec Mme Cha-

moucy et son fils 2. 1

Scène avec Chamoucy 3. 1

Scène avec Charles 4. 1

Scène avec Chamoucy 5. 1

5 scènes

M. Valbelle

Avec Mme Valbelle { 1. 2

Scène de raillerie (

Il se charge du dédit { 3. 1

avec Mme Valbelle

avec Adèle { 4. 3

avec Charles

avec Charles

avec Adèle { 5. 3

avec Chamoucy

9 scènes.


Charles 19 [scènes] Chamoucy 12

Mme Valbelle 13

Delmare 5

M. Valbelle 9


Delmare 1 donnant à Chamoucy tous les conseils d'un Lovelace. Mais cela n'est pas assez odieux pour un Delmare il n'y a de conseils dignes d'un pareil homme que le poison, l'assassinat, etc.

Pourquoi ces moyens ne peuvent-ils pas entrer dans la comédie ? Les frères Michel sont dans la nature, et ne peuvent cependant pas être tragiques.

(Lire avec attention l'article Regnard de Palissot sur le joueur et Beverley. Ce qu'il y a de certain, c'est que je serais plutôt dix fois de. suite le joueur que une fois Beverley. Pourquoi ?)

Mme Chamoucy jouit de presque tout le bien de Chamoucy, son mari étant émigré a fait passer, par de faux actes, tous les biens sur sa tête, pour que son fils n'en fût pas privé. Mais elle est obligée par un acte à céder la possession et la jouissance des biens à Chamoucy, si elle se remarie; dans ce cas elle aurait une pension de 8.000 francs. L'intérêt de Delmare est donc d'arracher à Chamoucy un consentement par écrit. 1. 29 ventôse XI [20 mars 1803].


N'est-il pas le meilleur possible dans mon plan que la philosophie, qui n'est que le bien-raisonné, conduise toujours au bonheur, et qu'elle y arrivât n'étaient les complots des méchants; et quels méchants? les anti-philosophes.

Ma- pièce montre que la philosophie rend heureux quand il n'y a point de méchants, et elle montre des méchants pour les faire

L'odieux ne fail pas rire.

Ne serait-ce point qu'il ne nous touche

point assez, et que chacun de nous se croit assez de coup d'œil pour ne pas admettre

un scélérat dans sa société.

Tartuffe veut séduire la femme d'Orgon

et le priver de son bien.

Delmare veut précipiter Chamoucy dans

un grand malheur dont lui, Delmare,

pourra le tirer. Ce qu'il ne fera que lors-

qu'il aura extorqué le consentement de

Chamoucy à son mariage. Il a séduit la

femme de Chamoucy père qui l'a comblé de

bienfaits; il l'a fait emprisonner, il le

prive de son nom, de sa femme. Le voilà

assez odieux.


reconnaître et pour indiquer les moyens

de les combattre avec avantage.

Un homme sans principes désirant

vivement une chose, tient absolument

la même conduite que l'homme vivement

passionné. Qu'Oreste soit athée ou dévot

sa manière de s'exprimer sera peut-être

différente, mais il tuera toujours Pyrrhus

pour satisfaire Hermione.

II ne faut donc pas rendre passionné

mon courtisan, parce que la passion excuse

tout, mais lui faire commettre de (comme

en tragédie) mauvaises actions de sang-

froid. Alors on le haïra ou on le méprisera.

Sans Mme Valbelle pour l'aider, Chamoucy

sera un homme passionné. Au lieu de cela,

Mme Valbelle lui propose le mal, il le dis-

cute, le trouve favorable pour lui, et l'exé-

cute.

Si je laissais la conception du mal à

Chamoucy pour lui en faire discuter

l'admission, il faudrait lui laisser une

grande passion.

Pour bien remplir une pièce, il faut que les moyens soient agréables à la vue. On aimera mieux une ambitieuse qu'un vil coquin.


Quand j'aurai trouvé les caractères qu'il est le plus à propos de faire agir, et que je leur aurai donné les plus grands motifs possibles pour agir dans leur caractère, j'aurai atteint le meilleur plan.

On ne se moque pas de ceux à qui on porte envie, Chamoucy courtisan d'un grand prince ne serait pas ridicule aux yeux de la majeure partie des hommes. Mais Chamoucy courtisant tout le monde 1, 2 et 3. Stendhal a biffé ces trois paragraphes et écrit en travers NON.

Donner pour lointain au caractère de

Charles la superbe vie de l'homme de bien. Valbelle parlant à Mme Valbelle 1.

Au 5e acte, pendant le monologue de

Charles, Adèle arrive. Il me faut des coups de théâtre de sentiment entre Charles et Adèle 2.

Que Chamoucy soit Lovelace non point

par amour ni par envie d'avoir Adèle, mais uniquement pour l'intérêt de son ambition 3.


pour le moindre intérêt est ridicule on ne souffrirait pas Chamoucy ami du prince.

Tous les événements qui ne sont pas vraisemblables ne valent rien pour la comédie.

L'assassinat conduit à la Grève, ne vaut rien.

Le duel peut se montrer.

L'enlèvement aussi.

Le dédit idem.

Mme Valbelle connaît la tendresse de son fils, elle lui dit que sa fortune tient à ce qu'il épouse Mlle de Clérac, que, craignant qu'un parti aussi avantageux ne fût sollicité par d'autres, elle a signé avec M. de Clérac un dédit de 30.000 écus. Charles sent que sa mère ruinée mourrait de chagrin. M. Valbelle se charge de payer les 30 mille écus.

Mme Valbelle s'accorde avec Delmare. Delmare en possession des titres des biens de Mme Valbelle.


L'intérêt de Delmare est que Chamoucy n'épouse pas Adèle. C'est aussi l'intérêt de Charles.

Delmare est resté chez Mme de Chamoucy sous le prétexte de faire ses affaires dans le fait, il couche avec elle.

Il faut que Charles déjoue les complots de sa mère non point par des intrigues, mais par des excès de franchise auxquels on ne s'attendait pas, c'est-à-dire à force de vertu.

Je puis faire de mes scènes de Delmare et Chamoucy d'excellentes scènes de flatteur. Par là je fais rire et je rends Chamoucy ridicule en montrant comment on le mène par le nez, et comment, malgré les avis de Mme Valbelle, on peut le faire aller en le flattant.

Chamoucy se plaint 1 d'un mauvais génie qui depuis huit mois semble le précipiter de malheurs en malheurs. Ce mauvais génie, c'est Delmare.

1. 1er germinal XI [22 mars 1803].


Mme Valbelle engage Chamoucy à obtenir le consentement de sa mère, non pas tant pour les biens, que pour obtenir le consentement de M. Valbelle.

Charles a vu l'hiver passé Mlle de Clérac qui est pleine de bonnes qualités.

Delmare, ayant le secret de Chamoucy et sentant qu'il tient sa fortune entre ses mains, le fait consentir au mariage de sa mère. Chamoucy lui promet son consentement par écrit. Delmare vient le chercher au 5e acte.

Sans le caractère de Mme Valbelle, Chamoucy peut être haïssable, mais il n'est plus ridicule, il devient Lovelace,

Au 5e acte, Charles veut d'abord se

battre avec Chamoucy.

Chamoucy est ennuyé de tout.


et l'on envie ses talents en secret. Or, il faut concentrer toute l'admiration sur Charles.

Faire voir au public que l'éducation à la mode ne peut pas produire un véritable amant.

Avons-nous une comédie où l'amour soit bien peint ? où il soit complet ? D[emande]. Quelles sont les parties de l'amour ?

R[éponse]. La déclaration. Impossible en comédie.

La femme avoue qu'elle aime. Je ne l'ai pas.

La brouille. Je l'ai.

Le raccommodement. Je l'ai.

La jalousie. Je l'ai.

Le dénouement par mariage ou mort Je l'ai.

Si Charles se donnait à lui-même les obstacles, faisait des fautes qui n'en seraient que vis-à-vis le monde ? Non, car cela supposerait inattention dans M. Valbelle. Il ne peut manquer qu'à de légères nuances


Mme Valbelle, Chamoucy et Delmare fournissent à Charles les occasions de développer son caractère. Ils lui fournissent les circonstances, mais non les sentiments à avoir de ces circonstances.

Bornes des caractères

Charles, sans bornes, toutes les actions qui peuvent le rendre aimable.

Chamoucy, ridicule et non pas Lovelace, n'inventant rien.

Delmare, homme fait pour les grandes intrigues, scélérat parfait, s'indignant d'être obligé de suivre si longtemps une séduction de femme.

Charles sait à la fin du 3e acte qu'Adèle consent à épouser Chamoucy.

Quelles sont les circonstances les plus

propres à porter l'amour à son plus haut

degré ? La jalousie l'absence de toute

uniformité.

C'est l'amour qui montre tout Charles

il ne fait jamais rien qu'entraîné par cette

passion.


A chaque caractère un style différent Charles, le style du misanthrope Chamoucy, le style du méchant Delmare, le style du tartuffe.

Faire le premier acte, comme c'est celui où il y a le plus de paroles et le moins de faits, il faut voir ce qu'il deviendra.

Chamoucy m'est une source d'excellent comique et fera beaucoup rire. Il faut que ma comédie use tous les genres de sensibilité du spectateur, de manière qu'après elle toutes les petites pièces paraissent froides et qu'elle fasse gagner les pièces de Marivaux qu'on jouera après elle.

Faire aller Delmare à Paris, à la fin du 3e acte, sur la nouvelle qu'il reçoit qu'on a fait de puissantes démarches pour faire élargir Chamoucy. De manière que Charles à la fin de son monologue prenne de luimême la résolution de voir encore Adèle.


Après la scène de flatterie du 3e acte, Delmare dit « Je suis maître de son secret, me voilà tranquille. » Que toutes les résolutions de Charles qui tendent à aller contre les projets de Mme Valbelle, viennent de Charles lui-même, et qu'il déconcerte la fraude à force de franchise.

Mme Valbelle approche son fils après le monologue de celui-ci au 5e acte. Charles lui demande la permission de rejoindre l'armée sur le champ. Mme Valbelle déguise la joie que lui donne cette résolution, et après s'être fait prier lui accorde la permission qu'il demande. Charles lui dit qu'il partira dans deux heures. Arrive Adèle. La nouvelle du prochain départ de Charles l'affecte beaucoup, et la dispose au raccommodement.

Imiter d'Othello l'art profond avec lequel Iago rend Othello jaloux.

Chamoucy vis-à-vis d'Adèle joue le rôle d'un homme passionné. Ce qui peut excuser l'enlèvement aux yeux d'Adèle.


Pour produire mouvements contraires ou intrigue, il faut qu'il y ait une force opposée à Charles cette force ne peut être que dans

Delmare (alors il est trop odieux) non. Chamoucy (alors il est grand caractère) non.

Mme Valbelle oui.

Tout le travail est de chercher qui, de Delmare ou de Chamoucy, doit être opposé à Charles.

Il est dans le caractère de Charles qu'il croie toujours avec les événements, les causes et les effets qu'il leur prête par ses

Dans ce moment où je vois bien agir mes personnages, le plan des quatre premiers actes me paraît bien massé

Mme Valbelle croit, à la fin du 4e acte, que Charles, indigné de la fausseté d'Adèle, se hâtera de partir dès qu'il sera sûr de l'enlèvement elle ne connaît pas l'amour de Charles, Mme Valbelle est une femme de 40 ans qui a passé toute sa vie à Paris, et qui n'a jamais cru à l'amour. Faire connaître cela au spectateur pour la vraisemblance, mais sans affectation.


Ce que je dois conserver de mon plan, c'est Charles et Chamoucy amoureux de la même personne Delmare précepteur de Chamoucy.

J'aurai manqué mon but si Chamoucy n'est pas ridicule. S'il est dominé par une grande passion, quelle qu'elle soit, elle lui fera faire de grandes choses, et on lui portera envie dans le secret du cœur. Ce qui diminuerait de beaucoup l'effet du

raisonnements, ce qui lui fait toujours prendre les partis extrêmes.

Quand on fait commettre une faute de calcul à un personnage, que ce soit sur une passion qu'il n'a jamais éprouvée.

Le tartuffe est peut-être la borne de l'odieux comique.

Peut-être faudra-t-il me borner à laisser entrevoir pour Delmare la possibilité des crimes odieux.


Caractère de Chamoucy. Crainte du ridicule, qui le rend ridicule. Facilité à se laisser séduire par la flatterie.

Scène 10 du 1er acte.

Scène de raillerie 1

Mme Valbelle, M. Valbelle, Charles, Mme Chamoucy, Delmare, Adèle.

Mme Valbelle Mlle Contat. 1. 10 germinal XI [31 mars 1803].

caractère de Charles. Il faut que tous les sentiments favorables soient pour lui.

Il dépend de moi de faire de Chamoucy

et de Delmare deux forts caractères mais

cela prouverait-il talent ? Oui, aux yeux

des demi-connaisseurs, non, aux yeux de

la raison, je veux faire aimer et admirer

Charles, il faut donc tout concentrer sur

lui. Il faut que dans toute la force des

termes Charles soit aimable, Chamoucy

ridicule, Delmare haïssable.


Charles Fleury. M. Valbelle. Grandmesnil. Mme Chamoucy. Mlle Thénard. Delmare Damas. Adèle. Mlle Mars. Chamoucy. Armand.

Ma pièce ne sera pas froide parce que tous mes personnages seront vivement passionnés.

Jamais de froides réflexions, toujours des sentiments. Animer par une application vive à l'intérêt présent les maximes, quand je serai forcé d'en mettre. Jamais de particule on.

Faire un cahier in-4° où je copierai les scènes à mesure que je les ferai 1.

Faire dire par Valbelle de Chamoucy « Deux ou trois affaires brillantes ont augmenté sa réputation. »

1. 26 germinal XI [16 avril 1803].


(h. b.) « Dans cette occasion importante

je devais vous remettre sous les yeux les principes d'après lesquels je l'ai élevé, afin que vous puissiez juger sainement de ce qui lui convient. »


Les Deux Hommes 1

I

Madame Valbelle expose le sujet avec Chamoucy. Monologue, elle achève de montrer son ambition. Elle propose le mariage de Charles à M. Valbelle. Elle propose le mariage à Charles qui demande un délai. Charles et Adèle se réconcilient. Scène de raillerie. Scène entre Chamoucy et Mme Valbelle.

II

Mme Valbelle déclare le dédit. Le public sait qu'il est faux. Grande scène entre Charles et M. Valbelle. Arrive Adèle. Valbelle se charge du dédit.

Mme Valbelle et Chamoucy préparent le 3e acte. Delmare conclut son mariage avec Mme Chamoucy et présente Chamoucy à sa mère.

1. 15 germinal XI [5 avril 1803].

Faire recevoir ma pièce avant que de partir en thermidor, j'aurai le temps de la corriger jusqu'à ce qu'on la joue. Que la prose soit finie le 30 germinal XI.


III

Mme Valbelle inspire de la jalousie à Charles, il voit son rival aux genoux d'Adèle dans le lieu et à l'heure où elle lui avait donné rendez-vous. Chamoucy n'a pu y entrer qu'avec le concours d'Adèle. Adèle s'avance joyeuse vers son amant qui la reçoit avec l'ironie la plus insultante. Adèle consent à épouser Chamoucy. Celui-ci malgré les avis de Mme Valbelle se laissant séduire par Delmare lui avoue tout et qu'il n'est pas aimé. Bonne scène de flatterie. Delmare cherche partout Charles. Arrive un messager qui le force à voler à Paris.

IV

Monologue de Charles. Les amants se réconcilient devant et malgré Mme Valbelle. M. Valbelle fait consentir sa sœur au mariage d'Adèle et de Charles. Grande scène de Mme Valbelle avec Chamoucy. Elle fait partir Charles pour Paris par le moyen de M. Valbelle. Adèle convie son amant à cet acte de vertu. Leurs transports sont attendrissants.


The two men 1

Cet enthousiasme de vertu et de bonheur, la chose la plus touchante qui existe.

Éloigner toutes les choses d'institution, ramener tout à la nature. J. J. H' S Pre.

Tâcher de me rendre moi-même mon homme du monde parfait.

L'Art de faire trouver ridicule les absurdités que je vois. Studiarlo.

Tout dépend de l'Éducation.

Rendez vos enfants, aussi vertueux que possible, et ils seront aussi heureux que possible.

1. 17 pluviôse XI [6 février 1803]. 10 ventôse XII [1 mars 1804].


The two men

Bonaparte, Milan

Si tu sais être naturel, tu dois lui plaire plus qu'un autre. La même passion règne dans vos coeurs.

Ceux qui écoutent1 une comédie ne sont pas des gens de génie. Ce sont des gens qui trouvent ridicule ce qu'ils voient, et qui lient le ridicule de l'homme à la chose. Qui par exemple, s'ils voyaient M. Picardeau dire que la Religion n'est bonne que pour le peuple, trouveraient ensuite ce propos également ridicule dans la bouche de Montesquieu.

Je ne sais si l'on peut en croire Voltaire, mais il dit que les ridicules dont Pascal dans ses leltres Provinciales affuble les jésuites appartenaient également à la plupart des autres moines, .et cependant l'on sait le tort que ces lettres firent aux jésuites, et quelle différence pour la matière et la grandeur de la sévère attention qu'on y devait apporter, cela me démontre que le public est bien plus enfant que je ne le crois.

1. 10 fructidor XII [28 août 1804].


a comedy in five acts and verses, C[ommencé] the 12th of Fructidor XI [30 août 1803].

Le caractère du génie est que les caractères ne se ressemblent pas.

Nos mœurs se sont républicanisées, donc c'est le moment de livrer au ridicule nos anciennes mœurs de courtisan. Les malheurs de la révolution ont fait haïr la société, et désirer le bonheur qu'on goûte à la campagne et dans les liens naturels (père, époux, amant, frère). Pour beaucoup de monde, cela résulte des applaudissements et des murmures du théâtre français.

On admire dans la Jérusalem le délicieux contraste des horreurs des combats avec l'innocence de la vie champêtre. De même un contraste très agréable sera celui d'une pièce toute remplie de caractères


Peindre Charles aussi vertueux que possible parce qu'on dira l'usage du monde le formera tant l'atmosphère des usages du siècle ne plie que trop un homme à la prudence.

De cette manière, Charles ne vieillira pas.

très forts avec une jeune fille monimienne. Donc Adèle aura un caractère monimien.


Plan du 27 Germinal XI

[17 avril 1803]

ACTE I

1. Chamoucy arrive, il est 8 heures du matin, nous sommes à Auteuil.

2. Mme Valbelle expose le sujet en apprenant à Chamoucy que Charles est

arrivé.

3. Chamoucy sort, elle achève de montrer son ambition.

4. Elle prie Valbelle d'engager Charles à épouser Mlle de Clérac, elle lui parle

du mariage de Chamoucy avec Adèle.

5. Charles et Adèle se réconcilient.

6. Mme de Chamoucy et Delmâre arrivent, avec Chamoucy qui s'est réconcilié avec

sa mère pendant le raccommodement de

Charles et d'Adèle. Scène de raillerie

en déjeunant, défense de la philo-

sophie.

7. Mme de Valbelle dit à Chamoucy ce qui s'est passé et ce qu'elle a observé1.

1. Toutes les passions et tous les caractères sont connus à la fin de ce premier acte. Tout est en train.


ACTE II

1. Charles apprend à Adèle que leur oncle Valbelle consent à leur union, il est plein d'espérance et va parler à sa mère. Adèle sort.

2. Mme Valbelle arrive et annonce à son fils le dédit.

3. Valbelle engage Charles à sacrifier son amour à sa mère.

4. Adèle survient.

5. Valbelle se charge du dédit.

6. Mme Valbelle et Chamoucy préparent le troisième acte.

7. Delmâre conclut son mariage avec Mme Chamoucy.

8. Lui présente son fils. Chamoucy l'en avait prié d'après l'invitation de Mme Valbelle.

ACTE III

1. Mme Valbelle inspire de la jalousie à Charles 1.

2. Scène de séduction entre Chamoucy et Adèle.

1. Au commencement de cet acte, Mme Valbelle et Charles surprennent Chamoucy rôdant dans le salon, dès qu'il les voit, il feint un air attrapé et fuit. Moyen de fonder la jalousie de Charles.


3. Charles survient et voit son rival aux genoux d'Adèle.

4. Adèle s'avance pleine d'amour vers son amant qui la reçoit avec l'ironie la plus insultante.

5. Adèle consent à épouser Chamoucy. ACTE IV

1. Monologue de Charles jaloux.

2. Les amants se réconcilient devant et malgré Mme Valbelle.

3. Valbelle fait consentir sa belle-sœur à leur union.

4. Mme Valbelle se fait conseiller l'enlèvement par Chamoucy.

5. Elle fait envoyer Charles à Paris par M. Valbelle.

6. Adèle convie son amant à cet acte de vertu.

7. Scène de flatterie1. Delmâre soutire tout à Chamoucy.

8. Charles reçoit une lettre anonyme et prend le parti de dire tout à Chamoucy. 9. Scène avec Chamoucy qui promet tout sans rien avouer. Charles part pour Paris.

1. Mon Maître réussit, il y a quelque chose pour ce soir.


10. Monologue de Chamoucy, il montre sa platitude en croyant montrer sa résolution dans les cas pressés.

ACTE V

1. Mme Valbelle attend Charles pour lui apprendre l'enlèvement d'Adèle, elle reçoit une lettre de Chamoucy qui lui apprend la scène qu'il a eue au 4e acte avec Charles.

2. Charles arrive, elle lui raconte l'enlèvement.

3. Court monologue de jalousie, il ne peut la soupçonner. non elle n'est pas coupable.

4. Valbelle arrive avec Adèle, éclaircissement. Valbelle montre à Charles que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy.

5. Chamoucy arrive et ne veut rien avouer. 6. Charles, Chamoucy et Valbelle sortent pour aller se battre lorsque Mme Valbelle arrive, elle est punie par le danger de son fils, et par la honte d'avouer toutes ses menées devant lui.

7. Delmâre arrive ou mandé par, (de son propre mouvement) les autres vont se battre quand

8. Chamoucy père arrive avec sa femme,


fuite de Delmâre. Chamoucy fils promet le silence et le mariage de Charles est arrêté.

38 scènes dont 7 monologues, 4 non relatives à Charles 1.

Observations

Dans ce plan Delmâre a une partie de

l'odieux de Chamoucy.

Le mépris doit se concentrer sur Cha-

moucy, comme l'amour sur Charles, mais il

1. On ne parle pas de Charles ou de Chamoucy dans

les scènes I, 6 ou II, 7. Voilà seulement où je m'écarte

d Alfteri.

Personnages

Mme Valbelle.

Charles Valbelle, son fils.

M. Valbelle, son beau-frère.

Adèle, sa nièce.

Mme de Chamoucy.

Hector de Chamoucy, son fils.

L'abbé Delmâre, ancien précepteur de

Chamoucy.

M. de Chamoucy, père, ancien duc et

pair.


faut donner autant de brillant que possible à Chamoucy, de manière que le spectateur ne le méprise que demi-heure après être sorti du spectacle.

Il m'écrivit de l'aller joindre, qu'il était en prison, moi touché comme je devais l'être de cette nouvelle, j'arrange mes affaires et je me disposais en effet à partir, mais je n'ai plus reçu de ses nouvelles et l'on m'a dit que le pauvre homme avait terminé son sort.

Mais vous n'en portez pas le deuil.Vous me faites injure, je le porte souvent, mais toujours cet habit noir est passé de mode, et l'on a l'air si lugubre! Je ne suis point prêtre, c'est une calomnie. Peste une calomnie Monsieur à des projets. Je me sauve d'ici, il y pleut des parents. Je m'adressais à vous, je connaissais mon fils. Le malheur m'a guéri de mes fausses idées. Mon 5e acte fera l'effet du roman de Delphine, il fera frémir des dangers que l'on court dans le grande monde.

Ghamoucy fils a refusé un asile à son frère poursuivi à Paris. Valbelle le lui dit


dans les scènes du 5e acte. Si Chamoucy cherche à s'en défendre ce doit être en prouvant que la demande de son frère était indiscrète.

Delmâre dirigeait déjà Mme Chamoucy lorsqu'elle a fait une donation à son fils, le notaire gagné y a mis une nullité, il dit qu'il était bien sûr que Chamoucy n'attendant plus rien de sa mère lui ferait tant d'horreurs qu'il la forcerait de regretter de lui avoir tout donné elle en est à ce point au commencement de la pièce. Lorsqu'il va le présenter, Delmare dit à Mme Chamoucy que Chamoucy a appris qu'il y avait une nullité dans la donation, qu'elle s'attende donc à un redoublement de tendresse.

Chamoucy se rapproche de sa mère par le conseil de Mme Valbelle pour diminuer la répugnance de Valbelle.

Delmâre couchait avec Mme Chamoucy avant la Révolution en élevant son fils. Ce n'est que depuis un an qu'il s'est avisé de tirer parti de cela, ce qui fait qu'on ne pourra pas dire qu'il a donné exprès des vices à Chamoucy.


Delmâre avait avant la Révolution la réputation d'homme de beaucoup d'esprit. Après l'éducation de Chamoucy, M. de Chamoucy père qui jouissait du plus grand crédit à la cour lui avait fait avoir des Abbayes, et ensuite un Évêché au commencement de la Révolution, dont il n'avait jamais pris possession.

Mme Chamoucy aime beaucoup son fils, mais uniquement par Postéromanie.

Si je veux plaire à mon siècle il faut le flatter. Comment cela ? En donnant une grande élégance de mœurs à mes personnages.


Notes sur le plan du 27 germinal XI 1

Je veux faire ma comédie d'après les principes d'Alfieri, comme Fabre son Philinte.

Il faut que Delmare ait lâché Chamoucy il y a deux ans, à 18 ans, et qu'à l'entrée de Chamoucy dans le monde chacun ait félicité Mme Chamoucy sur la bonne éducation donnée à son fils.

Me prouver à moi-même que dans le plan où Delmare remplacerait Mme Valbelle Charles aurait moins de moyens de développements, il faut moins de vertu à Charles pour résister à un fourbe étranger qu'à une mère pleine d'esprit, qui l'aime, et qui a toute sa confiance.

Mais d'un autre côté le beau caractère de Mme Valbelle distrait le spectateur des caractères de Charles et de Chamoucy. II est à remarquer, en faveur du caractère de Mme Valbelle, qu'excepté le monologue du 1er acte elle parle sans cesse de Charles, et qu'après Valbelle c'est elle qui doit le connaître le mieux. Voilà, je crois, 1. 28 germinal [18 avril 1803],

Excellentes réflexions 11 ventôse XII [2 mars 1804].


la raison qui doit me faire pencher pour le plan du 27 germinal.

Voilà le genre de caractères qu'on doit laisser entrer dans une pièce de caractère, ce sont ceux qui ne s'occupent que du protagoniste.

Quand on veut comparer deux choses avec justesse, il les faut prendre l'une et l'autre dans leur perfection, ainsi opposer le courtisan parfait à Emile embelli s'il peut l'être. Bien mieux, faisons-les pousser tous deux par le plus fort sentiment qui puisse avoir prise sur eux. Chamoucy veut avoir Adèle parce qu'elle est riche si je pouvais trouver un motif plus courtisan, je peindrais mieux Chamoucy.

Voulant prouver l'avantage de l'éducation philosophique sur l'actuelle, il me faut des jeunes gens sortant des mains de leurs précepteurs. Tout ce que je puis faire de plus c'est de leur donner 20 ans à chacun. Il faut donc choisir les mobiles les plus puissants sur deux jeunes gens de 20 ans. Qu'on ne me dise pas que Chamoucy a trois ou quatre ans de monde, c'est le complément de son éducation, c'est l'âge où le courtisan est le plus aimable. Beaucoup de gens n'aiment pas ce caractère de courtisan, ils l'applaudiront abaissé. Cela et les applaudissements donnés aux deux Frères doivent m'encourager. Si ma


pièce est bonne, B[onaparte] ne m'aimera

pas.

Quel est le genre de mal que le spectateur

n'ait pas à craindre d'un tel homme ?

Scènes du protagoniste Charles

I

1. Il se réconcilie avec sa maîtresse.

2. Scène de raillerie il défend la philo-

sophie.

II

3. Il reçoit l'annonce du dédit.

4. Il se détermine à sacrifier son bonheur

à celui de sa mère.

5. Il se sépare de sa maîtresse.

III

6. Il conçoit de la jalousie.

7. Il voit Chamoucy aux genoux d'Adèle.

8. Il reçoit Adèle avec l'ironie la plus

insultante.

IV

9. Monologue. Il est jaloux.

10. Il se réconcilie avec Adèle.

11. M. Valbelle lui propose d'aller à Paris, il cède à son amante.


12. Il reçoit une lettre anonyme. 13. Monologue.

14. Il tire de Chamoucy sa parole d'honneur qu'il n'enlèvera pas.

V

15. Il arrive, sa mère lui raconte l'enlèvement.

16. Il est jaloux.

17. Il se réconcilie, son oncle lui montre que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy.

18. Il montre la plus grande fermeté envers Chamoucy.

Je regarde les trois dernières scènes du 4e acte comme très bonnes en ce qu'elles font contraster directement Charles et Chamoucv.

Dans le plan où Delmare remplace Mme Valbelle, Charles pécherait par trop

Quelle est la vertu que le spectateur ne peut pas espérer d'un pareil homme ?

Cette pièce rappelle les hommes aux liens de famille


de franchise. On le verrait se laisser pénétrer par Delmare, et il ne doit avoir aucune espèce d'infériorité.

Mme Valbelle parle toujours de Charles, elle fait agir son rival comme un pantin, ce qui le rend méprisable ce rival se laisse pénétrer par le flatteur Delmare contre qui il est prévenu, il agit de lui-même et c'est. pour se rendre odieux. Il montre dans la 7e scène du 5e acte qu'il ne croit pas en cette religion dont il a tant parlé.

Chamoucy est l'homme que Mme Valbelle estime le plus.

Tous mes personnages travaillent-ils pour leur propre compte ?

Alfieri.

Adèle dans son style ne doit rien géné-

raliser, elle ne doit jamais parler que de ce qu'elle sent, ou qu'elle a senti.


Remarques sur le Plan du 27 germinal XI 1

Faire dire par Mme Valbelle en réponse à

une objection [sur] Chamoucy que Cha-

moucy est d'une franchise extrême et que

d'ailleurs elle le connaît parfaitement.

Il faut qu'on n'accuse pas Mme Valbelle

de parler avec prévention de son fils. Valbelle lui doit donc sembler ridicule et elle doit regretter une ou deux fois que son fils n'ait pas été élevé comme Chamoucy.

Dans la scène du conseil de l'enlèvement

lorsque Mme Valbelle voit que Chamoucy

y tient bien, elle le combat avec deux ou

trois maximes de morale que Chamoucy

réfute. Cela qui est très bien dans son rôle

pour en cas de besoin pouvoir tout jeter

sur Chamoucy, me donne le moyen de

représenter les règles de sa conduite.

1. 29 germinal XI [19 avril .1803].

Excellentes, 11 Vre XII.


Il me faudrait trouver un moyen de peindre l'ennui de Chamoucy et qu'il ne s'amuse que lorsque les spectateurs croient qu'il s'amuse.

Ma pièce sera bonne si les trois cinquièmes sont employés à parler de Charles, un cinquième et demi de Chamoucy, un quart d'un cinquième à parler de Valbelle,

Sur le rire.

Lorsque vous montrez clairement dès les premiers mots que dit votre personnage sa faiblesse, le spectateur ne rit plus à chaque comparaison avantageuse pour lui,il les fait à peine: elles ne lui apprennent rien de nouveau. Les spectateurs ne rient alors qu'à une bêtise à laquelle ils ne s'attendaient pas.

Il faut que Valbelle ait des vues aussi vastes que possible en général, mais que dans le particulier il soit bon et excusant les torts, en un mot qu'il ait la douce bonhomie de Plutarque

Je méprise sa crainte et je cède à ses larmes.


autant à parler de Delmâre. Le grand art est de faire que les personnages inférieurs se peignent eux-mêmes en nous parlant de Charles et de Chamoucy. Je ne vois d'inutiles à Charles que les scènes 6e et 7e du IIIe acte on ne voit pas le Tartuffe dans le premier et le deuxième acte de la pièce qui porte ce nom, et ils sont excellents, c'est qu'on nous y parle sans cesse de Tartuffe ou qu'on y déploie des moyens intéressants par eux-mêmes qui serviront à le faire haïr davantage (la scène de dépit du deuxième acte). Tirons précepte de cette pièce sublime.

Je crois qu'il n'y a de digne de la tragédie que.


Les Deux Hommes

(Toutes les passions et tous les caractères sont connus à la fin de ce 1er acte. Tout est en train.)

I

1. Chamoucy arrive. M[onologue]. Il est 8 h. 1/2 du matin, nous sommes à Auteuil. 2. Mme Valbelle expose le sujet en disant à Chamoucy que Charles est arrivé. 3. Monologue, elle achève de montrer son ambition.

4. Elle prie Valbelle d'engager Charles à épouser Mlle de Clérac.

5. Charles et Adèle se réconcilient. 6. Mme de Chamoucy et Delmare arrivent, scène de raillerie en déjeunant, défense de la philosophie.

7. Mme Valbelle dit à Chamoucy ce qui s'est passé et ce qu'elle a observé.

1. Charles, Chamoucy, Mm. Valbelle, Valbelle, Adèle, Delmare, Mme de Chamoucy, M. de Chamoucy père. Copié sur l'original du 27 germinal XI.

1 floréal XI [21 avril 1803].


II

1. Charles apprend à Adèle que M. Valbelle consent à leur union, il est plein d'espérance et va parler à sa mère.

2. Mme Valbelle arrive et annonce à son fils le dédit.

3. Valbelle engage Charles à sacrifier son amour à sa mère.

4. Adèle survient.

5. Valbelle se charge du dédit.

6. Mme Valbelle et Chamoucy préparent le 3e acte.

7. Delmare conclut son mariage avec Mme Chamoucy.

8. Lui présente son fils.

III

1. Mme Valbelle inspire de la jalousie à Chamoucy.

2. Scène de séduction entre Chamoucy et Adèle.

3. Charles survient et voit son rival aux genoux d'Adèle.

4. Adèle s'avance vers son amant qui la reçoit avec l'ironie la plus insultante. 5. Adèle consent à épouser Chamoucy. (Au commencement de cet acte, Mme Valbelle et Charles surprennent Chamoucy rôdant dans le salon, dès qu'il les voit, il


feint un air attrapé et fuit. Moyen de fonder la jalousie de Charles.

3 surprises d'amour, 5 scènes comiques. On ne parle pas de Charles ou de Chamoucy dans les scènes 1 6, II 7. Voilà seulement où je m'écarte d'Alfieri.) IV

1. Monologue de Charles jaloux.

2. Les amants se réconcilient devant et malgré Mme Valbelle.

3. Valbelle fait consentir sa sœur à leur union.

4. Mme Valbelle se fait proposer l'enlèbement par Chamoucy.

5. Elle fait envoyer Charles à Paris par Valbelle.

6. Adèle convie son amant à cet acte de vertu.

7. Scène de flatterie. Delmare soutire tout à Chamoucy.

8. Charles reçoit une lettre anonyme, prend le parti de dire tout à Chamoucy. 9. Scène avec Chamoucy qui promet tout sans rien avouer. Charles part pour Paris.

10. Monologue de Chamoucy il montre sa platitude en croyant montrer sa résolution dans les cas pressés.


V

1. Monologue de Mme Valbelle attendant Charles pour lui apprendre l'enlèvement d'Adèle. Elle reçoit une lettre de Chamoucy qui lui apprend la scène qu'il a eue au 4e acte avec Charles.

2. Charles arrive, elle lui raconte l'enlèvement.

3. Court monologue de jalousie, il ne peut la soupçonner.

4. Valbelle arrive avec Adèle. Eclaircissement. Valbelle montre à Charles que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy.

5. Chamoucy arrive, ne veut rien avouer. 6. Charles, Chamoucy et Valbelle sortent pour aller se battre lorsque Mme Valbelle, arrive; elle est punie par le danger de son fils, et par la honte d'avouer toutes ses menées devant lui.

7. Delmare arrive de son propre mouvement. Les autres vont se battre quand 8. Chamoucy père arrive avec sa femme. Fuite de Delmare. Chamoucy fils promet le silence et le mariage de Charles est arrêté pour après la campagne, c'est Mme Valbelle qui y met cette condition. (38 scènes dont 7 monologues.)


Rendre comique mon plan, que Chamoucy voulut tromper Charles, que celui-ci encouragé par Adèle emploie contre Chamoucy la finesse des honnêtes gens, une parfaite franchise.

Chamoucy peut être trompé par Delmare et Charles, il est donc facile de le rendre ridicule.

Mme Valbelle;

Charles, her son

Adèle de*

M. Valbelle

M. de Chamoucy

Mme de Chamoucy, his mother

M. l'abbé Delmare;

Arrêté le 5 fructidor que Charles sera amoureux, proposer d'anéantir le rôle de M. Valbelle.

Dans ma comédie.

Avilir Chamoucy pour faire rire à ses dépens.

Au 5e acte il devient odieux.

Delmare, qui l'est toujours, ne fera pas rire, mais plaira d'une autre manière. Emparons-nous du rire qui ne peut pas entrer dans la tragédie.


Prose. Scène 5e 1.

Charles avait écrit à Adèle pour avoir un moment d'entretien tête à tête. Après 1. 8 floréal [28 avril 1803].

Donner à Chamoucy cet esprit à la

Voltaire qui dit des choses agréables et spirituelles sur tout, dont on dit il est plein d'esprit, mais que l'on n'aime pas. Donner à Charles ce bon cœur gai (dans

le genre de Dorante, le menteur) qui attache et charme tout le monde.

Que tous ceux qui les environnent

montrent par leurs habitudes qu'ils en ont porté ce jugement.

Voilà la vraie manière dont le caractère

républicain et celui du courtisan peuvent lutter ensemble.

Mon cinquième acte ne vaut rien, ce me

semble, et je ne mets pas mes deux personnages odieux dans des positions assez ridicules. Ils me serviront à développer toute la conduite des deux courtisans ensemble, leur mauvais cœur, leur bassesse. Je moque bien leur caractère, réciproquement, en ce que leurs coquineries ne les étonneront plus. Ils y sont accoutumés.


Upon the Iwo men 1

Mettre toujours mes scènes dans une activité forcée. Que le temps presse mes personnages, le moyen me parait excellent, surtout pour les premiers actes.

Les six premières scènes de mon premier acte sont pressées le faire vivement sentir.

1. 21 floréal XII [11 avril 1804].

que Mme Valbelle est sortie elle regarde de tous côtés, elle aperçoit Charles dans le bois, elle s'en va lentement. Charles se précipite à ses pieds.

Ha mademoiselle, un moment d'entretien, laissez-moi me justifier ?

Que peut-il y avoir de commun entre nous après l'indignité de votre conduite à mon égard ?

Si elle se tait et qu'elle baisse à terre ses beaux yeux, elle semble une statue grecque, elle enchante par sa beauté, si elle entr'ouvre sa bouche de rose le cœur est subjugué, l'esprit est enchanté, on ne voit plus sa beauté, mais on sent qu'on l'adore.


Plan i

ACTE I

Chamoucy arrive. Il est 8 heures du matin, nous sommes à Auteuil. Il développe son caractère.

Mme Valbelle expose le sujet en apprenant à Chamoucy que Charles est arrivé. Chamoucy sort. Elle achève de montrer son ambition. M. Valbelle survient elle le prie d'engager Charles à épouser Mlle de Clérac. Elle lui parle du mariage de Chamoucy avec Adèle.

Monologue passionné de Mme Valbelle. Charles et Adèle se réconcilient.

M. de Chamoucy, Chamoucy, Delmare et Mme Valbelle arrivent. Mme Valbelle voit que les amants sont réconciliés. M. Valbelle survient.

Scène de raillerie en déjeunant, défense de la philosophie et de la révolution. Mes deux hommes développent bien leur caractère. Mme Valbelle dit à Chamoucy ce qui s'est passé, et ce qu'elle a observé. 1. 6 floréal XII [26 avril 1804J.


ACTE II

Charles apprend à Adèle que leur oncle Valbelle consent à leur union, il est plein d'espérance et va parler à sa mère. Scène d'enthousiasme. Adèle sort.

Mme Valbelle arrive et annonce à son fils le dédit.

Valbelle engage Charles à sacrifier son amour à sa mère.

Adèle survient. Valbelle se charge du dédit.

Mme Valbelle et Chamoucy préparent le 3e acte.

ACTE III

Mme Valbelle inspire de la jalousie à Charles.

Scène de séduction entre Chamoucy et Adèle.

Charles survient et voit son rival aux genoux d'Adèle.

Adèle s'avance pleine d'amour vers son amant qui la reçoit avec l'ironie la plus insultante.

Adèle consent à épouser Chamoucy.


ACTE IV

Monologue de Charles jaloux.

Les amants se réconcilient devant et malgré Mme Valbelle.

Valbelle fait consentir sa belle-sœur à leur union.

Mme Valbelle se fait conseiller l'enlèvement par Chamoucy.

Elle fait envoyer Charles a Paris par M. Valbelle.

Adèle convie son amant à cet acte de vertu.

Scène de flatterie. Delmâre soutire tout à Chamoucy.

Charles reçoit une lettre anonyme et prend le parti de dire tout à Chamoucy. Scène avec Chamoucy qui promet tout sans rien avouer.

Monologue de Chamoucy il montre sa platitude en croyant montrer sa résolution dans les cas pressés1.

1. Un cuistre ennemi de Delmâre qui aurait déterré M. de Chamoucy dans une prison et qui viendrait implorer le secours de Chamoucy qui sur son état le repousserait (hauteur). Il rencontrerait M. Valbelle qui l'adresserait au ministre. Ii rencontrerait de nouveau Chamoucy qui le croyant bien avec le ministre se mettrait à ses pieds (bassesse). il sera courtisan.


ACTE V

Mme Valbelle attend Charles pour lui apprendre l'enlèvement d'Adèle, elle reçoit une lettre de Chamoucy qui lui apprend la scène qu'il a eue avec Charles au 4e acte. Charles arrive, elle lui raconte l'enlèvement.

Court monologue de jalousie, il ne peut la soupçonner.

Valbelle arrive avec Adèle. Il montre à Charles que la réputation d'Adèle est entre les mains de Chamoucy.

Chamoucy arrive et.ne veut rien avouer. Charles, Chamoucy et Valbelle sortent pour aller se battre lorsque Mme Valbelle arrive, elle est punie par le danger de son fils et par la honte d'avouer toutes ses menées devant lui.

Delmâre arrive. Les autres vont se battre quand Chamoucy père arrive avec sa femme. Fuite de Delmâre, Chamoucy fils promet le silence et le mariage de Charles est arrêté pour après la campagne. C'est M. Valbelle qui y met cette condition.

Madame Valbelle. Charles, her son.


Adèle de

M. Valbelle.

M. de Chamoucy.

Mme de Chamoucy, his mother. M. l'abbé Delmâre.

Arrêté le 5 fructidor XII que Charles sera amoureux, proposer d'anéantir le rôle de M. Valbelle.

Avant-scène

Dans l'avant-scène, Charles a refusé Mlle de Clérac, Mme Valbelle s'est fâchée et Charles est sorti. De cette manière la 3e scène est une scène de justification. Mme Valbelle croit que c'est par l'instigation de Valbelle que Charles a refusé Mlle de Clérac, et se sert pour tâter M. Valbelle du prétexte de le prier d'engager Charles à épouser Mlle de Clérac.

Valbelle répond aux reproches de Mme Valbelle par l'histoire de là vie de Charles. « Non, vous n'aimez pas mon fils, etc. » Valbelle là-dessus montre sa sensibilité, et qu'il aime Charles.

Au commencement de cette scène, Valbelle


« Mais que penser d'un jeune homme qui n'a pas de parents que sa mère et qui est brouillé avec elle ? Il se réconciliera. » Les faire réconcilier pendant la scène d'Adèle avec Charles, de cette manière mes deux hommes se développent tous deux dans la scène de raillerie. Cette scène devient partie nécessaire de la pièce. Le sublime de ce genre-là est la première scène du 2e acte de Cinna. Tout ce que disent Auguste, Cinna et Monime serait sublime où qu'il se trouvât, et le devient doublement par la place qu'il occupe dans la pièce.

A la fin de la 1re scène, I

CHAMOUCY Quels moyens emploierez-

vous ?

Tels, tels. Et s'ils ne réussissent

pas ? J'en ai d'autres. De toute manière

je puis vous donner ma parole d'honneur

que Charles n'épousera pas Adèle et que

vous l'épouserez.

Dans le monologue Scène 3, I.

MADAME VALBELLE Modérons-nous, je

fais l'enfant. Il était naturel.

Refusée aussi absolument par Charles et


Valbelle, elle se met en colère. Voyant les difficultés, elle chasse bien vite sa colère et devient toute finesse elle rend sa 2e scène avec Charles, celle du dédit, toute sentimentale.

Elle se plaint que Charles joigne de tels défauts à d'aussi grandes qualités. Cela parce qu'elle ne comprend pas son caractère. En justifiant Charles, M. Valbelle ne le présente pas comme parfait, il ne doit pas même en dire tout le bien qu'il en pense, pour que le spectateur s'attache à Charles et pour ne pas se vanter lui, Valbelle.

Montrer Chamoucy et Delmare sans pitié.

Dans son accès de jalousie Charles dit qu'Adèle lui a nécessairement menti, qu'il est impossible que sa mère ait retenu ses lettres. (Il montre qu'il la croit trop vertueuse pour ce procédé.)

Une passion est à son maximum lorsqu'elle triomphe de la passion qui lui est le plus opposée, arrivée au plus grand degré de force après la première.

1. 6 prairial XII [26 mai 1804].


Il y a apparence1 que le parti dévot, antiphilosophique, va devenir fauteur du despotisme. En faire prêcher les maximes à Delmare, à Chamoucy et à Mme Chamoucy. Composer leur caractère d'après cette remarque.

Comme ils prêcheront plus d'erreurs, ils seront susceptibles de plus de comiques. Et ces erreurs étant plus durables que les erreurs religieuses assureront plus de durée à la comédie.

Il me faudrait 3 peut-être montrer Chamoucy faisant sans cesse des injustices et de mauvaises actions en vertu du caractère de courtisan (caractère que je compo1. 22 thermidor XII [10 août 1804].

2. 22 thermidor XII [10 août 1804].

3. 30 thermidor XII [18 août 1804].

Dans la scène 2 de raillerie faire montrer à Charles la plus grande gaité dans le genre de celle de Dorante. Cela montrera son caractère et l'empêchera d'avoir la mine de ces amoureux qui ne songent qu'à leur passion, qui sont ridicules par là, et qu'au théâtre cela empêche de montrer leur caractère.


serais dans la perfection du mauvais) et Charles les réparant toujours. Mais de cette manière Chamoucy serait le protagoniste de ma pièce et l'effet d'une telle pièce serait plus de faire haïr le vice qu'aimer la vertu. Dans ma pièce dois-je faire également aimer la vertu et haïr le vice ou faire aimer davantage la vertu qu'haïr le vice ?

Le vice de ce plan serait que mon Charles, pour être sur le même plan que Chamoucy, devrait être un héros. Il faudrait que Chamoucy fût le plus détestable de tous les scélérats et Charles le plus grand des héros, or ces deux plantes sont trop grandes pour la comédie.

Je ne puis les montrer qu'au dernier point de grandeur où elles soient encore susceptibles d'entrer dans la comédie.

Charles 1 doit être l'homme le plus aimable et le plus parfait possible. Le rôle de madame Valbelle affaiblit trop Chamoucy. Je dois lui donner un mauvais cœur, mais une excellente tête, pour donner à la mauvaise éducation la chance d'une bonne tête, et pour réfuter l'éducation où l'on s'attacherait exclusi1. 2 fructidor XII [20 août 1804].


vement à la tête en négligeant le cœur. Je dois faire digérer à l'âme de Chamoucy tous les événements produits par Charles et à Charles tous ceux que fait naître Chamoucy, et faire que ces événements soient les plus propres à les développer tous deux. Il me semble que je dois réduire le plus possible le rôle de Mme Valbelle.


LES DEUX HOMMES Comédie en cinq actes et en vers

[PREMIÈRE ÉBAUCHE EN PROSE]

ACTE 1

SCÈNE I

CHAMOUCY, seul

Elle ne vient point 8 heures 1 /4. C'est clair, elle n'est pas levée, il valait bien la peine de résister au sommeil qui m'accable et de venir ventre à terre de Paris ici en habit de bal, fait comme un voleur. Enfin la voici.


SCÈNE 2

CHAMOUCY, MADAME VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Vous voilà donc enfin. Je vous ai écrit, hier, avant-hier, mais ma tête légère ne vient point pourquoi ne pas venir hier au soir au lieu de me répondre deux lignes ? CHAMOUCY.

J'allais au bal.

MADAME VALBELLE.

Belle raison le plaisir de faire admirer votre grâce vous entraîne au moment où nous avons si grand besoin de suivre vos affaires. Vous serez toujours jeune.

CHAMOUCY.

Mais, ma charmante amie, je me guérirai de ce défaut le plus tard que je pourrai.


Au reste ne me grondez pas, je me suis ennuyé comme un mort à ce bal. MADAME VALBELLE.

Pourquoi y aller ?

CHAMOUCY.

C'était chez M. de Brétigny, vous savez qu'il m'en aurait voulu à la mort si j'eusse manqué son bal, et c'est un homme qu'il faut ménager. Enfin je me suis esquivé à 6 heures et j'accours harassé de toutes les manières.

MADAME VALBELLE.

Votre mère ne vous a pas aperçu au moins ?

CHAMOUCY.

Bon, vous la connaissez bien. Elle dort encore.

MADAME VALBELLE.

N'importe, vous auriez mieux fait de ne pas vous harasser et de venir hier soir. Charles est ici.


CHAMOUCY (tressaillant).

Charles est ici, ô ciel que ne me l'avezvous écrit, j'aurais volé

MADAME VALBELLE.

Il est inutile de laisser des traces de notre projet.

CHAMOUCY,

Et quand arrivé ?

MADAME VALBELLE.

Avant-hier soir.

CHAMOUCY.

Mais comment, je le croyais à l'armée, enthousiaste de la guerre, s'immortalisant, avec son cher oncle Qui le fait arriver si mal à propos ? Où en est-il avec Adèle ? MADAME VALBELLE.

J'avais écrit à M. Valbelle pour le consulter sur votre mariage avec Adèle, il


a voulu assister aux noces de sa nièce, il n'a fait aucun mystère à Charles de son voyage. Charles a demandé un congé, il y avait armistice depuis deux jours; il l'a obtenu, et il est arrivé. Quant à Adèle, je ne crois pas qu'ils se soient encore expliqués, ils se traitent toujours très froidement, j'ai fait en sorte qu'ils ne se sont pas trouvés un seul moment tête à tête. Tout va bien jusqu'ici, mais un seul mot peut tout changer. Songez que M. Valbelle désirait vivement qu'Adèle pût convenir à son élève. Si Charles lui parle de son amour, il les marie et je ne sais comment refuser. Il faut brusquer votre affaire et quoi qu'il en coûte vous marier ce soir. Il a passé la journée d'hier à Paris, je crois, entre nous, à prendre des renseignements sur votre compte. Je crains bien que votre brouillerie avec votre mère ne vous fasse tort dans son esprit, ainsi il faut à quelque prix que ce soit vous réconcilier.

CHAMOUCY.

Diable ce n'est pas trop le moment,

je lui ai encore écrit hier une lettre un peu forte.

MADAME VALBELLE.

Mais pourquoi de ces lettres qui peuvent


vous compromettre, et qui ne mènent à rien ?

CHAMOUCY.

Elle me pousse à bout aussi

MADAME VALBELLE.

Mais ce n'est pas pour elle que je voudrais que vous n'écrivissiez pas, c'est pour vous. Au reste, je l'ai ce matin à déjeuner exprès pour vous préparer les voies, il faut vous réconcilier dans la journée, et qu'Adèle soit ce soir à vous.

CHAMOUCY.

Que je vous devrai, mon amie Je m'en vais voir Delmare et j'espère.

MADAME VALBELLE.

Mon dieu, ne vous fiez pas tant à votre Delmare, il y a longtemps que je vous avertis de vous en méfier, mais depuis huit jours que je l'ai sous les yeux mes soupçons ont encore augmenté. Cet homme


n'agit pas franchement avec vous, je suis

sûre qu'il vous dessert auprès de votre

mère.

CHAMOUCY.

Je suis sûr du contraire, ma bonne amie,

il m'aime, il m'a élevé, et depuis mon

enfance il n'a cessé de me donner des preuves

de son attachement.

MADAME VALBELLE.

Mais dites-moi donc ce qu'il fait auprès

de votre mère.

CHAMOUCY.

Il est son homme d'affaires et rien que

cela, et d'honneur j'aime beaucoup mieux

que ce soit lui qu'un autre, il ne laisse

échapper aucune occasion de me servir.

MADAME VALBELLE.

Je le souhaite, mais je crains que Valbelle

ne nous voie ensemble. Soyez dans le parc

dans une heure, je vous dirai le résultat


de ma conversation avec M. Valbelle et l'heure à laquelle je pourrai vous faire embrasser votre mère.

SCÈNE 3

MADAME VALBELLE, seule,

Bon, le voilà endoctriné. Il ne me reste plus qu'à sonder M. Valbelle et à détruire ses objections, car je suis sûre que Mme de Chamoucy malgré ses brouilleries avec son fils n'hésitera pas à conclure son mariage avec Adèle il n'est pas riche et elle a vingt mille livres de rente, sans ce qu'elle attend de M. Valbelle. (Marque silence et méditation.) Que je serai heureuse quand je verrai mon fils époux de Mlle de Clérac et colonel Avec son génie et son caractère il peut aller à tout. Au bout de deux ans général, et il ne lui manque plus que les occasions pour aller aussi haut que possible 1. oui, mais pour cela il faut qu'il épouse Mlle de Clérac, sans cela point de fortune, il languira éternellement dans les 1. Stendhal avait écrit en marge Je pourrai ainsi réparer force d'adresse le mal que lui a fait la Révolution. Mais il a biffé cette note. N. D. L. E.


grades subalternes. Ce mariage a de grands avantages, mais il n'estpassans difficultés. Il a l'esprit romanesque, l'éducation philosophique que son oncle lui a donnée l'empêche de sentir l'avantage d'une grande alliance. Il est fou d'Adèle, la petite de son côté l'aime, elle a beau s'en défendre. Je suis parvenue à les brouiller, il est vrai, mais un mot peut les raccommoder. M. Valbelle sait leur amour et tout est perdu.

Allons, ne perdons point de temps, brusquons les deux mariages. Ce soir celui d'Adèle, et demain je fiance Charles. En attendant, empêchons qu'ils ne se voient. Mais voici l'oncle.

SCÈNE 4

MADAME VALBELLE, M, VALBELLE 1. VALBELLE.

Déjà levée, ma sœur

1. Fairé dire par Mme Valbelle que c'est Mme Chamoucy qui a négocié ce mariage.


MADAME VALBELLE.

Une mère de famille a affaire lorsqu'elle veut établir ses enfants. J'ai bien des choses à vous dire, mon cher philosophe. Je n'ai pas pu encore vous consulter sur le mariage d'Adèle avec Chamoucy. Qu'en pensezvous ?

VALBELLE.

On ne dit guère de bien de votre Chamoucy, j'ai consulté hier quelques personnes sages, il paraît que c'est un de nos jeunes élégants, connu surtout par la grâce avec laquelle il danse. Je ne blâme point la danse, mais je vous avoue que j'aimerais mieux que celui à qui vous confiez le bonheur de notre Adèle fût connu par des qualités plus solides, d'ailleurs on le dit brouillé avec sa mère, cela n'annonce pas un excellent cœur.

MADAME VALBELLE

Vous connaissez Mme de Chamoucy. C'est une femme faible qui a pu se laisser prévenir contre son fils, au reste j'espère les rapprocher aujourd'hui; dans tous les


cas j'aurai Chamoucy à dîner, vous pourrez le sonder, et j'espère que vous serez ensuite aussi charmé que moi d'unir Adèle à un homme qui peut se faire une brillante fortune. Mais ce n'est pas le seul mariage que nous puissions faire, il en est un qui m'intéresse encore plus, il dépend de nous d'établir Charles d'une manière brillante. VALBELLE.

Comment ?

MADAME VALBELLE.

Vous vous rappelez sans doute Mlle de Clérac, la fille du ministre que vous avez vue souvent chez moi cet hiver. Vous savez qu'elle est très aimable, qu'elle a un caractère charmant et quarante mille livres de rente. Hé bien il dépend de nous de la faire avoir à Charles, et s'il l'épouse il est colonel.

J'ai eu toutes les peines du monde à conclure cette affaire, on offrait à M. de Clérac des partis plus avantageux, mais enfin Charles a obtenu la préférence. Mme de Chamoucy à qui je dois ce mariage, m'en a assurée positivement avant-hier,


et depuis lors je brûlais de vous en parler. Hé bien! trouvez-vous l'alliance avantageuse pour Charles ? Vous voyez que pendant que vous lui faisiez faire ses premières armes à l'armée je ne perdais pas mon temps de mon côté.

VALBELLE.

Tout cela est très bien, mais qu'a dit Charles ?

MADAME VALBELLE.

Je ne lui en ai pas parlé mais je suis sûre de son consentement. A moins que d'être fou on ne peut pas refuser une telle alliance.

VALBELLE.

Hé, hé, hé, il sera peut-être ce fou-là. MADAME VALBELLE.

Comment connaissez-vous quelque obstacle ?

VALBELLE.

Non, ma sœur, mais il aura peut-être quelque répugnance à épouser si vite une


fille du grand monde qu'il ne connaît presque pas. Je vous avoue que moi-même je ne verrais pas sans quelque peine cette alliance précipitée. C'est du bonheur de notre Charles dont il s'agit, et c'est l'affaire la plus importante de sa vie1. MADAME VALBELLE.

C'est précisément parce que celui-ci lui promet toutes sortes d'avantages soit dans le moment soit par la suite que je suis d'avis de le conclure. M. de Clérac jouit de la plus haute faveur, on lui accorde de grands talents, il jouit d'une fortune immense, Mlle de Clérac est sa fille unique, que voulez-vous de plus ? Charles est sur-le-champ colonel, dans deux ans il est général et nous le verrons à vingt-cinq ans à la tête des armées 2.

1. Faire dire à M. Valbelle qu'il aurait désiré qu'Adèle eût convenu à Charles.

2. A partir d'ici, on trouve sur les manuscrits de Grenoble deux versions, l'une, en marge, semble celle que Stendhal a définitivement choisie et c'est elle que nous reproduisons ci-dessus. On trouvera ici la version primitive VALBELLE.

Je ne sais si c'est un grand bonheur d'être général en chef à 25 ans, et de remplir un poste dont on peut n'être pas digne, mais ce dont je suis sûr c'est qu'il n'est pas de malheur comparable à celui de l'époux d'une jeune fille de Paris qui joint aux défauts que lui donne l'éducation du jour l'insupportable orgueil d'avoir fait la fortune de son mari et d'avoir


VALBELLE.

Tout cela est fort beau, ma chère soeur, mais je crains que Charles ne résiste à ce mariage.

une grande fortune à dépenser. Et franchement je crois que ce malheur serait encore plus sensible à Charles qu'à un autre. Vous savez qu'il a été élevé dans des principes qui ne sont pas ceux d'ici; il cherchera dans son épouse une amie, une compagne pour toute sa vie, et non point une femme à grand éclat.

MADAME VALBELLE.

Je ne songerais point à vous proposer Mlle de Clérac si on pouvait craindre qu'elle devint ce que vous dites, mais elle a un caractère modeste, et se fait surtout remarquer par sa haine pour l'éclat. Vous l'avez vue cet hiver se concilier tous les suffrages.

VALBELLE.

Vous avez raison, ma sœur, mais êtes-vous sûre quelle soit toujours ce qu'on la voit aujourd'hui ? La tyrannie de l'usage est telle parmi nous que tôt ou tard elle force chacun à avoir les vices de son état. Mlle de Clérac est très riche, elle est environnée de flatteurs, son père aime à se faire briller, Il est probable qu'elle finira par être une de nos femmes à la mode.

MADAME VALBELLE.

Vous conviendrez, mon cher philosophe, que toutes vos objections ne sont pas personnelles à Mlle de Clérac, mais sont bien plutôt contre sa condition, et qu'elle peut avoir un caractère tel qu'il réponde à toutes les objections, je ne verrais pas d'inconvénient à mettre Charles à portée de la connaître, Je désirerais que vous le prévinssiez là-dessus et que vous l'engageassiez à réfléchir aux avantages de cette alliance.

VALBELLE.

Ha pour cela vous m'en dispenserez, ma sœur, Charles a vingt ans, il est d'âge à savoir se conduire par lui-même et. je ne veux influer en rien dans la plus importante affaire de sa vie.


MADAME VALBELLE.

Cependant, mon cher Valbelle, si vous voulez bien considérer la chose, ce mariage est absolument nécessaire à Charles. Il peut aller à tout, mais il a besoin d'appui dans le monde.

VALBELLE.

Jugez d'après cela si une fille qu'il n'a presque pas vue et qui ne s'offre à lui qu'avec les avantages de sa fortune et de son rang dans le monde peut lui convenir. Au reste, parlez-lui en, il est en âge de se conduire lui-même, et vous sentez que je ne veux faire autre chose pour l'éclairer sur ce qu'il ne sait pas sans chercher à lui inspirer aucun sentiment.

MADAME VALBELLE.

Mais, mon cher philosophe, considérez donc qu'il retournerait colonel à l'armée et que si les hostilités recommençaient il pourrait être général avant la fin de l'année. VALBELLE.

J'en conviens avec vous, aussi si Mlle de Clérac lui convient je serai charmé de cette alliance et je lui assurerai sur-lechamp quinze mille livres de rente, la moitié de mon bien. Mais le. voici lui-même, je vous laisse.

MADAME VALBELLE.

Nous avons à déjeuner Mme Chamoucy et M. Delmare. Serez-vous des nôtres ?

VALBELLE.

Je l'espère.


MADAME VALBELLE.

Hé bien, je vais lui en parler et nous en recauserons après. Mais que dites-vous du mariage dont je vous ai écrit à l'armée ? Ne pensez-vous pas que Chamoucy convient très bien à notre Adèle ? Il est difficile de trouver un homme plus séduisant et qui promette d'aller plus loin 1.

L'éducation que vous avez donnée à Charles peut être bonne philosophiquement parlant, mais vous avez vu cet hiver les désavantages auxquels elle l'a exposé. Sa franchise lui faisait des ennemis de 1. Mme Valbelle dit en parlant de Chamoucy à Valbelle « Vous ne devez pas lui être favorable, car on a suivi dans son éducation un système absolument contraire à celui que vous avez mis en usage pour Charles. » Et est-il au pouvoir des parents de diriger l'éducation donnée au jeune homme par les circonstances environnantes, etc., etc.

2. Stendhal a fait un grand nombre d'essais avant d'être satisfait de cette scène. En général il les a tous biffés. Sur l'un deux on trouve à la suite de la scène quelques essais de vers que voici

Examinons encor une telle alliance

Je n'ai peut-être pas bien vu son importance J'ai besoin d'y penser, ensuite nous verrons Ce que Charles en dira, quelles sont ses raisons. Je reconnais bien là votre âme généreuse Que je suis de tout point complètement heureuse. Kings'day, 22 verses.

6 janvier 1804.


tous les hommes, et s'il a plu à quelques femmes, ce n'a été qu'à quelques jeunes têtes qui aiment encore les romans. Nous l'avons vu disant toujours la vérité sans s'embarrasser si elle était agréable ou non. Il a des talents, j'en conviens, et tout le monde en a jugé ainsi. Mais combien peu ils sont propres à faire sa fortune C'est cette considération qui m'a fait songer plus que jamais à lui donner un grand appui dans le monde, et je n'en ai pas trouvé de plus grand que M. de Clérac. Sans cela n'espérons pas que ses talents lui soient d'aucune utilité, ils ne serviront qu'à précipiter sa chute, et nous le verrons ou vieillir forcément dans les grades obscurs, où si quelque gouvernement a besoin de ses talents, l'élève, ne briller un instant que pour tomber de plus haut dès qu'on n'aura plus besoin de lui. Je conviens qu'il a des vertus très estimables et surtout une noble franchise qui plaît, mais il faut garder ces vertus qui étaient excellentes à Athènes et à Rome pour la conversation ou les romans et vous savez mieux que moi qu'on se conduit d'après bien d'autres principes, et qu'on a vu ceux qui ont voulu porter ces vertus dans leur conduite bientôt en butte à l'envie, et renversés par ses coups, n'obtenir pas même en tombant la gloire pour consolation.


Tous les envieux savaient trouver des motifs bas et intéressés aux belles actions dont ils se sentaient incapables.

VALBELLE.

Je sais tout cela, ma sœur, mais je sais aussi par une longue expérience de ce passé et des grands emplois où j'ai passé quarante ans, que tous ceux que vous admirez et que vous voulez donner pour modèles à Charles cherchent le bonheur sans le trouver. Le bonheur n'est point dans ce qui nous environne, il est tout dans nous. Ceux que nous voyons si couverts de broderies et si enviés par la multitude ne sont point heureux, ceci n'est point une vaine assertion d'un philosophe, c'est le résultat des réflexions d'un homme qui a été séduit comme un autre par leur éclat, qui les a obtenus, et qui a été étonné de ne pas éprouver le bonheur. Ce qui donne le bonheur ce sont les affections douces..C'est avec une fortune médiocre, le plaisir de se sentir aimé par une femme, des enfants, des amis, et voilà ce qu'on ne trouve point parmi les grands et parmi leurs imitateurs. On n'est point parent à Paris, on est homme du monde et voilà tout. Cela se fait-il, cela ne se fait-il pas, voilà la grande ques-


tion que se font tous les jeunes gens dans la conversation ils ne cherchent nullement à s'instruire mais uniquement à briller, et sont plus contents d'avoir fait un mauvais calembour que d'avoir appris une vérité utile. Aussi, qu'il ne vienne une révolution, que quelque grand intérêt force à s'occuper sérieusement d'une vérité à trouver, ou d'une grande entreprise à exécuter, vous voyez tous nos élégants disparaître et tous les grands hommes, gloire de la nation et envie de la postérité, sortir de la classe bourgeoise où le besoin ramène à la vérité, et où on est encore père et ami.

C'est d'après ces principes (h. b.) dont je vous devais compte, que j'ai élevé Charles et mon bonheur est d'avoir réussi. A vingt ans il a tous les talents utiles et agréables, une vertu profondément fondée et tout ce qu'il faut pour parvenir à tout si dans ce siècle la vertu élève les hommes. S'il en est autrement il se trouverait avec des compagnons indignes de lui, qui finiraient tôt ou tard par le renverser, il va donc de son intérêt d'être honnête, et voilà quel a toujours été mon but. Quelque séduction qui l'entraîne, le malheur le forcera toujours à être honnête homme.

Ho je conviens que Chamoucy a été


élevé sur de tout autres principes que Charles, et il n'y a rien qui n'y paraisse. Il n'aime personne, mais il est charmant avec tout le monde. Il est brouillé avec sa mère et s'en moque, mais il donne le ton pour les modes. Il ne sait rien et ne pourra jamais rien apprendre, mais il est regardé comme le premier danseur de Paris. Du reste plein de religion, ne parlant jamais que. morale, et du culte de nos pères, et de la grandeur du siècle dernier, et de la bassesse de nos philosophes. Je le crois bien c'est la mode. Il a même trouvé avant-hier contre Helvétius un calembour qui est délicieux, on en parle encore. Peut-être même il aura l'honneur de se voir cité dans le journal et accolé avec les Pères de l'Eglise.

MADAME VALBELLE.

J'en conviens, il est très jeune, il a des

travers, mais ce sont ceux du jour, et c'est comme cela qu'on réussit.

VALBELLE.

Au reste, ma sœur, tout ce que j'en sais

n'est encore que par ouï-dire. Je tâcherai de le voir moi-même et ensuite je vous en dirai ma pensée.


LES DEUX HOMMES 241

MADAME VALBELLE.

C'est ce que j'ai prévu et je vous donne le loisir de le bien sonder, je l'ai aujourd'hui à dîner. A propos j'ai ce matin à déjeuner Mme Chamoucy et M. Delmare. Serez-vous des nôtres ?

VALBELLE 1.

Je l'espère, mais voici Charles, je vous laisse avec lui.

SCÈNE 5

MADAME VALBELLE, CHARLES.

CHARLES.

Bonjour, maman, comment vous portezvous ce matin ?

1. Variante Je serais bien aise de renouveler connaissance avec ma vieille amie Mme de Chamoucy, et de connaître ce Delmare dont on parle beaucoup dans le inonde. MADAME VALBELLE.

C'est un homme de beaucoup d'esprit, mais je crains qu'il ne vous convienne pas, ses principes ne sont pas les vôtres. VALBELLE.

Je le sais. Je n'ai pas moins beaucoup d'envie de le voir. On peut s'estimer sans être du même avis sur certaines choses.


MADAME VALBELLE.

Bien, mon fils. Dis-moi une chose, seraistu bien aise d'être colonel ?

CHARLES.

Comment, colonel ? Je ne suis que souslieutenant, et il n'y a qu'un mois que j'ai rejoint l'armée.

MADAME VALBELLE.

Rien de plus simple cependant, mais ce n'est pas le seul bonheur qui t'arrive. J'ai conclu pour toi une alliance superbe tu épouses une fille charmante qui n'a que dix-huit ans et qui a quarante mille livres de rente, tu es fait colonel, et général à la première occasion.

CHARLES (slupéfait).

Et quand épouserai-je, maman ? MADAME VALBELLE.

Mais je compte te présenter demain à ta future et à sa famille, et nous finirons dans la semaine.


CHARLES.

Et quelle est cette demoiselle ?

MADAME VALBELLE.

Tu la connais beaucoup, c'est Mlle de Clérac.

CHARLES.

Mlle de Clérac, maman ?

MADAME VALBELLE.

J'espère que tu ne seras pas fâché l'avoir un beau-père tel que M. de Clérac ? CHARLES.

Non, maman, mais je vous avouerai que ce mariage m'étonne.

MADAME VALBELLE.

Il m'a fallu beaucoup dé peines pour en venir à bout, car Mlle de Clérac est beau-


coup plus riche que toi, mais enfin l'estime que le père a pour toi l'a fait consentir à tout. Je compte te présenter demain matin à Mlle de Clérac et à sa famille.

CHARLES.

Maman, ne pourriez-vous pas me donner un délai ? C'est une chose si importante que je voudrais avoir le temps d'y réfléchir. Vous ne voudriez pas me rendre malheureux.

MADAME VALBELLE.

(A part.) Je ne veux point de confidence. Peux-tu demander cela à ta mère ? Je veux te marier à Mlle de Clérac parce que je suis sûre qu'elle fera ton bonheur. Réfléchis-y nous en reparlerons ce soir. Que me veut Adèle ?

SCÈNE 6

MADAME VALBELLE, CHARLES, ADÈLE. ADÈLE.

Maman, Mme de Chamoucy vous attend dans votre cabinet.


MADAME VALBELLE (inquiète de laisser

Charles seul avec Adèle).

J'y vais. Tout est-il prêt pour notre

déjeuner ?

ADÈLE.

Oui, maman.

MADAME VALBELLE.

Dans quelle pièce ?

ADÈLE.

Dans le salon.

MADAME VALBELLE.

Mais on serait mieux dans celui-ci, la

matinée est délicieuse et nous profiterions

du frais.

ADÈLE.

Je vais tout faire apporter.


MADAME VALBELLE.

Je compte sur toi.

(Mme Valbelle voit Adèle qui s'éloigne, elle sort en regardant Charles, dans ce moment Charles dit le premier vers de la scène, court après Adèle qui s'arrête, et qui peu à peu revient sur le bord du théâtre.)

SCÈNE 71

CHARLES, ADÈLE.

CHARLES (d part).

Il faut parler, je n'y puis plus tenir. (Allant à Adèle.) Nous étions amis autrelois, Adèle, et vous ne me fuyiez pas ainsi. J'ai deux mots à vous dire, de qui dépend 1. CHARGES.

—Ha) ciel, souffrez que je profite.

Arrêtez un instant. Je puis vous voirenfin. Souffrez que je me justifie. (Tombant à ses pieds.)

ADÈLE.

Et mais, mon cher cousin, à quoi bon tout cela? Pour me demander grâce sommes-nous donc brouillés? Quelque effort que je fasse je ne puis voir. ha ha 1 nos anciens démêlés ho 1 je n'y songeais plus. (Gravement.) Ils sont tous oubliés levez-vous, ou plutôt adorez ma clémence.


le destin de ma vie. Depuis trois jours je cherche l'occasion de vous parler. Refuserez-vous de m'entendre ?

ADÈLE.

Je ne vois pas, monsieur, ce que vous avez à me dire.

CHARLES.

Vous épousez Chamoucy, Adèle, nous allons bientôt être séparés pour toujours. Maman veut aussi me marier, (Adèle quille sa fierlé, el de ce momenl ne veut plus s'en aller) et je vais être éternellement malheureux.

ADÈLE.

Et à qui vous marie-t-on 1?

CHARLES.

A Mlle de Clérac. J'avais espéré autrefois pouvoir former des liens plus heureux, mais j'ai eu le malheur de vous déplaire 1. Cette réplique et sa réponse sont ajoutés en marge.


et vous me i'avez fait sentir. Je voulais vous demander pardon, mais un mauvais génie m'a sans cesse éloigné de vous. Enfin il a fallu partir pour l'armée. J'en reviens pour être témoin de vos noces avec Chamoucy. et je viens vous demander. mon arrêt. L'aimez-vous ?

ADÈLE.

Monsieur, la question est étrange, et je ne sais comment y répondre.

CHARLES.

Dites-moi que vous l'aimez, et je ne vous fatiguerai point de mes plaintes, je retourne à l'armée et.

ADÈLE.

Vous ne retournerez point à l'armée. Vous vous marierez ici et vous serez heureux.

CHARLES.

Heureux loin de vous Que la plaisanterie est cruelle avec un malheureux Je


vois que vous l'aimez, dites-le moi. Vous avez été autre fois mon amie, par pitié dites-le moi.

ADÈLE.

Mais vous-même, Charles, m'aimez-vous ?

CHARLES1.

Si je vous aime, Adèle, ô ciel Peut-on aimer plus que je le fais 1 Mais dites-moi, voudriez-vous me pardonner ? N'aimeriezvous pas Chamoucy ? Je parlerai à notre oncle, votre mariage sera rompu, maman ne pensera plus au mien, vous serez à moi, ô mon Adèle, et votre Charles sera le plus heureux des hommes. Dites un mot, Adèle, et mon sort est changé.

ADÈLE.

Mais je n'aime pas Chamoucy.

1. Faire demander par Adèle à Charles quelle est la demoiselle qu'on lui destine.

Adèle raconte à Charles qu'elle est sur le point d'épouser Chamoucy. CHARLES Mais vous y consentiez donc ? ADËLE Non, je n'y consentais pas, mais ne pouvant résister, je me laissais conduire en retardant autant que Dossible.


CHARLES.

Encore un mot, ô mon Adèle, dites que vous m'aimez.

ADÈLE.

Mais comment vous aimer après votre conduite passée ? Vous avez eu des procédés si étranges

CHARLES (se. jette à ses genoux). 0 mon amie, je t'offensai par excès d'amour, je te voyais aimer Chamoucy devant moi, et je ne pus me retenir. Dis que tu me pardonnes, ô mon Adèle. ADÈLE (regardant si l'on vient).

Levez-vous, au nom du ciel, levez-vous. Je m'oublie avec vous, Charles. Maman va venir et sera étonnée de me trouver ici.

CHARLES.

Si mon oncle et maman consentent à vous donner à moi, me désavouerez-vous ? (On vient.)


ADÈLE.

Non. Courez faire apporter le déjeuner ici, qu'on ne vous voie pas avec moi.

SCÈNE 8

ADÈLE, MADAME VALBELLE, MADAME CHAMOUCY, DELMARE.

MADAME VALBELLE.

Et le déjeuner, Adèle ?

ADÈLE.

On l'apporte, maman.

Valbelle sans qu'Adèle s'en aperçoive jette sur elle un coup d'œil observateur, Elle voit un peu de trouble et conçoit des soupçons.)

(On apporte le déjeuner.)


SCÈNE 9

Les précédenls, M. V ALBELLE, CHARLES.

VALBELLE (à Mme Chamoucy).

Madame, j'ai l'honneur de vous saluer.

Comment vous êtes-vous portée depuis

que je n'ai eu l'honneur de vous voir ?

MADAME CHAMOUCY.

Parfaitement, monsieur. Il parait que

le séjour de l'armée ne vous fait pas de

mal.

VALBELLE.

Ho pour un vieux militaire l'armée

rajeunit toujours. Comment se porte

M. Delmare ?

DELMARE.

Parfaitement, monsieur, j'ai l'honneur

de vous remercier 1.

(Charles sort avec son oncle.)

1. Dans cette scène défense de la Révolution; de la

philosophie .qu'elle n'a point fait le temps de la Terreur.


SCÈNE 10

MADAME VALBELLE, seule. (Elle sonne. Victoire vient.)

Victoire, allez dire à M. de Chamoucy qui est dans le jardin anglais que je l'attends.

VICTOIRE.

J'y vais, madame (Elle sort.)

MADAME VALBELLE.

Je suis sûre qu'il se passe quelque chose que je ne sais pas. Depuis que Charles aime Adèle, je ne lui avais jamais vu cet air radieux. Adèle de son côté avait l'air composé. Ils se seront parlé avant le déjeuner, c'est clair. La joie de Charles ne peut venir que de là. La conversation de ce matin l'avait rendu triste. Je ne croyais pas cependant leur avoir laissé le temps. Allons, de la fermeté, brusquons le mariage d'Adèle, et tout est fini.


SCÈNE 11 (Rapide)

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY.

CHAMOUCY.

Hé bien, ma charmante amie, où en

suis-je avec ma mère ?

MADAME VALBELLE.

Elle parait très irritée contre vous, mais

n'importe à quel prix que ce soit, il faut vous réconcilier et épouser Adèle. Vous viendrez me voir dans une heure, arrivant de Paris,, et je vous conduirai chez elle. CHAMOUCY.

Et M. Valbelle ?

MADAME VALBELLE.

Ho, M. Valbelle, ce mariage-ci après

tout ne le regarde pas. Il compte avoir


une grande conversation avec vous au dîner, tenez-vous sur vos gardes, vous le connaissez, c'est un homme à idées singulières, un philosophe.

CHAMOUCY.

Soyez tranquille. Vous paraissez inquiète. Ya-t-ilquelquechosedenouveau ?

MADAME VALBELLE.

Je le crains. Je tremble qu'Adèle et mon fils ne se soient expliqués. Mais c'est une fantaisie qui ne doit pas nous inquiéter, j'ai des moyens tout prêts pour rompre leurs projets. Adieu, il faut que j'éclaircisse mes soupçons et il ne faut pas qu'on nous voie ensemble. Songez que je vous attends dans une heure. (Le rappelant.) Ha soyez aimable avec les femmes-qui sont chez moi, il faut qu'elles se rappellent vous avoir vu. Surtout, soyez très galant avec Adèle, il faut qu'on vous croie aimé d'elle. Adieu. FIN DU 1er ACTE


ACTE II

SCÈNE 1

CHARLES, ADÈLE.

CHARLES.

Oui, mon Adèle, nous serons heureux, notre oncle consent à nous unir, et je ne doute pas que maman n'en soit charmée. ADÈLE.

La voici. Adieu, Charles1.

SCÈNE 2

CHARLES, MADAME VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Hé bien, mon fils, avez-vous fait vos réflexions ?

1. Allonger cette scène, qu'Adèle y montre tout son amour pour Charles et qu'il y a quatre mois qu'il dure.


CHARLES.

Maman, j'ai aussi un mariage à vous proposer. Si vous voulez y consentir, je suis le plus heureux des hommes.

MADAME VALBELLE.

Je suis bien aise que tu sentes les avantages d'une telle alliance.

CHARLES.

0 maman, il dépend de vous de me rendre heureux à jamais. Consentez à mon mariage avec Adèle, je l'adore, elle consent à notre union, mon oncle l'approuve, dites un mot, maman, et je suis le plus heureux des hommes.

MADAME VALBELLE.

Un tel aveu me surprend mon fils. Tu dois connaître ma tendresse pour toi, pourquoi ne m'as-tu pas parlé de ton amour plus tôt, ma plus grande joie aurait été de contribuer à ton bonheur et j'étais libre alors.


CHARLES.

Comment, maman, ne le seriez-vous plus?

MADAME VALBELLE.

Non, mon fils, tu as parlé trop tard. Il faut absolument que tu épouses Mlle de Clérac.

CHARLES.

O ciel et pourquoi cela, maman MADAME VALBELLE.

L'alliance de M. de Clérac étant très avantageuse pour nous, et n'ayant obtenu son consentement que depuis ton départ pour l'armée, nous ne pouvions pas prévoir que tu puisses en revenir de sitôt, je l'ai fait consentir à nous lier par un dédit. CHARLES.

Nous le payerons, maman.


MADAME VALBELLE.

Toute notre fortune n'y suffirait pas. CHARLES.

De combien est-il ?

MADAME VALBELLE.

De cent mille écus.

CHARLES.

0 Dieu que je suis malheureux.

MADAME VALBELLE.

Que ne m'as-tu parlé plus tôt, mon ami, je n'éprouverais pas le plus grand des malheurs, je ne ferais pas celui de mon fils. CHARLES.

0 maman, je suis le seul coupable, ne vous accusez pas.


CHARLES.

Hé quelle raison peut me consoler de la perte d'Adèle.


SCÈNE 3

CHARLES, M. VALBELLE.

CHARLES.

0 mon oncle, c'en est fait, je suis mal-

heureux à jamais.

VALBELLE.

Qu'y a-t-il donc, mon ami ?

CHARLES.

Je ne peux épouser Adèle. Maman a

contracté un dédit de cent mille écus avec M. de Clérac.

VALBELLE.

Quelle imprudence

CHARLES.

Mais je réfléchis. Mes biens montent

à cela. Tout vendre. 0 mon oncle, je suis


le plus heureux des hommes. Je vends mes biens, je paye le dédit, et j'épouse Adèle. 0 que je suis heureux

VALBELLE.

Impossible, mon ami.

CHARLES.

Et comment? vous savez qu'il y a un an, en visitant mes terres nous avons trouvé qu'elles valaient plus de 100.000 écus. Vous m'avez appris à vivre de peu, Adèle m'aime, je vends tout, je paye M. de Clérac, j'épouse Adèle et je vais dans un petit domaine vivre et mourir dans les bras de mon Adèle.

VALBELLE.

Mais ta mère, mon ami ?

CHARLES.

Elle a son bien, mon oncle. Nous viendrons la voir tous les ans, et quelquefois aussi elle viendra dans ma chaumière partager le bonheur de son fils.


VALBELLE.

Hà, mon ami, que tu es jeune et que tu es digne de bonheur! Mais je te le dis en pleurant, il faut renoncer à Adèle. Ouvre les yeux, mon ami. Vois que si tu exécutes ton projet tu fais mourir ta mère de douleur. Elle veut ton bonheur, cette tendre mère, mais elle ne le veut pas à ta manière, élevée dans le sein du monde elle ne te croira jamais heureux que quand elle te verra comblé de dignités. C'est à cela qu'elle travaille depuis vingt ans, c'est là le but de toute sa vie. S'il lui est enlevé, tout lui manque à la fois, elle se trouve au commencement de la vieillesse seule dans le monde, l'avenir ne lui présente rien, tout l'ennuie dans le présent, le passé ne lui offre que des regrets, elle est la plus malheureuse des femmes, voilà la vérité.

CHARLES.

Dieu quelle affreuse vérité. Mais mon oncle, elle sera encore très riche, très considérée dans le monde, et je lui ferai si bien voir que je suis heureux, qu'elle ne pourra être malheureuse.


VALBELLE.

Hé, plût au ciel, mon ami mais jamais elle ne concevra ton bonheur le brûlant amour qui te transporte, elle le croira toujours une fantaisie du moment. Elevée dans le tourbillon de Paris, elle n'a jamais senti l'amour tel que tu l'éprouves, elle ne l'a jamais vu. Si tu épouses Adèle, elle croira toujours que tu as sacrifié le bonheur de ta vie à un goût passager. Tu ne lui feras jamais comprendre que tu es heureux dans ta campagne avec 100 louis de rente, elle ne pourrait pas sentir ton bonheur.

CHARLES.

O mon oncle, ne m'accablez pas, je sens mon devoir mais je n'ose l'envisager. A jamais séparé d'Adèle et pour un vil intérêt d'argent Dieu qui me l'eût dit

VALBELLE.

Allons, mon fils, prends un peu de courage songe que c'est à ta mère que tu te sacrifies.


CHARLES.

Et comment annoncer cette affreuse nouvelle à Adèle ? Elle qui nous croit à la veille du bonheur. Je serai à Mlle de Clérac et je la verrai passer dans les bras d'un Chamoucy.

VALBELLE.

Allons, mon ami, un peu de courage. A quoi nous servira-t-il d'avoir tant philosophé en notre vie si nous nous laissons abattre au premier malheur?

CHARLES.

Ha, mon oncle, en fût-il jamais comme le mien ? Mais mon oncle je me livre à vous, dites-moi ce qu'il faut faire, je le ferai.

VALBELLE.

D'abord, repartir à l'instant pour l'armée.

CHARLES.

Sans voir Adèle ?


VALBELLE.

Il le faut.

CHARLES.

0 cela est impossible. Quoi, l'abandonner

lorsque je fais son malheur Je la connais,

elle en mourra de douleur, et je serai loin

d'elle, et elle sera ici, seule, à se désespérer.

Que vous êtes cruel 1

VALBELLE.

Tu ne le crois pas, mon ami, reviens à

toi, mon Charles. C'est pour diminuer sa

douleur que je veux que tu partes sans la

voir. Si tu restes elle éclatera, tout le

monde en saura la cause, et tu la perdras

de réputation.

CHARLES.

Quoi, je ne la reverrai plus ?

VALBELLE.

Il faut partir, mon ami, c'est la dernière

preuve d'amour que tu puisses lui donner.

1. Héloïse, I, 824.


CHARLES.

La dernière, ô ciel et je vis. A quoi bon ma vie, que fais-je sur la terre ?

VALBELLE.

Tu y fais le bonheur de ton oncle, et de la plus tendre des mères. Allons, mon ami, un instant de courage, voici l'instant d'en montrer. (Il sonne.) Songe que tu fais bien, que dans la position où vous vous trouvez tu n'as plus que cela à faire. (Au laquais des chevaux:) Ma chaise à l'instant. CHARLES.

Je ne la verrai plus.

VALBELLE.

Si, mon ami, tu la verras. Je te promets que nous reviendrons la voir avant six mois.

CHARLES.

Ha, nous reviendrons, mon oncle. Mais je la trouverai dans les bras de Chamoucy.


VALBELLE.

Non, mon ami, elle ne l'épousera pas Elle t'aimera encore.

CHARLES

Elle m'aimera — Mais pourra-t-elle aimer un cruel qui l'abandonne, qui part sans la voir après lui avoir juré de ne jamais la quitter. 0 mon oncle, laissez-moi la voir au moins cinq minutes.

VALBELLE.

Non, mon ami, il faut faire le sacrifice en entier, tu la mettrais au désespoir.

LE LAQUAIS.

Votre chaise est prête, monsieur. VALBELLE.

Allons, mon ami, un peu de courage et le sacrifice est fait.


CHARLES.

Mais ne verrai-je pas ma mère au moins ?

VALBELLE.

Non, mon ami, nous lui écrirons de la

première poste.

CHARLES.

Dieu

SCÈNE 4

CHARLES, VALBELLE, ADÈLE.

(Adèle arrive légèrement et avec l'air

de la joie.)

ADÈLE.

Eh bien, Charles, avez-vous vu votre

mère ? (Voyant l'air consterné de M. Val-

belle et le désespoir dans les yeux de Charles.)

0 mon dieu, qu'est-ce qu'il y a donc?


VALBELLE (d part).

Tout est perdu, je ne le tirerai jamais d'ici.

CHARLES.

Mon Adèle, on veut nous séparer. ADÈLE.

Votre mère ne consent pas à notre union? VALBELLE.

Elle est impossible, ma fille, il faut y renoncer.

ADÈLE.

Elle est impossible

VALBELLE.

Ma sœur s'est liée avec M. de Clérac. Je l'engageais à partir pour quelque temps. Réunis tes soins aux miens, il le faut absolument.


ADÈLE.

Quoi ? Il retournait à l'armée ?

CHARLES.

Non, mon Adèle, je n'en eus jamais

la coupable pensée. Je reste avec toi, quoi qu'il en puisse arriver, je jure de ne pas te quitter.

VALBELLE (attendri).

Ils s'aiment véritablement. Quelle cruau-

té de les séparer Je leur destinais tout mon bien. Eprouvons-les s'ils s'aiment véritablement, je paye le dédit. Il ne me restera rien. Ne serai-je pas trop heureux de leur bonheur ? (Haut.)

Mes amis, il me reste encore quelque

espérance, soyez raisonnable, peut-être parviendrons-nous à lever les obstacles. CHARLES (aux genoux de M. Valbelle).

0 mon oncle


SCÈNE 5

Les précédents, MADAME VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Je vous cherchais, mon frère, mais je vous trouve bien ému.

VALBELLE.

Ces deux enfants étaient au désespoir mais nous pourrons le faire cesser. Je me charge du dédit, et dans trois mois je les marie.

CHARLES.

0 mon oncle

MADAME VALBELLE.

Vous les mariez ?

VALBELLE.

Oui, ma sœur. Ils s'aiment véritablement. Je vois qu'ils ne peuvent être heu-


reux que l'un avec l'autre. Je leur destinais mon bien. Comment pourrais-je mieux l'employer qu'en assurant leur bonheur MADAME VALBELLE (d Valbelle, bas). Je voudrais vous parler.

VALBELLE (à Charles).

Allons, mon ami, laisse-nous un instant. MADAME VALBELLE.

Adèle, vous trouverez ces dames au salon.

ADÈLE.

Permettez-moi, maman, de monter un instant dans ma chambre.

(Ils sortent de différents côtés.)


SCÈNE 6

M. VALBELLE, MADAME VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Parlez-vous sérieusement, mon frère,

lorsque vous parlez de sacrifier votre fortune au paiement du dédit que j'ai eu le malheur de contracter ?

VALBELLE.

Très sérieusement, je vous assure.

MADAME VALBELLE.

Mais comment voulez-vous sacrifier cent

mille écus à un amour de jeune homme ? VALBELLE.

Parce que je crois qu'il sera heureux

toute sa vie avec Adèle. D'ailleurs je ne compte les marier que dans quelques mois.


MADAME VALBELLE.

Quoi vous, mon frère, homme raisonnable, vous parlez ainsi de sang-froid ? vous êtes encore ému, ou vous voulez les calmer un instant ?

VALBELLE.

Je vous donne ma parole d'honneur que je compte exécuter ce que je leur ai promis.

MADAME VALBELLE.

C'est être romanesque un peu tard. Mais c'est un entêtement de jeune homme. Emmenez Charles à l'armée, au bout de six mois il ne pensera plus à Adèle.

VALBELLE.

Je l'emmènerai aussi à l'armée, et s'il oublie Adèle, alors il n'y aura rien de fait.

MADAME VALBELLE.

Mais il ne l'oubliera pas s'il espère l'épouser. Il ne fallait rien lui dire dans ce cas-là.


VALBELLE.

Je n'ai pu résister à leur désespoir. D'ailleurs je crois Adèle digne d'être l'épouse de Charles, et je suis persuadé qu'ils seront heureux. Adieu, ma soeur.

MADAME VALBELLE.

Vous verrez que cet amour n'est pas si fort que vous le croyez, et qu'il passera bien vite.

SCÈNE 7

MADAME VALBELLE, seule.

Il est donc décidé que rien ne me réussira aujourd'hui. Je trouve un obstacle qui termine tout, et il faut que j'aie un beaufrère fou qui le lève. et comment faire consentir M. de Clérac à simuler ce dédit? Allons, il ne faut pas s'intimider, et avant que d'en venir là il faut tout essayer. (Elle sonne, une femme de chambre paraît.) Dites à M. de Chamoucy que j'ai un mot à lui dire.


SCÈNE 8

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY.

MADAME VALBELLE.

Tout est perdu, mon cher ami. Valbelle se charge du dédit.

CHAMOUCY.

Valbelle se charge du dédit ? Il est fou. MADAME VALBELLE.

Il ne faut pas perdre courage.

CHAMOUCY.

Que faut-il faire ?

MADAME VALBELLE.

Rendre Charles jaloux, le brouiller avec Adèle. Je me charge de cela. La petite ne


l'aime pas, elle s'est laissée séduire par quelques grands mouvements. C'est à vous d'employer vos moyens de plaire. Vous plaisez. La petite consent à s unir à vous. Je vous marie ce soir.

CHAMOUCY.

Excellent. La petite m'a marqué quelques bontés. S'il ne s'agit que de plaire, notre affaire est faite.

MADAME VALBELLE.

Ce n'est pas le tout, il faut que Charles se croie trahi; qu'il vous voie aux genoux d'Adèle. Elle est actuellement dans sa chambre, elle ne descendra probablement que dans une heure. D'ici lors vous n'avez pas un moment à perdre. Quoi qu'il en coûte il faut vous réconcilier avec votre mère pour que Valbelle n'ait rien à nous opposer ce soir. Adieu, je vais préparer votre mère. Dès quelle sera de retour chez elle, venez me prendre au salon où vous me supplierez de vous présenter à elle.


SCÈNE 9

Monologue de Chamoucy.

SCÈNE 10

DELMARE, MADAME DE CHAMOUCY.

DELMARE.

Il est temps ou jamais de conclure notre

mariage. Voilà plus d'un an que vous êtes

veuve, c'est le temps que je vous avais

accordé pour fermer la bouche à la médi-

sance. Je vous avoue qu'on commence

à jaser sur ma conduite, et que je ne peux

plus rester chez vous sans me perdre.

Ainsi il faut que vous m'épousiez, ou

malgré la peine que j'en aurai je serai

forcé de vous quitter.

MADAME DE CHAMOUCY.

Vous me parlez bien rudement aujour-

d'hui, Delmare.


DELMARE.

C'est que je vois que c'est en vain que j'avais compté sur votre affection. Je comptais être heureux le reste de mes jours et faire votre bonheur, mais je renonce à cette espérance.

MADAME DE CHAMOUCY.

Mais, Delmare, il n'y a que deux jours que mon deuil est fini.

DELMARE.

Je ne vous ai jamais parlé de mariage tant qu'a duré votre deuil, cela comptant sur votre promesse. Mais aujourd'hui sijene peux obtenir la seule joie que je désire ici-bas mon parti est pris, je vais m'ensevelir dans une solitude et ne plus songer qu'à mon salut.

MADAME CHAMOUCY.

Mais, mon cher Delmare, pour faire ce mariage que je désire autant que vous,


DELMARE.

C'est à quoi je songe depuis longtemps. J'aurai ce consentement. Mais il faut si vous avez quelque amitié pour moi, consentir à me donner la main dès que j'aurai ce consentement.

MADAME CHAMOUCY.

Hé bien, je m'y engage devant Dieu. DELMARE.

Demain je serai votre époux.

MADAME CHAMOUCY.

Demain

DELMARE.

Oui, j'espère avoir son consentement avant demain. (Apercevanl Chamoucy. A Part « Grand Dieu c'est clair, Mme Val.


DELMARE.

Mais enfin, c'est votre fils, vous lui devez votre amitié.

ACTE III2

SCÈNE 1re

MADAME VALBELLE, CHARLES.

MADAME VALBELLE.

Oui, mon ami, je consens à ton mariage avec Adèle et cela sans aucune peine je 1. Chamoucy ne doit avoir que de légers torts. 2. f. r. m. p. IV 9 de partir.


MADAME VALBELLE.

Mais elle a pu l'aimer dans un temps. CHARLES.

Quandy?


MADAME VALBELLE.

Cet hiver.

CHARLES.

En avez-vous des preuves ?

MADAME VALBELLE.

On n'a pas de preuves de ces choses-là.

CHARLES.

Mais vous avez des soupçons, qui vous

les a donnés ? Où ont-ils pris naissance ? MADAME VALBELLE.

J'avais cru remarquer cet hiver dans les

fêtes où ils se sont trouvés ensemble certains signes d'intelligence.

CHARLES.

Quoi, vous aussi vous vous en êtes

aperçue? Mais depuis elle m'a assuré de son amour, elle m'a juré qu'elle n'avait jamais aimé Chamoucy.


MADAME VALBELLE.

Tu es encore bien jeune, mon ami. Tu ne sais pas qu'il est plus aisé de se justifier par des serments que par des preuves.

CHARLES.

Vous savez quelque chose, maman, j'en suis sûr. Dites-le moi sur-le-champ, je vous en supplie. Quoi que ce soit, je suis disposé à l'entendre. Je ne puis supporter le doute où vous me jetez.

MADAME VALBELLE.

Tu prends la chose trop vivement, mon ami, je t'assure que je ne sais rien. Il ne faut pas t'émouvoir ainsi. Les meilleurs mariages ne sont pas ceux qui sont formés par l'amour, une douce convenance des caractères rend plus heureux. Adèle a beaucoup d'esprit, beaucoup de finesse, je suis sûre qu'elle te rendra heureux.

CHARLES.

Ciel n'en être pas aimé Où suis-je ? Le voile tombe. C'est clair. Je ne m'aper-


MADAME VALBELLE.

Inquiétude d'amant. Elle t'aime. Mais à mesure que tu connaîtras le monde tu verras qu'on aime souvent mieux épouser un homme d'un caractère sûr, que son amant. Le premier lien est éternel, le second peut se rompre.

CHARLES.

0 maman, que me dites-vous ?

MADAME VALBELLE.

Rien, mon fils, que de général. J'ai désiré seulement m'assurer que tu étais aimé. Je vois avec plaisir que tu l'es. CHARLES.

Non, je ne le suis pas, maman. Oh! si vous avez quelque tendresse pour moi, daignez


me conduire dans ce monde que je ne connais pas et qui est plein de précipices. De grâce, maman, dites-moi ce que vous savez

MADAME VALBELLE.

Je t'assure que je ne sais rien. Mais tu peux toi-même éclaircir facilement tes doutes si tu en as. Chamoucy est ici. Tu peux observer leurs démarches, leur manière d'être ensemble, et tu verras bien vite la vérité. Surtout, quoi que tu découvres, promets-moi de ne point faire d'éclat. Mais encore une fois je crois que tu ne découvriras rien. Voici Adèle.

SCÈNE 2

Les précédenls, ADÈLE.

ADÈLE.

Vous me demandez, maman? MADAME VALBELLE.

Les parties sont-elle finies ?


ADÈLE..

Oui, maman, elles finissent.

MADAME VALBELLE.

As-tu vu Chamoucy, ma fille

ADÈLE.

Non. Est-il ici ?

MADAME VALBELLE.

Oui, je le croyais au salon.

ADÈLE.

Il est ici Est-il réconcilié avec sa mère ? MADAME VALBELLE.

J'espère la lui faire bientôt embrasser. Je vais amener ces dames ici, ce salon est délicieux. Viens avec moi, Charles, j'ai besoin de toi.


CHARLES.

C'est que dans ce moment j'aurais un peu à faire.

MADAME VALBELLE.

Je ne te retiendrai pas longtemps, deux minutes.

SCÈNE 3

ADÈLE.

Je m'en doutais. Je ne pouvais pas voir Charles dans ce salon. J'ai tant de choses à lui dire, cependant. Mais il n'y aura personne au pavillon du jardin. Excellente idée dans 1/2 heure. Ecrivons-lui. (Elle écrit deux lignes.) Victoire (Vicloire arrive.) Va donner sur-le-champ ce billet à M. Charles.

Mais voici Chamoucy, fuyons.


SCÈNE 4

ADÈLE, CHAMOUCY1.

CHAMOUCY.

Hé, de grâce, Mademoiselle, pourquoi

me fuyez-vous ? M'enviez-vous le bonheur que je poursuis en vain depuis si long-

temps ?

ADÈLE.

Il me semble, monsieur, que je pourrai

écouter au salon tout ce que vous voulez

me dire ici.

CHAMOUCY.

Que vous connaissez peu mon amour

si vous pensez que je puisse vous dire devant des indifférents tout ce que j'ai à

vous exprimer! Ne voudrez-vous jamais 1. A la fin de la scène, Adèle, qui sent que l'heure passe,

s'impatiente. Chamoucy lui fait espérer qu'il va la quitter. Cela lui fait plaisir. Charles aperçoit ce plaisir.

Chamoucy doit feindre pour son intérêt de ne pas savoir

qu'Adèle va épouser Charles.


ADÈLE.

Mais, monsieur, vous savez que vous n'êtes pas réconcilié avec votre mère, et que j'ai mis pour condition préliminaire à notre union que vous vous réconciliassiez avec elle.

CHAMOUCY.

J'espère que ce soir vous n'aurez plus cet obstacle à m'opposer, et je viens vous supplier de daigner indiquer le jour vous voudrez combler tous mes vœux.

ADÈLE.

Monsieur, vous savez que je dépends de ma tante. C'est à vous à m'obtenir d'elle.

CHAMOUCY.

Mais, belle Adèle, c'est à vous que je brûle de plaire, et c'est de vous seule que dépend mon bonheur.


ADÈLE.

Eh bien, monsieur, la plus grande marque d'amour que vous puissiez me donner dans ce moment est de me laisser.

CHAMOUCY.

(A part.) Nous y voilà.

O ciel, Mademoiselle, vous paraissez irritée contre moi. Comment aurais-je pu vous déplaire. Daignez m'indiquer ma faute que je puisse vous en demander mille fois pardon, et vous montrer tout mon désespoir.

ADÈLE.

Monsieur, il n'y a point de faute à cela je désire être seule. C'est à vous, si vous m'aimez, à satisfaire mes désirs. Je vous en prie encore une fois, je vous l'ordonne même, laissez-moi seule ici. (A part.) Il est deux heures.

CHAMOUCY.

Mais vous diriez sa faute à votre dernier serviteur si vous étiez irritée contre lui


au nom du ciel apprenez-moi la mienne, je vous en supplie à genoux. (Il se met d genoux.) Suis-je assez malheureux ce n'est pas pour obtenir mon pardon que je suis à vos pieds. C'est pour obtenir la désignation de ma faute, et vous vous obstinez à me la cacher.

ADÈLE (d part).

Il ne déguerpira pas

Hé bien, monsieur, je veux bien vous dire que je ne suis nullement irritée contre vous, que je désire simplement être seule. (Charles entre.)

CHARLES (au fond du théâtre, entendanl Chamoucy qui parle haut).

Dieux

CHAMOUCY.

(A parl.) Bon, le voici.

0 divine, divine Adèle (il lui baise la main), suis-je assez heureux pour ne vous avoir point offensée.


ADÈLE.

Au nom de Dieu, monsieur, levez-vous.

CHAMOUCY.

Ha, répétez-moi encore un aveu si

charmant

CHARLES.

M'en voilà convaincu. Plus de doute,

tout est fini.

(Il s'éloigne.)

ADÈLE.

S'il vous reste encore quelque respect

pour moi. levez-vous à l'instant, ou je

vous déclare que je ne vous reverrai

jamais.

CHAMOUGY (se relevant).

Ha, si je vous offensai jamais, ô mon

Adèle, ce ne fut que par un excès d'amour.

Je vous quitte puisque vous l'exigez.

mais c'est pour voler aux pieds de votre


tante la conjurer de fixer le jour de notre union. (A part.) Bon, Charles est au désespoir.

SCÈNE 5

ADÈLE, seule.

Enfin m'en voilà quitte, je croyais n'en être jamais débarrassée. Charles doit s'impatienter dans le jardin. Voyons. (Elle va à la porte el s'avance sur la terrasse pendant ce temps Charles descend la scène dans l'altitude du désespoir.)

SCÈNE 6

CHARLES, ADÈLE.

CHARLES.

Il est donc vrai, elle en aime un autre et elle m'épousait ô corruption ô fausseté épouvantable


ADÈLE (l'apercevant).

Ha, vous voilà, Charles. Que je suis aise de vous voir! Avez-vous reçu mon billet ?

CHARLES.

Oui, je l'ai reçu.

ADÈLE.

Je vous ai fait un peu attendre peut-être mais ce n'est pas ma faute.

CHARLES.

J'en suis convaincu.

ADÈLE.

Mais vous avez un air bien extraordinaire.

CHARLES.

Et tu oses encore me parler, monstre de fausseté, et tu oses te tenir devant moi


ADÈLE.

0 ciel qu'est-il donc arrivé ?

CHARLES.

Ce qu'il est arrivé, Mademoiselle, une

chose à laquelle vous ne vous attendiez

pas peut-être. Mais finissons, je n'ai que

deux mots à vous dire. Vous ne me verrez

plus, puissiez-vous être heureuse. Si on

peut l'être dans le crime.

ADÈLE.

O mon ami, qu'avez-vous donc contre

moi ? Soyez persuadé que vous vous trom-

pez.

CHARLES.

Avec quel air ingénu elle sait dissimuler,

et qui ne serait pas trompé par un si char-

mant visage

ADÈLE.

Mais au moins expliquez-moi mon crime,

je vous en conjure.


CHARLES.

Votre crime. mais non, fuyons. Je crois, Mademoiselle, que nous ne pouvons faire notre bonheur réciproquement. Daignez me pardonner les expressions dures qui ont pu m'échapper et oubliez Charles et son amour. (A part.) Dieu

SCÈNE 7

ADÈLE.

Je reste stupéfaite. Qu'est-il donc arrivé? Qui a pu le changer en si peu de temps ? Mais ne connais-je pas son caractère. Voilà comme ils sont tous, ces philosophes, durs, brutaux, injustes. Mais cependant, si j'avais pu donner lieu. Dieu, que je suis malheureuse


SCÈNE 8

ADÈLE, CHAMOUCY.

CHAMOUCY.

Mme Valbelle vous attend au salon, divine Adèle. (Elle n'entend pas, Chamoucy répèle.) Votre tante m'envoie vous chercher, elle vous attend.

ADÈLE.

Ha daignez m'excuser. J'y suis dans l'instant.

(Elle sorl.)

SCÈNE 9

CHAMOUCY.

Bon. Tout a réussi à souhait. Charles sort désespéré, Adèle pleure de son côté, ils sont brouillés ou jamais. Me voilà enfin


maître du champ de bataille. Une pareille espèce ne pouvait me le disputer. Un philosophe n'a toujours que du bon sens, et ce n'est pas avec le bon sens qu'on séduit les femmes. La petite m'épousera, c'est clair, je pourrai enfin payer mes créanciers et briller par ma dépense comme autrefois. Il ne reste que ma mère, mais la bonne femme, toute folle qu'elle est, ne résistera pas à un mariage aussi avantageux. La petite n'est pas noble, à la vérité, mais elle est riche, et dans ce maudit temps de révolution cela couvre tout.

SCÈNE 10

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY. MADAME VALBELLE.

Victoire, mon ami, victoire entière. CHAMOUCY.

J'allais vous l'annoncer moi-même, tout a réussi.


MADAME VALBELLE.

Hé! bien mieux que vous ne pensiez. La petite vient de m'annoncer d'un petit air piqué qu'elle renonçait à mon fils et qu'elle voulait bien vous donner la main, que je n'avais qu'à fixer le moment.

CHAMOUCY.

0 charmante amie et vous lui avez dit ce soir.

MADAME VALBELLE.

Non pas, il ne faut pas la pousser à des partis extrêmes, je veux d'abord éloigner mon fils. Depuis ce que m'a dit ce matin Valbelle, je suis sûre de son consentement. Enfin, mon ami, nous voilà au bout de nos peines. Si je connais bien le caractère de Charles, dans ce moment il doit chercher à partir. Dès que je l'aurai embarqué, je vole chez votre mère. Mais au nom de Dieu soyez discret avec votre Delmare. Je ne puis plus douter qu'il ne fasse contre nous. Ce matin après le déjeuner votre mère était on ne peut pas mieux disposée en votre faveur. Je viens de la voir dans le moment, et elle est plus irritée que


jamais contre vous. Elle n'a vu que uetmare, et elle n'est pas capable de changer toute seule, la chose est claire. Adieu, de la discrétion et vous êtes enfin mon neveu. (Elle sorl.)

SCÈNE 11

CHAMOUCY, seul.

Elle est aux anges d'avoir réussi, et dans le fond de l'âme ne doute pas d'avoir tout fait à elle seule. Voilà les femmes, elles se mêlent d'une affaire, elle réussit, elles ont tout fait. Mais que Delmare peut-il lui avoir fait ? Parbleu, il serait curieux de le savoir mais le ciel me l'envoie. Sachons un peu cela.

SCÈNE 12

CHAMOUCY, DELMARE.

CHAMOUCY.

Je suis bien aise de vous voir, Delmare, j'avais deux mots à vous dire. J'ai besoin d'argent et j'ai compté sur vous.


DELMARE.

Mais c'est tout au plus si je pourrai vous en donner, mon cher élève, je place chez vous toutes mes économies, mais elles sont courtes. Vous savez qu'on ne devient pas riche dans le métier de précepteur.

CHAMOUCY.

Je veux vous prouver qu'on le devient, et si jamais je le suis je veux vous mettre à l'abri du besoin.

DELMARE.

Plût à Dieu que vous le fussiez déjà, je jouirais doublement.

CHAMOUCY.

Cela peut venir plus tôt qu'on ne pense. Mais dites-moi donc qu'est-ce qui se passe ou qu'est-ce qui s'est passé entre Mme. Valbelle et vous.


DELMARE.

(A parl.) Bon, je vais savoir où il en est avec Adèle.

Rien, je vous jure, mon cher comte.

CHAMOUCY.

Je ne vous crois pas, elle ne vous aime pas, vous lui aurez fait quelque noirceur.

DELMARE.

Je vous jure le contraire. Vous avez des succès auprès des femmes et vous croyez tout le monde comme vous. Mais si je voulais être malin je pourrais vous plaisanter à votre tour sur son compte.

CHAMOUCY.

Ha, Delmare, quelle épigramme DELMARE.

Il ne s'agit pas d'épigramme. Vous étiez ici ce matin à 8 heures, vous lui avez parlé


CHAMOUCY.

Je pense que vous m'estimez trop pour me.

ACTE IV

SCÈNE 1re

CHARLES, seul.

Non, rien ne peut la justifier, elle ne m'aime pas. Elle ne m'a jamais aimé, j'en suis convaincu. Convaincu mais les apparences ont pu me tromper. mais sa lettre. mais ses excuses. Elle m'eût dit Chamoucy m'a retenue. Non, rien ne peut la justifier. Si jeune et connaître si bien l'artifice. 0 ville de corruption et d'artifice, voilà donc tes enfants. Non, je ne te goûterai jamais, délicieux plaisir d'être aimé,

et vous l'êtes allé voir en cérémonie à 10. Suis-je bien instruit ?


jamais je ne retrouverai les heures déli-

cieuses qu'elle m'a données ce matin. O

bonheur et si voisin du désespoir. Voilà

donc la vie un instant d'illusion et des

siècles de douleur. Je n'étais pas né pour

le bonheur. 0 mon oncle vous m'avez

perdu il fallait me donner les talents de

la ville, j'aurais été aimable, j'aurais plu,

je serais Chamoucy nom exécré, mais

non, je ne le serai jamais, et pour qui le

deviendrai-je ? et pourquoi vivre ? que

fais-je sur la terre ? Osons être libre et

je suis affranchi de tous mes maux Ce

que tu y fais, malheureux ? et qui soutien-

dra ton oncle dans les longs jours de la

vieillesse ? qui remplira le cœur de ta

mère ? de ma mère, ô ciel ? c'est elle

qui m'a tout montré. Allons, du courage,

vivons oui, je me jure à moi-même de

ne pas attenter sur ma vie. L'aller arracher

au rival insolent qui jouit de ma misère ?

Non, non, faisons le sacrifice entier, ne

soyons pas vertueux à demi. Mais rien ne

m'oblige à rester ici partons, oui, partons.

Je ne reverrai plus ces lieux où je fus si

cruellement trompé. Je ne la reverrai plus

non, jamais, je ne répondrais pas de moi.

Allons partons.


SCÈNE2

CHARLES, MADAME VALBELLE, ADÈLE.

CHARLES (ne voyant que sa mère).

Ha maman, que je suis aise de vous

voir daignez m'accorder la chose que

j'aie jamais le plus désiré en ma vie

MADAME VALBELLE.

Hé! laquelle, mon fils?

CHARLES.

De retourner sur-le-champ à l'armée.

J'ai réfléchi sur ce que vous m'aviez dit

et je ne me suis que trop convaincu. Il

me reste encore un peu de trouble de tout

ceci. Ha (Il aperçoit Adèle.)


SCÈNE 3

MADAME VALBELLE, CHARLES, ADÈLE, M. VALBELLE.

VALBELLE.

Mais à ce que je vois, mes amis, vous n'êtes pas aussi mal ensemble que je le croyais, et il ne sera pas nécessaire de rompre votre mariage.

CHARLES.

Ho non, mon oncle, un instant d'erreur a failli nous perdre tous deux, mais nous en sommes bien revenus, et quand maman et vous vous voudrez, nous serons au comble du bonheur.

VALBELLE.

J'aime cette joie. Vous voyez bien, ma sœur, que j'avais raison, ce n'était qu'une brouillerie d'amants. Mon ami, il ne serait pas bien de te marier et de quitter tout de suite ta femme. Tu es militaire,


tu te dois à tes devoirs nous irons finir la campagne, et au retour nous marierons nos deux enfants. N'est-ce pas votre avis, ma sœur ?

MADAME VALBELLE.

J'y consens avec joie. Tout ce qui peut faire le bonheur de Charles et de ma chère fille ne me rend-il pas heureuse ?

SCÈNE 4

MADAME VALBELLE, seule.

Je reste confondue. Je défie la fortune de m'accabler de coups plus décisifs et plus imprévus. Je romps leur mariage par l'intrigue la mieux ourdie, je les brouille ensemble de la manière la plus forte et au moment que je vais recueillir le fruit de mes peines il semble qu'un génie favorable prend soin de leurs affaires tout s'arrange, tout se débrouille, ils se réconcilient devant moi et leur mariage est plus assuré que jamais. Et je me croyais adroite. J'osais regarder ce mariage comme un projet que j'étais sûre de rompre. Il s'agit de mon fils,


caractère frane, sincère et aisé à connaître

s'il en fût jamais d'Adèle dont je vois

toutes les finesses comme les miennes

propres je suis aidée par l'homme le

plus séduisant de Paris et j'échoue Et ces

enfants concluent leur mariage devant moi.

Non, non il n'en sera pas ainsi Ou je

romprai leur mariage ou je serai malheu-

reuse le reste de ma vie.-Mais quel moyen

prendre ? Les rebrouiller ensemble ? Très

difficile, et ne ferait qu'augmenter leur

amour. Du côté de M. Valbelle, rien à

faire, cet homme ne change jamais lors-

qu'il a pris une résolution. Pendant

l'absence de Charles ? leur amour ne fait

que s'augmenter il s'établit dans le monde,

impossible de rompre le mariage. Je suis

dans le point décisif de ma vie. Si Charles

épouse Adèle, son sort est fixé, il devient

philosophe comme son oncle, vit tranquille-

ment, fait obscurément son devoir, et ne

parvient à rien, et cela avec un génie qui

peut le porter à tout, avec moi sa mère

qui depuis vingt ans ne m'occupe qu'à

lui faciliter son chemin, lorsque d'un mot

il peut acquérir un crédit immense, et se

donner pour père l'homme qui marque

le plus dans les affaires. Tout est perdu,

ou tout- est gagné.

Quel moyen employer? Tout est d'accord,

.franc entre eux, il est impossible de les


brouiller, la petite l'adore et son accès de jalousie n'a servi qu'à le lui faire chérir davantage. Valbelle ne me soupçonne pas .encore, mais pour peu qu'il me voie intriguer il réfléchira sur ma conduite et coupera court. Rien, aucune ressource. Mais Charles a été jaloux, et jusqu'à la fureur il ne connait pas le monde et malgré toute sa philosophie ce fantôme l'effraie quelquefois qui a été jaloux une fois peut l'être mille, mais le sujet ? le plus imaginaire devient réel aux yeux d'un homme à imagination ardente, agité d'une grande passion. Oui, c'est là où est ma ressource, c'est de làqu'il faut la tirer, mais comment? J'ai ici six femmes les plus bavardes de Paris, j'ai vingt hommes qui ne voient que par mes yeux, j'ai beaucoup de crédit, je suis maîtresse de l'opinion le sort d'Adèle est entre mes mains. Chamoucy est homme. à bonnes fortunes; on sait ses vers sur Adèle, il en est aimé, excellent, excellent, tout est trouvé.

Mais comment y déterminer Chamoucy ?

J'ai affaire à un homme faible, pusillanime, hardi seulement dans les choses où il y a des exemples, croyant impossible tout ce qui n'a pas été fait, et qui n'a jamais rien fait hors de ses manœuvres de galanterie. N'importe, il a un grand intérêt dans cette affaire. S'il n'épouse pas Adèle il est ruiné.


Tentons, c'est le seul moyen qui me reste. Mais n'oublions pas que je me le ferai proposer par lui et j'aurai peine à y consentir afin qu'en tous les cas je sois à couvert. Ho je crois que pour le coup Adèle sera Mme de Chamoucy et mon fils colonel. Heureusement voici Chamoucy.

SCÈNE 5

MADAME VALBELLE, CHAMOUCY.

CHAMOUCY.

Qu'apprends-j e mon amie, Charles épouse Adèle ?

MADAME VALBELLE.

Oui, mon ami, et toutes nos finesses ont été trompées, il faut y renoncer, le génie de Charles l'emporte.

CHAMOUCY.

Quoi Et vous aussi, madame, vous m'abandonnez Mais que dis-je vous vous


abandonnez vous-même, vous avez autant d'intérêt que moi à ce que ce mariage ne se fasse pas.

MADAME VALBELLE.

Je l'avoue, mon ami, mais quel moyen de l'empêcher ?

CHAMOUCY.

Mille, mais dites-moi comment Charles si bien brouillé avec Adèle, a pu se réconcilier sitôt avec elle.

MADAME VALBELLE.

Vous m'en voyez encore étourdie. Charles est venu me demander la permission de retourner à l'armée, Adèle était avec moi, ils se sont vus, dès lors impossible de les séparer, ils se sont parlés, expliqués, réconciliés M. Valbelle est survenu et leur mariage est plus certain que jamais.

CHAMOUCY.

Et quand se fera-t-il ?


MADAME VALBELLE.

Dans deux mois, à la fin de la campagne.

CHAMOUCY.

Ha bon, nous avons de la marge.

MADAME VALBELLE.

Et que ferez-vous pendant ce temps ?

CHAMOUCY.

Mais nous trouverons des expédients

et nous les mettrons en usage.

MADAME VALBELLE.

Quels expédients ? leur oncle est pour

eux, ils s'aiment, je ne puis refuser de consentir à leur union. Que vous reste-t-il à faire ? pour moi je ne vois rien, et le plus adroit des hommes ne pourrait se tirer de ce pas.


CHAMOUCY.

Laissez'faire, je m'en tirerai. La chose est difficile, je l'avoue. Rien à faire du côté de l'oncle, rien du côté d'Adèle.

MADAME VALBELLE.

Sur quel ton êtes-vous avec elle ? CHAMOUCY.

Sur celui de la passion. Mais, entre nous, ça rie prend pas. Elle est étonnée de mes grands mouvements, mais je ne lui monte pas même la tête. Mais du côté de Charles ne pouvez-vous rien ?

MADAME VALBELLE.

Absolument rien. Vous avez vu l'histoire du dédit ce matin. Tout ce que la passion la plus vive peut inspirer, Charles et Adèle le feront. Dès qu'ils auront besoin de prudence, M. Valbelle est là pour les diriger. Vous sentez qu'un homme qui sacrifie sa fortune au mariage de son neveu n'est pas


prêt à l'abandonner. La jalousie de Charles a pu seule le faire hésiter un instant ce matin.

CHAMOUCY.

Convenez que nous avions réussi parfaitement. Je me suis aperçu de son arrivée pendant que j'étais aux pieds d'Adèle, et j'en ai profité.

MADAME VALBELLE.

Je ne vous disputerai jamais vos talents en galanterie on sait que vous êtes l'Alcibiade du siècle. Il faut cependant que tout votre talent cède à la passion du philosophe Charles.

CHAMOUCY.

Vous me bravez.

MADAME VALBELLE.

Je ne plaisante point. Je dis ce qui est. Il nous faut renoncer à notre entreprise.


CHAMOUCY.

Mais nous pourrions rendre encore une fois Charles jaloux.

MADAME VALBELLE.

Cela est très difficile d'abord. Mais ensuite, en supposant la réussite, à quoi cela mène-t-il ? Il n'y aura pas de preuve, il faudra que tout s'éclaircisse. D'ailleurs ne sentez-vous pas qu'ils pourraient regarder autour d'eux, et que les soupçons ne pourraient tomber que sur vous et sur moi? Je tremble déjà que M. Valbelle n'ouvre les yeux. Je le connais, il est poli, il ne dirait rien, mais il me mettrait dans l'impossibilité d'agir. Une seule entreprise manquée nous met dans l'impossibilité de plus rien tenter, et vous sentez qu'une jalousie sans fondement ne peut pas durer. Je me vois réduite, mon cher comte, à aller ce soir me dégager envers M. de Clérac.

CHAMOUCY.

Nous pourrions tenter encore un moyen.


MADAME VALBELLE.

Et lequel ?

CHAMOUCY.

L'enlèvement.

MADAME VALBELLE.

Qu'osez-vous me proposer ?

CHAMOUCY.

Le seul parti qui nous reste.

MADAME VALBELLE.

Que moi je consente à faire le malheur

d'Adèle!

CHAMOUCY.

Comment, ma charmante amie, vous

croyez encore à l'amour ? Adèle a la tête montée, voilà tout. Au bout de deux mois il n'en sera plus question. Dans le fait c'est


te seul parti qui nous reste. Mais comment en imposer à votre M. Valbelle, voilà la difficulté. Et si nous échouons, quel éclat cette aventure fera dans le monde je suis couvert de ridicule et perdu à jamais.

MADAME VALBELLE.

D'ailleurs, mon ami, ces moyens romanesque n'en imposent plus à personne. CHAMOUCY.

Avec de l'adresse on en impose à tout le monde. Vous avez du crédit dans le monde, j'ai de l'amabilité, on croit qu'Adèle m'aime et qu'elle n'a fui avec moi que pour éviter un hymen odieux.

MADAME VALBELLE.

Mais, mon ami, ce moyen est si hardi qu'il me fait frémir.

CHAMOUCY.

Il n'y a que plus de gloire. D'ailleurs nous n'avons plus que celui-là. Il n'y a


qu'une chose de difficile, c'est de tromper M. Valbelle. Soyez sûre que le public partagera à la fin son opinion sur cette affaire-ci. Voici mon plan1.

J'enlève Adèle, je la mène à Paris, de là je vous écris une lettre très respectueuse, l'enlèvement fait un bruit du diable, vous nous recevez en grâce, et vous nous mariez pour éviter le scandale. Pendant les trois ou quatre jours que durera notre absence vous faites partir Charles désespéré pour l'armée, et tout en recommandant à vos amis le silence sur cette affaire vous en faites l'entretien de tout Paris. Voilà comment avec un peu de scandale nous venons à bout de nos projets et comment la passion de votre philosophe ne nous déjoue pas toujours.

MADAME VALBELLE.

Je vous admire. Jamais on n'eut plus de génie. Je vois que vous êtes encore audessus de votre réputation. Mais vous ne voyez pas que ce plan me laisse pleinement compromise. Quel est mon intérêt dans tout 1. Faire détailler par Chamoucy la manière d'enlever Adèle. Le style de Chamoucy doit abonder en maximes hardies. Il y a du profit, dit Heraut, à donner des définitions du génie, de même ici. Cela ne doit pas avoir échappé à Chamoucy.


ceci, que Charles épouse Mlle de Clérac, tôt ou tard on le pénétrera, on suivra ma conduite et je serai compromise. Il faut aller au-devant de la calomnie. Pourquoi enlevons-nous ? pour persuader à Charles qu'Adèle vous aime et que vous n'avez pas voulu la laisser passer dans ses bras, et à Adèle qu'après un pareil éclat elle ne peut se dispenser de vous donner la main. Or un demi-enlèvement suffit pour cela et me met à couvert. Ecoutez, et convenez que si vous avez le génie de l'invention, les femmes ont l'art de perfectionner.

Ce soir à sept heures, j'ai unmalaiseinsupportable pour me distraire je fais mettre les chevaux à ma berline, j'y fais monter avec moi MMmes N. N. N. et le vieux N. arrivé à N. je me trouve incommodée de la promenade, on revient par le plus court ce plus court est la route de Paris, je vous trouve enlevant la belle affligée. Je suis très irritée, vous tombez à mes genoux devant l'honorable assemblée qui, attendrie par vos serments me conjure de vous accorder Adèle, je me laisse fléchir, nous revenons tous ici demander son consentement à M. Valbelle il l'accorde tout de suite, ou il hésite. S'il l'accorde, marié ce soir pour éviter le scandale s'il ne l'accorde pas, demain tapage épouvantable dans tout


Paris. Le vieux N. et Mme N. mourraient plutôt que de ne pas aller demain confier sous le secret à tout Paris l'étonnante aventure dont ils ont été témoins.

CHAMOUCY.

Excellent, mon amie, mais pendant votre promenade il faut éloigner Charles. S'il est témoin de l'enlèvement tout est perdu.

MADAME VALBELLE.

Je m'en charge, il est sans soupçon. Rien de si aisé. Actuellement tout est convenu, nous nous entendons. Réglons nos montres 6 h. 1 /4, il est bien plus tard que je ne croyais. A 7 h. ½ précises je suis sur la route de Paris à la hauteur de N. Songez que delà ici il ne me faut que vingt minutes. CHAMOUCY.

Soyez tranquille.

MADAME VALBELLE.

Je me laisse aller pour vous à d'étranges choses. Dieu veuille que vos idées réussissent.


CHAMOUCY.

Elles réussiront, adieu, soyez tranquille, je vous réponds de moi.

SCÈNE 6

MADAME VALBELLE, seule.

Ha je respire voilà enfin la dernière de mes ressources en train, ce n'est pas sans peine. Que ces hommes à aventures ont une réputation usurpée Voilà donc le fameux comte de Chamoucy que je fais accoucher au bout d'une demi-heure d'une idée que je lui dicte de toutes les manières, et qu'encore il était prêt à abandonner si je ne l'eusse poussé Toujours le qu'en dira-t-on, le ridicule vraiment ils se rendent ridicules à force de les craindre. Ne perdons pas de temps, mais que me veut Valbelle ?


SCÈNE-7

MADAME VALBELLE, M. VALBELLE.

VALBELLE.

Voilà plus d'une heure que vous avez

disparu on se plaint généralement de votre absence, qui vous occupe si fort ? MADAME VALBELLE.

Je ne suis pas occupée, mais bien légè-

rement indisposée.

VALBELLLE.

Ha diable et quel genre d'indisposition?

MADAME VALBELLE.

Un étourdissement qui m'empêche de

lier deux idées et de suivre la conversation la plus simple. Je vais prendre une goutte d'Hoffmann.


VALBELLE.

Folies que tout cela, ma sœur, prenez l'air, allez faire un tour et tout se dissipera.

MADAME VALBELLE.

Je suivrai vos conseils que fait-on au salon?

VALBELLE.

On y jouit du printemps qu'on est venu chercher à Auteuil en achevant les cinquièmes parties de la journée. Il y a grande discussion sur un coup de wisk entre M. N. et Mme N. Je venais vous dire que je suis obligé de partir à l'instant pour Paris. MADAME VALBELLE (à part).

Ciel Y resterez-vous longtemps ? VALBELLE.

Je ne serai ici qu'à minuit ou une heure, peut-être même ne reviendrai-je que demain matin. Daverney, mon ancien ami, m'avait écrit à l'armée pour m'intéresser auprès du ministre pour un malheureux détenu


à qui on ne peut reprocher que quelques imprudences. J'ai terminé son affaire avant-hier, du moins je le croyais j'apprends à l'instant [qu'on l'emmène] à Pierre en Cize à Lyon. Il faut que ce malheureux ait des ennemis puissants qui le poursuivent. Je vais à Paris et je ne lâche prise que lorsqu'il sera en liberté. Ho j'ai mon ami Bernier de qui cette affaire dépend et je suis sûr du succès. Je suis au désespoir de vous laisser seule avec tout votre monde, mais vous voyez que je suis nécessité à cette absence.

MADAME VALBELLE.

C'est que vous ne vous imaginez pas mon embarras avec tout ce monde. Je ne sais vraiment comment m'en tirer. J'avais formé le projet de faire danser tout ce monde vers les onze heures pour animer la soirée, je serai obligée d'y renoncer si vous me quittez. de n'est pas bien du tout à vous qu'on vient voir, de vous échapper ainsi.

VALBELLE.

Je vous ai exposé le motif. S'il n'était pas aussi pressant, je me garderais bien de m'absenter.


MADAME VALBELLE.

Mais je connais l'activité de Bernier, un mot de votre main suffit pour le mettre en l'air, j'écrirai aussi, si vous voulez, deux mots à Monsieur de Clérac et votre affaire est faite.

VALBELLE.

Vous avez raison, mais ils peuvent ne pas se trouver chez eux, les valets sont négligents, et franchement je m'en voudrais éternellement si je laissais transférer à Lyon ce malheureux pour satisfaire à de vains égards de société.

MADAME VALBELLE.

Faisons mieux envoyez Charles porter ces lettres.

VALBELLE.

Vous avez raison il est cependant bien cruel de le séparer de son Adèle dans ce moment1.

1. Faire dire à Valbelle que le prisonnier est au secret.


MADAME VALBELLE.

Songez un peu à l'embarras où je me trouve.

VALBELLE.

Puisque l'occasion s'en présente, je m'en servirai pour éprouver son amour, il faut que ceci soit un sacrifice à la vertu.

MADAME VALBELLE.

Faites mieux encore éprouvez Adèle. Il faut que ce soit elle qui lui propose le voyage à Paris.

VALBELLE.

Pardieu, vous avez raison envoyez-moi Adèle.

MADAME VALBELLE.

Je vous l'envoie et vais écrire deux mots à M. de Clérac. (A part). Bon tout réussit à souhait.

(Elle sort en regardant sa montre el disanl haut :) Six heures.


SCÈNE 8

M. VALBELLE, seul.

Oui, l'idée est excellente. Si Charles aime véritablement, son amour doit avoir réchauffé son ardeur pour la vertu. Voici la petite.

SCÈNE 9

M. VALBELLE, ADÈLE.

VALBELLE.

Adèle, il faut que tu fasses une chose une affaire très intéressante m'oblige à aller à Paris ce soir.

ADÈLE.

Quoi, mon oncle ? vous nous quittez, maman a fait venir des musiciens et nous aurons ce soir un bal charmant.


VALBELLE.

C'est précisément pour l'aider à faire les honneurs de ce bal que je ne puis pas aller à Paris comme cependant il s'agit d'un malheureux à qui le moindre retard pourrait être funeste, j'ai pensé que Charles pourrait y aller au lieu de moi.

ADÈLE.

Charles, mon oncle

VALBELLE.

Oui, mon amie, et j'ai pensé de plus que mon Adèle était assez vertueuse pour sacrifier le plaisir d'être avec Charles pendant quelques heures au salut d'un malheureux. Me suis-je trompé ?

ADÈLE (hésitant.)

Non, mon oncle.

VALBELLE.

Il faut qu'il porte à M. Bernier et à M. de Clérac des. lettres pour faire élargir ce


malheureux, et qu'il ne parte que lorsqu'il aura vu donner l'ordre de sa mise en liberté.

ADÈLE.

Il va voir M. de Clérac

VALBELLE.

Oui, mon Adèle, le père de ta rivale mais ne crains rien, je te crois trop bien dans son cœur pour avoir rien à redouter. Le, voici allons, un peu de courage. ADÈLE.

Vous serez content de moi 1.

SCÈNE 10

M. VALBELLE, CHARLES, ADÈLE.

CHARLES.

Ha te voilà, mon Adèle. Je vous cherchais partout.

1. Héloïse, I, 185.


ADÈLE.

Il faut, mon ami, que nous sacrifiions le plaisir d'être ensemble à une bonne action. Il faut que vous alliez ce soir à Paris solliciter l'élargissement d'un malheureux, et que vous ne reveniez que lorsque vous serez sûr qu'il est en liberté.

CHARLES.

0 ciel vous quitter et pour huit jours peut-être?

VALBELLE.

Non, mon ami, je t'assure que tu ne seras pas absent plus de vingt-quatre heures. L'affaire du malheureux prisonnier était arrangée hier. Il faut qu'il ait des ennemis puissants qui auront fait révoquer l'ordre. Je vais te donner une lettre pour M. Bernier et une pour M. de Clérac tu leur montreras l'intérêt que je prends à ce malheureux. Je ne doute pas qu'ils ne fassent expédier sur-le-champ l'ordre de sa mise en liberté. Tu reviendras lorsque tu l'auras vu signé de M. de Clérac. J'espère que tu ne balances pas, Charles.


CHARLES.

Non, mon oncle. (A Adèle.) Avec quelle tranquillité vous m'annoncez notre séparation.

ADÈLE.

J'espère qu'elle ne sera pas longue, mon ami. Votre oncle me dit qu'il est possible que vous reveniez ce soir. Vous savez bien que je souffre autant que vous.

VALBELLE.

Allons mon ami, les sentiments d'une bonne action augmentent le bonheur de l'amour. Baise la main d'Adèle, viens prendre mes lettres, et vole.

FIN DU 4e ACTE


ACTE V1

SCÈNE 1re

MADAME VALBELLE, seule.

Tout a réussi. Il est impossible d'être plus adroit que Chamoucy. Mais M. Valbelle ne veut point consentir à son mariage avant d'avoir vu Charles. Neuf heures et demie. Ne viendrait-il pas ce soir ? Mais cependant son amour doit le presser et l'affaire étant faite, dans tous les cas je ne puis pas le manquer. Mon valet de chambre est dans l'avenue. Il y passera la nuit et doit me l'amener dès qu'il paraîtra. Il est important que je lui parle la première. On revient rarement de son premier jugement lorsqu'on le forme sur le dire d'une personne qui a toute notre confiance. Mais me trompè-je ? Le bruit d'un cabriolet et le galop d'un cheval ? 1. Rien n'est trop fort, pour un cinquième acte. Il faut qu'on cite tes vers comme vers de passion. Comme ceux de Colardeau dans la lettre d'Héloïse.


SCÈNE 2

MADAME VALBELLE, CHARLES.

CHARLES.

Denis me dit que vous me demandez, maman. Tout a réussi à merveille. Votre homme est en liberté au moment où je vous parle. Mais je n'entends pas de violon. Je croyais vous trouver au milieu d'un bal. MADAME VALBELLE.

J'ai eu bien du chagrin depuis toi, mon ami.

CHARLES.

O ciel Adèle est morte.

MADAME VALBELLE.

Non, elle s'est déshonorée en fuyant avec Chamoucy.


CHARLES (va s'appuyer sur un fauleuil). Dieux

MADAME VALBELLE

Je n'aurais jamais soupçonné de tant

de fausseté une fille que j'ai élevée avec tant de soins. A quoi bon nous tromper son oncle et moi, elle qui sait combien nous l'aimons ? A quoi bon te marquer un amour qu'elle n'avait pas.

CHARLES

Qu'elle n'avait pas. mais comment

savez-vous qu'elle a fui avec Chamoucy ? MADAME VALBELLE.

Je revenais à la tombée de la nuit sur

la route de Paris avec Mmes N. N. et M. N. dans ma berline lorsque nous l'avons rencontrée dans le cabriolet de Chamoucy. Elle n'a pu faire autrement se voyant reconnue que de crier au secours. M. N. est descendu. Elle est venue dans ma voiture. M. de Chamoucy a tout avoué


et je n'ai pu refuser aux sollicitations de Mimes N. et N. et de M. N. de donner mon consentement à un mariage qui d'ailleurs est devenu nécessaire. Mais M. Valbelle ne veut pas donner le sien avant de t'avoir vu. J'ai voulu te dire tout moi-même afin que tu n'apprisses pas cela au salon.

CHARLES

Enlevée par Chamoucy Dieu, quelle horreur et m'avoir marqué tant d'amour toute la journée Encore en m'annonçant mon départ! Mais c'est elle qui l'a voulu, que j'allasse à Paris c'était pour avoir plus de liberté avec Chamoucy. Rival odieux, tu périras de ma main1

MADAME VALBELLE.

C'était ce que je craignais, mon fils, mais elle est la seule coupable. Rappelletoi ce que tu m'as dit si souvent sur la vertu, si elle n'est pas un vain nom donnemoi ta parole d'honneur de ne pas te battre avec Chamoucy.

1. Le 21 germinal XI. Comedia d'invenzione in five acts and verses by un jeune homme de 20 years, quomodo majus ?


CHARLES.

Vous avez raison. Je vous la donne. Adieu, vaines espérances de bonheur, adieu Le mien n'a pas été long, il n'a duré qu'un jour. Mais êtes-vous bien sûre qu'elle fut d'accord avec Chamoucy ?

MADAME VALBELLLE.

D'abord elle a refusé de venir se promener avec moi, ensuite elle est allée se promener toute seule sur la terrasse qui longe la grande route de Paris. Ha, croismoi, il a fallu bien des preuves pour me convaincre de sa faute Actuellement il n'y a plus qu'un parti à prendre, c'est de la marier le plus promptement possible avec Chamoucy. J'ai fait promettre le secret aux témoins de cette malheureuse aventure. Peut-être parviendrai-je à l'ensevelir dans un éternel silence. Toute coupable qu'elle est, elle est encore ta cousine, tu l'as aimée. Il est de ton honneur de solliciter le consentement de ton oncle. Je sens mieux que personne ses objections contre Chamoucy, mais nous n'avons plus le droit de choisir, il faut.


CHARLES.

Je vous le promets, maman, vous pouvez compter sur moi, seulement permettez-moi cette nuit même de retourner à l'armée et de fuir un pays où j'ai éprouvé tant de malheur en un jour.

MADAME VALBELLE.

Oui, mon fils. (L'embrassanl.) Prends courage, mon Charles, songe qu'il te reste une mère qui t'adore. (A parl.) Le voilà comme je le voulais.

SCÈNE 3

CHARLES, seul.

Je n'en puis donc plus douter elle me trahit, et elle aime Chamoucy. Elle m'a fait aller à Paris pour avoir le temps de consommer son crime. 0 coup trop imprévu Ma raison est accablée, je ne 1. Le véritable amour ne croit pas à l'infidélité de sa maîtresse qui l'aime véritablement.


trouve point de refuge contre ma douleur,

je suis tout au désespoir trahi, indigne-

ment trahi et par la fille la plus pure,

que je croyais la vertu même! Non,

il n'est point de vertu, et ce nom n'est

qu'une chimère. A quoi m'a servimavertu?

seulement à me laisser tromper par un

indigne manège, et cela pour un Chamoucy!

Trompé pour Chamoucy, trompé par

Adèle, par celle qui ce matin m'a dit

Non, je n'aime point Chamoucy. Tu es

innocente, mon Adèle, et tu m'aimes

toujours, mon cœur me le dit, l'imposture

n'a point souillé tes lèvres de roses, l'impur

mensonge n'a point approché de toi, tu

es la victime de fausses apparences et

peut-être des ruses d'un fourbe. Volons!

où cours-tu, malheureux amant ? don-

ner à tout le monde le spectacle de ta

faiblesse — je l'avoue, je ne connais

point le monde, je sais que souvent à

force de manœuvres on parvient à perdre

l'innocence, mais ma mère le connaît,

mais elle a un bon cœur, mais elle aimait

Adèle et croit à son crime. 0 misérable,

misérable (Il voit son oncle.) Ha, mon

oncle! (Il voit Adèle et fait un mouvement

en arrière.)


SCÈNE 4

CHARLES, M. VALBELLE, ADÈLE.

CHARLES' (d'une voix entrecoupée).

J'arrive de Paris, mon oncle, M. Bernier,

s'est empressé de s'employer pour le prisonnier, j'ai vu l'ordre signé et il est en liberté.

VALBELLE

Il s'est passé d'étranges choses ici depuis

ton départ, mon fils, mais ou je me trompe, ou nous avons un intrigant à punir.

CHARLES.

Moi seul me suis trompé dans tout ceci,

mon oncle, et il ne vous reste plus qu'à donner Mademoiselle à Chamoucy, qu'elle aime.

ADÈLE (s'asseyand el s'évanouissant presque). Il me croit coupable


CHARLES (se jetant à ses genoux).

Non, mon Adèle, et je suis à tes pieds. ADÈLE.

Mon ami

CHARLES.

Je t'aime plus que jamais.

VALBELLE,

Bien, mon Charles, elle est innocente, et je n'en ai jamais douté le seul coupable ici est Chamoucy et je l'attends.

CHARLES.

0 le monstre il payera cher son insolence.

VALBELLE.

Ne précipitons rien, mon ami, et surtout le versons point de sang. Je ne croyais )as t'avoir à l'entretien qui va avoir lieu.


Donne-moi ta parole de ne lui dire aucune injure, ou va-t-en.

CHARLES.

Je vous la donne. Mais quel besoin de ménager un scélérat ?

VALBELLE.

Mon ami, dans nos malheureuses mœurs il tient entre ses mains la réputation d'Adèle.

CHARLES

Mais vous, maman, moi, ne sommesnous pas là pour la justifier ?

VALBELLE.

Il n'importe, après la moindre aventure la réputation de la fille la. plus honnête dépend d'un fat.

CHARLES.

Et que nous importe à nous ? N'est-elle pas mon épouse ? A quoi bon l'estime d'un monde pervers ?


VALBELLE.

A tout, mon ami. Un homme peut se contenter de sa propre estime, une femme doit être estimée.

CHARLES.

Contenons-nous donc. Dieu le voici. Qu'il répare ses torts

SCÈNE 5

M. VALBELLE, CHARLES, ADÈLE, CHAMOUCY. CHAMOUCY.

Monsieur, oserais-je espérer que vous me pardonnez mes torts, et que vous accordez à mes vœux la divine Adèle ?

VALBELLE.

Monsieur, laissons là ce langage qui ne m'en impose point. Vous avez enlevé


Adèle, et cela sans son consentement. Je veux bien vous faire la grâce de regarder cet enlèvement comme un effet de votre amour. Je vous déclare qu'Adèle ne sera jamais à vous. C'est à vous à réparer votre faute par un aveu public.

CHAMOUCY.

Quoi! Mademoiselle désavoue la bonté. VALBELLE.

Cessez, vous dis-je, ce langage qui n'est point fait pour moi. Je puis publier cette affaire' et vous couvrir d'une honte éternelle. Je vous répète que je suis sûr qu'Adèle ne vous a jamais aimé. Vous n'avez donc cherché à l'enlever que pour forcer Mme Valbelle à vous la donner en mariage avec sa fortune. Voilà la vérité. Choisissez ou l'opprobre éternel dont elle vous couvrira, ou l'aveu de votre faute.

CHAMOUCY.

Monsieur, puisque vous le prenez sur ce ton, je n'ai qu'une manière de vous


répondre J'ai aimé Mademoiselle votre nièce éperdûment. Vous alliez la forcer à un mariage qui n'était pas de son choix. J'ai voulu la soustraire à votre autorité et je l'ai enlevée pour la conduire chez sa tante Mme N. où elle aurait pu disposer de son cœur en liberté. Voilà toute ma conduite.

ADÈLE.

Quoi vous osez.

VALBELLE.

Taisez-vous, ma fille. Vous voudrez bien

m'attendre ici, M. de Chamoucy. Toi, Charles, garde ta parole. (Il emmène Adèle.)

SCÈNE 6

CHARLES, CHAMOUCY.

CHARLES.

Vous sentez bien, monsieur, qu'après

votre persistance dans l'assertion d'une chose qui est fausse, ceci ne peut se ter-


miner que par un combat à mort entre nous deux. Je vous prie de me donner la préférence sur mon oncle que je connais assez généreux pour vouloir se battre lui-même mais j'adore Adèle, elle m'aime, je l'épouse ce soir, c'est moi qui suis l'offensé.

CHAMOUCY.

Monsieur, je suis gentilhomme, ma valeur est connue, je vous donnerai la satisfaction que vous voudrez.

CHARLES.

J'aime ce langage, il assure ma vengeance.

CHAMOUCY(d parl).

(Diable Ceci prend une mauvaise tournure. Je ne puis pas refuser de me battre avec Charles, sa mère le saura toute son ambition repose sur ce fils, aucun aveu ne lui coûtera pour empêcher le combat, je puis bien me battre, mais je me fais une ennemie toute puissante dont la haine éternelle me perdra. Essayons d'arranger cette affaire.)


Monsieur, je suis au désespoir de voir qu'un malentendu me mette les armes à la main contre le fils de ma meilleure amie, contre un des hommes que j'estime le plus.

CHARLES.

Monsieur, il dépend de vous de faire cesser ce désespoir en avouant la vérité.

CHAMOUCY.

Mais, monsieur, quelle vérité ? Je peux m'être trompé dans l'interprétation des sentiments de Mlle Adèle, mais enfin je m'étais cru aimé. Que puis-je dire de plus ?

CHARLES.

Qu'elle ne vous a jamais donné aucune preuve d'amour, que vous l'avez enlevée malgré elle.

CHAMOUCY.

Monsieur, tout Paris connatt mon courage. Je ne puis donc être soupçonné en vous disant pour l'amour de la paix et sous


votre parole d'honneur que vous ne le direz à personne.

CHARLES.

Je la donne. Que.

CHAMOUCY.

Que Mlle Adèle ne m'a jamais donné d'assurance très positive de son amour, et que mon but en l'enlevant était de tâcher de mériter cet amour en lui montrant toute ma passion.

CHARLES.

Hé bien, monsieur, dites cela tout haut. Je m'en contente.

CHAMOUCY.

Non, monsieur, je ne le puis. J'ai déjà beaucoup fait en vous l'avouant. On pourrait tirer de ma conduite les mêmes conséquences que M. votre oncle, et je serais perdu d'honneur.


CHARLES.

Quoi vous parlez d'honneur en faisant ce que vous faites

SCÈNE 7

CHARLES, CHAMOUCY, M. VALBELLE. VALBELLE.

Hé bien, monsieur, persistez-vous dans votre assertion, sentez-vous les conséquences que cette affaire aura pour vous ? CHAMOUCY,

Monsieur, je suis accablé de la plus profonde douleur de me voir forcé de répandre le sang de votre famille, mais mettezvous à ma place puis-je faire autrement ? VALBELLE.

Oui, jeune homme, avouez votre faute. Croyez-moi, il y a plus d'honneur véritable


à avouer votre faute qu'à la soutenir comme vous le faites, et tôt ou tard ce sera le sentiment public. Puisque vous voulez publier cette affaire, je vais aussi en parler, j'ai pour amis les gens les plus estimables de Paris moi-même j'ose dire que 40 ans de vertu me permettent d'espérer quelque créance. Croyez-moi, votre version pourra avoir quelque temps le dessus dans le monde léger et parmi les envieux de Mme Valbelle mais tôt ou tard la mienne percera, vous n'aurez pour vous que les jalousies passagères que ma sœur a pu exciter, j'aurai pour moi l'amour de la justice et j'ose croire qu'il est encore dans assez de cœurs pour me faire triompher, j'en ai la certitude. Plus tôt ou plus tard ce moment arrivera et vous serez alors perdu de toutes les manières, dans l'estime des honnêtes gens par la noirceur de vos procédés, chez les plus frivoles par le ridicule d'avoir été scélérat en pure perte. Faites vos réflexions là-dessus et songez que vous aller décider du reste de votre vie.

Je demande que vous demandiez pardon

à Adèle de l'insulte que vous lui avez faite et que vous disiez partout que, trompé sur de fausses apparences, vous aviez cru qu'elle vous aimait mais qu'il n'en était rien, et que vous avez un profond repentir de la scène que vous lui avez faite.


CHAMOUCY.

Monsieur, je serais déjà couvert de ridi-

cule si je faisais cet aveu, je ne puis abso-

lument y consentir.

SCÈNE 8

M. VALBELLE, CHARLES, CHAMOUCY.

-MADAME VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Ho ciel Ce qu'Adèle m'apprend peut-il

être vrai ? vous allez vous battre ?

VALBELLE.

C'est malheureusement, ma sœur, le

seul parti qui nous reste. Monsieur ne

veut pas avouer ses torts.

MADAME VALBELLE.

Et quels torts ?


VALBELLE.

Je suis sûr que Monsieur a enlevé Adèle malgré elle, je veux qu'il l'avoue ou qu'il périsse.

MADAME VALBELLE.

Vous en êtes sûr, mon frère ?

VALBELLE.

Parfaitement convaincu.

MADAME VALBELLE.

Et monsieur ne veut rien avouer Croyez-moi, Chamoucy, ensevelissons cette malheureuse affaire dans un silence éternel. CHAMOUCY.

Je ne le puis, madame, mon honneur s'y oppose.

MADAME VALBELLE.

Vous ne le pouvez C'est votre dernier mot ?


CHAMOUCY.

Oui, madame.

MADAME VALBELLE.

Hé bien, craignez donc une mère au désespoir. Si vous osez vous battre avec Charles, je vous jure une haine éternelle vous savez que j'ai les moyens de vous perdre, j'en ferai désormais mon unique affaire. Pesez cela.

CHAMOUCY.

Madame, je n'ai qu'un parti à prendre, ;t il est pris.

MADAME VALBELLE.

Hé bien, mon frère, connaissez donc -oute la vérité. C'est de concert avec moi qu'il a enlevé Adèle.

CHARLES.

Ciel!


MADAME VALBELLE.

Tu frémis, mon fils, mais c'est mon amitié pour toi qui m'a poussée à me servir de cet exécrable moyen, je voyais ton bonheur assuré par ton alliance avec Mlle de Clérac. Jamais Adèle ne lui a donné la moindre preuve d'amour. Mais voici M. Delmare qui va nous aider à confondre Chamoucy.

SCÈNE 9

Les précédents, DELMARE,

DELMARE

On me dit que vous me demandez, Madame ?

MADAME VALBELLE

Oui, monsieur, [et pour une affaire très importante, il s'agit de la vie de mon fils ou de celle de Chamoucy. Vous sentez que vous ne trahirez point les droits de l'amitié, en nous aidant -à terminer cette


malheureuse affaire. Vous savez que M. Chamoucy a enlevé ma nièce ditesnous si vous croyez qu'il en fût aimé ? il s'agit de la vie de tous les deux et certainement de la réputation de votre éleve1.] -Il s'agit de la vie de votre élève ou de celle de mon fils. Adèle a-t-elle consenti à se laisser enlever par lui ?

CHAMOUCY.

Il doit m'être permis, Madame, de parler à un ami dans la situation où je me trouve. (A part à Delmare) Ne dites rien de tout ce que vous savez, mon cher Delmare, ou je suis perdu.

DELMARE.

Monsieur le Comte, je ne le puis, ma religion m'oblige à faire tout pour prévenir ce duel.

CHAMOUCY

Mais songez-vous que vous me perdez ? 1. Tout le passage entre crochets a été biffé par Stendhal. N. D. L. E.


DELMARE

Je songe à mon devoir.

CHAMOUCY.

Quoi ? ce langage avec moi ? Laissons

cela. N'y a-t-il point de moyen de nous

arranger ?

DELMARE.

Pardonnez-moi, Madame votre mère

m'aime et doit m'épouser ce soir. Une

seule chose lui fait de la peine, c'est de ne

pas avoir votre consentement, donnez-le,

je me tais.

CHAMOUCY.

Quoi, scélérat, tu peux.

DELMARE.

Les injures ne font rien ici. Le donnez-

vous ou non ?


CHAMOUCY.

Hé bien! je le donne.

DELMARE (d Madame Valbelle).

Madame, tous mes efforts sont inutiles,

je ne puis engager M. le comte à renoncer

à Mlle Adèle.

MADAME VALBELLE.

(A Delmare.) C'est là votre dernier mot ?

(A Chamoucy.) Tu t'en repentiras.

CHARLES (à Chamoucy).

Allons, monsieur, c'est trop tarder.

(Ils fonl un mouvemenl pour sortir.)

MADAME VALBELLE.

Mon fils


SCÈNE 10

Les précédents, M. DE CHAMOUCY père, MADAME DE CHAMOUCY.

(Etonnement général Désespoir de Delmare.)

DELMARE.

M. de Chamoucy

CHAMOUCY.

Mon père

Mon père (Delmare veul fuir.)

CHAMOUCY père (à Delmare).

Reste scélérat, c'est en vain que tu voudrais fuir, tu ne peux sortir. (AM. Valbelle.) Mon cher et ancien ami, c'est à vous que je dois la liberté. Je suis ce François Bonnet que vous avez si généreusement délivré sans le connaître de la prison ce scélérat l'avait fait plonger.


CHAMOUCY fils son père).

Quoi, mon père, je vous possède encore CHAMOUCY.

Oui, mon fils, et vous n'en auriez jamais douté si vous étiez venu me rejoindre comme je vous en priai lors de ma rentrée en France. (A Madame Valbelle.) Madame, pardonnez si je ne vous ai pas d'abord présenté mes hommages, voudriez-vous bien me présenter à M. votre fils qui a bien voulu seconder la générosité de son oncle en venant hâter ma liberté.

MADAME VALBELLE.

Ha, monsieur, c'est le ciel qui vous envoie dans l'instant le plus affreux de ma vie M. de Chamoucy sortait pour aller se battre avec mon fils il a enlevé ma nièce au moment où mon fils allait l'épouser, et il ne veut pas avouer que c'est malgré elle, quoi que nous en soyons assurés.

CHAMOUCY père (d son fils).

Mon fils, si vous avez de l'honneur, vous ne vous mesurerez jamais avec mon libé-


rateur, si vous voulez obtenir votre pardon avouez à l'instant la vérité.

CHAMOUCY.

Si Madame veut me promettre le secret,

j'avouerai que je me suis trompé, que jamais Mlle Adèle ne m'a donné de preuve d'amour.

MADAME VALBELLE (embrassant son fils). Mon fils

(Charles sorl.)

CHARLES (rentrant avec Adèle).

Vous consentez à notre union, maman ?

MADAME VALBELLE.

Oui, mon ami.

M. DE CHAMOUCY père.

Grâce au ciel tout est arrangé. Je rentre

dans ma famille, j'épargne à mon fils


une mauvaise action, il ne me reste plus qu'à punir ce scélérat qui m'a retenu dix mois en prison et qui a semé le bruit de ma mort. Je n'ai retardé mon arrivée ici que pour obtenir l'ordre de son incarcération, et il va être conduit dans la prison d'où je sors.

M. VALBELLE.

Mon ami, si vous voulez m'en croire, vous lui rendrez la liberté. Sa conduite est sans doute exécrable, mais le moindre bruit qu'on puisse faire en ces sortes d'affaires est le mieux. Contentez-vous de garder le mandat d'arrêt afin de le tenir en respect.

M. DE CHAMOUCY.

Je suivrai vos conseils, mon ami. Fuis, scélérat, et songe que je veille sur ta conduite.

DELMARE.

Fuyons, puisque la philosophie me chasse de cette maudite maison, allons faire un journal.


M. VALBELLE (à M. de Chamoucy). Allons, mon ami, jouissez du bonheur de vous retrouver dans le sein de votre famille, oublions tant d'alarmes. Célébrons les noces d'Adèle avec Charles.


[ÉBAUCHES ET VERSIONS EN VERS]

3e SCÈNE

Et ne quittera point l'espérance d'y vivre Pour le trompeur éclat qui pare les grandeurs. Il essaiera sans doute de contribuer au bonheur de sa patrie, mais voyant bientôt combien cela lui est impossible il reviendra au sein de sa famille. Heureux jeune homme Son bonheur ne sera point le fruit d'une lente expérience, il n'usera point sa jeunesse à courir après de vaines chimères. Il le trouvera tout prêt autour de lui. Je l'ai senti moi-même. Ce n'est que là qu'on peut le trouver, j'obtins jadis les grades militaires les plus brillants, j'eus le bonheur, jeune encore, d'y joindre quelque gloire, hé bien, je puis vous assurer que hors quelques moments rapides je n'ai connu le bonheur que depuis que mon frère mourant me légua son fils. Je regrettai d'abord de ne m'être pas marié, mais ce regret passa bien vite, Charles me tint lieu de tout.

Si jamais le vœu public l'appelle au


timon de l'Etat, il y courra sans doute avec force, avec intrépidité, mais croyez-vous qu'il y tienne longtemps ? Il y sera souffert dans un moment de danger, dans un moment d'enthousiasme il y sera même loué et admiré, mais le péril passé vous verrez avec quelle force on éloignera des affaires un caractère généreux, satire muette, mais irrévocable, de tout ce qui ne lui ressemble pas. Il aura je l'espère, le talent de mériter les honneurs, non celui de les obtenir. Mais plus Charles a de mérite plus il doit à sa patrie.

Plus Charle a de talents moins il lui est permis [d'ensevelir sa vie

De les ensevelir dans la lâche inertie

Si jamais on l'appelle à servir sa patrie. Tandis que la vertu — même persécutée, même dans l'infortune

Se console en pensant qu'elle n'est pas méritée Et le méchant succombe à sa vaine douleur. (Montrer le malheur en abstrait, le bonheur en exemple.)

Que Charles sera bien dif férent.

Tandis que la vertu en tous temps, en tous lieux, nourrit son bonheur par ce


noble sentiment « j'ai rempli mon devoir ». Croyez-vous que Charles après avoir goûté cette sublime et constante félicité y renonce pour courir après le vain plaisir de briller aux yeux du monde. Il aimera à vivre dans sa famille, son bonheur suprême sera de s'y faire aimer de sa femme, de ses enfants, de ses amis et c'est là le véritable bonheur; ce qu'on nomme bonheur dans le monde fondé tout entier sur des jouissances d'amour-propre est de courte durée, je l'ai senti moi-même.

C'est d'après cette expérience que j'ai élevé Charles, j'ai tâché de lui faire distinguer les vrais plaisirs des plaisirs d'opinion et de ne le rendre sensible qu'aux vrais, et vous voulez qu'un tel homme renonce à cette précieuse satisfaction d'une âme honnête, à sa propre estime pour courir après les vaines jouissances de l'amour-propre; non, ma sœur, il aura je l'espère le talent de mériter les honneurs, non celui de les obtenir.

Tandis que la vertu même dans l'infortune Exempte de la fureur importune des remords Ignorant des remords la fureur importune Ignorant les remords et leur voix importune Se console à penser qu'elle fait son devoir,


Charte qui a goûté son sublime pouvoir

Charle qui sut goût son sublime pouvoir Charle que sut toucher son aimable pouvoir Ne renoncera pas au bonheur de la suivre

Pour briller à son charmant empire Charle que sut toucher son auguste pouvoir Ne renoncera pas à son charmant empire

au bonheur de la suivre.

Les plaisirs passagers d'un amour-propre heureux Qui connut tout le charme attaché à ses lois Ne la quittera point pour briller

D'un faux éclat aux yeux du monde

Et la félicité de son aimable empire.

Charle connut un jour son aimable pouvoir

Il sentit la douceur attachée à le suivre.

Et ne quittera point l'espérance d'y vivre.

Pour le frivole éclat d'un bonheur passager. Pour l'éclat passager qui suit les grandeurs

Pour le trompeur éclat qui pare les grandeurs. grandeurs, profondeurs, malheurs, fureurs, défenseurs, cœurs, horreurs, froideurs, rigueurs Châteaux en Espagne.

Pour servir sa patrie, idole des grands cœurs Il essaiera de tout.

Mais rebuté sans cesse

Il reviendra trouver le sein de sa famille

II abandonnera une carrière pour laquelle il n'est point fait.

Par la tourbe du monde où il faut trop d'adresse ( Et de tout bas détour dédaignant trop l'adresse Et ne voulant jamais recourir à l'adresse

Et pour faire le bien dédaignant trop l'adresse


Il reviendra chercher le sein de sa maison.

Heureux jeune homme.

Heureux dès sa jeunesse à la lente raison

Vraiment heureux jeune homme

Mortel vraiment heureux en sa jeune saison

A son expérience, {a la lente raison

esclave par raison)

Au sein de sa famille il reviendra bientôt.

Il reviendra trouver le sein de ses parents.

Je l'ai senti moi-même, à la cour élevé

Aux grades les plus hauts jeune encore j'arrivai J'eus même le bonheur d'y joindre quelque gloire Vous pouvez m'en croire

Dans l'âge d'en jouir il trouvera le bonheur.

Pour servir sa patrie, idole des grands cœurs, Il essaiera de tout mais repoussé sans cesse

Et pour faire le bien dédaignant trop l'adresse Il reviendra trouver le sein de sa maison

Mortel vraiment heureux dès sa jeune saison 1

Commencement.

ADÈLE (Mlle Duchesnois).

M'aimerait-il encor ? Puis-je donc l'espérer, Quand ce soir à jamais, je vais m'en séparer, Quand l'hymen détesté où sa mère m'entraîne M'accuse dans son cœur de suivre une autre chaîne? De quel air 1 cependant il demande à me voir ? Par quels transports charmants il cherche à m'émouvoir Il m'abuse peut-être, et dans sa longue absence L'art affreux de tromper remplaça l'innocence2. 1. Changement de voix.

2. Oui, dira Suard ou quelque froid, elle craint qu'll n'ait perdu son pucelage. Comment lui fermer la bouche ?


Malheureuse 1 Sans lui l'amour t'égare assez

Dans quel abîme, ô ciel mes pas sont-ils poussés ?

II vient poursuivre ici la vengeance facile

Des mépris prétendus dont la douleur l'exile

Il va feindre à mes yeux l'amour qu'il ne sent plus.

Fuyons, ou plutôt restons pour braver sa perfidie.

Dieu le voici

(Bien.)

Ce dernier vers fait, che ne pensi ?

Suis-je assez malheureux ? Que vous faut-il encore?

Ce n'est plus mon pardon qu'à vos genoux j'implore.

17 floréal XII [7 mai 18041.

(7 mai 1804). 17 floréal XII.


ACT FIRST.

SCÈNE II

CHAMOUCY.

C'est bon, c'est bon, Justine, avertis ta maîtresse A la fin m'y voici. Pourquoi donc cette presse ? Huit heures et demie. Au beau milieu du bal Une lettre pressée, et par un sort fatal C'est pour Auteuil, pays où chaque tour d'allée Peut m'offrir à la vue d'une mère irritée. C'est d'un désagréable 1. et dans cet embarras J'ai manqué bêtement cinq ou six de mes pas. Ah 1 fortune, fortune, ô charmante conquête Je ne vivrai qu'alors, jusque-là je végète. Un habit ridicule. Adèle peut me voir. C'est bien vous si matin mais vous devriez savoit Que ce n'est qu'à moitié que vous êtes Armide 1. Vous voir c'est vous céder, tout en vous nous décide L'esprit le plus rétif se plie en un instant Mais aussi vous vous tuez. D'honneur. 1. Idée à chercher.


MADAME VALBELLE.

Toujours charmant

Mais compliments à part, hier dans la journée J'espérais de vous voir.

CHAMOUCY.

Ma parole donnée

A monsieur de Clérac qui vint pour m'inviter Lui-même à mon hôtel m'a pu seule empêcher De voler à vos ordres 1. La fête était charmante Rien que des gens titrés. Sa fille, éblouissante. Une grâce indicible, un esprit délicieux. Votre fils ne pourra jamais rencontrer mieux, Il devrait bien.

MADAME VALBELLE.

Mon fils, il est ici.

CHAMOUCY.

Lui-même

Et depuis quand, grand Dieu ? 1. Versification à chercher.

2. Variante d'honneur.


MADAME VALBELLE.

D'hier.

CHAMOUCY.

Surprise extrême

Un mot précis de vous et j'aurais accouru.

MADAME VALBELLE.

Un mot peut nous trahir.

CHAMOUCY.

D'hier 1 Mais quoi venu

La campagne commence à votre insu ? Que faire MADAME VALBELLE.

Voici ce que j'augure à mon très cher beau-frère J'écrivis, devant vous, dans le moment précis :Qu'il voulait diriger les armes de mon fils 1

Que votre mère et vous me demandiez Adèle. Monsieur Valbelle à Charle aura dit la nouvelle. 1. Versification.


Le jeune homme prend feu, sollicite un congé. La trêve était conclue, il lui fut accordé, Et vous pouvez juger quelle fut ma surprise, Voyant leur arrivée perdre notre entreprise. CHAMOUCY.

Et le pardon d'Adèle a suivi ce retour ? MADAME VALBELLE.

Ma présence a sans cesse enchaîné leur amour. CHAMOUCY.

Vraiment? Toujours brouillés? Ma joie en est parfaite. Ce n'est qu'un contretemps et point une défaite 1 MADAME VALBELLE.

Rien n'est encore perdu, mais un mot peut finir 1. CHAMOUCY.

Nous sommes avertis, nous pourrions voir venir. Mais pour moi mon avis est de brusquer la place 1. Nous perdre.


De six mois de finesse à la fin je me lasse1. Au lieu de les tromper brusquons nos ennemis. Qui sont-ils après tout ? Nos intimes amis Votre fils, sa cousine, leur oncle votre frère. L'oncle est un vieux Romain, un philosophe austère Adèle et son amant2 aveuglés par l'amour. Tous, sans plan, sans projets, du sort suivent le cour) Nous font lire,en leur cœur sans nulle. défiance Les attaquant par moi, vous soufflez la défense. Jugez leur mouvement, tirez parti de tout. Et de qui diable ainsi ne viendrait-on à bout? Mon plan.

MADAME VALBELLE.

Oh c'est bien vous. L'habitude de vaincre Vous voile les dangers. J'espère vous convaincre Qu'avec plus de prudence on 1ixe le hasard. J'entends une voiture.

CHAMOUCY.

II se fait déjà tard.

Neuf heures f C'est Valbellë. Avec vous on s'ou1liè' Pour revenir, je suis, en tout, votre génie. 1. Var.

Vous voyez le succèa de six mois de grimace (finesse)

audace, face à face, en face.

2. Var. Charles et sa cousine

3. Var.

Ils vous ouvrent leuxs cœurs.

vous ouvrent à l'envi leurs cœurs sans défiance.


MADAME VALBELLE.

1 Adèle avant ce soir; Otant par ce mariage à Charles tout espoir, II résoudra son âme au vœu de sa famille Et Fanny de Clérac sera ma belle-fille.

Mais il faut avant tout, d'un esprit prévoyant, De votre mère et vous finir le différend.

CHAMOUCY.

Quel ennui

MADAME VALBELLE.

Je le sens, mais avec un Valbelle

Il ne faut rien omettre. Il est tuteur d'Adèle, Tuteur très opulent. A quelque triste2 ennui Qu'il vous faille plier, étalez devant lui D'un fils respectueux la piété sincère.

Je vais chez moi préparer votre mère

Et dans une heure.

CHAMOUCY.

Au moins nous ne serons que trois

1: Le premier hémlstiche a été coup6 à la reliure.

2. Var.: noir. N. D. L. E.


MADAME VALBELLE.

Si le Delmare au moins l'abandonne une fois.

CHAMOUCY.

C'est mon ami. MADAME VALBELLE.

J'en doute

CHAMOUCY.

Adieu, charmante amie,

J'abandonne en vos mains les destins de ma vie.

Je fuis, et je reviens. SCÈNE II

MADAME VALBELLE, seule.

Il suivra mes desseins.

Allons, consolons-nous, c'est un souci de moins.

Quoi donc par son retour je serais confondue ?

Sur le point du succès je me verrais perdue ?


Six ans entiers de soins, tant de jours agités D'un ministre puissant tous les vœux captivés Des grades les plus hauts l'espérance certaine, Sa fille unique prête à devenir la mienne Tout perdre. Et tout cela par une faible enfant Qui se feint amoureuse et joue le sentiment Non, non, mon Charles, non, je déjouerai l'adresse. Je saurai malgré toi retenir ta jeunesse. Mais si, sans le savoir, je faisais son malheur ? Non, non, je le verrai, guéri de son erreur, D'un état si brillant goûtant la jouissance Me remercier un jour de cette violence 2.. Cependant de quel air il refuse mon choix 3 ?.. Sans passion, sans chagrin. mais quel est mon effroi4? Tout cela, préjugés d'une jeune cervelle Et son oncle saura en faire un infidèle. Mais enfin le voici.

1. Var.: jeune.

2. Var. de ma sage prudence. d'une heureuse violence.

3. A refusé ce matin.

4. Var. et presque de sang-frold.


SCÈNE III

MADAME VALBELLE, M. VALBELLE.

MADAME VALBELLE.

Vous m'êtes donc rendu ?

Que mon plaisir est grand vous êtes attendu

De tout le monde, et moi j'ai beaucoup à vous dire. VALBELLE.

D'un usage insensé1 vous connaissez l'empire.

A grand'peine arrivé, chez des indifférents

Il faut user des jours chez eux si languissants,

Si charmants en famille. Au reste j'en suis quitte, Je ne vous quitte plus.

MADAME VALBELLE.

Eh bien sur le mérite

De Chamoucy, peut-être en penserez-vous mieux ? JI Var.: maudit.


VALBELLE.

L'éclat qui suit son nom lui doit nuire à nos yeux. De l'aimable élégance on le dit le modèle. Jamais pour lui, dit-on, il ne fut de cruelle. Tout cela doit en faire un homme séduisant Au dehors, mais chez lui un très mauvais parent. Au reste il faut le voir.

MADAME VALBELLE.

Mais ma nièce pourvue,

Que direz-vous de moi si je jette la vue Sur une autre alliance ?

VALBELLE.

Et pour qui ?

MADAME VALBELLE.

Pour mon fils.

VALBELLE.

Oh! ciel! Et la future.


MADAME VALBELLE.

Entre tous les partis

Qui peuvent convenir que votre esprit démêle. VALBELLE.

Ma foi, sans hésiter, je choisirais Adèle.

MADAME VALBELLE.

De Fanny de Clérac il peut être l'époux.

VALBELLE.

La fille du ministre ?

MADAME VALBELLE.

Oui bien. Qu'en dites-vous ?

VALBELLE.

Je m'y perds. C'est bien là le seul1 parti de France. Mais je ne conçois pas.

1. Var.: le meilleur.


MADAME VALBELLE.

Depuis trois ans j'y pense.

Enfin tout est d'accord. Le ministre charmé

Apprend avec quels soins Charles, par vous formé,

S'est déjà su montrer élève d'un tel maître

Il se décide1 aux yeux de vingt rivaux peut-être,

Tous plus riches que lui, et tous plus en faveur2.

VALBELLE.

Il faut en convenir, un tel choix est flatteur.

Et Charles qu'en dit-il?

MADAME VALBELLE.

Charles me désespère.

En véritable enfant il traite cette affaire.

Mais nous nous reverrons et deux mots dits par vous

Sauront le ramener.

VALBELLE.

Il n'est pas sûr. Mais nous

Pouvons nous assurer en toute confiance

Qu'il trouve son bonheur faisant cette alliance.

1. Var.: U le choisit.

2. Var.: Tous en grande faveur.


MADAME VALBELLE.

Qui l'en peut empêcher 1. Et quel choix plus heureux Pourrait plus que Fanny satisfaire nos vœux. Quel que soit en ce lieu le pouvoir de l'envie 2 Chacun sur ses vertus hautement se récrie, Et moi, depuis trois ans, l'observant en tous lieux Des plus douces vertus je vois l'accord heureux 3 Des plus aimables dons douée avec usure Je l'eusse encor choisie en une vie obscure. Hé quel vaste avenir elle donne à mon fils! Colonel dans six mois, Clérac me l'a promis. Dans deux ans général. Bientôt rien ne l'arrête, Et des honneurs guerriers s'élançant jusqu'au faîte Il commande une armée. Un homme tel que lui Est digne des grandeurs et je suis son appui. VALBELLE.

Les doit-il désirer ?

MADAME VALBELLE.

Quoi l'état militaire

Ne lui promet-il pas la plus belle carrière ? 1. Var.: hé 1 qui peut l'empêcher ?

2. Var.: Sur son père puissant quoi que dise l'envie. 3. Var.: J'ai vu l'accord précieux.

4. Var.: fait pour.


Qui le suit vient à tout. Vous-même le pensez,

Et c'est l'état sans doute où vous le destinez.

Sans cela brusquement pour voler à l'armée

Au milieu de l'hiver il ne m'eût pas quittée.

VALBELLE.

Oui, mon cœur est charmé de cette noble ardeur

Qui le porte avant l'âge au poste de l'honneur

Et je tiens un jeune homme au faîte de sa vie

Quand il est employé pour servir sa patrie.

Mais, ce devoir rempli, lui trouvez-vous, ma sœur,

D'un parfait1 courtisan le génie et le cœur.

Croyez-vous asservir2 ce bouillant caractère,

De la pure vertu cet amant si sincère

A la bassesse utile à qui veut s'avancer ?

MADAME VALBELLE.

Comme vous, en secret, mon cœur ose penser 3

Que ce jeune enthousiasme était d'une4 belle âme.

Bientôt tant de franchise attirerait le blâme

Cependant, mais l'usage 5 arrêtant cet essor

Saura de la raison lui former le trésor

1 Var.: lâche.

2. Var.: Pensez-vous amener.

3. Var.: je me plais à penser.

4. Var.: Annonce une.

5. Var.: Mais son expérience.


Et céder à propos, fléchir aux circonstances 1 Ne sera plus bassesse à ses yeux, mais prudence.

VALBELLE.

Non, chère sœur, jamais vous ne verrez changer Ce pur enthousiasme. Il n'est point passager, Il n'est illusion de la douce jeunesse,

Et l'âge en arrivant prouvera sa sagesse. Dès longtemps je l'inspire en lui montrant partout Le vrai en toute chose et lui prouvant surtout Que l'homme sans conscience errant de chute en chute Tout autant que le sage aux vrais malheurs en butte Et en proie à tous ceux que lui forge l'erreur Manque aux jours malheureux de tout consolateur, Tandis que la vertu même dans l'infortune Ignorant2 les remords et leur voix importune Se console à penser qu'elle a fait son devoir. Charles connut un jour son aimable pouvoir Il sentit la douceur attachée à le suivre Et ne quittera point l'espérance d'y vivre Pour le trompeur éclat qui pare les grandeurs. Pour servir sa patrie, idole des grands cœurs, Il essaiera de tout. Mais repoussé sans cesse Et, pour faire le bien dédaignant trop l'adresse, Il reviendra trouver le sein de ses parents. Heureux jeune homme. Au feu des soucis dévorants, 1. Var. calculer sa conduite.

suivre la circonstance.

2. Var.: exempte.


Poursuivant du bonheur la trompeuse apparence, Il n'aura pas jugé en lente 1 expérience L'heureux temps de jouir. Son facile bonheur Viendra de ses beaux ans orner encor la fleur. Bonheur des doux liens formés par la nature,. Il est sur cette terre, hélas le seul qui dure. Je l'ai senti moi-même. A la cour élevé, Aux grands commandements jeune encor j'arrivai. J'eus même le bonheur d'y joindre quelque gloire, Hé bien je suis sincère et vous pouvez m'en croire, J'eus des instants brillants mais non point le bonheur. A s'en désabuser j'accoutumais 2 mon cœur, Quand mon frère mourant réclamant ma tendresse Et d'un fils adoré 3 me léguant la jeunesse, Un sentiment nouveau vint embellir mes jours. Alors de mon bonheur, je commençai le cours. Charles devint mon fils en son aimable enfance, Et je trouve à cette heure, en sa chère confiance 4, Le meilleur, le plus sûr, le plus cher des amis.

MADAME VALBELLE.

Plus Charle a de talents, moins il lui est permis De consumer sa vie en des jours inutiles.

1. Var.: longue.

2. Var.: je résolvais.

3. Var.: Et de son fils aimé. 4. Var.: en son adolescence. THÉATRE. II.


VALBELLE

Sans doute, et si jamais des moments difficiles,

Au soin de la patrie appellent les Français,

De son amour pour elle on connaîtra l'excès,

Et vous verrez alors quelle que soit sa place

De combien la vertu l'ambition surpasse.

Mais croyez-vous, ma sœur, qu'il y tienne longtemps ?

On pourra l'y souffrir pendant quelques instants

De danger d'enthousiasme, on l'y louera peut-être

Mais le péril1 passé, vous pourrez reconnaître

Quelle force cachée éloigne un importun

Qui n'ayant de désirs que pour le bien commun

Est sans ménagements, comme sans politique 2,

Et par l'éclat soudain de sa vertu publique

Pâlit l'ambitieux en sa fausse vertu

Et ternit tout l'éclat dont il s'est revêtu.

Il saura mériter les honneurs, je l'espère,

Mais non les obtenir.

MADAME VALBELLE.

Vous voulez donc, mon frère,

Le faire renoncer à tout avancement ?

1. Var.: le danger.

2. Var.: Ne se laisse fléchir par nulle politique.


VALBELLE 1.

Je ne dis pas cela. Je prévois seulement

Ce qui doit 2 arriver. Il est très bon, je pense,

Qu'il fasse à lui tout seul sa propre expérience, Il s'en croira bien mieux que toutes mes leçons. MADAME VALBELLE.

Je suis de votre avis. Mais dans ses actions

Je crains qu'on ne remarque un peu d'inconséquence. Pour voler à l'armée en toute diligence

Au milieu de l'hiver il quitte nos plaisirs,

Pour revenir ensuite il a mêmes désirs

Et la campagne ouverte.

VALBELLE.

Il m'a surpris moi-même.

Mais il voulait revoir une mère qu'il aime.

Il obtient un congé, me presse de partir,

Et malgré mes raisons il y faut consentir.

MADAME VALBELLE.

C'est pour moi seulement qu'il a fait ce voyage ? 1. 2 janvier 1804.

2. Var.: peut.


VALBELLE.

Auriez-vous quelque lieu d'en douter ?

MADAME VALBELLE.

A son âge

On peut être inconstant. Mais que lui direz-vous Sur notre affaire?

VALBELLE.

Rien. Il connait comme nous

Toute son importance et sent bien mieux,madame, Quelles sont les vertus que doit avoir sa femme. D'ailleurs dans un tel choix je n'ose le guider. MADAME VALBELLE.

Mais si tant de crédit ne peut vous décider Vous n'objecterez rien à la jeune personne Du moins ?

VALBELLE.

Oui, je conviens des vertus qu'on lui donne,

Et je croirai de plus que dans l'obscurité,

Loin des yeux du public, à leur éclat vanté 1. Var.: Rien ne peut s'objecter.


Elle sera fidèle. A la cour élevée,

Aux honneurs les plus grands dès longtemps réservée1, De quel œil verra-t-elle un mari peu soumis La priver d'un éclat qu'elle s'était promis ? Bientôt impatiente à porter cette injure

Elle l'entraînera loin d'une vie obscure

Et voudra malgré lui le pousser aux grandeurs, Et cette opposition entre leurs deux humeurs Bannira bien loin d'eux le bonheur domestique Et.

MADAME VALBELLE.

Non, vous n'aimez point mon fils. L'orgueil unique Vous dicte vos avis et non point l'amitié Vous voulez que. (elle s'inlerrompl elle-même) VALBELLE.

Ma sœur. Quoi ? moi ? je reste pétrifié, MADAME VALBELLE.

Ah pardonnez, pardonnez-moi, cher frère, Ce projet fut pour moi l'espérance si chère. Mais j'y veux renoncer. Je le prends en horreur. Pardonnez-moi, cher frère, oubliez mon erreur, J'y renonce à jamais. Je voulais vous surprendre 2. 1. Var.: Cependant dès longtemps aux honneurs réservée. 2. Kings days, 22 v. and after happiness.


VALBELLE.

Ah je conçois, ma sœur, un intérêt si tendre. (Il l'embrasse.)

J'eus moi-même des torts, je fus dur envers vous. Oublions nos erreurs, aimons Charle, aimons-nous. Examinons encor cette belle alliance.

Je n'ai peut-être pas bien vu son importance. J'ai besoin d'y penser, ensuite nous verrons Ce que Charle en dira, quelles sont ses raisons.

MADAME VALBELLE.

Je reconnais bien là votre âme généreuse, Fut-il jamais de sœur, de mère plus heureuse2 Faites, décidez tout. Je vous ai tout appris. Vous me direz après quel sera votre avis. Je ne me mêle plus d'une affaire odieuse Qui me plut à ce point.

VALBELLE.

Elle m'est précieuse

En me montrant, ma sœur, combien je vous suis cher. 1. Var.: une telle.

2. Var.: Exista-t-il Jamais de femme plus heureuse.


MADAME VALBELLE.

Nous aurons ce matin notre monde d'hier.

VALBELLE.

L'abbé Delmâre en est ?

MADAME VALBELLE.

Oui.

VALBELLE.

Tant mieux, je désire

Beaucoup de le connaître. Adieu.

SCÈNE IV

MADAME VALBELLE, monologue1.

Il se retire.

Quel homme quel orgueil je suis tout hors de moi. Il faut donc prendre ici ses caprices pour loi

1. Ailleurs, nous avons, en prose, une première ébauche de cette scène.


Quelle opiniâtreté Quel orgueil incroyable Il ne l'a pas conçu, donc il n'est pas faisable. De ses fausses raisons, dont il connait l'erreur, Il prétend m'éblouir et faire mon malheur. Il met à me convaincre une maligne joie. Charle, aveugle d'amour, à ses désirs se ploie. Il lui fait refuser l'hymen que j'ai conclu, Et sans doute qu'Adèle est le prix convenu. Tout est permis pour moi dans une telle cause.C'est mon fils après tout dont ce rêveur dispose. Oui, mon Charles, tu l'es, toi, mon fils adoré De t'avoir élevé qu'il se vante à son gré, SCÈNE IV

Monologue

MADAME VALBELLE.

Quel homme je suis hors de moi, j'aifaillià me dévoiler. Vit-on jamais tant d'opiniâtreté et tant d'orgueil Il n'a pas conçu le projet, donc il ne s'exécutera pas. TI met un malin plaisir à me convaincre par ses rêveries systématiques. Charles refusera Mlle de Clérac et par la suite sans doute il épousera Adèle. Tout est permis dans une pareille cause. Tu es mon fils, après tout, mon cher Charles, et si ce rêveur t'a élevé je n'en suis pas moins ta tendre mère, je n'en suis pas moins chargée de ton bonheur. Oui, n'en délibérons plus. C'est ce bonheur que je dois faire et je le ferai aux dépens du mien, aux dépens du sien, aux dépens de tout ce qui existe. SCÈNE V

ADÈLE.

Maman, Mme de Chamoucy et M. l'abbé Delmare sont au salon. Je vous suis, Mademoiselle. Tu viendras m'aider, petite. ADÈLE.

J'y vais, ma tante.

.1. Var.: Tout doit m'être permis.


1. Copie originale des trois cent six premiers vers de ma comédie, laissée à Bigillion pour en juger à mon retour. La lecture de Shakspeare m'a formé le style depuis lors. Mon carnaval y a beaucoup contribué. J'ai pensé et peu lu, presque pas de vers.

Pour Chamoucy le style de Bilon, de mon oncle, toujours plein de figures, brillanté (ee mot exprime bien mon idée). Coupé, point périodique. C'est le style de la conversation.

J'emporte l'éloge de Bichat comme modèle.

Etudier Franklin, homme à inventions.

Je suis ta mère, moi, je suis ta tendre mère.

Il ne peut m'enlever ce sacré caractère

Le ciel m'attacha seule au soin de ton bonheur, Oui, n'en disputons plus n'écoutons que mon cœur. Je te dois le bonheur, et je saurai le faire,

M'en coûtât-il le mien, le sien et tout.

CHARLES.

Ma mère 1.


LE RACCOMMODEMENT

Scène de comédie

Jouée par Mlle Duchesnois 1 et M. Fleury

ACTE I

SCÈNE V

ADÈLE.

M'aimerait-il encor ? Puis-je donc l'espérer,

Quand ce soir à jamais je vais m'en séparer,

Quand l'hymen détesté où sa mère m'entraîne

M'accuse dans son cœur de suivre une autre chaîne ?

Cependant pour me voir que de transports charmants,

Que d'amour respirait dans ses empressements

Peut-être qu'à l'infidélité l'absence a su l'instruire

Et qu'oubliant l'amour il apprit à séduire;

Malheureuse sans lui l'amour t'égare assez.

Dans quel abîme, ô ciel mes pas sont-ils poussés ?

1. Elle le saura et cela lui fera plaisir.


Il vient poursuivre ici la vengeance facile Des mépris prétendus dont la douleur l'exile; Il va feindre à mes yeux l'amour qu'il ne sent plus, Fuyons, ou plutôt, par d'éclatants refus, Détruisons à jamais ses lâches espérances. Dieu le voici

CHARLES.

Daignez écouter mes instances,

Arrêtez un moment je puis vous voir enfin, Je puis me justifier.

ADÈLE.

Eh mais, mon cher cousin,

A quoi bon tout cela ? pour me demander grâce Sommes-nous donc brouillés ? quelque effort que je [fasse,

Je ne puis voir. ha ha nos anciens démêlés, Oh je n'y songeais plus, (gravement) ils sont tous [oubliés.

Levez-vous ou plutôt adorez ma clémence. CHARLES.

Ah Dieu tout est fini, voilà donc ma sentence1, Adieu, vivez heureuse auprès de Chamoucy. 1. Copiés, le 7 prairial an XII [27 mai 1804], 84 vera, du 322e au 406 exclusivement.


(A part.) Moi je cours à la mort, tout est donc éclairci! Adieu, d'un malheureux gardez quelque mémoire, A faire son malheur vous trouvez peu de gloire, Et peut-être qu'un jour vous le regretterez De vos cruels mépris vous vous repentirez. Vous plaindrez tant d'amour payé de perfidie Peut-être à votre tour, de votre amant trahie, Malheureuse, les pleurs ne seront plus pour vous Un sujet de mépris. Vous sentirez vos coups. Combien aux malheureux c'est une chose affreuse Que tant de dureté que dis-je ? malheureuse ? Hé qui pourrait trahir un objet si charmant, Certain de son amour 1. mais quel est cet amant ? C'est Chamoucy sans doute ? ha contrainte mortelle Ne me refusez pas cette grâce cruelle,

Dites que vous l'aimez j'aurai quelque plaisir De voir toute espérance enfin s'évanouir, D'entendre votre bouche.2 ha pardonnez Adèle, Mon malheur. j'oubliais. cette attente cruelle. Hélas daignez du moins tourner les yeux sur moi, Je ne demande pas que vous changiez de foi, Parlez-moi seulement.

ADÈLE.

Est-ce donc de la haine

Que je vous ai montrée ?

1. Fureur, mais décente, celle d'un homme à manières élégantes. 2. Attendrissement et larmes.


CHARLES.

Ah n'ayez nulle gêne,

N'ayez nulle contrainte, expliquez votre amour, Sans craindre mes transports, n'en craignez nul retour, Ils m'ont coûté trop cher pour y tomber encore Daignez dire un seul mot, c'est un mot que j'implore, Mes importunités cesseront à l'instant1, Vous ne me verrez plus, je partirai content 2. Suis-je assez malheureux Ah cruelle souffrance3! Du bonheur d'un rival c'est la triste assurance, Ce n'est plus mon pardon que j'implore de vous, Je verrai Chamoucy sans marquer de courroux4, Dites si vous l'aimez, vous l'épousez peut-être. Demain ma question ne peut pas vous paraître. Indiscrète. j'entends, vous ne répondez pas 6; Je devrais vous comprendre6, et pour fuir tous mes pas Depuis deux jours entiers vos ruses dédaigneuses, Même de l'amitié 7 les douceurs odieuses, Tant de lettres, objets d'un mépris si constant, Tout m'instruit de mon sort hé bien en cet instant Un reste d'espérance agite encor mon âme, De tourments inconnus je sens l'horrible flamme, J. Var.: aussitôt.

2. Var.: bientôt.

3. 21 floréal [11 mai 1804].

4. 22 floréal [12 mai 1804].

5. L'espérance meurt.

6. Elle renaît.

7. D'une vieille amitié. inutiles regrets d'un amant oublié. Tant de mépris payant des lettres odieuses (deux jours entiers pour ce 362. vers en revenant de Phèdre).


Que rien ne vous retienne. A mon sort préparé, Je sais mes torts, Adèle, et mon coeur pénétré Sait se rendre justice. A votre amant, madame, Je vois combien j'eus tort de disputer votre âme, L'aimable Chamoucy sur moi doit l'emporter, Il aime mieux peut-être et, je n'en puis douter', Vous l'aimez,.mais du moins faites-le-moi connattre. Pour la dernière fois nous nous parlons peut-être 2, On peut entrer (tressaillant), ô ciel et je ne vous [vois plus.

ADÈLE 3.

La lettre que de vous hier soir je reçus Est la seule qu'ici.

CHARLES.

quel est donc ce mystère ?

Chacune fut reçue au paquet de ma mère. Ah peut-être mes pleurs auraient pu vous fléchir, J'espérais vous revoir avant que de partir, Vous ne voulûtes pas et voilà ma ruine, Voilà de mes malheurs la première* origine, 1. 28 floréal [18 mai 1804].

2., Var.: Nous ne nous verrons plus de. bien longtemps peut-être. 3. 1 prairial XII [21 mai 1804].

4. Var.: Funeste.


(Les larmes aux yeux)

Vous auriez vu l'amour qui faisait mon souci 1, Vous ne m'auriez pas pu préférer Chamoucy2. ADÈLE.

Ai-je dit que je l'aime ?

CHARLES.

O Dieu 3 ô mon Adèle

Comment4, il se pourrait ?

ADÈLE.

C'est madame Valbelle

Qui veut m'unir à lui.

CHARLES.

Vous me pardonneriez

1, Var.: dont j'étais transporté.

2. Var.: Vous auriez vu l'amour régner seul dans mon cœur, Sa cause vous eût fait pardonner mon erreur.

3. Var: ciel.

4. Mouvement bien naturel, évidence de l'amour.


ADÈLE.

L'avez-vous mérité 1 ?

CHARLES.

Ah quand vous m'abhorriez,

Ai-je pu vous haïr Je vous ai trop aimée,

Voilà tout mon malheur ma raison opprimée 2

Fut vaincue à vous voir sourire à Chamoucy,

Toujours. 3.

ADÈLE.

Mais quel caprice à revenir ainsi

CHARLES.

J'apprends que dans huit jours Chamoucy vous épouse, L'espoir emporte encore mon âme trop jalouse,

A ne plus vous revoir je ne puis consentir

J'avais quelque espérance. et je la sens mourir. 1. 4 prairial XII.

2. 5 prairial. Pour la rime et non pour le rythme.

3. J'avoue que j'ai mis ce mot toujours pour la douceur du son au lieu

de j'étais.

4. C'est pour elle que Charles a encouru Je blâme de caprice. Elle

a dit cela.


1. 7 prairial [ 27 mai 1804]. 2. Var.: Ai-je pu méconnaître. 3. Var.: j'ai pu être accessible.

Vous daignez excuser une flamme importune,

C'est là tout; seulement, voyant mon infortune, La tendre humanité renaît en votre cœur

Si bonne, vous pleurez de faire mon malheur,

J'inspire la pitié, mais non pas la tendresse.

ADÈLE1.

Et qu'est-ce donc, ingrat ?

CHARLES.

Ah charmante maîtresse,

Tu m'aimes ô transports. bonheur inespéré, O délire. ô plaisir. ah tu m'as égaré,

Mon âme n'est pas faite à des excès de joie.

Ciel aimé pour toujours moi du malheur la proie, Qui si longtemps ai cru que tu me haïssais.

ADÈLE.

Me croyant méprisée encor je t'adorais,

Je n'ai pas su connaître une âme si sensible,

A d'indignes soupçons je fus trop accessible 3,


Ah je me rends justice, et n'ai pas mérité

Cet excessif amour que vous m'avez porté.

Je sens que les chagrins que mes soupçons causèrent Par l'extrême bonté seule se pardonnèrent,

Et rien ne me console ayant pu vous peiner.

CHARLES.

Arrête, arrête, amie, ah cesse de donner

Un bonheur si brûlant, mon âme se divise,

Je me sens expirer ô faveur trop exquise

Peux-tu.

ADÈLE.

Voici maman 1.

1. Après six jours, je suis las des vers, 15 prairial an XII [4 juin 1804].

Copié le 18 germinal pour M. et donnés le même jour à trois heures

et demie. Petite maison sur les bords du lac de Genève. Sorti de chez

elle à six heures

Cette dernière annotation de Stendhal a certainement été écrite te 18 ger-

minal an XIII 18 avril 1805). C'est en effetce jour-là qu'il copia et remit à Mé-

lante Guilbert la scène du Raccommodement, ainsi qu il le rapporte tout au long

dans le Journal. Il y note également l'heure de la sortie de chez Mélanie, a

six heures. Pour te rappel de la petite maison sur les bords du lac de Genève,

il ne peut se comprendre que comme un souvenir du voyage fait l'année précé-

dente, Germinal an XII (avril 1804), par Beyle et ses amis de Grenoble, N.D.L.E.


DU DEUXIÈME VOLUME

ULYSSE. 7 HAMLET. 15 LES DEUX HOMMES. 55 Avertissement 57

Préface. 61

Anecdote. 64

Plans et ébauches. 71

Première ébauche en prose. 221

Ebauches et versions en vers. 364