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Title : Journal. 3. 1806-1810 / Stendhal ; [établissement du texte et préface par Henri Martineau]

Author : Stendhal (1783-1842). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1937

Contributor : Martineau, Henri (1882-1958). Éditeur scientifique

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 5 vol. ; 15 cm

Description : Collection : Le Livre du Divan

Description : Collection : Le Livre du Divan

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : GTextes1

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k6896g

Source : Bibliothèque nationale de France

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421257234

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32425065j

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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LE LIVRE DU DIVAN

STENDHAL

(1806-1810)

III

ETABLISSEMENT DU TEXTE ET PREFACE PAR

HENRI MARTINEAU

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37

MCXXXVII


JOURNAL. III. 1



JOURNAL III



STENDHAL

JOURNAL (1806-1810)

III

D

PARIS

LE DIVAN

37, Rue Bonaparte, 37,

MCMXXXVII



JOURNAL 1806

Dimanche 16 Mars 1806.

NOTA. —La fin de ce journal est coupée par des pièces diverses, mais les dates montrent facilement ce qui fait tableau de ma vie.

Je viens de finir le Paysan perverti, je le commençai hier, il m'a fait pleurer deux fois. La première fois, de générosité, je crois, à ces mots On l'appelle l'ami du galérien, et, au testament de madame Parangon, d'attendrissement.

J'ai senti parfaitement le sentiment auguste qu'inspire un vieillard constamment malheureux, quoique 'criminel, le sentiment qu'Œdipe doit inspirer et que j'ai senti pour Edmond lorsque j'ai lu la lettre de Tiennette « II y a vingtcinq ans qu'aujourd'hui pour la première fois Edmond arriva à la ville. »

Littérateur. En général, le plan est au-


dessus des forces de l'auteur, il ne sait pas faire sortir les événements des caractères, on sent qu'Edmond agit comme s'il était fou, surtout dans les derniers volumes. L'auteur a pu voir, avec une sagacité au-dessus du médiocre, ce qu'il fallait qu'Edmond fit pour paraître excessivement corrompu, le point d'innocence dont il fallait qu'il partit mais, je le répète, il me semble qu'il n'a pas la grande qualité du dramatique, celle de Shakspeare il ne fait pas sortir les faits du caractère, chaque action manque de motif.

Pour prouver le thème de l'auteur, il aurait fallu qu'Edmond, avec des qualités bonnes, mais ordinaires (Emile est ordinaire pour que le récit ne soit pas une exception Rousseau a senti cela), vînt à la ville, que des événements ordinaires en fissent un scélérat, c'est-à-dire une âme sèche sans ressource, et non pas une assez belle âme faisant des scélératesses comme Edmond.

L'auteur a le mérite de bien peindre la passion. Ce mérite est obscurci par un ton de bassesse insupportable comme mon oncle (quelquefois), il fait sortir son esprit de la mythologie, au lieu de le faire sur les choses mêmes cela est lourd. Cet ouvrage n'a nullement le ton de la bonne


compagnie (le ton de Collé, des Mémoires de Choiseul), cela le rend obscur. La morale de Restif .est indécise, il n'a point approfondi, il est encore loin de la morale d'Helvétius.

Autant que j'en puis juger avec mon peu d'expérience et les défauts que je vais reprocher à Restif, il me semble d'être entraîné par la sensibilité et manquer de ce jugement froid, de cette force de perception que donne l'usage du monde. Il a de la chaleur, le brisé de la passion, la naïveté du trait, assez le mauvais ton, le manque du grand talent du poète, l'art de faire sortir les actions du caractère, le manque d'une morale élevée. Son style est étroit, les idées qu'il donne fatiguent toujours le même endroit de la tête, il ne fait pas jouir le lecteur de toutes ses facultés.

Duclos m'a fait dernièrement le même effet, dans son Voyage en Ilalie, je crois. Il sort deux ou trois fois de cet étroit par les mots Alexandre, Darius, effet vivement senti.

Ce roman m'a occupé et épuisé.

J'ai envie d'en lire actuellement un de Mme de Genlis pour voir les qualités contraires, Tanzaï 1, pour voir les moeurs 1. Tanzaï et Neadarné de Grébillon fils.


opposées. Les pensées mères de Restif revêtues du style de Mme de Genlis auraient gagné infiniment.

Ce roman, Delphine, ont des plans vraiment dramatiques.

J'allai le 14 (vendredi) chez Mme Pallard. Je sentis bien l'utilité de la société. Musicien étranger, homme d'un profond bon sens, ce me semble. Nous parlons de Paul 1er, d'Alexandre aimé. Mey, véritable tête italienne, exprimant vraiment le caractère de ses actions. Petitesse vaniteuse du petit Ardisson. M. Samadet manque d'égards pour ceux avec qui il parle. Il n'a pas assez d'égards pour ceux avec qui il parle, il ne vit pas avec ses égaux en esprit. Il n'a pas d'ami. J'y dîne aujourd'hui dimanche. Deux accolades m'ont mis dans un état très froid. (Samedi 15.) Le Paysan me retient jusqu'à neuf heures. Je vais chez Mme Tivollier très bien vêtu, elle ne paraît pas le remarquer, mais aujourd'hui elle me traite réellement à ravir elle n'est pas encore à faire rien d'ellemême, elle reçoit seulement mes petites attentions, je suis avec elle sur un bien autre ton que Meunier, Guilh[ermoz] et Mante, spectateurs. M[eunier] et G[uilhermoz] m'intimident quelquefois.


(Dimanche 16.) Je m'ennuie assez le matin. Je promène trois heures avec Lambert. Garnier nous accoste une demiheure, il périt d'ennui. Ce stupide n'est pas insupportable parce qu'il a des formes mais pas d'idées, il meurt d'ennui. Lambert me conte le siège de Lyon (intérieurement), nous dînons ensemble chez Mme Pallard. Elle croit raisonner et prend sa sensation pour la vérité, elle la soutient avec bile, se met en colère, ses yeux couverts brillent d'un feu sombre. J'observe cela dans la discussion sur Carnot, qui est un coquin parce qu'il ne l'a pas fait élargir sous la Terreur. Je me modère pour menager sa vanité, mais pas assez. Samadet est contre elle entièrement, il a beaucoup connu Hérault de Séchelles il était précisément de nature à être pris par la glu de celui-ci, aussi le fut-il. Il l'avait connu en montant au Montenvers ils étaient treize, dont Hérault, Lenoir, l'ancien lieutenant de police, M. de Cambry et autres de la même force.

Superbe figure de Hérault, cheveux noirs, yeux sublimes, sourire charmant. « Vous laisserez votre tête ici.

J'ai trois sœurs vieilles filles, nous avons cinquante ou soixante mille liv[res] de r[evenu]. Si je m'en vais, on les guillotine et on les ruine. »


M. Triol nous dit que Mme de Staël est actuellement à Genève, où elle joue la comédie en société.

Musique devant Mathias Stabinger, compositeur. Cela m'ennuie assez, pas excessivement comme le concert de ce soir (lundi), dont je sors. J'observais l'homme. Samadet est dégoûté de Collé. Il est, comme moi, enfant sur ces lectures, plus que moi, car je sens que cela ne vaut rien comme lecture il n'y a rien de profond sur l'homme, rien d'instructif il faut lire cela comme poème inspirant la gaieté. Sous ce point de vue, c'est très bon. En général, je m'ennuie chez Mme Pallard. Je n'y vais qu'à cause du bon ton, mais ce grand ton inspire une sorte de gêne, qui ne pourrait être payée que par de la gaieté. Or, la gaieté n'est pas ce qui plaît le plus à Mme P[allard] et à M. S[amade]t il leur faut des discussions, et y briller, y confondre leur adversaire. Leur vanité n'est pas assez tamisée pour se contenter de la gaieté, leur esprit n'a pas la légèreté nécessaire. Il faut à leur vanité une nourriture plus forte. J'en sors à onze heures et demie assez fatigué mais emportant Ancillon, que M. Triol me prête.

1. Il semble qne Beyle avait d'abord écrit puis raturé le véritable nom M. Cagnol.


Cet ouvrage me paraît excellent en général et excellent pour moi en particulier. Il va m'instruire assez de l'histoire depuis la chute de l'empire d'Orient. II suffira que je lise une histoire de César à Augustule et au dernier empereur Orient. Je saurai alors les dix-huit derniers siècles.

Les morceaux sur Mahomet et sur la conquête de l'empire romain par les barbares sont charmants.

17 [Mars].

Je lis cette histoire qui me rend heureux. Je vais voir Rosa et Mme Lavabre. Quelle horreur de jour

Je vais voir une heure Mme Tivollier, avec qui j'avance tout à fait. Je lui touche la cuisse sans qu'elle se fâche. Aurais-je donné contre un escadron creux ? Ma foi, c'est possible, cette femme-là doit avoir une motte superbe et une jouissance emportée. Voir une prude dans cet état, je la foutrai avec plaisir un mois. J'ai eu plusieurs moments de satis-, faction auprès d'elle cependant, rien de moins sûr que la réussite. Je l'accompagne à sept heures jusque chez Mme Arnaud. De là, au concert, plein comme un œuf; cette réunion de femmes m'éblouit d'abord,


bientôt l'air bête de toutes et leur mauvais goût dans leur parure m'ennuient. Il y faisait très chaud, j'étais debout je suis bientôt ennuyé. Je vois les petites Claustrier1 toutes les trois avec Agamemnon, nous nous sourions vingt fois. Je sors à neuf heures, vais chez Mme P[allard], où il n'y avait personne, quoique ce fût son jour, et me voici.

Je sens un peu l'amitié, telle que la décrivent les honnêtes gens (sots encroûtés, mais assez honnêtes), pour Lambert, cette amitié fondée sur l'estime.

Mardi [18 Mars].

Cette soirée doit bien me guérir de la crainte que j'ai souvent que mes propos ne manquent d'intérêt. Je vois que le monde est plein de gens qui ne savent pas être seuls, et à qui un propos, quelque peu intéressant qu'il soit, vaut mieux que rien.

J'ai vu faire une partie de piquet à Mme Tivollier et à M. Pey cadet, je l'ai accompagnée chez Mme Etienne. De là, j'ai été voir un acte de la Mère coupable. Comme le dialogue et les sentiments de 1. Sans doute Colette, Félicité et Pauline dont il a été question le 2 mais précédent.


cette pièce tombent à mes yeux Quel fatras Quelle enflure Quel bavardage Quel soin de sa vanité dans les moments pressés Quelle enflure Mme Turbot, qui crie, mais qui a de la hardiesse et une voix forte, doit être bien plus goûtée que Mlle L[ouason]. Je sors au quatrième acte, indigné comme le Vicomte. Je vais chez Mme P[allard], que je trouve seule avec ses deux filles. La conversation se traîne sur des choses peu intéressantes. Samadet arrive, qui veut commencer une discussion il se hâte de dire quelques mots, et à propos de bottes fait entrer l'histoire de deux discours qu'il a faits. Nous allons chez Mme Filip. II est décidé qu'on a sifflé Mlle au concert. Je l'ai entendue. Mme Filip ne veut pas le croire, et dit ensuite que cela ne lui aurait rien fait. Elle s'est fait ou veut se faire un front qui ne rougit jamais. Il y a là sept à huit vieilles, Mme bonne vivante, gaie, disant à chaque instant des choses de mauvais comique, tempérament sanguin, mangeant comme un diable, bon caractère. Elle fait un contraste parfait avec les six vieilles (de quarante-cinq à soixante), rongées de vanité, ne parlant que d'elles, s'étendant à l'infini sur leur déjeuner, se disputant avec aigreur, se disant des malhonnêtetés. Qu'il faut être


malheureux chez soi pour aller dans de telles sociétés

Quel propos ne doit pas être trouvé charmant au milieu de ces non-sens J'ai écrit ce matin à G[renoble] sur Ancillon 1. Caractère du triste Blimich il a bu ce soir une demi-bouteille de vin avec Samadet.

19 Mars 1806.

En lisant Mme de Staël. Staël Influence des Passions.

Je cherche à traduire les pensées de Mme de Staël en français, pour qu'elles me soient utiles.

1. La base du bonheur des caractères qui ne sont point passionnés est toujours la même, elle est la certitude de n'être jamais dominé par un sentiment plus fort que soi.

Leur malheur est produit par le renversement de leur fortune, la perte de leur santé, etc., etc., et non par les sentiments qui les agitent, par ce qui se passe audedans d'eux. (M. Baux, Mme Tivollier.) 2. Le bonheur

Le bonheur tel qu'on le souhaite est 1. Correspondance, t. II, p. 167.


la réunion de tous les contraires. Pour les individus, c'est l'espoir sans la crainte, l'activité sans l'inquiétude, la gloire sans la calomnie, l'amour sans l'inconstance, l'imagination qui embellirait à nos yeux ce qu'on possède et ne ferait pas regretter ce qu'on aurait perdu. Voilà le bonheur impossible que l'on désire. Le bonheur qu'on peut acquérir est l'état dans lequel on se serait mis à l'abri de toutes les grandes peines.

3. Un homme peut se proposer pour bonheur l'indépendance morale la plus parfaite, c'est-à-dire l'asservissement de 'toutes ses passions.

4. Les nations sont élevées par leurs gouvernements, comme les enfants par l'autorité de leur père.

Les nations ne courent pas la chance du hasard, elle est calculée d'avance, un père peut facilement manquer son but. 5. Dans les littératures on a commencé par la recherche et l'affectation, les grands écrivains ont ensuite fait admettre le genre simple. Le discours du Sauvage dirons-nous aux ossements de nos pères », etc., etc.) a plus de rapport avec la langue de Rousseau qu'avec celle de Brébeuf.

JOURNAL. III. 2


La même chose en mécanique

La même chose en mécanique la machine de Marly, construite sous Louis XIV, plus compliquée que celle qu'on construit.

6. L'homme qui se vouerait à la poursuite de la félicité parfaite serait le plus infortuné de tous les êtres. On doit chercher à se rendre indépendant des circonstances. 7. Se rendre indépendant des affections des autres.

8. Pour les gens passionnés, ce que l'on n'a pas senti soi-même est connu de la pensée, sans jamais diriger les actions. 9. Quelque temps après votre début dans le monde, quatre ou cinq ans, on commence à vous juger et à voir s'il convient de s'attacher à vous.

10, Un désir est une passion lorsqu'il absorbe toutes les autres affections de l'âme. Nous allons traiter du bonheur et du malheur des passions. (I, 54.)

De l'amour de la gloire (55).

11. Celle de toutes les passions qui a le caractère le plus imposant. On en retrouve


la trace chez les sauvages, mais ce n'est qu'au milieu de la société qu'elle est vraiment passion.

Après la vertu, qui fait trouver dans sa conscience le motif et le but' de chaque action, le plus beau des principes qui puisse mouvoir notre âme. (C'est le mobile des héros de Corneille, ils seraient plus beaux avec l'amour de la vertu.) Contrat proposé par l'amant de la gloire, jamais tenu par les nations (et Corneille, Molière, etc.).

La gloire remplit l'âme d'un orgueilleux plaisir on se croit immortel, infini, tous les pas qu'on fait pour y parvenir sont des jouissances.

La gloire des écrits et celle des actions, différentes. La première peut jouir des avantages de la solitude, la seconde est dispensée d'attendre. La première est rarement contemporaine (la seconde est rarement posttemporaine. H.). La seconde (la gloire des actions) donne le plus haut point de bonheur que cette passion puisse procurer (61).

Abandonné par dégoût je crois que j'étais encore la dupe de l'enflure. Les pensées de cet ouvrage sont vraies, mais de détail me figurer par là l'effet d'un mauvais style. Il est possible que le style


de Shakspeare choque M. Candon comme celui de Mme de Staël me choque en ce cas, je conçois que ce grand poète lui soit insupportable.

Thougths 1

Clarté, propriété de termes, absence

de toute éloquence, la fuir exprès.

Fondamenti dell' arte nella conocenza dell' uomo, e pensieri riformatrici di me stesso per rendermi pi alto a pensare protondamente e veder chiaro nel profonde del cuore umano 2.

La tragédie est fondée sur la sympathie, cette propriété de quelques hommes qui leur fait éprouver les sentiments qu'ils voient être éprouvés par d'autres. La manière dont on doit présenter les sentiments à la sympathie du spectateur doit se tirer de la plus ou moins grande force de cette propriété chez lui. J'écrivis ceci le 30 thermidor XIII 1. Pensées. 30 thermidor XIII, after the second walk ta the Apple. (Note de Beyle.) Le 18 août 1805, après la seconde promenade à La Pomme.

2. Fondements de l'art de la connaissance de l'homme et pensées de réforme de moi-même pour me rendre plus capable de penser profondément et voir clair au fond du cœur humain.


[18 août 1805], après mon second voyage à La Pomme with M[elania] and M[ante], I believe 1.

J'aurais été parfaitement heureux, sans l'embarras de bien jouer l'amoureux et si je n'eusse pas été l'amphitryon ces soins me gênaient et, au bout de huit ou dix voyages, peut-être, me les ont rendus ennuyeux. (Mars 1806.)

21 Mars 1806.

Alexandre Mallein me semble entièrement jugé à mon égard c'est une connaissance du monde, ne faisant jamais que compter avec moi, que je m'obstine sottement à vouloir faire sympathiser en ami. Il est d'ailleurs sans esprit, mais bien loin de la stupidité sa précipitation (le peu d'audience qu'il donne à chaque idée), qu'il prend pour de l'esprit ou pour une grâce, nuit beaucoup à ce qu'il puisse porter des jugements sains. II n'aura jamais de noblesse ni de profondeur dans la manière de voir. Il est allé en Italie infecté de tous les préjugés grenoblois il y a appris l'italien dans Del Principe e delle leltere d'AIfieri, cela lui ôtera 1. Avec Mélanie et Mante, je crois.

2. A. Mallein devait épouser en 1815 la plus jeune sœur de Beyle Zénaïde-Caroline.


quelques préjugés. Il est d'ailleurs revenu d'Italie plus sérieux qu'il n'y était allé (cela au grand étonnement de Faure) c'est tout simple la vue d'usages différents et un peu de bon sens font travailler son jugement.

Feugas le trouvait encroûté il y a huit mois. Voilà un jeune homme vif et impétueux, mais fait pour avoir bien plus de noblesse dans la manière de penser, plus de sensibilité en un mot, sur un sujet bien supérieur à l'autre.

Voyez la lettre de Mallein du 17 mars, reçue aujourd'hui, et nos deux précédentes. (Gustave Wasa :) « Au défaut d'une grande richesse d'idées, il avait une idée dominante, ce qui vaut peut-être mieux pour l'action et, comme tous les hommes qui ont décidé du sort des nations, il avait plutôt un grand caractère qu'un esprit vaste et profond. » (Ancillon, II, 155.) Voilà peut-être la différence (ou une des principales) des grands auteurs et des grands rois, du Tasse et de Gustave, cause de la différence de gloire que la postérité lui accorde.

Certainement Voltaire m'est plus utile, à moi Français du xixe siècle, que Frédéric II, et cependant je parle presque aussi souvent de l'un que de l'autre. Le premier, esprit, le second, grand caractère, mis en


position de le prouver et de le faire valoir. A examiner.

25 Mars. Mardi. Fête.

Je viens de passer deux heures avec M. et Mme Tivollier. Je crois T[ivollier] un peu jaloux de moi, sa femme m'a reçu moins bien.

Quel profond ennui dévore ces bonnes gens Ils ne doivent de ne se pas croire les plus malheureux des hommes, qu'à n'avoir pas assez d'imagination pour se figurer un bonheur au-dessus de cet état. Fussent-ils même riches, ils croupiraient de même. L'on dit « T[ivollie]r est heureux dans sa famille. » Ne pas me laisser séduire par le récit de tels bonheurs.

L'ennui commence à me faire sentir le vide de M[élanie]. Dimanche, j'étais absolument fermé à toute sensation agréable. Nous tuâmes longuement le temps, Lambert, Mante et moi, en nous promenant. J'allai chez Trouchet, où P— m'embrassa. De là, chez Mme Filip. Le sec ennui me poursuivait.

Hier lundi, j'étais autant ouvert au plaisir que j'y avais été fermé la veille. Le concert Fridzeri 1 m'amusa, la conver1. Violoniste virtuose 1741-1819.


sation de Lambert m'intéressa. Nous devons faire un de ces jours un piquenique avec Mmes Filip, Pallard, etc. L[ambert] me dit que S[amade]t et Mme P[allard] me croient Werther dans tout le grand du caractère.

L'esclavage où me tenait M[élanie] me pesait souvent, l'abandon où me laisse son départ m'ennuie. Il faut donc me corriger pour être heureux. J'ai besoin de donner de nouvelles habitudes à mon désir du bonheur.

26, Mercredi.

M[élanie] ne m'écrit point, je ne sais ce que cela veut dire mais sa dernière lettre, qui était la première de quelque étendue, était froide. Est-elle seulement piquée, ou ne m'aime-t-elle plus ? J'ai de violents soupçons sur Leases and Girard cela me fâche, diminue le bonheur dont j'ai joui, mais il faut voir la vérité. Je sors de chez Mme Pallard à minuit et demi, j'y ai perdu 9 livres et ne m'y suis guère amusé mais cela me rompt à la société, j'y suis encore bien loin du sang-froid désirable, je suis aimable par veine, ce qui est bien éloigné du bon sang-froid.


On a beaucoup parlé du pique-nique de samedi il s'engage sans empressement.

Nous sommes convenus avec Samadet que l'individu américain était le plus désagréable possible, beau fruit du gouvernement le plus passable qui existe Ils sont surtout d'une avarice et d'une bassesse incalculables. Est-ce l'effet du gouvernement ou de toute autre chose ? Soirée d'hier, grands principes de S[amade]t, il prend tout au sérieux devant M. A. Martin, de Lyon. Voilà ce que j'aurais été, sans la découverte du comique. Actuellement, comme c'est le règne des contes de revenants, il les croit tous vrais et soutient qu'il est beaucoup de choses qu'on ne peut s'expliquer.

Trait de lord Littleton avec l'abbé italien, son confident. L'or, les bijoux, le poignard tiré et remis, Littleton feignant de dormir. « Pourquoi ? J'étais à chercher s'il y avait une vertu en vous qui pût vous sauver. Je n'en ai pas trouvé une, c'est à cela que vous devez la vie. Prends cet or, et va-t-en »

Cet Italien fit une fin funeste que S[amade]t nous contera. Mort de lord Littleton, le plus remarquable de ces traits.

M. de Montvallon « M. d'Entre-


casteaux disait à sa femme1 « Mais il est bien étonnant que, dévote comme vous l'êtes, vous n'ayez pas approché des sacrements », etc., etc. Enfin, elle communie le jour de la Pentecôte il la poignarde la nuit, on dit après avoir fait ça avec elle 2. »

Ce Montvallon a réellement de l'esprit. Lemey est bon, sans trop d'esprit, on peut dire de lui, ce me semble il n'a pas d'esprit, mais il n'est pas bête. Rippert, vilain cochon d'agent de change. On dit les fêtes de mai renvoyées, l'empereur allant en Italie, par Marseille, se faire couronner roi de Naples, apparemment. S[amade]t prêche la paix, peutêtre pour faire continuer la société par Tivollier.

J'ai fini aujourd'hui le second volume d'Ancillon, ouvrage qui m'est excessivement utile. Je crois qu'il me fera abandonner l'amour de la république pure pour un état moderne.

J'ai vu Garnier, qui me fait mille amitiés; il est bon. Mme C. est partie de Paris pour Ay.

1. Angélique de Castellane assassinée en 1784 par son mari, le marquis d'Entrecasteaux, président au Parlement de Provence.

2. Idée d'un assassin. Shalcspenre l'a peinte « Il prie, il serait sauvé 2, dit, je crois, Hamlet. Toute comparaison cloche. (Note de Beyle.)


Jeudi [27 Mars].

J'écris ceci dans ma nouvelle chambre, qui me rappelle celle que j'occupais à Reggio et où j'écrivis avec tant d'enthousiasme. Je loge chez Mme Tournier, je lui donne 27 livres par mois, et 3 livres au valet. Je suis allé avec Samadet aux prés de Montfuront, nous sommes partis à deux heures un quart et rentrés à cinq. J'ai presque continuellement parlé, j'en suis encore épuisé. A une autre fois les détails.

Je sors de chez Mme Tivollier, où j'ai trouvé MM. de Montvallon, le fils toujours plein d'esprit il vient de me conter des anecdotes pendant deux heures. Comme j'entrais, S[amade]t finissait la sotte réponse d'un marin à M. Blimich « Je ne suis pas constructeur. »

On a parlé du duel périodique de M. le maréchal d'Armentières pendant vingt ans il avait reçu périodiquement un coup d'épée d'un officier de dragons passionné pour son métier. Cette passion le porta à aller voir de grandes manœuvres que commandait d'Armentières il était enveloppé d'une énorme pelisse, arce qu'il avait la fièvre depuis très longtemps. Cette fièvre l'empêchait de manœuvrer


avec son corps. M. d'Ar[mentières] lui fit signe de s'éloigner, qu'il le gênait l'officier, qui voyait que le déploiement ne devait pas l'atteindre, resta M. d'Ar[mentières] courut à lui et lui donna un coup de cravache. L'officier, sans lui répondre, ouvrit sa pelisse et montra son uniforme. «,Je vous entends. » Duel, deux heures après.

« Je n'ai pas encore eu le temps de donner ma démission, mais je la donnerai demain. »

Depuis lors, tous les ans, le maréchal d'Ar[mentières] empochait un coup d'épée. Mort « Faites-moi compliment, je puis vivre autant que Dieu voudra. » Le comte d'Egmond, six pieds deux pouces, fenêtre dans la perruque au' parterre de l'Opéra au sortir, un doigt sur la bouche, Chut! et un coup d'épée. Trois mois après, il reparaît, il rencontre son homme dans le monde encore chut! et un coup d'épée. Après le septième ou huitième, d'Egmond couché par terre « Tuez-moi si vous voulez, mais je ne veux plus me battre.

C'est assez j'avais l'honneur d'être ami de M. votre père, il vous a recommandé particulièrement à moi. J'ai jugé que vous aviez besoin d'une leçon, et je vous l'ai donnée. Conduisez-vous mieux.


Si mon père m'avait recommandé à trois ou quatre de ses amis, il y a longtemps que je n'existerais plus. »

Montvallon le père ou le fils ne parlent pas d'un gentilhomme de Provence sans ajouter « Il était mon proche parent, il était de notre famille », et un instant après « Un des plus grands seigneurs du pays. » Cela et l'air de conter parce que cela lui plaît, et non pour vous faire plaisir, sont les deux seuls ridicules du fils.

Le comte de Vence. Excuse à Villars. Vers à ses filles. A Mme de Bauffremont.

Je mets la conversation sur Mirabeau, détails immenses que j'écrirai quand je serai moins harassé.

De là, Maury. Ses deux sottises, etc., etc. Son histoire, celle de Fontenay. Election du pape Pie VII, athéisme des cardinaux. Le pape, évêque de Rome, nous ayant Naples. Je détaillerai tout cela quand je serai moins fatigué.

Montv[allon] développe le caractère singulier de l'honneur français. Quelle futilité, quelle facilité dans les sacrifices, quelle différence entre ces hommes et M. Samadet S[amadet] vaut bien mieux. A travers les égards respectueux du fils parlant à son père, il me semble qu'on distingue bien le successeur las d'attendre.


Meunier a bien remarqué que je m'étais logé vis-à-vis Mme Tiv[ollier]. « C'est ce qui m'y a particulièrement engagé », ai-je appuyé.

Mir[abeau] fait voler par Sophie toute la vaisselle et l'argent de M. Lemonnier, la vend à ses parents pour 2.000 louis, se cache dans la cheminée lorsqu'il la livre dans un village frontière.

Sa force de séduction.

Son propos au café, à Aix. Il passe la nuit, se montre à la fenêtre, départ de Lassalle pour Toulon, le bonhomme Marignane, très instruit des affaires du XVe siècle mais ne se doutant pas de ce qui se passe autour de lui, le Rouge, le coup de pied avant d'aller à l'église.

Lâcheté de Portalis, ministre. M. de Montvallon le père lui rend la parole. Le prince Ferdinand au Parlement, M[irabeau] ne lit pas son discours, est superbe, pendant deux heures s'emporte, Portalis déchire son discours, Mirabeau sort en se mordant les poings. La tendresse de la correspondance lui aurait fait gagner sa cause.

Duc, richement apanagé et premier ministre. Empoisonné, suivant Maury, Cazalis et Tonneau son frère, par les d'Orléans perdus.


J'ai reçu aujourd'hui une lettre de Mélanie de cinq pages, mais toujours froide une de six de Crozet, dont le naturel nourri et fort m'a pénétré d'amitié. Barral à Trieste.

Le sang juif réprouvé en Provence parce qu'il excluait de Malte. Une étincelle tombe, met le feu à la perruque LE JUIF

Ainsi brûla jadis et Sodome et Gomorrhe. LE S.

Quoi! du VieuxTestament vous souvient-il encore ? (MONTVALLON.)

30 Mars 1806.

J'étais gai ce matin, dans mon lit, en me réveillant. Je me suis allé souvenir que c'était dimanche. J'étais déterminé à lire Vertot (Portugal)1, à l'instant je me suis mis à douter si je devais le lire. Il est cinq heures et je ne l'ai pas lu à l'instant où j'ai eu cette pensée ce matin, j'ai senti l'ennui pénétrer en moi. 1. Histoire des révolutions de Portugal.


J'ai donc encore besoin d'une occupation. Je n'ai pas assez de sagesse pour savoir m'en faire et remplir mon loisir, cela est évident. Paris, avec une place auprès de mon cousin, me conviendrait donc à merveille mais il y a toute apparence qu'elle ne viendra pas.

Je dois bien m'interroger pour savoir ce que je dois désirer au fond, je crois que je n'en sais rien. Je vois

Barral malheureux il voudrait quitter le service1

Crozel; il aime beaucoup B 2. et paraît avoir été repoussé il se voit pour la vie un sort ennuyeux

Plana 3 vient de voir donner à un autre une place qu'il espérait, il parait qu'il s'en console presque entièrement avec le travail

Lambert est malheureux parce qu'il a pour toute perspective courtier à Lyon, et pour premier plan nécessité de sortir de chez T[ivollier] où il ne fait rien. D'un autre côté, les gens au-dessous de ceux-là s'estiment heureux, et le sont 1. Louis de Barral donna en effet sa démission d'officier le 14 octobre 1807, pour raison de santé.

2. Blanche Rougler de la Bergerie, fille du préfet d'Auxerre. 3. Plana, condisciple de Beyle à l'Ecole Centrale de Grenoble, puis élève à l'Ecole Polytechnique de Paris. D'origine piémontaise, il fit à Turin une carrière de mathématicien et d'astronome (1781-1864).


Colomb, Mallein sont heureux, le premier surtout.

Bigillion et Champel 1 sont assez heureux et se croient tels.

Moi, j'ai passionnément désiré être aimé d'une femme mélancolique, maigre et actrice. Je l'ai été et n'ai pas trouvé le bonheur continu.

C'est, je crois, que ce bonheur continu est une chimère, que je n'ai pas la raison de tirer tout le bonheur possible de ma position. En général, la sagesse me manque infiniment au fait, je ne sais pas ce que je désire. En gros Paris, auditeur, huit mille livres, répandu dans le monde du meilleur ton, et y ayant des femmes. Je n'ose pas me dire à moi-même je suis malheureux mais je m'ennuie souvent cruellement, comme dimanche dernier, un peu celui-ci le nerf qui me fait penser ce que j'écris et l'écrire m'a un peu tiré de l'ennui.

La base de cet ennui est que je suis dégoûté des plaisirs des autres.

La partie d'hier samedi, par exemple, ne m'a pas ennuyé qu'à l'aide de la curiosité et de cette réflexion, si, me promenant en grande mélancolie avec une 1. François Bigillion, un des plus intimes amis de Beyle an temps de l'Ecole Centrale (cf. Henri Brulard), était greffier à Grenoble. Champel habitait lui aussi Grenoble.


demi-tasse de cale dans le corps, j'entendais le bruit de ce dîner, quelle cause de malheur De près, quelle horreur Voici ce que c'est le pique-nique projeté a eu lieu aux prés de Montfuront. J'y vais tête à tête avec Samadet, morceau de l'Argus. Combien il faut peu craindre pour le vrai talent des hommes que je puis rencontrer Quel homme que Samadet Conduit par ses passions dans le genre de Meunier, mais d'un ordre beaucoup plus relevé, se croyant enthousiaste du vrai beau en musique et en caractère (le grand caractère un de Witt, un Gustave, etc.), dans le fond ayant presque toutes ses sensations faussées, et cependant un peu de sensibilité, mais très vaniteux, comme tout le monde. Se donnant sans cesse des ridicules ineffaçables. Si l'on voyait ceci qu'il est méchant Et cependant c'est tout bonnement ce que je prends pour la vérité mon paraître, et j'ai de l'inclination pour l'homme.

J'étais en train de le bien mal juger le 30 janvier, Lambert m'arrêta j'allais le prendre pour un profond hypocrite sur ce qu'il avait défendu éloquemment la religion et vanté tout, jusqu'à la servante de Mme Tivollier. Point il n'a pas assez de force de tête, de constance, de volonté


(voilà le mot), pour cela il voulait seulement briller dans la conversation, faire de l'éloquence, s'émouvoir lui-même. J'ai été plusieurs fois en ma vie bien près de ce ridicule âgé de sept à huit ans, je fis, en allant à Claix, la description d'un pays superbe à mon père, que je lui dis avoir lue dans l'Histoire des Voyages de La Harpe ce pays, suivant moi, était Ceylan. Je mentais, je m'émouvais par mon récit, j'avais le plaisir d'influer sur mon père, je me croyais très éloquent toutes ces causes me mettaient dans l'enthousiasme, je continue jusqu'à ce que je sois las. Voilà, je pense, ce qui se passe dans Samadet. Tout cela le rend enfant, toujours porté par son goût actuel. C'est un des hommes les plus orgonifiables possible, aussi l'a-til été en plein, par un nommé de Grant, je crois.

Nous trouvâmes (je commence à bien prendre cette mauvaise habitude, au lieu de nous avons trouvé) ces dames arrivées à la maison de Julien le joueur, appelée, je crois, le Rouet. Point de plaisir froideur générale elles allèrent s'asseoir un moment en B, de là vinrent bien vite mendier des sensations à un pharaon qu'elles établirent.

coupables.


Tout cela ne m'amusait guère. Nous revenons, on dîne on ne dit rien à ce

Tout cela ne m'amusait guère. Nous revenons, on dîne on ne dit rien à ce dîner. J'y apprends ce que c'est qu'une jardinière et des chinois.

Mme Filip, à ma droite, se grise avec du vin blanc bavardage sans imagination ni gaieté. Mme Decrai continue à me paraître au-dessus de ces femmes elle leur dit des vérités méchantes de l'air le plus bonhomme possible. On chante, le tout tristement, Wildermeth d'une manière ridicule. Il faut que j'apprenne une ou deux chansons de table. Le petit Teissier continue sa petite amabilité trotte-menue. Il est bien dans son rôle, avec sa taille l'esprit le choisirait, le ridicule qu'on voudrait lui donner ferait rire, mais passerait. Il parle toujours de petites niaiseries. Il parla toute la séance à Mme Collavier, Mlle Filip et deux ou trois vieilles, que Dieu confonde. Cette vieillesse dégoûtante me ferait mal au cœur. Mme Pallard, coiffée d'un chapeau de feutre, était d'un laid et d'un mauvais goût unique dans toute la force du terme, toute l'assemblée très ridicule. Mais ce n'est rien au sortir de table, elle me prend sous le bras pour aller cueillir des aubépines pour ses paues peites fiies, tout le langage qu'elle parle à son chien et que M. Samadet et elle se parlent quelquefois devant le monde.


Je fus sur le point d'éclater, et n'eus le courage de lui rien dire 1.

L[ouis] Tivolliér, à côté de Mme Tournefort, eut l'air le plus ennuyé du monde, il y avait mille lieues de cela à son cigare et à ses habitudes, cela était peut-être le grand monde pour lui 2.

Nous partons, Mme Filip sous mon bras. Elle agaça sans esprit tout le long de la route la grosse Mme Decrai, à qui je donnai une tape sur le cul, qu'elle repoussa avec la véritable dignité. J'avais pris les cuisses à Mme Filip tout le dîner, et même le c.n son ivresse et son horrible laideur, qui en faisaient absolument une femme de la halle, m'en ont si fort dégoûté que, hier dimanche, je ne me suis senti aucun goût pour aller chez elle 3.

Je ne retrouve plus que par instants rapides et rares comme l'éclair ces sentiments délicieux que me donnaient une pluie, un brouillard, etc., quand j'étais dans le pays des chimères sur les femmes. Ce temps, que nous eûmes en revenant à Marseille, me rappela Milan. Quelle émotion j'avais dans les mêmes circonstances, en revenant de la promenade avec Angela 1. I ought to bc animated (1809). (Note de Stendhal.) [J'aurais être animé.]

2. Oui. (Note écrite postérieurement pur Beyle.) 3. J'aurais dû l'avoir. (Note de Beyle.)


Pietragrua Je puis concevoir la vieillesse d'après cela.

Nous arrivons assez mouillés chez Mme Filip. Elle s'évanouit et prend une attaque de nerfs.

Stupidité nullement touchée de toutes ces femmes, ses amies ce fut vraiment hideux. Elle fut secourue par moi, Mme Decrai (qui dans ce trou passe peutêtre pour son ennemie), Mante et Tivollier à ma demande. C'était la première attaque de nerfs que je visse. Froideur et stupidité de sa fille elle a l'âme aussi plate que la figure, à ce qu'il paraît.

Mme Filip est étendue sur un lit de repos dans son salon jaune, dont son indolente fille a enfin trouvé la clef. Elle fait un rot, qui me dégoûte tout à fait d'elle. Figure et soupirs voluptueux en gamme chromatique ces soupirs voluptueux surtout en respirant la fumée d'amadou.

Voilà comment on meurt Pour l'intérêt de l'amitié des entours avec un jeu de tendresse forcée, essayant de couvrir ce tuf naturel1.

Elle se remet, passe dans son salon. On

1. Cette image, en usage sous Louis XIV, je crois, me paraît juste. Flgurez-vous une cheminée en tuf recouvert de plâtre la couche tombe, s'use, est trop légère et laisse voir le tuf image des affections de société. (Note de Beyle.)


éteint un quinquet, baisse l'autre. Les Revenants, chanson de Wildermeth. Arrivent plusieurs femmes, dont Mme Grimblot, toujours du même naturel plein de sensibilité dans les manières et de la même haleine enchanteresse 1. Avant cela, Samadet s'est couvert de ridicule aux yeux de vingt personnes seulement, comme Pacé et moi. Duos anglais, voix fausse. Quel besoin de sensations a cette pauvre société Combien on doit peu craindre de l'ennuyer par la futilité des objets, pourvu qu'on ne soit pas obscur, et on le devient dès qu'on a de l'esprit. Tuf de Wildermeth bien vu ce jour-là.

Cet homme a étudié la dignité son air propre, sa taille, quelque chose de cruel, de maigre et de distingué dans la figure, tout concourt à lui rendre ce genre-là le plus propre de tous. Si ce caractère était de son choix, cela lui supposerait plus d'esprit qu'il n'en montre. Du reste roide, sans goût ni grâce, mais Lovelace de Marseille, séducteur par le sentiment. La force des préventions sur moi ce que Mélanie m'en avait dit me l'a fait croire quelque chose jusqu'à avant-hier. On dirait que ma mémoire n'est que la 1. Froide coquine. L'enfant noyé. (Note de Bevle).


mémoire de ma sensibilité. II ne se découvre pas tant qu'il est sérieux, mais la course avec Mante (bonne en soi, car cela dessine le caractère Werther), ses chants, tout cela montre nulle sensibilité, nul nerf. Sa manière de conter en cherchant ses idées, n'en ayant guère, tâtonnant sans cesse, embarras dans toute habitude du corps, et enfin choisissant mal ses idées. Ce n'est, ce me semble, qu'un pompeux et distingué sot, bien le fait des femmes, véritable héros, donnant sans doute toute l'attention nécessaire aux détails. Aussi est-il peut-être la conquête la plus distinguée de Marseille.

J'eus là un crescendo de manière de conter après Wildermeth, ridicule à Paris, racontant d'ailleurs une histoire imprimée, Samadet, supériorité infinie, facilité d'élocution, se faisant écouter, assez de feu, mais manière (dans le sens de la peinture, comme je pense souvent manière de Pigault-Lebrun, de mon oncle, tous leurs héros intéressants autant que possible et par les mêmes circonstances). Après Samadet, Montvallon le fils 1, parfait presque dans le conte effrayant grande figure de soixante pieds, près de Pisse-Vache, descendant le Rhône, passant 1. Cf. Paul Arbelet Stendhal épicier, p. 113.


les buissons il revenait de Saint-Maurice audience cachée de l'envoyé français, pour une personne qu'il aimait beaucoup, actuellement en France, sur le point d'être guillotinée sa bougie à l'ossuaire de Morat; un quart d'heure absorbé, il hésite à la vue il court enfin après la figure fuit coup de canon d'une pièce de huit. Parfait presque noble simplicité, une grande âme parlant de ce qui lui est arrivé cela, avec la figure et le souris noble et mélancolique de Talma, aurait été parfait. C'est l'homme à qui j'ai vu le plus d'esprit ici. Il a émigré à seize ou dix-sept ans, un an après être entré au service a vu les troubles de la Suisse trait digne des Romains, les jambes rongées par les fers « Dois-je me plaindre ? C'est pour ma patrie que je souffre. » Je suis comme Tacite, magnum libenter crederem.

Je sais qu'il faut toujours conclure au commun, jusqu'à la preuve du grand, mais il ne serait pas impossible que ce Casimir Montvallon, vivant dans la solitude, ayant autrefois cinquante mille livres de rente dans sa famille, actuellement cultivant un domaine d'abord pour vivre, émigré à dix-sept ans dans le malheur jusqu'à aujourd'hui qu'il a trente-deux ou trentequatre ans, ne fût un grand caractère.


Haïssant les femmes pour une qui l'a trahi, dit-on, sale, les yeux pleins de sang, l'air opiniâtre, sanguin et peu fidèle en promesses, figure sans aucun grand trait expressif, tout cela vu par moi, qui me connais très peu en lavatérisme. Ne perdant point son énergie en paroles en soignant et habillant son esprit, il enlèverait haut la main tout ce que j'ai vu ici, mais je crois qu'il se fout de ça. Je ne l'ai point vu dans le genre Fleury, dépouillé de noblesse, n'en ayant pas même autant que Samadet, bien loin de Wildermeth.

Je sors de chez Mme Filip à dix heures, vais voir Mme Tivollier. Elle me rafraîchit le sang elle est jeune, simple en comparaison des autres, et je lui fais la cour. Je retourne chez Mme F[ilip] à onze heures et y reste jusqu'à minuit. J'en sors avec Montvallon, que j'accompagne jusque vis-à-vis chez lui. Il ne m'a pas donné la plus légère marque d'amitié, il me paraît difficile à aborder, et détromper mais je crois qu'il doit soupçonner dans moi une âme qui pourrait peut-être bien le comprendre. Il ne doit pas avoir beaucoup de sensibilité.


1er Avril.

Je suis encore si enfant qu'ayant eu à écrire à m[on] g[rand-]p[ère] une lettre où je parle de mes maux, en les détaillant et les outrant même un peu, je suis parvenu à me persuader moi-même et à être attendri et très triste. Ces lettres me rendent presque malheureux. Je me suis mis à lire il Principe de Machiavel, vrai remède à cette sensibilité mobile, qui me rend femme et qui est déguisée sous ma facilité à raisonner mais cette facilité ne me donne pas les habitudes qu'il faudrait que j'eusse. Machiavel ne m'amuse pas, mais je le comprends c'est beaucoup. Peut-être viens-je seulement d'être mûr pour l'histoire et y prendrai-je beaucoup de goût.

J'ai vu hier Rey au fort Saint-Jean. J'ai brillé, dans le genre de Samadet, en m'émouvant moi-même, aux yeux de Guilh[ermoz] et de Dufay. Mauvais genre. Je me suis habillé et suis allé chez Mme T[ivollielr, où étaient des Anglais et S[amade]t. Il a chanté comme à l'ordinaire, moi j'ai brillé aux yeux de Mme Tivollier. Jamais de conseils. Est-ce à celui qui n'est pas encore entré dans la vie à


en donner ? Que je me souvienne du profond ridicule de ceux que je donnais à Adèle et de la réponse humiliante et méritée par laquelle je l'en punis 1. Des presque-conseils que je donnais un jour à Pacé au Palais-Royal « Au fait, que faites-vous dans votre vie ? » et de l'air étonné et offensé dont il me regarda, n'étant pas plus offensé que parce que je n'avais pas assez de consistance pour cela.

Donc, etc.

Bonne comédie monarchique.

Un homme comme T, qui est plein de vanité, qui n'agit que par vanité et qui parle sans cesse République, qui la désire et qui, au bout de deux jours, en serait aussi las que possible, on le montrerait désirant un gouvernement qui tue toutes les vanités par vanité, on mettrait dans un des caractères accessoires de la pièce l'homme qui désire la république parce qu'il ne peut rien faire dans la monarchie, il se croit profond parce qu'il n'a pas l'esprit brillant.

1. MM. Debraye et Royer pensent dans leur excellente édition du journal que c'est là un lapsus et qu'il faut lire j'en fus puni.


2 Avril.

Arrivée de Périer1. Je dîne chez Tivollier, madame est charmante pour moi, je joue au boston for the first time. (« Pourquoi ne voulez-vous pas me rendre mon rabat ? »)

3 [Avril].

Les Paradis2. Toutes les jeunes filles de Marseille sont dans les rues pour les visiter. Vrai jour de fête, bonne journée pour voir de jeunes et jolies figures. Je promène avec Samadet et Tiv[ollier] S[amade]t se développe bien, républicain par vanité.

Je passe trois heures avec Périer, homme régi par ses idées, qui comprend difficilement celles des autres, mais cependant pas stupide. Hier, je n'ai pas rompu son attention pour lui dire ce que je voulais, j'ai attendu qu'il m'en donnât occasion. Si on avait un rendez-vous avec lui pour une affaire et que là -on se mît à faire de l'éloquence pendant demi-heure, nn le mettrait de mauvaise humeur.

1. François Périer-Lagrange, beau-frère de Tivollier, qui devait épouser Pauline Beyle le 25 mai 1808.

2. Expression qui signifie les reposoirs du jeudi saint.


Est-ce par la peine à concevoir qu'il éprouverait, ou par la peine de se mettre en garde contre quelqu'un qui veut le séduire ? Politesse extrême de M. de SaintGervais. Politesse marquant estime de M. Triol.

J'apprends que D[aru] est de l'Académie bonne occasion pour lui écrire, mais la lettre m'embarrasse.

4 [Avril et jours suivants].

Troisième leçon de M. Candon. C'est un bon maître il voit bien les petites circonstances de chaque tournure de phrase, il a du feu, mais il manque des grandes vues de Tracy, il faudrait le lire. Déjeuner avec Voisin, bouche bête du général M. Pouvoir de l'éducation entièrement militaire. Contraste avec la délicatesse de son associé. P. me dit qu'il y a de mauvaises anecdotes sur Lambert. De là, à la salle d'armes. Tivollier a eu une femme remords éternels de cette femme, qui craint que son fils ne soit de Tivollier.

Deuxième déjeuner (dimanche) chez Tivollier, plus agréable que le premier, mais tombant cependant dans l'ennui


1806 47 te plus que deux ou trois i, désœuvrement de Périer;

quand il ne reste plus que deux ou trois personnes. Ennui, désœuvrement de Périer; il ne doit de ne pas se croire malheureux qu'à la stupidité d'imagination qui l'empêche de concevoir un autre bonheur, et à l'orgueil qui l'engage à se croire heureux. Il y est obligé, parce qu'il mène une vie originale.

Enfin, le 9 avril est partie une lettre en six pages pour D[aru].

J'étais dans mon lit, quatre jours auparavant, à songer à la lettre que je voulais lui faire sur l'Académie 1, lorsque Mante m'apporte une lettre de m[on] g[rand-] père dans laquelle était celle de D[aru]. Je fais ma lettre, grande séance avec Lambert pour la corriger. L[ambert] me fait penser et fixe mes incertitudes. Enfin, elle part le 9 avec de l'activité, elle serait partie le 6. S'il arrive quelque chose du 6 au 9 (huit jours après, du 14 au 15), ce sera ma faute.

Je puis recevoir la réponse le 24. Ceci est un des événements les plus importants de ma vie.

Je commence à bien voir le caractère de Samadet et à voir celui de Périer.

1. Pierre Daru venait d'être en mars élu à l'Académie en remplacement de Collin d'Harleville.


Dans mes moments de passion, j'entreprends comme si ma passion devait toujours être aussi forte. N'entreprendre qu'à proportion de sa force constante.

13 Avril. Dimanche.

Je commence seulement à comprendre la considération, chose remarquable pour l'histoire de mon caractère 1.

1. Henri Beyle terminait ce cahier par les notes suivantes « 26 février 1806. Le principe de s'introduire dans les mouvements secrets d'une passion, de les voir, par ce que vous fait sentir d'analogue une autre passion. H me semble cependant qu'on ne peut connaître ainsi que les états de passion. L'inquiétude de la haine vous fera connaître celle de l'ambition, de l'amour, ou vice versa. La vanité étant la passion dominante pour faire comprendre les autres passions, partir de ses mouvements. Se guérir de l'enthousiasme pour le bonheur qu'on n'a pas. Se rappeler que dans celui dont on jouit, après les premiers moments on le désira bien moins vivement, et on en vint à satisfaire les autres passions. Que le vif désir d'avoir Mme Une telle, d'être nommé à telle place, ne vous empêche pas de travailler au bonheur de telle passion secondaire, dans les moments inutiles aux régnantes. Lire toujours, étudier ce que les autres ont fait, rend paresseux. Se forcer à quelque ouvrage où il faille habituellement tirer de son propre fonds, inventer.

Trouver un emploi du temps utile. Pour les moments où l'on se sent sans énergie, dégoûté, qu'on s'ennuie, l'étude des faits peut être l'étude de l'art de conduire son esprit Il la vérité. Tracy-Biran. Cabanis. Hobbes.

La vue de la nature dans Shakspeare.

Ces trois dernières réflexions extraites des conseils donnés à Crozet dans mes lettres.


ement dans toute production de la

Distinguer soigneusement dans toute production de la plume (particulièrement dans celle de Voltaire) le mérite politique (avançant vers tel but) du mérite propre à mériter la gloire.

Laisser de la place dans ce cahier pour les notes que j'y ferai peut-être les années suivantes.

MalheureuBement, je sens encore en observant, et cela me dégoûte du sentiment et m'empêche de bien voir. En voyant aujourd'hui (18 février) la fierté de M[élanie], je voyais le malheur où cette qualité outrée et déplacée la conduisait, et moi aussi je me sentais venir envie de pleurer. 23 thermidor, dimanche. Chimène, la reine de Navarre, Sélima. Chimène as an angel [comme un ange]. Enfin veut dire après avoir été si longtemps dupe, à la fin je m'aperçois de ma bêtise, dans ce vers Mon innocence enfin commence à me peser (Oreste). Il faut que l'intonation d'enfin rende tout ce sens. Voilà le deuxième devoir du grand acteur. Le premier est de diction il faut que tout le monde entende, et distingue parfaitement, le mot enfin. Le deuxième est d'y mettre cette intonation, en la supposant la meilleure.

M. de Saint-Gervais en est encore au travail de sa timidité. Travail immense, parce que c'est celui de ses prétentions, et qu'il n'est que cela. Une irréussite l'humilierait, et par là ferait son malheur pendant longtemps, parce qu'il n'est qu'égoïsme et vanité. Mais il est amoureux, l'amour lutte avec la crainte de l'humiliation et dans ce caractère qui n'a point d'entraînement mais est tout calcul, et qui doit être venu originairement de la timidité, le travail de l'accouchement de l'aveu est très pénible.

On ne peut deviner son amour qu'autant qu'on voit son caractère aussi net qu'à travers un cristal. Alors, on voit le jeu de ce caractère, et par là on en devine la cause. et N° et NI.

La bassesse fait leur talent, le mépris fait leur gloire. Avis à ma sœur Pauline Beyle.

Si je meurs, fais-toi donner par tous les moyens possibles tout ce que je puis avoir je te le donne. Je te recommande ma fille Mélanie. M. Paillet, beau-père de M. Sauzai, préfet, JOURNAL III. 4


rue Vivienne, M. Blanc de Voix, gendre de M. Geffrier, de Marseille, demeurant rue Sainte, te diront où elle est. Je te connais, et elle est ma fille, malgré de fausses apparences qu'il a fallu luI donner Adieu. HENRI BEYLE. 10 mars 1806.

Telle est, et a été, ma volonté. HENRI BEYLE.

Henri Beyle avait fait croire à sa sœur Pauline et à son grandpère que la fille de Mélanie était sa propre fille.


VOYAGES 1. Parti de Paris pour Gr[enoble] with M[élanie] le 18 floréal XIII [8 mai 18051. Arrivé à Grenoble le. Parti de Grenoble pour M[arsei]lle le. Arrivé à Marseille le 7 thermidor [26 juillet 18052] an XIII. Parti pour Toulon le 20 mai 1806. Arrivé à Marsfeille] le 22, et parti de Marseille pour Grenoble le. Arrivé à Grenoble le 31 mai 1806, ayant vu Aix, Orgon, Lambesc, L'Isle, Cavaillon, Vaucluse, Apt, Forcalquier, Sisteron, Gap, Corps (précipices les plus dangereux que j'aie passés), les lacs de Laffrey, Vizille et Brié. Parti de Grenoble pour Paris le ler juillet 1806. 1. Beyle a inscrit en tête de ce nouveau cahier: Tournal de sa vie. Depuis le 15 avril 1806 jusqu'au 3 mai 1810. » Comme les premières lignes du titre sont d'une écriture très ornée et très moulée, Beyie a écrit dans le coin Lambert pixit », et en dessous

« Ii y a pour ce temps trois autres cahiers et quelques feuilles détachées pour la campagne de Vienne en 1809. » On relève encore sur la couverture de ce cahier « Bélile. 17 août 1806. When I shall be polite as he [Quand je serai aussi poli que lui.]

« Brièveté of m.

« Mélancolie ridicule, la diminuer ferme. Vu le 30 septembre 1806,

« Brod haine and bar.g. love

Mars and amiable weather the 28th february 1810. Diminuer my ridicul melancoly. (30 septembre 1806.) 2. Beyle était arrivé à Marseille le 26 au soir.


Arrivé à Paris le 10 juillet, couché deux nuits à Plancy chez Crozet, vu Bray, Nogent, Méry-sur-Seine, la plaine rase de Champagne. Deux voyages à Clamart, un aux bois de Romainville, un à Montmorency, deux jours (30 et 31 août) prés Saint-Gervais.

Marseille. Je viens de lire dans le de mars de la Bibliothèque Britannique des réflexions de Fergusson sur le principe de perfectibilité qui est dans l'homme, qui ont développé des réflexions qui se présentent sans cesse à moi depuis plusieurs jours.

Dans quel genre m'importe-t-il de me perfectionner, et ai-je assez de passion pour me faire atteindre ce perfectionnement ? Lambert ne manque pas d'esprit, cependant il m'a cruellement ennuyé hier pendant une visite de cinq heures. D'où vient cet ennui ? D'une habitude à moi donnée par l'envie de me perfectionner dans l'art de connaître et d'émouvoir l'homme. Je regarde comme perdue toute journée dans laquelle je ne m'instruis pas. Il me semble qu'il y a un an je ne faisais exception à cela que pour l'art d'avoir les femmes. Je passais avec plaisir et même ravissement des journées entières avec Pacé, parce que ce qui ne m'instruisait


pas dans l'art d'avoir les femmes me donnait l'habitude du monde. Sa grâce y était aussi pour beaucoup je trouvais dans sa société un bonheur dont j'étais bien loin, assis à mon bureau.

Je crois que Samadet avait raison en disant à moi de moi « Vous bouillez encore. » Je ne sais pas ce que je serai définitivement je sens un extrême ennui dans ce temps qu'on passe en société les uns vis-à-vis des autres, chassé uniquement par l'ennui plus grand que l'on trouverait dans la solitude. Cet état m'ennuie si fort qu'il me donne de l'humeur. Mais cette habitude tient-elle au système de passions qui doit toujours dominer chez moi, ou n'est-elle que l'effet de celles qui ont dominé jusqu'à ce jour ? Est-ce indice d'ambition ou seulement preuve de ma faculté de contracter des habitudes ? Elle est extrême chez moi.

Le travail du bureau de Meunier, qui n'était certainement pas attrayant, m'a donné du malheur pendant deux mois lorsqu'il a cessé.

Cette habitude pourrait me pousser à en prendre de bonnes mais les vieilles définitions du génie qui vivent encore au fond de mon cœur, les opinions de Rousseau qui y sont de même, me donnent du dégoût pour tout ce qu'on n'acquiert


que par une habitude constante et sage. Ce dégoût vient du moyen, jusqu'au mot sage (dans ce sens) m'est odieux. Ce mot réveille dans moi l'idée du talent martelé, si talent y a, de Marmontel, comparé au talent sublime de Jean-Jacques. Voilà l'obstacle, il diminuera cependant à mesure que je me convaincrai qu'un des moyens du génie, un de ses éléments, lui est fourni par les bonnes habitudes qu'il sait se prescrire.

Ceci est vague si c'était plus serré, je l'aurais écrit dans un de mes moments de verve, où la raison n'est pas en crédit. Probablement ma passion dominante, pendant un an ou deux, va être celle d'avoir un bel état dans le monde. Pour cela, il faut acquérir

1° L'amabilité nécessaire pour être vu avec plaisir

2° Les talents de ma partie.

Il faut acquérir ces talents sans y joindre ce qui ordinairement nuit à ceux qui les ont, comme la pédanterie, l'orgueil, etc., etc.

Le peu et très peu de véritable esprit que j'ai dans le monde est dans le genre philosophique, un peu dans la direction de Duclos et Voltaire, cela ne convient point à la Perse, où je puis être appelé au premier jour.


Ma lettre pour Z est partie le 9 avril, je la copierai peut-être ici, j'attends sa réponse depuis le 21. Une lettre de mon oncle me donne quelque espérance « Je saisirai la première occasion de le placer d'une manière convenable. »

II faudra que j'acquière du talent dans cette partie. Je frémis d'avance, mais cependant ces hommes seront comme ceux que j'ai rencontrés ici, des Meunier, des Tivollier, des Samadet, des Guilhermoz, des Saint-Gervais, les femmes des Cossonier, des M., des Pallard, des Rosa, des Filip.

Ce second mouvement de raison vient de Y (Tracy). Cet homme a eu la plus grande et la plus salutaire influence sur moi depuis un an. La L[ogique] surtout, achetée le 15 brumaire XIV.

Je deviens prudent peut-être en Perse supprimerai-je ce journal. Le cahier précédent a été oublié quatre heures sur les b[ureau]x de Meunier.

Samedi [19] AvriL

A deux heures, Meunier, Lempereur, Guilhermoz, Dufay, Mante et moi sommes sortis par la porte de Rome pour aller à la Sainte-Baume.

Assemblage ridicule et ennuyeux


Meunier, pauvre bête à sensibilité et à timidité Lempereur, cochon dégoûtant au moral comme au physique Dufay, bête froide Guilhermoz était le seul qui m'intéressât un peu, comme jeune plante, malgré son ton, etc., etc. Nous avons fait environ dix-huit lieues en quarante-huit heures beaucoup plus fatigués le deuxième jour que le premier. Nous couchons à Gémenos après avoir bu une bouteille de bon vin à Saint-Marcel et une de mauvais à Aubagne, route de Toulon. Nous sortons de Gémenos à cinq heures. Route fraîche et assez agréable au fond d'un petit vallon ruisseau bordé de peupliers d'Italie dans toute leur fraîcheur fabriques de cuivre d'azéma et de papier. Saint-Pons, trou il y a de jolis arbres, mal vus une M sur deux arbres. Montée en zig-zag, trois heures du haut, on voit Marseille, les îles et la mer comme sur une carte bien faite descente, plaine humide, froide et sans arbres, de une heure bois mal en ordre adossé au Saint-Pilon. Nous grimpons, assez fatigués la Sainte-Baume s'écroule. Trou dans le rocher dans la forme d'une bouche d'homme petite chapelle gothique dedans, escalier en bois, statues brisées, humidité. Ces gens-là, incapables de rien sentir ni faire sentir d'agréable en un


tel lieu, une douzaine de paysans et de paysannes qui en venaient ou y allaient. Nous précipitons deux pierres, tra-

versons la plaine suivant R, trottons trois heures, arrivons à Saint-Zacharie. Petite fille morte, ses petites mains jointes, coloris de la mort fort, son œil à moitié fermé, sa bouche comme exhalant sa dernière prière, profonde expression de tout son corps, de son œil rien d'horrible. Elle-me touche profondément. Comme je ne suis pas sensible comme les faiseurs de vaudevilles, les Dupaty père, etc., je ne ferai pas ressortir qu'il y avait un train 1 à quarante pas de là cela, l'air d'inattention et d'aller tout comme à l'ordinaire, me toucha cependant. Je fis un peu part de mes sensations à mes stupides compagnons, ils tâchèrent 1. Danses au son du tambourin.


de les détruire. « On lui a croisé les mains comme cela », dit Dufay, etc. Ce ne sont pas des gens de cette sphère. Je suivis de l'œil le prêtre qui était là, en étole il marmotte un peu, puis va au cimetière, la femme portait toujours la petite figure sur ses bras, sans caisse.

La petite n'avait pas la beauté grecque, mais tout ce qu'il faut pour toucher, rien de ce qui repousse, cet air dont le Tasse peint le chevalier tué par les infidèles. Je vais le chercher.

Le Tasse me touche, quoique je lui trouve de l'esprit. Le sentiment que me donna la petite fille n'est exprimé que dans les premiers vers de la strophe suivante, je le sentis plus profondément. Ce sentiment était tout saint et noble Le Tasse dit (chant VIII, octave 33) Giacea, prono non già, ma, come volto

Ebbe sempre alle sielle il suo de-sire,

Dritto ei teneva inverso il cielo il volto, In guisa d'uom che pur là suso aspire. Chiusa la desira, e il pugno avea raccolto, E stretto il ferro, e in alto di ferire

L'altra sul petto in modo umile e pio

Si posa e par che perdon chiegga a Dio. Nous soupons à Saint-Zacharie, ayant le train sous nos fenêtres jusqu'à onze heures du soir jolie allée et cascade


antique de M. de Tournefort. Le lendemain, en avant avec G[uilhermoz], chemin exécrable bordé par l'Huveaune, Auriol, Roquevaire, bassin fertile de Roquevaire, beaux oliviers, mais cela est bien au-dessous du Dauphiné. Les coteaux sont superbes, parce qu'il y a quelques pins. Aubagne. Nous arrivons harassés à Marseille, après avoir encore revu cette Pomme, lieu cher et joli.

« Je ne savais pas que vous fussiez si tapageur, disait Lempereur vous jetez le saucisson comme cela. » Cela peint les sensations de notre illustre troupe. Passage comique du fossé sous la Renarde. Après le saucisson, l'autre farce a été faite par moi indigne, qui ai mis une approbation ridicule sur une affiche manuscrite d'un maire

» Quelle bassesse, ô ciel 1 »

Je crois que l'état qui me tirera de cette société me rapprochera du bonheur. Nous avons dépensé chacun 13 1. 5 s. x 6 = [79 I. 10 s.] Je n'étais plus si fatigué le deuxième jour et je m'animais.

Nous arrivons lundi, à quatre heures. Meunier menteur par politique trait frappant.


Mercredi [23] Avril.

Aventure aussi basse chez Mme Pallard, ou plutôt sur la porte de la maison de Mme Lavabre. J'y .nf.l. Rosa après l'avoir br.nl. le tout, pour la première fois, n'étant pour lors éclairés que par un réverbère (de Marseille) éloigné de vingtcinq pas, y ayant de la lumière aux fenêtres des maisons vis-à-vis. Pour finir une matière si maigre et si noire, je la f..t.s à une heure, j'entrai chez elle à minuit. Je mourus bien vite de dégoût je lui fis cela deux fois, le lui fis faire six, et m'en allai bien dégoûté et honteux à six heures du matin. Oncques depuis ne l'ai revue, quoique je dusse y retourner. Je le ferai peut-être pour l'.nc.l.r. La seule chose que j'aie à louer en elle, c'est qu'elle ne m'ait pas parlé de Mlle L[ouason].

Samadet m'était venu chercher à midi. Je conduis Mme Collavier au tribunal des voleuses plaidoyers des avocats. Mme P[allard] m'invite à dîner. Le fromage arrive1, je suis très brillant L Un fromage de Sassenage que Stendhal avait demandé à sa sœur par sa lettre du 12 avril 1806. Cf. Correspondance, t. II, pp. 186-187 « Il [Beyle] a promis à une dame qui n'a pas tout à fait la plus belle flgure de Marseille, mais qui a


pendant le dîner et les deux heures suivantes, mais non pas encore avec le sec et l'indifférent du bon ton.

1er Mai.

Depuis dimanche, inquiétude non pas lâche, mais inquiétude. Ce jour-là, grande bamboche avec Guil[hermoz], Trichand, Blanquet. Je fais ça à la grosse fille brune du sr. et à Théréson 1. Elle est charmante, mais on a dit à Trichand qu'elle avait la v[érole].

J'attends chaque matin avec une extrême impatience la réponse de Z 2. Le 29 avril, nous partons pour la Pomme, G[uilhermoz], Mante et moi, à minuit. Superbe clair de lune. Disposition aux aventures romanesques. Nous sommes à Saint-Marcel à une heure et quart, après avoir manqué la Pomme. Bonhomie du garçon d'écurie qui nous donne à coucher sur son foin. Nous repartons à cinq heures. Fraîcheur de la Pomme, que nous traversons. Rossignols.

Dimanche, je dînai chez Mme P[allard] la plus belle moustache et l'amant le plus spirituel de lui porter le dit fromage sous quinze jours. »

1. Peut-être est-ce la Thérèse de la notice biographique ? Cf. Sauv. d'Egotisme, p. 182.

2. Pierre Daru.


avec M. Dispute sur le corn-beef et le rôti. « Ames de boue », dis-je en parlant de Sh[akspeare] ridicule senti par Mlle Henriette et bien relevé.

M[on] g[rand-]p[ère] m'écrit des lettres désespérantes. Je grille d'impatience de recevoir signe de vie de D[aru]. J'ai envie d'écrire au bon M[artial].

3 Mai 1806.

Il y a vingt jours que je bouillais, j'étais rempli d'idées, j'en formais de nouvelles tous les jours. Depuis le 23, jour possible de la réponse de M. D[aru], je ne suis plus le même, je ne vis qu'au moment du courrier le reste du temps je m'ennuie. C'est l'espérance desséchante. Si j'étais à Corte, comme je désirerais mon état actuel Je sens combien le travail est nécessaire. Si j'avais seulement deux heures de travail nécessaire, je ne m'ennuierais pas tant. Mais comme je puis renvoyer le peu que j'ai, je le laisse s'accumuler et je suis en arrière de beaucoup. Je fais de l'expérience il faut souffrir pour être porté à faire des réflexions sur les moyens d'éviter l'ennui, et souffrir encore pour se donner la force de contracter les habitudes indiquées par les réflexions.


M[on] g[rand-]papa se fâche et m'écrit des lettres désespérantes je mourrais si je n'étais aimé de personne. C'est cette âme froide et vaniteuse qui a le front de me citer ce propos. Mr M. m'écrit à la suite d'une lettre de mon oncle « Vous le voulez ? J'y cours. Mélanie se fâche aussi Crozet ne m'écrit point.

Je n'ai point encore la vérole aujourd'hui samedi. Je suis allé voir la materie 1.

4 [Mai]. Dimanche.

Jolie journée pour Marseille, Siècles futurs, voyez ma misère Hier triste, apparemment de trop de forces. Je fais ça une fois cette nuit, je me trouve gai. De trois à six et quart avec Lambert et la petite Mimi Olivier, le père, la mère et elle Montansier tout pur, elle le genre catin et une figure qui lui donnera des chalands. Nous dînons ensemble gaiement et philosophiquement. De là, chez Mme Tivollier je suis tendrement avec elle et assez bien, si l'on pouvait l'être avec une telle sécheresse. De là, chez Mme Filip, d'où je sors à une heure du matin après avoir perdu douze livres.

1. L'abattoir.


J'ai été vraiment heureux les deux p mières heures que nous avons passées et

J'ai été vraiment heureux les deux premières heures que nous avons passées avec Mimi. La vérole ne paraît point encore. J'écris demain à Martial.

6 Mai.

Je reçois la terrible lettre de Ch[eminade] contenant la conversation de Mme J[aubert] avec Mme D[aru] 1. Elle ne m'abat pas, elle me donne de l'énergie. Serait-ce de l'orgueil ? Enfin, j'écris neuf pages à Ch[eminade] et sept à mon oncle sur ce grand cas. Lambert, vu la lettre de D[aru] en date du 23 mars, celle de mon oncle contenant extrait de celle de Mme R., croit qu'il y a encore à espérer, que Mme D[aru] a une dent contre moi, dent qui vient de ma désertion 2.

Moi, je crois qu'à me voir aud[iteur] je ne dois plus prétendre. Ch[eminade] se forme infiniment, voilà la deuxième lettre charmante qu'il m'écrit il doit cela à son Aglaé. C'est Sargines 2.

1. la sœur de son ami Cheminade, Mme Jaubert, remariée à Micoud d'Umons, préfet de Liége s'était entremise auprès des Daru en faveur d'Henri Beyle. Cf. à ce sujet Correspondance, t. II, p. 147, on y verra un écho de la réponse des Daru. 2. Stendhal fait ici allusion au personnage principal d'une comédie musicale de Monvel, musique de Dalayrac Sargines ou l'élève de l'amour (1788). Sous Philippe-Auguste, un jeune seigneur vit en véritable cancre jusqu'au jour où l'amour


Ecrit hier 5 à M[arti]al mes deux lettres partiront demain 7.

Mercredi 7.

Déjeuner pique-nique chez Mme Pallard ennui de midi à trois et demie. Visite à la petite Mimi Olivier profonde pitié vivent trois avec 49 livres sa coquetterie. J'arrive chez Mme Tivollier le cœur navré. Je joue au boston, vais à dix heures chez Mme Pallard bouillotte. Son inquiétude, son humeur la vindicative, susceptible Mme Decrai voit en sortant qu'on mange dans la salle-à-manger. Mme P[allard], en me racontant un faux-fuyant qu'elle a donné hier à Decrai, emploie le même sourire dont elle use avec tout le monde, moi le premier. Changement des hommes j'ai une discussion confidentielle avec Samadet, je sors avec du courage d'âme et la tête montée aux affaires et au monde d'une maison où j'étais entré le cœur navré de la pitié la plus profonde.

Perregaux et Laffitte, précédé de Perregaux1: 1° pour la sénatorerie; 2° le d'une cousine l'entraîne à. la bataille de Bouvines, où il sauve son roi. Il obtient le pardon de son père et la main de sa belle.

1. Banquier suisse qui s'installa à Paria en 1765 et dont la fille épousa le futur due de Raguse. Il devint l'associé de Jacques Laffitte.

JOURNAL. III.


dîner à la campagne, où l'on ne parle pas d'affaires. Perregaux « Mon frère a joué une fois en sa vie un homme qui a joué n'aura jamais ma procuration. » Il ne fait plus d'affaires avec les gens qui ont failli, même ses amis. Cinquantecinq ans, six millions, sénateur, beaupère de Marmont.

11 [Mai]. Dimanche.

Je lis l'Histoire d'Angleterre de Hume après m'être forcé à lire le premier volume, je commence à en prendre un peu l'habitude et cela me tire un peu de mon ennui. J'attends chaque courrier comme le Messie. J'apprends l'anglais. What a caracter? To demand to Crozet 1.

Dimanche. Promenade avec Mme Hornbostel, Mme Tivollier et cinq ou six enfants, sur les bords de l'Huveaune, de cinq à neuf. Bastide de M. de Saint-Jacques, charmante de fraîcheur, à une petite demi-lieue.

15 Mai-Jeudi-Ascension.

Deux traits frappants, le premier des habitudes des Marseillais. Mme Tournier, 1. Qu'est-ce qu'un caractère ? Le demander à Crozet.


aujourd'hui, à onze et demie, est en dedans de sa porte avec deux de ses amies, ses enfants jouent dans la rue. Mme Emeric, jeune femme vis-à-vis, est assise tout à fait en dehors de sa porte, sur le seuil. Mme Tivollier aime beaucoup à être sur sa porte.

Deuxième trait caractère du commerce. L'Amour, ce pauvre diable crieur de nouvelles, comme Lemaire à Grenoble, est dans le café Casati, se promène dedans comme feraient Tivollier, Bacuet ou un autre, absolument d'égal à égal. Ils font chacun leur commerce. D'ailleurs, pourquoi éloigner cet homme ? On peut avoir des affaires à traiter par son moyen. J'ai vingt traits aussi forts ou plus forts que celui-ci qui démontrent clairement ce trait de caractère, qui doit appartenir plus ou moins à tous les négociants. Mardi passé, vu la raffinerie de sucre de Meindret et Reynaud.

Le soir, dîner d'Avrain grossièreté et tristesse stupide des convives. Les artisans, n'étant pas retenus parla décence, seraient peut-être plus gais. Pas la moindre étincelle, le tout de la bêtise la plus stupide et de la bassesse de sentiments la plus repoussante. Bouillabaisse, truffes et brandade 5 livres 10 sous.


J'attends toujours le courrier de chaque jour comme le Messie. Je commence cependant à devenir raisonnable quelque défavorable que soit la réponse de Z, j'y suis préparé. Je commence aussi à supporter'moins impatiemment le manque des lettres de Crozet, qui ne m'a pas écrit depuis cinquante jours.

J'ai lu hier dans mon lit jusqu'à une heure, avec plus d'intérêt qu'aucun roman ne m'en a inspiré depuis deux ans, le deuxième volume de l'Histoire de Hume. Le voyage de Marseille m'a mûri pour l'histoire.

Combien mon ancienne opinion sur ce genre était peu fondée, et combien elle devait sembler ridicule Avis pour n'énoncer jamais d'opinion tranchante. En quelque trou que la volonté de Z me confine, me faire présenter en arrivant chez le préfet et tout ce qu'il y a de mieux. Je m'ennuierais moins chez M. Thibaudeau que chez Mme Pallard. La société de Mme Pallard ne m'a servi qu'à conquérir Samadet et un peu elle mais on ne fait qu'y discuter et, pour comble de misère, M. S[amade]t et elle ont les esprits les moins pleins de bon sens possible. Elle loue Fouquier et déchire Carnot le premier


l'a bien reçue, le deuxième, mal. Déclamation de Sam[adet] contre tout homme qui ne croit pas en Dieu. Véritable sujet de Chateaubriand. Ch[ateaubriand] le conduirait au diable. Nulle connaissance de la vraie vertu. Sagesse et usage de M. Triol, homme estimable. Grossièreté de Mme P[allard] et de M. S[amade]t à l'égard d'Ardisson, qui les lâche. Collection de vieilles dégoûtantes, sept à huit. Mme Decrai la seule passable ligue de cette canaille contre elle.

De tout cela, dégoût et ennui extrême. Il y a trois mois que je n'ai pas ouvert Racine ni Corneille, j'ai lu il y a huit jours mille ou quinze cents vers du Tasse qui, malgré ses pointes, à chaque octave, m'ont enchanté. Je sens que j'aime de plus en plus Shak[speare] pour moi, c'est le plus grand des poètes. Molière, le seul à lui comparer. L'ambition, qui me tient plus ou moins depuis deux mois, me rend incapable de goûter La Fontaine comme je le faisais il y a dix-huit mois. Aussi ne le lis-je pas.

Je commence à trouver M[élanie] bête. Je me rappelle mille et mille traits prouvant peu d'esprit après son départ, immédiatement joie de ma liberté quarante ou cinquante jours après, velléités


de regrets. Actuellement, appréciation juste, je crois beaucoup d'amitié, de l'amour même si elle voulait ne me pas tyranniser et ne pas toujours se plaindre. Écce homo.

Je manque d'imagination sur tout ce qui est politesse. Je commence seulement à y penser depuis dix-huit mois les trois quarts du temps j'ignore les usages et n'invente rien d'aimable à dire, mais j'imite fort bien, et les exemples ne sont pas perdus. Mon caractère du côté du monde a dix-sept ans au plus un an de vie avec M[arti]al, si j'avais le bonheur de lui être attaché, me formerait. Je fais presque chaque soir un boston avec la sèche et bête Mme Tivollier cela m'ennuie beaucoup, mais où aller ? Je sors à une heure de chez Mme Filip j'ai fait la bouillotte de Mlles Baux. Je suis décidément timide quand je suis huit jours sans aller dans le monde. Grande confidence de Mme Filip sur ce pauvre Frédéric elle me dit de vingt manières très claires qu'il l'avait, cela à propos de bottes. Tous les jeunes gens sont venus à dix heures, très contents du ballet, le Retour de Terpsichore de Coindet. Mme Pallard n'y était pas. M. Samadet


m'accable de compliments outrés « J'avais soif de vous voir », etc. Je me suis levé à huit heures, ai lu les journaux, une lettre de M[élanie]. Je lui ai répondu, ai déjeuné avec des fraises (venant en pots de Toulon), pris du café, lu 180 pages du troisième volume de Hume, dormi une heure et demie, fait mon thème anglais, dîné, venu chez Mme Tiv[ollier] faire un boston jusqu'à huit heures et demie, sermonné Mante une demi-heure en allant passer devant les fenêtres de Mlle Castinel, entré chez Mme Filip à neuf heures et demie. Et voilà une journée plutôt agréable que triste. Il me faut pour être heureux un travail où l'esprit travaille et qui tende à un avancement auditeur, avec des rapports à faire, des moyens de se distinguer, m'allait à merveille.

17 Mai.

Il y a un mois que je prends chaque jour une demi tasse de café, je n'en ai point pris aujourd'hui et suis infiniment plus gai, plus au niveau des hommes. Il semble que le café donne le génie et la tristesse cet effet, qui est frappant aujourd'hui chez moi, je l'ai déjà éprouvé plusieurs fois.


Lambert est parti cette nuit sans que nous ayons pu nous voir hier.

Hier, ballet qui m'ennuie mais qui amuse les Marseillais, ce qui est plus intéressant pour Philippe Brulo 1. C'est le Relour de Terpsichore. Ces gens-ci ont un dégoût mortel pour la tragédie, ils ne la comprennent pas. Comme ils rient quelquefois à contre-sens à la comédie ils la détestent moins, mais elle le cède à l'opéra qui, à son tour, le cède au ballet, qu'ils aiment par-dessus tout. Hier, le Tartufe, où les acteurs mettaient des mots les uns pour les autres, toujours des contresens « Un homme enfin. Qui suit », etc., au lieu de « Un homme, enfin, qui suit », etc.

Dimanche 18 Mai.

Je prends la résolution d'aller à Grenoble, sur une lettre de mon oncle. Je vais ensuite me promener au Cours et aux Allées avec Mante, qui m'avait aidé à prendre ma résolution. De là, au grand cercle, une heure. De là, à la maison où, après avoir fait disputer les chiens, nous dînons, Guil[hermoz], Trichand, Mante 1. Directeur du Grand-Théâtre de Marseille.


et moi. De là avec Guil[hermoz] à la montagne Bonaparte pour chercher Mme Tivollier elle n y était pas. Nous en faisons le tour et je vois parfaitement, à un beau soleil couchant, cette ville et cette mer que je vais quitter. Nous allons au tertre sur la droite du chemin des Chartreux, but ordinaire des promenades de Mme Tivfollier] elle y était depuis deux heures, avec son mari et M. Pey, l'aîné. Nous revenons, après une heure il y avait train sur le boulevard, devant les bains de Th. Gilli. Nous prenons des glaces. Nous revenons chez elle, y restons demiheure dans l'inaction, parce qu'il n'y avait pas assez de monde pour faire le boston. Enfin Victor arrive d'une partie de dimanche (avec les vieux ils s'amusent bien pour leurs cinq livres, dit Guil[hermoz]). Nous faisons quelques tours, lui dormant debout. Je gagne quatre francs à travers les odeurs combinées du chien et des pieds de ces Messieurs et de Madame. Elle se met à un piquet avec Guil[hermoz] je les vois jouer un instant. Je viens de les quitter depuis, j'ai fait mon thème d'anglais et me voici. Voici la vie que je quitte, il faut avouer qu'elle ne me mène pas loin.

J'irai demain dans la nuit à Toulon, mais seul. J'ai presque formé le dessein


d'aller à Grenoble par la petite route Aix, Manosque, Sisteron, Gap, La Mure, etc., etc.

20 Mai.

Voyage d Toulon. Je pars le 20 mai, à trois heures du matin, pour Toulon. La veille, je me retirai à minuit sonnant de chez Tivollier. J'allai prendre un verre d'eau-de-vie au café Chinois. Solitude et silence profond des rues. Réverbères brûlant en silence. Je ne rencontre que deux personnes, dont l'une était Crozet l'aîné qui s'en allait en chantant. Ce silence et cette solitude à minuit sonnant.

Je pars à trois heures sonnantes. Il nous en coûte huit livres par place. Trois compagnons. Esprit Alléon ayant le moins d'esprit possible, ignorance crasse, quarante ans, une de ces figures qui passent pour jolie aux yeux des femmes, n'annonçant que beaucoup de petite vanité, se mettant de mauvaise humeur pour la moindre contradiction et vous réfutant par des assertions on ne peut pas plus ridicules. Il m'amuse le premier jour, je m'exerce à rompre mon caractère de fer, à avoir l'air d'approuver les opinions que je déteste le plus. Peine que j'ai. Le


deuxième jour il m'ennuie à la nausée, je ne lui parle presque plus.

M. d'Heureux, fils d'un capitaine de vaisseau, vingt ans, allant en Dalmatie ressemble à Paul [de] Barrai bon enfant, mais quelle ignorance elle est vraiment rare. On dirait un paysan qu'on a revêtu. II paraît que la chasse est la seule chose à laquelle il ait un peu réfléchi, et un peu aux femmes. Il nous dépeignit la conduite de la maîtresse du commissaire de police de Permon 1 non pas bien, mais avec plus de finesse et de profondeur que le reste de sa conversation.

Le troisième était un bon bourgeois, je le crois employé dans l'artillerie, il est à Toulon depuis trois ans, a une figure tendre à la Bigillion (François) 2. Il portait un petit chapeau à la Paméla à sa petite fille, âgée de sept ans grand ennemi des lycées. Il nous raconte qu'il avait eu le malheur de perdre sa femme, etc., etc., et choses de cette force. Grand ennemi de la marine il reproche de la lâcheté aux officiers de cette arme. Il a de l'honneur, il relève avec âme le jeune d'Heureux qui, parlant de l'état militaire, mettait le danger dans la balance in1. Commissaire général de Police à Marseille, frère de la future duchesse d'Abrantès.

2. Cf. Vie de Henri Brulard.


flexible sur ses devoirs. Nous faisons un mauvais déjeuner à Cuges. De là au Beausset, gorges d'Ollioules dans le genre de la grotte, aux Echelles excellentes positions militaires.

Nous en sortons. Orangers en pleine terre. Premier aspect de la rade, vue superbe six bâtiments en ligne, de cette manière je voyais

cette manière je voyais de ϕ. Nous avions passé en route devant

un jardin de l'amiral Ganteaume 1, qui 1. A Aubagne.


me semble ridicule et que l'on trouve superbe. Dans cette partie, en général absence totale de goût à Marseille. Nous passons devant celle du capitaine L'Infernet. Nous entrons à Toulon remparts, pont-levis et portes en très bon état. Mon bourgeois me dit qu'il y avait trente-six forts dans les montagnes qui avoisinent Toulon. Voici une idée de ces montagnes vues de la mer.

K. Oliviers très gros et en très grand nombre venant jusqu'aux 2/3 de la hauteur des montagnes. A. Remparts sur la mer,-P. Grosses pierres au bas de ces remparts dans la mer. On pourrait prendre les longer en dehors. CC. barres,poutres flottantes qui ferment le port. E. passage. O. pont vu en raccourci. G. pointe où j'ai vu beaucoup de condamnés (nom qu'on donne à Toulon aux galériens). Toulon est bâti sur une lisière de terre de demi-lieue de large, venant en pente des montagnes à la mer. La chute des montagnes est tapissée d'un nombre infini


d'oliviers ils sont bien moins agréables à voir que nos chênes.

Toulon a douze mille habitants, tout

B. Corderie.

M. Porte d'Itee. trop rapprochée (elle est dans la même

direction, plus loin). Le bassin de l'arsenal, qui m'a semblé presque aussi grand que le port, a en Z une ouverture sur la mer, que je n'ai pas vue.

ce qui ne tient pas la marine vit de ce qu'il vend aux marins.

Vilaines rues, comme celles de Grenoble,


plus laides encore, pavées en petites pierres pointues. La chute est forte lorsqu'on quitte la rue Saint-Ferréol de Marseille. Nous entrons par une longue, courbe, vilaine rue, pavée en casse-cou, nommée rue Impériale.

27 Mai 1806.

Parti d'Humières à quatre heures, arrivé à Apt à neuf heures, reparti à dix. Nous nous arrêtons un moment à La Garde de Dieu, filons et arrivons à Forcalquier à sept heures.

Collines, montagnes, grande quantité de chênes. Plus la nature sèche des environs de Marseille mais, comme rien n'est grandiose, pas d'impression profonde. Les villages sur le sommet des montagnes quelques-uns, comme Mont-Saint-

Justin, élevés d'une manière aussi incommode que possible.

Nous passons par Cereste, appartenant à la famille Brancas. Belle allée de noyers.


Château démoli, comme celui de Vi

Château démoli, comme celui de Villemus, comme tous.

Forcalquier, ayant de hauts clochers et des tours, a l'air bien plus noble que Apt. Il y a aussi un sous-préfet (M. de Clementis).

Je viens d'écrire à Mél[anie] il est huit heures et demie, je meurs de sommeil. J'irai demain à Sisteron pour 6 livres.

28 [Mai].

J'écris ces lignes à Sisteron, dans une chambre donnant il est vrai sur des latrines et un égout abominable, mais apercevant de loin le faubourg de la Durance et quelques arbres.

Ville horrible et empestée, mais une jolie vue à la jonction des deux rivières. Cependant, nature maigre de montagnes. L'odeur de province redouble, j'y suis pour le coup. Air ennuyé des habitués campés devant le café, air bête de tout le monde. Mauvaise humeur importante de la servante. Air piquon de la maîtresse. Rue empestée. Quatre jolies filles travaillant, malheureusement huit ou dix pas au-dessous de la porte du Bras d'or. Le séjour de Marseille m'a infiniment guéri de ma timidité, m'a formé le carac-


tère (fait prendre des habitudes conformes à mes réflexions). Je suis disposé à prendre tout en gai et je me guéris de ma mélancolie, preuve qu'elle était d'orgueil blessé. Avis aux adorateurs de la mélancolie. Cependant, la vue d'une petite ville m'est encore pénible à supporter. Transeat a me calix iste.

Je m'ennuie de voyager. L'ennui de ne point voir de société y est pour beaucoup. Je guéris de ma mélancolie, mais je contracte de nouveaux besoins. A deux lieues de Forcalquier, oliviers aussi beaux qu'à Toulon. Durance occupe tout le fond d'un immense vallon. Mon conducteur me dit Refus aux Juifs. L'étouffé du temps. n'accablez. la peine me rend machine.

De Pertuis à Sisteron, vilaine nature de montagnes, mais rien ne rappelle la sécheresse des environs de Marseille. Toujours villages à la pointe des montagnes. Il faut f. à Gren[oble] pour me désennuyer, autrement j'y meurs.

30 Mai 1806.

Gap, auberge de Marchand, 10 heures du matin. J'ai manqué d'activité avant-hier soir à Sisteron j'en suis puni par un séjour


de vingt-quatre heures à Gap. Je ne pars qu'aujourd'hui par le courrier, à une heure (24 livres). Une chaleur étouffante, mal à la peau des pommettes. Tourment de vouloir arriver à 2 heures et d'être monté sur une rosse indigne.

Gap est seulement une petite ville, et Sisteron n'est qu'un sale bourg. Gap est une préfecture. Ladoucette 1 a, dit-on, soixante mille livres de rente et 26 ans. Quel ennui de passer cinq ou six ans de sa vie dans un tel trou Je crois qu'un préfet doit être enchanté d'être à Grenoble. Gap, dans un bassin entouré de montagnes assez hautes, médiocrement boisées, et en seconde ligne des montagnes couvertes de neige entièrement (tout ce qu'on en voit).

Dans l'intérieur, quel désœuvrement Quel ennui Hier, au café, un ennuyé s'en plaignait tout haut et prouvait que sa plainte était fondée par le manque d'intérêt de ses propos.

Mon hôte a plusieurs filles, dont les trois plus grandes se sont tenues constamment dans une chambre qui communique avec la mienne par une porte dont 1. Ladoucette, préfet des Hautes-Alpes de 1800 à 1809. Il avait alors 34 ans. C'est « l'immortel Ladoucette » des caractères écrits par Beyle et Crozet. Cf. Mélanges de Littérature, t. II, p. 74 et 87.


un battant n'est que bâillé, lorsqu'il n'est pas ouvert.

Je sens trop le bon ton pour dire et faire les choses de mauvais ton qui étaient nécessaires pour profiter de cette porte ouverte. Cela viendra.

Hier, elles chantèrent et déclamèrent dès qu'elles me surent dans ma chambre, à 9 heures s'habillèrent pour aller à un bal voisin. Une vielle qui n'allait pas en mesure et jouait faux les faisait danser elles se mirent à chanter j'entendis des sons uniques par leur fausseté. Vers les 10 heures, grands cris le feu, je me lève. C'était quelques morceaux d'amadou qui brûlaient dans une boutique en face de ma chambre.

Je lus un chant du Tasse, il me toucha hier soir, en me promenant autour des murs tombants de Gap, j'avais l'âme portée à la mélancolie. Je réfléchis ce matin à un poème épique combien je sens mon esprit au-dessous d'une telle entreprise On peut faire un poème épique entièrement neuf par les sensations qu'il donnerait aux lecteurs.

Je lis dans le Moniteur une ode de Lebrun. Enflure dans l'expression, qui, d'ailleurs, ne peint pas. Une seule strophe me paraît assez bonne.

Comment aucun observateur n'a-t-il


encore été frappé de la nécessité- où la réunion en grande masse mettait les hommes d'être plus agréables les uns aux autres qu'ils ne le sont dans les petites sociétés ? Faute d'expérience, je ne puis pas décrire ce que je sens, mais je sens une nuance très marquée entre Marseille et Gap, comme entre Marseille et Paris. Un air d'ennui et d'aigreur tout à fait inconnu à M[arseille] à Paris, je crois, une vanité qui ne demande qu'à vous amuser pour être contente d'elle. Quelle vertu qu'une telle vanité La parfaite vertu serait de partager le bonheur des autres par sympathie, d'en être heureux parce qu'il prouve notre esprit mais enfin, l'effet est le même.

A Paris, on est exposé à voir le ridicule dés prétentions. Les Berthelot, les Jocrisse, les Mauléon y sont communs, mais aussi on y voit des Pacé, qui, ailleurs, n'auraient été que des Lemey.

Mme Lemey. Corruption de Marseille. Chose à éclaircir avec Lambert. Mme Guérard, la mère de cette grande créature. Ce que j'écris en province (Marseille excepté) m'est ordinairement insupportable par l'enflure et la ridicule importance. Pour fuir l'ennui à Gr[enoble]. levé matin, et la grammaire.

Il faut, comme au physique, brusquer


les maux de cœur qui me viennent et que je commence déjà à sentir ici. Lire Guibert. Tout semble fade lorsqu'on sort d'un pays où l'on poivre et sale beaucoup une des causes de l'ennui que l'homme du monde ressent en province. Quel sel au bal d'hier soir, sortant des bals de salon, ou même de ceux de Mme Filip ? Quel sel à ces derniers, sortant de celui de la duchesse de Clèves ?

Quel sel ont les femmes de province, quand on est habitué à celles de cour ? La nouveauté, l'innocence, la naïveté, la grande âme, what a character shall I have at the c1.

On s'exagère les défauts de l'endroit où l'on est.

C'est pourquoi peut-être Helvétius ne dit rien de la province. L'erreur de R[ousseau] la lui faisait aimer comme s'approchant de la sauvagerie.

Duclos seul en a dit un mot qui la peinte, et Picard a fait sentir ce mot2. Le simple fait peur aux provinciaux et leur parait nu, à plus forte raison lorsqu'il est joint au grand. C'est ce qui les empêche de suivre jamais une mode. 1. Quel caractère aurais-je à ta Cour ?

2. Aujourd'hui 30 mai est arrivé tel le Moniteur du 26. (Note de Beyle).


La grandeur de ma touffe épouvantait le perruquier de Sisteron1.

Grenoble, 27 Juin 1806.

Il y a loin de Toulon à Grenoble je n'ai pas écrit un mot depuis ce temps-là, par dégoût pour l'écriture. D[aru] ni Martial ne m'ont pas répondu un mot. Je me crois sur quelque travail à la signature. Les lettres de Cheminade me font craindre les Droits réunis, mais je veux les refuser.

J'ai fait ici tout ce que je voulais, mais mon mépris pour les hommes s'est beaucoup augmenté. J'ai vu quelques actions vertueuses, mais presque toutes par des motifs vicieux. Je crois que je me suis un peu guéri de ma présomption.

Ce qui m'est le plus prouvé sur moi, c'est une facilité extrême à m'attendrir jusqu'aux larmes.

1. Voyage

De Marseille à Orgon, diligence 15 I. D'Orgon à L'Isle. 4 l. 10 s. De L'Isle à Apt on me demandait 12 1., je

vais à pied, 12 l.

D'Apt à Forcalquier, jument blanche 12 l. De Forcalquier à Sisteron, cheval.. 6 1. De Sisteron à Gap, rosse 7 L De Gap à Grenoble, courrier. Nous partons

à 1 heure et arrivons à. 24 l.


Alors toutes mes bases de jugement changent dans un instant.

J'ai perdu presque tout mon enthousiasme pour les grands écrivains. Leur basse et petite vanité a coupé le cou à mon admiration. Je les vois dans le genre de my zio 1, charmant (aux fautes de goût près) dans ses lettres, petit, ridicule et odieux lorsque l'on voit sa conduite. Mon père s'est rapproché de moi, cela m'a fait plaisir avec plus de franchise de sa part nous vivrions bien ensemble, nous nous rendrions heureux.

L'art de bien vivre, qui me semblait un mot il y a un an, me semble très difficile à cette heure il faut beaucoup de sagesse. Vivre sans cesse avec quelqu'un et bien est le point où il faut arriver. Faure a raison, c'est très difficile. Rien ne me donne beaucoup de plaisir. Les transports sont morts chez moi, excepté des transports de demi-heure pour les femmes. Hier soir, par exemple, un quart d'heure de vif plaisir avec Mme Galice en revenant de la porte de France2, mais bien vite gâté par l'envie d'être aimable. Cependant soirée agréable. Je ne crois pas cependant que je l'aie.

1, Mon oncle Romain Gagnon. 2. Porte de Grenoble sur la rive droite de l'Isère.


10 Août 18061.

J'ÉCRIS ceci le 10 août, je suis arrivé à Paris le 10 juillet, après être allé voir Crozet à Plancy-sur-Aube, en Champagne. Voyage de Lyon.

Mon chanteur Lefrançois sa platitude, caractère artiste (que donne le cabotinage). Soumission extrême et respect de domestique pour les préfets et autres autorités. Ma femme à sentiments (Mme Trumel, de Bellecour à Lyon), femme religieuse et à grands sentiments, mais au fond aimable je me dessine un caractère charmant à ses yeux. Je crois que nous nous serions eus avec plaisir. Mais le lendemain ? Au reste, il aurait fallu longtemps pour cela. Nous nous séparons à Mâcon, elle a de l'usage. Excellente hôtesse et auberge, « à l'hôtel de l'Europe », je crois.

Etat-major d'un régiment de chasseurs à cheval.

M. Charles, de Chalon, son fils noyé, 1. En tête de ce cahier, Beyle a mis ce titre t Voyage d Paris pour avoir uns place. »


ses confidences, déjeuner chez lui, sa femme, etc.

Bon sens et instruction de Laguette1 ses yeux bêtes, d'animal. Facilité des femmes allemandes, il n'a pas l'air menteur. Ce que j'entends par- l'air allemand, bien vrai.

Je le quitte à Pont-sur-Yonne pour aller voir Crozet. Cette course me coûte 96 livres. Horrible douleur des cahots en patache. Bonhomie, bonté, douceur, sentiments tendres de mon conducteur de Pont-àBray (9 livres), mais bêtise et attaqué de la poitrine.

1° Ton de plaisanterie et facilité de mœurs.

2° Genre gothique dans les églises et édifices, ressentiment de ce genre jusque dans les cabanes.

Depuis Autun à peu près (mais surtout plaisanterie), quelle différence de ce caractère avec celui des Provençaux Voilà l'idée (comme observateur) qui m'occupait le plus.

Je passe par Nogent de Nogent aux Granges, je crois, air coquin, avare, double, de mon conducteur. Château de son avarice pas aimée.

Plaine de Champagne craie, grands 1. S'agit-il de Laguette-Mornay, lieutenant d'artillerie de la Garde ?


arbres, horizon absolument rond dans une plaine absolument plane.

Je passe par Méry et arrive à Plancy. Bourg riche par le commerce, ton de plaisanterie aussi remarqué par Crozet. Sa dignité, paroles bien développées, gestes qui visent à la noblesse, mais quelque stérilité d'idées Je ne retrouve le Crozet de la lecture de Potyeucte que dans de courts instants. Ne jugeant pas d'en haut sa société des dames L. B., d'Auxerre1 peut-être attaché à elles par ses succès.

Je me prépare aux mécomptes (désappointements), sans cela j'aurais été malheureux. Je n'ai point trouvé le Crozet que je venais chercher.

Parc de M. de Plancy, bois charmant le long de l'Aube réellement frappant. Je pars après deux jours.

Nous parlons de love; histoire de Jules 2 (il veut se jeter par la fenêtre) books; mon affaire avec D[aru] Mme de Staël 3. 1. Les dames de la Bergerie, femme et filles du préfet d'Auxerre. On sait que Crozet avait en 1805 dirigé des travaux dans l'Yonne.

2. Jules Rougier de la Bergerie qui épousa en 1810, M. Gaulthier, qui devint plus tard percepteur à Saint-Denis. Elle fut une grande amie de Beyle.

3. Crozet avait vu à Auxerre, à la fin de mai, Mme de Staël qui était descendue à l'hôtel Léopold où il logeait lui-même. n la rencontra encore à la préfecture chez les Rougier de la Bergerie.


Je lui développe la constitution anglaise. Il m'accompagne jusqu'à. sur la grande route de Troyes. Là, je prends à onze heures la diligence de Paris. La vanité le travaille en diable, et lui ôte le naturel et l'onctueux.

[16] Août 1806. Samedi.

J'ai goûté aujourd'hui le solide plaisir d'avoir fait mon devoir, devoir d'ambition. J'ai lu très bien les soixante-dixhuit premières pages de l'Esprit des lois. De là chez M[artial] (à trois heures), il me mène jusqu'au boulevard Coblentz. Excellente visite. II me parle d'Adèle son ton décidé. La mère, du vivant de M. P[etiet], avait laissé engager les apparences avec Alexandre 1.

De là, chez Duchesnois deux tours de jardin, ses superbes yeux.

Je reviens chez Mme Badon plaisir véritable.

De là dîner avec F[aure] et Michoud j'étais extraordinairement animé aujourd'hui. J'ai vu ensuite Mars dans l'Intrigue épistolaire, et Henri V2. Elle est le vrai 1. Alexandre Petiet qui épousa Adèle Rebuffel le 16 février 1808.

2. Le samedi 16 août 1806, Mlle Mars jouait en effet Pauline dans l'Intrigue épistolaire de Fabre d'Eglantine, et le même soir on jouait la jeunesse de Henri V, comédie en trois actes d'Alexandre Duval créée le 9 juin précédent.


beau. Quel jeu muet Etonnement, inquiétude, surprise profonde, malice d'une grande âme.

Le parterre était plein, l'Intrigue a été très goûtée. Dugazon pourrait jouer divinement Fougères, il le charge, il ne sait pas choisir in the luxuriancy 1 de ses movens.

Demain, Mme R[ebuffel] vient me prendre à sept heures pour Clamart2.

20 Août 1806.

Théâtre. Depuis le 10 juillet, jour de mon arrivée, j'ai tant fait de choses remarquables pour mon objet (dans les deux maisons rue de Lille et dans la maison de la rue du Sentier), que ma paresse m'a .empêché non seulement de les décrire avec leurs motifs, mais encore de les noter. Je veux au moins tenir registre des pièces que je vois.

J'ai vu deux fois Henri IV3, la première avec des billets donnés par Duéhesnois et venant de Legouvé je n'en ai pas plus applaudi pour cela. Les premières

1. Dans l'abondance.

2. C'est chez Mme Pierre Daru qui devait y cillégiaturer que Beyle se rendit plusieurs fois à Clamart cet été-là. S. Tragédie de Legouyé.


fois que je suis allé aux Français, je m'y suis beaucoup déplu 1.

Je suis allé une fois à Feydeau, les pièces (l'Opéra comique, la Mélomanie, Saint-Foix) 2 m'ont fait mal au cœur. Le petit homme tout rond, bêta, plaisanté et puis maltraitant les jeunes gens qui se moquaient de lui. Une fois chez Picard 3, qui m'a paru un peu moins ennuyeux. La Petite Ville, vérité, identité avec les mœurs de province. Le Revenant de Beausol, bêtise. Le jeune acteur Firmin. Début de Rosambeau et Saint-Eugène dans Phèdre. Je ne vais pas chez D[ùchesnois] j'ai grand tort Pacé, Legouvé, Maisonneuve, Chazet y étaient. Je la trouve outrée, déclamante et froide dans Phèdre, ayant l'air de jouer la comédie et non de sentir.

Le Chevalier d la mode 4 nous ennuie, mais est cependant de bon comique. Jeunesse de Henri V 2e acte acheté par le premier et le troisième, gentils. Le Tartufe, Mlle Mars, l'idéal du beau dans des moments elle me semblait une 1. Allé une fois chez Dugazon, vu le prince de Bavière, sot, jouant le prince. Dugazon bête. Wagner plus bête que l'année passée. (Note de Beyle.)

2. Trois opéras-comiques en un acte dont la musique est respectivement de Della-Maria, de Champein et de Tarchi. 3. Picard, acteur et auteur, était à la fois directeur du Théâtre Louvois et de l'Opéra Buffa.

4. Comédie de Saint-Yon.


figure dé Raphaël vivante Je me suis senti au bord de l'amour dans la brouille 1. Je l'ai vue ensuite dans l'Intrigue épistolaire; l'inquiétude, la joie, la finesse d'une grande âme. Quelles nuances Quelle vérité C'est sublime.

Dugazon luxe de moyens parmi lesquels il ne sait pas choisir moments de vérité. Les Deux Frères 2 me font mal au cœur. Le charmant et naturel Michot me fait pleurer par deux mots, la première fois que je vois Henri V.

Le public sent parfaitement le Philinle de Molière. Fleury le joue fort bien, à l'organe près des morceaux dits d'une manière divine. Que cette pièce traduite en beaux vers, en faisant des coupures aux raisonnements et, les éclaircissant, serait superbe Fleury me fait venir les larmes aux yeux quand, à la fin, il rompt avec Philinte.

Gaston el Bayard3. Enflure éternelle, héros monarchiques qui me tordent la peau Duch[esnois], une scène, huit ou dix vers dans le reste, froide et déclamante. J'espère du débutant Saint-Eugène. Talma joue bien, mais un peu monotone. Quel rôle pour lui s'il a de l'âme 1. Tartufe, acte II, scène IV.

Cinq actes en vers de Moissy.

3. Tragédie de du Belloy.


Contemple de Bayard l'abaissement auguste, et autres choses nobles et grandes de ce genre. Cette pièce avait enchanté l'âme de Mélanie puis prenez les femmes pour juges, mettez votre bonheur dans leurs mains, artistes voilà leurs jugements. Les larmes de la beauté à vos ouvrages peuvent vous séduire, mais la raison doit vous montrer un instant après ce que cela vaut.

Je n'ai encore vu Talma que dans Henri IV et Bayard.

A Buffa, le jour de l'ouverture Il Matrimonio segreto à côté de Bruni, de sa femme, de David. Troupe mauvaise une petite chanteuse sans l'âme grande et étoffe de Strinasacchi. Mme Crespi chante faux d'ailleurs je la prenais pour l'aimable et sémillante Fedi.

Une seconde fois le Matrimonio. Je sens tout à fait mon âme, que la première représentation avait réveillée. Depuis lors, deux fois le deuxième acte je n'avais pas le temps d'arriver plus tôt.

Une fois les Cantatrici villane1, que Faure avait le front de préférer au Matrimonio.

Aujourd'hui (moi épuisé pour avoir 1. Opéra-bouffe de Fioravanti.


fait cela deux fois avec M[élanie] et avoir sué horriblement toute la nuit), je trouve l'ouverture gentille.

L'ariette de Zonzon jolie. Expression vraie profondément de la petite Crespi (Zonzon ?) parlant à Barilli, le maestro di capella.

L'ariette où elle feint de se moquer de lui assez jolie, le reste sans expression, cela même bien loin du Matrimonio. Carmanini, ce bouffe de Milan qui jouait si drôlement dans la Mélomanie italienne, dans le Podeslà di Chioggia 1, à qui Mme Petiet prétendait que Martial ressemblait, est charmant de vérité dans le rôle du goutteux. Sa feinte bravoure envers le housard, ses coups de chapeau, la manière dont il se précipite dans la maison à la vue d'une petite fille, très comique.

Barilli est bien loin du comique de bon ton de Martinelli, mais il a une voix bien plus forte.

(Je lis avec beaucoup de plaisir l'Esprit des lois. J'ai été reçu franc-maçon vers le 3 août) (123 livres 2.)

Me voilà, je crois, au courant pour le 1. Opéra d'Orlandi.

2. On a découvert récemment que Beyle figure en effet sur l'annuaire de la loge écossaise de Sainte-Caroline pour l'année 1806. Cf. Henri Martineau Stendhal franc-maçon, Le Figaro, 6 octobre 1935.


théâtre en ajoutant que j'ai assisté au deuxième concert de Mme Catalani (parfait) et une fois à l'Opéra dans la loge de Martial, peu de jours après son arrivée. Œdipe 1; le Retour de Zéphire2.

Œdipe entendu et non vu à Saint-

Cloud heureusement archi-mauvais ton prouvé de l'esprit aux yeux de Pacé avis au lecteur fais or a book or a comedy 3. 21 Août 1806.

Je viens de chez Martial (dix heures un quart). Saint-Vincent, son commis, manque de bon sens, et cependant il en a la physionomie. C'est une qualité rare qui, dans les affaires, à la longue, doit faire effet-. Y porter le bon sens le plus rigoureux, examiner là-dessus les commis. Ensuite, j'ai trouvé M. de Pacé lisant

le contrat4 mécontent, va chez Z pour qu'il le renvoie. Pacé occupe, chagrin, en colère. Moi, très bien reçu, ami.

Hier, vu Badon pour la première fois 5.

1. Opéra de Sacehini.

2. MM Débraye et Royer pensent qu'il s'agit de l'Hymen de Zéphire, ballet de Duport.

3. Fais un livre ou une comédie.

4. Martial Daru épousa le 30 septembre 1806 CharlotteXavier de Froidefond du Châtenet.

5. Cousin des Beyle que Stendhal en 1807 voulait faire épouser à sa sœur Pauline. Cf. Correepondance, t. II, p. 247.


22 Août.

Levé à sept heures, lu cent vingt pages de l'Esprit des lois, entré en visite à une heure, vu Mme Martin, Léger1, allé chez Mme Badon, vu Adèle à lundi, onze heures, pour le Jardin des Plantes. De cinq à huit avec Mélanie aux ChampsElysées elle se pique et ne dit pas quatre mots.

Promenade avec Faure sur la terrasse de la Seine soirée agréable.

Ensuite, loterie, arrêté, Filangieri. 23 [Août].

Levé à six heures, allé avec Faure aux Tuileries. Lu Tracy. De là, à la Régence. Revenu chez moi, écrit trois lettres. Allé chez Pacé, trouvé à table avec MM. du Châtenay et Saint-Floriant2 ils sont aimables, Ch[âtenay] sérieux je suis 1. Léger, tailleur, rue Vivienne. « Le plus fat des hommes, mais le meilleur tailleur. » Beyle lui sera fidèle, à lui et à sa maison, jusque sous la monarchie de Juillet.

2. Il s'agit ici de Joseph-Antoine de Froidefond du Chatenet, conseiller au Parlement de Normandie et dont Martial Daru allait épouserle mois suivant la fille Charlotte. Saint-Floriant doit désigner son fils Charles-Xavier de Froidefond de FIorian, commissaire des guerres que Beyle désigne souvent dans son journal sous le nom de Florian-Froidefond.


assez bien, je m'en vais après demi-heure pour laisser M[arti]al seul avec M. du Ch[âtenay]. Il va, je crois, ce soir à Châtillon.

Je vais lire l'Esprit des Lois. J'irai, je crois, ce soir au Matrimonio.

Ridicule charmant du Journal des speclacles les gens de lettres se donnent des ridicules avec le soin qu'ils devraient mettre à les fuir. Petite âme de Legouvé. Ce numéro est à acheter.

Villeterque, dans le Journal de Paris, est un peu plus ferme.

Hobbes, Nature humaine, page 217 « Pareillement, les hommes d'une imagination prompte ont, toutes choses égales, plus de prudence que ceux dont l'imagination est lente, parce qu'ils observent plus en moins de temps. »

Voilà la raison qui me fait espérer que j'aurai quelque talent. J'observe mieux, je vois plus de détails, je vois plus juste, même sans fixer mon attention, que Mante et Faure.

Ce matin, le pari de la place du Carrousel au café de la Régence. Je crois que c'est plus court par la rue SaintHonoré, cependant je n'avais jamais réfléchi à cette distance. Dans ma visite à Pacé ce matin, j'ai observé une infinité de nuances que je suis sûr que plusieurs


personnes que je connais n'auraient vues qu'après beaucoup de temps.

Défauts je réfléchis sur tout ce que je vois, je donne quelquefois trop peu de temps à l'observation. J'ai failli à perdre des paris d'après cela en lisant les journaux, je saute souvent des mots ou parties de mots

20 L'engouement je vois tout le bonheur que peut donner une chose réuni en un seul instant, et je m'engoue si je viens à en parler, je me persuade par ma propre éloquence deux jours après, je me dégoûte.

J'ai failli à faire cela for the matrimonio of my sister with B 1.

Je m'étais engoué de la place d'auditeur je vais à la Cour, la vue de tant d'habits brodés qui n'ont pas l'air si heureux me dégoûte.

Je me suis aperçu de ce vice il y a plusieurs mois, il me semble que je m'en suis déjà un peu corrigé.

J'ai dormi ce matin et lu 84 pages de l'Esprit des Lois et 22 pages de la Nature humaine.

1. Pour le mariage de ma sœur avec B. Peut-être le cousin Badon. (Ou Mante à Marseille.)


26 [Août].

Je viens de lire la Nature humaine, de Hobbes. A l'exception du chapitre IX, ce livre est de la force des cahiers que je composais il y a deux ans dans le même lieu où j'écris ceci (rue de Lille, 55). Il m'a ennuyé parce que ce que je lisais n'était que le discours d'un homme de bon sens qui n'a pas assez approfondi sa matière, ou des vérités sans objet. Le chapitre IX est le seul utile, il met sur la voie on devrait tout analyser ainsi. Ce livre, qui m'avait laissé une telle admiration, m'a ennuyé.

Hier 25 (jour de Saint-Louis), je vais prendre Mme R[ebuffel] et A[dèle] pour les mener au Jardin des Plantes à onze heures et demie je les quitte à huit rue de M. Guastalla. Huit heures passées ensemble peu à peu je suis moins gourmé avec elle, mais je n'y éprouve jamais de plaisir bien vif, parce que la disette d'idées se fait sentir.

Nous partons en fiacre, arrivons, je ne donne rien au gardien de la nature morte, 45 sous au premier portier, 12 au cornac. Il faut avoir des pièces de 30 sous et en donner à ces gens-là.

Nous remarquons les chauves-souris,


les singes, le septicolor (oiseau

les singes, le septicolor (oiseau), l'éléphant femelle, mais surtout le singe. qui a des raies rouges à la figure et le derrière des couleurs les plus éclatantes, violet et rouge, la verge rouge de feu. Son esprit, la physionomie humaine qui est dans ses yeux. Je lui donne des pastilles d'ananas, il tremble, ses accès de nerfs.

Après dîner, Adèle et moi nous parlons de choses qui nous intéressent le peu d'idées de la mère l'exclut de toute conversation un peu sensée, d'où je conclus que l'amitié de Mme Petiet pour elle tend à marier Alexandre.

Anecdotes sur les gens de la rue la dame qui monte dans le cabriolet l'ancienne danseuse la raccrocheuse l'amour du marchand de mousseline que je vois fumant sur sa porte les chiens sautant une petite chanteuse des chœurs que je connais. A[dèle] me dit « Il faut vous tirer de là c'est un peu pour moi que je vous parle si vous ne vous en tirez pas, vous prendrez mauvais ton, et nous ne pourrons plus nous voir. Si vous voulez venir chez Guastalla, nous vous y présenterons. Il est permis de voir George, Duchesnois, les principales, mais il faut quitter celles-là. M[arti]al avait un ton détestable parce qu'il les voyait. » Elle me dit beaucoup de choses qui doivent


me faire perdre ma gourme, me rendre naturel avec elle, et, à ma honte, ces choses, sans cependant m'inspirer de transports, me firent beaucoup de plaisir.

Buffon, son unique lecture profane. Histoire de l'homme. Dans ce que nous lûmes sur les singes et qu'elle lisait des yeux et moi un peu haut, je passai des mots comme ceux-ci « Les femelles sont, ainsi que les femmes, sujettes à un écoulement menstruel. »

Je crus m'apercevoir qu'elle rougissait un peu, mais elle parlait. Elle n'a pas un caractère à se laisser déconcerter par ces choses.

En me quittant « Vous ne serez pas longtemps sans nous voir. »

Je crois que c'est pour couvrir Alex[andre] je parais toujours très favorable à ce grand homme, qui est un bêta, à ce que dit M. de Pacé.

Ce matin, pendant que j'étais avec Faure à acheter des Virgile et choisir des cartes, Pacé est venu me voir, je ne sais pourquoi j'y suis allé, il était sorti. J'ai reçu 300 livres de mon père, c'est le premier argent qu'il m'envoie. Le soir, allé chez Mme D[aru], vu M. D[aru], sorti après une minute et demie, lu Virgile.

Chaque matin, F[aure] et moi lisons


Blair 1 (six pages) et Virgile {une). Les vingt premières pages de Blair me paraissent communes, très faibles et plates.

1er Septembre.

J'ai sauté plusieurs journées très intéressantes, souvent on gâte le plaisir en le décrivant. J'écris, parce que j'augmente par là celui que j'ai eu avant-hier et hier. N'ai-je pas eu la faiblesse de reprendre une velléité pour Mue de Cossé 2 M. Laguette-Mornay, lieutenant d'artillerie dans la garde, est venu chez moi samedi à sept heures. Nous nous sommes habillés, F[aure] et moi, nous avons déjeuné sommes allés à la porte SaintDenis impossibilité d'aller à Ermenonville les pots de chambre nous demandent 24 ou 30 livres, et nous ne sommes point sûrs d'arriver. Une voiture (rue du faubourg-Saint-Denis, n° 50) y mène tous les matins (à sept heures un quart). Nous partons pour Montmorency (6 livres). Plaine froide. L[aguette] parle des petites Allemandes qu'il a eues. Nous arrivons à l'église flèche, vue. Parc de M. Guidon, Guillon, agent de change. 1. Cours de rhétorique traduit de l'anglais Cantwell. 2. Sans doute Adèle Rebuffel.


Nous traversons Montmorency (2.000 habitants), nous arrivons chez Leduc chambre à trois fenêtres Elleviou a f. Mlle Nous allons à l'ermitage de Janques Rousseau, nous dit une femme du pays.

Bois de gros châtaigniers, charmant; hermitage, maison et jardin fort communs. Grétry, qui le possède, y était. Partie de la maison qu'a habitée R[ousseau] jardin banc de gazon auprès d'un prunier dans l'angle oriental, adossé au mur d'orient où il venait lire on l'entretient buste de R[ousseau] avec les vers de Mme d'Épinay, fausse sensibilité et ce qu'on se doit à soi-même dans le monde.

Terrasse où il fit Emile, dit la bonne servante de Grétry, qui était notre cicérone. Nous lui donnons trente sous et allons passer une heure dans un petit bois à cent pas de l'hermitage Gr[étry] y est avec ses nièces, une d'elles faisait quelques notes simples sur le piano.

L[aguette] nous lit quelques pages des lettres de Mme de Staël sur Rousseau, que nous avions eu le malheur de prendre, ainsi qu'un plat voyage d'un M. Damin 1. Enflure de Mme de Staël et intérêt personnel gâtant quelques idées justes. 1. Damin Voyage à Chantilly et Ermenonville, en prose mêlée de vers.


Belle vue de ce petit bois, tour antique bâtie depuis peu.

Nous revenons par des chemins enterrés. Guerre de la Vendée le beau-frère de L[aguette] caverne où on étouffe des enfants, indiquée par une vieille que les habitants avaient eu l'imprudence de laisser.

Père accompagnant son fils qui venait remettre son fusil, on fusille le fils. Soldats égorgeant des femmes grosses, arrachant leur enfant et le portant au bout de leur baïonnette. Soldats gémissant d'être employés à cette guerre, désirant le sort de ceux qui la font au Rhin, à la vue des enfants étouffés dans la caverne par la fumée.

Nous dînons. Parc (36 arpents) de Mme Daumont-Mazarin, femme d'un certain âge charmant, le plus joli que j'aie vu vue du pavillon qui est au sommet, vue immense, me rappelle celle de Bergame moins de vie dans celle-ci cependant de longues lignes horizontales onze villages aiguille de Saint-Denis dôme des Invalides les hauteurs de Montmartre (300 pieds) cachent le reste de Paris on ne remarque rien dans ce qu'on pourrait voir à l'orient.

Amabilité parisienne de notre petit conducteur (seize ans), à cause d'une


petite fille de dix (laide, dents gâtées), qui avait les clefs des portes et qui nous suivait gentillesse, agaceries du jeune homme airs de la petite fille, les mêmes que ceux d'une femme de vingt-trois ans. Mes compagnons ne prennent aucun intérêt à ce genre de remarques, ou ne les comprennent pas ils sont tout occupés de choses plus solides. Je commence à regretter de n'être pas là avec deux ou trois femmes comme Mlle de Cossé et deux ou trois Bellisles1 et Pacés. J'étais doucement ému, j'avais des pensées tendres et délicates dont la jouissance se serait décuplée en les voyant augmentées par celles des autres, en voyant d'autres cœurs émus comme le mien.

Où trouver ces autres ? Dans la bonne compagnie. Le génie, même vivant solitaire (Ingres, Bartolini, en les prenant pour ce qu'ils paraissent), ne produirait pas le même effet.

J'avais des compagnons solides et raisonnables, pas trop sensibles et à mille lieues de tout cela.

Nous sortons le petit garçon reprend l'air froid et inoccupé d'un jeune homme

1. Louis Pépin de Belllsle, auditeur au Conseil d'Etat, qui va devenir très intime avec Henri Beyle jusqu'à faire, en 1810, ménage avec lui. Il sera souvent désigné par la suite sous le nom de Fairisland.


de bon ton. Le soir grisâtre. Lever de lune, effet singulier elle est rouge et coupée par des nuages ardoise.

Terrasse de l'église, une deuxième fois.

2 Septembre (anniversaire du Menteur).

Je n'en puis plus, je suis usé, épuisé jusqu'à la dernière goutte, au moral et au physique mais il faut que j'emploie cette dernière goutte à dire ce qui m'a mis dans cet état.

Dîner avec C. Histoire de Mélanie. Caumont dans le Discours d Agnés2 et la suite, quel naturel

Dix heures sonnent j'ai couché hier avec M[élan]ie.

4 [Septembre].

Je prends le parti de ne plus laisser de blancs, je reviendrai sur les histoires de la veille quand j'en aurai le temps. Depuis que je suis à Paris, je n'ai pas encore tant couru en voiture qu'aujourd'hui (17 livres 3 sous).

J'explique chez F[aure] cinquante vers de Virgile. Je vais chez M. Pacé, qui 1. Acteur du Théâtre-Français.

2. L'Ecole des Femmes, acte III, scène 2.


n'y est pas. Je monte en cabriolet à dix heures et vingt minutes, je vais chez Mme Mélanie Durfey, de là chez Mme de Cossé, où je trouve Pacé, de là chez Joseph Périer (jeune dur à cuire), de là rue du Bac, passé la rue de Babylone, chez Quesnay, loueur de voitures (de midi au soir, 15 livres), de là chez moi, de chez moi chez Legacque à une heure et demie. Alphonse et Joseph1 arrivent, Dominique aussi, avec une berline. Nous montons de trois heures à quatre heures et demie au camp nous promenons autour du camp, au château de Meudon vue très étendue (Paris, Saint-Cloud), et remontons à huit heures un quart. Nous sommes à Paris à neuf heures un quart. Nous allons chez ces Messieurs, de là chez Mélanie, de là à Frascati (cent cinquante personnes, joli), de là chezmoi, où je suis avec mal à la tête, et l'ennui de la voiture.

Il faut que j'aille voir demain Mme Z à Cl[amart], Mme Durfey y est.

Hier 3, dîné chez Mme Z la mère avec M. de Z, Pacé, Le Brun, voilà tout. L'instinct de Dupont de Nemours « Baisezmoi, baisez-moi, baisez-moi », nous fait bien rire.

1. Alphonse et Joseph Perier. Deux des dix enfants de Claude Perier-Milord, de Grenoble.


Ouverture et gaieté de Z, je suis content de ce dîner. Trente comme cela me mettraient très bien.

J'emploie toute ma force à agir, je n'en ai plus pour écrire.

Je suis allé chez Pacé à dix heures, j'en suis sorti à midi et demi. Les confidences les plus intimes.

Inspection de la garde. Rôle de M. de Z fierté, noblesse, vertu.

The mari. All is donc, al lhe end of lhaf month the end 1.

J'écris une lettre de dix pages à mon grand-papa par M. Royer.

Il est deux heures et demie, je vais le voir, ainsi que M. F., de Tullins. Excellente matinée. Cela, avec des dîners comme le 2, pendant six mois, et je suis ancré. Cinquante vers de Virgile.

5 [Septembre].

Je sors du Vaudeville (première fois de cette année) ce genre ne m'a pas ennuyé comme les années passées. Les Deux prisonniers et les Quatre Henri 3 m'ont même amusé, mais les Amours 1. Le mari. Tout est fait, à la fin de ce mois la fin. 2. Vaudeville de Després et Deschamps.

3. Vaudeville de Dieulafoy.


d'élé m'ont rendu malade à force de m'ennuyer. C'est cependant Barré et Piis. Mme Hervey, que je ne connaissais pas, m'a fait sentir un moment mon cœur dans les Deux Prisonniers, quoiqu'elle y jouât d'une manière enflée.

Quand peut-on être sûr d'être dégoûté de ces êtres faibles et passionnés ? Du goût, à la bonne heure, mais de la passion Fleury y était tout au long, malheureusement c'était dans la salle et non sur le théâtre, on aurait vu un autre Richelieu.

6 Septembre.

Le matin, je crus avoir une esquinancie et suis malade imaginaire. Le soir, tout inquiet de ma visite à Clamart. Je. pars à six un quart. Joseph. Détails sur l'achat des cabriolets et des chevaux (neuf livres quinze sous) cinquante minutes de Châtillon à Paris. Je trouve M. Z, sa femme, Pacé, Mme du Ch[âtenay], Mlle du Ch[âtenay], la future, une indifférente, les enfants. M[arti]al va au billard sous un prétexte. Je lui dis en anglais que c'est là sa future elle me semble avoir de l'âme, elle était toute tremblante. Ils 1. Un acte de Pifs et Barré.


sortent. Je' sortais, Mme Alex1. me dit de rester, que nous jouerons au billard. Nous jouons, elle contre Mme Estève2 et moi; je joue mal, mais je fais de temps en temps de bons coups.

M. Z rentre, je joue avec M. de Z, contre lui et Mme Estève je ne suis pas trop sot, comme dit M. Jourdain. D[aru] m'invite à dîner pour demain, Mme Al[exandrine] m'invite à rester, D[aru] dit « Nous avons un lit à vous offrir. » Nous faisons six parties, je sors. Je suis content parce que je me suis un peu familiarisé et que j'ai eu un peu d'esprit. Je ne tremblerai plus de faire aucune visite après avoir fait celle-là. J'ai fait un peu connaissance avec Mme Estève, qui a l'air et qui est si bonne femme.

Des visites comme celle-là font beaucoup de bien à mes espérances. Je dois à Mlle de Cossé de m'y avoir encouragé. Je crois que je me ferai tout à fait bien à Mme Martial. Je crois qu'il sera beaucoup plus heureux avec elle qu'avec Mlle de C[osséJ. Je suis de retour à dix heures et demie chez F[aure] avec Mich[el]3; jusqu'à pré1. Mme Pierre Daru, née Alexandrine Nardot.

2. Anne-Victorine-Françoise Villeminot, qui avait épousé M. Estève, trésorier général de la couronne impériale. 3. Félix Faure et son frère Michel. Ce dernier, devenu directeur du dépôt de mendicité à Saint-Robert (Isère),


sent, douze et demie, une velléité de comédie par ambition.

Dimanche 7.

Je dtne chez M. Z, je ne suis pas trop aimable j'oublie de saluer Mme Estève en entrant je dis deux ou trois choses spirituelles devant Digeon et Pacé. Lundi, je vois Mmes de Cossé. J'y dîne mardi (9 septembre), avec M. Delmotte, confesseur de Mlle de Cossé. Nous allons à un jardin, de là promener sur le boulevard on m'invite à dîner pour jeudi 11 nous irons à Mousseau 1.

10 Septembre.

Aujourd'hui 10, je me sens malheureux par le manque d'un état. Je vais me baigner, rencontre M. de Baure, joue au billard avec Faure. Je ne me sens pas de génie f or my c[omedy]; c'est ce qui me rend le plus malheureux.

servit de modèle à Stendhal pour M. de Valenod du Rouge et Noir.

1. Le parc Monceau aménagé en jardin par Carmontelle pour le compte de Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres, qui avait aoheté la propriété en 1776.

JOURNAL. ni. 8


18 Septembre.

Paris, place de guerre. Napoléon dit

à M. Mollien « Je pars bientôt, je vais

présider la diète de Francfort, je ne sais

pas si j'aurai la guerre, mais je veux leur

faire peur. »

Chacun remue. Je viens d'embrasser

Laguette. Toutes les voitures du faubourg

Saint-Germain sont en l'air.

Le canonnier de Vincennes qui meurt

de ne pouvoir partir les chasseurs malades

à l'École militaire qui sautent par les

fenêtres. Ardeur de la garde bien prouvée.

Je vois hier quatre des cinq parents

que j'ai ici. Intimité croissante avec

l'aimable Martial il vient me voir ce

matin. Je viens de chez Mme AI. Z, qui

n'y était pas.

Si tout part, que deviendrai-je ? Res-

terai-je bourgeois de Paris cet hiver ?

Irai-je acquérir des titres dans le Nord ?

J'aimerais mieux y aller, surtout avec

M[arti]al. Rien de plus facile à Z que de

me placer là. Si je fais bien, c'est un titre

si je manque d'habileté, c'est noyé dans

le désordre de la guerre.

Mais Z pensera-t-il à moi, ?

2°, voudra-t-il me dire « Venez » ?

On dit que S[a] M[ajesté] part mardi,


urs je saurai ce que je

D'ici à quinze jours je saurai ce que je deviens. My love for M[élanie] a eu une petite pointe. J'ai été content tous ces jours-ci.

Omasis, rapsodie 1. Il Matrimonio segreto. Mardi, 23 septembre 1806.

J'ai été dévoré d'ambition tout le matin, au point de ne pouvoir presque lire, je crois, parce qu'en entrant au café Mathon j'ai trouvé Alphonse et AugustinJourdan 2 Alphonse a parlé tout de suite de mes cousins Augustin a l'air bête d'Ouéhihé et l'air du profond respect pour le pouvoir, et de n'en avoir jamais eu, et d'être au comble du bonheur s'il en avait. Cela m'a fouetté le sang. A deux heures, je vais chez M[arti]al, que je trouve en colère contre ses commis, qui sont réellement des machines froides et vaniteuses je leur dicte un état jusqu'à quatre heures je descends, étourdi de travail, chez Mme D[aru] la mère. J'éprouve ce que je savais, c'est que je puis être fort travailleur.

Propos indifférents, amitié et confiance de sa part; elle m'invite à dîner à grand'1. Tragédie de Baour-Lormian.

2. Alphonse Perier avec, peut-être son cousin Jordan


peine, parce qu'elle n'avait à dîner que pour elle.

A sept heures, M. et Mme Z arrivent. Monsieur me dit bonjour d'un air très amical, il est très fatigué, il doit aller à Saint-Cloud à huit heures.

Je vois chez Mme de Baure Mme de Laussat, un sénateur. L'empereur leur envoie demain un message.

Nous allons, M., Mme de Baure et moi, chez Mme du Châtenay pour signer le contrat de M[arti]al.

Un quart d'heure après arrivent Mme Rebuffel et sa fille. Adèle a l'air femme de cour, grand, mais profondément insensible, au besoin cruel, quelquefois manquant d'idées, à cerveau étroit.

M. et Mme Z y étaient. Je fais à Z une réponse qui s'est trouvée juste sur Pacé, il l'avoue.

Il part à huit heures, M[arti]al n'étant point encore arrivé.

On signe à huit et demie. Je ne suis point timide, mais je n'en suis pas au point d'être aimable. Air boudeur de Mlle Chancenyl. Je joue à la bouillotte. M[arti]al veut d'abord que l'on plaisante, et il plaisante, il me demande mon avis sur sa future, bientôt l'air heureux 1. Petit nom que l'on donnait à Mlle Charlotte-Xavier du Châtenet, la fiancée de Martial Daru.


le gagne actuellement, onze et demie, il l'a tout à fait.

Francesco di Lucchesini est un sournois qui a de la hauteur, peut-être du talent Mme de Z a un ton très d'ancienne amitié, elle a dit un il s'en ua d'après lequel je ne serais pas très étonné qu'il l'eût un jour ou qu'il l'eût eue.

Nous jouons dix trois quarts, Z arrive de Saint-Cloud. « Je prendrai vos com[missi]ons pour le Rhin je dois être le 6 à Mayence, c'est-à-dire Francfort. L'empereur part après-demain avec l'impératrice. » Il avait l'air d'avoir reçu cela comme une faveur.

Nous sortons, onze un quart. Lucchesini a l'air faux, et nil generosi sonat, au contraire.

Mlle de Cossé a eu un moment de dépit et de jalousie qui a produit une impression de sécheresse et de haine marquée sur sa figure, qui n'est pas bonne sans cela, lorsqu'elle m'a dit « 500.000 = 450 actuellement = 400 = 450 actuellement, j'ai lu lé contrat, et probablement 550 à la mort des dames. »

Alex. et Baure lui ont fait avaler des couleuvres sur la famille Petiet. Ils n'accordaient quelque mérite qu'à Silvain 1, 1. Silvain Petiet, le plus jeune des trois fils de Claude Petiet.


et encore gâté par un air de hauteur, etc., etc., etc.

Elle était pâle, verte, un air d'insouciance, de déplaisance même. Politesse parfaite de M. du Châtenay. Mobilité de mon caractère, peut-être good for the t[hough]t, bul 1 malheureux pour le bonheur.

Je suis un peu agacé par le départ de mes cousins. Je parle une heure et demie avec Faure, qui est naturellement un peu pessimiste et beaucoup pour moi, en ce que je me nourris d'espérances, de vues sur l'avenir lui n'en a pas du tout et sent d'une manière exagérée les frottements que je ressens à peine. Cette conversation m'a funesté pour toute la journée.

Je me suis cependant donné quelque soulagement en faisant ça avec M[élanie]. Le soulagement aurait été complet si j'avais été amoureux d'une femme qui couchât avec son mari.

Ce caractère tragique dans lequel je suis tombé plaît plus à Mél[anie] que mon caractère ordinaire.

Une fois qu'on a persuadé une femme tendre qu'on a du brillant, il faut tâcher d'avoir ce caractère tragique et aimant. 1. Peut-être bon pour la pensée, mais.


L'ambition (et encore chez moi elle n'est pas tournée en habitude) rend absolument incapable de goûter La Fontaine, il ne me fait plus de plaisir que par réminiscence. « Cela me touchait autrefois. » Voilà ce que m'inspirent ses traits.

Samedi, 27 Septembre.

Je sors du Matrimonio l'ouverture et la première scène (celle d'amour) m'ont fait un plaisir délicieux. Le moindre coup d'archet m'était sensible, je commence à le devenir à l'harmonie.

Mlle du Châtenay m'en a fait entendre hier une charmante. J'y allai parce que Mlle R[ebuffel] m'avait dit le matin que la famille y serait je l'y trouvai, cette froide visite finit bientôt. M[arti]al me dit de rester, que nous irions ensemble à l'Opéra1.

Mlle Chanceny me félicita sur la patience que j'avais d'entendre M[arti]al qui jouait du piano, je compris que j'exerçais la sienne en restant. Je sortis. Ce matin, chez Martial, deux heures à la fin, je lui parle de moi d'une manière bien 1. Tout ça est trop senti. Je démêle bien ce qui se passait, d'après ce récit, mais j'en tirais des conséquences exagérées. (2 mai 1810.) (Note de Beyle.)


amenée il me dit que, si je veux, je pourrai partir avec lui, qu'il en parlera à M. D[aru] ce malin, de manière que mon sort peut être décidé actuellement je suis

2. Ou élève allant avec Martial 1. Ou com[missaire] des g[uerr]es idern; 4. Ou com[missaire] des gu[erres] allant ailleurs

5. Ou élève allant ailleurs

3. Ou rien, restant à Paris.

Il me semble que, pour justifier ce dernier parti, D[aru] sera obligé de promettre que je serai auditeur. Cela m'agite un peu aujourd'hui, nous verrons demain quelle supposition aura été vérifiée. Je souhaiterais être com[missai]re des guerres, employé près Martial si la guerre dure, comme il y a à parier, un an ou dix-huit mois, D[aru] étant le seul homme à talent dans l'administration de la guerre, moi étant avec lui j'avance plus qu'étant auditeur.

Dans tous les cas, il me semble que mon état va être décidé, et cela me fait plaisir. Si je pars, j'emporterai plus de 3.000 livres j'ai acheté une carte d'Allemagne de Lesage, qui débrouille entièrement ce chaos à mes yeux.


Dimanche. 28 Septembre.

Je sors à huit et demie, je rencontre Martial rue de l'Université, nous courons les marchands selliers, bijoutiers et autres jusqu'à cinq heures. Je vais voir Mmes de Cossé à six et demie, Alexandre m'en chasse à huit. De là, bonheur jusqu'à minuit bonheur de raison dont je jouis parfaitement, le premier de ma vie, je crois. Superbe clair de lune. Coblentz, Mémoires sur la Russie. Glace au café de Foy la femme qui était au coin. Promenade au Perron. La fille.

Bonheur.

Mardi 30.

Hier, 29, lundi, je cours pour des commissions.

(Le 30]. Mariage de Martial. Je revenais chez mci à huit un quart de chez M[élanie], où j'avais passé la nuit, lorsque je rencontre M[arti]al dans sa nouvelle voiture, qui me dit « Ne venez-vous pas à l'Assomption ? » etc. J'y vais à huit et demie, Mme D[aru] me parle dans la sacristie, elle a'les larmes aux yeux. Elle me parle confusément d'une scène qu'Alexandrine a faite à son mari, mardi


soir, chez Mme du Châtenay. D[aru] a dit à sa femme « Il serait inconvenant que vous n'y vinssiez pas », etc., une petite réprimande. Mais il avait le visage écarlate, il suait à grosses gouttes, et en a été malade la nuit.

Cela me semble prouver faiblesse de caractère.

Mme Daru me dit ce matin qu'elle craint que Mme R[ebuffel] ne soit piquée je lui réponds du contraire et je lui dis que j'irai chez ces Dames après la cérémonie.

Avant ça, mariage trouble de Mlle de Chanceny. On entre dans la sacristie, j'ai de l'esprit avec MM. de Baure, Le Brun et Nougarède. Devant ce dernier, c'est la première fois de ma vie que je ne suis pas du dernier gauche.

Mme du Ch[âtenay] m'invite pour demain, Mme D[aru] Alexandrine pour aujourd'hui à Clamart.

On déjeune chez Mme du Ch[âtenay] la jeune, rue Saint-Florentin, n° 9. Il faut que j'avoue que je suis un grand nigaud je mets tout mon plaisir à être triste. Je surprends dans mon cœur un chagrin de ce que Martial ne m'a pas encore dit si j'étais décidément du voyage à Mayence, et cela, non pas parce que


cela est d'un intérêt majeur pour mon état, mais parce que si j'étais sûr de quitter Paris, j'aurais le plaisir de recevoir une impression de tristesse de tout ce que j'y vois.

Je tomberais dans une mélancolie niaise à la vue des arbres des Tuileries, de ceux qui sont sous mes fenêtres, de la grande route d'ici à Clamart.

Ce sentiment peut avoir quelque chose de bon, mais il contre-dispose à l'action, il jette dans l'ennui et dans le genre anglais, il rend ennuyeux pour les autres, il procure des chagrins dans le monde et augmente de beaucoup la sensibilité aux chagrins.

4 Octobre 1806.

J'ai un grand principe de malheur, des désirs contradictoires. Je hais la B. et cependant pour satisfaire ma passion principale il me faut des ennuyés. Ce qui manque à Sh[akspeare] et Alfieri, c'est de n'avoir pas eu à amuser des ennuyés rendus difficiles.

6 Octobre.

La manie des articles arriérés m'empêche de décrire ce qui m'arrive, souvent aussi


j'aime mieux agir que décrire mes actions, souvent je troublerais mon bonheur en cherchant à le décrire.

A neuf heures, déjeuner avec Faure quatre parties de billard. Je vais chez Martial (promenade avec lui dans sa cour), chez Mme D[aru], qui souffre beaucoup. J'accompagne Mme et Mlle de Cossé, que j'avais trouvées chez Martial, chez Tripet. Au retour, Alexandre à côté du garde-meuble, le monceau de fleurs pour Isidore. Retour chez ces dames, j'y dîne. Après, moment de mélancolie. Cimetière de Montmartre.

Dans un moment où Mme de C[ossé] est dans la pièce voisine, nous parlons de l'amour et de l'amitié. Elle en fait la différence que je lui en aurais exprimée il y a trois ans « Quand je revois Isidore, c'est avec tranquillité, c'est un contentement tranquille, l'amour est bien différent

Mais le connaissez-vous ?

Tel qu'on nous le décrit. »

J'aime mieux penser à elle, je l'ai quittée à dix heures et demie. Je regarderais comme un très grand malheur d'en redevenir amoureux, quoique j'aie actuellement bien des moyens de réussite dont je ne me doutais même pas il y a trois ans.


Jeudi, [9] Octobre 1806.

Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas très content. Certainement, si j'avais eu la chance contraire, je serais fort triste. Ce matin, à midi moins un quart, Martial, dans son cabinet, est convenu avec moi que je l'accompagnerai il ne prendra personne dans ses bureaux nous partirons samedi ou dimanche. Je cours depuis lors (7 livres 4 sous), j'ai vu Mlle de Cossé je dînai hier avec elle chez M. de Pacé. L'espérance n'est-elle pas sur le point de réveiller mon amour pour elle ? Hier, dans le combat des sentiments contraires, je fus bien ennuyé à dîner, peut-être ennuyeux. Quand je lui ai annoncé mon départ, elle a eu des moments de rêverie, elle a mal aux yeux.

Alexandre est venu prendre ses ordres pour la Bourgogne ainsi, elle sera à la fois sans l'homme qu'elle aime et l'homme qui l'aime.

(En l'aimant je sentais revenir tous mes anciens ridicules je ne suis pas assez riche pour être son mari, ainsi au diable il vaut mieux partir.)

Voilà bien mon ancienne bêtise.

1. Alexandre Petiet.


Je pars, mais sans titre, voilà le revers de la médaille.

Jeudi, 17 Octobre, je crois 1, 1806. Je crois que nous allons partir avec M[arti]al dans trois heures.

Hier, dîner chez M. de Baure Mlle de Cossé s'y ennuie. J'aurais dû être plus gai et plus détaché que jamais étant un peu touché au contraire, je ne l'engageais pas à être tendre. Je les ai menées au café de Foy, après quoi séparation. Je suis allé chez M[élanie] qui, à onze heures cinq minutes, n'y était pas. Je lui ai écrit.

J'ai vu Alhalie, ennui. Bajazet, où Duch[esnois] a joué supérieurement, et les développements de Roxane sont superbes.

J'ai été frappé du peu de conséquence dans les idées que Racine a montrées dans Athalie.

Mme de Pacé pleure je suis au mieux avec M. de Pacé. Je pars seul avec M[arti]al j'emporte environ 2.000 livres de 1.500 sur mon père et, 1.000 sur Périer, j'ai payé à peu près pour 400 livres. 1. Le 17 octobre 1806 était un vendredi. C'est le jeudi 16 octobre que Beyle quitta Paris avec Martial Daru.


Partant aujourd'hui, j'aurai resté trois mois et sept jours à Paris, ou quatrevingt-dix-sept jours, y étant arrivé le 10 juillet. Je n'ai pas eu des plaisirs bien vifs, mais souvent du contentement. Les plaisirs les plus vifs que j'ai eus m'ont été donnés par la conscience de mes progrès dans la connaissance du monde, dans le genre Duclos. Ce que j'ai lu avec le plus de plaisir, c'est la Vie de Duclos et Hugues Fréron, ce dernier m'a réellement fait réfléchir me le rappeler souvent.

Adèle m'a fait sentir un moment de sentiment au spectacle, chez Olivier, en se renversant sur moi et feignant d'avoir peur. Elle ne parle que des Petiet, je pense qu'elle épousera Alexandre.

Nous devions partir samedi, puis dimanche, puis mercredi nous partons enfin jeudi.

Je pense que c'est vrai.


24 Mars 1806.

JEU

JE vois avec bien de la peine qu'il est bien difficile d'aller dans le monde

avec 200 l[ivres].)

Bouillotte

Perte Gain

Mars:

19, mercredi. 9 livres (Pallard.) »

23, dimanche. 9 (Filip.) »

mardi. 3 (Filip.) »

26, mercredi. 9 (Pallard.) »

jeudi. 9 (Filip.) »

lundi. 0 (Filip.) 0

Avril

3, jeudi » (Pallard.) 4 1. 10 s.

12, 4 (Filip.) »

14, lundi. (Pallard.) 15 1.

26 avril. 6 1. (Filip.) »

3 mai. » (Filip.) 71.

4 mai. 12 (Filip.) »

7 mai. 3 (Pallard.) »

11 mai. 101. 10 s. (Filip.) »

31 1. 10 s 71.

Balance. 24 1. 10 s.

15 mai. 3 1. 10 s. (Filip.) »


23 mai. 3 1. (Boston, chez Mme Tivol-

lier, pour 15 jours passés.)

Je pars pour Gr[enoble] et Paris.

Finances

Je dois le 1er mai [1806]

à Mante. 222 1. 12 s.

A M. Tivollier l'huile.

A Darot son compte (réglé).

Mante me doit environ

(octobre 1806) 70 livres.

Crozet, environ 100

Je dois à Barral. 72



1807

JE commence ce cahier avec toute l'humilité qu'un bon chrétien pourrait exiger de lui. L'aventure de M.2 est une bataille perdue, cela m'apprendra le prix du temps. Si elle ne m'a pas donné un moment sublime, comme Adèle à Frascati, j'en ai trouvé auprès d'elle de bien délicieux.

Je ne veux en aimant que la douceur d'aimer. Ce vers est presque vrai de mon âme. et non de mon orgueil, c'est lui qui m'a donné de l'humeur depuis jeudi. Je viens 1. En tête de ce cahier, Beyle a écrit «Journal du 17 juin 1807 au ».

Il a inscrit au-dessous

1807-1808. Lire della Scienza nouva, par Vico.

L'indiscrétion et le mensonge viennent (dit herr W.) de ce qu'on n'a rien à dire. On veut faire effet à tout prix. Pour guérir ces vices, Il faut donc se donner quelque chose à dire. (4 mai 1808).

Le grand seul remplit l'âme, et non les femmes quelles qu'elles soient, Mme G., ou Bialov[iska] ou Mme Gherardi. (28 août 1808).

13 novembre 1806, arrivé à Brunswick.

C'est la Livia du voyage d'Ancône en 1811. Cf. F. Michel, Stendhal et Livia, Le Divan, no 203, novembre 1936. Michel 2. Mina de Griesheim.


de prendre ma deuxième leçon de M. De

de prendre ma deuxième leçon de M. Denys 1 (44 francs pour douze leçons), j'en prends deux par semaine, deux de M. Maucke, trois de M. Kœchi2.

Je compte apprendre incessamment à monter à cheval. Il paraît que M. D[aru] -a trouvé de la suffisance à moi à demander mon changement. M[arti]al recommence à me bien traiter, parce que je deviens flatteurs. Je suis bien avec tous les Français Brichard 4, avec qui je suis le plus lié, met souvent de l'aigreur entre nous il a une jalousie excessivement susceptible, il est jaloux de tout et d'un rien. Je viens de lire le Ld. avec fruit je suis en train de lire Tracy (Logique), Biran et l'Homme d'Helvétius.

J'ai là mes pistolets, auxquels Rasch vient de changer la sous-garde, j'ai tiré une dizaine de fois, sept à huit cents coups au plus. Tout mon bien consiste en 71 fr. et 50 louis.

Si, comme le dit Biran, l'on n'a de mémoire musicale que par les sons que 1. Denys donnait des leçons de musique et de chant. 2. Professeur de langues modernes au collège de Brunswick, Kœchi donna à Beyle des leçons d'allemand.

S. Il semble que Beyle venait d'être en froid avec son cousin Martial Daru après avoir été brouillé avec lui du 5 mars au 5 avril 1807. Cf. p. 170 et Correspondance t. II, p. 243. 4. Brichard était préposé du receveur général des contributtons à Brunswick.


lire, il faut apprendre

souvenir des beaux airs.

l'on peut reproduire, il faut apprendre à chanter pour se souvenir des beaux airs. M. Je serais bien ingrate si je ne l'aimais pas, il y a si longtemps qu'il m'aime

17 Juin [1807].

J'ai couru un grand danger ce matin Brichard a lu le commencement de ce journal, heureusement pas jusqu'au bas de la première page.

Je viens d'être très mouillé en allant chez Brandes avec le prudent Réol il est prudent par excellence.

Hier, j'ai été sur le point d'être hors de moi par le plaisir que je me figurais dans mon enfance d'après les Baigneuses de M. Le Roy et la pêche de Corbeau 1. Musique au Chasseur vert, en revenant d'accompagner Mlle de T[reuenfels] 2, qui m'a conté son histoire avec Liby3, qui doit me remettre des lettres ce soir et à qui j'en ai écrit une.

Minette était jolie par la physionomie 4. 1. Cf. Vie de Henri Brulard, t. I, pp. 189 et 216. 2. Sur cette Mina de Treuenfels qui semble bien avoir été surtout courtisée par Beyle pour exciter la jalousie de sa rivale, Wilhelmine de Griesheim, voir la Correspondance de Stendhal, t. II, pp. 242-250.

3 Liby était lieutenant au 7e régiment d'artillerie à pied. 4. Minette, c'est Wilhelmine de Griesheim qui fut le principal amour de Beyle à Brunswick, une de celles que dans


Nous avons tiré trente coups de pistolet, Str[ombeck] et moi, moi très mal. n peut feindre un mois, deux mois, mais on revient à son vrai caractère. Je ne mets pas mon capital à avoir des femmes. M[arti]al a eu, de dix-huit à trente et un, vingt-deux femmes à peu près, dont douze véritablement après une intrigue. J'ai vingt-cinq ans, dans les dix ans qui vont suivre j'en aurai probablement six. J'aurai vingt chevaux d'ici à ce que l'âge m'empêche de monter.

Jeudi 18 Juin.

Minette chez l'intendant. « Vous m'avez fait l'autre jour des questions, je puis bien vous en faire une à mon tour ce que vous faites pour Mlle de T[reuenfels] est-il sérieux, ou vous moquez-vous d'elle ? —Pour vous répondre, il faudrait que vous m'eussiez répondu autrement l'autre jour. Je vous ai aimé éperdument, et je vous aime encore il n'est point de sacrifice, point de folie, etc., etc. (Une déclaration Véhémente, et qui fut écoutée avec Henri Brulard il mettra au nombre des femmes les plus almées par lui.

1. Beyle entretint, très longtemps des relations amicales avec le baron de Strombeck (1771-1848) qui devint plus tard président de la Cour de Celle, en Hanovre, et avec sa famille.,


plaisir de coquetterie sans doute.) Me recevrez-vous encore quand vous serez Mme de Heert 1?

Certainement, mais je ne le serai pas de longtemps. »

Le futur, arrivant, termina là notre entretien, qui me prouve que je ne suis pas encore confondu parmi les indifférents et que son sentiment pour H[eert] n'est pas une passion.

J'eus beaucoup d'esprit au commencement de la soirée, mais de l'esprit ridicule, à la Desmazure le véritable aurait tout au plus pu être senti par une Mme de Spiegel (de Miroir), femme vraiment belle, mais qui dans huit jours retourne à Mreimar 2.

Mlle de T[reuenfels] trouva encore un prétexte pour ne me pas remettre les lettres de L[iby]. Elle lui parla avec feu; il s'en alla vers les neuf heures, mais je m'aperçus que je lui étais importun. Minette et Philippine questionnèrent beaucoup M. de Str[ombeck] sur mon compte.

1. Heert était un Hollandais qui, depuis quatre ans, était très amoureux de Wilhelmine de Gilesheim. n fut tué dans les guerres de l'Empire.

2. Mme de Spiegel, née Emilie, comtesse Stolberg, femme du Grand Maréchal de la Cour de Weimar.

3. Les deux plus jeunes demoiselles de Griesheim, filles du général de ce nom.


M[inette] lui dit « Je suis sûre que Mina 1 ne l'aime pas, elle en a un autre dans le cœur. »

Phili[ppine] « Dites-moi est-ce par hasard que vous êtes venu l'autre jour au Chasseur vert ? »

Str[ombeck] se met à lui conter qu'il n'en sait rien, que je le suis venu chercher à cheval, etc.

Str[ombeck] à Mina, qui lisait une lettre allemande

« Ah vous recevez des billets doux Est-ce que Beyle vous aurait confié quelque chose ? »

J'intéresse leur coquetterie. A dîner, j'ai beaucoup parlé avec M. Emperius 2, qui a de l'esprit, mais en qui on sent le manque d'âme (il n'a pas, dans la conversation, une étincelle de la chaleur de Corinne) il écrase entièrement Str[ombeck]. Liby ne parle pas mal, il a quelque grâce, mais il est loin de mys[elf] (ceci est mon histoire).

Vendredi 19 Juin 1807.

A cinq heures, je vais prendre ma première leçon d'équitation du maréchal des logis Lefaivre, tête étroite.

1. Mina de Treuenfels.

2. Professeur au Collège de Brunswick, enseigna l'anglais à Stendhal.


Je vais tirer à La Mache avec Mürichhausen et M. de Heert. Je tire assez mal. Cette société me fait mal.

M. de H[eert ressemble en bien à M. David 2, professeur de mathématiques, au physique et au moral. Taille basse sans grâce ni force, quelque bon sens, parlant bien plusieurs langues, mais, ce me semble, ne s'élevant pas jusqu'à l'esprit. C'est peut-être ce qui l'aura empêché de remarquer que ma plaisanterie était contrainte. Ils ont commencé par plaisanter assez librement sur Minette et Mina il ne tenait qu'à moi de le prendre sur ce ton, mais j'étais affecté assez vivement et, une fois l'occasion passée, elle ne s'est plus présentée.

Heert a dit à M. de Str[ombeck] « Je suis charmé que M. de B[eyle] aille avec moi, il me plait beaucoup », etc. (C'est une traduction.) Il me trouve tout à fait bon, ne me traite point en rival. Fortifier cette opinion dans ma course de demain.

Je crois que Mlles de G[riesheim] savent que Liby a demandé à M. de Siestorpf 1. Christian von Münchhausen (1781-1832) avait épousé l'aînée des filles du général de Grie8helm Augusta. 2. Professeur de Grenoble qui donna des leçons de mathématique à Pauline Beyie. Cf. Correspondance, I, pp. 8-9. 3. M. de Siestorpf était grand veneur du royaume de Westphalie et auteur d'un ouvrage forestier.


comment il devait s'y prendre pour obtenir la main de Mlle de T[reuenfels]. Celle-là est forte. Il est assez enfant pour parler sérieusement, je ne le crois pas assez hardiment scélérat pour employer ainsi publiquement cette ruse. J'en serai pour ma lettre.

Je me suis barbouillé, aux yeux de Mme de Str[ombeck], en faisant un soir un peu le Valmont. Ce n'est pas la première fois qu'il m'arrive de frapper trop fort.

M. de Lauingen m'a invité à dîner à Lauingen, ensuite Mme et Mlles de G[riesheim], M. de Heert, M. de Str[ombeck] et moi allons à Grossen Twilpstedtl. Ce matin, à une heure, en revenant de La Mache de passer deux heures avec MM. de Heert et Münch[hausen], j'ai eu deux heures d'un dégoût de tout au monde, même de l'Homme d'Helvétius, que je lisais alors, et qui me semble le bon sens même. Je trouve plus dans un de ses chapitres que dans des volumes des autres, et énoncé plus clairement, et mieux prouvé.

Str[ombeck] convient ce soir avec moi que le défaut des Allemands est d'être trop minutieux. Leur législation les y 1. Gross-TwiJIpstedt, resldence de Strombeck,


porte sans doute. Que de recettes, que de caisses, que d'emplois dans les finances de Brunswick Quelle complication dans la distribution de la justice

Après cela, je vais à la comédie. Le Direcleur 1, de Cimarosa, musique charmante. Je vois ces demoiselles avec un léger embarras. Je n'ai pas le sérieux convenable à l'égard du commandant de la place.

23 Juin 1807.

Voyage à Twilpsledt. Je suis revenu hier soir de Twilpstedt. Nous sommes partis samedi, à huit heures et demie, Str[ombeck] et moi. Mmes de Str[ombeck], de Gr[iesheim], Philippine et Minette étaient parties une demi-heure auparavant, en voiture M. de Heert les escortait à cheval.

Nous arrivâmes à Lauingen à onze heures et demie, déjeunâmes bien, comme dirait un Allemand, avec du rhum, du bishop 2, du gâteau, du beurre et du chocolat; rien de chaud.

Je fus content de moi toute là journée, j'étais occupé de ma situation avec M[inette] et M. de Heert. M[inette] me 1. L'impresario in angustie.

2. Biachof vin gucré.


rechercha constamment, je fus un peu timide jusqu'à dîner, il produisit une révolution.

Après dîner, je vis clairement que M[inette] avait une extase amoureuse qui n'était pas de sentiment, mais au contraire, ce qui indique un grand moyen de séduction. Je finis par lui parler de mon amour très bien, à mots couverts mais clairs. De ce moment au départ, M. de H[eert] fut triste il l'aime réellement.

C'est un homme de bon sens, ayant beaucoup de ressemblance avec M. David, professeur de mathématiques. Je ne savais rien de la Hollande, il m'a donné les premiers traits d'une description de sa position.

Pillés indignement. Les capitaux diminués de deux tiers. Le roi a voulu saisir ceux de la banque, on lui a laissé entrevoir la révolte, ruinant leur crédit il les ruinait. Véritable et fort esprit de liberté. Haine encore nationale contre les Espagnols. Toute la Hollande est généralement sous l'eau quelques endroits à soixante pieds. Caractère hollandais aussi peu aimable qu'il est solide. Paysans des environs d'Amsterdam qui ont huit cent mille francs, un million de bien 1.

1. J'extraie un morceau du présent journal for Love le 23


rt lui-même, Hollandais franégèrement. Le fonds de bon touiours. Il dit à Strfombeckl

M. de Heert lui-même, Hollandais francisé, mais légèrement. Le fonds de bon sens se sent toujours. Il dit à Str[ombeck] de ne pas contribuer à marier Philippine à M. de Lauing[en], cela ne réussirait pas, c'est-à-dire il serait cocu. Lui cependant aime profondément M[inette], il est constamment avec elle, il 1 parle sans cesse cela est absolument contre les mœurs françaises cette préférence ouverte choque la société, la rompt. Les Allemands, moins civilisés, songent bien moins que nous à ce qui rompt la société.

Les maris caressent à tout moment leurs femmes, mais d'un air flegmatique et froid. Tous les Allemands de la connaissance de Str[ombeek se sont mariés par amour, savoir lui, Str[ombeck]; M. de Münchhausen son frère Georges M. de Bülow M. de Lauing[en].

Demander à Faure une liste de vingt ou trente maris français avec les causes de leur mariage en général, les convenances, ce qui a rapport à la vanité, passion habituelle des Français. Les Allemands que je connais ont.

juin 1820, treize ans après thinking uniquement to D[ominiqu]e and to Leonore who is there*. (Note de Beyle.) Pour l'Amour. pensant uniquement à Dominique et à Léonore qui est la. On trouvera ce fragment emprunté au Journal dans de l'Amour, t. II, p. 139, voir plus loin à la date du 6 Juillet 1807.


Je relis l'Homme à mon entrée dans le monde en l'an VIII, venant de Grenoble à Paris.

Quel a été mon état dans le monde ? Mes maîtresses ?

Mes lectures ?

Réfléchir profondément à cela.

30 Juin [-1er Juillet.]

Journée assez heureuse, le matin par l'argent de mon père. Je vais au Chasseur vert à une heure, je tire trente coups à vingt-cinq pas deux dans le petit blanc. En revenant, le premier beau temps de trot que je fasse cette année. J'y retourne le soir avec Str[ombeck]. Mlle de Gr[iesheim] et Mlle d'Œnhausen y sont. A souper, je rends celle-ci un peu amoureuse, à ce que je puis deviner. Str[ombeck] m'accompagne, nous regardons les étoiles. Ce matin, 1er juillet 1807, j'ai chanté pour la première fois avec M. Denys le duo Se fiato in corpo avete 1.

3 Juillet.

Journée heureuse. Nous allons à la montagne de l'Hasse, Mlles de Gr[iesheim], 1. Si vous avez de la force dans le corps.


leur mère, Mme de Str[ombeck] Mlle d'Œhnhausen, M. de Heert, Strombeck et moi. Je vois par l'expérience une vérité dont ma paresse m'éloigne c'est combien il est utile de choisir les moments. J'aurais eu besoin de pratiquer cette maxime auprès de Pacé et des femmes.

J'ai vu Philippine, la grosse Philippine, sensible on aurait pu ce jour-là lui faire comprendre des choses impossibles les autres jours, hier par exemple chez Mme de Lefzau.

Nous nous perdons 1, elle, Minette, M. de Heert et moi. Colère de Mme de Griesheim, air contraint du susceptible Lauingen, amphitryon son détestable dîner.

J'ai été (autant que ma taille me le permet) bel homme ce jour-là. Premier jour d'habit gris. J'ai cru remarquer un peu de trouble sur la figure de Φiλiππiδioν2, Ie matin, à huit heures et demie, quand j'entrai chez Str[ombeck]. Elle est ici pour quatre jours. Journée très heureuse.

1. J'étais diablement et ridiculement romanesque, il y a dix-huit mois 1 (Note postérieure de H. Beyle.)

2. Philippine de Bülow, sœur de Mme de Strombock. Son nom reviendra souvent sous la plume de Beyle, dans ses ouvrages et notes intimes.


4 [Juillet].

Chez Mme de Lefzau. Ennui. Quelle mine faut-il faire en société, quand on est ennuyé ou malade ?

On a bien raison de dire Audaces fortuna juvat avec du respect, quels détours pour pincer les cuisses à Mlle d'Œhnhausen! Par ennui, je l'ai fait hier avec succès. J'ai même touché l'endroit où l'ébène doit commencer à ombrager les lis. Mais je crains que Mme de Str[ombeck], faisant fonction de mère, ne s'en soit aperçue et fâchée.

Somme toute, comme dit Mirabeau, j'ai assez de Brunswick.

Dimanche, 5.

Journée chaude. J'écris à la petite Italienne que je n'ai jamais vue1. Je tire soixante-dix coups de pistolet à La Mache. Je reçois une lettre de Faure peignant bien ces moments de bonheur que le Théâtre-Français m'a donnés quelquefois. 1. Serait-ce Livia ? Beyle. dans la Correspondance (t. III p. 145), indique sa présence à Brunswick vers janvier 1808 au moment où le régiment de son mari regagne la France. Ne pouvait-il y être en juillet 1807 au moment où Bleloviczl fut nommé colonel Sur la couverture du présent cahier (voir plus haut, p. 131), on voit déjà le nom de Bielovicza.


144,Wolfenbuttel est changé Halberstadt et où tons les noms propres ont été modifiés.

M. Réol part demain pour Berlin avec sept chevaux.

J'ai touché avant-hier 580 francs environ du gouvernement. J'ai 4 écus (3,877 x 4) par jour à compter du 24 mai. Voilà une de mes fautes ma paresse et ma timidité me coûtent 30 fréd[érics] et un écu par jour tant que je serai ici.

M. D[aru] me parla de me faire donner un fr[édéric] il y a un mois.

Faire, avant que de partir, le relevé de mes fautes.

1° Avoir écrit à M. D[aru] sur l'affaire des bougies il a raison, c'est suffisance.

Lundi, 6 Juillet 1807.

Très jolie partie à Wolfenbuttel1, donnée par Str[ombeck]. Nous partons à deux heures, Mme et Mlles de Gri[esheim], Mlle d'Œhnhausen, Mme de Str[ombeck], Str[ombeck], M. de Heert et moi. Je suis très bien à cheval et vêtu avec élégance. (Voici ce que j'entends et ce que je veux faire entendre on peut porter un vêtement de cinq cents louis et n'avoir pas l'élégance, 1. Cette partie à Wolfenbuttel, où Strombeck était assesseur au tribunal aulique, inspirera plus tard à Stendhal tout un passage de l'Amour Chap. LVIII, pp. 139144, où Wolfenbuttel est changé en Halberstadt et où tous les noms propres ont été modifiés.


qui vient de la convenance de l'habit au caractère du jour, à la différence avec celui qu'on a porté la veille, etc., etc., chose importante pour un homme laid.) La bonhomie de Heert. Ses anecdotes, qu'il raconte bien pour ce pays, font la conquête de Strombeck. Il est bonnement et ouvertement amoureux de Minette, il la suit partout et toujours, lui parle sans cesse, et très souvent à dix pas des autres, le plus souvent en français, avec l'air sérieux, pesant et sans grâce. Il a une figure ignoble, un visage lourd, beaucoup plus petit que moi. Nul esprit (idées neuves, saillies, vicacité), mais du bon sens. Il raconte avec netteté et assez de chaleur, mêle sans cesse le hollandais avec l'allemand, ce qui fait grâce. Un âne, disait Lichtemberg, est un cheval traduit en hollandais. Le hollandais est le comble du ridicule pour une oreille allemande.

J'ai eu le défaut, hier et aujourd'hui, d'assommer de moi Strombeck. Je m'ôte toute grâce en étant beaucoup, avec lui, d'une manière qui l'ennuie peut-être souvent.

Actuellement, qu'il soupera seul avec sa femme, me redonner de la grâce en y allant plus rarement le soir.

La manière ouverte dont M. de Heert


fait la cour à Minette serait le comble de l'indécence, du ridicule et de la malhonnêteté en France.

Mais aussi Strombeck me disait en revenant que, de toutes les femmes de sa famille (très étendue), il ne croyait pas qu'il y en eût une qui eût fait son mari cocu.

Sa singulière proposition à sa bellesœur, Mme de Knisted, dont la famille va s'éteindre faute d'héritiers mâles, et tous les biens retourner aux souverains, prise avec froideur, mais « Ne m'en reparlez jamais ».

Il en indique quelque chose à Φ 1 en termes très couverts indignation non jouée, diminuée par les termes au lieu d'être exagérée « Vous n'avez donc plus d'estime du tout pour notre sexe. Je crois, pour votre honneur, que vous plaisantez. » Dans un de ses voyages, Φ s'appuyait sur son épaule en dormant ou faisant semblant de dormir un cahot la jeta un peu sur lui, il la serra, elle se mit de l'autre côté de la voiture. Il ne la croit pas inséductible, mais il croit être sûr qu'elle se tuerait le lendemain de son crime 2.

1. Philippine de Bülow.

2. Si je meurs, je prie, au nom de l'honneur, de brûler ce journal sans le lire. Au nom de l'honneur, Français. (Note de Beyle.)


L'amour-propre lui fait peut-être croire cette suite, il l'a aimée passionnément, ne fu riamalo, e non l'ebbe 1.

Du côté opposé, un homme marié convaincu d'adultère peut être condamné par les tribunaux à dix ans de prison. La loi est tombée en désuétude, mais empêche encore que l'on traite ce point avec légèreté. Il est bien loin d'être comme en France, une qualité que l'on ne peut presque dénier en face à un mari sans l'insulter.

Quelqu'un qui dirait à mon oncle, à Chiese, qu'ils n'ont plus personne depuis leur mariage les insulterait, je crois. Il y a quelques années qu'une femme dit à son mari, homme de la cour d'ici, qu'elle l'avait fait cocu il alla le dire bêtement au duc, le cocufieur fut obligé de donner sa démission de tous ses emplois et de quitter le pays dans vingt-quatre heures, par la menace du duc de faire agir les lois.

J'ai dit ailleurs que la majeure partie des hommes se mariait par amour. Ils ne sont pas cocus, mais quelles femmes des pièces de bois, des masses dénuées de vie. Ce n'est pas que je n'aime mieux cela que Mme Pacé jouant mal le rôle 1. Il fut aimé en retour et il ne l'eut pas.


d'une Française, le jouant comme une mauvaise débutante, et pas de flexibilité, pas de progrès.

Pour en finir sur les femmes, leur dot. A peu près nulle, à cause des fiefs Mlle d'Œhnhausen, fille d'un père qui a 30.000 livres de rente et qui fait valoir ses terres, aura peut-être 7.500 francs de dot (2.000 écus) Mme de Str[ombeck] a eu 4.000 écus (4 x 3,877), elle en aura encore 1.500 ou 2.000 à la mort de sa mère. Le supplément de dot est payable en vanité à la cour. « On trouverait dans la bourgeoisie, me disait Str[ombeck], des partis de cent ou cent cinquante mille écus, mais on ne peut plus être présenté à la cour, on est séquestré de toute société où un prince ou une princesse se trouve c'est affreux. »

Une femme allemande qui aurait l'âme de Φiλππiδioν, beaucoup d'esprit, et la figure noble et sensible qu'elle devait avoir à dix-sept ans (elle en a vingt-neuf ou trente), étant honnête et naturelle par les mœurs du pays, n'ayant par la même cause que la petite dose utile de religion, rendrait sans doute son mari très heureux. « Mais il était marié! » m'a-t-elle répondu ce matin lorsque je blâmais les quatre ans de silence de 1 amant de Corinne, lord [Oswald].


Elle a veillé jusqu'à trois her lire Corinne, elle la sent, et elle mi

Elle a veillé jusqu'à trois heures pour lire Corinne, elle la sent, et elle me répond « Mais il était marié! » Voilà une femme que le mariage lierait.

Aussi, sans être jolie, trouvée même prude, sèche, par les petits esprits montés sur de petites âmes comme Christian de Münchhausen l, par exemple, m'a-t-elle fait faire quatre grandes lieues ce matin. Je les ai accompagnés (à onze heures) jusqu'à Ordorf, à un grand mille, suis revenu au Chasseur vert, ai tiré vingt coups à vingt-huit pas, dont un comme cela 2 ai foutu la fille de l'hôte pour la première fois, et ai commencé à écrire ceci à quatre heures.

C'est la première Allemande que j'aie vue totalement épuisée après avoir déchargé. Je l'ai enflammée par des caresses elle avait beaucoup de craintes. J'apprends peu à peu mon métier. J'ai été levé ce matin de cinq à six heures pour un convoi de charpie.

J'ai vu hier un beau chien noir de neuf mois dont le bourreau de Wolfenbuttel veut 2 frédérics (2 X 20 f. 80 c.).

1. J'avais tort c'est un bon enfant, un des hommes du meilleur ton qu'il y ait dans le pays, mais point d'esprit et une sensibilité ordinaire. Octobre 1808. (Note de Beyle.) 2. Beyle accompagnait son texte d'un croquis.


10 Juillet 1807.

Acheté le chien noir, que je nomme Brocken, 11 écus l'écu vaut 3 f. 877 millimes 1.

Voyage au Brocken. Lundi.. juillet, M. de Str[ombeck] et moi sommes partis pour le Brocken par un temps superbe. Nous étions dans sa calèche, attelée de deux chevaux d'ar[mes]; il avait son domestique. Seidler, un ci-devant dragon de Brunswick, actuellement soldat du train, nous conduisait. Notre voyage a duré soixante-quatre heures et nous a coûté à chacun.

Nous sommes arrivés vers les neuf heures à Videlah. La campagne prend de la physionomie en s'approchant du Harz. A une heure, nous dînions dans l'auberge de la Truie rouge, à Ilsenburg2. Nous y trouvons MM. de Hamerstein, dont l'un a tué à Paris Gustave Knœring. Nous nous mettons en marche pour le Brocken à quatre heures. En montant, nous voyons une batterie de fer et une fabrique l'on tire le fer en fil.

Nous arrivons au Brocken vers les 1. Volé quelques mois après. (Note de Beyle.)

2. M. F. Michel nous apprend que le nom exact est auberge des truites rouges (zu den roten Forelleu). L'auberge existe encore aujourd'hui.


huit heures, excessivement fatigués, M. de St[rombeck] moins que moi cependant. La petite vallée qui y conduit est très commune les gens de ce pays l'admirent parce que c'est la première montagne qu'ils voient. L'Ilsenstein, ou rocher de l'Ilse, ne mérite aucune attention à mes yeux, et est cependant célèbre. Sur le petit Brocken, demi-heure avant le véritable, il y a une maison abandonnée. Le comte de Wernigerode, souverain de ce pays, a fait bâtir sur le sommet du Brocken une maison dont les murs ont cinq pieds d'épaisseur. Elle est de granit, comme le mont lui-même. La maison est exactement au sommet. Ce sommet est couvert de gros blocs de granit, tout indique une montagne qui tombe en ruines. Cette maison est, je crois, remarquable en ce qu'elle est peut-être la seule du monde, à cette élévation, d'où la vue puisse s'étendre de tous côtés. On voit aussi bien les plaines qui sont adossées à la forêt de Thuringe, vers Gotha et Weimar, que celles de Brunswick et de Hameln. Le Brocken est l'habitation la plus élevée de l'Allemagne. Nous y trouvâmes le froid et un vent d'une violence telle que je n'en ai jamais senti de pareil il avait des redoublements moins sensibles que dans les plaines.


J'étais anéanti. Après avoir pris du rhum, de la bière et du thé, nous fîmes le tour de la maison et montâmes sur la tour. Voici un croquis de la maison 1. J'ai un peu exagéré la courbure du sommet, ainsi que la hauteur du paratonnerre. A neuf heures, Strombeck et moi étions en A. Le vent me semblait chaud à force de violence, il nous semblait entendre quarante ou cinquante tambours battnnt continuellement. Notre vue s'étendait à un quart de lieue à peu près, tous les gouffres qui nous environnaient étaient remplis de nuages.

Nous fîmes un souper très passable pour le lieu. Les chambres sont propres sans la canaille de Gœttingue et de Helmstedt, qui y abonde et qui brise tout, ce sont des étudiants pour la plupart, le comte ferait arranger des chambres beaucoup plus propres. L'hôte qu'il y tient y est depuis cinq ou six ans trois de ses enfants sont nés dans ce bout du monde, il est séparé du reste de la terre pendant trois mois il nous dit que ses enfants étaient baptisés au retour de la belle saison.

Il nous montra de petits in-quarto dans lesquels chaque étranger met ordinai1. Beyle faisait suivre ici son texte d'un croquis.


rement son nom et une platitude sur le Brocken en forme de sentence. Ordinairement, on admire, sans orthographe, la puissance de Dieu qui a tiré le Brocken du néant. Le volume qui précède celui où nous mîmes nos noms commence par Frederick Wilhelm I, Louise, Kœnigin von Preussen (Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, et Louise, reine, etc.), écrit en caractères allemands. Je fus étonné du peu de noms étrangers je rencontrai, en feuilletant, deux inscriptions françaises et une italienne. Je fus aussi étonné de la platitude d'un tel recueil, elle n'a pas empêché un libraire d'imprimer les quatre ou cinq premiers volumes. C'est fort, mais il me semble qu'on imprime plus en Allemagne qu'en France.

9 Novembre 1807.

II faut trop de paroles pour bien décrire. C'est ce qui m'a fait interrompre ce journal depuis le commencement de juillet. Il serait utile d'écrire les annales de ses désirs, de son âme; cela apprendrait à la corriger; mais aurait peut-être l'inconvénient de rendre minutieux. Depuis le mois de juillet j'ai renvoyé Jean, qui m'excédait, et pris Romain,


dont je suis content 1. Mon cheval bai a pris le vertigo j'en ai acheté en octobre un gris 35 frédérics, léger, mais pas fort, joli cependant.

J'ai tué trois perdrix au vol, à mon grand étonnement.

Je suis allé plusieurs fois à l'Elme avec M. Daru. II m'a encore parlé de nos anciens différends avec une bonté extrême. Le grand maréchal de Münchhausen m'a entièrement satisfait par des espèces d'excuses. Cette affaire est terminée et bonne à oublier2.

Je me suis guéri de mon amour pour Minette. Je couche tous les trois ou quatre jours, pour les besoins physiques, avec Charlotte Knabelhuber, fille entretenue par M. de Kutendvilde, riche Hollandais. J'ai été content de moi à ce sujet. Mme Alexandrine D[aru] a passé et m'a reçu d'une manière qui avait la façon de l'amitié.

J'ai fait un voyage agréable à Hanovre3.

1. Jean était un domestique de Chérubin Beyle qui rejoignit, au début de 1807, Henri Beyle à Brunswick. Il repartit pour Grenoble en octobre 1807. Cf. Correspondance, t. II, passim.

2. Beyle s'en souvint encore dans sa vie de Henri Brulard, t. II, p. 266.

3. Beyle doit écrire ici Hanovre pour Hambourg, par prudence. Il n'avait eu que cinq jours de permission pour aller chasser dans le Harz.


J'y ai eu Jeannette. J'ai gagné 34 ou 35 napoléons à l'aimable Digeon. J'ai été huit jours moins quelques heures absent de Brunswick avec Réol (du 26 octobre au 2 novembre). Voyage agréable, dont je compte faire un journal à part.

Hier, bal animé chez Mme de Marenholtzl, avec qui B[richard] passe sa vie d'une manière frappante. Str[ombeck] était bien malheureux pendant que nous nous amusions. Il m'écrit ces propres mots « Le soir d'hier était un des plus terribles de ma vie ma femme désolée, et moi-même hors d'état de la consoler.

« Toute la nuit, l'image de mon Charles m'était devant les yeux. Cela finira comme tout finit. »

Il a perdu son fils Charles du croup. J'ai été souvent chez lui le jour de la mort.

1. Mme de Marenholtz, veuve depuis 1805, était la fille du grand Chambellan de Bothmer.


14 Janvier 1808.

toutes nos connaissances de Brunswick, le seul qui ait réellement de

l'esprit c'est Jacobsohn 1. Il joint

à son esprit toute la finesse d'un juif qu'il est, et deux millions.

Beaucoup d'imagination dans le genre

oriental mais il ne parle pas bien français, et sa vanité est trop à découvert. Par vanité, en le flattant, aux bains d'Helmstedt on lui a fait dépenser deux mille écus. En le tournant, on lui en ferait dépenser dix, mais dans l'intérieur de son ménage toujours cancre comme un juif. Son mot de l'agio de la religion à la

duchesse est joli.

M. de Siestorpf, grand veneur, 2

en esprit.

Homme de soixante ans, 80.000 francs

de rente. Physionomie exprimant finesse et méchanceté. Mauvais cœur n'a jamais 1. Banquier de Brunswick. Cf. Correspondance, t. II, p. 393.


rendu de service d'argent. Il commande un télescope à un jeune artiste pauvre de Brunswick (M. de Siestorpf est très grand amateur d'ouvrages de ce genre), il doit donner 200 écus au pauvre jeune homme quand il est fait, il ne veut plus lui en donner que soixante.

On dit qu'il a été peu sensible à la mort de son fils unique, mort à vingt-quatre ans, et dont il contrariait la passion pour une fille naturelle du duc de Brunswick, je crois, mais ayant le titre de comtesse, dame d'honneur, reçue à la cour, etc. Homme dur, n'ayant aucune considération pour le malheur. Ressemblant assez à un sanglier.

3. MM. de Münchhausen, ambassadeur de Strombeck, conseiller. Ces deux hommes mêlés feraient deux hommes charmants. Ils ont un mérite fort différent. M. de Münchhausen, homme du grand monde, bavard impitoyable, raconte sans cesse des anecdotes assez agréables. Se met un peu trop en avant, voulant toujours rappeler indirectement qu'il était présent, lorsque M. le prince Henri, M. de Bouftlers, M. de Nivernais, etc., 1. Le prince Henri, frère du grand Frédéric M. de Boufflers avait émigré à Berlin et M. de Nivernais y était ambassadeur.


disait tel mot agréable. 36.000 francs de rentes, viagères en majeure partie. Avare et sale au dernier point. Mettant tout son bonheur, toute son existence dans les croix, les cordons, les plaques, etc. Homme de cour par le fond du cœur.

Bon musicien, touchant bien de l'harmonica, du piano, etc., ayant fait imprimer de la musique. Au total, le coup d'œil d'un homme du grand monde. Cinquantecinq ans.

Ce qui est le contraire de M. de Strombeck, qui a l'air d'un apothicaire. L'esprit lourd, pesant et lent des idées cependant, ni nettes, ni justes, sur l'article de la vertu et des gouvernements. Bon ami, père très tendre, bon fils, bon frère. Aimant les arts, sachant un peu d'astronomie, très instruit, mais manquant du levain philosophique, ne réunissant point ses idées. His love for Φ 1. Trente-cinq ans, et 12.000 francs de rente.

Sa femme est mère, rien de plus. Parfaite nullité, douceur, vertu, mais lenteur effroyable Allemande autant que possible. 4. M. de Bothmer, grand chambellan. A soixante-six ans. S'il n'en avait que quarante, nous l'aurions sans doute mis 1. Son amour pour Philippine de Bülow.


au 1er. Appétit dévorant, mangeant de la viande comme trois hommes ordinaires. Sait six langues, a fait de jolis proverbes allemands. A le goût littéraire qui régnait en Allemagne sous Frédéric le Grand. Adoration du genre français, avec ses vices et ses vertus. Les grands hommes allemands, Gœthe, Wieland, Klopstock, Bürger, Herder, Schiller, ont changé cela.

M. de Bothmer n'est plus que l'ombre de ce que je crois qu'il fut autrefois. Il n'a pour vivre que ses appointements, 6 à 7.000 francs il est commandeur de la branche protestante de l'Ordre Teutonique. Il est bon par philosophie, et je crois aussi par tendresse de cœur et, par calcul, il vante tout le monde avec un air de franchise et en parlant à eux et d'eux, ce qui fait que tout le monde en est enchanté. Aime beaucoup Mme de Marenholtz, sa fille, coquette par excellence, qui captive entièrement Brichard. Père d'un sauvage sans esprit, véritable militaire, excessivement fort, fait pour dégoûter un homme qui pense du métier des armes. Ce fils, nomme Ferdinand 1, ne voulait pas que Bri[chard] et moi l'appelassions ainsi.

1. Ferdinand de Bothmer (1778-1863) était officier de cavalerie.


Père de Mlle Caroline de Bothmer, l'amante de M. de Haugwitz, qui s'est tué. Sa touchante histoire. Son cœur n'est plus qu'un monceau de cendres un peu de vanité les anime de temps en temps.

M. de Bothmer n'a d'idées grandes et arrêtées sur rien. C'est une petite philosophie médiocre et aimable. Jacobsohn, au contraire, est vraiment l'homme d'ici qui a le plus d'esprit. Personne n'en douterait s'il savait le français seulement passablement.

17 [Janvier].

Dîné chez le général Rivaudl, commandant la division.

Un peu incommodé d'éblouissements depuis trois jours M. Haeur, médecin raisonnable.

Martial est toujours Cassel avec son frère moi ici, faisant quelquefois des châteaux en Espagne et me voyant commissaire des guerres dans trois mois et, qui plus est, suivant M. Z. en Portugal ou en Grèce. Je serais enchanté de ce voyage. Au total, je suis content de ma 1. Le général Rivaud de la Raffinière commandait à Brunswiek la 2" Division militaire wesphàlienne, depuis le 1" janvier.

JOURNAL. III. 11


position et de mon état le climat seul me donne de l'humeur de temps en temps. Je lis Sismondi avec plaisir. (J'ai soixante l[ouis] environ.)

Je dîne ce soir chez M. La Saulsaye 1, homme, je crois, très aimable jadis, mais radotant un peu, à ce que pense Réol. 20 Janvier 2.

Sitnplicité, Tragédie, Jules César. Si des géants bâtissaient un mur avec des quartiers de roche, ils mettraient avec autant de facilité un rocher gros comme un palais sur un autre rocher qu'un maçon pose une pierre sur un autre pierre. De même, de grandes âmes faisant une grande action Brutus, Régulus, etc., doivent avoir aussi peu de peine (remords, sensibilité poétique à part) à faire les actions par lesquelles ils sont connus qu'un lieutenant d'infanterie à faire faire feu à son peloton.

Voilà la noble simplicité, l'aiseselé, si l'on peut parler ainsi, qu'il faut que les personnages tragiques aient. Cela produit 1. Ordonnateur aux Commissaires des guerres et chef direct de Beyle.

2. Relu avec plaisir, et trouvé la peinture véritable et utile. 24 juin 1815 (Note de Beyle.)


tout de suite le sublime, c'est presque le sine qua non de la tragédie 1. Corneille l'a quelquefois, Voltaire jamais. I think that I shall have lhis in my character 2. Je n'ai pas lu depuis huit mois une pièce de Corneille ni de Racine. L'Ecole des maris de Molière, Othello et Jules César de Shakspeare.

Shakspeare m'ennuyait il y a trois mois, actuellement je ne fais pas attention à l'enflure et il m'intéresse. Othello m'a paru presque parfait.

26 Janvier 1808.

Hier, je suis allé au théâtre allemand, où j'ai eu un peu de fièvre. Je suis revenu jouer au billard avec Lhoste jusqu'à minuit. Nous sommes allés prendre les Mémoires de Maurepas. Revenu chez moi je les ai lus jusqu'à deux heures, ils ne m'ont rien appris.

Ce matin, à dix heures, en me levant, j'ai lu la page 175 de la Logique de Tracy. La comparaison des tuyaux de lunette qui sont renfermés les uns dans les autres et qu'on en tire successivement devient évidente pour moi en songeant à M. La Saulsaye. C'est un ord[onnateur]. C'est 1. Cette idée n'est pas trop bonne. (Note de Beyle.) 2. Je pense que j'aurai cela dans mon caractère.


un homme de soixante-trois ans, qui a de l'amabilité, qui a été homme à femmes dans sa jeunesse, de ces têtes dont la force suit celle des couilles, bien la vanité d'un homme du monde, mais des restes de netteté dans l'esprit. Il a dû être fort vif autrefois. (Le tuyau s'allonge à chaque nouvelle idée que je vois dans le sujet des précédentes, dans l'homme nommé La Saulsaye 1.) Il radote un peu. (Nouveau tuyau mais puis-je le voir sortir du tuyau de. (des restes de netteté dans l'esprit)? Non. Il faut me figurer M. La Saulsaye comme la tête de ces limaces dont les trompes oculaires s'allongent, et se retirent ensuite quand elles ont peur. Chaque idée nouvelle est comme une trompe nouvelle qui sort de la tête 2.) Mais, comme je l'ai dit, on ne se figure comme un tuyau de lunette qui s'allonge que les idées formant un raisonnement, comme le grand juge est un homme qui ne se connaît pas lui-même, ou qui n'est susceptible que des émotions que donne l'exercice d'une autorité quelconque. Voilà le fait, la lunette rentrée dans elle-même, dont je vais tirer les tuyaux. 1. Si c'était un raisonnement suivi, ce serait le même tuyau qui serait allongé. (Note de Beyle.)

2. C'est exactement l'idée de Tracy, 178, ligne 18. (Note de Beyle.)


ante-cinq ans, trente-six mille nte il demande de l'emploi, pour gagner de l'argent, ce amour de la patrie. Donc

Il a quarante-cinq ans, trente-six mille livres de rente il demande de l'emploi, ce n'est pas pour gagner de l'argent, ce n'est pas par amour de la patrie. Donc, le grand juge, etc. C. Q. F. D.

28 Janvier 1808.

Joli bal chez Mme de Marenholtz. Je ne danse qu'une fois.

Jolie idée de M. de Villefosse 1 qu'il faut comparer tous les états en Europe. Les courtisans, presque semblables. Les savants, idem.

Les négociants. Je l'arrête là; la froideur raisonnable et fière d'un Anglais, la bassesse et l'astuce italiennes. Les amants. Je l'arrête aussi figurezvous cette société à Milan. La vivacité des Montferrines.

Tache de graisse avec le. à propos de Je crois que vous nagez mieux que Mme une telle. La jambe jusqu'à l'aisselle. ler Février.

Je reçois la lettre de M. Daru qui me charge des Domaines. Je ne suis pas 1. Héron de Villefosse, ingénieur des mines, s'occupait à Cassel de l'organisation du service des mines de Westphalie,


enthousiasmé de cette faveur je ne sais pas encore le cas que j'en dois faire.

Le 5 ou 6 [Février].

Réol me conte la conversation of two brothers upon me 1.

18 [Février].

Je dîne pour la deuxième fois chez le préfet. Br[ichard] m'ennuie assez. Les habitants et moi n'avons pas beaucoup d'inclination les uns pour les autres. J'ai acheté la Cène, les portraits de Frédéric et de Raphaël, un beau paysage dé Lorrain et une vue du soleil à minuit à Tornea.

Je mettrai sous ces portraits et paysages le Nord et le Midi, tous deux grands lequel fut le plus heureux ?

19 [Février].

Je visite toute la Chambre des Domaines. chemin faisant, j'apprends les mariages de M. l'Hofrichter de Münchhausen avec 1. Dos deux frères [les Daru] à mon sujet.


Mlle de Praun M. le comte de Weltheim avec Mlle Frédérique de Bülow.

Voilà deux maris qui auraient grand besoin d'un lieutenant. Si ces demoiselles sont bien pucelles, ils n'en viendront jamais à bout.

J'ai vu hier tuer au commandant Beteille deux chevreuils en deux coups. Enfants meilleurs que des hommes faits. Beaucoup plus de bonne volonté et moins de coquinerie.

Je vais demain chasser au lièvre. On part à six heures et demie c'est à Wolfenbuttel.

Je caracole toujours de temps en temps Mlle Charlotte.

J'ai des velléités fortes et très passagères pour quelques femmes. Du reste, la morale par moi décrite il y a un an dans le cahier qui précède celui-ci est presque tournée en habitude. J'ai gagné de ce côté. La timidité s'en va aussi. Si je servais sous un autre intendant général que M. D[aru], mon parent, ce sentiment me serait presque inconnu aujourd'hui. J'ai écrit, il y a un mois, une lettre à Tracy, dont Faiire n'est pas très content. Tout le monde se marie Adèle à M. Petiet 1; Mlle Petiet au colonel Girar1. Adèle Rebuffel avait épousé Alexandre Petiet le 16 février 1808.


din, qui bande très bien, mais est fort laid de l'esprit, beaucoup, je crois enfin, l'empesé, l'important, l'ennuyeux Nougarède à madame. 1, fille de Son Excellence M. Bigot de Préaméneu, ministre des Cultes. Nougarède doit être plaisant.

J'ai fait la bonne connaissance de M. Héron de Villefosse, homme d'esprit qui malheureusement a un peu de ressemblance morale avec M. Nougarède. Il faut que je corrige un peu de pédanterie dans mes manières, peut-être suite de timidité.

25 Février.

Depuis lors, j'ai tué trois lièvres, les premiers quadrupèdes de ma vie, et le même jour dîné chez M. de Rodenberg, drossard. M. Diodati, bon petit vieux. Le vin et la musique me font plaisir. Temps magnifique, gel et soleil depuis huit jours.

Le lendemain, dîner assez ennuyeux chez M. Bramerd. Le lendemain, je donne à dîner, pour la première fois, à sept personnes (92 francs). Dîner demi-officiel, qui réussit.

1. La baronne Franconin-Saucet.


Le lendemain, chasse aux canards. Nous ne tuons que deux corbeaux. Hier 24, j'étais chez M. de Praun, ennuyé de Brunswick, j'étais bien, ne sentais plus ma fièvre depuis quelques jours, mais presque malheureux par ennui. Le général Rivaud me conte la lettre bien jeune de Son Excellence M. Morio 1. Il était outré pour lui, et cela rejaillissait sur moi.

Déesse, venge-nous, nos causes sont pareilles Voici un de ces faits comme il m'en manque quando io voglio dipingere un carattere 2.

La première page de la lettre finissait ainsi « Sans la considération que j'ai pour M. l'ordonnateur Morand, je vous ordonnerais (le revers continuait :) de faire arrêter », etc.

Le général R[ivaud] « Sans la considération que j'ai pour M. l'ordonnateur Morand, je vous ordonnerais De manière qu'il semble que c'est moi que ça regarde, et que s'il ne m'ordonne pas, 1. Le comte Morio était Ministre de la Guerre, grand écuyer et ami intime de Jérôme, roi de Westphalie. La fin du récit montre clairement que c'est de Beyle lui-même que Morio avait à se plaindre, au point de songer à le faire arrêter. M. F. Michel nous assure que Beyle fut vengé par un Français qui assassina Mono en 1811.

2. Quand je veux dépeindre un caractère.


c'est par la considération qu'il a pour M. Morand. »

Je suis sûr que si les trois dernières lignes de cette page avaient été au commencement du revers, il aurait été moins irrité.

Le mot ordonner le choquait d'ailleurs, et avec raison (si on a jamais raison en ayant de la vanité), de la part d'un homme qui n'est que colonel dans l'armée française, qui a été dernièrement deux ans sous ses ordres en cette qualité, et qui, faisant souvent auprès de lui le service d'aide de camp, « qui était auprès de moi avec. ec. respect je puis dire ». Cette communication, qui aurait fait le malheur d'un autre, me donna un vif sentiment de plaisir.

J'observais le même effet le 5 mars 1807, lors de l'insulte de Martial.

Hier, mon bonheur se prolongea toute la soirée. Peut-être serais-je presque constamment heureux si je vivais au milieu de grands événements.

Celui-ci, qui n'est grand que pour moi, peut avoir des conséquences bien diverses probablement, faire gronder ce jeune ministre peut-être me faire quitter Brunswick comme ayant cherché querelle ou désagréable ici. Je m'en fous, je voudrais presque quitter Brunswick. M. Z. est si


osé pour moi et la conduite du

est si absurde qu'il peut y

mal disposé pour moi et la conduite du ministre est si absurde, qu'il peut y croire quelque insulte particulière faite par moi à quelqu'un, et cela me recule de plusieurs années. Je m'en fiche, je suis sans enthousiasme.

Faisons notre devoir et laissons faire aux dieux. Je viens de finir, avec cette même plume, une grande lettre de quatre pages à M. D[aru] qui montre, ce me semble, l'absurdité du m[inistre] et mon innocence comme deux et deux font quatre.

2 Mars.

Je sors à onze heures de chez M. de Siestorpf, après avoir écrit avec cette plume, jusqu'à huit, une grande lettre à l'Intendant général.

J'en ai aussi écrit une grande à Lambert, où je dis ce que je pense de ce pays-ci, c'est-à-dire pis que pendre. Cela m'a disposé à la gaieté ce soir, et je l'ai été, point timide.

J'ai perdu trois écus, il y a huit jours 10 j'en avais gagné 12 ou 15 il y a quinze jours. La lettre de Lambert1 contient, sur la 1. Lambert à son départ de Marseille le 16 mai 1806, était


Calabre et sur la musique de Naples, des choses qui confirment mes idées au lieu de les modifier. Je trouverais l'homme presque naturel en Calabre.

Mes yeux ont bien joui, ce soir, de la beauté de Mlle de Klœsterlein.

3 [Mars].

Société et pharaon ennuyeux chez le général Rivaud. Madame a la fièvre. Saucerotte m'apprend à gagner en observant la suite des cartes, parce qu'on ne mêle pas. Je gagne de l'intimité avec Mme Strouve1.

4 [Mars].

J'ai reçu une lettre très aimable de Martial, qui me parle de la Garde mais je ne crois pas qu'il soit de mon intérêt d'y aller. Z. serait jaloux de la manière. Je suis à un examen dont j'espère me bien tirer. Je ne serais plus disponible, -une fois dans la Garde. Je vais être com[missaire], à ce qui est probable. Cette entré à Naples dans l'administration des droits réunis. II rentra en Franee sous la Restauration.

1. Sans doute Mme de Struve dont le mari avait traduit pour Beyle la ballade de Lénore. Of. Correspondance, t. II, p. 253.


intendance-ci peut me mener à une véritable.

6 Mars.

Le peuple de Brunswick prête serment. Laideur propre au gothique du bâtiment où sont nichées les autorités.

L'ignoble des bourgeois dans les cérémonies me fait toujours mal au cœur. Le bourgmestre de Br[unswick], figure ridicule, a lu un discours que personne n'a entendu. Il n'avait pas eu l'esprit de faire dire au peuple quand il fallait lever la main ce mouvement s'est fait partiellement, et tout le monde a ri. Les Allemands jurent en levant deux doigts de la main.

Ces cérémonies me font toujours mal, en me rappelant l'ignoble de Gr[enoble]. Elles m'en feraient bien plus, si j'en voyais à Gr[enoble] même.

11 Mars.

J'écris toutes mes lettres officielles aux pieds du portrait de Raphaël, qui changé de physionomie suivant les heures du jour. Cette belle figure, qui tira le bonheur de son cœur, m'empêche de me dessécher l'âme entièrement.


J'ai aussi la Cène de Morghen, con faite par_Rainaldi 1. J'en suis fort conte

J'ai aussi la Cène de Morghen, contrefaite par Rainaldi 1. J'en suis fort content, surtout des figures qui sont à la droite de Jésus.

J'ai aussi un beau paysage du Lorrain, le soleil vu à minuit à Tornea, et le portrait de Frédéric II.

Je veux mettre Frédéric à côté de Raphaël, sous Frédéric Nord; sous Raphaël Midi; sous Lorrain Midi; sous Tornéa Nord.

Cela rend un peu mes impressions. Hier soir, à onze heures, on frappe à ma porte je revenais de chez Saucerotte. C'était l'excellent général Mich[aud] et Durzy qui étaient à l'hôtel d'Angleterre2. Excellent accueil du général M[ichaud], bonté extrême. Comme il avait l'air content, comme il m'embrassa en entrant et en sortant, comme il m'éclaira jusqu'à la dernière rampe

J'étais content, en revenant à une heure, de cette joie rare que donne le contentement des hommes.

Il rit avec moi du mariage d'Ad[èle]. Drôle de panégyrique de Pet[iet] il croit 1. C'est la Cène du Vinci gravée par Morghen et dont son élève Rainaldi fit postérieurement une nouvelle gravure. 2. Le général Michaud venait, en janvier 1808, d'être, nommé gouverneur de Magdebourg. Il avait toujours Durzy comme aide de camp.


qu'il va devenir poitrinaire. C'est, je crois, un Poco.

Ce soir, soirée chez le grand-maréchal j'y arrive tard. Tristesse de Mme la grandjuge, air d'épuisement du mari. Je reçois une lettre de ma sœur il y a un an d'expérience entre cette lettre et la dernière. L'agitation forme. Elle est fort liée avec V. 1.

Voyages. Depuis le 13 novembre 1806, jour de mon arrivée à Brunswick Le 25 décembre, parti pour Paris, arrivé à Br[unswick] le 5 février. Allé à Wolfenbuttel 9 fois A Hambourg 1 fois. A Cassel. idem. A Blankenbourg. idem. Au Brocken idem. A Helmstedt. idem. A Twilpstedt idem. A Halberstadt 2 fois. A la chasse à l'Elme 7 fois. A l'Hasse 2 fois Il y aura seize mois après-demain, 13 mars 1808, que je suis à Brunswick. 1. Victorine Mounier. Cf. Correspondance, t. III, p. 117.


17 Mars.

Je suis bien heureux que le hasard m'ait éloigné de la cour, où j'avais envie d'être placé il y a deux ans. Voilà une grande erreur où j'ai été et qui doit me rendre circonspect sur deux choses le mariage, et la démission de ma place.

Il est possible que ces deux envies me viennent, mais il faut y réfléchir longtemps. L'expérience d'un an que j'ai faite d'être attaché à une personne et ce que je viens de lire dans l'abbé Ancillon me confirment dans l'idée que je suis absolument impropre à la cour. Une place indépendante et solitaire comme celle que j'occupe aujourd'hui me convient beaucoup mieux. Il est vrai que je m'ennuie infiniment.

Je n'ai pas monté à cheval pendant un grand mois. Depuis six jours, je monte tous les matins. Strombeck est à Einbeck, Br[ichard] et moi nous ne nous plaisons pas, c'est à peu près la même chose avec Lejeune1, de manière que je vis absolument seul, n'aimant personne et aimé de personne, je crois.

J'ai fini il y a quelques jours Delolme. Cela m'a fait naître le projet Jun. et Mira. Il y a une grande gloire à acquérir. Je me suis amusé à dessiner une esquisse, 1. Directeur des Postes à Brunswick.


mais mon crayon ne valait rien la finesse de Mira veut d'excellente mine de plomb. Une idée m'a frappé, et je l'écris parce que je sens qu'elle s'en va

Il est excessivement nuisible que les auteurs qui parlent pour la première fois à un homme d'un établissement politique comme le parlement de Paris, par exemple, s'engagent dans l'historique de ce que ce corps a été, de ce qu'il veut être. Sans le nommer, il devrait établir ce qu'il est ce point bien éclairci, venir à l'historique et à ses prétentions 1.

La méthode contraire, que les auteurs que j'ai lus ont suivie, fait que j'arrive seulement à des idées frappantes d'évidence sur plusieurs établissements politiques. Je ne me méfie pas assez de la mémoire des sots, c'est le côté par lequel ils réparent leur sottise. R-s avait bien raison. Deux physionomies m'ont frappé celle de P., lorsque je lui dis, en suivant mon imagination (ce qui est un plaisir pour moi), que je couchais presque chaque nuit avec Mélanie, sur le boulevard, que cela me tenait plus près de mes bouquins. Je l'avais assuré du contraire il y a un an, il me fit répéter 2.

1. Critique juste applicable à la Logique de Tracy. 1815. (Note de Beyle.)

2. Pt le voyage à Paris, lor him [pour lui]. (Note de Beyle.) JOURNAL III 12


Celle de madame l'amie de la Major, hier, au grosse Jonferstii, la locataire principale de la chambre que j'ai louée 48 francs par mois pour avoir une de ses filles, lorsque je vins à parler de l'autre, de celle qui est en Saxe.

Au reste, j'ai de mon père 400 francs par mois, et je dois encore 3.000 francs, malgré les bienfaits de Me de N. 1. Voilà ce que P. believe 2.

18 Mars 1808.

Je prends une excellente leçon d'anglais chez M. Emperius. J'explique Richard III, j'en suis fort touché. Au lieu de renfermer mon imagination en moi-même, j'ai la bêtise de la dissiper en lui contant deux belles anecdotes. L'idée me vient de faire une t[ragédie] de l'Usurpateur, auquel je donnerais une tournure de plaisanterie assez dans le genre de Nicomède et telle que Richard the third l'a, par exemple dans la scène qui précède la venue de la reine Marguerite. Je vois nettement ce caractère un moment, et je suis sûr qu'il ferait un grand et bel effet.

Sans ma maudite manie de bavarder, je verrais encore ce grand caractère. 1. Mme de Nardon.

2. Croît.


Excellent trait

« Il s'imagine souvent que tous ceux qui lui parlent sont emportés, et que c'est lui qui se modère. » (Caractère du duc de Bourgogne, Histoire de Fénelon 1, tome I, page 144.)

Beau trait à développer, à montrer en action.

19 Mars 1808.

Il y a un volume de cinq cents pages bien intéressant à faire, c'est l'histoire de la religion catholique, de Jésus à nos jours. On voit bien, quand je dis cinq cents pages, que je suppose la plus parfaite impartialité et surtout infiniment peu de discussion savante et critique sur les faits. C'est l'admission de très peu de faits. Ce serait bien là tar suoi i temi gia prima trattati 2.

25 Mars.

Pour moi.

Remède souverain contre l'amour manger des pois. Éprouvé aujourd'hui, 25 mars, après une promenade très agréable à cheval et un goût vif éprouvé pour la petite voisine du palais Bewern 3. 1. Par Mgr de Bausset.

2. Faire siens les thèmes déjà traltés antérieurement. 3. Le palais Bever où habitait à Brunswick Martial Daru. (Renseignement donné par M. F. Michel.)


Quelle est la meilleure manière, pour ma personne, de tirer parti des moments de froideur et de maladie ?

27 Mars.

Le Flallé, comédie assez plaisante de Goldoni. Ridiculiser un flatté par la manière dont ses flatteurs se moquent de lui et par la manière dont ils le font aller, par sa vanité, à laquelle ils donnent à propos de nouveaux aliments.

Tartaglia nel Augellino belverde. Gozzi, tomo III, 263, Brighella, pag. 261.

29 Mars.

J'ai trouvé il y a trois jours dans la Punizione nel precipizio, comédie de Gozzi, que je lisais avec un extrême plaisir, cette réponse, tome V, page 267 Alfonso. ed ogni giorno, il giuro, Tal tributo avrai.

Elvira. Ed io, fanciullo, la tua pietà mai non polrd pagarti 1..

Cette réponse m'a semblé le sublime 1. Alphonse: Et chaque jour, je le jure, tu recevras ce tribut. Elvire: Et moi, enfant, je ne pourrai jamais payer ta pitié.


de la délicatesse, mais il faut se mettre dans la situation.

Je lis depuis deux jours, avec le docte M. Emperius, l'ouvrage de Coiquhoun sur la police de Londres, que je trouve diablement bavard.

Je lis les œuvres de Gozzi, qui me paraît avoir plus d'esprit et un meilleur ton que Goldoni.

Je regrette et désire Charlotte depuis que je ne l'ai plus 1.

J'ai été charmé de la prise de Constantinople par les croisés, racontée par Simon[de] de Sismondi à la fin du deuxième volume.

[2 Avril.]

Le 2 avril, rassasié de lecture, j'allai à neuf heures du matin, porter à M. Dandrillon2 une lettre de recommandation pour M. de Presle, de Blanckenbourg, où il allait le jour même.

En déjeunant, M. Dandrillon, de Bothmer, Kling, l'architecte et Valory formèrent le projet de passer par Halberstadt. Je leur dis que je les accompagnerais. Je voulais aller demander à 1. La franchise faisait son caractère. 1815. (Note de Beyle.) 2. Dandrillon, secrétaire général de l'Intendance de la Couronne à Cassel.


M. Claracl les états de domaines de l'IIdesheim. Rentrant pour monter à cheval à midi, je les trouvai chez moi.

8 Avril.

Grande inondation arrive à ma porte à une heure et demie du matin le 8 avril. Je lis la préface de Johnson à Shakspeare. Judicieuse et à discuter. Voici le titre d'un livre qui peut être bon An essay towards fining the Irue Slandards of wit and humour, raillerg, satire and ridicule, etc., etc. by Corbyn Morris, esq. Un vol. in-8°, 1744. Shakspeare a écrit trente-cinq pièces.

11 Avril.

Je reçois une lettre de Réol qui me dit que M. Z. est appelé, que M[artial] part pour l'Espagne.

J'écris à Mme de B[aure], à Mme D[aru] la mère, pour demander d'aller en Espagne quand mon affaire ici sera finie. J'écris à mon grand-père d'écrire à 1. Sous-Inspecteur aux revues faisant fonction d'intendant, dans le département de la Saale.


M. D[aru], Martial et Mme [Daru], pour le même objet. Cela fera vibrer toutes les cordes et leur fera dire « Espagne. » Je trouve dans le Tableau du Portugal, ouvrage où il y a six ou huit phrases charmantes, et de bon ton d'ailleurs en général, cette phrase (p. 207) « De nos jours, le juif Antonio José a publié des comédies dans lesquelles on trouve un génie particulier et beaucoup de vis comica, mais il manque de correction. » Voir cela.

[23 Avril.]

Le 23 avril, M. de Bothmer me répète qu'il n'y a pas une bonne tragédie ni une bonne comédie en langue allemande. Ce qui infirme un peu cette décision à mes yeux, c'est que je trouve du mérite dans les quatre pièces de Schiller qui sont traduites en français,

M. de Bothmer me dit, à la même occasion, qu'il y avait en hollandais une excellente tragédie, intitulée Gisbert van Aemslel, par Van Vondel. « Mais un peu trop dans le genre de Shakspeare », ajouta-t-il.

Architecte du roi qui arrive de Rome et qui a de l'esprit et du talent me dit


qu'il y avait en allemand trois bonnes comédies, dont voici les titres.

[1er Mai.]

Le ler mai, je tombe par hasard dans une société, chez le grand-juge, où tout le monde était invité, les Français excepté. Je fais de bonnes observations tout en jouant au pharaon. Mme de Marschall, quoique ayant une fille à marier, me conviendrait elle paraît avoir de l'esprit, et pas de pruderie. Mais je me sens timide à son égard, et d'ailleurs nulle occasion de nous.

Le 3 Mai 1808.

J'écris ceci à huit heures précises. J'ai lu très facilement jusqu'à ce moment la Vie de Johnson 1. Je ne crois pas qu'on puisse lire dans ce moment à Marseille ou à Madrid.

Voici ma vie d'aujourd'hui, qui me servira d'échantillon pour me rappeler celle que j'ai menée au printemps 1808 à huit heures, le barbier m'a éveillé dans 1. Par Arthur Murphy.


le grand salon, où j'ai couché pour la première fois, ce qui m'a valu une promenade militaire à quatre heures du matin, l'épée à la main. J'entendais du bruit dans les chambres voisines, j'étais dans les rêves jusqu'au cou, et, dès que mon imagination est éveillée, je suis timide. Je ne suis brave que quand je suis bête, c'est qu'alors je ne perds pas de vue la terre. Je parle de la vraie bravoure, mon imagination fortifie la bravoure qui vient des passions. Ma colère est si forte qu'elle me donne mal à l'estomac pour vingtquatre heures.

Après le barbier, j'ai lu quelques pages de la Vie de Johnson, que M. Eschenbourg 1 m'a prêtée. M. Kœchi arrive leçon d'allemand, j'explique trois pages de l'histoire des grosses Friederich. Ces trois mots, où il y a sans doute trois fautes au moins, montrent mes progrès dans cette langue parlée par des ennuyeux, et qui a quelques mots expressifs. Après M. Koechi, j'ai arrangé les procès-verbaux de versement et de partage d'une somme de 16.000 th[alers], en or. J'ai pris une soupe de pain, d'eau et de beurre. Je suis allé chez M. Empèrius prendre ma leçon d'anglais. Comme ma montre 1. Professeur au Collège de Brunswiek.


(l'ancienne) avançait, je m'y suis trouvé un quart d'heure trop tôt. J'ai lu, dans une pièce voisine de celle où il était, un prologue de Foote. Il faut que je lise cet Aristophane moderne 1. Ces quatre pages me font croire que son talent a quelque chose de celui de Beaumarchais et de Molière dans l'Impromplu de Versailles. M. Emperius m'a fait écrire en anglais un livre anglais qu'il me lisait en français. J'ai ensuite expliqué les quatrième et cinquième scènes du premier acte de Macbeth. J'ai eu un grand tort de ne pas prendre M. Emperius à mon arrivée à Brunswick, je saurais l'anglais et le latin. Sans esprit, c'est un homme excellent pour enseigner les langues.

Après une heure et demie passée chez lui, je suis revenu chez moi, où j'ai lu jusqu'à trois heures la Vie de Johnson. J'en ai lu en tout dans la journée cent pages in-octavo avec plaisir, sans dictionnaire, car je n'en ai point.

A trois heures, j'ai travaillé trois quarts d'heure à mon bureau, où Rhule2 m'a dit,

1. L'Anglais Samuel Foote, auteur comique, comédien et directeur de théâtre.

2. Si le Rassi de la Chartreuse était réellement allemand comme Stendhal ra affirmé à Balzac, ce flatteur », ce « gredin» de Rhule, vraisemblablement employé au bureau de Stendhal, peut logiquement rivaliser avec lysimaque comme étant le prototype de Rassi. (Note donnée par M. F. Michel.)


dans son jargon d'Allemand flatteur, qu'il allait me quitter pour passer chez M. Voigt, commissaire des guerres westphalien. Ce gredin-là m'a écrit ce soir une lettre qui répond à mes pensées sur son procédé. J'ai répondu avec un mépris invisible pour un Allemand, et dignité.

A quatre heures moins un quart, j'ai dîné avec du mouton grillé, des pommes de terre frites et de la salade. Les deux premiers plats viennent de chez Janaux et sont payés 6 bongros pièce (18 sous). Après dîner, Johnson. Je monte à cheval à six heures et rentre à sept un quart. Je passe devant la fille du cordonnier, qui sourit et rentre. Toute ma journée d'hier a été animée et heureuse du rendezvous qu'elle m'avait donné et qui a été très original. J'ai ensuite à neuf heures rencontré Charlotte, et nous avons promené ensemble au clair de la lune. Mais la petite fille que je quittais m'avait glacé pour cette beauté de vingt-cinq ans et demi qui en paratt trente-deux. En rentrant aujourd'hui, à sept heures un quart, j'ai pris du thé trois tasses, pour m'amuser ce soir avec mon esprit. J'ai lu jusqu'à huit heures et je finis d'écrire ceci à huit heures trente-cinq minutes.

J'ai vu les premiers bourgeons le


15 avril1 et la nature en plein réveil le 26 avril. Il manque une pluie chaude au bonheur des plantes et à celui de mes nerfs.

Voici ce que j'appelle un bon trait de caractère presque assez sublimé pour le théâtre, et tel que j'en voudrais avoir un volume in-quarto il peint l'envieux puéril

He (Johnson) loved him (dr Goldsmith) lhough he knew his failings, and particularly the leaven of envy which corroded the mind of that elegant writer, and made him impatient without disguise, of the praises bestowed on any person whatever. Of this infirmity, which marqued Goldsmilh's character, Johnson gave a remarquable instance. Ii happened that he went with sir Joshua Reynolds and Goldsmith to see the Fantoccini which were exhibited some years ago in or near the Haymarket. They admired the curious mechanism by which the puppets were made to walk the stage, draw a chair to the table, sil down, write a letter, and perform a variety of other actions with such dexterity that though nature's journeymen made the men, they imitated humanity to the atonishment 1. Je fais du feu le 22 septembre 1808. (Note de Beyle.)


of the spectator. The enterlainmenl being over the three friends retired to a tavern. Johnson and sir Joshua talked with pleasure of what they had seen, and says Johnson in a tone of admiration: « How the little fellow brandished his spontoon » There is nothing in il, replied Goldsmilh starting up whith impatience; give me a spontoon I can do it as well myself. (Essay on the life and genius of Samuel Johnson 1, page 97.)

Johnson, né en 1709, mourut en 1784.

1. JI [Johnson] l'aimait [le Dr Goldsmith] bien qu'il connût ses défauts et particulièrement le levain d'envie qui corrompait l'esprit de cet élégant écrivain et le rendait sans feinte impatient des louanges décernées à toute autre personne. Cette infirmité du caractère de Goldsmith, Johnson en donnait un remarquable exemple. Il lui arriva avec sir Joshua Reynolds et Goldsmith, d'aller voir les Fantoccini que l'on montrait II y a quelques années à Hagmarket ou près de là. Ils admirèrent le curieux mécanisme qui faisait danser les marionnettes sur la scène, leur faisait approcher une chaise de la table, s'asseoir sur la chaise, écrire une lettre et accomplir quantité d'autres actes avec une telle adresse que, de quelque sorte que les ouvriers de la nature firent les hommes, ils les imitaient à l'étonnement du publie. A la fin du spectacle, les trois amis gagnèrent une taverne. Jonhson et sir Joshua parlaient avec plaisir de ce qu'ils avaient vu, et Jonhson dit avec admiration « Comme le petit bonhomme brandissait bien sa pique » « Il n'y a rien d'étonnant à cela, répliqua Goldsmith, se dressant d'impatience, donnez-moi une pique et j'en ferai tout autant. » (Essai sur la vie et le génie de Samuel Johnson.)


4 Mai, après avoir lu Tom Jones.

Les idées de propriété et de danger sont rappelées (soit pour elles-mêmes, soit pour en peindre d'autres) sont rappelées beaucoup plus souvent dans un volume anglais quelconque que dans un volume français sur un sujet analogue Voir si ce quelconque, qui généralise la remarque qui me vient dans la tête, est fondé.

Ensuite, si cette remarque est juste et générale, chercher les idées rappelées le plus souvent dans les livres italiens et français.

J'ai la mauvaise habitude de généraliser sur-le-champ mes remarques cela vient de l'orgueil d'avoir fait une remarque importante, et de la paresse, car il est beaucoup plus aisé, au moyen d'un quelconque ou d'un en général, de généraliser une remarque que d'examiner avec soin si réellement on a très souvent occasion de la faire.

[8 Mai.]

Le 15 avril, la nature s'est réveillée un peu le 26, généralement le 5 mai, 1. Très vrai. (Note de Beyle.)


l'été est arrivé. J'écris ceci en chemise le 8 mai 1808.

20 Septembre 1808.

J'écris aussi ceci le jour où j'ai fait rapporter mes livres de Richemon1, le 20 septembre 1808. Cependant, l'on n'a pas froid, mais je perdais trop de temps à aller et venir.

Je sors de Cabale und Liebe, ou l'Amour et l'Intrigue, drame de Schiller.

Je trouve du vague dans la sensibilité, que l'auteur n'a pas assez approfondi les grandes idées, enfin que ses personnages n'ont pas assez d'esprit. A cela près et des longueurs à la fin, c'est une bonne pièce, mais cette sensibilité appuyée sur des idées vagues et enflées, comme celle de Werther, et qui me semble une suite du peu d'esprit et du peu de caractère de la nation, ne m'émeut pas.

Le principal défaut des Allemands, à mes yeux, est de manquer de caractère. Outre la nature, que j'observe tous les jours, il me semble qu'on voit ça clairement dans la différence du style allemand et du style espagnol, même dans les traductions françaises. Qu'on lise les nou1. Jolie résidence d'été à dix minutes de Brunswick.


velles de Cervantes, les mémoire

velles de Cervantes, les mémoires de SaintPhilippe, et deux ouvrages allemands analogues 1.

Ensuite, leur gouvernement leur a donné l'esprit de formalité, le génie jurisconsulte.

Ensuite, la lecture de la Bible les a encore rendus niais et enflés. Cette cause agit également sur le caractère anglais2. La froideur des Allemands s'explique bien par leur nourriture du pain noir, du beurre, du lait et de la bière du café cependant, mais il leur faudrait du vin, et du plus généreux, pour donner de la vie à leurs muscles épais.

Ils ne peuvent pas vivre sans femme (le libraire de M. Heyer), beaucoup d'enfants. Peu de cocus.

Bonne foi remarquable dans la nation. Preuve les nombreux envois d'argent par la poste.

Depuis un mois environ, les préjugés qui me cachaient le caractère allemand tombent de toutes parts, et je commence à le voir nettement, je crois. Les plus grands souverains du XVIIIe siècle, Frédéric II et Catherine II, étaient de cette nation. Mais je n'ai pas encore trouvé que depuis qu'elle a dégénéré du caractère 1. Vrai. (Note de Beyle.)

2. Vrai. (Note de Beyle.)


que lui donne Tacite elle ait produit des génies ardents, comme le prince de Condé, par exemple.

23 Septembre 1808.

Ministres. Il existe dans notre caractère français actuel (comité de notre gouvernement) un assez grand nombre d'hommes, tels que Maub[reuil], SaintGerv[ais]1, qui ont assez d'orgueil pour mépriser les succès fondés sur les petites choses, et un besoin, aussi indispensable pour eux que celui du pain et de l'eau, des applaudissements continuels du public, c'est-à-dire pas assez d'orgueil pour les mépriser. Ces hommes sont bilieux, peu sensibles dans le sens ordinaire mais, très malheureux par leur insatiable orgueil, ils reçoivent quelquefois les louanges, qui sont de véritables consolations pour eux, avec une sensibilité absolument semblable à la véritable. Heureux, ils sont 1. Voir plus loin une note du Journal, à. la date du 12 août 1810. Au sujet do ces deux noms, M. F. Michel me fournit les éléments de cette note Maubreuil, marquis d'Orvault, était encore à la cour de Cassel en 1810. Peut-être faut-il le reconnaître dans ce courtisan de Jérôme, avec lequel Stendhal s'était lié lors du voyage du Roi à Brunswick, en mai 1808 ? Cf. Corr., t. III, p. 96. Ce que Stendhal nous dit, pendant son séjour à Marseille, du caractère de St-Gervais, ne colncide pas parfaitement avec la mention qu'il en fait ici. Cependant on ne peut oublier qu'il le croyait capable de violer Mélanie. en la faisant tenir par 4 hommes.


la dureté même du reste, bilieux, actifs

la dureté même du reste, bilieux, actifs et braves.

Ces hommes sont faits pour occuper les places que donne le gouvernement, ils doivent faire d'excellents ministres. 26 Septembre 1808.

Voilà bientôt deux ans que je suis à Brunswick, sur quoi je fais la réflexion suivante j'ai pris les gens de ce pays-ci en vrai jeune homme, en vrai Français, blâmant devant eux, comme s'ils étaient des philosophes au-dessus de préjugés, ce qui me semblait blâmable, et laissant même entrevoir mon mépris pour leur lourde épaisseur.

Dans la première garnison que je ferai sur les bords de l'Ebre ou sur ceux de l'Elbe, me déclarer en arrivant enthousiaste du pays.

3 Octobre 1808.

Je fais du feu pour la première fois le 22 septembre 1808. Il est indispensable le 1er octobre 1808. Je l'avais cessé le. Non, Monsieur, je n'y ai point mis de vanité j'administre, comme je chasse, pour le plaisir du succès, sans faire attention à mon habit.


La vanité nationale rend les Français inconquérables ils regarderaient comme une humiliation d'être soumis à un souverain étranger. S'ils se soumettaient, les étrangers, par les duretés avec lesquelles ils voudraient venger le mépris que le Français fait éclaterpar les ridicules qu'il leur donne. les pousseraient bientôt à la révolte1.

(vers le 10 Octobre.]

Faire incessamment (le 13 octobre, jour anniversaire de mon départ de Paris) l'examen de ma conscience comme homme qui cherche à se former le caractère, les manières, à s'instruire, à s'amuser, à se former dans son métier.

Je ne sais si dans un an je penserai sur Wilhelm comme aujourd'hui, mais il me semble que la seule élégance qui convienne est celle du genre Buck culotte de peau, bottes à revers, linge frais, habits très neufs, belle montre, étalage d'une grande commodité, qui suppose richesse le maintien, la démarche, etc., d'un homme qui se fiche de tout. (M. de B. me disait la même chose de lui, lorsqu'il prenait l'air petit-maître.)

1. Précisément vérité la plus intéressante en 1815. (Note de Beyle.)


13 Octobre 1808.

Style de l'Histoire. La gravité, la gravité. Mon style aura un caractère particulier en se moquant un peu de tout le monde, sera juste, et n'endormira pas. Pourquoi veut-on la gravité ? Pour changer les hist[oriens] en prédicateurs pour corriger les vices. Qui l'histoire veut-elle instruire ? Kings. Ils se foutent d'elle. En ridiculisant leurs instruments, on rendra difficile, impossible même pour eux, ce qu'on a tenté inutilement de leur rendre odieux. Je m'abstiendrais d'enlever une jolie femme à son mari, parce qu'un auteur estimé, nommé Tacite, auteur sérieux, flétrit ce crime ? La belle raison (Traduit de S. T., page 7 du 1er volume.)

14 Octobre 1808.

Les souverains ont, en fait de goût, un grand avantage c'est d'être entourés, en artistes, de l'élite de Ceux qui vivent de leurs jours. L'empereur vient d'accorder une audience à Gœthe à Erfurt et de parler avec lui de littérature allemande. Le poète aura probablement présenté ses


pensées mères. L'empereur peut donc avoir des idées beaucoup plus saines de cette littérature que le commun des hommes. Et il en est ainsi pour tout. Louis XIV conversait sur la poésie avec Boileau, Molière et Racine.

19 Octobre 1808.

La lumière qu'elle répandait était si sombre que nous l'apercevions seulement sans en être éclairés.

Un luth tout accordé. (Gil Blas, 111, 269-270.) Ces traits me frappent. Ne pas se donner mal à la tête en louchant, après avoir pris du café. M. Kuster copie la bataille d'Oudenarde 1.

Le 28 Octobre 1808.

Le plus beau jour d'automne que j'aie remarqué ici. J'écris ce qui est ci-contre 2. Charlotte jalouse et pénétrée d'amour. La Biblaolhéque Britannique arrive 1. Le secrétaire copie l'histoire de la guerre de la Succession. (Note de Beyle.)

2. The history of the war of the Succession [L'histoire do la guerre de Succession].

Pensées que je ne mets pas dans les grands cahiers sur lesquels mon secrétaire copie


enfin 1. Je fais mon premier thème allemand.

Chaque homme est un paresseux il met le bonheur derrière l'événement le plus facile. Henri, par exemple, dans les femmes comme Mme Gherardi, et il y trouverait probablement l'ennui. Où il trouvera le bonheur, c'est dans le gr. Mais la paresse le retient.

Novembre 1808.

Charmant voyage à Cassel. Parti le 13 avec l'ordre d'aller à Paris dans la poche, de retour le 20.

Il faut se figurer le gouvernement de Louis XIV comme une droite

Louis XIV °|—|—|—|°

A B 0 D E

A, est Louis XIV.

E, l'événement.

B, Mme de Maintenon.

C et D, des effets que ni le roi ni elle ne prévoient et qui poussent l'événement E.

Exemple Louis XIV trompé, Mme de Maintenon y contribuant, chasse les protestants c'est B. Ils indignent l'Allemagne c'est C. Guillaume m est D. De tout cela l'événement B, qui est l'Europe résiste à Louis XIV, chose impossible sans B, C, D. (Note de Beyle.)

On trouvera tout ce que Beyle a écrit sur l'Histoire de la guerre de Succession d'Espagne dans le tome II des Mélanges de politique et d'histoire, édition du Divan.

1. Voir dans la Correspondance, t. II, p. 296, la lettre du 2 décembre 1807 par laquelle Beyle s'abonnait à la Bibliothèque Britannique.


Bonhomie parfaite et gaieté de Meurizet, Morand1. Ambition pateline de Héron de Villefosse.

Voyage très agréable. Aller et retour avec le Hollandais Mauvillon.

M. de Laf. et son aimable femme2. Bonhomie. Quel contraste avec l'habit brodé

Il n'y a pas jusqu'à la petite Westphalen qui n'ait été bonne, dans ce voyage. Il coûte 120 francs environ 3.

1. Morand était commissaire ordonnateur de l'armée française en Wesphalie.

2. Certainement, J: G.-Gonstantin La Flèche, modeste commerçant de Marseille, devenu intendant général de la maison du Roi, et dont la femme Blanea Carrega était la maîtresse de Jérôme, qu'elle trompait d'ailleurs sans vergogne, et en particulier avec Maubreuil. La Flèche devint plus tard baron de Kindelstein. (Note fournie par M. F. Michel.)

3. Je suis content de ce cahier, lu en deux heures, à. minuit, le 25 juin 1815, revenant de Figaro alla Scala. Assez content. J'errais encore au hasard, faute d'éducation. Relu en juin 1820. Made by b., and writing Love I take notes for matrimony [Fait par b. et écrivant l'Amour, je prends des notes pour le mariage]. 1820. (Note de Beyle.)


LE 27 septembre 1807, j'avais mis chez, Str[ombeck] (argent apporté de France et 850 francs d'économies) 4.115 francs savoir

Louis Frédérics 27 14 » 40

» 60

» 5

» 50 27 169

Total 27 169

J'ai retiré la cassette qui les contenait le 10 mars 1808 (n'ayant plus d'argent et devant 1.000 francs à Brfichard) et beaucoup d'autres articles). J'y ai trouvé 27 louis et 169 frédérics.

Pris le 10 mars

40 pour M. D. }

9 à Boule 53

2 à Major } 53

2 à moi

3.052 fr. 70, ci.. 27 louis 116 frédérics. Avoir 12 mars 1808.

Avoir

27 louis et 116

frédérics 3.052 fr. 70 } 3,252 fr. 70 10 napoléons 200 » } 3.252 fr. 70


On me doit:

Frais de bureau

de septembre, oc-

tobre, novembre,

décembre, janvier,

février, à 125 [fr.], 750 fr.

ci. 750fr. »

Appointe- 1.850 fr. »

ments de janvier } 1.850 fr. » et février. 600 fr. »

Appointe- e-

ments d'intendant

de février. x

M. Digeon, 25

napoléons 500 fr.

J'ai donc en tout au monde. 5.102 fr. 70

(Sur quoi je dois 30 ou 31.)

Nota: Crozet me doit 3 ou 4 louis.

J'en dois 3 à BarraI.

Réol me doit 30 x (20,80) = 624 »

Le 28 mars [1808], j'ai en caisse

27 louis, 74 fré-

dérics, 10 napo-

léons payables à

vue aux caisses des

payeurs 600 fr. »

375 fr. » 1.100 fr. »

125 fr. »

M. Daru me doit

MM. Rëol et Digeon, comme dessus.

Je dois à Brichard 1.000 francs.


Cinq écus de B. et 9 bons groschen = 20fr.72c.

Un frédéric vaut 20 fr. 80.

Le pair est donc 5 thalers 9 bons groschen un tiers.

Nota: En pavant D. à 5 th. 12 bg., je gagne 2 bg. 2/3 je gagne 0 fr. 42 c. par fréd[éric] sur 3Q = 21 francs.

Le 1er avril 1808,

j'ai net. 3.279 fr. 10 cent. J'ai payé pour

M. D[aru] 6.462 fr. 17 cent. Il m'avait remis

200 frédérics, ou 4.160 fr. J'ai avancé. 2.302 fr. 17 cent. dont je dois à Brichard 1.000 fr. Reste avancé de ma

cassette 1.302 fr. 17 cent. J'ai aujourd'hui 74

frédérics et 27 louis, ou 2.179 fr. 10 cent. 3.481 fr. 27 cent.

J'avais (en

comptant les

2.400 fr. de Réol) 4.125 fr.

3.481 fr.

J'ai donc

dépensé 644 fr.

et 300 francs 900 fr. [sic] d'appointements 300 fr.


J'ai. 2.179 fr. 10 centimes.

1..100 fr. » dus par la caisse de.

Dû à 3.279 fr. 10

Brichard. 1.000 fr. »

Reste net 2.279 fr. 10 centimes. 3 mai [1808].

J'ai 27 louis et 14 frédérics et 10 napoléons.

J'ai de plus 10 f[rédérics] dans la caisse des dépenses.

Il m'est dû mars et avril 600 fr. » février, mars et avril à 125 fr.. 375 fr. » 975 fr. »

27 louis, ou 639 fr. 90 14 f[rédérics], ou 291 fr. 20 10 nap[oléons], ou. 200 fr. » Il me reste. 1.331 fr. 10 [sic] Dû 975 fr. » TOTAL 2.306 fr. 10 M. Daru me doit. 2.302 fr. 17 J'ai (suivant le compte

ci-dessus). 2.306 fr. 10 TOTAL 4.608 fr. 27 J'avais chez Strombeck

(emprunté de Faure) 4.155 fr. » Au lieu d'avoir mangé

plus que mes appoin-

tements, j'ai écono-

misé. 453 fr. 27


31 mai 1808

Reçu d'Hanovre pour les

mois de mars et avril.. 600 fr. »

Frais de bureau de février

et mars. 250 fr. »

850 fr. »

160 thalers de Saxe à

5 fr. 17 c. 847 fr. 20 [sic] Appoint 2 fr. 45 Passe de lac 25 850

Aligné les gages de Romain

au 24 mai 27 fr.

Payé M. Rhule 28 »

Payé M. un mois,

6 th[alers] 12 » } 96 fr. Remis à Romain 8 »

Remis à Romain 4 »

A Javaux 16 »

A Romain 1 »

Reste le 31 mai 64 fr. species A Romain, pour racheter

les napoléons 14 »

RESTE 50 »


1809

Ai reçu à Brunswick, le 11 novembre 1808, l'ordre de venir à Paris. J'y suis arrivé le 1er décembre.

J'écris ceci le 3 février 18091. Je sors du Vaudeville où je me suis trouvé à côté d'une femme que j'ai prise pour une maîtresse d'un des aides de camp du général Hulin. Elle se nomme Élisa, loge rue Neuve-des-Bons-Enfants, n° Il, et est prête à me recevoir demain à onze heures. Sa figure, assez jolie, exprime la douceur. J'ai eu du plaisir à lui faire la cour.

Journée de gaieté, produite, je crois, par un temps de printemps qu'il fait depuis huit jours. Ce matin, levé à neuf heures traduit trois pages de Don Quicholle. J'ai cinq ou six leçons. Pris une leçon de danse avec La Bergerie, with which 1 have wit 2. De là, promené aux Tuileries. Il y avait beaucoup d'hommes 1. En tête de ce nouveau cahier, Beyle a écrit « Mon séjour à Paris en 1809. »

2. Avec lequel j'ai de fesprit. Nicolas-Jean-Marie Rougier de la Bergerie, né en 1784, fils du Préfet d'Auxerre, était auditeur au Conseil d'Etat.


de la classe de Faure et de moi. Nous nous disions « C'est bien ici la patrie (monarchique), ce qui nous y attache c'est que nous sommes accoutumés aux mœurs de nos compatriotes et que nous y plaisons, mais il n'y a presque rien de tendre là-dedans. Il devait y avoir plus de tendresse dans les républicains d'autrefois pour leur patrie. Du moins, les Anglais sont-ils le peuple de l'Europe qui chérit le plus la patrie. »

A quatre heures et demie, nous n'allons pas dîner chez Legacque pour varier, F(aure] me conduit à un petit restaurateur, rue d'Argenteuil. De là, au café de la Rotonde je vais prendre une glace au café de Foy. De là, au Vaudeville. J'ai pris du café au lait très faible, ce matin, ce dont je m'étais abstenu pendant six semaines.

Hier, j'allai chez Dug[azon] prendre un billet pour Hector 1, foule immense quinze cents vers, parmi lesquels douze ou quinze de très agréables nulle situation nouvelle, style orné et faible, pièce très ennuyeuse pour moi, et où il y a de bien beaux endroits, dit Estelle et tous les Parisiens de son espèce pour lesquels elle est faite. C'est un terrible public pour 1. Tragédie de Luce de Lancival.


juger la tragédie. Hector doit en partie son succès à ce qu'il n'y avait pas un vers choquant et siffiable, c'était l'ensemble qui était mortellement ennuyeux. Luce de Lancival n'a pas eu le génie de mettre Homère en scène.

Tout le monde fait de la dignité dans ce pays, depuis le portier de M. de Baure jusqu'au prince de Bénévent, dont le portrait était au salon en face de la porte (Mme Legacque), etc. Cela m'ennuie, et surtout dans les jeunes gens. Les écureuils, un jour, renoncèrent à leurs grâces et à folâtrer sur les branches des arbres ils descendirent à terre et prirent la démarche grave des moutons qu'ils voyaient paître. En Angleterre, on écrit que le bon ton est à Paris, et ici, pour être bien, il faut l'air froid et impassionné d'un Anglais.

J'ai lu hier et aujourd'hui le voyage de John Carr dans le Nord coup d'œil rapide d'un homme d'esprit, mais qui le cherche, et qui a pour principes ceux de la société. Ce livre, fait avec de l'esprit français, mais qui n'en a nullement la partie brillante (les Lettres Persanes, la Vie du comte de Grammont, etc.) plaît ici. Il nous fait souvent hausser les épaules, mais l'on va au bout. Louangeur à toute outrance.


4 et 5 Février.

Toute la journée du 4 a été animée par l'idée de voir le soir la fille du Vaudeville, à laquelle je prêtais mille charmes. Je suis monté chez elle à cinq heures, elle venait de sortir à six, j'ai mieux aimé aller à la deuxième représentation de Cosi fan lulle, de Mozart. Musique suave, mais c'est une comédie, et Mozart ne me plaît que lorsqu'il a exprimé une mélancolie douce et rêveuse.

J'ai lu le 4 Abele, tragédie d'Alfieri, la première de ce grand maître qui m'ait véritablement plu, et si, il y a six ans que je le lis.

Aujourd'hui 5, je trouve à midi Elisa dans son lit, je m'y mets belles cuisses, mais tête bête et qui tient parole vingtquatre livres.

Je me présente chez Mme Z., que je n'ai pas vue depuis mardi elle n'y était pas. Je ne vois que Mme D[aru] la mère. On parle beaucoup des changements dans le ministère. Je passe la soirée chez moi, je viens de parcourir Besenval. 6 [Février.

Nous arrivons à huit heures chez Mme Dubarret, petite femme maigre et


vive, femme d'un honnête inspecteur des eaux et forêts. Ces gens-là se sont imaginés de donner un bal, et Mme de Béz[ieux] 1 a la complaisance de nous y présenter. Elle me comble d'attentions.

Un musicien, qui accompagne son violon avec sa physionomie, m'inspire une envie de rire difficile à cacher et qui, jointe à quelques ridicules que je fais remarquer à Mlles Mimi et Am[élie], me donne la réputation de méchant. La maîtresse de la maison me fait la mine. Nous rentrons à quatre heures, très gais. Nous autres clercs, accoutumés à soutenir le vin à cause de notre fête du jour de l'an, forte en vins, et autres ridicules du même genre et sans nombre. La femme du g[énér]al, en satin, grande conversation avec Mme Mignard qui me relance.

7 [Février].

Dîner chez Mme de Béz[ieux]. Je suis placé à table vis-à-vis d'elle. Le mauvais ton se découvre aux compliments qui pleuvent. Dans un certain monde, on se prend mutuellement pour plus corrompu, c'est-à-dire qu'on s'avoue qu'on se connaît mieux.

1. L'ami de Beyle, Félix Faure, devait épouser Mlle Amélie de Bézieux.


Je danse une contredanse et arrive à la soirée de Mme Nardot' qui abondait en personnages distingués MM. Barthélemy, Estève, Clément de Ris, etc. M. de Ba[ure] me prend à part et me persuade par un discours très animé de demi-heure que M. Z. ne l'a pas bourré. Il était troublé et n'emploie pas même les meilleurs moyens pour ce but. Mme Z. me comble de bontés, me dit qu'elle écrira à M. de Marescalchi, le soir, pour demander un billet pour moi, m'invite à dîner pour jeudi à onze heures, etc. Je lui dois beaucoup de reconnaissance. 8 [Février].

Leçon d'espagnol, leçon de danse, bain, dîner, lu Crébillon fils avec plaisir. Portrait de Mlle Jules 2 envoyé à son frère, impression qu'il fait sur moi. I will of her nothing but friendship I say to Félix 3.

1. La mère de Mme Pierre Daru.

2. Mlle Jules de la Bergerie.

3 Je ne veux d'elle que de l'amitié, dis-je n. Félix [Faure].


[Avril.]

CAMPAGNE de Vienne en 18091. Je suis parti de Strasbourg le 12 avril 1809, à deux heures et demie, avec M.C[uny]2 et dans sa voiture. Le pont en bois du Rhin, avec les trottoirs séparés de la route du milieu, m'a paru un ouvrage utile, mais ne m'a nullement inspiré le sentiment de l'admiration. Cela tient peut-être à ce que les eaux du fleuve étaient fort basses. Il faisait un beau soleil, bientôt après un bel orage du Nord (ni tonnerre, ni chaleur, ni pluie à grosses gouttes, mais bien de la grêle). Nous 1. Sur les feuillets du début et de la fin de ce cahier, on relève les indications suivantes

« Campagne de Vienne en 1809.

« Par prudence, je n'écrirais rien sur les événements militaires 2° sur les relations politiques avec l'Allemagne et surtout la Prusse, assez bête pour ne pas attaquer 3° les relations de Dom[inique] avec le plus grand des hommes.

« Ceci n'est qu'un journal destiné à m'observer moi-même, nullement intéressant pour d'autres.

« Parenthèse. Par prudence, ne sachant où mettre mes papiers, rien de politique, tous les noms changés. « Campagne de 1809. De Strasbourg à Vienne. Par prudence rien de politique, je ne notais que les observations upon myself [sur moi-même]. »

2. Louis Cuny, commissaire des guerres de seconde classe, que Beyle désigne nommément plus loin ainsi que dans sa Correspondance, t. III, p. 157.


suivions le cours du Rhin, laissai

suivions le cours du Rhin, laissant à droite les montagnes qui ferment son bassin à l'orient, et qu'on appelle, je crois. 1. Cela m'inspire un sentiment favorable à l'Allemagne. Il fut fortifié par une très belle fille que j'avais vue à la fenêtre de la poste à Kehl.

Après l'orage, la soirée fut fort belle, et le ciel, après le coucher du soleil, magnifique par la pureté et la dégradation parfaite de la belle couleur aurore rouge qu'il prit. Nous chantâmes dans la voiture, ou plutôt M. C[uny], qui chante fort bien, chanta quelques airs italiens, et entre autres la belle romance du Figaro, de Mozart Foi che d'amore, etc.

Cet air me semble parfaitement d'accord avec le caractère de tout ce qui m'a plu en Allemagne. C'est encore douceur et faiblesse, unie avec quelque chose de céleste, mais c'est la faiblesse touchante produite par la passion et non la faiblesse -plate inspirant le mépris. Le temps changera peut-être mes idées, mais tout ce qui me plaît en Allemagne a toujours la figure de Minette2.

Je cherche à voir beaucoup les paysans 1. Beyle, nons signale M. F. Michel, a toujours été brouillé avec la Forêt noire. Ici, il ne sait pas son nom, tandis qu'il la décrit complaisamment dans Rome, Naples et Florence, t. I, p. 7, en se rendant de Berlin à Ulm.

2. Wilhelmine de Griesheim.


et à leur plaire. Ainsi, à j'entrai à la poste, plaisantai avec des filles de peine qui soupaient, et mangeai des pommes de terre cuites à l'eau, comme elles. Nous entrevîmes Carlsruhe à quatre heures du matin, nous quittâmes le chemin du nord pour tourner brusquement au sud-est vers Stuttgart, Mais pourquoi n'y être pas allé directement de Strasbourg.? Faute de trouver quelqu'un avec qui je fusse assez lié pour lui proposer de passer par les vallées par lesquelles je savais que Villars déboucha en 1703. Cette idée aurait été fort raisonnable, l'ord[onnateu]r B. l'avait aussi, et on s'est repenti de ne pas l'avoir suivie.

Le grand-duc de Bade a eu la riche idée d'augmenter le prix de ses postes (le cheval, par poste, coûtait il y a un mois. nous l'avons payé.), et de décider que pour aller à Stuttgart on passerait par Carlsruhe, ce qui allonge la route de trois lieues. Le pays que nous traversâmes, de Carlsruhe à Stuttgart, est couvert de montagnes peu élevées, mais qui offrent assez continuellement des points de vue agréables. Elles ressemblent à quelques vues gravées (ohime, non allrimenti1) que j'ai vues de la Suisse.

1. Hélas pas autrement.


Malgré le peu de largeur du chemin et le peu de talent des paysans qui nous conduisaient, faute de postillons, la route étant écrasée depuis quelques jours, tout alla assez bien jusque près de Pforzheim. Mais dans ce lieu fatal, un postillon, l'idiotisme en personne, ne put retenir ses chevaux et nous campa dans un fossé. Une brigade de vingt-quatre sous-employés qui rejoignait l'armée nous en tira (22 fr.) et nous arrivâmes enfin à Pforzheim, craignant sans cesse d'aller dans quelque fossé.

En arrivant à Pforzheim, nous allâmes chez le commissaire des guerres (M. Duché), il n'y avait pas de chevaux à la poste. M. Duché nous en promit, mais bientôt dix voitures arrivèrent à la file. Le maître de poste cherchait à nous nuire parce que nous n'avions rien pris chez lui. Après cinq heures d'attente, je m'emparai de chevaux qui se trouvèrent avoir déjà fait vingt-quatre lieues. Tout le monde nous passa, et nous arrivâmes les derniers à Imundenl. En arrivant à l'auberge, je trouvai deux jeunes filles au teint frais, aux yeux.

Ces petites filles avaient de jolies figures. Je pris le c. à celle qui l'était le 1. M. F. Michel pense qu'il pourrait s'agir d'Illingen.


moins, j'aurais pu la. mais je trouvai cela imprudent au commencement de la campagne. Cela chassa entièrement l'humeur qui me rongeait depuis Pforzheim et je fus heureux jusqu'à Stuttgart, où nous arrivâmes vers les dix heures. Je lus pendant la route la Vie d'Alfieri (tome II). Avant d'arriver à Stuttgart, nous aperçûmes à nos pieds Louisbourg, le Versailles du roi de Wurtemberg. Cette jolie petite ville est adossée à une colline en pain de sucre isolée au milieu de la plaine. La partie de la ville de Stuttgart que nous avons vue est fort bien bâtie. A la poste, on me dit qu'il n'y avait pas de chevaux, parce que « le lendemain le prince royal et plusieurs ministres devaient aller faire leur cour à l'empereur Napoléon, à Louisbourg ».

Nous trouvâmes à l'auberge de l'Empereur romain cinq ou six de nos camarades à table (MM. Blondin, Dervillé, BlinMutrel1, son fils, Valette, régisseur général des. etc.) notre souper, jugé unanimement mauvais, fut bon pour moi parce qu'il y avait des pommes de terre frites très à propos.

Il n'y avait pas de chevaux, ni apparence qu'il en arriverait, on résolut de se 1. Blondin, commissaire des guerres Dervillé et BlinMutrel ordonnateurs


coucher. J'allai vite me jeter sous un de ces tristes coussins de plume qui servent de couvertures de lit en Allemagne. J'y fus au supplice jusqu'à cinq heures, que j'éveillai M. C[uny]. Découragement et désespoir général nous nous voyons retenus indéfiniment à Stuttgart, il n'y avait pas de chevaux1.

Dès que j'eus pu obtenir mes bottes, perdues dans cette immense maison, je sortis en arrivant sur la place de la poste, je vis arriver des chevaux qui se dirigaient vers la poste, je trouvai inutile de les arrêter. Il était clair que des paysans allemands, arrivant de si loin pour aller à la poste, me repousseraient avec perte. Heureusement, il en passa assez pour que j'eusse le temps de réfléchir que ce qui pouvait m'arriver de pis était une dispute avec sept à huit personnages furieux qui cassaient et brisaient tout, disait-on, dans la maison de poste. Ces disputes m'ennuient beaucoup, ne pas les pousser à bout est triste, les terminer par les grandes mesures, c'est ce qui ferait un très mauvais effet auprès de M. D[aru]. Je saisis donc des chevaux par la bride résistance mais enfin mon uniforme et une pièce de 2 florins les décidèrent à venir à l'hôtel. Je ne 1. Beyle a écrit en tête de cette page Puérils mémoires de mon voyage en Allemagne. »


cessai de crier et de disputer qu'assez avant dans la rue, où une femme venait nous faire payer la poste.

Au sortir de la ville, nous remarquâmes un très beau jardin anglais qu'on plantait quelques pas plus loin, il s'agit de faire aller nos paysans sur le chemin de Donauwerth nous prîmes beaucoup' d'informations et suivîmes un chemin fort agréable bordé de coteaux couverts de vignes et dont les terres étaient retenues par des murs à pierres sèches. J'en comptai plusieurs fois jusqu'à seize les uns audessus des autres. Les plans de terre derrière les murs sont en pente, ils sont

séparés par des sentiers étroits garnis de marches, dirigés directement vers le sommet de la montagne. J'imagine que lorsqu'il pleut ils servent de ruisseaux.

Nous traversâmes un pont assez élevé au-dessus du Neckar. Après ce pont vient une ville agréable qui a aussi un clocher


en filigrane, comme celui de Strasbourg. Nous apprîmes, une lieue plus loin, que nous n'étions point sur la route de Donauwerth, mais bien sur celle d'Ulm. Heureuse erreur Nous n'eûmes plus d'inquiétude pour les chevaux jusqu'à Dillingen, où nous rejoignîmes le lendemain la véritable route. Nous étions sur celle d'Ulm, Florian1, Jacq[uemino]t2, Richards, Mme Jacquem[ino]t, et deux ou trois camarades. D'ennemis que nous étions, vu la rareté des chevaux, nous devînmes amis, déjeunâmes ensemble dans une jolie auberge (jolie pour l'Allemagne une chambre bien éclairée, sans papier et sans meubles), à trente pas du Neckar encore enfant. Nous avions trouvé la chaleur dans sa vallée. Le ciel était superbe peu à peu je vis un orage se former au nord, à notre gauche. Ensuite, pluie et froid jusqu'à Ulm, où nous arrivâmes à neuf heures, moi bien ennuyé, ayant lu jusqu'à sept heures et quart, fini la Vie d'Alfieri et lu cent pages de Moore sur la cour de Vienne.

J'avais fait une lieue à pied avec Flor[ian], M. Jacq[ueminot] et sa femme. 1. Florian-Froidefond, adjoint au commissaire des guerres. C'était le beau-frère de Martial Daru.

2. Commissaire des guerres.

3. Adjoint au commissaire des guerres.


Nous avions monté un passage dans le genre de celui des Échelles une montée, à côté du torrent, paysage sévère sans rien de

grand, pluie froide, analogue au paysage. Je suis très occupé, en montant, de considérations morales et de sentiments vaniteux. J'arrive à Ulm enrhumé. Nous montons chez le camarade Fray1, bon enfant (le ton du moins), la croix, honnête homme il était avec sa femme, que j'ai vue à Paris. Elle parle beaucoup, et cet excès n'est pas excusé, caché par de la jeunesse ou de la beauté, au contraire.

19 Avril.

Cette journée a été pour moi fertile en sensations2. Nous nous sommes levés à six heures, n'ayant pas de chevaux pour rejoindre M. D[aru] à Ingolstadt. La bonne foi allemande nous en a procuré. M. C[uny] 1. Commissaire des guerres.

2. Beyle reprend Ici son récit avant son arrivée à Ulm et à son départ de Donauwerth.


en avait retenu la veille à la poste, qui en a seize, je crois, et malgré le départ de S. M. et celui de quatre-vingts ou cent voitures qui l'ont suivi à Ingolstadt, le maître de poste s'est fidèlement souvenu de sa promesse. Nos chevaux arrivaient comme d'Estourmel, qui est cap[itai]ne près du prince, arrivait aussi d'Ingolstadt pour aller porter un ordre à Dillingen. Nous lui avons cédé deux de nos chevaux contre deux des siens, venant de Burgheim. Enfin, nous sommes partis vers les dix heures, après nous être bourrés, par précaution. Nous sommes arrivés sans encombre à Burgheim, après avoir traversé le Leck, rivière assez rapide, sur un pont devant lequel on fait depuis peu de jours une tête de pont. Nous avons traversé Rain, misérable ville. Le pays a la physionomie de la plaine qui est en avant de Ridagshausen.

A Burgheim, nous avons vu des régiments allemands de la Confédération du Rhin (division Reille) tomber sur des oies et les tuer à coups de sabre, ce spectacle m'a beaucoup amusé. Le maître de poste n'a jamais voulu que ses chevaux allassent plus loin. Toute mon éloquence allemande l'a à peine empêché d'en venir. mais enfin, profitant de la profonde et intime conviction où est tout Allemand qu'il est


moins que l'homme dont l'habit est plus brodé que le sien, nous avons fini par convenir que les chevaux mangeraient une heure et nous conduiraient ensuite jusqu'à Neubourg. Pendant ce temps, C[uny], Paris, Bénard1 et moi nous avons pris du café on le faisait dans une cuisine, au-dessus de laquelle, tous les étages étant percés, la fumée s'élevait jusqu'au toit, à soixante pieds d'élévation. Une jeune fille d'une figure distinguée, mais ritrosa 2.

Nous sommes partis à une heure et demie et avons traversé, pour arriver à Neubourg, un paysage grandiose dans le genre de ceux de Claude Lorrain. Nous marchions derrière les coteaux qui ceignent le cours du Danube, les sommets de ces coteaux étaient couronnés de bouquets de bois, à notre gauche à la droite, nous avions une forêt presque continue avec des éclaircies de temps en temps, entre deux coteaux, nous apercevions le Danube à trois quarts de lieue le tout formait un paysage superbe et réellement un des plus beaux qu'on puisse voir et auquel il ne manquait que de hautes montagnes et un lac. A une lieue de Neubourg, j'ai ren-

1. Adjoint aux commissaires des guerres. 2, Ingrate.


contré Montbadon1, qui m'a dit « Quoi! vous venez de passer à deux cents pas du tombeau de La Tour d'Auvergne et vous ne l'avez pas vu

Vous qui en venez, dites-moi ce que c'est.

Un massif de pierre de quatre pieds de haut et sept de long, qui n'a pas coûté cent écus. D'un côté A la mémoire de La Tour d'Auvergne, premier grenadier de France, tué de 8 juin 1800. De l'autre côté A la mémoire de.y, chef de brigade du. tué le 8 juin 18002. »

Comme l'aimable M[ontbadon] me disait cela, je crus entendre le canon et, au milieu de ce pays émouvant, cela me fit un vif plaisir. Mais, hélas ce n'était que le tonnerre peu à peu un superbe orage arrivant de la droite de l'horizon immense que nous apercevions arriva jusqu'à nous, nous couvrit de grêle pendant demi-heure, et blanchit la terre comme de la neige. C'est par cet aimable temps (aimable pour moi, mais fort plat pour tout le monde) que nous grimpâmes dans Neu-

1. Montabadon était sans doute un adjoint provisoire aux commissaire1! des guerres. Beyle nous a dit de lui, dans sa Correspondance, qu'il possédait le talent de plaire aux jolies femmes.

2. Ecrit à Ingolstadt (en revenant de chez l'Empereur) le 20 avril à neuf heures. (Note de Beyle, écrite postérieurement.)


bourg, à la queue d'un convoi. Nous trouvâmes dans la rue trois rangs de voitures et, sur la place, deux régiments avec leurs bagages. Nous faisions vingt pas toutes les cinq minutes, et la grêle se changeait en grosse pluie.

La ville est fort bien bâtie.

Je m'entends appeler, je lève les yeux, on me dit « Baissez-les », et l'aimable Montbadon me tend la main au travers des grilles du plain-pied d'une belle auberge. « Venez donc manger de la fricassée excellente que je fais. »

J'entre trois jolies filles. Bénard et Paris se procurant des chevaux, M. C[unyJ tout triste de n'en point avoir, moi indifférent, craignant de le paraître à mes occupés camarades, allant de la poste à la cuisine, de la cuisine à la salle. Enfin la fricassée parut. Je m'y mis, Cuny ne paraissait point. Mais les trois jolies filles, dont une ne l'était pas trop, la seconde pas du tout, à cause de la petite vérole, mais faite comme un ange, si cependant les anges ont de gros culs, disait Montbadon la troisième avait une fluxion, mais une physionomie pleine de douceur et d'agrément. Nous rîmes une heure avec elles. Ce genre de plaisir fait chez moi entière diversion à tout autre genre de pensées et procède from b[ash-


fulness]1 et de mon imagination trompeuse, mais je me livre à son erreur en la connaissant, qui me figure le caractère que semblent promettre ces physionomies aimables, et m'empêche de voir tout le laid. L'illusion que j'éprouve est du genre de celle que donne le spectacle. Enfin, il fallut les quitter. Notre voiture glissa sur la rue rapide par laquelle on sort de Neubourg. En sortant, nous traversons le beau Danube, qui ressemble assez au Rhin à Genève. Le Danube est séparé en deux par une digue dont je n'ai pas eu le temps de voir l'objet.

En sortant de Neubourg, paysage superbe. Tout a été charmant pour moi à Neubourg beau pays, bel orage, ville bien bâtie jolies filles, ce qui donne un vernis charmant à tout le reste. Nous les aurions eues si nous eussions passé la nuit à Neubourg, et j'aurais été assez content que le manque de chevaux nous y eût contraints 2.

Temps sombre et enfin nuit jusqu'à .Ingolstadt. A demi-lieue de la ville, nous apercevons des feux et nous traversons un bivouac. Nous entrons en ville, allons chez le commandant de la place, chez 1. De timidité.

1. Mémoires du 19 avril, écrits le 20 à Ingolstadt. (Note M Beyle.)


M. D[aruJ chercher notre billet de logement, chez M. Desermet, com[missair]e d[es] g[uerres]. Nous roulons une heure dans une profonde obscurité pour chercher notre logement, à l'aide de la petite lanterne d'une vieille officieuse. Nous arrivons enfin chez un prêtre, figure de bonhomme (Beneficiis Hauf, 20), chez lequel nous étions logés cet homme, pleutre par nature, nous accable d'injures, va à la Municipalité. Nous l'attendons une heure chez lui, je gagne la faveur d'une vieille servante, nous visitons les lieux et voyons bien qu'il n'y a pas de logement. Nous allons avec lui à la Municipalité, il était dix heures et nuit obscure. Ici commence une scène digne de la comédie. Nous arrivons vis-à-vis d'un petit homme maigre, à grosse tête et figure assez spirituelle, qui faisait les logements. Mais, comme il les faisait depuis trois jours, il dormait debout, nous regardait en souriant, s'appuyait sur la table comme pour chercher des papiers, s'endormait, et ne se réveillait qu'en étant sur le point de tomber en arrière ou en avant. Nous restâmes chez ce brave homme de dix heures à onze un quart, sans nous fâcher et sans pouvoir obtenir un billet. Montbadon nous servit d'interprète, moi j'avais envie de rire en voyant cette figure chan-


celante. Nous eûmes enfin un billet et vînmes frapper à une auberge (n° 17) après avoir erré longtemps pour trouver ce numéro fatal. Tout était plein et couché, on ne nous ouvrit qu'au bout d'un grand quart d'heure. Nous visitâmes toutes les chambres, notamment une où le maître de la maison tenait son enfant et où la chaleur était extrême. Enfin, un ami de M. C[uny] nous permit de coucher sur de la paille dans sa chambre, d'où je sors ce matin tout souillé de crotte et de poussière.

On dit que trois cents.

23 Avril.

Landshut, le 23 avril, dans la maison du comte de Portia, à côté du grand clocher 1.

Rien de nouveau pendant les deux derniers jours de mon séjour à Ingolstadt (les 20 et 21). Seulement, à table j'entreprends d'expliquer à M. D[aru], qui parlait du cabinet de l'abbé Morellet, où les dictionnaires de toutes les langues sont ouverts au même mot, le mouvant de Wolfenbuttel. Je n'y réussis guère. 1. Je travaillais sans cesse avec l'emp[ereur]. Toutes mes relations avec le grand homme passées sous silence, pour ne pas me compromettre. 1813. (Note de Beyle.)


Après cela, excellente comédie de Ri[chard] disant des vers, et Lacombe1 gesticulant, ensuite le vieux paillard chez les filles par Lacombe.

Jamais M. D[aru] ne m'aimera il y a quelque chose dans nos caractères qui se repousse. Il ne m'a parlé que sept à huit fois depuis notre entrée en campagne, et toujours c'était par exclamation profondément sentie « L'étourdi! Un étourdi comme vous N'y allez pas, un étourdi comme vous ferait sur-le-champ une querelle à ces gens-là, »

Il a dit, l'année dernière, à propos de je ne sais quoi « Il faut mener les jeunes gens avec des verges de fer, c'est le seul moyen d'obtenir des résultats. » Je ne sais pas si M. D[aru] m'applique cette maxime, et, me croyant un caractère profondément étourdi et présomptueux, veut le mater par une disgrâce continuelle et sans exception, ou si. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ses yeux s'arrêtent avec bienveillance sur M., jeune homme dont assurément je ne veux pas dire de mal, mais auquel je suis supérieur par l'expérience, et jamais je n'ai eu un tel regard.

Je vis donc négligé (negletto) au milieu des seize ou dix-sept c[ommissaires] d[es] 1. Lacombe adjoint aux commissaires des guerres


g[uerres] attachés à M. D[aru], et mes camarades ne m'aiment point. Les sots ont commencé par me trouver l'air ironique. L'ambitieux a vu en moi un rival et m'a flatté, mais sa haine me paraissait évidente. Les demi-ambitieux m'aiment peut-être moins encore. Les jeunes gens me trouvent sévère, et Florian, se promenant l'autre jour avec moi, cherchait tout ce qu'il pouvait trouver de plus sérieux pour m'en entretenir.

Au reste, puisque cette feuille contient déjà des choses qui peuvent compromettre, il vaut mieux couler à fond le personnel de notre état-major.

Fromentin, qui se fait appeler de SaintCharles1. Ambitieux pur, c'est-à-dire que je ne lui ai pas vu faire une action qui ne tende à son but, qui est de capter M. D[aru]. De tels caractères n'ont de mesure que celle de l'esprit qui les accompagne. Celui-ci en a assez il parle sans cesse et plaisante sur tout, mais avec une gaieté si forcée qu'elle m'a inspiré, dès le premier jour, un éloignement que je n'ai pas caché. Il regarde tout le reste de la boulique comme des enfants je suis, je crois, le seul qu'il croie digne d'un jeu serré. Cela pourrait bien finir par un duel, 1. Fromentin-Saint-Charles commissaire des guerres.


non pas à cause de son but principal, que M. D[aru] le croie le jeune homme le plus marquant de ses subordonnés, qu'il lui donne la croix, cela ne me l'ôte pas, mais je serai peut-être forcé de résister à quelques-unes de ses usurpations particulières. Place, table, chaises, voiture, chevaux, il usurpe tout. Ce matin, à propos de ses chevaux, il a eu une prise avec Lacombe, qui disait « Sacré intrigant, il y a longtemps que je te connais. Tais-toi, je te foutrai vingt gifles », etc., etc.

On sent bien que, dusse-je me faire chasser vingt fois par M. D[aru], je né pourrais répondre à la menace de vingt gifles qu'en [en] donnant une à rabattre sur le tout.

Fromentin a trente-deux ou trentetrois ans, ne les paraît pas. Un teint gris, composé de taches de rousseur, la mine intrigante et fausse. II est grand et bien fait, les jambes exceptées. Il a servi autrefois et fait, dit-on, une belle action, n'étant pour lors âgé que de seize ans, et pour cela il demande la croix, pour laquelle même, l'année dernière, il écrivit directement à l'empereur. Seulement, il mit sur son épître le cachet de M. D[aru], qui malheureusement se trouvait chez S. M. lorsque la lettre arriva. Il la décacheta


et la rendit ensuite à From[entin] en lui faisant des excuses Je l'ai décachetée par erreur. »

Si je ne me trompe, F[romentin], dans la société de Paris, paraîtrait un peu grossier, ayant un peu le ton de corps de garde.

Lajard 1. Pour faire le contraste parfait, je mettrai après lui sa femme, c'est-àdire celui avec qui il voyage, qu'il protège, etc.

Lajard est un jeune vieillard de vingtcinq ans, mais non pas dans le genre de Lejeune, d[irecteu]r des Postes à Br[unswick]. Sa faiblesse est toute grâce, ignorance de tout plutôt que science et pratique des petits moyens, ce qui faisait le caractère de Lejeune. Il a le ton de la bonne compagnie actuelle faiblesse, fraîcheur et grâce. Il chante fort bien. Il a les yeux d'un homme harassé, à moitié fermés, il est très maigre, taille médiocre, le nez très long. Tout peu animé qu'il est, son cœur est bon. Il est neveu de Chaptal et beaufrère de. Le Fromentin, qui a senti cela, s'est fait présenter par lui à sa famille, bien sûr qu'elle lui tiendra compte de ce qu'il fera pour lui et cette famille, qui 1, Adjoint aux commissaires des guerres.


avait probablement des craintes en hasardant ce jeune homme au milieu du brouhaha de l'armée, paiera la protection de Fr[omentin]. II est fait pour réussir partout où il ne se trouvera pas quelqu'un qui le devinera d'abord.

J'ai oublié dans le caractère de Fr[omentin]

1° Qu'il n'a nulle délicatesse intérieure à combattre pour toutes 1es actions plates, basses, ennuyeuses, qu'il se trouve obligé de faire

20 Qu'il paraît, par ce que Paris m'a dit de son frère, qui a absolument le même genre « Il a une gaieté bien singulière, disait bonnement le gascon Paris quand j'entrais dans sa chambre, je le trouvais tout rêveur, peu à peu sa gaieté lui revenait et il faisait des plaisanteries sur tout. » Je le surprends quelquefois énonçant quelque fait extrêmement peu important à M. D[aru]. Ce fait n'a rien de saillant, rien qui dût le faire admettre dans la conversation, mais il sape ce qu'un de nous a dit l'avant-veille, il peut lui nuire, et il a la constance et l'attention de se souvenir de l'endroit où il faut porter le coup et il n'y manque pas. En un mot, je n'ai pas encore aperçu d'inconséquence dans ce caractère.

Je n'ai pas davantage à dire de Lajard,


plante étiolée, aimable; de bon ton, mais peu signifiante.

On sent bien qu'à la fin de la campagne j'aurai bien des choses à ajouter et à corriger. Mais voilà mon parere actuel. Je termine ceci à Landshut, à cinq heures, le 23 avril, dans le b[ure]au, belle chambre, sur une belle rue, au milieu de tous ceux que je peins, et grelottant. Cette ville m'a beaucoup plu ce matin comparée à Ingolstadt, c'est l'Italie et l'Allemagne. J'ai été occupé tout le matin de la nécessité que je parle. Nous avons vu treize cadavres ennemis et des portes criblées de balles et de boulets.

Landshut, le 24 Avril 1809.

Nous la gobâmes d'une fière manière à Neustadt nous nous trompâmes de chemin, rencontrâmes M. D[aru], qui nous dit que nous étions des étourdis, et malheureusement il avait raison. Pour nous rendre de Neustadt à Landshut, nous allions passer par Geisenfeld, et il y avait une route directe.

Nous retournâmes donc à Neustadt à la suite de M. D[aru], et cela par une route superbe, et directe, qui plus est.

1. AVIS.


Nous traversâmes quelque chaîne de montagnes, mais j'en ignore le nom. Nous passâmes à côte d'un pont brûlé, où l'on s'était battu la veille, et où je vis trois kaiserlicks morts ce sont les premiers. La route était entourée de bivouacs, elle a des parties on ne peut pas plus pittoresques. II manquait à mon cœur, pour que le plaisir fût pur, qu'il ne s'y trouvât que l'amour de l'art et pas d'ambition mais je suis environné de gens qui jouent la comédie et à qui cette comédie réussit. Elle n'est pas difficile, mais elle exige tout le temps de ceux qui se livrent à ce genre. D'un autre côté, j'avais plus de plaisir qu'un jeune Anglais riche voyageant par cette même route. Je partais pour ce raisonnement du voyage de Moore, que je lis avec plaisir. Cette raison froide me console. Ce qui me manque, c'est plus de noblesse dans la disgrâce, et de n'enavoir pas du tout l'air piqué. A travers tous ces raisonnements, la route charmante s'écoulait, ce qui y nuisait encore, mas the dultiess of my partner 1.

Nous arrivâmes enfin à Pfeffenhausen. J'eus un moment de peur en y arrivant. J'étais à pied depuis une heure, tout à 1. Etait la platitude de mon compagnon.


234 JOURNAL coup je vis une calèche der voiture je crus que c'était M.

coup je vis une calèche derrière notre voiture, je crus que c'était M. D[aru] qui arrivait à son logement avant nous c'était l'excellent Joinville. M. D[aru] n'arriva que deux heures après et fut content de son logement. Il demanda ce que nous avions à souper, je répondis « Des pommes de terre et un demi-veau. » Il rit beaucoup de demi-veau. Je crois que c'était de moi me servant d'une expression impropre, mais qu'aussi il commençait à sentir que c'était exprès. Rien ne me semble plat comme le langage des livres dans la conversation. Richard, un de nos camarades, est de là, et me scie toute la journée.

Le soir, nous eûmes donc des pommes de terre frites excellentes, du veau à peu près cuit et en grande quantité, d'excellente bière, et M. D[aru] fort gai, mais de cette gaieté qui me paraît que de la demi-gaieté.

Après ce bon souper, j'eus une bonne petite nuit sur un bon lit de paille. J'y fus de dix à trois heures du matin, que nous partîmes. Nous trouvâmes Desermet et Duplan1 débouchant de Pfeffenhausen et arrivant la nuit même de Ingolstadt. Le chemin de Pfeffenhausen à Landshut 1. Dersemet commissaire des guerres Duplan. adjoint aux commissaires des guerres.


est fort beau et assez pittoresque. Nous ne vîmes de cadavres que près de Landshut, mais nous aperçûmes beaucoup de casquettes dans les champs, notamment dans un petit champ carré.

La porte de Landshut est criblée de balles, la brique a été entamée d'un pied, et même de deux, dans quelques endroits. On traverse l'Isar, qui ressemble assez à l'Isère, mais est un peu plus considérable cette rivière forme une île en avant de Landshut.

Cette ville fit sur moi l'impression de l'Italie. J'y vis en demi-heure cinq à six figures de femme d'un ovale beaucoup plus parfait qu'il n'appartient à l'Allemagne. J'attendis deux heures M. D[aru] et la suite pour leur remettre leurs billets. Ils arrivèrent enfin, et depuis lors nous gîtons à Landshut. Hier, après dîner, M. D[aru] chargea Florian1 d'un hôpital. Bénard et moi y allâmes comme amateurs, et fîmes tout jusqu'à minuit nous soutînmes des malades qui descendaient de charrette, et enfin moi, qui ne suis pas indulgent pour moi, je ne trouvai rien à me reprocher.

Nous vînmes deux fois chez M. D[aru], qui nous bourra ferme la première, pas 1. Florian-Froidefond, adjoint aux commissaires des guerres, beau-frère do Martial Daru.


beaucoup la deuxième, et il avait raison la première. II nous demanda le nombre de malades Bénard, qui parlait (ils ont plus de courage que moi, à cause de deux ans d'habitude), dit cent soixante. « Ah bah Il y en avait quatre cent cinquante ce matin » Heureusement, il dormait ça finit là.

Rien de nouveau détails d'un hôpital en désordre. Économe fripon et de mauvaise volonté. Un seul chirurgien autrichien pour tout, plein de bonne volonté. Nous parlons italien, et arrangeons tout pour le mieux.

Ce matin (24), je suis venu chez M. D[aru] et de là monté avec de Senneville à son hôpital, situé sur une colline en pain de sucre située dans la ville. Du haut du château qui la couronne, on a une des plus belles vues possibles. Tout le cours de l'Isar. C'est réellement beau et rare. Nous avons déjeuné, et me voici, ayant souci de dormir.

Cette nuit, de peur d'être attaqués par l'ennemi, qui court autour de la ville, nous nous sommes couchés tout habillés. Cuny et moi, nous avions à côté de nous une voix du nez qui demandait de l'eau. C'est un officier blessé d'un biscaïen entre 1. Commissaire des guerres.


les deux épaules, qui mourra bientôt, dit M. Heurteloup 1.

Landshut, le 24 Avril 1809.

Tout le temps que nous avons été à Ingolstadt, je ne me suis pas déshabillé. Nous étions logés 17, à une auberge dont la maîtresse n'était pas bien. J'avais cependant le projet de l'avoir, mais le temps m'a manqué. Au b[urea]u, nous avons reçu la nouvelle d'une grande victoire. J'en ai vu l'effet sur tout le monde, elle n'a guère été bonne qu'à cela, car elle s'évanouit un peu. Nous avons cependant vu trois ou quatre mille blessés. Le 22, nous sommes partis pour aller faire le logement sur la route de Landshut et à Landshut. Il était une heure, je venais de me coucher un peu, il a fallu avoir le crèvecœur de me lever. Nous étions conduits par deux paysans et leurs chevaux, qu'ils ne savaient pas conduire. Nous avons commencé par enfiler le pont du château impérial, nous avons tourné dans la cour avec beaucoup d'efforts et continué notre route sur un très beau chemin très étroit. Vers les trois heures, 1. Le baron Heurteloup, premier chirurgien des armées de l'Empire.


nous avons aperçu des feux sur les deux côtés de la route, et le Danube. C'était un beau bivouac bien pittoresque, mais il faisait diablement froid. Nous avons passé le Danube sur un pont qui avait l'air d'avoir été fait à la hâte, ensuite traversé la petite ville de Vohbourg, placée d'une manière agréable à l'égard de la route d'Ingolstadt. De là à Neustadt, la route est agréable une plaine entre des coteaux. En approchant de Neustadt, nous tombons dans les bivouacs. Nous entrons enfin, à la queue d'un convoi, dans cette pauvre petite ville qui a la figure de la dévastation pas d'habitants, tout ouvert, -tout cassé, tout rempli de paille et d'uniformes de toutes les couleurs. Au -milieu dé cela, les bons paysans allemands conduisant chacun avec flegme la voiture à laquelle on a attelé leurs chevaux, n'ayant de chagrin que celui que leur donne l'embarras que la voiture de leur maître peut leur donner. A nalion born to serve 1. Arrivés à Neustadt2, C[uny] n'eut pas toute l'activité nécessaire, nous baguenaudâmes, vîmes l'ord[onnateu]r en chef Chambon, fûmes retenus deux heures dans la ville par la division Oudinot qui, 1. Une nation née pour servir.

2. Beyle écrit ici par distraction Landshut.


entrant par une porte et sortant par l'autre, nous barrait celle par laquelle nous devions passer pour aller à Pfeffenhausen 1. Nous nous trompâmes net et, nous confiant partie aux faux renseignements qu'on nous .donnait de toutes parts, partie à la carte, nous crûmes que pour aller à Pfeffenhausen il fallait retourner à Geisenfeld. Nous rencontrâmes sur la route.

Enns, le 5 Mai 1809.

J'ai décrit les sensations et événements antérieurs à Burghausen dans une lettre de huit pages à ma sœur 2 ça manque de profondeur et est enjolivé. Je l'ai portée jusqu'ici pour faire mon journal d'après elle, mais je n'en ai pas eu le temps. Je meurs de sommeil en écrivant ceci, et M. Cuny s'endort à ma gauche à droite, Mure et Richard ont des mines de déterrés. Je reprends à Lambach. En sortant de chez la femme malade (la première idée qu'elle m'avait rappelée était la manière qu'ont les actrices allemandes de jouer la tragédie. C'est parfaitement ressemblant 1. Ce nom, comme bien d'autres, est toujours mal orthographié par Beyle et de façon différente. Il indique qu'il n'en connaissait lui-même ni la prononciation ni l'orthographe exactes. Nous avons suivi sur ce point l'excellente édition Champion.

2. Correspondance, t. III, p. 162.


à la manière de parler de cette femme. Ces actrices donnent à tous les rôles la couleur lente, faible et rêveuse de celui d'Ophélie). En sortant, dis-je, de chez cette femme, nous allâmes chercher de la viande et du vin au couvent. Je fus sur le point d'y recevoir un coup de sabre dans le ventre, d'un officier qui rossait un soldat avec la poignée.

En allant et venant, j'admirais toujours plus la situation de Lambach. Je me disais « Voilà le spectacle le plus intéressant que j'aie vu de ma vie. » En voyant quelques pièces de canon braquées à côté de la porte du couvent, je dis à Lacombe « Il ne manque ici que l'ennemi et un incendie. »

Nous rentrons, nous dormons sur des chaises chez le commandant de la place, nous soupons et nous redormons. A deux heures, on parle de départ. Je descends sur la place. En m'y promenant, je remarque beaucoup de clarté derrière une maison je me dis « Voilà un bivouac bien brillant » La clarté et la fumée augmentent, un incendie se déclare. Le trouble du moment de l'incendie a été observé par moi dans toutes ses gradations, depuis la tranquillité du sommeil jusqu'aux chevaux des fourgons accourant de toutes parts au galop.


On ne voyait pas la flamme à cela près, l'incendie était superbe une colonne de fumée pleine de lumière traversait la ville transversalement, elle nous éclaira sur le chemin jusqu'à deux lieues. Le coteau qui est au nord de la ville en était éclairé au point que, d'en bas, où j'attendais avec ma voiture l'arrivée de Cuny, je pouvais compter les troncs des pins situés sur le sommet. Le kiosque et toutes les maisonnettes situées sur la pente sortaient parfaitement.

La lumière brillante que l'incendie frappait sur les sommets de quelques édifices.

L'insouciance du grenadier du bivouac « Le feu viendra jusque-là », en montrant une maison séparée de celle qui brûlait par cinquante ou soixante maisons. Nous avons appris que quarante ont brûlé. On a d'abord dit que trois officiers de chevau-légers de la Garde, enivrés par les seaux de vin qu'on distribuait à l'abbaye, avaient été rôtis ça s'est réduit, je crois, à un maréchal-des-logis horriblement brûlé, mais qui vit encore.

Voilà de l'horreur, mais de l'horreur aimable, si l'on peut parler ainsi. Celle d'hier a été de l'horreur horrible, portée chez moi jusqu'au mal de cœur.


heures, fûmes fort bien logés chez un brave homme. Nous étions venus en voiture légère. Les paysans, attelés à la grosse, coupèrent les traits et la laissèrent gisante au milieu du chemin.

Charles arriva tout riant nous dire cela. Il rit de tous les accidents c'est un moyen de s'excuser de prendre la peine d'y remédier. Ce coquin de myself 1, dont je pense et dis tant de mal, et que cependant j'aime beaucoup, est quelquefois comme cela. J'étais assez ennuyé à me promener dans la grande chambre sombre de mon hôte, à réfléchir que probablement Jean, notre domestique, déserteur, déserterait en effet avec ce qu'il y avait de mieux dans nos malles, lorsque la voiture arriva avec les chevaux d'un chirurgien qui connaissait un peu Cuny.

A trois heures, nous partîmes de Wels pour Ebersberg, sur la Traun. Chemin superbe dans une plaine bordée de jolis coteaux, mais d'ailleurs assez plate, jusqu'à un poteau à côté du poteau, un homme mort. Nous prenons à droite, la route se complique, les voitures se serrent, et enfin il s'établit une file. Nous parvenons enfin à un pont de bois extrêmement long sur la Traun semée de bas-fonds. 1. Moi-même.


Le corps du maréchal Masséna s'est battu ferme pour passer ce pont, et, dit-on, mal à propos, l'empereur tournant ce pont.

En arrivant sur le pont, nous trouvons des cadavres d'hommes et de chevaux, il y en a une trentaine encore sur le pont on a été obligé d'en jeter une grande quantité dans la rivière qui est démesurément large au milieu, à quatre cents pas audessous du pont, était un cheval droit et immobile effet singulier. Toute la ville d'Ebersberg achevait, de brûler, la rue où nous passâmes était garnie de cadavres, la plupart français, et presque tous brûlés. Il y en avait de tellement brûlés et noirs qu'à peine reconnaissait-on la forme humaine du squelette. En plusieurs endroits, les cadavres étaient entassés j'examinais leur figure. Sur le pont, un brave Allemand, mort, les yeux ouverts courage, fidélité et bonté allemande étaient peints sur sa figure, qui n'exprimait qu'un peu de mélancolie. Peu à peu, la rue se resserrait, et enfin, sous la porte et avant, notre voiture fut obligée de passer sur ces cadavres défigurés par les flammes. Quelques maisons brûlaient encore. Ce soldat qui sortait d'une maison avec l'air irrité. J'avoue que cet ensemble me fit mal au cœur.


Ce spectacle frappant, je l'ai mal vu. Montbadon, que j'ai retrouvé à Enns toujours se faisant adorer partout, est monté au château, qui était bien pire que la rue, en ce que cent cinquante cadavres y brûlaient actuellement, la plupart français, des régiments de chasseurs à pied. Il a visité une charge à la baïonnette, faite sur quelques pièces de bois entreposées au bord de la Traun, où il a trouvé les rangées entières à leur poste de bataille. Il distinguait les Français aux favoris.

Un très bel officier mort voulant voir par où, il le prend par la main la peau de l'officier y reste. Ce beau jeune homme était mort d'une manière qui ne lui faisait pas beaucoup d'honneur, d'une balle qui, entrant par le dos, s'était arrêtée dans le cœur.

La pluie froide, le manque de nourriture, le mur d'airain qu'il y a entre mes pensées et le cerveau de mon camarade et che fa ch'elle ripiombono sul mio cuore 1, tout cela fit que j'eus presque mal au cœur de ce spectacle.

J'ai appris depuis que c'était réellement une horreur.

Le pont a été attaqué par les tirailleurs 1. Et qui fait qu'eues retombent sur mon cœur.


du Pô, qui étaient 800 (il n'en reste plus que 200), par la division Claparède, qui était 8.000, et qui est réduite à 4.000, dit-on.

II paraît probable qu'il y a eu 1.500 morts. Ce diable de pont est énormément long, les premiers pelotons qui s'y présentèrent furent tués net. Les seconds les poussèrent dans la rivière et passèrent. On s'empara de la ville, et l'on plaça les blessés en très grand nombre dans les maisons. Les Autrichiens revinrent et reprirent la ville en faisant plier, je crois, le 26e régiment d'infanterie légère. On se battit dans la ville, les obus y pleuvaient et finirent par y mettre le feu. On sent bien que personne ne s'occupait de l'éteindre, toute la ville brûla, ainsi que les malheureux blessés placés dans les maisons. Voilà comment on explique l'horreur qu'on voit dans la rue en passant. Cette explication me paraît probable. Car d'où viendraient tant de soldats brûlés ? de morts ? Mais on n'a tué personne dans les maisons, on n'y a pas transporté les morts donc ces pauvres diables ont été brûlés vivants.

Les connaisseurs disent que le spectacle d'Ebersberg est mille fois plus horrible que celui de tous les champs de bataille possibles, où l'on ne voit enfin que des


hommes coupés dans tous les sens, et non pas ces cadavres horribles avec le nez brûlé et le reste de la figure reconnaissable. Nous arrivâmes à Enns, où nous sommes. Rien de remarquable. L'aimable M[arti]al me promet de faire mon affaire ici. J'ai couché cette nuit (du 5 au 6) dans le logement de Richard. Sans le caractère usurpant, intrigant, effronté, on ne fait rien à l'armée.

Enns, le 7 Mai 1809.

Nous sommes toujours dans cette grande et triste chambre de la Municipalité. Nous y couchons, travaillons, mangeons environ trente qu'on juge de l'humeur, de l'odeur, etc.

N'ayant rien à faire, et obligé d'être à une table la plume à la main, je bavarde comme d'autres fument.

Nous partîmes de Burghausen vers les onze heures du matin, le Notre voiture fut sur le point de reculer dans la Salzach après avoir passé le pont. M. Cuny se donna beaucoup de peine, mais sans que cette force-là fût bien appliquée il se couvrit de boue, tomba deux fois, et finit par se croire mort, ce qui nous fit faire, les glaces fermées, la route de Burghausen à Braunau. On est d'abord sur le plateau,


deux à trois cents pieds au-

élevé de deux à trois cents pieds audessus de la Salzach on y a des échappées charmantes, une échancrure dans le coteau permet d'apercevoir la Salzach et la plaine au delà, qui est très pittoresque on descend enfin du coteau et l'on marche à côté de la rivière environ une lieue, après quoi l'on arrive au trou de Braunau. Il y a une seule rue, je pense, mais très large et très bien alignée. J'ai trouvé cela dans presque toutes les villes de l'Allemagne méridionale, en quoi elles diffèrent beaucoup de celles du nord. A Milledof, à Braunau et quelques autres.

11 Mai 1.

Le 11 mai, nous courûmes dans les environs de Sankt-Pôlten. Je jouis de l'été et d'une jolie habitation bien fraîche. C'était une manufacture de coton, à cent pas de la ville, avec de très belles eaux. Je me baignai. Nous étions environnés d'incendies. La veille au soir, on en avait compté treize tout autour de l'horizon. Je ne vis, le matin, que deux colonnes de fumée, mais à l'horizon, à 1. Vienne, le 14 mal 1809. Ci-joint un exemplaire de la proclamation. Temps superbe et très chaud. (Note de Beyle.)


l'élévation du soleil deux heures avant son coucher, il y avait un grand nuage horizontal de couleur gris très rouge, que nous jugeâmes tous être un nuage de fumée.

Le soir, je me mis à écrire vers les onze heures, au milieu de quatre camarades ronflant, et je finis, vers les deux heures, a letter of two pages to milady 1.

12 Mai.

Le 12, je dormais profondément, lorsque je fus réveillé par Ameil2 qui disait « M. D[aru] demande quels sont ceux de ces Messieurs qui ont couché ici. Un instant après « M. B[eyle], il vous demande. »

C'était pour nous ordonner de faire des ordres pour le départ du quartier général. Il bourra tout le monde. Je ne puis pas découvrir de raison morale de cette mauvaise humeur matinale. Il désirait beaucoup rejoindre l'empereur. J'en conclus qu'il a beaucoup de bile, et qu'il

1. Une lettre de deux pages à Mme.Mme Daru; mais cette lettre ne nous est point parvenue. Nous n'en avons que l'annonce dans une lettre à Félix Faure. Cf. Correspondance, t. in, p. 178.

2. Valet de chambre de Pierre Daru.


[est] dans cet état où la situation naturelle est d'avoir de l'humeur.

Cependant, il est bien loin d'être à mes yeux un caractère bilieux.

Malheureusement pour nous, il n'y avait pas à la maison d'ordonnances. Il nous distribua donc les lettres à porter. Je partis vers les six heures, et marchai deux heures et demie dans Sankt-Pölten. J'avais de l'humeur et beaucoup, la fatigue seule l'empêchait d'éclater. Enfin, je ne pus jamais trouver l'adresse de trois lettres (Launoy, Monny et Nogare, etc.). Je revins à la maison, on avait pris du café et l'on partait. Dix minutes plus tard, la voiture de M[arti]al, dans laquelle je voyageais, parce que j'avais prêté ma place dans celle de Cuny à Lacombe, chargé du logement, dix minutes plus tard, je trouvais tout parti. Je grimpai donc bien vite dans la voiture, toujours à jeun. Nous arrivâmes vers les une heure à. assez petit village. Toutes les maisons ouvertes et pillées, mais rien de brûlé. La poste et la maison du curé seulement peuplées. Ce curé se conduit fort bien. On dit qu'il fit de même il y a trois ans et que cette fois S. M. lui a fait remettre cent napoléons, en lui disant qu'il se souviendrait de lui. Nous fîmes un dîner, pas trop exécrable


chez le curé il nous coûta quatre florins en papier chacun. Le florin vaut, en argent 24/11 livres, mais on changea un double napoléon contre 36 florins, d'où je conclus que le florin vaut un franc onze centimes, ou vingt-deux sous. Je payai pour M. M., qui était avec nous, je donnai dix florins quand je réclamai les deux florins qui revenaient, personne ne sut ce qu'ils étaient devenus. C'est moins que rien, mais on peut juger de l'égoïsme et même de la malveillance qui nous anime les uns à l'égard des autres. Celui qui l'est le moins, c'est Cuny. L'obligeance est son caractère on le lui a dit, il y était porté naturellement, il est parti de pour en faire état, mais son obligeance n'est pas aimable il manque totalement de rondeur. Le moins obligeant, c'est sans contredit Lacombe l'aîné. C'est un tartufe de bonté et d'obligeance, mais l'esprit manque pour soutenir ce caractère et le cuistre (c'est ici le mot propre) perce de tous les côtés. Son frère a le même caractère, avec moins de douceur parce qu'il est moins tartufié.

Le frère se nomme Tony. C'est une éducation allemande. Ca sait de tout le grec, la musique, la géographie, la botanique, etc., que sais-je Ça a fait deux ou trois campagnes, vu Vienne, Kœnigs-


berg, etc., et ça est d'un dégoûtant et d'un sot à faire mal au cœur.

Cette tirade morale a l'air d'un horsd'œuvre, point du tout.

Après le dîner, nous baguenaudâmes, je lus trois quarts d'heure avec M. Marig[nier] L'Uno, comédie d'Alfieri. Ensuite, je baguenaudai avec Lhoste1, ma ressource ce jour-là. Vrai Français ça ne sait rien, mais ça a toujours ce premier mouvement généreux et ouvert. Ensuite, ça n'a nulle éducation, des mœurs basses, parce que la mère exerce un métier, je ne sais lequel.

Je lui proposai, sur les trois heures, de monter un coteau qui était derrière le village et du haut duquel on prétendait qu'on voyait le Danube. Nous y grinpâmes et ne vîmes pas le Danube, qu'on apercevait à peine à une grande lieue de là, mais un bois de pins tout à fait singulier. C'étaient des perches de 30 à 40 pieds de haut, avec un très petit bouquet de verdure au sommet. Ces pieds droits étaient fort serrés. Nous descendîmes, jouîmes du début du printemps, qui pour nous a commencé le jour de notre arrivée à Melk (le 8 ou 9). Les marronniers de 1. Lhoste, sans doute adjoint provisoire au corps des commissaires des guerres, était déjà à Brunswick avec Bey le, et nous le retrouvons pins loin avec lui à Vienne.


Melk bourgeonnaient seulement, ceux de Vienne sont en pleine verdure et prêts à fleurir.

Après avoir examiné la vallée derrière le village de. nous tournâmes à gauche et entrâmes dans un joli petit hameau.. A l'entrée, nous trouvâmes un valet d'armée qui plumait une poule, et qui avait auprès de lui deux seaux de bois remplis de farine et d'œufs.

Nous nous mîmes, Lhoste et moi, à entrer dans les maisons et à chercher des œufs. Nous n'en trouvâmes pas. Nous vîmes bien le caractère du Français. Tout ce qu'on n'avait pas pu emporter était brisé. Nous trouvâmes dans le village un petit chien qui criait toujours et un chat qui paraissait très fatigué. Enfin, nous rentrâmes au village. Toutes les voitures venaient de partir, notamment la nôtre, conduite par Lacombe cadet (s[ecrétai]re de M[arti]al), dont on a vu le caractère plus haut.

(Je suis harassé, la suite ci demain.)


21 Octobre 1809 1.

LE 21 octobre, je suis allé avec M. Feck acheter une pipe au fond du faubourg Wieden. En en revenant, j'apprends que Mme Z. est arrivée de Presbourg avec ses deux frères. On me dit qu'elle ne sera visible qu'à trois heures. Je fais des lettres. Mais j'étais tellement troublé que je me sens changer de couleur à chaque instant. A quatre heures et demie, je me détermine à entrer. Je la trouve avec J.2. Son premier abord fut exactement tel qu'il aurait été pour un autre. Elle se leva pour que je l'embrassâsse; je n'osai pas (faute d'usage) et lui pris seulement la main faiblement.

On parla de Berlin. « Est-ce que vous y avez été ?

Oui un mois.

Et quand cela ?

Lors de l'arrivée.

1. En tête de ces feuillets, Beyle a écrit « Journal du Kalemberg et du Léopoldsberg (ou liaisons du Colonel L. avec la Princesse P.).—Bashfulness and froid blessé à la Rousseau. 1809, Vienne. coming-on of lady Palfy. » Venue de lady Palfy [Mme Daru].

2. Sans doute Jacqueminot dont il est question peu après.


Je ne croyais pas que vous eussiez voulu y venir pendant quatorze mois. Vous savez bien pourquoi je n'y suis pas allé.

Je croyais que les belles Brunswickoiscs vous retenaient. »

Pas de réponse de ma part, mon esprit manquait, si toutefois j'ai un esprit, ce qui n'est pas démontré.

Un instant après

« Il y a bien longtemps que nous nous sommes quittés. Vous êtes-vous bien ennuyé ?

J'ai beaucoup regretté que vous ne fussiez pas venue plus tôt, lorsque Vienne était jolie et que tout le monde vous attendait. Mais je ne me suis pas du tout ennuyé. » Je crus devoir faire cette réponse à cause de J., dont tout le peu d'esprit tourne en méchanceté.

« On m'a dit que vous aviez été malade. Est-ce fini ?

Oui, entièrement. »

Ca.1 entre, je m'éclipse jusqu'au dîner, vais ouvrir un paquet de livres, couper et parcourir le Système moral de la femme, de Roussel.

1. Est-ce Catineau La Roche alors à Vienne comme secrétaire général des Douanes en Autriche et que Beyle connut dans les alentours de Pierre Daru ? voir plus loin, t. IV, p. 21.


Dans cette première entrevue, on m'offrait, ce me semble, une place beaucoup plus élevée que celle que j'ai occupée jusqu'ici avec un ton plus résolu, je la prenais et acquérais une prépondérance immense, mais aussi j'affichais.


Novembre 1809

IL s'est levé à neuf heures parce qu'il avait lu jusqu'à une heure et demie les Mémoires de la Régence. Il avait la fièvre. Il a signé les billets de sortie et a eu cinq ou six visites d'affaires. M. Pacotte est arrivé. La petite Joséphine (de Lhoste) est venue il s'est fait b. après quoi habiller rapidement déjeuné de même. Il s'est jeté dans une voiture et est arrivé chez la princesse Palfy. Il y a trouvé Mme Guérin avec laquelle il a été galant et gai. Un moment de rêverie de Mme de Palfy, après lequel elle a été aimable avec Henri, mais de l'amabilité dont elle est avec tout le monde, qui prouve l'absence de tout autre sentiment. Elle n'avait pas dormi. On est allé faire des emplettes. Elle a dit 1. En tête de ce nouveau cahier, Beyle a écrit « The life and sentiments of silencious Harry. » [La vie et les sentiments du silencieux Henri.]

A la suite de quoi, il a tracé

« The life and opinions. Relations de Mme la princesse P[alfy], à VIenne.

« The man perhaps, the memory little. [L'homme peut-être, le souvenir, peu de chose.]

« Linz, le 15 décembre 1809. Bal chez le gouverneur. « Note With [avec] ces succès-là, j'ai eu de grands plaisirs. 1814. »


un mot de Mme Bart[homeuf] 1 à Mme Guér[in] avec une voix altérée et presque les larmes aux yeux, qui prouve à la fois et son profond attachement pour Mme Bar[thomeuf] et son mécontentement également raisonné et profond contre le duc de .2.

On est rentré sur les une heure toujours froideur, non pas ce qu'on appelle froideur dans la société, mais manières froides comparées à celles qu'on avait ces jours passés.

Un sourire aimable, cependant, en rentrant et en disant « Allez vite chercher vos chevaux », mais bien éloigné de ce qu'il fut hier et du petit coup sur les doigts qui l'accompagna. Nous montons à cheval à une heure et demie, Jacqueminot, elle et moi nous allons au Lusthaus. Ce rôle me mit à mon aise, Jacqueminot parle justement autant qu'il en faut pour me permettre de sentir et me donner occasion de parler. Le hasard nous jette dans l'histoire du mariage de Jacqueminot. Il offrait à son père d'être dix ans sans voir sa maîtresse, sans lai écrire, et employé où voudrait son père ce que celui-ci a eu la gaucherie de refuser. Mais, 1. Femme d'un commissaire des guerres, secrétaire de Pierre Daru.

2. Son mari. Pierre Daru.


au milieu de tout cela, deux ou trois traits qui prouvent de plus en plus l'absence totale de caractère dans Z. Cela a conduit la princesse à nous faire l'histoire de son mariage. « J'avais de l'aversion pour les jeunes gens, de manière que quand on me dit C'est un homme d'un certain âge, je n'en fus pas effrayée. C'était sur ce principe (que les mariages d'inclination sont malheureux) que je n'avais pas voulu épouser quelqu'un que j'aimais. »

Voilà, ce me semble, qui coupe la racine pivotante de tout amour pour le duc de.1. Dans toute la promenade, à peine deux ou trois regards. Nous galopons dans toutes les allées de l'Augarten et revenons par le rempart. Il est trois heures et demie, je l'accompagne, mais elle me laisse au B. Le soir, le commencement de Don Juan. Je rentre chez moi à dix heures et demie, sans aller au Bourg.

Novembre.

Cette journée d'hier a été entièrement passée à la terre de la comtesse Triangi la cadette. Il me semble évident que ce jour a été le zénith de mon crédit auprès de 1. Pierre Daru.


Mme de T[riangi] 1. Elle allait aux monts Kahlenberg et Leopoldsberg, elle semblait faire comme exprès pour éloigner les compagnons du voyage, elle de cette gaieté naturelle et entreprenante que donne l'approche d'un événement qui fera plaisir.

En partant, au coin de l'Herrengasse, nous sommes sur le point d'écraser un soldat blessé. Le public s'indigne, je descends et arrange la chose. Nous allons avec la berline jusqu'à un petit chemin creux à mi-chemin de Leopoldsberg. Nous montons et allons, presque toujours au galop, jusqu'au Leopoldsberg. Le temps était assez clair pour distinguer la vue on ne voyait pas aussi bien qu'en été, mais on voyait très bien cependant. Nous mîmes pied à terre pour entrer dans la cour du Leopoldsberg elle descendit dans mes bras. Cela me fit assez de plaisir. Mon grand tort est de n'avoir pas pris au commencement ce ton galant qui permet de tout hasarder, parce que rien n'a l'air d'être dit sérieusement. Je ne le mis pas du tout. Il n'y a pas loin d'un propos galant au ton du sentiment. Elle 1. Toujours Mme Pierre Daru. Quelques pages auparavant, Beyle avait écrit « Journal du Kahlenberg et du Leopoldsberg, ou liaisons du colonel L. avec la princesse P. Bush fallow and* froide, blessé à la Rousseau. » Terre Inculte et.


avait froid et les joues rouges. Cela appelait un compliment bien naturel j'en vis la place, et ne le fis pas. Après avoir passé un moment à Leopoldsberg, nous galopâmes au Kahlenberg. Arrivés, nous cherchons la vue, nous arrivons à deux pavillons qui paraissaient se terminer en terrasse. Son esprit entreprenant la porte à vouloir monter sur ces terrasses. Il se trouve qu'on n'y allait que par la plus mauvaise des échelles, parvenant au plus étroit des trous. Nous grimpons « Passez le premier. » De là, par une espèce de chatière, rampant à quatre pattes, nous arrivons à l'endroit où aurait dû se trouver la terrasse, mais où il n'y avait en effet que deux toits de sandols 1 (terme des Échelles) ces toits étaient fort glissants au moyen d'une petite échelle, nous arrivons à la balustrade, elle en fait le tour en dedans avec un courage charmant. Je passe le premier par le trou du toit. « Je veux y passer comme ça », elle s'y glisse la tête la première je voulais descendre le premier par l'échelle « Non, non je veux passer la première c'est bien assez de votre cocher. » Je m'occupais trop de sa sûreté et pas assez de galanterie. Il est vrai qu'ordinairement, à Paris, 1. Toits couverts de planchettes ou bardeaux.


son compagnon est le bon M. D. remarquable par le sérieux et le manque d'esprit en route. Ces objets de comparaison doivent me faire paraître moins ridicule, Nous descendons du Kahlenberg par un chemin agréable, je la crois contente de ses courses, mais peu de son compagnon. Nous revenons à cheval jusqu'à la porte de la ville. J'avais formé le projet de lui parler de ce que devient le prince Sulkowski et de ce que je deviens. C'est elle qui la première me dit « Vous devriez parler à mon [mari] pour savoir ce qu'on fera de vous. J'ai peur d'être bourré comme un diable. »

Voilà une sottise.

Ce trait montre à la fois ce qui manque à mon caractère, et la disposition que je lui suppose (à elle). J'avais de belles choses à dire, et je ne dis rien. Je suis affecté par trop de choses. Si j'en puis croire ce qu'elle me dit M. Z. shall not corne to Spain and had for the second time refused the prefermetil of the gal D. He will live as simple counsiler of St[ate] and go the next spring fo Italy and Swizerland 1.

1. M. [Daru] n'ira pas en Espagne et a pour la seconde fois refusé la promotion du général D. Il veut demeurer simple conseiller d'Etat et aller au printemps prochain en Italie et en Suisse.


On est froide au retour, moi silencieux. Le soir, aux Croisés 1; froid du diable, au physique et au moral. The foot, lhe hand 2. Je ne vois rien de marqué à mon égard.

Novembre.

J'ai un gros rhume. J'ai vu ce matin Mme de Triangi qui m'a dit, avec toute la grâce, l'intérêt et la vivacité possibles, que j'étais invité au bal du g[énéral]. Mon nom était même le premier sur la liste, chose qui choquera M. M., que je soupçonne d'un peu d'envie. Mais c'est assez parler de tout cela. Venons à la société du général Knob..

Et d'abord, le caractère de Mme Werner, la femme du gros négociant de la rue Kernthor.

20 novembre, à 2 heures moins un quart du matin. Mme D[aru] est partie à une heure et demie.

Ce matin, après trois ou quatre scènes qui peignent les hommes du mauvais côté, je suis allé au Bourg à onze heures, plein 1. Pièce de Kotzebuc, musique de Reichardt. 2. Le pied, la main.


1 qui résulte chez moi de la

de ce froid qui résulte chez moi de la sensibilité heurtée. J'ai été accueilli à déjeuner par M. et Mme Z. Mmes Jacqueminot sont arrivées. Nous sommes allés à la messe. Mais F. l'ayant vue comme elle y allait, lui a donné le bras. Nous n'avons nu entrer qu'au parterre. La

n'avons pu entrer qu'au parterre. La messe était plus belle qu'à l'ordinaire, mais je ne l'ai guère goûtée. J'étais occupé

mais je ne l'ai guère goûtée. J'étais occupé à bavarder avec Mlle Lucrèce afin de prouver à. que si je ne parle pas assez avec elle c'est plutôt timidité de sentiment que bêtise. Le g[ouverneu]r la ramène de la messe,F. et B.1 ayant déserté. Les dames Jacq[ueminot] s'en vont. L'embarras d'un tête-à-tête augmente le froid, et je m'envais attendre ses ordres dans le bureau. Nous sortons. Ma voiture la mène, ainsi que M. D[aru], chez Mme la comtesse Bertrand, femme qui me paraît très aimable parce qu'elle trouve que je le suis un peu. Nous y trouvons une douzaine de g[énérau]x. Mme Bertrand me distingue et m'invite à la voir à Paris, d'une manière qui fera que j'irai. Elle est tout à fait Anglaise, adore son mari, parle anglais, etc., et j'ai, à ses yeux, le grand mérite de paraître plaire à une autre femme qui a plus d'agréments qu'elle. 1. Peut-être Florian-Froidefond et Barthomeuf.


Nous allons chez le prince

Nous allons chez le prince d'Eckmühl, mais je reste à lire dans ma voiture. Nous laissons Mme D[aru] et allons faire des visites chez Mme Guérin, bonne grosse polonaise, caractère allemand. Son mari paraît fûté, et du caractère il me semble tel, parce qu'il ressemble à M. R.1. Nous allons chez Mme Ott.2. Cette petite bossue paraît avoir de l'esprit. Elle et son mari me prennent d'abord pour M. D[aru], et enfin se retranchent à m'appeler M. le baron. Visite gaie et qui chasse un peu le froid timide. Nous rentrons un moment. Ensuite au clocher de SaintÉtienne. Le tête-à-tête dans ce lieu si sûr m'a fait maudire my bashfulness 3 et, par conséquent, a augmenté le froid. De là, à la bénédiction de l'église des Franciscains rien de remarquable. De là, à la maison. Il y avait du monde, le froid a passé un peu. Je souhaitais l'arrivée de Mme Bar[thomeuf] elle est venue, on a soupe. J'ai parlé et été aimable, peut-être même très aimable tant qu'elle a été là. Je me suis dessiné le caractère d'un homme pour qui l'on doit avoir des bontés aux yeux de Mme Bar[thomeuf]. 1. M. Royer indique avec raison, dans l'édition Champion, que Beyle pourrait bien penser ici à M. Rebuffel. 2. Peut-être, nous suggère M. F. Michel, Mme Otto, femme de l'ambassadeur de France à Vienne.

3. Ma timidité.


Mon amabilité a paru faire plaisir à Mme Z. et j'en ai vu l'effet, parce que surle-champ elle a été encore plus aimable pour moi. Elle a dit une fois à Mme B[arthomeuf] « Je vous lègue mon cousin. » En attendant les chevaux qui ne venaient point, on a fait des demandes dans le genre de celles-ci « Quel est le rat qui n'est pas pincette ? C'est le rappel. Quel est le rat ennuyeux ? C'est le rassis. Quel est le D. homme de qualité ? C'est le décompte. »

Tout cet esprit-là manque de gaieté. Pendant ce temps, Mme Z. s'est couchée sur un sofa que M. D. et moi sommes allés chercher dans la pièce voisine. Au moment du départ, elle a paru s'attendrir pour moi. Elle a même eu les larmes aux yeux, mais je suis loin de croire d'abord qu'elles fussent sincères, et ensuite qu'elles fussent pour moi.

Le départ approchant toujours, je m'assieds sur le pied du canapé. Je joue avec ses gants, je les lui rends, elle me les rend à son tour. Enfin, une fois elle me tendit la main pour me les redemander, mais avec beaucoup de grâce et peut-être même de la tendresse. Je baissai la tête sur le canapé et baisai cette main qui s'avançait. Je dus avoir de la grâce et du sentiment, car j'étais animé, pas trop


animé, et je ne me contraignais nullement. Tout ça, comme le reste de ma conduite, est assez imprudent. Les spectateurs croient peut-être qu'elle m'aime, les'sots vont peut-être jusqu'à croire que je l'ai. Enfin, on annonce que les chevaux ne viendront que le lendemain Mme Z. se fâche, ils arrivent. Moment de trouble, on se sépare, on s'embrasse, je n'agis pas. Sen[neville] lui donne le bras pour descendre, elle prend le mien. Je serre celui qu'elle m'a donné, elle s'est sans doute aperçue de ce mouvement.

En bas, à une heure et demie, près de la voiture, elle se retourne à gauche et me dit en avançant la tête « Adieu, mon cher c[ousin]. » Je l'embrasse, son voile coupe ce baiser en deux, mais enfin il fut donné avec âme et reçu sans froideur, à ce qu'il me parut.

J'ai fait par hasard le journal de l'arrivée (21 octobre) et du jour du départ en y ajoutant celui de la promenade au Kahlenberg, je pourrai me former, dans quelques années, une idée de ma conduite. Avec plus de hardiesse, si j'avais pris dès le commencement le ton de la galanterie, si elle avait été continuellement avec Mme B[arthomeuf], je crois que j'aurais été bien près d'être heureux. Il ne faut pas


la revois, de prendre le ton gaie dès le premier abord. hardiesse de plus et nos

manquer, si je la revois, de prendre le ton d'une galanterie gaie dès le premier abord. Un peu plus de hardiesse de plus et nos nombreux tête-à-tête, qui ont dû lui paraître froids, eussent été charmants, car, la glace rompue, je suis sûr de moi en cela, j'eusse paru dans tout mon avantage.

Que doit-elle penser de moi 1 ?

1. J'ai perdu les journaux contenant la suite et la fin. Tout cela se termina. en six minutes, deux mois après, et je l'ai eue un an de suite, six fois par semaine. Parenthèse. (Note de Beyle.) Cette note a dû être ajoutée postérieurement, et pour dérouter le lecteur éventuel. La suite du Journal, la Consultation pour Banti (Mélanges intimes, t. T. p. 47) prouvent surabondamment que Beyle ne fut jamais l'amant de la comtesse Pierre Daru.



1810

15 F[évrier] 1.

J'ÉTAIS chez Martial à cinq heures du soir il me lit un billet que sa femme venait de recevoir de M. Du Châtenay, qui commence ainsi « Je te donne pour avis, et pour avis certain, que M. Beyle est nommé auditeur 2, mais sous le nom de Reile », etc.

Ça me donne des espérances fondées. Je n'avais pas une envie d'être auditeur aussi grande que l'horreur d'aller recommencer mon triste métier de commissaire des guerres.

Nous allons, Martial et moi, au Cachemire 3, il n'y a de joli que la prière aux dames de ne pas laisser pendre leur cachemire pour qu'on ne crie pas « A bas le cachemire » Le Mariage de Scarron, avec un peu plus de profondeur, et s'il était joué par des acteurs un peu moins exécrables, serait fort agréable.

1. En tête do ce nouveau cahier Beyle a écrit « Journal du 15 février 1810 au »

2. Beyle ne sera nommé auditeur que le 1er août suivant, 3. Un acte de Dupin qui était joué au Vaudeville.


16 [Février].

J'écris, de chez Crozet., au ministre de la Justice. Déjeuner chez Hardy Cardon est d'avis que nos espérances sont fondées. De là, Crozet et moi allons voir le pont d'Iéna, et au retour rencontrons l'empereur. Le soir à l'Opéra, Saul1 et Paul et Virginie 2, ballet peu joli. I speak with Pacé une grande partie du temps. La terre de M. Thevenin. Je vois Clotilde 4 et, ce qui est bien plus, Mars M[arti]al croit que je suis nommé de là, chez Mme Viel. Je passe la nuit avec Émilie. Je dois voir dimanche la petite à peine effleurée de la rue Traversière.

Samedi 17.

Je cours le matin et exerce la vitesse de mon cheval. Je passe un instant au Corps législatif, vais au Bois de Boulogne avec Crozet, de là chez Mme Z. Je suis un peu plus libre parce que sa mère y est. Je dîne chez Grignon avec Crozet et 1. Musique de Haydn, Mozart, Cimarosa et Paesiello, arrangée par Kalkbrenner et Lachnitz.

2. Musique de Lesuenr.

3. Je parle avec Pacé [Martial Daru].

4. Célèbre danseuse de l'Opéra, épouse de Boieldieu.


1810 271 le Mariage de Figaro.

Ouéhihé. Ensuite, le Mariage de Figaro. Un diadème de chatons n'échauffe pas. MUe Mars, dans Suzanne, est plus divine que jamais ensuite Michot, Fleury, lourd et sans voix (malgré cela à cent piques du reste) le petit page indignement joué. 1 was with Pacé 1. Anecdotes de Mmes Rapp et Abrantès, de M. Lebell qui donne les diamants de Mme d'Hédouville à une fille.

18 Février 1810.

Mlle Mars, chantant le vaudeville de Figaro, était, comme le disait M. Allard, la perfection du vaudeville. Le soir du 18, je lis les Affinités de Gœthe, roman d'un homme d'un grand talent, mais qui pourrait toucher bien davantage il parait que, par originalité, il a pris le chemin qu'il suit dans Werther et aussi dans Ottilie.

19, Lundi.

Il se confirme que je suis auditeur. M. Mounier l'a dit, à ce qu'on a rapporté à Faure. Ce matin, je suis allé avec Crozet au Collège .de France, où un sot expliquait 1. J'étais avec Pacé.


Virgile 1 j'ai été sur le point de pouffer de rire devant son auditoire scandalisé. Jolies figures parmi ces jeunes gens. Nous avions entendu auparavant M. Pastoret 2, qui ne pense pas.

Le soir, chez Mme Z. J'y allai à dix heures avec ennui et en faisant effort sur moi-même. J'y ai été naturel et très bien. J'ai été on ne peut pas plus content de Marie 3. M. D[aru] m'a parlé avec toute la grâce possible de ma petite lettre. Comme je lui disais « Ce sera la dernière », il m'a dit « Mais non, continuez nous tâcherons de faire votre affaire. » Je serai présenté à Mme Estève 4, excellente femme, à la juger d'après sa physionomie. Je suis heureux.

20 Février, Mardi.

C'est, je crois, ce jour-là que je me démets le pouce gauche au Palais-Royal. Cet accident me jette dans la réforme

1. La chaire do poésie latine avait Delille pour titulaire, et Legouvé le suppléait alors.

2. Le marquis de Pastoret, père du futur collègue de Beyle au Conseil d'Etat.

3. Marie, ou la comtesse Marie du Journal, désigne la comtesse Pierre Daru.

4. Le comte Estève, trésorier général de la couronne impériale, avait épousé une demoiselle Anne-AntoinetteFrançoise Villeminot.


j'entreprends de me former une idée nette de l'histoire de la Révolution.

Je dîne chez Mme Z. le lendemain de l'accident.

Je suis reçu de Marie avec une amitié tendre.

24 Février.

Je suis présenté aux dames La Bergerie 1, que je trouve moins raphaéliques que je ne me les étais figurées. Bl[anche] et Em[ilie] ressemblent trop à Ursule, par la physionomie intellectuelle, pour me plaire beaucoup. J'aime mieux Mlle Jul[es], mais son mérite est encore un peut-être à mes yeux. C'est ce jour 26 que j'ai vu la beauté elle-même. J'ai eu la plus forte sensation de beauté dont je me souvienne Mlle Mars dans Suzanne de Figaro. J'étais charmé au point de me sentir sur le bord de l'amour. Si j'avais moins connu la différence de la conduite à la physionomie, je périssais.

J'ai vu Marie ce matin aux Tuileries 1. Le baron Rougier de la Bergerie était préfet d'Auxerre quand, en 1801-1805, Louis Crozet fut employé dans le département de l'Yonne. Ce dernier, assidûment reçu à ia préfecture, parla souvent à son ami Beyle de Mme de la Bergerie et de ses trois filles Jules, Blanche et Emilie. Il fut même violemment amoureux de Blanche. Jules se mariera avec M. Gaulthier, plus tard percepteur de Saint-Denis, et sera l'amie fidèle de Beyle,


her astonishment ai my soudain appearance; perhaps she has some love for me 1. J'étais avec Bellisle 2 à ce délicieux spectacle.

27 [Février].

Je vais dîner avec Marie, elle s'ennuie devant moi, sans que je l'en empêche, ça détruit ou doit détruire l'impression d'hier. Le soir, chez ces dames3, où l'on s'ennuie, où l'esprit n'abonde pas, qu'on m'a trop vantées de chez Mme Nardot 4 qui me comble.

28 [Février].

Je sors de Figaro, délicieuse figure de Mars. Journée de printemps, long bain, Tom Jones, bonheur. Mlle Mars me fait retrouver mon cœur, que je croyais mort.

1. Son étonnement à ma soudaine apparition peut-être a-t-elle quelque amour pour moi.

2. Louis Pépin de Bellisle, auditeur au Conseil d'Etat, très lié à cette époque avec Beyle.

3. Cette expression désigne les dames la Bergerie. 4. Mme Nardot était la mère de Mme Pierre Daru. Beyle la jugeait sans imagination, ni sensibilité, mais excellente personne. C'était une demoiselle Anna-Thérèse Boucard, fille d'un payeur des rentes de l'hôtel de ville de Paris qui avait épousé, le 26 février 1772, Pierre-Bernard Nardot, qui fut administrateur général du roi. Ils habitaient, en 1810, 4, rue de Ménars. (Renseignements donnés par M. L. Royer.)


1er Mars.

Tranquillité heureuse gagnée depuis deux ans. Lecture de l'histoire de la Révolution avec Crozet, interrompue par Madier 1. On est, ma foi, bien bon si l'on prend cela pour de l'esprit. Le soir, visite à Mme de B. 2, un moment à la gaieté. La Forteresse du Danube 3, vide. Beaucoup de monde, rêverie charmante pendant mon long voyage sur les boulevards.

2 Mars 1810.

Je m'ennuie à Molière (le Misanthrope et le Malade imaginaire); c'est par mauvais goût, ou tout bonnement par goût particulier. Le Mariage de Figaro me fait beaucoup plus de plaisir que le Misanthrope. Je prends un bain à Tivoli, lis, avec Crozet, Soulavie (imbécile). Crozet est triste comme un bonnet de nuit. Je vais prendre à minuit une glace au café de Foy et reviens conscious of happiness 4 par un temps presque de printemps. 1. Sans doute Madier de Montjau, auditeur au Conseil d'Etat.

2. Sans doute Mme de Baure.

3. Mélodrame de Pixérécourt, musique de Bianchi. 4. Conscient du bonheur.


12 Mars.

Ces divines beautés, comme nous les appelons, sont décidément diablement ennuyeuses. Amélie est mille fois plus aimable, mais son amant en est jaloux, et même avec petitesse 1. Je suis allé chez ces dames avec les meilleures dispositions pour elles, mais la force de l'évidence m'a gagné.

Au reste, jour plein de bonheur, par. Mon pouce, qui se guérit lentement, m'empêche toujours d'aller en voiture. 13 Mars, Mardi.

I haue breakfasted with her; 1 have seen her at her mother's2. Cette affection n'a rien de sombre, presque point de contrainte, presque point d'ennui. 14 [Mars].

Je viens de voir peindre David. C'est un recueil de petitesses, et sur la manière de tracer son nom, et sur la différence d'un peintre d'histoire à un peintre en miniature à propos d'un costume de page qu'il a envoyé à l'empereur. Ces gens-là 1. Amélie de Bézleux qui devait épouser Félix Faure. 2. J'ai déjeuné avec elle je l'ai vue chez sa mère.


épuisent leurs âmes pour les petitesses, il n'est pas étonnant qu'il ne leur en reste plus pour ce qui est grand. Du reste, David n'a pas l'esprit de cacher cette petite vanité de tous les moments et de ne pas prouver sans cesse toute l'importance dont il est à ses propres yeux. J'y étais parfaitement. J'y suis allé à une heure, elle n'y était pas encore retourné à deux un quart, elle attendait D[avid]. II a signé le tableau à quatre heures sonnantes, le 14 mars 1810 1. Our eyes se sont dit that they love themselves. I have seen her an inslant 2, embarrassée et n'osant lever les yeux sur les miens qui l'adoraient. Toute comparaison et toute grâce bien à part, there is mach of Cherubin's parl in my affair 3. C'est notre position. Je suis invité pour demain, et pour me montrer quelque chose qu'elle sait que je sais bien et qu'elle m'a déjà montré mais je ne sais pas invité à quoi, à déjeuner, je pense.

15 March.

Pour la première fois de ma vie, io sono stato perfettamente amab[ile] con madama 1. Le portrait de la comtesse Pierre Daru par David. 2. Nos yeux se sont dit qu'ils s'aiment. Je l'ai vue un instant.

3. Il y a beaucoup du rôle de Chérubin dans mon cas,


Be. Ne ho sensito un vivissimo piacere tutta la giornata che andava, quando io rifletteva, sino al trasporto. Io pensava che la mia bashfulness andava scemando, e vedeva quasi il giorno nel quale io non saro più bashful with Mme Maria. La sera al Figaro per la sesta volla; ammiro sempre l'angelica grazia di Mars. Vedo tre o quattro difetti nel drama1.

17 et 18 March.

L'intimità comincia a nascere tra Maria e me. Sono naturale e colgo felici istanti2.

19.

Il diciannove alla maltina io le porlo fiori, ma bashful io non ho felicita; non la vedo. La sera io vado al suo ballo sulle 1. J'étais parfaitement aimable avec Mme B[eugnot]. J'en ai ressenti toute la journée le plus vif plaisir qui, lorsque j'y pensais, allait jusqu'au transport.

Je pensais que ma timidité allait en diminuant, et jo voyais presque le jour où je ne serais plus timide avec Mme Marie.

le soir, à Figaro pour la sixième fois j'admire toujours la grâce angélique de Mars. Je vols trois ou quatre défauts dans la pièce.

17 et 18 mars.

2. L'intimité commence à naître entre Marie et moi. Je suis naturel et cueille d'heureux instants.


nove, cominincio per una piccola bestialità, li prendo la mano avanti a tutt' il mondo nella sala del banchello. Questa bestialità è risentita un pochetto, altramente è buonissima per me e mi prega a digiunare per questa mattina. Ne vengo1.

Lundi 19 Mars.

Io sono anche per la prima volta stato amabile col terribile Z. Io veniva dalla Sa B., io ero andalo colà per prender il luono, ed ha riuscito benissimo che colla signora Z. sono stato anche bene. Mi ha detto cose d'amcicizia lenera ed il marilo ha scherzato con me. Il palazzo del Chat[elet] non mi aura veduto bashful, e l'epoca della mia conoscenza colla signora B. sara quella della felice puberla del mio ingegno. Leggo con grandissimo piacere il libro di Malthus sopra il Principio della popolazione 2.

19.

1. Le 19 au matin, je lui porte des flour. mais par timidité je ne suis pas heureux je ne la vois pas. Le soir, je vais à son bal neuf heures, je commence par une petite sottise, je lui prends la main devant tout le monde dans la salle à manger. Cette sottise est un peu sentie autrement elle est très bonne pour moi et m'invite à déjeuner pour ce matin. J'en viens.

La Sainte-Alexandrine, fête de Mme Pierre Daru, est le 18 mars. Lundi 19 mars.

2. J'ai été même pour la première fois aimable avec le


20 [Mars].

Je commence à sentir avec une véritable satisfaction que j'ai contracté les habitudes raisonnables qui assurent le bonheur.

Je sentais cela avec netteté jusque dans les détails il y a une heure. Je me contente de la phrase précédente, parce qu'elle remplit mon but.

Ce matin, parfaitement seul, j'ai été occupé et heureux jusqu'à une heure et demie que j'écris ceci. Ma situation, exempte de toute passion, était cependant telle que la société d'aucun être quelconque aurait pu difficilement ajouter to my happiness 1. Je jouissais de mes sentiments et de mes pensées, à l'anglaise. Ces deux sortes de sentiments étaient presque en égale quantité.

Par le même effet d'habitudes raisonnables, je suis à même d'affirmer que j'ai terrible P. Daru. Je venais de chez Mme B[eugnot], j'y étais allé pour prendre le ton, et cela m'a très bien réussi car avec Mme Daru j'ai été bien aussi. Elle m'a tenu des propos d'amitié tendre et le mari a plaisanté avec moi. L'hôtel du Châtelet ne m'aura pas vu timide, et le temps de ma connaissance avec Mme B[eugnot] sera celui de l'heureuse maturité de mon esprit.

Je lis avec un très grand plaisir le livre de Maltlitis sur le Principe de la population.

1. A mon bonheur.


éprouvé hier la plus grande quantité d'ennui pur (dégagé de tout sentiment triste) que j'aie sentie de ma vie. C'était chez les dames de La Bergerie. Crozet, Ouéhihé et Bellisle y étaient. Pas la moindre idée, pas le moindre sentiment on parlait comme des condamnés à entretenir la conversation, on amplifiait froidement les plus petites choses. En sortant, j'eus presque une indigestion de bâillements. C'est la seconde fois de ma vie que cela et toujours dans la rue Thérèse 1.

Je ne fis qu'une observation, c'est que je parle à Mlle Emilie, que je regarde presque habituellement Mlle Blanche, et ni l'un ni l'autre à Mlle Jules, Tout cela est en raison inverse de l'intérêt que m'inspirent les personnages c'est sans doute one effect of bashfulness 2, effet d'habitude anciennement contractée, car je n'en éprouve point là.

La mère et les deux cadettes sont, à mes yeux, aussi pleines d'usage que vides d'esprit. Elles doivent avoir beaucoup de tact, mais non pas un tact d'âme, mais un tact d'éducation, d'expérience, savant pour les choses que leur âme les a portées à remarquer, et cette âme est entièrement 1. Les dames La Bergerie habitaient nie Thérèse. 2. Un effet de timidité.


française d'où il suit. que la basses:

française d'oû il suit que la bassesse, par exemple, leur est invisible, de même, je crois, toutes les délicatesses d'âme. Mlle Jules est sans doute extrêmement gâtée, infectée (qu'on me passe le terme, je n'en vois pas d'autre) par une société morale aussi vicieuse et aussi habituelle. Sa mère ne l'a pas quittée une demi-heure depuis sa naissance. Comme Crozet, Bellisle, Faure, disent qu'elle a de l'esprit, je veux bien suspendre mon jugement jusqu'à ce qu'il se soit montré à moi jusqu'ici, il paraît que je l'ai intimidée. Il paraît réellement que nous avons produit cet effet l'un sur l'autre, effet très faible cependant sur moi.

Ottilie (the book of) lui semble ridicule. Passe il faudrait, avec une tête française, une âme à la Mozart (de la sensibilité la plus tendre et la plus profonde) pour goûter ce roman.

Mais Mlle Lespinasse « Il fallait que M. de Guibert eût bien de la patience. » (19 mars 1810, dix heures du soir.) Mademoiselle Jules, plaisez par vos grâces, mais ne jouez plus la sensibilité, ou ne prenez plus votre ennui pour de la sensibilité.

Une femme à physionomie méchante 1. Le livre d'Ottille les Affinités électives de Gœthe dont Ottilie est l'héroine.


(Mme d'Ourches, je crois) avait dit ce matin chez Mme Beug[not] que ce sentiment serait horrible. Mme B[eugnot] est fort aimable et je l'ai été chez elle. Il serait bien singulier qu'elle eût une sensibilité remarquable, je désire beaucoup la voir souvent. Quant à his love (I believe) 1, la froideur de la profondeur sans la profondeur ne doit pas être préférée aux grâces et à la vivacité brillante de la jeunesse. Il vaudrait mieux allegro vivace. Sa manière d'être, triste, sérieuse, solennelle, est probablement un effet de sa santé chancelante elle serait raisonnable si elle était commandée par l'ambition, mais je la crois incapable de prendre et de tenir une résolution forte qui ne serait pas étayée par tout l'échafaudage des petites idées de la société. D'ailleurs, il commence à aimer infiniment l'argent, il a, disait-il, réussi à économiser douze mille francs. C'est encore un de ces fous excellents pour leurs héritiers.

Ouhéhihé est toujours en petits mouvements spasmodiques et paraît à découvert ce que nous le savons d'un autre côté homme très médiocre.

Crozet, qui a réellement une sagacité extrême et de la sensibilité et qui est, 1. Quant à son amour, je crois. Peut-être faut-Il traduire quand à son amant, [Louis de Bellisle.]


sans contredit, un homme d'esprit, est gâté chez ces divines beautés, c'est là leur nom propre, par la contenance d'un pédant. Je lui désirerais de l'aisance, de la liberté, de l'enjouement, cette facilité noble de Wakefield, duquel au reste tout le monde est infiniment éloigné. Moi, enfin, je m'ennuyais et devais avoir l'air peu aimable.

Avec un grain de génie politique (l'art d'arriver à un but avec les éléments qu'on possède), cette soirée si terne eût été fort agréable. Il y avait tous les éléments du bonheur 1° la jeunesse 2° de l'esprit 30 de la beauté 40 de la santé 5° de l'aisance pécuniaire 6° de l'usage du monde.

Une plate habitude de dignité gâtait tout. Au village, nous aurions eu une gaieté folIe, en Allemagne nous nous serions amusés, en Italie la volupté se serait élevée au milieu de nous et nous eût fait suivre ses douces lois. La corruption française était si grande que le plus aimable des hommes eût-il paru dans cette réunion malheureuse, y eût plutôt fait naître l'envie que la joie 1.

Dans l'état des choses, un médecin moral eût, je crois, conseillé une partie 1. Bonne idée. 1813. (Note de Beyle.)


de boston ou de loto, ou une lecture, un conte de Marmontel (les esprits, et surtout les âmes, ne sont pas dignes de mieux), peut-être ses Mémoires, peut-être, mais c'est un grand peut-être, quelques passages (for the pudor inoffensives1) des Confessions de Jean-Jacques, peut-être quelque comédie l'Espril follel, les Amours anciennes el modernes de Collé.

On trouverait, je parie, ces six pages méchantes en ce cas, je suis méchant, c'est le son de mon âme. La princesse de Palfy a bien moins de beauté, de jeunesse et d'esprit, mais crée chez moi et, je crois, sent plus de bonheur que ces demoiselles. Pour moi, j'ai été très heureux ce matin et jusqu'aux larmes perusing an extract of the English brothers, a neu) english novel in the Bibliotek Britannic, of februar 18102.

J'ai éprouvé pour la vingtième fois que les changements d'état qui suivent un grand acte civil, exprimés même dans des récits officiels, que je méprise, mi fanno rabbrividere3 (un frisson soudain, une secousse de tremblement dans tout le corps). J'ai senti cette impression singu1. Inoffensifs pour la pudeur,

2. En lisant un extrait des Frères anglais, un nouveau roman anglais dans la Bibliothèque Britannique, de février 1810.

3. Me font fiissonner.


lière en lisant le récit du mariage de l'impératrice Louise, dans le Moniteur, extrait de la Gazette de Vienne.

Je le sens bien plus fortement à Gia suoi compagni in guerra 1.

Fleury n'a décidément plus de voix dans le Misanthrope mais, en revanche, Mars est parfaite dans les Fausses Confidences. A la fin, j'avais le cœur gros un peu plus longtemps, je fondais en larmes. Voilà une journée où j'ai beaucoup senti. Je songe à revenir Io my truc talent, if I have a talent, that of comic bard 2.

30 Mars 1810.

Tatillonnage. Cr[ozet] et moi, après avoir lu trois heures Malthus et songé to my b[ashfulness], nous allons en cab[rielet] à trois heures et demie à l'allée des Veuves, aux Champs-Élysées, et de là l'avenue des Champs-Elysées, où nous trouvons une grande foule, mais nulle gaieté sur les visages au contraire, une inquiétude générale, un air d'envie et de 1. Déjà ses compagnons en guerre.

2. A mon véritable talent, si j'ai du talent, celui de poète comique.


désir. Pas une jolie figure, ni en hommes, ni en femmes.

Nous parlons beaucoup d'un défaut général particulier à la nation française, que nous désignons jusqu'à nouvel ordre par le nom de tatillonnage 1.

C'est2 une extrême attention et importance de vanité données aux moindres détails. Les paroles dictées par ces deux sentiments forment toute la conversation de la province. Ce défaut chasse presque en entier le naturel, le Français qui parle cherche toujours à relever sa propre importance et dans tout ce qu'on dit, il cherche toujours une épigramme ou quelque chose d'aimable pour lui, ne songeant que très secondairement au but de la conversation.

Dialogue entre M. A. et M. B.

M. A. Monsieur, je désirerais me faire quelque idée des mœurs de la nation de chez laquelle vous venez.

M. B. (homme tout rond) Avec plaisir, Monsieur figurez-vous donc d'abord, Monsieur, que ces gens-là portent toujours des culottes sales.

(M. A. devient rêveur et songe que sa culotte a une petite tache.)

1. Voir une lettre à Pauline sur le même sujet, dans la Correspondance, t. III, p. 226.

2. A partir d'ici le manuscrIt est de la main de Crozet.


M. B. Ce sont., en général de très petits hommes.

M. A., à part Est-ce que cet homme se moque de moi ?

M. B. Leur conversation n'est que discussions sur les chiffons, sur la toilette, etc. M. A. Oh vous sentez pourtant que dans la conversation on ne peut pas parler toujours de sujets sublimes, de sciences. Tout le monde ne peut pas. (il n'achève pas.)

M. B. Comme tous les peuples du Midi, ils s'animent beaucoup, font une infinité de gestes en parlant de ces petites choses. M. A., ricanant Ah je vous remercie, c'est une nation fort intéressante. (A part, et sa physionomie prenant l'air piqué :) Cet homme froid et moqueur ne me convient pas du tout1.

Ce défaut2 a son quartier général en province. Au Marais, il a déjà perdu un peu de sa prompte personnalité, on n'y dit plus avec la même effronterie « Voilà mon habit d'il y a deux ans, j'espère bien qu'il me fera encore un hiver. »

Ce défaut disparaît de plus en plus à mesure qu'on avance dans la société riche, 1. Mauvais exemple du tatillonnage les réponses ne s'appliquent pas du tout à la question qui est faite sur les mœurs. (Note de Crozet.)

2. A partir d'ici Beyle a repris la plume.


c'est-à-dire la bonne société. A mesure que les petites circonstances de la province disparaissent, c'est le sentiment qui fournit au tatillonnage.

L'Allemand bonhomme, qui ne voit pas plus loin que ce qu'on dit et qui fournit souvent à la conversation par l'expression de ses sentiments actuels, m'en semble presque tout à fait exempt. L'Italien, ardent pour la volupté, la cherche de bonne foi il est souvent passionné l'habitude qu'il contracte dans ces deux états fait qu'il parle avec naturel. Comique. Le tatillonnage est un ennemi secret, mais très réel, du comique. Il faut donc que le comique le tue. Ce serait un superbe sujet de comédie, disionsnous.

L'homme qui cherche habituellement des vérités morales et qui est sans cesse occupé à faire des raisonnements sur cet objet, prend l'habitude d'un style vrai et naturel qui, porté dans la société, y produit beaucoup de désordres. Il blesse les vanités, les convenances, etc. Une plaisanterie amusante a plus de prix si l'on voit qu'elle est dite dans l'intention de vous plaire que si elle est faite naturellement. (Ce paragraphe est pour Crozet et pour moi.)

Le tatillonnage, ennemi secret du JOURNAL. III. 19


comique, l'est par conséquent de Molière. Le commis de la rue Saint-Denis siffle George Dandin parce qu'il croit qu'on le prend pour une bêle de lui offrir des plaisanteries si faciles à comprendre. Il aime mieux le Séducteur amoureux1, etc. Il appelle cela délicat. Il lui faut un sentiment embrouillé dans quatre ou cinq vers. Le commis, à l'aspect de quelque bonne charge de Molière, prend l'air haut, froid, fâche, dédaigneux et légèrement malheureux d'un homme qui croit qu'on lui manque.

En allant chez Brunet2, au contraire, il dit à la fille de son bourgeois qu'il y conduit « Nous n'allons entendre que des bêtises. » Sa vanité, mise en sûreté par ces mots mille fois répétés et par la croyance qu'il va se distraire (de ses occupations sérieuses), l'abandonne alors franchement au comique, qui se trouve être d'ailleurs parfaitement à sa portée. Toute discussion importante aux yeux des discutants tend à faire contracter une habitude funeste au tatillonnage3.

1. Comédie de Longchamp.

2. Acteur des Variétés.

3. Envoyé cela à Pauline le 6 avril 1810. (Note de Beyle.) Cf. Correspondance, t. III, p. 226.


31 Mars 1810.

L'ami Ouéhihé, parlant de ces dames avec Cr[ozet], commença par une exclamation

« Ah mais, j'ai trouvé que Beyle ne se gênait point du tout avec ces dames. Il était étendu sur une chaise, la main devant les yeux, les regardant de temps en temps avec l'air d'examiner ce qui se passait en daignant à peine parler. C'est tout ce que La B[erger]ie aurait pu faire. Comment le trouvent-elles, ces dames ? Elles le trouvent fort bien. »

Ouéhihé « Oh d'abord, il a beaucoup d'esprit. et puis. quand il n'en aurait pas, elles n'oseraient pas le trouver mal. Oui, oui, oui, oh il a beaucoup d'esprit cependant, j'ai trouvé qu'il disait des choses recherchées, des choses qui ne font pas un très bon effet. Par exemple, il a répété une comparaison de morceaux de sucre et il l'a dite deux fois, voilà le pis. En tout, je me suis dit Beyle, l'ami Beyle, n'est pas comme il devrait être avec ces dames, et généralement (en serrant la bouche:) je vois que les jeunes gens qui vont là, et sans doute c'est la faute de ces dames, vont là comme dans un mauvais lieu. »


On parle d'autres choses une heure après, Ouéhihé dit

« Combien a-t-il, Beyle ?

—Oh! il sera très riche, »

Ouéhihé « Très riche, très riche, ou non, c'est-à-dire combien ? Dix ou douze mille francs ?

Oh plus que ça

Mais à présent, à présent, combien a-t-il à présent ?

A présent, son père lui donnera huit mille francs pour son auditorat. Ah, ah ça peut aller, ça peut aller ça fera au moins dix mille francs à Paris. Il faut prendre garde, cependant. Il a combien de chevaux ? Deux ?

Ouatre. Il cherche à les vendre. » Ouéhihé « Il fera bien de se réduire à un. » Histoire sous forme dramatique. Le 8 juin 1789, Arthur Young, qui était à Paris et rapporte les conversations, me donne une idée bien simple d'une histoire de la Révolution sous forme dramatique Mirabeau, Cazalis, Lally-Tollendal, Sieyès et le fat d'Épréménil parlant ensemble. Les détails biographiques feraient avaler l'histoire aux amateurs de la finesse dont il est question ci-dessus. Cet ouvrage piquant et instructif ferait la réputation d'un homme.


A. Young réveille le désir de voyager en France, son livre à la main, mais il faudrait aussi avoir une passion dans le cœur pour y trouver autant de plaisir que lui. Moi, mêlé à la sagacité de Crozet, ferais une composition bonne pour produire un livre, mais pas assez gaie pour vivre agréablement il nous faudrait en tiers un insouciant gai et bandant bien. Nous ferions une description du caractère français dans les diverses provinces du pays.

13th april 1810.

Un regard d'amour bien prononcé. Le reste de la conduite montre au moins de l'amitié, excepté un moment d'ennui mais il y avait là quinze personnes. Il. faudrait que Marie fût bien tendre, pour que ma seule présence l'empêchât d'être rêveuse après six heures de représentation. Peut-être un homme d'expérience me dirait-il « Jeune homme, vous ne savez lire que les gros caractères. » (En sortant de chez elle, je vais chez M. D., où je gagne huit francs.) Journée pleine des sentiments et des pensées. Hier, plus pleine encore, et j'étais malade j'ai le plaisir de vaincre le malaise, de le chasser et de travailler à la Popu-


lalion de onze heures et demie à six de suite. Le soir, le Philosophe sans le savoir. Tableau d'après nature,

S'il est bien fait, n'a besoin de bordure. Mars charmante, Baptiste aîné bien. Depuis que je n'ai écrit, j'ai cru voir vingt preuves d'amour, mais nos tête-àtête un peu froids tuent tout. Si elle avait un peu plus de rapports avec moi, nous serions convenus que nous nous aimons1. J'ai été piqué trois jours tout à fait mal à propos. Puisque son âme n'a pas assez de rapports avec la mienne pour qu'une grande bataille décide tout, devenir familier, plaisanter, me faire intime. J'ai réfléchi que le hasard m'a mis dans une bonne position auprès d'elle. Je suis (pendant l'absence de son oncle) le seul amant qu'elle puisse avoir avec commodité, sans qu'il y paraisse.

J'ai acheté aujourd'hui, Bellisle me conseillant, une chaîne et des cachets. J'ai dîné il y a huit jours chez Mme Martin avec Mme Longueville2 1. Les yeux sont d'accord, mais ils n'ont point parlé. (Note de Beyle.)

2. Une sœur de Chérubin Beyle, Marie-Rose, avait épousé à Grenoble, un entrepreneur Jean-Martin. Leur fille devint Mme Bazire de Longueville dont il est fréquemment question dans la Correspondance et le Journal.


des restes de beauté, yeux de fièvre nerveuse qu'elle a souvent. C'est une reconnaissance de la galerie.

14th april.

J'ai vécu aujourd'hui de mes pensées et de mes sentiments. Je n'ai parlé à âme qui vive que les garçons de café et de restaurateur et mon domestique. En revanche, j'ai lu 70 pages du premier volume de Malthus. J'ai trouvé de bonnes pensées for my b[ashfulness] dans le troisième volume d'Arthur Young. Dîné en poste chez Lambert!, pour aller à Andromaque par Talma. Je m'occupe presque tout le temps de deux femmes une étrangère, figure à caractère dans le genre de Mme Le Brun, une femme non jolie, mais à volupté. Je la soupçonne tant soit peu fille, car elle m'a fait sur la fin des yeux très humains. La petite Maillard, contreépreuve faible de Duchesnois. Les spectateurs ne montrent de chaleur que pour se pousser à la porte. La pièce ne me fait pas un grand effet, je la sais trop par cœur. A la fin, Oreste m'a fait pitié, j'ai eu les larmes aux yeux en son honneur. 1. Lambert, traiteur, 21, rue de Richelieu.


16 [Avril].

Ce jour-là et le 15, j'ai déjeuné chez Mme de Trautmand 1. Le 16, tête-à-tête, embarras de ma part. Il faut réellement qu'elle ait de l'amour pour moi ou un diminutif de ce sentiment, pour me faire tant de façons. Il est vrai que hier for her I am gone to the sermon2: un homme doux imitant Fénelon, mais manquant cependant une superbe occasion de nous faire pleurer. Le soir, je vais au concert de Libon3. Salle charmante, très éclairée, mais au total ennui. En en sortant Mme D.4, qui m'avait salué avec amitié, m'adresse encore la parole avec une bonté parfaite. Mardi, 17 Avrll.

Je travaille beaucoup. A force de réflexions, mes après-dînées sont occupées 1. C'est Mme Pierre Daru que Beyle désigne ici sous le nom abrégé d'une famille de Vienne Trautmandsdorf. C'est également le nom d'un village autrichien, et en marge de ses manuscrits de Lucien Luwen (Cf. Marginalia, t. II, p. 285), Beyle associera ce nom à celui de Chateaubriand et d'une ch.,d.p.ss., or, on sait, par une note de la Consultation potir Banti, que Mme Daru s'était inquiétée de la santé de Beyle à propos de cette maladie dont elle ignorait certainement la nature.

2. Pour elle je suis allé au sermon.

3. Célèbre violoniste.

4. Mme Doligny, probablement, nom sous lequel Beyle désigne fréquemment Mme Beugnot.


et avec plaisir. Aujourd'hui, par exemple, je dtne chez Beauvilliers1 à six heures. Charmante petite fille allemande. Le plus ou moins de finesse qu'on met à satisfaire les besoins de l'amour-propre, besoins aussi nécessaires que celui de boire et de manger, indique la classe à laquelle appartient l'individu. C'est l'idée que fait naître chez moi le père de la petite fille. Je prends ensuite une demi-tasse de café au café de Foy, de là je vais au cabinet de Brigitte 2, où je lis avec plaisir la Bibliolhèque Britannique jusqu'à huit heures et demie. Je reviens par un beau clair de lune, mais Kamenski3 n'y était pas. Ça ne me donne presque pas d'humeur, je vais le chercher, et ensuite un cabriolet unique pour son exécrabilité. Tout cela cependant me donne le genre un peu étonné chez Mme Nardot, mais je pense que ma physionomie un peu trop mâle l'aura caché. Mme D[aru] me plaisante sur ma solitude d'hier, elle m'engage à l'accompagner à Longchamp. Je ne réponds pas grand'chose à tout ça. Pacé a l'air un peu soslenulo 4 avec moi. Je rentre, et écris ceci à minuit et quart, par conséquent le premier jour de Long-

1. Traiteur, 26, rue de Richelieu. 2. Cabinet de lecture au Palais-Royal. 3. Domestique de Beyle.

4. Distant.


champ. Au total, je crois que j'aime un peu la comtesse Palfy.

Il paraît que Mme Doligny est très bien disposée pour moi. En revanche, les divines beautés m'ennuient toujours à la mort. Félix a un caractère malheureux qui lui montre toujours le côté désagréable des choses, le ridicule qu'il peut encourir, et il le craint comme tous les diables. D'ailleurs, il est toujours pour le parti de ne pas agir. C'est bien dommage. C'est un neu le parti que je suis avec la

U'est un peu le parti que je suis avec la dame du Val-de-Grâce. Ça n'empêche pas que l'autre soir. le 15. ie croisa le n'aie

que l'autre soir, le 15, je crois2, je n'aie fait un tour de jardin avec elle et M. G., elle lisant a letter of her sisler, and 13 me serrant tout doucement contre elle pour garder cette position dans une promenade à trois dans une allée étroite et tortueuse il fallait que cette position ne déplût bien fort à aucun des deux. Pour moi, je sais qu'elle me charmait la divine volupté descendait dans mon cœur. Que pourrais-je ajouter après cette grande phrase ? Qu'elle se lassera de ses avances si je continue à faire le niais.

1. Beyle avait d'abord écrit Mme Beu[gnot]. 2. Commencement de la période of explicit passion, qui a fini le vendredi kiss missed (Note de Beyle). La période de passion formelle. baiser manqué.

3. Une lettre de sa sœur, et moi.


Écrit une lettre bien faite à Mme de S., non travaillée, et qui doit lui plaire.

18 Avril 1810.

Premier jour de Longchamp. Je me lève et vois un temps magnifique, le plus beau jour de l'année. Il ne fait pas aussi clair dans mon âme. J'étais chagrin de ma prétendue bêtise de la veille, je me déplaisais. Je me rappelai les plaisanteries de Marie sur ma solitude, je trouvais les réponses aimables que j'aurais pu lui faire. En sortant du café de Foy, j'avais de l'humeur. Pour changer ma disposition, je vais voir Laguette, qui ne dit pas grand'chose, mais enfin en parlant je me distrais. Je m'habille et vais voir Mme Doligny, je suis bien, elle fort bien pour moi, de là chez Mme de Longueville je suis moins bien parce que je lui crois moins d'esprit. Après tout cela, je vais chez Mme on me dit qu'elle a dit de ne laisser monter que son c[ous]in G. Ça me pique un peu, mais non pas d'amour-propre c'était plutôt le premier des deux. Je vais tout seul à Longchamp. Je trouve Faure à la grille, mon humeur cesse. Je vais à quatre heures chez Mme Es[tève]. J'y trouve M. de Crouy, chambellan, physique un


peu dans le genre de Brice, mais moins socratique, moins marqué. Mme P[alfy] arrive, nous montons en voiture en en descendant, à l'entrée des Champs-Élysées, je lui donne le bras. Cela me fait plus de plaisir que ça ne vaut. Je commence à être bien cela alla toujours de plus fort en plus fort. et ça finit par être presque aimable, tout à fait aimable, je crois, dînant en tête-à-tête avec elle et M. Z., je compte Ma. pour rien. Elle fut très bien avec moi (in the middle of the walk a glance of love 1) et, en la quittant, à huit heures, elle me rappelle pour m'engager à aller à Longchamp vendredi avec elle, « mais si ça ne vous gêne point », et cela avec un ton qu'elle n'avait jamais eu avec moi plus de supériorité, le ton but à but de deux personnes qui commencent à s'aimer (suite de la considération que je m'étais attirée pendant le dîner). Elle disait tout ce qu'elle pensait, en revenant de la promenade fatiguée, je vis qu'elle nous disait tout ce qu'elle pensait. Il était sept heures, nous étions dans le bureau de M. (Roger)2, M. lisait, elle tenait un bouquet négligemment de la main droite, ce bouquet était tout près de moi. Je me mis à le caresser et, fidèle au caractère roma1. Au milieu de lu promenade, un regard d'amour. 2. Vraisemblablement Pierre Daru.


nesque, je goûtais une jouissance vive; enfin elle, après avoir senti longtemps ce mouvement, m'en donna un coup sur les doigts. Tout ceci est mal décrit, mais ce fut une journée heureuse et même très heureuse, la première fois de ma vie que j'aie eu de l'esprit deux heures de suite en présence du terrible Z.

Jeudi 19.

Pluie. Je vais déjeuner à huit heures et demie chez Hardy, de là chez Louis [de Bellisle], qui me rapporte les invitations de Mme B[eugnot]. Je vais chez M. Renauldon 1 cet homme, quoique sot, doit être un bon maire, son génie et son amour-propre sont au niveau de cette place distinguée. Il me récite un je ne sais quel plat proverbe « Travaille vilain, vilain travaille », qui prouve qu'ils sentent cependant où le bât les blesse. De là chez moi, je lis Malthus de midi à cinq heures trois quarts. De là à Longchamp, presque personne. Je dîne vite et bien chez Legacque, je vais chez Mme de Bézieux, où je prends de bon thé jusqu'à dix heures et demie. De là chez Mme Shepherdrie 2. Je vois en entrant qu'on m'a vu bien avec 1. Maire de Gmnoble.

2. De la Bergerie. -Beyle joue sur le mot anglais berger.


Mme Roger. Il y avait une nuance de la réception qu'une femme fait à un homme qu'elle sait s'être déclaré pour sa rivale. Considération et genre sostenuto, diraient les Italiens. Mlle Blanche me raconte que je l'ai saluée hier je lui dis, ce qui est vrai, que je ne les ai pas aperçues. Elles m'ont vu en allant, donnant le bras à Mme R[oger]. Mlle Blanche s'est crue obligée à en faire l'éloge. Mlle Jules m'a adressé la parole en tremblant presque, du moins Bellisle en a fait la remarque tout haut. J'ai tâché de n'être pas froid, et en suis sorti à onze et demie, après vingt minutes de visite, avec Louis qui m'a dit que Mme Doligny avait été étonnée de ne pas me voir à déjeuner.

Je ne suis pas disposé à écrire. Tout ce que je viens d'écrire est mal écrit mais je voulais noter le bonheur d'hier. Ce sentiment m'a si souvent rendu malheureux qu'il est bien juste qu'il me donne quelque bonheur. Premier jour où la verdure des Tuileries fasse masse.

20 Avril 1810.

(Au Val-de-Grâce, Mme Saint-Romain.) Non ho genio a scrivere, ma pero bisogna far materia a ridere pel fuluro anno. E


dunque il lerzo giorno di Longchamp, io venni alle quattro precise; ella stava a vestirsi e l'ingresso alla camera mi venne vietato quando fu finito la trovai allegrissima, coi vivi colori somminislrali qualche volle dalla presenza dell' oggelto amalo. Ella aveva una piccola roba bianca, breve e strella, che lasciava scernere le piante. Ella mi parlo con quel brio, quella allegrezza qu'on a pour ce qu'on aime et qui manquent lors de l'époque suivante2. Je ne dis pas qu'on ne puisse expliquer cela autrement, mais j'écris la façon qui me semble la plus naturelle. Je me plaisais trop à ce que je voyais pour avoir le temps d'avoir de l'esprit. J'aurais dû me borner à quelques exclamations senties, au lieu de cela je dis quelques phrases assez insignifiantes. Peut-être lui parus-je froid. Elle a si peu de romanesque dans la tête que je le penserais presque, si les femmes n'avaient pas un tact inné pour tout ce qui tient, de près ou de loin,

1. Je ne suis pas en veine d'écrire, mais il faut pourtant donner à rire pour l'année prochaine. Donc, le troisième jour de Longchamp, je vins à quatre heures précises elle était à s'habiller, et l'entrée de sa chambre me fut interdite quand elle fut prête, je la trouvai très gale, avec les vives couleurs que donne quelquefois la présence de l'objet aime Elle avait une petite robe blanche, courte et étroite, qui laissait voir les pieds. Elle me parla avec ce brio, cette gaieté. 2. Moment le plus intense of the period called passion [de la période appelée passion]. (Note de Beyle.)


à la grande affaire de leur vie 1, et dans ce genre elles ont beaucoup plus d'esprit que pour tout le reste des choses (indifférentes). Sa robe blanche et fraîche dessinait parfaitement toutes ses formes, je remarquai plusieurs fautes de dessin. Sans ce diable de respect qui nous sépare, nous ferions bien notre affaire mutuellement. Elle n'a ni l'âge, ni la beauté, ni les mœurs nécessaires pour avoir un jeune homme brillant de la Cour, un des officiers d'ordonnance, par exemple, dont je sais que l'uniforme lui plaît infiniment. Le hasard a disposé mon cœur de manière que je la désire et que certainement les premiers mois, la première année même de notre liaison seraient charmants pour l'un et pour l'autre. Pour en venir à point, il faut de ma part de la galanterie gaie et un peu libre, mais rien du tout du genre Oreste outre que ce genre ne laisse pas de ressource, elle n'a pas l'âme assez tendre pour sentir ce qu'il peut avoir de touchant. Être donc gai et un peu libre. Il suo padre venne, il marito, un poco dopo la conlessa E. Fu stabililo che quesle signore anderebbero nella berlina col padre e la figlia, e che noi, il signor Paolo ed io, anderebbero nel mio cabriolello; allora, 1. Remarque confirmée par Bezenval. (Note de Beyle.)


scendendo l'escaliero, lui dissi con grazia 1 « Le bel arrangement Nous exiler comme ça dans le cabriolet

Mais vous êtes enfant nous ne pouvons pas aller tous dans la berline nous aurions l'air d'une noce 1 D'ailleurs, vous dînez ici. »

Tout en me donnant ces consolations et en descendant, elle me serra la main d'une manière très marquée. Je ne la quittai qu'à dix heures et demie nos mains se rencontrèrent, mais elle retira la sienne. Dans la soirée, elle ne me regarda pas je ne crois pas que ce fût indifférence. Mme d'Aubusson ne fut pas aimable du tout.

Pâques 1810 [22 Avril].

Jour superbe. J'ai couru comme un Basque. Déjeuner frais et charmant avec une salade au café de Chartres. De là à Saint-Eustache, charivari abominable de là chez moi, quarante pages de Smith de là au Conservatoire musique agréable j'y retournerai de là aux Tuileries, bon dîner chez les Frères Provençaux de là 1. Son père est venu, son mari et un peu après la comtesse E. Il fut décidé que ces dames Iraient dans la berline avec le père et la fille, et que nous, M. Paul et moi, irions dans mon cabriolet; alors, en descendant, l'escalier, je lui dis avec grâce.

JOURNAL. III. 20


à Manlius: Talma me semble chercher son âme, comme Mme du Deffant le dit au chevalier d'Aydie. Il est naturel, à quelques tons de gorge près. La petite Maillard, d'un mince ridicule. De là, j'attends demi-heure mon cabriolet sans trop m'impatienter, en me promenant dans le jardin du Palais-Royal et réfléchissant à la conduite que je dois tenir pour en finir avec Mme Robert1. De là, chez Mmes Shepherd, moins tristes qu'à l'ordinaire et même gaies et, qui plus et bien plus est, naturelles. J'y suis aimable et me retire à onze heures et demie. Je crois que MM. Grant et de Roissy ont bonne opinion de mon esprit ce sont les grands juges. Je lis une scène d'Othello avant de m'endormir.

J'oubliais que la veille de Pâques 21 [avril] j'ai mangé d'excellent jambon chez Mme Doligny et que j'ai été très aimable, au point de n'y pas retourner parce que jamais je ne le serai autant. Ce n'est pas dans ma nature d'être aimable pour les femmes. A une heure, au bois de Boulogne avec Louis, nous revenons à cinq à sept, la Vedova capricciosa2. 1. Vraisemblablement ce nom désigne la personne désignée quelques pages auparavant sous le nom de Mme Roger, c'est-à-dire Mme Daru.

2. Opéra de Guglielmi.


Mme Correa bonne chanteuse, mais manque d'expression, ne remplace point pour moi la Strinasacchi. Un monde d'enfer, je suis mal placé, n'y vois goutte et, étant très fatigué, je tombe dans un demi-sommeil agréable.

22 Avril.

Je rencontre l'aimable Ceranuto qui arrive de Naples, il fait la cour ici à une Mme Delaitre. Sa société est arrangée de manière que si elle veut avoir un amant, ça ne peut guère être que lui, d'autant mieux qu'ou il sera le premier, ou du moins personne jusqu'ici, à sa connaissance de lui Ceranuto, n'a dit qu'elle en avait. Le sensible, fin et enfant Ceranuto a en horreur la conduite soutenue qu'il faut tenir pour faire sa cour et obtenir d'être fait écuyer au lieu de chambellan. Cependant, son bonheur, d'après son caractère, que les grossièretés rendent malheureux, son bonheur dépend de ce changement. Il dépend aussi beaucoup de cette Mme Delaitre. D'ailleurs, elle doit aimer la volupté et, sans être jolie, est agréable. Ceranuto croit qu'il y a dans cet amour-là six mois de bonheur mais il est timide, et d'ailleurs l'a pris sur un mauvais ton avec elle il y est


timide et respectueux. Tout le monde dit à Mme Delaitre qu'il a de l'esprit, mais elle ne lui en voit jamais d'agréable, il n'ose. Il est à craindre que, s'il continue à agir de même, il ne parte pour Lucques avant de l'avoir, et peut-être d'ici à deux mois sera-t-elle lasse de C[eranuto], qu'on lui a dit être une mauvaise tête, mais qui se conduit en niais. Voilà le résultat de six heures de conversation avec l'aimable chambellan. Du reste, toujours la même gaieté, le même brillant. Il a eu depuis moi un grand coup de sabre dans la cuisse, il est à mourir de rire en contant son affaire. Quel dommage que son attachement le transforme en niais dès l'antichambre de Mme Delaitre, qu'il m'a montrée au reste.

23, 24, 25 [Avril].

Il y a eu ces jours-ci dans my heart1 une bourrasque pendant laquelle, mécontent de moi et des autres, je tombai dans l'ennui. Je n'ai pas besoin de dire que je ne travaillais pas si je l'eusse fait j'eusse été du moins sans ennui.

Mais je me suis relevé de cet ennui-là d'une manière brillante.

1. Mon cœur.


26 Avril.

Je me lève à sept heures et écris ceci à minuit passé. Je suis allé passer une heure et demie aux bains d'Albert1, ce qui m'a disposé à une parfaite raison. J'ai lu jusqu'à deux heures où, parti de chez moi en calèche pour aller chez Mme la comtesse Beu[gnot], je déjeune ferme chez Hardy de là chez Mme Beu[gnot] et chez Mme Shepherdrie ses deux filles aînées viennent avec nous à SaintDenis. Je suis peu malléable, la partie est froide. De là, au bois de Boulogne, etc. Mais venons à l'essentiel en rentrant à neuf heures de chez Mme Beu[gnot], je trouve une lettre de [Pacotte]2, qui me dit que ce bon Faure peut espérer d'être remboursé de ce qu on lui doit et que Babet3 viendra bientôt à Paris. L'espoir de revoir ces beaux yeux e l'angelico 1. Premiers bains d'eau minérale à Paris.

2. Nous avons déjà vu ce M. Pacotte à Vienne dans le .Journal de nov. 1809. Sans doute, y était-il demeuré et avait-il été chargé des intérêts de Félix Faure dans cette ville, car Faure (nous le savons par son propre Journal non encore publié, mais qui est en la possession de M. Louis Royer qui nous a donné ce renseignement) fit à Vienne un voyage durant le séjour de Beyle dans cette ville. Voir plus loin à la date du 18 juin 1810.

3. Babet est une tendre camarade de lit que Beyie avait cne JI, Vienne, où il faillit avoir un duel pour elle. Cf. Vie d'Henri Brulard, t. II, p. 124.


sembiante 1 m'a pénétré d'une vive volupté, beaucoup plus que l'autre nouvelle. Trait marqué de mon caractère. Je vais de là chez Mme Robert (au Val-de-Grâce) j'avais quelque envie de lui marquer froideur pour n'avoir pas été reçu hier chez elle. Il n'y a plus moyen de s'y refuser, elle m'aime2. Elle m'a adressé douze ou quinze fois la parole, et toujours pour me donner une marque de ce sentiment. Il faut prendre garde de prêter la profondeur que le métier d'observateur m'a donnée à une femme qui vient probablement d'éprouver seulement la puberté de caractère et qui suit un penchant sans faire la centième partie des raisonnements que je lui prête habituellement. La preuve de ses sentiments est d'autant plus claire que je ne l'ai pas aidée avec une physionomie gaie, animée et agréable autant que mes traits me le permettent, je n'ai pas fait de gaucherie mais pas dit, à elle, la moindre chose au-dessus du plus vulgaire discourir. Elle m'a appelé une fois pour me dire « Mme de Saint-R[omain] permet que vous alliez demain chez elle, elle reçoit. »

1. Et le visage angélique.

2, Soirée remarquable for the explicit passion; c'en fut le zénith, je crois. 2 mai 1810. (Note de Beyle.) Pour la passion formelle.


Mme de Saint-R[omain] m'a fait son invitation avec sa bonhomie ordinaire demiheure après, Mme Robert étant à jouer, a dit qu'elle allait voir demain a country seat1.

« Et cela vous tiendra tout le jour ? Oui, mais le soir j'irai chez Mme de Saint-R[omain]. Vous viendrez. » Ce mais me semble de l'amour, ou il faut renoncer à comprendre quelque chose dans ce genre.

Actuellement, bien raisonnablement et sans nul enthousiasme il faut oser, ou on se lassera d'aimer un niais.

« Vous n'êtes pas venu me voir hier. Avez-vous de nouveaux petits cachets2 ? Souffrez-vous de la main ? »

Comme je la regardais jouer « Asseyezvous. » Cela ne signifie rien écrit, mais le ton était aussi plein d'intérêt que le permettait un salon rempli de trente personnes. Ce qui seul prouverait de 1 attachement, c'est la continuelle occupation où elle était de moi. Elle m'a appelé deux ou trois fois, et pour me dire des riens 3. En un mot, ce que Mme Doligny est pour 1. Une maison de campagne.

2. Voilà un trait marquant être ensuite deux jours sans vouloir faire attention aux nouveaux quand ils sont venus. (Note da Beyle.)

3. Déclaration il ne faut pas lui prêter mes raisonnements. (Note de Beyle.)


Louis [de Bellisle], elle l'est pour moi. Pour les autres personnes auxquelles elle parle, c'est de l'honnêteté, c'est le désir de remplir le devoir de maîtresse de maison pour Louis et pour moi, ces dames ont de l'intérêt, une attention soutenue, on voit qu'elles pensent et sentent ce qu'elles disent. Mme B[eugnot] est des plus timides en parlant à Louis. (De là, je suis allé passer la soirée chez Mme Daru, qui recevait.)

Je ne veux pas dire d'injure à Bellisle, mais il faut cependant exprimer que son âme a la qualité d'être émue par des événements infiniment petits et affectant la vanité. C'est là que l'on voit qu'il est encore jeune. Dans dix ans, l'âme sera la même, mais son expérience le garantira de l'émotion. Ainsi, il y a trois jours il a été profondément vexé des plaisanteries que ces dames faisaient sur sa prétendue ivresse en revenant en voiture avec Mme B[eugnot), il lui en a fait de vifs reproches. Ce qui le choquait beaucoup, c'était les rires unanimes de ces dames à propos de rien.

Du reste, l'avarice perce sans cesse et d'une manière bien frappante pour the comic bard1, toujours par des conséquences. 1. Pour le poète comique.


Ainsi, hier, je le trouve faisant sa barbe, il me dit qu'il veut la faire tous les jours, je combats ce projet « Vous ne l'avez pas assez forte pour cela, ça la fera pousser. Oh non c'est plus propre, et d'ailleurs, en ne la faisant pas, le second jour elle est comme une râpe, et ça coupe ma cravate tout de suite. »

Bonne manière de peindre un caractère. C'est le seul trait marqué du sien. Peutêtre la susceptibilité vient-elle après.

27 Avril 1810.

Premier jour de Mme Es[tève]. Je rentre à minuit de chez Mme Ést[ève]. J'y ai été à mon aise sur-le-champ. On y a fait des jeux, je suis content de ma manière d'y être quelqu'un qui aurait fait attention à moi m'aurait trouvé l'un des quatre ou cinq hommes les plus gais, et il y en avait douze ou quinze. Je suis allé auparavant chez Mme Roman 1; j'y ai trouvé la comtesse Palfy, qui m'a constamment regardé avec intérêt « Vous êtes venu bien tard »

Elle a toujours cherché à me prendre 1. Peut-être cette Mme Roman est-elle la même que la Mme de Saint-Romain chez qui Beyle fréquente à la même époque.


la main. J'ai légèrement serré la sienne, mais j'ai eu tort de ne pas l'embrasser dans le petit cabinet nous n'y étions que deux hommes et j'étais même autorisé à le faire par la pénitence qu'elle subissait. Je prends mon grand courage et je décide que je donnerai un baiser sous sa joue ou sur sa main à la première occasion. On finit par mépriser un nigaud qui ne profite de rien. Il baisera une main restée par hasard sur la cheminée, on lui dira « Que vous êtes enfant » Il répondra d'un air tendre « Oui, je le suis. Vous n'avez pour moi que de l'amitié, et ce que je sens pour vous est bien différent. » Il ajoutera a Quand je suis devant vous, je ne fais que des gaucheries. »

Si Mme Roman reçoit vendredi (et que la comtesse P[alfy] n'aille pas chez M. de Schwarzenberg), faire en sorte d'être très aimable, brillant à l'encontre de deux demoiselles joufflues, pour lui prouver que, si je suis gauche et timide avec elle, c est une préférence que je lui donne.

Journée heureuse, pleine d'idées et de sentiments jusqu'à sept heures que je dîne, pleine d'amusement, de sentiments agréabtes et de la vue de ce qu'en vérité j'aime un peu de huit heures à minuit. Si j'avais eu une voiture au lieu d'un cabriolet, je la ramenais du moins, elle


m'a fait cette question et, sans Pacé qui avait sa voiture, j'avais, moi, un têteà-tête.

28 Avril 1810 1.

Levé à six trois quarts Tivoli, café chez Hardy acheté Gray que j'ai lu jusqu'à deux heures. Je vais alors chez Mme Palfy. J'étais en costume militaire, un peu lourd. Telle a été aussi ma conversation. J'étais rempli d'idées d'un tout autre genre. Après la brillante soirée de la veille, je devais mieux faire, mais cependant j'ai tort de prendre dans ma manière d'être avec Mme P[alfy] une raison de mécontentement. Elle m'a reçu avec plaisir, a eu beaucoup de confiance en moi.

30 Avril.

Charming Evening, Je crains de lui avoir fait une visite un peu longue. Plaisir pur, nouveau, charmant pendant la soirée passée à Monceau. Je dîne très bien chez les Provençaux, où je vois une très belle figure de femme. De là, chez Mme Doligny, 1. Commencement de la période de froideur apparente, excellente et bonne amitié, mais his cold for love, or for [sa froideur pour l'amour ou pour] ce qui a précédé du 15 au 28 avril. 2 mai 1810. (Note de Beyle.)


et nous partons pour Mousseau où nous trouvons une dame que j'avais vue le matin chez Mme Doligny et qui, sur le point où l'on peut avoir des amants et n'en point avoir, m'avait vu avec plaisir et considération, comme nous, hommes, nous voyons une jeune veuve de vingttrois ans qui annonce du tempérament. Il faut que je me fasse honneur de ma modestie, tout ce bavardage est pour éviter cette petite phrase à laquelle j'avais plu, qui en dit trop cependant. Nous prîmes des glaces et du punch dans un charmant pavillon entouré de colonnes. Louis fut vers la fin d'une gaieté mesurée, mais qui, vue chez lui, fit effet je crois qu'en revenant Mme Doligny lui serra le bras. Ce qui faisait le charme de notre union, formée par le hasard, c'est que nous étions dans ce moment amateurs véritables de la volupté. Nous étions Mme Delaitre, ses deux filles aînées, très bien, avec de l'embonpoint, son mari, excellent homme qui gagne 160.000 francs par an dans les salines, et nous trois. Soirée à l'italienne, du sombre, du frais, un paysage beau (pour Paris) et du punch glacé excellent.

Je sais bien le secret du plaisir que j'ai goûté, mais je ne le dirai pas pour ne pas le ternir.


La plus jolie soirée que j'aie passée à Paris.

1er Mai 1810.

Hier, j'ai acheté un cabriolet très à la mode, 2.100 francs, et des cachets pour 183 francs. Ce matin, je suis allé porter Ottilie à Mme Z. Je l'ai trouvée dans ses comptes. De là, chez Mme Robert1 elle était occupée and the love appeared nol 2. J'étais très bien mis. Je suis allé chez Mme Bertrand, qui est à Bruxelles, M. Gibert sorti, Mme de Longueville, où je n'ai pas bien été trop riant et pas assez plaisant pour les choses, pas assez libre la négliger un mois. De là, fait une visite insignifiante et ensuite une main à fond chez Léger et chez Duché. Ces gens-là ne comprennent rien qu'en le leur répétant cinq ou six fois. De là, aux Tuileries, où tout le monde regarde ma trousse. De là, chez Pacë, qui la regarde aussi, mais ne m'en dit rien pour ne pas constater le triomphe. Martial m'invite à dîner.

Au total, the jolly evening at St-R's 1. Il est croyable que Mme Z. et Mme Robert désignent l'une et l'autre Mme Pierre Daru. Stendhal a dff rédiger ainsi pour détourner les soupçons au cas où son journal eût été lu.

2. Et l'amour n'apparut pas.


house, where I missed the kiss, fut le zénith

house, where I missed the kiss, fut le zénith of the tender interest1; depuis, je décline sensiblement on se lasse d'un niais, les petites tendresses qu'on me fait n'ont plus l'air d'être faites que par habitude, elles n'ont plus l'intonation pleine et sentie de la semaine passée.

C'est un niais.

Je dîne donc avec Martial. J'admire all the pain that this people takes for not being happy2.

Le caractère de son fils 3 est déjà formé comme il le contrarie beaucoup et que sa conduite est un mélange de condescendance molle et de sévérité outrée, cet enfant aura du courage dans le caractère. De ce dîner, à Figaro, qui est pour moi d'un ennui mortel à cause de mes compagnons. Je les quitte à neuf heures pour courir chez Mme Marie après y avoir été une heure, je finis la soirée chez Mme Nardot.

Voici le détail de ma visite à Marie bonne amitié, attentions d'amitié, mais la passion est morte, du moins en apparence. 1. La joyeuse soirée de la maison Saint-Romain où j'ai manqué le baiser fut le zénith du tendre intérêt. Cf. à la date du 27 avril.

2. Tout le mal que ces gens prennent pour ne pas être heureux.

3. Jérôme-Napoléon-Martial Daru avait deux ans et demi.


2 Mai 1810.

Levé à sept et demie, Bibliothèque impériale, qui n'a pas les œuvres en prose de Gray ni celles de l'immortel Millin, membre de trente-sept académies. Je n'emploie pas la matinée comme si je n'eusse pas dû voir Mme de Palfy. (J'y vais, elle n'est pas chez elle, je vais promener à Monceau de une heure à quatre avec Mmes D. et E. de là chez Mme Marie.) J'ai été assez bien avec Marie, surtout au commencement où, ayant quitté absolument mon plat air riant, j'avais accroché la véritable dignité. J'ai été bien toute la promenade, c'est comme hier attentions de l'amitié, mais the tender interest dov'è1? Peut-être caché, pour ne pas être imprudente. II est sûr que la passion d'il y a huit jours ne parait plus. Cependant, en allant, nos jambes se pressent tout le temps et d'une manière marquée, elle ne dérange rien. En sortant, arrêtés devant un homme qui avait de l'étain fondu, je trace avec ma canne sur la surface du métal en fusion un A2; elle suivait mes mouvements, sourit d'en voir le résultat, et s'appuie beaucoup plus sur moi. En 1. Mais le tendre intérêt où est-il ?

2. Initiale du prénom do Mme Pierre Daru Alexandrine.


total, excepté la passion de l'autr il n'y a rien de mieux que sa m

total, excepté la passion de l'autre jour, il n'y a rien de mieux que sa manière d'être en revenant, elle évite de me regarder, elle est avec moi sur le pied de la meilleure amitié, et je crois que si ces dames parlaient de moi, elles diraient « Il est fort bien. »

Physionomie gérzérale. Du 15 avril au 28, intérêt tendre, marqué con brio, et bravant la crainte de se compromettre du 28 till now 1, bonne amitié, mais plus de brio (2 mai 1810, returning from Monceau 2).

Le soir, je parle beaucoup et bien chez Mme de Bézieux de sept et demie à neuf et demie de dix à onze, je suis ridiculement silencieux chez Mme Shepherdrie, il est probable que j'ai été severely 3 lapidé après en être sorti.

Jeudi 3 Mai 1810.

I go at breakfast time at Palfy's house 4. Je suis assez naturel et j'ai assez de dignité je suis content de l'entrevue. Ses yeux 1. Jusqu'à aujourd'hui.

2. Revenant de Monceau.

3. Cruellement.

4. Je vais à l'heure du déjeuner à la maison Palfy.


er par ma présence, I

semblent s'animer par ma présence, I belieue that she thinks me retenu by somewhat, but virtue is ridicul1, il faut que je m'arrange pour lui faire comprendre que ce n'est pas ce motif respectable, mais uniquement la crainte di non esser corrisposto 2. Elle m'a semblé manquer également et de la froideur de la semaine qui vient de s'écouler, et du brio de l'époque précédente c'était plutôt (si c'en était) de la tendresse sentie, conscious love 3, tendre, légèrement mélancolique, sentant tous les mouvements. Sa figure m'a semblé se couvrir des couleurs de l'amour, lorsque, elle lisant haut un journal, au lieu de lire par-dessus son épaule je la regardais ce qu'elle voyait du coin de l'œil. En total, j'ai été content d'elle et de moi. J'étais vêtu très bien et d'une manière qui allait parfaitement à ma physionomie, qui était bien.

En revenant, première et très bonne leçon de M. Goodson, de midi et demi à deux heures. Cet homme annonce des idées très nettes et beaucoup de sensibilité sans nulle enflure. Il paraît très instruit en grammaire générale, et a déclamé the 1. Je crois qu'elle pense que je suis retenu par quelque chose, mais la vertu est ridicule.

2. De n'être pas aime en retour.

3. De t'amour éprouvé.

JOURNAL. III. 21


country churchyard 1 comme un ange, vraiment d'une manière supérieure. La prudence me fait terminer ici ce cahier. Demain sera l'anniversaire d'une époque de 1806, où sans haïr (de la moindre manière), je maudissais un peu ce que je vois d'un œil bien différent aujourd'hui.

Fin de 1810, dans ce cahier

GÉNIE. M. Lem[ercier] disait l'autre jour

« Je n'ai point de mémoire pour ce qui n'est pas du vrai domaine de mon génie. » On peut se croire du nombre de ceux qui peuvent aspirer au génie quand on sent que depuis longtemps on a mis ie bonheur de toute sa vie à exceller dans un genre, que toutes les jouissances, comme, par exemple, 100.000 livres de rente, vous seraient insipides si elles vous étaient données à condition de renoncer à ce goût que vous avez pour telle branche des arts. Voilà le cœur d'un artiste, le ressort quant à l'esprit qui mettra ce ressort à même de produire de beaux effets, il faut qu'il soit bien dirigé.

Mais, pour revenir, c'est une preuve qu'on a ce ressort quand on n'a « point de mémoire 1. Le eirtetidre de village, élégie de Gray.


pour ce qui n'est pas du vrai domaine de son génie, et qu'on en a beaucoup pour ce qui est de ce domaine. » (Seen the seventh mai 1810, the next day, to a gay and free evening at lady Z'house 1.)

Le fanatisme.

Se montre partout où, sur des objets importants, un peuple vif et impétueux n'a que des idées vagues et confuses. (III, 52.) Les Mémoires de l'abbé Maury, s'il les écrivait sans mensonge et en disant tout, seraient curieux. C'est un homme qui a eu un avancement républicain (par ses talents) dans un pays monarchique.

18 mars 1810.

Desplas estime

La paix. 1.000 fr. Le Méchant. 500 » Si un méchant. 1.000 » Le gris 900 » Le vieux. 600 » Le jeune, meilleur à l'usage,

mais pinçard. 400 » Défaut de génie.

Un jour je pense à [Le] Tellier, l'autre jour à Chapelle, un troisième aux posi1. Vu le 7 mai 1810, le jour suivant, à une soirée gaie et libre chez Mme Daru.


tions comiques ou au plan, mais jamais à toutes ces choses à la fois mon attention est toujours absorbée dans l'une d'elles. (Cela m'a été dit, à la lettre, le 13 septembre 1806.)

Bonne manière de peindre un caractère, observé le 26 avril 1810 « D'ailleurs, le second jour elle est comme une râpe, et coupe une cravate tout de suite. » Voir ci-dessus au 26 avril. Truly remarquable for a comic bard1.

21 août.

La politique corrompt toujours la beauté c'est que'la politique veut agir sur le plus grand nombre. Oraisons de Cicéron, de Démosthène, etc.

(Entendu hier à la queue :) Pour corriger cette nation, il faut discréditer, ridiculiser si l'on peut la gloire militaire. Moyens la montrer dans Cortez, etc. (C'est étrange 1) Ouvrage à faire.

Esprit des religions. Y joindre une deuxième partie. Une religion est-elle nécessaire au bonheur ? Plan de cette religion. Les larmes des réconciliations ne viendraient-elles point du sourire ? C'est un grand danger qui cesse subitement pour l'homme qui pleure. (23 septembre 1806.) 1. Vraiment remarquable pour un poète comique.


« Pour connaître l'homme, il suffit de s'étudier soi-même pour connaître les hommes, il faut les pratiquer. »

Je connais très peu les hommes. Mes études ont été sur l'homme.

30 1. 10 s. Latil.

The man perhaps, but the men very little 1.

Beu[gnot] = Mme Doligny.

Alexandr[ine's] lest the 18th march 2. Bal et dîner.

Chât. Pubté of my ing[enuity] 3.

Tatillonnage. (30 mars 1810.)

1810, du 15 février au 2 mai, deux mois et demi.

1. L'homme peut-être, mais les hommes très peu. A moins qu'il ne faille lire comme plus haut, p. 256: but the mem[ory] very little.

2. Fête d'Alexandrine [Comtesse Pierre Daru], le 18 mars. 3. Chatelet. Puberté de mon esprit.


[9 Mai 1810]1.

A tour to Versailles. A day happy con brio 2. Nous arrivons, Ofchêne3 et moi, chez Mme de Palfy, à huit heures et demie elle se lève, nous faisons 1. Djorn'l, or anatomy, of the thoughts, feelings and events of Harry, from the 9th mai 1810 till the 12 août 1810. [Journal ou anatomie des pensées, sentiments et aventures de Henri du 9 mai 1810 au 12 août 1810] (3 mois et 8 jours). Un mois de vrai travail, du 3 juillet à la fin de ce mois, upon 4 [environ le 4].

On gâte la pIns belle femme en en faisant la dissection c'est son portrait qu'il faudrait faire, mais en la peignant on n'apprend que le coloris, et c'est dans le dessin que l'on veut s'instruire.

Myselj [Moi-même.]

On n'offense pas les gens qu'on dissèque.

Idem.

Survey on the

Ij I had had a Mela[nie], these 3 mouths and three days I should have been perjectly happy [Regard sur le tout. Si j'avais eu une Mélanie ces trois mois et trois jours auraient été parfaitement heureux.] (10 août.)

Taire un memor[andum] à lire tous les matins. Ce n'est que dans le monde, et en voyant depuis le prince du sang jusqu'au savetier, qu'il trouvera ses toiles et ses 2. Excursion à Versailles. Un jour heureux avec brio. 3. Deschênes. Edmond Garnier-Deschênes, qui allait bientôt être nommé receveur général des Bouches-de-l'Elbe, avait épousé la sœur aînée de Mme Pierre Daru, Marie-Thérèse Nardot, née à Paris le 17 avril 1775, morte à Paris le 28 février 1812.


un tour de jardin. M. de Baure fait ridiculement attendre et veut nous persuader qu'il ne peut pas disposer d'un moment, A neuf heures et demie, nous partons, après un déjeuner froid. Nous voyons la Savonnerie couleurs larges et brillantes, beaux et riches tapis.

Nous arrivons sur les onze heures à la manufacture de Sèvres1, qui dans ce moment est environnée d'arbres au feuillage frais. Je dirais qu'elle est située au couleurs, s'il a reçu de la nature le génie de la comédie. 3-53. (Kaunitz.)

Mettre le petit grain de piquante froideur.

Imiter le plus que je pourrai l'égalité d'âme de Beaumarchais,

Avis

Si un indiscret Ut ce journal, je veux lui ôter le plaisir de se moquer de moi en lui faisant remarquer que ce doit être un procès-verbal mathématique et inflexible de ma manière d'être, ne flattant ni ne médisant, mais énonçant purement et sévèrement ce que je crois qui a été. Il est destiné à me guérir de mes ridicules quand je le relirai en 1820*. C'est une partie de ma conscience intime écrite et ce qui en vaut le mieux, ce qui a été senti aux sons de la musique de Mozart, en lisant le Tasse, en étant réveillé par un orgue des rues, en donnant le bras à ma maîtresse du moment, ne s'y trouve pas. Ainsi, je vous en prie à deux genoux, ne vous moquez pas de mol.

Le 1er juin 1810, coming back from Mousseaux[revenant de Monceau].

En effet. cela me donne de la conflane dans mes déterminations for my future happiness, [pour mon bonheur futurl. 21 juin 1815

1. Je lis et remplis les vides prudents in Milan, 21 juin 1815. (Note de Beyle.) Sur cette journée cf. Correspondance, t. III, p. 243.


milieu d'une campagne assez agréablement variée si je ne trouvais qu'il y a trop de maisons aux environs. Pour les environs de Paris, dont le caractère distinctif à mes yeux est de manquer de grandiose, elle est cependant très bien située, et ce qui y manque ne serait pas aperçu par les imaginations à la Genlis, qui n'ont pas été sanctifiées par les Alpes, la mélancolie et l'amour malheureux.

Je trouve à Sèvres la plus belle créature vivante que j'aie jamais vue Adolphe Brongniart, fils du savant qui est administrateur de la Manufacture. Nous y voyons aussi le plus joli objet manufacturé que j'aie jamais vu la table ronde de trois pieds moins un pouce de diamètre, présentant les portraits de la plupart des maréchaux, et celui de l'empereur au centre. Isabey (qui ne nous a montré qu'une physionomie basse faisant, par intérêt, des politesses à l'homme puissant qu'il craint et n'aime pas, sans le moindre vestige de celestial fire 1) nous fait les honneurs de sa table, qui vraiment donne l'idée de la perfection, surtout dans les portraits des maréchaux Soult et Pontecorvo les princes d'Eckmühl et de Neuchâtel sont ce qu'il y a de moins bien. 1. De feu céleste.


Ce charmant ouvrage qui revient déjà à cinquante-huit mille francs, je crois, doit passer un de ces jours au feu qui peut le briser 1. Le reste de la Manufacture est assez bien. Une vitre peinte qui transmet le jour à travers une jolie figure de femme assise. J'ai proposé à M. Brongniart d'essayer des sujets de nuit, l'Ossian de Gérard, par exemple, pour les vitres d'un boudoir. Il a partagé cet avis, mais a répondu que les essais dans ce genre n'avaient pas réussi jusqu'à ce jour. La sculpture est médiocre, on devrait demander des modèles à Canova et Thorwaldsen en général, ils manquent le grandiose de la figure de l'empereur, qu'ils reproduisent sans cesse. Nous vîmes un empereur qu'on mettait à cheval, figure mesquine, minaudière et jolie, les accessoires rendus avec perfection. J'étais plus curieux que galant, le froid commençait cependant à se dissiper. En sortant, nous rencontrâmes M. Marescalchi, avec toute l'Italie.

M. Z. voulut leur faire les honneurs de sa manufacture, nous le laissâmes et partîmes pour Versailles. Ce fut alors que je vis le bel Adolphe.

1. Ainsi, il réunit toutes tas perfections pour les gens du monde froids. Au fond, il les prend plus qu'un Raphaël. 1815. (Note de Beyle.)


Route jolie, verdure très fraîche. Nous arrivons rapidement chez M. de Clédat, cour du Dragon. Les rues de Versailles sont d'une capitale, les boutiques et les habitants d'une ville de province, l'appartement et la société de M. de Clédat de même, surtout un M. d'Aguesseau, un peu Escarbagnas de qualité, et sa femme, grande joufflue blonde de quarante ans, qu'il appelle sa Pauline.

Nous partons pour Trianon après un verre d'excellent malaga. M. Clédat, quoique un peu versaillomane, ne manque pas d'esprit, et il le prouve en ayant des vins excellents, mais sans glace c'est bien dommage.

Les Trianons sont jolis rien de triste, rien de majestueux. Les ameublements ne sont pas assez beaux pour un souverain qui veut jouer ce rôle, ils manquent quelquefois de la commodité que rechercherait l'homme voluptueux en quittant l'habit de souverain. Les appartements du prince de Saxe-Teschen valent mieux, je crois 1.

Nous rencontrons à chaque instant M. de Marescalchi et sa troupe. Nous sommes gais, amusés, contents. Beaux meubles en acajou ornés de bronzes 1. Vus à Vienne en 1809. (Note de Beyle.)


charmants. Joli tableau de la bataille d'Arcole. Mauvais bustes de famille, mais avec des inscriptions de bon goût, les noms seulement, Louis, Joseph, Elisa, Pauline. La chambre de l'empereur me frappe par l'absence de la volupté petite, peu commode, peu tranquille, de plainpied. Quatre belles gravures françaises la Vierge jardinière, Bélisaire, l'Éducation d'Achille et l'Enlèvement de Déjanire, je crois.

Très joli jardin anglais de Trianon, mélangé d'un petit bout à la française il y a de grands arbres, grand mérite pour un jardin anglais, et des arbres précieux, plaisir de roi qui ne me dit rien, mais c'est beaucoup pour des âmes qui restent au-dessous de 1 amour du beau.

Je mène constamment Mme Héliotte1, femme agréable quoique peu jolie et trente et un ans. J'ai été étonné, il y a huit jours, de ne voir nulle affectation et nulle timidité dans une provinciale, mais c'est qu'elle ne l'est pas elle a été élevée à Paris. J'avais trouvé le plaisir à Sèvres, il ne m'a plus quitté, et s'est à chaque instant rapproché de moi jus1. Cousine de Mme Daru. Elle était de Dijon Beyle tentera de la revoir quand, en 1811, il passa dans cette ville en partant pour l'Italie. Beyie orthographie son nom Eliott, Hélyotte, etc.


qu'à dix heures du soir, que je suis sorti de chez Mme Nardot.

11 Mai 1810.

J'avais de l'humeur hier de n'avoir pas vu Marie, ce matin j'ai été animé et ai eu du plaisir en recevant un ordre du ministre qui m'envoie à Lyon 1. Je vais déjeuner chez M. D[aru] pour lui en parler, je n'en trouve pas le moment. Je vais chez La Baume elle m'avait donné des lettres à plier, quelque temps après je dis « I go to bureau to do my business 2. Pourquoi ? Vous pouvez faire ça là. » J'obéis. Je lui conte, sur sa demande, comme quoi j'ai fait rompre the tour of Pacé3. Nous calculons quand elle pourra aller à La M. et pour que the idea of journey ne reprenne pas to Pacé et ne dérange as our tour to M. she says lo me: I will pr[a]y him to dîner for lundi 4. Je lui donne un peu trop de conseils, mais cette nuance n'est peut-être sentie que de moi. 1. Le comte de Cessac, ministre de l'administration de la guerre, signa, le 10 mai 1810, un ordre qui envoyait le commissaire des guerres adjoint. Henri Beyle, à la 19e Division militaire à Lyon, sous les ordres de M. Charmat, commissaire ordonnateur. Nommé peu après auditeur au Conseil d'Etat, Beyle ne rejoignit jamais son nouveau poste. 2. Je vais au bureau pour faire mon travail.

3. Le voyage de Martial Daru.

4. Notre excursion à M[ortefontaine], eUe me dit Je veux l'inviter à diner pour lundi.


Je trouve Faure au Luxembourg, qui est agréable.

Je lis avec le plaisir le plus soutenu et le plus vif le XVIe chant de la Gerusalemme, celui où Renaud abandonne Armide. Je me répétais sans cesse « Mon Dieu Que c'est beau » J'admirais beaucoup plus il y a six ans qu'à cette heure. Je suis obligé de me forcer pour lire Corneille et Racine et à tous moments j'y trouve des fautes. J'ai trouvé mon admiration pour le Tasse aussi vive que dans ces jours de sensibilité où je contemplais les étoiles avec tant de plaisir du haut du quatrième étage de M. Paquin, rue d'Angiviller.

Je reçois ce nigaud de Blanquard, qui passe sa vie à faire des visites, par ambition. Il est digne d'une place de chambellan. Faure et moi allons dîner chez Grignon figure de bonheur d'un jeune Anglais. Caisse. Coupé.

De là chez Mme de Bézieux, d'où je sors à dix heures et demie, après y avoir été trois heures avec plaisir il est vrai que nous les avons menées au Jardin Turc. Mlle Mimi a lu et très bien senti le premier volume de Mlle Baillie 1. Ce n'est pas mal 1. Femme de lettres anglaise, auteur de pièces Plays on the passions.


de toute manière, après un an de leçons. Elle a lu aussi le Tasse.

Je vois ce soir la raison de l'examen à subir pour la place d'auditeur, qui est une raison pour que M. D[aru] demande un sursis à M. de Cessac.

Nous verrons demain matin à déjeuner.

12 Mai 1810.

I speak to M. D[aru] without bashfulness of the order given to me bg This Excellence the count of Cessac; his insignificant answer means 1: « Tirez-vous de cette bagatelle comme vous pourrez je ne veux pas pour cela contracter ob[ligati]on envers a mon that 1 don'l esteem 2. »

Le soir chez Marie, qui is not very tender for me3, cependant dans le fond elle me dit trois ou quatre choses qui prouvent intérêt. Ce matin, pour prendre un peu de la froideur nécessaire avec les femmes, pouvant être deux heures avec elle, j'ai préféré m'ennuyer à attendre. J'ai passé le reste de la soirée chez Mme D[oligny].

1. Je parle sans timidité à M. Daru de l'ordre que m'a donné S. E. le comte de Cessac; son insignifiante réponse veut dire

2. Envers un homme que je n'estime pas.

3. Qui n'est pas très tendre pour moi.


Lu les Dangers de la frivolité1. On devrait se mettre une société de gens d'esprit à écrire un roman épistolaire du plan duquel on serait convenu, et s'envoyer réellement les lettres par la poste. Celles du Danger de la frivolité sont brillamment frivoles, mais sans la moindre couleur dans le style, sans l'ombre de la passion, très ennuyeuses. Je pars demain dimanche, à six heures, pour aller voir des terres avec Martial.

[13-15 Mai.]

Voyage des terres.

Le rendez-vous était à six heures bien précises, nous partons à sept passées. Calpurnius, que Pacé m'avait donné pour un original plein de comique et d'esprit, et qui s'est trouvé un homme de quarantecinq ans, très usé, sans idées nettes, ne se sortant pas par son ton de la place où son accoutrement le fait classer. J'ai constamment occupé le fond de la calèche, et à cause de son mauvais habit. Ma foi, c'était commode, et les préjugés me gênent assez souvent pour en profiter parfois. Cependant, de temps en temps ça me faisait de la peine. (Petitesse, manque 1. Roman anonyme.


absolu de générosité, sottise insupportable, et dans l'autre membre de l'équation manque de politique.)

Voyage agréable. Arpajon, Orléans, Beaugency, Meung, la terre au milieu de la Beauce, revenu dîner à Orléans, Malesherbes à onze heures du soir. Sévérité de l'hôtesse, mais nous voyons le gros cul frais d'une petite paysanne servante. Fontainebleau en traversant la Seine vu lever le soleil la terre de M. Thevenin les Charmettes le tire-laine comique de la terre de l'Anglaise nous allons dîner à Montereau-Faut-Yonne, bien. La terre de la véritable Anglaise, snugness 1; genre un peu hollandais du jardin, on a fui toute vue. De là, retour par Nangis, où nous couchons. De là à Paris par une triste terre près Grosbois. C'est à Nangis et pour le nombre de journaux de la terre de ce nom que notre ami manque de politique et de flexibilité.

Vendredi 18 Mai 1810.

Sans être timide et sans faire de gaucheries, je n'ai pas eu à Saint-Cloud la liberté et la gaieté de Versailles. Ce n'est 1. Commodité.


pas tout à fait ma faute nous étions Mmes Nardot, Héliotte, D[aru] et moi. La mère et la fille ont parlé toujours ensemble, Mme Héliotte a fait des points d'admiration à tout. Réellement, il y a de jolis tableaux à Saint-Cloud. J'ai été extrêmement content de la tête de Phèdre par Guérin. J'ai éprouvé pour la vingtième fois que l'avocat du diable gâtait dans ma mémoire les choses qui appartiennent à ce que j'aime, et cela sous prétexte d'être impartial1. L'Hippolvte est trop celui de Racine un jeune homme noble et sans passions. J'ai trouvé les Deux Agars et la Fuite en Egypte de Van der Werf encore plus beaux que je ne m'en souvenais. Les ameublements sont beaux de beaux meubles en acajou, de beaux bronzes, des candélabres charmants. Le plafond de la galerie, plus d'effet que des tableaux. L'Educalion d'Achille, beau caractère de peinture. L'Enlèvement de Déjanire, très bien. Le parc, insignifiant Versailles en petit, la vue de Paris sans beaucoup de charme ce tas de petits murs blancs dans le lointain ne me fait aucun plaisir. Avant tout cela, j'étais allé chez Marie. Elle m'a vu comme elle allait chez le 1. Bon. 1813. (Note de Beyle.)


général1 et est retournée da pour m'y recevoir. Il y ava empressement du mien u

général1 et est retournée dans sa chambre pour m'y recevoir. Il y avait de son côté empressement, du mien un peu d'embarras trop occupé de ce que je sentais (quoique je ne m'en croie pas très amouteux) pour parler librement, je me pressais. J'ai eu de l'esprit à déjeuner pour les hommes, mais je manquais d'aisance et n'ai pas mangé de ce qui me plaisait et tranquillement. Marie m'a consulté sur une chose qui l'occupe sérieusement, puisqu'à la promenade elle en parlait à sa mère. Ses domestiques lui ont déjà volé, dans son tiroir, mille francs. Après déjeuner, nous sommes allés ensemble chez M. Lep.2, où j'ai été accueilli d'une manière flatteuse par tout le monde. Le voyage a été tiède. Au retour, la pluie est venue, ces dames m'ont mis entre elles, et Mme Héliotte sur les genoux de- Mme N[ardot]. J'étais à côté d'elle, elle est devenue rêveuse. Cette manière d'être a continué et lui a donné le teint du sentiment, blanc et rose, légèrement marbré.

Sur le boulevard, ces dames sont des1. Beyle désigne parfois Pierre Daru par ces mots le général ou le maréchal.

2. Il pourrait s'agir ici de M. le Prince de Plaisance, l'architrésorier Lebrun, qui entretenait des relations cordiales avec les Daru. Cf. Correspondance, t. IV, p. 96 et 105.


cendues, elles m'ont dit « Ne sortez pas. »

Je suis descendu pour leur donner la main:

« Quoi vous ne suivez pas ces dames ? Elles ne veulent pas de moi. Je vous prierai de me ramener», ai-je ajouté avec les yeux de l'amour et du désir le plus vif. « Eh 1 bien, montez. »

Elle a paru un peu interdite de l'idée qui m'était venue, elle s'est mise à regarder hors de la voiture, et m'a dit de temps en temps quelques phrases aussi contraintes que celles que je lui adresse ordinairement. Je l'ai quittée à quatre heures.

Le matin, en allant chez M. Lep., j'ai amené que M. de P. était piqué contre moi et en était venu jusqu'à me dire, au milieu de ses plaisanteries « Je donnerais cent louis pour que vous ne fussiez pas auditeur. » Cette phrase, ainsi que ce qui l'amenait, a été bien dite et bien comprise. Toute ma hardiesse, tous mes beaux projets conçus et sentis possibles en songeant à elle dans la calèche de Martial, ne m'ont servi de rien. Il faut voir tous les jours et contracter de l'aisance. Elle m'a dit u Mme Hél[iott]e m'a fait des déclarations pour vous en votre absence. » Je suis très bien avec elle ainsi qu'avec Mme Nardot.


(Substituer ici le récit de la soirée délicieuse passée avec la comtesse Palfy voyez plutôt cahier rouge, toute la fin. Voici ce qui n'a pas pu y entrer :) J'ai écrit ceci avec mécontentement de moi-même, indigné de ne faire que des gaucheries quand je suis avec une femme que j'aime et de ne pas sortir d'une froideur profonde quand je me trouve avec celles qui ne me plaisent pas. En racontant ce soir, au Luxembourg, à huit heures et demie, ces événements à Faure, il m'a semblé ainsi qu'à lui qu'ils prenaient une autre couleur and lhal c[ountess] Palfy commençait à prendre de l'amour.

Il faut se sortir un peu de la personnalité directe. L'exemple de Michel2, qui est très en colère de ce que je ne lui ai pas rendu ses visites a Il me méprise, dit-il à Faure c'est sans doute parce qu'il a un cabriolet, qu'il fait beaucoup de dépense. » Ne pas tomber dans ce ridicule-là avec les puissants que je vois.

Ce soir, au Luxembourg, soirée très agréable, fraîcheur et clair de lune. De là, je suis allé bâiller chez Mme Shepherdrie; ces demoiselles ont trop bon ton, ne se permettant rien qui prète le moins du 1. Et que la comtesse Daru.

2. Michel Faure.


monde au ridicule, et ainsi, par la crainte du ridicule, tombent dans le plus grand de tous, celui de s'ennuyer.

C'est encore une idée de M. d'Averney. Samedi 19 Mai 1810.

Deux heures de contentement si vif que je ne pouvais appliquer mon attention à rien. J'allais to see P[acé] whom I believed a little cold for our little difference during the tour. I find his soul serened by the felicity of cupidity, and the hope of a very good affair near Bordeaux 1. Il me propose de me mener chez M. Nanteuil 2, qui promet de savoir si je suis sur la liste des quarante.

Ce matin, aimable avec Mme Doligny, auprès du lit de laquelle je déjeune. This evening at Buffa with Maria, a sensible and cold lover. The little cousine 3. Elle s'appuie sur moi avec plaisir. Maria est fatiguée et est assez froide. Hier, au lieu d'amour c'était peut-être de l'ennui 1. J'allais voir Martial Daru que je croyais un peu froid à cause de notre petit différend durant le voyage. Je trouve son âme réjouie par le bonheur de la cupidité et l'espoir d'une très bonne affaire près de Bordeaux.

2. Gaugiran-Nanteuil, auteur dramatique et secrétaire du garde-meuble.

3. Le soir à l'Opéra-Buffa avec Marie, un sensible et froid amoureux. La petite cousine.


qu'on éprouvait. Il y à diablement peu de romanesque et de mélancolie dans ce cœur, elle essaie gaiement la vie à mesure qu'elle vient 1.

La musique della Prova d'un opera seria2 est gaie et a de la verve, sans cependant s'élever au Cimarosa, mais supérieure (pour moi) à Paesiello. Marie ne sent pas la musique, ce qui con firme ce qui est dit plus haut. Mme Doligny me croit bien décidément amant, et heureux amant. Comptez ensuite d'après les apparences

Mme Le Brun me dit que les femmes ne commencent à avoir des idées à elles qu'à trente ans. Cela me semble juste.

Dimanche 20 Mai 1810.

Vanno a Tivoli io ci vado anche, ma soletto. È fredda con me, ma la cuggina al contrario mi serra le mani, alle dieci avanti il fuoco vanno via, me ne vado ancora io, vo dalla signora Shepherdrie doue trovo l'amabile Doligny, rimango tristetto. Lundi.

Non la vedo.

1. Vrai. 1815. (Note de Beyle.)

2. Opéra de Gnecco.


Mardi 22 Mai.

La vedo la mattina al déjeuner. Strano proposlo di pagarmi il libro, l'allontano con sufficiente felicilà. La sera dalla sua madre è buona assai per me, come nel tempo dove gli occhi suoi gareggiavano si francamente d'amore. Happy crede che sono sempre troppo liberale di profondità verso i miei personaggi. In parlicolare egli crede che Maria si lascia andare al naturale suo con me senza pensare a prendermi per amante. La marina di questo martedi vedo il signor Dalmon, sempre buono con me. Mi dice che bisogna partire. Vado a pigliare la mia feuille de route, e di là vado a ritrovar Happy, seguitando i boulevards neufs, amenissimo cammino, scerno campi interi di corn in Parigi 1.

1. Elles vont à Tivoli; j'y vais aussi, mals seul. Elle est froide avec moi, mais la cousine, au contraire, me serre les malus, à dix heures avant le feu [d'artificiel elles s'en vont, je m'en vais moi aussi, je vais chez Mme La Bergerie où je trouve l'aimable Beugnot, je reste un peu triste.

Lundi.

Je no la vois pas.

Mardi 22 Mai.

Je la vois le matin au déjeuner. Etrange proposition de me payer le livre, je la repousse avec assez de bonheur. La soirée de sa mère est très bonne pour moi, comme au temps où ses yeux rivalisaient si franchement- d'amour. Félix [Faure] croit que le suis toujours trop libérad de profondeur envers mes personnages. En particulier, il croit que Marie se laisse aller à son naturel avec moi sans penser à me prendre pour


Mercredi 23 Mai.

Non la vedo. Scrivo all' ordinatore Charmat, al Cro[zet] e alla mia sorella. Mi parlò ieri con tutta benignità del viaggio a Ermenonville, saremmo di ritorno il marledi, e il giorno seguenle, o al piu tardi il giovedi, sard sulla strada di Lione. Ho vendulo due cavalli 950 f. al signor de SaintSimon, dopo un bel lrattare. Sorlo della Prova d'un opera séria quesla sera una pioggia di primavera, not et amiamo francamente; Happy and io parliamo nella sua camera di Jenny, veramente in villa con una moglie giovine sarei stato bealissimo 1. [1er Juin 1810.]

Ermenonville et Mor[le]fontaine. J'écris à Lambert le 1er juin

amant. Le matin de ce mardi, je vois M. Dalmon, toujours bon pour moi. Il me dit qu'il faut partir. Je vais prendre ma feuille de route, et de là je vais retrouver Félix, en suivant les boulevards neufs, chemin très agréable, je vois des champs entiers de blé dans Paris.

1. Je ne la vois pas. J'écris à l'ordonnateur Charmat, à Crozet et à ma sœur. Elle m'a parié hier avec beaucoup de bienveillance du voyage à Ermenonville; nous serions de retour le mardi, et le jour suivant, ou au plus tard le jeudi, je serai sur la route de Lyon. J'rd vendu deux chevaux 950 francs à M. de Saint-Simon, après une belle négociation. Je sors de la Prova d'un opera seria; ce soir une pluie de printemps, nous nous aimons franchement Félix et moi parlons dans sa chambre de Jenny. Vraiment à la campagne avec une femme jeune j'aurais été très heureux.


« Je lis avec le plus grand plaisir les Letlres du Tasse vous devriez bien aller contempler il gran scoglio 1 naquit cet homme sensible, Sorrente, dont vous m'avez déjà parlé comme étant tout à fait dépourvu des ornements dont les journaux l'avaient gratifié, mais on m'a dit que le site en était grand et singulier, digne d'avoir inspiré au Tasse cette brillante imagination qui fit son malheur et produit nos plaisirs.

« Voilà de l'esprit, j'espère.

« J'ai fait une course charmante à Ermenonville et Mor[te]fontaine, lieux chéris de votre ancien roi2. Il y aune mer irrégulière de quatre cents arpents et vingt pieds de profondeur où nous avons eu tempête. Nous avons fait 3.100 toises, dit-on, en vingt minutes. Nous avions deux voiles qui s'enflaient un peu malgré nous et trois femmes que ce spectacle pâlissait un peu. Notre pilote bavardait agréablement et se vantait à nous, avec la jocrisserie parisienne, de n'être jamais sorti de Mor[te]fontaine, genre de vie très propre, sans doute, à former un marin. (Cette nuance de crainte a mis nos dames 1. Le grand rocher.

2. Joseph Bonaparte, propriétaire de Mortefontaine et ancien roi de Napies où Lambert était fonctionnaire.. 3. Sens du siècle de Louis XIV (Note de Beyle.) Toutes ces notes sont de 1815.


aux antipodes de l'ennui 1). Cette pointe de plaisir ennemie des jouissances prévues, ce brio si rare en deçà des Alpes animait notre voyage. Depuis, j'ai dormi au Misanthrope, joué aussi bien qu'il puisse l'être aujourd'hui, et joui aux Deux pages2, pièce à sentiment, très risible, mais où Fleury est tout à fait Frédéric II et où (une musique imprévue, l'accompagnement de l'air de Mlle Levert et la voix de Michot) Michot m'a fait plaisir. « Le physique prend diablement le dessus chez moi, vous ne me reconnaîtriez plus, tant je deviens gros.

« Ces pièces françaises, remplies de beaux discours, m'endorment régulièrement en revanche, j'ai eu du plaisir aux Nozze di Figaro de Mozart. Que disent les Italiens de ce musicien-là ? Qualche cosa di flebile e di soave quivi sospirava 3. Voilà comment je rendrais ma pensée à Naples, aux fautes de grammaire près. »

(Tout cela est vrai et, au style près, bon pour mon journal. J'y ajouterai, si cela me fait plaisir, les détails mathématiques et sévères destinés à présenter le procès-verbal de ma manière d'être cette 1. Recette contre l'ennui, à employer. (Note de Beyle.) 2. Comédie musicale de Dézède.

3. Quelque chose de triste et de doux soupirait en lui.


semaine-ci. En général, happy 1. Le voyage, très agréable, et ne m'a pas gravé dans le cœur de Marie sous des traits inimici d'amore2.)

7 Juin 1810,

La paresse est cause que je n'ai pas écrit depuis le charmant voyage à Ermenonville. Je me laisse guider par le plaisir du moment.

Je ne fus pas très brillant, je le suis rarement il me faut des gens de beaucoup d'espriL et de naturel (à l'italienne), alors bashfulness s disparaît entièrement et je bavarde avec gaieté et brio. Cependant, il y avait deux femmes et tout s'arrangeait de manière que si la partie eût duré huit jours au lieu de deux, je les aurais eues si j'eusse voulu. Cet effet fut aperçu, je crois, da Maria.

Mme Genet4, nonne juteuse de vingt-huit ans (mais sans esprit et avec l'âme étroite de la province), dit en secret à Mme que j'avais donné à entendre dans une de mes lettres au quartier général 1. Heureux.

2. Ennemis de l'amour.

3. Timidité.

4. De ces femmes qui parlent d'indécence et de fouterie parce que rien que cela ne les intéresse. Elle voulait en parler avec moi et être enfilée. 1815. (Note de Beyle.)


que je l'avais eue. On me fit un secret de cette accusation, Maria me dit qu'elle était grave et qu'elle savait plusieurs traits affreux de moi. Elle la confia à Mme Héliotte. Je me mis, à tout hasard, à faire la plaisanterie de prendre avec Mme Genet les façons d'un ancien amant. Cette plaisanterie était avantageuse en montrant que je n'étais pas timide pour tout le monde. Elle réussit et continua jusqu'à Paris.

La soirée dans l'auberge de Mor[te]fontaine fut extrêmement gaie. Nous étions le nombre convenable. M. Lctx 1, qui, sans être remarquable par l'esprit et surtout par la tournure, a cependant des idées, et surtout, à l'égard des femmes, cette philosophie que donnent les voyages, les menait rondement. Marie était couchée sur un lit, j'y étais assis contre ses genoux, ma main posée sur le lit en longeant ses reins et embrassant il desiato corpo 2, mes jambes sur une chaise Mme Héliotte assise sur le lit, à ma droite, et décidément appuyée sur moi, au grand scandale

1. Lecoulteux de Couteleu, auditeur au Conseil d'Etat, qui sera nommé le même jour (22 août 1810) que Beyle inspecteur de la comptabilité du mobilier et des bâtiments de la couronne. Quelques lignes de la Consultation pour Banti dans les Marginalia (t. I, p. 80) expliquent bien tout ce fragment du Journal.

2. Le corps désiré.


de la nonne juteuse, qui était assise devant nous avec MM. Dschns et Lcx 1. Nous jouâmes aux épithètes, et j'en donnai d'analogues aux circonstances l' « exigu berger » fit beaucoup rire.

Le ton de notre petit cercle était parfait, très gai, visant à la volupté et pas le moindre esprit on ne parlait que pour que les paroles servissent de voile aux actions. Or, cela dura de sept heures à dix que ces dames se couchèrent, toutes seules, à notre grand regret, que nous ne leur cachâmes pas, au contraire. J'aurais pu être un peu plus entreprenant mais les deux acolytes n'étaient pas du même rang, par conséquent attentives et jalouses; on était obligé d'acheter le respect par de la retenue. Malgré tout, j'accrochai a good and sufficientemente saporilo kiss 2. Je sens bien qu'on gâte la plus jolie partie, comme la plus jolie femme, en la disséquant. C'est un portrait qu'on devrait faire, mais ceci a toute la sévérité d'une élude 3. En la peignant, j'apprendrais le coloris (à écrire), et c'est la connaissance de ce qu'il y a de plus caché au fond du cœur et de la tête que je veux acquérir. J'ai le cœur trop plein des îles Borromées, 1. Deschênes et Lecoulteux.

2. Un bon et assez savoureux baiser.

3. Terme de peinture. (Note de Beyle.)


de la forêt qui entoure le lac, de la statue colossale de saint Charles Borromée, le seul saint que j'aime. Je pense trop souvent au lac de Genève, à l'entrée à Lausanne, à la vue qu'on a de Bergame, enfin à la Grande-Chartreuse, pour n'être pas un peu injuste pour les jardins anglais. Il me semble qu'aux environs de Paris on n'en peut faire que comme celui de Trianon, c'est-à-dire faisant une l1e, en se privant tout à fait de vue, en s'isolant de la nature mesquine et pauvre, qui dessèche l'âme de toutes parts. Ainsi, point de montagne à faire dans ces jardins. Ermenonville est joli, et même le rocher de Jean-Jacques s'élève jusqu'à une imitation très vraie de la nature, mais d'une nature petite mais quand on y est on ne voit qu'une plaine nue ou des collines petitement et monotonement jetées. L'île où cet homme sensible a été enterré quelques années manque tout à fait de ce grandiose, de cet onctueux, de cette douce majesté qu'elle devrait avoir pour être d'accord avec la cendre d'un homme qui, s'il avait su s'abstenir d'une malheureuse pédanterie, eût été le Mozart de la langue française et aurait produit un bien plus grand effet que Mozart sur les cœurs des hommes. Mais il voulait en être le législateur et non pas les ravir.


La terre se prêtait à avoir des arbres dignes .de ce tombeau un homme de quarante-cinq ans à peu près nous montre des arbres qui ont été plantés par M. de Girardin il y a quarante-quatre ou quarante-deux ans, lorsqu'il vint à Ermenonville après la mort du roi de Pologne Stanislas. Ces arbres, de la plus belle venue, ont souvent deux pieds de coupe. Il y a une source qu'on voit sortir de terre au fond d'un bassin limpide, mais ici l'art s'est conduit petitement envers son associée la nature M. de Girardin y a fait une grotte mesquine et, qui plus est, des vers. Qui, Maria lu veramente tenera con me, appoggiandosi a me1. De là, à la tour de Gabrielle une plaine charmante, digne de la plus belle nature et du meilleur jardin anglais. Cela confirme pleinement ce que j'ai dit plus haut. Nous mangeons du jambon à la tour de Gabrielle avec l'empressement du meilleur appétit. La volupté voulait que nous eussions là un déjeuner léger et chaud nous avions eu faim tout le matin. Quant à moi, le jambon me dérange n'en plus manger. Les sensations de l'âme sont un luxe de santé.

Un bavard sans esprit est venu se tuer 1. Là Marie fat vraiment tendre aveo moi, s'appuyant sur moi.


à Ermenonville. On l'a entombé colline, près l'île de Rousseau. D:

à Ermenonville. On l'a entombé sur une colline, près l'île de Rousseau. Dans cette île est un tombeau fort simple et dessus « Ici repose l'homme de la nature et de la vérité. » Il y avait repose de l'e on a fait un a depuis que Jean-Jacques a été transféré au Panthéon. Je ne serais pas surpris qu'on l'en chassât; mais au moins, ce ne sera pas par principe de religion. Cette bêtise meurt tous les jours, grâce au grand homme.

Nous parcourions Ermenonville avec un homme qui avait vu Rousseau pendant les six semaines qu'il y a, dit-il, été. Il nous parle de sa femme. « Nous ne nous marierons pas, mon cher Josse, je ne veux pas quitter le nom de Rousseau mais c'est égal, nous vivrons tout comme. » Elle avait cinquante ans. C'est contraire à l'anecdote qui court le monde.

Nous parcourions, nous ne nous donnions pas le temps de sentir Marie surtout allait fort vite, en général je lui donnais le bras, les autres me le laissaient et me croient, je parie, bien plus avancé que je ne le suis (ni ne veux l'être, soit dit avec vérité, pour que je ne me croie pas, dans quelques années, plus noir que je ne le suis).

Il y a un album qui commence par une narration sentimentale de M. Julien (le


ionnaire) qui nous conte

sous-inspecteur légionnaire) qui nous conte la mort de Mademoiselle sa fille, âgée de deux ans, le tout avec apostrophe. Il y a des vers qui montrent le cul du caractère français l'expression est juste à propos de Jean-Jacques, on y parle d'aller à la garde-robe.

Il ne faut pas cependant que je profane ce charmant mot de cul, ce serait condamner les idées qui m'ont donné le plus de plaisir à Vienne.

Enfin, fatigués de voir comme je suis fatigué d'écrire, nous partons pour Mor[te]fontaine vers les trois heures. Nous voyons le château et le petit et insignifiant parc de cinquante arpents qui est de ce côté de la route. C'est tout bonnement une prairie dont on a festonné les bords. Si l'on n'en avait pas une plate vue, ce serait fort bien. Il y a quelques tableaux dans le château, et dans les jardins de bons vers de Delille, qui ressortent à cause de ceux que M. de Girardin a mis à Ermenonville.

Nous allons dîner, après quoi la charmante soirée dont j'ai parlé en commençant. Les marguerites je vous aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout.


8 Juin 1810.

Io sono felice. Ho ricevulo questa mane i miei libri di Brunswick. Faure è venuto col quale parlando ho scaccialo i piccoli nubi clie potevano sturbare un pocchettino l'anima mia. Sono andato alle undici e mezzo dalla contessina Palfi. Io aveva lulla quella fisionomia di felicità, di brio el di genio che possono comporlare i miei tr. poco regolari. Ho incontrato il giovine capitano J. Abbiamo fatto un giro nel giardino. Credo che quella breve visila avrà più loslo confirmato le impressioni stampate nel core della conlessa Palfi. « Il tire trop bien, je n'avais garde de me mesurer avec lui. » La signora ha capilo e questo fa sempre bene nel femmineo core. Il capitano è berzissimo pel mondo, le sue plaisanteries sono vive, allegre e di buon gusto. È lungi della fisionomia della felicild. Lo credo ambizioso.

Abbiamo veduti bellissimi diamanti e bellissime pielre.

Ouesla sera io vado al lcalro della Corle in Sainl-Cloud. L'essere colla Palfi produce una perfetta lregua coi miei allri pensieri. Sono tutto a lei 1.

1. Je suis heureux. J'ai reçu ce matin mes livres de Brunswick. Faure est venu et en parlant avec lui j'ai chassé


J'arrive à minuit sonnant de SaintCloud, où nous avons essuyé une des rapsodies les plus plates et les plus sentimentaires qu'on puisse entendre Joseph1, qui, quoique opéra, a absolument la physionomie de Baour, son premier père enflure et niaiserie bête, sans un instant de naturel. La musique, de la force des paroles et chantée faux d'un bout jusqu'à l'autre. Mais j'ai bien vu le grand homme et l'impératrice, ainsi que la figure exiguë du grand-duc de Wurtzbourg. Ces femmes de la Cour sont laides pour la plupart, elles ne savent pas porter leur grand habit, elles n'ont plus de grâce.

Vraiment ce que ce grand nigaud de neveu de M. de Baure (M. Edouard2) me les petits nuages qui pouvaient assombrir un petit peu mon âme. Je suis allé à onze heures et demie chez la comtesse Daru. J'avais tout l'air de bonheur, de brio et de génie, que peuvent comporter mes [traits] peu réguliers. J'y ai rencontré le jeune capitaine J. Nous avons fait un tour dans le jardin. Je crois que cette courte visite aura plutôt confirmé les impressions gravées dans le cœur de la comtesse Daru. « Il tire trop bien, je n'avais garde de me mesurer avec lui. » La dame a compris et ceci fait toujours bien sur un cœur de femme. Le capitaine est très bien pour le monde, ses plaisanteries sont vives, gaies et de bon ton. Il est loin de l'air du bonheur. Je le crois ambitieux.

Nous avons vu de très beaux diamants et de très belles pierres.

Ce soir, je vais au théâtre de la Cour, à Saint-Cloud. Etre avec Mme Daru produit une trêve parfaite dans mes autres pensées. Je suis tout à elle.

1. Opéra de Méhul, tiré de l'Omasis de Baour-Lormian. 2. Edouard de Ribaux (1790-1853) qui fut en 1812 adjoint


criait d'une loge à l'autre. Mme était fort bien et, sans exagération, une des plus jolies, les princesses exceptées, qui sont fort bien et pleines de grâces. En revenant, j'ai fait la cour à Mme de Gency comme autrefois à Rosa 1 et presque avec le même succès. Je suis parvenu jusqu'à un buse, j'ai trouvé une peau très douce. On s'est tant soit peu fâché, on m'a dit que depuis quinze ans de mariage on ne pouvait pas s'accommoder à la froideur du mari, et enfin on m'a dit qu'on ne m'aimait pas et, pour que cette déclaration ne me fît pas trop de peine, on me donnait en même temps un baiser fort tendre sur la bouche. On calomniait mes appas, un instant après on m'a dit qu'on m'aimait depuis le premier jour qu'on m'avait vu à Monceau. On a du tempérament la figure troublée et tendre était fort plaisante chez Tortoni. Nouvel exemple que tout l'art de cette guerre est dans l'épisode d'Astolphe 2, que j'ai lu aujourd'hui avec beaucoup de plaisir, ainsi que la vie de Cervantes. provisoire aux Commissaires des guerres. Sa mère était la sœur de M. de Battre.

1. Rosa était sa conquête de Marseille en 1806. L'édition Champion du Journal imprime Mme de Gercy. Notons qu'un général de Gency (1765-1845), fait baron en 1809, habitait le château de Meulan qui n'était séparé de Bécheville que par la Seine.

2. Dans le Roland furieux, chant XXVIII.


J'ai reçu tous mes effets et mes livres laissés à Brunswick en novembre 1808. Il était temps.

10 Juin 1810.

Aux journalistes.

Je m'aperçois tous les jours dans le monde que les jeunes gens qui parlent le mieux sur tout n'ont pas d'opinion sur les artistes dont le hasard ou leur mérite fait que l'on parle souvent. Je m'occupe donc à écrire un mince volume in-8°. Il contiendra les vies de

1° Raphaël, Jules Romain, le Dominiquin, Paul Potter, Rubens, Van der Werff, le Poussin, le Titien, le Corrège. 2° Pergolèse, Durante, Cimarosa, Mozart, Haydn une notice sur Canova, Fioravanti, Paesiello, Monti.

3° Lope de Vega, Shakspeare, Cervantes, le Tasse, Johnson, Schiller, Algernon Sidney, Alfieri.

Chacune de ces trois sections sera précédée d'une notice que je m'engage à ne pas étendre au delà de dix pages. Au moyen de cet ouvrage et des critiques judicieuses et parfaitement fondées que MM. les journalistes en donneront, le nombre des absurdités qu'on entend tous les jours sur les objets d'art sera, je pense, un peu diminué. Etc.


Écrit là-dessus à Crozet.

Toutes les fois que je me sentirai rongé par la jalousie, mal dont j'ai eu de cruelles atteintes à Marseille, lire l'épisode de Joconde, chant XXVIII de l'Ariosto. Bon remède.

Collé dit (3, 123) « Aussi blasés qu'ils étaient délicats. »

J'ajoute en note Ce sont peut-être là les vrais spectateurs de la comédie, devoutly to be wished even at the cost, of the lettres de cachet 1.

Dimanche 17 Juin 1810.

Dimanche dernier 10 juin, en rentrant à minuit et demi de la fête de la Ville 2, soirée nulle pour le sentiment mais brillante par la qualité et le nombre des choses observées, je craignis de nuire à mon plaisir en le disséquant. Depuis, comme je sentais que j'avais une description à faire, la paresse m'a empêché de rien écrire. Je vais courir sur mes sensations d'il y a sept jours.

Quand je m'habille pour aller à une fête, et particulièrement with mislress

1. A désirer sincèrement même au prix des lettres de cachet.

2. En l'honneur du mariage de Napoléon et de MarieLouise.


Palfy 1, je sens du froid, du resserrement, du presque ennui. Le mari nous quitte, dîner froid, elle avait été malade par les fraises, gaie cependant, pas la moindre humeur. Voilà le beau trait de son caractère, qui n'en a aucun de choquant2. S'il y avait eu un second homme un peu parlant à ce dîner, j'aurais parlé aussi mais avec M. 0/ the Oak 3 et Mme de Gency, je suis navré de ma stérilité.

Nous partons à six heures un quart, nous n'attendons point trop. Jocrisserie des figures qui nous admiraient dans les rues étroites, où nous étions à la queue. Je joue le Fleury dans la berline aux belles armes et j'y trouve du plaisir, presque le même plaisir que si j'étais réellement homme à cinq plumes et à deux crachats. Cela est si vrai que jouir d'un état quelconque (amant heureux d'une femme, ministre, général, auteur à succès, etc., etc.) m'en dégoûte, au lieu de m'enflammer pour la jouissance que je me suis figurée. Nous n'avions que des billets verts mais comme elle connaît tout le monde, M. de La Sallette, jeune homme de la ville à ceinture blanche, nous introduit dans la salle du trône, où ces dames se 1 Avec Mme Daru.

2. 2'rue. 1813. (Note de Beyle.)

3. Deschênes.


placent dans une bergère fort commode. Il y a du monde, mais pas trop, et presque que des grands cordons de tous les ordres du monde, excepté de la Jarretière, je crois. J'ai le temps d'observer ces personnages-là les divers degrés de nullité, de mérite, et les divers genres de hauteur. Ma physiognomonie. 1° Le prince Schwarzenberg, ambassadeur 1, homme quatre fois gros comme Pacotte, les sentiments et les idées de cette taille. 2° Finesse, hauteur et prinçomanie de M. de Kourakine 2.

3° Son frère, ministre de l'Intérieur de Russie, cocher plein de sagacité.

4° Hauteur humoriste et malheureuse d'un Metternich, grand cordon de SaintEtienne.

5° Hauteur du même genre, mais saupoudrée d'un souci emprunté et d'un peu de finesse du Metternich grand cordon de la Légion d'honneur.

6° Ancienneté respectable de M. de Kalkreuth 3, vieux grenadier végétant, habit ridicule laissant voir sa culotte par derrière, et un gros derrière.

7° Air sot et vide de mon ministre. 1. Ambassadeur d'Autriche.

2. Ambassadeur de Russie.

3. Envoyé extraordinaire de Prusse.


8° Au contraire, belle figure et physionomie d'une âme aimant le grand, simplicité du nouveau ministre de la police (Savary); j'ai un faible pour cette figure-là. M. de Furstenstein1, nullité complète et bonhomie des gens vulgaires audessous même des prétentions de leur place, caractère agréable.

10° La pesanteur pédante, saluante et protégeante de Cambacérès, contrastant avec l'air simple, léger, militaire, du prince major général2; entrée lente et saluante de Cambacérès bien observée. 11° Raison du maréchal Davout, faisant qu'il se trouve bien avec Mme avec laquelle il n'ose se permettre aucune impertinence. Il n'est pas impossible qu'il m'ait reconnu, je lui ai parlé.

12° Physionomie d'Iscariote (particulièrement dans la petite Cène du Luxembourg) du sec Dubois 3, qu'on prétend que l'empereur a invité à dîner à Paris. 13° M. Frochot 4, gros et grand homme nourri de bière.

14° M. de Czernitscheff 5, serré dans ses vêtements qui sont sur le point de partir de tous côtés, quatre croix au cou, 1. Ministre de Westphalie.

2. Berthier, prince de Neuchâtel.

3. Le préfet de police.

4. Le préfet de la Selne.

5. Colonel russe, en Mission à Paris.


figure de jeune seigneur fat, parlant beaucoup avec la politesse de l'ancienne cour que les émigrés, je crois, ont greffée sur celle de Pétersbourg, une politesse dans le genre de celle de M. de Narbonne, le fils de Louis XV, mais à mille pics au-dessous pour la grâce et la gaieté. Ce Czernitscheff militaire d'une cour où l'on fait peu la guerre, puisqu'on y porte de tels habits, doit avoir beaucoup de femmes. C'est bien un mérite à leur hauteur. Je ne trouve de très bien en lui que son plumet. Mais un jeune homme, en traçant le portrait d'un autre jeune homme riche et qui court la carrière de la fatuité, se laisse toujours entraîner au mal par un peu de jalousie.

Pendant un voyage à Paris, j'ai vu la bonne compagnie et sur un pied flatteur, tel que mon orgueil l'exige.

Lundi 18 Juin.

Je reçus hier ce billet

« Si mon cousin Beyle n'a pas d'engagement pour demain il serait bien aimable de venir dîner demain en famille chez sa cousine.

« A. D.1 »

1. Alexandrine Daru.


L'accueil a répondu à l'invitation. Je suis arrivé à cinq heures trois quarts, il n'y avait que quelques personnes, dont M. Camille T. 1. Mme [Daru] m'a fait les reproches les plus longs et les plus obligeants sur ce qu'il y avait longtemps qu'elle ne m'avait vu « on voit bien que je n'ai plus ma cousine2.» Comme je caressais Nap[oléon] 3, qui réellement annonce un caractère aimable (digne d'être aimé), M. D[aru] m'a dit « J'ai écrit à M. Maret pour votre affaire. »

Les attentions, les yeux, tout au mieux lorsqu'à six pas d'elle je disais une plaisanterie insignifiante à P. ou à A.4, elle y répondait, preuve d'attention continuelle. Elle m'a fait part de la fête projetée pour le jour de saint Pierre.

De là, chez Mme Palfy5, qui m'a montré son entorse.

Ce matin, j'ai cherché en vain Letellier avec Faure dans sa malle. J'ai passé une matinée fraîche aux Tuileries, grâce à un pantalon de basin à pieds, au café de Véry et aux beaux ombrages. M. Camille 1. Camille Teisseire, alors sous-préfet de Tournon; il était le beau-frère des frères Périer de Grenoble. 2. Mme Héliotte repartie pour Dijon.

3. Fils ainé du comte Pierre Daru, né en 1807. 4. Pauline et Aline Daru, sept ans et cinq ans, les deux filles aînées de Pierre Daru.

6. Si ce nom n'est pas mis pour égarer le lecteur indiscret, il pourrait s'agir de M me Daru mère.


T[eisseire] est venu me voir, ensuite Alphonse Périer, que sa femme 1 est venue chercher, figure vraiment élégante. Mon amour-propre a été satisfait de ce qu'elle m'a trouvé bien mis. J'ai lu le journal du voyage à Vienne de Faure, j'en ai été content ses défauts sont style sans couleur, les défauts qu'il montre dans l'écrivain sont propension à ne pas agir, mais aussi candeur et sensibilité. Journée contente. Je le répète, Mme Palfy a été au mieux avec moi, comme dans les plus beaux temps, comme dans le même lieu, il y a un mois environ. L'absence a fait parfaitement. Si M.Camille T[eisseire] parle de moi, il ne peut que dire que je suis au mieux dans cette maison. M. Z.a fait la conversation avec moi, et des choses qu'il ne dit pas à tout le monde. Je crois qu'il me trouve de l'esprit.

25 Juin 1810.

Ce matin, à une heure, j'écrivais sur mon petit Chamfort « II faut bien avoir le diable au corps pour être malheureux parce qu'on ne va pas à des fêtes comme celle de ce soir à l'École militaire »

1. Il avait épousé en 1806, Mlle Antoinette de Tournadre.


J'y suis allé a six neures avec Mme D[aru], mais je n'ai pas pu rester. avec elle comme à celle de la Ville, le tout faute d'un plan de campagne au lieu d'aller dans la salle du bal, il fallait aller dans celle du trône, comme nous fîmes à la Ville. Voir de là les courses et le feu d'artifice, et surtout être au frais et à l'aise, au lieu d'être encaqué avec de maudits bourgeois aux raisonnements assommants, de là revenir avec l'empereur dans la salle du bal. Si l'on ne peut pas suivre cette marche, pour les gens qui voient souvent l'empereur ce qu'il y a de mieux est de s'assurer les moyens d'entrer à minuit. On voit alors un beau bal, dans une salle immense. Hier, j'ai été fatigué et ennuyé. Le degré d'ennui était cependant supportable j'ai parlé à Louis, Ouéhihé, Mlles de Bézieux, Mme du Bignon 1, etc.

Je suis cependant un peu assommé ce matin, c'est pour avoir trop bu de

1. Le lecteur va retrouver fréquemment cette Mme Dubignon dans l'entourage de Mme Daru. On peut se demander s'il s'agit de la femme d'Abraham Goyet-Dubignon, député do la Mayenne au Conseil des Anciens, puis au Corps Iégislatif jusqu'en 1802 et qut eut en 1809 un fils, Charles-Edouard, qui fut à son tour représentant du peuple en 1848. D'autre part, l'Almanach du Commerce indique un Dubignon qui habite, en 1807 et 1808, au Palais du Tribunat, puis ensuite dans les Galeries du Palais-Royal où, en 1811, son nom fait place â celui de la veuve Dubignon.


l'eau de groseille dans cette diable de chaleur.

Depuis que je n'ai écrit, j'ai fait un voyage très agréable à Montmorency. Je me suis aperçu que je pouvais faire quatre lieues le matin sans m'en apercevoir le reste du jour, comme j'avais vu quelques jours auparavant que je pouvais faire quatre couplets à ma belle sans m'en apercevoir.

Les bois de Montmorency sont bien, mais ce qui n'était pas si bien, c'était le caractère of my best friend1. Il sue le froid et le triste, est contrarié, vexé partout, et jamais la moindre gaieté. Si l'on s'empare de la conversation pour qu'elle ne devienne pas froidement sépulcrale, il est tant soit peu vexé de ce que le partner parle toujours. Si l'on ne parle pas beaucoup, on tombe dans un triste horrible. A part ce défaut, c'est un homme très vertueux et très bon. Mais il faut que j'évite de voyager avec lui, surtout en Italie il tuerait mon plaisir.

Le lendemain, nous allâmes chez Mme de Charlot 2; j'y fus gai, et rien de plus, il en eut beaucoup d'humeur, quoique je n'eusse pas embrassé Amélie. Il voulait me prouver que j'avais un grand tort, 1. De mon meilleur ami Félix Faure.

2. Mme de Bézieux. Elle habitait rue Charlot.


c'est comme Louis qui me gronde de ce que j'ai l'air riant, ce qui me ferait presque croire qu'on peut être très innocemment et sans s'en apercevoir le renard à queue coupée. Au reste, cela s'expliquerait on ne peut pas mieux, en supposant même ces messieurs vides de toute petite pointe d'envie on se fait un beau idéal, dont on se rapproche, et l'on peut blâmer de très bonne foi tout ce qui s'en écarte. Malgré ces petits nuages, je les aime tous deux beaucoup, mais ils suivent une foutue route, pour eux d'abord, et ensuite un peu pour les autres. The best friend pourra se sauver un peu par les passions ambitieuses, sans qu'il s'en doute actuellement, primer dans une cour d'appel lui donnerait des moments de plaisir et de bonté, car quand il n'est pas un peu affecté d'envie, qui se joint chez lui à une modestie outrée, il est fort bon. Au reste, si les amis ont été froids, il n'en a pas été ainsi de la maîtresse ses yeux et son accent ont été aussi enflammés que jamais. Quatre ou cinq jours passés sans la voir ont fait à merveille.

J'ai été très content des Cantatrici villane 1 le 23 juin. Mme Bàrilli parfaite, et supérieure à Mme Correa. Lettre de 1. Opéra bouffe do Fioravanti.


Bereyter1. Lettre de Z. à M. Ma[ret]. Les espérances se fortifient, mais la robe devient diablement commune. Elle pullulait à la fête d'hier, et quelles mines sous cet habit

M. D[aru] continue à se lier avec moi, il me parle, il plaisante avec moi, il voit que je ne suis pas un solliciteur barbare. M. T. n'a plus peur de mon caractère. J'ai fait le saut à l'école de natation, avec courage sans doute, mais en buvant et en m'enrhumant.

J'ai dîné le même jour avec Champel2, caractère singulier et vraiment charmant. Rien de grand, mais tout d'aimable il a, je crois, volé la gaieté et l'instinct de tout interpréter en bien, qui revenaient à Best3, Louis et même un peu de ceux de Crozet.

J'admire de plus en plus le tableau de Raphaël qui est au Luxembourg le sourire vraiment divin de Jésus.

J'apprends mon couplet pour saint Pierre 5. F.6 n'en a pas.

1. Une des deux sœurs Bereyter la plus jeune, Angelina, deviendra, en janvier 1811, l'amie de Beyle.

2. Condisciple de Beyle à Grenoble.

3. Meilleur [ami] Félix Faure.

4. Louis de Bellisle.

5. Fête de Pierre Daru. Cf. Correspondance, t. III, p. 263 et 264.

6. Sans doute Florian-Froidefond.


7 Juillet 1810.

Du 25 juin au 7 juillet, je n'ai rien écrit. J'ai été un peu embarrassé de mon temps, parce que je ne faisais rien. J'ai réentrepris Letellier le 3 juillet, et depuis ce moment le temps recommence à passer vite et avec bonheur, de manière que j'ai intitulé le volume de L[elellier] Felicita nel lavoro 1. J'ai été à la fête de l'École militaire et aux obsèques du maréchal duc de Montebello 2. Malheureusement, je n'ai pas assisté au grand contraste du prince de Schwarzenberg 3, la chose la plus brillante pour ces âmes communes du monde, changée en celle qui pouvait leur inspirer le plus de terreur et cela, me disait M. Z en un temps d'exercice. Le lendemain, à dîner, en me contant cela, il en était encore changé. Son teint était bouleversé et jaune foncé. Mme Palfy y a montré courage, bonté et activité, qualités qu'on ne peut lui refuser. Elle a donné tous les soins possibles à Mme Tousard. Trois jours après, Sa Majesté l'a invitée à dîner.

1. Bonheur dans le travail.

2. Lannes, duo de Montebello, mort le 31 mars 1809, fut transporté au Panthéon le 6 juillet 1810.

3. Incendie à la soirée donnée par le prince Schwarzenberg. Cf. Correspondance, t. III, p. 264.

JOURNAL. III. 24


C'était jeudi, où je suis allé à SaintCloud avec le petit abbé Rochas1, que j'y ai conduit et à qui j'ai trouvé un petit bon sens.

Hier, aux Invalides. Singulier applaudissement donné au chanoine Raillon, qui faisait caca sur la mémoire du général Lannes. Le soir, chez Mme de Béz[ieux]. Soirée agréable parce que j'ai le sentiment d'exercer mes forces sans nulle contrainte. J'ai écrit sur mes pantoufles Un poco di freddo per producer il caldo 2. Cette maxime, mise en pratique envers l'appétissante Amélie 3, m'a valu de sa part une attention continuelle et de doux regards. (Mais je proteste que je ne veux pas aller sur les brisées de Félix.) Mise en pratique avec Mme P[alfy], quoique un peu en tâtonnant, même excellent effet. «Je pars, mon c[ousin], vous ne me verrez plus.» On dirait qu'elle veut se donner le plaisir de voir agir le sentiment de mysell. J'ai eu un doux plaisir, ce matin, au panorama de Wagram, qui m'a rappelé Vienne et the pleasant anxious being 4 que j'y goûtais, Babet, etc., etc.

1. Est-ce le petit oncle de Romain Colomb dont parle celui-ci dans une note de Henri Brulard. Cf. Vie de Henri Brulard, t. II, p. 161.

2. Un peu de froideur pour amener la chaleur. 3. Amélie de Bézieux qui devait épouser Félix Faure. 4. Et l'agréable état d'anxiété.


enir de ce vernis de freddo 1,

Bien me souvenir de ce vernis de f reddo 1, sans lequel auprès des femmes on joue toujours le rôle d'Oreste. Maxime si bien recommandée par M. de Villefosse. Première leçon de M. Goodson à deux heures. Le bon Joinville part.

Faire des recherches sur un Brochant quelconque faisant le Jacobin du temps de la Ligue. Probus annonce ce projet à la Bibliothèque impériale. Voir dans une dissertation accolée à l'Esprit de la Ligue les écrivains qui pourront me donner des lumières là-dessus.

La terre de Mme la comtesse Bert[rand] est une ancienne dépendance de la Mal'maison que Sa Majesté lui a donnée.

Le 10 Juillet 1810.

Probus du parti du travail. « Il fallait passer ces cinq ou six ans en Hollande, apprendre la langue », etc. Secrètement jaloux du bonheur sans travail. Lui parler de mon étude de Smith, de mon cours de droit, à déjeuner, après-demain.

1. De froideur.

2. Pierre Daru.


[9-11 Juillet.]

Nosographie des passions el des états de l'âme. Lire les premières pages de la Nosographie de Pinel et faire celle dont j'ai besoin (9 juillet 1810).

Faire un journal nosographique où j'inscrirai chaque soir, à l'article Vanité, les traits vaniteux observés. à l'article

les traits vaniteux observés, à l'article Avarice les traits d'avarice, enfin sous le titre de chaque passion, état de l'âme, etc., ce que j'aurai observé. Ces signes frapperont mon imagination et doubleront les forces de mon esprit. Je suis sujet à ne plus pouvoir suivre une idée, faute de me la rappeler sans peine, un instant après l'avoir conçue. (11 juillet 1810.)

[13 juillet.]

La considération est les voiles d'une femme, elle reste où elle la perd. (Myself.) Comment se fait-il que (malheureusement pour moi), me foutant de 25 louis, si quelqu'un joue au plus fin pour [ne] me les pas rendre, mon cœur soit agité de colère, plein d'humeur ? Et personne ne prouve davantage que moi que celui qui a de


l'humeur est le premier puni. (Sur the grosser man, le 13 july 1.)

Ce qui gâte Charrier, c'est ce sentiment d'infériorité envers les gens du monde qu'il a pris je ne sais où, et qu'il m'avouait hier chez Tortoni.

27 Juillet 1810.

Je reprends ce journal, après n'avoir rien écrit pendant un mois environ. Du 3 au 25 à peu près, j'ai trouvé le bonheur dans un travail, de neuf heures à cinq en général, to Letellier.

Une seule chose manquait à mon bonheur, c'était lorsque je m'étais fatigué l'esprit tout le matin de ne pas avoir pour passer la soirée une maîtresse aimable. Mais probablement si j'en avais eu une, une grande partie de mon énergie pour le travail se serait perdue dans ses bras. Avec ma manière d'être, et mon mérite étant rehaussé par mon cabriolet, ma calèche, mes chevaux et ma trousse, j'aurais facilement une petite maîtresse, mais ma paresse est incapable de se donner des soins suivis pour cela. Pour que j'aie du plaisir avec une femme, il faut que rien ne vienne troubler l'illusion que je 1. Sur l'homme le plus grossier, le 13 juillet.


me fais, et à la première pensée basse que me laisserait voir ma petite grisette, mon caractère serait de lui donner une robe et de ne plus la revoir.

J'ai été aussi troublé pendant ce mois par des accès d'impatience extrême, notamment envers Pacotte et Kamenski, domestique que j'ai renvoyé. Je domptais ces accès que je ne me connaissais pas encore, ils se terminaient par quelque misanthropie, et de cette misanthropie il en est resté quelque chose dans mon caractère. J'ai fait la réflexion que je faisais trop de dépenses. J'aurai plus de plaisir à dépenser 200 francs de moins par mois et à faire un tour d'un mois en Suisse. Dès que je serai nommé auditeur, je ferai avec Félix mon budget, dont voici les bases: Deux domestiques 2.000 francs. Deux chevaux 2.000 » Dîners. 2.160 » Déjeuners. 400 » Habillement. 2.000 » Entretien de voitures et

de chevaux 500 » Logement. 1.500 » 10.560 »

Spectacles, livres, filles.. 3.440 » TOTAL 14.000[francs].


Je verrai si cela est raisonnable et me jurerai de ne pas dépenser davantage. Il me conviendrait extrêmement d'être obligé, comme auditeur, à voyager quatre ou cinq mois de l'année.

1° C'est mon goût et ce que je ferais, si le hasard m'avait donné, avec le même caractère (ce qui n'est nullement probable, au reste), cent mille livres de rente. 2° Pendant ces quatre à cinq mois de voyage, je ferais des épargnes qui, réparties sur les sept mois de séjour à Paris, me mettraient à même d'y être d'une manière brillante pour un jeune homme.

Je me suis trop livré au plaisir de travailler, et ne me suis pas assez répandu. Nola. D'après les ridicules actuels de cette bonne ville de Paris, à laquelle l'ambition fait oublier de jouir 1 le cheval et le domestique que j'ai de trop peuvent me faire préfet trois ans plus tôt 2. Je pourrais me mettre en pension, j'en trouverais une bonne à 3 francs par jour pour dîner. Mon logement peut se réduire à 700 francs de loyer, comme celui de M. Nanteuil, et à l'intérêt de 3.000 francs 1. Ridicule to be painted in my novel: the Timid [Ridicule à dépeindre dans mon roman Le timide]. Finesse, et bien écrit. (Note de Beyle.)

2. Etre préfet, être richement marié ne ferait plus mon bonheur en 1813, au contraire. (Note de Beyle.)


employés en meubles, soit 200 francs total, 900 francs, au lieu de 1.500. J'ai eu hier un exemple bien frappant; par un pur hasard, Mme Dubignon me fit inviter à un petit baldaquin que donna Mme la m[aréchale] V[ictor] la veille de saint V[ictor].

La crainte de ne trouver à qui parler, au milieu d'une foule immense, que je me figurais comme celle du bal de Mme la duchesse de Courlande, me faisait désirer de n'y pas présenter ma figure inconnue. J'allai ce soir-là à la Coquette corrigée1 et à une pièce où Mlle Mars est charmante. Je goûtai ce spectacle avec beaucoup de plaisir. A onze heures, déterminé par le caractère froid et non susceptible d'entrain de Mme la m[aréchale] V[ictor], je m'habillai et y allai. Je trouvai à peine quarante personnes et Mme la m[aréchale] qui me salua par mon nom. Je dansai un peu et ramenai à quatre heures du matin Mme Dubignon, à qui je devais cette invitation.

Mais à ce bal je renouvelai connaissance avec le gros L.2, que Mme Z. disait hier être très lourd, ce que je ne nie pas, mais il est disposé à me rendre un grand service. 1. Comédie de La. Noue.

2. Sans doute Laborie. Voir plus loin (p. 408) « Le bon gros corps de M. Laborie, 2


Hier, 26 juillet, à une heure, je montai par hasard à son bureau, et il m'apprit qu'il « y avait eu erreur, que c'était moi, comme le plus âgé des deux protégés de M. D[aru], qu'on voulait faire passer au premier travail ». Il me répéta ce fait trois ou quatre fois,- d'où je conclus que graceless 1 Vernon s'est d'abord fait mettre aux lieu et place of his brother2 et, ce premier pas fait, a dit « Votre Excellence a l'intention on ne peut plus juste de faire passer d'abord le plus âgé des deux protégés de M. Z. il est difficile de croire que M. de B[eyle] soit plus âgé que moi. Certainement, à trente ans passés que j'ai, il m'importe de ne pas perdre de temps », etc., etc.

Par ces raisonnements, soutenus de quelques intrigues dans le bureau de Sa Majesté, par le moyen de Mme Fain, je crois, il a pipé la place to his brother and to me 3.

D'où je conclus que ce fripon-là réussira beaucoup.

Voir, quand je serai en Angleterre, si un tel trait déshonore à Londres. Ici on 1. Fripon. D semble bien que le nom de Vernon soit ici un nom supposé. Peut-être Beyle a-t-il désigné sous ce nom les frères Lacombe dont l'aîné était Commissaire des guerres et le cadet, Tony, secrétaire de Martial Daru. 2. De son frère.

3. La place de son frère et la mienne.


n'en a pas plus mal reçu M. Rouen (fils d'un ancien notaire, maire de Paris) qui s'est substitué à son frèrel.

Au reste, pas d'humeur ce trait que je rencontre au commencement de ma carrière d'ambition doit me faire comme le crapaud que Chamfort conseille d'avaler tous les matins quand, pendant la journée, on doit voir la société.

Ce bon M. L. auquel je veux montrer de la reconnaissance, m'a dit que c'était lui, L. qui avait fait tout le travail de placement des cent un auditeurs nommés en premier lieu, que M. le duc de Bassano, étant pressé, n'y avait pas fait de changements, qu'il me conseillail de demander à être attaché à une section, que les auditeurs de la Liste civile étaient nommés et pris parmi ceux des sections, qu'il y avait depuis quelques jours une place vacante à la section de la Marine, d'où il me serait facile, à la première mutation, de passer à celle des Finances ou de l'Intérieur, que c'était en les mettant aux sections qu'on récompensait les auditeurs qui se distingueraient auprès des préfets ou des administrations, que je devais écrire à M. D[aru] pour le prier de 1. Le doyen des notaires de Paris, en 1810, s'appelait Rouen. Son fils aîné, Achille, fut ministre plénipotentiaire, et le plus jeune, Alexandre, était auditeur au Conseil d'Etat.


m'envoyer, à moi, une lettre que lui, L. me fournirait les moyens de remettre à M. le duc de Bassano lui-même, et par laquelle M. D[aru] demanderait que je passe aux sections.

Enfin, M. L. m'a dit « Et quand cette lettre ne serait pas arrivée, moi, comme le ministre sait que je connais M. D[aru], M. Martial et toute la famille (ceci avec l'air important), moi-même je dirai à M. le duc le désir de M. D[aru]. Mais écrivez vite. » J'ai, en effet, écrit une lettre longue mais bien écrite, à M. D[aru]. Il y a quelques nuances de plaisanterie qui font bien. Elle partira aujourd'hui 27.

Je vais voir aujourd'hui M. Duch[é], M. Lavollée si je puis, et faire une petite lettre à M. Maret, appuyée d'une de celles que M. le conseiller d'État Jollivet m'écrivait à Brunswick avec Monsieur l'inlendanl au commencement, et à la fin ce titre me différenciera de tous les petits jeunes heureux qui sont sortis du lycée pour être faits auditeurs.

D'où je conclus i

1. Je vais acheter le premier volume des Confessions, le volume d'Emile, où est Sophie, que Je ferai relier ensemble proprement, et sur le dos STYLE. Je mettrai sur la première page sept à huit vérités, que je lirai chaque jour en forme de prière du matin.

27 Juillet 1810.

Pensées à lire tous les matins en m'éveilaant.

Songe à te lier davantage tu le dois as bard [comme


Que j'ai grand tort de ne pas me

Que j'ai grand tort de ne pas me répandre davantage, puisque sans ma paresse j'aurais été auditeur deux mois plus tôt, et peut-être mieux placé que je ne le serai

2° Qu'il me faut une maîtresse de bon ton, de vingt-cinq ans, et intrigante, pour me former dans ce genre. J'ai assez de finesse, mais trop de paresse 30 Que j'ai été bien récompensé d'avoir surmonté ma paresse en allant chez Mme la m[aréchale] V[ictor]

4° Qu'il faut me lier davantage. Les trois plus forts intérêts qui existent dans mon âme me poussent à ce parti, qui n'est combattu que par la paresse et la mauvaise habitude de vivre casanier.

Ces intérêts sont A. That of bard; poète] (casanier), as ambitious [comme ambitieux] (Victor), as love-pleasure [comme plaisir d'amour].

2° Pense à acquérir la tranquillité d'âme que Beaumarchais conserva au milieu de la position la plus agitante, que Month*. a si bien fais que tu puisses dire de toi

On me verra jouir au branle de sa roue*

Tâche d'observer les ridicules sans en être affecté et sans chercher à faire aigre contre les ridicules. 4° Ne dépasse pas ton budget.

(Cela était sage, je vois plus clair dans mon caractère aujourd'hui et trouve les grandeurs trop achetées par l'ennui des bons tours que fait Fabio. 13 mars 1813.) (Exactement vrai. Au lieu d'aimer l'ambition, ce qu'il faut faire pour elle m'a toujours scié. Solitude laborieuse au milieu d'une grande 'ville, good for my happiness [bon pour mon bonheur]. 21 juin 1816.) (Notes de Beyle.) Peut-être faut-il lire Month[adon] ?

Boileau, épître V.


B. That of ambitious C. That of love-pleasure; D. For having pleasure in my travels I must have the persuasion of having well known Paris 1.

Maintenant, passons aux intérêts de cœur:

1° Le Marais. Allé à Montmorency, danse par un clair de lune charmant, promenade dans le bois avec les deux sœurs, without méther 2.

Le 26, Mlle Marie return from C 3. Elle se lève, en me voyant, avec chaleur et empressement, et nous nous embrassons avec plaisir. Trois ou quatre regards vraiment significatifs. Je ne saisis pas une occasion of visiling the house al half past ten, alone with her, with her zuho has fear of thieves. The chambers of lhe Palace were obscure, a kiss did can incomminciar the siège 4, et il n'aurait pas ressemblé à celui de Ciudad-Rodrigo 5, dont le récit m'a fait plaisir ce matin aux Tuileries

1. A. Celui du poète -B. Celui de l'ambitieux G. Celui du plaisir d'amour; D. Pour éprouver du plaisir dans mes voyages je dois être persuadé d'avoir bien connu Paris.

2. Sans la mère.

3. Revient de C. Il doit s'agir de Marie de Bézieux. 4. De visiter la maison à dix heures et demie, seul avec elle, avec elle qui a peur des voleurs. Les chambres du Palais étaient obscures, un baiser aurait pu commencer le siège.

5. Ville d'Espagne prise par Ney le 10 juillet 1810.


le premier coup de canon décidera probablement tout in the mine 1.

Chercher à prendre là le ton léger which 1 have with her sisters 2.

A dire vrai, ce ton est plus brillant que léger, mais on ne peut pas être léger with the two sisters3, parce qu'elles ne renvoient pas la balle.

J'ai vu pour la première fois le ridicule de l'amour, dont Molière et tant d'autres me parlaient depuis longtemps.

M., happy t/zen, truly happy 4, m'a semblé entièrement dans ce ridicule, interprétant en sens tout à fait contraire (étrange) des choses que je lui disais de bonne foi, prêt à se fâcher de légères plaisanteries upon her fair 5. Odeur de fou se sentait à la ronde.

Au reste, malgré mes résolutions économiques, je donnerais bien 50 louis pour avoir une telle maladie.

M. de N. m'a remis 168 louis le 17 juillet. C'est 12.500 francs que je lui dois en tout. Je forme la résolution d'écrire chaque jour, mais sans approfondir, car telle soirée demanderait dix pages.

Faire un cahier de ridicules, et inscrire 1. Dans le mien.

2. Que j'ai avec ses sœurs.

3. Avec les deux sœurs.

4. Alors heureux, vraiment heureux.

6. Sur sa belle.


chaque soir ceux que j'aurai observés, à leur article.

Dîné chez Legacque avec F[élix], de là vu un petit appartement rue du MontThabor, 5, au troisième, 300 francs 1. La propriétaire me vendrait les meubles. Maison très propre, vue sur les Tuileries mais F[élix] trouve que 1'entrée n'est pas assez distinguée. Elle ne vaut pas celle de M. Nanteuil, mais aussi le sien lui coûte 700 francs. J'aurais, dans la même maison, écurie et remise pour 200 francs. Le quartier me conviendrait, quoique je préférasse la tranquillité de la place du Corps législatif.

From there al Mme N's lodging. She was just going oui. I go after half an hour, I was enterlaining for this old couple. From there, at Charlot street 2. J'ai remarqué une nuance de froideur. Est-ce à cause de mon absence de dix jours, est-ce parce que j'avais été trop familier à M[ontmorency] ? Je m'en fiche. Il n'y avait un peu d'esprit que dans les yeux de la cadette, qui m'a parue fâchée 1. Est-ce l'appartement rue Neuve-du-Luxembourg (n°3), au coin de la rue du Mont-Thabor que Beyle louera vers la mi-octobre ?

2. De là chez Mme Nardot. Elle venait de sortir. J'y retourne après une demi-heure, J'ai amusé ce vieux couple. De là, rue Chariot, [chez les dames de Bézieux].


du froid. J'ai vu avec plaisir la bonté de M. Duvern[et], plein de bon sens, et même de gaieté, pour un homme de soixante-dix ans, sans esprit. La fête de saint Laurent, 10 août.

28 Juillet 1810.

J'entends sonner huit heures étant au café Véry, aux Tuil[eries]. Je pense à la commodité dont me serait l'appartement du Mont-Thabor.

A dix heures et demie, je trouve Marie déjeunant, un sorriso d'anima lampeggia in queslo vollo 1. Toutes ses actions provoquent la familiarité, j'ai l'air guindé et un peu niais. 1 see, and she gives me to understand lhal she is pregnant, 1 believe, of four m[onths]. J'ai le ridicule d'en être un peu jaloux. I go with her at Mme Dubignon, from there al the molher, wilh whom I am very well but Flo[rian] is, 1 believe, beller, la douce égalité 2.

Je vais de faire mon devoir de sollicitant chez M. Lavollée 3 qui, n'ayant pas 1. Un sourire d'âme brille sur ce visage.

2. Je vois, et elle me donne à comprendre qu'elle est enceinte, je crois, de quatre mois. Je vais avec elle chez Mme Dubignon, de là chez sa mère, avec qui je suis très bien. Mais Florian est, je crois, mieux la douce égalité.—Mme Daru eut, en effet, son sixième enfant, Henri-Paul, le 30 décembre suivant.

3. Secrétaire des commandements de l'archichancelier.


une place qui lui donne officiellement la position à laquelle le fait monter la facilité qu'il a de protéger auprès de l'archichancelier, me reçoit non pas avec impolitesse, mais avec hauteur, ou plutôt importance.

I dine with Mme Z. I must speak of my visit to M. Lavollée. She speaks at seven, this evening, with the almighty duke of Bassano. I read a letter of Probus, giving thanks to Aline and Nap[oléon] for their letter to him and lhe o of Nap[oléon]. I shall go this evening at the Due Rivali1, dont la musique, quoique trop chargée, me plait parce qu'on sent qu'elle est de l'école de Mozart. Elle me plaît par ce qui ôte au mérite de l'auteur, ressembler à un autre.

Dimanche [29].

Je manque Mme Palfy à une heure. Je travaille de trois à six à Bentham. Je me promène sur le boulevard. Je regrette ne pas avoir une société où aller. Journée pleine d'humeur.

1. Je dîne avec Mme Daru. Je dois parler de ma visite à M. Lavollée. Elle parle à sept heures, ce soir, au très puissant duo de Bassano. Je lis une lettre de Darn*, remerclant Aline et Napoléon de leur lettre et de l'o de Napoléon. J'irai ce soir aux Deux Rivaux [Opéra de Mayer]. Pierre Daru était en Hollande.

JOURNAL. III. 25


Lundi [30].

Je travaille avec Félix à la classification des passions, états et habitudes de l'âme, moyens de passion, de sept et demie à trois et demie. I go al Maria's lodging 1. Choses que je regarde comme prouvant l'amour et que je ne puis regarder autrement. I dine with her at m3 Db. and with mislress Mure and misler Mure 2. De là, aux Due Rivali. J'ai le tort de ne pas suivre M. quand elle sort.

Je vois un instant les dames de Charlot street. Je travaille une heure avec Félix. Journée heureuse et suivant mon système, par travail et société des femmes. C'est par des journées aussi remplies que j'accrocherai des années heureuses. To-morrow I have the projet of coming for breakfast at Maria's.

I tuas wilh her. She mi la pregare a pranzare dal signor de B. She was perfectly well for the figure, animaled e la fisionomia di compter sur moi.

She goes out for a petty tour of eighl days, non l'abbraccio e ho gran lorlo. 1 dine at mistress Dbr. with Mr. et Mme Mure. 1. Je vais chez Marie.

2. Je dine avec elle chez Mme Dabignon et avec Mme et M. Mure. [Les Mure étaient les cousins de Pierre Daru.l


Jeudi 2 Août.

I write to lady Maria, I don't know whether my leller will be well received 1. Je vais à Saint-Cloud, Félix voit le Bourru bienfaisant 2 et le Parleur conlrarié 3, mais ne voit pas Leurs Majestés. Je lis la lettre des dangers sur le lac (Nouvelle Héloïse, tome III) sous les grands arbres de Saint-Cloud et ces immenses allées solitaires. Je suis chassé par le froid à huit heures du soir, le 2 août. Le temps de ce pays est vraiment l'emblême des âmes qu'on y trouve 4. Je décrirai une soirée de M. N.5 dans le grand cahier des états de l'âme. J'ai fait mon métier de solliciteur par ma lettre to Probus and the other two, the

1. J'ai l'intention d'aller déjeuner demain chez Mme Daru. J'étais avec elle. Elle me fait prier à dîner par M. de B[aure]. Elle était parfaitement bien pour la figure, animée et l'air de compter sur moi.

Elle part pour un petit voyage de huit jours, je ne l'embrasse pas et j'ai grand tort. Jo dîne chez Mme de Baure, avec M. et Mme Mure.

Jeudi 2 Août,

J'écris à Mme Daru, je ne sais pas si ma lettre sera bien reçue.

2. Comédie de Goldoni.

3. Un acte par dc Launay.

4. Vrai. 1813. (Note de Beyle.)

6. Peut-être M. Nardot.


first the duke of B[assano], the second to lady Maria 1.

Mme de B[aure] a vraiment de l'esprit me lier avec elle. She can give me excellent counsels 3.

3 Août 1810.

Jour remarquable in my life 4.

Je prends du café à huit heures, travaille jusqu'à midi, monte en cabriolet avec Félix j'avais le projet d'aller voir Mme la comtesse B[ertrand] à Malmaison. Elle est à Paris, mais non pas chez elle. Nous délibérons et allons promener aux Prés Saint-Gervais. Je dîne chez les Provençaux, de là au Philosophe marié 5, suivi des Deux Pages. Je songe à un portrait à faire de ce grand Frédéric que Fleury nous montre dans cette pièce, mais que l'auteur a défiguré. Je songe aussi et beaucoup, en revenant, à l'auditorat ce que j'aurais à faire si, en rentrant, je trouvais l'avis de M. Maret. Je me gronde de ne pas assez regarder cela comme incertain.

1. Par ma lettre à M. Dam et les deux autres, la première au duc de Bassano et la seconde à Mme Marie.

2. Certainement elle est moins stupide que Pacé, mais elle a la même âme. Le plaisir de la nouveauté me faisait voir de l'esprit, elle n'en a pas. (21 juin 1815.) (Note de Beyle.) 3. Elle peut me donner d'excellents conseils.

4. Dans ma vie.

5. Comédie de Destouches.


En rentrant, je demande avec froideur s'il y a des lettres on me dit que oui. Je vois un paquet adressé chez M. Daru et contresigné Le ministre secrétaire d'État. J'ouvre, et vois une lettre ainsi conçue

« Le ministre secrétaire d'Etat s'empresse de prévenir M. de Beyle qu'il a été nommé auditeur au Conseil d'État, par décret du 1er de ce mois. Il a l'honneur de renvoyer à M. de Beyle les lettres officielles qui étaient jointes à sa lettre du 1er de ce mois.

» Saint-Cloud, le 3 Août 1810.

« M. de Beyle. »

J'ai ouvert cette bonne lettre à onze heures et vingt-deux minutes du soir. J'ai vingt-sept ans six mois et vingt jours, étant né le 23 janvier 1783. Si, il y a deux ans, quelqu'un m'avait prédit que je ne serais jamais commissaire des guerres, je me serais peut-être affligé. 4 Août 1810.

J'ai eu une suite singulière d'événements heureux. Je serais tenté de croire au pro-


verbe qui dit qu'un bonheur ne vient jamais sans l'autre.

Le 4 août, je suis allé à dix heures montrer la bonne lettre d'hier soir à Martial. J'ai dit que je l'avais reçue ce matin, en sortant. Martial m'en a montré une de M. D[aru] dans laquelle il parle de moi avec amitié et me conseille d'aller à Lyon.

Je suis allé déjeuner chez Mure. En revenant, j'ai trouvé une lettre pleine de bonté de Mme D[aru], qui me confiait une lettre de M. D[aru] qui me conseillait, avec toute la grâce et l'obligeance possible, de partir pour ma destination.

Enfin, à six heures et demie, j'ai appris chez M. de Baure, auquel j'annonçais ma nomination, que j'avais une lettre de M. D[aru]. J'ai craint à part moi que ce ne fût une réponse sévère à la lettre par laquelle je le sollicitais, un peu indiscrètement peut-être, d'écrire à M. Maret. On jugera de ma surprise et de mon bonheur, lorsque, dans le cabriolet de louage qui me conduisait aux Cantatrici villanc, j'ai lu une première lettre ainsi conçue « Votre lettre, mon cher Beyie, m'arrive bien lentement il y a deux jours que je vous ai fait mon compliment, par ma femme. Voici une lettre pour M. le duc de Bassano. Sollicitez Baure pour qu'il m'en-


voie un rapport où je vous propose, avec M. Le Coulteux, pour la place d'inspecteur du mobilier.

« Mille amitiés. « DARU. « Ce 1er Août. »

Dans cette lettre était pliée la suivante « Monsieur le Duc,

« J'apprends que, de loin comme de près, j'ai des remerciements faire à Votre Excellence. Cette fois, c'est pour l'intérêt qu'elle a bien voulu accorder à M. Beyle, mon parent. Le voilà nommé auditeur. Je desire, car il faut toujours désirer quelque chose, qu'il soit employé de manière à travailler. Il a vingt-sept ans, il a acquis de l'expérience dans plusieurs campagnes et dans l'intendance de Brunswick qu'il a exercée. Je le crois très propre à rédiger avec netteté, esprit et précision. Mes propres vœux seraient de le voir attaché à la Liste civile et à ma section si l'une et l'autre, l'une ou l'autre de ces choses est possible, je prie Votre Excellence d'agréer ma demande et l'hommage de ma reconnaissance et de mes respects. « DARU.

» Amsterdam, ce 1" Août 1810. »


Ces deux excellentes lettres sont du 1er août, et cependant par ce

Ces deux excellentes lettres sont datées du 1er août, et cependant par celle de M. Maret il paraîtrait que le décret qui nomme les auditeurs n'est que du même jour, 1er août. Et qui aura annoncé ma nomination à M. D[aru] ? Il me semble que si M. Maret avait glissé cela à la suite de quelque dépêche officielle, M. D[aru] le remercierait de cette attention. Quoi qu'il en soit, dans mon enchantement de ces lettres j'ai eu le tort de ne pas quitter la gaie musique des Cantatrici à huit heures et demie, pour venir solliciter M. de Baure, ainsi que M. D[aru] me le dit.

5 Août.

Je n'ai vu M. de Baure que ce matin à dix heures et demie il m'a paru très content des intentions de M. D[aru] et très espérant qu'elles réussiront. Il m'a dit de lui donner copie de la lettre de M. D[aru], qu'il mettrait dans le rapport à l'empereur, et que ce rapport partirait demain 6.

Ce matin, j'ai vu sur ma cheminée une lettre de lady Maria; j'ai senti de la répugnance à l'ouvrir, je craignais un refus (elle était en anglais) et m'accordait pleinement ma demande. Ça m'a fait un vif


plaisir. Ma nomination et toutes les circonstances agréables que je viens de décrire m'ont fait un plaisir raisonné, mais bien moins vif que celui que j'aurais à être aimé et possesseur de lady Charlotte 1. Enfin, pour compléter le bonheur par les lettres, je viens d'en recevoir deux, une de mon ordonnateur, l'autre of mg bastard 2. M. Charmat est parfait avec moi, et me dit de faire ce qui me conviendra l'autre me donne 25 louis et me fait espérer 5.000 francs from my excellent grand father 3.

Ainsi, de compte fait depuis le 3 août, à huit heures du soir, jusqu'à aujourd'hui 5, à quatre heures, j'ai reçu

Lettre de M. Maret 1 de Mme D 1 de lady Maria. 1 de M. D[aru] 2 lu de M. D[aru], bonnes pour

moi. 2

une deuxième pour M. Maret 1 de M. Charmat, ordonnateur 1 de my bastard. 1 10 lettres,

1. Beyle pense-t-il encore à Victorine Mounier qu'il appela aInsI en 1805 ? Ou est-ce un nouveau pseudonyme de la comtesse Daru ?

2. De mon bâtard. Son père.

S. De mon excellent grand-père.


ça fait dix lettres toutes bonnes pour moi, et plusieurs excellentes. C'est bien la journée des lettres.

'en ai écrit une dictée par le cœur à M. D[aru], une idem à Mme D[aru]. Je suis fatigué de courses. J'ai porté mes preuves hier 4 à Son Excellence le duc de Massa 1.

J'ai été éloquent une heure au Panorama, que je démontrais à Mme Nardot et à Mme Pareval. J'ai eu des compliments du public et du démonstrateur, qui s'était tu.

6 Août 1810.

Journée de courses, mais de courses couronnées par le succès. Je m'emboîte dans un habit français à onze heures et demie, après avoir fait écrire Napoléon 2, et vais prendre M. Dupont-Delporte3 pour nous rendre ensemble chez le grand juge. Il venait de sortir, j'y vais le grand juge venait de partir pour le Conseil d'Etat. Je fais arrêter ma calèche aux ChampsElysées, change d'habit, et vais à SaintCloud, un peu ennuyé d'avoir à tromper 1. Régnier, grand juge, due de Massa-Carrara. 2. Le fils de Pierre Daru.

3. Auditeur au Conseil d'Etat, qui devint. préfet puis baron de l'Empire.


un portier, mais cependant prenant le dessus sur cette légère contrariété, jouissant d'un beau jour et de la jolie verdure du bois de Boulogne qui, ce jour-là, était jolie, tâchant de faire jouir l'ambition qui peut être dans moi, en lui faisant peindre des succès par l'imagination. Le portier ne me voit pas à Saint-Cloud. Je grimpe, attends un quart d'heure dans une antichambre solitaire, pénètre enfin. L'on me dit que M. Maret est à Sèvres. J'y vais, cherche quelque temps son adresse dans Sèvres, où personne ne peut me la donner qu'un gendarme. Je grimpe à sa jolie maison. On me dit qu'il est parti pour Trianon. En sortant, je donne un écu à la portière, qui me dit « Foi de femme, depuis deux ans que je suis ici, vous m'étrennez. »

Je reviens à Paris en lisant Helvétius, il me semble que je lis des notes écrites par moi en style lâche, tant je suis d'accord avec lui.

En rentrant, je trouve Faure m'invitant de la part de M. Michel à un dîner où se trouveront MM. Versiat, Marchand et Alphonse 1. D'après le principe lie-toi, j'y vais. Nous dînons avec assez de gaieté à six heures et demie. Je débauche Alphonse 1. Alphonse Perier.


et par une belle journée, en trois quarts d'heure, nous allons à Sèvres.

11 Août 1810.

J'ai un petit fonds d'humeur ce soir parce que je crois avoir été maussade ce matin avec Mme Palfy. Je parierais beaucoup que ça n'a pas été à ce point pour elle. Elle a pu me trouver sans grâce. Elle n'a pas même la profondeur de sentiment nécessaire pour cette réflexion. Si j'avais pu lui déplaire ce matin, hier, avant-hier, tout autre jour, je lui aurais plu autant que je le puis désirer1. Si j'avais eu des grâces, elle les aurait senties; je n'en ai pas eu, elle ne s'est pas aperçue de mon air contraint.

Ce qui doit me consoler, c'est son exclamation, hier, quand je lui dis

« Je retourne à Cherubini.

Et la lettre ? Vous qui en avez de si bruyantes »

Ce soir, je suis allé à la première représentation des Deux gendres, de M. Etienne; je suis extrêmement content du style, plein de substantifs et presque sans épithètes, de ces vers auxquels on ne peut 1. Vrai. 1815. (Note de Beyle.)


rien ôter. La pièce ne tombe ni dans le genre du drame, ni dans le genre niais. Elle attaque les ridicules c'est une satire en dialogue. Je ne m'y suis pas ennuyé. Le quatrième acte m'a paru le plus faible. Cependant, ce n'est pas une bonne comédie, mais l'auteur est sur la route. J'ai songé à son bonheur c'est une belle soirée pour lui, à peine deux petits sifflets honteux, succès comme celui du fade Omasis 1, et bien mieux mérité.

Si, au lieu de l'intrigante G. (duchesse de R. 2), j'avais une jolie petite maîtresse un peu sensible avec laquelle je pusse raisonner de mon bonheur d'ambition et de la pièce nouvelle, mon bonheur serait parfait mais, faute de cette petite maîtresse, il est très imparfait. J'ai porté au spectacle mon volume intitulé style, mais dois-je en tout parler comme Rousseau? C'est une question qui m'inquiète. Mais j'en reviens toujours à ma lassitude de Mme de G. et de sa cousine et au besoin qu'a mon cœur d'une maîtresse que je puisse aimer.

Croirai-je un jour que ce besoin va au 1. Tragédie de Baour-Lormian.

2. Ne peut-on voir en cette G. (ou Mme de G.) cette Mme de Qency envers qui Beyle fut assez entreprenant le 8 juin 1810 ?


point de m'avoir fait trouver un vif plaisir dans le serrement de main de Mie N. after dîner?

J'attends chaque jour le rapport par lequel l'excellent D[aru] demande pour moi la place d'inspecteur du mobilier. Excellent trait du vieillard d'Avignon qui se donne la comédie toute sa vie. Désappointement de son notaire et de son procureur.

Dimanche 12 Août 1810.

Le jour le plus heureux est celui of the lour to V[ersailles], or the 3 août 1810 1 je crois que le bonheur de Versailles] était plus fort (12 août 1810). Comme Tancrède, je vois un mur de flamme, bien rarement j'ai le courage de m'élancer au delà, mais alors je reconnais que ces flammes n'étaient qu'une vaine illusion, un jeu d'optique. Voilà le résultat de ma visite ce matin à la belle E.

J'allais chez Pacé, quand j'ai rencontré lady Maria qui montait chez mother with my amiable rival 2. Comme il n'est susceptible d'aucune émotion forte, et qu'elles ne l'ont point introduit à ces moments 1. Celui du voyage à Versailles [9 mai 1810] ou le 3 août 1810.

2. Chez sa mère avec mon aimable rival.


de bonheur divin qui jettent une teinte de médiocrité sur l'existence ordinaire, le bonheur de se bien porter et d'être avec quelqu'un avec qui il puisse parler de choses qui ne fatiguent pas son esprit lui suffit. Il est toujours riant, toujours gai, ne s'exprime qu'avec des tournures bienveillantes. Au premier moment, sa présence fait plaisir ce plaisir dure jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que c'est toujours la même chose et qu'il n'y a au fond ni esprit ni bienveillance. Son âme est parfaitement froide1. Pour des yeux qui ne savent pas lire certains hiéroglyphes, la mienne a le même aspect. Les choses frappantes qu'elle peut produire sont en partie invisibles, et il me reste la grâce et la gaieté continuelle de moins.

Graceless Vernon's brother, guidé peutêtre by the political genius of his brother 2, a, sous des prétextes non offensants, laissé voir de la négligence, de la froideur il a passé quinze jours sans paraître. Hier, il vint, he was invited to breakfast, and this morning when I have seen him with lady Marta, they were probably going out from breakfast and the mass. Ils parlaient 1. Bon portrait de F., fait pour avoir des succès dans un pays d'apparences. 1815. (Note de Beyle.)

2. Le frère du fripon Vernon, guidé peut-être par le génie politique de son frère.


anglais, she has said to me, that they were going to mistress mother1. Elle a remarqué que j'avais les cheveux mouillés, a grondé the rival upon his dividing with me a b 2. Je suis allé avec eux chez mislress molher et les ai laissé partir seuls. De là, je suis allé (à l'autre bout de la ville) chez Martial, que j'ai trouvé froid upon my happiness 3, et affectant de n'y prêter aucune attention 4, du reste le plus malheureux des hommes peut-être, avec quatre-vingt mille livres de rente, trente-trois ans, une figure aimable et ce qu'on appelle ici de l'amabilité, mais nulle âme et la bêtise d'avoir mis son bonheur in the ambition, advice to you young auditeur 5.

J'ai joui ensuite avec Gœthe, near to my soul 6. J'ai fini les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister; ces idées m'avaient rendu fou, et c'est dans cette disposition que j'ai commencé à écrire. 1. Il était invité à déjeuner, et ce matin quand je l'ai vu avec Mme Marie, ils sortaient probablement de déjeuner et de la messe. Ils partaient anglais, elle m'a dit qu'ils allaient chez sa mère.

2. Le rival de m'avoir quitté à b.

3. Sur mon bonheur.

4. Trait de caractère de toute la famille, et peut-être de toutes les familles. Lady Palfy était le contraire. 1815. (Note de Beyle.)

5. Bon portrait de M[arti]al. (Note de Beyle.) Son bonheur dans l'ambition avis à vous, jeune auditeur. 6. Près de mon âme.


me permet de laisser Paris jour trente-six ou quarante-

L'ambition me permet de laisser Paris à lui-même pour trente-six ou quarantehuit heures. La loi du freddefto 1 m'éloigne of Maria, et j'entrevois le bonheur au fond des bois de Montmorency, pensant à L[etellier].

Ainsi finit ce cahier. Comme j'en étais ici est arrivé mon grand costume d'auditeur, que Léger2 m'a envoyé. Je l'ai essayé, je trouve cet habit fort bien, et précisément aussi chargé qu'il convient à un jeune homme.

C'est précisément ainsi que devait finir ce volume, qui contient l'histoire de ma sollicitation, du 9 mai au 12 août 1810. Avec un coeur comme celui de Mélanie, j'eusse été parfaitement heureux. J'ai précisément ce qui me manquait quand l'amour faisait mon bonheur à Marseille, mais, par une juste compensation, je n'ai plus ce que j'avais.

Avantages de la méthode, le raisonnement vis-à-vis a fait trouver à MYS[ELF] son dénouement et la direction de deux ou trois principales scènes 3 (le 8 juillet 1810). Qu'est-ce que le Rire4 ?

1. Du petit froid.

2. Son tailleur..

3. Dé fia comédie Letellier. 4. On connait de Beyle un manuscrit de cette date et JOURNAL. III. 26


25 Juillet.

Notes sur Tartuffe

L'exposition est une dispute sur le caractère des personnages qui les fait connaître mais cette dispute n'avance en rien l'action de la pièce.

Une exposition supérieure à celle du Tartuffe serait celle dans laquelle une dispute de ce genre serait déjà une action faite par l'un des partis par Tartuffe pour séduire la femme d'Orgon, ou par la famille pour démasquer Tartuffe.

12 Juin 1810.

Il y a quelques jours que je cherche inutilement mon cahier de Letellier. Quand je le trouverais, je crois me souvenir que c'est une des premières esquisses et non le dessin presque arrêté en 1806. Je vais donc chercher à me rappeler mes anciennes idées. Je ne sais si j'en aurai la patience, et surtout la constance. Je tiens à ce sujet parce que c'est celui où je crois que ma jeunesse me nuirait le moins.

1° Letellier est plein de vanité et d'esprit, mais n'a pas les grands desseins que donne la bile. Sa vanité blessée de la gloire de Chapelle et surtout de son bonheur (comme la haïssant dans la comédie de Mlle Baillie qui porte ce titre. Il a été publié dans Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire, p. 321.


sans qu'il y ait la moindre intention de la part de Chapelle) le porte à perdre Chapelle, il faut sauver l'apparence de la noirceur, il fait ça tout doucement comme nous lé voyons faire tous les jours. Il est le général des obscurantins détestant le XVIIIe siècle, il est riche.

2° Chapelle. Épicurien jeune, homme de génie, plein de feu, de brio et de passion dans l'occasion, trouvant son bonheur à composer et composant, prêt à faire tout autre chose s'il y trouvait plus de plaisir, amoureux mais non pour le mariage, intéressant par la fortune.

3° Mme Saint-Martin, grande coquette domptée par l'amour, un peu Messaline. 40 Williams (une partie du caractère que je suppose au chevalier) infiniment d'esprit et nulle moralité, sans aucune sensibilité, ne pouvant s'amuser que par l'esprit. applaudissant à l'esprit pour quelque cause qu'il soit employé et n'estimant que ça. 5° Garasse, Patouillet, agents de Letellier. 6° Rozambert, amis de Chapelle. (Voilà bien les caractères, mais où trouver la distribution des actes et surtout mes douze ou treize situations comiques ? J'en avais un si grand nombre que je ne savais les placer je ne me souviens que d'une ou deux, et encore vaguement.)

70 M. Soumet 1 il existe un personnage 1. Je ne connais M. Soumet, auditeur, que par ce qu'en ont dit les journaux, et ne me sers momentanément de ce nom que pour guider mes idées. (Note de Beyle.)


vrai, et peut-être particulier,

vrai, et peut-être particulier, au moment où j'écris. C'est un jeune homme qui affecte la gravité pour obtenir une place d'auditeur; le contraste de son cœur qui le porte au plaisir et de son plan qui le jette dans l'ennui, dans le reversi des grand'mères et dans la conversation pédante et triste des obscurantins, peut le mettre dans des positions ridicules. S'il est nécessaire à cette comédie, l'y mettre Je pourrais lui donner le projet de se pousser par les lettres niaises, c'est-à-dire des ouvrages bien écrits, mais froids et le plus vides possible de pensées. Ce serait un jeune protégé de Letellier. Je pourrais le faire le rival de Chapelle auprès de Mme de Saint-Martin, mais, je le répète comme condition sine qua non, il faut qu'il soit nécessaire. Pour le ridiculiser en lui sauvant l'odieux, il pourrait par honnêteté naturelle et non encore arrachée par la société des obscurantins, contribuer à la fin à sauver Chapelle et quitter le parti de l'ennui.

15 Juin 1810.

Letellier ne s'élèvera pas au-dessus du ton bourgeois. C'est un homme d'esprit, colère en diable, à âme basse et à ton de cuistre.

Pour le ton, c'est un homme dans le genre de Chrysale des Femmes savantes, de M. Grichard du Grondeur.

1. Vrai. 1813. (Note de Beyle.)


Le ton de la bonne compagnie, le ton à la Collé avec plus de saillies, sera pour Chapelle, Rozambert, Mme Saint-Martin, etc., etc.

Ces deux tons me donnent une opposition bien naturelle et bien bonne. Letellier veut, comme chef de parti, perdre Chapelle, il craint que l'esprit, le ton charmant de Chapelle et sa gaieté inaltérable, réunis aux sociétés dans lesquelles il va, ne fassent de lui, sans qu'il y songe, un point de réunion pour les philosophes.

Pensées

(Le 27 juillet 1810, je pense que :) Une grande ville favorise la connaissance de l'homme parce que beaucoup de personnes sont mises par leur état dans la position de faire des observations justes. On ne commet pas d'erreurs lorsque nulle passion ne nous y pousse. Or, M. Legacque, les employés du gouvernement qui voient se succéder sous leurs yeux des milliers de personnes, les restaurateurs, les maquerelles comme Mme de Quincy, Mme Virel, tous les états qui ont des relations forcées avec le public, comme les fiacres, etc., font des observations dont la justesse est déterminée uniquement par le degré de l'intelligence, sans que les passions viennent rien en diminuer.


12 Juin 1810.

Il peut être utile, pour mettre de la clarté dans mes idées, de repenser, après cinq ans d'oubli, à mon ancien travail de 1805, sur les caractères naturels et sociaux et leurs oppositions avec les passions, avec Je classement de ces oppositions en sujets tragiques ou comiques.

Combiner avec le tempérament physique. Liens naturels (je prends, pour la nature, les sauvages d'Amérique cités par Malthus) le père, le mari, le fils, le frère, l'ami, le général, le juge (le roi ou gouverneur est ces deux réunis).

Passions L'amant, l'ami, l'ambitieux, l'avare, le vaniteux, l'orgueilleux, le joueur, le jaloux, l'envieux, le haïssant, le cupide (d'argent).

Habitudes: le preneur de tabac, l'inconstant, le distrait, le prodigue ou dissipateur. Le combat des liens et des passions donne les angoisses tragiques ainsi le Cid est le combat du lien fils avec la passion amour; Zaïre, du lien femme et du lien tu ne seras pas incestueux avec la passion amour; Pauline, du lien femme avec la passion amour.

Et que ferons-nous d'Arnolphe, par exemple, de Figaro ? Et Othello la jalousie (ou ancienne habitude d'orgueil) combattant l'amour.

Les passions font faire des actions presque


entièrement différentes suivant qu'elles se nichent dans des tempéraments ou des caractères ou ensembles d'habitudes, différents. Chercher d'abord les positions comiques l'intrigue, après, très facile à trouver. Véritables positions comiques tirées de la lutte de ces deux caractères opposés le philosophe véritable, et le vaniteux faisant les actions de l'obscurantin. Sa vanité fait souffrir sa haine.

Sa haine fait souffrir sa vanité. Congrès de cuistres.

Composition du feuilleton.

Gaieté de Chapelle.

Saint-Pierre, 29 Juin 1810. Chartreux.

Linge

Chemises sans jabot 15 Chemises avec jabot 27 Gilets. 18 Cravates batiste.

Mouchoirs.

Mouchoirs encadrés.

Les sensations de l'âme, la voix, le génie, le plaisir que donne la musique sont un luxe de santé. Cimarosa était un gros garçon comme moi, je crois que, quand cet embonpoint s'arrête à un certain degré, ce n'est


pas un mal for the happiness and the geni us 1. C'est un mal en revanche for the wit founded upon vanity 2. Je répugne à me figurer l'esprit de Voisenon dans le bon gros corps de M. Laborie. (Ermenonville, mai 1810.) Veux-tu doubler ton esprit Conduisle avec ordre. (10 juillet 1810.)

Saint-Gervais

Le commandr de quelque chose Münchhausen d'infernal.

M. Maubreuil

Baour-Lormian

Maisonneuve hommes de lettres. Roger

Etc., etc., etc.

Thèmes (à être traités eu fa mineur, comme la 8e symphonie de M. Haydn). Le Roi. 5. Je crois qu'il faudrait exemplificr et prendre Louis XV l'action pourrait être « Le brouiller avec sa maîtresse actuelle et lui en donner une autre. » Cette action montre combien un pauvre roi a peu de plaisirs.

Le Général. 5. Le quartier général à Enns les spectacles de Vienne mort du cheval.

L'Homme de lettres. 5. Imaginé près du portrait de Richmond, après avoir lu la vie d'Addison dans Johnson.

1. Pour te bonheur et le génie.

2. Pour l'esprit fondé sur la vanité.


Table

Journal 1 jusqu'à

Pensées philosophiques

Pensées of comic bard 1

Sujets à traiter

Pensées pour le vaudeville de L[etellier] FIN DU TOME TROIS