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Title : Les faux Louis XVII / par L. de La Sicotière

Author : La Sicotière, Léon de (1812-1895). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1882

Subject : Hervagault, Jean-Marie (1781-1812)

Subject : Hébert, Henri-Ethelbert-Louis-Hector (1785?-1853)

Subject : Naundorff, Karl Wilhelm (1785?-1845)

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 164 p. ; in-8

Format : Nombre total de vues : 167

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k66847h

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-9889 (6)

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb307458135

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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Couverture inférieure manquante

~!)ut d'une série de docmn'nts Cil couleur


LES

FAUX LOUIS XVII PAR

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LIBRAIRIE DE VICTOR PALMÉ, ÉDITEURS 76, Rue des Saints-Pères 76.

1882. 'C~

Quoi tu veux qu'on t'épargne et n'as rien épargne!

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PARIS


Fin d'une série de documents en couleur


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~ESMUX LOUIS XVII

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FAUX LOUIS XVII

~PE LA SICOTIÈRE

Quoi tu veux qu'on t'épargne et n'as rien épargné

CottNEH.H, CfmtM.

PARIS

LIBRAIRIE DE VICTOR PALME, EDITEUR 76, Rue des Saints-Pères 76.

1882.

LES



LES FAUX LOUIS XVII

On pouvait croire la question des faux Louis XVII enterrée avec les derniers des intrigants ou des fous qui avaient pris ce titre et trouvé moyen, quelques-uns du moins de s'en faire une situation et un revenu. Louis XVII aurait aujourd'hui près de cent ans. Personne ne peut plus se présenter aux naïfs et leur dire avec un aplomb superbe: <!L C'est moi c'est moi-même! « Regardez mon nez bourbonnien comme celui de Louis XVI, « ma lèvre autrichienne comme celle de Marie-Antoinette, et « mes deux incisives étroites et pointues comme celles d'un « lapin Voici, sur le bras, les traces particulières des piqûres de « l'inoculation à l'angle de l'œil, celle d'un coup de serviette « que me lança l'affreux Simon Plus de génuflexions dévotes devant ces stigmates sacrés Plus de vieilles gouvernantes ni d'antiques serviteurs, venant, l'oeil éteint et la vue troublée, jurer, d'une voix chevrottante, qu'Us reconnaissent parfaitement, après quarante ou cinquante ans, leur jeune maure, qui dans Richemont, qui dans Naündorff, qui dans tel autre audacieux qui prétendra lui-même les reconnaître et les appellera par leur petit nom Plus de liste civile pour soudoyer grassement une légion d'avocats, de romanciers, de journalistes, de pamphlétaires de toute sorte; qui, presque tous, il est vrai, finiront par confesser leur erreur et en faire amende honorable, mais dont la tardive rétractation n'égalera pas le bruit qu'avaient fait leurs acclamations Plus, enfin, de faméliques, parasites d~un parasite comme certains insectes connus des savants, trouvant moyen d'exploiter la vanité d'un prétendant, ou même fondant de bonne foi sur son avènement futur, l'espoir de leur fortune chimérique Les ultra-royalistes qui n'étaient pas fâchés d'opposer aux Bourbons de la Restauration l'hypothèse d'une légi-


timité meilleure encore que la leur, et qui, pour satisfaire leurs défiances et leurs ressentiments l'endroit de Louis XVIII, ne reculaient pas, comme nous le verrons, devant les accusations les plus abominables contre lui et même contre la malheureuse duchesse d'Angoulême les révolutionnaires, plus excusables, qui exploitaient cette légende dans l'intérêt de leurs haines anti-monarchiques; les conspirateurs qui, sous Louis-Philippe, recevaient l'argent des faux Dauphins et leurs mots d'ordre, sauf à garder l'un et à se moquer des autres; les sectaires qui cherchaient dans leur prétendant un prophète et un apôtre jusqu'à ce qu'ils l'eussent trouvé, poussant sous ce rapport, on peut le dire, la superstition jusqu'à l'impiété, tout ce monde a disparu successivement 1. La mise en scène, les intérêts, les passions qui soutinrent les faux Dauphins, l'ébranlement même des esprits qui favorisait leur apparition, ne sont plus qu'un souvenir. Ajoutons que la chute misérable de la plupart des aventuriers qui avaient essayé de jouer les Louis XVII, et les sifflets de l'opinion qui avait d'abord accueilli leurs débuts avec une certaine curiosité, semblaient indiquer que la pièce devait être morte avec les acteurs.

Il n'en était pas ainsi.

La thèse des faux Louis XVII a été reprise dans ces derniers temps, à propros de l'évocation posthume de l'un d'eux dans une Revue d'ordinaire plus sérieuse. Elle a agité la presse pendant quelques jours 2. Elle a'montré que beaucoup de personnes, même parmi celles qui devraient le mieux connaître la question de la mort réelle au Temple du jeune Louis XVII et de son évasion pré~ndue, n'en savaient pas le premier mot.

« De tous les bruits que la conscience et la confiance irréfléchies des royalistes pouvaient accueillir, de tous ceux qui pouvaient trouver un accès et un succès faciles auprès des esprits vulgaires, de io'ts ceux, enM, que la malveillance et l'intrigue pouvaient le plus aisément répandre et accréditer, afin de nuire ou de déplaire aux Bourbons, on n'en pouvait choisir, à coup sûr, un plus commode, plus durable, plus amigeant. plus envenimé, et si on ose le dire, plus élastique que celui d'un Louis XVII. non mort, mais enseveli, retrouvé, sauvé du Temple, reconnu, proscrit et venant sans cesse revendiquer son nom, ses droits, sa couronne. H faut cinquante ans encore peut-être, pour qu'il ne se rencontre plus en France personne qui puisse être Louis XVII, et personne qui puisse croire à son existence. (Vte de la Rochefoucauld, Mémoires, t837, t. V, p. 42.)

< V. le Figaro des i6, t8, 22 février, 5 et 7 mars, et les autres journaux.


Nous voudrions, à notre tour, éclaircir cette question, à l'aide, non seulement des imprimés, plus nombreux qu'on ne saura't jamais le supposer, qui la concernent l, maissurtOL:i, de certains autres documents, inédits, qui sont en notre possession, et qui, comme on va le voir, ruinent par la base les systèmes de tous les faux Dauphins.

Ces systèmes se ressemblent par le fond, tout en différant dans les détails. On peut les ramener à une sorte d'unité. Nous verrons qu'ils ont leur commune origine dans un pauvre roman de la un de la Révolution, fort oublié à cette heure 1.

Nous verrons aussi que, pris en flagrant délit de mensonge sur certains points où ils s'étaient trop légèrement avancés, nos héros les abandonnèrent bravement, sans trop essayer de couvrir leur retraite, et continuèrent de faire tête à la vérité avec un sang froid et un aplomb imperturbables, suivis dans toutes leurs évolutions par un gros de fidèles dont rien ne pouvait dessiller les yeux. Constatons cependant à l'avance, et une fois pour toutes, que, s'agissant de faits personnels, les erreurs ne leur étaient pas permises et que les contradictions ou les rétractations qui honorent parfois la sincérité de l'historien racontant des circonstances auxquelles il a été étranger, suffisaient pour condamner la leur sans retour.

Louis XVII était-il mort au Temple, le 8 juin 1795, victime de ces traitements abominables qui ont attiré une pitié éternelle sur son nom et une haine éternelle sur ses bourreaux? Avait-il été 1 Nous avons lu, étudié tous ces documents, et nous en donnons le catalogue aussi complet que possible. La Bibliothèque nationale en possède un grand nombre. D'autres nous ont été fournis par des collections particulières. Nous avons consulté les Archives. M. Bord nous a ouvert ses cartons avec son obligeance ordinaire. M. Dupré-LasaMe, conseiller à !a. Cour de Cassation, qui, substitut alors au tribunal de la Seine, avait donné de si remarquables conclusions dans le procès Naündorff (1851), a bien voulu nous aider de ses souvenirs et de ses communications. L'article Louis CHARLES, des Supercheries M<ef<M, nous a été d'un grand secours. Nous avons dû restituer à Richemont et à NaùndorS' ies publications qui concernent chacun d'~ux et dont le classement a donné lieu à de fréquentes erreurs, même dans les Supercheries Z/«ent!r&)', dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale (Histoire de France, t. X, 7" ~V<:M~O! jRtC/tCMtOMf), et dans l'ouvrage plus récent de M. Nauroy, les Secrets des Bourbons. Nous avions nous-même confondu quelques attributions dans notre étude sur Charlotte Coft~ Fualdès (Revue des questions AM~y«~, 1867, t. Il, p. 218-247).


sauvé au contraire par le dévouement et le courage de quelques serviteurs fidèles ? Qu'était-il depuis lors devenu? Ces problèmes ont dû se poser pendant sa captivité et après sa mort. A toutes les époques et au sujet de toutes les victimes placées dans des conditions analogues, ils avaient été agités. C'est une loi historique. L'histoire des erreurs de l'esprit humain a sès règles autant et plus peut-être que celle des événements eux-mêmes

Qu'on se reporte par la pensée aux jours qui suivirent la chute du trône, à la captivité du Temple, aux souffrances et aux supSainte-Beuve l'a dit avec une piquante justesse « On ferait une liste curieuse de tous ces faux prétendants, dont quelques-uns ont surpris pour un moment la crédulité puhlique et celle des nations.

« Hérodote, le premier, nous a donné l'histoire du /~Ma: Smerdis, de ce mage qui, à la mort de Cambyse, se fit passer pour Smerdis, fils de Cyrus, et qui régna huit mois. Facile nous a raconté l'histoire des faux Agrippa, des faux Drusus, des faux Néron; il y eut de ceux-ci en quantité. A voir, par moments, tous ces faux personnages sortir ça et là, on dirait quelque chose comme une épidémie.

< De nos jours, nous avons eu de faux Louis XVII très nombreux,, en partie fous, en partie imposteurs. En effet, lorsqu'une jeune et haute destinée a subi de ces catastrophes soudaines et qui sont restées par quelques cotés mystérieuses lorsqu'un prince a disparu de manière à toucher les imaginations, bien des têtes travaillent à l'envi sur ce thème émouvant les romanesques y rêvent, se bercent et attendent; les plas faibles et ceux qui sont déjà malades peuvent sérieusement s'éprendre et finir par revêtir avec sincérité un rôle qui !estiatte et où trouve à se loger un coin d'orgueilleuse manie quelques audacieux, en même temps, sont tentés d'y chercher une occasion d'usurper la fortune et de mentir impudemment au monde. (Causeries du lundi, 7 févr. 1853 )

Ce n'est pas seulement une liste, mais des livres, qu'on a faits ce -tjet. Citons seulement, sans compter d'innombrables monographies Les Imposteurs insignes ou .Nt~Mfe de plusieurs hommes du néant, de toutes les nations, qui ont usurpé les qualités d'empereurs, fOM et princes, par Jean Baptiste Rocoles. Amsterdam,W olfgang, 1683, m-i2; nouveFo édition corri. gée et augmentée, Bruxelles, Vlaenderen, i7X8,2 2 vol. in-8", ng.– Les jftMpo~teurs démasqués et les usurpateurs punis, ou hisloire de plusieurs aventuriers qui, ayant pris la ~Ma<<e d'~Mpe~eMy, Roi, de Prince, d'Ambassadeur, de T/&MM, de Messie, de Prophète, etc., etc., etc., ont fini <eM''ct'e dans l'obscurité, ou par une mort violente, (par l'abbé Esprit. Joseph Chaudon). Paris, Nyon, 1776. i vo!. in-i2. Les /Mt~o~<etf~ fameux, ou Histoires extraordinaires et singulières des Hommes de Mé~Mt de toutes les nations, qui, depuis les temps les plus reculés jusqu'à ce jour, ont usurpé la ~«t~ <ed'~<Mpe~Mf, deRoi e< de ~<ce,' terminées par celles des deMfc /~Ma; ~OMM~T7V, JScfM~aM~efBfMMeaM. Paris, Eymery, 1828, in-i2. Ni Barbier, ni De Manne, ni Quérard ne donnent nom de l'auteur de cette compila. tion nous croyons pouvoir l'attribuer au libraire Eymery lui-même, qui en composa plus d'une de ce genre.


plices des royales victimes Le royalisme ranimé par les persécutions même dont il était l'objet, les imaginations ébranlées par les secousses révolutionnaires, les cjeurs attendris par le spectacle d ) si hautes et si touchantes infortunes, tout conspirait à exciter la crédulité populaire, à la préparer aux révélations les plus étranges et les plus merveilleuses, aux coups de foudre; tout sollicitait l'audace et l'ambition des aventuriers. En de tels moments, la crédulité et l'imposture vont de pair. Point de folie qui n'ait cours, de sottise qui n'ait ses admirateurs, de fourberie grossière qui ne trame à sa suite un cortège de dupes. Comme on l'a dit, l'absurdité devient une puissance.

La mort elle-même de Louis XVI, décapité sous les yeux d'un peuple entier, trouvait des inerédu'es, et faut-il le dire? parmi les gens d'esprit.

« Louis XVI, disaient-ils, ne peutet ne doit pointêtre mort; il y a eu un enlèvement, une fuite, que sais je? Rien encore sur les moyens, mais j'ai la certitude, partagée par les gens sensés d'ici, que nous le verrons bientôt à la tête des armées de la coalition »

A plus forte raison, les mystères du Temple, qui ne renfermait plus que le frère et la sœur, séparés l'un de l'autre, invisibles à leurs amis et comme ensevelis dans une séquestration odieuse, prêtaient-ils à toutes sortes de suppositions.

Cambacérès lui-même, le froid et sagace Cambacérès, le sentait si bien, que dans un rapport a la Convention, en date du 23 janvier 1795, sur les mesures à prendre vis à vis des Orphelins du Temple, il disait: « Lors même qu'il aura ces~é d'exister (le fils de Louis XVI) on le retrouvera partout, et cette chimère servira longtemps à nourrir de coupables espérances 2. » Dès le mois de juillet 1794, le bruit courait dans Paris que Louis XVII était sorti du Temple. On l'avait vu sur les boulet/)t Homme <faM<?v/M's, par le marquis Costa de Ueauregard, 1877, p.152.

Moniteur, an 1H. n", 125.

3 < Le 7 juillet 1794, le bruit s'était répandu dans Paris que le complot formé parle générât Dillon avait réussi, malgré F.-urestatioa du général, et que Louis XVII avait été entevé de la Tour On disait que le jeune Roi avait été vu sur le Boulevard, qu'il avait été porté en triomphe à Saint-Cioud. Au moment où la foule se dirigeait vers le Temple pour avoir des détails, le Comité de Sûreté générale y envoyait une députation en toute hâte, afin d'y


vards; on affirmait même qu'on l'avait porté en triomphe à SaintCloud II n'en résulta que la constatation immédiate qu'il était toujours en prison, et sans nui doute un resserrement plus étroit, un redoublement de précautions pour prévenir toute tentative d'enlèvement.

Da~s l'émigration, à Londres et en Allemagne, circulaient nécessairement de semblables rumeurs qui flattaient ses douleurs et ses illusions.

En Bretagne et en Vendée, comment les oreilles et les cœurs ne se seraient-ils pas de même ouverts à ces bruits de la délivrance de l'enfant pour lequel on s'était tant battu et l'on se battait encore ?

Sa mort (8 juin 1795), sur les circonstance et les preuves de laqueiïe nous reviendrons tout à l'heure, ne devait pas arrêter ces rumeurs. Elle les excita au contraire. Mercier, dans son A~OMveau Tahleau de Paris, en rend témoignage

Une circonstance particulière devait encore ajouter à cette disposition générale des esprits. Des gens, se prétendant bien informés, affirmaient que des articles secrets avaient été arrêtés entre les délégués du Gouvernement républicain, d'une part, et Charette et les autres chefs Vendéens, d'autre part, en dehors e du traité signé à la Jaunaye le 29 pluviôsean III (17 février 1795), constater la présence de l'Enfant. Chabot et Drouet-l'homme de Varennes -qui faisaient partie de cette députation, ordonnèrent de faire descendre Louis XVI dans le jardin, afin qu'il y fut vu par la garde montante. L'Enfant se plaignit d'être séparé de sa mère. On lui imposa silence. o (Imbért de Saint-Amand, ~esDerM:e/'M «wteM~e Marie-Antoinette, dans le CorrespMMK:?~ du iS novembre 1879 de Reauchesne, t. H, p. 71. On lit dans les J(fé'MO!')'M~~V<!poMoMjSo)!a!)'~e(t'a!'is,GosseIin. 1834. 4 vol. in 8°, t p. 324) un passage souvent cité comme preuve des bruits qui circulèrent à cette époque et de l'autorité qu'y auraient donnée les confidences de Joséphine à son mari < Joséphine, dès l'époque de notre mariage (9 mars 1796), me parut très convaincue de l'exactitude de ce second récit (Fenièvement du Dauphin, du consentement des Comités. Elle se croyait très avant dans cette intrigue, et m'en parla avec bonne foi, en me désignant à qui le prince avait été remis, en quel lieu on le cachait et en quel temps on le ferait reparaître. x On se gardait bien d'ajouter que ces Mémoires sont absolument apocryphes. Ils sont l'ouvrage du baron de Lamothe-Langon qui, dans les nombreuses compilations qu'il a publiées sous le nom des contemporains célèbres, est souvent revenu sur cette légende Il fait affirmer, d'ailleurs, à Napoléon que le Dauphin est mort au Temple, empoisonné par le Comité de salut publie, et que Tallien et Cambacétés tui en ont fait l'aveu.


et qu'au nombre de ces articles figurait la promesse de remettre les Orphelins du Temple aux mains de ces chefs, avant le 19 juin 1795. La nécessité de préparer de longue main cette remise, avait fait ajourner l'exécution à cette date Aucuns voulaient même que la reconnaissance du jeune Louis XVII, en qualité de Roi, eût été solennellement promise. Sur ce point toutefois, il y avait plus d'incertitude que sur la remise elle-même. Il n'en fallait pas davantage pour exciter les esprits dans des sens contraires, les uns se persuadant que le Dauphin avait dû être libéré en exécution des prétendus Articles, les autres que, pour se soustraire à cette exécution, on l'avait empoisonné. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'entre 1795 et 1800, plusieurs individus cherchaient déjà à exploiter à leur protit l'évasion supposée et à se faire passer pour le Dauphin, mais discrètement, à huis clos pour ainsi dire, et sans même que l'histoire ait retenu leurs noms.

Le branle, une fois donné, ne s'arrêta pas, quoique les circonstances qui avaient amené l'apparition des premiers faux Dauphins ne fussent plus les mêmes. Leur nombre est effrayant. Pendant plus de cinquante ans, ils ont tenu la curiosité et la crédulité publique en baleine, non seulement en France, mais à l'étranger. Chacun d'eux a son rôle particulier. Quant à leurs systèmes, nous avons déjà dit et l'on va voir qu'ils furent en grande partie calqués les uns sur les autres ils gardèrent l'empreinte de leur commune origine.

Mais avant d'aborder chacune des figures dont se compose cette singulière galerie, il importe de préciser aussi exactement que possible les circonstances de la mort au Temple du jeune Louis XVII, les actes qui la prouvent, et de répondre aux objections que, de concert ou séparément, les partisans des faux Dauphins ont présentées pour contester la réalité de cette mort, l'authenticité de ces pièces.

Il ne manque pas, en effet, de personnes instruites et 1 Nous avons puMié sur ce point une Étude critique dans la Revue des questions historiques (janvier 1881), et nous y avons ramené la légende des Articles secrets à ses véritabtes proportions entretiens entre les négociateurs sur la remise des enfants et peut-être sur le rétablissement de la monarchie, et promesses plus ou moins vagues rien d'écrit, rien même de positivement arrêté.


désintéressées, qui, tout en répudiant toute solidarité avec les partisans de Richemont, de Naündorff ou de La Roche, tout en reconnaissant qu'aucun de ceux qui ont pris la qualité de Louis XVII n'y avait le moindre droit et qu'ils n'étaient que des fous ou des imposteurs, inclinent cependant à penser que le véritable Louis XVII aurait été arracher* Temple'. Un académicien, qui ne peut toucher aux questions historiques, non plus qu'aux autres, sans y laisser la marque de son ingénieuse érudition et de son charmant esprit, M. Sardou, serait, parait-il, de cet avis

Nous leur en demandons humblement pardon, mais nous sommes convaincu que ces personnes se trompent.

Nous avons peine à croire à une évasion dont le héros serait resté volontairement ou involontairement dans l'obscurité; à un Dauphin assez ignorant ou assez dédaigneux de ses droits pour ne pas chercher à les faire valoir; à des libérateurs reniant l'Orphelin qu'ils ont sauvé en exposant leur vie, ou laissant périr un secret d'un si grand prix, sans le révéler à leurs amis, a ceux du Dauphin, au Dauphin lui-même.

Nous craignons aussi que nos contradicteurs n'aient pris trop au sérieux quelques assertions émises par les partisans des faux Dauphins avec une intention qui n'était rien moins que désintéressée. Dates, documents, témoignages, ils ont tout dénaturé, tout falsifié, et l'on a pu, de très bonne foi, admettre d'autant plus facilement certaines prémisses de leurs raisonnements, qu'on était plus décidé à en rejeter la conséquence.

'Deux historiens ont traité ia question, a ce point de vue, sans la résoudre positivement.

M. Louis Blanc (Histoire de la RëcoMtOM, t. XII, p. 323 et suiv.), s'épuise en subtils efforts pour tâcher de démontrer qu'il est po.ssibte que le Dauphin ait été arraché du Temple, avec le parti pris et avoué d'induire de ce mystère, comme enseignement, la preuve des machinations téné'breuses auxquelles peut donner lieu le principe de la monarchie de droit divin, de la part de ceux qui le redoutent ou veulent le faire tourner a leur profit. » De pareilles préoccupations ne pouvaient guère lui laisser la liberté de son jugement. Frédéric Bulau, l'auteur des PerMWM~M énigmatiques (Traduction de M. Duckett, Paris, 18 il, t. III, p. 271) conclut en ces termes d'une extrême réserve « U n'est pas parfaitement démontré que la mort de Louis XVH soit chose indiscutable. Que ne peut-on pas discuter? Figaro, 7 mars 1882. Les raisons par lesquelles M. Sardou motiverait son opinion, d'après le correspondant du Figaro, sont peu décisives nous ne savons s'il en a d'autres.


Nous donnerons donc nos preuves du décès.

Nous répondrons aux objections.

Nous mettrons sous les yeux des lecteurs la version duCtMe~re de la Madeleine, version romanesque et mensongère, de l'aveu de tout le monde, de ceux-là même qui se la sont appropriée et l'ont suivie littéralement.

Puis, nous placerons en regard de l'histoire et du roman le langage et l'attitude de chacun des faux Dauphins, séparément et successivement, en donnant nécessairement plus de développements aux notices qui concernent les plus habiles ou les plus heureux, ceux qui ont joué un rôle d'une certaine importance, et en relevant les plus gros de leurs mensonges et de leurs contradictions.

Ce chapitre se subdivisera naturellement en quatre parties.. Première période, 1796 à 1830 Les précurseurs de Richemont et de Naündorff;-Richemont; Naûndorn' dernière période Successeurs de Richemont et de Naûndorn'jusqu'à nos jours. Nous terminerons par quelques documents authentiques, inédits, qui prouveront que leurs systèmes à tous reposant sur une base commune, l'intervention de Frotté dans l'évasion prétendue, cette base leur manque à tous également.

1 r

LA MORT DE LOUIS XVII.

Nous n'avons pas à raconter ici la vie si courte et si longue par la douleur du jeune prisonnier cette vie se résume dans ces deux mots d;une éloquente simplicité né <~ FerM!7/e~ mort au Temple. Les détails en sont partout, et surtout dans le beau livre de M. de Beauchesne 1.

'ZoM/~ XVII, sa Vie, K<M ~OM/e, sa Mort; Captivité de la Pa~M~e royale au remp~. Paris, 1852,2 vol. in-8o. Autres éditions en 1853, i86t, etc. Cet ouvrage obtint un très grand succès. U eut plusieurs éditions en peu de temps. Le public t'adopta. L'Académie française le couronna. L'auteur avait naturellement réuni toutes les preuves qui établissaient les longues souffrances et la mort trop réelle du pauvre enfant. C'en était assez pour irriter contre lui, contre son succès, tous les faux Louis XVII et leurs adep. tes aussi prirent-ils M. de Beauchesne à partie avec une extrême violence, l'accusant d'erreur et même de mensonge sur une foule de points, et prétendant qu'il avait écrit le roman et non l'histoire du Temple. < Ce


Il fut enferme au Temple, le 13 août 1792, avec toute sa famille. Il avait alors sept ans et demi, étant né le 27 mars 1785. A la fin d'octobre, on le sépara de sa mère pour le loger avec le Roi au second étage de la Tour. La Reine, Madame Royale et Madame Élisabeth occupaient le troisième étage. On le rendit à sa mère, le il décembre, quand Louis XVI fut traduit à la barre de la Convention On le lui arracha définitivement le 4 juillet d793, pour le remettre aux mains du cordonnier Simon, choisi comme instituteur par le Conseil général de la Commune. Il ne devait pas, croyons-nous, la revoir. L'enfant fut réintégré sous la garde du couple Simon, au second étage. L'éducation qu'il y n'est qu'un barbouilleur d'histoire, écrivait de sa main pseudo-royale le faussaire Naùndorn'; «son œuvre est indigne. Simon et sa femme ont été moins cruels que cet empoisonneur de la vérité (ZeM~e à Gruau, citée dana Non Louis .XV/7 n'est pas mort au Temple, p. Itl) et deux prêtres, fort respectables d'ailleurs,le qualifiaient non moins durement devant nous, il y a quelques jours à peine. Les écrivains de l'école révolutionnaire firent naturellement chorus, et dans leur désir d'atténuer l'horreur et l'infamie des traitements dont leurs amis avaient accablé la victime, ils reprochèrent à M. de Beauchesne ses exagérations et sa crédulité reproches peu sincères ou peu rénéchis. Beauchesne n'avait point inventé les faits qu'il retra.çait. H en avait trouvé les éléments dans des écrits publiés depuis longtemps et qui n'avaient jamais été contredits sérieusement, notamment dans celui d'Eckard, Mémoires historiques <«t Louis XVII, dont M. Louis Blanc luimême loue la rédaction judicieuse, et dans ceux d'Antoine et de Serieys*. C'est à l'histoire que, sous son nom, on faisait le procès.

Tout au plus aurait-on pu lui reprocher de n'avoir pas tenu un compte suffisant des désordres et de l'affaisement survenus dans l'esprit du jeune prisonnier, par suite de l'enreux régime auquel il était soumis.

Peut-être aussi, avait il eu tort de ne pas indiquer au bas des pages de son livre, les sources où il avait puisé. H aurait ainsi permis de vériner l'exactitude de sea récits et repoussé d'&vaace certaine, objections Voir M. Louis Blanc, Histoire de la Révolution francaise, t. Xll, ch. ix. L'/n<erM~diaire des Chercheurs. et des CtfWeMtc, 1874, col. 148 M. Nauroy, Zo Nouvelle A'epMe, 15 février 1882 etc.

.M~KM'f<M historiques sur Louis XVII, roi de France et de Navarre, suivis ~/h!MeM<sAM<o/MM ~CM~M au Temple par M. de Turgy, et de notes et pièces jtM~ca~M.- dédt'~ et présentés à son Altesse Royale Madame Duchesse d'AMgroMM'Ke, par M. Eckard, ancien avocat, chevalier de la Légion d'honneur, troisième édition. Paris, H. Nicolle, 1818, in-8<. Vie du jeune Louis XVII, par A. Antoine (de S'-Gervtis)i Paris, Blanchard et Chanson, 1815, in-18. 3* édit. Les mêmes, 1824, in-18. Le Règne de Louis XVII, contenant des détails sur la régence de Monsieur; diverses particularités, etc.. par un ancien professeur d'histoire (Antoine Serieys). Paris, Plancher, 1817, in-8o.


reçut, les traitements qu'il y essuya, les sentiments que le mari et !a femme lui témoignèrent & l'envi, appartiennent à ''histoire. Mais un arrêté du 2 janvier 1794 (13 nivôse an II) ayant interdit le cumul des fonctions de membre du Conseil généra! et des emplois salariés par l'État, Simon dut résigner ses fonctions d'instituteur.

Il quitta, avec sa femme, la Tour du Temple, le 19 janvier i794, pour n'y plus rentrer. Leur dén jnagement se fit avec bruit et les prisonnières de l'étage supérieur, Madame Élisabeth vivait encore, crurent que c'était le jeune Louis qu'on emmenait ailleurs'.

Simon ne fut pas remplacé mais le prisonnier fut resserré avec un redoublement de précautions et de rigueurs cruelles. On le reléguadans une chambre obscure, dont la porte fut condamnée et grillée de haut en bas, avec des barreaux de fer. Un guichet avec tablette, pratiqué à hauteur d'appui, servait à lui passer ses chétifs aliments. Ni air, ni lumière, ni promenade, ni visite d'un parent, d'un ami quelconque. Un taudis qui n'était pas balayé un grabat qui n'était pas remué. La prison cellulaire dans toute son horreur, appliquée à un pauvre enfant de neuf ans La privation d'air et dexercice, l'abandon, l'ennui, la terreur de la solitude rongeaient sa vie, et le jetèrent était-ce le but que se proposaient ses persécuteurs ? dans un marasme physique et moral effrayant.

Cela dura six mois entiers.

A la chute de Robespierre, Barras visita le Temple, vit le Dauphin et lui parla

Dès le il thermidor, un arrêté des Comités de Salut public et Le 19 de janvier, nous entendîmes un grand bruit chez mon frère, ce qui nous fit conjecturer qu'il s'en allait du Temple, et nous en fûmes convaincues quand, regardant par un trou de notre abat-jour nous vîmes emporter beaucoup de paquets. Mais j'aisu depuis que c'était Simon qui était parti. Mémoires écrits par Madame (duchesse d'Angoulême) sur la cap.tivité de la famille royale aM Temp~: édition donnée sur le texte original. Paris, Pouiet-Malassis, 186?, in. 12, p. 102. Michelet, La Révolution française, t. V, conteste à tort l'authenticité de ces .Mi~MifM.

Lombard de Langres. A~Mt'rM aMCC~o~MM yoMf ~rv<r <~ f~f~ot'~ 2 Lombard de Langres, Mémoires anecdotiques pour servir à l'Histoire

de la Réaolulion française, 1823, T. l, p 128; Lettre de M. P. Grand, citée

dans les Mémoires de Gisquet et dans beaucoup d'autres ouvrages Autre du même à M. Dupré-LasaUe, 2 juin 1851.


de Sûreté générale nomma gardien provisoire des enfants du Temple, un nommé Laurent~.

Laurent était un chaud patriote, mais un honnête homme. Saisi de pitié à la vue de l'état de misère et de souffrance du jeune Louis, il demanda aux Comités de faire une enquête. Les grilles furent supprimées, les abat-jours diminués de hauteur, la chambre nettoyée et purifiée. Les plaies que l'enfant avait à la tête et au cou furent bassinées et pansées on renouvela son linge et son costume on l'autorisa à monter quelques fois sur la Tour pour s'y promener.

Le 8 novembre, Gomin fut adjoint à Laurent C'était un ancien tapissier, prudent, timide, mais doux et bon, qui n'est mort qu'en 1841, et qui a pu raconter beaucoup de choses. De plus, un délégué des Sections de Paris, venait tous les jours <t exercer les fonctions de gardien, concurremment avec les deux nommés à poste fixe »

L'état de l'enfant, malgré les adoucissements apportés à sa captivité, continuait d'être inquiétant. Il avait des tumeurs à toutes les articulations et particulièrement aux genoux il était toujours silencieux et se refusait à toute espèce d'exercice. Le Conseil de la Commune crut devoir avertir le Comité de Sûreté générale, qui désigna un de ses membres, Harmand (de la Meuse), lequel avait dans ses attributions la police de Paris, pour aller au Temple, avec deux de ses collègues s'assurer de la vérité. Cette visite eut lieu le 27 février 1795. Il n'en-fut pas dressé de rapport, mais Harmand, en 1814, en publia un récit très détaillé, qui fit grande sensation, et qui est resté une des pièces capitales de la discussion qui nous occupe

Us m'ont jeté vivant sous des murs funéraires,

disait Victor Hugo dans son Ode: Louis XVII, écrite à vingt ans, etia plus admirable peut-être qu'il ait composée.

Constatons en passant que Michelet, le sensible, n'a pas eu un mot de blâme pour ces atrocités, pas un mot de pitié pour la victime. M. Louis Blanc reproche avec raison aux Thermidoriens leurs cruautés envers le Dauphin, mais ils n'avaient fait que suivre les errements des Montagnards. Il importe de constater que ce fut sur les instances réitérées de Laurent qui ne voulait pas porter seul la responsabitité d'un pareil dépôt, qu'un adjoint lui fut accordé (Beauchesne, t If, p. 222-223).

3 Rapport de Mathieu à la Convention, 2 décembre i794.

4 Mathieu et Réverchon, tous deux régicides.

5 Anecdotes relatives à quelques personnes et <t p~t<Me«< événements remarquables de la Révolution. Paris, Beaudouin, 1814, in-8°;2*'édition,


L'enfant avait l'attitude et l'aspect du rachitisme et des s tumeurs aux articulations. Il refusa obstinément de répondre e aux questions douces ou menaçantes des délégués tout en obéissant aux ordres qui lui étaient donnés. Les Commissaires leur déclarèrent qu'il avait gardé ce silence absolu depuis le 6 octobre 1793, jour où on lui avait fait subir contre sa mère l'horrible interrogatoire que chacun sait.

Laurent quitta le Temple le 19 mars 1795 (9 germinal an III), réclamé par les soins à donner à ses affaires personnelles'. Quelques jours après, il fut remplacé par Lasne~, peintre en bâtiments, ancien garde-française, capitaine des grenadiers du bataillon du Petit Saint-Antoine, brave homme aussi, et qui n'eut pour ses prisonniers que de bons procédés.

Au commencement de mai, les gardiens, effrayés de l'aggravation du mal, avertirent le Gouvernement. Le petit Capet est indisposé, écrivirent-ils sur le registre. On ne tint pas compte de cet avertissement. Ils le renouvelèrent en termes plus positifs Le petit Capet est dangereusement malade. On ne répondit pas encore. Ils ajoutèrent /<!cr<KM<c'~OMr.!<~OM~. et le Comité de Sûreté générale se décida enfin à envoyer au Temple le fameux Desault (6 mai).

Desault trouva le malade dans un état des plus fâcheux, et ne dissimula pas qu'il était appelé trop tard; il prescrivit des tisanes et des frictions.

Madame Royale sut que son frère allait fort mal ses supplications pour le voir et le soigner furent rejetées.

Desault, qui venait tous les jours, ne parut ni le 31 mai ni le lendemain. Atteint d'un mal violent, il mourait le même jour, 1" juin.

Jusqu'au 5 juin, l'enfant ne fut visité par aucun autre médecin. augmentée. Paris, Maradan, i830, in-8". Le Récit d'Harmand a été reproduit par Eckard, par Beauchesne et dans beaucoup d'autres ouvrages. Harmand qui cherchait & se faire pardonner par la Restauration certains écarts révolutionnaires et qui écrivait vingt-quatre ans après l'événement, ne doit être lu qu'avec une certaine précaution. Quelques-uns des détails qu'il donne ont été démentis par Gomin, présent à l'entrevue. L'exagération de son royalisme rétrospectif pouvait troubler la sûreté de sa mémoire.

1 ti mourut à Cayenne, le 22 août i807.

Lasne est mort à Paris, le 17 avril 1841.


Ce jour-là seulement, Pelletan, chirurgien en chef du grand hospice de l'Humanité, fut envoyé au Temple.

Il trouva l'enfant si malade qu'il crut devoir demander l'adjonction d'un confrère. On lui adjoignit, en effet, Dumangin, premier médecin de l'hôpital de l'Unité. Ils firent transporter l'enfant dans une autre chambre plus claire et plus saine. Ils demandèrent l'envoi d'une garde-malade, qui n'eut pas le temps d'arriver, et sa dernière nuit d'insomnie, le malade dut la passer seul, comme toutes les autres, « côte à côte avec la souffrance, sa vieille compagne, »

Le 8 juin, à deux heures un quart de l'après midi, il s'éteignait dans les bras de Lasne, en murmurant le nom de sa mère et de sa sœur.

Le cadavre fut aussitôt rapporté dans la chambre où pendant deux ans il avait tant souffert, et dont les portes, si longtemps fermées, s'ouvraient enfin.

Gomin et Damont, Commissaires de service, virent le mort'. Gomin se rendit immédiatement au Comité de Sûreté générale, mais la séance de la Convention était levée. On lui recommanda de ne pas ébruiter le décès jusqu'au lendemain Le jour même. Bourguignon, un des secrétaires du Comité de Sûreté générale, vint constater personnellement le décès 3. Le lendemain, 9 j uin, à huit heures dumatin, quatre membres de ce Comité vinrent à leur tour faire la même constatation.Ils s'en acquittèrent avec une froide indinërence 4. On ne peut supposer que les larmes eussent troublé la clarté de leur vue. « L'événement n'ayant pas d'importance, dirent-ils, il suffira que le Commissaire de police reçoive la déclaration du décès, le constate et fasse procéder à l'inhumation sans aucune cérémonie. » lis décidèrent toutefois que les officiers et sous-officiers de la garde montante et de la garde descendante, seraient autorisés à visiter le corps de l'enfant.

Le même jour, 9 juin, Sévestre monta à la tribune de la Convention, au nom du Comité de Sûreté générale.

K Depuis quelque temps, dit-il, le HIs de Capet était incommodé 1 Beauchesne, 1.1!, p. 331.

Eckard, p. 286 Beauchesne, p. 307.

3 Les mêmes, Ib.

Les mêmes.


par une enflure au genou droit et au poignet gauche. Le t"' floréal (20 avril) les douleurs augmentèrent, le malade perdit l'appétit, et la fièvre survint. Le fameux Desault, ofricier de santé, fut nommé pour le voir et le traiter. Ses talents et sa probité nous répondaient que rien ne manquerait aux soins qui sont dûs à l'humanité. « Cependant la maladie prenait des caractères très graves. Le 16 de ce mois (5 juin).Desault mourut Le Comité nomma peur le remplacer, !& citoyen Pelletan, officier de santé très connu, et le citoyen Dumangin, premier médecin de l'hôpit' de Santé, lui fut adjoint. « Leurs bulletins d'hier, à onze heures du matin, annonçaient des symptômes inquiétants pour la vie du malade et à deux heures un quart de l'après-midi, nous avons reçu la nouvelle de la mort du fils de Capot. Le Comité de Sûreté générale nous a chargés de vous en informer; tout est contrôlé »

L'assemblée et les tribunes restèrent impassibles.

Au même moment, quatre médecins, designés par le Comité de Sûreté généra'e, Pelletan, Dumangin, Lassus et Jeanroy, faisaient l'autopsie. s Nous avons trouvé sur un lit, portait le procès-verbal, le corps mort d'un enfant qui nous a paru âgé d'environ dix ans, que les Commissaires nous ont dit être celui du fils de défunt Louis Capet, et q~& deux d'entre nous ont reconnu pour être l'enfant auquel ils donnaient des soins depuis plusieurs jours, » Ils ne constatent aucune trace de poison. a La mort est le résultat d'un vice scrofuleux existant depuis longtemps 3. »

Le même jour enfin, les officiers et sous-officiers de la garde purent voir le corps, en présence du Commissaire Damont et de trois autres Commissaires chargés du service de garde pour les jours suivants ~Beaucoup reconnurent l'enfant. Ils l'avaient vu jadis aux Tuileries ou dans le jardin du Temple. Procès verbal fut dressé et signé par une vingtaine d'entr'eux, commandant, capitaines et autres 5.

Erreur il mourut le i"r juin.

Moniteur Eckard, p. 288 M. Louis Blanc, p. 354.

3 Eckard, p. 487 Beauchesne, p. 3il; etc.

Nous avons eu le bonheur de retrouver et nous publions en Appendice une Note bien précieuse de l'un de ces Commissaires, Guérin. 5 Eckard, p. 286 Bauchesne, p. 309 Guéfin, Précis mss.


Le lendemain, !0juin. était dressé Facto suivant

C.AP.ET'. Section o!M 7'eM'tp~aM ~'oMtètKe de !o! Jïe'pMM~Me /'r«M;'<M's~, ~M vingt deux Pfa!M~, Décès <? Z.OMM CA<t~es O~pe~ âgé de dM! ans deux woM, profession domiciUé à Paris, aux FoMt's <%M Temple, ;Ms <%e LoMM Cap~ ~o'Mt'e}' roi ~M ~<ïKp<tM, p< de Marie ~M~otMe~e Josèp/ie JtV{):}<~ ~'AM~'c~

Le ~~M~ Mg ~.?'M?'MM et <eC[X<e a~aK~ ~er à ~0~ AeM~s après )Mt<

Sur !a réquisitiou à t'ous faite dans les vingt-quatre heures, par JEMeMMe Lasne âgé do ~CMf.MMM/' ans, profession Co)MMta:M~M~ eK c/M/"<~ Section D''o: (!<? ~7tO)MMe, domic!)ié à Paris $Mf section des Droits <? l'homme ~o le déclarant a dit être Ca~ett des Enfants de Cape<, et par ./etMt ~<ïpf&~ GotK:'M, âge do ~'e~ëAM~ ans, profession Ct'<. /~<tMp<!M, Co)MM«:M<~tM< eM chef ~e !? Section de !<: ~'m~'M~e, domicilié à Paris rue e!e <0[ jF'r<!<erM~e no 39, le déclarant a dit être CcMMKt'Ma're tïe !e[ CoM~eM~'o*t poM~ !a garde ~M Temple. ~<tj3t'~eK~ ~ee~r~t'oK a été fepMe eM pf~eMee <!&! Ct~O~SKS jVtCO~ Z.<!MJ'eK<, ~TMOMM DO)MtM!'(j'Me Goddet, COMtMMM<!M'6S C!'p~s<!c M .tce~oM ~M TeMtp!e, «M ~ertMe de !'af!'eMe dM Comité <!e ~'MreM~ëKefa!e eM date ce~'OMr qui ont signé avec MOMs. Constaté suivant la loi du 20 décembre 1792,par nous Commissaire do Police de la susdite section, DE'N~Rr.

LA~JVJ?, ~.R~VOt/~r, co)MM~MM!'t'e, <?ODDjEr,coMMMMtfe, 00~7~

II ne restait plus qu'à procéder à l'inhumation.

Le 10 juin, à huit heures du soir, le corps fut transporté au cimetière de Sainte-Marguerite etdëposé dans !a fosse commune. Le i3 juin, Faete de décès est rédige le voici

364. a DM MM~<-gM<t~6 .pfatfM~ de l'an Trois de la République, ACTE DE DECE~ t<e Louis Charles C<tpe~, d?< MK~ (<e M mois, ~oMAeM~ap~-tM~ âgéde ~M~M~~KOM, natif de Veym~M, t!ep<t~eM:eM~ o!e Set~e e~-OMe, domiciHé à .P<M-s, aux roMrs<%M rew~e, ~c~t'oM t~M re~M~e. de j~oMM C<ïp~, <&;rMM~ J!oy < Jf''raMp<!M, de ~<trt'e-~M<o!'Me~e-yosep~e-ye~~Me d'~M~'tc~e.

Sur la déclaration faite la maison commune, par E~'eMMe j~asHe, âgé de <reM~-MeM/'ans, profession ~<!r~!eMd'M Temple, domicilié à Ce procès verbal fut inséré dans le registt'e-journa! de 1& Tour du Temple, qui fut plus tard déposé au Ministère de l'Intérieur.

2 Les mots on italiques sont seuls écrits à la main.


Paris, rue et section des Droits de ~foM)Ke, 48. Le déctarant a dit être wo~t'M, et par Rémy Bigol, âgé de cinquante-sept ans, profession employé, domicilié à Paris, Vieille rue du Temple 61, le déc)arant a dit être ami.

Vt/ LE CERTIFICAT de Dussert, Commissaire de police de ladite Section du vingt-deux de ce mois.

OFFICIER PUBLIC ~e~re-Yac~M~s Robin.

LASNE commandant en chef tS~ des Droits de ~FoiKi~e. ROBIN BIGOT.

Nous \'errons tout à l'heure quels incidents, plus bruyants que sérieux, devaient soulever cette autopsie, ces actes mortuaires et cette inhumation.

Nous avons dû nous borner ici à l'exposé, sans commentaires, des faits et des actes qui concernent le décès de Louis XVII. Nous le disons avec une pleine conviction, jamais décès ne fut constaté d'une manière plus légale, plus régulière, plus complète, que celui de Louis-Charles Capet.

Il l'est, en effet, par la visite du corps et par la reconnaissance des deux gardiens, Lasne et Gomin, dans les bras desquels il est mort;

Parcelle du Commissaire de service Damont;

Par celle de trois autres Commissaires

Par celle de Bourguignon, secrétaire du Comité de Sûreté générale

Par celle de quatre membres de ce Comité

Par celle des officiers et sous-omciers de la garde montante et de la garde descendante

Par celle du commissaire de police Dussert.

Tous, sans doute, ne connaissaient pas également l'ex-Dauphin tous n'avaient pas examiné le petit cadavre avec la même attention mais, parmi ces témoins, il y en avait beaucoup qui pouvaient attester l'identité avec toute certitude pas un ne t'a révoquée en doute.

S'il s'agissait d'un simple particulier, aucun doute ne s'élèverait sur la réalité du décès, non plus que sur l'identité de l'enfant décédé au Temple le 8 juin 1795.

Mais c'était un fils de Roi il avait du être Roi lui-même tl en porta le titre parmi les fidèles qui, en France ou à l'étranger,


combattaient pour sa cause. Et les Rois ne peuvent ni naître, ni mourir comme les autres hommes.

De là, les intérêts, les passions, les controverses, les paradoxes historiques qui se sont agites autour de son nom. Constatons encore que ses ennemis ont annoncé et affirmé sa mort que ses fidèles, dont nous parlions tout à l'heure, y ont cru également qu'à l'Armée de Condé, qu'en Vendée, que dans toutes les Cours où la vieille monarchie française avait. encore des représentants, Louis XVIII fut proclamé Roi de France, et qu'il ne pouvait l'être, si son neveu existait encore, sans la plus odieuse et la plus sacrilège usurpatior. La supposition quela reconnaissance d'un enfant mineur,comme Roi de France aurait pu entraîner des embarras, est chimérique. Roi ou Régent, c'était toujours le comte de Provence qui devait exercer le pouvoir. Il n'avait pas d'enfants. La ferveur monarchique était encore très vive et se serait ranimée autour d'un nouveau Joas miraculeusement sauvé.

Le secret de son existence ne pouvait être si bien gardé qu'il n'en transpirât quelque chose trop de gens y auraient été initiés. Le secret mais les faux Louis XVII ont prétendu qu'il n'y en avait pas, et qu'ils avaient été publiquement reconnus, proclamés par leurs fidèles

Le mensonge de la mort du Dauphin lui créait donc, comme à ses partisans, beaucoup plus de complications et de difficultés que ne pouvait faire l'aveu de sa vie.

La supposition que la reconnaissance de Louis XVII, évadé du Temple, en qualité de Roi, aurait été entravée par les difficultés existant entre les émigrés et les insurgés de l'intérieur, n'est pas moins chimérique. On connaît la nature et les causes de ces difficultés. Des documents sans nombre montrent la Vendée appelant en vain les Princes pour se mettre à sa tête, et l'émigration entravant trop souvent les efforts héroïques qu'elle ne vient pas partager. Mais pas un de ces documents, on peut l'affirmer, pas un seul, public ou privé, qui ait trait à l'existence ou aux droits, tenus plus ou moins en suspens, de Louis Charles. Tous, émigrés et vendéens, ont le même roi et le servent avec la même ardeur, bien que par des moyens différents Louis XVII avant i795, Louis XVIII après. Il est facile de jeter en avant des insinuations contraires l'histoire et le bon sens les démentent également,


II

·11

OBJECTIONS ET RÉPONSES.

Contre cette situation si simple, contre cette vérité si vraie, on a trouvé moyen de soulever des montagnes d'objections. La plupart sont puériles et ridicules, et nous avons quelque peu honte d'y répondre sérieusement mais, en somme, ce n'est pas notre faute si 3tles ont été faites, et si d'honnêtes gens et même des gens d'esprit s'y sont laissés prendre.

Ëcartons d'abord la question de l'empoisonnement du Dauphin et celle de l'empoisonnement de Desault.

On crut dans le temps on a répété depuis et beaucoup de Detille se fit l'écho de ces soupçons dans ces vers du poème de la Pitié, qui eurent beaucoup de retentissement

Louis sur l'échafaud a terminé sa vie

Son Epouse n'est plus, et sa Sœur l'a suivie

D'effroyables malheurs ont banni ses parents.

Seul, au fond de sa Tour, sous l'œil de ses tyrans,

Un fils respire encore, il n'a pour sa défense

Que ses traits enchanteurs et que son innocence

Contre tant de faiblesse a-t-on tant de courroux 1

Cruels II n'a rien fait, n'a rien pu contre vous.

Veille sur lui, grand Dieu Protecteur de sa cause,

Dieu puissant [ c'est Fur lui que notre espoir repobe.

Accueille ses soupirs, de toi seul entendus

Qu'ils montent vers ce ciel qu'héias! 1 il ne voit plus.

Tu connais ses dangers et tu vois sa faiblesse.

Ses Parents ne sont plus, son peuple le délaisse i

Que peuvent pour ses jours ses timides amis? î

Les assassins du Père environnent le Fils

Sa ruine est jurée. A peine leur furie

Lui laisse arriver l'air, aliment de la vie.

Son courage naissant et ses jeunes vertus

Par le vent du malheur languissent abattus.

Leurs horribles conseils et leur doctrine infâme,

En attendant son corps empoisonnent son âme.

Déjà même, déjà de sa triste prison

La longue solitude a troublé sa raison.

Quoi t n'était-il donc plus d'espoir pour sa jeunesse d

De ramour maternel l'ingénieuse adresse,

Le zèle, le devoir, pour défendre ses jours,

ntaient-ils sans courage Etaient-ils sans secours i


gens sont encore convaincus aujourd'hui, que le Dauphin mourut empoisonné dans un plat d'épinards. Nous n'en croyons rien. L'autopsie ne révéla aucune trace de poison,et les mauvais traitements dont ce pauvre enfant avait été accablé ne suffisentque trop pour expliquer sa fin prématurée. L'odieux langage de plusieurs Conventionnels, leurs vœux et leurs menaces homicides devaient attirer naturellement sur eux les soupçons dont leur mémoire est restée flétrie mais il n'en résulte pas la preuve suffisante qu'ils aient hâté la mort qu'ils désiraient. Plus coupables, ils eussent été Abner sauva Joas; sous l'oeil même d'Ulysse,

Un faux Astyanax fut conduit au supplice.

Mais quoi! pour remplacer cet enfant plein d'attraits,

Quel visage enchanteur eût imité ses traits 1

L'oeil le moins soupçonneux eût percé le mystère,

Et la beauté du fils aurait trahi la mère.

Aujourd'hui plus d'amis, de sujfts, de vengeur;

Chaque jour dans son sein verse un poison rongeur.

Quelles mains ont hâté son atteinte funeste 1

Le monde apprit sa fin; la tombe sait le reste.

(Ch. m.)

En voici quelques échantillons, empruntés textuellement au AfoMt'<eMr. Le 22 janvier 1795, Brival s'écriait en pleine Convention « Je m'étonne qu'au milieu de tant de crimes inutiles, commis avant le 9 thermidor, on ait épargné les restes d'une race impure o Ce mot « un des plus horribles c'est M. Louis Blanc qui l'avoue-qui aient jamais souillé la tribune parlementaire, » excita, il est vrai, de violents murmures mais BilIaud-Varennes avait pu dire, le 5 septembre 1793, sans soulever la même tempête «un seul fil retient le fer suspendu sur la tête du fils du Tyran si les puissances coalisées font un pas de plus sur notre territoire, il sera la première victime du peuple. Etait-ce un appel au supplice juridique d'un enfant de huit ans, ou à son égorgement! Le supplice aurait offert quelque chose de plus monstrueux encore.

Citons encore le Décret du 1" août 1793 qui porte que « la dépense des deux enfants de Loaia Capet sera réduite à ce qui est nécessaire pour l'entretien et la nourriture de deux individus »- l'expulsion d'un nommé Cressant du Conseil de la Commune, pour avoir plaint le sort des deux jeunes prisonniers (Moniteur, 24 mars 1794),– et ce passage d'un Rapport de Mathieu, du 2 décembre 1794: « Le Comité de Sûreté générale n'a en vue que le matériel d'un service confié à sa surveillance; il est étranger à toute idée d'améliorer la captivité des enfants de Capet, ou de leur donner des instituteurs. Le Comité et la Convention savent comment on fait tomber la têts des Rois; mais ils ignorent comment on élève leurs enfants, » Non pas qu'il y ait lieu d'assimiler ce langage et ces mesures aux horribles propos de Brival et de Billaud-Vàrennes,mais il en ressort bien la preuve de dédain affecté avec lequel durent être remplies les formalités nécessaires pour constater le décès du Dauphin et du parti pris de n'attacher à ce décès aucune importance officielle. Nous reviendrons bientôt sur ce point.


plus discrets. Ils n'avaient d'ailleurs qu'à laisser faire 'a prison, plus homicide que l'apothicaire.

Les constatations prescrites après le décès excluent aussi pour nous la pensée que le Comité de Sûreté générale en redoutât le résultat. Rien ne le forçait de les ordonner.

En voyant que l'esprit de parti ne recula pas devant l'accusation monstrueuse contre Desault d'avoir administré de sa main un poison lent à son jeune malade on reculerait soi-même devant des soupçons bien autrement sérieux que ceux qu'on dirigea contre le Comité.

Est-il besoin de faire remarquer que l'empoisonnement du Dauphin serait exclusif du système des faux Dauphins qui prétendaient naturellement être sortis du Temple et avoir survécu ? L'empoisonnement de Desault n'est pas mieux établi, bien que tous les faux Dauphins, à l'envi, l'aient allégué, et que M. Louis Blanc lui-même émette à cet égard les doutes les plus injurieux contre les Thermidoriens.

Pourquoi l'auraient-ils empoisonné?

Parce qu'il aurait empoisonné lui-même le malheureux enfant, et qu'on aurait voulu ensevelir son secret avec lui ? Nous venons de répondre.

Parce qu'il aurait refusé, au contraire, de l'empoisonner ? Vengeance atroce, abominable, dangereuse, impossible car on ne fait d'ouvertures criminelles du genre de celle qu'il aurait reçue, qu'à ceux qui les ont déjà d'avance accueillies.

Parce qu'il aurait reconnu la substitution de l'enfant ? Comment Desault aurait-il attendu près d'un mois pour la révéler au Comité? Ou, si cette révélation devait lui coûter la vie, pourquoi le Comité aurait-il attendu un mois pour s'assurer de son silence 2

La vérité est que Desault avait parfaitement reconnu le Dauphin dans l'enfant confié à ses soins, et l'avait dit à tout venant Tout ici est conjecture, invraisemblance et contradiction. Un médecin éminent comme Desault peut mourir naturellement La Rue, Histoire du DM!-AM<< fructidor. Paris, 1821, 2 part. in-8", t. p. 285 Serieys, Le .Rèjjme de Louis XVII Cléry, MeM<MfM etc. Notammentà à Beaulieu, auteur des .EMaMAM(o~t<M~Mr~t.Kew~<<!OM<~ Ft-aMce (t. VI, p. 296) et au libraire Nicole (Eekard. p. 298).


comme le premier venu de ses malades mourir en quelques jours, à cinquante ans. Ses veilles et ses travaux même sont pour lui un danger de plus.

Les médecins qui entouraient son chevet, le fameux Bichat, notamment, ne crurent point au poison. Quel est l'homme illustre, s'écriait-il à cette occasion, dont la mort n'a pas été le sujet des fausses conjectures du public, toujours empressé d'y trouver quelque chose d'extraordinaire? Heureux celui dont ces conjectures honorent la mémoire a »

La mort, presque subite aussi, du pharmacien Choppart six jours après celle de Desault, ne confirmerait-elle pas la supposition de l'empoisonnement de ce dernier?

L'empoisonnement du pharmacien pour cacher celui du médecin L'empoisonnement du médecin pour cacher celui du malade Trop de crimes inutiles autant qu'odieux.

Choppart n'entra jamais au Temple. Il ne vit point le Dauphin. Beauchesne afferme même que ce n'est pas lui qui fournissait les remèdes, bien simples, prescrits par Desault, mais des pharmaciens plus rapprochés du Temple et dont il donne les noms Eût-il été le fournisseur attitré, qu'il avait bien le droit de mourir rapidement comme tant d'autres.

Au milieu de ce carnage, on aurait laissé vivre les deux gardiens, témoins bien autrement redoutables 1

Passons à des objections plus précises et plus saisissables. La principale a été déduite du rapport de Harmand (de la Meuse) et du mutisme absolu dans lequel l'enfant se serait

-ani=:·t :7= ~~nt lyi mytie sa attribuaient t la

renfermé devant lui, mutisme que ses gardiens attribuaient à la

crainte qu'on n'abusât encore de ses paroles, comme on l'avait déjà fait contre sa mère, et qui, il faut bien le dire, aurait été si étrange, à ce degré de constance héroïque et d'énergie soutenue pendant des années~ chez un pauvre enfant de neuf ans. Ajoutons qu'il est en pleine contradiction avec ce que nous Ce témoignage est bien autrement sérieux que les rumeurs d'un empoisonnement qui auraient circulé dans la famille de Desault (M. Louis Blanc, p. 352 M. Nauroy, les ~c!'e<< des Bourbons, p. <? etc.). Gruau en fait un chirurgien.

3Çomment les savait-il ces noms! demande M. Louis Blanc (p. 350). La réponse est facile par Gomin ou par Lasne, qu'il avait beaucoup vus et beaucoup questionnés.


savons des habitudes de l'enfant avant son entrée et même au commencement de son séjour au Temple, avec tout ce qu'ont raconté Lasne et Gomin, ses gardiens.

Aussi a-t-on dit « Si l'enfant visité par Harmand était muet au point qu'il indique, ce ne pouvait être le Dauphin, mais un enfant muet substitué au Dauphin. »

Substitué quand ? comment ? par qui ? il faudrait le dire, et on ne le peut.

Mais cet enfant vu par Harmand, était-il absolument muet, et s'il gardait !e silence, était-ce par la sublime et surnaturelle volonté qu'il suppose ? 2

Nous ne le croyons pas.

Nous faisons sa part au sentimentalisme royaliste de Harmand et aux exagérations qu'il aurait pu entraîner nous faisons la leur au long temps écoulé entre sa visite et le récit qu'il en fit, au caprice boudeur et passager d'un enfant, à la maladie dont souffrait cet enfant et qui le rendait silencieux toujours et vis-à-vis de tout le monde, à plus forte raison vis-à-vis d'un étranger

L'enfant que l'on prétend avoir été substitué, aurait été sourdmuet. Or celui que vit Harmand entendait et comprenait ses ordres, ses observations. Il exécutait les mou' ements prescrits. H le regardait Ëxement, comme font les malades et les personnes dont l'esprit commence à se troubler. Il n'avait pas cet aspect particulier que présentent les sourds-muets, ce regard chercheur et inquiet, cette gesticulation convulsive, leur seul langage, qui frappent en eux, car Harmand s'en serait aperçu et l'aurait dit. Harmand, malgré l'étrangeté du cas, crut que Gomin, dans sa déposition faite en 1837 (GfMeMe des Tribunaux, 7 juin 1851) disait « Plusieurs membres de la Convention sont venus visiter cet enfant, à l'époque où il fut confié à ma garde. Jamais il n'a fait de réponse aux questions qu'ils lui adressaient, ce qui a pu accréditer la version qu'il était muet. 11 répondait volontiers aux sieurs Laurent et Lasne, ainsi qu'à moi.

C'est dans le même sens que s'explique tout simplement le langage de Laurent à Gomin (décembre 17~M), lors de son entrée au Temple « L'avezvous vu autrefois i Je ne l'ai jamais vu. En ce cas, il se passera du temps avant qu'il vous dise une parole. » (Beauchesne, t. 11, p. 223. M. Louis Blanc se donne beaucoup de mal pour en éluder le sens, si naturel (p. 337).

Barras vit l'enfant du Temple après le 9 thermidor Il lui parla. L'enfant lui répondit. Barras connaissait et reconnut le Dauphin.


l'enfant était volontairement muet.Son récit affime cette croyance, et cette croyance est exclusive de l'idée d'une substitution. « Ce serait pour dérober aux visiteurs l'enfant substitué et pour empêcher qu'il ne fût reconnu, que le Comité de Sûreté générale l'aurait rélégué dans une pièce obscure et grillée, lui aurait interdit toute promenade et même aurait refusé à Hue, ancien valet de chambre de Louis XVI, qui la sollicitait, la. permission de s'installer auprès de lui. »

M. Louis Blanc qui donne, un peu hypothétiquement il est vrai, ces étranges explications (p. 333, 351), n'avait qu'à relire les discours et les Rapports des membres des Comités ou de la Convention, pour y constater un parti pris de haine implacable, cause unique de ces abominables rigueurs. « Lasne et Gomin ne mériteraient aucune confiance. » Lasne et Gomin étaient d'honnêtes gens, dont la probité et la sincérité n'avaient jamais été mises en doute avant qu'il plût à Naûndorn'et à Richemond, à M. Louis Blanc et a M. Jules Favre de les présenter comme des hypocrites, des faussaires et des parjures

Tous deux, il est vrai, ont fourni des renseignements à Beauchesne ce n'est ni un crime ni une faute.

Tous deux ont amrmé que l'enfant qu'ils avaient vu, gardé, soigné au Temple et qui y était mort dans leurs bras, était le Dauphin.

Cet enfant parlait peu, mais il parlait. Il netépondait pas aux étrangers à eux il répondait.

Nulle incertitude sur son identité, attestée par ses traits, la tradition du Temple et son langage.

Sans doute, interrogés à différentes fois et par des personnes différentes qui ont pu, comme il arrive si souvent, modifier leurs déclarations en les reproduisant Gomin et Lasne ont varié sur certains détails

Ainsi, ils ont pu, sous l'impression de souvenirs lointains et M- Sardou aurait dit (Figaro, 7 mars 1882) que « ces geôliers avaient conté à M. de Beauchesne, pour son argent, tout ce qu'il avait voulu, o M. Louis Blanc les traite de « faux témoins x (356) le mot est dur. *Les déclarations de la femme Simon vont nous o(Frir tout à l'heure des contradictions bien autrement choquantes.


variables, accentuer plus ou moins, tantôt le mutisme habituel du Dauphin, tantôt ses passagères expansions. Dans cet enfant malade, intelligent autrefois, mais dont l'intelligence vacillai!. prête à s'éteindre,il y avait nécessairement des intermittences de silence et de parole, de raison et de déraison qui expliquent les prétendues contradictions des deux gardiens. Ces contradictions ne sont probablement que des vérités successives.

Leur langage, trop uniforme, trahirait un apprêt, un parti pris que nous aimons mieux n'y pas trouver.

A toutes les époques, ils ont afnrmé que le Dauphin était mort dans leurs bras. Ils ont signé cette déclaration qui, fausse, les vouait à une mort certaine. Lasne, un pied dans la tombe, la renouvelait par serment devant la justice.

a La femme Simon aurait affirmé l'évasion, et son témoignage devrait faire foi pleine et entière. »

C'est M. Nauroy qui, le premier, dans la Nouvelle Revue, a donné le texte des déclarations faites par cette femme, en 1816 à des agents de police chargés de l'interroger. Elle était à l'hospice des Incurables depuis 1796.

Cette femme avait alors soixante et onze ans. Elle avait été ivrognesse. « Elle jasait beaucoup, mais sans suite, ses organes étant affaiblis. » Elle mourut folle à Bicêtre

Elle prétendait avoir eté « gouvernante » du Dauphin, au Temple, et lui avoir rendu beaucoup de services. « Elle s'étonnait que M"' la Duchesse d'Angoulêmo, qui connaissait sa situation et l'utilité dont elle avait été à son auguste frère, ne fit rien pour elle. » Elle affirmait que le Dauphin existait encore. Elle avait la certitude d'avoirreçu sa visite aux Incurables, 11 ans auparavant, au mois de juillet il était accompagné d'un nègre il ne l'avait point nommée, 1 Les procès verbaux de ces déclarations sont aux Archives nationales, Sûreté générale. Elles étaient connues depuis longtemps. Les .MeMMti'&s (ftfM Contemporain, 1843, p. 125, et "avait, dans sa Vie de Mgr le duc de NorMMMtHc,1850, p.175, 274, 360, '~Me catholique, en 1848, p. 258, en avaient parlé. Le D'' Rémusat, déposait), devant la Cour d'Assises de la Seine, dans le procès de Richemont, avait attesté qu'en 1811 la femme Simon lui avait parlé de l'enlèvement.

Rapports des 15 et 16 novembre, avec procès-verbaux à l'appui, Z et 4 août 1817.

3 Conclusions, dans l'affaire Naundorn, de M. le substitut Dupré-Lasalle qui s'était renseigné positivement sur ce fait et qui a bien voulu nous en réitérer l'assurance.


mais il avait posé la main sur son cœur et lui avait fait signe de garder le silence. Arrivé à son lit, sur lequel était un couvrepied bleu, il avait dit « Je vois qu'on ne m'avait pas trompé. a Elle ne l'avait jamais revu.

Le Dauphin, quand elle l'avait quitté, au Temple, était bien portant.

C'etait par le cuisinier de la prison qu'elle avait connu l'enlèvement, et par une ses cousines, portière, qu'elle avait appris que le Prince vivait toujours.

Elle ne se vantait point d'avoir pris part à cet entèvement. « La veille du jour où la mort du jeune Prince fut annoncée par les papiers publics, elle vit, se trouvant à côté de l'École de chirurgie', passer la voiture du blanchisseur employé au Temple; elle reconnut une manne ou panier, dans lequel on aura pu introduire un autre enfant destiné à être substitué au jeune Prince, qu'elle dit avoir éM enlevé à cette époque. »

« Son opinion s'est fortinéo du propos qu'on attribue à M. Desault, chirurgien, qui, lorsqu'on lui présenta le cadavre du prétendu Louis XVII, dit qu'il ne reconnaissait point le corps du jeune prince, auquel il avait donné des soins précédemment. »

Beaucoup de personnes distinguées avaient été la voir et l'interroger.

Eile avait raconté son histoire à la duchesse de Berry qui faisait une visite aux Incurables elle était convenue avec elle d'un mot d'ordre (Astikot-Morlinghot) pour avoir des nouvelles du Prince. Les religieuses disaient qu'elle avait sa raison.

Et c'est tout f

Franchement, il nous est impossible de trouver dans ces visions d'une vieille alcoolisée, dans ces commérages de portière et de cuisinière, un témoignage sérieux en faveur de l'évasion Qu'elle y ait cru, soit.

Mais elle reconnaît elle-même qu'elle n'y aurait pris aucune part.

Et les trois raisons qui déterminent sa conviction, la rencontre 1 Situee alors rue de l'École de Médecine, 14, à une grande distance de la Tour du Temple.

C'est ce qu'a établi avant nous M. Chantelauze, le savant historien de Marie Stuart et du Cardinal de Retz, dans un très bon article (Figaro, 19 février 1882).


d'une voiture de linge dans les rues de Paris', le prétendu propos prêté à Desault qui, nous l'avons vu, avait tenu un langage tout à fait contraire et ne put faire l'autopsie puisqu'il était mort la visite aux Incurables de cet inconnu qui n'a rien dit et n'est pas revenu, sont tout à fait dérisoires

Le procès-verbal d'autopsie a été critiqué avec amertume en la forme et'au fond.

a Au fond, a-t-on dit, le vice scrofuleux dont était atteint depuis longtemps le corps soumis à l'autopsie des médecins, ne s'expliquerait pas par la constitution physique de Louis XVI et de Marie-Antoinette. »

Est-ce bien sérieux? Les scrofules ne procèdent-ils donc que de l'hérédité? N'y a-t-il pas une large part à faire à l'imprévu La date qu'elle assigne à cette rencontre, 8 juin 1795, doit être retenue, car elle exclut non seulement tout concours de sa part, mais elle est en contradiction avec le système qui place l'enlèvement au 19 janvier 1794 ou au mois de juin suivant.

2 Pour en finir avec la Simon, voici quelque chose d'assez curieux. Il n'est pas d'étrangeté à laquelle l'amour du paradoxe et de la contradiction ne puisse conduire certains esprits.

Simon a trouvé, lui aussi, des avocats pour le réhabiliter. Sérieys (Le Règne de Louis X VII, p. 173) reproduit les confidences que Simon lui aurait faites, les larmes aux yeux, et ses protestations d'affection pour le jeune prisonnier « Je donnerais un bras pour que cet enfant m'appartînt, tant il est aimable et tant je luiisuis attaché » M. Dubruel, ancien député, aurait été disposé à croireque Simon était un brave homme et que « s'il maltraitait le Dauphin, ce n'était que pour tromper les surveillants, a par pure affection (Second ~<K6<o!/e)* de M. Jules Favre).

Quant à la femme Simon, voici l'explication délirante que donnaient de sa conduite au Temple, certaines personnes

« On prétend que la femme du savetier Simon avait été maitresse de feu le comte d'Artois et que de cette liaison naquit un fils, vers l'époque de la naissance du D-tuphin On ajoute que cette femme, abondonnée plus tard par son royal amant, voua une haine implacable à la famille royale, et qu'ayant appris, en 1793, que le 1ils de Louis XVI était confié à Simon, elle se fit épouser par cet homme pour être à même d'exercer sa vengeance sur le jeune prince qui mourut, dit-on, par suite des mauvais traitements de cette mégère mais ayant appris qu'un parti s'était organisé pour enlever le Dauphin de sa prison, elle substitua à la place du prince mort, son fils, fils de son intrigue avec le comte d'Artois; et c'est cet enfant, assure-t-on, qui fut sauvé du Temple comme le véritable héritier de la monarchie française. Voilà comme on voudrait rendre compte de la frappante ressemblance de notre bon Elle avait alors 40 ans.

**Jls s'étaient mariés le 15 mai 1788.


dans les causes qui les déterminent ou les développent, comme pour toutes les maladies? Enfin le genre affreux de vie auquel était condamné le jeune prisonnier, la mauvaise nourriture, la séquestration, l'absence de mouvement, de grand air et de liberté ne sont-ils pas précisément une des causes qui expliqueraient le mieux une maladie de cette nature? Son frère, le véritable duc de Normandie, était bien mort rachitique, dans des conditions bien moins délétères.

Au point de vue de la forme, on a trouvé que ces énonciations du procès-verbal d'autopsie « Le corps que les Commissaires nous ont dit être celui du fils de défunt Louis Capet, et que deux d'entre nous ont reconnu pour être l'entant auquel ils donnaient des soins depuis plusieurs jours, » étaient étranges et implique- raient même de la part des rédacteurs la conviction que le corps n'était pas celui du Dauphin. La vérité est qu'elles n'avaient rien que de naturel sous leur plume. Ils n'avaient point à affirmer l'identité, à la rechercher. Ils étaient appelés pour faire l'autopsie du corps qui était là, et non pour autre chose. La formule qu'ils ont employée pour le désigner, est une formule banale et dont on retrouverait les analogues dans les procès-verbaux de constat ou d'expertise qui se dressent encore chaque jour. <t Mais, a-t-on ajouté, des quatre médecins qui firent l'autopsie, aucun ne connaissait le Dauphin'. »

La figure du Dauphin était connue par ses portraits peints ou gravés, par ses bustes ou ses médailles, plus que celle d'aucun autre enfant, surtout des Parisiens. Tout Paris l'avait vu jouer aux Tuileries et même pendant un temps, bien court, il est vrai, dans la cour du Temple.

Lassus avait été attaché à la maison de Mesdames Jeanroy à celle de Lorraine.

Jeanroy, Dumangin et Pelletan, qui survécurent jusqu'à la Resprince et de sa famille aux Bourbons, e Lettre de M. de Cosson à Gruau, Londres, 12 novembre 1859, citée dans les Intrigues dévoilées, t. III, p. 880, (Cosson met ces bruits sur le compte du baron Capelle).

Ainsi Naündorff aurait été le fils du comte d'Artois et de. la Simon touchante alliance de la royauté et du peuple 1

M. Louis Blanc, p. 361 Figaro, 7 mars 1882. Claravali, Vie de Mgr le Duc de ~Vb/'MMMtch'e (p. 137), va plus loin, et prend sur lui d'ai9irmer qu'ils surent positivement que l'enfant qu'on leur présentait n'était pas le Dauphin.


tauration, n'ont jamais exprimé le moindre doute sur l'identité de l'enfant. Jeanroy l'a afdrmée avec attendrissement, à M" de Tourzel, gouvernante des Enfants de France Pelletan y croyait si bien qu'il avait retiré et caché le cœur comme une relique. Dumangin, en querelle ~vec son confrère sur ce dernier point, était d'accord avec lui sur l'identité.

Le Comité de Sûreté générale n'était pas tenu de faire faire l'autopsie par quatre médecins, dont le moindre incident, le moindre scrupule d'honnêteté pouvaient faire les révélateurs de la fraude dont il aurait essayé de les rendre complices Les actes de déclaration et de décès dont nous avons donné le texte, et les autres documents relatifs à la constatation de ce décès, n'ont pas été moins critiqués que le procès-verbal d'autopsie.

a i" L'acte de décès n'aurait été rédigé que quatre jours après le décès lui-même. »

Le décret du 19-24 décembre 1792 concernant l'état civil des citoyens n'impartit point de délai pour la rédaction des actes de décès, mais il exige que la déclaration soit faite dans les trois jours, non compris celui du décès, devant le commissaire de police de la section ou du quartier 2. Or, cette déclaration fut faite régulièrement, le surlendemain du décès de l'enfant, dans les délais réglementaires, et l'acte de décès ne fit qu'en reproduire les énonciations après vérification. C'est ce que Gruau et M. Louis Blanc se sont bien gardés de dire 3.

2" Il n'est pas davantage irrégulier, a pour n'avoir pas été dressé en présence du commissaire de section préposé par la loi spéciale du temps à la garde du prince » Cette présence n'était im1 Beauchesne, p. 314. 6

« Les personnes désignées. pour faire les déclarations de naissance et de décès, seront tenues de faire ces déclarations dans les trois jours de I? naissance et du décès. » (Décret des 19-24 décembre 1798, art. 1") 3 M. Louis Blanc, p. 361 etc., etc.

La Cour de Paris (Arrêt de 1874), a décidé formellement et définitivement que l'acte de décès était régulier. Cela n'empêche pas un des deux curés que nous avons cités plus haut, de nous écrire << L'acte de décès original n'a jamais existé La copie qu'en donne M. de Beauchesne est postérieure de quatre jours à la mort et par conséquent entachée d'illégalité et nulle de soi. Pourquoi vouloir trancher sur ce qu'on ignore si complètement r < Louis Blanc, p. 362. `


posée par aucun texte, et le commissaire de section, Dussert, averti ps.' Lasne et Gomin, ainsi que nous l'avons vu, avait fait, d'ailleurs, les constatations légales.

« Cet acte est signé par deux témoins obscurs a comme tous les autres actes de ce genre, La signature de Gomin et de Lasne sur l'acte de déclaration suffisait. Lasne a, d'ailleurs, signé aussi l'acte de décès.

4° « La sœur du Dauphin était un témoin légal indispensable, à qui l'on a oublié de faire signer le procès-verbal. C'était la marche rationnellement indispensable et légalement obligatoire » Erreur grossière ou mensonge impudent. Les lois du temps, pas plus que les lois actuelles, n'exigeaient nullement le concours s d'un tiers, d'une mineure surtout, à la constatation légale d'un décès. On croit rêver en lisant de pareilles assertions sous la piume d'un ancien magistrat.

5" a Il existerait des variantes sur le jour et sur l'heure du décès. »

C'est bien le 8 juin (20 prairial) que mourut le jeune prisonnier. La déclaration du décès faite le 10, l'acte de décès dressé le 12, le constatent de la manière la plus formelle et la plus régulière. Quant à l'heure, il y a quelques légères différences. Eckard dit deux heures (p. 286) Beauchesne (t. II, p. 307) dit, d'accord avec le député Sevestre dans son Rapport à la Conventfon, deux heures un quart l'acte de déclaration et celui de constatation du décès, trois heures; le procès-verbal d'autopsie, vers trois heures. Ergoter sur de pareilles différences est misérable, surtout quand la fixation de la minute précise importait aussi peu. e Mais, disent triomphalement les partisans (le Naündorff et de Richement, d'accord sur ce point, Lasne a déposé en justice, en 1840, que l'enfant avait rendu son dernier soupir, un matin » Lasne serait-il donc un faux témoin, parce qu'après plus de quarante ans, sa mémoire l'aurait trahi sur un point de cette nature et qu'il se serait trompé de quelques heures, ou bien encore parce qu'en divisant, comme on le fait dans le peuple, Le jour en deux moitiés, il aurait appelé matin la partie qui n'était pas le soir ou la partie antérieure à l'heure de son dîner? M. Louis Blanc, p. 362 .F%Mro. 7 mars 1882.

Gruau, ~Vott Louis XVII n'est pas mort au Temple, p. 3S4, 267 s 3 Non Louis XVII n'est pas mort au Temple, p. 272.


« Le Rapport a~e&oe~ye d la Convention, 15 juin 1795, serait suspect.. N

On se rappelle que, dans ce Rapport, la mort de Desault a été indiquée au 5 juin au lieu du 1er.

« Il est difficile de comprendre, dit à ce sujet M. Louis Blanc (p. 354), que le Comité de Sûreté générale, qui avait à sa disposition l'acte de décès de Desault, ait pu se tromper à ce point sur une date qu'il avait à préciser officiellement et si l'on suppose que l'erreur aitétë volontaire, quelle autre cause lui assigner que le désir de détourner l'opinion publique de certains rapprochements estimés dangereux. »

Des erreurs bien autrement graves se glissent tous les jours s dans les Rapports et les discours parlementaires ou dans la transcription qu'en font les secrétaires ou les imprimeurs L'objet du Rapport n'était point, comme le prétend M. Louis Blanc, de « préciser la date officielle a de la mort du médecin, mais de celle du malade. Qui ne voit aussi que l'erreur ici consiste à avoir rapproché les deux morts, et que le calcul des arrangeurs aurait être de les afM<<7Mce/' le plus possible l'une de l'autre? `?

Le certificat signé le 10 juin par les officiers et sous-officiers, En veut-on la preuve Dans le n° du 10 juin (22 prairial) des Annales patriotiques et ~'Mgt'cf: M. Louis Blanc aurait lu que c'était Pierret et non Sevestre qui avait fait le Rapport au nom du Comité de Sûreté générale il aurait trouvé aussi un texte assez différent, énonçant notamment que « dans la nuit du 20 au 21 de ce mois, le petit fils de Capet est mort à deux heures du matin. » A la suite de ce Rapport, ajoute le journaliste, Pierret a remis sur le bureau deux procès-verbaux des gens de l'art, qui constatent le genre de maladie dont le petit Capet était attaqué. Devenu imbécile depuis quelques mois, il a été attaqué d'un maladie de langueur. Ces pièces seront imprimées au Bulletin et déposées aux Archives )) Quelles conclusions tireraitil de ces erreurs multipliées 1

11 s'étonne de l'absence au JtfoMt~M!' du Rapport fait par Desault, quoique la Table indique que ce Rapport se trouve au n" 263 (p. 354).

Chicane véritablement puérile On sait que la Table du Moniteur pour les premières années est collective, qu'elle ne fut publiée qu'en 1802 et qu'elle est assez fautive. L'indication d'un Rapport qui ne se trouve pas dans ce journal, est un lapsus qui ne pouvait avoir de conséquence, puisqu'en recourant au n° indiqué, on n'y trouvait pas ce Rapport, et qui, à l'époque où cette TaMe parut, n'offrait pas le moindre intérêt.

Autres exemples sans sortir de notre sujet Le 2 mai 1851 (Gazette des Tribunaux du 9), M.Jules Favre donne, ou est censé donner à l'acte de décès du 20 prairial an 111, dont il attaquait la validité, la date du « 24 prairial an VIII (10 juin 1800 ?).


serait un certificat de complaisance. « Les commissionnaires et les marchands de vin du coin, pour quarante sous, auront bien déclaré tout ce qu'on aura voulu »

Il y avait là, non pas des a commissionnaires, ni des <t marchands de vin du coin,» ni des « farceurs ramassés dans la rue, » mais des officiers et des sous-officiers de la garde nationale, appelés en vertu de leurs grades, réunis par le seul hasard de leur inscription sur les contrôles de service. Il suffisait que l'un d'eux eût connu le Dauphin et qu'il exprimât un soupçon, pour provoquer un scandale et amener la découverte de l'imposture. Comment s'exposer à de pareils dangers, quand aucun texte, aucun précédent ne forçait le Comité de les appeler à reconnaître e le cadavre 9

M. Louis Blanc n'a pas manqué d'incidenter sur l'obscurité de la pièce où le corps était déposé et la précaution qu'avaient dû prendre les médecins chargés de l'autopsie de le faire transporter dans une autre il fallait plus de clarté, ce semble, pour faire une autopsie minutieuse, que pour examiner et reconnaître le visage d'un mort

& Il est étrange que le gouvernement n'ait pas pris des précautions plus minutieuses pour constater d'une manière irréfragable le décès et l'identité de son prisonnier 3. »

On oublie en parlant ainsi que les Comités et la Convention avaient le parti bien arrêté d'affecter pour les prisonniers du Temple un suprême dédain et de les traiter à peine comme les derniers des citoyens. Il était donc tout naturel de s'abstenir Figaro, 7 mars 1882.

« Pouvait-on dans ce mort étique reconnaître l'enfant joufflu qu'on avait vu jouer aux Tuileries trois ans avant a »

C'était plus facile assurément que de reconnaître ce même enfant dans Naûndorff, Richement et tutti g<«m<t, comme l'ont fait leurs croyants, après quarante ans entiers t

3 M. Louis Blanc, p. 360;– jP%r<M'o, 7 mars 1882.– « Quoi t disait M. Jules Favre, dans M juouvement d'éloquence un peu forcé, c'est l'acte de décès de celui qui représentait un principe qui alors était loin de se croire vaincu, et l'on ne prend pas plus de précautions pour constater l'identité! L'on appelle deux bourgeois inconnus, et sans s'inquiéter des royalistes qui peuvent abuser de l'obscurité de cette constatation, le Comité de Sûreté générale ne prendra pas d'autres précautions t a II, y en eut d'autres de prises, nous l'avons vu.


de mesures qui auraient ranimé le préjugé monarchique et froissé ceux de la démocratie, et cependant les constatations relatives au décès furent complètes, plus complètes même qu'il n'était d'usage de les faire.

S'il y eut dans la rédaction de certains documents quelques lacunes ou quelques erreurs, elles prouveraient tout au plus qu'on n'attachait pas à la rédaction de ces actes une importance particulière. Les Comités ayant empoisonné le Dauphin, ou Desault, ou même voulant tout simplement cacher la substitution qui aurait eu lieu au Temple, auraient pris leurs mesures. Tous les actes rédigés sous leur influence et pour ainsi dire sous leur dictée, auraient été d'une correction irréprochable'. a La date de l'enterrement serait restée incertaine ? u Il eut lieu le 10 juin Cela est certain. Il est bien vrai que le ministre de la police, dans une lettre au préfet de police du 1~'mars '1816, indique la date du 8 (la confondant ainsi avec celle du décès) et que le préfet de police, dans sa réponse du l~juin 1816, énonce le 12 juin (qui est celle de la rédaction de l'acte de décès ~), uniquement sur la foi de quelques-unes des dépositions recueillies dans l'enquête à laquelle il a fait procéder 5.

Qu'importe d'ailleurs? L'incertitude sur cette d~te aurait tout au plus rendu plus difficile la vérification et la reconnaissance des restes du Dauphin, mais elle ne touche en rien à la date, à la réalité, à la constatation du décès lui-même.

« Les restes de Louis XVII n'auraient pas été exhumés 6. » L'endroit où ces restes pouvaient se retrouver était trop incer. Voici toutefois une singulière explication donnée par les partisans de Naùndorff « Ne semblerait-il pas que les autorités de l'époque multipliaient à dessein les anomalies, par une politique tortueuse et d'avenir, dont les meneurs possédaient seuls le secret, pour que, suivant qu'il conviendrait plus tard à leur intérêt, on invoquât l'acte mortuaire, on crût ou ne crût pas à la mort du fils de Louis XVI o (~VoK Louis X VII n'est pas mort au Ï~Kp~ p. 275.) Comprenne qui pourra i

Non! ZoMts XVII n'est pas mort au Temple, p. 295.

3 Beauchesne, t. Il, p. 319 Eckard, p. 290, 486 etc.

4 Beauchesne, 1.11, p. 386.

I! ne ~'o~f'Me pas, comme le prétend Gruau, p. 295.

M. Louis Blanc, p. 367 M. Nauroy, p. 98 etc.


tain pour que la recherche pût en être faite avec quelques chances de succès. Trois versions se trouvaient en présence. Suivant un premier récit, le corps aurait été déposé dans la fosse commune du cimetière de la paroisse Sainte-Marguerite. Pendant plusieurs nuits, des factionnaires auraient été mis à la porte et autour de ce cimetière, afin d'empêcher qu'on ne l'enlevât. Les fossoyeurs avaient marque le cercueil d'une croix faite avec de la craie blanche. Ils avaient eu soin, de plus, de l'isoler des cercueils qui arrivèrent les jours suivants. Au bout de quelques jours -les héritiers de l'un d'eux, nommé Valentin, disaient la nuit suivante ils le transportèrent dans une fosse particulière, creusée près du seuil de la porte d'entrée du cimetière dans l'église, en le marquant de nouveau d'une croix blanche et d'une seconde croix dessinée avec de petits cailloux. Tout cela paraissait assez vraisemblable; mais un ancien jardinier du Luxembourg, nommé Charpentier, vint affirmer, de son côté, que dans la nuit du 13 au 14 juin, il avait été lui-même, avec deux de ses ouvriers, sur l'ordre du Comité révolutionnaire de sa section, creuser une fosse dans le cimetière de Clamart, qu'un cercueil de quatre pieds et demi de long, sur douze à quinze pouces de large, y avait été déposé, que les membres du Comité, présents à l'inhumation, lui avaient enjoint de garder Je silence le plus absolu, sous la menace de peines sévères. Il avait même entendu l'un d'eux s'écrier au moment du départ a Le petit Capet aura bien du chemin à faire pour rejoindre ses parents. » Enfin, le bruit se répandit, d'une troisième part. que le cercueil avait été enterré au pied de la tour du Temple. De ces rapports contradictoires, une seule présomption se dégageait, c'est que le corps avait été inhumé dans la fosse commune, conformément aux lois du temps

N'a-t-on pas aussi voulu argumenter, en faveur des faux Dauphins, de la découverte d'un squelette d'enfant au pied de la Tour du Temple?

Singulier raisonnement ou ce squelette n'était pas celui du Dauphin, et on ne pourrait rien conclure de sa présence en ce Eckard, p. 306 Peuchet, Rec~-c~M sur l'exhumation du corps de Louis X VII, dans les Mémoires de Tous, t. Il, p. 319 et suiv., Bea~chesne, t. II, liv. xviit.


lieu; ou c'était celui du Dauphin, et ce squelette ne serait-il pas alors la démonstration la plus complète de sa mort et la plus éloquente protestation contre les prétentions de tous les faussaires qui ont usurpé son nom '?

a Louis XVIII et tes chefs royalistes auraient eux-mêmes reconnu, postérieurement à la date supposée de sa mort, que le Dauphin existait encore. »

Si audacieuse, si insensée même que soit une pareille allégation, ayons le courage de la discuter.

« Louis XVIII, dans une proclamation datée de Vérone le 14 octobre 1796, aurait pris le simple titre de Régent, semblant ainsi reconnaître qu'il n'était pas le véritable roi » Mensonge éhonté! Louis XVIII avait pris le titre de Roi aussitôt après la nouvelle de la mort du Dauphin il l'avait gardé dans tous ses Manifestes et ses Proclamations. Le Régeut, en 1797, était le comte d'Artois, à qui son frère avait conféré ce titre. Louis XVIII n'était même plus à Vérone depuis le mois d'avril 1796.

1 « Le général d'Andigné, enfermé au Temple en 1800, avait obtenu du directeur, M. Fauconnier, la permission de faire du jardinage dans une cour. Un soir, la bèche met à nu un squelette dépouillé Je ses chairs et enterré dans de la chaux vive. Ce squelette mince et allongé paraissait celui d'un grand enfant. D'Andigné pensa à Louis XVII enterré ou plutôt caché là, à quelques pas de son cachot. Un petit os fut recueilli comme une relique par un des témoins. Le Directeur étant survenu, d'Andigné le tira à part et lui dit « C'est là probablement le corps du Dauphin. » A quoi 1 autre, fort embarrassé, répondit en balbutiant « Oui, c'est bien là son corps. )) D'Andigné aurait eu la pensée, sous la Restauration, de faire constater par une enquête ce fait intéressant dont les témoins vivaient encore. Mais il recula devant la douleur de la duchesse d'Angoulême, que cette enquête aurait cohtristée sans la convaincre. ') (JtftM~ des .K~M~M, ~M -PrMMM ~M général ~M<yKC, par Pitre Chevalier; janvier 1858 Beauchesne, t. lI, p. 333.) Nous sommes loin d'accepter comme sérieuse la réponse qu'aurait reçue le Général. Suivant Claravali (ou Richemont) toujours fertile en inventions, on aurait trouvé, en 1816 (il ne dit pas dans quel endroit, mais évidemment dans les environs du Temple), le squelette de l'enfant mort au Temple le 8 juin 1795. C'était celui d'un enfant de 15 ans (p. 138). Il y aurait donc eu un cimetière d'enfants en ce lieu L'âge de celui-ci exclurait d'ailleurs la possibilité qu'on eût pu, vivant, le confondre avec le Dauphin, plus jeune de cinq ans, et cela pendant des mois, des années Il faudrait des volumes pour réfuter tant de contradiction et d'insanités.

f Cot~< Journal, 24 mars 1832, n" 152 Claravali, Vie de Duc de JV<M-MaMeKc, p. 242 Labreli de Fontaine .AMt~MtMot! de NaùndorR' aux Bourbons etc.


« Des proclamations de Charette attesteraient l'existence de Louis XVII à une époque postérieure au 8 juin. s

Ceci est un autre comble d'ignorance ou de mauvaise foi. Précisons les assertions pour n'en laisser aucune sans réponse.

1" K Sous les murs des Sables d'Olonne, » Charette aurait dit à ses soldats « Voulez-vous laisser périr l'enfant miraculeusement sauvé du Temple, comme ses augustes parents'? »

On suppose ici que le Dauphin aurait encore été en Vendée en juin ou juillet 1795, ce qui implique absolument contradiction avec les récits qui l'en font sortir avant la pacification de la Jaunaye (févr. 1795). Charette, dans sa seconde campagne (juin 1795-tévrier 1796), n'approcha point des Sables. Aucun historien, aucun document sérieux ne rapporte ces paroles.

2' Proclamation de Charette, sans date, donnée par Labreli de Fontaine;

Nous avons vu qu'elle n'est que la copie textuelle d'un discours que,daus son roman, le Cimetière de la Madeleine,RegnaultWarin met dans la bouche de Charette, cherchant à dissuader ses offciers de faire -la paix (laquelle fut conclue à la Jaunaye le 17 février 1795); Labreli ne s'était même pas aperçu, en transcrivant ce discours, qn'il était coupé par une sorte de dialogue avec les officiers, et il a confondu l'interruption avec le discours lui-même. C'est d'un ridicule achevé. Ce discours, enfin, serait nécessairement antérieur, et de beaucoup, au 8 juin 1795.

3° Réponse des Armées catholiques et royales de la FeM</ee. au Rapport fait à la soi-disant Convention nationale, a~MN/a~Mcc du ~~MtM.Pièce imprimée, datée du 22 juin 1795 et signée Charette, Stofflet, Scépeaux, Sapinaud, etc

Loin que cette pièce suppose Louis XVII sorti du Temple et vivant encore au 22 juin, elle énonce formellement le contraire: <t Le 4 juin, il fut convenu que Louis XVII et sa sœur seraient conduits le lendemain à Saint-Cloud. Nous nous disposâmes aussitôt à concerter, avec les Représentants du peuple, les moyens d'envoyer des personnes d'une fidélité et d'une bravoure JTMM~f~tMt, 30 août 1845.

Assignnation de Naûndorff, etc.


éprouvée, dans les environs de Saint-Cloud. Dans ce ~c~e~M.ment, Louis ~e~~a~~M~MOM</M yeM~/e. » Mais nous reconnaissons volontiers qu'il n'y a pas grand argument à tirer de cette pièce. Nous avons établi dans notre étude sur les Articles secrets qu'elle est nécessairement apocryphe. Elle rapproche la signature d'hommes alors profondément divisés Stofflet la désavoua et ne reprit les armes qu'au mois d'aoùt suivant; « 2° II est matériellement impossible, comme nous le disions, qu'une longue réponse à un Discours prononcé à la Convention le 16 juin, et qui, avec les lenteurs et les di'ncultés de circulation d'alors, ne put être connu dans le pays insurgé que quelques jours après, ait. été débattue, concertée entre les chefs royalistes dispersés de tous cotés, et rédigée à la date du 22 juin; » 3" Elle est incompatible avec le Manifeste du 26 juin 1795, dont il nous reste à parler.

4" Manifeste du général Charette daté de Belleville, 26 juin 1795.

On lit dans ce Manifeste, dont la sincérité n'a jamais été méconnue par personne: ~A~MsacoMsap/M~e/e fils in fortuné de notre yM<~eMreM./? monarque, notre Roi, avait été /dcAe~!eM~ empoisonné par cette secte impie et barbare, qui, loin d'être anéantie, désole encore ce malheureux royaume. »

Est-il clair jusqu'à l'évidence que lautorité de Charette ne peut être invoquée en faveur de l'évasion prétendue? Il croyait que Louis XVII était mort au Temple et il le proclamait devant son armée, quand il aurait eu tant d'intérêt à dire à ses soldats <t II est vivant et le voilà ? »

II n'y a pas plus 'd'importance à attacher à la prétendue lettre de Charette après Quiberon, pour détourner le comte d'Artois de venir en Vendée « La perte de M. de Sérent dégoûtera Monsieur de venir parmi nous, et cependant il doit craindre que nous ne soyons pas assez forts pour soutenir les droits de son frère contre tant de gens qui pré féreront un autre monarque. Tout annonce le vœu généra! pour le retour d'une monarchie; mais rien n'indique que Louis XVIII soit le roi désiré. » Il est trop certain que Charette n'eut point à s'opposer à la descente du comte d'Artois en Vendée. A-t-il écrit en réalité la lettre cidessus ? Nous en doutons fort. Dans tous les cas, ce n'est pas de cette façon entortillée qu'il eût réservé les droits de Louis XVII,


s'il eût cru à son existence. II n'y aurait là tout au plus qu'une allusion aux intrigues déjà nouées autour du duc d'Orléans 1.

Puisaye aurait-il, de son côte, postérieurement au 8 juin 1795, proclamé l'existence du Dauphin ~?

Le Manifeste, qu'il apporta sur la flotte anglaise 3, est antérieur à son débarquement à Quiberon (27 juin). Il l'est même, selon toute apparence, à son départ d'Angleterre qui avait ea lieu le 10 précédent On y lit » Pourquoi l'intéressant et auguste héritier de tant de rois. n'est-il pas proclamé et replacé sur le trône de ses pères? » Puisaye, en l'écrivant, croyait que le Dauphin existait encore, c'est très évident il est tout naturel qu'à la date du 10 juin, et même quelques jours plus tard, il ignorât sa mort. Mais il est évident aussi qu'il le croyait encore captif. Cette proclamation prouve donc, elle aussi, que les chefs des insurgés n'ont jamais cru à l'évasion prétendue.

Ils reconnurent tous et proclamèrent Louis XVIII. C'est pour lui, Roi, qu'ils combattirent et moururent, et non pour un usurpateur contre lequel ils n'auraient eu assez de haine et de mépris. Ainsi firent les Condé ainsi l'Émigration tout entière. Faut-il s'arrêter à l'étrange argument tiré des légendes de deux médailles trouvées aux Tuileries après le départ de Louis XVIII, au retour de l'Empereur ~?

Sur une de ces médailles on voit, d'un côté, l'effigie de Louis SECOND FILS DE Louis SEIZE NÉ LE 29 MARS 1785, et au revers, l'Ange de la mort gravant avec un stylet ces mots sur un tombeau REDEVENU LIBRE LE 8 JUIN 1795 C'est une allusion à la V. Les Mémoires de Puisaye et ceux de Dumouriez.

.A~M~MttOM de NaùndorB' Plaidoyer de M. Jules Favre, etc. 3 Comme on le trouve annexé à des documents républicains du 16 juillet qui en constatent la saisie, on a cru, fort légèrement, qu'il avait cette date. <7Me~'M des Vendéens et des Chouans, t.V, p. 271.

< Le comte de Vauban, Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée, 1806, p. 69, le déclare formellement.

5 Non Louis X VII n'est pas mort au Temple, p. ? Assignation de Naûndorff Plaidoyer de M. Jules Favre, etc. Le pamphlétaire SauquoireSouligné va plus loin. Il affirme que Louis XVIII portait cette médaille à son cou à la bonne heure t (Voix d'un .Pt'<McW<, p. 297. 389). 6 Décrite et gravée dans le Trésor de Numismatique et de Glyptique, Médailles de la Révolution française, pl. LV, n° 5. Cette pièce fait partie de la série dite des six victimes publiée à Berlin par le graveur Looz, 1794 et 1795..


mort qui put seule briser les fers du jeune captif. Il eai. absurde d'y chercher, comme l'insinue Gruau, une allusion à l'évasion du Dauphin. 1° Ce n'est pas le 8 juin 1795 qu'il se serait évadé, mais c'est ce jour-là qu'il mourut; 8° on n'aurait pas fait frapper des médailles pour rappeler l'attention sur un événement que l'on aurait voulu, dans le système de Gruau, tenir caché, ou plutôt pour consacrer sa propre usurpation.

Sur l'autre médaille, on voit Louis CHARLES ET MARIE THÉRÈSE CHARLOTTE ENFANS DE LoUIS SEIZE, et au revers, une draperie suspendue a une tringle avec ces mots QuAND SERA-T-IL LEVÉ? Quand disparaitra l'obscurité qui enveloppe leur destinée? Cette médaille faisait partie de la môme série, dite des six ~c~/Me~que la précédente. Elle est de février 1794 et frappée à Berlin. Il y a bien encore l'arrestation à Thiers, en juillet 1795, d'un enfa,nt de dix ans nommé Morin de la Guéhviëre, sous la conduite d'un certain Ojardias on aurait cru que cet enfant n'était autre que le Dauphin, évadé de sa prison, et on ne l'aurait relâché, sur l'ordre du Conventionnel Chazal, qu'après u le enquête.

Nous reviendrons sur cet incident dont on a beaucoup exagéré l'importance.

Comme l'a fait très justement observer M. Louis Blanc (p. 364) jamais l'arrêté du Comité de Sûreté générale prescrivant la recherche du Dauphin n'a été produit, et cet arrêté serait en contradiction avec tout ce qu'on a dit d'une substitution d'enfant opérée de connivence avec quelques-uns des membres de ce Comité. Ils auraient eu tout intérêt à étouffer les recherches, au lieu de les multiplier et de leur donner une grande publicité. Les Comités et les Conventionnels en mission se sont occupés d'une foule de questions de police, d'intérêt criminel oumême civil, qui ne touchaient en rien à la politique.

Enfin, on a voulu à toute force chercher dans la conduite des Bourbons, depuis la Restauration, certains indices des scrupules, bien tardifs, qu'ils auraient éprouvés au sujet de l'existence possible de ce parent qui eût été aussi leur souverain. Trésor de Numismatique, pi. LIV, n° t.


LES FAUX LOUIS XVII.

Dans cet ordre d'idées, on invoqué tour à tour

« Le refus persistant par la duchesse d'Angoulême de recevoir le cœur de son frère que le docteur Pelletan avait dérobé au moment de l'autopsie et qu'il lui oNï'ait »

La soustraction du cœur de l'enfant aurait eu lieu dans des circonstances fort singulières. Lasne disait qu'elle n'avait pu s'effectuer.; le D~ Dumangin la contestait également et soutenait à ce sujet, contre son confrère, une polémique passablement scandaleuse. Enfin Pelletan, qui prétendait avoir dérobé le cœur au moment de l'autopsie, pendant que ses confrères avaient le dos tourné, était forcé de reconnaître que ce même cœur, placé dans un tiroir de son secrétaire, avec d'autres pièces anatomiques, avait été volé par un de ses élèves auquel il avait eu l'imprudence de confier son secret. Il n'avait pas osé le réclamer dans la crainte qu'il ne le fit disparaître, et ce n'était qu'à sa mort qu'il avait pu en obtenir la restitution par la famille. Tout cela était bien étrange.

La duchesse d'Angoulême devait s'abstenir dans le doute elle s'abstint

& La répugnance des successeurs de Louis XVII à attester, par un acte public, que, dans leur conviction, l'enfant mort au Temple était bien le fils de Louis XVI ? »

Une pareille attestation, il faut bien le dire, n'aurait rien ajouté au fait ni au droit de leur possession elle en aurait plutôt amoindri l'autorité. Cette possession suffisait aux yeux de tous ceux qui croyaient à leur loyauté toutes les déclarations du monde n'auraient pas suffi .à ceux qui voulaient en douter.

< Louis XVIII n'osant pas se faire sacrer, ou le clergé refusant de procéder à cette cérémonie a

'M. Louis Blanc, pag. 386; J~o~/ ZoMM X VII M'M< pas mort, p. 291 Assignation de Naündorff; M. Nauroy, p. 97 etc. ~Séneys,Ze.Be~~ZoMM.XVf7~Ëckard, p. 309; Beauehesne, t. il, p. 496.

3 M. Louis Blanc, p. 366.

4 Lafont d'Aussone, Lettres anecdotiques e%politig,4es sur les deux départs famille royale en 1815 et 1830. Paris, 1832, in-8° .AMt~MttCM de Naundorn, etc.

Ce Lafont, prêtre apostat, pamphlétaire impudent, agent de police et dont le nom a été mêlé à de très fâcheuses affaires, est invoqué comme une


Supposition absurde. Les sentiments peu religieux de Louis XVIII et ses infirmités physiques expliquent suffisamment qu'il se soit affranchi de cette cérémonie. Coupable de l'indigne usurpation qu'on lui prête et de tous les crimes qui l'auraient scellée, comprendrait-on qu'il eût reculé devant la jonglerie d'un sacr e ? Charles X fut sacré, et Charles X aurait été usurpateur au même titre et aussi odieusement que Louis XVIII lui-même. a Le Clergé refusant également de célébrer un service mortuaire à la mémoire de Louis XVII ? »

Faux. Le Dauphin était commémoré dans les services célébrés le 21 janvier, une ordonnance royale ayant réuni les divers anniversaires 2.

a Le monument que les chambres avaient, le 19 janvier 1816, voté à la mémoire de Louis XVII, n'aurait pas été exécuté. p Ce monument devait être exécuté en même temps que ceux élevés à la reine Marie-Antoinette et à Madame Élisabeth.Des ordonnances rendues les 19 janvier et 14 février 1814 avaient prescrit l'achèvement de l'église de la Madeleine, pour les y placer tous les trois 3. Lemot était chargé de le sculpter. La Madeleine ne fut pas achevée les monuments ne furent pas exécutés; celui de Louis XVII subit le sort commun. Peut-on voir dans cette négligence une preuve que la Restauration ne croyait pas à la réalité du supplice des victimes dont on voulait consacrer la mémoire, de celui de la Reine et de Madame Élisabeth par exemple ? Constatons, d'ailleurs, que le buste de Louis XVII par Desenne fut placé, la même année, dans la salle des séances de la Chambre des Députés, en même temps que ceux de Louis XVI et de Louis XVIII, dans l'hémicycle qui entourait le bureau. Il y a avait enfin, pour ne rien omettre, même de ce qui n'est qu'une insinuation gratuite autant que perfide, la disparition d'un nommé Caron, ancien employé au service de bouche de autorité par tous les sectateurs des faux Dauphins. Il prétend tout à la fois et sans l'ombre de preuves, que le Dauphin aurait été empoisonné au Temple et que les papes Pie VI et Pie VII auraient cru à son évasion, ce qui aurait amené le refus de sacrer Louis XVIII.

1 Labreli de Fontaine M. Nauroy, p. 97 etc.

Eckard, L'Enlèvement et l'existence de Louis XVII, 6!ewoM<fM chiméri~<M,1831.

s ~OM<eM~ o~Mt< 17 février 1816.


Louis XVI, qui prétendait s'être introduit au Temple après le transfert de la famille royale dans cette prison, et qui aurait possédé ou prétendu posséder sur l'enlèvement du Dauphin des détails secrets et importants. Cet homme n'aurait pas été revu depuis le 4 mars 1820.

Un homme disparaît, victime d'un crime ou d'un accident, ou bien encore par des raisons particulières qui l'éloignent de sa famille et lui font cacher son départ et le lieu de sa retraite C'est chose assez commune. Mais cet homme s'était vanté d'avoir des renseignements sur l'évasion du Temple. Il a donc été assassiné par l'ordre de Louis XVIII! C'est odieux et stupide. M. Louis Blanc aurait dû laisser à Claravali tout seul la responsabilité de pareilles insinuations.

Voilà donc à quoi se réduisent ces attaques contre des actes authentiques, confirmés'par tant d'autres preuves, ces indices dont on a fait si grand bruit, de l'évasion prétendue du Dauphin. L'histoire a dit son dernier mot la parole va être au roman. Mais avant d'aborder le roman particulier de chacun des fauxDauphins, étudions avec quelque détail celui dont ils procèdent tous et qui avait, du moins, le mérite de ne pas être une réclame au service de détestables et folles intrigues. III

Z,E C/~ETVETfE DE LA .aMD~E'~vE.

Nous avons dit qu'après la Terreur, il y eut dans les esprits comme un retour d'attendrissement et de pitié en faveur des victimes, et plus particulièrement des prisonniers du Temple, doublement consacrés par la grandeur de leur rang et par celle de leurs infortunes. Le mauvais goût du. temps aidant, cela tourna vite à la sentimentalité dans la littérature et dans les arts. Un écrivain fort inconnu aujourd'hui, Regnault Warin, saisit l'occasion et lança un roman tout mouillé de larmes, tout gonflé de métaphores et d'absurdes imaginations, où il exploitait et


flattait, en l'exagérant, la manie du moment. « Toutes les grandes ombres monarchiques s'y dressaient dans des phrases démesurées, leur tête à la main. C'était le pinceau de Ducray-Duminil sur la palette de l'anglais Young. » Le succès fut assez grand pour que la police s'émût et que les difficultés qu'elle essaya d'apporteràla publication du livre y ajoutassent encore 1. L'évocation des souvenirs monarchiques et les doutes jetés sur la réalité de la mort du Dauphin étaient bien de nature, malgré la pauvreté de l'exécution, à éveiller les susceptibilités du pouvoir consulaire.

Le Cimetière de la. Madeleine 3 se compose d'une série d'entretiens nocturnes, dans l'enceinte du cimetière de ce nom, entre l'auteur et l'abbé Edgeworth de Firmont, le saint et courageux prêtre e qui avait assisté Louis XVI sur l'échafaud et lui avait ouvert les portes du ciel. C'est une romance sur la Rose et le Lys, imprudemment chantée par l'abbé, qui a fait découvrir à son interlocuteur, qu'il prend d'abord pour un ennemi, l'asile de ses méditations solitaires, et qui devient l'occasion de leur liaison. Edgeworth raconte d'abord les premiers événements de la Révolution et le séjour de la famille royale au Temple, dans lequel il aurait eu libre accès auprès d'elle 4. Le tout est entremêlé de l'amour du jeune Fitz Asland, son élève, pour Marie-Thérèse (depuis duchesse d'Angoulême), de Toulan pour la Reine, de déguisements et d'intrigues où Dumouriez, Manuel, le duc d'Orléans, M' de Genlis, Florian, jouent des rôles. Mais bientôt Edgeworth se lasse de raconter, et ce sont des pièces soi-disant authentiques qu'il communique à son interlocuteur A~o~ de Manuel ~My une pretendue Négociation avec le roi de Prusse; Mémorial

1 Peuchet ou plutôt La Mothe-Langnn, M~MMt'fM < des Arc~~M <<e

.P<ce, t. IV, p. 245. Les documents qu'il puMie sur cet incident paraissent la authentiques M. Welschinger, La Censure sous le premier Empire, 1882, p. 195.

Il est à noter que, dans un autra roman historique contemporain du Cimetière de la .M«c~e!'Me, Irma ou les malheurs d'une jeune orpheline, par M' Guénard (1801), cette mort, au Temple, est au contraire présentée comme certaine, et !a duehesae d'Angoulême comme ayant reçu les derniers soupirs de son frère.

3 Paris, Lepetit, 1800, 4 v. in-12; 1801, 4 v. traduit eu espagnol par Salva. Paris, 1833, 4 v. in-18.

4 On sait qu'il ne fut admis auprès du Roi, qu'il ne connaissait pas auparavant, qu'après la condamnation.


des derniers jours de Louis XVI, extrait des Tablettes de Malesherbes ~MMsc~< de Marie Antoinette, où elle retrace notamment la cérémonie mystérieuse du sacre du jeune dauphin dans ta Tour du Temple; Testament, absolument apocryphe, de Marie Antoinette on voit que le romancier n'a reculé devant. ucune témérité;–JoMrKa~efeDesoM~, chirurgien e~ che f du Grand ~o~~ecf~«M<!K~. Ce prétendu Journal n'est qu'une peinture très boursoufflée des soins et des agréments dont le jeune Prince aurait été entouré dans les derniers temps de sa captivité. Il aurait conçu une très vive affection pour un élève du nom de Cyprien qui accompagnait Desault dans ses visites. Ce Cyprien était lui-même fort lié avec un nommé Fc~ac, « jeune homme d'environ vingt-cinq ans, d'une physionomie remarquable par son originalité, B se disant aussi étudiant en médecine. Seize jours après son entrée au Temple, Desault aurait reçu une lettre anonyme accompagnant un envoi de 500 louis, dans laquelle on l'assurait que sa fortune était faite a s'il voulait, on ne dit pas prêter des facilités, mais ne pas opposer d'obstacles et seulement fermer les yeux à l'entreprise qu'on va tenter, » et dont l'objet était l'enlèvement du jeune Prince. Desault aurait communiqué cette lettre aux Comités. Mais sa mort, arrivée sur ces entrefaites, aurait interrompu son Journal.

Celui deFelzac le continue, et comme c'est dans cette rapsodie mensongère et absurde de tout point, que la plupart des prétendus Louis XVII ont puisé les principaux traits de leurs récits, il importe de l'analyser avec soin.

Felzac n'est point un étudiant en médecine, mais un envoyé de Charette, arrivé a Paris avec un second agent pour enlever le jeune Dauphin. C'est lui qui a écrit à Desault; mais averti par des membres des < ComitésB que le rendez-vous que celui-ci lui a donné n'est qu'un piège, il ne s'y présente pas. Il revoit cependant Desault et le presse de laisser substituer- car tel est le plan au Dauphin un autre enfant de la même grandeur, à peu près de la même figure et mortellement malade, s'il était possible. B Tout ce qu'il peut obtenir du médecin patriote et indigné, c'est qu'il gardera le silence pendant deux jours sur les propositions qui lui ont été adressées.

Que fait alors Felzac? II dérobe à Cyprien sa carte de passe, signée de deux Représentants, inspecteurs de la Convention, et


LES FAUX LOUIS XVII.

s'introduit au Temple comme chargé de le remplacer momentanément dans son service. Il y est très bien accueilli par le jeune Prince et par sa ~M~ Il revient le lendemain. Le second émissaire de Charette (qui n'est pas nommé), « s'est procuré, en semant beaucoup d'argent, un jeune orphelin, de l'âge, à peu près de la taille et de la couleur du Dauphin ils ont versé dans sa boisson une dose d'opium telle qu'il ne se réveillât de vingt-quatre heures, » l'ont dépouillé de ses vêtements et « inséré dans le corps creux d'un cheval de bois, destiné aux délassements de Charles'. Divers autres jouets accompagnaient celui-ci, et furent tous renfermés dans une manne d'osier à double <bnd que Fe/~ac place dans sa voiture. De son coté, son compagnon en prépare une seconde, remplie d'armes et de provisions, laquelle devait les attendre sur le boulevard, pendant que des courriers, dépêchés depuis une heure, leur tiendraient prêts des relais sur toute la route, s

L'enlèvement a lieu. La garde, -(depuis le départ de la Simon, il n'y eut point de femme garde ou gardiennne au Temple),-ternuée par la vue d'un pistolet, séduite par l'appât d'une bourse de cent louis, laisse faire. L'enfant endormi est tiré du ventre du cheval et placé dans le lit du Dauphin le Dauphin est caché dans le double fond de la manne, transporté sur le boulevard, jeté dans la seconde voiture, déguisé en fille et immédiatement dirigé sur la Bretagne 2.

A soixante lieues de Paris et a en approchant du terme de leur voyage, c'est-à-dire du quartier général de Charette, » les voyageurs sont arrêtés par des gendarmes qui s'avisent de trouver quelque ressemblance entre la jeune fille et un signalement dont ils sont porteurs, et veulent s'assurer que ses habits ne sont pas un déguisement. < Sous un gouvernement juste et bien policé, répondent les fuyards, il ne peut exister de loi qui commande la vérification des sexes. Si un abus, qui est aussi atroce que ridicule, qui révolte également le bon sens et l'honnêteté pouvait jamais avoir lieu, le premier devoir des Français 1 Le Dauphin ne se nommait pas Charles Louis, mais Louis Charles; cette bévue de Regnault-Warin a été reproduite sérieusement par Bruneau et par Naùndorff. Fontenai en Bretagne et à 60 lieues de Paris, au lieu de ii2! Géogra phie et chronologie vont de pair.


serait de se soustraire à sa tyrannie, n'importe par queUe voie. Les gendarmes ne sont pas de cet avis. Combat gendarmes vainqueurs. Mais ô bonheur! rencontre d'un parti de Chouans. Nouveau combat; gendarmes vaincus 1

« En peu d'heures, on arrive à Fontenai, occupé par le quartier général de l'armée catholique et royale. la garnison était sous les armes de toute part retentissait le bruit d'une canonnade d'allégresse. Charette, accompagné de ses généraux, vient recevoir le jeune roi et déposer aux pieds de Sa Majesté le glaive tiré pour sa querelle. Charles, prenant ce fer, s'empresse de le remettre dans le fourreau, et dit avec autant de grâce que de sensibilité « Je l'aime mieux là. » « Le lendemain, cérémonie de l'inauguration du nouveau monarque célébrée dans l'église paroissiale de Fontenai. Le procès-verbal du sacre administré au fils de Louis par l'Évêque de Saint dans la Tour du Temple, avait été envoyé à Charette, et est lu par ce chef des insurgés. Le nouveau potentat prête serment aux constitutions de l'État, et reçoit celui des personnages désignés pour en représenter les ordres. D'abondantes distributions en argent et en comestibles, une nouvelle illumination, des danses prolongées fort avant dans la nuit, terminent cette solennité °.

Arrivée d'un émissaire de la Convention pour traiter avec Charette de la pacification, dont la réintégration du jeune Dauphin au Temple sera une des conditions préliminaires. Discours de Charette à ses officiers pour les retenir dans le devoir 3. e Quoi vous parlez d'intérêts et de profits 1 Qu'entendez-vous par des conditions ? P

« ils rebâtiront vos maisons, mais ce sera des ossements de vos 1 Saint Papoul, traduisent les sectatèurs de Naündorff.

Tout cela est absolument faux et ridicule. Jamais Charette n'eut son quartier général à Fontenai. Les Vendéens n'occupèrent cette ville que pendant quelques jours après la victoire qui les en avait rendus maîtres, et à laquelle Charette n'asaistMt pas (21 mai 1793). En 1794, 95 et 96, il se cantonna constamment dans le Marais, à plus de 20 lieues de Fontenai. 3 C'est ce prétendu discours, dont la teinte amphigourique et romanesque saute aux yeux, que nous verrons Labreli de Fontaine copier textuellement

sous le titre de Pfoc~Ma~oM ch< ~eMe~ CAare~c MM aftKes, ~M~t<e

sous le titre de Proclamation du a~eM<s Charette à son JMrectoM-e, eMe

travaillée, à la fin de 1795, par Les agents corrupteurs du Directoire, elle

M <H~MMi'< <t me~e &'M ~s a~MM e< accep<ef <es !tM!~MM<M gtt'OM !ttt

se disposait provenance de ce document sumrait pour prouver que Labreli

offraie. La provenance de ce document suffirait pour prouver que Labreli

n'est qu'un mystificateur.


LES FAUX LOUIS XVII.

frères massacrés c'est avec votre sang qu'ils en cimenteront les matériaux.

« Je ne serais point étonné que sous peu de jours le fils de l'infortuné Louis XV! fut arraché malgré moi de son asile et livré à ses persécuteurs.

« Quoi Tu serais replongé dans cette Fosse aux Lions où la vengeance te laisserait jusqu'à ce qu'elle osât se nourrir de ton sang Non, mon enfant, tant qu'un souffie de vie animera mon existence, la tienne est assurée. Tant que je jouirai de ma liberté, tu garderas la tienne. Ma vie est à toi comme elle fut à ton père. Mon sang a coulé et coulera encore pour te défendre. Mon bras, enfin, s'usera pour te sauver.

« Souffrir pour son Dieu et mourir pour son roi, c'est la devise d'un bon Français, a

Mais Charette sent que ses efforts seront inutiles et il se décide à cacher le Dauphin dans une îlot ou plutôt une grande île (car elle renferme des prairies, des bosquets, des collines et des ruisseaux), située « à quelques lieues de l'embouchure de la Loire, » et qui se trouve, heureux hasard! jouir d'une paix profonde. Elle est habitée par une seule famille, le duc et la duchesse de v* qui y ont même pour les cœurs sensibles, il n'est point d'obstacles élevé un monument à la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Cependant les négociations de Charette avec les envoyés républicains se poursuivent. Ceux-ci insistent pour la remise en leurs mains, comme condition préliminaire, du jeune Dauphin. Charette répond que « depuis sept jours, il n'est plus à sa disposition. »

II croit alors prudent de le transporter en Amérique. Une corvette est fretée à cette intention, sous pavillon danois. Le Dauphin y est embarqué. Mais elle est bientôt attaquée et prise par une frégate républicaine. Le Dauphin est reconnu, emprisonné de nouveau et la douleur qu'il en ressent lui donne une fièvre Noter encore que la pacification entre Charette et les Républicains est de février 1795, bien antérieure par conséquent à toute cette fantasmagorie d'événements qui n'auraient pu se passer qu'à la fin de cette même année; c'est ce que n'ont ni vu ni voulu voir les partisans, les panégyristes et les avocats de Naûndorf et de Richemont.


ardente. & Le malheureux, au bout de trente-six heures d'un délire effrayant, expire au milieu de ses transports, »

Tel est, en résumé, le fond de la version délayée par Regnault Warin dans ses pages prolixes et sentimentales, et qui servira de type à toutes les autres, sauf, bien entendu, qu'on en retranchera le triste dénouement.

Ce n'est pas tout c'est dans ce pauvre roman, qui n'eut jamais, il faut le noter en passant, la prétention d'être autre chose qu'un roman, que les faux Dauphins copieront textuellement quelquesuns des documents destinés à servir de base à leur système, et ces documents, gauchement apocryphes, des historiens comme M. Louis Blanc, des avocats comme M. Jules Favre, en invoqueront plus tard et en défendront l'authenticité et l'autorité h'refrégables. n'en soupçonnant pas l'origine! 1

Comment personne ne l'avait-il encore signalée ? P

IV.

LE DÉFILÉ.

AVANT RICHEMONT ET NAUNDORfF (1796-1830).

Voici, maintenant, la longue liste des personnages qui ont revendiqué le titre de Louis XVII, ou que la crédulité publique a affublés de ce titre cohue étrange de figur es cyniques ou grotesques, dignes du crayon qui dessina le Panthéon Chariva-

~t~Me. `

Nous suivons autant que possible l'ordre chronologique. Sous le nom de chaque prétendant, nous indiquerons les traits principaux du système qu'il invoquait. On pourra suivre ainsi ce qu'il y avait de commun entre ces systèmes dont l'un cependant était nécessairement la négation de tous les autres, puisqu'il ne pouvait y avoir qu'un véritable Louis XVII et que tous Cette liste, malgré tous nos efforts pour la rendre aussi complète que possible, ne peut Fêtre absolument. Quelques noms auront certainement échappé a nos recherches.


ses rivaux étaient forcémentdes imposteurs, etconstateravecnous que, tout en se traitant mutuellement de menteurs ctde faussaires, ces messieurs ne se gênaient pas pour copier les récits ou emprunter les pièces de leurs compétiteurs.

Nous indiquerons aussi les publications, fort nombreuses, dont chacun des faux Louis XVII a été l'objet. Elles formeraient à elles .seules toute une bibliothèque.

QUATRE PRÉTENDANTS POUR UN (1796).

(( Dès 1796, « si l'on en croit les ~e'/MO~es (un peu suspects, il est vrai), publiés sous le nom f/e la Marquise de Créquy, » il y aurait eu quatre Louis XVII, en compétition l'un de l'autre, aussi bien qu'en instance de contribution de la part des Royalistes'. » HERVAGAULT (1798).

Hervagault (Jean-Marie) est le premier des faux Louis XVII dont les impostures aient fait fortune pendant quelque temps, qui ait trouvé des partisans nombreux et fanatiques et qui soit arrivé à une notoriété historique.

Il était modestement le fils d'un petit tailleur de Saint-Lô. A l'âge de 14 ans, il avait déserté la boutique de son père pour courir le monde, tantôt sous un nom, tantôt sous un autre, tour à tour Montmorency Monaco,UrseI, Longueville.Les malheurs du temps, la proscription et la dispersion des anciennes familles, une réaction générale d'intérêt et de pitié en faveur de leurs débris, facilitaient ces sortes d'emprunts. Sa jeunesse, sa grâce, la naïveté apparente de ses récits, un certain mélange de douceur et de fierté lui ouvraient les portes et les coeurs. Il eut bien quelques mésaventures réprimandes paternelles, arrestations, détentions sous le soupçon d'être un émigré rentré ou un agent des Chouans. Elles ne le corrigèrent pas. Dans la prison 'Édit!MDeHoye,tVH,p.3L

La petite commune de Valframbert (Beaucliamp imprime à tort Va~fefond,) ma commune natale, aux portes d'Alençon, avait été une de ses pre-.mièrea étapes. I) y avait trouvé refuge au hameau de Joncherets, chez M~ Talon-Lacombe, qui l'avait habUté, nourri, et avait garni sa bourse, en t'entendant dire qu'il était un de ces Montmorency dont l'ancien château~ Lonrai, s'élevait une petite distance, et dont le nom était encore populaire dans te pays.


de Vire, on lui communiqua le Cimetière de la Madeleine, de Regnault-Warin, qui venait de paraître l'étude attentive de ce roman lui donna l'idée de s'en approprier les principaux détails et de se faire passer définitivement pour le Dauphin. C'est en Champagne, où, pendant un premier séjour dans la prison deChâlons, en 1798, il avaitdejà émis, avec un succès encourageant, certainesconfidences àcet égard, qu'il revint chercher des dupes. Elles s'offrirent d'elles-mêmes. A Châlons, à Vitry, où il séjourna ensuite, le prétendu Dauphin trouva moyen de se former une petite cour de serviteurs, dont la plupart, même ceux qu'il avait dépouillés, lui restèrent fidèles jusqu'à sa comparution devant la police correctionnelle. et même au delà. Dans le nombre brillaient un M. de Bournonville, ancien garde du corps, une dame Saignes, marchande, dont le dévouement excès" sif fut taxé de complicité et lui valut une condamnation à six mois de prison, un notaire de Vitry du nom d'Adnet, plusieurs ecclésiastiques, et surtout Lafont de Savines, ancien évoque de Viviers, ancien Constituant, qui s'était fait le Mentor de ce nouveau Télémaque. On ne l'appelait que le Petit Messie. Voici, rédutt à sa plus simple expression, le récit dont il amusait ses fidèles

« Il avait été enlevé du Temple, le 7 juin 1795, grâce à la complicité d'une de ses gardes qui lui paraissait depuis longtemps affectionnée, caché dans un paquet de linge sale un enfant endormi avec de l'opium et apporté dans un paquet de linge blanc, avait pris sa place dans son lit'. Une charrette qui stationnait dans la cour l'avait emmené rapidemment à Passy, ou plusieurs personnes l'attendaientetlui avaient rendu leurs hommages. Ses libérateurs étaient le comte Louis de Frotté, un M. de Guerville, un abbé Laurent, aumônier du prince de Talmont, un M. du Châtellier, émissaire des chefs Vendéens, personnages tous morts ou même imaginaires, et par lesquels on ne courait pas de risque d'être démenti'. On l'avait déguisé en fille, on l'avait conduit 1 Cet enfant aurait été le fils du tailleur Hervagault, que son père aurait .vendu moyennant200,000 livres, à l'abbé Laurent.

Ce Châtelier et ce Guerville ne sont connus que par la mention faite de lenr nom dans la prétendue Réponse des armées catholiques et royales de &t Vendée et des Chouans au Rapport de Doulcet de Pontécoulant, datée du 22 juin 1795, signée de Charette et Stoflet, mais qui est certainement apocryphe et fausse de tout point.


par des routes de traverse au quartier général de Charette, dans la Vendée, où il avait été reçu avec des acclamations de joie et tous les honneurs qui lui étaient dûs. o

Tout cela, comme on le voit, était calqué presque littéralement sur le roman de Regnault Warin, sauf qu'Hervagault, plus hardi, nommait ses libérateurs.

Il va sans dire qu'il n'avait pas été repris par les Républicains, et qu'il n'était pas mort en prison mais ici commençait pour lui une série de nouvelles aventures.

« Du quartier général de Charette, il avait été envoyé en Angleterre avec plusieurs officiers supérieurs de l'armée royale. Il s'était arrêté à Jersey, où il avait été reçu par le prince de Bouillon et reconnu comme fils de Louis XVI par les officiers vendéens. A Londres, il n'avait trouvé qu'un accueil très froid auprès du duc d'Harcourt, ambassadeur des Princes le comte d'Artois avait refusé de le secourir, mais le roi d'Angleterre lui avait offert un appartement dans son palais et lui avait donné beaucoup de marques d'amitié. Forcé par ses ministres de le renvoyer, effrayé par les tentatives d'empoisonnement commises sur le Dauphin, Georges lui avait donné un vaisseau tout équipé pour le conduire à Rome, et même une lettre autographe de recommandation pour le Pape. Le Pape l'avait en effet très bien reçu, mais, ne pouvant le garder à cause des dangers qu'il courait lui-même, « il avait du moins voulu constater son identité, en lui appliquant, avec un fer rouge, à la jambe droite et au bras gauche, deux stigmates ou signes, l'un représentant les armes de France, avec les initiales de son nom, l'autre composé de lettres qui formaient les mots Vive le AM l'acte de cette consécration avait été signé par vingt cardinaux qui en avaient été les témoins et déposé aux Archives du Pape. De Rome, le Dauphin était allé en Espagne, où la duchesse d'Orléans l'avait accueilli favorablement'; puis en Portugal, où la Reine l'avait comblé de marques d'amitié et voulait même lui faire épouser sa sœur, veuve du prince du Brésil; puis sur les côtes de France, appelé par Pichegru et les chefs de l'armée royale; puis en Ce mensonge effronté, et avoué par Hervagault lui-même, n'en a pas moins été le point de départ du rôle que Labreli de Fontaine a voulu prêter plus tard à cette princesse.


Russie, puis en Suisse, puis à Paris, où il se trouvait au moment du 18 fructidor. »

Cette seconde partie de son Odyssée, dont il reconnut lui même la fausseté, devait être copiée par les autres prétendants, ses successeurs, comme il en avait copié lui-même la première. Tout ce monde là ne se mettait pas en frais d'imagination ils calquaient un mensonge aussi naïvement que les honnêtes gens répètent une vérité.

Hervagault, d'ailleurs, ne dissimulait à ses adeptes, ni son nom patronymique, ni son passeport mais, dans leur aveuglement, ils prenaient son nom véritable pour un faux nom, et le faux nom pour le vrai.

Son astre ne brilla pas longtemps sur l'horizon. Il fut arrêté et traduit devant le tribunal correctionnel de Vitry, sous la prévention d'escroquerie, d'usurpation de nom et de vagabondage (27 février 1803).

Des femmes élégantes, des gens du meilleur monde lui firent cortège à l'audience. Des fournisseurs, des prêteurs qu'il avait dépouillés, pas un ne témoigna de ressentiment. Le public lui était favorable, et sa défense fut couverte d'applaudissements

L'accusation se trouvait vis à vis d'Hervagault dans une situation assez fausse, car il est bien certain qu'il n'avait pas eu besoin de demander des secours qu'on s'empressait de lui offrir. Aucune de ses prétendues victimes ne se plaignait. Hervagault n'en fut pas moins condamné à quatre ans de prison, et le jugement fut confirmé, le 3 avril 1802, par le tribunal de Reims.

Il joua le désespoir et fit semblant de vouloir se laisser mourir de faim, mais cette résolution ne dura guère.

A l'expiration de sa peine, il aurait, paraît-il, recommencé ses courses vagabondes, repris la qualité de Dauphin et fait quelques nouvelles dupes. La police impériale le fit transférer à Paris, à Bicètre.

Il y mourut le 8 mai 1813, en affirmant encore à ses derniers moments sa royale origine

On peut consulter sur Hervagault Le Faux Dauphin actuellement en J''fHMce, ou Histoire d'MM imposteur, se disant le dernier fils de Louis XVI, par Alphonse B. (Beauchamp). Paris, Lerouge, an XI, 2 v. in-12 ou 2 parties


LE FILS DE L'HORLOGER (1800).

Sous le Directoire, à Turin, un jeune tambour du régiment autrichien de Belgiojoso parvenait à conjurer la bastonnade dont il était menacé pour insubordination, et à intéresser en sa faveur une partie de ses chefs et de l'aristocratie féminine de Turin, en se faisant passer pour Louis XVII. Son sang royal, disait-il, s'était révolté contre l'infamie d'un pareil châtiment, et son secret lui avait échappé. Il prétendait avoir été sauvé par son gardien Simon et transporté à Bordeaux, puis dans une île, Corse ou Amérique, il ne savait trop laquelle. Il avait l'air hébété et ne se souvenait de presque rien, ce qu'on ne manqua pas d'attribuer aux effets de l'opium qu'on lui avait fait prendre lors de son enlèvement. On lui trouvait de la ressemblance avec les Bourbons, dans les traits, le maintien, le rire et la voix. Il dut finir par avouer qu'il était le fils d'un horloger de Paris ou de Versailles. On lui avait promis sa grâce s'il disait la vérité; mais il recommença ses histoires et se fit condamner'.

PERSONNAGE TATOUÉ (1800).

Vers la même époque,on arrêta un individu qui montrait sur sa cuisse droite un tatouage représentant des fleurs de lis surmontées d'une couronne et des initiales de la famille de Bourbon. Le in 8", portr. Histoire des deux Faux D<:M~A:MS, par le même. Paris, Mathiot, 1818, 2 vo). in-12 ou 1 vol. in 8° de xu et 456 p. Il y a des exemplaires en gr. pap.; Les Imposteurs fameux. Paris, Eymery, 1818, in 12, 134 et s.; Grand Dictionnaire t~M~eMe~M.X'X'~c~, par Larousse; A. de Pistoye, Gazette des Tribunaux, février 1874; Supercheries M'«6ratrM, Louis Charles; Notices sur BenM~aM~, sous le CoMSM~O<, et sur Mathurin Bruneau, sous la .NMh:w«<tOK, par A. F. V. Thomas, dans son ouvrage intitulé JVaMM~Of/y, OM .Mërno:~ coMM~r ~M' /'oy!y!MC du dernier faux Louis XVII, Paris, 1837, in-8° Louis XVII M CAampagne, d'après les documents <M'tM?, par M. Hérelle. Paris, Hurtau, 1878, broch. in-80, tirée à 225 ex.~ piquante et humoristique Compte-rendu de cet ouvrage par M. Sarcey, dans le Bien .PMM~Le~eM~M.PopM~MfM. Louis XV/7 et les Faux Dauphins. Paris, Martinou, s. d. gr.in-8" de 32 p. illustré; Mémoires historiques sur Louis ~V7/. par Eckard; 3~ édition; Vicomte de~ Rochefoucauld, ~f<M!?-M, 1837, t. V, p. 48; Souvenirs de Paris en 1804, par Aug. Kortzbue. l'aris, 1805, 2 vol. in-18 ZM Secrets des Bourbons etc.

Journal des ~OMtMes libres, 12 pluviôse an VIII; Mémoires historiques et secrets sur ~'7tMpt'ra<rtce Joséphine, par M"e Le Normand, 2'édit.,


pauvre diable portait ainsi, écrit sur sa personne, le seul titre qu'il pût invoquer

UNE FAUSSE DUCHESSE D'ANGOULÊME (1807).

Le croirait-on ? il y eut des fausses Dauphines comme il y avait des faux Dauphins. Une certaine Marie Groult de la Cauvillière intrigua, en d807, la ville de Lisieux et le département du Calvados, en voulant se faire passer pour la fille de Louise XVI et de Marie Antoinette, et en affirmant qu'elle avait été changée en nourrice, prétention qu'elle renouvela sous la Restauration et dont la justice eut à s'occuper à diverses reprises. C'est une page à ajouter à l'histoire des impostures et des insanités dont les jeunes prisonniers du Temple ont été le thème

FRUCHARD (1815).

Cet individu, qui parait avoir été attaché à la police royaliste pendant les Cent jours, et chargé, en cette qualité, de certaines missions, ne nous est connu que par la lettre suivante. En lui donnant le surnom de Louis XVII, elle prouve que, dans son entourage, ce nom n'était pas oublié, soit qu'on le rattachât à une ressemblance physique entre lui et le Dauphin, soit qu'il eût été mêlé à l'arrestation de quelques-uns de ceux qui en avaient usurpé le nom.

« La connaissance que j'ai, Monsieur, du zèle et de l'intelligence que vous apportez à l'exécution des ordres qui vous sont donaés pour le service du Roi, m'a déterminé à vous choisir pour accompagner le nommé Fruchard dit Louis XVII. Vous seconderez ses efforts pour la délivrance de notre patrie et me rendrez compte le pius fréquemment possible du résultat de ses opérations ainsi que de toutes les nouvelles qui parviendront à votre connaissance et que vous jugerez pouvoir m'intéresser pour le service du Roi.

Le Ministre secrétaire d'Etat de la Guerre,

DUC DE FELTRE

Gand, ce 4 avril 1815.

i867, t.lI, p.65 et 401 ;–3feMO)'Kt~ ou Journal historique, impartial et anecdotique de la Révolution de France, t. II, p. 339;-Histoire-Musée de la Révolution française, t. Il, p. 170 etc.

Le procédé, si grossier qu'il soit, fut employé plus d'une fois. L. Du Bois, J?M<jM'~ de Lisieux. Lisieux, 1845, X vol. m-8", t. 1, p. 316. Ce qui est imprimé en italiques est seul autographe, avec la signature~


MARASSIN (1816).

Voilà un faux dauphin de la fabrique de Naundor~, et que nous ne connaissons que par son récit; mais, si ce récit est vrai, il prouve, contre Naündorff lui-même et contre tous ses compétiteurs, combien ii était facile de jouer le rote qu'ils prirent et d'abuser la crédulité publique.

Marassin, si l'on en croit Naündorff, aurait été un ancien officier de l'armée française qu'au retour de l'expédition de Russie, il aurait accueilli fort misérable et généreusement secouru. Marassin en avait conçu une si vive reconnaissance, et s'était tellement dévoué à la fortune de son bienfaiteur, que celui-ci n'avait pas hésité à l'envoyer à Paris, en 1816, pour porter une lettre à la duchesse d'Angoulême et sonder l'opinion publique. a Pour mieux le faire, il devait se revêtir du nom et du caractère qui m'appartiennent (c'est Naündorfd qui parle). Je lui fis faire une étude approfondie des principaux événements de ma vie et l'informai avec détail des preuves qui établissaient l'identité de ma personne d'une manière irrécusable. » Marassin vint en effet en France. Il joua si habilement son rôle de Dauphin qu' « il ébranla la conviction de plusieurs personnes (notamment d'une marquise), à tel point que j'en ai vu une à Paris en 1836 qui persistait à vouloir qu'il fût lui-même le fils de Louis XVI » Marassin aurait été arrêté et transféré à Rôuen; là, il aurait été enlevé de sa prison. et on lui aurait substituée comme prévenu. Mathurin Bruneau Nous ne suivrons par Naündorff sur ce terrain.

BRUNEAU (1816).

Mathurin Bruneau n'est qu'un second Hervagault, et, plus ignorant encore, plus enronté et plus grossier que le premier. Il était né à Vézins, canton de Cholet, le 10 mai 1784. Son père était sabotier Il avait commencé, fort jeune encore, son fi Q'!e!qu<'s restes de vieux hau!ons couvraient à demi son corps rongé par la vermine et dégoûtant des ptaies qu'entendre la malpropreté. (/H<f!gues ttecotVeM, t. tl, p 167).

76., p. 168. 260-267.

C'est à cette circonstance que faisait allusion la fameuse chanson de Béranger


rôle d'imposteur au château d'Angrie, chez M" Turpin de Crissé, en se donnant pour le jeune baron de Vézins. Tout d'abord sa fable avait réussi, et il avait été traité comme tel mais, démasqué au bout d'un certain temps, on l'avait relégué aux soins de la cuisine et du chenil. Il était ensuite rentré dans sa famille, pour la quitter de nouveau. On le retrouve, en 1803, écroué comme vagabond et fou au dépôt de mendicité de SaintDenis, d'où il sort pour s'embarquer dans le quatrième régiment d'artillerie de marine. Il déserte à Norfolk et vit dix ans aux États-Unis, tour à tour boulanger, tailleur de pierres et domestique.

En 1816, il débarque à Saint-Malo, muni d'un prétendu passeport américain, délivré au nom de Charles de Navarre, et cherche déjà à se faire passer pour le Dauphin, fils de Louis XVI mais on se moque de lui, et il se rabat alors au rôle de fils d'une veuve Phelipeaux dont le fils avait disparu depuis longtemps et à laquelle il parvient à soutirer une somme de six cents francs A quelque temps de là, il est arrêté de nouveau et conduit à la maison de Bicêtre, à Rouen. Il possédait alors pour toute fortune une pièce de cinq francs.

C'est dans cette prison qu'il connut, dit-on,pour la première fois le roman du Cimetière de la Madeleine. Son thème, à partir de ce moment, fut irrévocablement fixé. Il adopta littéralement le récit de Regnault-Warin, y compris le cheval de bois et la fuite en Vendée. I! prétendait même avoir assisté au combat des Aubiers, LE PRINCE DE NAVARRE OU MATHURIN BRUNEAU.

Quoi Tu veux régner sur la France 1

Es-tu fou, pauvre Mathurin ? 't

N'échange point ton indigence

Contre tout l'or d'un souverain.

Sur un trône l'ennui se carre,

Fier d'être encensé par des sots.

Croyez-moi, prince de Navarre,

Prince, faites-nous des sabots 1

Dans une complainte assez drô)e sur te même personnage, on lit Le fabricant de sabots

Raisonne comme une sav 7tte.

Cette maiheureuse femme crut le reconnaître pour son fils double preuve du peu de sérieux des reconnaissances fondées sur certaines ressemblances physiques, et de l'extrême crédulité avec laquelle peuvent être accueillis les mensonges les plus enrontés.


lequel avait eu lieu en avril 1793, c'est-à-dire plus de deux ans avant son évasion prétendue, et où Charette n'était pas, mais dont, habitant du pays, il avait pu entendre parier dans son enfance. A-Hervagault, il emprunta le nom et le r ô le direct, personnel, de M. de Frotté dans cette évasion. Chose étrange Du fond de sa prison, secondé par les nommés Tourly, ancien huissier, condamné pour faux à dix ans de réclusion, Branzon, ex-directeur de l'octroi de Rouen, condamné à cinq ans de la même peine pour détournement de deniers publics, Larcher, détenu pour usurpation de fonctions sacerdotales et qui devait périr misérablement à peu de temps de là, ayant mis, par imprudence ou pour tâcher de profiter du tumulte afin de s'évader, le feu à la paille de son cachot, tous les trois complices volontaires ou inconscients de son imposture, Bruneau trouva moyen de nouer au dehors des relations importantes. Il fit afficher des proclamations séditieuses Il recruta une petite légion de partisans fanatiques et généreux 2.

Son attitude à la fois insolente et basse devant le tribunal correctionel de Rouen, sa condamnation à cinq ans de prison pour vagabondage, usurpation de titres royaux et escroquerie, et à deux autres années pour outrages envers les magistrats, Voici le texte d'une de ces proclamations

DIEU, LA FRANCE ET LE Roi.

tf Peuple Français,

« Votre roi légitime, Louis XVII, Charles de Bourbon, gémit dans la prison de Bicêtre, à Rouen. C'est le fils du vertueux Louis XVI. Délivrezle de sa captivité. Il vous donnera le grain à trois sols il diminuera les impôts vous trouverez en lui un père du peuple tel que le grand Henri IV, et vous, braves militaires, un chef qui saura apprécier et reconnaître vos longs services.

« Vive Louis XV!I

(Archives Nationales.)

Dans le nombre figurent un abbé Matouillet, de Lisieux, qui fut bien près d'être poursuivi comme complice un de Foulques, ancien lieutenant colonel d'infanterie, d'une vieille et honorable famille de Basse-Normandie, qui fut l'ambassadeur de Bruneau auprès de la duchesse d'Angoulême, pour lui demander une entrevue avec son prétendu frère, procédé toujours renouvelé depuis la dame Dumont, marchande de toiles à Rouen la dame Morin, femme d'un employé à la mairie de cette ville Montier, banquier à Fécamp. Le Chandelier de Pierreville, ancien chef de ]a division du Perche, dans la chouannerie, alors retiré à Mortagne,sn laisse lui même gagner à cette intrigue. (~MO<fM de Billard de Veaux, t. H,p. 265, prem. édit.)


(19 février 1818) ne suffirent pas pour les détromper tous. On fit de grands efforts pour le tirer de la prison du Mont Saint-Michel où il avait été transféré. Il était plus d'à moitié fou. Aux questions des visiteurs, il ne répondait que par des mots incohérents, parmi les quels on distinguait ;:eux de Rois dePrusse et ~4M~terre, de Louis ~F7/, d'incendie de Philadelphie. La privation de tabac à mâcher avait pu seule avoir raison de sa paresse ou du mauvais vouloir qui lui fesait gâter tout le bois à sabots qu'on lui donnait à .travailler'. Il mourut au Mont vers i825 2. Quelques personnes, cependant, ont cru qu'! vivait encore en 1844, à Cayenne, où il aurait exercé le cabotage et peut-être la traite des nègres 3. Mais n'était-ce point là nn faux Mathurin Bruneau, le pastiche d'un pastiche 4 ? 9

Harbé-MRrbois, Visite des p~«MM du Département de Calvados et de la Manche, 1821, in-4, p. 26-27.

Son crâne, conservé à la pharmacie d~ la Maison, offre des particularités remarquables. La partie supérieure en est extraordinairement développée. Près du frontal, il est aminci à ce point que l'on reconnaîtrait au travers la couleur d'un objet Les phrénologistes y lisent les caractères de l'exaltation. de la persévérance et de la prédisposition à la folie. e (Maximiilen Raoul (Le Tellier) Histoire pittoresque du JMoM~&M<-M:'c/tc~.l834, in-8, p. 217.) 3 Moniteur, 12 oct. 1844.

Naündorffet Hébert (Richemont) n'ont pas manqué de récriminer contre le gouvernement de Louis XVIII, à l'occasion de Mathurin Bruneau, et de prétendre que son affaire n'aurait été qu'une jonglerie destinée à égarer l'opinion et à la détourner de la recherche du véritable Lovis XVII. Il est certain que Bruneau était peu intéressant et qu'on a peine à comprendre le fanatisme qu'il inspira à ses courtisans; certain qu'on trouve dans sa conduite. comme dans son langage, un mélange de folie et d'astuce. Mais il est incontestable aussi (et les pièces conservées aux Archives nationales en font foi? que les autorités civiles, militaires et judiciaires l'avaient pris fort au sérieux et que « tous leurs rapports s'accordaient à confirmer que cet homme n'était pas un fou, mais jouait la rôle d'un imposteur. (Lettre du baron Martial, commandant par intérim la i5' division militaire, au Ministre do la Guerre, Rouen, 27 avril 1817). La sincérité et l'honorabilité de plusieurs de ses fidèles sont hors de doute, et les moyens qui surprirent leur crédulité n'etaient p~s en somme beaucoup plus grossiers que ceux à l'aide desquels les autres faux Dauphins se sont fait depuis tant de partisans. ~-B~o'f~aM~M~/sMœDaM~ –7<M Imposteurs fameux, 149 et s.; Larousse A. de Pistoye, Gaz. des yW&. février 1874 Z~eM~M populaires, Louis XV2/ Eckard, JM~mtOt~M historiques, 3" édit. Supercheries littéraires Procédure complète de Mathurin Bruneau, se ~K;<M!<CA<M-~M~<'JviMMt'ee< de Louis X Vll. Lille, in-8 (1818) Histoire et Procès complet du faux Dauphin. Paris, Pillet (1818); in-8 db. 128 p.portr. et complainte;–C.Port.,D!c<MMW!e~~o!A.F .Thomas, Notices, etc.R-~)er~oM'e général ~M causes célèbres ancienneset mo~'M~,


DUFRESNE (1818).

Le 18 février 1818, un homme se présenta aux Tuileries et demanda à parler au Roi, qui, disait-il, le reconnaîtrait pour son neveu à une marque particulière, à une cicatrice qu'il lui montrerait. On le conduisit à l'État-major de service, et l'on découvrit que ce prétendu Louis XVII était Jean-François Dufresne, neveu de Dufresne de Saint-Léon, ancien premier commis des Finances et conseiller d'Etat. Le malheureux était complètement fou. 1

UNE SECONDE FAUSSE DAUPHINE (1820).

Celle-là était fille d'un marchand de vins, domestique d'un acteur, hystérique par dessus le marché. En se regardant dans son miroir, elle s'était trouvée beaucoup de ressemblance avec la duchesse d'A.ngouléme (ce qui était vrai). Elle en avait conclu qu'elle était la véritable Marie-Thérèse, et que l'autre n'était qu'une copie. Elle avait même bâti là-dessus un petit roman assez ingénieux, où elle était tirée de prison, et où le Dauphin l'était lui-même, uniquement pour empêcher que la fraude qui la concernait ne fût reconnue.

Un colonel, àqui elleoffrit ses faveurs pour le gagaerà à sa cause, eut l'ingratitude de la faire arrêter. « Au moment où on l'arrêta, elle était dans le costume le plus grotesque qu'il soit possible d'imaginer.Des pieds à la tête.elleétait couverte de franges rouges et de toute espèce de passementerie elle tramait en laisse trois sous la direction de B. Saint Edme. Paris, Rosier, 3esérie,t.IV.p.28;–Robert (ancien avocat) Débats dans l'instruction du Procès de .Mathurin ~MMO

(se disant i;hrarles de Navarre) devant la chambre de police correctionnelle

du tribunal civil du Département de la c/KtM~'e déposée Rouen et Paris,

dM <r!&t<Ma~ c!w7 c!M D~a;~eHteM< jSe~e fM/Mrs. Rouen et Paris,

18~8, 8 n'" formant un v& in-8° Réponse à M. Dupuis, avocat Rouen, par le même. (Paris), Patris. s. d. in-8 de 16 p. Dupuis, avocat de Branzon, avait relevé les antécédents révo!utionnaires de Robert Vte de la Rochefoucauld, ~KgMO~M, t. V, p. 66 Le Faux Dauphin, ou la vie, les aventures, le procès et le yM~em6M< de Mathurin Bruneau se disant Charles de 2v<tca:~< etfils de Louis XVI. Paris,Tiger, in-18 de 108 p., avec une figure représentant Bruneau en sabotier et cette légende ~/a:< de! sabots ne pouvant plus faire le Dauphin. Affaire du faux Dauphin. Rouen, Mary, i818, in-8° Nauroy, Les Secrets des Bourbons etc. Supercheries littéraires.


ou quatre chiens, et, dans un panier assez élégant qu'elle portait au bras, elle en avait une douzaine d'autres tout petits et tout bariolés de faveur verte et rose ceux-là elle les appelait ses chevaliers et fidèles nouveau-nés qui avaient pris ses couleurs. Il fallut user de violence pour la débarrasser de ce singulier attirait On la conduisit à la Salpétrière, où elle ne tarJa pas à mourir.

L'HUISSIER R. (1820).

Deux ans après Dufresne, en février, un sieur R., huissier d'Uzès, se faisait arrêter dans des circonstances identiques. Lui aussi était fou; mais ce n'était pas une cicatrice qu'il voulait montrer à Louis XVIII il était envoyé directement du firmament pour se faire reconnaître par son oncle en qualité de fils et d'héritier de Louis XVI

EN AMÉRIQUE (1824).

L'Amérique, où le développement des idées démocratiques et le sens pratique des choses n'excluent pas le penchant au merveilleux et le goût du surnaturel le plus excessif, témoins les progrès incroyables de la religion des Mormons et la découverte des Esprits frappeurs, a fourni plusieurs Louis XVII. H serait injuste de rendre, comme on a voulu le faire, la foi monarchique responsable de certaines superstitions qui sont de tous les pays comme de tous les temps.

En mai 1824, il n'était bruit dans Washington que de l'apparition d'un Louis XVII, qui annonçait pompeusement qu'il possédait toutes les pièces justificatives de ses prétentions et n'en montra aucune

PERSAT (1824).

En 1824, 'un ancien militaire, dont les facultés avaient subi quelque dérangement par suite d'une blessure à la tête, lança des Proclamations à son peuple dans plusieurs journaux, en annonçant des Mémoires qui n'ont jamais paru. C'était un nommé Victor Peuchet, Recherches, etc., dans les Mémoires de Tous, t. II, p. 319. ~S'Mpefc~et't'M MMnM)'ë$.

3 Constitutionnel, 24 juin 4824; Dulaure, Esquisses historiques ~M~ la Révolution française, t. IV, p. 174.


Persat, appartenant à une famille honnête, qui se hâta de protester contre cette insanité. Persat brodait quelques variations sur le thème de ses prédécesseurs. C'était un joueur d'orgue qui l'avait enlevé dans la caisse de son instrument, en février 1793, et lui avait substitué un autre enfant de son âge. Transporté par un colporteur qui le cachait dans sa boîte, dans un château voisin de Riom, il y avait usurpé le nom et la place d'un enfant appelé Victor Persat, mais à l'aide de certains breuvages, on l'avait rendu sourd et muet pendant dix ans. Engagé à 17 ans dans un régiment de cavalerie, sous le nom de Persat, il avait successivement passé dans plusieurs autres, avait fait la campagne de Russie, y avait été blessé lors de la retraite, était rentré dans la famille Persat, et y avait même recueilli sa part d'un héritage. De là, il était parti pour l'Amérique, où il avait joué toutes sortes de rôles maçon, entrepreneur de bâtiments, capitaine de corsaires. En 1812, le secret de sa naissance lui ayant été révélé, il s'était présenté au Congrès de Washington, qui l'avait, disait-il, fort bien accueilli. Moins heureux en France, on l'arrêta et on l'enferma à Bicêtre

AUJ. MÈVES (1830).

Mèves est un Anglais. Il est peu connu en France. Un peu musicien, un peu peintre, un peu littérateur, il s'éveilla, un beau jour, ayant rêvé qu'il était le véritable Louis XVII, et se mit à écrire pour le prouver, d'abord à la duchesse d'Angoulême (1830), puis à ses amis, puis au public. Il lança, en guise d'essai, deux brochures qui n'eurent guère de retentissement II composa ensuite un volume qu'il laissa manuscrit et que ses <tls ont publié (1868) après sa mort

1 Parisrévolutionnaire, 1834, t. IV, Article de Frédéric Degeorges sur les ~Mc~de /a jR'M<<M<fc[<OM,- Supercheries ~'Ké!-a::rM. jPriMMer oy <&e Temple, 1860 Louis XVII, 1867.

~7%e~M~~<e .S:~oMe~jM<MMM'M of Louis Charles, Prince Royal,

Dauphin of Frrance; second son of Louis XVI and Marie Antoinette, who,

J)<tM~'A:'M O/'jFfftKCe, MCO)M! MM 0/'ZOM! through suppositious means, toAo,SM~e~MgM«</ <0,OC<o6e~ 1793, pef.MMCt~d véritable SMppOMttMM are dedicatéd<M&JMëeM. Thé Memotrs, compilation veritabie Louis XVII, are dedicated to thé French Nation. ThecompuatMna.ndcommetita.ry by his two etdest ,sons, WiUiam, and AugustnaMeve.s. London, WiHiam Ridgway, 1868, in-9" de xxni et 342 p. Avec un élégant cartonnage spécial, aux Armes de France.–Ce votame a été grossi d'une fouto de documents qui n'ont aucun


Il ne fonde ses prétentions sur rien qui mérite la moindre attention. En fait de souvenirs personnels, il n'invoque que la blessure que lui aurait faite Hébert en le poussant brutalement contre une porte, blessure qui nurait eu le résultat heureux d'attendrir en sa faveur M"" Simon, jusque-là impitoyable. Il ne sait même pas, il ne peut dire comment il aurait été enlevé du Temple, ni comment on lui aurait substitué un enfant sourd-muet, de Buren près Utrecht, procuré par les soins d'un abbé Morlet, et dont le véritable nom aurait été Dodd Conduit aussitôt en Angleterre, il y aurait été élevé dans la famille Mèves, comme un enfant légitime. M"" Mèves aurait ainsi accompli une promesse faite à la Reine, au service de laquelle elle avait été attachée pendant quelques années, sur la recommandation de Sacchini. Elle portait alors le nom de Schroeber. Les Simon se seraient prêtés à la chose. Un marquis de Bonneval, le prince abb° Charles de Broglie, quelques-uns des personnages de l'affaire du Collier se trouvent mêlés à cette intrigue, sans qu'on voie bien comment ni pourquoi. Il semble qu'une certaine irrégularité dans la filiation de Mèves l'aurait engagé à s'en faire ainsi une des plus illustres. Il invoque, comme les autres imposteurs, certaines marques corporelles particulières~ tout en reconnaissant que ses yeux et ses cheveux n'ont pas la couleur de ceux du Dauphin; mais il produit des consultations de médecins chimistes pour établir que les yeux et les cheveux peuvent changer de couleur. Rien de plus pauvre à vrai dire, de plus vide que son système 2.

FONTOLIVE (1830-31).

La Révolution de Juillet vint donner aux tentatives des faux Dauphins un caractère nouveau. Ce ne furent plus seulement de pauvres fous qui entrèrent en scène, mais des intrigants, des rapport ni avec l'histoire de Louis XVII, ni avec celle de Mèves lui-même. H a été l'objet d'un jugement assez indulgent de la part de M. Gustave Masson dans la Revue des questions historiques, juillet i867. Comment ce critique distingué a-t-il pu confondre Martin, de Gallardon, avec Hervagault, Bruneau et les autres prétendants ? Martin n'était qu'un visionnaire, sans ~ucun~J ambition royale.

How this was accomptished i cannot tell, but it was accomplished is positivëlytrueas certainlyadeafanddùmbboy was introduced in to thé r~M-of thé Temple.)- w

~MpcrcAen'M KKefat'fM .F~<M'o, 26 janvier 1869 –~tc.


escrocs, armés de toutes pièces, jouant serré et trouvant dans le dévouement de nombreux complices, plus ou moins aveugles, plus ou moins intéressés, un appui extraordinaire. La chute des Bourbons avait ranimé les anciennes ferveurs royalistes. Les imaginations ébranlées par cette grande catastrophe étaient plus accessibles à toutes les impressions du dehors. La politique d'ailleurs s'en mêla, et à l'extrême droite comme à l'extrême gauche, on se fit contre le roi Louis Philippe une arme de guerre de l'existence des Prétendants, des rigueurs dont ils furent l'objet.C'est ainsi que les noms de Naündorff et de Richemont furent exploités par quelques-uns de ceux dont ils avaient eux-mêmes exploité la bourse et la crédulité.

lis furent toutefois devancés par un pauvre diable du nom de Fontolive, qui surgit à Lyon en 1830, et vint échouer devant le tribunal correctionnel de Pontarlier en octobre 1831. Il ne prouva pas du tout l'illustre origine qu'il voulait se donner mais on lui prouva trop bien qu'il avait été tour à tour dragon, maçon et garçon de salle à Bicêtre. Peut-être avait-il été employé dans le quartier des fous et y avait-il gagné quelque chose de leur maladie

V

RICHEMONT (1831).

Au mois de juillet i83i, Richemont lance son premier factum ~e~MO~e.! du duc de Normandie, /~& de Louis XVI, écrits et puMM~sr ~M~-Mf~e 2.

Quels étaient les véritables noms de ce personnage, qui s'était appelé successivement Hébert, Giovanni, de France, baron Augustin Picted, Legros, baron Bénard, comte de Saint-Julien, 1 Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même t. IV, ch. 3 ~Mp~c~r:'M littéraires.

Paris. Chez les marchands de nouveautés, 245 p. in 8°. M. Nauroy attribue à tort à Naündorff cet ouvrage et ceux qui furent publiés !'appui. Ils furent en réalité composés par ou pour Hébert (Richemont).


colonel Lemaitre, Henri deTranstamare, prince Gustave et baron Richemont? Probablement Henri-Ethe)bert-Louis-Victor Hébert. Nous disons ~oA~/e~eM~, car son origine n'a jamais été bien éclaircie, et ces noms, les premiers sous lesquels on l'ait connu, pouvaient être mensongers comme les autres. On a cru aussi qu'il pouvait s'appeler Claude Perrein, né le 7 septembre 1786, à Lagnieu (Ain), fils d'un boucher erreur bientôt rectifiée Quels étaient ses antécédents? Tout ce qu'on a pu découvrir d'authentique à cet égard, c'est qu'il avait été prisonnier de la police autrichienne à Milan, en même temps qu'Andryane et Silvio Pellico ~,en 1821 qu'il jouissait dans sa prison d'une assez grande liberté et qu'il l'avait quittée en octobre 1824. Il était alors venu à Toulon, où il avait déposé une somme de 50,000 francs entre les mains d'un négociant, puis à Rouen, où il avait été d'abord employé dans les bureaux de la Mairie et ensuite maître de verrerie. Il n'avait pas réussi dans sa spéculation, et avait même été condamné comme banqueroutier à trois mois de prison. Des 1828, il adressa, parait-il, soit aux Chambres, soit à quelques-uns de leurs membres individuellement, des pétitions pour réclamer, sinon le trône, du moins la qualité d'enfant de Louis XVI 3. Il recommença après la révolution de 1830 et à partir de cette époque jusqu'à son arrestation (1833), on devait le voir à Paris, à Grenoble, à Lyon, mêlé à des intrigues et à des intrigants de toute nuance, légitimistes, républicains et même bonapartistes. Sa vie était débauchée et crapuleuse. Parmi les croyants qui lui firent cortège, on peut citer un de Brémond, ancien serviteur de Louis XVI; Piston, qui fut son avocat devant la cour d'assises le sculpteur Foyatier, assez singulièrement fourvoyé dans ce monde interlope; l'évoque de l'un des diocèses les plus importants de l'Est; l'abbé Nicod, curé &~fcAe~te~ MMraM'es; Univers, août et septembre 1850. Mémoires de Silvio Pellico, liv. 1, ch. 18,1H, 20, 21.

M. Nauroy (p. 124) cite une Pétition à la Chambre des Pairs, datée de Luxembourg, 2 février 1828, manuscrite; une Proclamation, datée aussi de Luxembourg, 6 janvier i830, et une Protestation contre l'élection ,de Louis-Philippe, 2 août i830 (manuscrites aussi, sans doute). < Proclamation du duc de Normandie, Bruxelles, 31 mars i88i, s. 1, n. d., i p. in-4".

L'avide et stupide époux de la fille d'un Roi, y disait-il en parlant de Louis- Philippe, était-il bien fait pour rendre à la France sa liberté et sa mission V r


de la Croix-Rousse à Lyon, dont le cardinal de Bonald fut forcé de censurer le zèle indiscret et les erreurs théologiques la Mère Alphonse du couvent de Niederbronn, et, chose plus incroyable, l'abbé Tharin, ancien évêque de Strasbourg, ancien précepteur du duc de Bordeaux. On voudrait, pour l'honneur de sa mémoire, douter d'une pareille défection, si elle n'était établie par des documents trop positifs 2.

On comprend d'autant moins l'ascendant exercé par Richemont sur des gens qui lui étaient supérieurs par tant de côtés, que, tout en flattant leurs préjugés monarchiques et religieux, et surtout en exploitant à son profit la croyance aux prophéties, telles que celles de Martin et du religieux d'Orval, alors fort en vogue, il eût dû les scandaliser par la licence de ses mœurs et de ses opinions.

Il lui fallait un incroyable aplomb ou une singulière adresse pour mener de front les intrigues les plus contradictoires. Dans ses Mémoires, il s'était présenté comme un combattant de juillet (p. 207), et il promulguait une Constitution dont le suffrage universel, l'électivité de toutes les fonctions et la séparation de l'Église et de l'État devaient être la base (p. 213) 3. Ces Mémoires sont d'ailleurs un chef d'œuvre d'ignorance et d'effronterie, un véritable défi au bon sens et à la vérité mais ce défi est jeté avec un aplomb étourdissant, et au milieu Elisabeth Eppinger de son nom de famille. Cette religieuse a laissé en Alsace une réputation touchante de piété, de vertu et de charité. Elle y a fondé un ordre important de religieuses vouées au soin des malades. Dans quelle mesure crut-elle a la vocation royale de Richemont? Il est difficile de le savoir, ses sentiments à cet égard n'étant établis que par tes témoignages, fort suspects, des partisans de cet aventurier. Des gens fort respectables, habitants du pays. sont convaincus qu'elle s'intéressait plus à son salut, fort compromis par les désordres de sa vie, qu'à sa candidature royale. Dans tous les cas, elle n'avait qualité ni pour en vérifier, ni pour en certifier l'authenticité, non plus que les autres religieuses de Belley et des Gardes,ou que la BergèredeSHinte-ARrique.dont on fort légèrement mêlé te nom à cette aB'aire (V. de Stenay, Louis XVII vengé, passim). Il en est de mêmedeceluiduP.Fu!gence,que nous retrouverons plus loin, non plus seulement sectateur des Louis XVU.mais promu lui-même au rôle de Louis XVII par la crédu)ité de certaines personnes, et de celui du vénérable abbé des Menettes.(!'&.)

~Oaravati, pasS!'Mt/– BM.~ap~eMichaud,<SMpp~. y' rAcM't'M;–Stena.y, Louis, JEV7/MK~. p. 101. 2t8. etc.

3 Edition à part: Projet 6<eC<MM<~MMoM. Paris, Prévost, 1832, in-12 de 24 p.; autre, 1833.


des émotions qui, après la révolution de Juillet, agitèrent la rue et les esprits, il avait moins de chance d'être relevé. Le prétendu duc de Normandie parle à la première personne on voit même sa signature autographe sur la garde du livre. Cette mise en scène était nouvelle. Ni Hervagault, ni Bruneau, ni aucun de leurs successeurs n'y avait eu recours. Ces Mémoires ayant été refondus et complétés dans une autre biographie du duc de Normandie nous réservons les détails pour l'analyse de ce dernier ouvrage, et ne les résumerons eux-mêmes que le plus succinctement possible.

« Le Dauphin, enfermé au Temple avec sa famille après le 10 aôut 1792. aurait été séparé de son père pendant quelques mois (c'est une erreur). On lui aurait substitué un enfant apporté dans un cheval de carton (souvenir du Cimetière de la Madeleine ). L'enlèvement aurait eu lieu peu de temps avant la chute de Robespierre, c'est-à-dire vers le mois de juin 1794 (p. 53-55). Il aurait été préparé par un émissaire du prince de Condé, d'accord avec Charette ( Frotté n'est pas encore nommé). -La femme Simon aurait favorisé cet enlèvement (elle avait quitté le Temple six mois auparavant). C'est le Directoire qui empoisonna Dussault (Desault), pour empêcher la divulgation de la substitution qu'il avait constatée. (Desault mourut le l~juin 1795, et le Directoire n'entra en fonctions qu'au mois de novembre suivant.) Le Dauphin aurait été transporté hors de Paris dans un second cheval de bois Séjour de a quelques semaines auprès de Charette. Visite au prince de Condé. Remise à Kléber. Séjour en Egypte. Voyages en Italie et en Amérique. Combats, exploits et aventures plus surprenantes que celles de Robinson Crusoë, chez les sauvages J~<MMe/Mc~s (sic) dans les déserts de l'Amérique méridionale. Séjour à la cour du Brésil. Retour en France accueil par Fouché et par le prince de Condé. Assassinat de Fualdès pour s'emparer des lettres de don Juan de Portugal et de celles du prince de 1 Rédigés, paraît-il, par Saint-Edme, qui faisait quelque peu le métier de <M(Mf:'< M~f<!M'e ('SMperc~ert'M M<er<tM-M). Richement, devant ta Cour d'assises, et ses partisans, ont plus tard désavoué le livre et ta signa-

ture, tout en reconnaissant qu'ils étaient t'œuvre d'un conndent. f/M-

~a;<Me, n~22-23, i8SO; LoMM -XVf/WM~, p. 28).

Vie de JM~r duc t<e Normandie, par Claravali del Curso, 1850. Nous en verrons plus loin la singulière description.


Condé que lui a confiées leDauphin, mais celles-ci ne se retrouvent pas.-Arrestation en Autriche et captivité à Milan.- 1828, 1829 et'1830, pétitions aux Chambres. Après les journées de Juii'et, démarches auprès du duc de Bourbon et reproches amers lettres à tous les membres de la famille de Bourbon. Injures à tous. « Cause innocente de lamortdeDussault, de Pichegru, de la femme Simon, de Joséphine, de Fualdès, de l'abbé de Tourzel et peut-être du duc de Bourbon a (nous verrons la liste se grossir plus tard) (p. 244).

Hébert n'en resta pas là, et à partir de ce moment, il inonda le public de brochures, toutes écrites pour soutenir ses prétentions et quelques-unes empruntant au nom de leurs auteurs supposés un crédit apparent.

Telles furent celles éditées en 1831 et 1832, sous le nom de Labreli de Fontaine, bibliothécaire de la duchesse douairière d'Orléans, qualité que certaines personnes, notamment MM. Jules Favre et Louis Blanc, n'ont pas manqué de relever comme une preuve ou du moins une présomption de sincérité et d'autorité Labreli de Fontaine a-t-il réellement eu cette qualité ? Nous voulons le croire, encore que son nom soit absent, non seulement des Répertoires de Quérard et de Bourquelot, mais de tous les dictionnaires ou annuaires que nous avons pu consulter, et que ce nom n'ait laissé aucun souvenir à des personnes attachées elles-mêmes à la maison d'Orléans

Mais serait-il l'autéur de ces deux brochures? Nous en doutons pour l'honneur des fonctions qu'il aurait remplies. Il aurait vendu, prêté ou laissé prendre son nom à quelque faiseur. Beo~a~'otMSM!ea;M<eMce Louis XF/7, par M. Labreli de Fontaine, bibliothécaire de S. A. S. M"' la duchesse douairière d'Orléans. Paris, chez les Marchands de nouveautés, 1831, in-8o de 27 p.

Nouvelles .R~éfs<M!M sur l'enlèveme-ntet l'existence duduc de Noriiandie, Seconde paf<te,par le même.Paris, mêmes indications, 1832, in-8" de 20 p. Un prétendu certMoat de ce Labreli, en date du 30 juillet 1833, transcrit dans les Mémoires d'un 6bM~mp<<!<M, p. 159, parle de la remise qu'il aurait faite à Richement de quelques fages d'écriture de la main de la Duchesse et de lettres signées, quelques-unes du moins, de signatures illisibles,, pages et lettres mouillées désarmes. c Gardez les bien et remettez-les lui, si vous êtes assez heureux pour voir celui que nous désirons tant, » auraitelle dit à Labreli en les lui confiant cinq oa six mois avant sa mort (qui eut lieu le 21 juin 1821). Labreli ne peut dire ce qu'auraient contenu ces documents, et jamais l'audace des défenseurs de Hichemont n'a essayé d'en tirerle moindre parti, ce qui prouverait, dans tous les cas, leur complète insigne fiance.


Ces brochures ne sont, en effet, que la reproduction servile et presque littérale des imaginations romanesques de RegnaultWarin. Sacre de Louis XVII dans la tour du Temple par l'évêque de Saint-Papoul envoi à Desault d'une bourse de cinq cents louis entrée au Temple de Cyprin (Adrien dans le Roman), l'élève de Desault, et de son jeune ami, à l'aide de la carte dérobée introduction de l'enfant endormi dans un cheval de carton et substitution au Dauphin complicité de la femme de garde fuite en Vendée; couronnement, et jusqu'au fameux discours de Charette, textuellement reproduit', rien n'y manque. Labreli déclare qu'il a à sa disposition « des pièces authentiques qui déposent de l'existence du Prince, » mais il sa garde Le prétendu Labreli ne s'est même pas aperçu que ce qu'il donne pour une Proclamation était, dans le roman, une allocution coupée par des interruptions qu'il reproduit, et qu'en la datant de la nn de 1795 (toujours avec le Roman), après avoir fait évader )e jeune prince en juin 1794 (sic), it suppose nécessairemt nt qu'il aurait séjourné dix-huit mois entiers à l'armée de Charette, ce qui dépasse toutes les limites de l'absurde.

L'auteur du pamphlet En Politique point de justice (Gruau de la Barre), invoquant, sans scrupule, dans l'intérêt de Naundorjff. cette Proclamation fabriquée dans celui de Richemont, n'a-t-il pas l'audace que n'avait pas eue Labreli de dire qu' « elle existe aux Archives, revêtue de beaucoup de signatures? Mensonge impudent

Eckard et Antoine de Saint-Joseph, tous deux engagés de vieille date sur la question, prirent la peine de répondre à ces pamphlets.

Le premier publia une brochure intitulée L'Enlèvement et ~Ëa7M<M<% actuelle de Louis XVII, eMMtOKh"~ chimériques (Paris, Ducollet, 1831, in-8" de 2 et 56 p., avec Note justificative et faux titre portant 'S'Mpp~weM< aux Mémoires AM<ort~Me-f sur ~MMS XV~ Son travail est fait avec soin. H relève les bévues et les contradictions de Labrcli, mais il se trompe luimême en lui objectant la proclamation de Charette, datée de Maulévrier, le 22 juin 1795, où le général vendéen, loin de déclarer que le Dauphin est en ses mains, ce qu'il n'eût manqué de faire si la chose eût été vraie, accuse la Convention de l'avo'r empoisonné au Temple. Nous avons vu que cette proclamation était apocryphe. Deux petits écrits firent suite à cette brochure S~fMMeHoM"~<e~'<~a<re, nov. 1831, in de 3p., etJBep~Me~MMe ~poKM eco~'M, décembre 1831 (Supercheries M~'a~'M, v jKoM'C/ Antoine donna Preuves a[M~e)t<t'}'!MS de mOT't du jeune LCM:'yXV~f, Détails szer ses derniers moments, Piècesjustificatives, D~CMM~~ inédits et ~/M<MM~M~'MOM'~<~MMt-<<M<!y!<<<MC de Normandie, fils de Louis XVI. Paris, Hi\ért, 1831, in 8 de 48 p.; seconde édition, revue 'et augmentée de documents nouveaux. Paris, le même, novembre 1831, in de 66 p. Ils furent eux-mêmes réfutés par un nommé Fortin: Z'jE~M'~Mcë«e Louis XV/7,p~'OMcee par faits e< les prophéties et Réponse a~Kc ~ocA4<rM f!eMM.t<eSatM<-C&rBaM e< B<;A<!f<<,<Mf!~<MM, <'Mt!e « J'yëMeM aM<7të)t~M~~ la mort du jeuné Louis XVII L'NtM<fe.' Z'~M~eMëM< ~'e.E:~)tM acluelle de Louis XV/f, tM<tMw<~scAt~~ft'gMes.*Paria;M"<'


bien de les publier U récrimine violemment contre Louis XVIII, les Bourbons et Napoléon, et les accuse pêle-mêle, entr'autres forfaits, de l'empoisonnement ou de l'assassinat de Joséphine, du cardinal Maury, de Fualdès, du curé de Sainte-Marguerite, du duc de Berry.

Vint ensuite la réimpression d'un ancien opuscule publié en l'honneur de Thomas Martin de Gallardon, le laboureur visionnaire, avec documents et commentaires qui le rattachaient à Hébert, comme un nouveau Précurseur à un nouveau Jt/eM:e premier essai de ce système audacieux et l'on peut dire sacriGoulet, in-8" de 32 p. (L'exemplaire de la Bibliothèque nat. est incomplet.) L'auteur dit que Simon n'est sorti du Temple qu'après le 9 thermidor. » Tout le reste est de cette force.

Ce Fortin passa plus tard à Naündorff, ainsi que le constate une lettre du 28 octobre 1835, publiée dans les Intrigues (Muo~e. t. 111, p. 481. II s'y déclare membre du Comité secret nommé par Louis XVI. » 11 ajoute « Je suis l'homme qui, en 1831, a, le 27 mars, allumé des lampions sur sa fenêtre, pour l'anniversaire du Dauphin, afin d'éclairer un transparent indiquant une loterie, n" 71 -Retournez, n° 17.–A cette époque, j'avais Tl ans et Louis XVII en prenait 47. x

Naündorff ne faisait pas en Fortin une recrue bien sérieuse. Voici encore une publication hostile aux Mémoires, dont elle renferme un résumé ironique, et qui se termine ainsi « Pauvre fou. retourne chez tes sauvages < ~l~a~oM d'un nouveau prétendu Dauphin, se disant fils de ~OM~XV~. (Paris) Poussin. (s. d ) 4 p. in-8o.

1 11 donne cependant, sans dire où il l'a trouvé, l'article suivant d'un prétendu Traité secret arrêté à Paris, en 1814, entre les Puissances alliées, et dont le mensonge saute aux yeux

« Bien que les hautes puissances contractantes, souveraines alliées, n'aient pas la certitude matérielle de la mort du fils de Louis XVI, la situation de l'Europe et leurs intérêts politiques exigent qu'elles placent à ta. têt'! du pouvoir en France, Louis-Xavic)', comte de Provence, sous le titre de roi, ostensiblement, mais~ n'étant de fait, dans leurs transactions secrètes, que régent du royaume pour les deux années qui vont suivre se réservant pendant ce laps de temps d'acquérir toute certitude sur un fait qui déterminera ultérieurement quel doit être le souverain régnant sur la France, etc.* C'est dans un journal anglais de fort peu d'autorité, Court .ToM~tM~, 24 mars 1838, qu'avait paru ce document,, auquel M. Louis Blanc tp. 324) affecte d'accorder une certaine importance, sur lafoi seule de la sincérité de Labreli qu'il n'avait pas vériSée.

s Ce Martin, qui fit quelque bruit en 1816 et années suivantes, à l'occasion de visites et de révélations que les Anges lui avaient faites et d'une mission dont ils. l'auraient chargé auprès de Louis XVIU, était un pauvre paysan dont la bonne foi ne peut guère être suspectée; mais on ne connait au juste mi les influences qu'il aurait subies, ni les mobiles personnels qui l'auraient fait agir (Biographie Michaud, Supplément, V°MAM[N).


lège qui devait faire d'un misérable aventurier, non pas seulement un prétendant, mais un prophète, un apôtre et presqu'un. Dieu 1 Beaucoup de bonnes âmes s'y laissèrent prendre, sans s'arrêter ni à l'impiété connue de Hébert ni à son rôle de républicain et de combattant de juillet, tant la crédulité est prompte à dévorer les aliments les plus grossiers qu'on lui jette en pâture, et ce fut un Montmorency qui fit les frais de la publication t Martin lui-même se laissa, paraît-il, gagner à la cause du prétendant et finit par se présenter comme une des trois personnes chargées de le remettre sur le trône de France 3. Il mourut avant d'avoir accompli cette mission, en mai 1834. Richemont n'a pas manqué d'insinuer que Martin aurait été, lui aussi, empoisonné par ses ennemis.

Enfin un certain Morin de Guërivière, dont les révélations étaient annoncées avec fracas comme celles d'un témoin, d'un acteur dans le drame de l'évasion, vint à la rescousse et publia ses&M~MMrs

1 Le Passé et l'Avenir expliqués par des événements extraordinaires arrivés à Thomas Martin, laboureur de la Beauce avec des notes curieuses sur quelques personnages qui ont figuré dans ces événements, quelques M'o~~Mf~M~o~~ompMM~es~cestt/etpcf)' Jtf.S. (L. Sitvy, ancien magistrat). On y <0!'M< une Dissertation sur le procès verbal ~g &: Mor< de Louis XVII, <M~ ~M Mémoires dits du Duc de Normandie et sur divers ouvrages récemment publiés sur le ~me sujet. Cette édition est la seule qui soit revêtue de l'attestation de Th. Ign. Martin. Paris, Bricon. i832, in-8" de 308 p. (par l'abbé Perraud, ancien vicaire général de la GrandeAumônerie.)

M. Silvy, auteur de la Relation ainsi reproduite et dénaturée dans quelques-unes de ses parties, protefta imEtédiatement dans un écrit inti. tulé Jtf. S., ancien MM~M<fa<, à ~'<!M<et<ft~e~cf~tMtt<ttM.'LeP<!Mëe< l'Avenir expliqués par les ~p~teM~M~ extraordinaires arrivés à Thomas Martin, laboureur de la ~esMce. (Paris, Pihan De la Forçât (1832), in-8° de 28 p.). Il s'éleva surtout contre la supposition que Martin,dans son entrevue avec Louis XVIII, lui eût révélé l'e~stence de Louis XVII et l'eût engagé à descendre du trône pour y faire piace à son neveu: cette révélation était précisément l'objet principal du nouvel éditeur.

Eckard répondit aussi. On a de lui Un Dernier mot sur Louis XVII, et Observations, en ce qui concerne ce Prince, sur un OMPrO!~ intitulé « Le Passé et MwMtf. Pans. Ducollet, 1832, in.8" de 64 p.

Mémoires de Silvio fc~eo.

3 Supercheries littéraires, Vo Louis-Charles.

Oxe~MeS Souvenirs destinés à servir de complément aux preuves de /'a<:M<Mce du D~o Normandie, fils. de Louis XVI Paris, chez les Marchands de Nouveautés, 1832, m-8o de 36 p.


La déception fut grande. L'auteur se borne à raconter fort longuement comment il aurait été, le 7 juin 1795, emmené en voiture de poste, de Paris a Thiers, par un certain Ojardias, agent du prince de Condé; comment cet Ojardias aurait fait, sur la route, les folies les moins compatibles avec sa prétendue mission (celle, par exemple, de rouer de coups le postillon de Conventionnels en tournée, qui s'était permis de dépasser sa voiture); comment il aurait été arrêté, puis relâché àThiers, et enfin déposé chez un M. Barge-Béal où il aurait séjourné longtemps: le tout, sans doute, pour attirer sur sa piste les agents de la Convention, pendant que le véritable Dauphin aurait suivi une route différente. Mais il ne peut dire ni qu'il ait vu ce dernier après son évasion, ni qu'aucun personnage de quelqu'autorité lui ait révélé, soit alors, soit depuis, le secret de l'intrigue dans laquelle il aurait joué un rôle inconscient. Il paraît que quelques personnes auraient cru, à cette époque, qu'il était le véritable Dauphin, et on doit lui savoir un certain gré de n'avoir pas essayé plus tard de profiter de leurs bonnes dispositions pour en réclamer le titre. Rien au fond de cet imbroglio qui ait la moindre portée. De ce qu'un enfant nommé Morin aurait été emmené à Thiers, avec un certain mystère, le 7 juin 1795, peuton conclure qu'à la même époque, ou précédemment, un autre enfant ait été enlevé du Temple et conduit en Vendée? Assurément non. Mais il importe de noter cette date du 7 juin i795. Si elle coïncide à peu près avec celle de la moi't du jeune Dauphin, elle exclut toute possibilité que ce même Dauphin eût été enlevé, soit en janvier 1794, soit en juin 1794, soit en janvier 1795, à aucune des époques, en un mot, indiquées successivement par Hébert. En d'autres termes, Morin ne peut être sincère, sans que son seigneur ne soit un imposteur'.

1 Aussi Naündorff, que nous verrons plus tard invoquer les Souvenirs de Morin contre Morin lui-même, et prétendre que c'est dans son intérêt à lui ~NaùndorË) qu'il aurait été conduit & Thiers et non dans celui de Richemont, comme Morin le soutenait, crut-il prudent d'inventer une nouvelle fable. H allégua (un peu tard, il est vrai, et quand il s'était déjà prononcé pour le transport en Vendée de l'enfant enlevé.aussitôt après son enlèvement) que ce même enfant serait resté caché dans les combla de la tour du Temple pendant des mois, des années'et que transporté en Vendée, au mois de juin i795, à l'époque précisement où se répandit le bruit de sa mort, c'eût été pour donner le change, non pas sur l'enlèvement, mais sur cette transla-


LES FAUX LOUIS XVII

Une quantité d'autres br(chères en f~ ~ur de Hébert tenaient la curiosité publique en haleine. Quelques-unes même étaient d'une violence cynique contre le gouvernement et la dynastie de Juillet H continuait à entretenir des rapports secrets avec les tion, qu'on aurait jeté une douzaine de faux Dauphins, et ~!orin parmi eux, sur toutes tes routes de France

Il faut bifa dire aussi qu'on voit percer dans le langage du pauvre Morin, le vif mécontentement d'un industriel, fabricant de cartonnages, ~di, s'étant fait breveter pour un système de gauSrures et ayant compté sur une récompense honorifique à cette occasion, ne l'avait pas obtenue, et en avait gardé une rancune am~re au gouvernement de la Restauration. Il avait contesta au baron de Batz l'honneur d'avoir tenté da délivrer Louis XVI, !e 21 janvier, sur ta route de l'eehafaud. L'infatigable Eckard reprit la plume. et sous ce titre L'Ombre dt< baron de Batz à M. P* de JM* (Proustean de Montleuis), o!:< sujet de la brochure /K<<M7ee « Quelques Souvenirs, etc. f (Paris DucoHet, 1833, in-S'' de 27 p.), publia une réfu-. tation de ces Souvenirs.

Morin lui-même rentra enlice en 1841. contre Gruau de la Barre et contre Gozzoli, sectateurs de NaùndorË*, par queiques écrits que nous citons plus loin.

1 Ze Duc de ~Vb)'/M<:M~f< Paris, Batary in-S" de 1 p.

Dialogue en style populaire entre le Père Bonard et la mère Boulant. « Les fleurs de tys ont été conspuées et sont en horreur au peuple; le coq n'est qu'un oiseau de fumier et de boue qui ne peut sortir de ses ordures; l'aigle, ce roi des volatiles qui plane majestueusement dans les airs, ornera son éeusson. »

.M<:<do~' de Me Jean Bonhomme en faveur ~M ~OMMW absolu, ~ea!e aux <f~AoKOfaMe~ milord Polignac, Ibrahim La BoM~oMM~e, et Judas BourMMM<, Paris. Sclligue (s. d.), in-8" de 16 p.

Attribution douteuse, que nous empruntons aux &<pet'cAe;M Littéraires. Lettre de Jean Bonhomme J)~Jtf. les Députés de la remontrance. Paris, 25 mai 1832.

A la France de 7t<:7~<; Lis, juge et agis S! tu .pCM~. Signé Jean Bonhomme. Paris, 6 sept. 1838. Autographie.

.A ~j'Mtee~ejMt'~e~eKtMtfs les généreux défenseurs de la liberté du peuple. Signé Jean Bonhomme. Paris, 30 sept. 1832. Autographie. A la France de Juillet, Lis, juge et agis. Signé Bonhomme Richard. Paris, 5 octobre 1832. Autographie.

!7tt~P~ont~.Signé Jean Bonhomme. Paris,21 février 1832. Autographie. Ces derrières pièces furent l'objet de poursuites et de condamnations. Elles avaient pour principal objet la révélation d'un prétendu traité entre Louis-Philippe et les ministres de la Sainte Alliance pour une troisième Rest turatiph, avec le démembrement et l'occupation militaire de la France, moyennant des garanties pécuniaires au profit de la famille d'Orléans., JYOMMMtM: .DOCMM<M~ relati fs au duc de Normandie, fils de Louis X VI, ef coM<etMnt<<<e pfec~MO! détaile sur la détention de ce prince à Milan, le 6t~K'< g'~t~'a~tMMt répandu de son MM~M~e avec la duchesse de ~e~y,etc:, etc., par une société de Vrais croyants. Paris, Mme GouU<?t, <333,in-8<'de2~p.

Oa voit par cette brochure, d'ailleurs très insignifiante, que Hébert avait


conspirateurs de toute nuance et à répandre autour de lui des sommes considérables qu'il puisait plus particulièrement dans les bourses monarchiques, pour les verser dans celles de la cause républicaine, alors moins bien fournies 2. Une perquisition à son domicile fit découvrir des armes, une presse clandestine, un uniforme militaire avec une épëe et un chapeau à plumes noires, des cachets, les uns aux fleurs de lys, les autres à l'aigle, des papiers compromettants. On l'arrêta à la fin d'août 1&'33. Après une longue instruction, il comparut devant les assises de la Seine (30 octobre-5 novembre 1834), accusé de complot contre la vie du Roi et contre la sûreté de l'État, d'escroquerie, de port d'armes prohibées et de plusieurs délits de presse. Trois complices, prévenus seulement de participation à la publication des écrits séditieux, Boucher Lemaître, Asselin et Collard, étaient assis à côté de lui.

Nous n'avons pas à retracer ici les débats de cette affaire. Ils ont été publiés plusieurs fois 3. Hébert, qui tout d'abord refusait de répondre, se défendit assez piteusement. Il déclina la responsabilité des Apôtre.: publiés sous son nom et revêtus de sa signature, et prétendit avoir été enlevé en janvier i7P4. Il déclara qu'il croyait être le duc de Normandie, sans affirmer qu'il le fût. a Si je ne le suis.pas, disait-il, dites-moi donc qui je -suis B argument assez pauvre et qu'on retrouve dans tous ses écrits. Demandeur aux fins d'obtenir le titre et le nom de Louis XVII, c'était bien à lui qu'il incombait d'établir sa demande. Une partie des assistants trouva qu'il avait quelque ressemblance dans la physionomie avec les Bourbons; le plus grand nombre trouvé moyen d'occuper la presse de sa personne et de ses prétentions. Journal du Commerce, 3 septembre 1832 CoK~!<M~'OMKe~, 5 mars 1833; Écho de S.,ine et Oise, 21 mars i833 Observateur des Tribunaux avril 1833; -etc.

1 Parmi ses clients, on voit figurer le romancier ['inocourt, cher aux oui sinières et digne émule de R.'gna.u)t Warin.

Gisquet, Mémoires, t. IV, eh. 3.

Le croirait-on Carlier, chef de la police municipale de Paris, fut véhémentement soupçonné d'avoir eu des intelligences secrètes avec Hébert (le même, :<). Débats du procès Richamont devant la cour d'assistés de la Seine.

./OM~tM~ des Débats, 29 oct. 5 novembre 1834 ~Mp~c~M litté ~a<fM,\<OMiS-CAa~es, Gazette c~TW&MMaM. 1-5 novembre 1834; Mémoires d'un Contemporain (publication faite par ou pour Richement), 1843, p. 161, 232 Stenay, Louis .XV/Vce~f, etc.


qu'il n'en avait aucune tant les inductions tirées des ressemblances sont conjecturales et souvent fautives

Ses mœurs et ses relations parurent fort suspectes. Son habitude de ririter (mot dont il a enrichi la langue française) avec les plus jeunes des dames qui formaient sa cour, fut jugée équivoque. La plupart des témoins qu'il produisit déposèrent contre lui. Andryane, qui ne l'avait pas vu dans la prison de Milan et qui tout d'abord croyait que Hébert, qui se trompait sur certaines circonstances locales, n'y avait point été renfermé, finit par admettre, sur la foi d'indications plus exactes, qu'il avait dû, en effet, y séjourner.

Le gardien Lasne affirma solennellement, et à plusieurs reprises, que le Dauphin était mort dans ses bras, le 8 juin 1795. L'incident le plus curieux des débats fut l'apparition d'un personnage à cheveux blancs, vêtu de noir, porteur d'un grand pli aux armes de France, qui déclara se nommer Morel de SaintDidier. Il venait protester, au nom de l'autre duc de Normandie, Charles-Louis (Naündorf,) contre les prétentions de LouisCharles (Richemont).

Hébert fut déclaré coupable sur tous les chefs, excepté sur ceux de complot contre la vie du Roi et d'eb~roquerie. et condamné à douze années de détention.

Quelques mois après, il trouva moyen de s'évader de SaintePélagie, avec Rossignol, républicain, condamné dans l'affaire de Juin, et Couder, légitimiste, condamné dans 1 affaire de la rue des Prouvair es.

Pendant les années suivantes, il vécut caché, quoique ses adeptes lançassent encore de temps en temps dans le public quelques pamphlets particulièrement en réponse aux publicaLettre de M. <?. de Temper à Madame la &<:)-oMKc de Paris, Herhan, 1836, in-8° de 16 p.

«. On n'a pas prouvé que Richemont n'était pas le fils de Louis XVI, ni connu son origine, ce qui est d'autant plus extraordinaire que chacun sait qu'aucun individu ne peut être inconnu dans un pays policé. » Récriminations violentes contre Naùndorn' et contre le nom de Charles Louis qu'il a commis la bévue de s'attribuer.

Deuxième lettre du même. Paris, Herhan, in-8" de 7 p.

« Le petit opuscule La Croix de Grâce, qu'on dirait inspiré par la démence, est te produit de-la ruse la plus diabolique.

< Naùndorn' ne peut pas même dire où on l'aurait transporté au sortir du Temple. »

Cinq années d'intrigues tMco!?~, par M. Morin de Guérivière père.


tions de Naündorf et aux révélations qu'avait faites sur son propre compte l'ancien préfet de police Gisquet dans ses ~e'~o~e~ (i840) Ces révélations étaient terribles et décisives. Nous en avons extrait la plupart des détails qui précèdent. Réponse à .M~ <?MM~ ~Mufe~ de &KM~ Ded:ei', CfMŒM, Xavier Zap~edC 6< autres. Paris, ce 13 août 1839. Paris, Pollet, 1839, in-8° de 6 p Très violent contre Naündorff, mais écrit, comme les autres brochures du même qui vont suivre, sur les documents omeiels recueillis par la police de France et par celle d'Allemagne.

Paris, Marchand, 4 vol. in-8". Autre édition, Bruxelles, Ch. Hen, 6 vol. in-8°.

Déclaration de J)~. Chamblant, ingénieur opticien, demeurant à Paris, rue Mazarine, )t° 48, par laquelle il reconnaît le de Louis XVI dans la personne de le baron de Richemont, 1er septembre. Paris, Pollet, 1839, in-8° de 8 p.

Chamblant, qui prétendait reconnaître dans Richement le Dauphin qu'il aurait entrevu enfant cinquante ans auparavant, n'était qu'une dupe dont tout le monde se moquait dans son quartier (Supercheries .MM''<!M'M'. 7H~~Me<KeMf OK~a~KgM~ ea/OtKK~ par l'ex-préfet de police Gisquet. Paris, Pollet, (mars) 1841), in-8" de 4 p.

Après avoir fait toutes les tentatives possibles pour attaquer devant les tribunaux l'ex-préfet de police Gisquet, qui m'a si ldchement di ffamé dans le pamphlet qu'il a publié sous le titre de Mémoires. Paris, Pollet, Soupe et Guillois (15 mai 1841), in-S° de 3 p.

Petits pamphlets sans titres et dont nous donnons les premiers mots qui suffisent pour en caractë iser l'esprit.

Réponse à M. Gruau ~e Barre, par M. Morin de Guérivière père. Paris, Pollet, Soupe et Guillois, 1841, in-8" de 7 p.

Lettre à M. Gozzoli, avocat, par M. Morin de Guérivière père. !'aris, Pollet, etc., 1841, in-8 de 16 p.

3fetMO:)'6 (sic) d'MM CoM<e)KpO~M'M que /Œ Révolution française fit orphelin en 1793, et ~«'eMe raya du nombre des vivants en 1795. pour servir de pièce à l'appui de la demande en reconnaissance <fë<<t< qu'il M~ropo~e de présenter. Paris, Vassal frères, 1843, in-8" de 12 et 232 p.

Seconde édition. Paris, Maistrasse et Viart, 1846, in-8'' de 4P4 p. Seconde autobiographie écrite par Richement ou plutôt écrite en son nom, plus détaillée que la première, moins prolixe que la troisième, et onrant avec elles de nombreuses variantes.

La main de Richement, reconnue par M~" Le Normand, la fameuse pythonisse, pour celle du Dauphin, qui lui aurait un certain jour, avant la Révolution, offert des fleurs. Anecdo.te tout à fait apocryphe. Si le fait eût été vrai, M"' Le Normand n'aurait pas manqué de le raconter dans ses nombreuses publications. Rien n'étabtit, d'ailleurs, ses rapports avec Richement, et cette main d'enfant de six ou huit ans, reconnue après quarante ans et plus, ne peut être qu'un conte (p. 41).

Version du Cimetière de la Madeleine, reproduite servilement. Ojardias s'est introduit au Temple, en prenant la qualité de médecin. C'est Frotté qui lui a procuré un laisser-passer. L'enfant substitué a été introduit dans un cheval de carton; le Dauphin emporté dans un paquet de linge sale. Date


La propagande ainsi faite en faveur de Hébert, redoubla après la Révolution de 1848 Il eut plusieurs journaux à sa de l'évasion, 19 janvier 1734. !.e jour même, le Dauphin est parti pour la Bretagne. On l'y a tenu caché jusqu'en juin ]795. U n'est plus question de reconnaissance, ni de proclamation par les chefs royalistes. f'rétendue lettre de Chazal, en date du 8 juin, portant que c l'on a de fortes raisons de supposer que l'enfant qui était renfermé au Temple et qui avait disparu dans le temps, est dirigé sur Lyon après avoir été tenu caché dans la capitale » lettre qui aurait été en la possession de Courtois, le Conventionnel, et que personne, naturellement, n'a jamais vue (p. 59).

Entrevue de Riehemond, en 1801, avec la femme Simon presque folle de joie.

Citations de Labreli, du baron Thierry, etc.

1 Circulaire. électorale, 22 mars 1848, signée t Ex-baron de Richement, condamné politique en 1834.

Citoyens Représentants, le i2~tf' 1795. un acte !'ff~/M~' en ~a forme Ac~fessg aux Rep~e~M~H~ de la Nation. ,Paris), Soupe (1848), in-4" de 2 p. Autre édit. Paris, Soupe. in-4< Autre, Lyon, Dumoutin et Ronnet, in-4".

Pièce signée « Le Prisonnier du Temple et de Milan, condamné politique de 1834, t'ex baron de Richemont. » Reproduite dans les Supercheries Z<:Wfat!'M, Vo ZoMM-C/M~tM.

Le Fils de Louis XVI, par M. H. M. de la Salette. Bordeaux, Causserouge, (s. d.) in-So de 8 p. Autre édit. Lyon, Dumoulin et Ronnet (s. d.) in-8". Extrait de la R:vue ('<!<Ao~Me du 15 novembre 1848. Ce n'est guère qu'une aorte do prospectas ou de réclame en faveur des Mémoires d'un Contemporain.

Biographie de Louis Chrtrles de France, e.e-efMC t<e Normandie, fils de Louis XVI, connu sous le nom de l'ex-baron de Richemont. tirée des Mémoires d'un CoM'e)H~Of<t! qui se <OMMM< chez J9oMcAe~-Z.eM9:s'~e. marchand papetier, rue Neuve-SaintMéry, n" 35. Paris, 1848, in-18 de 24 p. Seconde édit., 1848, même format. Insignifiant.

Lettre du duc- de ~orM<!M'e au Dechevaux-Dumesnil (Aof~~fbijoutier, quai des Orfèvres, n° 58, à Paris). Paris le 16aj. du 5 M. de la lune ab. 1849.

« Jeune et dans une position tout à fait exceptionnelle, je fus initié, à quatorze ans, en 1799, en Egypte dans les sciences occultes des Egyptiens. Ponssé par Berthier, Murat, Lannes et autres généraux de l'Expédition, je fus admis au premier grade maçonnique, avec dispense d'âge, et sous le nom de Louis que je portais alors ..Je reçus ensuite tous les grades maçonniques, jusqu'à celui de sub)ime Prince du royal secret. Lors de mon arrestation en 1833, mon diplôme a disparu avec une foule de papiers importants. Désirant aujourd'hui reprendre le nom de mon père, mort le 21 janvier 1793, et recevoir le 33" <'<. dernier degré maçonnique sous c~nom, serait-il indispensable de procéder à une troisième initiation?. (Le Ff~MCMaçon, 1849, p. 354.)

Dechevaux-Dumesnil accueillit cette communication avec de grandes protestations de sympathie. Il devait répondre dans ien° suivant du FrancJMafOM. H ne le fit pas, nous ne savons pourquoi.

N'est-i! pasinstructifde voir Hébert, dans la même année, se réclamer


solde 1. Naündorf avait aussi les siens. Rien de curieux comme la lutte engagée à cette époque entre Richemont et Naundorff. de son affiliation à la Franc-Maçonnerie et de la bénédiction du Pape '1 Z'E~foM de Richemont, fils de ~oM:s XV/, à M. le Z~ëdttc~Mr de ~Mflexible, par J. Arnold.

Lettre publiée dans le Journal t'7M~e.c:'&e, VoM'Ma< des :M~re<; de tous, n" 2, novembre 1849, pour tâcher de rallumer la polémique. Z'.E'.c'&~oM de Richemont, fils de Louis XVI, par M. de la Salette. Paris, Bouoher-Lemaistre. février 1849, in-8° de 32 p. Extrait de la /i;ecMe Catholique, du 15 février 1819.

C'est une sorte d'anatyse des Mémoires d'un Contemporain, qui en reproduit, en en forçant même le ton, les assertions hasardées, les citations tronquées, les bévues grossières.

M. de la Salette avait été rédacteur de La Voix de l'F-glise, organe plus ou moins explicite des prétentions de Richemont; puis de la Revue Ca<o<Me qui venait de lui fermer ses colonnes; il se proposait de fonder le Rénovateur, Revue de la ~6M~ua<MH sociale ~o~Me, religieuse, scientifique et littéraire, dès qu'il aurait réuni cent abonnés à 10 fr. L'abbé Mathieu, aumônier de l'hospice La Rochefoucauld à Montrouge, était son coi)aborateur. La Vérité sur le fils de Louis XV/co~MM sous le Mo~ ~eAf. ~K-~roM Richemont, etc. Grenoble, Baratier, 1849, in-8o de 54 p.

L'objet principal de cette petite brochure est de faire à Richement l'application des prophéties du Religieux d'Orval, désavouées, on le sait, par l'évêque de Verdun.

Appel à 1 opinion publique sur la conduite de certains hommes et de certains journaux envers l'ex-baron de Richemont, depuis son voyage de Gaëte. Paris, Boucher-Lemaistre, 1849. in-12 de 23 p.

Niaiseries. Un certain D'' Noyer et un c -rtain curé, Royannez, s'extasient sur la facilité avec laquelle Richement aurait, à Gaëte, obtenu une audience du Saint Pcre il a même poussé la condescendance .jusqu'à interc~er pour leur en faire obtenir une pour eux-mêmes; mais i's ne savent rien de ce qui s'est passé entre le Pape et lui.

Cette brochure est une reponse indirecte aux ai'tictes det'{7?M'je/(5, 14, 15, 19, mai 1849), qui avait dit et maintenn, avec toute vérité, contre Richemont, que c'était comme simple particulier qu il avait obtenu son audience. .E.c~'«:'< de la .EecMe Catholique du 15 mars 1849, contenant des Lettres sur ~'e-B-~a~'ot de Richemont, ~tt ~eMMM de son voyage à Naples et à Gaëte et la copie dela demande en réclamation d'Etat c~t7 dument eK<trée et qui a été déposée au parquet du Procureur de laRépublique,à Paris, le 27 mars 1849. Paris, Lacour, avril 1849, in-8o de 15 p.

A la suite, quelques extraits de journaux en l'honneur des .~e~<K't d'M~ CoM<e<Kpofa't/?, recueillis par de la Sa.tette, pagination distincte, 8 p. in-8". Notamment <a! Voix de J'~tM in-8", juin 1846 à mai 1848). Organe timide et réservé.

La Revue Catholique. Ce journal que dirigeait l'abbé Migne 1848 et 1849, in-8") ayant eu le malheur d'ouvrir ses pages aux lettres de M. de La Salette, un de ses rédacteurs, en faveur de Richement, tout en faisant de grandes réserves sur le fond de la question, fut bientôt envahi, non seulement par les tenants de Richement, mais par ceux de Naündorff et de Vintras, qui en firent un champ de combat.

L'/M/~tMe, Journal des Intéréts de tous Ch. Peynaud, rédacteuF-


ils échangeaient entre eux tes récriminations les plus injurieuses. Ils s'accusaient muturellement d'usurpation et d'escroquerie. Naündorff,aux yeux de Richemont, n'était qu'un misérable intrigant soudoyé par la police de Louis-Philippe Richemont.à ceux de Naündorff, « un agent de Goritz 1. Naundorn'déclarait que t toutes les pièces invoquées par Richemont étaient fausses, et le défiait d'en produire une seule aux mains des magistrats; » que, e ses Mémoires étaient farcis de fables, de niaiseries, de platitudes, indignes du fils d'un monarque et même de tout réclamant. que Richemont n'était qu'un escroc ? Tous deux avaient raison.

Leurs systèmes, au fond, se ressemblent. Il y a même entre eux émulation et une sorte de renchérissement dans l'emploi de certains moyens. C'est à qui prodiguera aux Bourbons de la Branche aîrée comme de la Branche cadette, les injures les plus grossières 3. C'est à qui comme autrefois certains auteurs gérant un 4° et in-fol., 28 octobre 1849 au 1er décembre 185t, 58n'"<). Parmi les rédacteurs de cette feuille fort peu sérieuse, nous voyons Pascal, Noyer, Suvigny, Mathieu, Aubry, etc., et plusieurs prêtres. Elle publiait de temps en temps des vers en l'honneur de son i<)o)e. Elle soutint de vives polémique contre !'{yM:'ce~ (août et septembre 1850). (Hatin, Bibliographie de la Presse /)-KMf<KM.)

Voix d'un Proscrit.

Sauquaire-Sout~né, Voix d'un Proscrit p. 195.

Ëchanti'ions de ces aménités royales

Les ~A/!<!)MM<M accusés de patronner « les fraudes, les injustices, les usurpations et tous les autres attentats qu'on peut commettre à l'ombre ou impunément. (Claravali, p. 520.)

Louis Philippe « couvert de tous les crimes voleur des diamants de Marie Antoinette assassin du duc de Bourbon empoisonneur de Martin. etc. ~Le même, p. 31?, 4M.)

Louis XVHI convaincu d'une foule d'assassinats et d'avoir écrit à Robespierre, son correspondant et son agent < vous avez, il est vrai, détruit le soliveau mais il reste encore beaucoup à faire, et tant que le bâtard existera, il n'y aura rien de fait. » (Claravali, p. 146.)

Louis'XVIII eut la capacité de tous les crimes, la bassesse de tou*~s les hypocrisies, la perfidie de toutes les corruptions et offre le type d'un caractère de scélératesse dont l'histoire n'oHre pas d'exemple. (Intrigues dévoilées, t. p. 650.)

La dacheaae d'Angoulême < Femme sans coeur, fille sans respect pour la mémoire de ses augustes parents, sœur dénaturéé, spoliatrice éhontée des biens de l'orphelin, oublieuse du compagnon de ta captivité au Temple et félonne à ton roi légitime t..o (Tt!<rt'yMM<MM'tj~M, t. I, p. 33.) « La sainte duchesse d'Angouleme vivant dans un état public d'impé' nitence, de spoliation du bien d'autrui, d'oubli de ses devoirs, de complicité


dramatiques, en rivalité sur le nombre de portiers étoffés à la porte des théâtres, les jours où l'on jouait leurs pièces inscrira à son bilan la liste la plus noire d'assassinats et d'empoisonnements commis par ses ennemis, pour arriver à le perdre. Richemont cite avec orgueil, parmi les martyrs de sa cause, Desault, Ojardias, Pichegru, Frotté, le duc d'Enghien, l'abbé de Tourzel, Joséphine, Fualdès, Caron, le duc de Bourbon, Martin (de Gallardon) Naündorff y ajoute Pezold et quelques autres. Tous deux lancent en avant les assertions les plus audacieuses, sans l'ombre d'une preuve à l'appui, invoquent avec un égal aplomb l'autorité des morts qui ne peuvent leur répondre, parfois aussi celle des vivants, sauf à recevoir des démentis humiliants qui ne les empêchent pas de recommencer'; tous deux, mais surtout Naündorff, dont les défenseurs, anciens lé.gistes, sont plus fureteurs, plus pointilleux, citent comme des autorités historiques, comme des autobiographies authentiques, tous les mémoires saugrenus composés par La Mothe-Langon et par Touchard-Lafosse, sous le nom des Souverains et des grands personnages contemporains tous deux ont un égal besoin d'associer le merveilleux religieux au merveilleux politique. Hébert l'incrédule le combattant de Juillet, le FrancMaçon, est protégé spécialement par la très sainte Vierge il a permanente avec tous les criminels proscripteurs de son frère. (Non! Louis XVII n'est ~M mort au Temple, p. i55 )

u La déconsidération publique qui commence à vous assiéger, le mépris d'une foule d'hommes de cœur qui furent vos amis et vos serviteurs politiaues. l'opprobre qui s'attachera à votre mémoire et plus que tout, le remords qui empoisonne déjà vos jours, )e remords, cancer dévorant, châtiment anticipé'deseoupabtes. vous réservent à l'une de ces hontes sous le fardeau desquelles il ne reste plus qu'a se voi'er !a. tête et à attendre la mort. x (Gozzoli, dans la Voix d'un Proscrit, p. 73.)

La Duchesse d'Angoulême, enfin, et le comte de Chambord accusés tous les deux d'avoir voulu faire assassiner Naundorif < Sa soeur a peut-être donné elle-même 1 ordre d'entourer sa maison d'assassins; le parti de Goritz poursuit avec fureur l'existence du malheureux prince. Les misérables sicaires dévoués à commettre ce crime pour un peu d'or sont tous Français c'est vraiment une honte pour notre nation. (Gozzoli, Voix <<'MM.Pf<M!cW<,p.81et269.)

1 Citons seulement, parmi les personnes qui ont été dans la nécessité de démentir ainsi l'abus qu'on s'était permis de faire de leurs noms, le général Auguste de la Rochejaquelein, la comtesse de Falloux douairière, Franchet, ancien directeur de la police, les héritiers du chancelier Dambray, dé l'illustre de Seze, etc., etc.. etc.


des révélations célestes, des colloques avec les Anges' il renouvelle le miracie de la Légion thébaiue Naundorn* ne reste pas en retour. Lui aussi est en communication directe avec le ciel, et, sous la dictée des Anges, il finira par écrire un évangile nouveau Nous n'exagérons point, et toutes ces sottises, ces diatribes contre ce qu'il y a de plus respectable dans la royauté légitime, ces dérisions de la religion, ces attaques violentes contre elle, ce ne sont pas seulement MM. Louis Blanc, Jules Favre et leur suite qui s'en feront les complaisants ou les complices; ce sont surtout des gens comme l'abbé Tharin, ayant l'incroyable prétention de ramner l'orthodoxie monarchique et religieuse, d'une intolérance égale à leur ignorance comblés, quelques-uns, des bienfaits de la branche aînée.

Quels bons rires auraient dû échanger entr'eux ces deux' hommes, en se rencontrant sur le boulevard, à moins qu'ils n'eussent échangé des gourmades

Constatons encore, de leur part à tous deux, le même système e d'attaques judiciaires, qui n'étaient qu'une spéculation sur le scandale et une réclame contre les Bourbons. Hébert, toutefois, ne fit quesuivre Naündorff dans cette voie, et avec une certaine timidité. Ce n'est quen 1849 qu'il se décida à intenter à la duchesse d'Angoulême une action à laquelle il ne donna. pas suite. Il voulait lui arracher sa part de l'héritage commun, qu'elle avait seule recueilli, tout en se bornant à demander, tout d'abord, la reconnaissance de son état civil 3. Hébert nous racontera, d'ailleurs, lui-même et à sa manière, l'emploi de son temps depuis son évasion jusqu'à l'amnistie du 27 avril 1840, qui l'aSranchit bien des conséquences de sa condamnation, mais en laissant peser sur lui la possibilité d'une expulsion depuis cette amnistie jusqu'à la Révolution de 1848 et même jusqu'en 1850, époque où il lança un gros et l'on peut Oaravali, p. i59, 173.

Le même, p. i63.

L'assignation devant le tribunal de la Seine est du 27 mai. Elle a pour objet de faire juger, non pas qu'il est Louis XVtl, mais « Louis Charles de France et duc de Normandie, né à Versailles, etc. de feu Louis Auguste, Roi de France et de Navarre, et de feue dame Marie-Antoinette-Josèphe Jeanne, archiduchesse d'Autriche, reine de France, et de Navarre, son épouse, et qu'il sera rétabli dans tous les droits et actions résultant pour tut de son acte de naissance et de la filiation c; dessus indiqués. »


dire dernier volume. Naündorff, dont la fortune avait un moment éclipsé la sienne, était mort, abandonné de la plupart des siens, mais sa propre étoile pâtissait. Il le voyait sans doute, et il hasarda une dernière partie. Ce volume contient le roman de sa vie dont nous venons de retracer l'histoire. Force nous est de l'analyser et de revenir ainsi sur nos pas mais ce volume fut un événement dans la vie de Richemont dont il acheva de ruiner le crédit déjà bien ébranlé. Il donne sa mesure et celle de ses partisans. Voyons donc le Prétendant raconté et jugé par lui-même.

La Vie de Mgr le duc de Normandie, fils de Louis ~F7 et <~e ~arM-~K~o~Me~e, yoz reine de France, que la Révolution w~Ac~MCM 1793,et qu'elle raya du nombre des vivants en j[79S, par M. L. Esp J. J. Claravali del Curso 1, est un méchant roman dans le goût de l'~M/b~MMe '/spo~aM: ou de la Vie de Ca~os~o. C'est un salmigondis de voyages,d'aventures,de miracles même, plus invraisemblables et plus ridicules les uns que les autres. Aux mystères dans lesquels ils enveloppent leur héros, l'auteur ou les auteurs ont ajouté, pour augmenter l'effet, ceux de l'affaire FuaMès et de l'affaire Martin (de Gallardon).

Essayons pourtant d'analyser cet imbroglio.

Le héros, caché dans un paquet de linge sale, est enlevé du Temple le 19 janvier 1794, jour nxé pour le départ des époux Simon, par Ojardias. Ojardias a pour complice la femme Simon, et révélation nouvelle 1 Simon lui-même Un enfant, muet et souffrant, introduit dans le corps d'un cheval de bois, est laissé à sa place 2. Frotté, 1 Vol. in-8". Paris et Lyon, 1850, avec un portrait qui n'a absolument rien de Bourbonnien- Quid Claravali del CuMo ? $

I! est à noter que.dans les Mémoires <183i),la date de l'enlèvement était t'approchée de la mort de l'enfant substitué (8 juin 1795)etdeeeI]edeDesault (ter juin). Mais on s'aperçut bientôt que les Simon n'étaient plus à ce moment au Temple. Ils l'avaient quitté en janvier 1794, et n'avaient donc pu se prêter & l'enlèvement. Le duc de Normandie s'en tira en désavouant son livre et sa signature, absolument comme l'avait fait la Lamotte à propos des libelles orduriers contre Alarie-Antoinette publiés sous son nom. Les variantes sont du reste trop nombreuses pour qu'on les puisse relever. Frotté et Ojardias, qui n'étaient pas nommés en 1831, apparaissent en 1850 comme les sauveurs du jeune prisonnier. Son séjour de quelques semaines x auprès de Charette e&t devenu une résidence de près de dix-huit mois. Voici, textuellement extraite des Mémoires, la description du cheval de bois, rival de celui de Troie, tellement ridicule, tellement absurde dans les


caché à Paris, sous le nom et avec les papiers d'un commis-voyageur allemand, le reçoit en présence de M" Beauharnais (Joséphine). « Le même jour, Ojardias et le comte do Frotté, qui avaient tout préparé d'avance, le font sortir de Paris en voiture et le conduisent de suite dans les provinces de l'Ouest (la Bretagne et le Bas-Poitou), où les persécutions de la faction qui gouvernait la France, se faisaient moins sentir alors que partout ailleurs (p. 114). 1)

Arrivé dans le Bocage, le jeune prince est reconnu par les chefs Vendéens, rassemblés tout exprès à Beaupréau. il préside même à un service où retentissent en son honneur les cris de Vive Louis XV77~/ En juin 1795, le comte de Frotté le fait évader de France par la détails qu'elle donne et les moyens périlleux autant qu'inutiles dont elle suppose l'emploi, que le due de Normandie et ses teinturiers n'ont plus osé la reproduire:

< Je fus placé dans un autre cheval bien plus grand il était de bois et artistement recouvert d'une véritable p au de l'animal qu'il représentait on l'avait attaché à une grosse charrette, de manière à être supporté par deux allonges en fer, cordées et peintes de la couleur des cordes ordinaires et fixées à la pointe des brancards, et directement devant le cheval qui était attelé à la charrette même; il avait devant lui deux autres chevaux, ce qui présentait un attelage de quatre de ces animaux, traînant une voiture conduite par un homme en blouse, habitué à ce métier, et n'ayant pour toute charge qu'un peu de paille. Ce cheval était aussi léger que l'avait pu permettre sa grandeur; ses jambes un peu courtes et pliantes dans toutes les jointures inférieures, ce qui facilitait la marche en cas de rencontre d'un corps dur. Il était bien garni dans l'intérieur, et fourré de manière à éviter les inconvénients des secousses de la charrette sous sa <o"yMg queue était un soupirail qui avait été également pratiqué dans les oreilles, les narines et aux quatre jambes pour faciliter la respiration (p. 32). »

1 C'est le contraire qui est vrai. Jamais la Vendée n'avait été plus accablée, plus dévastée par le fer et le feu. plus voisine de sa ruine totale. Les derniers débris de la Crande Armée avaient été anéantis à ~avenai le 23 décembre; Noirmoutier repris par Haxo, le 3 janvier; le 19 janvier, les colonnes infernales de Turreau avaient commencé dans le pays insurgé leurs affreuses promenades; La Rochejacquelein allait tomber, quelques jours après, sous la balle d'un soldat dont il épargnait la vie. S'il était un point de la France d'où la prudence la plus vulgaire dût éloigner en pareil moment le jeune Prétendant, c'était la Vendée.

Que dansl'armée de Charette on ait crié Vive Louis XVII, tant qu'on lignora son décès, cela se comprend. Louis XVII était le roi légitime. C'est la même ignorance qui faisait demander à la petite commune de SaintTonent (Côtes du Nord), seule dans toute la France à rejeter l'acte constitutionnel, le fils de Capet pour roi (9 août 1795~. Ce qui ne se comprendrait pas, c'est que Charette eût proclamé, comme il le fit, Louis XVIH. s'il eût eu Louis XVII à son camp. Les raisons tirées des dangers d'une régence sont misérables.

3 C'est-à-dire pendant la. pacification signée la. Jaunaye,le i7 février i'ï95, par Charette,. et à Saint-Florent par Stofilet, le 2 mai suivant, au moment où


route du Nord, pendant quOjardias, pour donner le change, se ff<it arrêter sur celle du Midi avec le jeune Morin de Guérivière, et le remet aux mains du prince de Condé.

Le prince de Condé et son Conseil, après avoir annoncé sa déliïrance aux souverains armés pour sa cause, s'empressent, non pas de le proclamer roi, mais de proclamer Louis XVIII, le tout par intérêt pour l'héritier légitime.

Bientôt (fin de 1795) il le confie à Kléber, « chargé de lui donner une éducation noble, généreuse et libérale, et de lui enseigner, tant par son exemple que par ses leçons, les choses qui font les grands capitaines, les hommes d'état habiles et les rois puissants, bons et magnanimes (p. 149). »

Le Dauphin, sous le nom de Louis, suit Kléber en Egypte en qualité d'aide de camp Au siège de Saint-Jean d'Acre, il sauve le corps d'armée, en invoquant le Dieu de saint Louis, comme Clovis avait gagné la bataille de Tolbiac en invoquant le Dieu de Clotilde, ou plutôt « comme la Légion Mélitine avait sauvé l'armée de MarcAurèle (p. 163) »

Kléber, à son tour, confie le Dauphin à Desaix avec le secret de sa naissance.

Le jeune héros est blessé à Marengo, auprès de son protecteur qui, la Vendée respirait et jouissait des premiers moments de calme et de liberté qu'elle eût connus depuis deux ans et demi, à la v< ille du jour où beaucoup de royalistes aveugles croyaient fermement que la Convention allait, en vertu des Articles secrets du traité de la Ma,bilais,soit remettre les orphelins du Temple entre les mains de leurs partisans, soit même proclamer la royauté

Aide de camp avant 15 ans, quelle impudence!

Pour apprécier le rôle du républicain Kléber dans une intrigue de ce genre, il n'y a qu'& relire ses biographies, notamment celle publiée par Lubert d'Héricourt (1801, in-8" et surtout ses Af~Ko~

Cet épisode romanesque du voyage de Louis XVII en Egypte a été mis en scène par M. Maurice Sand dans une nouvelle Mac~MMeMe de Cérignan, publiée d'abord dans le journal le Temps, puis dans la Bibliothèque contemporaine de Lévy (1 vol. in-12, 1875). La physionomie pâle, souffreteuse et craintive de l'enfant évadé et le dévouement des Cérignan père et fille qui l'accompagnent et veillent sur lui,y sont esquissés avec assez de délicatesse, mais, bientôt l'auteur s'égare et se perd lui-même dans un tourbillon d'aventures fantastiques,au bout desquelles il n'est même plus bien sûr de l'identité de son personnage. Madame Sand avait elle-même, parait il, songé à la publication d'une étude snr Louis XVH, d'après les souvenirs de son aïeule, madame Aurore Dupin, et certains documents de famille. Il eût été difficile que, sous sa plume, la fiction n'usurpât sur la réalité (.ftt<ef)M6<~<fe des Chercheurs et Curieux, 1874, col. 251).

Desaix est une intercalation de 1850. Stenay (Louis XVII vengé) nous. fera bientôt de Richement, à quinze ans, un « adjudant-générai de Desaix.


dans la prévision de son trépas prochain,lui avait donné une lettre de recommandation pour Fouché.

H rentre secrètement en France en 180î,et il y est soutenu par des « visions », et de~ voix célestes » contre le désespoir et contre les attaques des passions. Il repasse en Italie pour se soustraire aux conséquences d'une altercation avec Lucien Bonaparte, à propos de l'affaire Frolté.

Il revient en France, en 1802. Il y visite tour à tour aux Incurables la femme Simon, « presque folle de ravissement,» et qui « baise avec attendrissement ta cicatrice de la blessure que Simon lui avait faite,d'un coup de serviette, à coté de t'œii droit; -Lucien Bonaparte, « qui lui donne de bons conseils; » l'incomparable « Joséphine, cet ange que le ciel avait prêté à la terre,') qui révèle la grande nouvelle à son époux, au moment du divorce, pour l'empêcher de contracter un nouveau mariage et tâcher de l'amener à abdiquer en faveur de Louis XVII; et enfin Fouchélui-même. Fouché «lui recommande la pius grande circonspection dans sa conduite privée, » et lui témoigne « un dévouement sincère. »

Malgré ces recommanf'ations, il se mêle imprudemment à la conspiration de Pichegru. Sa liberté et sa vie sont menacées. Il s'échappe de France, grâce à la protection de Joséphine et de Fouché. En 1804, il est aux États-Unis. De là, il visite le Pérou, « les Incas de Marmontel à la main » le Paraguay, le Brésil, où le Régent du Royaume, don Juan, instruit de sa naissance, lui fait l'accueil le plus hospitalier.

Mais il avait laissé en Europe Tancrèdo non pas le héros de la Jérusalem délivrée, mais un ancien secrétaire et « voulant avoir de ses nouvelles à tout prix; » poussé, d'ailleurs « par une force irrésistible, » il fait voile pour l'Italie.

C'était vers 1810; il est arrêté, conduit a" général Miollis,reconnu. « Par l'inspiration de l'Auguste Marie, » il demande à être conduit à Fouché, qui le gronde doucement,et lui donne des nouvelles de son cher Tancrède, avec lequeï il retourne au Brésil dénoûment aussi satisfaisant qu'imprévu.

Don Juan l'y reçoit avec la même générosité. Le Dauphin perfectionne à sa cour son éducation « il manifeste une prédilection marquée pour les ouvrages de Bossuet, de Massillon, de Bourdaloue, de Boileau et du bon Lafontaine; x ce qui ne l'empêche pas d'aller à Goa combattre en héros une rébellion et de l'apaiser en sage. Voyages à Ceylan, Calcutta, dans le royaume de Siam.l'Océanie et les Indes.

C'est là une nMveté de génie.


Retour au Brésil, en 1814, et du Brésil en France, où les Bourbons venaient d'être restaurés !1 affirme qu'un article secret, dans ies traités de 1814 et 1815, réserva ses droits'.

Fouché, qui le croyait mort, est d'abord contrarié de sa présence. Toutefois, il le conduit chez !o prince do Condé, qui le reconnaît du premier coup et lui ouvre les bras. La duchesse douairière d'Orléans va lui témoigner aussi la plus tendre affection, et lui donnera des marques non équivoques de son généreux dévouement. Louis XVIII résiste. Il n'est pas disposé à céder la couronne. « Le prince de Condé.justement irrité de voir tant debassesse,de fourberie et de scélératesse dans un parent qui devait être le protecteur nature! de l'auguste orphelin, voulait faire un éclat, reconnaître ostensiblement le fils de Louis XVI, et le proclamer roi de France, à la face de l'Europe. Le Dauphin s'y opposa, dans la crainte de fournr un prétexte à la guerre civile, et peut-être de contribuer à une troisième invasion qui aurait amené le partage de sa malheureuse patrie. I! ajouta qu'au besoin il lui dépendait de passer outre Il aima mieux se retirer sur le sol étranger et se vouer à toutes les misères, que de demeurer dans le lieu qui l'avait vu naître, où la fureur et la haine de ses cruels ennemis ne manqueraient pas de l'atteindre. » 0 A~M~o Auparavant, toutefois il a, par surprise avec la duchesse d'Angoulême, une entrevue ménagée par le prince de Condé et le duc de Berry.Émue d'abord, elle le repousse bientôt en disant qu'elle n'accueillera jamais l'ennemi de sa famille allusion amère aux dénonciations de son frère contre leur mère, dans sa prison.

Il veut aussi confier au « vertueux M Fuatdès, les lettres de don Juan, du prince de Condé et d'autres pièces importantes, et c'est la détention de ces pièces qui deviendra l'arrêt de mort de cet infortuné Errant de nouveau sur les chemins de l'exil, il visite successivement l'Ecosse, l'Afrique, l'Égypte, la Palestine, Jérusalem, où il Labreli de Fontaine nous a donné le texte de cet Article. Nous avons eu occasion, il y a longtemps déja.dans la tome II de la Revue des questions historiques, (t'appréciercette grotesque et odieuse évocation de Fualdès. Richemont et Naündorff se disputaient le triste honneur d'avoir été la cause de la mort de Fualdès et voulaient, chacun de son côté, en faire le confident de leurs secrets et le dépositaire de leurs papiers, deux versions qui s'excluaient nécessairement. Ces MM., tout en s'injuriant et en se reprochant mutuellement d'être soudoyés par la police, ne se faisaient nullement scrupule de s'emprunter respectivement leurs écrits, leurs arguments, leurs imaginations. Nous ne savons lequel des deux avait eu le premier l'idée d'exploiter à son pront l'assassinat de Fualdès. Ce que nous disions de l'moompatibilité du rôle prêté à ce malheureux avec ses antécédents politiques et religteux, de l'infamie qu'il y avait à accuser Louis XVIII de l'avoir fait périr–et par la main de pareils agents et dans de telles circonstances! uniquementpour s'emparer des papiers de son nevéu,-subsiste dans son entier.


perd son pmi Tancrède, la Syrie, la Mecque, la Troade et ph's heureux que les archéologues les plus renommes de France, d'Allemagne et d'Angleterre, qui n'ont jamais rien pu y voir, « il y décou'vre tout ce qu'Homère a décrit, remplacement de ia vins, Je Simoïs. et le Scamandre, Je mont Ida, etc. a Constantinople, !f Turquie, la Grèce, l'Asie, les Indes, l'Océanio.

Il est en Italie en 1818 et, le 18 avril, arrêté sur la demande du gouvernement français, dépouillé de ses papiers, il est incarcéré à Mantone,puis à Milan où il demeure captif durant sept ans et demi. «Pendant plus de deux ans, il ne prit ponr toute et unique nourriture qu& des œufs tantôt frais, tantôt cuits; avatés crus. ils lui servaient tout à la fois de nourriture et de boisson. Il ne touchait ni au pain ni aux autres mets qu'on lui apportait il ne buvait aussi ni vin ni eau, dans la crainte d'être empoisonné. 11 restait sans feu comma sans lumière (p. 255). ? » Il avait cependant trouvé moyen de correspondre du fond de sa prison avec le duc de Berry. Par quel moyen P II n'a pas jugé à propos de nous le révéler.

Il rencontre dans cette prison Andryaneet Pellico

Citoyen héroïque, il refuse au cardinal Pacca le jeune, émissaire de l'empereur d'Autriche, qui lui offre à ce prix la liberté et la couronne de France, de ratifier les traités de î814etl815. Républicain hélas, il l'est devenu! « Républicain comme Henri IV, Louis le Grand et Louis XVI »

Ce sont ses opinions qui ont encouragé sa sœur à persister dans son « lâche abandon. » Cependant s'étant déguisée sous un costume populaire pour aller interroger la femme Simon aux Incurables, ella a Les Prisons de Pellico donnent quelques particularités sur un. prétendu Louis XVII qu'il aurait en effet rencontré dans la prison de Milan. Dans le procès du baron de Richement, Andryane, entendu comme témoin, crut reconnaître dans l'accusé, à l'exactitude de certains détails sur cette prison, son ancien compagnon de captivité. On n'attacha pas d'importance à la vérification de l'identité des deux personnages. H est possible que Hébert eût été, comme beaucoup d'Autres, prisonnier à Milan, du gouvernement Autrichien. Cela prouverait seulement qu'il avait commencé de bonne heure. à colporter son roman. Dans l'ouvrage que so<M analysons, il conteste < l'exactitude du récit de Pellico sur plusieurs points (p. 294). e Il est vrai que Pellico ne se montre nullement convaincu de l'authenticité du prétendant qu'il a vu à Milan.

S < Louis XVI était un vrai républicsdn (p. 876).)) Richemont s'adressait à tous les partis. Dans sa première édition, il invoquait comme un titre d'honneur âne tape que Napoléon, premier lui aurait donnée sur la joue, et protestait de ses vives sympathies pour le duc de Reichstadt (p. 52). Il n'est pas jusqu'à la Maçonnerie où il ne cherchât des adhérents et de pré* tettAM&éres, témoin sa ~<~fe<tt< DecAeMtM.c-DtMMMM~.


avait été reconnue par cette femme et avait appris de sa bouche que le Dauphin avait été enlevé et qu'elle l'avait revu depuis. Louis XVIM,desoncôté,Iaissera un testament par lequel il reconnaît son neveu et ses droits à la couronne; mais ce testament disparaitra « détruit par une courtisane du ~ieux Roi ou par un ministre, » et Charles X usurpera la couronne.

Cependant, le Dauphin a été mis en liberté par l'Autriche (octobre 1824). Il en profite pour visiter la maison de Guillaume Tell, « ainsi que les lieux témoins de ses hauts faits, afin de s'inspirer du génie de ce héros, ami du peuple et de la liberté (p. 300), » U se propose d'aller en Portugal retrouver don Juan.

La mort de ce protecteur l'arrête. Il reste à Rouen et s'y fait simple employé à la préfecture, « afin de se créer une occupation, et aussi pour s'initier un per au mécanisme de l'administration publique 0 (p. 305) modeste apprentissage de l'art de régner.

En 1827, il est à Paris sous le nom de colonel Gustave. En 1828, il adresse, sous le nom de duc de Normandie, une pétition à la Chambre des Pairs pour se plaindre des persécutions dont il est l'objet. La Noble Chambre ne daigne pas la prendre en considération. La Révo~tion de juillet éclate, vengeance tirée par le ciel lui-même des crimes des Bourbons. Dès le 2 août, il écrit à la duchesse d'AngouSt'mc. en lui offrant son pardon, si elle l'aide à se faire reconnaître ru do France. Elle est sourde à son appel. Il proteste en vain contre l'usurpation de Louis-Philippe. Le duc de Bourbon seul reconnaît ses droits et se dispose à les faire valoir; il meurt étranglé. Les nombreux écrits publiés par le Prince, quelques-uns renfermant des projets de constitutif n'aboutissent qu'à le faire arrêter. Louis-Philippe alors s'empresse de lui offrir la main de sa fille Clémentine, moyennant uM abdication en sa faveur. Naturellement, i! refusa (p. 405).

Nous avons vu sa comparution devant la cour d'assises de la Seine, et sa condamnation.

Il se retire en disant « Celui qui ne sait pas souffrir, n'est pas digne des honneurs de la persécution. »

« Belles paroles inspirées par la sagesse incréée dont il est l'image et le représentant! ? »

« Défaite, aux yeux des témoins de cette ignoble comédie, l'équivalent du plus glorieux triomphe, puisqu'il a réussi à faire tomber toute la honte de l'accusation infâme dont il avait été l'objet, sur ceux-là mêmes qui s'étaient flattés de vouer le reste de ses jours à l'ignominie (p.419)." n

Il passe quelques années à l'étranger, puis rentre en France, à Lyon, où le Gouvernement instruit de sa présence, le laisse tranquille,


à la condition qu'il ne bougera ni n'écrira dans les journaux. U est compris dans l'amnistie du 27 avril 1840.

U allait être reconnu par la duchesse d'Angoulême, elle avait nommé des commissaires enquêteurs pour recevoir les témoignages qu'il invoquait à l'appui de ses droits; M. de Blacas était gagné à la bonne cause mais il meurt, et les espérances du Prétendant sont encore une fois déçues.

Louis-Philippe, « qui avait recours au magnétisme pour se diriger dans l'administration des affaires publiques, » lui fait offrir de le reconnaître pour le fils de Louis XVI, mais secrètement et à la condition qu'il lui remettra tous les titres et papiers qu'il possède ;')–nouveau refus (p. 451, 454).

On l'arrête alors pour rupture de ban (p. 483).

11 continue à publier des* écrits, des mémoires justificatifs. Dans ses courses, a il rencontre de nombreuses misères sur ses pas, et n'en laisse pas une seule sans la soulager (p. 478). » Le prince de Condé, don Juan, régent du Brésil, et madame la duchesse douairière d'Orléans lui ont assuré plus de cent mille livres de rentes. « Son ange tutélairo (qui est sans doute un archange de premier ordre), présente sans cesse ses abondantes aumônes devant le trône de Dieu. »

Le 11 février 1848, « il prédit formellement la chute du trône de Juillet; o le 24 février, ce trône est renversé (p. 483). Le 29, il envoie son adhésion au Gouvernement provisoire, qui ne lui en sait aucun gré (p. 485).

Le 25 mai, il adresse a l'Assemblée nationale une demande tendant à faire reconnaître ses droits. Après six mois d'attente et de nombreuses réclamations, l'Assemblée nationale et le Gouvernement, qui, par les documents que les chancelleries mettent à leur disposition, es savent, sur !a cause de M. le baron de Richemont, .plus long que le baron lui-même, lui font déclarer qu'ils sont parfaitement con« vaincus qu'il es<!e /Hs de Louis XVI. mais que son affaire n'étant « pas une an'aire d'État, ils ne lui répondront point oflieiellement a que du reste, citoyen comme les autres, il peut s'adresser aux tri« bunaux et qu'ils ne s'y opposeront nullement (p. 495). » En octobre 1848, le Pape lui envoie un émissaire « afin d'apprendre au fils de Louis XVI que si, à ~'ea~M~e du C/M*M<, il est méconnu des siens, il occupe une large place dans l'estime et l'affection du père commun des fidèles (p. 496). a

Quelques jours après, & Gaëte.il est admis à baiser le pied du Pape, et de leur entrevue, restée secrète, « résulte quelque chose de bien grave et de bien satisfaisant pour l'un et pour l'autre (p. 502 a Cette entrevue de Gaete devmt l'occasion de rjclames fort uMi'!ii-


La morale est facile à tirer de ce ramassis de fables ineptes ou odieuses; Richement est jugé.

Voici toutefois son portrait,tracé par lui-même ou par ses afûdés c est tout un. L'hyperbole, la flagornerie et le fétichisme ne sauraient aller plus loin

« Prince magnanime, nouveau Charlemagne, héros éminemment français, à la haute capacité, aux vastes connaissances, au génie perçant. lumières extraordinaires. gënie transcendant, intelligence de premier ordre (p. 493). nouveau Moyse(p.425). égal à Salomon (p. 498). comparable au Christ (p. 483). » Trop coupable et trop malheureuse, la France méconnut son sauveur. L'appel désespéré de Richemont eut peu de succès. Suvigny, en 1851, publia encore un mémoire en sa faveur, qu'on ne remarqua point

Richement était rentré en France. Un de nos amis qui le visita à cette époque, nous communique l'esquisse suivante de l'homme et de son logement « Le personnage demeurait rue de Fleurus. La maison était de médiocre apparence. Le logement fiantes et fort inconvenantes à la fois personne n'avait assisté à la réception de Richement par le saint Père.

Z~a R<M<<MH'a<:OM ronvaincue d'hypocrisie, de MMMMM~e et d'usurpation, de complicité avec les souverains de la Sainte ~M~'e, CM Preuves de l'existence du /?~ de ZoMM XV/, réunies et discutées, par J. Suvigny. Paris, au bureau de l'TM/~iMe, 1851, in-12, de vi-iv et 270 p.

Résumé méthodique et assez habi~ des preuves alléguées pour établir que Louis XVII n'est pas mort au Temple et qu'il n'est autre que Richemont. Propos de la femme Simon, aux Incurables, rapportés par un abbé M., qui les aurait tenus des soeurs « J'ai sauvé mon petit Louis il est vivant; j'en suis sure j'en mettrai ma tête sur le billot. Je lui ai épargné bien des maux et rendu de bien grands services. »

En 18i6, deux jeunes gens entrèrent dans son cabinet et la reconnurent au couvre-pied étendu aur son lit. Le même qu'elle avait au Temple plus de vingt ans auparavant et qu'elle aurait emporté et gardé à l'hôpital C'est l'entrevue placée par la femme Simon en 1805, par Richemont en i80i. Contradictions perpétuelles t

L'enfant aurait été enlevé le 19 janvier 1794 le jour même du départ des époux Simon dans un cheval de carton; conduit en Vendée; proclamé Roi à Beaupréau. II y a des témoins qu'on se garde de nommer de cette reconnaissance.

Labreli et le baron Thierry sont toujours in~oq~és comme autorités décisives.

Au fond, rien de sérieux.

M. de S., depuis député à l'Assemblée nationale et l'un de ses membres les plus distingués par la loyauté de ses sentiments et la pénétration de son esprit lettre du juillet 1882)..


était misérable une petite chambre et une sorte de salon tendu de papier rouge, un vieux canapé et quelques méchants fauteuils. L'hôte princier en robe de chambre à ramage gros, boîteux, le nez bourgeonnant, la face rabelaisienne, le langage trivial et l'aspect le plus commun. Il m'a parlé du Brésil où il avait vécu longtemps, de l'Autt'iche où il avait été captif avec Silvio Pellico, des fers dont on l'avait chargé, etc., et je l'ai quitté emportant les plus magnifiques espérances pour le jour où il ceindrait la couronne, mais parfaitement convaincu qu'il n'était qu'un très vulgaire aventurier, et ne comprenant pas qu'il ait pu produire sur qui que ce fût la moindre impression. On allait jusqu'à lui trouver le type Bourbonnien très accusé. Cela ne m'a pas été possible. On m'a assuré que sa vie était peu régulière et qu'il fêtait Bacchus plus que de raison. Je crois qu'il était dans une grande gêne, surtout à la fin de sa vie. »

Richemont mourut le 10 août i853, près de Villefranche On D'une apoplexie foudroyante, au château de GJeizé, chez la comtesse d'Apchier, dont le mari avait été page de Louis XVI.

L'acte de décès, rédigé sur la déclaration de M. de Nolhac, de Lyon, et du curé de la Paroisse, le qualifie ainsi « Monsieur Louis Charles de France, natif de Versailles, rentier, demeurant à Paris, rue de Conié, no 12, âgé de 68 ans, célibataire. »

Le 9 septembre, cet acte était complété sur la demande de MM. Pictet et Tranchard, propriétaires, demeurant à Lyon, et Foyatier sculpteur, demeurant à Paris, lesquels se bornaient à déclarer qu'il était à leur connaissance que M. Louis Charles de France, décédé au château de Vaux-Renard, le 10 août dernier, était habituellement porteur d'un acte de naissance délivré à Versailles sous le nom de Louis Charles de France, né à Versailles le 29 mars 1785, fils de Louis XVI et de Marie Antoinette, reine de France.

M. Nauroy qui publie le texte de ces actes (Zes Secrets des Bourbons) fait observer avec raison que < ce dernier acte ne confère aucun droit, aucune identité au porteur, puisque les registres de l'état civil sont publics et que des extraits doivent être délivrés à toute réquisition (p. 124). On avait gravé sur la tombe du défunt, l'inscription nuivante Ci-git

Louis Charles de France

né à Versailles le 27 mars 1785

mort à Gleizé le 10 août 1853.

En 1858, la police fit disparaître cette inscription qui fut ainsi remplacée 1785

Nul ne dira sur ma tombe

,Pauvre Louis

Que tu fus plaindre

*M. Nanroy, ib. Priez pour lui..

*M. Nauroy, t&. Priez pour lui


a dit que te Gouvernement impérial avait fait apposer les scellés sur ses papiers. Le nombre de ses fidèles avait beaucoup diminué. Il y en eut cependant quelques-una qui lui rendirent un hommage posthume couronne de papier doré déposée sur la, tombe de cette royauté de baudruche Personne n'y fit attention. Tout le monde aujourd'hui reconnait que Richemont n'était qu'un aventurier, et que sa cause ne valait pas mieux que celles d'Hervagault et de Bruneau.

F~ Louis X V/. Rectification d'erreurs répandues dans les journaux, sur la mémoire de feu M. baron ~6 Richemont. Imprimée par suite de refus d'insertion (Signé Suvigny, Foyatier et Pascal, janvier i855). Paris, Lacour, in-8" de 3 p.

Opuscule insignifiant. Les journaux, à propos de l'attribution faite par le tribunal de la Seine de certains deniers provenant de la succession du Baron, avaient quelque peu raillé son rôle et rappelé ses mésaventures judiciaires et notamment sa condamnation pour banqueroute. I! s'était sauvé pour n'être pas arrêté, )' répondaient ses amis, ce qui n'implique pas une grande eonfiance dans la bonté de sa cause:ni un grand respect de son nom,quel qu'il fût. J~oMMXV/7 cenye,oM~e dernier mot de ~7tM<o:fe ~«~ ~t~'<M.Do!!<pA<!t (Baron de Richemont), d'après les documents authentiques e<M~ par Victor de Stenay. Dépôt à Vendôme chez Collin la Herte, Décembre 1875, IV et 305 p in 12. Dédié à la mémoire de Richemont.

Ce Stenay avait pubtié précédemment Le &~7 et les Étoiles prophéti. ques, ~M:'U!i de réponses aux éminents critiques des ~)yO/)A~!M. Son nouveau livre est dépourvu de toute critique et rempli des assertions les plus téméraires. H fait de Frotté l'agent direct de l'enlèvement, avec la complicité des époux Mmon (19 janvier 1794). L'enfant substitué au Dauphin est le fils du baron de Tardif qui, dans son dévouement aux Bourbons, n'a pas hésité à le sacrifier. Cet enfant a trois ans de plus que le Dauphin :x yeux noirs, cheveux d'un f~uxchatai.1 tirant sur le roux; muet, maigre, chétif, scrofuleux et dans un triste étit de santé (p. 36). Du sort du père, de s& résidence, pas un mot. Après avoir emmené l'enfant à Beaupréau et l'avoir fait proclamer solennellement, Frotté l'aurait lui-même conduit au prince de Condé en juin 1795, puis serait revenu en Normandie continuer la guerre (p. 54).

Il reprend toutes les légendes de Kléber, de Desaix, de Fualdès. Stenay donne une Bibliographie, inccmplète, des publications concernant Richemont.

11 affirme que l'enfan. exhumé près de la Tour du Temple aurait été ~econnu pouf le Dauphin pa) médecin, sans nommer ce dernier que le crâne était scié. mensonges sur mensonges.

11 prétend, enfin, que Louis XVH! suiait lui-même corrigé et falsi6é les Mémoires de Hue (p. 51).

Dernier et triste mot de cette longue polémique.


VI

NAÙNDORFF (1832).

Nous avons déjà vu les intrigues de Naündorff croiser celles de Richemont, et son crédit balancer, dépasser même celui de son rivât. Comme Richemont, c'était un aventurier de la pire espèce mais il groupa autour de lui des partisans nombreux et fanatiques il disposa de moyens d'action considérables et qui dénotaient chez celui qui les avait réunis une certaine intelligence. Le succès finit par lui tourner la tête. Il s'enivra de la fumée de l'encens qu'on brûlait ou qu'il brûlait lui-même en son honneur. Plongé dans la débauche en même temps que dans les rêveries de l'illuminisme et de la thaumaturgie, il scandalisa les plus complaisants de ses partisans, découragea les plus fermes, les détacha de sa cause un à un, et finit par un isolement à peu près complet.

Il y a cette différence entre Richement et Naündorff que l'origine du premier étant inconnue et certaines parties de sa vie mystérieuses, on ne pouvait opposer à sa revendication de la qualité de fils de Louis XVI, que l'absence de preuves de la moindre e valeur, tandis que Naündorff avait un état civil régulier, qu'on le suivait pas à pas, à partir de 1810, dans les diverses phases de son existence, et qu'il lui fallait détruire,, pour ainsi dire, sa propre personnalité, avant de s'en faire attribuer une autre. Naündorff (Charles-Guillaume) était né à Postdam d'une famille juive. En i8i0, il était horloger en bois, à Berlin. En i8i8, il s'établissait à Spandau, y obtenait des lettres de bourgeoisie le 8 décembre,en qualité de sujet prussien.et s'y mariait en i818. Dans son acte de mariage, il se déclarait protestant de la confession d'Augsbourgetâgé de quarante-trois ans,ce qui le fait naître en i775, c'est-à-dire dix ans avant le Dauphin. S'étant plus tard établi à Brandenbourg, il y fit de mauvaises.affaires. En 1824, il fut accusé d'incendie, et acquitté de fausse monnaie, et con-


damné de ce chef à trois ans de prison Dans d~-ats de cette affaire, il persista à se dire né en 1775, ut dcnn!. s'ir :,es antécédents les renseignemoni.s les plus contra-uctoif es. qui furent tous reconnus mensongers. En fin de compte, il se donna comme né à Paris de parents inconnus, enlevé par des personnes inconnues, transporté dans une entrée inconnue. Cela rendait toute vérification impossible. Puis venaient des enlèvements successifs, des délivrances merveilleuses, la révélation qu'il était fils de prince, des séjours en Amérique, dans les colonies anglaises et en France, l'emprunt à tout hasard du nom de Naündorff, quelques années de service sous les ordres du duc de Brunswick qui, sur le vu de certains signes corporels qu'il portait l'avait fait officier la rencontre d'un véritable Naundorfï'qui lui avait ~édé son passe port. Toutes ces imaginations n'avaient pu le soustraire à une condamnation. Gracié au bout de deux ans et interné à Gossen, puis à Crossen, il y recommença ses histoires, et chercha à se faire passer, d'abord pour un fils de prince, puis pour Louis XVII, avec les portraits duquel il se trouvait quelque ressemblance. Un avocat nommé Pezold 3 s'intéressa à lui et l'aida même à publier ses Mémoires Mais Pezold mourut bientôt. Naündorff n'a pas manqué de dire qu'il avait été empoisonné. 1 Condamné à trois ans de prison < pour crime de fausse monns e, » et non, comme le prétend M. Nauroy (Les Secrets, p. 131), pour s'être dit Louis XVII; » Nous avons sous les yeux la copie certifiée d'un Rapport oSiciel sur les antécédents de ~aundorN, fait par le Gouvernement prussien le 16 juin 1836 et communiqué au Parquet de la Seine, en 1851, à l'occasion du procès des héritiers Naündorff contre les princes de Bourbon. Xavier Laprade, un des avocats de Naündorff, en avait eu connaissance dès le mois d'octobre 1836, mais il s'était bien gardé d'avouer le démenti absolu qu'il donnait aux allégations de son client, et les défenseurs de Richemont ayant obtenu la même communication, s'en firent une arme sanglante contre ceux de Naündorff (Lettres de Morin de Guérivière à G)':<ŒM et à (?OMoM, 1841).

Allégation qui fut démontrée fausse, et dont Naûndorn' dut reconnaître lui-même la fausseté.

3 Uont ses partisans ont voulu faire un fonctionnaire éminent « individu dont on doit se défier sous tous les rapports porte le l'rocésverbal.

< .LeCoK.~MhoMM~ du 27 août 1831, n" 239, contenait la note suivante ¡ < La Gazette. de Le~~ publie dansées annonces l'avis suivant, qui ne laisse pas que d'être curieux

« A Crossen, à peu de distance de Francfort-sur-1'Oder, réside, sous un nom supposé, le fils du roi Louis XVt, Louia-CberIes.du~dB~ormandie, < et après la mort de son frère aîné, Dauphin d6 Ftanj~t~

y.


Ces Mémoires durent en effet être imprimés à Leipzig en 1833, mais le gouvernement n'en autorisa pas la mise en vente. Naundorif fut alors inquiété a raison du faux nom de CharlesLouis de France, dont il se parait. Il se sauva à Dresde, laissant sa famille dans l'indigence puis en Suisse.

En i832, il arriva à Paris, sans un sou, et ne sachant pas un mot de français, lui qui serait resté jusqu'à huit ans dans le palais de Versailles, jusqu'à dix au Temple, jusqu'à vingt-cinq dans des prisons françaises

Les recommandations d'un M. Albouis, ancien magistrat, avec qui il avait correspondu, le mirent en relation avec diverses personnes qui avaient été attachées à la domesticité de l'ancienne Cour, notamment avec un M. Marco de Saint-Hilaire, sans doute le père ou le parent du romancier et ayant comme lui le goût de l'extraordinaire, avec un M. Morel de Saint-Didier, et avec une dame de Rombaud qui crut le reconna!tre, parce qu'il reconnaissait lui-même un petit veston bleu ayant appartenu au Dauphin, qu'elle avait conservé comme une relique. It se lia aussi avec un nommé Geoffroy, ancien notaire qui, entre deux condamnations pour escroquerie, l'une à Poitiers, l'autre à Caen, « l'our bien asseoir l'opinion sur son compte, il écrit l'histoire de sa vie, « de ses soujirances. Forcé de la faire imprimer, il cherche un éditeur. « Pour les conditions, on pourra s'adresser franc de port à son mandataire < spécial, le commissaire de la justice Pezold, à Crossen. )'

orcé de reconnaître l'exactitude des faits qui précèdent, il cherche à expliquer son serment de fidélité, les énonciations de son acte de mariage, sa condamnation pour fausse monnaie, par une intrigue politique dont les administrateurs, les pasteurs et les magistrats auraient été les instruments, alors que ces faits remontent a. une époque bien antérieure à cette où il aurait révélé sa prétendue qualité.

Certains amateurs de merveilleux ont cru, sur la foi d'une anecdote plus que problématique, que Naûndorn' aurait reçu d'un de ses amis, ouvrier tapissier, qui les avait trouvés dans l'intérieur d'un vieux fauteuil qu'il était chargé de réparer et se les était appropriés, un portrait au crayon du Dauphin et plusieurs feuillets autographes d'instructions adressées par Louis XVI à son nia. Ce fauteuil aurait appartenu à Marie-Thérèse, aurait été transmis par elle à Marie-Antoinette, emporté par celle-ci au Temple, par Cléry en Angleterre il serait ensuite devenu la propriété du Régent, puis celle du duc de Cumberland, et finalement on l'aurait apporté à Berlin. L'odyssée des épaves trouvées dans ce fauteuil serait plus qu'étrange. Assurément, si Naündorff les avait eues en sa possession, il n'aurait pas manqué de les exhiber, en en cachant l'origine (Moniteur t~M'eef~, g0 décembre 1864/.

C'est ce même Geoffroy dont M. Julea Favre faisait si complaisamment < un savant modeate et obscur, e


n~ dédaigna pas d'être un des ministres de ce souverain en expectative, et plus tard avec Gruau ancien magistrat, qui devait être le plus loquace, le plus téméraire et même le plus fidèle de ses séïdes, car sa ûdéiité !e suivit au delà du tombeau. Il est vrai que Gruau finit par devenir tout à fait fou, et par réclamer pour son propre compte les honneurs et les profits singulièrement amoindris de la royauté légitime.

La cour de Naündorff s'accrut rapidement. « L'homme qui, à l'en croire, en avait été réduit,pendant un certain temps, à vivre de fruits verts cueillis dans les champs, eut une liste civile des plus opulentes.

« On n'estime pas, dit un biographe, à moins de quatre millions les sommes qui, en l'espace de quatre mois, furent remises à Naûndorff. Ce fut un fermier de Saint-Arnouli, près Dourdan nommé Noël Paquet, qui fut chargé d'apporter les fonds au Dauphin si miraculeusement retrouvé. Tous les samedis, Noël arrivait à Paris avec un énorme panier couvert, suspendu à son bras. Il en tirait les légumes les plus excellents, les fruits es plus beaux et les doubles louis les ptus vieux qu'il fut possible de trouver. Un jour, nous l'avons vu, il 1 Ce Gruau, qui ajouta à son nom celui de de la Barre et même le titre de comte, délivré par Naündorff, avait été procureur du Hoi à Mayenne, où l'on se souvient encore de lui. C'était un homme d'un esprit tracassier. quinteux et exalté. U s'était signalé par son zèle contre les mené. de certains partisans des anciens Faux Dauphins. La Révolution do Juillet l'effraya beaucoup. Il se sauva en traversant la rivière à gué. Il fut destitué,et se fit avocat au Mans il perdit en quelques mo.s sa femme et son enfant; son exaltation naturelle s'en accrut. L'assignation lancée par Naündorff contre la duchesse d'Angoulême lui parut sublime. Il ne comprenait pas ce qui prouve qu'il avait gardé beaucoup d'illusions qu'on pût faire un pareil procès sans avoir tes mains pleines de titres et de preuves. Il se voua corps et âme à la cause de Naündorff. 11 croyait même obéir en cela à une sorte de mission providentielte. Heureux pour moi-même, dit-il quelque part ( Intrigues dévoilées, t. IM, p. 5M), d'être l'appui d'adversités surhumaines.je dus me considérer comme prédestiné à consacrer tout mon être à l'Orphelin royal délaissé, renié par tous, trahi par ceux qui se dirent ses amis tant qu'ils espérèrent son triomphe 1 x Malheureusement, Gruau finit, non pas seulement par renier son maître, mais par vouloir usurper sa place; malheureusement aussi, sa polémique est d'une grossièreté, d'une ignorance et même souvent d'une mauvaise foi qui tuent tout l'intérêt que son dévouement aurait pu inspirer.

Le curé de Saint-Arnoult (l'abbé Appert), que son évêque dut interdire. était un fanatique de Naündorff.


LES FAUX LOUIS XVII.

pliait sous le fardeau; son vasto panier contenait plusieurs centaines de milte francs en or et en billets de banque'. a

Le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld-Doudeauvilte, ancien aide de camp de Charles X, ancien directeur des BeauxArts, se laissa plus qu'à moitié gagner par.les menées des agents de Naündorff. Il voulut le voir. I! paraît que celui-ci soutint la confrontation avec succès, et le grand seigneur le trouva à la hauteur de son rôle princier. « Sa figure, son attitude, ses paroles n'avaient rien qui portât au soupçon de l'imposture. Tout au plus devait on le croire lui-même dans l'erreur sur son origine et dans la bonne foi de ses prétentions. Ses manières étaient nobles et élevées~. B

Il essaya d'en savoir davantage.Il s'adressa au prince de Prusse, qui démentit les assertions de Naündorff (lettre du 22 septembre 1833) il interrogea les souvenirs de la famille do Tourzel, et il lui fut répondu que le Dauphin ne portait point sur !a. cuisse cette empreinte d'une sorte de Saint-Esprit que Naündorff présentait comme une des marques de son identité il écrivit même, à plusieurs reprises, à la duchesse d'Angoulême, dont ces investigations, si déguisées qu'elles fussent sous la forme du respect, devaient singulièrement blesser tout à la fois la fierté et la sensibilité, et elle lui fit répondre par M. de Montbel, ces lignes, très nobles, très justes, qui ressemblaient à un conseil ou à une plainte « La foi est respectable, même dans ses abus, mais les personnes obligées par leur haute position à agir avec une sage réserve, ne doivent pas encourager des croyances à des révélations de personnes sans discernement, et surtout à des assertions renouvelées par quatre ou cinq individus qu'on doit reconnaître e pour des fripons (lettre du 28 avril i836).

Enfin Naündorff, après beaucoup d'ajournements, se décida à remettre au vicomte de la Rochefoucauld le manuscrit de ses Mémoires, qui devait achever de porter la conviction dans son esprit. Ce fut le contraire qui arriva. Le Vicomte, n'osant s'en fier à ses seules impressions, soumit le manuscrit à Eugène Janvier, avocat, à qui ses campagnes oratoires en faveur des Ven1 Illustration, 30 août 1845 article curieux/bien qu'un peu romanesque. ~mo:~M c<e \M. !e wccw~ '<~ BocAe/bMMMM, aide de-camp du Roi C7b WMJC. Paris, 1837, 5vol. in8o, t. V, p. 121; 2'<7. .1


déens de 1832, quoiqu'il ne fût pas de le: bord, avaient fait une grande réputation dans le parti. Janvier, après un examen attentif, déclara que a: cette histoire n'était qu'un tissu d'invraisemblances et presque d'extravagances, qui ne pouvait par conséquent inspirer aucune sécurité. ? » Le Vicomte, cette fois, se le tint pour dit Il abjura toute croyance à Naündorlf. Il apprenait en même temps qu'il y avait, en Angleterre seulement, trois Louis XVH et il s'écriait tristement « Quand s'arrêtera cette monomanie de Dauphins 2 ? »

M. de la Rochefoucauld, que nous avons vu condamner avec une si juste sévérité les menées, les faiblesses ou les aberrations de quelques-uns de ses amis politiques, aurait dû mieux se défendre lui-même 3.

La tactique de NaundorS',assez semblable à celle de Richemont, consistait à flatter les partis opposés. Pendant qu'il écrivait à l'empereur de Russie que « Henri V resterait roi de France qu'il l'était déjà par son droit à lui (Naündorff) et sa volonté qu'il le ferait sacrer à côté de lui il faisait toutes sortes d'avances a la démocratie.

On s'entretenait parmi ses fidèles d'une tentative d'assassinat dont il avait failli être victime, le 27 janvier 1834, sur la place du Carrousel, et qui ajoutait encore au dévouement qu'il leur inspirait. Par un véritable miracle, « une médaille (de la Sainte Vierge), transpercée, avait arrêté à une demi-ligne du cœur, un coup de poignard. »

1 T. V, p. 186.

N'CL-t-on pas prétendu que Mgr de Forbin-Janson, tout à fait sous le charme, avait ea la pensée d'engager Naündorff dans les ordres et de le pousser à la papauté, quoiqu'il Bit bien et dûment marié et père de six enfants t (Art. de l'Illustration.) >

3 Sa défection irrita contre lui tes partisans de Naundorf, et quelques années plus tard, à !*oeea-!ioa d'une lettre où il attestait les sentiments patriotiques des Bourbons, ils essayèrent de le lui faire sentir. Us puMièrent Réponse à la Lettre de M. de La Rochefoucauld, duc de DoM-

<~<!M)~. ~MM~e par <o ûctzeKe f~ F~KCg ~M 24 MOMtM~ c~'Mt'ef. Paris,

2 décembre i843, PoUet, Gazette Réclamation fort insigmnante en faveur

2 décembre 1843, Pollet, 2 p. in-8o. Réclamation fort insignifiante en faveur

do patriotisme de Louis XVII, dont M. de !a Rochefoucauld n'avait point prononcé le nom. ~M~ de M. delà Rochefoucauld.


Il restait toutefois dans une sorte de pénombre, plus favorable à ses menées que le grand jour.

Il en sortit au moment du procès de Richemont devant la Cour d'assises de la Seine'. On sait quel rire homérique accueillit l'apparition à la barre de Morel de Saint-Didier, venant gravement, en habit noir et un grand pli cacheté de cire rouge à la main, réclamer pour NaundorC' le titre de Louis XVII. La réclamation donnait à Naûndorn' les prénoms de CharlesLouis, et Richemont fit très justement observer que le Dauphin portait ceux de Louis-Charles 2.

Après cet éclat, il fallait vivement frapper l'opinion. On croyait le moment favorable, la condamnation de Richemont ayant pu détacher de lui quelques-uns des croyants en quoi l'on se trompait.

On s'adressa donc aux Chambres qui ne s'émurent guères, et à l'Europe qui ne bo'jgea pas 3.

A MM. Jurés appelés à juger ~M'eM' Richemont, soi-dis ant duc de Normandie. Paris, Bacquenois, 1834, in-8" de 4 p.

Signé Charles-Louis, Duc de Normandie, et reproduit dans les journaux du temps.

11 prétendit avoir été baptisé sous le nom de Charles-Louis; mais, à la mort de son frère aîné, le Roi, pour adoucir les regrets de la Reine, aurait dit « Le Dauphin sera toujours Louis: x de là, l'interversion en'ectuée dans l'ordre de ses prénoms. Un pareil détail d'intérieur aurait eu assurément de l'intérêt mais il ne prouverait nullement que Naûndorn' fût véritablement le Dauphin, quelqu'un de l'entourage delà. famille royale ayant pu le lui révéler. Malheureusement pour lui, ce détail était absolument faux. L'acte de baptême deLouis XV!I, comme toutes les pièces, tous les documents postérieurs, l'appelle Louis-Charles.

Naündorff luî-même a semblé reconnaître l'erreur où il était tombé, en reprenant plus tard les prénoms de Louis-Charles. La découverte de l'acte de baptême, publié en ~ac-~tWt7e par M. de Beauchesne, ne lui permettait pas d'insister.

Kemarquons que c'est dans le Cimetière de la Madeleine que N&ûndorS' avait puisé cette altération des noms du Dauphin; il y figure, en effet, avec le prénom de Charles.

Aux Chambres..A JM.M. les Présidents et membres composant la Chambre des Pairs de yf<Mtce et la Chambre des Députés des <Mp'M'<eMtett<$. Signé: Charles-Louis, duc de Normandie (i8 décembre 1834), in-4ode 3 p. Parfaitement ridicule.

A~F~aMce~M'ope.Paris, Herhan. i835,in-8ode2p. Naundorff((jui signait Charles-Louis, duc de Normandie) annonçait dans cette pièce l'intention de se pourvoir devant les tribunaux en reconnaissance <te sa qualité dénis de Louis XVI.


On multiplia les brochures, les livres et les journaux en faveur de Naundt. "If.

L'intention annoncée par Naündorff, de saisir les Tribunaux de la question de son ét~.t-civit et de faire reconnaître judiciaireExistence du fils de Louis XVI, Charles-Louis, duc de JVofmattdte (signé M* avocat). Paris, Herhan (1835) in-So de 12 p. Copie de Labreti. Le véritable duc de Normandie, ou Ré~M<C<!OM de bien des impostures (par Bourbon-LeNanc). Paris, 1835, in-8o de 467 p. L'ouvrage devait avoir 4 vol. en livraisons it n'en a paru que les neuf premières.

Bourbon-Leblanc, né en 1775, est i'auteur ou l'éditeur d'une foule de publications sur le droit ou la politique, fort discordantes entre elles et tout à fait oubliées aujourd'hui (Quérard, Littérature française coM<e)Mpf~'at'Me). C'était, parait-il, un Bourbon-Basset. Quérard (France L/«e)-fe, St<p~<M.) se trompe en en faisant un sectateur de Richement il s'était attaché à la fortune de Naündorff.

Il avait été le collaborateur de Touchard La Fosse ou d'autres compilateurs de même genre, pour la publication de leurs Mémoires pseudo-historiques, et il est assez piquant de le voir associé plus tard, à la solde de Naùndorff, à la bande de faiseurs qui osèrent présenter ces Mémoires comme authentiques.

Il a'étëve avec force contre les ambitieux aventuriers (dont son patron faisait partiel. l.a sensibilité les accueille, la crédulité les Huit, et des écrivains de romans enrichissent la littérature d'une multitude de produe tiens où l'anachrunisme domine au milieu des plus bizarres contradictions. » Tout cela se retourne contre tui-même. tra~t pour trait.

Il a certainement raison quand il stigmatise les récits où tUchemont se dérobe, en 1795, aux fureurs de Carrier, lequel etait mort en 1,794, où il se fait sacrer, en 180t, parle pape Pie VI, mort à Valence le 29 a.vrit 1799. Mais il commet lui-même les plus lourdes bévues. il prétend que Beauchamp, dans son Histoire de la guerre de &ï Vendée, aurait reconnu l'existence des fameux Articles secrets, alors que Beauchamp l'a toujours combattue il s'obstine à soutenir que Desault mourut le 4 juin, quand son acte de décès prouve d'une manière irréfragable qu'il succomba le 1<" il adopte les contes ridicules de NaundorfF concernant la participation & l'enlèvement, de Joséphine « dont le cœur portait d'or à la piété d'azur, r de Frotté, de Pichegru, du due de Bourbon, auxquels il adjoint en~Moc Toulon, Ricard, Batz, Jarjayes. tous ceux dont le nom a été mêié aux tentatives faites pour sauver la Reine, mais qui ne purent les renouveler en faveu" de ses enfants, de Laurent dont il cite avec oomplaManoe les lettres apocryphes, etc.

Notamment La ~M~/c", dont le Propéctus-specime)! fut publié le 8 mars 183a, in-fol. Ce journal,j~nt il ne parut que soixante-deux numéros, est excessivement rare Hatin n'en a connut que le Prospectus (Bibliographie de la .PfeMe périodique). Il eut pour principal rédacteur Bout-bonLeblanc.

La publication du journal j~tt Justice ne laissa pas que d'occasionner certains désagréments à Naûndorn'. Un nommé Alexandre Thomas, ex rédacteur de ce journal, an début, l'assigna en police correctionnelle pour abus de con&ance, mais comme il ne put établir que les sommes dont il se pré-


ment sa qualité, reçut même un commencement d'exécution par une assignation au vieux roi Charles X, au duc et à !a duchesse d'Angoulême (13 juin 1836).

Le gouvernement s'émut. li crut voir dans ces menées, rapprochées de celles de Richemont, un danger pour la paix publique. Naündorff était étranger. H le fit arrêter et l'expulsa (15 juin, 16 juillet 1836).

Nous n'avons pas à discuter la légalité ni l'opportunité de ces mesures. Elles soulevèrent de la part de Naündorff et de ses adhérents de vives protestations, qui trouvèrent naturellement de l'écho dans la presse de l'opposition

tendait frustré eussent servi au bénéfice de NaûndorB*, ceiui-ci fut renvoyé de la plainte. I) avait paru à l'audience, entoura d'une escorte de fidèles des deux sexes ( ) rib. correct. de la Seine, 23 février 1836 C<M. des Tt'tT)., 24). Cette affaire est travestie dans la brochure de Gruau Non Louis XVf/ n'est pas wio~(p.xn'), et dans l'Intermédiaire des (7tefcAeM~e<Ct<~eM.c, 1875, col. 426. On y suppose, en effet, que le Tribunal correctionnel aurait statué sur une question d'état civil ou d'usurpation de titre, tandis qu'il n'avait à se prononcer que sur une plainte en escroquerie. Naùndorn*, de son côté, avait assigné Thomas en diffamation, mais il retira sa plainte. A.-F.-V. Thomas père, ex-inspecteur général de l'approvisionnement des combustibles de ia ville de Paris, chevalier de la Légion d'honneur, revint à la charge dans un volume intituté Naündorff, ou AfeMO!e à consulter sur :'K<f«7:<& t/M dernier des faux Z<OM:< XV/ suivi des jugements et COK~fi~KO~'OMS d'Ervaqault sous le Consulat, de Mathurin Bruneau sous Restauration e<<~t<~<0~! de Richemont SOM'! le Gouvernement actuel. (Paris, Dentu, in-So de tv-333 p Il y réfutait par d'assez bonnes raisons tes prëtentinns deNaundorn, et discutait longuement ses torts envers son fils. Un des défenseurs de Richemont essaya de le réfuter, l'année suivante ~)MM<ïMpaMpMe<M:~MM.- «Afemo~ea co~M~er de M. A. V. r/<omas, par M. Ch. de Temper. Paris, Soupe et Guillois, 1837, in-8" de 70 p. H y discutait Richemont y étant intéressé autant que Naündorff les ~preuves du décès de Louis XVII, mais sana apporter aucun étément nouveau au débat Thomas fils eut un & procès à soutenir contre les fournisseurs du journal La Justice, vis à vis desquels il s'était personnellement engagé (Ca!Z. des ?W& 18 mai 1836). tndépondamment de 18.000 francs environ à lui remis par ou pour NaundorN'.i) prétendait avoir avancé près de 10,000 francs de son propre argent. C'était un M. de Bréon,beau-f!'&re du duc des Cars, qui avait promis de fournir le cautionnement. Ce Thomas ne doit pas être le même qu'Alexandrè-Gérard Thomas.né & 'Pans en i8l8, auteur d'une thèse qui fit sensation Une Province sous ~OMMX/V, publiciste en France, puis à l'étranger après le Coup d'état du 2 décembra.

1 Lettre adressée à S. M. le Ro< des ~'fftttfaM paf ~e duc de Normandie, ~P/-o<~<:<tM~ ~M«coc~ (26-28 jum 1836). Paris, Poussielgue (s. d.), in-4oda 3'p.

(%~rM<t'<Mt! ~ONtMat'~ sur ~'<!)'y~<!<0tt de ~f. de ~MM~Of~ 6~ <M~. <a:~e~deo<!M<?e <M~e /a~M~poM~ ~6 TCCoM~M)!~ de ÏCMtt X~'f,


Naündorff resta en Angleterre, et se fixa à Camberwell, près Londres.

C'est là, ce semble, qu'il mit la dernière main au récit de ses aventures.remanié et complété depuis qu'il avait été communiqué à Eugène Janvier, et que nous dégageons, aussi exactement que possible, des nombreuses publications qui en renferment les éléments dispersés. Il n'est ni moins romanesque ni moins absurde, par endroits, que celui de son rival.

sauvé du Temple, soumises à la MM~'M<ra:<Mfe par les membres p~M(M~' du Conseil judiciaire préposé à sa défense (signé Gruau, Boui-bon-LeLlanc, Briquet). Paris, R. Croissant-Montmartre, 1836, in-8" de 14 p.

Question de légaiite, à propos de l'extradition. °

Z,a Vie du o~:YaA/" /ils de Louis XVI, f/MC de Normandie, écrite par luimême. Juillet 1836. Paris, Montmaur, 1836. in-S" de 47 p.

i~amphletinsigninant. Il contient: 1° une protestation des membres du conseit judiciaire du Prince, Gruau, Briquet, Bourbon-Lebtanc.Xavier-Laprade; 2° une très courte biographie du prince (le commencement du moins. la suite ayant été saisie par la police 3" des pièces justificatives, parmi lesquelles sans qu'elles aient le moins du monde ce caractère les lettres que Naündorff aurait écrites à la duchesse d'Angouiéme pour lui derMnder une entrevue.

Motifs de conviction sur l'existen c ~M duc de JVofMKtMdie, par Gruau et Laprade. Paris, Vve Goullé. 1836, in-8° de 2 et 46 p.

Protestation de Gruau contre l'arrestation de Naündorff; ditayrambe de Laprade en l'honneur de ce personnage '< image imparfaite de t'homme-DIeu.!) n Le dernier Fils de Louis XVI, par A. Morel de Saint-Didier. Paris, Vve Goullet, 1836, in-8o de 126 p.

Oui, c'est Le fils de Louis XVI, par A. Gozzoli (suivi d'une lettre adressée a S. Ni. te Roi des Français par le duc de Normandie et de protestations de ses avocats). Paris, les principaux libraires, Juillet 1836, in-8o de 52 p. Trois éditions au moins.

Violentes récriminations contre l'arrestation de Naündorff. Discussion de t'aete de décès du Dauphin.

jP~if/OM à la Chambre Pairs et à la Chambre des D~BM~ présentée e~ januier 1837, pw S. A. R. le duc ~Vor~MM~, connu sous le nom de 2Vt!MM~o~. Paris, Vve Goutté, in-8" ds 30 p.

Plainte au sujet de l'arrestation et de l'extradition, par Gruau et Briquet: Requête au Conseil d'Ëtat par Crémieux, et Arrêt de rejet.

Abrégé de {'~M<0tfe des infortunes du Dauphin, depuis l'époque OM il a ~M ~~de Tour '<M Temple, jusqu'au moment de son arrestationpar .?ot<M?'KeMMM~ de Louis-Philippe et de son expulsion en A.ng!eterre.; suiui de quelques documents ~fap~M! des faits racontés par le Prince et des tMC!M~ qui ont si ~'eM:6MMeMr&'<:<WMM! Ci'S/a~M <-0tt portrait et les fae-simile de son écriture, <<e CëMe C~ Reine et de la signature de Louis XVI. Novembre 1~38. Londres, Armand, s. d. in*8" de jv-xn-tv et 400 p.

Introduction signée par Gruau. Laprade et Briqnet. Autre avant-propos aigné par Appert, -ancien curé de Saint;Arnoult. Tout le reste est de Gruatt.


On lui avait substitué un mannequin apporté dans une corbeille de blanchisseuse, « et dont le masque représentait très naturellement sa figure, M et on l'avait enlevé lui-même dans cette corbeiile. Le mannequin avait été remplacé par un enfant muet, qu'on avait tenté d'empoisonner et qu'auraient lui-même remplacé d'autres enfants.

Cet enlèvement avait été préparé par les soins de Laurent, gardien du 29 juillet 1794 au t9 mars 1795, avec la coopération de Joséphine, de Barras, de Hoche, de Frotté et de Pichegru'. On l'avait caché au quatrième étage de la Tour du Temple. On lui avait recommandé pourquoi ? déjouer le rote de muet. De vieux.meubles encombraient cet étage, et «Fon ne parvenait à lui qu'en marchant à quatre pattes. »

Il était resté là pendant près d'un an. Il y avait passé sans feu l'hiver de 1794 à 1795.

Portrait peu ressemblant. Fac-simile ayant pour objet d'établir une certaine affinité entre l'écriture de la Reine et celle de Naündorff, affinité qui serait toute factice et calculée pour surprendre la crédulité des bonnes gens capables de supposer que c'est ht Reine qui avait elle-même donné des leçons d'écriture au Dauphin, et que ces leçons, prises avant l'âge de huit ans, auraient imprimé à son écriture un caractère immuable après plus de 50 a.ns Saisi en France.

Cet ouvrage fut traduit en anglais

An «~'<d~d.4ccoMM< of the misfortunes of the Dauphin, /%Motoe~ by some documents in support of the /M~ related by the JP~Mee.' with a supplement, translated from the French, by the bon. and. rev. C. C. Perceval. London, Fraser, 1838, in-8\

Ce Perceval fit hommage de sa traduction à Naûndorif, qui s'en montra très Natté (En Politique point de ./tM<tce).

Plusieurs journaux anglais prirent naturellement fait et cause pour ce livre calcul ou fantaisie notamment le Fraser's Magazine, janv. t839, le CoMW and L<K<~ .~ya~we, fév. i839.

Le dernier de France, ou le duc de Normandie, fils de Louis XV/ de Marie-Antoinette, par A. Solard. Yssengeaux, Venet,t838, in-8" de 135 p. L'auteur, qui se déclare < tout-a-fait désintéressé, ne fait que rééditer le prétendu Manifeste de Charette. le récit de Morin de Guérivière et autres ~documents plus que suspects. La conclusion signée par Gruau (Londres, 2t janvier 1838), nous fait croire que l'opuscule est tout entier de lui. Le Véritable orphelin du reMtpJ~.Di'wMtt en ~839,oM preuves de !'ea!M<eMM actuelle du de Zo«M X VI et de Marie-Antoinette, par Emile Sauveur. Lyon, chez l'éditeur, 1839, in-8 de 108 p.

RéchauNë des balourdises de Labreli et consorts.

< Dieu par un nouveau Christ a résolu de sauver le monde.

Rare. L'exemplaire de la Biblothèque nationale (L" 18087) eat incomplet de la première feuille.

Gruau leur adjoignait plus tard Tbor de la Sonde, Charette, le marquis de Bridge et le comte de Montmorin (M~wM dévoilées, t. UI).


Le 8 juin 1795, il en avait été tiré par le maçon Paulin qui l'avait placé, endormi avec de l'opium, dans le cercueil de l'enfant autopsie'.

Pendant le trajet au Cimetière, « on l'avait mis dans la caisse au fond de la voiture, dans un coffre qu'on y avait pratiqué, et pour laisser au cercueil la même pesanteur, on l'avait rempli de vailles paperasses que l'on retira du coffre. »

On l'avait envoyé dans la Vendée, où il avait été caché dans le château d'un ami dévoué, Thor de la Sonde

Il avait pour gouvernante une dame allemande qui ne lui parlait que l'allemand et qui passait pour sa mère.

Il avait été découvert et reconduit en prison.

Joséphine l'en avait fait évader une seconde fois. Quand? Comment? P On ne sait.

Conduit en Italie, il y avait été protégé par le pape Pie VI. Sa Gouvernante y avait épousé un ouvrier horloger.

On avait dirigé sur l'Amérique un enfant de son âge, pour dépister ses persécuteurs.

Lors de l'invasion de l'Italie par les Républicains français, ils avaient saisi le bâtiment qui l'emmenait en Angleterre. H avait été réemprisonné en France.

On avait voulu le forcer à se faire moine.

On lui avait fait subir une autre opération pour le déâguror. En 1802, Joséphine l'avait encore délivré. Et de trois 180- Louis XVIII avait dénoncé sa retraite à ses ennemis; il l'avait connue par Pichegru.

1 Contradictions ce serait le 4 juin que Paulin aurait sauvé le jeune Roi (Non! Louis XVII n'est pas mort au Temple, p. 131). Autre ce n'est pas le 8,juin, mais le 10 en réalité, qu'eut lieu l'enlèvement du cercueil et sa translation au cimetière.

Qui donc a connu ce personnage ? Où place-t-on son château? Y Contradictions Naundorff' dit ici qu'il a été envoyé dans la Vendée et M. Jules Favre, devant la Cour de Paris, demandait à prouver qu'on l'avait vu à l'armée de Charette. Pans les Intrigues. dévoilées, t. IIL p. 352, on cite une lettre de lui du 15 décembre 1835, à l'abbé Laprade, où il dit Illustre Vendée qui protégeas mes premières années, avec quelle reconnaissance je pourrai te revoir Dans les Intrigues, t. HL on allègue au contraire que c'est Hervagault qui aurait été reconnu roi par l'armée vendéenne.–L'assignation de 1851 porte que s l'évasion est postérieure au Traité de la Jaunaye » or la date de ce traité est du 17 février 1795. Que devient donc le séjour pendant l'hiver dans les combles? Que deviennent surtout les prétendues lettres de Laurent, dont la première est du 7 novembre 1794 et la seconde du 5 février 1795, et qui toutes les deux présentent l'enlèvement et le recel comme déjà consommés! La fausseté de ces lettres était démontrée par l'assignation elle-même.


Le Prince s'était réfugié à Ettenhein auprès du duc d'Enghien, sous la conduite du comte de Montmorin.

Il avait été découvert, ramené en France, jeté dans un cachot. « Il y était resté pendant quatre ans, sans voir le jour, sans que personne lui adressât jamais la parole, nourri au pain et à l'eau. » En 1808, au moment de divorcer, Joséphine obtenait encore une fois sa mise en liberté. Et de quatre 1

1809. H est à Francfort sur le Mein, avec Montmorin. Dans une rencontre avec les troupes françaises. il est btossé et fait prisonnier. « Bien providentiellement. on lui laisse sa rodingotte, dans le collet de laquelle étaient cousus les documents qui établissaient ses droits et qualités de fils de Louis XVI. » Providentiellement aussi, it s'évade cinquième évasion et « après des vicissitudes inouies, U arrive, vers la fin de 1810. à Berlin, muni d'un passeport sous le nom de Karl Wilhelm Naündorff, que lui avait remis un voyageur bienveillant, pour lui faciliter l'entrée àBer'in. »

Là, il se détermine à exercer l'état d'horloger, « bien que ne le connaissant qu'imparfaitement. » N'ayant pas les papiers nécessaires pour se faire reconnaître bourgeois de la ville, « il se voit forcé de confier le secret de sa naissance & M. Lecoq, directeur général de la police du royaume, et il justifie de son identité avec le fils de Louis XVI, en lui communiquant une déclaration écrite et signée par le Roi et la Reine au Temple, scellée du cachet de son père, dans laquelle étaient consignés les signes particuliers que le Dauphin portait sur le corps, » Les papiers sont livrés à M. de Hardenberg, premier ministre, qui les confisque. En retour, on délivre au prince une patente d'horloger à Spandau sous les noms de Karl Withem NaündorS', portés sur son passeport.

Assez de ce roman invraisemMable jusqu'à l'impossible, jusqu'à l'absurde! 1

Naündorff ne négligeait, d'ailleurs, aucun moyen de correspondance avec ses fidèles restes en France.

Za FoM- <fMK ~-M(W< était en France l'organe principal de ses intérêts. 6'était une tribune ouverte à toutes les manifestations les plus chaleureuses et les plus aveugles en sa faveur, les plus violentes et les plus injurieuses contre ses adversaires en général, et contre les Bourbons en particulier .Gozzoli en était le principal rédacteur~.

Tb«c <Mtt ~/OMf~MMH-e &~<<M'tgMe ef~tM~etat'fe, paraissant une 'fois par mois, rédigé par MM. A. Gozzoli; GMau, avocat, ancien procureMir du Roi; Morel de Saint-Didier; XavieF L~pra<ie,avoo&t,;etc.:Pahs. d<B


Elle se querellait avec le Capitole, organe de Louis-Napoléon, autre prétendant. Elle aSoctait de voir dans ce journal un allié de Richemont, ce q!ii n'était pas vrai; Richemont et Napoléon n'avaient ue commun que leur hostilité au gouvernement de Juillet. U eut même un procès en diffamation intenté au Cop~o/e, mais qui n'eut pas de suite

Naundorn*, à l'imitation de Richement, se disait désinteressé de toute ambition monarchique, et trouvait ainsi moyen de glaner quelques maigres sympathies dans la presse de l'opposition

Bientôt une nouvelle tentative d'assassinat sur sa personne vint fort à propos réveiller l'attention publique et le zèle de ses fanatiques.

Un soir du mois de novembre 1838, dans son jardin, un coup de pistolet fut tiré sur lui à bout portant et le renversa, contusionné, mais non blessé. Ses vêtements seuls avaient souffert. Cette seconde tentative trouva plus d'incrédules encore que la première. On ne put en découvrir l'auteur~; on crut même reconnaitre un pistolet ramassé sur le lieu de la lutte, pour un de ceux de Naündorff. La police cessa bientôt ses recherches4 Le Z'~MM et d'autres journaux firent gorge chaude de l'aventure. Lacombe, 14 livraisons in-8", allant de mars 1839 à avril 1840, et formant 447 p H y a de plus un Prospectus, daté du 28 février 1839, et dont il existe deux éditions de tv p. in 8° chacune, l'une chez M'"° de Lacombe, l'autre chez Thomassin.

A~gtMO!~ ~MM(~ par M. Gruau de la Barre au soutien de la plainte eM<H/~<t<Ha<!OM portée contre legérantresponsabledu journalle « Capitole» ~Wtc/e du 29 mars 1839;, par S. A. R. /6 duc de Normandie, connu sous le nom '<<! Naündorff, et le dit Me Gruau. Police correctionelle, 6e chambre. Paris, .liane de Lacombe, 1840, in-4" de 264 p.

/c?'a<M~ac?/M~, 12 novembre 1840, etc.

3 On avait d'abord désigné un réfugié français du nom de Rousselle, que Naündorff aurait secouru dans sa détresse; c'était, paraît-i!, un personnage imaginaire.

4 Intrigues eMoot~M, t lU, p. 826 et suiv.

Récit d'une <CM<Œ<!ce d'assassinat sur duc de Normandie, signé J~ANBAPTISTE i,A PKADE; et commençant par ces mots < Londres, 19 novembre 1838. Mon cher ami, je ne sais comment vous raconter. SaintEtienne, Boyer, s d., in-4 de 7 p.

Passages extraordinaires de la vie du duc de Normandie, Dauphin France, qui (t miraculeusement échappé des mctMM <<'MM (tMCMSMt, Co!'Meet~oe~, <e vendredi 19 novembre 1838. Avec un nombre de preuves irréfra~a&~M, confirmatives des faits, rapportés pttf Prince, par Brian 0' Neiil.. Nous no connaissons cet opuscule qne par l'indication qu'en donne Gruau (Intrigues dévoilées, t. !H, p. 835).


Mais tous ces moyens s'usaient successivement; il fallait du nouveau.

Naündorff s'avisa alors de devenir prophète. Cela ne lui coûtait pas plus que de se faire roi de France et de Navarre. Avec un aplomb incroyable, après un premier Appel aux catholiques de France et d'Irlande, où il brûlait déjà ses vaisseaux il promulgua la Doctrine ce'/e~s

C'est un fatras mystique et à peu près inintelligible, mélange de protestantisme, d'~lluminisme et d'b: 'nanitarisme, où Naündorff attaque vioienuaent les ~vangélistes, les Saints, la sainte Vierge, la Papauté, ie Purgatoire, la Présence réelle et jusqu'à la divinité de Jésus-Christ Ce sont, comme it l'annonce, les Anges eux mêmes qui lui ont révélé la véritable doctrine par livres, chapitres et versets. Il raconte aussi avec complaisance les rêves prophétiques, tout pleins de lièvres rouges, de chevaux' noirs et de pigf-onneaux blancs, où il a lu sa destinée. Ce serait 1 Aux ('atholiques dé Angleterre et o!)'~MM'e. Londres, 24 octobre 1838, Armand, in-8" de vm p.

Cet opuscule est signé do Jean-Btptiste Laprade, Prêtre, Président du Conseil; Appert, Prêtre, Assistant; .Modeste Gruau, Coadjuteur; CharlesLouis, Duc de Normandie, Protecteur de l'Eglise Cathotique-Évangétique. Ils déclarent solennellement « se séparer de la doctrine catholique romaine (p. vu); ils nient formellement la divinité de Jésus-Christ. leur frère et non pas leur Dieu (p. vn. »

« L'Ange du Seigneur m'a reparlé et m'a dit. » Ainsi débute Naùndorn' C'est l'Ange qui a lui-même directement et personnel!ement désigné les susdits pour remplir leurs fonctions de membres du Conseil de l'Église cathotique-évangélique.

Doctrine céleste,.ou ~ÉMM~t~ de Notre Seigneur ~MM~-CArt~, dans toute sa pureté primitive, tel ~tt' <'<!pfec/<e lui-même pendant ~'t carrière fe~ révélé de nouveau par trois anges du &'yMeM)*, coM/M~ par jMM~.c~f~/Mt'-M~s' *M'o*s~'OM f~e~e?'os!e!Me;acec<OM~ei! les preuves de son imposture contre la doctrine de Notre Sauveur. Publié par le fils de Louis XVI, Roi de France, CHARLrS-LOUIS, Duc de ~VOfMŒMdie. iS39, in-12 de 467 p.

L'ouvrage est daté de Londres, mai 1839, et imprimé & Genève chez Gruaz.

Il y eut une autre édition in-12, faite en Angleterre.

Partie préliminaire de ~ft Doctrine céleste de Notre Se~ 7i&tMChrist. Pubtiéë~af ~e~~ de Louis ~V7, Roi de France, Charles-Louis, Duc de Normandie. 1839, in.12 de 202 p.

Imprimé égaiementà Genève chez Gruaz.

Cette Partie prélimiauaire n'a paru en rëàtité qu'après l'autre. NaùndorfF, avec la concours de Roydor et do Laprade, avait préparéaussi une Histoire de la Création, qui n'a pas dû voir te jour Gozzoli, Aveu d'une erreur, p. 18).


!e délire de la superstition tout à la fois et de l'impiété, si ce n'était plutôt l'amorce grossière offerte à ceux qui croient trop et ceux qui ne croient pas assez. Il y eut cependant des gens qui se disaient ( 03e croyaient pieux, dévots même, entichés de ces sottises et tout prêts à y sacrifier le véritable Évangile et la véritable Église.

T'*l était le cynisme de ces attaques que la justice s'émut, et qu'elle renvoya, devant les assises du Rhône, de Chabron fils et Vidal,libraires à Lyon,éditeurs du livre,sous l'accusation d'outrage à la religion catholique. Encore que Gruau et l'abbé Laprade réclamassent leur part de responsabilité et que Gruau fût venu défendre les acccusés, ils furent condamnés tous les deux à chacun trois mois de prison et 300 fr. d'amende (28 décembre) Quelques-uns des fidèles de Naündorff, notamment l'abbé J.-B. Laprade se qualifiant de « ci-devant prêtre catholique romain t), et Charles de Cosson 3 le suivirent pendant un certain temps dans cette triste voie.

Cette audace, toutefois, ne devait pas réussir à Naündorff. Il tomba de la hauteur de ses prétentions insensées. Un mortel, fût-il fils de Louis XVI, pouvait avoir les passions de l'humanité un messie, un révélateur devait être parfait. Naündorff ne l'était pas. a Son immoralité, les désordres de sa vie, ses habitudes et ses allures de faussaire. son infamie, » ce sont ses anciennes dupes qui parlent ainsi leur ouvrirent les yeux, et ils se separèrent de lui avec éclat.

Gozzoli, ancien rédacteur en chef de la Voix d'un Proscrit, Compte rendu du procès d~ns Voix d'un Proscrit, p. 336-351. Voix d'un Proscrit, p. 242. Laprade écrivait « L'Evangile pur de J~tM-CAW~, <McM au Prince tel qu'il l'a prêché aux hommes sur la terre, sera M*~cAe une seconde fois pour la régénération du monde par ~es disciplesque le Seigneurs'est cAotS!~ (Récit de la tentatived'assassinat.)

3 Révélations sur les erreurs de l'Ancien Testamzent publiées par le

Docteur Charles de erreMM <~ ~'AMCMM ~~aMgt!~ in 12. pay

Doc<eMf CA<tr~ Co~oM. Paris, M" Delaoombe, 1840, m i2.

Citation à toute la race BoK~OMMMMMe et à tous chefs de p<M< sur la ~f~, pour venir assister, le jeudi 6 ~M!M t84t, en la métropole de Paris, <!t témoignage rendu /'«~' <e Saint Roi ~cW~f, en /aceMt- du Dauphin son Charles-Louis Duc de Normandie, connu sous le KOW <<e JVaMM~of~ donnée aM nom du Très-Raut. Paris, Demonvi!!e, 1841, in-8° de 7 p.

Par DemonTiUe, auteur de l'Ba?~:ca<<OM de l'Apocalypse. de ~'E-cp~ë des Pfët<<MM Mtf l'Avènement ~M Ponti fe Saint et du Monarque Fort, et c!M Vy<:< ~t~Me <<M MtOM~e.

Folie Vrai système du monde.

Folie digne de ses ainées.


prit ~initiative, et fut suivi par la plupart de ses collaborateurs et des autres écrivains à la solde de Naündorff 1.

Par un régie d'aveuglement ou par respect humain, ils n'osèrent pas tout d'abord désavouer toutes leurs doctrines. Ils condamnaient l'immoralité du Prétendant, sans contester ses droits au trône.

1 Quelques mois «Ma! anciens abonnés et lecteurs de la Voix d'unProscrit, par A. Gozzoli. Londres, i2 février 1841. Déclaration fe~hveaM~~MMnage se prétendant duc de Normandie, fils ~e Louis XVI, connu sous le nom de Naündorff, résidant à Caraberwell, près de Londres, le 16 février 184i. Paris, Pollet, Soupe et Guillois, 184t, in.8° de 8 p.

Gozzoli déclare qu'il avait cru se dévouer à une infortune sacrée, à une cause noble et sainte; « maisj'ai regardé do près celui que mes respects lointains élevaient sur un piédestal, et bientôt il ne m'a inspiré qu'un dégoût inexprimable,

Déclaration relative au personnage se prétendant duc de Normandie, fils de Louis XVI, connu sous le nom de Naündorff, f~'daMt à Zott~rM.' Paris, Poussielgue, in-4"de 3 p.

Signé par le Chev. A. de CossoN, HusoN-RoYDOR, J. B. LAPRADE, Charles de CossoN.Ch. deJussAc, Xavier LAPRADE, avocat, et A. Gozzou. Les signataires accusent Naündorff d'avoir simulé les deux assassinats dont il s est prétendu victime, et lui demandent si la sainte Vierge, dont la protection miraculeuse l'avait couvert une première fois, a pu te couvrir encore, depuis qu'il l'a odieusement blasphémée.

« Qu'il soit le fils dégradé de Louis XVI, ou bien un criminel obscur comme l'ont considéré les tribunaux de f'russe, ou bien encore l'agent de quelque parti ténébreux, peu importe. »

Aveu d'une erreur, par A. Gozzoli, rédacteur-gérant de l'ex-journal mensuel La Voix d'un Proscrit. Boulogne-sur-Mer, Biblé, mai t841, in-8" de 40 pages.

Cet opuscule, dont une traduction anglaise était annoncée comme devant paraître à Londres, est le coup de grâce à l'ancienne idole L'évidence nous accable. Le jongleur religieux pour lequel rien n'est sacré; le fourbe à qui les ruses déloyales sont familièies, et pour qui tous les moyens sont bons;rami perMe et cyniquement ingrat Fhomme sans probité; te père de famiKe, t'èpoux, le vieillard, vivant dans le désordre loin des siens, et s'abandonnant sans remords à la plus honteuse immoralité, tel fut l'être réel qui, se substituant au modèle de vertus touchantes que nous avions créé, s'offrit sans voile à nos regards (p. 4). x s

Les dissidents motivent leur défection sur les preuves nombreuses par aax acquises de l'immoralité de Naündorff, dont ils citent en effet des traits révoltants, de ses jongleries religieuses, où figure la distribution & ses adeptes de neurs qu'il aurait rapportées directement d*: Paradis, de ses mensonges ta Doctrine céleste et ses témérités sacrilèges ont fait le reste. Gruau et Dusmrgey, restés seuls ndèles au prétendu Messie, avaient leur part des invectives lancées contre lui.

Ces brochures sont les p!us curieuses peut-être de toutes celles qui furent pùNieés au sujetde Naündorff. On se demande seulement comment, les signataires avaient été si longtemps à reconnaître ce qui pour eus, étaitdevenul'évideneemême.


Aussi furent-ils taxés d'inconséquence et avec raison d'un côté, par les adversaires de Naündorff qui auraient voulu une répudiation plus complète de ce « scapin ? » et d'autre côté, par les rares fidèles qui ne voulaient pas rompre encore encore tout à fait avec lui et qui trouvaient que les dissidents étaient trop sévères, après avoir été peut-être trop indulgents. Plusieurs groupes s'étaient formés en France pour sou~nir les intérêts de Naündorff. On y associait au sentimentalisme politique, le mysticisme religieux et même la fabrication des prophéties et des miracles. Ils côtoyaient les rêveries de la jpoc<~e céleste, sans les adopter entièrement.

Le principal de ces groupes prit le nom d'OEuvre de la Miséricorde, et fui dirigé par Vintras et par Geoffroy, ancien affidé de Naündorff, trop fins tous les deux pour être ses dupes 3. 1 Lettre à M. A. Gozzoli, par Morin de Guérivièrc. Paris, Pollet, i841, n-8° de 16 p.

Très dur pour Naündorff.

Douze petits ch'lpitresà focMMt'OMd'MMe Nouvelle à la main qu'on publie, imprimée sous ce ~'<~ Déclaration relative au personnage se prétendant Duc de Normandie, fils de Louis X VI, connu sous le nom de JVa;MMdof/~ féMdaMt à Londres. Paris, Carpentier, i841, in-8" de 16 p.

Par le Dr Le Cabel (Bourbon t.eManc).

Sept chapitres en vers pour faire suite à « Douze petits chapitres en prose, au sujet d'un certain ouvrage faussement attribué au Duc de Normandie, et intitulé « Réflexions sur les erreursde la Bt'Me. » Montmartre, Worms, 1842, in 8" de 16 p.

3 Vintras, né à Bayeux en 1807, ancien ouvrier tailleur, ancien colporteur, condamné à la prison pour détournement d'objets saisis, suspect de divers abus de confiance, était passé prophète, apôtre et presque Dieu. Il était en relation directe avec saint Joseph, l'Archange saint Miche), la sainte Vierge et Dieu lui-même, qui lui faisaient des révétat.ions et lui avaient donné mission, sous le nom de <SA''s~N!Ka~, de faire entendre la parole divine à ses frères et de les sauver en les rattachant à t'CEuvre de la Miséricorde. Il avait établi dans un petit Moulin à papier, à Titty-sur-SeuUes (Calvados), une véritable fabrique de miracles, pour lesquels il se servait d'hosties sanglantes et consacrées d'une façon particulière. Son principal acolyte était Geoffroy (Frère Jean), ancien notaire à Poitiers, condamné pour abus de confiance à deux mois de prison, devenu depuis archiviste des Deux-Sèvres et agent d'aifairea Autour d'eux se groupaient des fanatiques, revêtus aussi de noms et de fonctions angéliques, médecins, avocats, prêtres, dentistes, etc. De nombreux amtiés (plus de deux mille, assure-t-on) sous la direction de septaines.compoaées chacune de sept individus, tes gros bonnets de l'association, correspondaient avec lui et alimentaient l'état-major. Vintras publiait un journal ou Revue la Voix de la Septaine. H avait aussi promulgué, de son côté, la loi nouvelle dans un tiyre intitulé Opuscule sur des CoMMttMM!'e<t(!OM~ annonçant fCBMt)ré de /<: Miséricorde, dicté par Dieu


Un abbé Nicod, curé de la Croix-Rousse à Lyon, chercha de son côté à former un autre groupe d'illuminé-s. Richemont et tui même, qui n'était qu'une paraphrase et souvent la copie textuelle de Massillon, de Lamartine et sartout de la soeur Emmerieh. Dieu, comme on voit, ne se mettait guères en frai.? de composition! On y annonçait la conversion et l'avènement au trône,de Naündorff, dont on déplorait l'aveuglement présent sur les questions religieuses; < mais quand le Seigneur l'aurait changé, le vrai chrétien n'hésiterait point à répéter avec la voix céleste qu'entendit saint Pierre Nappelez point Mnwttt~e ce que j~'eM a ~Mc~/M (p. 9). » La. justice se fâcha. Par jugement du tribunal de Caen. du 20 août 1842, confirmé sur appel le 22 novembre, Vintras fut condamné, pour abus de confiance et escroquerie, à cinq ans de prison; Geoffroy, à deux ans pour escroquerie.

D'un autre côté, la doctrine de l'GEuvre fut condamnée sévèrement dans une Circulaire de l'évêque de Bayeux du 8 novembre 1841. et dans un Bref du Pape Grégoire XVI à l'archevêque de Tours, du 8 novembre 1843. Un lit dans ce B)\ f < Magno quidem cum animi nostri do]ore ex pestiferis ipsis scriptis cognovimus scelestos hujus ~ocietaUs homines mentitâ pietatis specie et captiosissimo sermonis genere in Christi gregem perditionis sectas introducere. Hanc ausu prorsùs temerario, atque sao'ilego, transngurantes se in apostolos Christi novam missionem divinitùs indictam sibi arrogant, commentarium NctumqueMiserieordieeOpus annuntiant ut Christi ecclesia eorum opéra quodammodô reviviscat.

Ce bref signalait encore et condamnait les amnités existant entre l'Œuvre de la Miséricorde et les tentatives religieuses « de cet homme perdu qui prend faussement le nom de Duc de ~VM'?tM!M6h'c < Quee impia istius societatis commenta atque deliria plenè congruunt cum mente illius perditi hominis qui /< se ~vbrMtsMaHœ Ducem jactat, quique a Catholicâ Ecclesiâ jam descivit, atque hujus ApostoUcae Sedis auctoritate spretâ, ambulans in abominationibus suis et loquens perversa, eosdem prorsùs execrabiles hujus societatis errores, sensus, consilia diversismodis variisquerationibusprontetut.* s La censure religieuse irrita moins les sectateurs de Naündorff que cette déclaration solennelle du Pape, qu'il prenait faussement le nom de Duc de Normandie (voir surtout les 2?c?-Ms divers par Napoléon Lemeneur). Us ne manquèrent pas de contester la compétence du Pape pour statuer sur une question de cette nature, oubliant que c'était sur une prétendue et fausse reconnaissance de Pie Vi que la plupart des faux Dauphins avaient appuyé leurs droits. Ici du moins, la déclaration du Pape était nette et certaine. Même dans l'ordre politique, elle avait une grande portée. Les dissidents ne s'étant point soumis et ayant continué l'exploitation de leur doctrine, avec une obstination violente, Fabbé Charvoz à leur tête, l'archevêque de Tours dut reMuveter ces condamnations, le 25 novembre i848; ce qui ne les arrêta pas davantage.

Une de leurs hérésies, plusieurs fois déjà condamnée par les Conciles, consistait à représenter l'homme comme trinaire, c'est-à-dire composé d'un ange déchu, d'une &mo et d'un corps. L'humanité, suivant eux, avait été créée dans le ciel; elle peuple tous les globes dtt armaient; l(.s âmes sont préexistantes à la naissance des corps (/K<~MM c!<'M<~M, t. Il, p. 195-196). L'<Ettcre de ~AfM~'tCM'de et ses mésaventures judiciaires ûnf donné lieu


Naündorff paraissent s'être partagé sa confiance'. Lui aussi fut condamné par l'autorité ecclésiastique; lui aussi refusa de se soumettre

L'AceM!f prochain dela France, ertrevu dans les vrais principes de la société, de la liberté, de la souveraineté, soit populaire, soit nationale, et d<M~ la révolution de 1789, ouvrage philosophique, politique et religieux, par i'abbé T.-F. Nicod, curé de la Croix-Rousse. Lyon, Dumoulin, et Paris, Gaume frères, 1850, in-8~ de 8 et 50~ p

Lettre publiée dans le journal l'~M/~e~e.

à d'assez nombreuses publications, qui toutes se rattachent, indirectement du moins, à notre sujet

La Croix de gràce. Paris, Pihan de la Forest, mars 1836. in 32 de 8 p. Sorte de prélude aux rêveries de l'Œuvre, que ses adeptes faisaient d'aileurs remonter à 1810 environ.

O~MMC'K~ sur des COMtKMMMa~'OtM annonçant <'(EMUye de la Miséricorde. A la gloire du Père, du et du Saint-Esprit et à la gloire de la Vierge !Mtt)tacM~ee. pure et sans tache, avec cette épigraphe Et )'ettûMa&:s /ctf<nt terra'. 184t, s. i. (Paris) Locquin, in-8° de 71 p.

L'introduction signée A. M. a fait attribuer cet ouvrage à Antoine Madrolle, connu par l'exagération de ses doctrines royalistes et religieuses, et qui avait fini par se jeter dans la secte de Vintras (Biographie Z)K<M. art. Madrolle; Littérature Française <MM'e)ttpo)'a!M6,- Dictionnaire des Anonymes, dern. édit.). Il nous paraît certain que l'abbé Charvoz, ancien curé de Mont-Louis, doit y avoir collabore.

On cite aussi, parmi les prêtres qui prêtèrent à Vintras le concours de leur plume, l'abbé Maupied, de Dinan, que son remarquable savoir ne défendit pas contre certains entraînements.

rw&MKa~ correctionnel de Caen. Le /o~A<Mc fMr~M:cA~ Vintras et joints. Prévention d'escroquerie et d'abus de confiance, Caen, Poisson, 1842, in-8°. Il y eut deux éditions; la seconde, légèrement corrigée, a 62 p. Affaire de Pierre-Michel Vintras et de Ferdinand Geoffroy. Cour fo.ya'e de CoeM. Chambre des Appels de Police correctionnelle Audiences des 12, 21, 22 e< 23 novembre 184J..PyeMdeMce de M. Pigeon de Saint-Pair. Caen, Poisson, in-8° de 26 p.

Cot<r royale de Caen. Audience des 21, 22 et 23 novembre 1842. Plaidoyer de Me Bayeux, pour Pierre-Michel Vintras, avec une analyse du plaidoyer de ~M" Blanche, pour M. Geoffroy père. Caen. Lesaulnier, 1842, in-8" de 66 p.

L'abbé Charvoz n'eut-il pas, dans ses Prisons d'un Prophète 0846), l'imprudence de présenter Me Bayeux comme un croyant de l'Œ'MM'e." Tout le monde, à Caen, en admirant le tact et l'esprit avec leque! il avait défendu Vintras, savait quel était son sentiment intime sur la valeur religieuse et morale de son client. Quant à Me Berard de Pontlieue (c'est-à-dire né à Pontlieue) c'était un pauvre halluciné.

Plaidoyer (non prononcé) pour Pierre-VTichel Vintras, par M. Bérard (de Pontlieue), avocat du barreau de Paria. Caen, 1842, in-8°. C'est moins une défense de Vintras, qu'un manifeste en faveur de Naùn-


Retiré en Hollande, Naûndorn's'y livra à d'autres spéculations bien différentes. Il S6 ntartincier, prétendit avoir découvert un système de projectiles de guerre supérieur à tous ceux connus dorff, où Bérard, qui ne l'avait pas prononcé devant le tribunal, s'en est dédommagé en le faisant imprimer tout au long.

Le prophèîe Vintras et Charles Guillame Naündorff, duc de Normandie, par Barthélemy Pont, rédacteur en chef du Haro de Caen.

Publié dans ce journal, n°* du 1 au 10 décembre 1842. Analyse bien faite du plaidoyer quiprécede,et rénexions piquantes sur les motifs, peu désintéressés, qui auraient porté des sectateurs de Vintras et de Naündor ff & faire cause eommjjne et & s'attacher d'accord à la fortune de ces deux imposteurs, quoiqu'ils ne se fissent aucune illusion sur la valeur de leur caractère ni de leur cause.

J~a Vo!a?de la Septzine. A la Gloire du Père, du /e<~M ~<M<-B.!p!<, et a G<ot')'<! de la Vierge immaculée pure et sans tache. Tilly-sur-Seules; Caen, imprimerie de Lessulnier, a d. (1842-1843).

Ce reçut-il paraissait par iivraisonsin-8". Les i premières forment un' volume de 768 p.; les 8 premières du t. i! vont à la p. 356.

Note sur la couverture Ces saints avertissements sont transmis gratuitement, et la charité en dictera Fusage à ceux auxquels ils parviendront.

Ce recueil, très rare aujourd'hui, se compose principalement des communications de l'Archange à Sthrathanaël (Vintras), des Révélations céiestes au même, de sa Correspondance avec ses frères Theododael, Galhoraël, Azaraël, Tréphé, etc., avec sa femme, avec la Septaine. Dans son style proHxe et négligé, tout plein d'éjaculations mystiques et souvent inintelligibles, il montre cependant de l'onction, de l'abondance et parfois une chaleur communicative. L'abbé Charvoz doit avoir été le réviseur général de l'œuvre. D'autres plumes autorisées se prêtaient aussi par pitié plutôt que par sympathie, à ce travail de correction si pénible. Des dissertations sur la Vierge immaculée, sur les censuras prononcées par l'évêque de Bayeux et la défense des Miracles de Tilly remplissent le reste de ces pages. A pein" çà et là quelques insinuations en faveur de Naùndorn'. mêlées de blâme pour ses idées religieuses.

Les Prisons d'MM Prophète actuel pOM~M!'e< par tous ~M p~MMOM's, par M. La Paraz (!'abbé Charvoz). Caen.Woinez, 1846, in-12 de 342 p. Récriminations d'un mielleux-amer contre les censures ecclésiastiques et contre les condamnations correctionnelles qui ont frappé l'Œuvre de la Miséricorde et son Prophète Vintras. L'auteur, dans lequel il est facile de reconnaître un prêtre, n'est autre que l'abbé Charvoz qui, grâce à son pseudonyme, se cite lui même comme une autorité à chaque page. U ne manque pas d'aSrmer le caractère diviu des révélations de Vintras. Il en donné même pour preuve la facilité avec laquelle le prophète parle lé ]atin sans l'avoir appris, et la mort, quasi foudroyante, de plusieurs des personnes qui ont contesté sa mission. Sans préconiser Naündorff, il affirme l'existence d'un Louis XVII et accuse Louis XVIH d'avoir fait assassiner en son honneur le duc de Berry (p. 244).

Les Saints de Tilly sur &MMe. Paris, Maistrafse. 1846, m-8° de 48 p. Écrits dtce~.A~~KM~cAt-eM'M.OM ~c<e<M ~de<?r<o<t-<XV'Z~ Pfo<M<<t<<OK de la &pMMe Sacrée, avec des ~Vo<M et gM~~MM lettres suivies


jusque-!à et voulut traiter avec le gouvernement hollandais de ses « secrets d'artillerie, de mousqueterie et de pyrotechnie, e qui dénotaient, a dit M. Jules Favre, un « génie spécial 1. » Sur ces entrefaites, il mourut àDelft, le 18 avril 1815. Il avait de renseignements venus dd Rome. 28 édition, publiée par un avocat croyant. Caen, Woinez, 1846, gr. in-4" de 14 p., avec figures triangulaires symboliques.

L'auteur, Napoléon Lemeneur, de Falaise (Stridoel dans l'Œuvre), était fou, et ses écrits ne le prouvent que trop.

Il s'élève particulièrement contre la déclaration du Pape que Naündorff prend faussement le titre de Duc de Normanjie Qui /a/iio se JVormaMd! DMCent~'<!C<<!<.

Lettre a un Croyant, par Gozzoli. Caen, 1847, m 8°.

Gozzoli, comme nous l'avons vu ci-dessus, restait convaincu de l'existence de Louis X Vil. tout en trouvant Naündorff indigne de ce rôle; de même, ici, il flétrit les chefs de l'Œuvre de la Miséricorde comme des gens immoraux, et cependant il croit à l'apostolat de Vintras.

Les Aveux de <H'<3 Charvoz et les Saints de T~~ sur Seulle, parl'auteur des brochures portant cette épigraphe Ha ont élevé un autel au dëjpon de l'impureté, et ils en ont fait un Dieu. e Paris, Maistrasse, 1847, in-8" de 12 p.

Le Livre d'or. Révélation de ~fcAaM~c saint Michel (du 6 août 1839 au 10 juin 1840), par M. Alexandre Ch. (l'abbé Charvoz), un des nombreux témoins. Paris, Ledoyen.1849, in-8" de 140 p.

JL'<EMCfe de la Miséricorde, ou la nouvelle secte dévoilée, par !'abbé Bouix. Paris, Adrien Le Clére, 1849, 86 p., tn-8". Bonne réfutation.

Les ~VoMcea!M.M J~Mm!KM, ou les Adeptes de <'6E'Merë de la Af~c~M' convaincus d'extravagance et d'hérésie, par l'abbé Caillau. 1850, in-8o. Merveilles de ~'(EtfpfC de la Miséricorde, par Madrolle. Paris, Cro 185!, iu-i2.

Les merveilles de Tilly, source de toutes les autres, à M. le Directeur de la Gazette de F~Me~, par Madrolle. Paris, Gros, s. d., in-8" de 4 p. La Grande apostasie d2ns le lieu saint (par Madrolle). Paris, Hivert et GMsier, in-8".

Nadroue a encore écrit, sous l'influence plus ou moins transparente de sa croyance à l'apostolat divin de Vintras Z'MK~c~dc Dieu, seul pronhétique et perpétuel, in-18, fe édit. 1847-1851; 2' 1853-1856. Paris, Hivert et autres. Avertissement formant l'avant-propos de l'Almznach de Dieu, deux éditions de mêmes dates.mémes éditeurs et même format ) Za Feuille .prophétique du Triomphe du Socialisme; plus. édit. Paris, Hivert, 1849-50, m-12;–ZaCo~<!<M<<'oMe!:o<Me,At<tKa!Mee<St)C!s~. Paris, Garnier, 1850; –.C)!.M<!M~!M~dMc<~eMpr~eMC6 des Mandements de~ terre. Paris, Garnier, 1851, ia-i2; ~'EMtM~t/e du y~He /t<<t<r,in-8'; L'Esprit des Tables animées. Paris, 1854, in-18, etc.

1 Ce n'était pas cependant la première fois qu'il s'occupait de travaux ou de réclames de ce genre. tl avait fait publier, en 184t. sous le nom de Gruau de la Barre, mais en s'attribuant le mérite de l'invention, le prospectus suivant, d'un charlatanisme éhonté Au Gouvernement français. 0~'e d'un instrument de guerre MOtfM~Mtgtt< inventé, qui se compose d'un feu tellement puissant, <eMe<neM< destructi f, gM'MM seul homme peut faire Mt~c~


éprouvé quelques coliques, et ses partisans ne manquèrent pas d'insinuer qu'il avait été empoisonné

C'eût été un crime bien tardif et bien inutile, car son rôle était fini.

Sa famille, comme dernière consolation, fit inscrire dans son acte mortuaire les titres et qualités dont il s'était paré pendant sa vie~.

Le gouvernement hollandais laissa faire, et l'on a voulu en conclure qu'il avait reconnu les droits de Naündorff. Supposition absurde. Les gouvernements étrangers, celui de la Hollande comme les autres, ont pu dédaigner des prétentions qui ne se manifestaient pas sous une forme de nature à troubler leur sécurité. Jamais ils n'y ont donné leur assentiment par un acte quelconque; jamais ni Naündorff ni ses héritiers n'ont produit à cet égard l'ombre d'un document

Naûndorif, quand il mourut, songeait sans doute à renouveler son action de 1836 contre les Bourbons de la branche aînée.

toute une flotte ou la 6rM~, MtMCf une /ft)'<efeMe ou incendier une ville le Gouvernement qui la possèdera obtiendra sur les autres ~M~tOtM la même supériorité qu'eût assurée la p0::aft'e à canon à celui qui en aurait eu la co~Ma:M<:Mcee<~tM<eea;c~M~a!r~a~<e<<ec!pt<:Mf<MC6 a eM démontré à l'arsenal de Woolwich en Angleterre. Paris. M'Detacombe,184i,iti4 4 de 16 p. Si grossière que fût l'amorce, elle suffisait pour attirer des actionnaires d'une part, etde l'autre pour ameuter d~s colères contre le Gouvernement assez antinational pour ne pas se hâter d'acheter un pareil secret Quelques journaux l'ont fait mourir à Java, vers 1853 (Moniteur Universel, 20 novembre 1864) c'est une erreur évidente. M. Nauroy, (Les ~Mrefs, p. i33) donne l'acte de décès.

Elle persiste, à ce qu'il parait, dans ses prétentions, car la Gazette de Harlem du 5avril 1878, publiait le singulier avis suivant Le 13 février 1878, est décédé mon Sis bien aimé

<t ANGE EMMANUEL

«Descendant de mon époux,Ie DUC de NOBMANDtE,n!a de MARIE-ANTOINETTE et de t.onts xvt, roi de France. Il servait dans la marine de S. M. le Roi des Pays-Bas comme deuxièmemachiniste, & bord du navire de guerre à vapeur Ctffapao, et il a succombe & We!tevreden, par suite d'une fièvre cérébrale. < Pour seule communication.

Bréda, 3 avrit 1878 « Douairière de BOURBON. (J''<$'a~'o, 9 avril 1878.) « Duchesse de Normandie. x 8 JVOM/ZMfM XV/7M'M<p< <MOr< aM Temple, p. XtX.

Il est inconcevable que M. Jutes Favre, dans son plaidoyer en appel, ait fait de cette prétendue reconnaissance un des principaux arguments de sa thèse.


L'infatigable Gruau avait même déjà rassemblé une partie des matériaux d'un ouvrage énorme, où il devait réunir toutes les preuves des droits du Prétendant, et plaider sa cause devant l'opinion, avant qu'elle fût portée devant les tribunaux. La mort de Naundorn'ne l'arrêta point; il acheva son œuvre et lança les /M<)'K/M~ a~<!<7e'~

Ces gros volumes sent l'arsenal où sectateurs de Naündorff et sectateurs de Richement, ennemis des Bourbons et zélateurs des passions révolutionnaires puisent également leurs prétendues preuves et leurs arguments.

M. Louis Blanc les cite avec une certaine'complaisance. Buiau, forcé d'avouer que, par endroits, « Gruau s'exagère la portée de la crédulité et de la stupidité humaine, en débitant de pareilles niaiseries B (t. III, p. 300), et de reconnaître que « rien ne justifie l'authenticité des lettres, des dires, des pièces, des assertions dont son livre est r empli (p. 317), semble pourtant le prendre au sérieux.

La vérité est que c'est un amas indigeste et illisible, à raison de la prolixité des détails et du défaut d'ordre dans la discussion, de documents apocryphes, d'assertions hasardées, de bévues ou de mensonges historiques, de contes ridicules où l'auteur s'embrouille lui-même, si bien qu'il devient à peu près impossible de suivre son récit. Il renchérit sur les romans de Richemont, sur ceux de Naündorff lui-même. Il prétend qu'il y aurait eu substitution, pendant la Révolution, d'un enfant muet au Dauphin, d'un autre enfant tiré de l'Hôtel-Dieu à l'enfant muet, d'un troisième enfant pris aux Enfants-trouvés à celui de l'Hôtel-Dieu sous l'Empire, en Prusse, de Nanhidorn' au Dauphin sous la Restauration, de Bruneau à Marassin; qu'Hervagault, Bruneau et Richemont ne seraient qu'un seul et même personnage. II y a dans ses imaginations de quoi défrayer dix romans de portières et dix drames de l'Ambigu. Seulement, détailimportant, il passe très légèrement sur le rôle apostolique et évangéliqùe du Prétendant. Il est remarquable que celui qui se livre à cette débauche de témérités et de mensonges de toute sorte, est précisément le fMM~MM <Meo:MM, CM J~oMM .XV/f, t~MMf )-0! /<<<Me de FfNMce, tMe<Me A D~/Ï, ~0 ou Louis XVII, dernier roi H. Ni)gh, de France, décédé dernier, le ptus de 1000 pages, eat divisé en H. parties); in-8, dont le dernier, de plus de Paris, avatt reRtsé en l'ouvrage. portr.

lithogr. Le libraire Dentu; de Paris, avait refusé d'éditer l'ouvrage.


même écrivain qui avait débute par cette appréciation sage et sensée des devoirs de l'historien

« Le rôle de l'historien n'est pas d'accueillir avec une facile crédulité tous les récits qu'on lui fait, tous les bavardages qu'il entend, des traditions dérisoires, des rapports qui contrarient les idées qu'on doit se faire des temps, des lieux des personnes, de toutes les circonstances auxquelles ils se réfèrent (t. I, p. 101). »

Une tactique familière à Gruau consiste à citer comme authentiques tous les Mémoires apocryphes qu'on a publiés sous le le nom des plus illustres contemporains depuis soixante ans, à l'usai des cabinets de lecture, et à les invoquer comme autant d'autorités sans réplique~.

Enfin, deux ans après la publication des Intrigues, cinq ans après la mort de Naündorff, le 19 août 1850, sa veuve et ses huit enfants assignèrent devant le tribunal de la Seine la duchesse d'Angoulême et les enfants du duc de Berry, à l'effet de faire Il semble encore qu'il eût tracé son propre portrait dans les lignes suivantes

« II est étrange combien ceux qui écrivent des livres pour soutenir le mensonge contre une vérité clairement démontrée, ont foi dans leurs propres paroles 11 ne leur vient pas même à la pensée qu'ils doivent prendre la peine de les sanctionner autrement que par leurs assertions. Toutes les autorités qui les contredisent, ils les réfutent par leur sitence et si vous avez le bon esprit de~e pas les croire sur parole quand ils vous disent arrogamment ~Cesont des erreurs grossières!' Alors, malheur à vous! Vous devenez un inventeur, un romancier, un charlatan,* sous la plume fabuleuse de ces transformateurs du vraienimposture x (~VoM/Z.O!<MXV/7.p.240). C'est ainsi qu'il cite, â titre de documenta historiques, les J5f~M)~'M de ZoMM -XT/7f (1838-33,12 vol. in-8") et qu'il s'indigne vertueusement contre l'effronterie et la fourberie de ~ouis X.V1M, qui n'aurait écrit ces JtffWo:rMque pour masquer ses crimes en déguisant la vérité" (En Politique point de Justice, p. 250).0r ces M~MOt~s sont du baron de La MothoLangon, comme chacun sait, et il faut plus que de l'ignorance ou plus quede l'impudence pour les attribuer à Louis XVlll, qui n'en a pas écrit une ligne. Il invoque avec le même aplomb les autres compilations romanesque du même auteur ~ftKOt'rM et &)MceM:'M d'une /%<MMe de qualité (i830-3t, 12 vol. in-8o); .M~<w\M~ JyapM&Mt B<Mt<tptf<e (1834,4 4 vol. in-8*); ~-oM~eMM'sMtf Marie-Antoinette par la comtesse d'Adhémar tl836,4 vol. in-8°); L'-EMptrë ou <<M!<:N~'0!«.2V<!pO~MMt(1836, 4vol.M!-8'');.McMMW~e< 'SoMCStMfS d'un Pair <? JFVaMce, 1829-80(4 vol m 8°): trouvant ainsi moyen de reproduire, sous sis A sept noms différents, les assertions d'un écrivain unique, et quel écrivain Mêmes procédés en ce qui touche les livres de Touehard-Lafosae, autre fomancierdemêmeforce; l'N~fotre secf~e du Directoire, etc.


décider <t que Pacte de décès du 24 prairial était nul; que NaündorS, leur mari et père, était le fils de Louis XVI et de Marie Antoinette, et qu'ils seraient admis à jouir de tous les droits civils leur appartenant comme ses représentants légitimes. » Leur tactique était adroite. Ce n'était pas la couronne de France qu'ils réclamaient, mais, provisoirement et sans le dire ouvertement, le partage de la fortune de la duchesse d'Angoulême ils visaient au solide.

Les Princes de Bourbon eurent l'esprit de ne pas se défendre, et de laisser l'avocat de leurs adversaires s'escrimer et s'épuiser dans le vide.

Cet avocat était M. Jules Favre. On supposa dans le temps que la satisfaction de morigéner monsieur le comte de Chambord, et la certitude qu'en défendant un prince MaMMus teint, il ne courait pas le risque de trop gagner son procès et de lui frayer le chemin au trône, n'avaient pas été étrangères à l'empressement avec lequel l'illustre orateur s'était chargé d'une cause si peu digne de lui 1.

Il partit en campagne sur la foi des /K<r~Me~ dévoilées, armé des seuls documents qu'il y avait trouvés, et sans avoir pu en contrôler la sincérité. Les fausses proclamations de Charette, les fausses lettres de Laurent et du baron Thierry, les faux Mémoires de Joséphine, la fausse intervention de Frotté, ce que les décès de Desault et de Chopart <t avaient d'inconcevable et d'effrayant, » les prétendues tentatives d'assassinat de 1834 et de 1838, les prétendues irrégularités de l'acte de décès du Dauphin, tout cela fut mis en œuvre avec cette prodigieuse habileté dont il avait le secret mais il se garda bien de parler du séjour de l'enfant royal dans la Vendée, des deux ou trois substitutions successives, des trois ou quatre évasions dues à la protection de Joséphine, des révélations célestes reçues par son client, et de sa mission évangélique.

C'est ce q'ient ressortir avec beaucoup de tact et de justesse M.Dupré-Lasalle, substitut, dont les conclusions furent d'autant plus remarquables qu'il lui avait fallu faire, seul et sans communication aucune de la part des personnes qui auraient pu le mieux le renseigner, une contre-instruction des plus difficiles. H fut assez spirituellement brocardé à cette occasion dans quelques journaux, notamment dans.Le .F~'<M!{MM du ~0 février 1874.


Des documents positifs.puisés aux affaires étrangères, lui permirent d'établir péremptoirement l'origine honteusa du Prussien Naündorff

Les héritiers Naundorn' perdirent leur procès le jugement est du 5 juin 1851.

Ils ne portèrent pas immédiatement l'appel, ou du moins ils ne pressèrent pas la solution de cet appel. Leurs partisans se contentèrent de lancer quelques nouvelles brochures, en France et à l'étranger La Hollande était restée le centre de leurs meDroit des 3 et 31 mai, 7 et 13 juin 1851 Gazette des Tribunaux des 3, 3i mai et 7 juin, et autrés journaux du temps.

Les Prétendants au nom et au titre de Duc de Normandie, fils de Louis XVI. Tel devait être le titre d'un volume de 5 à 600 pages que Bourbon.. Leblanc offrait en souscription en 1851, et dont il ne publia que le prospectus (sous ce même titre). Paris, Napoléon Chaix, 185t, in-8"de 8 p. ~K Politique point </ej'M~<!M, ou Réplique judiciaire dans ta cause des héritiers du duc de Normandie contre Mme la Duchesse d'AMpOMMMte, Duc de Bordeaux et ~e duchesse de Parme, par l'auteur des Intrigues cf~ot'MM (Gruau). Bréda, imprimé pour le compte de l'auteur, Broëse, août i851, in-8~ de 10 et 303p. en petit texte.

Ce n'est guère que la réédition de la plaidoirie de M. Jules Favre, avec les pièces, fausses pour la plupart, les autres insignifiantes, qui figurent dans tes Intrigues dévoilées.

L'ouvrage est dédié à M. Dupré-Lasalle, dont les conclusions remarquables avaient percé à jour le système de Naündorff, ou plutôt c'est une riposte à ces conclusions ? q

Non! Louis X VII n'est pas mort au Temple. ~ë/M~MM de l'ouvrage de M. A. de Beauchesne; « L~tM XVII, sa Vie, son Agonie, sa Mort, » par M. le comte Gruau de la Barre, précédée d'un Avant propos de !<M<f. Bruxelles et Leipzig, Fiatau, i!!58. in-8o do iv xx et 302 p.

L'Avant propos du libraire ne renferme guère qu'une apologie du livre. Nous n'y avons rien trouvé de plus que dans les Intrigues dévoilées, dont il n'est qu'une sorte d'abrégé, avec force citations textuelles et renvois, sauf une hostilité plus directe et en quelque sorte plus personnelle contre Beauchesne et contre son livre. Gruau prend ce livre à partie. Il le discute page par page, il le dissèque, il y cherche la loupe à la main quelques erreurs dans les détails ou quelques contradictions,inévitaMes dans tout ouvrage dé longue haleine, mais qui ne sauraient affaiblir l'autorité de l'ensemble. La Vérité au duc de Bordeaux, par le subrogé tuteur des enfants du <~M<! ~e Nor<M<tM~t'e. deyMtey TM légitime de France, par le comte Gruau de la Barre, 1859, ui-8".

Le JÏO~Mat~MXtX'~C~.B~t~MS ~MMt-t~A M~ Dupanloup, ~e~«e <OfMaM<t, <tpo~t~ <~ L'oeuvre mensongère e!e Af. de Beauchesne <'ZoMMXyZ7,s<tMe,MM<!FOMte,M mort, par le comte Gruau de la Barre.LivraisoMla3.i870, in 8°.

Za Bf<MM:Ae aînée des Bourbons (Ve<«~e< enfants <<<< duc de NormanLouis XV27) devant'la justice, par le comte Gruau de la Barre. ifaar. lem, Van-Hrederode, vtn et 349 p in8"; couverture azur Oëurdelisée d'or,


nées. Gruau était toujours leur agent principal, jusqu'au jour où, comme les intendants enrichis qui achètent les châteaux de leurs maîtres, il eut l'idée singulière de se mettre à leur place, et de se proclamer, de son autorité privée, Louis .XV7/, roi de France et de Navarre.

Vingt-trois ans se passèrent, et l'on ne songeait plus ni à Naünd orff, ni à ses héritiers, ni a Gruau, le traître de la pièce, quand, au mois de février 1874, l'appel du jugement de 1851 fut débattu devant la cour de Paris'.

Pourquoi et sous quelle influence cette discussion tardive, qui ne pouvait aboutir qu'à un scandale ? 2

M. Jules Favre assistait encore les héritiers de Naündorff, et broda de nouvelles et brillantes variations sur le thème un peu usé que nous connaissons

Les Bourbons dédaignèrent de nouveau de se défendre. Ils repoussèrent également les offres de transaction de leurs adversaires

et portrait qui ne rappelle en rien ni le type du Roi Louis XVI, ni celui de la Reine. Paris, 1871, in-8".

2e écht.. 1873, in-12.

2Vf:M!M'of~ sa Vie et sa Mort, par Maxime Durant. Haa)'!em, Van Brederode Paris, Sagnieret autres, 1873, in-i8 de 64 p.

Sorte de !MMO''d populaire.

t Dro!'< et Gazette des Tribunaux, février, 1874.

Son plaidoyer fut imprimé à part Plaidoirie de Jules Favre devant la cour d'appel de Paris pour les héritiers de feu C~<ty'CM:~NmMe ~(tMttdo~ décédé en Hollande et inscrit sur le registre de f~at civil de la ~:Me de Del ft comme Charles Louis, duc de Normandie, de Louis XVI et de la Jfet~e Marie-At1toinette, appelants, contre M. le comte de Chambord, tMt~e, défaillant. HaM')em, Van Brederode Paris, Le Ch@Ta!ier, 1874, in i~ de 377 p.; mais il ne figure pas, non plus que celui prononcé en première instance, dans le Recueil des ~andoyeM po~MM e< judiciaires de. M. J.Pavre, publié par sa veuve (née Velten),1882, 2 vol. in-8. On cite dans ce volume une lettre de Jules Favré où il proteste de son dévouement h l'tntéressant~ famille qu'il a défendue, avec une conviction que a rien n'a ébraMée. C'est < ap, en vérité! Le volume est dédié à Cet main Sarrut. Lie prince Adalbert aurait adressé au comte de Chambord et au comte de Psi~s une lettre où il leur offre une transaction. < Vous reconnaîtriez, portât cette lettre, le prince Adalbert et !a princesse Amélie (Veuve Naundotn'j comc~e les représentants légitimes du duc de Normandie (Louis XVH) et voua vous engageriez à leur faire restituer aussitôt que possible.les biens, honneurs, titres et dignités attachés & leur rang. En échange, la princesse Amélie et moi nous vous céderions tous les droits & la couronne de France que no!ts tenons de notre père infortuné. (<?<K~OM jPc<t<e Presse, 4 jMara JL874.)


Dans des conclusions savantes et mordantes à la fois, M. Benoist, avocat général, demanda la confirmation du jugement dei85i.

Un arrêt très fortement motivé, du 27 février, te confirma en effet, en y ajoutant quelques considérants fort durs pour Naündorff.

Voici, tracé par la justice elle-même /}esyMcfMO<a le portrait de cet aventurier,que ses thuriféraires comparaient modestement au Messie et au Christ

« Quand on résume les traits principaux de l'histoire connue de Naündor ff, ayant erré longtemps en Italie, en Allemagne, en France, en Suisse, en Angleterre et en Hollande ayant exercé pendant vingt-deux ans en Prusse la profession d'horloger, sans s qu'on sache où il en avait fait l'apprentissage; épousant à Spandau, en 1818, une femme d'une condition obscure poursuivi à l'étranger, en 1834, pour crime d'incendie, en i825 pour crime de fausse monnaie, et subissant en Silésie une peine de plusieurs années de travaux forcés; se proclamant à Londres, en 1838, fondateur d'une Église nouvelle, après avoir reçu surnaturellement les communications d'un ange; renié publiquement en 1841 par plusieurs de ses anciens adhérents, qui, éclairés à la fin sur son compte, dénonçaient ses assassinats simulés, ses jongleries, ses intrigues se rendant au commencement de d845, peu avant sa mort, en Hollande, où il traitait avec le gouvernement néerlandais pour un marché relatif à des projectiles de guerre dont il était inventeur ayant écrit enfin des Mémoires de sa vie où il accumule des rencontres étranges, des incidents mystérieux, des faits tragiques, des événements romanesques bizarrement enchevêtrés, avec le dessein facile à apercevoir d'empêcher des vérifications, de dépister les recherches, de rendre ses antécédents insaisissables; ce tableau sous les yeux, on ne peut voir dans NaûndoS'qu'un aventurier hardi, d'un profond esprit de combinaison et d'astuce, luttant contre le milieu sans ressource pu un déclassement social l'avait jeté, capable d'une fourbe habile pour jouer un grand rôleou faire luorativement des dupes, et ayant eatrepris~avec plus d'étude et d'art que les autres faux Dauphins, de renouveler leur tentative,a la faveur de sa ressemblance extérieure avec le type bourbonmen, et du mystère qui couvrait une grande partie de son existence, it

Les héritiers NaundorfT nrent annoncer qu'ils se pourvoi-


raient en cassation. M. Christophle, aujourd'hui gouverneur du Crédit foncier, devait plaider pour eux mais il ne fut pas donné suite à ce projet.

Dernière disgrâce M Nauroy vient d'exhumer NaundorNpour en faire sans preuves, il est vrai, sans indice aucun quoi? non plus un Prophète ni même un Prétendant mais le laquais de son pauvre héros, La Rocbe. Tel maître, tel valet VII

DERNIÈRE PÉRIODE.

DE NAÙNDORFF ET RICHEMONT JUSQU'A NOS JOURS. UNE GERBE. 1830-1840.

Des grands rôles, nous allons revenir aux doublures. Un instant, les dauphins pullulèrent,de telle sorte qu'il n'y avait pour ainsi dire pas une province de France qui n'eût le sien. Marseille, pour sa part, en avait deux qui, en attendant le moment de reprendre la couronne de leurs ancêtres, ne dédaignaient pas d'extorquer à la crédulité des bonnes femmes, sur les marchés de la ville, leurs moyens d'existence. Lyon en avait un 1. L'Angleterre en comptait au moins trois 2. Et il y en avait certainement beaucoup d'autres.

DIEBITSCH (1832).

Après 1830, certains journaux étrangers accréditaient le bruit que le comte Diebitsch-Sabalanski, feld-maréchal des armées russes, qui jouissait d'une grande réputation mais dont l'origine était mystérieuse 3, n'aurait été autre que le fils de Louis XVI calcul ou mystification. On ne manquait pas de gens en France pour répéter cette supposition ridicule, et à l'appui de laquelle on ne produisait pas l'ombre d'une preuve. 'S'M/jefc~f!M Littéraires.

AM<KOt)'es du vicomte Sosthènes de la Rochefaucauld, t. V. Pas tant il etait né le 13 mai 1778, au village de Gross-Lews en Silésie, d'une des plus anciennes familles de cette province ~.SMpefc~MS MMft!t'fM).


MARTIN (VERS 1836).

Bicétre renferma pendant quelque temps, vers 1836, un ancien clerc de notaire de ce nom, bossu et très spirituel. Il y mourut avec la conviction intime qu'il était le fils de Louis XVI et l'héritier légitime du trône de France

JUNT (1836).

Junt était un ancien secrétaire d'ambassade, que des manies ambitieuses avaient poussé à la folie et qui se croyait très sérieusement Louis XVII. Il était, lui aussi, détenu à Bicêtre en 1836. Propre, recherché môme dans sa mise, très poli, se défendant de tout travail manuel comme compromettant pour sa dignité, il ne s'occupait que de politique et de l'éducation de petits oiseaux qu'il faisait envoler plus tard, <f pour ne pas les priver, comme il le disait avec emphase, du plus grand des biens la liberté » Ils l'aimaient beaucoup et venaient, à sa voix, voltiger autour de lui, se percher sur sa tête et sur ses épaules pour becqueter le pain qu'il leur émiettait, libres sujets d'un roi captif Son long nez en forme de bec, et son front fuyant lui donnaient à luimême quelque ressemblance avec un oiseau

Ces deux malheureux n'étaient pas seuls à Bicêtre à rêver la couronne de France. Ils avaient pour compagnons de détention trois autres Louis XVII, deux Louis XVI, un Napoléon, un charcutier qui, à cause de son obésité, se disait Louis XVIII 3, sans compter l'immense légion de ceux qui se croyaient et de ceux qui se croient encore Princes, Rois, Empereurs, Papes et Dieu lui-même

TRÉVISON (1836).

Les journaux de la fin de juin 1861 contenaient la note suivante

« Une lettre de Zara, du 20 juin, parle de la mort récente en cette ville d'un certain Joseph Trévison (ou Trévisan) horloger mort dès le 19, à l'âge de soixante-quatorze ans.

.MMSM des Familles, t. !H, p. 76, art. de Henri Bcrthoud.

JM., ibid.

3 jReochet, J~ec~rc~M, etc.

V. notamment te VoM~M~ <f.A ~MCOM, 4 juillet.

Décidément les horlogers avaient une vocation particulière pour !e rote de faux Dauphins; c'est le trotsième que nous rencontrons.


« En 1836, lorsque le choléra sévissait, il avait fait à une dame, chez laquelle il demeurait, des aveux qu'après sa mort eile a communiqués à l'autorité. D'après son dire. Trévison n'aurait été autre que Louis XVII. Echappé à la tyrannie du savetier Simon,il se serait rendu à Londr es de là en Écosse et finalement à Padoue,où les époux Trévison lui auraient remis un document qui indique l'année 1785 comme étant celle de sa naissance. Ce document, qui existe encore, ne donne pas les noms du parrain. Trévison, sur son lit de mort, avait également fait part de ces faits à son médecin. L~autcrité a fait photographier le portrait du défunt et ordonné, dit-on, une enquête, »

Rien dans cette histoire qui mérite la moindre attention. EUÉZER WILLIAMS (1849).

Voici un second Louis XVII américain, et qui plus est, à moitié sauvage, à moitié prêtre.

A plusieurs reprises, on a essayé d'attirer l'attention publique sur ce personnage, qui ne semble pas avoir eu pleine conscience des droits dont on l'affublaît. C'est un M. H. Hanson qui paraît avoir été le promoteur de cette tardive tentative.

En 1841, vivait chez les sauvages Mëmonines, dans l'Amérique du Nord, un certain Eliézer Williams, âgé d'environ 55 ans. Il jouissait d'une grande considération, ayant été chargé de diverses missions pour rétablir la paix, soit entre le gouvernement des États-Unis et certaines tribus, soit entre elles. Il était riche, prêtre ordonné, instruit. Son origine était mystérieuse, et lui-même ne ta connaissait pas bien. On savait seulement qu'il avaitdù être amené chez tes sauvages, fort jeune encore et à peu près abandonné. Un chef Iroquois, du nom de Thomas Williams, l'avait adopté. En 1823, il avait épousé à Green-Bay, Marguerite Jourdan, de race Franco-Indienne. Des Quakers qui le visitèrent en 1849, sur la foi des rumeurs qui le désignaient comme fils de Louis XVI, en traçaient le portrait suivant « C'est un homme petit et fort, ayant l'air franc et ouvert, annonçant beaucoup d'intelligence et de bonté, avec cette affabilité qui caractérise le prêtre catholique européen. On lui donne le nom d'Eliézer Williams, et ce qui est plus étonnant, le titre de chef des Indiens Saint-Régis et de Ministre de l'Église épis-


copale. On dit que c'est un homme très versé dans les lettres et les sciences, qu'il a formé une bibliothèque précieuse, contenant beaucoup de volumes des missionnaires jésuites et des voyageurs qui ont les premiers visité la contrée des Lacs. Il aurait faitlongtemps des recherches se rattachant à l'histoire ancienne des nations du N.-O. et confié à ses amis qu'il avait le projet de composer un ouvrage sur cette matière. Il a déjà publié quelques essais; les journaux les ont imprimés, et l'on ne peut plus se les procurer u

Au mois d'octobre 1841, le prince de Joinville, alors âgé de 23 ans, fit un voyage d'exploration en Amérique. Dans la traversée de Buffalo àGreen-Bay, il rencontra Eliézer Williams.avec qui il s'entretint longtemp des souvenirs que l'occupation française avait laissés au Canada et de l'histoire de la Révolution française. A. Green-Bay, ces conversations continuèrent entre eux,et ils se séparèrent les meilleurs amis du monde, promettant de s'écrire mutuellement et d'échanger des documents, des pièces sur l'histoire de la France américaine.

Jusque là rien que de naturel, et tout le monde est d'accord sur ce qui se serait ainsi passé entre le jeune prince et le vieux savant.

Mais Williams prétend et son récit va devenir de la plus choquante invraisemblance que le prince de Joinville lui aurait demandé une entrevue confidentielle, et que là, sous le sceau du secret le plus absolu il lui aurait solennellement révélé qu'il était Lui, WtLUAMs, LE FtLs DE Loms XVI Ce n'est pas tout il lui aurait exhibé un magnifique parchemin où pendait un sceau en or, argent ou vermeil, contenant en français et en anglais 1° l'abdication de Williams et sa renonciation à la couronnne de France en faveur de Louis-Philippe 2" le détail des conditions de cette abdication assurance d'un établissement princier en France ou partout ailleurs, et restitution de toutes ses propriétés de famille confisquées pendant la Révolution ou de leur valeur

tTXe.FMéK<<oy'J'At!c(d!e~t'<t,1849.

H ne se serait pas contenté de la promesse verbale de WiDiams, mais la lui aurait fait répéter etsigner sur un morceau de papier. Le bonbitleti 1 3 De pareils détails ont besoin d'être reproduits dans te texte original « ît was a solemn abdication 6f thé crown of France in favorof Louis Phi!ipp,by Charles Louis, thé son of Louis XVI, whowaastyiéd Louis XVH, king of France and Navarre, with aUaccontpanyingnameBandtitteaofho-


La pièce resta pendant quelques heures aux mains de Williams, qui n'eut pas l'idée de la garder,ou du moins d'en prendre copie, tant il était ébahi d'une pareille ouverture Il s'en étonne lui même Il se borna à demander quelques jours de rénexion. Il réSéchit en eifet, et refusa magnanimement à l'exemple de Louis XVIII refusant d'abdiquer en faveur de Bonaparte,–malgré les instances du prince de Joinville; et même,ces instances ayant eu un caractère sans doute trop familier, il dut prendre vis à vis de lui un ton de supériorité (~M/) qui le réduisit immédiatement à une respectueuse attitude (respect/M/6t~MO~.

Les raisons de ce refus furent le respect qu'il devait aux droits de sa naissance et les intérêts de ses enfants. Mais quelles avaient été celles de Louis-Philippe pour lui faire une pareille révélation et de pareilles offres? Sans doute le besoin de consolider ses droits au trône, et de ménager à ses enfants des alliances avec les dynasties royales de l'Europe~. C'était le même motif qui l'avait engagé à offrir à Richemont la main de la princesse Clémentine, ainsi que Richemont a daigné nous l'apprendre'.

nour, according to the custom of the old french monarchy, together with a minute specification in legal phraseology of the conditions, and considerations, and provisos, upon wich the abdication was made.These conditions were in brief, that a princely establishment should be secured to me either in this country or in France, at my option, and that Louis Philipp would pledge himself on this part, to seune the restoration, or on equivalent for it, of a.U the private property of the royal family right fully belonging to me, wich had beenconfiscated in France during thé Revolution, or in any way got in into other lands. (Hanson, p 362). »

1 « Nowyoumay ask me whyldtdnot retain, atallhazards, this document, or, at any rate, take copy ot it; but is very easy -for you, sitting quietly the~e, to prescribe the course wich prudence and self interest would dictate (Hanson, p. 71). x

Tf! p. 363.

s The only satisfactory esplanation he would suggest was, that althoug he was personnally ignorant of his origin, yet there were those both in Europe and this country who were acquainted with it, and that Louis Pbilipp being a t that times anxious to fortify his family in power by every pObsibie means, contracting alliances with other royat Mnes of Europe, y et knew that in him existed an obstacle wich might possibly prevent the accompiishment of aU his designs and had therefore, pej'haps, deiegated his son to reveal the fact to him so as to (.seape the consequences of its eoming to!igth some other way 'p. 345). »

< Ctara.va!i. p. 405.

On pourrait se demander où tout ce monde là avait pu trouver, dans les


Williams avait attendu, dans l'espoir qu'il se produirait en Europe un mouvement en sa faveur.

Il avait probablement fait part à quelques personnes de sa bonne fortune, ce qui explique la visite que lui firent les Quakers en 1849.

Les journaux américains avaient aussi publié une note constatant que, vers 1848, un Français âgé, du nom de Bellanger, mourut à la nouvelle Orléans, et, qu'il avait t'ait, en présence de temoins, à ses derniers moments, la déclaration suivante « H était en France à l'époque de la première Révolution, et en rapport avec quelques chefs éminents du parti populaire. On n'a jamais pu savoir positivement ce qu'était devenu ie Dauphin de France on croyait généralement qu'il .était mort mais des personnes indignées des traitements cruels qu'éprouvait le malheureux enfant, l'arrachèrent des mains de Simon, et le connèrent à lui, sous la promesse solennelle de le conduire hors de France, de l'établir dans un pays où l'on n'entendrait plus parler de lui et de garder le secret. En conséquence, il avait conduit le Dauphin en Amérique et l'avait remis à une tribus d'Indiens en le confiant à la sollicitude spéciale d'un chef, qui l'avait adopté pour fils. L'enfant était devenu homme et était alors missionnaire chez les Indiens Oneida. Il se nomme Eliezer Williams. »

D'autres versions, il est vrai, contredisaient celle-là. Un couple prenant le nom de Jardin ou Jourdan (singulière analogie, pour le dire en passant, avec celui de M" Williams), mais qui n'était peut-être pas marié, la femme était élégante et possédait nombre d'objets ayant appartenu à Marie-Antoinette, notamment de la vaisselle plate aux armes royales; l'homme était grossier et mal accoutré aurait amené de France, dans l'Albany, en 1795, deux enfants que l'on tenait cachés à tous les yeux, fille et garçon. Le garçon était le plus jeune. On l'appelait monsieur Louis. Quelques circonstances auraient pu faire croire qu'il était imbécile. Il avait dû être conduit et abandonné chez les sauvages. C'est dans ces circonstances qu'un écrivain, nommé Hanson, eut, de son côté, l'idée d'aller visiter Williams, et de lui faire raconter son entrevue avec le prince de Joinville, à quoi traditions de la vieille monarchie française, le droit pour le souverain de rompre la chaîne et d'abdiquer au profit d'un étranger, oa, ce qui revient au même, d'un prince de branche cadette ?Mais il n'y regarde pas de si près.


Williams se prêta volontiers. Il lui montra en outre, précieusement conservés, des objets de toilette qu'il disait avoir appartenu à la reine Marie-Antoinette.

Hanson se hâta de publier tous ces détails dans une Revue américaine Ils furent reproduits dans une Revue anglaise 2 et dans d'autres journaux. Le prince de Joinville se trouva en quelque sorte mis en demeure de s'expliquer sur le rôle singulier qu'on lui prêtait dans cette affaire. Il le fit en effet, et, dans une lettre à l'éditeur du Monthly Magazine (n° du 9 février 1853), M. Trognon, secrétaire de ses commandements, donna un démenti absolu aux révélations comme aux propositions que lui attribuait Williams. Il n'y avait de vrai que leur rencontre sur le bateau à vapeur et leur conversation sur l'histoire des rapports entre la France et le Canada le reste était de pure fantaisie.

«. Ce passager semblait fort au courant des événements qui se sont accomplis dans l'Amérique du Nord pendant le siècle dernier. tt racontait une foule d'anecdotes et de particularités intéressantes surles Français qui prirent part à ces événements et s'y distinguèrent. Sa mère était, disait-il, une indienne appartenant à la grande peuplade des Iroquois, fidèle alliée de la France. Il ajoutait que du côté paternel son origine était française, et allait jusqu'à citer un nom que le Prince s'abstient de rapporter. C'était là ce qui l'avait mis en possession de tant de détails curieux à entendre. Un de ces récits les plus attachants était celui qu'il faisait des derniers moments du marquis de Montcalm, mort entre les bras d'un Iroqucis, son parent, à qui le vaillant capitaine avait laissé son épée. Ces détails ne purent manquer d'intéresser vivement le Prince, dont le voyage à Makinac, à Green-Bay et sur le haut Mississipi, avait pour objet surtout de rechercher la glorieuse trace des Français, qui les premiers ouvrirent à la civilisation ces belles contrées.

« Le Prince pria M. Williams de lui faire parvenir, sous forme de notes, tous les renseignements qu'il serait en mesure de se procurer et qui pourraient jeter quelque jour sur l'histoire des établissements français dans l'Amérique du Nord. De son côté, M. Williams, qui ne paraissait pas moins curieux de connaître à fond cotte même histoire, demanda au Prince de lui transmettre tous les documents qui y étaient The Putnam's Magazine, février 1853.

T/w Monthly Magazine; Phare de ~!cYo~, etc.


relatifs, et qui devaient se trouve:' dans les archives Ju Gouvernement français.

«. Tout ce qui a traita !a révélation que le Prince aurait faite à M. Williams du mystère de sa naissance, tout co qui concerne le prétendu personnage de Louis XVII, est d'un bout à l'autre une œuvra d'imagination, une fable grossièrement tissue, une spénutation sur la crédulité publique, faite on ne sait à quel propos et dans quel but'. » Pour la vérité sur la mort de Louis XVII, M. Trognon renvoyait son correspondant à l'ouvrage de M. de Peauchesne. Ni Williams, ni Hanson ne se tinrent pour absolument battus par ce démenti, et un gros volume fut publié pour soutenir non seulement la véracité de Williams dans le récit de sa conversation avec le prince de Joinville, mais la force des autres preuves venant à l'appui de ce récit. Ces preuves sont nulles prétendue ressemblance entre Eliézer et Louis XVII enlèvement opéré par les soins de Gomin et de ses amis le marquis de Fenouil, Doisy, Debierne et Liénard~. Pas le moindre indice à l'appui de cette supposition

SAVALETTE DE LANGE (1856).

Pour être plus que complet dans notre inventaire, faut-il nous arrêter des rumeurs, bien rares et bien vagues d'ailleurs, qui auraient circulé sur une certaine demoiselle Jenny Savalette de Lange, morte à Versailles le 6 mai 1856 ? Après la mort de ce personnage, et uniquement parce que l'on ne pouvait s'expliquer le mystère qui l'avait engagé à déguiser son sexe, cerHanson, p. 403.

Il The Zo~ .P;'<f:M.' Fac~! ceHKt~F M prove Me identity of Louis the MoeM<6eMfA, of France, and Me.Kee. ~M~of W~t'aMM, .M<&Mo)< crMoM~ the Indians of North America, by John H. Hanson. London, Low; NewYork Putnam, 1854, în-12 de 479 p. portrait qui n'a absolument rien de Bourbnnnien.

Que le Prince,se fût permis une espièglerie d'aspirant de marine (i) avait 23 ans) vis à vis d'un individu que sa crédulité et sa vanité lui livraient en quelque sorte, la chose n'eût pas été impossible, ont dit quelques Amérirains mais qu'une pareille mystification ait été prise au sérieux, voilà ce que personne, ni en Amérique, ni en Europe, n'a pu comprendre. Il est à remarquer que le Prince n'aurait indiqué à son interlocuteur ni comment il aurait été enlevé du Temple, ni comment on aurait été mis sur ses traces et l'on serait parvenu à le retrouver après près de cinquante ans. 3 Noms pitiés au hazard dans Beauchesne.

4 V. encore sur Williams,le C!MM<:<M<MMKeJ, 8 février 1850;-Supercheries ./<tKc/'<tM-M,Art.de.M,dePistoye.


taines gens se demandèrent si ce n'était pas un Louis XVII

travesti.

M"" Savalette de Lange, en effet, était bien et dûment un homme, ainsi qu'il fut reconnu et constaté à son décès; un homme qui, pendant plus de cinquante ans, avait porté des habits de femme, passé pour une femme dans le monde le plus aristocratique et le plus raffiné obtenu, comme femme, le bureau de poste de Villejuif surpris, comme femme, au tribunal de Versailles un jugement peur suppléer à son acte de naissance qui môme avait eu, comme femme, des soupirants à sa main, sans jamais trahir le secret de son déguisement.

Pourquoi ce déguisement, si héroïquement gardé? C'est un problème comme celui du déguisement du chevalier d'Ëon, qui restera probablement sans solution. Caprice ? spéculation sur la crédulité publique ? besoin de cacher des antécédents trop compromettants, d'échapper à la conscription, à des poursuites criminelles ? Nul ne le saura jamais.

Que certaines personnes aient eu l'idée que, sous la robe de M"" Savelette de Lange, s'était caché Louis XVII, nous n'en sommes pas surpris. Mais nous constatons que cette rumeur, qui ne prit naissance qu'après la mort du personnage et la découverte de son sexe véritable, n'a pas trouvé le moindre crédit parmi les personnes qui connaissaient le mieux l'histoire du vieux et du nouveau Versailles. Nous en avons pour garant M. Vatel, connu par ses beaux travaux historiques sur Charlotte Corday et sur les Girondins, et les témoignages qu'il a bien voulu interroger à ce sujet.

Rien dans les actes de la vie de M"" Savalette n'autorisait cette supposition. Ses papiers n'ont rien offert qui pût l'accréditer. Son intérêt eût été d'exploiter sa naissance réelle ou prétendue, comme l'ont fait tous les faux Dauphins, au lieu de la cacher. Sa figure noire, sèche, allongée, son long nez droit, n'offrent aucune ressemblance avec.ies portraits du Dauphin 1 II a paru à Versailles, en 1859, une brochure sur ce personnage, intitulée: Notice sur ~SoMM!te-/e)M'M6 connu sous le nom de Mademoiselle Savalette de ZaK~ (Henriette Jenny), par Hëvat (ou plutôt V. B*) de x-136 p. in-8", avec portrait et fac-simi)e. Elle n'éclaircit en aucune façon le problème.

M. V. Sardou a fait allusion à cet épisode dans la conversation citée dans le Figaro du 7 mars.

Un a prétendu que le couvrepied en guipure du lit de Louis XIV, au ch&*


VARNEY (VERS 1865).

Celui-là habitait rue Férou un logement plus que modeste, sous le nom de Monsieur Louis. Il était fort connu des étudiants et des grisettes du quartier. Au Luxembourg, il effrayait les femmes de ses regards de satyre. Il passait presque tout son temps dans le cabinet de lecture de M"" Morel rue Casimir Delavigne, absorbé dans l'étude des Revues. Aux malins qui l'appelaient Sire, il répondait avec un gracieux sourire. Parfois il ne dédaignait pas de leur confier comment il avait été enlevé du Temple par les soins de Pichegru, caché dans un paquet de linge sale. Un enfant rachitique acheté par Pichegru lui avait été substitué, apporté dans un paquet de linge blanc. C'était, comme un le voit, tout simplement la version de Naündorff. On l'avait remis à Joséphine version de Richemont. Il avait séjourné dans le Morbihan, chez des paysans fidèles, puis en Suisse sous la garde d'un général républicain. Ses partisans l'avaient abandonné à cause de ses idées libérales pastiche de Richemont et de Naündorff.

Pendant vingt ans, il avait donné en Belgique des leçons d'histoire. M' deTourzel l'avait fait son héritier. H attendait son heure. « Tel que vous me voyez, disait-il, j'ai quatre-vingts ans mais je n'en parais pas plus de soixante. C'est que Dieu me rajeunit de jour en jour. Vienne une Restauration, et je reprendrai toute ma vigueur et j'épouserai une fille du peuple, et par notre union. sera dénnitivement cimentée l'alliance du pouvoir royal et de la France démocratique. Et il le croyait Au physique, il avait quelques traits bourbonniens « mais, comme il portait la barbe, une barbe courte, hérissée, rude et blanche, il ressemblait à Victor Hugo. Ses cheveux étaient de la même couleur et affectaient la'même attitude ce qui faisait dire plaisamment à notre t<ouis XVII que sa tête était un drapeau blanc. Il eût été plus exact en comparant son vénérable chef à un drapeau trico' iore. En effet ce diable d homme avait les yeux d'un bleu admiteau de VersaiUeB, serait provenu de la succession Savalette. et l'on a voulu en tirer des inductions fantastiques en faveur de l'origine royale du personnage. Cette provenance fût-elle étabHe, qu'elle ne prouverait nullement que ce couvrepied aux armes royales enteuivi Louis XVII au Tem ple, en fût sorti avec lui, et l'eût accompagné dans tous les hasards de sa vie.


râblé et les lèvres aussi rubicondes qu'un manteau de pourpre. Le nez aussi était de race, mais il ~oy~oMMa~ scandaleusement. Il y aurait eu de quoi supposer, si l'on n'eût craint de )u<ntquer de respect à Sa Majesté, que Louis XVII caressait plus que de raison la « Dive bouteille. B

Ce pauvre fou s'appelait en réalité Varney. C'était un ancien professeur, qui avait imprimé, en 1817, des thèses pour le doctorat-ès-tettres, et depuis, dans la Revue Encyclopédique, des articles sur l'Homme, assez remarqués en leur temps COMTE LIGNY DE LUXEMBOURG (1867).

Ce personnage se faisait passer en Russie pour le Dauphin. Il ne se produisit point en France. Nous ne savons de lui que la date de sa mort, 1867 2.

LE TRAPPISTE (1869).

En mars 1869, les journaux reproduisirent à l'envi la nouvelle suivante

« H y a bien des années, un homme arriva, par une nuit sombre, à Bellefontaine, couvent des Frères Trappistes situé à deux lieues de Cholet. Il était accompagné d'une personne qui remit au supérieur une cassette, avec la recommandation expresse de ne l'ouvrir qu'à la mort de son compagnon, qui désirait terminer ses jours dans cet asile de paix. A cette époque seulement, on devait connaître son nom et les détails do son existence. Or, ce religieux, dont la physionomie offrait les traits frappants de la physionomie.des Bourbons, vient de mourir il y a deux jours, et il se trouve ici bon nombre de gens qui affirment que les papiers trouvés dans la cassette ont établi d'une façon authentique que le religieux qui vient de succomber est bien Louis XVII.

« Ce que je puis vous affirmer, c'est que le corps a été embaumé. que les obsèques n'auront lieu qu'à ia fin de la semaine, et que pluFigaro, 6 mars 1882, art. de Simon 8ruga.t &<peycAcWM littéraires; L!M~a<«~ /~aM(MtM contemporaine;

Gazette des Tr~MMttMic, art. de M. de Pistoye Union, 17 février 1874.

~OMHM~ d'Alençon, ii mars 1869 Figaro, 12 mars, etc.


sieurs évêques et une foule de personnes se sont déjà rendus à Bellefontaine pour voir te Trappiste, qui est exposé à tous les yeux, et auquel on attribue une si illustre origine.a

En vain, l'acte de décès du P. Fulgence' 1 protestait-il contre cette prétendue origine en vain, le nouvel Abbé crut-il devoir désavouer, dans une lettre publiée dans le ./<w~ de Cholet, les circonstances romanesques dont on avait embelli la vie et la mort de son prédécesseur; le pli était pris, et nombre de personnes dans le pays et au loin s'entêtèrent à considérer le P. Fulgence comme le fils de Louis XVI, encore que sa mort fût un démenti positif aux prophéties qui annonçaient son triomphe déSnitif, et qui avaient, il faut. bien le dire, contribué à alimenter la crédulité populaire autant et plus peut être que la physionomie Bourbonnienne ou les autres particularités matérielles invoquées par les divers Prétendants.

Enréatitë, le P. Fulgence s'appelait tout simplement Guillaume de son nom de famille. H était prêtre. Il avait professé la philosophie avec distinction. Entré à la Trappe, sa piété et son mérite l'avaient porté à la dignité d'Abbé. Des hommes considérables du parti légitimiste, qui l'avaient connu dans le monde, avaient gardé avec lui d'étroites relations, et lui faisaient de fréquentes visites qui ne contribuèrent pas peu à appeler l'attention sur sa personne. Il faut l'avouer d'ailleurs le Père Fulgence croyait fermement à l'existence de Louis XVII, et, parmi les prétendants à ce titre, il penchait hélas pour Richemont. De là, dans son langage, des réticences et des précautions mystérieuses qui exciActe de décès de Guillaume (Alexandre). 28 février 1869. L'an mil huit cent soixante-neuf, le premier mars, a été dressé l'acte de décès du nommé Guillaume (Alexandre Joseph), prêtre, domicilié à l'abbaye de Bellefontaine, commune de BégroHes, canton de Beaupréau, arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire), décédé au dit Bellefontaine le vingt-huit février mil ltuit cent soixante neuf, à dix heures du soir, âgé de quatre-vingt-trois &ns, né (le 9 novembre mil sept cent quatre-vingt cinq) à Glenac (Morbihan), fils des défunts Joseph Guillaume et-Julienne Morin. »

Extrait des registres de la Mairie de B<roMM.

s Le visage du P. FulTenoe offrait un type Bonrbonnien très marqué, qui aida beaucoup au succès du portrait photographié que l'on répandit après sa mort, et quin'étaitpeut-être qu'une spéculation. « La fantaisie qui afait du P. Fulgence Louis XVH, n'était basée que sur le nez charmant (~'0 et tout bourbonnien du Saint Trappiste (V. de Stenay, p. i60). » Le même auteur ne se gêne pas pour en faire un intermédiaire entre le Pape et Nauudorff, en 1848.


taient la curiosité de ses interlocuteurs. La mort de Richement et de ses compétiteurs, en donnant un démenti aux prophéties dont se nourrissait la confiance du P.Fulgence,l'attrista profondément. Il garda sa foi dans inexistence de Louis XVII, mais sans oser la propager,également embarrassé pour accueillir ou pour repousser les confidences des fidèles, répondant par un sourire triste et muet à leurs questions, même à celles qui le concernaient personnellement, et ajoutant ainsi, sans le vouloir, à l'intérêt mystérieux dont il était l'objet et qui se manifesta surtout après sa mort. Tels sont les renseignements que nous avons puisés dans le pays même, aux sources les plus respectables, et dont nous pouvons affirmer l'authenticité.

GRUAU (1872).

Nous avons vu que Gruau, après avoir défendu la cause de Naündorff et deses enfants avec un courage et une ténacité dignes de meilleurs clients, avait fini par perdre le peu qui lui restait de cervelle, et par s'imaginer qu'il était lui-même Louis XVII. Exemple à ajouter à l'histoire des maladies ou des manies contagieuses Bréda fut le théâtre de ses revendications. Il couvrit de ses affiches les murs de cette ville. Il publia même, dit-on, une brochure pour exposer ses droits et en envoya un exemplaire au comte de Chambord, alors en voyage en Hollande, qui rit beaucoup, mais refusa absolument d'abdiquer en faveur de son cousin 1.

LE FRÈRE VINCENT (1873).

Ce frère Vincent, âgé de 86 à 87 ans, qui parcourait, paraît-il, les environs d'Uzèz, en 1873, passait dans un petit comité de fervents, parmi lesquels il faut compter un M. de Castille et le curé de T* sur R* pour le véritable Louis XVII. « Vous seriez étonné, disait celui-ci, de ce tout ce qu'il nous a confié et des documents et pièces authentiques qu'il porte avec lui et qui La Liberté et autres journaux, commencement de mars 1872. La lettre du correspondant spécial de la ~<'&ey<eest datée de Bréda, 4 mars. Seserait-il trompé, en faisant du pauvre Gruau un messie au lieu d'un apôtre, un Richard au !ieu d'un Biondel? La chose est peu probable. Elle prouverait dans tous les cas & quel point de discrédit étaient tombés les deux personnages, pour qu'on pût les confondre l'un avec l'autre. v


seront peut-être bientôt mis au jour » Rien n'a paru. Ce sont des sectateurs de Richemont, qui, Richemont mort, se sont lancés à la poursuite de ce nouveau fantôme.

LA HOCtE(1882).

Le dernier des candidats au rôle de Louis XVII aurait été un nommé La Roche, mort aux environs de Savenai, en 1872. Nous disons candidats, et nous ne sommes pas sûr qu'il eût avoué l'abus qu'on a fait de son nom; ce nom de La Roche est, lui aussi, plus que douteux enfin, l'existence même du personnage n'est nullement certaine. S'agit-il ici d'une mystification qu'un écrivain fantaisiste aurait infligée aux éditeurs et aux abonnés de, la Nouvelle Revue? Aurait-il été mystifié lui-même par des correspondants facétieux? Nous ne savons, et au fond, il irsport~ assez peu.

La vérité est que M. Nauroy s'est fait le promoteur, l'inventeur d'un nouveau Louis XVII, dont les titres, il faut bien le dire, sont au-dessous de ceux mêmes de ses devanciers, et que les raisons par lesquelles il les soutient, et que nous sommes condamné à discuter sérieusement, bien que déjà démenties par d'imposantes protestations, ne soutiennent pas un instant l'examen

Dans la Nouvelle Revue du 15 février 1882 (p. 758-773), M. Nauroy publiait, sous ce titre assez affriandant Le vrai Louis XVII, une étude où il affirmait solennellement qu'il avait retrouvé ce vrai Louis XVII.

<! Des che& Vendéens, disait-il es forme de conclusion, qui furent Stenay, Louis XVII ceM~e, p. 24.

Pendant que nous imprimions notre travail, M. Chantelauze complétait celui qu'il avait donné dans le Figaro du 19 février 1888, et publiait dans le CtMVMpMM!~ (10 et 25 août) une étude des ptus intéressantes, o~ non seulement il réfute d/b~d leaystème de M. Nauroy, mais où il réunit toutes tes preuves qui établissent jusqu'au dernier degré d'évidence la réalité de la mort au Temple du jeune Louis XVII. Cherchant tous deux la vérité avec la même sincérité et la cherchant aux mêmes sources, nous nous sommes nécessairement rencontrés sur beaucoup de points. Toutefois, M. Chantelauze ne discute que le personnage de La Roche, tandis que nous avons évoqué tous tes autres faux Dauphins, exposé leurs systèmes, fait ressortir le. insanités et tes mensonges dont ils fourmiHent, et cherché dans le rapprochement et la comparaison, la condamnation de tous et de chacun.


mêlés à l'évasion de Louis XVII, Charette fut fusillé en 1796, Frotte en 1800. et Puisaye mourut déconsidéré en Angleterre en 1827. Dès lors, le malheureux Dauphin, plein d'inexpérience, repoussé par les siens, n'avait plus que deux alternatives ou l'obscurité, ou tenter de prendre sa place da vive force, au risque de passer pour un imposteur. Mais il n'était pas de taille à jouer ce dernier rôle. C'était, me dit-on, un homme fort ordinaire, et la lutte l'effrayait. Il préféra l'obscurité. Quand arriva la Restauration, sa sœur la duchesse d'Angoulême veilla à ce qu'il fût abondamment pourvu du côté delafortune. Il vit donc défiler sans mot dire tous ceux qui se donnèrent pour lui jusqu'à Naündorff, son ancien valet de chambre, qui essaya d'exploiter son secret qu'il avait surpris. Il garda ce secret douloureux, et dut sonifrir cruellement. Le pire est qu'il a souffert longtemps, car il n'est mort qu'en 1872, aux environs de Savenai (Loire-inférieure), dans ce même département où est venu mourir quatre ans plus tard Amybrownqui, elle aussi, eût pu être reine de France Il avait quatre-vingt sept ans. »

M. Nauroy se garde d'indiquer aucune circonstance, aucun détail qui établisse l'identité de son personnageavec Louis XVII. Hervagault, Bruneau, Richemont, Naündorff invoquaient, du moins, pour démontrer la leur, des pièces fausses il est vrai des témoins -faux aussi; des signes corporels, des particularités personnelles.Pour La Roche, on s'en dispense.Pas un détail sur les circonstances de sa vie pas un mot sur ses rapports prétendus avec Naündorff, son valet de chambre, -que l'on suit en Allemagne pas à pas, jour par jour, jusqu'au moment où il arrive en France, non pas laquais, mais prétendant et demi-Dieu; pas un témoin déposant en sa faveur.

Ce sans gêne rappelle un peu trop le mot du Médecin malgré lui « Cela était autrefois ainsi; mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle. »

Mais, ce qui est un peu plus sérieux, il n'est mort,ni à Savcnai, ni dans les communes environnantes, ni en 1872, ni dans les années qui ont précédé et suivi. ni & l'âge de quatre-vingt-sept ans, ni à un âge se rapprochant de celui-ci, ni sous le nom de La Roche, ni sous tout autre, un individu qui puisse être le prétendu La Roche. Cela résulte de la manière la plus positive des vérifications faites avec le soin le plus minutieux au. greffe de


Savenai par M. Gustave Bord, dont on connaît la loyale et scrupuleuse exactitude'.

M. Nauroy, mis au pied du mur, n'a pas même essayé de r épondre sur ce point.

En reprenant quelques-uns des arguments généraux contre la certitude de la mort du jeune Dauphin, si discrédités dans la bouche des faussaires Hervagault, Bruneau, Richemont et Naündorff, les a-t-il du moins fortifiés par quelque raison nouvelle? En aucune façon. Comme ses devanciers, il prétend qu'aucun des gardiens du Temple ni des commissaires de surveillance, qui changeaient tous les jours, n'était à même de constater l'identité du prisonnier asssertion bien plus que hasardée, et même démentie par un document formel que nous allons publier. en appendice. 11 s'étonne qu'un enfant qui n'était pas scrofuleux, le soit devenu, ne voulant tenir aucun compte du régime absolument délétère auquel ce malheureux enfant avait été soumis, de ce que la maladie, en un mot, ait pu changer un malade. Il invoque la lettre du baron Thierry, dont nous allons voir l'insignifiance. I! suppose un concert entre Charette, Frotté et Puisaye, pour faire évader le Dauphin, et nous le défions hardiment de produire l'ombre d'une preuve à l'appui de ce concert prétendu entre ces trois hommes, séparés par la distance des lieux, par les difficultés de la guerre et par de mutuelles préventions. Tous ceux qui ont étudié à fond l'histoire de la Vendée savent cela. Il afHrme que « la substitution eut lieu par les soins de Frotté qui emmena le Dauphin en Vendée » et sur ce point il est démenti par les dates, par les faits, par la parole de Frotté lui-même. On doit lui savoir gré d'avoir donné le texte complet des déclarations de la veuve Simon, que l'on ne connaissait que par des extraits. Elles se retournent contre ceux qui les invoquaient. Elles prouvent péremptoirement que cette femme ne prit aucune part à cette évasion prétendue dont on la faisait la complice et l'instrument, qu'elle n'a connu même aucune des personnes qui Lettres de M. Bord dans la Gazette de France des 22 février et 2 mars; Lettres particulières des 20 février et 2 mars; Figaro, 22 février. M. Nauroy, dans les Secrets des BoMr&otM, où il reproduit presque littéralement.son premier récit, ne fait aucune allusion à cette constatation si importante. L'a-t-il donc ignorée? Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut penser de son Louis-Philippe, le vieillard de l'hospice de Savenai.


y auraient coopéré. C'est ta l'important. Quant à sa croyance, plus ou moins sincère, à l'évasion, fondée uniquement sur ce qu'elle aurait vu, la veille du jour où se répandit le bruit de la mort du Dauphin (c'est-à-dire sans doute le jour même de la mort),passer près de l'École de chirurgie, très loin du Temple, la voiture du blanchisseur de cette prison, sur cette prétendue entrevue aux Incurables avec l'inconnu qui lui aurait fait un signe, ce sont des rêveries de vieille femme, qui vont de pair avec sa prétention d'avoir été la protectrice et l'ange tutélaire des enfants du Temple.

L'enlèvement de la veuve Simon et sa détention à Bicétre, la disparition du nommé Caron sont des insinuations, des hypothèses, et rien de plus.

M. Nauroy a bien essayé de placer son travail sous le patronage d'un nom, « que personne, dit-il, ne récusera, » celui de de Sèze. Ce sont les « révélations mêmes de de Sèze qu'il annonce à ses lecteurs, révélations qui ne porteraient pas, hâtons-nous de le dire, sur la naissance royale du prétendu La Roche, mais uniquement sur le fait de l'évasion de Louis XVII. Avant d'examiner à quoi se réduisent ces prétendues « révélations, avant de constater le démenti positif, absolu, que la fam'Ue de Sèze y a opposé, il convient peut-être de faire remarquer,au point de vue des droits et des devoirs de la critique historique, que l'autorité du témoignage de de Sèze, toute puissante, sans doute, s'il s'agissait de faits dans lesquels il aurait joué un rôle personnel, perd presque toute son importance du moment où il ne serait plus question que d'un récit qui lui aurait été fait et qu'il aurait lui-même reproduit, ce récit n'ayant que la valeur, fort hypothétique, que pouvaient y prêter le caractère de son auteur primitif, son rôle dans la prétendue évasion et les circonstances dans lesquelles il s'en serait entretenu avec de Sèze, caractère, rôle et circonstances également inconnus. La confiance même que de Sèze aurait pu accorder à son interlocuteur prouverait en faveur de sa crédulité ou en faveur de l'habileté de celui-ci, mais n'établirait nullement que ce récit fût nécessairement exact de tout point.

Or, personne, pas même M. Nauroy, n'a jamais eu l'idée de prêter un rôle actif et personnel à de Sèze dans les faits qui auraient précédé, accompagné ou suivi l'enlèvement de Louis XVII.


Defenseur de Louis XVI, il avait pu entrer au Temple pour conférer avec son royal client. Après la condamnation, il n'y remit pas le pied. H se retira d'abord chez M. de Malesherbes, puis à Brévannes (Seine-et-Oise) où il avait une maison. C'est là qu'il fut arrêté le 20 octobre 1793, pour être emprisonné à La Force, ensuite à Picpus. II ne recouvra sa liberté qu'après le 9 Thermidor, et reprit l'exercice de sa profession d'avocat, étranger à toutes les menées politiques, et n'ayant eu, pendant les quelques mois qui restaient encore à vivre au malheureux Dauphin, aucun rapport avec lui'.

M. Nauroy en convient implicitement. a Voici, dit-il, ce que nous tenons d'une personne qui tenait la vérité de M. Etienne Romain, comte de Sèze, président de la cour d'appel de Paris pair de France, mort le 22 avril 1862, assez avant dans l'intimité de Charles X pour être allé à Holyrood dans les premiers temps de l'exil qui suivit 1830. M. de Sèze lui-même tenait la vérité de son père, le défenseur de Louis XVI, auquel elle avait été confiée sous le sceau du secret, »

D'anneau en anneau, nous remontons ainsi, non pas au récit d'un acteur, d'un témoin de l'enlèvement, mais aux commérages d'un inconnu, auquel de Sèze aurait fait un jour l'honneur de Fécouter d'une oreille plus ou moins curieuse, mais non celui de le prendre au sérieux.

Nous en avons trois preuves

1" La délicatesse des de Sèze, qui ne leur aurait pas permis de révéler le secret ainsi confié à leur discrétion

2' Leur dévouement à la Restauration, à Louis XVIII, à Charles X, qui aurait fait de ces nobles cœurs les misérables complices de la plus odieuse des intrigues pour dépouiller et proscrire le véritable héritier du trône

3° La protestation de leur digne représentant, chef actuel de la famille, le comte de Sèze qui, dans une lettre du 22 février adressée au Paris-Journal, et reproduite dans diverses feuilles 3, s'exprimait ainsi

Détails empruntes à l'article sur de Sèze écrit par un membre de la famille pour la Biographie Michaud, Supplém. V SÈZE (de;. ~Président de chambre seulement, comme le reconnaît M. Nauroy dans les Secrets.

3 Notamment dans la Gazette de France du 28 février.


Monsieur,

Le n" du Paris-Journal du 10 février dernier renferme un compte rendu du travail de M. Nauroy sur Louis XVII, dans lequel se trouvent les ligaes suivantes

« La vérité serait parvenue enfin à l'heureux écrivain de la Nou« velle Revue par la confidence de M. de Sèze, le pair de France et le « fils du célèbre défenseur de Louis XVI. Ce dernier, comme madame « la duchesse d'Angoulême, était dans le secret de l'existence du « Dauphin, mais avait juré de ne jamais le trahir, »

« Permettez moi de venir protester contre cette assertion, qui est absolument contraire à la tradition de notre famille. Dans toutes les occasions possibles, mon grand-père a manifesté sa croyance à la mort de Louis XVII, alors qu'il était encore enfermé au Temple (croyance qui était aussi celle de son père, le défenseur du roi Louis XVI), et il a toujours refusé de discuter même la possibilité de l'évasion du Dauphin.

K Madame la duchesse d'Angoulême pensait de même, et plusieurs fois elle a amrmé à mon grand-père qu'elle savait son frère mort au Temple, et que, d'ailleurs, jamais aucun de ceux qui se disaient Louis XVII n'avait osé se présenter devant elle, sûr d'être reconnu pour un imposteur.

« J'espère, monsieur, que vous pourrez insérer cette petite rectification dans un des prochains numéros de votre journal, et vous prie Je recevoir l'assurance de m~ considération distinguée. « COMTE DE SEZE,

27~ quai d'Orsay. »

Veut on savoir comment M. Nauroy a repoussé ce démenti ? & C'est un calcul légitimiste »

Que répondre à une pareille réponse?

Sera-t-il donc permis, en histoire comme en loyauté, de prendre le premier nom venu illustre ou obscur, il importe peu Royaliste ou Républicain, il n'importe pas davantage; de prêter sur un point quelconque, à celui qui le portait, les idées les plus contraires à son attitude, à son honneur même, et cela sans aucune preuve, sans aucun indice et, démenti par sa famille, confidente et gardienne de sa pensée véritable, de répliquer: < C'est une tactique légitimiste. ou républicaine?. » FcM'M-VQMftM~, février i882 Les Secrets, p. 100.


Mais voici que, dans ces derniers temps, depuis même l'impression de son volume, on lui aurait communiqué l'acte de décès, à l'hospice de Savenai, 9 janvier 1878, d'un nommé « Louis-Philippe nëà âgé de domicilîéà fils de m et il en fait suivre la publication de ces observations a Cet acte est contraire à plusieurs prescriptions du code civil il est à peine besoin de le faire remarquer. On l'a rédigé évidemment pour dissimuler l'identité du défunt. De plus, l'en-droit où l'identité d'un mort, surtout d'un pareil mort, est le plus facile à dissimuler, est évidemment un hospice dirigé par une religieuse supérieure dans une humble ville de 2,200 habitants. Il y a bien des raisons de croire que nous sommes en présence de l'acte de décès de Louis-Charles de France, fils de Louis XVI et de Marie Antoinnette, né à Versailles le 27 mars 1785.s »

Nous laissons de côté ce qu'il y a de hasardé dans ces insinuations, qui pourraient être qualifiées légalement d'une façon plus sévère, contre la supérieure de l'hospice, contre l'administration municipale, contre les témoins qui figurent à l'acte du 9 janvier, auteurs ou complices d'une contravention, d'un délit ou même d'un crime par suite de l'irrégularité ou de l'altération de cet acte; contre les magistrats chargés d'en vérifier la régularité et de poursuivre les coupables, et qui n'auraient rien fait ni pour les atteindre, ni même pour le faire compléter.

M. Nauroy doit savoir qu'on ne peut insérer dans un acte de décès que des énonciations positives et certaines. Quand l'autorité municipale est appelée à constater le décès d'un inconnu, comment veut-il qu'elle indique son nom, ses prénoms, son âge elles noms de ses parents ? '1

S'il avait pris la peine de se renseigner auprès de l'administration de l'hospice ou du maire de Savenai, il aurait su ce que nous avons appris nous-même

1" Qu'un pauvre idiot avait été abandonné à la porte de cet hospice, en janvier 1881;

2o Qu'on n'avait jamais pu en tirer aucun renseignement sur son ancien domicile et sa famille, ni s'en procurer d'un autre côté

3° Qu'il ne répondait à toutes les questions que par les mots Louis-Philippe »

4° Qu'il paraissait âgé de soixante-douze ans au plus.


Louis-Philippe est-il donc le La Roche exhumé par M. Nauroy ?

Non, puisque M. Nauroy, en parlant de La Roche, ignorait encore l'existence de ce Louis-Philippe;

Puisque La Roche, selon lui, « était abondamment pourvu du côté de la fortune (p. 103) »

Puisqu'il en fait, non pas un idiot, mais un philosophe et un sage;

Puisque La Roche aurait été plus âgé d'environ quinze ans que ce pauvre malheureux

Puisqu'enfin M. Nauroy lui-même n'ose pas affirmer leur identité.

Il y a donc, dans l'évocation de ce Louis-Philippe comme Dauphin, le dernier coup de grâce aux prétentions de La Roche, l'aveu que son individualité comme prince ou même comme homme est absolument chimérique.

Et quant à ce Louis-Philippe lui-même, faudra-t-il chercher dans chacun des vieillards inconnus, idiots, gâteux, qui meurent chaque année par centaines dans l'obscurité de nos asiles ou de nos prisons, autant de Louis XVII?

La réflexion générale de M. Nauroy K Si l'enfant mort au Temple avait été réellement le Dauphin, les faux Louis XVII n'auraient pas eu autant de fervents, » avait été déjà faite par M. Louis Blanc, et n'en est pas plus vraie. La raison et la vérité ont des bornes la folie et l'erreur n'en ont pas.

J'aime mieux terminer cette revue des faux Dauphins, en disant de mon côté

S'il y avait eu un véritable Louis XVII évadé du Temple, il n'y en aurait pas eu tant de faux.

Chacun des prétendus Dauphins, moins La Roche toutefois, a eu pour lui certaines ressemblances physiques avec le véritable Louis XVII, et le témoignage de ceux qui, sur la foi de ces ressemblances, disaient le reconnaître. mais il a eu contre lui toutes les ressemblances, toutes les reconnaissances invoquées par ses confrères en imposture. A quoi donc se réduit son lot? 2


vin

FROTTÉ.

Nous avons vu que tous les imposteurs qui ont pris le nom de Louis XVII nous ne parlons, bien entendu, que de ceux qui ont prétendu avoir été tirés du Temple et qui ont présenté un récit, un système à l'appui de cette prétention, et non des pauvres fous qui se croyaient tombés du ciel tous, à l'envi, Hervagault, Richemont, Naündorfi, La Roche (ou plutôt son représentant, M. Nauroy), avaient cité Frotté comme l'agent principal de leur délivrance. C'est Frotté qui avait gagné leurs geôliers, qui s'était procuré l'enfant destiné à les remplacer, qui avait organisé la substitution, qui les avait reçus à la sortie du Temple et conduits en Vendée.

Eh bien! tous mentaient impudemment: Hervagault, Richemond, Naùndortr, La Roche et, sur ce point capital, leurs partis?.~s, leurs avocats, leurs panégyristes se trompaient ou cherchaient à tromper grossièrement le public.

Plus absurde encore, s'il est possible, était la version qui présentait Frotté, non pas comme ayant conduit le Dauphin évadé à Charette, mais comme « l'ayant, lui-même, reçu en Vendée ? » en Vendée, où il ne commandait pas, où il ne mit pas le pied depuis son arrivée en Normandie 1

Frotté est nécessairement et absolument étranger a l'évasion prétendue. Un simple rapprochement de dates suNt pour le prouver, et nous avons même sur ce point son propre témoignage.

Une première réflexion se présente, qui aurait dû frapper tous les esprits sincères.

Frotté n'aurait pas manqué de s'ouvrir à ses frères d'armes et d'opinion, soit de ses efforts inutiles pour arracher le Dauphin Ctaravati, p. 550,552. C'est un chevalier d'Otby, conseiller de S. M. le roi de Bavière, c'est Bremond, Montciel, l'abbé Tharin qui attestent ce détait sur la foi de Richemont,qui, il faut bien le reconnaître, n'a jamais rien dit de tel; mais ils acceptaient et répétaient naïvement, sans le vérifier ni même te comprendre, tout ce qu'ils entendaient de sa bouche ou croyaient entendre.


a l'aSreuse prison du Temple, soit du succès qu'ils auraient obtenu, et de leur révéler l'existence du jeune Prince pour la cause duquel ils combattaient.

Il ne le fit jamais. Ni dans ses nombreuses lettres imprimées ou manuscrites, ni dans ses épanchements les plus intime? il ne prononça jamais un mot qui trahît son secret. Ce secret si important pour son parti, il l'aurait emporté avec lui. Après avoir risqué sa vie pour sauver son jeune maître, il n'aurait rien fait pour faire reconnaître ses droits, et serait mort complice de la plus odieuse et de la plus sacrilège usurpation J

On peut même noter cette circonstance, c'est que, si quelquesuns de ses anciens officiers, Le Chandelier notamment payèrent un instant leur tribut à l'engouement général pour les faux Dauphins, ce fut longtemps après sa mort et au profit du plus méprisable et du plus décrié de la bande, Mathurin Bruneau, qui fut si vite délaissé par ses partisans les plus fanatiques et qui, comme nous l'avons vu, n'était qu'un fou doublé d'un escroc.

Voyons maintenant les dates.

Nous savons que les époux Simon quittèrent le Temple le 19 janvier 1794.

Où se trouvait Frotté en ce moment?

Il nous le dit lui-même dans ses ~/p~MM'<M', ou plutôt dans le canevas qu'il avait dressé pour les rédiger plus tard 3. Décourage, humilié par l'intention que manifestaient les Alliés de faire la guerre à leur profit et non pour le rétablissement de la monarchie en France, par leurs procédés injurieux vis-à-vis des émigrés, et notamment par la substitution du drapeau autrichien au drapeau blanc dans les lignes de Wissenbourg que ces derniers venaient d'emporter (13 octobre 1793;)enûammé par les récits lointains des exploits des Vendéens, il avait conçu Voir sur ce point les Mémoires de Billard de Veaux (dit Alexandre), un des chefs de division de Frotté, dont il existe deux éditions fort différentes, chacune en 3 vol. in-8"; tes JMëntO!'rM manuscrits, et que nous avons pu consulter, de Moulin (Jtf;c~e~), son adjudant-major et son confidentle plus intime, de M. de M., son aide de camp et de Médavy, un autre de ses officiers. Billard, t. Il, p. 262.

3 Ce canevas, écrit en entier de sa main, forme deux cahiers in-4 et est conservé au château de Couterne (Orne) où, grâce à la délicate obligeance de M. le marquis de Frotté, nous avons pu le consulter avec toute facilité.


le projet de venir, lui aussi, combattre en b'rance. Il avait doue quitté l'armée (le Condé !t la fin d'octobre, et était passé en An-~ g!eterre. H s'était fait attacher & i'cxpédition do lord Moira, qui devait apporter des secours aux Vendéens quand ils se seraient rendus mattras d'un port sur la Manche mais un retard dans les ordres do débarquement et les vents contraires avaient retenu la flotte & Portsmouth jusqu'au i" décembre, et, des le ~novembre, les Vendéens, qui avaient poussé une pointe sur Granville dans l'espoir d'y recevoir les secours promis, avaient été l'urcéa de lever le siôgo et de rétrograder vers la Loire. Lord Moira, aprôs une croisière inutile do t~elques jours, avait dû regagner les ports d'Angleterre avec tout son monde. Pendant toute l'année i7U4, Frotté était resté Londres, désespère de son inaction, et s'épuisant en combinaisons inutiles, soit pour rejoindre les insurgés avec une mission du gouvernement anglais, soit pour sauver les Orphelins du Tempie. 11 est certain, en effet, qu'il s'était vivement préoccupé des moyens do les délivrer, do concert avec une dame A.tkyns l, qu'il avait connue jadis~t Lille et qu'il avait retrouvée en Angleterre; quelques rumeurs avaient pu en circuler dans leur entourage, et de là peut-être la légende qui mêle son nom tousies prétendus enlèvements de Louis XVII. Mais la preuve qu'il n'avait pu réaliser son projet en janvier i794, c'est non seulement qu'il était alors en Angleterre, mais que, plusieurs mois plus tard, il s'en occupait encore.

e Htto (M' Atkyns) m'onrro, disidt-u, les dobri~ do sa forhjno, un vaisseau, des armes et dos munitions pour, à l'insu de son Gouvernement, rejoindre tes Roy.distos qui ignorent sans doute qu'il n'est pno impossible à la Sdéiité de pénétrer dans ios cachots oh sont enfermés le fils et la fille de leur Roi, et dont il existe des moyens do briser les chaînes. Enfin, lorsque cet être respectable veut mo remettre les <Us par lesquels je puis arriver dans cette Tour fatale qui M" Atkyne habitait Lille avant la Révolution. C'est là qu'cUo avait connu Frotté, atora officier au Régiment de la Couronne, dont elle portageait et excitait mêmato z&lo royaliste. RMe parvint & pénétrer dans ia Tour du Temple, .)<tsqu'aupt'~8 de la malheureuse Reine. Elle voulait changer de vêtons nts avfo elle et la faire évader en prenant sa place.' M. Imbet't de Saint-Amand a ignoré ce trait de dévouement, bien digne de figm'ar dans son intéressant récit des dernières années de la Heine (Correspondant <t880). ~lestquostiond'oHe à plusieurs reprises dtmaloB.M~M~'M d'Auguste Môvee dont noue avons parM ci-dessua.


renferme t'augusto innocence, quelle &mo pourrait être asaox insensible pour no pas tontor do la sauver ou de purir pour o!'e, surtout lorsqu'à cas moyens, paut-ëtra incertains, j'en puis ajouter moimôme, dans ma province, qui m'assurent dans tous los cas, si je no puis délivrer le sang do mes maitraa, do pouvoir au moins y réunir do nombreux sujets M~ios qui brûtent d'imitor les braves Vondéons ? P Los Républicains ne pourraient résister à Fontbousiasmo dos Royaiistos nombreux, si tous ceux qui souu'ront veulent prondro )os armos, ot qu'il soit possible d~ leur rondro le jouno Roi au miUon da leurs rangs, co qui ne pout me paraftrc impossibio, si los comptes qu'on rendont los asonta employés jusqu'ici corrospnndro avec )a Tempto n'ont pas trompa ma bonne foi

Il est donc certain qu'au mois de mat 1794, le jeune prince n'était pas sorti du Temple, puisque l'on songeait à t'en faire sortir, et que Frotté n'avait pu faire encore aucune tentative ex sa faveur.

L'année i794 s'écouta Frotté est toujours en ~ngtoterre l'enfant est toujours au Temple, et la preuve qu'il n'a pu le délivrer, c'est qu'aux Conférences do la MabUais qui eurent lieu en mars et avril i795, etauxqueUes il assista, en qualité de déiégué des chefs royalistes il se préoccupe encore de son sort, et ne pouvant le rendre a la liberté, songe a s'enfermer avec lui dans sa prison. Laissons du reste Frotté raconter tu'-m6mo à M' Atkyns ses déceptions sur ce point; sa lettre est datée de Rennes, 10 mars 1795

« No pouvant positivement prévoir comment tout ceci finira et ne pouvant pas plus faire la guerre tout seul, si tout le monda fait ta p.x, que je ne veux signer de trait4avoo les réfricides, ni retourner on Angleterre s«ns avoir tenté du moins d'effectuer ce qui m'a ~M 'S'<?tt<tM!M<.t sur ~.t n 'oeMt'M de faire MMe ~~ttioe qui c/MM~a /%tce des a~t'rM de 2!'M;tc~ ~'aoa~a.'yc da notre jeune Roi, des Princes,

~ef.0)/«<t'f)(C!6M<(M ~Mt COM&<!«Ctt< ~0!t'M<<e«)' ot<<e C0HM ~M< MM<

~Ht<f~<<<, mM i794. Ma. [mtog!'<tph<! aax arohivea de Couterne. Noua ti'ana-

dmi~rdf, mai 1794. Ma, llutOgl'I.\pl10 aux archives de Coutorns. Nous trana-

cnvona littéralement.

Frotté n'avait pu d6b tr~uar pour la p)'<'miére fois en France, qu'au commencement de février {795. Il avait pris terre on Bretagne. La Normandie n'étMt pas encore Mutevée. Les chefs Bretons t'envoyèrent Auprès de Charette, qui venait de signer la paix de la Jaunaye, pour ae renMigticr sur les causes qui l'avaient décidé, et à son retour, tirent & Frotté l'honneur de le choisit pour un de leurs sept del6gUM,ehMge<detr&itep avec les réprésentants de la Convention.


fait venir ici, j'avais un projet dont l'impossibilité et l'inutilité de i'exé* cution, dont j'ai eu l'assurance formelle, me prouve encore bien clairement que vous aviez été bien cruellement abusée dans les rapports qu'on vous a faits sur le sort des bien chères et trop malheureuses victimes du Temple. Un des plus prépondérants des quatorze députés insistait pourque je lui donnasse un moyen de faire quelque chose pour moi qui pût me rapprocher d'eux. J'en profitai pour m'ouvrir à lui sur la seule chose que la Convention pût m'accorder, et à Jaquelle je mettrais un grand prix si la paix se concluait. Il me fit les plus beiies promesses, et ouvrit des yeux d'étonnement que je ne puis vous rendre, lorsque je lui dis que, dans cette circonstance, la seule place qui convînt à mes principes, à mon cœur et à mon caractère, était dans le Temple, pour y servir le reste infortuné du sang qui régna sur la France 1 (notez que celui à qui je parlais n'avait pas voté la mort du Roi). Il me fixa quelque temps sans me répondre, et j'en profitai pour appuyer ma proposition de toutes les raisons qui pouvaient être les plus compatibles avec les sentiments d'honneur, d'humanité et de modération philantropico -~epMM:'c<KHe qu'affectent les députés depuis a chute de Robespierre. Enfin, il rompit le silence en me disant « Votre proposition mérite réflexion, nous ne sommes pas seuls ¡ « demain nous nous reverrcns chez moi, si vous voulez, et je vous « répondrai franchement, a

« Je le revis le lendemain,et après m'avoir fait plusieurs ob.ections, d'un air assez ému, il me dit « Écoutez; ce que vous demandez n'est « peut-être pas impossible à obtenir, parce que nous voyons fort bien « que vous avez de l'ascendant parmi les députés royalistes et que '< vous pourriez accélérer la fin des Conférences en faisant le contraire « de ce que vous faites, d'autant mieux que la Convention désire « fort qu'elles ne se prolongent pas davantage et que tous les Chefs « signent le Traité ie plus tôt possible mais je trouve votre dévoue« ment du moins respectable, et comme les choses, quoique vous « puissiez faire, n'en iront pas moins comme nous voulons, plus ou « moins promptement, je dois vous dire la vérité, parce que je crois w pouvoir compter sur votre discrétion. Votre sacrifice serait inutile. « Vous en seriez sûrement victime, et ne pourriez dans aucun cas « servir à rien au fils de Louis XVI. Sous Robespierre, on a tellement Hue, ancien officier de la Chambre du Roi, et que Louis XVI, après le idaoût, avait appelé auprès de sa famille, sollicita, de son côté, du Comité de Sûreté générale, la faveur de s'enfermer de nouveau avec le jeune Prince et de lui donner ses soins. Sa demande fut rejetée sous le prétexte que les commissaires du Temple le soignaient (Dernières années du règne e<a!e~!Meafe~<M<MXV7,p.857.)


« dénaturé le physique et le moral de ce malheureux enfant, que l'un « est entièrement abruti et que l'autre ne peut lui permettre de « vivre. Ainsi, ranoncez à cette idée dans laquelle j'aurais vrai« ment bien du regret, par intérêt pour vous, de vous y voir persis« ter, les choses étant au point où elles en sont, car vous n'avez pas « d'idée de l'appauvrissement et de l'abrutissement de cette petite « créaturo. Vous n'auriez en le voyant que du chagrin et du dégoût, « et ce serait vous sacrifier inutilement, car vous le verriez infailli« blement mourir bientôt, et une fois au Temple, vous n'en ressor« tiriez peut-être jamais. etc., etc., etc. »

« Je n'ai pu qu'être parfaitement content de cet homme, et je ne lui soupçonne pas le cœur coupable sans ressource. Pauvre malheuroux enfant vous voyez, mon amie, combien on vous a trompée depuis longtemps et combien le grand homme' a trompé M Pitt, s'il est vrai qu'il l'ait assuré qu'il pourrait l'avoir en son pouvoir, etc., etc. D'après ces détails, si je n'ai pas été trompé, l'histoire de cette conversation sur les dispositions du général Canclaux sur le troc qu'on a fait de l'enfant, etc., etc., tout cela sont des contes, ou la Convention veut faire périr l'enfant qu'elle a mis à la place du jeune Roi, pour se réserver la ressource de faire croire que ce dernier n'est pas le véritable et n'est que supposé. L'avenir nous développera tout cela. Je n'ai pas fait part de mes observations à mon député, mais j'en ai profité, ainsi que de ce qu'il m'a dit, pour renoncer à ce projet et chercher d'autres moyens plus efficaces de venger et de servir mon pays et mes maîtres. a »

On voit par cette lettre, tout à fait confidentielle, qu'en 1795, en Angleterre comme en France, circulaient ces bruits d'enlèvement du Dauphin, de substitution d'enfant que nous avons déjà signalés. L'entourage de Puisaye se vantait, paraît-il, de disposer de puissants moyens pour obtenir ce résultat. 1 Puisaye, évidemment.

Allusion aux jactances et aux indiscrétions de Puisaye qui, ancien camarade de Canclaux, s'était vanté de le rallier à la cause royaliste. M lui avait même écrit à ce sujet une lettre où il lui disait « Voulez-vous être Monk, Custine, Pichegru ou Canclaux ?f Cette lettre fut interceptée et n'eut pour effet que de rattacher Canclaux plus étroitement à la cause de la République. (Mémoires de Puisaye, 1.111 L. de La Sicotière, Une UhanM<t républicaine en.l'honneur de Charette,. dans la Revue des Documents AM<o~MM,7eannée,p.i880.)

3 Copie de cette lettre avait été faite par Frotté sur un registre où il a transcrit beaucoup de pièces importantes. (Archiver de Couterne).


Mais, rumeurs et forfanteries à part, deux points restent ici constatés de la façon la plus certaine.

1° Frotté n'avait ni enlevé, ni tenté d'enlever le Dauphin. 2'* Charette, que Frotté venait de visiter quelques jours auparavant, n'avait point le Dauphin à sa disposition. Il ne l'avait point montré à Frotté. Il ne lui avait rien dit qui pût lui faire supposer qu'il croyait à son évasion. La preuve même qu'il n'y croyait pas, c'est qu'autour de lui,aux Conférences de la Jaunaye, on venait de négocier plus ou moins ouvertement, plus ou moins habilement, pour obtenir la remise du Dauphin aux Royalistes, et que quelques mois plus tard, au moment de reprendre les armes, Charette accusait les Républicains de l'avoir empoisonné au Temple.

Ces deux témoignages réunis de Frotté et de Charette ruinent ta supposition que le Dauphin eût pu être libéré par leurs soins ou remis en leurs mains, en 1794 ou au commencement dé 1795, comme le prétendent Naundorff, Richemont et leurs partisans. Frotté aurait-il pu, du moins, prendre une part active et personnelle à l'évasion du jeune Prince à l'époque où cette évasion avait été d'abord placée, c'est-à-dire au commencement de juin 1795 ? Pas davantage. A ce moment, Frotté est dans les environs de Domfront. Il a même donné quelques jours de repos à sa petite armée, et avec ses officiers, il visite Fiers, la Carneille, Domfront, Passais, pour reconnaître les forces de l'ennemi et recruter les siennes. Moulin, son adjudant Sdèle, qui ne l'a pas quitté, nous l'atteste et il est impossible d'intercaler un voyage d'unecertaine durée et un séjour à Paris, dans la rapide série de ses opérations.

~En j uin 1795, d'ailleurs, les Simon ont quitté le temple depuis dix-huit mois. Richemont et NaundorïT ne veulent pas avoir été sauvés à cette époque, mais en janvier 1794, et toujours par le dévouement combiné de la Simon et de Frotté, combinaison doublement impossible en janvier 1794, Frotté n'est pas encore en France en juin i795, la Simon n'est plus au Temple. Mais, dira-t-on peut-être, l'intervention de Frotté dans cette affaire est garantie par l'autorité du baron Thierry, son allié, 'Jtf~HMtt'M manuscrits communiqués par sa fàc~me.


par celle de Joséphine et par celle du maçon Paulin. S~il n'a pas parlé, ils ont parlé pour lui.

Ce serait une nouvelle erreur. Ces noms ne prêtent aucune autorité à celui de Frotté c'est au sien, au contraire, qu'ils empruntent toute celle qu'ils ont eue jusqu'ici dans la discussion, et du moment qu'il ne reste rien de son rôle, rien du leur ne saurait subsister.

Voici d'abord la fameuse lettre du baron F. de Thierry à l'Éditeur du Times, dont argumente encore M. Nauroy, après et d'après M. Jules Favre qui l'avait invoquée dans sa plaidoirie pour les héritiers Naündorff devant le tribunal de la Seine et tous les écrivains sur la foi desquels M. Jules Favre l'avait complaisammen~ citée

« Monsieur l'Éditeur,

« Dans votre feuille d'hier se trouve un long article concernant les infortunes du Dauphin.Quelque étranges que soient ces détails et l'existence du fils de Louis XVI pour ceux qui connaissent l'histoire des premières années du Prince, cependant il y a de fortes raisons pour croire à la réalité des documents rapportés par le Duc de Normandie, dans la publication dont vous entretenez vos lecteurs.

« Un des principaux agents qui se sont employés pour arracher le Dauphin de la prison du Temple, fut le comte de Frotté, général Vendéen, à la famille duquel je suis allié, ma sœur ayant épousé son frère. J'ai eu, par conséquent, le moyen de m'assurer que le comte de Frotté a été le principal instrument. de l'évasion du Dauphin et de sa fuite dans la Vendée ou, quelque temps après, il organisa la guerre si célèbre dans l'histoire de France.

« Napoléon, Premier Consul,voulant la paix, négocia sur ce point avec te comte de Frotté, et lui déclara que si le Général mettait bas les armes et rendait ainsi ia tranquillité à cette portion du pays, il lui accorderait un sauf-conduit pour aller résider o& bon lui semblerait. Cette proposition fut acceptée par M. de Frotté, qui choisit Paris pour lietLderésidenco.Sursa route vers cette ville, néanmoins, en approchant, de Verneuti, avec son sauf-conduit à la main, le Général fut tjrusquetnent arrêtée puis barbarement et traîtreusement fusille. Je défie qui que ce soit de contredire ce fait.

« Maintenant, pourquoi le chef dit pouvoir en France commit-il un acte si contraire au droit des gens, à la justice et a l'humanité, si 1 30 mai 1851. Droit, 10 juin etc.


ce n'est parce que le général de Frotté connaissait le lieu où le Dauphin était caché, et parce qu'il importait à la police de Bonaparte de détruire le moindre vestige d'une existenne si dangereuse pour l'exécution de ses desseins ?

« Comme le jour n'est pas éloigné où le duc de Normandie réussira à obtenir la reconnaissance de ses droits comme fils de Louis XVI, suspendons notre jugement jusqu'à ce que le temps ait décidé la question, et abstenons-nous d'outrager par t'épithéte d'imposteur un personnage aussi aimable et aussi inoffensif que l'est le Duc aux yeux de tous ceux qui le connaissent

« Il ne cherche pas à renverser des trônes ni à soulever des révolutions sanguinaires il demande seulement à faire sortir sa famille de l'obscurité qui l'entoure et à lui donner dans la société la position qui lui est due par sa naissance, sans toutefois, vouloir contrarier le vœu de la nation française, qui a déposé la branche aînée des Bourbons en faveur de la branche cadette.

« Je suis etc.

Baron F. DE THIERRY.

« Londres, le 4 décembre 1838. »

Cette lettre, pour qui a l'honneur de connaître l'intérieur de la famille de Frotté et les détails de la vie du Général, se retourne contre celui qui t'écrivit et contre celui dans l'intérêt duquel elle fut écrite.

M. de Thierry (baron sans doute par la grâce de Richemond, comme Gruau était comte par celle de NaûndorS) prétend que sa sœur avait épousé le frère du général de Frotté ce mariage n'a jamais été reconnu.

20 Ce serait avant d'organiser la guerre civile en Normandie. que le général Vendéen (singulière qualification, si l'on prend la peine de considérer qu'il n'y eut jamais rien de commun entre la Vendée proprement dite et le commandement de Frotté, son armée, le théâtre de ses opérations) aurait arraché le Dauphin à sa prison. Or, le débarquement de Frotté en France, est, comme nous l'avons vu, du pomtaencementde février 1795 son arrivée en Normandie, du mois d'avril la prise d'armes, de la fin de II faut avouer que le rôle < aimable et inoB'ensif que l'on prête ici au duc de Normandie contrastait quelque peu avec la nature du procès par lui intenté aux Princes de la branche aînée, avec le langage de son avocat et des écrivains à sa solde.


mai. L'emploi de son temps pendant tout cet intervalle est établi, pour ainsi dire, jour par jour, et il est matériellement impossible qu'il ait pu en dérober une part quelconque pour faire à cette époque un voyage, même très court, à Paris.

3° Frotté lui-même déclare qu'il n'est jamais entré au Temple. 4" Il est absolument faux que Frotté ait obtenu du Premier Consul a un sauf-conduit pour aller résider où bon lui semblerait » que Frotté ait choisi Paris à cet effet qu'il ait été arrêté en s'y rendant; que son arrestation ait eu lieu auprès de Verneuil. Le baron de Thierry ne sait pas le premier mot des circonstances de l'arrestation et de la mort du Général. Le sauf-conduit dont il était porteur ne lui avait point été délivré par le Premier Consul, mais par les généraux qui commandaient le département de l'Orne non pour résider où bon lui semblerait, mais pour venir négocier les conditions de sa soumission. Ce n'est point auprès de Verneuil qu'il fut arrêté, mais à Alençon même, dans la nuit du 15 au i6 février 1800, pendant la Conférence. Cela est connu de tout le monde.

5~ La supposition que Frotté aurait été sacrifié à l'intérêt qu'avait la police de Bonaparte « de détruire le moindre vestige de l'existence du Dauphin » dont il connaissait la retraite, est tout simplement absurde un pareil secret ne pouvant de sa nature être confié à un seul dépositaire.

Le baron de Thierry ne mérite donc aucune espèce de confiance, et sa lettre, si elle n'est pas celle d'un mystificateur, est celle d'un mystifié

La famille de Frotté fut à plusieurs reprises en butte aux obsessions des partisans de NaûndorS'.

Une lettre sans signature, ni date, ni indication de Heu, mais venant d'Angleterre et timbrée à Caen le 30 décembre 1843, fut adressée à MM. de Frotté, « parents de celui qui mourut le martyr de sa fidélité envers son roi légitime, dont l'existence était méconnue des scélérats qui avaient usurpé sa place on leur offrait de leur prouver son existence on évoquait devant eux !e tableau d'< uji roi prisonnier, travaillé de toute une vie de douleurs, et de sa famille dans le besoin, recevant l'aumône de l'étranger, e et l'on ajoutait que le nom honorable de Frotté ne se trouve point ou qu'il ne se trouve plus parmi cette ligue hypocrite et méprisable (les royahstes Bourbonniens) x p

Une dame des plus respectables, appartenant à la même famille et à laquelle nous devons beaucoup de communications intéressantes, fut un jour invitée à se rendre chez une de ses amies, qui demeurait auprès de Paris. En


Quant à l'avocat, aux historiens qui l'ont suivi, ils sont fort excusables d'avoir ignoré certains détails de famille;ils ne le sont pas d'avoir publié comme sérieux un document dont le moindre examen suffisait pour démontrer la fausseté. Toutes les histoires, toutes les biographies racontent l'arrestation et la mort de Frotté dans des circonstance absolument différentes de celles que suppose le baron Thierry. Ils avaient aussi le droit d'ignorer les déclarations de Frotté qui prouvent qu'il était resté étranger à toute tentative d'enlèvement du Dauphin; maisils devaientsavoir, puisque toutes les histoires générales ou particulières le disent, qu'il n'était même pas en France à l'époque indiquée comme celle de ces tentatives. Volontairement ou non, ils ont fermé les yeux à l'évidence.

Les lettres de Laurent n'ont pas plus de portée.

On a fait bruit de trois lettres que ce Laurent, un des gardiens du Temple, aurait adressées à Frotté, aux dates des 7 novembre i794, 5 février et 3 mars i79o et dont l'objet unique est de démontrer que l'enfant, enlevé de sa chambre, aurait été caché pendant de longs mois dans les combles du Temple, système produit par Naûndorn', lorsqu'il devint trop clair que la translation et le séjour en Vendée pendant plus d'un an n'étaient ni vrais ni possibles. Elles le démontrent même trop bien, en ce sens que arrivant, elle fat étonnée de trouver rasaemMées dans le salon un certain nombre de personnes dont l'air mystérieux et aBniré J'intriguait fort, quand sortit d'une pièce voisine, au milieu des témoignages de respect de tcus les assistants, M Morel de Saint-Didier. C'était, comme on sait, un des tenants les plus ardents et les plus accrédités de Naûndorg. M. de Saint Didier, présenté à cette dame, lui dit carrément qu'eHe devait avoir des papiers de famille établissantt'entêvement du jeune Louis XVU de la prison du Temple, par son cousin M. de Frotté, et lui en demanda la communication. Cette dame répondit qu'elle savait que M. de Frotté avait en enét songé à délivrer le jeune roi et s'était intéressé aux projets qui avaient existé à cet égard, mais qu'elle se croyait bien sûre qu'Us n'avaient pas réussi, et qu'elle ne possédait absolument aucune pièce qui eût trait à cette affaire. Son interlocuteur insista d'une façon qui força cette dame à répéter plus nettement en<!prc et plus solennellement qu'elle ne croyait pas à t'entévement de Louis XVII par* M. de Frotté et qu'elle n'avait aucun document qui de près ou de loin touchât acetëVt''nement. M. More! parut fort mécontent. A quelque temps de ta, cette dMM&yant~té désignée par son nom, dans un magasin de la place Saint-Sulpice, fut interpellée de la façon la p)us grossière par un mconnù qui,s'approchant d'e!!e, lui cria Voità donc ces g ..x qui ne veuient pas nous stdërafairè triompher 1& bonne <ause!f »

~L.BIsnc dit tBarras (p. 333) ;c'~Bt mie inadvertance.


tout y est évidemment calculé, combiné en vue de cette démonstration, au lieu d'offrir ces sous-entendus qui se rencontrent nécessairement dans la correspondance de gens parlant d'une chose qui leur est également connue. En un mot, ce sont des lettres à l'adresse du public, et non d'un conndent

I.

Les voici

« Mon Générât,

Votre lettre du 6 courant m'est arrivée trop tard, car votre premier plan a déjà été exécuté, parce qu'il était temps. Demain, un nouveau gardien doit entrer en fonctions: c'est un républicain nommé Gommier (Gomin), brave homme àce que dit B*mais je n'ai aucune connance en de pareilles gens.Je serai bien embarrassé pour faire passer de quoi vivre à notre pff'w mais j'aurai soin de lui, et vous pouvez être tranquille. Les a-sassins ont été fourvoyés, et les nouveaux municipaux ne se doutent point que )e petit muet nous a remplacé le u* Maintenant. s'agit seulement de le faire sortir de cette maudite Tour mais comment? B* m'a dit qu'il ne pouvait rien entreprendre à cause de la surveillance. S'il fallait rester longtemps, je serais inquiet pour sa santé,car il y a peu d'air dans son oub)i( tte où le bon Dieu même ne le trouverait pas, s'il n'était pas tout puissant. Il m'a promis de mourir plutôt que de s trahir iui-mêMe j'ai des raisons pour le croire. Sa sœur ne sait rien la prudence me force de l'entretenir du petit muet comme s'il était son propre frère. Cependant ce malheureux se trouve bien heureux, et joue si bien son rôle que la nouvelle garde croit parfaitement t qu'il ne veut pas par ler ainsi il n'y a pas de danger. Renvoyez bientôt le fidèle porteur, car j'ai besoin de votre secours. Suivez le conseil qu'il vous porte de vive voix, car c'est le seu chemin de notre triomphe. « Tour du Temple, le 7 novembre 1794. o

1'

Mon Général,

« Je viens de recevoir votre lettre. Hélas .Votre demande est impossible. C'était bien facile de faire monter la victime, mais la descendre est actuellement hors de notre pouvoir, car la surveillance est si extraordinaire que j'ai cru (?; d'être trahi.Le Comité de Sûreté générale avait,comme vous savez déjà, envoyé les monstres Matthieu et Reverchon, accompagnés de M. H. de la Meuse, pour constater que notre muet est véritablement le fils de I.ouis XVI. Général, que veut dire cette comédie Je me perds et je ne sais plus que penser sur la conduite de B* Maintenant,il prétend faire sortir notre muet et le remplacer par un autre enfant malade. Etes-vous instruit de cela ? N'est-ce pas un piège ? Généra! je crains bien des choses, car on se donne bien des peines? our ne laisser entrer personne dans la prison de notre muet, afin que la substitution ne devienne pas publique, car si quelqu'un examinait bien l'enfant, il ne lui serait pas difScile de comprendre qu'U est sourd de naissance et par conséquent naturellement muet. Mais substituer encore un autre à eeini-la, l'enfant malade parlera et cela perdra notre


Ce n'est pas tout. Elles auraient été adressées à l'auteur de l'enlèvement, à des dates où nous avons vu, non seulement que Frotté n'exerçait aucun commandement et ne ne pouvait être qualifié de Général,mais où il n'était même pas en France et où il était impossible qu'il eut pris une part personnelle à l'enlèvement prétendu nous savons que, de plus, il s'est défendu d'y avoir coopéré.

Rappelons-nous que Laurent, ce prétendu complice de l'éva sion, avait été le premier à demander qu'on lui adjoignit un second gardien, quand il aurait eu tout intérêt à éviter une surveillance importune.

Il n'est pas jusqu'à l'orthographe de son nom qui n'eût été défigurée dans les signatures de ces fausses lettres. On y ajoutait à son nom un z final que Laurent n'avait jamais employé. La bévue fut signalée, et la signature disparut des nouvelles copies.

Les originaux de ces lettres devaient avoir été déposés, en 18i0, entre les mains d'un fonctionnaire Berlinois. Si on les eût montrés dans le Procès de Naündorff, cela suffisait pour trancher la question. On ne les montra pas. Richemont lui-même protesta contre leur authenticité et défia son compétiteur d'en faire le dépôt aux mains d'un magistrat 1, sans que le défi fût relevé. Nous savons pourquoi.

M. Louis Blanc dit que ces lettres doivent être écartées du débat. Ce n'est pas tout à fait exact. Elles y restent comme pièces fausses, comme l'œuvre d'un faussaire et comme la condamnation honteuse des prétentions du fabricateur.

demi-sauvé et nous avec Renvoyez le plus tôt possible notre fidèle et votre opinion par écrit.

Tour du Temple, 5 février 1795

m.

< Mon Général,

Notre muet est heureusement transmis dans le palais du Temple et bien caché il restera là et en cas de danger, il passera pour le Dauphin. A vous seul, mon Général, appartient ce triomphe. Maintenant, je suis tranquille. Ordonnez toujours et je saurai obéir. Lasne prendra ma place quand i! voudra. Les mesures les plus sûres et les plus efficaces sont prises pour la sûreté du Dauphin conséquemment,je serai chez vous en peu de jours, pour vous dire le-reste de vive voix.

Tour du Temple, le 3 mars 1795. »

'J~po~e~ 6~*t«tM<<e la Barre, par Morin de Guérivière père, 1841.


Passons à Joséphine, dont le nom sympathique a été beaucoup trop mêlé à cette affaire.

Fidè!e à notre système de placer sous les yeux des lecteurs le texte même des documents que nous citons, nous reproduisons le passage des Afe'wotres publiés sous son nom, qui concerne Frotté et l'évasion supposée

« Le Premier Consul s'occupa d'abord de pacifier entièrement la Vendée, et il annonça ensuite que la liberté des cultes était garantie par la nouvelle Constitution. Ces heureux commencements attachèrent à son char un grand nombre de royalistes, tels que Georges Gadoudal, l'abbé Bernier et beaucoup d'autres qui rhnrent par se rendre. M. do Frotté voulut imposer des conditions plusdures; il prétendait que le malheureux fils de Louis XVII, le dernier Dauphin existait il réclama pour ce jeune prince la couronne de France. C'en fut assez pour le faire rayer sur-le-champ de la liste qui proclamait l'amnistie. Le Premier Consul lui en écrivit en ces termes: « Général, votre tête est aliénée. Tout prouve aujourd'hui que le « jeune Louis XVII est mort au Temple d'ailleurs et dans tous les « cas, vous ne seriez jamais excusable devant Dieu et devant les « hommes d'éterniser cette guerre civile. Vos ofHeiers sont prêts à « l'abandonner, et je vous engage à imiter leur exemple. » « Lorsque ceux qui se disaient les amis de M. de Frotté, le pressaient d'accepter l'amnistie que lui offrait encore une fois le Premier Consul « Laissez-moi, leur dit cet intrépide Vendéen je ne « veux faire ni la guerre avec vous, ni la paix avec Bonaparte. » Cette courageuse résistance fut, en effet, comme le signal du déchaînement de ses ennemis.

« J'admirais le noble dévouement du Général, et sans pénétrer quels étaient les motifs qui dirigeaient sa conduite politique, je ne peux m'empêcher de rappeler ici les propres paroles du Premier Consul,à la nouvelle qu'il reçut de 1~ mort de cet homme courageux « La cour de Mittau, dit-il, vient de faire une grande perte; car avec « quelques ~énéruuxd'un mérite aussi distingué, le Prétendant aurait « pu espérer de se voir un jour appeler sur le trône de France; mais « ne pouvant gagner les Vendéens, pour servir ma cause, je dois les a affaiblir, les décourager, et faire périr ceux d'entre eux qui refu« seraient de poser les armes. Je plains M. de Frotté. J'aurais été glo.MiMKO/~y ~M<o~MM e< Me~~ yV)Mp~a~'ce JosepAtMe. par M~ Mémoires historiques et secrets de l'Impératrice Joséphine. par n. 5;

A. Lenormand,. Paria, l'auteur-~diteur, libraire, rue de Tournon, n. 5;

2e édition, 1827, vol. in-8", 1.11, p. 63, 64, 65.


« rieux de le compter dans mes rangs cependant, si je lui eusse « fait grâce, il eût pu devenir dangereux pour l'un comme pour l'au« tre parti le plus sage dans cette circonstance était de s'en dé« faire. »

Tout d'abord, la prétendue lettre de Bonaparte qu'on se rappelle qu'il n'avait même pas voulu recevoir les envoyés des généraux Vendéens protesterait contre la supposition que Frotté eût été pour quelque chose dans l'évasion. Ce n'est pas à Frotté lui affirmant qu'il a tiré lui-même le Dauphin du Temple ~t qu'il existe encore, que Bonaparte aurait répondu négligemment « Tout prouve aujourd'hui que le jeune Louis XVII ef.t mort au Temple, »

Constatons encore que Joséphine ne dit pas ici qu'elle ait été mêlée personnellement à l'évasion, qu'elle ait vu Frotté à cette occasion, que l'enfant ait été amené chez elle. C'est un véritable démenti aux récits qui ont grossi et dénaturé son rôle, notamment à ceux de Richemont et de Naûndorn*.

Qu'elle ait cru il l'évasion du Dauphin, la chose est fort possible elle croyait bien à la sorcellerie en général et aux prédictions de M'ie Lenormand en particulier.

Mais qu'elle ait révélé, soit à Napoléon, soit à ses propres enfants, le secret de l'existence du Dauphin et de l'asile où il se cachait, qu'elle ait même réclamé le trône pour lui, nous n'en croyons pas un mot.

On sait que ses prétendus jMe~MOt~es sont l'œuvre,non pas de Mue Lenormand, fort incapable de les rédiger elle-même, mais de quelqu'un des faiseurs qu'elle chargeait du soin de réviser ses

&1.n~i{m;' TI.ont iP"iH",n¡' d~ "1" "¡ns n"h"tl'q"e eo.,

élucubrations. Ils sont d'ailleurs d'un style moins emphatique et moins ridicule que les autres publiés sous son nom Reste Joseph Paulin, le nacon.

Cet individu devait apparaître un peu tard et se poser comme l'agent direct de Frotté, ayant reçu de sa main un enfant Un des nombreux biographes de M~e Lenormand et le plus fèrieux assurément,– M.Louis des Bois (De ~eKOf~etK~ et de ses deux biograF~M ~cemtHeM<~MM:'ëM, Piu'is.Franëe, 1843, in-18) amrme qu'elle croyait à l'existence de Louis XVII. Nous n'avons pas trouvé de traces bien claires de cette opinion dans ses nombreuses publications, et son ze!e ultrabourbonnien, Bon dévouement en tout temps manifeste à Louis XVH1 et au comte de Chambord semblent l'exclure.


(Hervagault, de Saint-Lo), l'ayant introduit au Temple dans un panier de blanchisseuse à double fond, en ayant enlevé un autre et l'ayant remis à Joséphine de Beauharnais. Il avait vu Frotte il lui avait parle il avait porté de sa part des sommes en or considérables à Carnot et à Cambacérès il avait mis les mains à l'oeuvre. C'était le plus précieux des témoins, s'il n'en était le plus faux. Malheureusement, il n'était lui aussi qu'un menteur. M n'avait pu voir Frotté, qui n'était pas même en France il n'avait pas vu Joséphine qui, nous venons de le constater, se défend de toute participation à l'enlèvement 2. Ainsi tombent à plat tous les mensonges audacieux d'Hervagault, de Richemont,de Naundorn', qui faisaient de Frotté l'agent direct, principal, personnel, de leur enlèvement; les variations brodées sur ce thème par leurs sectateurs et leurs défenseurs; le récit de la bonne Joséphine ou plutôt de M"" Lenormand sous le nom de Joséphine les adhésions complaisantes de quelques alliés prétendus de la famille de Frotté elle-même, et les conséquences à perte de vue tirées de l'intervention de Frotté dans cette aHaire,par MM. Jules Favre,L. Blanc,Nauroy et consorts; et comme l'enlèvement est le point de départ et la base même du système de tous les faux Dauphins, qu'il n'aurait pu être pratiqué que par Frotté, puisqu'aucun autre nom ne peut plus être désormais substitué au sien, ainsi tombe tout entier le système échafaudé sur cette base audacieuse et mensongère. Partout où le nom de Frotté est écrit dans l'histoire des faux Dauphins, au lieu de vérité, lisez mensonge, ou plutôt déchirez la page, et vous verrez ce qui restera de cette histoire. Carnot, vénal et vendu découverte réservée à Naündorff

intrigues dévoilées, t. t t. MI, p. 366; JVo~/ Louis XPWM'M~iM mort, p. 129 Louis XVII ocM~f, etc.

M. Jules Favre citait encore dans sa plaidoirie un prétendu certificat d'une dame Corbière, ou plutôt d'un tiers anojyme parlant au nom de cette dame, laquelle disait avoir eu connaissancj d'une lettre de Bonaparte à Frotté dont le texte se rapproche beaucoup de celle ci dessus qu'elle avait lue sans doute dans les ~MnoM'e~, et qu'elle encadre dans une foule de détails étrangers à notre sujet, et absolument apocryphes.


IX.

CQ~CLUSiON.

Nous arrêtons ici notre travail sur les faux Louis XVII. Nous croyons avoir démontré que l'unique, le vrai Louis XVII est mort au Temple, le 8 juin 1795

Que son décès a été constaté d'une manière aussi positive, aussi certaine que puisse l'être un fait historique

Que les difficultés et les objections soulevées à l'occasion de ce décès, ne résistent pas à un examen sérieux

Que les systèmes produits par les Prétendants qui se sont, depuis trois quarts de siècle, disputé la faveur et la crédulité publiques, sont ridicules et mensongers;

Que la participation de Frotté à l'enlèvement supposé est non seulement chimérique, mais absolument impossible; Qu'elle était la pierre angulaire de tous ces systèmes, de tous ceux qui pourraient même se produire à l'avenir. Son nom, son rôle disparaissant de l'affaire, rien ne reste,ni de la substitution au Dauphin d'un enfant étranger, ni de la translation du Dauphin dans la Vendée, pas même un nom, pas même une hypothèse. Tout reposait sur lui.

Est-ce a dire que la tentative de M. Nauroy, si malencontreuse qu'elle ait été, pour rallumer la polémique en faveur des faux Dauphins, soit la dernière? Nous ne saurions l'affirmer. Est-ce à dire même que l'on ne reverra pas reparaître quelques Louis XVII ? Louis XVII est mort, mais il peut ressusciter. « Ressource invraisemblable et désespérée, disait le vicomte de la Rochefoucauld; cependant il ne serait pas prudent de parier qu'il ne se présentera point des gens pour assurer cette résurrection, et d'autres pour y croire ')

APPENDICE.

La pièce suivante fut écrite par Guérin, l'un des commissaires de surveillance du Tempte, peu de temps après la constatation qu'H avait été appelé à faire de la mort du Dauphin, le 10 juin [795, puisqu'elle est antérieure à la sortie du Temple de Madame Royale (18 décembre de la même année). La signature de Guérin figure au pied de l'acte d'inhumation publié par M. de Beau.J)7eMo! es, t. V. p. 42.


chesne. C'était un ancien procureur du Châtelet. M devint juge au tnbunat de la Seine. Cette pièce, qu'il avait laissée inachevée et qui fut trouvée dans ses papiers, avait été communiquée à M. Dupré-LasaHe,a!!ié detafarxitic, mais seulement après les conclusions par lui données dans le procès des héritiers Naündorff contre les Bourbons, en 1851, et c'est à son obligeance que nous en devons nous-même la communication.

Récit de ma séance au Temple,22 prairial an 777(11 juin 1795)(~'c). « Arrivé au Temple à midi, muni de pouvoirs de ma Section, j'ai été conduit à la Tour par le citoyen Lasne, l'un des gardiens. On m'a inscrit sur le registre,et le Commissaire que je remplaçais s'est retiré. « Le fils du dernier roi était mort le 20, à trois heures après midi. Son décès n'avait été annoncé que le &1 à la Convenlion, qui avait ordonné l'ouverture du corps par Pelletan et Dumangin, officiers de santé.

« L'ouverture avait été faite le même jour. Le Rapport décide, dit-on, qu'il était mort d'une humeur écrouelleuse qui s'était jetée sur les intestins.

« La nouvelle de cette mort, qui n'avait été précédée d'aucune annonce de maladie, pouvant donner lieu à des conjectures fâcheuses, il m'a paru que les deux Commissaires gardiens du Temple, ont cherché à en détourner l'effet par tous les moyens que la prudence pouvait leur suggérer.

« Dans cet esprit, ils m'ont demandé si j'avais connu l'Enfant et si je le reconnaîtrais en le voyant.

« J'avais vu le ci-devant Dauphin aux Tuileries. 11 avait environ quatre ans. Je leur répondis que si la mort, qui avait déjà près de quarante-huit heures de date, et les opérations de l'ouverture ne l'avaient pas trop défiguré, je pourrais peut-être le reconnaître. On me fit monter. Le visage fut découvert. Je le reconnus, ce qui fut constaté sur le registre.

« Un des deux gardiens alla au Comité de Sûreté générale demander l'ordre pour la sépulture. On promit de te lui faire passer incessamment.

« Cet ordre arriva à quatre heures et demie. C'était un arrêté du Comité de Sûreté générale portant que les gardiens du Temple se concerteraient pour faire donner la sépulture au fils de Louis Capet dans le lieu et suivant les formes ordinaires, et encore assistés de deux Commissaires civils de la Section du Temple.

« A sept heures, ces deux Commissaires arrivèrent avec l'officier de police chargé du registre. Celui-ci, aux termes de la loi, devait yériSer le décès par l'inspection du cadavre. Les gardiens, pour s'entourer encore d'un plus grand nombre de témoignages sur l'iden-


tité de l'individu qu'il s'agissait d'inhumer, invitèrent les deux Commissaires civils de la Section du Temple et tout l'Étât-major de garde au poste d'assister à cette vérincation, et ceux d'entr'eux qui reconnaîtraient le fils de Louis Capot de le déclarer et de l'attester par lours signatures.

« Tous le reconnurent et signèrent au registre.

« Vers huit heures, l'Enfant fut mis dans le cercueil. Un inspecteur vint avertir que la curiosité, et peut-être tout autre motif, avait rassemblé à la porte du Temple, en dehors.un grand nombre de personnes et qu'il était prudent d'empêcher le peloton de grossir, ou de parer aux inconvénients qui pourraient résulter d'un trop grand rassemblement. a Sur cet avis, communiqué aux Commissaires civil et de police, nous jugeâmes qu'il était nécessaire de requérir deux détachements de vingt à vingt-cinq hommes chacun, qui, placés à des distances assez éloignées du convoi pour que leur présence ne pût passer pour un cortège, seraient cependant à portée de dissiper les rassemblements et parer à tous les inconvénients, ce qui fut exécuté. On sortit le corps à huit heures et demie par la grande porte la foule fut écartée sans beaucoup de pemo, et arrêtée, à l'entrée de la rue de la Corderie, f'ar une halte que le Commandant fit faire, ce qui forma une espèce de barrière. Le convoi marcha sans dimculté jusqu'à SainteMarguerite.faubourg Antoine, et l'enfant fut inhumé dans le cimetière. «11 existe encore au Temple deux prisonniers. L'unestlaûllede Louis XVI, et l'autre son valet do chambre, Tison. Les causes de la détention de celui-ci sont ignorées. Tous deux sont enfermés dans la Tour carrée du milieu, sous la garde de deux Commissaires nommés par la Convention, hommes honnêtes et sensibles, placés là par la confiance qu'ils ont inspirée, et qui ont de leurs prisonniers tous les soins que l'ancienne Commune leur refusait avec la plus barbare inhumanité. C'est à ce défaut de soins que l'on doit attribuerla mortdu jeune Enfant. Les Commissaires féroces qu'elle envoyait auprès de luil'ontlaissé croupir pendant un an dans son ordure, au milieu de laquelle ils lui jetaient sa nourriture comme aux plus vils animaux.

e Sa soeur a échappé aux funestes effets de cette cruauté, mais sun physique n'en paraît pas moins altéré. Elle est maigre, délicate et sujette à une humeur dartreuse qui se manifeste sur Ses deux joues par des rougeurs. Elle a, cependant, sinon l'éclat de la jeunesse sans en avoir la rose deux grands yeux bleus & fleur de tête, Une peau Mancheetune, une coupe de visage agréable, en la faisant jolie ferontregrotterque. a

BruxeUes.lmp.A.V.tOMANT.ruedem-~&peh~

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