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Title : Union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie ["puis" pour l'essor national]

Author : Union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie. Auteur du texte

Publisher : [s.n.?] (Paris)

Publication date : 1919-06-03

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 748

Description : 03 juin 1919

Description : 1919/06/03 (A2,N21).

Description : Collection numérique : Documents consacrés à la Première Guerre mondiale

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k6557011r

Source : Ville de Paris / Bibliothèque historique, BHVP, 2013-302277

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328836827

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 07/10/2013

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Union des Grandes Associations françaises contre la Propagande Ennemie Toute la France debout pour la Victoire du Droit" -----------

PRESIDENTS : M. Ernest LA VISSE M. Paul DESCHANEL DELEGUE GENERAL M Léon ROBELIN Secrétaire général de la Ligue de l'Enseignement y ——————- -———————

Bulletin hebdomadaire de l'Union Administration : 3, RUE RÉCAMIER

SOMMAIRE I. Communications.

i *

Léon ROBELIN - • Documents mis à la disposition des Associations.

Délégué général de Y Union.

G. LACOUR-GAYET

MembredeHnstitut.

ra Membre de l'Institut.

P. PARSY. La Ligue Maritime française en Alsace et dans les pays rhénans.

Sec. gén. de la Ligue Alaritime, F. RIÉMAIN La Lutte contre l'Alcoolisme.

Sec. gén. de la Ligue contre l'alcoolisme. , *' II. Documentation. ***. , , , , , , , , , , , , ,', , Résumé officiel du traité de paix avec l'Autriche.

L. RIPAULT , Allocution sur le Traité de Paix.

Présid. de rUnionJes Jeunesses,Républicaines.

Bureau de l'Information Diplomatique - - La politique çle l'Entente et celle des Empires centraux à l'égard des nationalités opprimées.

Documents de 'Presse Etrangère l ( Emile BUGNON. • • L'École primaire et les leçons de la guerre.

Inspecteur primaire à Saint-Mihiel.

- -",La Semaine des Alliés.

III. Action des Associations.

Ligue française : Le devoir de payer l'impôt. — Ligue nationale contre l'alcoolisme : De quelques propagandes de Guerre. — Ligue Droit et Liberté : Rapport sur son action. - L'apprentissage professionnel. - Soyons unis l

PROCÈS=VERBAL

DE ltA SEANCE DU MARDI 3 aUïJ* 1919


t

Union des Grandes Associations Françaises contre la Propagande Ennemie "TOUTE ItA FRANCE DEBOUT POUR LA VICTOIRE DU DROIT

COMITÉ DIRECTEUR BUREAU Présidents : M. Ernest LA VISSE, Directeur de l'École Normale Supérieure, Membre de l'Académie Française.

M. Paul DESCHANEL, Président de la Chambre des Députés, Membre de l'Académie française.

Vice-Présidents : Mgr BAUDRILLART, Président du Comité Catholique de Prooagande.

M. Ferdinand BUISSON. représentant les Associations groupées à la Ligue de l'Enseignement.

M. N., représentant la Fédération des Associations Commerciales et Industrielles.

M. DOUTTÉ, Comité Musulman de Propagande.

M. Paul LABBÉ, représentant l'Effort de la France et de ses Alliés.

M. Georges LECOMTE, peprésentant la Fédération des Associations de professions libérales, Président de la Société des Gens de Lettres.

M. Sylvain LÉVI, Vice-Président du Comité Israélite de Propagande.

M. Léopold MABILLEAU, Président de la Fédération nationale de la Mutualité française.

M. G. RISLER, représentant la Fédération des Ligues sociales.

M. Henry SAGNIER, représentant la Fédération des Associations agricoles, Secrétaire perpétuel de l'Académie d'Agriculture.

MILl Jules SIEGFRIED, représentant la Fédération des Associations féminines.

M. André WEISS, Président du Comité Protestant de Propagande.

Délégué Général Trésorier : M. Léon ROBELIN, Secrétaire général de la Ligue de l'Enseignement.

Secrétariat Général : M. PERROY, M. FAMECHON.

Membres : MM. ANDLER, Président de la Ligue Républicaine d'Alsace-Lorraine.

Maurice BARRÈS, Président de la Ligue des Patriotes.

E. BERTIN, Président de la Ligue Française.

C. BOUGLÉ, Comité d'Entente Universitaire.

DEFERT, Vice-Président du Touring-Club de France.

GLAY, Union démocratique pour l'Union sociale.

Paul KESTNER, Vice-Président de la Conférence au Village.

Léopold LACOUR, Président de la Ligue Républicaine : Droit et Liberté.

Jean RICHEPIN, Président de la Ligue « Souvenez-Vous ».

SANSBŒUF, Président de la Société des Vétérans des Armées de Terre et de Mer.

MEMBRES

MM. AICARD, Union Française.

ARMBRUSTER, Union Amicale d'Alsace-Lorraine.

Mme AVRIL DE SAINTE-CROIX, Conseil National des Femmes de France.

M. BESSOU, Cercle d'enseignement laïque.

Mme BOHREN, Alliance Universitaire.

M. Henry BONNET, Union des Pères et Mères dont les fils sont morts pour la patrie.

Mme BRISSON, Cercles de l'Université des Annales.

MM. COURCIER. Chambre des Notaires.

E DENIS, Ligue Civique.

Gaston DESCHAMPS, Société des Conférences.

Paul DESJARDINS, Amitié Civique.

DE DIETRICH, Effort Alsacien-Lorrain.

Paul DOUMERGUE, Foi et Vie.

DRIAULT, Comité Michelet.

Fernand FAURE, Ligue Nationale des Economies.

M. GLEY, La Vie moins chère.

Dr HELME, Société des Médecins de France.

Mlle JAVAL, Les Depôts d'Eclopés.

MM. Fernand LAUDET, Comité d'Initiative de l'Union.

Henri LICHTENBERGER, Les Amis de l'Université.

P.-H. LOYSON, Union nationale des Délégués cantonaux.

Général MALLETERRE, Ligue nationale de l'Aviation.

M. MATRUCHOT, L'Aide morale.

Mme MISME, La Française.

MM. REBELLIAU, L'Alliance Française.

Louis RIPAULT, UniondesJeunessesrépublicaines RONDET-SAINT, Ligue Maritime.

SAUTER, Foyer du Soldat. ,

Paul SEGUY, Comités départementaux de Union TERNAUX-COMPANS, Les Médaillés Militaires


PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU MARDI 3 JUIN 1919 V

Etaient présents : M. Edmond CHAIX, Chef du Centre d'action de Propagande, Président; M. Léon ROBELlN, Délégué général de l'Union; M. LACOUR-GAYET, de l'Institut; M. G. RISLER (Musée social); M. FRANDIN, M. PARSY (Ligne Maritime Française); M. Georges BLONDEL, M. BENOIT-LÉVY (Ligue Souvenez-Vous) ; M. l'Intendant général BURGUET; M. Gaston DESCHAMPS; M. Georges BIENAIMÉ; M. le Dr FOVEAU DE COURMELLES; M. BLOCQ; M. le Colonel VIALLA; M. DEMOMBINE; Mme PORGÈS; M. JACQUIN; M. BAUDRILLART; M. BORDIER; M. Camille DUCRAY ; M. HALÉVY; M. MULLET; M. PHILIPPON (Renaissance française en Alsace et en Lorraine); M. le Colonel BESSET (Service de Propagande); M. Fernand FAURE (Ligue nationale des Economies) ; M. RIPAULT (Union des Jeunesses républicaines); Mme LEMAIRE-CRÉMIEUX (Frères et Sœurs de Guerre) ; M. RIÉMAIN, M. AUBERT (Ligue contre l'alcoolisme) ; Mlle BIGNON; Mlle JAVAL (Assistance aux dépôts d'Eclopés); M. H. SOULAT; M. BLOUD, M. HOOG (Comité Catholique de Propagande); M. VRINAT, adjoint à l'Intendance (Conférences du gouvernement militaire de Paris); M. Maxime THOMAS (l'Héroïque. — Salon des Musiciens français); Mme MISME (Journal La Française) ; M. le Maire de VilleneuveSt Georges; M SAVARIT, M. de BARBÉRIS (Ligue Française); M. MATRUCHOT (Aide Morale); M. P. SEGUY (Délégué de l'Union aux Comtés départementaux); Mme HARLOR (Ligue Droit et Liberté): M. GAVOTY (Agriculteurs de France) ; M. DE DAMPIERRE (Comité du Livre); M. GOULETTE (Association de la Presse de l'Est) ; Mme BOHREN (Alliance Universitaire); M. CHABOSEAU, publiciste ; M. GERS; M. DOUMERGUE (Journal du Soldat); M. Charles LÉGER (Cinéma à la Campagne); M. ARMBRUSTER Union Amicale d'Alsace-Lorraine); M. SAMAZEUILH (Etudes et Documents de Guerre) ; M. MONOD (Comité protestant de propagande); M. CLOAREC.

Secrétariat général : MM. PERROY, VASSEUR.

Excusé : M. STEEG, Ministre Plénipotentiaire; M. Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne; M. Ferdinand BUISSON ; M. Paul LABBÉ (Effort de la France et de ses alliés) ; M. Paul DESJARDINS (Amitié Civique); M. BOUGLE (Comité d'Entente universitaire); M. MABILLEAU (Fédération des Mutualistes de France) ; M. E. HINZELIN (Société Erckmann-Chatrian); Mme J. SIEGFRIED (Ligue d'Education morale); M. Fernand LAUDET, de l'Institut ; M. Sylvain LÉVI, Président du Comité israélite de propagande ; M. Georges LECOMTE (Societé des Gens de Lettres); MM. LÉvy-BRUHL, REBELLIAU, de l'Institut ; M. H. LICHTENBEHGER (Les Amis de l'Université); M. le Lieutenant de vaisseau MAAS, attaché naval à l'Ambassade des Etats-Unis ; M. DUCHATEL (Cercle des fonctionnaires de France et des Colonies); M. SANSBŒUF (Société des Vétérans des Armées de terre et de mer); M. le Professeur GLEY, Mme MOLL-WEISS (Ligue des Economies); M. KERVAREC, Professeur au Lycée Carnot; M. le Capitaine KENNY (Mission britannique); M. DRIAULT (Comité Michelet); MM. HUILLARD, SEGARD (Conférence au Village); M. FOISIL (Le Foyer); M. H. BONNET, M. le Commandant LEVYLIER (Union des pères et mères dont les fils sont morts pour la patrie) ; M. le Capitaine ELBEL (Services techniques du Ministère du Commerce); M. LAUVRIÈRE, professeur au Lycée Louis-le-Grand ; M. HOPPENOT (Comité franco-roumain); M. le Capitaine HERVTER (Public Information Bureau); VI. TERNAUX-COMPANS (Société des Médaillés militaires); M. CÔURCIER (Chambre des Notaires); MM. OESINGER, C. FISCHER (Bureau d'Etudes d'Alsace-Lorraine); M. le Lieutenant de vaisseau GILLET; M. DELIGAND, avocat; M. LACOUR (Ligue Droit et Liberté); Mme TARRADE PAGE (Renaissance des Cités); M. LATTÈS (Fédération nationale des Sociétés de préparation militaire); M. le Général MALLETERRE, M. SCHMOLL (Ligue populaire nationale de l'Aviation); M. L. BROCHE (Journal des Internés français) ; M. THUFFAUT (Œuvre des Pépinières nationales); MM. ALLIER, GUY-GRAND, GLOTZ, LALLIER (Ligue Civique); M. le Commandant BIENAYMÉ (Etat-Major de l'Armée); M. SAUTTER (Directeur des Foyers du Soldat); M. André LICHTENBERGER (Mission militaire franco-polonaise) ; M. le Dr HELME (Société de Médecine) ; M. DOUTTÉ (Section musulmane de Propagande); M. Louis FOREST; M. SAGNIER (Fédération des Associations agricoles); Mme Emile BOREL (L'Effort féminin) ; MmeAVRIL DE SAINTE-CROIX (Conseil National des Femmes); M. DEFERT (Touring-Club de France) ; M. le Capitaine DUFOURCQ ; M. BOUQUETTE (Union Française); M. MAC-LAGAN (Propagande britannique); M. NOEL (Société des Conférences Populaires); M le Capitaine BONDEUX, M. TOUSSAINT (Service de l'Information par les Négociants); M. de PÉRÉRA (Association Nationale d'Expansion Economique); M. DUC-QUERCY; M. G. GÉVILLE (Comité républicain d'AlsaceLorraine); M. Georges LOISEAU; M. GLAY (Fédération des Amicales d'Instituteurs); M. BESSOC (Cercle d'Enseignement laïque); M. GAUTHIER DE CLAGNY (Ligue des Patriotes); Mlle CRÉTAL; M. P.-H LOYSON (Union Nationale des Délégués cantonaux); Mlle VENELLE (Comité de Propagande de Seine-et-Oise); Dr RÉGIS (Association des Médecins de France); M. PIQUELLE (Ligue républicaine d'Alsace-Lorraine); M. de DIÉTRICH (L'Effort lorrain); M. FRANGULIS (Ligue des Pays neutres); M. LEFORT, M. le Lieutenant LOUWYCK (Service du Ravitaillement) ; M. le Lieutenant-Colonel ROUSSEAU.


L'QftppE DU JOUR COMPORTE :

Communication du procès-verbal. — Documents mis à la disposition des Associations.

Communication SHF le « Voyage de la Ligue Maritime » en Alsace-Lorraine et dans les Pays rhénans ». Communication sur « la Lutte contre l'alcoolisme ».

I.

! COMMUNICATION DU PROCÈS-VERBAL DOCUMENTS Mï§ A LA DISPOSITION. DJ;. ASSOCIATIONS

La séance est ouverte à 4 h. 15, sous la présidence de M. Léon Robelin, Délégué général de l'Union.

Communication est donnée du procès-verbal de la réunion du 27 mai, qui est remis à cha- que délégué et sera, comme les précédents, en- voyé dans tous les départements à MM. les Préfets et Sous-Préfets, MM. les Recteurs, MM. les Inspecteurs d'Académie, MM. les Inspecteurs Primaires, MM. les Directeurs et Mmes les Directrices d'Ecoles normales d'Instituteurs et d'Institutrices, MM. les Délégués des Associa- tions, MM. les membres directeurs des Comités départementaux de l'Union, ainsi qu'à l'Etran- ger, à tous les agents diplomatiques et epnsulaires.

* * *

M. le Président présente les excuses de M. Ed- mond Chaix qui ne peut assister à la réunion.

Promotion dans la Légion d'honneur.

— M. le Président adresse toutes les félicitations de l'Union à Mme Jules Siegfried, qui vient de recevoir de M. Millerand, à Strasbourg, la Croix de la Légion d'honneur. « Aucune nou- < velle, ajoute-t-il, ne pouvait nous combler de joie davantage. Mme Siegfried est vice-présidente du Comité de nos Grandes Associations Françaises, présidente de la Fédération des Associations féminines, et vous connaissez tous son dévouement et son activité. Si vous le voulez bien, à la fin de la séance, nous lui adresserons un message de sympathie avec nos félicitations. » (Applaudissements.)

Documents. — M* le Président analyse ensuite les documents mis à la disposition des Associations et dont voici la liste : Bulletin de l'Union comprenant : 1. Les Français et l'Alsace-Lorraine, par M. Lavisse.

2. Le Traité de Paix.

3. Document médical pour servir à l'histoire de la guerre.

4. Documents fournis par le Bureau de l'Information diplomatique : Les pertes en vies humaines des armées belligérantes.

5. Documents de Presse Etrangère.

6. Les causes du développement maritime de de l'Allemagne (fin).7. Bolchevisme et Judaïsme, par un Russe (fin).

8. La Semaine des Alliés.

9. L'aclion des Associations : Comités départementaux. — L'Union des Grandes Associations Françaises en Alsace et en Lorraine. Une Exposition de dessins d'écpliers de la Ville de Paris. -r' Appel en faveur des enfants des pays sinistrés.

Szemp. disponibles Toute la France debout (Feuille d'Information de l'Union, n° lo).

Un héros français. Eugène Jacquet,. 3.000 Militarisme et Bolchevisme (jouet) 15.006

# # >

M. le Président fait connaître ce qui a été fait par Ponton des Grandes Associations pendant la semaine du 24 au 31 mai et indique le nombre imposant des tracts mis en distribution. Pendant la même semaine, le comité départemental de la Vendée a été constitué, grâce aux efforts de M. Paul Seguy et des propagandistes de ce département.


II V LA LIGUE MARITIME FRANÇAISE EN ALSACE-LORRAINE & DANS LES PAYS RHÉNANS * '!

I- — Communication de M. G. LACOUR-GAYET

M. le président donne ensuite la parole à M. G, Lacour-Gayet, membre de l'Institut, sur le récent voyage de la Ligue Maritime française en Alsace-Lorraine et dans les pays rhénans.

M. G. Lacour-Gayet s'exprime ainsi : Messieurs, La Ligue Maritime française avait depuis longtemps l'intention de se présenter dans les pays d'Alsace et de Lorraine; elle vient de le faire, du 11 au 19 mai, avec un succès complet.

Plusieurs causes expliquent l'entière réussite de cette manifestation. C'est d'abord qu'elle avait été préparée avec le plus grand soin. Notre directeur, M. M. Rondet Saint, avait chargé M. Parsy, le délé- gué général de la Ligne Maritime, à qui nous devons d'avoir organisé beaucoup de manifestations intéressantes, de faire une enquête préparatoire dans les villes que nous comptions visiter. M, Parsy avait ainsi rendu visite aux autorités locales, aux services de di verse nature qui pouvaient être asso- ciés à notre visite. Un programme aVilit été dressé, qui donnait jour par jour et heure par heure l emploi de notre temps : il n'y avait plus qu'à se mettre en route.

D'autre part, le terrain où nous allions porter la parole maritime ne pouvait être plus favorable.

Beaucoup d'entre vous, Messieurs, ont déjà eu la joie de visiter ces deux helles provinces rendues à la France; vous savez combien elles sont accueillantes pour tout ce qui vient de ce côté-ci des Vos- ges. Des Français venaient rendre visite à leurs frères d'Alsace et de Lorraine; comment n'auraient- ils pas été reçus avec la plus chaude sympathie?

Il faut ajouter que la Ligue Maritime se présen- tait dans des conditions exceptionnelles, de nature à provoquer la meilleure impression. Aussi dans les cinq villes que nous avons visitées, Mulhouse, Colmar, Schlestadt, Strasbourg, Metz, l'enthou- siasme a été très grand; notre patriotisme a rapporté de ce voyage les émotions les plus douces.

Grâce à la participatiin officielle que le Ministère de la Marine avait prise à la manifestation de la Ligue Maritime, nous n >US présentions dans un cadre militaire, dont la nouveauté seule aurait suffi pour provoquer les vivats des Alsaciens et des Lorrains.

Trois officiers généraux en uniforme ouvraient notre cortège. Le premier était l'amiral Besson, l'un des doyens de la marine française, qui apporte h la propagande maritime une inlassable activité. Le

second était l'amiral Guépratte, dont la prestance et les saluts sont comme légendaires dans notre marine; puis les habitants des villes que nous visitions surent bien vite que cet officier général avait commandé, à l'attaque des Dardanelles, la fameuse division du Suffren du Gaulois, du Bouvet, du Char- lemage, et que son héroïsme lui avait valu, de la part des Anglais, le surnom de « mangeur de feu JI.

fire ealer. Le troisième officier général était le contre-amiral Jéhenne, qui représentait spécialement le Ministère de la Marine; ce jeune amiral a joué un rôle important dans la guerre en commani dant les canonnières de la marine qui pnt été un peu partout sur les voies navigables et les canaux de notre front de terre.

Derrière les amiraux marchait un détachement de fusiliers marins, commandés par un lieutenant de

vaisseau : admirables, soldats, d'une tenue parfaite, dont les poitrines portaient croix de la Légion d'honneur, médailles militaires, croix de guerre, fourragère. Les Alsaciens et les Lorrains pouvaient acclamer pour la première fois les survivants de la bataille de l'Yser, les « demoiselles au pompon rouge à dont les Boches s'etaient si stupidement moqués et q n't avaient vite appris à connaître à leurs dépens, Ce détachement précédait le drapeau des fusi- liers marins, que portait un officier à l'allure mar- tiale et qu'encadrait une sorti n d'élite. Toutes les , têtes se découvraient devant ce morceau de soie tricolore, symbole de la patrie, de l'honneur.et de la victoire.

Enfin la musique des Equipages de la Flotte du port de Toulon, qui a eu partout le plus vit succès, terminait la partie proprement militaire de la ma- nifestation. Je n'aurai garde d'oublier M. l'abbé Pouchard, aumônier des fusiliers marins; sa croix de la Légion d'honneur, ses diverses médailles at- tiraient tous les regards.

Les civils qui faisaient partie du cortège étaient entraînés dans ce sillage de gloire militaire; ils bénéficiaient de ce cadre de beauté où la Ligue Maritime avait le bonheur de se mouvoir C'étaient notre président, M. Chaumet, notre directeur, M. M. Rondet Saint; deux de nos vice-présidents, M. Paul Gloarec et M. G. Lacour-Gayet, les direc- teurs de nos grandes compagnies de navigation, comme M. Dal Piaz, de la Compagnie Générale Transatlantique, M. Philippar, des Messageries Maritimes, M. Delange, de la Société navale c'.

l'Ouest, M. Fraissinet, de lq Compagnie Marseillaise, v et beaucoup de personnalités du monde mari-


time, M. Kerzoncuff, M. Petitjean, M. Bazin, M. Tir- n man. M. Labruyère, M. de Rousiers, M. Couturier, M. Parsy. M. l'ingénieur en chel Le Trocquer représentait le ministere des Travaux publics; M. l'inspecteur général Hovelaque, le ministère de l'Instruction publique ; M. le colonel Besset, le service de la Propagande.

Un drapeau se transporte avec des rites qui ont un caractère solennel. A notre arrivée dans chaque ville, le drapeau des fusiliers marins était reçu officiellement par des détachements de troupes d'infanterie et de cavalerie qui venaient lui rendre les honneurs. Le général Gouraud à Colmar, le général Hirschauer à Strasbourg, le général de Maud'huy à Metz, leurs subordonnés dans les autres villes, avaient eu soin de donner le plus grand apparat militaire à cette partie de notre visite. A Colmar en particulier la promenade du drapeau des fusiliers à travers la ville a donné lieu à trois - manifestations émouvantes, auxquelles toute la population s'est associée, quand le drapeau a été saluer la statue de l'amiral Bruat, la statue du général Rapp, et qu'il a été présenté à l'hôtel de ville. A Metz, le drapeau est allé saluer la tombe de l'évêque Dupont des Loges à l'intérieur de la cathédrale.

A Mulhouse, la municipalité avait entouré notre arrivée d'un éclat extraordinaire. Les Sociétés de vétérans et de gymnastes nous ont conduits en cortège de la gare à l'hôtel de ville, où une réception solennelle nous attendait. Dans toutes les villes, un élément pittoresque a pris part à notre cortège et lui a donné un caractère charmant d'animation et de gaieté. Des jeunes filles et des jeunes enfants en costume du pays, qui nous précédaient et qui nous suivaient, formaient, avec leurs vêtements multicolores, un encadrement ravissant pour notre défilé de militaires et de civils. Toute la population des villes se pressait sur les trottoirs ou aux fenêtres; des fleurs étaient jetées sur le cortège; et tout le long, c'étaient des vivats en l'honneur des amiraux, des marins, de la marine, de la France. A Colmar, la

manitestation s'est terminée, dans les jardins de l'hôtel du général Gouraud, par une farandole qui a réuni tous les grades et tous les âges.

On pourrait multiplier à propos de chaque ville les détails de ce genre. Ce qui vient d'être dit suffit pour donner une idée de l'accueil qui nous a été fait. On nous avait bien dit que la marine française serait accueillie avec la plus vive sympathie ; les manifestations auxquelles nous avons eu la joie d'assister ont de beaucoup dépassé notre attente.

Nous avons vu, par maints exemples, combien ces populations nous aiment et combien aussi elles approuvent l'idée que nous représentons.

*

* *

En dehors des manifestations extérieures, défilés * à travers les rues, réceptions par les autorites, séances de cinéma, banquets, réunions populaires, concerts de la musique des équipages, la Ligue

Maritime est entrée en contact avec nos frères d'Alsace et de Lorraine de deux maniè.es. Elle avait préparé des réunions d'ordre économique ou industriel, auxquelles elle avait convoqué les représentants des chambres de commerce et des principales industries, pour traiter les questions de transport, de tarifs, de navigabilité des cours d'eau, d'accès à la m r, qui intéressent les riverains de l'Ill, du hhin et de la Moselle. M. Chaumet, M. Rondet-Saint et d'autres membres de la Ligue Maritime ont pris la parole dans et s réunions et échangé des vues très intéressantes avec les spécialistes de diverses villes.

D'autre part, la Ligue Maritime avait organisé de grandes réunions de propagande, qui s'adressaient au personnel enseignant et à tous les auditeurs de bonde volonté. Pour ces réunions, où il s'agissait de faire connaître le rôle général de la marine, comme nous le faisons dans nos conféfences à travers les provinces françaises, on m'avait demandé de prendre la parole. M. l'inspecteur général Hovelaque s'est joint à ces réunions, en témoignant ainsi de l'intérêt que le ministère de l'Instruction public prend à notre propagande.

A Mulhouse, 4 à 500 personnes, appartenant en majeure partie au personnel enseignant, s'étaient réunies pour cetie conférence dans la belle salle de l'Ecole supérieure de filles.

A Colmar, très nombreuse réunion aussi, dans la salle des Catherinettes, à laquelle assista le général Gouraud. Les Sœurs de Ribeauvillé, qui ont tant fait pour le maintien de l'idée française et qui continuent à diriger de grandes maisons d'éducation, se trouvaient dans l'auditoire.

A Schlestadt, le maire, M. Stoflel, avait réuni les professeurs et les enfants des écoles dans une salle du collège; l'auditoire a témoigné à la Ligue la plus ardente sympathie. -

A Strasbourg, par suite d'un malentendu, je n'ai point eu l'auditoire universitaire sur lequel je comptais (la salle se trouvait occupée); mais j'ai eu le plaisir de parler devant le groupe de 500 jeunes gens qui composent le centre d'études préparatoires à l'Ecole Polytechnique; ce fut un auditoire très vibrant.

A Metz, le public, prévenu un peu tard, était moins nombreux. Le général de Maud huy et des officiers sont venus à la contérence. A Metz, comme dans les autres villes, je me suis entretenu après la réunion avec des professeurs du lycée ou des écoles primaires ; j'ai eu plaisir à prolonger avec eux, dans une conversation directe, la conférence que je venais d'adresser à l'ensemble du public.

J'ai trouvé chez tous les membres du corps enseignant, hommes et femmes, l'accueil le plus sympathique; je ne doute pas qu'ils ne soient auprès de leurs collègues et de leurs élèves d'excellents propagateurs de nos idées.

Les cinq conférences que j'ai eu l'honneur de faire au cours de notre voyage ont eu pour objet d'exposer, d'une manière très simple, le rôle général de la marine dans la puissance actuelle de la


France et d'exposer aussi l'action exercée par la Ligue Maritime, en particulier auprès des milieux scolaires. La célèbre parole attribuée à Richelieu : « On ne peut, sans la mer, ni profiter de la paix ni soutenir la guerre», a été le thème ordinaire de ces causeries. J'ai montré comment cette parole, du moins en ce qui concerne la guerre, avait reçu à un siècle de distance une éclatante confirmation. Napoléon ne put avoir l'empire des mers, qui lui fut ravi à Aboukir et à Trafalgar, et toute sa puissance s'écroula. Les puissances de l'Entente conservèrent de 1914 à 1918 l'empire des mers, et elles purent ainsi conduire la guerre jusqu'à la victoire totale. En particulier pour ce qui concerne le rôle récent de la marine française, il était facile de montrer comment elle avait assuré, dans les conditions les plus méritoires, l'empire de la Méditerranée; le transport de notre 19e corps, le contact entre la France et son empire africain, les relations avec les pays d'Extrême-Orient, le transport de l'armée serbe reconstituée, l'établissement de la base de Salonique ont été quelques-unes des conséquences heureuses de notre maîtrise maritime.

En parlant du rôle de notre marine, je ne pouvais ouplier nos fusiliers marins, les héros de l'Yser ; le récit de leurs exploits a provoqué partout d'unanimes applaudissements.

Une autre partie de mes causeries avait pour but de faire connaître les moyens d'action de la Ligue Maritime, l'organisation des groupes scolaires, la constitution des parrainages des bâtiments de guerre, l'existence de nos concours autorisés par le Ministère de l'Instruction publique pour les trois degrés de l'enseignement. Nous avons bien montré à nos collègues que nous tenions à répandre dans la jeunesse des écoles nos idées patriotiques, et que nous comptions sur leur concours efficace pour nous y aider. Partout l'accueil le plus favorable a été fait à nos paroles; les membres du corps enseignant nous ont promis de concourir auprès de leurs élèves au succès de notre propagande. J'ai déjà fait, depuis une vingtaine d'années, bien des campagnes pour la Ligue Maritime ; aucune ne m'a laissé autant de souvenirs réconfortants et autant d'espérances. Il y avait, en effet, en Alsace et en Lorraine, un concours exceptionnel de circonstances tavorables.

Quand lei Alsaciens et les Lorrains étaient pour leur malheur sujets allemands, ils servaient de préférence dans la flotte de l'Empire ; ils ne portaient pas ainsi le casque à pointe, il leur semblait que leur sujétion fût moins grands. Il paraît que plusieurs de ces Alsaciens et Lorrains ont pris part aux insurrections du mois d'octobre dernier qui ont eu pour théâtres les ports militaires et qui ont précipité la chute de l'All magne Chez nous, à bord de nos bâtiments de guerre, nos trères d'Alsace et de Lorraine trouveront l'emploi de leur vocation maritime ; qui sait si un nouvel amiral, comme Bruat,

le glorieux enfant de Colmar, ne sera pas un jour donné à ln France par les vaillantes populations d'outre-Vosges ?

La France a la bonne fortune d'avoir à présent à Strasbourg comme commissaire général M. Millerand. Sans faire d'incursion dans le domaine de la politique, il est permis de répéter ici qu'on entend dire le plus grand bien, dans nos nouvelles provinces, du commissaire général. On se loue beaucoup de ce qu'il a déjà fait; et, comme on ne prête qu'aux riches, on attend encore de lui maintes mesures excellentes. Quant à nous, nous savons, à la Ligue Maritime, tout ce que nous devons à M. Millerand pour le succès de notre propagande. M. Millerand a pris la présidence de la Ligue Maritime il y a un peu plus de deux ans et il ne l'a quittée que lors de sa nomination au commissariat général.

Certes, les circonstances étaient difficiles. Mais l'impulsion qu'il a su imprimer à notre action, l'initiative de notre directeur M. Rondet-Saint sont arrivées à ce résultat, que le nombre de nos membres en l'espace de deux ans est passé de 36.QP0 à 130.000, et que notre revue la Ligue Maritime est devenue de beaucoup la plus importante des publications similaires. M. le Commissaire général avait été l'inspirateur de la tournée que nous venons de faire ; la faveur etficace qu'il accorde à l'idée maritime a été une recommandation puissante pour notre propagande. Les Alsaciens et les Lorrains étaient tout naturellement portés à s'intéresser aux questions de la marine marchande et de la marine militaire; ils savent la part de premier ordre qu'elles occupent dans la prospérité générale de la France. A l'exemple de M. le Commissaire général, ils viendront en grand nombre s'enrôler sous le guidon de la Ligue Maritime française.

Je n'ai point eu le plaisir d'assister à la seconde partie de ce beau voyage; mes occupations me rappelaient à Paris. Mes compagnons plus heureux ont continué par Nancy et par plusieurs villes des pays occupés : Landau, Spire, Wiesbaden, Mayence, Coblentz et la région de la Sarre. Je leur laisse le plaisir de vous raconter leurs impressions.

Il me reste un double devoir à remplir. L'un est de m'excuser de cette causerie à bâtons rompus, où je vous ai communiqué mes impressions, telles que je les ai ressenties, sans me soucier de leur donner un aspect littéraire. L'autre est de remercier l'Union des grandes Associations françaises d'avoir prêté sa puissante publicité au récit de notre voyage. Elle l'a fait parce qu'elle combat pour toutes les causes qui intéressent la grandeur de notre patrie. Je puis assurer l'Union des grandes Associations que la Ligue Maritime française vient de semer de la bonne graine dans un terrain excellent. Soyez convaincus, Messieurs, que la moisson ne tardera pas à se lever, belle et abondante. (Vifs applaudissements.)


2. — Communication de M. Paul PARSY

M. le Président fait connaître que M. RondetSàint, directeur de la Ligue Maritime française, avait bien voulu se charger de faire l'exposé de la deuxième partie de ce voyage. Empéché, il a prié de le remplacer M. Paul Parsy, auquel M. lé Président cède la parole : Après la communication que vient de vous faire M. Lacour Gayet, dit M. Paul Parsy, il me reste fort peu de choses à dire. Le directeur de la Ligue Maritime m'a prié d'insister auprès de vous sur les motifs qui nous ont déterminés à faire ce voyage eh Alsace-Lorraine.

La Ligue Maritime était pressée d'aller là-bas parce qu'elle savait — et vous ne l'ignorez pas — combien avait été active en Alsace et en Lorraine la propagande de la Ligue Maritime Allemande.

Dès le de but de la guerre, n'avait-on pas remar- qué. aux murs des écoles des premières communes d'Alsace ramenées à l'unité française; les graphi- ques, les cartes; les affiches de la Ligue Maritime Allemande? Pour réussir dans ce genre de propagande, le c Flottenverein » n'avait eu qu'à mettre en mouvement la machine administrative. Nos amis Alsacien, et Lorrains nous ont d t : « Ne soyez pas trop impressionnés par ces affiches que vous avez vues dans les écoles; la Ligue Maritime Allemande a pu placer cela sur nos murs, mai, elle n'a jamais eu notre sympathie, ni notre cœur. On a fait pisser dans les silons mè e des tirelires pour la propagande du « Flottenverein P, mais ceux qui faisait passer ces tirelires, ou y versaient leur obole, genoralement n'étaient pas Alsaciens ni Lorrains, et s il y en eut exceptionnellement, ce WSle de fiiblesse s'explique par l'almosphere lourde dans laquelle on vivait ici. » A Colmar, aux Catherinettes, quand l'abbé Wetter le a pris la parole, au cours de notre manifetation populaire qui comportait un concert de la musique des Equipages de la Flotte sous la présidence du général Gouraud, il commença son discours en disant : « Vous vous souve- nez qu'il y a quelques années, dans cette même salle, la Ligue Maritime Allemande était venue exposer les modèles de ses grands navires de guerre pour nous montrer avec orgueil le dévelop- pement de la marine de guerre allemande. Mais vous n'êtes pas venus dans cette salle au temps de la Ligue Maritime Allemande et vous la remplissez aujourd'hui. » On s'écrasait, en effet, dans la salle des Catherinettes ce soir-là.

* * Nous voulions aussi établir des relations entre le monde des affaires, du grand commerce, de l'industrie de cette région et le monde de l'armement français. C'est pourquoi, si, dans notre délégation, il y avait, comme le faisait remarquer M. LacourGayet, des officiers généraux et supérieurs de la marine, il y avait aussi les directeurs de nos grandes

compagnies de navigation, M. Dal Piaz, directeur de la Compagnie Transatlantique, M. Phillipar, directeur des Messageries Maritimes, M. Fraissinet, étc., etc., qui représentaient la marine de commerce. Dans les réunions avec le monde des affaires, aux Sociétés industrielles, ou aux Chambres de Commerce, à Colmar, à Strasbourg, à Mulhouse, à Metz, la Ligue Maritime se présentait en disant : « Nous sommes ligue de propagande et d'action; vous avez des intérêts, vous avez des besoins au point de vue maritime. Vous êtes soucieux de voir se développer dans vos régions telles voies fluviales, tels canaux, tel port fluvial, en quoi pouvonsnous vous être utiles ? »

Cette façon simple, discrète de nous présenter a semblé faire bonne impression aux Alsaciens et Lorrains.

>Ii:

Tel était l'objectif de la Ligue en ce voyage.

M. Lacour-Gayet vous a dit que lie était la compo- sition de notre délégation; il vous a dit en particu- lier quel avait été l'effort accompli par noll e Ligue auprès du monde de l'enseignement, des écoles.

Voulez-vous me permettre de vous lire un ou deux passages du programme que j'ai sous les yeux et qui a été fidèlement Réalisé, vous verrez que nos journées et tient bien remplies.

Je lis : Colmar : Mardi 13 mai. — Arrivée à 10 h. 45. - Remise du drapeau chez le général G'mraud. Déjeuner au Restaurant les Télés, salle Bartholdi.

A 4 h. 12 Receptlon à la mairie. Dîner au Restaurant des Tètes.

8 h. 1 2 du soir, aux Catherlinettes : Concert par la musique de la Flotte. — Allocutions de M. l'abbé Wetterle et de M. Paul Parsy.

Mercredi 14 mai. - Le matin : Excursions aux environs de Colmar.

10 heures, dans les Cinémas, réunions scolaires.

Déjeuner chez le général Gouraud.

4 heures. — Réunions du Commerce et de l'Industrie. Communications de MM. Chaumet et Rondet- Saint.

5 heures. — Réunion du corps professoral. Conférence de M. Lacour-Gayet.

6 heures, — Cortège. Salut aux statues de Rapp et de Bruat.

Retraité militaire.

Banquet offert par la Ligue Maritime.

A la suite de la remise du drapeau, les jeunes Alsaciennes, ayant pris par la main les fusiliers marins et les officiers et quelques uns des personnages les plus graves de notre groupe; se mirent à danser des rondes, tandis que les équipages de la flotte jouaient « Le Père la Victoire >J et « Ils n'ont pas eu l'Alsace et la Lorraine ». On peut voir cette scène au Gaumont-Palace et dans un certain nombre de Cinémas, à Paris, ces jours-ci.

Lors de notre grande réunion de Colmar,M. Chau-


met tint à saluer d'une façon spéciale le général Gouraud, qui présidait, et l'abbé Wetterlé, qui avait reçu le jour même la Légion d'hbhtiëur.

Dans la journée du mercredi 14. les enfants de toutes les écoles de là ville furent conduite par groupes dans les différents cinémas. On entendait A travers la ville ces enfants chanter la « Marseil- laise », pendant qliTs se dirigeaient sur les salles tiîlalfent défiler les films de propagande maritime.

Nous devons :¡ne très grande reconnaissance à M. Fraysse, qui avait préparé d'urie façon tout à fait iiiëthodique là mise en mouvement de tout ce personnel scolaire.

Partout où nous arrivions, les villes étaient largement Jjavôlsées et il y avait de grands cortèges pour recevoir le drapeau des fusiliers marins. Mais à Colmar, c'était splendide. Nous sommes arrivés à 10 heures du matin dans une lumière qui faisait miroiter merveilleusement les costumes dés A saciennes : C'était délicieux ! Il y avait un en hou slasme fou! Nous passions sous une véritable pluie de fleurs Le dimanche à Mulhouse, nous avions pu choisir notre heure, grâce à là bienvaillance de la Direction les chemins de fer d'Alsace-Lorraine qui nous avait donné un train special, H nous somme s arrivés à 3 heures. — Oh nous a affirmé que c'était la plus belle manifestation qui se fût produite dans Id ville depuis 50 ans, mêlll-e eh tenant compta de l'arrivée des troupes après la libération. Les paysans avaient pu venir de tous les villages voisins.

On les voyait arriver très nombreux avec leurs charrettes.

Et voiCll'enipibi de notre matinée du 15 mai : Arrivee A 8 heures du matin à Schiestadt. Ville pavoisée. Jeunesse des Ecoles rangée sur le passage de la dêlegation maritime.

Réception à mairie.

Déjeuner à l'hôtel dil Bouc et de l'Aigle.

A 10 heures, Conférence de M. Làcour-Gayet au À 10 heures 1/2, prise d'armes. Concert par la musique de là Flotte, Le général Gouraud, qui devait remettre la fourragère à un régiment de cavalerie, avait tenu à faire coïncider cette cérémonie avec notre passage.

A 11 heures 1/4, nous partions pour Strasbourg, etc., etc.

Du voyage sur le Rhin qUfe nous avons fait, de Spirë à Mayence et Coblentz, je ne dirai qu'un mot : il est egat à Sa réputation et à sa légende au point de vue pittoresque, et nous avons fait ce voyage envoyant flotter sur l'une et l'autre rive les couleurs françaises. (Vifs applaudissements.) M. Paul Parsy met à la disposition de M. Robelin quelques-uns des livrets du voyage de la Ligue Maritime en Alsace-Lorraine.

M. LE PRÉSIDENT se fait l'interprète de l'assistance pour remercier M. Lacour-Gayet et

M. Parsy du compte-rendu de la belle randonnée accomplie par la Ligne Maritime en Alsace-Lorraine « Nous avions déjà appris, dit-il, par les journaux, que cette randonnée avait eu un très grand succès et nous sommes très heureux des détails extrêmement intéressants que MM. LacourGayet et Parsy ont bien voulu nous fournir. La Ligue, qui n'est pas à soncoup d'essai, a été porter chez nos amis le bon renom dë Id France et aura ainsi; une tois de plus, bien servi les intérêts de notre pays. »

M. FRANDIN. — Je voudrais appeler votre attention sur l'importance, a deux points de vue, de notre développernent maritime en ce qui concerne l'Alsace. Grâce à la rentrée de l'Alsace et de la Lorraine dans la patrie fran- çaise; nous devenons le plus fort pays producteur de fer de l'Europe. A ce titre; par consé- quent, ndtis avons tous les éléments voulus pour devenir tid grand pays maritime. Nous étions arrêtés par ce fait que nos bateaux fcdûtaieht plus chers que les batëàujt étrangers : nous devenons capables d'exporter du fer. Le frêl qui nous manquait nous arrive en très grande quantité, puisque nous allons avoir de très grandes quantités de minerais à exporter : minerai de fer, de charbon et de potasse.

Le deuxième point cOhcerrte la IAghe de VEnseignement Pendant notre voyage là-bas, nous avons invité un certain nombre de jeunes gens, darts toutes les villes que nous àVohs traversées, à faite un voyage en France. La Ligue Maritime pale le voyage d'un certain nombre de jeunes gens dé toutes les villes d'Alsace- Lorraine pour leur montrer les ports de France.

Peut-être serait il intéressant que l'on profite de ce voyage pour leur montrer autre chose. Je vous signale le fait en passant.

M. LE PRÉSIDENT! — Nous retiendrons la suggestion très intéressante que vous nous offres.

* * *

M. le Président fait connaître qu'après les enquêtes sur le bolchevique et la situation actuelle, l'Union des Granies Associations Fran- çaises aborde aujourd hui l'étude des grands fléaux Soëitfux : ralcodHsme; la tuberculose; le taudis et la dépopulation.

L'Union à prié chacune des grandes ligues sociales de venir exposer programme des réformes qu'elles réclament. M. Riêmain va parler aujourd'hui au nom de la Ligue, antialcoolique, dont il est le Secrétaire général.


III COMMUNICATION DE M, F. RIÉMAIN Secrétaire général de la Ligue contre l'Alcoolisme

M. F. Riémain s'exprime ainsi : MESDAMES, MESSIEURS, Je dois vous exposer en quelques mots le programme d'après guerre de la Ligue Nationale- contre l'Alcoolisme. Les mesures que l'on peut prendre se divisent en deux catégories : celles dites d'initiative individuelle et les réformes à demander soit au Parlement soit à l'Administration.

Je dirai peu de chose des premières, la guerre, n'ayant, quant à elles, rien changé à notre programme. Notre but principal est toujours de former une génération qui soit exempte des mauvaises habitudes actuelles qui aura l'habitude raisonnée de ne jamais boire une goutte de boissons distillées.

Nous essayons d'obtenir ce résultat en suivant - l'enfant pas à pas jusqu'à ce qu'il soit devenu un homme. Dans les écoles, nous créons des sections de tempérance dans lesquelles les enfants prennent l'engagement de s'abstenir d'alcool. Nous les suivons dans les patronages et dans les sociétés postscolaires et, là encore, nous essayons de provoquer des engagements nouveaux ou de faire confirmer les anciens.

Puis, nous suivons nos jeunes tempérants au régiment et là encore nous essayons de les confirmer dans leurs bonnes habitudes.

Nous voudrions obtenir — c'est notre principal but - une France dans laquelle les citoyens ainsi formés résisteraient délibérément, de par leur propre volonté, aux tentations de la boisson. Nous voudrions que cette défense fût l'œuvre de chaque citoyen. Nous leur disons: « puisque l'alcool est un « si grand mal, cause de tant de ruines et de tant « de malheurs, commence par t'abstenir et pour ta « part tu sauveras le pays. En t'abstenant, tu ne « dégages pas seulement ta responsabilité person« nelle de tous les forfaits de l'alcool, ce qui est « bien quelque chose. A cause de la force de pro« pagande qui est au fond de tout exemple, ton abs« tention provoquera des imitations. Les personnes « qui te verront refuser systématiquement un « apéritif ou un verre de liqueur commenceront « par sourire : la seconde fois, cette négation obs«. tinée les fera réfléchir, et la troisième tu seras « peut être imité ».

Nous voulons, par cette abstention systématique faisant tâche d'huile, faire la grève contre l'alcool.

C'est le but suprême de notre effort. Parce moyen, avant la guerre, nous avons pu déchaîner un véritable mouvement d'opinion publique, résultat d'une propagande poursuivie pendant vingt ans en dehors de tout bluff, par un travail obstiné « en profondeur ».

Nous nous en tenons à cette méthode qui a donné

de grands résultats, qui en produira, je l'espère, de plus grands encore dans l'avenir.

J'arrive aux réformes législatives ou administratives. Notre programme peut se résumer d'un mot : prohibition des boissons distillées, apéritifs et liqueurs. Nous ne parlerons pas des boissons fermentées, vins et bières, dont nous ne combattons pas l'usage modéré. Nous avons essayé de profiter du mouvement de patriotisme que la guerre avait suscité dans notre pays pour obtenir la prohibition des spiritueux.

Nous avons approché du succès. Nous avons convaincu la grande industrie : l'Union des industries métallurgiques et minières qui représente un si gros morceau de l'industrie française a émis un avis favorable à la prohibition complète des spiritueux.

Ces gens d'affaires qui connaissent bien l'importance économique de la question n'ont point hésité à aller jusqu'à la prohibition totale.

Nous avons obtenu un succès plus grand encore : le Ministère, présidé par M. Briand, a été jusqu'à inscrire la prohibition dans son programme. Cela ne lui a pas réussi : Quelques semaines après il tombait. Il est permis de faire un rapprochement entre la campagne menée par les puissances de l'alcool contre M Briand et cette chute. Elle a servi de leçon de choses à bien des hommes politiques et lorsque la question est venue 18 mois après devant le Parlement, M. Jules Siegtried qui a soutenu à la tribune la thèse de la Ligue Natio- nale contre l'Alcoolisme n'a été suivi que par un dixième de la Chambre. Supposer que cet échec nous a découragés serait nous mal connaître. Nous avons décidé de continuer notre campagne; seulement au lieu de nous confiner dans une opposition.

intransigeante et stérile, nous avons espère qu'il y aurait moyen d'arriver au but par étapes et nous avons convoqué à la Ligue Nationale contre l'Al- coolisme les 47 députés qui avaient voté la prohibition complète. Grâce à leurs conseils nous avons adopté un programme de repli destiné à réaliser progressivement la prohibition.

Pour qu'il soit plus frappant, ce programme est réduit à huit articles, bien qu'il pût en contenir un bien plus grand nombre.

Voici ces articles : 1° Abolition définitive et totale du privilège des bouilleurs de cru et de toute allocation familiale.

Il est inique et monstrueux que 140 ans après la Révolution le seul privilège qui ait subsisté soit en faveur de ceux qui empoisonnent eux et les leurs.

Notons qu'il s'agit d'un privilège financier dans un Etat qui a une dette de deux cents milliards et une insuffisance de recettes annuelles d'environ dix milliards.


Ce scandale doit, à nos yeux, disparaître d'abord et c'est ce qui explique la place que tient cette réforme dans notre programme; 2° Dépôt obligatoire des alambics sous la surveillance de l'Administration.

Ce second article est destine à faire obtenir l'ap- plication du premier; les alambics servent à distiller, nous avons voulu, pour qu'aucune fraude ne fût possible, que personne ne soit possesseur d'alambic; 3° Supression des apéritfs à.base d'alcool.

Nous ne parlons pas des apéritifs à base de vin, le vin étant un composé qui se suffit à lui-même, qui a une puissance de dissolution extrêmement faible. L'alcool, au contraire, dissout facilement beaucoup d'essences, ce qui rend les apéritifs à base d'alcool encore plus dangereux que les autres; 4° Réduction du nombre des débits d'alcool par voie de rachat : Aucun débit nouveau d'alcool ne peut plus être ouvert en France, depuis la loi du 9 novembre 1915.

Cette défense ne s'applique pas aux débits ne vendant que des boissons fermentées, mais seulement à ceux qui débitent des apéritifs à base d alcool et des liqueurs. Il y a 500.000 débits de boissons en France, on a pensé que c'était suffisant.

Par * le remboursement de la valeur des fonds, on peut donc supprimer d'une manière définitive un certain nombre de débits d'alcool. C'est d'autant plus facile qu'il y a en France un nombre considérable de petits débits n'ayant pas une valeur supérieure à quelques centaines de francs; 5° Supression du § 2 de l'art. 10 de la loi du 9 novembre 19'5 qui autorise l'ouverture de débits d'al- cool nouveaux lorsque l'alcool n'est débité qu'à l'occasion et comme accessoire de la nourriture : Ce paragraphe contient une fissure dangereuse pour la prohibition : il suffit de vendre très peu de chose comme nourriture — pour que l'alcool soit en fait toléré comme accessoire.

6° Interdiction d'exploiter un débit de tabacs dans un débit de boissons : Je n'ai pas besoin d'insister sur ce point. Nous avons vu, avant la guerre, combien le fait d'être forcé d'entrer dans un débit de boissons pour acheter du tabac avait amené d'abus. Cette situation a empiré du fait de la rareté du tabac. Actuellement, on ne peut avoir du tabac qu'à condition d'avoir payé une ou plusieurs tournées. Nous avons multiplié les démarches pour faire cesser ce lamentable état de choses, sans succès jusqu'à présent.

7° Option locale : C'est le droit pour une Municipalité, de consulter toute la population adulte d'une commune, sur la réglementation des débits.

L'option locale donnerait aux femmes l'occasion d'exercer le droit de suffrage d'une façon indiscutablement bonne. Les femmes seraient certainement avec nous.

8° Extension à toutes les mesures répressives contre

l'alcoolisme du droit de poursuite donné dans ce cas particulier aux sociétés de tempérance reconnues d'utilité publique par l'article 14 de la loi du 9 novembre 1915 : Sur ce dernier point, je voudrais vous donner quelques explications.

En France, nous avons une législation aux termes de laquelle le Ministère public seul a le droit de poursuivre l'application de la loi pénale. Cette règle ne comporte qu'une exception : La victime d'une infraction peut poursuivre son auteur directement devant le Tribunal répressif et requérir contre lui l'application d'une peine.

Ce que nous demandons, c'est que les sociétés de tempérance, reconnues d'utilité publique, aient le droit de jouer le rôle judiciaire de la partie lésée. Lorsqu'un cabaretier vend de l'alcool à un homme déjà ivre ou à un mineur dans des condi- tions interdites par la loi, nous voudrions que lesdites sociétés soient considérées comme personnellement lésées et qu'elles aient le droit de poursuivre devant le Tribunal répressif. Je crois que cette réforme aurait une importance considérable.

Actuellement, la répression n'est pas assurée de manière satisfaisante, précisément parce qu'elle est exclusivement aux mains du Ministère public. Lorsque celui-ci veut faire son devoir en agissant, il en est empêché souvent par des considérations politiques ou simplement électorales : un Sénateur, un Député, un Conseiller Général, un Conseiller d'Arrondissement, un Conseiller Municipal, — si ce n'est pas l'un, c'est l'autre — viennent le prier de ne pas poursuivre un excellent agent électoral.

Il peut résister plusieurs fois, mais il finit par avoir, du fait de cette attitude, une situation intenable, et le M nistre, excédé des réclamations qui lui parviennent à son su et, finit par lui donner un autre poste. Il n'est pas étonnant que tous les magistrats n'aient pas le courage, dans ces conditions, de faire leur-devoir.

Si nous avions le droit de poursuivre les infractions aux lois qui ont pour but de protéger les citoyens contre l'alcoolisme, je n'ai pas besoin de vous dire que nous poursuivrions sans aucune considération de personne. Notre raison d'être est de lutter contre l'alcoolisme, et la répression serait parfaitement assurée de cette façon ; elle ne l'est pas actuellement, et le législateur a beau accumuler des textes, renforcer une loi par une autre, il a beau voter une loi qui est une aggravation de la loi de 1873, quand celle-ci n'est pas appliquée, la sui- „ vante ne le sera pas davantage. Lorsque les sociétés reconnues d utilité publique auront le droit de poursuivre, la situation sera changée.

Je voudrais que les Associations qui ont pour but de lutter contre un. fléau social soient inverties de ce droit, pour tout ce qui touche au but qu'elles poursuivent.

Il ne serait pas trop tôt pour faire l'apprentissage de cette liberté et pour démolir ce vieux vestige du passé qu'est le monopole de la poursuite entre les mains du Ministère public.


Je voudrais, pour términèr, dire deux mots de la partie administrative de notre programme : Ici, notre ambition est modeste, Elle se bornerait à .faire appliquer les dispositions légales actuellement existantes, par les autorités administratives..

Par exemple, l'article 9 de la loi du 17 juillet 1880 permet aux maires de fixer un périmètre autour des édifices publics, à l'intérieur duquel aucun débit nouveau ne peut être ouvert, que ce soit un débit de boissons alcooliques ou un débit de boissons fermentées.

Il suffit au maire de prendre un arrêté fixant un périmètre assez étendu pour qu'aucun débit nouveau ne puisse être ouvert dans la commune. Nous avons appelé l'attention des maires sur cet article.

Nous avons fait la même démarche auprès des préfets qui ont, dans leur département, le même pouvoir que le maire dans sa commune.

Nous recommencerons. Mais les maires peuvent quelque chose de plus. Nous avons déjà obtenu de deux d'entre eux qu'ils interdisent dans les débits, en vertu de leurs pouvoirs de police, la consommation de spiritueux.

Nous avons obtenu du maire de Nantes et du maire de Saint-Nazaire qu'ils prennent un arrêté interdisant la consommation des spiritueux titrant plus de 23°.

Nous avons obtenu la même interdiction du préfet maritime de Cherbourg, l'amiral Rouyer. Nous comptons, grâce à cés exemples, entraîner beaucoup de maires et quelques prêfets.

Ces interdictions ou ces limitations administrati- ves ont une importance considérable.

Je pourrais vous citer des exemples pris en France : par exemple les mesures restrictives prises par les autorités militaires tant dans la zone des armées qu'à l'arrière, et la réquisition de l'al- cool industriel ont amené une diminution frappante de la consommation de l'alcool.De 1.658.000 hectolitres en 1913; nous tombons en 1914 à 1.307.000 et en 1916 à 863.000 hectolitres.

Nous avons, d'autre part, l'exemple dé l'Angleterre. Dans une communication extrêmement inté- ressante, faite à la Conférence internationale reunie à la Ligue Nationale contre l'Alcoolisme, le 3 avril dernier, Lord d'Abernon, Président du « Central Control Board », ministre, en quelque sorte, de l'antialcoolisme en Angleterre, à énumeré les mesurés administratives prises depuis la guerre pour amener la diminution de la consommation de l'alcool dans son pays.

Ces mesures sont de deux sortes : Lord d'Abernon a obtenu une diminution du degré de l'alcool servi e dans les débits et l'à fait tomber de 43° à 28°. Par conséquent, en buvant un petit verre on boit toujours moins d'alcool. En outre, il a fait limiter l'ouverture des debits qui était normalement de 14 heurès par jour à 5 h. 1/2 tout au plus, autour des deux repas principaux de la journée.

Grâce à ces mesures, il a obtenu des résultats extrêmement frappants dont vous allez juger vous.

mêmes d'après les quelques chiffres que je vais vous donner: Voici la déclaration faite par Lord d'Abernon : « Nous avons en Angleterre, en 1914, poursuivi pour ivresse 146 517 individus; en 1915, 102.600; en 1916, 62 946; en 1917, 34.103 et en 1918, 21.797.

« Les décès dus à l'alcoolisme s'élèvent, en 1914, à 1.136; en 1915, à 867; en 1916, à 620; en 1917, à 358.

« Les décès dus à la cirrhose du foie, causée le plus souvent par l'alcoolisme, s'élèvent, en 1914, à 2.226; en 1915, à 2.107; en 1916, a 1.823; en 1917, à 1.475. »

Vous voyez que les mesures administratives, lorsqu'elles sont bien combinées et poursuivies avec méthode et ténacité comme en Angleterre, produisent des résultats considérables.

Il me reste à exprimer un vœu pour terminer cet exposé : puisque j'ai eu l'honneur de parler devant les représentants des Grandes Associations Françaises, je tiens à leur faire savoir que nous comptons, à l'occasion des élections, user du droit qui appartient à tout citoyen de poser aux candidats des questions pressantes relatives à notre programme antialcoolique. Mais, préalablement, nous voudrions que toutes les Associations qui se préoccupent du bien public, sollicitent et obtiennent le plus grand nombre possible d'adhésions à ce programme. Cela nous donnerait une force singulière pour dire aux candidats : , « Si vous avez tant de débitants dans votre circonscription, vous avez, d'autre part, tant de personnes qui ont accepté le programme de défense de la Ligue Nationale contre l'Alcoolisme. Vous engagez-vous à voter ce programme? »

Ce serait, à mon sens, la meilleure manière d'avoir une Chambre plus antialcoolique que la Chambre actuelle, ce qui est, à vrai dire, une ambition modeste. (Applaudissements.) M. GEORGES RISLER, (remplaçant M. Léon Robelin à la Présidence) s'adressant à l'orateur : Nous avons pris certainement le plus haut intérêt à tout ce que vous venez de nous dire et je suis l'interprète de tous mes collègues en vous remerciant de la très intéressante communication que vous avez bien voulu nous faire.

- (S'adressant aux assistants) : M. Riémain mérite toute notre admiration et la Ligue Nationale contre l'Alcoolisme rend un grand service à notre pays en essayant de le débarrasser de ce fléau qu'est l'alcool et dont nous devons absolument triompher. M. MONOD. — J'ai écouté avec beaucoup de sympathie l'exposé de M. le Secrétaire général de la Ligué Nationale contre l'Alcoolisme. Il m'a semblé qu'il y avait dans la doctrine de cette Société une sorte de contradiction.


D'une part, la Ligue est prohibitionniste; elle a fait demander à la Chambre, par M. Jules Siegfried, la suppression complète de la consommation de l'alcool sans distinction, y compris les produits de nos départements de l'ouest qui sont des produits vinicoles.

La doctrine du Gouvernement est tout à fait contraire à cette tendance prohibitionniste.

Nous avons des documents émanant du ministère du Commerce qui protestent contre toute tendance visant à prohiber et supprimer la consommation de produits naturels vinicoles.

Comment concilier ces programmes différeuts avec l'alliance intime qui semble exister entre le Gouvernement et la Ligue?M. RIÉMAIN. — Nous sommes, il est vrai, les amis du Gouvernement, mais à la condition qu'il professe un minimum d'antialcoolisme.

Le ministère de l'Instruction publique nous

donne à ce point de vue satisfaction, non celui du Commercé, au moins dans une circonstariee récente, et nous avons écrit dernièrement à M Clémentel pour lui demander s'il accepte la responsabilité de la circulaire de M. Fighiera, à laquelle fait allusion M. Monod.

Dans le cas de l'affirmative, nous nous proposons de faire trancher par le Président du Conseil b différend survenu entre deux ministres de son Cabinet.

M. LE PRÉSIDENT., — Je tiens à vous dire que l'Union des Grandes Associations se met entièrement à la disposition de la Ligue Nationale.

Au point de vue propagande, nous nous retournons maintenant contre l'ennemi intérieur. les fléaux sociaux et, par conséquent, notre Union est à la disposition de toutes les Ligues qui luttent contre ces fléaux.

Là séance est levée à 5 h. 30.


1 RÉSUMÉ OFFICIEL DU TRAITÉ DE PAIX AVEC L'AUTRICHE

t

Le préambule est conforme à celui du Traité avec l'Allemagne et contient la liste des mêmes Etats Alliés.

INTRODUCTION Le projet de Traité de Paix qui doit être remis aux Délégués autrichiens est établi sur le même plan que ls projet de Traite avec l'Allemagne ; sa longueur est la même et à beaucoup d'egards les deux sont identiques Dans le sommaire ci-dessous, la partie qui contient le Pacte de la Société des Notions, ainsi que la partie qui contient la législation du Traité sont identiques à celles du Traité avec l'Allemagne. Les parties relatives aux prisonniers de guerre et aux sépultures, celle qui concerne l'aéronautique, ainsi que les subdivisions des lïai ti 's relatives aux arr angements ter ritoriaux qui comprennent la Belgique, In le Luxembourg, la Bulgarie, la Turquie, l'Egypte, le Maroc, la Chine et le Slam sont, avec les changements nécessaires, presque identiques à celles du Traite avec l'Allemagne. La partie relative aux sanctions est identique en tant qu'il s'agit de châtier les violations des lois et coutumes de la guerre, mais elle ne contient aucune clause du genre de celle qui pré- voit le châtiment de l'ex-empereur d'Allemagn e.

Les clauses économiques et les clauses relatives aux ports, voies d'e;..u et voit s ferrées sont conformes à celles du Traité avec l'Allemagne, avec les changements que nécessite la situation particulière de l'Autriche. Les clauses relatives aux frontières, aux questions financières et à certains nouveaux Etats sont différentes de celles du Traité avec l'Allemagne. Certaines parties du projet font encore l'objet de réserves et ne sont pas comprises dans le sommaire.

PARTIE II Frontières futures de l'Autriche Les nouvelles frontières, qui sont décrites en détail, peuvent être résumées en gros, i 1° Frontières du Nord (Frontière avec la Tchécoslovaquie). Les limites administratives existantes qui séparaient autrefois les provinces de Bohême et de Moravie de celles de la Haute et de la BasseAutriche.Ces frontières seront soumises à certaines rectifications d'importance secondaire, notamment dans les régions de Gmund et de Feldsberg et le long du fleuve Morava.

2° Frontières Ouest et Nord-Ouest (Frontière avec la Bavière). La frontière existante est maintenue.

30 Frontières Ouest (Frontière avec la Suisse).

Aucun changement n'est apporté à ces frontières par le Traité de Paix.

4° Frontières du Sud : Avec l'Italie.

Une ligne partant du col de Reschen et suivant en général la ligne de partage des eaux entre les bassins de l'Inn et de la Drave au Nord et de l'Adige, du Piave et du Tagliamento au Sud. Cette ligne, qui passe par le col du Brenner et le Pizzo deiTre Signori (Dreiherrenstitze), comprend dans les frontières italiennes la vallée de Sexten et la conque de Tarvis.

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Dans la partie occidentale, une ligne devra être fixée ultérieurement par les principales Puissances - alliées et associées ; dans la partie orientale, la frontière passant juste à l'Est de Bleiburg traverse la Drave juste au dessus de son confluent avec le Levant et de là passera au Nord de la Drave de façon à laisser à l'Etat serbo-croate-slovène Marbourg et Radkersbourg ; juste au Nord de cette dernière localité la ligne rejoint la frontière hongroise. - 5° Frontière Est. Aucun changement n'est introduit dans le Traité de Paix en ce qui regarde l'ancienne frontière entre l'Autriche et la Hongrie.

On a ajouté différentes mesures de détail pour


faciliter l'œuvre de la commission qui sera chargée de délimiter la ligne exacte de la frontière.

PARTIE III CLAUSES POLITIQUES : EUROPE Les Hautes Parties Contractantes reconnaissent et acceptent les frontières de la Bulgarie, de la Grèce, de la Hongrie, de la Pologne, de la Roumanie, de l'Etat serbo-croate-slovène et de l'Etat tchéco-slovaque, telles qu'elles sont actuellement fixées, ou telles qu'elles pourront être fixées ultérieurement, et l'Autriche renonce en faveur des principales Puissances alliées et associées à tous ses droits et à tous ses titres sur les territoires qui lui ont appartenu précédemment et qui, bien que situés en dehors des nouvelles frontières de l'Autriche, n'ont été à l'heure actuelle attribués à aucun Etat. L'Autriche s'engage à accepter le règlement à intervenir à l'égard de ces territoires.

ITALIE Les sections ayant trait à l'Italie sont réservées.

ÉTAT TCHÉCO-SLOVAQUE L'Autriche reconnaît l'entière indépendance de l'Etat Tchéco-Slovaque, en y comprenant le territoire autonome au sud des Carpathes, et renonce à tous ses droits et à tous ses titres sur ses anciens territoires qui y sont compris, conformément à la ligne de conduite déjà suivie par les Puissances alliées et associées. La frontière exacte entre l'Autriche et le nouvel Etat devra être déterminée sur place par une Commission de délimitation de sept membres, dont cinq seront nommés pa r les principales puissances alliées et associées, un par l'Autriche et un par la Tchécoslovaquie.

La Tchécoslovaquie accepte d'incorporer dans le Traité avec les principales Puissances alliées et associées toutes mesures qui pourront être. jugées nécessaires pour la protection des minorités de race, de religion ou de langage, et pour assurer la liberté de transit et un traitement équitable au commerce d'autres nations.

POLOGNE, HONGRIE.

Il y a des sections analogues en ce qui concerne la Pologne et la Hongrie.

LA RUSSIE L'Autriche doit reconnaître et respecter la pleine indépendance de tous les territoires qui faisaient partie de l'ancien Empire de Russie. Elle doit accepter définitivement l'annulation du Traité de Brest Litovsk et de tous les Traités ou Accords de toute nature conclus depuis la Révolution de novembre 1917 avec tous Gouvernements ou groupements politiques sur le territoire de l'ancien Empire de Russie.

Les Alliés réservent tous droits du côté de la Russie pour obtenir de l'Autriche restitution et satisfaction sur les bases du présent Traité.

Dispositions générales L'Autriche doit consentir à l'abrogation des traités de 1839 (qui ont établi la neutralité de la Belgique, fixé ses frontières, etc.) et accepter d'avance toute convention que les Alliés pourraient décider de leur substituer.

L'Autriche adhère à l'abrogation de la neutralité du Grand-Duché de Luxembourg et accepte d'avance tous accords internationaux qui pourront être établis en cette matière par les Puissances alliées et associées.

L'Autriche accepte tous arrangements conclus par les Puissances alliées et associées avec la Turquie et la Bulgarie au sujet de tous droits, privilèges ou intérêts dans ces pays que pourraient faire valoir l'Autriche ou ses nationaux, et qui ne sont pas traités ailleurs.

L'Autriche accepte tous arrangements conclus avec l'Allemagne par le3 Puissances alliées et associées au sujet des territoires dont l'abandon a été imposé au Danemark par le traité de 1864.

Protection des minorités Par une série de clauses spéciales, l'Autriche s'engage à mettre ses institutions en harmonie avec les principes de liberté et de justice, et reconnaît formellement que l'obligation de protéger les minorités est une question d'intérêt international sur laquelle s'exerce la juridiction de la Société des Nations. L'Autriche garantit l'entière protection de leur vie ou de leur liberté à tous les habitants de l'Autriche, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou religion, de même que le droit d'exercer librement toute croyance.

Tous les nationaux de l'Autriche, sans distinction de race, de langue ou de religion doivent être égaux devant la loi. Aucune restriction ne devra être imposée au libre emploi, public ou privé, de > quelque langue que ce soit, et des facilités raisonnables devront être accordées aux nationaux de l'Autri he qui ne parlent pas l'allemand pour l'usagé de leur langue devant les tribunaux. Les nationaux de l'Autriche appartenant à des minorités de race, de religion ou de langue, devront jouir de la même protection que les autres nationaux de l'Autriche, particulièrement à l'égard des écoles et des autres établissements d'instruction, et dans les districts où résident en proportion considérable des nationaux de l'Autriche parlant une autre langue que l'allemand, on devra accorder des facilités dans les écoles pour donner l'enseignement aux enfants dans leur langue maternelle,; une part équitable des crédits publics sera réservée à cet effet. Ces stipulations n'emp êcheront pas le Gouvernement de l'Autriche de rendre obligatoire l'enseignement de l'allemand; elles seront incorporées par l'Autriche dans ses lois fondamentales comme une Charte des Droits, et les dispositions y relatives seront placées sous la sauvegarde de la Société des Nations.


PARTIE IV Droits de l'Autriche en dehors de l'Europe En dehors de l'Europe, l'Autriche renonce à tous ses dr oits, titres, et privilèges en ce qui regarde ses propres territoires ou ceux de ses allies, en faveur de toutes les Puissances alliées et associées, et s'engage à accepter toutes mesures prises par les principales Puissances alliées en cette matière.

EGYPTE L'Autriche reconnaît le protectorat britannique en Egypte proclamé le 18 tiècemb. e 1918 et renonce, à dater du 4 août 1914, aux Capitulations et A tous les Traités, Accords, etc., conclus avec l'E"

gypte. Elle s'engage à n'intervenir dans aucune négociation au sujet de l'Egypte entre la GrandeBretagne et d'autres Puissances. Des dispositions sont prévues pour la juridiction sur les nationaux et les biens autrichiens et pour le consentement de l'Autriche à tous changements qui pourront être introduits par rapport à la Commission de la Otte publ que. L'Autriche accepte le transfert à la Grande Bretagne des pouvoirs concédés à l'ancien Sultan de Turquie et qui assureront la libre navigation dans le canal de Suez. Des arrangements pour les biens appartenant à des nationaux autrichiens en Eypte ont été faits comme pour le Maroc ou pour d'autres pays dans le même cas, toutes propriétés de la Couronne ou de personnalités im- péri les passant è l'Egypte sans indemnité. Les marchandises anglo-égyptiennes jouiront à l'entrée en Egypte du même traitement que les marchan- dises britanniques.

MAROC L'Autriche renonce à tous ses droits, titres et privilèges issus de l'Acte d'Algésiras et des Accords franco-allemands de 1909 et 1911, et de tous traités et arrangements avec l'Empire chorifien.

Elle s'engage à n'intervenir dans aucune négocia- tion au sujet du Maroc entre la France et les HU" tres puissances, accepte toutes les conséquences du Protectorat français sur ce pays et renonce aux Capitulations. Tous les biens d'Etat autrichiens passent au Makhzen sans indemnité, l'Autriche abandonnant également ses intérêts dans la Banque d'Etat du Maroc. Les marchandises marocaines jouiront à l'entrée en Autriche des mêmes privilèges que les marchandises françaises.

CHINE L'Autriche renonce en faveur de la Chine à tous privilèges et à toutes indemnités résultant du Protocole au sujet des Boxers de 1901, et à tous bâtiments, appontements, casernes, forts, munitions de guerre, navires, installations de télégraphie sans fil et autres biens d'Etat, sauf les établissements diplomatiques ou consulaires, dans la concession autrichienne à Tien-Tsin et dans tout autre territoire en Chine. Toutefois, la Chine ne prendra aucune mesure à l'effet de disposer de biens autrichiens dans le quartier des Légations à

Pékin sans Je consentement$eç Pyj^^pces signa taires du Protocole des Boxers, L'Autriche accepte l'abrogation de si concession à Tien Tsin, la Chine çonsentant à l'ouvrir à l'usage international. Elle renonce à toutes réclamations envers la Chine ou tout Gouvernement allié ou associé à propos de l'internement ou du rapa- triement ses citoyens en Chine, ou pour saisie ou liquidation d'intérêts autrichiens dans ce pays depuis le 14 août 1917. La Chine ne sera pas tenue d'accorder à l'Autriche les privilèges exercés par l'ancien Gouvernement autrichien en vertu de l'Arrangement de 1902 pour les Tarifs des Douane Chinoises et de§ accords de Whang-Poo de 1905 et 1912.

SIAM L'Autriche reconnaît que tous les accords conclus entre elle et le s'jm. y compris le droit d'extraterritorialité, ont pris fip le 22 juillet 1917. Tous les biens d'Etat autrichiens, à l'exception des licaux consulaires et diplomatiques, passent ;,u Sianl sans indemnité, les biens prives autrichiens devant recevoir le traitement prévu pur les clauses écono- miques. L'Autriche se désisté de toute réclamation envers le Siam pour liquidation de ses biens ou internement de ses nationaux.

PARTIE V Qauses militaires, navales et aériennes!

CLAUSES MILITAIRES (Réservées) CLAUSES NAVALES Les clauses navales stipulent qu'à dater de l'entrée en vigueur du Traité, tous les- vaisseaux de guerre uustj g- hongrois, y compris les sous-marins et tous les hnjeaux de la flottille du Danube, seront cédés définitivement aux principales Puissances alliées et associées. Les croiseurs auxiliaires, etc., 9U nombre de vingt et un, seront désarmés et traités comme bateaux marchands. Tous jes vaisseaux de guerre (y compris les sous-marins) en cours de construction dans des ports qui appartiennent ou ont appartenu à l'Autriche-Hohgrie seront démolis : le matériel et les matériaux qui en proviendront ne devront être utilisés que dans un but industriel et ne pourront être cédés à des pays étrangers. Toute construction ou acquisition de sous-marin, même^ dans un but commercial, est interdite. Toutes les '- armes de marine, munitions et autre matériel de guerre, qui appartenaient à l'Autriche-Hongrie à la date de l'armistice seront livrés aux alliés. Le poste autrichien de télégraphie sans fil de Vienne ne servira (pendant une période de trois mois) à trans- mettre des messages sur des questions navales, militaires ou politiques, concernant l'Autriche ou ses anciens Alliés, qu'avec le consentement des Gouvernements alliés et associés; il ne sera utilisé que sous contrôle, dans un but commercial. Pendant cette même période, l'Autriche ne devra cons-


truire aucun nouveau poste 4 hante puissance de télégraphie sans fiL Clauses aériennes Les clauses aériennes stipulent que les forces armées de l'Autriche ne devront comprendre aucune force aérienne militaire ou navale ; tout le personnel des forces aériennes en Autriche devra être démobilisé dans les deux mois.

Les appareils aériens des Puissances alliées et associées jouiront d'une liberté complète de passage et d'atterrissage en territoire austro-allemand jusqu'au 1er janvier 1923, à moins qu'avant cette date l'Autriche ne soit. admise dans la Société des Nations ou ne soit autorisée à adhérer à la Convention internationale aérienne.

La construction d'aéronefs ou de parties d'aréonefs est interdite pendant une période' de six mois.

Tous les appareils aériens, militaires ou navals (y compris je matériel des dirigeables et le matériel aéronautique) seront livrés dans les trois mois aux Gouvernements alliés et associés.

Dispositions générales Les dispositions générales prévoient des modifications aux lois autrichiennes, Pl ur les mettre d'uccord avec les clauses précedentes.

L'Autriche s'engage à n'accréditer ou n'envoyer à l'étranger aucune mission militaire, navale ou aérienne, ni à permettre à des i essortissants autrichiens de prendre du service dans l'armée, la marine ou l'aéronautique d'aucune puissance étrangère, PARTIE VI Prisonniers gperre Le rapatriement des prisonniers et internés civils autrichiens sera effectué par les soins d'une commission composée de repre ésentants dis Alliés et du Gouvernement autrichien, ainsi que par des sous-commi siens locales. Les prisonniers de guerre et internés civils autrichiens devront être ramenés chez eux par les autorités autrichiennes à leurs trais. Ceux d'entre eux qui sont passibles de peines pour des fautes contre la discipline com- mises avant le 1er mai 1919, seront rapatriés sans qu'il soit tenu compte de l'achèvement de leur peine ; mais cette disposition ne s'applique pas à ceux qui sont coupables de fautes autres que celles contre la discipline. Les Alliés ont le droit d'en user à leur discrétion envers les ressortissants autrichiens qui désirent ne pas être rapatriés et tous les rapatriements sont subordonnes à la mise en liberté immédiate des sujets alliés qui se trouveraient encore en Autriche, Le Gouvernement autrichien devra donner toutes facilités aux commissions qui seront chargées de réunir les renseignements concernant les prisonniers de guerre disparus et de faire prendre des sanctions contre les fonctionnaires autrichiens qui ont qyché des ressortissants alliés. Le gouvernement autrichien

devra restituer tous les biens appartennant aux prisonniers alliés, et il sera établi un échange réciproque de renseignements sur les prisonniers décédés et leurs sépultures, Sépultures Les Alliés et le Gouvernement autrichien feront respecter et entretenir les sépultures de tous les soldats et marins sur leurs territoires ; ils devront reconnaître et aider toutes les Commissions constituées à cet effet par les Alliés; ils s'engagent à donner toutes les facilités pour le transport et la nouvelle inhumation des restes.

PARTIE VII , Sanctions Des tribunaux militaires seront institués par les Alliés pour la mise en accusation des personnes prévenues de violaiion des lois et coutumes de la guerre, et le Gouvernement autrichien livrera toutes personnes se trouvant sous le coup de telles poursuites. Des tribunaux analogues seront institués par toute Puissance alliée individuelle dont les ressortissants auront st pfft-rt d'actes crimini ls. Les accusés auront le droit de choisir leur défenseur et le gouvernement autrichien s'e ngagera à fournir tous les documents et rensei-' gnements qu'il pourrait être nécessaire de verser aux débats.

PARTIE VIII Clauses réparations (Clauses réservées) PARTIE IX CLAUSFS FINANCIERES (Clauses réservées) PARTIE X CLAUSES ECONOMIQUES Douanes Le Traité contient des stipulations détaillées empêchant l'Autriche d'établir des différences directement ou indirectement au détriment du commerce des Pays alliés ou associés.

Ces stipulations resteront en vigueur pendant cinq ans, à moins que ce délai ne soit prolongé par le Conseil de la Société des Nations; mais elles ne pourront être invoquées dans le cas d'arrangements conclus entre l'Autriche et la Hongrie ou la Tchéco-Slovaquie., au sujet de certains produits naturels orig naires et en provenance de ces pays pen tant la période de cinq ans. Le droit d'importation autrichien applicable dès le début aux marchandises alliées ne devra pas excéder le tarif le plus bas de 1914 et cela, pendant une période de six mois, après laquelle cette restriction ne s'ap-


pliquera qu'aux produits agricoles et pour une nouvelle période de trois mois, Navigation Il est établi que l'Autriche devra reconnaître les certificats maritimes et les lieux d'enregistrement des bateaux appartenant à l'une quelconque des parties contractantes dépourvue de littoral maritime.

Le Gouvernement autrichien n'encourra aucune obligation en ce qui concerne les pensions civiles ou militaires accordées aux ressortissants de l'ancienne Autriche devenus, aux termes du Traité, ressortissants d'autres Etats.

Concurrence déloyale L'Autriche s'engage à protéger le commerce des Alliés contre la concurience déloyale, et en particulier, à réprimer l'emploi des fausses marques et indications d'origine, et, ous condition de réci- procité, à respecter les lois et décisions judiciaires des Etats alliés et associés, en ce qui concerne les appellations régionales des vins et spiritueux.

Traitement des ressortissants des provinces alliées L'Autriche ne devra imposer aux ressortissants des Etats alliés ou à leurs biens aucune restriction qui ne fût en vigueur avant la guerre ni aucune tave, à moins que ces restrictions et taxes ne s'appliquent à ses propres ressortissants. Elle ne devra pas non plus imposer des restrictions à l'exercice des métiers à moins qu'elles ne soient applicables à tous les étrangers. Ces stipulations demeureront en vigueur pendant une période de 5 ans et, au cas où la majorité du Conspil de la Ligue des Nations en déciderait ainsi, pendant une période supplémentair e ne dépassant pas 5 années. La nationalité autrichienne cessera d'appartenir- à toute personne qui sera devenue ressortissant d'un Etat allié ou associé.

Conventions plurilatérales Un certain nombre de Conventions plurilatérales sont remises en vigueur entre l'Autriche et les Alliés qui y ont été parties, mais des conditions particulières sont imposées à la remise en vigueur de plusieurs d'entre elles en ce qui concerne l'Autriche. Pour les Conventions postales-et télégraphiques, par exemple, l'Autriche ne devra pas refuser son consentement aux arrangements particuliers conclus par les nouveaux Etals. En ce qui concerne la Convention radiotélégraphique, elle devra s'engager à observer le règlement provisoire qui lui sera communiqué et à adhérer à une Convention nouvelle quand celle-ci sera établie. L'Autriche s'engage à adhérer, dans l'année qui suivra l'entrée en vigueur du Traité, aux Conventions pour la protection de la propriété artis'ique et littéraire, et en attendant cette adhésion, à protéger les droits d'auteurs alliés conformément aux principes de ces Conventions.

Traités bilatéraux Tout Etat allié peut, si tel est son désir, renouveler l'un quelconque de ses traités avec l'Autriche, dans la mesure où ce renouvellement ne contrevient pas aux dispositions du Traité de Paix, et en en donnant avis dans les six mois.

Les Traités conclus par l'Autriche depuis le 1er août 1914 avec d'autres Etats ennemis et avant ou après cette date avec la Roumanie, la Russie ou les Gouvernements représentant des parties de l'ancien territoire russe, sont abrogés et les concessions accordées par force à des ressortissants autrichiens, annulées. Les Alliés jouiront des privilèges accordés par les Traités conclus par l'Autriche avec d'autres Etats ennemis antérieurement au 1er août 1914 et par les Traités conclus au cours de la guerre par l'Autriche avec les Etats neutres.

Dettes d'avant-guerre Des Chambres de compensation seront instituées dans les trois mois en Autriche et dans tout Etat allié ou associé qui acceptera !e système, et le règlement des dettes d'avant-guerre et autres obligations pécuniaires se tera par :e moyen de ces Chambres, tout règlement direct étant interdit. La ventilation des produits de liquidation des biens ennemis sera également faite par les moyens de ces Chambres.

Tout Etat participant prendra la responsabilité des obligations de l'espèce visée, contractées par ses ressortissants envers des ressortissants des Etats adverses, sauf dans les cas où le débite ur était insolvable à la déclaration de guerre. Les réclamations seront examinées ce ntradicloirement par les Chambres de compensation des deux pays intéressés, t t en cas de désaccord seront soumises à l'arbitiage ou au tribunal mixte d'arbitrage visé ci-dessous. Les sommes dues aux ressortissant de chaque pays seront payées par la Chambre de compensa- tion de ce pays, et les sommes ducs par ces ressortissants seront débitées à cette Chambre. Les dettes seront payees en numéraire du Pays allié intéressé, et le taux du change, à défaut de stipulation particulière portée au contrat, sera le taux moyen de câble-transfort ayant eu cours dans ce pays pendant le mois précédant immédiatement la déclaration de guerre entre le pays en question et l'Autriche.

Toute puissance alliée a le choix d'adhérer ou non au système ci-dessus.

Biens ennemis.

Les actes de liquidation, contrôle, etc., accomplis dans les Pays alliés et en Autriche en ce qui concerne les biens et intérêts ennemis en vertu de mesures exceptionnelles de guerre sont confirmés, sous réserve de compensations en raison de perles éprouvées, etc., au préjudice des ressortissants alliés, compensations qui seront fixées par le tribunal mixte d'arbitrage et imputées aux biens des ressortissants autrichiens se trouvant sous le contrôle de l'Etat du demandeur. Toute compensation due à ses propres ressortissants sera payée par l'Autriche,


Tous actes de liquidation, contrôle, etc., commencés en Autriche seront suspendus et les biens alliés, si leur liquidation n'est pas achevée, seront rendus. Les ressortissants des pays n'ayant pas pratiqué de liquidation générale des biens autrichiens pourront, quand cette opération sera possible, demander à être remis par le Gouvernement autrichien en possession de leurs biens mêmes, en quelques mains qu'ils se trouvent à l'heure actuelle.

Des mesures sont stipulées pour la protection à l'avenir des biens et intérêts recouvrés en Autriche.

Les Alliés se réservent le droit de retenir et liquider tous biens autrichiens sur leur territoire. Le produit net des ventes de ces biens, effectuées pendant ou après la guerre, sera crédité à l'Autriche et consacré par chaque Etat au payement des réclamations formulées par ses ressortissants en raison de leurs biens en Autriche ou des dettes contractées envers eux par des Autrichiens.

Les contrats d'avant-guerre entre nationaux alliés et nationaux autrichiens sont, en général, annulés à partir du moment où ces parties sont devenues ennemies. Exception est faite pour le cas d'arrangement pour le transfert de la propriété mobilière ou immobilière lorsque la propriété aura déjà été transférée, baux de terrains et de maisons, contrats d'hypothèques, gages au nantissement, concessions minières, contrats avec des gouvernements et des corps constitués publics et des contrats d'assurances. En ce qui concerne la dernière classe de contrats, il y est pourvu de façon détaillée comme il est indiqué ci-dessous.

Est réservée la faculté de maintenir des contrats dont l'exécution est considérée par un Etat allié comme d'intérêt général, sous condition, s'il est nécessaire, du payement d'une juste compensation qui sera fixée par le tribunal mixte.

En considération des difficultés constitutionnel les dans le cas des Etats-Unis d'Amérique, du Brésil et du Japon, ces pays sont exclus des clauses ayant trait aux contrats d'avant-guerre. Les contrats d'assurances contre l'incendie ne sont pas considérés comme annulés par la guerre, même si les primes n'ont pas été payées, mais expirent à partir de la première échéance de la prime annuelle survenant trois mois après la Paix. Les contrats d'assurances sur la vie ne sont pas annulés simplement du fait de la guerre, mais dans les cas où ils ont expiré, la valeur de la police peut être réclamée, ou dans le cas où l'expiration est due au fait que le payement des primes a été empêché par l'application de mesures de guerre, le contrat peut être remis en vigueur moyennant le payement des primes augmentées des intérêts. Les contrats d'assurances maritimes sont annulés par la déclaration de guerre, sauf dans le cas où le risque avait déjà commencé à être couru.

Dans le cas où on s'est réassuré contre le même risque après le commencement de la guerre, on doit considérer la nouvelle police comme étant substituée à l'ancienne.

Là où le risque n'avait pas commencé à être

couru hors de la déclaration de la guerre, les primes payées peuvent être exigibles.

Les traités d'assurances sont abrogés à moins que l'invasion n'ait rendu impossible au réassuré de trouver un autre réassureur. Cependant, une Puissance alliée ou associée peut annuler toutes les assurances sur la vie existant entre ses nationaux et une compagnie d'assurances ou de réassurances autrichienne, cette dernière étant obligéede remettre la proportion de ses fonds attribuables à ces polices.

Un tribunal arbitral mixte sera constitué entre chacune des Puissances alliées et l'Autriche; il sera composé d'un membre nommé par chacun des deux Gouvernements et un Président qui sera choisi au cas de dissentiment, par le Conseil de la Société des Nations, où jusqu'au moment où il sera constitué par le Président actuel du Conseil fédéral suisse.

Ce Tribunal jugera tous les différends relatifs aux contrats conclus avant la date du Traité de Paix entre les ressortissants des Etats aliiés et les ressortissants autrichiens, à l'exception de ceux qui sont de la compétence des Tribunaux alliés ou associés ou neutres.

Propriété industrielle Les droits de propriété industrielle, littéraire et artistique seront rétablis, mais soumis, dans le cas de droits détenus par des Autrichiens, aux mesures spéciales de guerre des Alliés; le droit d'imposer aux brevets et droits d'auteur autrichiens des conditions dans l'intérêt public ou de s'assurer de l'exécution des obligations de l'Autriche est réservé.

Des prolongations seront accordées pour l'accomplissement des formalités, pour la mise en vigueur des brevets et pour s'assurer des droits d'après les Conventions internationales.

Sauf entre les Etats-Unis d'Amérique et l'Autriche, les licences d'avant-guerre sont annulées, l'ancien détenteur ayant le droit de demander une nouvelle licence à des conditions qui seront spécialement fixées; et, sauf entre les mêmes pays, le droit de poursuivre pour violation commise pendant la guerre n'est pas reconnu.

Clauses spéciales concernant les anciens ressortissants austro-hongrois acquérant une nationalité alliée.

Ces clauses sont semblables à celles du Traité allemand concernant les habitants d'Alsace-Lorraine; leurs contrats sont maintenus à moins d'annulation par leurs gouvernements.

L'Autriche s'engage à reconnaître tout accord ou convention conclus par les Alliés pour sauvegarder les intérêts de leurs ressortissants en toute entreprise constituée sous la loi austro-hongroise et déployant une activité quelconque dans les territoires détachés de l'ancien Empire autrichien, et à transférer tous les documents nécessaires y afférant.


PARTIE XI Navigation aérienne Les aéronefs des Puissances alliées et associées auront pleine liberté de survol et d'atterrissage sur le territoire de l'Autriche, traitement sur un pied' d'égalité avec les aéronefs autrichiens en ce qui concerne l'usage des aérodromes autrichiens et avec les aéronefs de la Nation la plus favorisée en ce qui concerne le trafic du commerce interne en Autriche.

L'Autriche s'engage à admettre comme valables les certificats de nationalité, de navigabilité, les brevets de capacité et licences alliés et à appliquer la Convention relative à la navigation aérienne conclue entre les Puissances alliées et associées à ses propres aéronefs sur son propre territoire.

Ces règles sont valables jusqu'à 1923, à moins que l'Autriche n'ait d'ici là été admise dans la Société des Nations ou dans la Convention ci-dessus.

PARTIE XII Ports, voie d'eau et voies ferrées L'Autriche doit s'engager à accorder la liberté du transit et le plein traitement national aux personnes, marchandises, navires et matériel roulant, etc., en provenance ou à destination de l'un quelconque des Etats alliés ou associés et passant en transit à travers les territoires autrichiens. Les marchandises en transit devront être exemptes de droits de douane. Les tarifs de transports devront être raisonnables, et aucune redevance comme aucune facilité ne devra dépendre directement ou indirectement du pavillon du navire. Des mesures sont prises pour éviter que des distinctions ne- soient établies par le contrôle du trafic des émigrants à travers son territoire et toutes distinctions indirectes quelles qu'elles soient sont interdites.

Les transports internationaux seront accélérés, particulièrement en ce qui concerne les marchandises périssables. Il ne sera établi au préjudice des ports alliés aucune distinction dans les redevances et les facilités de transport.

Le Danube, au-dessous d'Ulm, est déclaré fleuve international, èn même temps que certaines portions de ses affluents navigables et de ses canaux latéraux. Les ressortissants, les biens et les pavillons de tous les Etats alliés seront traités sur le pied d'une parfaite égalité avec les sujets, etc., des Etats riverains; diverses conditions sont imposées pour assurer des facilités et des redevances raisonnables et l'entretien de la navigabilité, sous le contrôle de la Société des Nations.

L'Autriche cédera, dans un délai de trois mois après notification, une partie de ses bateaux, remorqueurs et matériel de rivière.

L'ancienne Commission du Danube, reprendra ses pouvoirs d'avant la guerre, mais seules la GrandeBretagne, la France, l'Italie et la Roumanie y seront représentées. A partir du point où cesse la compétence de la Commission, une Commission internationale sera désignée pour administrer tout le

Haut-Danube, jusqu'à "ce qu'un statut définitif soit établi. Les anciens droits que possédait la Hongrie d'exécuter des travaux aux Portes-de-Fer sont abrogés; et les autres Etats riverains se voient accorder certains droits sur la rive autrichienne du fleuve.

Des mesures sont également prises en vue de l'établissement d'une voie navigable internationale à grande section Rhin-Danube au cas où l'on vien- drait à décider sa construction dans un délai de vingt cinq ans.

Chemins de ter L'Autriche aura accès libre à l'Adriatique, avec le droit à la liberté de transit sur les territoires et les ports détachés de l'ancienne Autriche-Hongrie; cette liberté s'étendra au service de la poste et aux services de même ordre.

Les marchandises en provenance ou à destination des Etats alliés pour ou de provenance de l'Autriche, ou en transit par l'Autriche, bénéficient généralement des meilleures conditions applicables.

Certaines questions des tarifs de chemins de fer sont définies en détail.

Si dans un délai de cinq ans, une nouvelle Convention des chemins de fer vient remplacer la Convention de Berne de 1890, cette nouvelle Convention liera l'Autriche; en attendant, l'Autriche se conformera à la Convention de Berne.

, L'Autriche coopérera à l'établissement à des conditions favorables sur son territoire, de services pour les voyageurs et leurs bagages avec billets directs entre les Etats alliés aussi bien que de services de trains d'émigranls.

L'Autriche devra munir son matériel roulant de dispositifs permettant de l'introduire dans les trains de marchandises des Alliés et vice versa, sans entraver le fonctionnement du frein.

Les mesures sont prises pour la cession des installations d lignes dans les territoires désannexés, et pour la cession d'une juste proportion de matériel roulant destiné à être utilisé dans ces territoires. Des Commissions détermineront l'exploitation des lignes qui relient deux parties d'un même pays ou en traversent un autre, ou des lignes d'embranchement qui partent d'un pays pour se terminer dans un autre.

A défaut d'accord particulier, l'Autriche laissera construire ou améliorer les lignes qui seraient nécessaires à l'établissement de bons services entre un Etat allié et un autre si la demande lui en est faite dans un délai de vingt-cinq ans avec le consentement de la Société des Nations ; les Puissances alliées intéressées payeront les dépenses.

L'Autriche permettra à l'Etat tchéco-slovaque de faire passer ses trains sur les sections de lignes conduisant à Fiume et à Trieste en traversant le territoire autrichien. Les droits de 1 Etat tchécoslovaque à cet égard sont spécifiée et définis ; les conditions seront déterminées par une convention


et les poins en litige seront jugés par un arbitre nommé par la Grande-Bretagne.

A titre de disposition transitoire, l'Autriche exécutera les instructions qui lui seront données au nom des Alliés pour le transport de troupes, de matériel, de munitions, etc., le transport du ravitaillement de certaines régions, le rétablissement des transports normaux, l'organisation des services postaux et télégraphiques.

Enfin l'Autriche s'engage à adhérer à toute convention concernant le régime international du transit, des voies navigables, des ports et des voies ferrées qui pourrait être conclue par les Alliés, avec l'approbation de la Société des Nations, dans un délai de cinq années.

Les différends seront réglés par la Société des Nations. Certains articles spécifiés, par exemple, ceux qui assurent l'égalité de traitement en matière de transit et de transport, sont sujets à revision par la Société des Nations au bout de cinq années. A défaut de revision, ils ne resteront en vigueur qu'à l'égard d'un Etat allié qui accordera la réciprocité.

PARTIE XIII

Conventions du travail D'après les stipulations de la Convention du Travail: 10 Une conférence internationale aura lieu chaque année, en vue de présenter à l'adoption des Etats faisant partie de la Société des Nations des réformes intéressant la législation du Travail. 4 r'2° Un organe directeur servira d'Exécutif et préparera l'ordre du jour de la Conférence. Un Bureau international du Travail réunira et répartira les renseignements et rapports. Le chef de ce Bureau sera responsable vis-à-vis de l'organe directeur.

30 La Conférence annuelle se composera de qhatre représentants par Etat, dont deux représentants du Gouvernement, un des patrons et un des salariés. Chaque délégué pourra émettre son vote d'une façon indépendante. La Conférence aura le pouvoir d'adopter à la majorité des deux tiers des propositions ou des projets de conventions relatifs aux questions du Travail. Les propositions ou projets de conventions ainsi adoptés devront être présentés par chaque Gouvernement à l'autorité ou aux; autorités compétentes en la matière en vue de leur incorporation dans la législation ou de toute autre mesure. Si un projet de convention reçoit l'approbation de l'autorité compétente, le Gouvernement en question est tenu de le ratifier et d'en assurer sa mise en vigueur. Dans le cas où un Gouvernement manquerait à observer les obligations ci-dessus, l'organe directeur aura la faculté d'instituer une Commission d'enquête dont les conclusions pourront servir de base à la Société des Nations pour prendre des mesures écocomiquee à l'égard de l'Etat contrevenant.

4* Des dispositions particulières sont prises pour

prévenir tout conflit avec la Constitution des EtatsUnis ou autres Etats fédératifs.

50 Dans le cas où le climat, l'insuffisance du développement industriel ou toutes autres circonstances particulières rendraient dans certains pays les conditions du travail foncièrement différentes de ce qu'elles sont ailleurs, la Conférence devra tenir compte de ces différences en rédigeant les conventions. Un protocole annexé à la Convention dispose que la première réunion aura lieu cette année à Washington, et institue à cet effet un Comité d'organisation international. Le protocole contient en outre l'ordre du jour de la première réunion, concernant le principe de la journée de huit heures, la question du chômage et du travail des femmes et des enfants, notamment dans les industries insalubres.

A titre d'annexe à la section contenant la Convention du Travail se trouve l'affirmation par les Hautes Parties Contractantes des méthodes et principes applicables à la réglementation des conditions de travail que toutes les communautés industrielles doivent s'efforcer de mettre en pratique dans la mesure où les leur permettent les conditions particulières où elles se trouvent. Parmi ces principes figurent célui que le travail ne doit pas être considéré comme une simple marchandise , ou un objet de commerce; le droit d'association, en vue de tout objet légitime, des patrons aussi bien que des salariés; le payement aux salariés d'une rémunération assurant des conditions d'existence normales pour l'époque et pour le pays où ils se trouvent.

L'adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures partout où elle n'a pas encore été obtenue; l'adoption du repos hebdomadaire de vingt-quatre heures, y compris le dimanche, lorsque c'est possible. L'abolition du travail des enfants et la limitation du travail des jeunes gens, de manière à leur permettre de continuer leur instruction et d'assurer leur développement physique dans des conditions convenables.

Le principe de salaire égal à travail égal, pour les hommes et pour les femmes. Le respect, dans chaque pays, en ce qui concerne l'établissement de l'étalon légal des conditions de travail, de l'équité dans le traitement économique de tous les travailleurs qui y résident. L'institution, par chaque Etat, d'un système d'inspection pour la protection des travailleurs auquel les femmes doivent participer.

PARTIE XIV Divers.

L'Autriche s'engage à reconnaître la pleine validité des Traités de Paix et des conventions additionnelles qui seront conclus par les Puissances qui leur sont alliées, à se conformer aux décisions qui seront prises en ce qui concerne les territoires de l'Allemagne, de la Bulgarie et de la Turquie, et à reconnaître les nouveaux Etats dans la limite des frontières qui leur seront fixées.


Les Hautes Parties Contractantes prennent acte du Traité conclu en juillet 1918 entre la France et la Principauté de Monaco.

Elles reconnaissent que les présidents de Commissions auront, en certaines circonstances, voix prépondérante.

L'œuvre des missions religieuses, entretenues par des sociétés autrichiennes en territoire transféré ou appartenant aux Puissances alliées ou associées, sera continuée sous le contrôle de représentants mandatés par ces Puissances.

Dans une clause de désistement, l'Autriche s'engage à ne présenter contre l'une quelconque des Puissances alliées signataires du présent Traité aucune revendication fondée sur des événements antérieurs à la mise en vigueur du Traité.

L'Autriche accepte tous les décrets, etc., des juridictions alliées en matière de prise en ce qui concerne la marine et les marchandises autrichiennes, et les Alliés se réservent le droit d'examiner toutes les décisions des juridictions autrichiennes en matière de prises.

Le présent Traité, dont les textes anglais et français font également autorité, sera ratifié, et le dépôt de la ratification sera effectué à Paris, le plus tôt qu'il sera possible. Le Traité entrera en vigueur lorsqu'il aura été ratifié par l'Autriche et par trois des principales Puissances alliées ou associées.

A tous égards, le Traité entrera en vigueur pour chaque Puissance à la date du dépôt de sa ratification.


Allocution sur le "Traité de Paix" prononcée par M. RIPAULT Le Dimanche 25 Mal 1919, au lie Concert de l'Héroïque (1) UEJKL-UUULU - ■Li- 1,11

Mesdames, Messieurs, Vous avez remarqué au programme que, sur l'initiative de M. Maxime Thomas — initiative dont je me plains le premier, et vous certainement ensuite — il y a un intermède très peu réjouissant qui a été confié à celui qui est devant vous. Il est obligé, paraît-il, de prononcer une allocution sur le Traité de Paix, alors qu'en réalité cette allocution aurait été très bien faite, très bien conduite par le chef d'orchestre et admirablement soutenue par les artistes si prenants que vous venez d'applaudir. Cependant, je m'exécute, d'autant plus que M. Maxime Thomas m'a dit : « Vous aurez un quart d'heure. » C'est le quart d'heure de grâce., et c'est la grâce que je vous demande. (Sourires.) Bien entendu, dans ce quart d'heure, je n'ai pas la prétention d'examiner minutieusement les 450 articles qui composent le traité de Versailles, d'autant moins que nous n'en possédons pas le texte intégral, et que si je commençais simplement la lecture du résumé que nous connaissons, d'ici quelques minutes, je serais interrompu, non par le ronflement puissant des instruments, mais par ceux que * vous devinez dans la salle. (Rires.) C'est donc simplement une impression d'ensemble que je vais essayer de dégager devant vous.

Le Traité de Paix, vous le connaissez déjà, puisque vous lisez tous les jours les journaux qui l'expliquent. Mais leurs commentaires, quoiqu'en sens diflérens, nous laissent perplexes. Que croire? Que craindre? Que faut-il espérer?

Les uns disent : « Nous n'avons pas la moitié de ce qu'il nous faudrait, c'est presque une faillite.» Les autres, aussi affirmatifs : « Les moyens que vous employez pour amener l'Allemagne à vous payer ce qu'elle vous doit sont des moyens impérialistes, extrêmement dangereux qui, dans l'avenir, peuvent compromettre la paix et nous faire envisager une nouvelle guerre. » Et puis, si on lit les journaux allemands — ce qui n'est pas d'une lecture facile ni agréable, même quand c'est la paix — on ne sait plus quoi penser, parce que toute l'Allemagne dit : « Nous jurons que nous ne signerons pas. » Seulement, comme nous sommes habitués aux serments allemands, nous savons que s'ils jurent quelque chose, c'est peut-être qu'ils ont justement l'intention de faire le contraire! (Rires.) Examinons la scène!

Vous avez d'abord le gouvernement allemand à

(1) ÇQQrAle dçs Mutilés de la Guçrre,

la tête duquel se trouve le citoyen Ebert, socialiste impérialiste placé là par le Prince Max de Bade, lui-même successeur du Chancelier Hertling, triste figure, successeur lui-même de Michaèlis et d'un autre chancelier plus triste encore, BethmannHollweg.

Il y a donc continuité absolue entre l'Allemagne de Guillaume II et celle qui a fait la révolution, qui l'a faite avec méthode, avec ordre, qui a reçu l'intronisation républicaine du Kaiser. Ce n'est pas très compliqué.

Voùs trouvez ensuite Scheidemann, chef des social-démocrates allemands; David, qui a présidé la première Assemblée de Weimar; Erzberger, leader du centre catholique, chef de cette propagande dont vous avez constaté les méfaits pendant la guerre, lui qui conseillait de lancer sur Londres une masse de zeppelins de façon à ce que la ville fut anéantie. Aujourd'hui, il vient, avec la même bonne foi, se réclamer des principes du président Wilson et même proposer un projet de Société des Nations plus perfectionné que celui de l'illustre président.

A côté des ministres, les délégués à la Conférence de la Paix : le Comte de Brockdorf-Rantzau, qui affirme qu'il n'est pas plus Prussien que cela, ce dont témoigne son ancêtre, le Maréchal Rantzau, dont le portrait est au Palais de Versailles, et qui était le Maréchal le plus blessé de France, le patron en quelque sorte des mutilés. Cet homme, donc, qui se flatte d'être l'ambassadeur du peuple, a suivi sous le régime précédent la politique de la Wilhemstrasse, politique de violence s'il en fut, cet homme vient aujourd'hui affirmer : « J'ai toujours été républicain. » La preuve, répondons-nous, c'est que vous avez failllsuccéder au Comte Hertling comme Chancelier de l'Empire ou à l'amiral von Hintze comme Ministre des Affaires Etrangères.

A côté de cet homme intéressant, vous avez le professeur Schuecking, professeur de pacifisme avant la guerre, auteur d'ouvrages intéressants, où il démontrait que l'Allemagne était une puissance très accomodante, désireuse du bonheur du genre humain, à condition qu'il se soumit à l'Allemagne, prit ses produits manufacturés ou intellectuels, etc.

Il a écrit un volume très intéressant sur la paix. Il a même eu le temps de le faire imprimer aux frais de l'Institut Carnegie. En 1914, le professeur Schuecking a perdu toute son éloquence, Il ne dit rien du droit, ni des atrocités, ni des gaz axphyxiants, de la destruction des immeuble français, des populations emmenées en esclavage, de la Lusitania, etc.


Et quand il arrive à Versailles, il dit : « Moi, je représente la vertu, j'ai soutenu les principes du Président Wilson pendant un certain nombre d'années.

A côté de cet homme intéressant vous avez le professeur Gieberts, Ministre des Postes, autrefois ouvrier tuilier, brasseur, puis imprimeur, il est devenu secrétaire des syndicats socialistes .chré- tiens. Puis il est devenu député, enfin Ministre des Postes et Télégraphes. Lui aussi a servi à la tête de son parti la politique la Wilhemstrasse et il dit maintenant: « Nous sommes innocents des fautes du Gouvernement précédent » !

Nous laisserions-nous prendre à ces tours de passe-passe ? Nous ne pouvons passer l'éponge purement et simplement, on né peut pas débarbouiller Guillaume II comme cela. Le sang humain cela colle, cela justifie les garanties que nous sommes obligés d'insérer dans le traité de paix.

Nous devrons démontrer à ce peuple que ses historiens et ses philosophes l'ont trompé pendant 50 années, en lui répétant sans cesse qu'il était le peuple élu, que tout était permis à la vertu et au génie allemands pour arriver aux fins de violence.

Il faudra un certain nombre d'années pour modi- fier son état d'esprit.

Les pangermanistes n'ont pas été vaincus par le remords ou la révolution, mais par le canon français. Il faudra donc un certain nombre d'années pour que les Allemands reviennent à des principes d'humanité. Il est juste et prudent, par conséquent, que nous exigions les garanties nécessaires pour permettre l'évolution entre l'ancien régime et le nouveau. Au fur et à mesure que les conditions seront exécutées, que l'Allemagne marquera sa bonne volonté, nous verrons si les autres hommes qui entreront dans la vie politique, si les autres générations qui ne seront plus caporalisées par le régime du service militaire de la Prusse prendront conscience de cet état de liberté. Nous dirons alors : « Oui, il y a quelque chose de changé dans le monde ».

En attendant, nous sommes obligés de veiller sur les intérêts de la France, gardienne des intérêts permanents de l'humanité. (Applaudissements.) Examinons ce que nous accorde le Traité de Paix: Sur l'Alsace et la Lorraine, je n'insiste pas.

Nous ne parlions pas de l'Alsace-Lorraine en partant dans la guerre, nous partions avec la conviction qu'il fallait vaincre ou périr. Si la Bataille de la Marne avait été une défaite ou si celle de Verdun et la seconde Bataille de la Marne avaient répondu aux espoirs de l'Allemagne, le Monde aurait dit : « Finis Gallias ». Nous ne partions pas en guerre pour reprendre notre bien, ce n'était ; pas une guerre de revanche. Nous sommes entrés en guerre, parce que nous y étions obligés.

Nous avons donc obtenu ce premier résultat l'anéantissement du traité de Francfort. Le traité prévoit ensuite un régime spécial pour le bassin de la Sarre. D'une façon générale, la question se présente ainsi : le sous sol, les mines servirent à réparer les dégâts scientifiquement organisés dans les

départements du Nord de la France. Pour ce qui est des habitants, dans '15 ans, on les consultera pour savoir s'ils veulent rester âu service de la France, s'ils veulent rester indépendants, sous le régime de la Société des Nations, ou s'ils veulent redevenir Allemands. Il n'y a pas là cet acte de violence que certains reprochent à cette clause du traité, puisqu'on applique strictement le principe formulé par le Président Wilson : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il est absolument nécessaire de faire le partage entre certaines prétentions françaises Jet les prétentions atlefnàndes, Au lieu de revenir au canon à chaque instant, on reconnaîtra dans 15 ans, quand les esprits seront calmés, quand les gens des régions françaises de Sarrelouis, patrie du Maréchal Ney, de Landau, cé- lèbre par sa demande de réintégration au sol français, quand chacune de ces villes aura manifesté son désir, à ce moment-là, par l'application du principe qui fait notre honneur, on pourra dire : « Voilà un grand débat qui est clos ».

Sur la rive gauche du Rhin, régime spécial. Pas d'annexion de la rive gauche du Rhin. Mais il faut défendre Paris, le cœur et le cerveau de la France.

Et c'est pourquoi le traité décide qu'il n'y aura pas de soldat prussien sur la rive gauche du Rhin. Pas de forteresses, ni casernes, ni voies de chemins de fer stratégiques qui convergent vers l'Alsace ou la Belgique. Même état de choses sur la rive droite ; pas de forteresses, pas de canons, pas de voies de chemins de fer stratégique, à 50 kilomètres de la rive droite. L'avantage est marqué. Aucun pacifiste ne peut s'en plaindre. (Applaudissements.) Il est bon de signaler qu'il y aura peut-être des difficultés au début de ce régime.

Mais il faut envisager ces difficultés avec optimisme.

Du côté de la frontière orientale de l'Allemagne, retenons quelques clauses très importantes du traité de Paix. A une réunion précédentês'M. Georges Bienaimé, qui est l'un des hommes les mieux informés sur les affaires de Pologne, nous a longuement parlé des espérances de la noble nation. Pat le traité de Versailles, la Pologne est ressuscitée !

(Vifs applaudissewents). Voilà le fait inouï, qui caractérise vraiment la paix de réparation qui se négocie à l'heure actuelle. Ses enfants se sont efforcés, pendant des générations, de réparer le crime de 1772, renouvelé en 1792-93. En 1914, puis en 1918, après le Traité de Brest-Litowsk, les Alliés ont dit : «La Pologne ressuscitera ». Or la Pologne reconstituée c'est la Prusse coupée en deux. Quelques hommes politiques, à cette occasion, parlent d'attentat direct contre la Prusse. Ils n'admettent pas qu'elle soit coupée en deux. Nous disons, nous, qu'il n'appartient à aucune nation de faire son unité sur le cadavre d'une autre nation. On ne peut pas prendre du sang polonais qu'on triture pendant 45 ans, comme on l'a fait de Frédéric II jusqu'au prince de Bulow, pour en cimenter les diverses parties d'un royaume dont l'industrie nationale fut toujours la guerre, »


La Pologne obtient accès à la mer et des voies de communication jusqu'à Dantzig, qui lui permettrait de respirer sur la Baltique. Nous comprenons la protestation véhémente des champions du militarisme prussien blessé grièvement parla résurrection de la Pologne. Par la résurrection de la Pologne la Prusse se trouve dans l'incapacité d'exercer sur l'Allemagne un rôle prépondérant; il y a dorénavant quelque chose d'émoussé dans la pointe de l'épée allemande. Nous devons donc faire de la Pologne une condition nécessaire, inéluctable d'une paix durnble et défendable. (Applaudissements).

Mais, vous pensez qu'en même temps il s'impose à nous une politique française. Vous avez tous lu sans nul doute ce qui a été publié dans les journaux sur l'Alliance franco-polonaise. Ici, je n'ai pas besoin d'insister et de prêcher cette alliance.

M. Paderewski qui appartient à 1' « Héroïque» par son art tout puissant, vous a convaincu d'avance.

Il a proclamé l'alliance entre la France et la Pologne à la Diète il y a deux mois. A la Chambre française, l'alliance entre la République française et la république polonaise a été acclamée. (Applaudissements).

Dans les deux pays, chacun sait que chaque fois que la France est abaissée, il y a quelque chose qui vacille dans le monde. La Pologne, qui a souffert, n'oublie pas que c'est nous qui l'avons aidée à soulever le couvercle du sépulcre, elle sait ce qu'elle nous doit, elle le comprend. Elle n'ignore pas que son effort n'est pas comparable à celui de cette admirable France. Certes, les légions polonaises se sont battues; elles ont porté le drapeau polonais sur nos champs de bataille, mais tout de même les sacrifices n'approchent pas les nôtres.

Mutilée en trois morceaux, de tendancesdifférentes, vers l'Autriche, vers la Russie, vers la Prusse, lorsque la Pologne a senti le moment décisif approché, elle s'est serrée tout entière derrière le général Pildsuski.

Il faut qu'entre Français et Polonais les relations restent extrêmement étroites. (Applaudissellts) Même nécessité à l'égard d'autres peuples, de nos amis les Schéco-Slovaques. Cette nation assassinée depuis 400 ans, depuis la bataille de la Montagne-Blanche, avait formé une espèce d'Etat dans l'Etat désespérait d'obtenir son indépendance.

Il a fallu la ruée de 1914 et cette génération d'hommes admirablement préparée à l'œuvre émancipatrice pour voir surgir de la victoire commune la république tchéco-slovaque. C'est grâce aux efforts du président Masarik, de M. Kramarc et de ses fidèles, que ce petit pays de 8 millions d'habitants au sud de l'Allemagne, a pu retrouver son indépendance. Mais les Tchèques ont besoin de nous; ils nous demandent des professeurs, des commerçants, etc. Affirmons à cette république alliée que son alliance est nécessaire avec la Pologne, notre * alliée, qu'il ne faut pas qu'elle soit de nouveau une tentation pour l'Etat-Major allemand.

Nous, Français, avec nos 1.500.000 morts, et nos

500.000 mutilés, nous pouvons parler avec autorité et dire : « Vous ne vous séparerez pas sur des questions comme celle de Teschen. Il ne faut pas que l'arbre vous cache l'ensemble de la forêt. Vous avez besoin pour vivre, comme nous, d'envisager l'intérêt général de l'humanité pour, lequel nous avons tous combattu. ( Vifs applaudissements.) Enfin, vous avez l'Italie. Je n'ai qu'un mot à dire.

Avant-hier, on célébrait, avec raison, l'anniversaire de l'entrée en guerre de l'Italie. Il y a eu dernièrement certaines frictions entre l'Italie et les Yougoslaves. On nous a priés de prendre parti au sujet de certaines revendications, mais là encore nous avons dû dire que la question ne se présente plus comme autrefois. Il y a la justice, les principes nationaux, etc.

Et puis, il y a lu Société des Nations. Je ne vous en dis qu'un mot, Il y a des gens qui disent en parlant de la Société des Nations : « Ce n'est rien ».

Il y en a d'autres qui disent : « C'est tout », chacun avec la même conviction. Où se trouve la vérité?

Dans ce traité de paix, un fait me parait extrêmement important; la Société des Nations, est née, elle vit, voilà le fait principal. Certains de ses parents la voient avec beaucoup de tendresse et prétendent lui donner de la force. D'autres, au contraire, la regardent sans plaisir. Ils se disent : « Elle va peut-être nous empêcher quelque héritage ». La Société des Nations est dominée par les principes les plus beaux de justice humaine. Elle a une fonction de tout premier ordre à remplir. Ce n'est pas un objet d'art à mettre sur une étagère, dont on dit : « Il est beau, mais c'est du Saxe, c'est fragile, personne ne s'en servira. » Dès maintenant, à la Société des Nations un rôle très important est attribué, notamment en ce qui concerne le bassin de la Sarre, la région de Dantzig, ville libre, administrée par les habitants de la ville, mais sous l'autorité supérieure de la Société des Nations.

Pour certains fleuves allemands, le traité prévoit que la navigation sera internationale, ce qui permettra à la Bohême et à la Pologne d'avoir accès à la mer ainsi qu'au Danube. C'est encore la Société des Nations qui intervient. De même encore pour les colonies.

J'aurai fini enfin quand j'aurai fait entrevoir qu'à la Société des Nations, il appartiendra de régler les mille petits conflits qu'il est facile de prévoir après un si terrible bouleversement.

Serait il possible que les Polonais, les Yougoslaves, les Roumains, les Italiens simplement parce qu'ils ne sont pas d'accord sur des questions de frontières, après avoir livré un combat commun, puissent entrer en lutte les uns contre les autres? A la Société des Nations de trancher leuis différends. (Applaudissements).

Dès maintenant cette Société des Nations aura un rôle infiniment important à remplir. Je ne voudrais pas essayer, — je n'en ai pas le temps — de" vous parler de la question financière qui mériterait tout une conférence ; mais nous sommes obligés de dire que là aussi il faudrait que les nations


constituent ensemble une Société financière des Nations. On ne peut imposer à ce pays un sacrifice d'argent comme celui devant lequel nous nous trouvons. Il faudra que les Alliés arrivent à comprendre que leur intérêt est formé de notre intéiêt à nous ; il y a une propagande à faire pour nous permettre à nous, d'entrevoir l'avenir avec moins de pessimisme que quelques-uns ne le considèrent à l'heure actuelle.

J'ai épuisé mes 15 minutes ainsi que l'attention bienveillante que vous m'avez prêtée et dont je vous remercie. Permettez moi de conclure sur une impression que nous avons éprouvée avec Maxime Thomas. Nous étions l'autre jour ensemble à Metz.

Nous nous sommes arrêtés sur l'esplanade qui est comme un résumé de la ville que nous avions visitée. Nous étions arrivés là tout en devisant et

nous considérions la campagne dans laquelle on devinait les champs de bataille de 1870. Sur cette esplanade se trouvent les statues de Faber, de Ney et celle du < Poilu », triple symbôle de la France et de son idéal.

Ces trois poilus ont mené à des époques différentes la même lutte. Après bien du sang répandu, le « Poilu) de 1914 est établi sur le socle de Guillaume 1er par l'eflort de ses frères héroïques tombés au nombre de plus de 1.500.000, pour que la civilisation française, la liberté humaine ne soient pas écrasés par la culture et la violence allemande.

Puisse la paix protéger ce glorieux symbôle de toute atteinte. A lui se rattachent mille espérances.

Par notre travail, notre persévérance et notre foi dans les destinées de notre pays, maintenons-le intangible! ( Vifs applaudissements).


1 BUREAU D'ÉTUDES DE L'INFORMATION DIPLOMATIQUE

LA POLITIQUE DE L'ENTENTE C4 CELLE DES EMPIRES CENTRAUX A L'ÉGARD DES NATIONALITÉS OPPRIMÉES

La guerre de 1914, que les Empires germaniques ont préparée et provoquée pour obtenir l'hégémonie sur le continent européen, a abouti à assurer l'indépendance des peuples voisins, menacés ou opprimés par eux depuis de longues années. Cette libération des nationalités d'Europe jadis opprimées est le trait le plus saillant des traités de paix de 1919 et de l'Europe qui s'en dégagera. C'est avant tout par là que les traités de 1919 consacrent non seulement la défaite du germanisme, mais le triomphe d'un système politique sur un autre.

Nous avons indiqué à maintes reprises les revendications des peuples opprimés, Roumains, Tchécoslovaques, Polonais, etc. Nous allons grouper en un tableau d'ensemble tout ce qui concerne la politique de l'Entente et celle des Empires Centraux vis-à-vis de ces peuples, afin de faire mieux ressortir l'unité et la constance de chacune de ces deux politiques, aussi bien que l'opposition fondamentale des principes qui les inspiraient et des applications qui en ont été faites ou qui en sont faites aujourd'hui. Nous serons naturellement amenés, dans cette étude d'ensemble, à reproduire en partie quelques-uns des documents essentiels que nous avons déjà mis précédemment sous les yeux de nos lecteurs.

PREMIÈRE PARTIE • La Politique des Empires Centraux à l'égard des nationalités opprimées

INTRODUCTION L'histoire de l'incorporation aux Empires Centraux des nombreuses nationalités opprimées par eux se divise, dans ses lignes générales, en trois périodes qui correspondent à trois doctrines politiques.

A u cours de la première période, les nationalités ont suivi le sort de leurs princes. Les défaites militaires ou les mariages ont ainsi déterminé l'adjonction à l'Autriche de la Bohême, de la Hongrie, et à la Prusse du Hanovre et du Brunswick. C'est la période des annexions dynastiques.

Elles se fondent sur la doctrine féodale que les populations font corps avec le territoire sur lequel elles vivent et que les « sujets) sont une matière « légilimement » transmissible et interchangeable au gré des vicissitudes causées par la mort, le mariage, la défaite ou la victoire de leurs sei, gneurs. Cette doctrine a persisté jusqu'au milieu du XIXe siècle dans l'Europe centrale. - > Le couronnement de l'édifice féodal du moyen âge était la théorie du Saint Empire Romain Germanique, l'Empereur d'Allemagne se considérant comme le suzerain de tous les autres seigneurs y compris les souverains nationaux. On comprend par là pourquoi c'est dans les deux Empires germaniques, et surtout chez les Habsbourg, héritiers de l'ancien Sdint-Empire, que cette conception féodale s'est perpétuée le plus longtemps.

Elle a été partiellement remplacée dans les mêmes régions par une doctrine plus récente, mise en œuvre d'abord par Frédéric II, puis systématisée par les rois de Prusse et par leurs légistes jusqu'à l'époque actuelle. Selon cette doctrine, la raison d'Etat est plus puissante que les considérations de « légitimité » dynastique et, a fortiori, que la volonté populaire et nationale mise au premier plan vers la fin du XVIIIe siècle par la Révolution française. Conformément à cette doctrine prussienne, l'Etat, dont l'organe essentiel est la force militaire, reste seul juge des nécessités politiques et seul maître de décider du sort à la


fois des territoires et de leurs populations. Cette doctrine revient à considérer la puissance militaire comme la source même du droit. Frédéric II appliqua systématiquement le principe en organisant son armée dans un but d'annexions : l'acquisition de la Silésie et de la Posnanie sont des exemples célèbres d'une manœuvre politique qui fut répétée par ses successeurs sur le trône de Prusse lors de l'annexion du Slesvig danois et de l'Alsace-Lorraine et par l'AutricheHongrie lors des partages de la Pologne et lors de l'annexion de la Bosnie Herzégovine. C'est à cette même doctrine que se rattachait la manœuvre de 1914 qui avait pour objet l'acquisition d'une partie au moins de la Serbie, sinon de la Serbie tout entière.Entre temps, la doctrine française et révolutionnaire du droit des nations à vivre libres et à choisir elles-mêmes la forme de leur gouvernement avait fait de tels progrès dans le monde, qu'un certain nombre de théoriciens allemands se virent obligés de chercher à établir un compromis entre cette théorie juridique et la doctrine prussienne de l'état militaire. Aussi viton naître dans le second tiers du XIXe siècle le « pangermanisme économique», dont List fut le théoricien le plus éminent. Cette doctrine admet que les peuples et les nations voisins de l Alle- magne peuvent être laissés libres de s'adminislrer politiquement selon leur volonté, mais sous la condition de rester subordonnés économiquement à la nation dominante, en qui s'incarne la plus haute « culture », c'est-à-dire l'Allemagne. Il y a là une sorte de transposition, dans le plan de la vie économique moderne, de l'ancienne notion féodale de vassalité et de la thèse de la suzeraineté universelle de l'Empereur d'Allemagne sur des Etats indépendants, mais qu'un lien de vassalité rattache néanmoins à l'Empire.

C'est cette doctrine que mirent en œuvre, au cours de la guerre actuelle, les Empires centraux : se prétendant d'accord en principe avec la France et l'Angleterre, ils feignirent d'appliquer la théorie du droit des nationalités aux peuples de l'Europe septentrionale et orientale détachés de la Russie et que la force des armes venait de soumettre à leur domination. Les Empires centraux proposèrent en conséquence à la Pologne russe, à l'Ukraine, à la Lithuanie, à l'Esthonie, etc., de constituer des corps élus qui détermineraient le statut futur de leur nation. Ces Conseils nationaux ne furent en réalité que des prête-noms ; ils ne représentèrent jamais le peuple en entier, mais seulement la minorité qui acceptait son rattachement direct ou indirect, visible ou dissimulé, à l'un

ou à l'autre des Empires centraux sinon au Mittel-Europa dont on escomptait la formation.

L'important, en effet, était de n'accorder aux divers groupements nationaux que le degré restreint d'autonomie politique qu'il fallait pour leur assurer un statut international : par contre, les clauses économiques des traités conclus avec les Empires centraux devaient assurer à ces derniers la maîtrise définitive du mécanisme des échanges économiques. Les annexes économiques des traités de Brest-Litovsk et de Bucarest illustrent avec précision cette tactique nouvelle, d'autant plus dangereuse pour les nations soi-disant autonomes qu'une grande partie de leur population était incapable d'en com prendre les véritables conséquences.

C'est à étudier la politique poursuivie par les Empires centraux à l'égard des nationalités opprimées en vertu de l'une ou de l'autre des trois doctrines énumérées par nous, qu'est consacrée la première moitié de notre étude. Dans la seconde, on examinera la politique de libération de l'Entente vis-à-vis des nationalités opprimées.

En étudiant la politique des Empires centraux, nous envisageons tout d'abord les peuples que l'Empire d'Autriche-Hongrie s'était incorporés par des raisons d'ordre dynastique, c'est-àdire les Tchéco-Slovaques, les Yougo-Slaves, les Roumains de Transylvanie.

A. — Les Tchécoslovaques.

D'après le recensement de 1910, les Tchèques étaient au nombre de 4.240.000 environ en Bohême et 1.870.000 en Moravie; quant aux Slovaques, soumis comme on sait au joug des Hongrois, ils étaient au nombre de 2 millions environ, soit au total plus de 8 millions de Tchéco-Slovaques.

A partir du XIVe siècle l'histoire de ces groupement slaves n'est guère que celle d'une lutte ardente et tenace pour l'indépendance nationale. Nous empruntons le tableau qui suit de l'histoire tchéco-slovaque à un article que M. Benès, ministre des Affaires Etrangères du nouvel Etat, a publié dans la revue Scientia en septembre 1918.

Les Tchèques sont venus s'établir dans les pays qu'ils occupent, c'est-à-dire la Bohême, la Moravie, la Silésie et la Slovaquie, vers la fin du sixième siècle. Ils formèrent un Etat national indépendant qui atteignit son apogée au - commencement du IXe siècle.

L'intégrité, l'indivisibilité et l'indépendance de la Bohême et de la Moravie furent consacrées par un rescrit du roi Georges de Podie-


brad, le 13 janvier 1464 ; par le roi Vladislas en 1511; par une lettre du roi Ferdinand Ier de.

Habsbourg du 13 décembre 1526, et par une décision de la Diète de Moravie en 1612. Ainsi la Bohême formait un Etat libre lié à la Moravie par une union effective, et tout ce territoire, avec ceux qui lui furent adjoints durant le cours des siècles, prit le nom de Royaume de la Couronne de Saint-Wenceslas.

En 1526 le premier Habsbourg, Ferdinand 1er, fut élu roi de Bohême, Il fut choisi librement par les Etats tchèques, comme roi d'un Etat absolument indépendant des autres territoires qui pouvaient lui appartenir ailleurs. Ferdinand Ier, devenu roi de Bohême, possédait déjà les pays héréditaires autrichiens ; il fut aussi élu roi de Hongrie. Ainsi pour la première fois dans l'histoire se trouvèrent réunis les trois groupes de pays qui, plus tard, formèrent la monarchie autrichienne.

La dynastie commença par centraliser, pour faire des trois Etats féodaux différents les uns des autres, un seul et unique Etat, sous un régime d'absolutisme. Comme elle était elle-même allemande, elle voulut faire de ces trois peuples, qui n'étaient pas de même race, un seul et unique peuple allemand. Aussi fut-elle bientôt amenée à germaniser les nationalités non allemandes.

Une lutte à outrance devait s'en suivre dès le premier moment, entre la nation tchèque et les Habsbourg. Le roi Ferdinand 1er dut résister à une révolution des Tchèques; celle-ci fut écrasée sans peine, et la Bohême fut sévèrement punie ; les successeurs de Ferdinand 1er continuèrent sa politique.

Cependant, au point de vue constitutionnel, le principe de l'indépendance de l'Etat de Bohême resta intact; le roi de Bohême était devenu un souverain plus absolu, mais il res- tait roi de Bohême, l'Etat tchèque existait toujours.

Lorsque survint la guerre entre la Prusse et l'Autriche, les Prussiens se rendirent nettement compte de la. situation particulière de la Bohême. Voulant séduire les Tchèques et s'en faire des alliés, ils lancèrent, après avoir occupé Prague, le 8juillet 1866, une proclamation où ils reconnaissaient les anciens droits de la Bohême à l'indépendance. Ils le faisaient dans les termes suivants : « Toute tentative de nous opposer à votre « juste désir d'indépendance et de libre épa« nouissement national est bien loin de nous.

« Nous abandonnons le reste en pleine confian-

« ce au Dieu Tout-Puissant. Si notre juste « cause est victorieuse, le moment viendrait « peut-être de nouveau où les habitants de la « Bohême et de la Moravie pourraient dis« poser librement de leur sort. Une étoile plus « heureuse éclairerait cette guerre et fonderait « pour toujours votre bonheur. -

« Haut Commandement Prussien. »

C'est, comme on voit, l'application dès 1866 de la manœuvre politico - militaire dont les Empires Centraux firent un usage constant au cours de la dernière guerre vis-à-vis des Polonais, des Ukrainiens, des Lithuaniens, etc.

Mais les Tchèques ne se laissèrent pas prendre à cette amorce grossière.

Pour les récompenser de leur fidélité, l'empereur d'Autriche finit par leur accorder, en 1871, parle rescrit du 12 septembre, une charte constitutionnelle où se trouve le passage suivant: a Nous rappelant la situation constitutionnelle indépendante de la couronne tchèque et ayant conscience de la gloire et de la puissance que cette couronne a apportées à nous et à nos ancêtres, nous rappelant en outre la fidélité inébranlable avec laquelle la population des pays Tchèques a soutenu à chaque moment notre trône, nous reconnaissons volontiers les droits de ce royaume et nous sommes prêts à renouveler cette reconnaissance par notre serment de couronnement ».

Ce fut une joie immense dans tous les pays tchèques, qui eurent la naïveté de croire à la sincérité d'une promesse aussi solennelle. On se mit à l'œuvre, on prépara à la Diète de Prague une nouvelle constitution pour la Bohême.

Mais les Magyars s'opposèrent à la reconnaissance des droits de la nation tchèque. Des influences plus fortes encore intervinrent. Le 11 juillet 1871, l'empereur Guillaume 1er rendit visite à François-Joseph à Ischl. Cette visite fut renouvelée le 6 septembre à Salzbourg, en compagnie de Bismarck. Sous cette influence, François-Joseph refusa finalement d'accepter le projet de constitution voté à Prague, On voit quel fut le caractère de la lutte de la Bohême pour son indépendance au point de vue du droit constitutionnel. Les Tchécoslovaques n'ont jamais abandonné cette ligne de conduite pendant tout le ffgne de François- Joseph. Pendant la guerre, ils ont continué à soutenir leurs thèses juridiques vis-à-vis du gouvernement austro-hongrois et à en expliquer la nature et le but au reste du monde.

De leur côté, les soldats tchèques et les soldats slovaques ont prouvé à plusieurs reprises


qu'ils se refusaient à combattre d'autres peuples slaves dans le seul but de faire le jeu des minorités allemande ou hongroise. C'est là une des causes principales des défaites répétées subies par les armées austro-hongroises lorsqu'elles se sont trouvées aux prises avec les Serbes et avec les Russes. Bien mieux, les Tchécoslovaques se sont réorganisés en d'autres pays en armées nationales, notamment en Russie et en Sibérie d'une part, en France d'autre part.

Cette réorganisation militaire a été poursuivie parallèlement à la résurrection politique par les comités tchécoslovaques qui se sont constitués dans les divers pays de l'Entente et dont le comité, siégeant en France, a centralisé les efforts. Ce comité a été fondé au printemps de 1916. Voici la déclaration officielle qui en précisa le but et la compétence : « Le Conseil National des Pays tchèques est l'organe central de toute action politique tchèque et. slovaque dans les pays alliés. Il dirige toute la propagande, l'action politique, militaire et diplomatique concernant la question tchécoslovaque.

« Son rôle est de faire connaître les aspirations de la nation tchécoslovaque, de coordonner tous les efforts et de préparer les dossiers qui prouvent la légitimité de ses revendications. - « Le Conseil National des Pays tchèques, seul compétent et responsable, n'agira qu'en parfaite harmonie avec les représentants qualifiés des Puissances alliées.

« Le secrétariat général du Conseil National des Pays Tchèques a son siège à Paris. »

Fin 1916, les représentants officiels du Conseil National des Pays Tchèques étaient : à Londres M. T. G. Masaryk, président; à Petrograd, MM. J. Dürich et R. Stefanik; à Paris, M. E.

Benès, secrétaire général.

La réponse des Alliés au Président Wilson, du 6 janvier 1917, dont il sera parlé dans la deuxième partie, marque le début d'une ère nouvelle dans l'histoire de l'indépendance tchéco-slovaque. Le fait que la reconnaissance t par l'Entente d'un Etat autonome de Bohême, Moravie et Slovaquie y était nettement spécifiée fournit un appui stable et décisif à l'action dés groupements tchéco-slovaques organisés par la propagande autonomiste tant dans les pays encore soumis à l'Autriche-Hongrie que dans les pays étrangers.

C'est ainsi que le 30 mai 1917, quand le Reichsrat fut convoqué pour la première fois au cours de la guerre, les députés tchèques

réclamèrent solennellement l'indépendance des pays Tchèques; des proclamations pareilles se multiplièrent depuis à toute occasion pendant les discussions au Reichsrat, dans les délégations, etc.; proclamations fondées sur la reconnaissance par l'Entente des droits historiques de la Bohême. De leur côté, les nombreuses colonies tchèques et slovaques établies en Russie s'étaient groupées en sociétés qui formèrent une Fédération. Elles élurent pour président M. Vaclav Girsa qui fit à la Conférence slave de Moscou du 15 août 1917 une déclaration de solidarité avec les groupements de Bohême et le Conseil national institué dans les pays de l'Entente. Cette unification politique, le recrute- ment et l'organisation des forces tchéco-slovaques en Russie furent en 1917 l'œuvre de M. Masaryk, président du Conseil National. La même œuvre fut accomplie aux Etats-Unis par Stefanik. Le Congrès tchèque de Chicago du 9 au 12 février 1918 et le Congrès slovaque de NewYork du 28 février art 1er mars 1918 scellèrent l'union des émigrés tchéco-slovaques américains.

La manifestation la plus retentissante de l'union de tous les partis tchèques en faveur du droit à l'indépendance nationale est la déclaration votée le 6 janvier 1918 à Prague par la Réunion des députés tchèques au Reichsrat de Vienne et aux diètes de Bohême, de Moravie et de Silésie, réunion que l'on a pu qualifier de « Constituante » tchèque. Voici les passages principaux de cette déclaration : k « Dans la quatrième année de la terrible guerre mondiale, qui a exigé des nations des sacrifices immenses de sang et d'argent,. nous, députés tchèques au Reichsrat qui, par des décisions de tribunaux militaires incompétents, a été privé d'une série de ses députés, ainsi que nous, députés de la Diète de Bohême dissoute et jusqu'à ce jour non convoquée pendant toute la durée de la guerre, et nous enfin, députés de la Diète de Silésie, non renouvelée par les élections, nous proclamons dans le présent manifeste, au nom de la nation tchèque et de son rameau slovaque de Hongrie, privé de la possibilité politique de s'exprimer, notre attitude en présence du nouveau règlement, en voie d'exécution, du statut international.

« Les députés tchèques de notre nation ressuscitée, élevant la voix lors de la guerre franco-allemande, dans les questions internationales européennes, ont déclaré avec a plus grande solennité dans leur mémorandum du 8 décembre 1870: Toutes les nations, grandes


ou petites, ont un droit égal à disposer d'ellesmêmes. C'est seulement dans la reconnaissance de cette égalité de droits et par le respect réciproque du droit de toutes les nations à disposer d'elles-mêmes que peut s'épanouir leur vraie liberté et fraternité, la paix universelle et la véritable humanité. Nous, députés de la nation tchèque, fidèles aujourd'hui encore aux principes de nos devanciers, avons salué avec joie le fait qu'actuellement tous les Etats démocratiques, neutres ou belligérants, considèrent cette liberté des nations à disposer d'elles-mêmes comme la garantie d'une paix générale et durable.

« Nous nous plaignons amèrement que notre nation ait été privée de sa souveraineté d'Etat : que, d'autre part, par des lois électorales artificiellement combinées, elle ait été privée du droit de disposer d'elle-même et livrée en proie à la minorité allemande et à la bureaucratie centraliste allemande. Le rameau slovaque de notre nation a été victime de la brutalité magyare et de violences inouïes dans un Etat qui, sous l'apparence des formes constitutionnelles, est le pays d'Europe où règnent encore les plus épaisses ténèbres, les nations non magyares qui composent la majorité y étant opprimées et dénationalisées par la minorité régnante, et y ét £ fl^t privées de représentation au Parlement et dans les administrations, privées d'écoles publiques et même de la liberté de fonder des écoles privées.

« Notre nation réclame son indépendance, Elle s'appuie sur son droit historique d'Etat et elle est tout à fait pénétrée du désir de pouvoir, rivalisant avec les autres nations libres, contribuer, dans son Etat souverain et démocratique, comprenant ses pays historiques et son rameau slovaque, au nouveau développement de l'humanité qui s'appuiera sur la liberté et la fraternité. »

Ces événements agirent par contre-coup sur les Tchéco-slovaques du pays natal : le 13 avril 1918, les représentants élus des Tchèques et des Slovaques prononcèrent à Prague un serment solennel dont voici le texte : « Fermement, inébranlablement convaincus que nos droits sacrés triompheront enfin, convaincus de la victoire de la justice, du triomphe du droit sur la violence, de la liberté sur l'esclavage, de la démocratie sur les privilèges et de la vérité sur l'erreur, à ce tournant de l'histoire universelle, nous levons la main et, nous souvenant de nos aïeux, aux yeux de la nation ressuscitée, sur le tombeau de ceux qui sont

tombés, dans l'union puissante de toutes nos âmes, nous jurons aujourd'hui et pour l'avenir entier.

« Restons où nous sommes parvenus, fidèles à la tâche, fidèles dans la lutte, fidèles dans la souffrance, fidèles dans la vie jusqu'au tombeau.

Tenons jusqu'à ce que nous soyons vainqueurs, tenons jusqu'à ce que nous ayons fondé l'indépendance de notre nation.

« Restons tous unis pour l'Etat tchécoslovaque, unis avec les Yougoslaves, fidélité pour fidélité !

« Pleins du souvenir sacré de nos aïeux, nous jurons de tenir jusqu'à notre victoire ! »

Depuis, cette victoire a été assurée à la nation tchéco-slovaque par celle de l'Entente sur les Empires centraux et consolidée politiquement par les engagements solennellement proclamés par les nations alliées, dont il sera parlé dans la Deuxième Partie.

B. Les Yougoslaves.

Les Slaves du Sud ou Yougoslaves se répartissent en trois grands groupes ethniques : les Serbes, les Croates et les Slovènes. Les Serbes de Serbie et du Monténégro sont au nombre d'environ 5 millions; à peu près 2 millions de Slovènes étaient soumis à la domination autrichienne-allemande et un peu plus de 3 millions de Croates et Slovènes à la domination hongroise; en Bosnie-Herzgovine, 2 millions de Serbo-Croates étaient administrés conjointement par l'Autriche et la Hongrie. Si on y ajoute 40.000 Yougoslaves vivant en d'autres régions de l'Autriche-Hongrie et 800.000 Yougoslaves émigrés aux Etats-Unis, on obtient un total d'environ 12 millions de Yousgoslaves.

Etant données les affinités historiques et linguistiques de ces divers groupes, il est naturel qu'ils aient fait depuis plusieurs siècles de fréquents efforts pour constituer une nation autonome et unique. La guerre actuelle, déclarée par le gouvernement austro-hongrois aux frères serbes des Croates et des Slovènes, a renforcé chez ces derniers leurs aspirations à l'indépendance et à l'union avec leurs frères de race. Ils ont constitué, pour défendre ces aspirations, un Comité dont le centre était à Londres, qui était présidé par M. Ante Trumbitch et qui demeurait en relation avec les Yougoslaves résidant en Autriche-Hongrie. Ce Comité entra en rapports avec le gouvernement serbe, en vue d'assurer l'unification de tous les Yougoslaves La déclaration de Corfou du 720 juillet 1917, signée de MM, Pachitch pour le


royaume de Serbie et Ante Trumbitch pour les Croates et les Slovènes, marque la première étape de cette unification. En voici le texte : « Les représentants des Serbes, Croates et Slovènes déclarent de nouveau et de la manière la plus catégorique que notre nation n'en constitue, qu'une et qu'elle est la même par le sang, par la langue parlée et écrite, par le sentiment de son unité, par la continuité et l'unité du territoire sur lequel elle vit, et enfin par les intérêts communs et vitaux de son existence nationale et du développement général de sa vie morale et matérielle.

« L'idée de son unité nationale ne s'est jamais éteinte, bien que toutes les forces spirituelles et matérielles de son ennemi aient été dirigées contre' son unification, sa liberté et son existence nationale. Partagée en plusieurs Etats, notre nation est morcelée, dans la seule Autriche-Hongrie, en onze administrations provinciales, ressortissant à treize corps législatifs. C'est le sentiment de son unité nationale, ainsi que son esprit de liberté et d'indépendance, qui l'ont soutenue daus ses incessantes luttes séculaires, en Orient contre les Turcs et en Occident contre les Allemands et les Magyars.

II. Plus faible numériquement que ses ennemis d'Orient et d'Occident, il lui fut impossible de sauvegarder son unité comme nation et comme Etat, sa liberté et son indépendance, contre la maxime brutale : « La force prime le droit », en vigueur contre elle à l'Est et à l'Ouest.

« Mais le moment est arrivé où notre peuple n'est plus isolé dans la lutte. La guerre imposée par le militarisme allemand à la Russie, à la France et - à l'Angleterre pour la défense de leur honneur et de leur liberté, ainsi que de la liberté et de l'indépendance des petits Etats, s'est transformée en lutte pour la liberté du Monde et le triomphe du Droit sur la Force. Toutes les nations qui aiment la liberté et l'indépendance se sont associées pour leur défense commune, pour sauver au prix de tous les sacrifices la civilisation et la liberté, pour établir un nouvel ordre international sur la base de la justice et du droit qu'a chaque peuple de disposer de lui-même et d'organiser sa vie indépendante, enfin pour fonder une paix durable, consacrée au progrès et au développement de l'humanité, et sauvegarder le monde d'une catastrophe semblable à celle qu'a provoquée la cupidité conquérante et l'impérialisme allemand.

« A la noble France, qui a proclamé la liberté des nations, et à l'Angleterre, foyer de la liberté, se sont jointes la grande République américaine et la nouvelle Russie libre et démocratique, en énonçant comme but principal de la guerre le triomphe de la liberté et de la démocratie, et comme base du nouvel ordre international la liberté pour les peuples de disposer d'eux-mêmes.

« Notre peuple aux trois noms, qui a le plus souffert de la force brutale et de l'injustice, et qui a fait les plus grands sacrifices pour conserver le droit de rester maître de ses destinées, a accueilli

avec enthousiasme ce principe sublime posé comme but principal de l'atroce guerre provoquée par la violation de ce principe même.

« Les représentants autorisés des Serbes, Croates et Slovènes, constatant que Je désir de notre peuple est de se libérer de tout joug étranger et de se constituer en un Etat libre, national et indépendant, désir basé sur le principe que tout peuple est libre de disposer de lui-même, sont d'accord pour estimer que cet Etat doit être fondé sur les principes modernes et démocratiques suivants : « 1° L'Etat des Serbes, Croates et Slovènes, qui sont aussi connus sous les noms de Slaves du Sud ou Yougoslaves, sera un Royaume libre et indépendant, avec un territoire indivisible et une na- tionalité unique (un droit unique de citoyen). Cet Etat sera une monarchie constitutionnelle, démocratique et parlementaire avec, à sa tête, la dynastie des Karageorgevitch, qui a toujours partagé les idées et les sentiments de la nation, en plaçant au-dessus de tout la liberté et la volonté nationales.

« 2. Le nom de cet Etat sera : Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Et le titre du souverain : Roi des Serbes, Croates et Slovènes.

« 3. Cet Etat aura un seul blason, un seuldrapeau et une seule couronne. Ces emblèmes seront composés de nos emblèmes particuliers actuels. Son unité sera symbolisée par le blason et le drapeau du Royaume. --

« 4. Les drapeaux particuliers — serbe, croate et slovène — ont des droits égaux et peuvent être arborés librement à toutes les occasions. Il en sera de même pour les blasons particuliers.

« 5. Les trois dénominations nationales — serbe, croate et slovène — sont égales devant la loi pour tout le territoire du Royaume et chacun peut s'en servir librement dans toutes les occasions de la vie publique et auprès de toutes les autorités.

« 6. Les deux alphabets, cyrillique et latin, ont aussi les mêmes droits et chacun peut librement s'en servir sur tout le territoire du Royaume. Les autorités royales et les autorités locales autonomes ont le devoir et le droit d'employer les deux alphabets selon le désir des citoyens.

« 7. Toutes les religions reconnues pourront être exercées librement et publiquement. Les cultes orthodoxe, catholique romain et musulman, qui sont surtout professés dans notre nation, seront égaux entre eux et auront les mêmes droits au regard de l'Etat.

o « En considération de ces principes, le législateur aura soin de sauvegarder la paix confessionnelle, conformément à l'esprit et à la tradition de notre nation entière.

« 8. Le calendrier sera unifié le plus tôt possible.

« 9. Le territoire du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes comprendra tout le territoire sur lequel notre nation aux trois noms vit en masses compactes et sans discontinuité. Il ne pourrait pas être mutilé sans porter atteinte aux intérêts vitaux de la communauté. -


« Notre nation ne réclame rien de ce qui appartient à autrui. Elle ne réclame que ce qui est à elle.

Elle désire se libérer et constituer son unité. C'est pourquoi elle refuse consciemment et fermement toute solution partielle du problème de sa libération et de son unification nationales. Elle pose le problème de sa délivrance de la domination austrohongroise et de son union avec la Serbie et le Monténégro dans un Etat unique formant un tout indivisible.

« D'après le droit de chaque peuple de disposer de ses destinées, aucune partie de cette totalité - territoriale ne pourrait être, sans atteinte à la justice, détachée et incorporée à un autre Etat quelconque sans le consentement du peuple lui-même.

« 10. La mer Adriatique sera, dans l'intérêt de la liberté et des droits égaux de toutes les nations, libre et ouverte à tous et à chacun.

e: 11. Tous les citoyens sur tout le territoire du royaume sont égaux et jouissent des mêmes droits à l'égard de l'Etat et devant la loi.

12. L'élection des Députés à la Représentation Nationale aura lieu au suffrage universel, égal, direct et secret. Il en sera de même pour les élections dans les Communes et autres Institutions administratives. Le vote aura-lieu dans chaque Commune. 15. La Constitution établie, après la conclusion de la paix, par l'Assemblée Constituante, élue au suffrage universel, direct et secret, servira de base à toute la vie de l'Etat; elle sera l'origine et l'aboutissement de tous les pouvoirs et de tous les droits sur lesquels la vie nationale entière sera réglée.

La Constitution donnera au peuple la possibilité d'exercer ses énergies particulières dans les autonomies locales, délimitées par les conditions naturelles, sociales et économiques.

La Constitution doit être votée dans sa totalité par une majorité numériquement définie de l'Assemblée Constituante.

La Constitution ainsi que toutes les autres lois votées par l'Assemblée Constituante n'entreront en vigueur qu'après la sanction du roi.

La nation ainsi unifiée des Serbes, Croates et Slovènes formerait un Etat d'une douzaine de millions d'habitants. Cet Etat sera une garantie de leur indépendance nationale et de leur progrès national et civilisateur; un puissant rempart contre la poussée germanique, un Allié inséparable de tous les peuples et Etats civilisés qui ont proclamé le principe du droit et de la liberté et celui de la justice internationale. Il ferait dignement partie de la nouvelle Société des Nations.

Fait, à Carfou, le 7-20 juillet 1917, Le Président du Conseil du Royaume de Serbie et Ministre des Affaires Etrangères, NIKOLA P. PACHITCH.

Le Président du Comité Yougo-Slavc, ANTE TRUMBITCH.

La déclaration de Corfou fut approuvée par le prince régent de Serbie, Alexandre, au cours d'une visite au front serbe puis, peu après, par le Comité monténégrin pour l'Union, présidé par M. Andrija Radovitch. Elle suscita dans les Empires Centraux un mouvement de protestation auquel répondit le mémoire adressé le 31 janvier 1918, par le Club' Yougo-Slave du Reichsrath de Vienne aux chefs des délégations allemande, autro-hongroise, russe et ukrainenne à la Conférence de Brest-Litovsk : < Le déclanchement de la guerre mondiale a apporté de nouvelles et dures épreuves à notre peuple émietté dans diverses organisations étatiques.

« Sous la terrifiante pression de l'organisation militaire tut exterminée la fleur de notre jeunesse, dont certaines parties se Virent opposées les unes aux autres.

« En même temps commença dans la monarchie une dure persécution des Yougo-Slaves; des dizaines de milliers de familles furent exterminées; des hommes, des femmes, des enfants furent assassinés avec ou sans jugement et leurs biens pillés et anéantis. Un nombre encore plus grand de YougoSlaves furent incarcérés et torturés effroyablement. D'autres milliers de personnes durent abandonner par force le sol natal. Des milliers d& citoyens furent pris comme otages, pour la sécurité de l'armée austro-hongroise; ils furent torturés et une partie d'entre eux furent assassinés-; dans cette sanglante guerre civile faite contre un peuple privé de toute défense, le régime a su remporter une victoire facile. Nous avons le droit absolu d'affirmer que, de tous les peuples, le peuple yougoslave a le plus lourdement souffert.

«. Dans d'innombrables déclarations publiques, la volonté populaire s'est accordée, sans tenir compte des différences de partis ou de chosses, à revendiquer un Etat libre et indépendant. Malgré la résistance- désespérée des peuples privilégiés allemand et magyar, malgré la pression inouïe de la censure et les menaces continuelles de prison et de famine, la volonté du peuple s'est fait jour avec éclat dans le public.

« Ici nous devons protester solennellement contre le fait que les soi-disant constitutions de la monarchie offrent au peuple la possibilité d'un libre développemént. Au contraire, ces constitutions garantissent aux deux peuples privilégiés les moyens de la force organisée de l'Etat pour opprimer et pour exploiter les peuples prolétaires.

« Malgré l'oppression complète subie pendant des siècles du gouvernement commun germano- magyar et malgré la spoliation de ses droits affirmés dans des parchemins, notre peuple n'a cependant jamais renoncé à son indépendance, de sorte que, même en se plaçant au point de vue historique et légal, il a le droit absolu de demander à disposer librement de lui-même.


« La paix qui voudrait pétrifier la situation actuelle ne constituerait pas une paix pour les peuples de cette monarchie. Une telle paix serait le commencement d'une lutte à la vie et à la mort des Slaves austro-hongrois et constituerait un obstacle insurmontable pour le développement social des peuples en question. En même temps, la paix internationale serait constamment menacée par une telle situation. Tous les traités de paix du monde qni ont poursuivi le but de protéger la force brutale ont été rapidement déchirés par leur propre immoralité. » v - Au mois d'avril 1918 se réunit à Rome la Conférence des Nationalités opprimées d'Autriche-Hongrie qui marqua un nouveau progrès dans l'œuvre d'unification des Yougo-Slaves, œuvre qui se consolida d'abord le 17 avril 1918 au Congrès de Prague, par l'adhésion signalée ci-dessus des Tchéco-Slovaques, puis au Congrès tenu à Ljubljana (Laybach) par les Slaves d'Autriche-Hongrie les 16, 17 et 18 août 1918.

Voici le texte de la résolution votée à cette occasion par les représentants de tous les partis tchéco-slovaques, des trois partis polonais les plus importants (national-démocrate, populaire et socialiste), du Conseil National des pays slovènes et de l'Istrie : « La Conférence de Ljubljana, à laquelle ont assisté, le 17 août, les Polonais, les TchécoSlovaques et les Yougo-Slaves, s'est occupée de tous les problèmes intellectuels, sociaux et économiques ayant trait à la réalisation du droit de ces peuples à disposer d'eux-mêmes, ainsi que de la question de régler de façon durable les rapports de ces peuples entre eux et avec les autres Etats. On a constaté l'unanimité de tous les délégués relativement aux principes et à la tactique commune qu'il convient d'adopter pour atteindre le but final. »

C'était nettement opposer le bloc slave des anciens territoires autrichien et hongrois au bloc constitué par l'alliance des Allemands-Autrichiens et des Hongrois.

En même temps se resserrait l'union des Yougo-Slaves par l'organisation politique définitive des Slovènes. Leurs représentants se groupèrent à Ljubljana en un Conseil National provisoire destiné à terminer l'œuvre de concentration nationale.

Voici quels furent les statuts du Conseil National de Ljubljana.

• ARTICLE PREMIER. — Notre intention est de créer un Conseil National commun à tous les Slovènes, Croates el Serbes vivant dans la Monarchie, Conseil dans lequel, d'après un accord basé sur le système proportionnel, se trouveront réprésentés tous les facteurs politiques qui adoptent comme base poli-

tique l'union du peuple yougo-slave et qui aspirent à la réalisation d'un Etat yougo-slave indépendant.

ART. 2. —Dans les pays cisleithans est créé un Conseil National dont le devoir et la compétence sont de délibérer et de prendre des décisions sur toutes les questions que les facteurs représentés dans le Conseil National considèrent comme communes.

Un troisième article énumère ces affaires considérées comme communes : elles concernent, à côté de l'action pour l'union du peuple yougo-slave en un Etat indépendant, toute une série de questions qui se posent pendant la période transitoire, telles que : le droit d'employer les langues slovène et serbo-croate dans les écoles, dans l'administration et dans toute la vie publique, la protection des minorités nationales, la lutte pour la représentation populaire, l'émancipation économique, etc.

L'Union fut enfin réalisée au Congrès d'Agram (Zagreb) le 19 octobre 1918. Le premier acte du Conseil National, qui s'est constitué en Gouvernement Provisoire, a été de lancer la proclamation suivante : « Le Conseil National des Slovènes, Croates et Serbes annonce à la nation des Slovènes, Croates et Serbes, comme résultat de la séance tenue les 17, 18 et 19 octobre, qu'autorisé dans ce but par tous les partis et groupes nationaux il prend dorénavant entre ses mains la direction de la politique nationale. A partir de ce moment, en ce qui concerne les questions nationales générales; aucun groupement parlementaire ne suivra une politique particulière. Il n'entrera pas non plus isolément en négociations avec des facteurs étrangers à la nation. Le Conseil National sera désormais le seul représentant compétent dans toutes ces questions.

Le Conseil National, guidé par les grands principes du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et de la démocratie, principes dont notre nation tout entière était pénétrée dès avant la guerre et qui ont pris le dessus dans la politique internationale, pose, en vue de la solution de notre problème national, les essentielles revendications suivantes : 1° Nous demandons, dans toute l'étendue de son territoire ethnographique, sans considération des frontières des provinces et des Etats entre lesquelles il vit aujourd'hui, l'union de toute notre nation des Slovènes, des Croates et des Serbes, en un Etat unitaire et souverain, établi sur les bases d'une démocratie politique et économique où les injustices et inégalités sociales et économiques seront abolies.

2° Nous demandons qu'à la future conférence internationale de la paix, notre peuple soit représenté comme un tout par ses propres délégués désignés dans ce but.

3° Le Conseil National repousse en conséquence la base de la solution de notre problème, contenue dans le manifeste de l'Empereur d'Autrithe daté


du 16 de ce mois, ainsi que tout autre projet futur qui tendrait à résoudre partiellement notre question nationale et à lui enlever son caractère international.

4" Le Conseil National est d'avis que la paix durable entre les peuples réunis en Etats libres, et en conséquence la Société des Nations et le désarmement général. ne seront garantis que par la réalisation de ces revendications et de ces principes.

5° Le Conseil National déclare que, conformé- ment aux principes généraux de la démocratie, le libre développement sera assuré à toutes nos minorités nationales dans l'Etat des Slovènes, des Croates et des Serbes, et que l'exercice du commerce, le trafic et un accès à la mer seront facili- tés et assurés aux Etats voisins se trouvant au-delà de notre territoire, sans toutefois porter pré udice à notre intégrité territoriale et à la souveraineté de notre Etat.

Le Conseil National invite toute notre nation du même sang et du même cœur à agir pour la réalisation de ces revendications et principes avec le dévouement et l'abnégation qu'exige. la période critique actuelle. Unissons-nous donc tous en une seule phalange nationale, grande et inébranlable, qui n'aura comme but que la grande idée de l'union nationale, de la liberté et de l'indépendance. Ainsi nous nous montrerons dignes de la grande époque que nous traversons et de la grande tâche que nous avons acceptée.

Zagreb, le 19 octobre 1918.

Pour le Conseil National des Slovènes, Croates et Serbis : Le Bureau : Dr ANTON KOROTSEC, Dr ANTE PAVELITCH, SVRTOZAR PRIBICHEVITCH.

Le 3 novembre 1918, l'acceptation par le gouvernement austro-hongrois des conditions d'armistice que lui imposaient les Alliés témoignait de la dissolution désormais inévitable et définitive de l'ancien Empire d'Autriche-Hongrie. Nous indiquerons dans notre seconde partie comment s'est poursuivie, depuis cette date, l'organisation du nouvel Etat yougo-slave libéré grâce à la victoire des armées alliées.

C. - Les Roumains.

Les Roumains sont politiquement scindés en trois parties : ceux du Royaume de Roumanie, qui sont au nombre d'environ 7 millions; ceux de la Transylvanie, du Banat et de la Bukovine, régions soumises à l'Autriche-Hongrie, qui sont environ 3 millions et demi, et ceux de la Bessarabie et des régions adjacentes, toutes soumises, en 1914, au sceptre des tsars, qui se montent à 1 million environ. En tenant compte des colonies roumaines établies en Grèce (près de 400 0 )0), en Serbie (près de 100.0( 0), en Croatie et à l'étranger, on peut estimer à une douzaine

de millions environ le nombre total des Roumains.

Il convient d'examiner successivement ici : 1° la conduite des Hongrois à l'égard des Roumains de Transylvanie; 2° la conduite des Empires Centraux à l'égard de la Roumanie vaincue.

Conduite de la Hongrie à l'égard

des Roumains de Transylvanie Nous empruntons au Mémoire adressé au Président Wilson par le R. P. Basile Lucaciu, chef de l'irrédentisme roumain au Parlement de Budapest, les renseignements qui suivent, sur la persécution infligée aux Roumains de Transylvanie par leurs maîtres hongrois.

« Pendant que les Roumains versaient généreusement leur sang dans d'incessants combats contre le Croissant, leurs grands voisins chrétiens ne songeaient qu'à les dépouiller. En 17/5, l'Autriche, leur arracha la Bukovine, avec Suceava, la vieille capitale Moldave. En 1812, la Russie leur enleva la moitié de la Moldavie, la Bessarabie actuelle. Le Congrès de Paris, en 1856, leur en restitua une partie : mais la Russie reprit de nouveau cette province, en 1878.

« Quant à la Dobroudja, avec Durostor (Silistrie d'aujourd'hui) et l'accès à la mer, où s'étendait la domination du prince Mircea-le-Grand, elle fut perdue, dès les premiers chocs avec les Turcs qui tenaient à occuper, à tout prix, les bouches du Danube.

« Le sort des autres Roumains, ceux de Transylvanie, entre les Carpathes et la Tisza, n'a pas été meilleur. Vers le XIe siècle, leur pays, à peine délivré des premiers envahisseurs, fut occupé par les Hongrois. Leur organisation politique, toute jeune encore, fût détruite et le peuple réduit à un état de demi-esclavage. Ils tombèrent ensuite avec les Hongrois eux-mêmes sous le joug des Turcs, puis sous celui des Autrichiens.

« En 1848, les Hongrois, dans leur lutte pour secouer le joug de l'Autriche, tentèrent de s'annexer le duché de Transylvanie ainsi que d'autres territoires habités parles Roumains, contre la volonté catégoriquement manifestée de ces derniers. La défaite des Hongrois de Kossuth, martyrs de la liberté aux yeux de l'Europe, fût saluée par les peuples de la Hongrie comme la fin d'une tyrannie détestée. En 1866, les Autrichiens se réconcilient avec les Hongrois en cédant à toutes leurs prétentions et en abandonnant, comme toujours, les plus faibles. Les Roumains sont laissés en proie à la vengeance


des Magyars. A la Diète qui a voté, en 1867, l'union de la Transylvanie avec la Hongrie, les Roumains ne furent représentés que par membres sur 80, quoiqu'ils formassent 70 0/0 des ha- bitants du duché : leur protestation demeura sans écho.

« Désormais, les trois millions et demi de Roumains de Hongrie mènent une vie de soutirante et de tourmente de toutes sortes ».

Les Magyars forment la minorité de la population de leur propre royaume. Malgré toutes les violences faites aux statistiques, ils avouent que leur race ne représente que 47 0/0. tandis qu'en réalité, elle ne forme que 34 0/0 du total de cette population M. Seton Watson, après des enquêtes minutieuses, fixe le nombre des Magyais à 7.000.000.

Le reste de la population du royaume hongrois. dont le total est de 21 000 000 d'habitants, est formé par des Croates, Roumains, Serbes, Slovaques, Allemands et Juifs. Sauf ces deux dernières nationalités, toutes les autres forment des masses larges et compactes, habitant des territoires bien définis. Aucune infiltration, ni autrichienne, ni hongroise, n'a réussi à briser l'unité ethnique et territoriale de chacune de ces nationalités. Pour réaliser leur conception de l'Etat national hongrois, les hommes politiques magyars n ont pas hésité à exclure purement et simplement du droit com- tnun toutes les autres nationali és non-magyares, bien que la loi sur l'égalité des droits de 1867, une des lois fondamentales de 1 Etat hongrois, les reconnaisse comme des entités politiques et leur garantisse l'égalité absolue avec la nationalité magyare Une telle conception impliquant une guerre d'extermination des autres nationalités cohabitantes, ne pouvait être réalisée que par une supériorité numérique écrasante ou par de violents moyens d'intimidation et d'oppression.

Pour assurer leur hégémonie, les Hongrois devaient nécessairement empêcher à tout prix les non-magyars d'avoir accès au Parlement, en nombre proportionné à celui de leurs nationaux. Aucun moyen n'a été épargné. On a imaginé tout un système de lois, on a organisé tout un arsenal de mesures exceptionnelles.

C'est ainsi que le cens électoral en Transyl- vanie a été fixé par un chiffre huit fois plus élevé que celui du cens hongrois, afin que le peuple roumain, formé de paysans et d'ouvriers, puisse être exclu du droit de vote.

Tandis que les Hongrois possèdent le droit

d'élire un député par 3.000-4.000 Hongrois, ce droit n'est reronnu aux Roumains que par 30 000 et, parfois même, par 40.000 habitants.

Encore ce droit n'existe-t-il pour eux qu'en théorie; car, en pratique, on les empêche presque toujours de l'exercer.

Conformément à la loi de 1867, l'Etat hongrois est obligé d'entretenir des écoles où l'enseignement soit donné dans la langue de chacune des nationalités. Or, l'Etat magyar n'entrelient pas une seule école où l'enseignement soit donné en roumain, alors qu'il y à trois millions et demi de Roumains en Hongrie. Il en est ainsi pour les autres nationalités. La population roumaine a donc été obligée de créer et d'entretenir les écoles confessionnelles dont elle avait besoin.

Les Hongrois n'ont alors épargné aucun moyen pour persécuter ces écoles et les fermer.

Ils ont mis en avant les prétextes d'hygiène les plus saugrenus, exigeant un cube d'air considérable, et lorsque, faute d'être conforme à ces prescriptions, une école roumaine avait été fermée, quelques mois, parfois même quelques semaines plus tard, on y installait une école avec l enseignement en langue magyare, sans avoir évidemment rien changé au cube d'air.

De 1917 à 1913, les Hongrois ont trouvé le moyen de faire fermer plus de 600 écoles primaires roumaines. Depuis la guerre, c'est encore pis ; ils les fermant en masse, sans scrupules comme sans motifs.

Quatre lycées pour les garçons et deux écoles secondaires pour les filles ont été fondés et entretenus par les Roumains de Transylvanie.

Ceci ne convenait pas aux Hongrois. Ils ont commencé, en effet, par imposer leur langue, d'abord dans les cours supérieurs, puis dans tout le lycée, de sorte qu'il n'y a plus que deux lycées et demi pour les garçons et une école secondaire et demie pour les filles où l'enseignement se donne en roumain. Cela fait donc un lycée ou école secondaire par million d'habitants, alors que le peuple finlandais, 2 800.000 habitants, sous l'autocratie russe, avait 160 lycées et écoles secondaires et deux uni versités.

« L'Eglise n'a pas été épargnée davantage.

Des régions entières ont été arrachées à l'autorité ecclésiastique roumaine pour passer aux autorités ecclésiastiques magyares, bien qu'il n y ait pas de Hongrois de religion orthodoxe ou gréco-catholique. Lorsque la population roumaine, avec ses prêtres, a voulu résister à ces indignes mesures, on lui a répondu par la baïonnette et la prison.

« Bien que la loi garantisse aux nationalités


que la justice leur sera rendue dans leur langue, le roumain a cependant été exclu totalement des prétoires. Les justiciables sont jugés dans une langue qu'ils ne comprennent pas, leurs interrogatoires sont pris par l'intermédiaire de garçons de service quelconques qui servent d'interprètes. On peut imaginer l'exactitude et la sincérité avec laquelle les déclarations peuvent bien être rapportées.

« Depuis le début de la guerre, ces persécutions se sont multipliées et aggravées. Elles ont retrouvé le caractère le plus horriblement tortionnaire et inquisitorial de jadis. En Autriche seule, plus de trois mille citoyens ont été exécutés.

« Le droit de réunion a été aboli depuis long- temps et le parti national roumain a été dissous. Les réunions de milliers de citoyens nonmagyars dépendent parfois du caprice d'un gendarme. Les motifs les plus dyniques sont bons, en pareil cas, pour déclarer dissoute toute assemblée qui déplaît.

« Nous ne nous arrêterons pas sur le système complet de chicanes destinées à conduire les

nationalités à leur ruine économique: qu'il nous suffise de mentionner ici que les Rou- mains, peuple agricole, ne sont point admis à acheter des terres sans l'autorisation de l'Etat, lequel se réserve un droit de préemption, afin de pouvoir se ménager des centres de colonisa- tion au milieu des masses roumaines, même les plus compactes.

, « L'Etat national magyar s'ingénie à tourmenter les gens jusque dans leur vie quotidienne. Les fonctionnaires n'ont pas le droit de parler d'autre langue que le hongrois, comme si l'Etat n'appartenait qu'à cette race. Les parents n'ont pas le droit de donner à leurs enfants d'autres noms que des noms magyars, car tous les noms sont immédiatement traduits en hongrois avant d'être enregistrés dans les actes de l'état civil.

« Pour avoir arboré les rubans aux couleurs rouge, jaune et bleue, qui font partie de notre costume national et qui sont, en même temps, les couleurs de l'ancien duché de Transylvanie et du royaume de Roumanie, on a maltraité des femmes et des enfants de toutes les conditions sociales; on a mis en prison, battu et tué des hommes, parce que c'était de l'agitation contre l'état national mayar.

« Mais, lorsque la guerre a éclaté, ces mêmes Hongrois s'empressèrent de fournir aux régiments roumains des drapeaux aux couleurs jusque-là prohibées, afin de les encourager à

marcher au combat pour la Double-Monarchie. »

2° La Conduite des Empires Centraux à l'égard de la Roumanie vaincue.

Les Empires Centraux ne réussirent ni à maintenir la Roumanie dans la neutralité, ni, plus tard, à l'empêcher de prendre parti pour l'Entente. Le sort des armes lui ayant été contraire, la Roumanie dut accepter les conditions des vainqueurs. Ces conditions furent formulées dans les traités de Bucarest du 7 mai 1918.

Nous en avons donné l'analyse dans le procèsverbal de l'Union des Grandes Associations du 27 août 1918, pages 10 à 15; nous en rappellerons simplement ici les principales clauses.

La presse gouvernementale allemande célé- bra les traités de Bucarest du 7 mai 1918 comme un modèle achevé de paix de conciliation. La presse pangermaniste alla même jusqu'à protester contre la regrettable faiblesse dont le gouvernement allemand avait fait preuve en cette circonstance.

Quant à ce qu'était en réalité ce traité, les ministres de l'Entente à Jassy qui rédigèrent en 1918 sur les conditions de la paix roumaine un mémoire publié dans la forme d'un Livre BInnc pouvaient écrire : « Les territoires enlevés à la Roumanie dans la Dobroudj a et dans les districts montagneux des Carpathes contiennent un dixième environ de la population totale du pays. soit plus de 800.000 habitants et s'étendent sur plus de 26.000 kilomètres carrés. »

En effet, la Roumanie cédait à la Bulgarie la Dobroudja méridionale jusqu'à la ligne qui part de Cochirleni sur le Danube pour aboutir à Agigea sur la mer Noire, sous prétexte d'une juste réparation que la Roumanie accordait à la Bulgarie, en lui restituant les territoires bulgares dont elle s'était indûment emparée par le

traité de Bucarest de 1913. 1 Ensuite la Roumanie cédait aux puissances alliées la Dobroudja septentrionale, située au nord de la ligne ci-dessus décrite, sous la boucle du Danube. Ceci encore n'était pas une annexion ; c'était une confiscation, une sorte de saisie-gage correctionnel dont le caractère « provisoire » était nettement souligné par ce fait que l'Alle- magne n'en faisait à aucune nation précise l'attribution immédiate.

D'autre part,intervenaient des rectifications de frontières au profit de l'Autriche.

« Les Empires Centraux, écrit le Mémoire des Ministres de 1 Entente à lassy, ont affirmé que les territoires pris à la Roumanie sont inhabi-


tés. Ce n'est pas le cas. Les districts annexés à la Hongrie contiennent 170 villages, avec une population totale de plus de 130.000 habitants.

Cette population est exclusivement de pure race roumaine et a préservé sa nationalité à travers les invasions successives dans les vallées des montagnes, où elle a trouvé un refuge inviolable pendant la domination turque ».

La frontière qui sépare la Roumanie de l'Autriche-Hongrie par sa forme et par la ligne sinueuse qu'elle affecte, a un développement de plus de mille kilomètres.

Sur toute cette étendue, les rectifications du traité de Bucarest assuraient à l'Autriche-Hongrie un gain de territoires dont la profondeur variait entre deux et une cinquantaine de kilomètres. Le premier effet de ces rectifications fut de rendre la nouvelle frontière tout à fait impropre à être défendue militairement. Mais les cessions imposées par les Empires Centraux n'étaient pas toutes inspirées par un intérêt purement stratégique. Conformément à la doctrine pangermaniste des sécurités militaires, les gages stratégiques étaient renforcés par des gages économiques destinés à augmenter la puissance des industries de guerre. C'est ainsi qu'au nord de Moldavie, la nouvelle frontière englobait d'un seul coup les 3.000 kilomètres carrés où se trouvent les magnifiques domaines de la couronne, à Brosteni. Les empiètements se poursuivaient ainsi tout le long de la ligne, s'étalant plus ou moins selon que les départements à « rectifier » sont plus ou moins riches, depuis les districts de Dorohoï au nord en descendant vers ceux de Suceava et de Neamtz, pays de forêts séculaires, et de Bacau qui possède, en dehors de ses forêts, des gisements pétrolifères et du charbon. Le redressement absorbait ensuite les districts de Buzeu et de Prahova où se trouvent des centres industriels (ciment et pétrole) et des exploitations forestières jusqu'à Furnu-Severin où elle ne manquait pas d'accaparer la région de Baïa de Arama (gisements de cuivre). Pour ce qui concernait les domaines forestiers des Carpathes, le mémoire des ministres de l'Entente écrit : « En réalité, les forêts les plus fertiles des districts montagneux sont compris dans les territoires annexés à la Hongrie et l'objet principal de ces « rectifications o a été d'arrondir les terrains de chasse de la noblesse hongroise et d'assurer la prospérité des compagnies qui s'occupent d'exploitation forestière, compagnies dans lesquelles nombre de personnages importants des deux Empires sont intéresses et qui seront ainsi en mesure de créer un monopole du bois de construction. »

Cette « paix sans indemnités », comme elle était « sans annexions », comportait au moins huit sortes d'indemnités déguisées, mais qui formaient un total formidable.

La dette roumaine formait l'élément le plus considérable de ce total. En bonne justice, les territoires détachés de la Roumanie et qui couvrent, comme nous l'avons vu, une superficie de plus de 26.000 kilomètres carrés, avec plus de 80.000 habitants auraient dû être grevés d'une part proportionnelle de la Dette roumaine.

Or, c'est à la Roumanie seule qu'incombait la totalité de la Dette et il était stipulé dans le traité que la Roumanie ne recevrait aucune indemnité pour les territoires ainsi confisqués.

Telles étaient, sans parler des autres petits profits de toute sorte (wagons, tarifs préférentiels de transit, etc.), les principales indemnités mal déguisées que comportait le traité du 7 mai 1918. D'autre part, un traité additionnel, signé le même jour que le traité principal, stipulait, au point de vue économique, des servitudes tellement lourdes qu'elles n'auraient pas manqué, si elles avaient été maintenues, de provoquer la ruine totale de la Roumanie. Ce sont la convention relative aux produits agricoles et la convention des pétroles.

D'après la première, la Roumanie était obligée de vendre à l'Allemagne, à l'Autriche et à la Hongrie Ips excédents du pays en céréales de toutes sortes ainsi qu'en graines oléagineuses, fourrages, légumineuses, volailles, bétail et viande, plantes textiles et laines pour les récoltes des années 1918 et 1919, à des prix fixés par un tableau annexé au traité Quant aux sept années qui suivront 1919, la Roumanie s'engageait à livrer les excédents de tous ces mêmes produits, dans le cas où l'Allemagne et l'Autriche en demanderaient tout ou partie.

On conçoit le dommage irréparable que pouvait causer à un pays essentiellement agricole comme la Roumanie cette immobilisation absolue de son commerce extérieur en céréales, fruits, vin, bétail et plantes textiles pendant un laps de neuf ans.

La convention des pétroles était plus brutale encore. Elle constituait l'expropriation pure et simple, pour cause de nécessité allemande, de tous les terrains pétrolifères de la Roumanie.

Le gouvernement roumain concédait pour une durée de trente ans, à la « Société fermière des terrains pétrolifères » (allemande naturellement), le droit exclusif d'exploiter tous les terrains appartenant à l'Etat Roumain en vue de l'extraction et du traitement des pétroles du gaz naturel, de l'ozokérite, de l'asphalte et de tous


autres bitumes. Les clauses de cette convention équivalaient à un bail emphythéotique, considéré par tous les juristes comme l'équivalent de la propriété complète. En retour de cette aliénation véritable, l'Etat roumain se voyait accorder une modeste redevance de 8 0/0 de la valeur marchande en Roumanie du pétrole brut extrait, déduction faife de la quantité employée par la Société fermière pour ses propres besoins (toujours les petits profits). L'Etat roumain recevait en outre une participation aux bénéfices, variable selon le chiffre d'affaires, mais qui demeurait toujours d'une extrême modicité.

La politique des Empires Centraux à l'égard des Roumains se caractérisait donc par l'oppression systématique au point de vue politique et par l'exploitation sans scrupules au point de vue économique. Rien d'étonnant, par suite, à ce que les Roumains aient de tout temps tourné les yeux vers les nations de l'Occident qui leur sont apparentées par la civilisation et qui ont réussi, par leur victoire sur les Empires Centraux, à assurer à la nation roumaine un avenir d'union et de liberté.

- (A suivre.)

P.-S. — Errata au n° 19, 2e année, Procès-verbal de la séance du mardi 20 Mai 1919: Page 1232, ligne 12, au lieu de : le métal allemand octopus lire : la pieuvre métallique allemande.

Page 1233, ligne 36, au lieu de : 1860, lire 1890.


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BUREAU D'ÉTUDES DE L'INFORMATION DIPLOMATIQUE

Documents 1 de Presse étra.,ère

1

L'Attitude de l'Allemagne en face de la Paix * A. — Comédie et duplicité allemande Zukunft, 24 mai 1919: Un esprit sensé a-t-il pu douter jamais, que le vaincu dans cette guerre aurait à payer une noie très fort?? Le peuple allemand n'a-t-il pas avoué lui-même, par le fait de la révolution, qu'il trouvait la politique de l'Allemagne impériale condamnable, mauvaise, immorale? Et maintenant on veut que ce ne soit plus vrai, on veut que l'innocent En pire ait été assailli par des ennemis perfides, qui en ce moment lui passent la corde au cou et veulent l'étrangler, bien qu'il se soit si gentiment « amendé » et travesti en une république socialiste ? Nous souhaitons la mort de l'Allemagne? Il n'y a que des enfants et des fous pour croire pareille absurdité.

Nous voyons que Berlin jouit du printemps, que même dans la « semaine de deuil », tous les théâtres, cinémas, cabarets, bals, concerts; restaurants deluxe, s'emplissent jusqu'à la dernière place : et nous enten- dons chaqu jour la calomnie et la colère souffler en tempête. On implore de nous desvivres, nous en livrons autant que nous pouvons; hier, les Anglais ont tait cadeau aux mères allemandes pauvres de huit cent mille tétines pour leurs enfants. Et cependant la campagne contre nous devient toujours plus violente. Que se passe-t-il donc?

Telles sont les questions que j'ai entendu ces derniers temps très souvent poser par des étrangers.

B. - Sages remontrances d'un Allemand à - ses compatriotes.

Vorwaerts, 18 mai 1919 : Discours d'Edouard Bernstein à l'Assemblée géné- rale des électeurs de Lichtenberg. i II faut reconnaître que le gouvernement n'a pas fait preuve de clairvoyance en fait de politique extérieure : avec un peu de bonne volonté on aurait pu faire beaucoup mieux. Les conditions de paix extrêmement rigoureuses ne sont pas les fruits de la haine et de la vengeance : le manque de confiance en notre

politique y est pour beaucoup. Nous aurions pu briser plus énergiquement nos relations entre le présent et le passé. Le gouvernement aurait pu choisir des personnages mieux qualifiés pour nous représenter aux négociations. Nous devons reconnaître que nous avons commis de grosses fautes et que certaines des conditions ne feront que compenser le mal que nous avons fait. Au lieu de parler raisonnablement à ryis ennemis, on prononce chez nous des discours qui n'auront de l'autre côté aucun écho de sympathie! Pourquoi, par exemple, ne dit-ou pas à notre peuple que le Landtng alsacien-lorrain, de nombreuses villes et associations ouvrieres avaient déjà décidé le rattachement de l'AlsaceLorraine à là France avant la Révolution ? Nous avons tout intérêt à ne pas réveiller l'esprit du 4 août, car nous avons besoin de l'accord et du rapprochement. 1 II

La « Volonté de Paix » de l'Allemagne A. - Le « vieux militarisme » doit survivre intact dans la future armée allemande.

Post, 19 mai 1919 : «. Si nous réussissions, en dépit de tous les obstacles, à créer peu à peu une armée populaire bien organisée, la question que poseront en premier lieu son encadrement et la formation du temps de paix sera celle du but qu'elle a"ra à rem- plir dans un cas critique. Tout en faisant un usage très large de la guerre de position, elle ne pourra renoncer à la mobilité. Et l'esprit d'offensive aussi devra y être entretenu, si l'on ne veut pas que l'argent dépensé ne le soit en vain. Sur ce point notre vieux militarisme, si légèrement décrié, fera ses preuves. La formation que l'on reçut de lui et à son contact, nous trouverons le plus grand profit à la transmettre à l'armée.

On pourrait demander : pourquoi tout cela? La guerre est maintenant terminée. Je n'en crois rien.

Si l'épuisement général, et premièrement le nôtre, rejettent pour l'instant la pensée de nouvelles guerres à l'arrière plan, un coup d'œil montre que la nouvelle structure prévue pour l'Europe est de nature à favoriser les conflits, loin de les prévenir.


Qui consulte l'histoire se demandera forcément si la démocratie actuelle saura moins éviter avec le temps les conflits mil taires que la Sainte-Alliance d'Alexandre Ier de Russie. C'est pourquoi j'estime que notre rôle militaire n'est pas du tout terminé pour toujours. Les pensées, les efforts, les œuvres que nous lui avons voués n'ont pas été chose vaine.

C'est la base sur la-quelle l'avenir devra bâtir. »

B. — L'Allemagne depuis 1899 a toujours travaillé contre l'arbitrage international et la Société des Nations.

Berliner Tageblatt, 18 mai 1919 (à l'occasion du 20e anniversaire de l'ouverture de la première Conférence de la Haye, le 18 mai 1899) : Le jour où, il y a vingt ans, les gouvernements de la plupart des Etats du monde se réunirent à La Haye pour une Conférence de Paix, est pour l'Allemagne un triste anniversaire. Par l'attitude du gouvernement allemand à cette Conférence a été prise la fausse route dont les dernières ramifications ont conduit à Versailles. Avec une vision nette des causes, le comte Blockdorff-Bantzau, en cette heure du destin qui sonnait pour l'Allemagne à l'Hôtel Trianon. a exprimé ce fait que l'attitude de l'ancien gouvernement allemand au Congrès de la Haye avait « contribue à ce malheur ».

Si le peuple allemand avait eu alors le bonheur de trouver à sa tête des hommes qui auraient re> connu l'importance de cette minute, les bases de la Société des nations auraient été jetées il y a vingt ans, et l'Allemagne en aurait pris la tête. Au lieu de cela, la politique allemande fut d rigée par la formule fausse qui voyait la sécurité de la paix dans la « poudre sèche et l'épée aiguisée », par l'idée fixe qu'il fallait à côte de l'armée une grande flotte de guerre, et par le rêve d'une « plus grande Allemagne », laquelle ainsi souleva peu à peu la défiance et l'hostilité de tout l'univers.

Pour juger l'absolue méconnaissance de l'œuvre entreprise à La Haye, il faut noter un fait très caractéristique, c'est que le chef de la politique étrangère allemande à cette époque, le prince de Bülow, qui a fait paraître pendant la guerre mondiale un livre sur « la politique allemande », y expose les lignes directrices et les événements survenus pen- dant son ministre, et n'y fait pas mention, même par un seul mot. des conférences, de La Haye, qui avaient siégé deux fois pendant celle période.

Aussi ne faut il point s'etonner qu'on n'ait répondu à l'invitation que par politesse envers le tsar, et avec une mine aig e-doure. Les milieux politiques et l'opinion publique ne cachèrent point leur scepticisme. Mommsen appela cette entreprise une: « coquille d'imprimerie dans l'histoire universelle », le Professeur Kahl déclara qu'il n'était pas souhaitable de supprimer la guerre, même si cela pouvait être possible, et le professeur munichois Stengel fit paraître un pamphlet destiné à ridiculiser l'idée de la Conférence; il y taisait

l'éloge de la guerre, par exemple comme bienfaitrice de la chirurgie et dl' l'art, et accusa même la Conférence d'être un danger pour la paix.

Voilà quelle mentalité présida au choix des représentants de l'Allemagne à la Conférence. La direction de la délégation fut confiée à l'ambassadeur à Paris, comte Münster, que l'Empereur luimême avait désigné, parce que, d'après ses propres déclarations à l'ambassadeur américain Andrew D. White, « il y fallait un homme de raison saine ».

Or, le comte Münster appela la juridiction arbitrale de La Haye « une blague ». Il tenait les tribunaux d'arbitrage pour spécialement nuisibles à l'Allemagne, parce qu'elle étail à même de mobiliser ses troupes plus vite que n'importe quel autre Etat d'Europe, et des tribunaux d'arbitrage ne pourraient être qu'obstacle en cette affaire. Comme délégué technique, on adjoignit au comte justement ce professeur Stengel, qui par sa brochure s'était affiché dans l'Europe entière comme un adversaire de la Conférence. Le délégué militaire fut le colonel Gross von Schwartzhuf, qui dans la commission du désarmement nia que les armements tussent une charge pour le peuple allemand. Il y fut d'ailleurs appuyé par l'Empereur lui-même, qui pendant les délibérations de La Haye prononça à Wiesbaden un dis- e-airs où il déclarait que la meilleure garantie de paix, c'était « une épée bien aigl/fiée ».

Le 18 mai arriva. C'était l'anniversaire de naissance du tsar, qui avait été choisi pour l'ouverture du Congrès. Les vingt-six gouvernements auxquels avaient été adressés les invitations avaient envoyé leurs représentants. Au total 138 personnes.

Lorsque les travaux commencèrent, très vite se

fit sentir la résistance allemande. La Conférence voulait aboutir à l'établissement d'un arbitrage obligatoire et d'un tribunal permanent, mais la délégation allemande fit opposition à ce projet. Au cours d'une conversation mémorable que White eut avec le comte Münster le 15 juin 1899, il fit à ce dernier de sérieuses remontrances. « Les conseillers auxquels lEmpereur d'Allemagne accordait sa confiance, dit Wh te, devraient se garder d'exposer jamais le jeune monarque au mépris, aux reproches et aux sentiments hostiles dont l'accablerait nt tous les peuples, dès qu'on saurait que c'était lui qui avait provoqué l'échec du Congrès et empêché d'aboutir l'arbitrage. Votre Empereur, ajouta-t-il, passera pour l'ennemi de toutes les nations et sera en butte aux attaques et aux calomnies les plus offensantes. » Paroles prophéti- ques d'un homme clairvoyant. White réussit à persuader au comte d'envoyer quelqu'un à Berlin afin d'agir sur le gouvernement, pour qu'il ne fît point échouer I'oea vre de la Conférence. Cette mission fut confiée au professeur Zorn. En même temps White envoya aussi à Berlin l'Américain Bolls, chargé de remettre au Prince, alors seulement Co nte Bülow une lettre qui restera éternellement mémorable dans l'histoire du mouvement pacifiste.

La mission des deux savants n'eut pas pour succès


l'adhésion du gouvernement allemand aux desiderata très étendus de la Conférence. L'Allemagne persista à exiger que la convention d'arbitrage demeurât facultative, mais consentit à la création d'une Cour d'arbitrage, qu'elle avait jusqu'alors repoussée. Ainsi lut du moins empêché l'échec complet de la Conférence, et rendue possible la continuation de l'œuvre entreprise.

Mais avec l'attitude de l'Allemagne à La Haye commença cet isolement qui plus tard se développa, lorsque l'Allemagne en 1907 renouvela sa résistance à la deuxième Conférence. Ainsi commença à La Haye la faute qui a coûté plus tard tant de sang, ainsi l'Allemagne prit la route quidevait la séparer peu à peu du reste du monde.


L'ÉCOLE PRIMAIRE ù LES LEÇONS DE LA GUERRE (1) PAR M. EMILE BUGNON Inspecteur primaire à Saint-Mihiel

PRÉFACE DE M. GABRIEL SÉAILLES Professeur de philosophie à la Sorbonne.

Nul mieux que M. Emile Bugnon n'est qualifié pour parler de l'école primaire, des réformes dans son organisation, dans ses programmes, que nous imposeront demain les leçons de la guerre. Il ne connaît pas l'école théoriquement, par les livres, pour en avoir entendu parler. Toute sa vie s'y est écoulée et il lui a donné toute sa vie. Enfant, il a été formé par elle; il n'en est sorti comme élève que pour y rentrer comme maître. Instituteur dans une école primaire de village, bravement il a préparé le concours de l'école de Saint-Cloud et en a subi les épreuves avec succès. Protesseur d'école primaire supérieure, professeur d'école normale, inspecteur primaire, il a passé par tous les degrés de la hiérarchie. Il connaît d'expérience les enfants et les maîtres, l'enseignement et les méthodes.

Joignant l'initiative à la réflexion, il s'est toujours préoccupé, dans sa sphère limitée d'action, de donner à l'école un caractère plus concret, plus vivant, en ne la laissant point étrangère aux formes du travail, aux besoins économiques de la commune, du canton. Il ne fait aujourd'hui qu'étendre et généraliser les vérités qu'il a découvertes et contrôlées par l'action. L'idée maîtresse de M. Bugnon, c'est que l'enseignement primaire ne doit pas être un service public dirigé de loin et de haut, auquel ne s'intéressent que ceux qui en ont la charge. L'éducation est une affaire qui regarde tout le monde, parce que personne ne doit s'en désintéresser. N'oublions pas que l'enfant est la nation elle-même dans sa continuité, dans son progrès, dans son espérance, et n'oublions pas la gravité de l'heure, où s'insinuent les principes, où se forment les habitudes, qui pour toute l'existence restent mêlés à l'esprit et au caractère. Etforçons-nous donc d'associer la nation à l'œuvre de l'éducation nationale, et pour cela intéressons les citoyens à l'école, en les con- sultant sur les moyens de l'adapter aux besoins locaux, de faire répondre son enseignement, ses exercices pratiques, aux conditions économiques de la région, du département, de la commune Au sommet, le grand Conseil de l'éducation nationale groupera les délégués des grands corps de l'Etat, du Commerce, de 1 Industrie, des syndicats ouvriers, et de proche en proche, à tous les degrés, des

(1) Berger-Levrault, éditeur.

conseils, où figureront, avec les maîtres, des parents, des notables, seront appelés à se prononcer sur l'école, sur sa fréquentation, sur son budget, sur s, s œuvres.

Mais il importe que, dans la diversité de ses formes d'action, avec une souplesse nouvelle, l'école reste l'école française, manifeste l'unité morale de la patrie. Où trouver dans nos divergences confes- sionnelles une idée qui nous fasse une conscience commune? La guerre nous laisse une tâche immense à accomplir et qui ne pourra l'être que par l'effort de tous Au principe de l'éducation nationale mettons l'idée du travail. Donnons-en le respect, montrons en lui la condition de tous les biens.

Et d'abord, ne séparons pas la théorie de la pratique, les connaissances de leurs applications; que l'école primaire, autant qu'un enseignement, et par celui-ci, soit un apprentissage. A le prendre en luimême, le travail déj 1 donne des habitudes précieuses, le sens et le goût de la vérité. Celui qui parle peut tout se permettre, il se trompe avec impunité : la vérité est douteuse, les conséquences lointaines.

Dans l'action, l'erreur ne se laisse pas dissimuler, elle se traduiten une échec qui en est le châtiment.

Le couvreur, sur le toit, s'il n'adapte pas exactement les conditions de son équilibre aux lois de la pesanteur, s'écrase sur le sol. Le métier développe le sens de ce qui est possible, il apprend à l'homme qu'il ne commande qu'à la condition d'obéir, qu'il n'obtient l'effet que quand il a posé la cause. Le rapport entre l'idée, le mouvement et l'outil est un rapport défini qui s'impose. La discipline volontaire, qui naît de l'intelligence même du but à atteindre, prépare l'enfant au respect de la loi dans la liberté. Ainsi, avant même d'être réfléchi, par cela même qu'il interdit l'erreur, le mensonge plus ou moins volontaire, le travail est une éducation de la sincérité, et la sincérité envers soi-même et envers les autres est la première forme de la dignité humaine.

Rien que par les habitudes qu'il nous donne, exactitude, précision, discipline, le travail est une éducation de l'esprit et du caractère. Mais si nous voulons mettre l'idée du travail au principe de l'éducation civique et morale, il convient de l'embrasser dans toute son ampleur. Le grand danger de la démocratie, c'est la croyance au progrès fatal, l'attente du bien dans la paresse et l'inertie.

N'imaginons pas que la société future se créera d'elle-même par le jeu nécessaire des lois économiques. Sachons-le, rien ne se donne, tout se mé-


rite et se conquiert, la vertu individuelle comme la justice sociale. Le travail est la loi de l'homme , et, sous toutes ses formes, des plus hautes aux plus modestes, le travail est l'idée d'un bien conçu dans son rapport aux moyens de le réaliser, l'intelligence qui comprend, l'énergie qui accomplit. Par lui nous nous faisons nous-même, par lui nous nous unissons à nos semblables dans une coopération féconde, par lui seul enfin nous avons chance de donner une réalité aux hautes idées de justice et de fraternité.

Nous trouvons en nous-même des résistances à vaincre, une nature à cultiver, une multiplicité de penchants contraires, entre lesquels il nous appartient d'établir l'ordre et la hiérarchie. Notre premiére tâche est de nous faire, de nous conférer à nous-même une existence véritable, en nous élevant à la dignité de la personne morale. Le travail est en même temps une perpétuelle leçon de solidarité. Il nous unit, par cela même qu'il se divise, dans un échange de services mutuels. La grande œuvre collective ne se fait que par le labeur de milliers et de milliers d'hommes dont les efforts se rejoignent et conspirent. La justice sociale enfin n'est pas un phénomène naturel, que nous trouverons posé au terme d'une évolution nécessaire, ell3 est une œuvre à faire, une œuvre lente, difficile, qui ne peut être réalisée que par l'intelligence et la volonté des hommes.

L'école de demain sera moins théorique, moins abstraite plus n êlée à la vie, dont elle doit être la prépiration. En élevant l'enfant, elle se préoccupera de la tâche qu'il est appelé à remplir. Ce n'est pas dire qu'elle lera des manœuvres, des instru- ments; elle restera soucieuse de faire des citoyens et des hommes. Elle rattachera, autant qu'il est possble, la connaissance à la pratique, le métier aux vérités qu'il applique. Mie n'humil era pas l'esprit en le limitant au souci protessionnel, elle rélèvera le métier en y montrant un moment de grand travail humain. Heliant la conscience professionnelle à la conscience morale, elle n abaissera pas l'idéal, elle habituera les hommes à mettre moins leur foi dans les paroles que dans les actes pour le réaliser.

Gahriel SÉAILLES.

* *

ÉVÊCHÉ DE VERDUN - Bar-le-Duc, le 8 janv. 1919.

Monsieur, Vous avez, bien voulu me soumettre le texte de votre brochure sur l'Ecole primaire et les Leçons de la Guerre. Ce témoignage de confiance m'honore, et je vous en remercie.

A la lumière des événements, vous cherchez un terrain d'entente, au sujet de l'école, et je me plais à reconnaître votre franchise et loyauté, et les efforts que vous faites. sinon pour concilier des prin- cipes d'éducation opposés, du moins pour les

réduire au minimum de leurs exigences, en développant et en appliquant des systèmes et des méthodes où tous les maîtres pourraient, croyez-vous, se rencontrer.

Une morale élémentaire, rationnelle ou primaire, une formation au travail professionnel suivant le milieu social et industriel, le recrutement d'un personnel auxiliaire apte à diriger tout apprentissage, une administration plus immedtate et en contact direct avec l'école, « l'union sacrée » continuée et entretenue par des conseils locaux des écoles publiques et libres, ayant les mêmes droits aux subventions de l'Etat, voilà ce qui, d'après vous, peut être la base de l'éducation nationale.

C'est un commencement, un acheminement vers une ère moins agitée et plus rassurante pour les consciences chrétiennes et pour l'avenir de la jeunesse de France.

Mais il y a fatalement des lacunes que votre esprit averti et votre patriotisme éclairé reconnaîtront peu à peu. Vous av z trop le souci de la vérité et de la bonne formation des enfants, des fils de nos héros, pour ne pas tendre au système d'éducation le plus parfait et le plus contorme à la saine tradition française.

C'est le vœu que je forme, en vous priant d'agréer, Monsieur, mes meilleures salutations.

† CH. GINISTY, Evêque de Verdun.

* * *

« Comme l'enfant est le lien entre les parents, l'école devient le lien entre les corporations industrielles et les familles : il répugne qu'elle soit séparée de l'atè- lier v P.-J. PROUDHON. Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, p 318.

« Vous n'avez qu'a dire où est le devoir. Les hommes tiennent la sincérité pour bonne et pour mauvais le mensonge : voilà le fait Pronez le fait pour acquis : que vos élèves pratiquant la bine, rire, fuient le mensonge, et votre mission sera remplie. »

P. LAPIE, Pour la Raison, p. 72.

1 L'ÉDUCATION PRIMAIRE On rapporte que von Kluck, interrogé, après sa défaite de la Marne, sur le moyen par lequel l'Allemagne se flattait de vaincre quand même, répondit : « Par le travail. »

Tandis que la République Française avait donné à ses écoles la haute m ssion de former des hommes et des citoyens. l'Empire allemand avait exigé des siennes un enseignement méthodique et forcené du travail : pendant que nos maîtres s'appliquaient à élargir la conscience nationale par une éducation libérale et généreuse, les pédagogues allemands. obéissant à

l'étroite consigne du pangermanisme, préparaient d s générations orgueilleuses de leur force, et, par une sévère éducation profession-


nelle rigoureusement spécialisée, leur imposaient les habitudes susceptibles de réaliser les ambitions de la politique impériale. Aussi tous ceux qui ont eu l'occasion de comparer la besogne régulière des soldats allemands pendant la guerre avec celle des soldats français. si héros par tant de verjus magnifiques, mais si nonchalants dans le travail, tous ceux qui ont eu l'occasion de comparer les maladresses de notre organisation nationale avec la sûreté des méthodes allemandes, n'ont pu se défendre d'une sorte de désespoir : « Pourquoi la France n'a-t-elle pas donné à ses libres citoyens, avec l'éducation morale et civique, l'éducation du travail? »

Ce n'est pas que les indications législatives ni que les initiatives privées nous aient manqué, mais elles n'ont eu qu'une efficacité restreinte ; Ma loi de 1880 sur les écoles d'apprentissage resta presque lettre morte ; la loi de 1882, por- tant comme matières obligatoires de l'enseignement primaire « les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des f outils des principaux métiers, les éléments du métier et du modelage », n'eut qu'une application limitée à un petit nombre d'écoles; même la création d'écoles primaires supérieures en 1887, avec, en 1909, sections industrielle, commerciale, agricole, maritime, pour les garçons, commerciale et ménagère pour les filles, ne s'adressa qu'à une faible partie des enfants du peuple; les efforts de certains grands patrons, de quelques chambres de commerce et syndicats ouvriers pour créer un enseignement technique populaire n'ont donné que des résultats locaux, malgré les décrets de 1911 visant la création de comités départementaux et cantonaux d'enseignement technique et l'établissement d'un certificat de capacité professionnelle pour chaque métier. A la veille de la guerre, en mars 1914, la Chambre votait seulement la réorganisation de l'enseignement agricole, par la collaboration des ministres de l'Agriculture et de l'Instruction publique, pour les cours du degré élémentaire.

Il est inutile de rappeler ici toutes les causes qui ont empêché notre Université de se mettre à enseigner le travail, et qui ont privé nos différents ministères de l'entente indispensable à cet enseignement essentiel. Mais il faut se souvenir que, la guerre ayant révélé avec une force nouvelle la nécessité de la formation d'une conscience professionnelle nationale, des voix éloquentes se sont élevées contre l'idée d'en

pénétrer l'enseignement et l'éducation de l'école primaire.

Les conséquences de la guerre imposeront elles-mêmes à l'éducation nationale la formation d'un « esprit de travail » (1). — « Quelles que soient les conditions de paix, tous les Etats 'belligérants se trouveront devantHine terrible situation économique. Le travail preridra une importance qu'il n'a jamais eue encore (2). » « La nation finalement victorieuse sera celle où le travail sera le mieux aimé, le mieux aimable (3). »

Certes, il ne viendra pas à l'esprit d'un Français, même le plus maltraité par les méthodes de la guerre allemande, de souhaiter pour les enfants de France la formation étroite de l'apprenti allemand : un employé, un commerçant, un artisan, un ouvrier, un cultivateur, qui n'aurait que la science et la pratique de son métier ne suffirait pas à la France nouvelle, et d'ailleurs. l'école primaire ne peut donner ni la science ni la pratique d'un métier.

Nous estimons trop la formation de la personne morale, la formation du citoyen républicain, pour demander une éducation physique, intellectuelle, technique, militaire, selon la méthode allemande. c'est-à*dire exclusive de toute culture profondément humaine. Mais nous prétendons qu'une grande pensée d'ensemble devra planer sur les débats de nos législateurs lorsqu'ils voudront réformer notre école primaire : une synthèse s'impose qui harmonise l'œuvre de chaque ministère dans l'œuvre commune, qui puisse nous donner à la fois une préparation de techniciens et d'hommes complets et qui fasse de la culture professionnelle un élément de la culture générale.

Il faudra trouver l'idée morale (4) qui asso-

(1) P. HAMP, La Victoire de la France sur les Français (Grande Revue, octobre 1915).

(2) J.-H RÛSNY, AÎNÉ, Le Paus, 15 iuin 1917.

(3) P, HAMP,op. cit.

(4i « L'enseignement moral est destiné à compléter et à relier, à relever et à ennoblir tous les nselgllemelJb de l'école. Tandis que les autres études développent chacune un ordre spêcial d'aptitudes et de connyi>sances utiles, celle-ci tend à développer, dans l'homme l'homme lui- même. c'est-à-dire un cœur, une intelligence, une conscience.

9 L'instituteur est chargé de cette partie de l'éducation comme représentant de la société : la société laïque et démocratique a en effet l'intérêt le plus direct à ce que ses membres soient initiés de bonne heure, et par des leçons ineflaçables. au sentiment de leur dignité et à un sentiment n<m moins profond de leur devoir et de imitr responsabilité 'TH!' sonn,'lle. » (Instructions officielles de 1X82 sur l'enseignement de la morale.) A remarquer qu'elles ne visent nullement la formation de la conscience professionnelle : former un homme digne, un citoyen laïque et démocrate, suffisait aux ambitions pédagogiques du législateur de 1882.


ciera d'une façon étroite l'instruction publique élémentaire à l'instruction technique et à 1 instruction supérieure, et qui fasse de celle-là, même la plus rudimentaire, la préparation normale de celles-ci.

Le législateur de 1882 a fait appel au sen'iment du devoir, de la dignité humaine et de la responsabilité personnelle, dans le but de former des consciences; il a imposé à l'école l'enseignement de la solidarité sociale et de la justice démocratique, en lui demandant de former des citoyens conscients et justes : c'était l'impérieuse tâche du moment, et elle fut bien accomplie. Grâce à son armature morale d'honneur et de justice, la France a résisté au choc de la plus formidable organisation industrielle du monde.

Nul ne doutera cependant qu'elle eùt mieux résisté encore si à ce faisceau de forces spirituelles elle avait pu joindre immédiatement un groupe aussi ferme de forces matérielles, ou plutôt si ses enfants s'étaient trouvés, par une éducation complète, mieux adaptés à la production des forces supplémentaires indispensables à la vie et à la défense nationales.

Et si l'éducation du travail, par son principe et par sa méthode, a une relation certaine avec les principes et les méthodes de l'école laïque, n'y aurait-il pas tout protit à l'ajouter immédiatement à notre éducation primaire ?

Il ne s'agit pas, d'ailleurs, de faire une simple addition à nos programmes, mais bien d'en rajeunir l'esprit et d'en accroître l'action bienfaisante.

L'éducation professionnelle française s'applique, en effet, tout particulièrement à former des habitudes de précision dans le travail, de sincérité dans la production et de loyauté dans le commerce; elle s'enorgueillit d'un instinctif désir de perfection pour toute création des mains ou de la pensée, elle prétend même recueillir pleinement la satisfaction que donne, à une conscience éclairée, la joie du travail fini et le jugement d'un peuple de connaisseurs. Sur ces bases peut s'édifier théoriquement et pratiquement une morale et une éducation élémentaires.

Proudhon avait déjà nettement établi cette relation entre l'éducation professionnelle et l'éducation générale : « Il n'est pas d'artisan qui ne soit parfaitement en état de comprendre ce que se propose le philosophe, puisqu'il n'en est pas un qui, dans l'exercice de sa prolession, ne fasse usage d'un ou de plusieurs moyens de justification, de mesure, d'évaluation, de contrôle (1). »

(1) PROUDHON, De la Justice dans la Révolution et dans l'Eglise, t. I, p. 27.

L'habitude, même acquise par la routine d'un métier, de mesure exacte, de contrôle scrupuleux, est plus qu'une habitude professionnelle, c'est un premier degré de vie morale, c'est même pour la plupart des hommes la principale forme de la pensée juste, la principale forme de la dignité, le grand devoir envers autrui, le puissant et obscur sentiment de la relation avec l'Infini, avec la Vérité absolue.

Eveiller la conscience professionnelle à l'école primaire, c'est en même temps aider la conscience morale à naitre, et sous sa forme la plus commune : l'une et l'autre procèdent de l'exercice régulier de la raison, mais c'est le travail qui impose le plus de rigueur à cet exercice par l'obligation de l'exactitude, par la vision immédiate du danger de l'erreur.

Et c'est lui qui donne aux sanctions le plus de force : « C'est une volupté intime, à laquelle le recueillement de la solitude n'est pas moins favorable que les excitations de l'atelier, et qui résulte, pour l'homme de travail, du plein exercice de ses facultés : force du corps, adresse des mains, prestesse de l'esprit, puissance de l'idée, orgueil de l'âme par le sentiment de la difficulté vaincue, de la nature asservie, de la science acquise, de l'indépendance assurée; communion avec le genre humain par le souvenir des anciennes luttes, la solidarité de l'œuvre et la participation égale au bien être.

« Le travailleur, dans ces conditions, jouit de la plus haute prérogative dont un être puisse s'eno-gueillir ; il existe par lui-même (1). »

Le bon ouvrier èst celui qui ne se trompe pas, l'honnête homme est celui qui veut invariablement ne pas se tromper ni tromper les autres : « Nous ne séparons pas la vie morale de la recherche et de l'amour du vrai (2). » , # * *

C'est ainsi que l'éducation du travail prépare et fortifie l'éducation générale ; la première habitude contractée à l'école de l'atelier sera l'habitude fondamentale de toute vie morale, celle sans laquelle les autres se sont évidemment rien: la sincérité (3); or, habituer l'enfant à

(1) PROUDHON, Op. cit., t. II, p. 334.

(2) G. SÉAILLES, Les Affirmations de la conscience mo.

derne, p. 128

(3) Nous ne faisons d'ailleurs ici que réunir et présenter n tableau d ensemble des idées qui sont actuellement accueillies un peu partout, même sous leur forme originale. C'est ainsi que dans l'Education enfantine, l'excellent journal d'initiation maternelle que publie la librairie F. Nathan, nous trouvons, à la date du 10 novembre 1916, ces lignes Intéressantes : « Il importe, dès le début de l'année scolaire, de mettre la franchise à la base même de


mettre la plus grande précision possible dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il pense et dans tout ce qu'il veut, tel fut toujours le premier et le plus actif souci de l'éducateur. Pour ce qu'il fait. l'expérience lui apprendra le danger d'une maladresse ; pour ce qu'il dit, ce qu'il pense, ce qu il perçoit, ce qu'il sent, ce qu'il désire et ce qu'il veut. le maître lui rendra visibles, par de nombreux exemples, les suites funestes d s erreurs involontaires(cau- sées par les distractions ou les passions) et de l' « erreur intentionnelle du mensonge » (1).

Pour cette association de l'atelier et de l'école, « on agira à la fois sur ses sens, sur son esprit et sur son cœur, en lui donnant, dans la mesure compatible avec sa nature, plus d'adresse manuelle, plus de précision intellectuelle, plus de rectitude morale » (2).

Au fur et à mesure qu'il grandira, on lui apprendra à éliminer les dangers par l'éiimination de plus en plus rigoureuse de l'erreur; erreur d'appréciation de ses sens, erreur de ses premier jugements, erreur de sesinclinations naissantes, erreur de sa volonté capricieuse. Le sens de l'exactitude deviendra pour lui, comme il l'est pour.emonde entier, la condition même du progrès. v Et sur le culte de la vérité d'une vérité ni

l'éducation. Un enfant qui ne ment pas peut, à la longue, se corriger de ses défauts; mais quelle prise a l'éducacateur sur celui qui les dissimule ?.. Que le mensonge soit pour nous « une erreur » sur laquelle son auteur ne peut manquer de revenir s'il y réfléchit. »

Et que, dans le dernier numéro de l'Education joyeuse, octobre-novembre 1914, la magnifique publication de l'Union frœbelienne française, qu éditait la maison Hachette, Mlle Allégret, directrice du Lycée V. Duruy. avait écrit : « Les événements recents ont si completement modifié les sensibil tes, ils ont éclairé les consciences d'une lumière si vive et si imprévue, que les problèmes de la vie pratique ont paru tout à coup simplifies à l'extrême. Dans les choses de l'éducation, la même clarté s'est produite, conséquence inattendue des révoltes soulevées dans l'âme des ind vidus et des peuples par l'audace des mensonges, politiques ou diplomatiques, proclamés par un homme et par une caste et consacrés par l'autorité d'une élite intellectuelle.

« Il semble que tout à coup on ait compris, pour la première fois, qu'une seule chose importe pour déterminer la valeur des individus et des sociétés : le degré de sincérité; de même qu'un seul devoir est à la base de tous les autres : le respect du vrai.

.« Si cela est, la tâche essentielle de l'éducateur sera d'ancrer l'amour du vrai au fond de la conscience enfantine, d'une façon si forte que toute la vie morale de l'en- fant. et plus tard de l'adulte, puisse reposer sur une instinctive aversion pour le faux. »

(1) Félix DREYFUS — Les citations sont empruntées à diverses Notes aimablement communiquées par M. F.

DREYFLS, et dont quelques unes seulement ont été publiées par le Munue général de l'Instruction prim ire (27 juillet 1907). la Revue pédagogique (15 décembre 1907), le Bulletin de la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant (novembre 1911).'

(2) F. DREYFUS.

mystique ni savante, mais humaine et expérimentale — se fera toute une première éducation : tous lesdevoirs envers soi même sont des devoirs de sincérité, tous les devoirs envers les autres reposent sur la franchise, et toutes les vertus suprèmes ont pour élément fondamental la vérité humaine. Sans vouloir organiser cette culture morale en système (1), nous pouvons biendire que tous les éducateurs sauraient ajouter à la sincérité, à la franchise, même à la simple horreur du mensonge, les sentiments par lesquels cesqualités ess ntiellespeuvent devenir dignité, probité, justice (2), charité et enfin sacrifice, Il ne s'agit pas, en effet, de substituer une doctrine à une autre doctrine, mais de donner à l'école primaire les meilleures méthodes de préparer l'entant à l'humanité et au travail. Or, l'éducation qui se proposerait d'inspirer, par le double exercice des mains et de l'esprit, dès le bas âge, l'« enroi réflexe de l'erreur et du mensonge » (3) et le culte de la vérité sous toutes ses formes semble la plus propre à former de bons esprits, tout prêts à s'entraîner à la méthode critique des études supérieures ou à la discipline du travail organisé , et des cœurs honnêtes, éloignés des passions dangereuses comme de la sécheresse égoïste. Cette éducation serait la vraie base de toute notre formation nationale, formation du peuple et formation de l'élite.

A remarquer encore que cette éducationu visant à la simple moralité, « première et nécessaire assisedes morales les plus rudimentaires comme les plus élevées, prédisposition à agir avec droiture dans la conduite de la vie comme dans le travail quotidien, seule vertu qui soit commune aux sectateurs de toutes les religions, celle que vise le langage populaire, disant qu'il y a des honnêtes gens partout », pourrait satisfaire toutes les familles, quelles que soient leur philosophie ou leur religion : elle serait un facteur précieux de l'union sacrée, du moins de ce que l'après-guerre en pourra conserver.

Il y a une dizaine d'années que M. Félix Dreyfus proposait aux instituteurs de France, dans les colonnes de la Revue Pédagogique et du Manuel général de l'Instruction primaire, d'étudier cette forme d'éducation et qu'il don-

(1) Car nous n'oublions pas la complexité morale de la personne humaine et nous imaginons aisément les objections qui pourraient être faites à toute réduction à l'unité de la vie morale Il s'a it d'indiuuer les plus sûrs moyens d'obtenir un minimum essentiel de moralité et non de fixer un maximum.

(2) « Justesse dans la forme et dans l'expression. Justice dans la vie sociale : la loi est toujours la même.,.

(PROUDHON, de la Justice, t. I, p. 37.)

(3; F. DREYFUS.


nait sur ce sujet une conférence à la Société pour l'étude psychologique de l'en fant (1); L Buisson, M. Goblot(2), se sont intéressés aux f. rmules de M. Dreyfus, les trouvant grosses de conséquences morales, politiques et sociales; peutêtre serait-il bon aujourd hui, à la lumière de l'esprit de guerre, de les examiner d'un peu près et d'y prendre les principes de la synihèse qui s'impose pour harmoniser et rendre plus fécondes toutes les formes de notre éducation nationale.

Bien avant la guerre, M. F. Dreyfus disait : « Si l'horreur du mensonge marquait l'âme de nos enfants au point de dominer par la suite tous leurs actes, nul doute qu'on ne puisse dire un jour de la France qu'elle est une démocratie de gentilshommes »; en considérant les premières leçons de la guerre, nous disons : c'est à la culture générale et à la culture technique, ne pouvant se panser 1 une de l'autre et se fortifiant mutuellement par un principe commun enseigné dès l'école primaire, que nous devrons notre future prospérité et même notre sécurité nationale.

II

LE PERSONNEL PRIMAIRE L'éducation primaire deviendra plus délicate et plus complexe: aux connaissances générales et aux vertus élémentaires indispensables à l'homme et au citoyen, elle ajoutera l'éducation de la vie physique et matérielle, le déloppement des dispositions intellectuelles et ma- nuelles relatives aux divers métiers, et même la préparation du maintien permanent de l'union sacrée.

Elle ne pourra s'assurer que par un accroissement du nombre des années de scolarité, avec une fréquentation rigoureusement régulière: elle 'devra se continuez, pour tous les

(1) La méthode de M. Dreyfus « se résume en deux règles etroitement liees : « Par des moyens bien choisis, exercer chez l'enfant la faculté primordiale de l'attention, le convaincre que toute erreur se paie tôt ou tard. Maladresse des gestes, distraction de l'esprit, c'est tout un; 2° Etablir par de nombreux exemples que les effets de l'erreur involontaire, de la simple erreur et de 1 erreur consciente, "uu 1 ue: qu'est le mensonge, sont souvent les mêmes; graver fortement dans l'esprit de l'enfant que si l'erreur simple doit toujours être évitée pour les consé- quences graves ou légères produites par la force des choses, à p us forte raison doit-on suir l'erreur voulue. »

(Bulletin de la Société l;t'Tt pour l'étude psycholog que de - de l'enfant novembre 1911.)

(2) « Le mal ne va jamais ou presque jamais sans le mensonge, compagnon obligé de tous les autres vices. Qui ne ment pas n a pas de vices. L'éducation de la sincérité est donc l'essentiel — et peut-être le tout de l'éducation morale. » (M. GOBLOT, Le Volume, 17 avril 1915.)

enfants qui ne seront pas destinés aux écoles secondaires et su périeures, dans une série de cours ou d'écoles techniques, car la nation ne pourra plus abandonner son adolescence aux hasards de la vie, sans écoles de perfectionnement ni apprentissage organisé.

Or, quels maîtres dirigeront ces écoles nouvelles? D'abord tous les vieux maîtres;-puis les jeunes, de vingt à quarante ans, ceux qui reviendront de la guerre, infirmes, fatigués, malades, et ceux qui n'auront pu se battre faute de santé, et enfin toutes les institutrices.

Les anciens se plieront difficilement aux disciplines nouvelles. et les jeunes n'autont pas encore fait des études nécessaires. Parmi ces derniers d'ailleurs, ceux qui se seraient le plus rapidement adaptés aux conditions créées par la guerre auront disparu : les meilleurs seront morts pour la patrie, sous-officiers ou officiers subalternes de nos armées, — ou bien ils seront restés soldats, officiers de la nouvelle armée, — pu bien ils auront choisi parmi les nombreuses situations que leur offriront le com- merce et l'industrie.

Le recrutement des instituteurs était difficile avant la guerre ; il le sera plus encore après, parce qu'il y aura moins d'hommes et moins de ressources dans le pays.

Quant aux institutrices, plus de 50 0/0 des maîtresses entrées dans nos cadres depuis dix ans. - et combien en 1914, 1915, 1916 et 1917 ?

— ont leur expérience pédagogique et même leur culture intellectuelle à terminer, avant de devenir capables de tenir vraiment une classe.

Sans doute, les anciennes institutrices ressem.

blent en vertus à nos anciens maîtres, - les élèves qu'ils et elles ont formés témoignent en leur faveur, — mais elles suffiront à peine aux écoles de filles; des brevets élémentaires féminins, tout frais émoulus, s'emploieront dans toutes les écoles mixtes et dans un tiers au moins des écoles de garçons. Et tous, institutrices comme instituteurs, devront rester secrétaires de mairie, avec un travail considérablement accru. Ne faudra-t il pas alors, pour suppléer au manque de personnel et à son incompétence e n matière d'éducation manuelle, créer une catégorie de maîtres et de maitresses auxiliaires, chargés de cette éducation, jadis accessoire, demain égale en utilité sociale à toutes les autres ?

Nous réduirons, sans hésiter, les heures de classe aux b mes de l'école, nous trouverons le temps d'exercer méthodiquement les muscles et de faire prendre à l'enfant, avec de bonnes habitudes manuelles, celle de l'exactitude et de


Ja discipline qu'exige le travail organisé : une demi-j urnée de classe par jour, sous la direction de l'instituteur ou de l'institutrice,, sera suivie régulièr ment d'une demi journée d'exercices et de travaux sous la direction d'un maître agriculteur ou ouvrier (pour les filles, d'une ménagère), et cela dans toutes les écoles primaires, — cours d'adultes, cours complémentaires èt écoles primaires supérieures com- pris (1).

Nous ne pouvons indiquer ici les moyens pratiques de résoudre les difficu'tés d'application de cette pédagogie; mais, en 1913, dans une circonscription qui s'appauvrissait et se vidait, nous en avions étudié les détails d'organisation.

Sous le contrôle de l'Etat (ministères de l'Instruction publique et du Commerce), avec le concours des communes, celui des agriculteurs et des industriels locaux groupés en syndicats agricoles ou réunis par le Comité départemental et les comités cantonaux d'enseignement technique, nous espérions faire fonctionner ces écoles nouvelles en octobre 1914; la guerre n'a pas permis que cette expérience fût tentée. Mais elle pourra l'être. t On trouvera des maîtres et des maîtresses auxiliaires en chaque agglomération un peu importante. Un seul instituteur ou une seule institutrice, avec un auxiliaire, assurera le service en deux classes, souvent en deux villages : il y aura économie de personnel et meilleure répartition des ressources financières. Les maî-

(1) « La guerre, en réduisant notre armée de travailleurs agricoles, a diminué le rendement du sol français.

Si nous ne savons pas lui restituer sa fécondité, non seu- lement nous verrons encore s'élever le Coût de la vie, mais nous serons obligés de livrer à l'étranger, en échange d'importations indispensables, l'or nécessaire à la défense nationale. C'est donc pour tout Français un devoir patriotique de travailler à accroître la production agricole. Ce devoir, je vous prie d'inviter maîtres et élèves à le remplir.

« ..Partout où l'enseignement de l'agriculture est obligatoire (écoles normales, écoles primaires supérieures, écoles primaires élémentaires), les heures réservees à cet enseignement seront consacrées, dès que la saison le permettra, à des travaux de jardinage et d'élevage. Au besoin, ces heures seront doublées: on pourra, par exemple, attribuer provisoirement à ces travail x de plein air le temps qui, dans l'horaire habituel, est accordé à l'éducation physique. Pendant ces exercices obligatoiies, pris sur la journée scolaire normale, la responsabilité civile de l'Etat, conformément à la loi du 20 juillet 1899.

sera substituée à celle des membres de l'enseignement publié. » (Cire. min. 9 janvier 1917, relative à la participation des élèves des établissements d'enseignement public à la production agricole jamc Recteurs].) Ce n'est encore qu'un essai, directement provoqué par les cir- constances de guerre, d'une organisation scolaire nouvelle, mais sU"èeptlh'e dé recevoir des applications Variées, car M le ministre termine ainsi : « Sur le thème que je viens de tracer, bien des variations peuvent être tentées, et je laisse à chaque initiative le soin de se manifester en adaptant aux circonstances locales ce plan général. &

tres auxiliaires, gardant le droit de se livrer à leur besogne professionnelle pour leur propre compte, et d'exploiter sous contrôle, bien entendu, le travail des enfants, ne recevront qu'une faible indemnité; ils seront, si l'on tient à girder une vieille chose et un vieux mot, les meilleurs des délégués cantonaux, directement intéressés à la prospérité de l'école.

Et nous ne parlons pas des améliorations de service que cette oiganisatïon faciliterait, En harmonie avec le système général d'éducation que nous préconisons (préparer l'adaptation exacte de l'enfant à sa vie d'homme), nous fixons simplement un principe : c'est sur les réalités de la petite école du village qu'il faudra construire l'école de demain.

Lorsque, autour de l'école, seront groupées, d'une façon intéressée et féconde, toutes les forces morales et matérielles de la commune, il n'est pa, de question d'administration, de législation, de budget, de programme, etc., qui ne puisse se résoudre avec un peu de bonne volonté.

III L'ADMINISTRATION L'organisation administrative de la plupart des nations européennes paraissait, immédiatement avant la guerre, à la veille d'une révolution ; les plus modérés des réformateurs prônaient la décentralisation, tandis que les plus hardis réalisaient déjà le syndicalisme.

— « Le préfet de la Seine Vient d'adresser aux maires des communes de la banlieue une circulaire leur faisant connaître les conditions dans lesquelles les enfants des écoles publiques seront appelés à participer aux travaux

agricoles « Sans compromettre les enseignements essentiels du programme, des modifications seront apportées a l'emploi du temps pour que les éleves des grandes classes puissent être libres un après-midi par semaine.

« Dans chaque commune, il appartient au Comité d'action agricole, institué pour la mise en culture des terres.

en friche, de faire le recensement de ces terres et de la main-d'œuvre disponible, de déterminer le genre de culture qui convient et les travaux préparatoires à effectuer dès que le temps le permettra, de se préoccuper enfin de la question des semences, des engrais et des outils.

« C'est aussi ce comité d'action qui aura à s'assurer le concours des personnes compétentes auxquelles il cllnviendra de confier le soin de dirig r le travail des enfants

des écoles et qui s'entendra avec la Direction du personnel enseignant pour constituer les équipes d'élèves devant prendre part aux travaux » (le Teiziles, 2 mars 1917 ) Il est curieux, — et le cas du préfet de la Seine n'est pas isolé, — de voir préfets et maires intervenir dans l'organisation pédagogique. ., , , — M. le directeur de l'enseignement primaire au minis- tère de l'Instruction publique vient d'écrire (septembre 1918) un article spécial pour la Revue pédagoyique, sur le détail des réformes à accomplir : « Un regard sur l'école d'après-guerre. b


La guerre imposera peut-être en France des transformations administratives profondes : le général Galliéni a lancé des circulaiies audacieuses, Albert Thomas a préparé de singuliers bouleversements dans les méthode s de ministères, et le deuxième Conseil Briand n'ayant pu soumettre ses bureaux dut se démettre. Mais les habitudes administratives sont tenacts : elles triomphaient des ministres de paix, elles pourront bien survivre aux ministres de guerre!

L'Administration de l'éducation nationale pourra-t elle diriger l'école vers les réalisations nouvelles qu'impose la guerre? Sera-t-tlle une, compétente, conseillée et surveillée par la seule représentation des intérêts dont elle a la charge?

L'administrateur sera-t il indépendant et personnellement responsable de ses actes (1)?

Trouvera-t-on les vertus nouvelles qui seront nécessaires? Est-ce l'éducation des tranchées ou celle de l'arrière qui vaincra?

Il faudrait pouvoir, en administrant l'éducation nationale, tenir compte des réalités de la petite école primaire, de ces réalités sur lesquelles nous prétendons construire tout l'édifice de l'école de l'avenir.

Avant la guerre, le ministère du Commerce, par une organisation en relative harmonie avec les industries et le commerce du pays, avait déjà obtenu des résultats appréciables; à l'Instruction pub ique, nous avions également des écoles, dites primaires supérieures, qui prospé- raient avec des conseils d'administration locaux, et des universités qui vivaient puissamment, grâce à leur autonomie : pourquoi nos écoles primaires ne bénéficieraient-elles pas d'un système qui a fait ses preuves et qui répord aujourd'hui aux nécessités de la vie créée par la guerre ?

Imaginons un conseil d'administration de l'école pour chaque groupe scolaire important, (groupe formé par les écoles d'une ville, par les écoles de plusieurs communes, même par les écoles de tout un canton, les limites de ces groupes étant à déterminer d après les conditions de la vie régionale), chargé de tout ce qui intéresse la vie matérielle, intellectuelle et morale de l'école, ainsi que des œuvres post- scolaires, ayant son budget et une grande liberté d'action. Il serait constitué d'élus des familles (simple délégation des conseils muni-

(1) « Un chef de guerre, c'est l'unité dans l'autorité et la liberte dans la compétence. » — « Les prétentions à l'autonomie et la vanité de l'esprit de corps sont les plaies saignantes de l'Administration française; et depuis le commencement de la guerre, nous avons perdu be aucoup de temps et fait beaucoup de sacrifices sans pouvoir les guérir. » (Le Temps, 9 décembre et 25 novembre 1916).

cipaux, les délégués étant pères de famille), des directeurs et directrices des écoles administrées, et de délégués de l'Administration; présidé par-l'inspecteur primaire, il constituerait le vrai groupement de toutes les forces locales autour de l'école (1).

L'Inspection primaire aurait aussi son conseil, avec des droits sur l'avancement et la nomination (let maîtres, et ce conseil devrait collaborer avec les conseils de l'enseignement technique; de même l'Inspection académique (ou mieux la Direction départementale de l'Enseignement primaire), de même l'Académie.

An ministère siégerait le Grand Conseil de l'éducation nationale qui ne serait pas une chambre d'avis comme notre actuel Conseil supérieur, mais une assemblée de représentai ts de tous les grands corps de l'Etat, des chambres de c mmerce, des syndicats de travailleurs, et autres groupements directement intéressés à l'école nationale (2). Des inspecteurs généraux, en nombre suffisant, le renseigneraient sur l'état de l'enseignement et assureraient l'unité dans l'exécution de ses décisions. Le Parlement enregistrerait ces dernières pour les transformer en lois, et le ministère se conformerait à ses arrêts.

Evidemment, je suis en plein roman, et cela n'existera pas : les conseils actuels, départemen- taux, académiques et supérieurs ne subiront jamais des modifications aussi profondes, accroissant leurs attributions au détriment de celles des ministres; nos deux ministères en concurrence, l'Instruction Publique et le Commerce. ne s'entendront jamais sur le chapitre de l'éducation; trop d'intérêts personnels s'opposent à la création du ministère de l'Education nationale 1 Et le Parlement est déjà saisi d'un projet de loi destiné à mettre au monde un

(1) « Des commissions locales et départementales, où seront représentés tous les services publics et tous les groupements intéressés à l'éducation des jeunes Français, détermineront dans le détail la nature et l'horaire aes cours, et auront pour mission de les approprier aux besoins de chaque région » Projet de loi Viviani (mars 1917) sur l'enseignement post-scolaire obligatoire.)

(2) La Ligue française ayant mis à l'ordre du jour de ses délibérations la question de l'enseignement public après la guerre publie. un programme d'éducation nationale. Il se fonde sur cette idée que « le relèvement économique du pays exige une orientation commune de toutes les intelligences et de toutes les bonnes volontés »

Reprenant un projet de loi déposé par M. Steeg. en 1911, elle émet le vœu que « le Conseil supérieur de l'instruction publique soit complété par l'adjonction de représentants. employeurs et employés, de l'industrie, du commerce, de la finance et dé l'agriculture » qui donneront eur avis sur la direction qu'il convient d'imprimer à l'enseignement des lycées (Le Temps, 11 mars 1917).


enseignement professionnel sans relation avec l'Instruction publique. Il Pourtant les leçons de la guerre sont là : le manque de compétence chez certains chefs a pesé sur tout le début de la campagne, le manque de liaison entre les différentes armes, le manque d'unité dans l'organisation de la victoire, le manque de conscience professionnelle et de responsabitité chez certains fonctionnaires chargés des transports et du ravitaillement, le manque d'autorité agissante en plusieurs grands services et parfois, dans la direction générale des affaires militaires et diplomatiques, ont été durement payés par la nation.

Chargé, lors de l'organisation des comités 1 techniques dans un département frontière, en 1912, de suppléer l'inspecteur départemental dans la création des cours d'apprentissage et des examens d'aptitude professionnelle, un inspecteur primaire qui, considérant seulement les intérêts de l'école, avait assuré, avec son propre service, le service de cet inspecteur dé l'enseignement technique pendant plus d'un an, ne recueillit que la stupéfaction de l'inspecteur général de l'enseignement primaire, et presque son blâme : « Vous êtes, lui dit-il, un monstre administratif! » » v Demain, le monstre devra devenir l'être normal, car l'école primaire exigera le droit de grandir en harmonie avec les formes les plus actives de la vie nationale : l'école primaire ne doit plus être exploitée par un parti comme son œuvre, elle ne doit plus être la choses des hommes politiques, pas plusque celle des seuls fonctionnaires, elle ne doit plus avoir seulement un idéal de littérateurs, de politiciens et de bu- reaucrates, elle doit être au service detoute la nation et préparer les enfants à la pleine humanité ainsi qu'au travail sous toutes ses formes; elle doit être l'école de la grandeur et de la prospérité nationales, créant un idéal français , de vérité et de justice, avec des forces matérielles au service de cet idéal.

IV

LA LÉGISLATION Nous avons assisté, avant la guerre, à une véritable débauche de projets scolaires. Pas un ministre, pas un candidat député ou sénateur, pas un groupe politique, pas un syndicat professionnel ou économique, qui n'ait conçu quelques retouches aux lois de 1882 et de 18861 Mais pas une loi applicable ne sortit ce toute cette agitation. L'esprit de guerre fera-t-il l'har-

monie là où il n'y avait que désordre et discorde?

Espérons-le, et prenons plaisir à imaginer à la fois un retour aux saines méthodes qui firent naître les lois constitutives de notre école laïque, et, en tenant compte des besoins de notre société laïque, démocratique et économique, un élargissement de ces méthodes.

Le Grand Conseil de l'éducation nationale serait qualifié pour élaborer avec sûreté une charte scolaire. Il offrirait, comme consultation nationale, plus de garanties que le Parlement; il ne risquerait pas de donner à notre école un caractère d'œuvre politique; il renfermerait toutes les compétences indiscutées des fonctionnaires, des familles, de l'agriculture, de l'industrie, du commerce et des grands corps de l'Etat, université, magistrature, armée, églises.

C'est de lui que sortiraient rapidement et nettement nos lois organiques : 1° Des écoles, dans leurs formes diverses, leurs programmes minima, leurs examens et leur hiérarchie; chacune d'elles servant ou complétant les autres, sans s'imposer de ridicules, dangereuses et coûteuses concurrences; 2° Du corps des instituteurs avec leur formation, leur traitement, leur inspection, leur mode de groupement d'études et d'administration collectifs; 3° De l'obligation, avec des sanctions effectives, appliquées par des conseils qui ne devraient à l'élection qu'une partie de leurs membres, et qui cependant offriraient toutes les garanties d'une juste appréciation de la faute ou de la misère des parents ; 4° Des budgets des divers écoles et services devenus des personnalités civiles, confiées aux conseils d'administration que nous avons déjà prévus; 5° Du ministère de l'Education nationale qui n'épuiserait plus ses forces et ses hommes en des luttes intestines de primaires contre secondaires, de Commerce contre Instruction publique, d'enseignement privé contre enseignement officiel.

* * *

Agir ainsi serait revenir tout simplement à la tradition des Jules Ferry et Buisson, qui consultaient très largement les compétences avant de proposer des mesures législatives, qui profitaient des mouvements de l'opinion et se souciaient fort peu des combinaisons parlementaires, travaillant plus en conférences d'instituteurs et d'inspecteurs qu'enfermés dans leurs bureaux, écoutant plus la Ligue de l'Enseignement que les bruits des couloirs, songeant à


tout l'avenir de la nation plus qu'à la fortune d'un parti, et dont l'œuvre devrait encore servir de base aux lois nouvelles.

Ce serait suivre également les aspirations les meilleures du syndicalisme créateur, et s'engager dans la voie déjà bien marquée par les résolutions des plus sérieux congrès de fonctionnaires. Nous avons montré, en 1914, dans les « Pages Libres » de la Grande Revue, combien il y avait de force et de sagesse en certaines de ces résolutions qui prétendaient alors imposer au pouvoir le concours et le contrôle de ses fonctionnaires.

La guerre, et ce ne sera pas l'une de ses moindres leçons, nous aura peut-être fait prendre l'habitude d'accepter, d'un côté, sur les chefs, l'action des forces populaires organisées, et de l'autre, sur le soldat comme sur le travailleur, comme sur le fonctionnaire, la pleine action des chefs humains et capables.

Sous ce double courant, l'un aussi utile que l'autre, la nation fortifiera son idéal et développera ses forces. C'est à lui que nos lois scolaires nouvelles (comme toutes nos lois d'ailleurs) devront leur fécondité, épanouissant l'influence de la nation sur l'école et de l'école sur la nation.

v

LES ÉCOLES ET LA FORMATION DES MAITRES Faisant l'éloge de M. Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle, le Journal disait un jour : « Il fait simplement, naturellement son métier d'administrateur. Il va le long des routes. Il a horreur de la paperasserie et des protocoles. Il n'en est que mieux estimé, il n'en est que plus promptement obéi. » Tout le secret de la bonne administration et de la bonne éducation, d'après-guerre, est certainement dans cette phrase : Il va le long des routes. On ne pourra ni administrer, ni enseigner que d'après les vœux des populations, en laissant toute liberté d'action aux initiatives locales, en se pénétrant de l'âme du petit pays ou de la grande région, et en s'adaptant avec le maximum de précision aux problèmes exacts de la vie.

Sans doute, avant la guerre, nous avons connu des écoles qui vivaient déjà d'après ces principes, et pour notre part au moins deux : l'une, à la campagne, où un maître habile formait complètement, et à la fois, des hommes et des paysans; elle se faisait autant en plein champ, au jardin, à la pépinière, dans la forêt, au bureau du syndicat agricole, que dans les murs

de la maison commune; elle obtenait des certificats d'études et des brevets, elle a produit des instituteurs et quelques fonctionnaires, mais surtout des cultivateurs remarquables, dont certains sont devenus les initiateurs, puis les chefs d'un double mouvement d'organisation économique et, chose plus curieuse, d'organisation morale de la région. L'autre était une école de petite ville, et le maître y établissait, avec un rare bonheur, la même alliance féconde des préparations élémentaires de l'homme et de l'ouvrier : il avait constitué, à ses frais, un atelier, et ses élèves, qui obtenaient le certificat d'études avec aisance, étaient recherchés par les usines, comme lui-même était sollicité de diriger la formation professionnelle des apprentis des divers métiers, en des cours qui devaient avoir lieu au collège; enseignement primaire, enseignement technique, enseignement secondaire pouvaient dans cette cité favorisée se tendre une main fraternelle.

Mais ce n'étaient là que des cas isolés. Même l'exemple de la Haute-Marne, où un inspecteur d'Académie particulièrement actif, et qui s'en alla le long des routes, avait orienté l'enseignement primaire vers la vie locale, restait, avant la guerre, une tentative simplement originale et particulière.

Nous prétendons qu'il faudrait généraliser cette expérience et la rendre probante, grâce au concours de tout ce qui, dans le pays, stinté- l'esse à la vie de l'école. La Grande Commission de l'éducation nationale ne donnerait que des indications générales pour la création, la construction et l'organisation des écoles, et ce serait aux commissions régionales, départementales ou locales de faire naître les écoles, de les bâtir, de modeler leur vie intérieure. Même pour les programmes et les examens, il conviendrait, en dehors d'une réglementation nationale fixant les notions indispensables à acquérir et la procédure à suivre, de laisser la plus grande liberté aux créations de la commune, du canton ou de la région.

Notre école laïque a produit des générations de pères et de mères de famille capables de réfléchir sur l'éducation qui convient à leurs en- fants et de la déterminer. Il suffirait de constituer rationnellement les commissions locales d'administration des écoles et d'établir une hié-

rarchie très ferme des différentes écoles : tous les enfants devant être rendus égaux, autant qu'il est possible, devant l'instruction.

Et les maîtres resteront tous formés à l'école normale, comme précédemment, pour la culture générale et pédagogique, plus que précédem-


ment pour tout ce qui se rapporte au travail de la région où ils auront à exercer. Le droit d'enseigner, aussi bien dans les écoles privées que dans les écoles publiques, ne pourra s'acquérir qu'à l'école normale, centre de tous les intérêts scolaires de la région. A côté des élèves-maîtres, d'ailleurs, pendant quelques semaines, chaque année, devraient venir prendre place les maîtres auxiliaires pour s'initier aux méthodes d'enseignement.

Le directeur de l'école normale et les professeurs seraient de droit membres, à titre consultatif, de tous les conseils d'administration régionaux, départementaux ou cantonaux des écoles, et même des comités d'enseignement technique, des chambres de commerce et des syndicats ouvriers et agricoles, dans le rayon d'action de l'école normale. On pourrait également laisser au directeur l'administration des écoles d'un canton, afin qu'il continue à vivre de la vie réelle de l'école primaire, et à ce qu'il puisse faire profiter, sur place, ses élèves, des faits vécus.

Tonte cette organisation procéderait parfaitement de l'esprit de « vérité », dont nous souhaitons voir se pénétrer notre enseignement primaire : toutes nos écoles deviendraient exactement adaptées à la vie du pays, à son idéal, à son travail. Elles s'en iraient le long des routes.

VI

L'OBLIGATION Jamais, avant la guerre, l'obligation scolaire ne fut dans nos mœurs, bien qu'elle existàt dans la lettre de nos lois, et la fréquentation de nos écoles était un objet de dérision pour l'étranger: les absences atteignaient le tiers des présences possibles, et parfois en dépassaient la moitié!

Nous comptions 7 à 8 0/0 d'illettrés. -

On connaît le fait, souvent rapporté, de ces enfants d'un département lorrain, qui allaient, à dix ans, se louer aux pays annexés, pour y remplacer, dans des exploitations agricoles, de petits Allemands obligés de fréquenter l'école, et dont l'un déclarait fièrement être Français, et n'être pas tenu à l'obligation scolaire.. La France était le pays de toutes les libertés!

Plus de vingt écoles de la circonscription de Saint-Mihiel avaient des élèves de nationalité allemande, fils de fermiers établis sur tous les passages des Côtes de Meuse, et dont la fréquentation parfaite contrastait avec les présences.

irrégulières des enfants français de la commune : la loi allemande avait déjà donné aux

premiers et à leurs parents de bonnes habi tudes, la loi scolaire francaise restait la première à laquelle l'enfant de France et ses parents apprenaient à désobéir (1).

La guerre aura sans doute suffisamment fortifié le principe de la responsabilité dans l'autorité pour que la loi future sur l'obligation ne permette plus aux parents d'échapper à ses sanctions : le Conseil d'administration de l'école, siégeant comme tribunal, jugerait sans appel et pourrait prononcer la privation des secours ou allocations, l'amende, la prison, et proposer même la déchéance paternelle. La moitié des membres de ce Conseil, siégeant comme tribunal, serait déléguée par l'Administration.

On prête actuellement au ministre de l'inté- térieur l'intention de supprimer l'allocation militaire aux familles nécessiteuses des mobilisés dont les membres valides se refuseraient à travailler; y aurait-il injustice à supprimer tout secours de bienfaisance aux familles qui n'envoient pas leurs enfants à l'école?

Sans doute faudra-t-il encore légiférer sur l'enseignement donné dans la famille et sur l'enseignement libre, porte ouverte à la négligence paternelle. Mais le contrôle de l'enseignement familial peut s'exercer aisément par des examens, et celui de l'enseignement libre se résoudrait par l'organisation des conseils d'administration proposés pour toutes les écoles ou groupes d'écoles publiques - ou privées, et que l'inspecteur primaire présiderait.

Cette présidence n'empêcherait nullement les conseils de l'enseignement privé de prendre leurs décisions en toute liberté, mais elle serait pour l'Etat un sûr garant de la sincérité des actes de ces conseils, et de leur correction dans la direction de l'école. L'inspecteur devrait avoir d'ailleurs des pouvoirs de contrôle nettement définis, bien que très limités, sur l'organisation matérielle, l'enseignement et l'éducation de tous les établissements privés.

Certainement, les partis groupés autour des écoles privées actuelles protesteraient avec énergie contre cette atteinte à leur liberté, mais étant donné que l'Inspection primaire n'aurait aucun

(1) Voir, dans la Revue pédagogique d'octobre et décembre 1916 (article de M. CARTON : fi La Fréquentation scolaire dans la circonscription d'Amiens-Sud »), les efforts héroïques d'un inspecteur primaire et de son personnel pour obtenir une amélioration de la fréquentation scolaire. Si les résultats obtenus furent appréciables — et particulièrement dignes d'éloges — ils restèrent cependant limités. Et comme l'activité largement dépensée en la circonstance aurait pu être, grâce à une bonne loi bien appliquée, rendue libre pour s'employer ailleurs !


droit sur le choix direct des maîtres, sur les méthodes d'enseignement, sur toute l'indépendance, en un mot, des expériences pédagogiques et de l'action morale, le législateur pourrait passer outre : la part accordée au budget national faciliterait l'acceptation de ce contrôle sans contrainte.

Et nous aurions alors une réelle obligation scolaire, permettant une régularité d'enseignement et d'éducation susceptible n'ajouter rapidement, aux efforts antérieurs de notre école, tous les progrès que la guerre a révélés comme éminemment désirables.

VII

LE BUDGET L'histoire dénombrera sans doute, un jour, les pertes d'hommes et de richesses que les Alliés auront supportées, pendant la guerre, du fait de leur manque d'unité dans l'organisation et le commandement, mais jamais on ne pourra compter tout ce que la France a perdu par la folle dispersion de ses ressources avant la guerre.

Nous ne referons pas le tableau, pour la seule éducation nationale, des ministères, des écoles, des inspecteurs et des maîtres, appliqués à se contrecarrer, grâce aux chapitres concurrents des budgets de l'Etat, des départements, des communes ou des multiples associations d'enseignement public ou privé. Mais il est bien permis d'espérer que la guerre, en imposant, par la nécessité de vaincre, l'obligation de mettre sous une direction unique toutes les forces de la nation, et même toutes celles des pays coalisés contre l'Allemagne; aura laissé quelque utile leçon à nos législateurs.

Et ils supprimeront de la loi de finances scolaire les innombrables paragraphes prétendant fixer les charges distinctes de l'Etat, des départements et des communes : les écoles et les maîtres n'auront plus à discuter leurs droits auprès de plusieurs autorités, parfois en conflit; car le ministèrede l'Education nationale centralisera toutes les ressources affectées à l'enseignement, et les répartira entre les différents conseils d'administration des écoles. Ceux-ci régleront, sur place et rapidement, et au mieux des intérêts des enfants, toutes les questions budgétaires concernant les groupements scolaires dont ils auront la charge.

Avec ce système, à forme industrielle, obtenir le maximum de rendement avec le minimum de dépenses et d'efforts, — nous ne

verrons plus d'écoles délabrées ou malpropres plusieurs années durant, parce qu'il plaît à un maire de ne pas faire de réparations, et parce que la préfecture est extrêmement lente, mal armée d'ailleurs à vaincre la négligence des municipalités; nous ne verrons plus d écoles gorgées de concessions ministérielles dues à l'habileté intrigante des hommes politiques locaux, et d'autres dépourvues de tout, faute d'avoir à leur service un politicien bien en cour; nous ne verrons plus, ici, des œuvres post-scolaires, n'existant que sur le papier, recevoir de fortes subventions, et là, d'autres, actives et utiles, n'obtenant jamais un centime, etc.

Même les écoles privées ne disputeraient plus aux écoles publiques le bénéfice de la participation aux caisses des écoles et aux autres formes du budget scolaire, car, en raison du contrôle sérieusement exercé sur ces établissements, et en raison de l'utilité, pour l'éducation nationale, d'expériences indépendantes, le budget de l'Etat accorderait une subvention régulière et normale à ces écoles. Ce qui serait tout profit pour l'union sacrée.

Mais, sans considérer cet avantage d'ordre moral, en dehors même de la plus exacte affectation des crédits et de leur emploi mieux vérifié, il faut envisager la puisssance d'attraction et de rayonnement que cette personnalité civile, s'affirmant par une force financière, donnerait aux écoles : elles seraient vraiment les universités populaires de la commune, capables d'assurer par leurs propres ressources budgétaires le service de l'instruction primaire, et, pour peu qu'elles y soient aidées (les membres des conseils d'administration scolaires sauraient trouver des auxiliaires), d'organiser et de développer tous les services accessoires, travaux agricoles ou d'éducation manuelle, bibliothè-

ques, sports, éducation post-scolaire, apprentissage, etc. Leur richesse ferait la richesse de leurs maîtres, et ceux-ci trouveraient leur intérêt à en accroître la prospérité par leur travail.

Elles seraient les écoles où la conscience professionnelle nationale trouverait sa plus sûre expression et ses plus beaux exemples. La politique y perdrait peut-être quelques agents, mais l'éducation française y gagnerait en force et en profondeur.

x.

VIII L'UNION SACRÉE PAR L'ÉCOLE PRIMAIRE Comme on demandait à Jean Macé quelle serait l'étiquette politique de sa Ligue, et quelle


en serait l'étiquette religieuse, il répondait : « J'ai la conviction qu'il sera facile à tous les hommes loyaux de s'entendre sur le terrain que j'ai choisi, quelle que soit leur manière de voir sur des questions qui ne peuvent y être agitées. Je ne voudrais pas d'autre devise politique que celle-ci pour ma Ligue : « Avant d'être « de son opinion, il faut être de son pays.

« Soyons donc de notre pays et ayons confiance « pour le reste. »

Nous savons à présent, — et malheureusement plus que jamais par l'expérience de cetté longue guerre, — que la foi ne suffit nulle part aux œuvres humaines, et qu'il faut, pour la vie courante, aussi bien que pour sortir des - crises exceptionnelles, une organisation méthodique et prévoyante. Malgré la confiance de Jean Macé, l'école a souvent servi de champ de bataille aux partis politiques et religieux; à la veille de la guerre, la conscience de nos enfants était encore sous le coup des troubles auxquels une douzaine de livres scolaires avaient donné

cause.

Si, selon la belle expression de Michelet, l'école doit être « l'atelier national où se forgera la fraternité française », elle ne doit plus être un terrain de disputes; il faut qu'elle devienne vraiment le centre de tous les intérêts d'avenir de la commune.

Nous n'oublions pas que c'est l'école laïque qui, par sa formation heureuse de l'homme et du citoyen, a rendu possible l'union sacrée pendant la guerre; mais nous prétendons que, pour le maintien de cette union sacrée après la guerre, notre organisation scolaire actuelle est impuissante. Sans doute, nous n'imaginons pas - ce serait puéril — une union sacrée parfaite, nous ne l'estimons même pas désirable après la guerre, la lutte des partis étant une condition du progrès philosophique, politique et social, mais nous désirons que ces luttes gardent la tolérance patriotique qui fut l'essence de l'union sacrée au temps de la patrie en danger, et surtout il nous semble possible de conserver à

l'école, entre les enfants, et par l'administration de l'école, entre les familles, cette union sacrée essentielle.

Nos conseils d'administration scolaire connaîtront de vives discussions, sans doute,peutêtre même d'âpres disputes, mais si tous les éléments actifs de la vie nationale y sont représentés, les conflits d'idées et d'intérêts se résoudront aisément en un bienfaisant équilibre, auquel travailleront d'ailleurs les représentants de l'Inspection et des instituteurs. Il n'y aura plus la même unité entre les écoles des différents départements, ni même des diverses communes d'un même département; mais qu'importe cette unité artificielle créée du dehors par les lois d'Etat, s'il y a une harmonie intérieure, si chaque école obéit au rythme de la vie locale?

Nous ne savons pas de quels conflits sociaux et religieux la guerre sera suivie, mais nous sommes persuadés que le seul concours de toutes les forces agissantes de la commune, du canton, du département, de la région, sauvera l'école, en donnant aux instituteurs et aux institutrices la certitude de n'être pas combattus dans l'accomplissement de leur besogne quotidienne, et de voir leurs efforts récompensés par un accroissement de ressources matérielles.

Jean Macé citait souvent en exemple l'Alsace: est-ce que le plan que nous venons d'esquisser, avec toutes les réserves d'ailleurs que peut comporter un dessein de ce genre, ne conviendrait pas exactement à l'Alsace, terre de toutes les vertus morales et civiques, terre du travail habile et consciencieux? « Cela se fait en Alsace, et cela réussit », disait Jean Macé, en manière d'argument sans réplique.

C'est d'Alsace qu'est parti « le premier coup de clairon de la guerre contre l'ignorance », à la veille de la guerre de 1870; de son sol fécond peut sortir la première expérience de l'école de la renaissance française, après la grande guerre du vingtième siècle.

EMILE BUGNON, Inspecteur primaire à Saint-Mihiel.


LA SEMAINE DES ALLIÉS (Du 1er au 6 Juin 1919)

GRANDE-BRETAGNE. - Les journaux anglais commentent la lettre envoyée par Erzberger à un certain nombre de personnalités allemandes et en déduisent la nécessité de faire un traité aussi sévère que possible pour l'Allemagne.

Les commentaires de la presse, touchant la remise des conditions du paix aux délégués de l'Autriche sont généralement favorables à l'attitude adoptée par les délégués autrichiens bien que le plaidoyer du docteur Renner ne soit pas considéré comme très convaincant.

La Chambre des Communes a discuté un projet d'établissement d'un Parlement Impérial chargé des affaires intérieures de l'Empire en général et qui siégerait à Londres. Des parlements fédéraux seraient créés en Ecosse, en Irlande et dans le pays de Galles.

A l'occasion de l'anniversaire de ses 55 ans, le roi Georges a décerné l'ordre du Mérite à Sir Douglas Haig et à l'amiral Beatty.

M. Austen Chamberlain, chancelier de l'Echiquier, a demandé aux Communes l'autorisation, pour le Trésor, de contracter de nouveaux emprunts.

M. Bonar Law annonce la nomination prochaine d'un nouvel ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, ainsi que celle d'un Consul général à New-York.

Au cours du débat sur les crédits militaires, M. Churchill a laissé entrevoir la possibilité de retirer les troupes étrangères du nord de la Russie vers la fin de l'été. L'orateur espère qu'aussitôt la paix signée l'armée du Rhin pourra être ramenée de dix à 6 divisions pour être encore réduite dans la suite.

Le rapport relatif aux dépenses navales et militaires, durant l'année se terminant au 31 mars 1918, les estime à 2.431.900.000 livres sterling, l'estimation préalable ayant été de 2.450.000.000. Les paiements effectués depuis le début de 1914 jusqu'en mars 1918 se sont élevés à 6.113.215.578 livres sterling. Les avances consenties aux puissances alliées pendant quatre ans se sont élevées à 1.208.542.054 livres sterling et celles consenties aux Dominions à 192.160.750 livres sterling. En ce qui concerne les avances aux pays alliés aucun remboursement n'aurait eu lieu à fin 1918.

Les avances totales faites à la Russie, à fin mars 1918, s'élevaient environ à 500 millions de livres sterling. Le montant des achats de viande pendant quatre années s'élève à 133.069.740 livres sterling.

Une députation de parlementaires libéraux-coalitionnistes a eu une entrevue avec M. Austen Chamberlain pour lui demander des précisions

sur la politique économique du gouvernement.

M. Chamberlain a déclaré que cette politique n'est pas encore définie et que le maintien des droits de douanes qui figurent au budget ne préjuge rien de l'avenir. Sir Auckland Geddes, président du Board of Trade a fait des déclarations dans le même sens.

M. Asquith a répondu par un discours aux attaques formulées contre son gouvernement par Lord French dans une série d'articles publiés récemment. M. Asquith réfute les accusations d'apathie et de médisance, demande pourquoi Lord French n'a pas exigé plus tôt des munitions et affirme qu'il ne reste pas trace des demandes répétées que le Maréchal prétend avoir adressées en haut lieu.

M. Asquith a donné ensuite lecture d'un rapport prouvant que l'opinion du grand quartier général britannique en 1914 était partagée sur la nature des munitions d'artillerle dont il était besoin.

Sir Auckland Geddes a déclaré qu'il était impossible de prévoir la date à laquelle une réduction des tarifs de chemins de fer serait ordonnée.

M. Emile Boutroux a été invité par l'Université de Birmingham à y donner cette année la conférence Huiley. M. Boutroux parlera en anglais et a pris pour sujet « la valeur des idées morales. »

Les délégués des Universités britanniques qui sont venus en France pour examiner les moyens propres à assurer l'échange des professeurs et des étudiants, ont quitté Paris pour visiter les universités de Nancy, Lyon, Grenoble, Aix, Marseille, Montpellier, Rennes, Bordeaux et Toulouse.

Des gisements de pétrole ont été découverts près de Cherterfield en Angleterre.

D'après une statistique publiée par le Ministre de l'Intérieur, l'augmentation moyenne des prix des principaux produits indispensables a été en France de 292 0/0 depuis 1910; en Angleterre l'augmentation n'a pas dépassé 162 0/0 et aux Etats-Unis 100 0/0.

La municipalité de Douvres vient de voter une résolution en faveur de la construction du tunnel sous la Manche dont la nation britannique tirera de grands avantages, bien que l'ouverture du tunnel puisse provoquer une diminution du mouvement du port de Douvres.

Aux termes d'un nouveau décret, aucun étranger ne pourra débarquer en Grande-Bretagne sans l'autorisation d'un fonctionnaire du service de l'immigration. Ce décret s'applique à tous les étrangers et ne fait aucune distinction entre les sujets alliés, neutres ou ennemis.

Le Roi Georges a remis au général Paufin de Saint-Morel, gouverneur de Dunkerque, les insignes de grand-officier de l'ordre de Saint-Michel et


Saint-Georges, en reconnaissance des services rendus aux troupes britanniques.

CANADA. — A la Chambre des Communes, Sir Robert Borden, premier ministre, parlant de l'effervescence qui règne parmi les travailleurs du Canada, a fait remarquer que la commission royale fait actuellement une enquête sur les conditions du travail.

On télégraphie de Toronto, au Times, qu'à la suite d'un meeting mouvementé, des grévistes se sont emparés de la direction du mouvement, les modérés donnant leur démission. Les soldats démobilisés soutiennent le gouvernement contre les grévistes à Toronto et dans l'ouest du Canada.

AUSTRALIE. — On télégraphie de Melbourne à Reuter, que M. Massey Greene, ministre des douanes, a annoncé le 2 juin que le gouvernement fédéral prépare une loi organisant des coopératives de production dans l'industrie laitière sur les modèles des coopératives de ce genre qui existent au Danemark. Le gouvernement promet son aide financière et son concours entier pour la réalisation de ce projet.

AFGHANISTAN. — On annonce officiellement que l'émir d'Afghanistan a adressé au viceroi des Indes, le 28 mai, une lettre par laquelle il exprime le désir d'entamer des négociations à Landikotal ou Peshaver, en vue d'une paix honorable et avantageuse pour les deux parties. Il assure le vice-roi de son entière sincérité et déclare qu'il n'a jamais eu l'intention de rompre l'amitié qui existe entre l'Afghanistan et le gouvernement des Indes. Il termine en disant qu'il a envoyé aux commandants Afghans des instructions leur enjoignant de mettre fin aux hostilités et aux mouvements de troupes.

ETATS-UNIS. — La dette publique totale des Etats-Unis était au 30 avril de 24.824.345.946 dollars.

Sur cette dette, 8.852.623.158 dollars sont représen tés par des prêts et des avances aux Alliés. Six mois après la signature de l'armistice, les dépenses de guerre des Etats-Unis vont encore en s'accroissant par rapport aux derniers mois de 1918.

L'augmentation des dépenses est attribuée au règlement graduel des comptes des fabricants par le Ministère de la guerre et à l'augmentation des crédits demandés par les Alliés pour solder des dettes précédemment contractées.

La presse américaine est unanime à proclamer sa confiance dans le jugement du maréchal Foch, en ce qui concerne les questions militaires et pourdéclarer qu'il doit être écouté quand il affirme que le traité de paix n'assure pas à la France une protection armée suffisante.

Le gouvernement américain aurait exprimé le désir de voir M. Lloyd George assister à la session inaugurale de la Société des Nations que M. Wilson convoquera à Washington au mois d'octobre pro-

chain. M. Lloyd George, qui serait accompagné par M. Balfour et Lord Robert Cecil, serait favorable à ce projet de voyage.

Le ministère de la guerre envisage le retour du corps expéditionnaire américain tout entier pour le mois de septembre.

Le Sénat a voté l'amendement accordant le droit de suffrage aux femmes. Cet amendement aura force de loi lorsqu'il aura été accepté par les législatures de trente Etats. On croit que la ratification sera faite à temps pour permettre aux femmes de voter aux élections de 1920.

ITALIE. — M. Crespi, ministre du ravitaillement, se trouvant retenu à Paris par ses fonctions de délégué à la Conférence de la paix, abandonne son ministère pour devenir ministre d'Etat. Il a été remplacé au ravitaillement par M. Colosimo, viceprésident du Conseil des Ministres. M. Villa, ministre des transports, a donné sa démission pour raisons de santé.

Le gouvernement a refusé à M. Gabriele d'Annunzio le congé qu'il sollicitait. M. d'Annunzio est reparti pour Venise et les nationalistes l'ont accompagné à la gare de Rome en assez grand nombre.

Par contre, le gouvernement a mis en disponibilité le poète-officier San Benelli qui avait pris une part active et violente à l'agitation nationaliste.

Une conférence a eu lieu à Milan entre les partis socialistes français, anglais et italiens. On y a envisagé la réadmission du parti socialiste italien dans la seconde internationale qu'il avait quittée pour adhérer à l'internationale communiste fondée à Moscou récemment. Un meeting socialiste s'est tenu à Milan à l'occasion de cette conférence. Rome a été le théâtre d'un certain nombre de grèves, notamment dans les métaux, l'alimentation et les tramways. Les grévistes se plaignent surtout de la cherté de la vie.

Le gouvernement italien a pris une série de mesures assurant la nationalité italienne aux indigènes de la Tripolitaine tout en leur conservant leur statut. La colonie serait administrée en partie par des institutions élues et par des représentants directs et indigènes. Plusieurs chefs rebelles ont fait leur soumission ces temps derniers.

RUSSIE. — Tous les dirigeants bolcheviques qui se trouvaient à Pétrograd ont quitté l'ancienne capitale russe pour Moscou. Ils ont essayé de déménager plusieurs établissements publics, en particulier l'imprimerie du papier monnaie. La situation intérieure de la Russie est critique. Le ravitaillement de Moscou n'est plus assuré. Les chemins de fer sont désorganisés. Les abus vont toujours grandissants dans les industries nationalisées. Un nouveau général vient d'être mis à la tête de l'armée maximaliste : c'est un ancien officier de l'armée impériale, Antonoff, qui a vécu comme émigré politique à Paris et qui avait été au début de la révolution maximaliste général gouverneur de Pétrograd. Les désertions augmentent. A Kazan, les


soldats désertent en masse et passent à l'armée de l'amiral Koltchak.

Dans une interview qu'il a donnée auxjournalistes de Vladivostock, le général Romanovsky, Ministre de la guerre du gouvernement d'Omsk, a dit que la marche sur la Volga sera entreprise très prochainement et qu'il espère que la chute de cette ligne entraînera celle du gouvernement bolchevik. L'amiral Koltchak organise le pays dans un esprit démocratique.

L'encerclement de Pétrograd continue; Riga a été libérée; les troupes esthoniennes approchent de Pskoff. Le communiqué bolchevik reconnaît que dans le sud les troupes rouge résistent difficilement.

Dans le secteur du Donetz, l'armée Denikine progresse. Dans la vallée de la Bistraia, les troupes du général Denikine ont franchi la rivière.

AMÉRIQUE-LATINE. - Argentine. - A l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance argentine, une grande démonstration comptant cent cinquante mille manifestants de toutes les classes sociales, a eu lieu à Buenos-Ayres. De rtombreux aéroplanes militaires, dont cinq pilotés par des olficiers italiens, ont évolué au dessus du cortège.

Les manifestants exprimaient le sentiment de réaction nationale contre les étrangers qui tentent de roubler l'ordre et l'esprit public.

Brésil. — La préfecture municipale de Rio-deJaneiro a emprunté à la City Bank de New-York 10 millions de dollars.,

Chili. — A la suite de l'agitation provoquée par certains officiers généraux, pour peser sur des décisions relatives à la politique intérieure, le gouver- nement a fait procéder à l'arrestation de deux généraux et a résolu d'agir énergiquement contre tous les officiers compromis.

Pérou. — La Commission du Congrès aux élections présidentielles se réunira dans les premiers jours de juillet. Le Congrès ouvrira le 28 juillet et, le 19 août, le président élu prendra le pouvoir pour quatre ans.

La grève générale a été déclarée à Lima et Gallao pour obtenir une diminution du prix des denrées.

Quelques troubles ont eu lieu ; la loi martiale a été proclamée; le gouvernement semble maître de la situation.

Chine. — Il vient de se constitner une compagnie nationale chinoise de radio-télégraphie au capital de 17 millions 500 mille francs, fournis, moitié par la Compagnie Marconi, moitié par le gouvernement chinois.

Du 6 au 13 Juin 1919

GRANDE-BRETAGNE. - Toute la presse s'occupe de la réponse que les alliés vont remettre aux Allemands ; les journaux sont unanimes à dire qu'il est temps et plus que temps. Le Times écrit que les Allemands « ont décidé, comme le disait en 1793 le Comité de Salut public, que l'heure était venue de faire à l'ennemi la dernière espèce de guerre qui est la négociation.» Le Times rappelle que le Conseil des Quatre a assuré solennellement que les termes originaux du traité étaient un minimum irréductible et immuable ; il montre le danger qu'il y aurait à admettre trop vite l'Allemagne dans la Ligue des Nations.

L'attitude de M. Lloyd George est violemment critiquée par la « Presse Northcliffe ». M. Lloyd George a fait démentir le bruit suivant lequel il aurait été en relations avec M. Ramsay Macdonald et M. Henderson avant de définir son attitude touchant les modifications du traité de paix.

M. Henderson, secrétaire du Labour Party, vient de faire publier un second manifeste critiquant le traité de paix sur un ton plus modéré que le premier manifeste travailliste.

Le groupement industriel de la Chambre des Communes demande que le Département du Commerce d'outremer étudie les questions suivantes : 1° Unification et spécialisation des services diplomatiques et consulaires, en ce qui concerne les diverses régions économiques et les diverses races ; 2° définition des méthodes à adopter pour mettre en contact les hommes d'affaires résidant en Angleterre et versés dans les questions commerciales touchant les pays étrangers, avec les fonctionnaires du Département du Commerce d'Outre-mer s'occupant de ces pays étrangers ; 3° moyens à adopter pour maintenir un échange constant d'informations * entre les membres des Chambres de Commerce britanniques, résidant en pays étrangers, et les représentants officiels de la Grande-Bretagne dans ces pays.

A l'occasion de l'ajournement de la Chambre des Communes pour les congés de la Pentecôte, plusieurs orateurs ont demandé que la Chambre fût mise au courant des conditions de paix présentées par les Alliés et ont également demandé des éclaircissements touchant la politique suivie par les Al-


liés en Russie. Le gouvernement a déclaré que la Chambre devait faire confiance aux délégués britanniques à Paris et a protesté contre ceux qui exagèrent l'importance des opérations militaires actuellement engagées en Russie. Le ministre a terminé en rappelant que dans cette entreprise les alliés agissaient en complète harmonie.

On annonce la nomination prochaine d'une Commission parlementaire chargée d'examiner la question de la dévolution c'est-à-dire de l'institution de parlements régionaux pour les diverses parties du Royaume-Uni.

Le nouvel emprunt britannique présentera certaines caractéristiques nouvelles en Grande-Bretagne et de nature à intéresser les grands capitalistes aussi bien que les petites bourses. Le Times assure que cet emprunt viserait à réaliser une somme de plus de vingt-cinq milliards de francs.

A Cardiff, dans un grand meeting, les gens de mer britanniques ont affirmé de nouveau qu'ils ne s'embarqueront à bord d'aucun navire avec des Allemands. Ils boycotteront les Allemands jusqu'à ce que ceux-ci aient exprimé leur repentir pour les crimes atroces commis par les forces militaires et navales de l'Allemagne pendant la guerre.

Un grand Congrès coopératif s'est ouvert à Carlisle. Envirpn deux mille délégués y assistent dont les représentants de la France, de la Belgique, de la Suisse, de la Finlande et de la Roumanie.

Lord Robert Cecil est retourné à Londres, sa mission de représentant de la Grande-Bretagne pour la formation de la Ligue des Nations étant terminée.

Le Gouvernement impérial britannique est disposé à donner cent aéroplanes à tout dominion qui les demandera pour le besoin de sa défense.

AUSTRALIE. — On mande de Melbourne que le Conseil tédéral de la Ligue des Marins et des Soldats démobilisés a voté une résolution en faveur de la déportation immédiate de tous les étrangers internés au cours de la guerre et de la fermeture de toutes les écoles luthériennes d'Australie.

Par suite de la disette de charbon, un grand nombre d'usines ont dû fermer. A Melbourne seulement 30.000 ouvriers sont sans travail. La grève des ouvriers du bâtiment fait chômer quatre mille personnes. A l'issue d'un meeting, plus de 4.000 soldats démobilisés |se sont engagés à maintenir l'ordre par tous les moyens en leur pouvoir.

NOUVELLE-ZELANDE. — Le gouvernement Néo-zélandais a été informé que le gouvernement britannique demanderait l'aide de la Nouvelle Zélande pour combattre le trust américain de la viande.

L'huile de Kauri commence à être exploitée en grand dans la Nouvelle-Zélande. On extrait par raffinage divers produits : 15 0/0 d'essence pour moteurs, 19 0/0 d'une huile dissolvante employée dans le traitement du caoutchouc; 30 0/0 d'huile pour peinture, 30 0/0 d'huile pour vernis. L'état

Néo-zélandais possède 100.000 acres (l'acre vaut quarante ares 1/2) de Kauri exploitables.

CANADA. — Le gouvernement fédéral a consenti à la Roumanie une avance de 125 millions de francs pour lui permettre d'acheter au Canada des denrées alimentaires, l'intérêt a été fixé à 5,1/2 0/0.

INDE. — Le maharajah de Kapurtala a envoyé à l'ambassadeur d'Angleterre à Paris, pour être remise au gouvernement français, une somme de 15.000 francs destinée au relèvement des régions dévastées.

ETATS-UNIS. — Les journaux s'occupent surtout de la question de la Société des Nations, de la question de l'approvisionnement de l'Europe par les Etats-Unis et des candidatures possibles à la Présidence.

La Fédération américaine du Travail a adopté, par une très forte majorité, une motion hostile au maintien des mesures de prohibition adoptées pendant la guerre et demandant l'annulation de la loi interdisant la fabrication de la bière ayant plus de 2,3/4 0/0 d'alcool. La convention a décidé d'adresser sur ce point une protestation énergique au Président Wilson et au Congrès. La presse britannique s'étant préoccupée des attaques contre I l'empire britannique dans certains discours prononcés au Sénat américain, le correspondant du Times à Washington déclare que ces attaques ne sont pas réellement dirigées contre la Grande-Bretagne mais contre le président Wilson et contre le projet de la Ligue des Nations tel qu'il existe actuellement. On attend le retour du Président Wilson et ce qu'il dira pour défendre le traité de paix et le projet de Ligue des Nations.

ITALIE. — M. Orlando, Président du Conseil, a eu une nouvelle entrevue à Oulx, près de la frontière italienne, avec M. Colosimo, actuellement vice-président du Conseil, et chargé du Ministère de l'approvisionnement. Le Parlement sera convoqué le 19 pour entendre un exposé du Président du Conseil sur la situation intérieure et extérieure de l'Italie. On parle d'une crise ministérielle partielle au sein du Ministère italien; MM. Ciuffelli et Meda songeraient à donner leur démission.

Pour protester contre les projets de monopole du gouvernement, les commerçants et industriels de Gênes ont décrété un lock-out de cinq jours pendant lesquels l'activité du port et de la ville a été complètement suspendue.

Un grand nombre de grèves motivées par la cherté de la vie ont eu lieu en Italie. La grève générale a été proclamée à Naples. Une grande grève de tous les employés de commerce et de tous les travailleurs de l'alimentation se poursuit à Rome.

Des mouvements ont eu lieu un peu partout.

RUSSIE. — L'état de siège est maintenu à Pétrograd; les étrangers sont arrêtés en masse. Les


membres des légations norvégienne et hollandaise ont été arrêtés.

Le Général March, chef d'état-major américain en Russie du Nord annonce que tout le personnel engagé au début dans l'expédition d'Arkhangel sera en route pour l'Amérique dans une quinzaine de jours.

Les Anglais avancent en Mourmanie le long du chemin de fer.

L'action finlandaise contre Pétrograd se développe.

Sur le lac Onega, des navirès bolcheviks ont été mitraillés par des hydravions alliés.

L'ennemi qui avait essayé de concentrer ses forces devant Pskov a été battu.

La défaite de l'armée rougê occupant Riga ayant fait tomber les lignes ennemies qui séparaient l'armée esthônlénhe de l'armée anti-bolchevique de Lethonie, en majeure partie composée d'Allemands, des incidents graves Se sont produits entre les troupes allemandes et les troupes Esthohiennès.

Les Allemands ont âttâqué les esthoniens entre Wenden et Ramotsk.

Dans le Sud, l'armée Denikine a remporté des succés. Deux divisions bolcheviques ont été faites prisonnières; Tzaritsine semble avoir été dépassée.

Dans l'Oural, bien qu'on annonce la prise d'Oufa par les bolcheviks, Il seiâblé que leur offensive -sdlt arrêtêê.

AMÉRIQUE LATINE. - Brésil. Le président de la République a sanctionné la résolution de la Chambre autorisant le gouvernement à s'entendre avec la France pour l'envoi d'une mission militaire française au Brésil.

La Mission commerciale brésilienne, invitée par la fédération des industries britanniques, à visiter les grands centres industriels d'Angleterre, s'est embarquée.

Le gouvernement a envoyé à la Chambre des Députés le traité concernant l'organisation d'une Commission de Paix entre le Brésil et l'Angleterre.

De grandes fêtes ont eu lieu pour célébrer le retour de la mission brésilienne qui revient des eaux européennes.

La Western Telegraph Co négocie l'établissement entre les Etats-Unis et le Brésil d'un câble direct qui se prolongerait vers le Sud de la côte orientale de l'Amérique du Sud.

On annonce de Rio-Grande-do-Sul, que l'Angleterre vient d'acheter pour plus de neuf millions de boîtes de viande congelée.

PÉROU. — Après quatre jours d'incidents gravés, d'incendies et de pillages accompagnant la grève générale, le calme est rétabli à Lima et à Callao Une garde civique, composée de nationaux et d'étrangers, assure l'ordre le jour; l'armée assure le service de nuit. Les grévistes ont tenté d'attaquer les quatiers chinois et japonais.

V


L'ACTION DES ASSOCIATIONS

Le Devoir de payer l'impôt

La Ligue Française, nous communique l'appel suivant :

1 En présence de certaines manifestations et déclarations, la Ligue Française rappelle : « Que le paiement des impôts votés par les représentants légaux du pays est essentiellement un devoir civique et démocratique.

« Qu'il n'y a plus lieu dans l'état social actuel dé distinguer entre les différentes formes de rétribution légitime du travail.

« Que les professeurs, avocats, artistes, commerçants, cultivateurs et même les retraités, ont tous payé dès le premier jour et paient l'impôt sur le revenu de leur travail ;

que par conséquent certains ouvriers, en refusant de l'acquitter, constitueraient à leur profit une iniquité sociale.

« La Ligue demande qu'après avoir revendiqué pendant si longtemps et obtenu l'égalité de tous les citoyens devant la loi, on ne rétablisse pas une classe privilégiée ayant les droits du citoyen sans en accepter les charges.

« Elle considère d'ailleurs cette égalité comme la condition la plus favorable à l'amélioration progressive du sort des ouvriers qui se réalisera d'autant mieux que l'accord de toutes les forces sociales sera plus complet. »


Ligue nationale contre l'Alcoolisme

De quelques Propagandes de Guerre (1) RAPPORT présenté par M. F. RIÉMAIN, Secrétaire général, à l'Assemblée -' tenue à la Sorbonne, le 15 Décembre 1918

Il y a un peu plus de quatre ans, au milieu de l'été, à un moment où, comme tant d'autres, les dirigeants de la Ligue Nationale, après le travail acharné de l'hiver et du printemps, songeaient à aller chercher un peu de repos loin de la grande ville, s'ouvrit soudain la plus grande crise de notre Histoire.

La France était visée la première et Paris menacé par une ruée infernale.

Le transfert en province du siège social de la Ligue Nationale ne fut même pas envisagé par son Bureau. Ses membres non mobilisés restèrent tous dans la capitale. Nos magasins restèrent ouverts et la propagande continua.

Très diminuée certes. Le personnel masculin pendant les premières semaines était, en totalité, appelé sous le drapeaux et le personnel féminin ramené de 10 à 3 unités. La vie économique étant arrêtée.

net il était impossible de faire face à des dépenses normales.

La période aiguë de la crise fut courte. Dès l'hi- ver 1914-1915, la stabilisation relative des fronts permit de regarder en face les devoirs nouveaux que la guerre imposait aux antialcoolistes.

Quels caractères propres présentait à notre point de vue ce grand cataclysme. Il réunissait des masses d'hommes considérables sur le front pour repousser l'ennemi, à l'arrière pour donner à ceux qui combattaient les armes et les aliments nécessaires.

Il armait l'autorité tant militaire que civile de pouvoirs extraordinaires.

Il secouait la nation tout entière avec une telle -, force qu'il pouvait emporter ces résistances égoïstes individuelles ou collectives si longtemps et si âprement opposées aux intérêts généraux du pays, trop souvent trahis par ceux qui avaient mission de les défendre.

(1) Les trois textes que nous publions nous ont été communiqués par M. Riémain, secrétaire de la Ligue nationale contre l'alcoolisme. Ils constituent une annexe toute n diquée à l'intéressante communication faite par lui à la séance du 3 juin..

* * *

Cette situation dictait notre conduite. Des masses de soldats étaient réunies, nous avons profité de cette réunion si favorable aux enseignements d'ensemble. Fourniture gratuite de brochures, tracts, jeux, affiches, journaux antialcooliques aux hôpitaux, aux Foyers du Soldat, aux dépôts d'éclopés.

Organisation de conférences spécialement faites aux jeunes soldats à mesure que se précipitait l'appel des classes. Entente à ce sujet avec le Gouver- nement militaire de Paris à qui nous avons procuré les conférenciers pris parmi nos amis toujours prêts à donner de leur personnne, les Triboulet, les Schmidt, les Aubert, les Hémon, les Lefort, les Grandjean.

Envoi d'orateurs en province, partout où la demande nous a été faite, la Ligue Nationale n'ayant jamais refusé une conférence.

Aux sections qui se trouvaient sur place, nous avons adressé le matériel nécessaire, modèles de conférences, vues pour projections, bandes cinématographiques destinées à illustrer l'enseignement en le rendant attrayant.

Des masses de civils étaient réunis dans les usines pour fabriquer des munitions. Nous décidâmes de nous attacher d'une façon permanente un délégué M. Cauvin, d'un dévouement au-dessus de tout éloge, dont la mission spéciale fut d'organiser des meetings dans tous les centres où l'on travaillait pour la Défense Nationale, et qui, en trois ans, a atteint quelques 100.000 auditeurs avec un succès croissant attesté par les témoignages écrits de tous ceux qui comptent dans les régions travaillées : Bouches-du-Rhône, Var, Loire-Inférieure, Morbihan, Finistère, Seine-Inférieure, Calvados.

* * L'autorité était armée de pouvoirs spéciaux dus à l'état de siège ; nous lui avons demandé de prendre toutes les mesures destinées à restreindre la consommation de l'alcool.

Quand, par suite de la nécessité de ménager le


gaz, les magasins ont dû fermer à six heures, nous avons demandé que la même mesure fut appliquée aux débits.

Quand les boucheries, les charcuteries, les pâtisseries durent fermer certains jours, nous avons réclamé l'institution de jours sans alcool.

Quand l'alcool importé de l'étranger fut réquisitionné pour la fabrication des munitions, nous avons, par une vigoureuse campagne de publicité, souligné le devoir d'abstinence qui s'imposait au patriotisme des citoyens. Les journaux ont reproduit nos formules les plus frappantes dont quelques-unes sont restées dans les mémoires, comme celle-ci : « Moins on boira d'alcool, plus on fabriquera d'obus. »

Nous avons assailli les ministres de nos revendications..

C'est sur notre initiative que la vente de l'alcool a été interdite aux militaires dans toute la zone des armées (19 mars 1915).

Que l'indemnité destinée à fournir aux troupes leur ration réglementaire d'alcool a pu être transformée en achat d'autres denrées (30 août 1917).

C'est à la suite de nos démarches que le Ministre de l'Intérieur a ordonné de rayer des secours de chômage les femmes qui se livraient à la boisson (5 mai 1915); Que les Préfets ont été invités à prendre des arrêts restrictifs de la consommation de l'alcool dans tous les départements (9 novembre 1915) ; Que le Ministre de la Marine a souscrit à l'établissemont d'un programme de propagande antialcolique dans la marine (7 septembre 1916); Que le ministre de l'Instruction Publique a renouvelé les instructions de ses prédécesseurs relativement à l'enseignement antialcoolique à l'école (15 décembre 1916) ; Que le Garde des Sceaux a attiré l'attention des Procureurs généraux sur la nécessité d'une stricte application de la loi du 1er octobre 1917sur l'ivresse et la police des débits (18 juillet 1918). 4 -. <- *

Enfin, et je dirais volontiers surtout, nous avons cherché à exploiter dans l'intérêt permanent de la santé publique l'enthousiasme qui, dans la plus grande crise de son existence, élevait notre peuple au-dessus de lui-même.

Nos efforts n'ont pas été vains : Il est vrai que nous n'avons pu réussir du premier coup à faire voter la prohibition complète de l'alcool de bouche. Mais cette campagne, soutenue par toutes les forces de la coalition que nous avons formées, parmi lesquelles l'Union des Françaises, mérite une mention spéciale et menée avec vigueur, a marqué des succès importants.

Le Ministère présidé par M. Briand s'y rallia et cette adhésion nous fit espérer un moment le suc-

cès immédiat. Mais nos adversaires d'abord stupéfaits de notre audace se reprirent vite et ils pesèrent de tout le poids de leur énorme force financière pour faire échouer la réforme. 47 députés seulement nous suivirent : la minorité d'aujourd'hui deviendra la majorité de demain. Nous y travaillerons.

En attendant, nous avons élaboré avec nos amis du Parlement toute une série d'amendements au projet de loi actuellement en discussion sur le régime général de l'alcool destinés à entraver considérablement la consommation dans les campagnes, notamment par la suppression définitive et radicale du monstrueux privilège des bouilleurs de cru, et dans les villes, notamment par la suppression des apéritifs à base d'alcool.

Nous avons d'autre part des résultats positifs à enregistrer et qui ne sont pas négligeables.

C'est ainsi que par un vote du Parlement rendu à l'unanimité — qui l'eût cru un an avant — nous avons obtenu l'interdiction de l'absinthe (loi du 15 mars 1915).

Qu'aucun débit nouveau d'alcool ne peut plus être ouvert (loi du 9 novembre 1915).

Que le privilège des bouilleurs de cru a été supprimé pendant les hostilités (loi du 30 juin 1916).

Que la réglementation des débits a été rendue plus sévère (loi du lor octobre 1917).

Quels efforts la Ligue Nationale a faits pour obtenir ces résultats importants, les lecteurs de son journal le savent : organisation de pétitions, adresses à plus de 10.000 sociétés d'intérêt général pour solliciter leur appui, envoi aux députés de lettres émanant d'électeurs de leurs circonscriptions, appel au pays signé des noms les plus illustres de France, les Appell, les Bergson, les Bonnat, les Carnot, les Clemenceau, les Lavisse, les Roux.

Et tout cela improvisé sous la pression des événements, sans ressources spéciales, en dévorant les rares réserves financières dont nous pouvions disposer.

La preuve que toute cette activité a été efficace, a été fournie par nos adversaires eux-mêmes qui se sont exprimés sur notre compte de la manière suivante dans leurs orgai L' corporatifs : Les adversaires de l'alcool peuvent se livrer à « des cris de joie et de triomphe, grâce à leur pro« pagande inlassable, à la pression formidable de « cette propagande, fort habituelement dirigée, ils « ont vaincu l'alcool. Ils ont un organisme parfait « et des chefs de grande envergure, des écrivains « et des orateurs de talent. » (Revue Vinicole, 13 juillet 1916).

Nous ne sommes pas si optimistes que la Revue Vinicole, nous estimons avoir beaucoup à faire encore et nous ne sommes pas disposés à nous endormir sur nos lauriers, mais nous avons la prétention d'en avoir cueilli quelques-uns. Nos ennemis, que leurs intérêts en la matière rendent bons juges, • nous ont, en vérité, comblés.


Nous ne demandons pas à nos amis de nous accabler de pareils éloges, nous espérons seulement que bons juges, eux aussi, pour d'autres motifs, ils estimeront que, dans cette grande crise, nous avons travaillé avec une énergie efficace, de toutes nos

forces, de toute notre intelligegce, de tout notre cœur, et, qu'ainsi nous avons bien mérité de notre chère patrie.

: F. RIÉMAIN,

Limitation du nombre des débits de boissons

La Loi du 17 juillet 1880, dans son article 9, indique dans quelles conditions l'ouverture des débits peut être interdite. Nous reproduisons ci-dessous ce texte en le faisant suivre d'un modèle d'arrêté qui peut être pris en conséquence : ART. 9. — Les maires pourront, les Conseillers municipaux entendus, prendre des arrêtés pour déterminer, sans préjudice des droits acquis,, les distances auxquelles les débits de boissons ne pourront être établis autour des édifices consacrés à un culte quelconque, des cimetières, des hospices, des écoles primaires, collèges, et autres établissements d'instruction publique.

Dans ce cas, l'arrêté peut être libellé de la façon suivante : Le maire de la ville de.

Vu les lois du 23 janvier 1873 et 17 juillet 1880, Vu la loi municipale du 5 avril 1884,

Vu la délibération du Conseil municipal en date du.

Considérant qu'il est du devoir de l'autorité municipale de prendre les mesures nécessaires en vue d'enrayer les progrès de l'alcoolisme et en par- ticulier d'empêcher lacréation de nouveaux débits de boissons auprès des établissements publics d'enseignement, des édifices consacrés au culte, des cimetières et des hospices, Arrête : ARTICLE PREMIER. — A partir de la publication du présent arrêté, l'ouverture des cafés ou débits de boissons est formellement interdite dans un rayon de. mètres autour des édifices consacrés au culte, des cimetières, hospices, écoles primaires, col- lèges, ou autres établissements d'instruction publique.

ART. 2. — M. le commissaire de police est chargé de surveiller l'exécution du présent arrêté. le,,.

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* i¡: r ¡!- !;ji !L - ----.- "H. Yff,1j,j¡) ARRÊTÉ ':' -"" '.f: interdisant la Consommation sur place et la Vente au Détail ,- ," DES BOISSONS ALCOOLISÉES dans toutes les Communes du GoauefnsCQeftt militaire de Rochefort

Le Vice-Amiral, aQJn.pda.t es Chef, Préfet Maritime, Commandant d'Armes, Gouverneur de Cherbourg, Vu le Décret du 2 août 1914 et la Loi du 5 août 1914, : Vu la Loi du 9 août 1849 sur l'état de jg(' grgcie. 7.9 et article 10, donnant force de Loi au Décret du 7 octobre 1909, Vu l'article 156 du Décret du 7 octobre 1909, Vu l'Instruction Interministérielle d'octobre 1913, commentaire de la Loi sur l'état de siège,

Vu la Décision du Conseil d'Etat, en date du 5 août 1915, Vu les Arrêts de la Cour de Cassation, en date des 15 juillet 1915,23 septembre 1915 et 24 août 1916.

Vu la Circulaire du Président du Conseil, en date du 18 septembre 1918, relative aux moyens à prendre pour lutter contre l'alcoolisme, - Considérant qu'il y a lieu, par tous les moyens légaux, de réduire le nombre des cas d'ivresse, beaucoup trop fréquents, constatés à Cherbourg, Considérant que l'alcool est l'origine -de.l!Illtipl


maladies et de punitions graves infligées à des sol- dats et à des marins qui, sans lui, n'auraient pas cessé d'être vigoureux et disciplinés ; Considérant qu'un crime vient de manifester,

une fois de plus, les méfaits de l'alcool ; Considérant que la grande majorité de la population sans le concours volontaire de laquelle rien d'efficace ne saurait être tenté, réclame, avec une insistance croissante, des mesures de nature à combattre un ennemi qui est pour la France, tout aussi redoutable que l'autre; Considérant, d'autre part, que la Cour de Cassation a reconnu, par plusieurs Arrêts, les droits de l'autorité militaire de prendre certaines mesures contre l'alcool; et que. si elle a fixé à ces mesures, en ce qui concerne l'autorité militaire en général, des limites tirées de la nécessité de sauvegarder, dans ce qu'elle a d'essentiel, la liberté du commerce, rien n'indique, dans les Arrêts de la Haute Assemblée l'intention d'interpréter d'une manière, restrictive l'article 10 de la Loi du 9 août 1849, qui confère aux Gouverneurs des pouvoirs particuliers très étendus, pouvoirs spécifiés par le Décret du 7 octobre 1909 — article 156 — et qui sont la contrepartie de la responsabilité personnelle et exclusive des Gouverneurs, telle qu'elle ressort de l'article 10 de la.Loi du 9 août 1849.

ARRÊTE: ARTICLE PREMIER. — Sont interdits, sous les réserves ci-dessous, dans les cafés, restaurants, bars, débits de boissons de toute nature, épiceries, drogueries, situés sur le territoire du Gouvernement Militaire de Cherbourg, (sauf daus les pharmacies, et sur présentation d'une ordonnance de médecin), l'achat ou la vente au détail, la consommation sur place, la cession, le don ou l'offre des spiritueux, apéritifs et liqueurs alcoolisées.

Ne sont pas compris dans l'interdiction : a) le vin, la bière, le cidre, le poiré, l'hydromel, b) pourvu qu'ils ne titrent pas plus de 18° : les vins de liqueur et d'imitation, ainsi que les vins aromatisés préparés sans addition, macération, ni distillation de substances contenant des essences, c) pourvu qu'elles ne titrent pas plus de 230 ; les liqueurs sucréts préparées avec des fruits frais.

ART. 2. — Cette interdiction s'étend aux cercles civils ou militaires et, en général, à tout établisse•N »

ment ou toute réunion qui débite habituellement des boissons, soit à des clients quelconques, soit à des clients privilégiés.

ART. 3. — L'interdiction est absolue en ce qui concerne les boissons alcoolisées vendues, cédées, données ou offertes, soit directement, soit indirestement, et pour quelque quantité que ce soit, aux soldats, marins, travailleurs coloniaux et chinois, ainsi qu'aux femmes et aux mineurs.

ART. 4. — Les boissons alcoolisées interdites par l'article l" ne pourront être vendues qu'à des personnes autres que celles énumérces à l'article 3 et par quantités égales ou supérieures à deux litres ou deux bouteilles de 90 centilitres à la fois.

ART. 5. — Il est interdit aux établissements mentionnés à l'article 1er de garder dans leurs lieux de vente, ordinaires ou occasionnels, des bouteilles entamées contenant les boissons prohibées.

ART. 6. — Toutes infractions au présent Arrêté seront poursuivies conformémnnt aux Lois en vigueur.

Les établissements dans lesquels elles auront été constatées, seront en outre, consignés à la troupe.

En cas de récidive, ils pourrout être l'objet d'un arrêté de fermeture en vertu, et suivant le cas, soit de l'article 9, soit de l'article 10 de la Loi du 9 août 1849.

ART. 7, —■ S'il y a lieu, l'établissemeut sera gardé militairement pour que l'arrêté de fermeture prévu à l'article 6 reçoive son plein effet.

ART. 8, — Toute infraction & l'article 5 pourra entraîner, dès sa constatation, la saisie provisoire des bouteilles entamées.

ART. 9. — Toutes dispositions antérieures contraires au présent Arrêté sont abrogées.

ART. 10. — Monsieur le Préfet de Cherbourg, Messieurs les Maires, Officiers de Gendarmerie, Commissaires de Police, et tous les Agents de la force publique sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent Arrêté, qui sera publié et affiché dans toutes les communes du Gouvernement de Cherbourg.

Fait à Cherbourg, le 27 février 1919.

, v Le Vice-Amiral, Gouverneur, A. ROUYER.


LIGUE "DROIT <5 LIBERTÉ" .i RAPPORT DE Mme TH. HARLOR, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE

La première Assemblée générale de Droit et Liberté a eu lieu le dimanche 9 mars 1919 au Musée social, 5, rue Las-Cases, sous la présidence de M. Léopold-Lacour. Mme Th. Harlor, Secrétaire générale, a lu le rapport sur l'action de la Ligue que nous reproduisons ci-dessous :

MESDAMES, MESSIEURS, L'année dernière, à pareille époque, le Bureau de notre ligue se préparait à vous convoquer. Il pensait clore, par une première Assemblée générale, une série de dix grandes séances, pour lesquelles il s'était assuré le concours d'une vingtaine d'orateurs en renom. Nous avions obtenu la Salle des Fêtes de la Mairie du Xe arrondissement. Tout était organisé.

Or, c'est le 23 mars que les obus, destinés bien moins à réduire en poudre les maisons de Paris qu'à briser sa résistance morale, commencèrent à crever des toits. On n'eut que trop raison de protéger aussitôt ce qui est fragile, par exemple, les malades, les vitres, les petits enfants. Mais la sollicitude préfectorale s'étendit bien au delà. Et les réunions publiques ne furent plus autorisées. Nos conférenciers pensèrent que leur devoir était de répondre à l'appel des centres d'action de propagande en province. On se dispersa.

Nous avions remis à la rentrée notre réunion plénière, et nous hésitions entre plusieurs dates rapprochées, lorsque survint la merveilleuse explosion du 11 novembre. Empêchés au printemps par la mauvaise fortune, ce fut en automne le coup de théâtre libérateur qui nous arrêta.

Notre programme de guerre n'ayant plus de raison d'être, il fallait transtormer nos projets et attendre un peu les suggestions des événements.

Je vous avouerai, d'ailleurs, qu'un moment nous nous sommes demandé si notre tâche n'était pas finie. Mais les encouragements ne nous sont pas arrivés moins nombreux après la victoire. A chaque courrier, des lettres apportent des adhésions morales. et d'autres. De bonnes volontés s'offrent. On nous donne des conseils ou l'on nous en demande. Cette sympathie — sans compter le zèle toujours éveillé de nos anciens adhérents - ne nous permet

pas de songer à nous démettre ni même à nous endormir.

C'est de province que nous est venue et que nous vient la très, très grande majorité de nos membres et de nos correspondants. Il nous manque ici des centaines de personnes dévouées. Par la force des choses, cette Assemblée générale n'est donc que relativement représentative. Il faut que les absents sachent tous nos regrets et notre espérance d'avoir parmi nous, une autre fois, beaucoup d'entre eux.

Mais j'ai aussi à exprimer des regrets qu'aucune espérance, hélas! ne tempère.

Nous avons perdu plusieurs membres de nos Comités. D'abord, M. Louis Liard, vice-recteur de l'Académie de Paris, qui fut un de nos parrains de la première heure. Il accorda une attention flatteuse à nos tentativés du début, jugea que notre élan pourrait avoir quelque efficacité. Tout le monde sait qu'il était un ferme défenseur de l'esprit moderne, des principes de la Révolution, des idées de droit, de justice, de liberté, et en quelle estime l'on tenait sa loyauté de caractère et de pensée.

A quelques jours d'intervalle, cet été, sont morts Mlle Marie Lenéru et M. Emile Moselly.

Marie Lenéru faisait partie de notre Comité d'action. Si son nom ne figure pas sur nos premières listes imprimées, c'est que la poste choisit toujours mal les lettres qu'elle égare et nous remit tardivement l'acceptation de Marie Lenéru. Je n'ai pas à insister ici sur ce qu'était sa rare intellectualité, son talent robuste, sa jeune gloire.

Chez cette Française de race, la guerre avait développé et mis admirablement en équilibre l'amour passionné de son pays avec l'horreur de tout ce qui est égoïsme national, ambitions impérialistes, doctrines de violence et de haine, procédés cruels. Elle rêvait de travailler au triomphe stable de la Paix, mais après la victoire des Alliés. Aussi les campagnes de notre ligue lui paraissaient-elles bienfaisantes. Elle le prouva en leur consacrant un bel article de tête dans l'Intransigeant.

Emile Moselly assistait régulièrement aux réunions de notre Comité. L'auteur du Rouet d'Ivoire (et de tant d'autres livres savoureux et délicats), Lorrain tendrement épris de sa Lorraine, vivait, depuis 1914, dans toute l'exalta-


tion d'une sensibilité particulièrement frémissante. Non qu'il étalât un patriotisme voyant. Mais les vicissitudes par lesquelles nous passions retentissaient en lui avec force.

'Rien cependant ne pouvait ébranler sa confiance. Jeune père d'un tout jeune soldat, il sut renfermer en lui même des angoisses qui le minaient. Il s'est affaissé subitement dans des circonstances bien douloureuses pour les siens.

Il venait de monter en wagon, retournant vers ses étè es du lycée Pasteur, après des vacances passées à contempler un coin.de Bretagne qui avait eharmé ses yeux artistes et la mélancolie enthousiaste de son imagination poétique. ,

Nous avons aussi à déplorer la mort de MM.

Emile Chautemps, vice-président du Sénat, et Paul Margueritte, le célèbre romancier. Avec une grande cordialité, ils avaient approuvé le programme de la ligue et consenti à la patronner.

Il y aura demain deux ans, le 10 mars 1917, qu'eut lieu notre Assemblée constitutive. Je vous ferai grâce des difficultés que les fondateurs de la ligue rencontrèrent d'abord un peu partout. Les menées de la propagande ennemie n'avaient pas encore été dénoncées par des scandales, des procès et des condamnations.

Je ne sais même pas si le mot « défaitisme » avait été imprimé. Quant aux Pouvoirs publics, ils estimaient alors — selon la doctrine d'une chirurgia d'Etat fort peu moderne — qu'il est pernicieux pour les plaies de déclarer qu'elles existent. L'inertie presque générale nous eût découragés si, au contraire, elle ne nous avait un peu effrayés et par là même raffermis dans notre résolution. En août 1917, grâce à l'Union des Grandes Associations françaises, nous avons eu les moyens d'agir sérieusement.

Le manifeste que vous connaissez tous a été envoyé avec une lettre aux préfets et sous-préfets, aux maires de Paris, des grandes et petites villes, des chefs-lieux de canton, à tous les sénateurs et députés, aux recteurs, aux inspecteurs d'Académie, aux inspecteurs primaires, aux conseillers d'Etat et généraux, à des professeurs, à des hommes de lettres, à des syndicats, etc.

Le 25 novembre eut lieu à la Sorbonne, notre manifestation inaugurale, sous la présidence de M. Ch. Andler, avec des discours de MM. Au-

lard, Paul Desjardins, Léopold-Lacour et Léopold Mabilleau.

Ce même jour paraissait notre premier tract, un tract illustré, ep faveur de l'Emprunt, conçu sous la forme d'un dialogue populaire. Les 100.000 exemplaires en ont été adressés aux maires, aux instituteurs et à des commerçants de vingt départements du Midi. Ce tract a été aussi le bienvenu dans des Foyers de soldats, dans les écoles parisiennes et surtout dans les bureaux de poste qui ne possédaient pour ce troisième emprunt aucun papier nettement explicatif Beaucoup de souscripteurs le réclamèrent comme prime.

Au commencement de l'année 1918, second tract : Pourquoi la guerre a éclaté, comment elle doit finir. On le tira comme le premier à 100.000 exemplaires. Ce fut, peu après, le lancement de 2 JO.OOO cartes postales illustrées avec légendes.

En avril, parut la brochure : La Paix proposée, la Paix imposée. Des textes boches simplement rapprochés montraient ce qu'était la paix de Brest-Litowsk. — l'appât tendu pour prendre l'adversaire dans la trappe, — ce que l'Allemagne mettait sous la formule « sans annexion ni indemnité ». Nous sommes redevables de l'idée et de l'exécution de cette ingénieuse brochure à notre collègue, M. Paul Hyacinthe-Loy- son. C'est lui aussi qui, le 30 avril, rédigea, au nom de Droit et Liberté, la protestation contre 1* célébration chez nous du centenaire de Karl Marx, tandis que nous suivions avec anxiété les combats de Picardie, — protestation que signè- rent les représentants de 40 grandes sociétés ou fédérations. C'est encore lui l'auteur de l'Appel adressé « au peuple de France », par Droit et liberté, d'accord avec la Ligue de l'Enseigne- ment, la Ligue civique, le Comité socialiste pour la paix du Droit, l'Amitié civique, le Comité Michelet, - affiche très éloquente et très sage qui fut placardée dans tout le pays, pendant la ruée allemande vers l'Oise.

Enfin, M. Paul Hyacinthe-Loyson nous donna sa remarquable brochure : Nos bons amis les Anglais, dont 200.000 exemplaires ont été distribués. Et malgré ce que je viens d'énumérer, je montrerais mal ce que fut réellement sa collaboration, si je ne disais pas de quel cœur son ardent patriotisme et son attachement aux vraies traditions républicaines aidèrent notre œuvre à naitre et à se fortifier.

En septembre, furent lancés 200.000 exemplaires de notre plaquette : Ce que nous devons aux Américains.

Cette plaquette, ainsi que Nos bons amis les Anglais et l'Appel au peuple, a été éditée par les


soins de l' Union des Grandes As$oçiçitiQi\s.

A peu près dans le même temps, cette Union faisait faire du tract ; Pourquoi la guerre a éclaté, un nouveau et très gros tirage : 630.000 exemplaires.

Je tiens à marquer ici notre reconnaissance pour l'approbation que le Bureau de l'Union ne cessa de donner à nos efforts; et je veux remeri- cier notamment le secrétaire général, dont la bonne grâce en notre faveur ne s'est pas démentie un instant depuis deux ans que nous sommes agrégés à cet important organisme de détense nationale.

En additionnant les chiffres que je viens de citer, nous aboutissons au total de 1.650.000 brochures et papiers de tous genres portant notre firme. D'autre part, nous avons apposé notre timhre sur plus d'un million de tracts, albums, images, jeux, cartes postales, affiches reçues de l'Union des G andes Associations et qui partirent de notre siège social. C'est donc. en chiffres ronds, 3 millions au moins d'imprimés que notre ligue mit en circulation.

Quant aux conférences, plusieurs de nos projets ont été contrariés par la malchance. Notre secrétaire, M. Carlos Larronde, avait accepté, au printemps dernier, la tâche d'organiser des matinées et des soirées, avec causerie et partie artistique, dans les écoles des faubourgs.

Le président de l'Union amicale des Instituteurs et Institutrices de la Seine, M. Sennelier, avait chaudement accueilli cette idée. Dans son école de la rue Championnat, nous avions déjà eu des succès. L'Amérique y avait été célébrée par M. René Benjamin; l'Alsace-Lorraine par M. Blumenthal et par notre collègue, le capitaine Œsinger, un Alsacien militant. Mais les Gothas et Berthas firent éteindre les lampes et fermer au public les portes des établissements scolaires. M. Carlos Larronde prit en quelque sorte sa revanche en allant à Bordeaux nous constituer un Comité régional, et en évoquant, devant des auditoires nombreux « Paris, ville du front. mais pas à cause des bombes », — titre charmant d'humour, plein d'élégantes promesses qui furent tenues brillamment.

A la même époque, notre président, M. Léopold La cour, à peine remis d'une assez grave maladie, — une de nos malchances, puisqu'elle nous avait privés tout l'hiver d'une éloquence que nous aurions largement exploitée, — M. Léppold - Lacour partit pour une tournée de Conférences dans le Centre. C'était en avril-mai.

Nous avons peine à nous replacer dans l'état d'inquiétude où, nous vivions alors. Il ne nous semble pad qu'il y ait de cela seulement dix

mois,tant les événements, depuis, se sont pressés. énormes et surprenants. Les années de victoire comptent triple.

Donc, en avril-mai 1918, il convenait de rappeler au pays que certains actes de foi équiva- lent à des actes; que le destin subit l'ascendant des âmes opiniâtres; que les péripéties des batailles, quelles qu'elles soient, ne doivent pas empêcher la volonté d'être constamment invincible, enfin, qu'à ce prix, nous aurions le dernier quart d'heure.

M. Léopold-Lacour exposa ce qu'il appelait « les Devoirs de l'Arrière », à des paysans, des ouvriers, des bourgeois, dans le Cher, l'Indre, le Loir-et Cher, les Deux Sèvres, l'Eure, la Côte-d'Or, Tout le monde devine ce que sa vigueur oratoire et l'autorité de ses cOJlViçtiQu purent obtenir des 1 500 à 2 00Q auditeurs qu'il eut dans les grands centres et, ailleurs, d'assemblées qui, pour n'être pas aussi considérables, cela va de soi, n'en étaient pas moins dignes d'être éclairées, persuadées.

Un de nos délégués, M. Barlet, s'est chargé de conférences dans les milieux ouvriers de la région stéphanoise. Il a très heureusement réussi. Ces jours derniers, il était encore pour nous à Roanne et à Firminy. A signaler aussi ses voyages à Modane, à Orléans, etc.

C'est sous nos auspice s que Mme Marie Cotte organisa une grande soirée patriotique au théâ- tre d'Annecy, pour y définir les nouveaux devoirs que la guerre imposait aux femmes.

En septembre, M. Carlos Larronde, encore, a porté dans le Gers la bonne parole, telle que « Droit et Liberté » la comprenait, bonne parole qu'il sut rendre tout à fait séduisante et eutraînante.

* * *

J'ai déjà mentionné la création de notre Co- mité de Bordeaux. Il a pour présidents d'hon- neur le préfet, le maire et le général comman- dant la 18e, région. Dirigé par un avocat t)˧ apprécié, M. Ramarony, il est patronné de façon éclatante par deux des députés de la Gironde, par des directeurs de jouviiiuxcQtnme la France de nordequ;r. la Petite Gironde et la Dépêche, par le bâtonnier, le recteur, le président du Tribunal civil, le président du Tribunal de commerce, des professeurs, etc.

Nous avonsun autre Comité à Thouars (DeuxSèvres), fort actif, présidé par le maire, M. Mé- nard, un industriel philanthrope, si l'on peut


dire. Ce Comité vient de rédiger des vœux qu'il m'a prié de présenter à notre Assemblée générale. En voici l'essentiel : Contrairement à ce que certains croient, ce n'est point parce que les hostilités sont suspendues que la tâche est achevée. Si nous en restions là, la vic- toire qui nous a sauvés par les armes, nous échapperait sur le terrain économi q ue. Pour avoir changé de forme, la guerre n en continue pas moins et l'utilité d'associations comme la nôtre est plus impérieuse que jamais. Il s'agjt. en effet, pour l'avenir de notre pays surt ut pour les régions -. dévastées par l'invasion barbare, de réorganiser l'in dustrie, le cou merce et, en général, toute l'activité nationale. Cela ne peut-être obtenu qu'en instruisant ceux qui nous entourent des devoirs que chacun a à remplir et du nouvel effort qui s'impose; de ce que doit être le programme d'après-guerre: rapports nouveaux entre le capital et le travail, association de ces deux grands étéments ne production, captution des forces naturelles, réforme de nos vieilles habitudes administra- tives, elagage de tout ce qui gène notre extension économique, etc.

Dans la Haute-Vienne, un de nos collaborateurs les plus actifs, le sous-préfet de Bellac, M. Albert Fleury, nous a créé une section, sous la présidence du maire de Château Ponsac, M. Mazurier. Mais M. Fleury, à lui tout seul, suffirait pour assurer notre propagan de.

Par son intermédiaire, des milliers de bro- chures ont été distribuées à bon escient. Il nous a demandé des plans de conférences pour les instituteurs de son arrondissement (1), et il a ensuite interrogé ceux-ci par une lettre-circulaire afin de savoir quels résultats avaient donnés ces causeries-leçons et les commentaires inspirés par nos brochures. Enquête fort intéressante, publiée en partie dans le Bulletin de l'Union des Grandes Associations.

Un peu auparavant nous avions nous-mêmes questionné un certain nombre de nos corres-

(1) Sujets proposés : Les origines de la guerre; La question d'Alsace-Lorraine; Ce que sera le concours de l'Amé- rique; Restrictions et production ; Ce que serait la paix allemande, ce que serait une paix blanche, ce que sera la paix française.

pondants sur l'état d'esprit de la population dans leurs départements respectifs. Ils ont tous répondu. Notre déléguée générale. Mm Juliette Frynçpis-Rçspajl, s est chargée du classement de ces documents. Elle les a résumés d'une façon très vivante, j'allais même dire très pittoresque, à une d s réunions de noir Comité, puis elle en a fait un rapport très précis qui a été envoyé au Congrès des Grandes Associations (février 1918).

Dans les départements où nous n'avons pas de Comité, nous avons à peu près partout des délégués ou des correspondants. Seul notre premier tract a été expédié pour ainsi dire au hasard, grâce au Botin. Les autres ont trouvé peu à peu un service de diffusion presque suffi- sant, constitué par des personnes qui nous adressent encore de fréquentes dl mandes.

Nous sommes donc sûrs que nos envois ne vont pas dans les corbeilles à paper ou 'ne moisissent pas dans des caves officielles.

Ces correspondants sont pour la plupart des membres de l'administration universitaire ou du corps enseignant et surtout des instituteurs et des institutrices. Tous sont venus à nous, sollicités seulement par l'avis, répandu à profusion, que nous tenions des brochures gratuites à la disposition du public. Et si l'on se représente ce que fut, pendant cette guerre, le travail de l'instituteur de campagne, généralement secrétaire de mairie, et dont les besognes se compliquèrent au régime des allocations, des cartes d'alimentation et de chauffage, des saufconduits, des demandes de renseignements, on reconnaîtra qu'il a fallu véritablement une sorte de conscience héroïque pour ajouter bénévolement à tous ces fardeaux la préoccupation du ravitaillement moral.

Vous acquiescerez, je n'en doute pas, aux sentiments de gratitude que j'exprime ici à ces hommes et à ces femmes qui nous secondèrent si vaillamment. Leur patience tenace, symbole de l'énergie défensive de la France, nous garantissait l'accord de la foi, de l'espérance des meilleurs éléments du pays avec l'idéal qui guidait, que servait notre œuvre patriotique et républicaine.


SOYONS UNIS!

Nous recevons communication d'un petit, tract que nous reproduisons très volontiers ci-dessous.

Ce tract est l'œuvre d'un élève de seconde du Lycée de Tulle, un de nos jeunes amis, à qui l'Union est heureuse d'adresser ses remerciements et ses félicitations.

La Terrible Lutte soutenue pendant plus de 4 ans en vue d'abattre le Militarismè Prussien, s'est terminée par notre Victoire : Le Triomphe de la Démocratie et de la Justice.

Dès la veille du jour mémorable, où les Plénipotentiaires Alliés, ont fait connaître la volonté des Peuples Libres aux délégués ennemis, un souffle de pessimisme s'est étendu sur les villes et les campagnes. Quelle en est la source?

Ce sont des agents « boches » qui s'efforcent de toutes parts de semer la Division et l'Anarchie.

Nous connaissons les ravages accomplis par le Bolchevisme en Russie. Que cela nous serve de leçon et nous mette en garde contre les Pontifes qui viendront vanter d vuntnous l'Internationalisme des socialistes Prussiens. Nous savons fort bien qu'ils ont appuyé le Gouvernement Imnérial de Guilaume II, dans son œuvre de destruction, jusqu'au jour où il s'est effondré sous le poids de toutes les Nations Civilisées.

déchaîné s contre lui Le Gouvernement Germain actuel est resté fidele au Kaiser qui va enfin subir le châtiment auquel l'a conduit son ambition. L'Allemagne a fait éclater la Guerre et a sacrifié tout ce qu'elle a pu pour arriver à dominer le Monde. Une paix

durable ne peut-être fondée que du jour où cette nation sera dans l'impossibilité de nuire.

Le Congrès de Paix de Versailles semble nous garantir la ruine de sa Puissance militaire et économique. Mais les frais énormes de la Guerre restent à notre charge. Aussi pour faire reprendre à la France la place qu'elle occupa à la tête des peuples civilisés; pour fermer les plaies, encore beantes occasionnées par cet horrible fléau. une « UNION ÉTROITE» entre tous les Français est nécessaire, une collaboration dans le Travail est indispensable.

L'Union des Grandes Associations Francaises contre la Propagande ennemie groupant autour d'elle des sociétés les plus opposées, publie des documents de toutes sortes au sujet des responsabilités de l'Allemagne dans le dernier conflit et au sujet des atrocités abominables dont cet Etat s'est rendu coupable.

Cette Association nous fait également savoir par ses tracts. ce que sera la lutte économique d'Après-guerre.

J'ai la mission de faire circuler ces brochures: Lisez les. Faites les lire autour de vous.

Vous contribuerez par-là à l'Achèvement de cette œuvre sublime, cimentée dans le sang d'une génération entière : Pour une France plus grande et plus belle.

Le 10 Mai 1019.

PIERRE LAUBIE, Elève au Lycée de Tulle.


L'APPRENTISSAGE PROFESSIONNEL

L'Union a décidé de poursuivre sa propagande en aidant à la réalisation de tous les programmes actuels d'économie sociale.

Parmi les questions à l'ordre du jour, il n'en est pas qui offre d'intérêt plus immédiat que la question de l'apprentissage professionnel.

M. Koszul, ingénieur à Angers, a bien voulu nous communiquer le texte du rapport qu'il a présenté au « Comité régional des arts appliqués» d'Angers tendant à une très prompte promulgation de la loi, dite « loi Astier », sur l'amélioration des apprentissages professionnels.

Ce rapport a été adopté par le Comité d'Angers.

Nous reproduisons d'autant plus volontiers ce do- cument que la loi de 8 heures, qui vient d'entrer en application, va donner aux travailleurs de grandes disponibilités de temps qu'il importe d'employer.

Si la culture professionnelle n'est pas le seul moyen à préconiser our l'utilisation des heures de loisir, elle en est assurément un des meilleurs, parce qu'elle constitue tout à la fois un agent de prospérité nationale et un obstacle aux progrès de la débauche et de l'alcoolisme.

Rapport au Comité Régional des Arts appliqués d'Angers Sur l'urgence de la promulgation de la loi <r Astier » et sur les modalités désirables de son application.

MESSIEURS, Tout a été dit, et depuis longtemps, sur l'extrême utilité, la nécessité même, de remédier à la crise de l'apprentissage, sur le concours nécessaire des Pouvoirs publics à cette œuvre de rénovation.

Le 26 juin 1916, le Ministre du Commerce, commentant devant le Sénat le projet de loi « Astier » sur l'organisation de l'enseignement technique industriel et commercial, s'exprimait ainsi : « Dès 1901, à la suite d'un vœu émis par le Con« seil supérieur du Travail, un avant projet fut « mis à l'étude. Le Conseil supérieur de l'Ensei- « gnement technique en fut saisi au cours de sa « session de 1905, et de cette discussion sortit le « projet déposé à la Chambre des Députés par le « regretté M. Dubief. l'un de mes prédécesseurs, « au nom du gouvernement. C'est ce texte initial « qui est la base de la proposition de M. Astier Il « a été modifié et amendé par votre Commission « qui s'est inspirée de nombreuses enquêtes pour« suivies auprès des Chambres de Commerce, des „« Syndicats patronaux et ouvriers, des Associa-

« tions professionnelles et aussi des différentes « propositions ayant le même objet dues à l'initia« tive parlementaire. i « D'autre part, nous nous sommes mis d'accord « avec mon collègue de l'Instruction publique, et « ce n'est point là un fait qui puisse être négligé, « car le long retard de cette discussion provient « de ce que nos deux administrations n'ont pas été « toujours en communauté de vues, sur le problême de l'Enseignement professionnel.

\^N-^us--vf>ici à pied d'œuvre ; tous les matériaux « sont reunis. Le 21 juin 1912, le Sénat lui même, à « la suite d'une interpellation de M. Astier, votait « à l'unanimité un or tre du jour invitant le gou« vernement à hâter la discussion de la proposi« tion de loi qui vous est soumise ».

Le Sénat adopta donc, en juin 1916, sans modifications importantes, le projet de loi que la Chambre avait envoyé.

Son passage à nouveau devant la Chambre a eu lieu le 12 septembre dernier, sans incidents aucuns et il semble que la promulgation de ladite loi ne devrait être qu'une simple form lilé.

Nous pensons, Messieurs, que les Comités régionaux des Arts appliqués sont trop intéresses à la renaissance des apprentissages professionnels, plus indispensables aux indus ries d'art qu'à toutes autres, pour qu'on puisse leur reprocher de s'occuper de la réglementation projetée.

* *

Après avoir résumé le caractère et les principales dispositions de la loi Astier, nous pourrons examiner s'il convient de formuler des vœux touchant sa rapide promulgation et les modalités que vous souhaitez voir adopter pour son application.

* * ,x'

Les quatre premiers Titres du Projet ne demandent pas a être étudiés en détail ; leurs dispositions ne sont en effet que la codification de l'ensemble de nos Lois et Règlements sur l'enseignement professionnel.

Ils peuvent se résumer comme suit : L'enseignement technique industriel et commer- cial ressortit à M. le Ministre du Commerce.


Les Ecoles et Cours sont publics ou privés — les Ecoles privées peuvent être reconnues par l'Etat.

Le Conseil supérieur de l'Enseignement technique est consulte par le Ministre sur toutes les questions touchant l'enseignement technique et il a l'initiative de présenter tous vœux qu'il juge utiles.

Des Inspecteurs généraux et départementaux ont qualité pour surveiller les Ecoles et Cours.

Les Comités départementaux de l'Enseignement technique ont, dans leurs ressorts, des attributions ânalogues et donnent notamment leur avis sur les demandes de subvention ou de reconnaissance des Ecoles privées par l'Etat.

Lorsqu'il y a lieu, des Comités cantonaux agissent dans les mêmes, conditions, chacun dans leur ressort, vis-à-vis des Comités départementaux.

Les Ecoles techniques sont nationales, départementales ou communales. Les premières sont créées par une loi ; les autres par arrêté minis- tériel. Toutes ces Ecoles ont un budget alimenté par l'Etat, le département et les communes Des Ecoles de métiers peuvent être fondées avec participation de l'Etat à leur création et à leur budget.

Les Ecoles techniques ont un Conseil d'Administration et un Conseil de perfectionnement comportant des représentants du Commerce et de l'industrie.

Le personnel de ces Ecoles techniquesest nommé et payé par l'Etat.

Les programmes de ces Ecoles sont préparés par leur Conseil de perfectionnement et homologués par le Ministre.

Les Ecoles privée s se créent sur simple déclaration de leur fondateur, sauf opposition du Maire, du Préfet, du Procureur de la République ou de l'Inspecteur Départemental de l'Enseignement technique, confirmée par le Comité Départemental, sous réserve d'appel au Conseil Supérieur de l'Enseigne ment technique.

Le Directeur et les professeur des Ecoles privées doivent satisfaire à des conditions d'aptitude et de capacité, précisées par décret. 1 Les Ecoles privées sont ouvertes aux Inspecteurs de l'Enseignement technique, leurs Directeurs sont justiciables des Ce mités départementaux, sur plainte d'un Inspecteur et sous réserve d'appel au Conseil Supérieur. •

Le personnel des Ecoles privées reconnues par l'Etat est nommé après agrément du Ministre.

Les Ecoles privées reconnues par l'Etat peuvent délivrer des diplômes comme les Ecoles officielles, sous réserve que les examens aient lieu dans les conditions arrêtées par le Ministre.

* *

Toutes ces clauses n'appellent guère de commentaires et nous dirons dans quelques instants que ce seront les modes d'application adoptés

qui pourront faire rendre, ou non, à la loi Astier tous les services qu'on en attend.

Il nous reste à parcourir le titre V de la Loi, touchant les Cours professionnels. Ce titre représente la partie réellement nouvelle de la Loi, c'est lui qui a soulevé le plus de discussions et qui mérite spécialement l'attention des Comités des Arts appliqués comme de toutes les œuvres s'occupant de l'apprentissage ou s'y intéressant : ., Les Cours professionnels ou de perfectionnement sont organisés pour les apprentis, ouvriers et employés de commerce et de l'Industrie, ils doivent faire l'objet d'une déclaration à la Mairie.

Ces Cours sont gratuits, ils sont obligatoires pour les jeunes gens et jeunes filles de moins de 18 ans, 3 ans de suite jusqu'à ce qu'ils aient obtenu leur certificat, sauf dispense accordée par la Commission.

Les Cours à fonder obligatoirement pour les communes sont décidés par le Ministre, sur avis du Comité départemental del'Enseignement technique et de Commissions locales composées du Maire, d'un Inspecteur Départemental de l'Enseignement technique, de Délégués de la Chambre de Commerce et du Conseil municipal, de Délégués d'ouvriers et employés, de l'Inspecteur du Travail, d'un représentant de 1 Enseignement primaire.

Le Ministre, sur les propositions du Comité départemental de l'Enseigneme nt technique, arrête, les programmes des Cours proposées par les Commissions locales.

L'Etat peut participer aux frais de création de Cours et les subventionner, sur avis favorable du Conseil supérieur de l'Enseignement technique et jusqu'à concurrence de moitié de leurs dépenses.

Le Comité départemental peut, sur l'avis des Commissions locales et de l'Inspecteur de l'Ensei- gnement technique, déclarer qu'un Cours n'est pas suffisamment organisé pour e itrer dans le cadre de la Loi, mais les intéressés peuvent appeler de cette décision au Comité supérieur de l'Enseigne- ment technique.

Les communes peuvent être obligées à créer les Cours reconnus nécessaires par le Comité départemental de l'Enseignement technique et à pourvoir aux frais de leur fonctionnement.

Des Cours communs peuvent être fondés par plusieurs communes continues.

Le personnel enseignant des Cours est nommé par le maire sur a\is du Comité départemental et de la Commission locale.

La rémunération du personnel est décidée parle maire, sur avis de la Commission locale; par le Prefet, sur avis du Comité départemental de l'Enseignement technique ; par le ministre, sur avis du Conseil supérieur de l'Enseignement technique.

Les patrons sont obligés de laisser à leurs apprentis des deux sexes le temps nécessaire pour suivre les Cours. Les Cours devron avoir lieu dans


a journée régulière de travail (à raison de 4 à 8 heures par semaine, et 100 à 200 heures par an, limite maximum et minimum, saut le cas où la journée de travail est de 8 heures).

Des dérogations à cette règle peuvent être apportées par le Ministre, à la demande de la Commission cantonale et du Comité départemental.

Pour les industries saisonnières, les Cours peuvent être groupés pendant la période de mortesaison.

Les patrons sont tenus de s'assurer de l'assiduité aux Cours de leurs apprentis, assiduité qui sera contrôlée au moyen d'un livret individuel visé par le Professeur.

Les parents et patrons sont informés des absen- ces aux Cours par le directeur du Cours.

Les patrons sont tenus de déclarer leurs apprentis à la mairie..

Cette obligation du patron n'est pas applicable aux apprentis diplômés d'une Ecole publique ou privée d'enseignement technique, aux apprentis munis du certificat d'aptitude professionnelle, aux apprentis suivant les Cours d'une Ecole régionale des Beaux-Arts.

Les jeunes gens ayant terminé leurs études dans une Ecole publique ou privée, et ceux de 16 ans au moins des communes privées de Cours obligatoires, comme les apprentis ayant suivi des Cours pendant trois ans concourent au Certificat d'ap- titudes professionnelles, et il leur est délivré, soit le certificat proprement dit, soit une attestation des Cours uivis.

La Commission locale peut dispenser de suivre les Cours, les apprentis re connus inaptes.

Les épreuves des examens sont fixées par le Ministre après avis de la Commission locale et du Comité départemental. Le Jury est compose d'un Inspecteur de l'Enseignement technique, de professeurs, et d'un nombre égal de patrons et d'ouvriers pour chaque profession nommée par le Préfet.

Les Cours sont soumis à l'Inspection de l'Enseignement technique ir et ceux obligatoires à celle de cette inspection et de la Commission locale. —

Toutefois, pour les Cours professés à l'atelier, les Inspecteurs de l'Enseignement technique ont seuls le droit d'y pénétrer. Sur la demande de la Commission locale, les Inspecteurs peuvent être assistés de spécialistes agréés des industriels.

Les patrons et ouvriers sont asti eints, comme dit ci dessus, à peine de : 1 16 Un avertissement de la Commission.

26 Une amende de 5 à 15 francs par unité (apprenti) contrevenante.

*

MESSIEURS, t Il vous apparaîtra certainement que toutes ces dispositions sont sages et qu'elles n'appellent qu'un vœu : celui d'une prompte réalisation.

Toutefois, vous observerez peut-être que,

conformément à des habitudes de plus en plus constantes au Palais Bourbon et au Luxembourg, la loi s'en remet, pour son application et sur une quantité de points, à des décrets et arrêtés ministériels au sujet desquels elle fait confiance à l'Administration supérieure.

Et ceci n'est point sans dangers, car une expérience déjà trop confirmée prouve qu'un tel système permet de modifier complètement le caractère effectif d'une loi, qui, libérale en ses termes, peut, par ses modalités d'application, devenir parfaitement arbitraire.

C'est ainsi que ce doivent être des décrets et arrêtés ministériels : — qui diront les Ecoles publiques ressortissantau Ministère du Commerce et les conditions auxquelles les Ecoles privées pourront être reconnues par l'Etat; — qui fixeront la composition du Comité supérieur de l'Enseignement technique, et de sa Commission permanente, celles des Conseils d'administration et de perfectionnement des Ecoles publiques techniques, ainsi que leurs attributions, celles des Commissions locales chargées des Cours professionnels obligatoires; — qui décideront des cadres et de l'organisation de l'Inspection technique ainsi que des conditions de nomination des Inspecteurs; — qui arrêteront les conditions exigées des créateurs d'écoles de métiers pour être subventionnées par l'Etat ; — qui détermineront la réglementation comptable des Ecoles publiques techniques; — qui fixeront les conditions de nomination, de rémunération de retraite et d'avancement du personnel des Ecoles disciplinaires qui peuvent lui être infligées ; — qui fixeront les conditions à satisfaire par le Directeur et le professeurs des Ecoles privées.

— qui fixeront les conditions de rémunération du personnel des Cours privés; - qui arrêteront les épreuves pratiques et théoriques de l'examen de fin d'études professionnelles; — qui détermineront les règles de délivrance de diplômes et certificats d'études des Ecoles privées reconnues par l'Etat.

Nous savons bien que, dans l'esprit des promoteurs de la loi, dans l'esprit des Ministres eux-mêmes qui l'ont présentee et défendue devant la Chambre et le Sénat, ces dispositions n'ont pour but que de donner à l'Etat les droits nécessaires qu'impliquent ses hauts devoirs de surveillance, de contrôle, d'aide bienveillant et que l'intention dé ce dernier n'est aucunement d'enserrer l'enseignement professionnel dans

1


un réseau administratif rigoureux et étroit, lequel ne saurait manquer de l'étouffer.

Vous estimerez néanmoins qu'il n'est peutêtre pas inutile d'affirmer une fois de plus que l'enseignement professionnel ne peut réellement se développer que dans une atmosphère de réelle liberté, en contact permanent avec les industries locales etrégionales, avecle concours de ces dernières, et que les apprentissages professionnels, tout insuffisants qu'ils soient actuellement, auraient tout à gagner à ce que la loi Astier restât à l'état de projet si elle devait tendre, par la façon dont elle sera appliquée, à org miser l'enseignement professionnel français selon des règles générales, rigides, dénuées de toute souplesse, telles que celles de l'Enseignement primaire.

Nous vous proposerons donc, Messieurs, d'émettre les yæux suivants : 1° Que la loi « Astier » soit promulguée et son application poursuivie d'urgence, le développement et le perfectionnement des apprentissages professionnels étant plus que jamais souhaitables, l'avenir économique de notre pays, lié au progrès de ses industries, en dépendant pour partie.

2° Que l'administration supérieure se garde, i dans l'organisation de l'enseignement professionnel, de sa propension naturelle aux réglementations générales et étroites, qu'elle favorise son caractère local et régional, qu'elle néglige volontairement les inconvénients secondaires auxquels un règlement pourrait parer en consideration des avantages vitaux que l'enseigne- ment prolessionnel trouvera à pouvoir s'adap- ter aux nécessités locales, aux mœurs et au goût de chaque région, au caractère propre des industries pour lesquelles il est prolessé.

3° Que, dans cet esprit, l'administration supérieure ne s'ingère pas dans les modes de rémunération des professeurs des Cours (Art. 43) laissant aux intéressés le soin d'agir au mieux et selon les contingences locales, leur permettant de bénéficier des concours bénévoles qu ils trouvent le plus souvent en faisant appel à la bonne volonté et qu'ils ne pourraient bien souvent payer s'il fallait reconnaître leur réelle valeur.

4° Que l'administration supérieure accentue le caractère local des Commissiors des Cours en y appelant tous les industriels qualifiés, patrons et ouvriers, fussent-ils très nombreux (Art. 39).

5° Que l'Administration supérieure fasse confiance aux Commissions locales quant aux dé-

tails matériels du fonctionnement des Cours, qu'elle leur laisse notamment le soin d'organiser le contrôle de l'assiduité sans leur imposer le seul système stipulé par l'article 45, lequel, bon en soi, n'est pas meilleur que d'autres, qui peuvent être d'application plus facile ou plus efficace.

6° Qu'elle ne se montre non plus trop exigeante en ce qui concerne les horaires des Cours, que les intéressés, en chaque région, fixeront en meilleure connaissance de cause que quiconque.

En maint endroits, les Cours professés pendant la durée de la journée de travail ne pourront être suivis, alors que ceux dits de « mitemps » satisferont à la fois patrons et apprentis. Ces modalités ne doivent et ne peuvent être fixées que sur place et non à Paris. Il serait ,donc souhaitable que ce soient les Comités départementaux de l'Enseignement technique, sur la proposition des Commissions locales, qui en soient chargés — et non le Ministre (Art. 44).

* * *

Messieurs, Tout ceci étant dit, le bet édifice de l'enseignement professionnel français ne sera encore qu'une façade harmonieuse, si des ressources considérables ne lui sont assurées.

A la suite de M Jules Coûtant, de M. Louis Brunet, de M. Verlot et de bien d'autres parlementaires ayant étudié la question, nous considérons qu'une loi très prochaine doit donner à l'Enseignement professionnel un budget adéquat à son importance nationale.

Et ce budget peut être aisément alimenté en faisant aux industriels un appel qui sera d'autant mieux entendu qu'ils seront convaincus de l'efficacité de l'œuvre entreprise, qu'ils en constateront tous les premiers les heureux ré- , sultats.

La taxe de 1 franc par cheval-vapeur envisagée par M. Coutant, celle que M. Brunet proposait, d'imposer aux patrons ne jugeant pas bon de former des apprentis, nous paraissent fort logiques et admissibles.

a Nous vous proposerons donc, Messieurs, de formuler le vœu : Qu'une loi très prochaine procure à l'Enseignement professionnel français les ressources sans lesquelles il ne peut atteindre son but.

Angers, le ltT janvier 1919.


DOCUMEJITATION TRACTS, BoCfiUES, AFFICHES PUBLIÉS PIAP, ttBS ASSOCIATIONS * (Plus de cinquante millions de tracts) x

Pour faciliter le choix des délégués, les tracts, brochures, affiches de propagande, publiés par les Associations, ont été groupés sous les neuf titres suivants:

I. — Les Origines de la Guerre.

II. — Le Sens de la Guerre.

III. — La Conduite de la Guerre.

IV. — La Question d'Alsace-Lorraine.

V. — L'Effort des Alliés.

VI. — L'Aide Américaine.

VII. — Le Principe des Nationalités.

VIII. - La Production Nationale. Les Restric.

tions. Les Economies.

IX. — L'Or et la Guerre.

Pour tous renseignements, s'adresse au Secrétariat général de l'Union des Grandes Associations françaises contre la propagande ennemie, 3, rue Récamier.

1

Les Origiiiieou de la Guerre.

Ligue de l'Enseignement, 3, rue Récamier. —

« Les origines de la guerre », par M. A. Sennelier, directeur d'école à Paris. — < Les origines et le sens de la grande guerre t, par M. Georges Leygues, ministre de la marine.

Ligue républicaine Droit et Liberté 77, rue Blanche.

— « Pourquoi la guerre a éclaté? Comment elle doit finir? » (tract). — 12 cartes postales illustrées en - bleu.

Ligue Française, 237, boulevard Saint-Germain, — « Les responsabilités de la Ligue Pangermanique dans la guerre » (tract). par M. Paul-Albert Helmer.

Comité Catholique de Propagande, 3, rue Garanciere. — « Pourquoi l'Humanité combat l'Allemagne » (tract), par M. Camille Jullian, de l'Institut.

— « Le jugement de l'histoire sur la responsabilité de la guerre », par Tittoni. — « Les leçons du Livre Jaune P, par H. Welschinger. — « La neutralité de la Belgique, sa violation », par H. Welschinger, de l'Institut.

L'Information par le Négoce, 3, rue François-Ier.

- « Et la lumière se fait. » — « L'Allemagne a provoqué la guerre » (affiche).— « Le plan pangermaniste » (affiche). - « La Volonté d'agression de l'Allemagne » (affiche).

L'Information à l'Etranger, 3, rue François-Ier.- « Les origines de la guerre européenne » par M. René Puaux (tract). — « Les Responsabilités de l'Allemagne », par M. René Puaux (tract). — < Qui a voulu la guerre?», par M. E. Denis (tract).- Collection Petite Bibliothèque de la guerre : « Les sources de la guerre », par C. Bouglé. — « Hohenzollern et Démocratie », par J.-C. Brinville,

Ouvrages en dépôt, 3, rue François-Ier. - « De vant l'histoire », par Giraud.- « Les Origines de la guerre », par A. Gauvain. — « Les Coupables », par C.

Richet. - « La preuve », par J. Beck.—« Le mensonge du 3 août 1914 », par R. Puaux. — « Histoire de 12 jours », par J. Reinach. - « Les Causes profondes de la guerre », par M. Hovelacque. - « Le dossier de la guerres, par M. Wampach. < La guerre », par E. Denis. — « Les origines de la guerre a, par M. T. Jonesco. - « Pourquoi l'Allemagne devait faire la guerre? », par C. Baillod.

Comité d'Etudes et de Documents de guerre. -

Librairie Colin, boulevard Saint-Michel, 103. —

« Qui a voulu la guerre », par MM. Durkheim et Denis. Comité protestant français, 102. boulevard Arago.

— « Les Conférences de Raoul Allier ».— « Jusqu'au bout », par Wilfred Monod. — « La Tradition fran- çaise », par C. Jullian.

Ligue des pays neutres, 6, rue Gounod. — « Contre les Vandales », par Louis Macon (tract).

Comité de Relations avec les Pays Neutres (sous le patronage de la Chambre de Commerce de Marseille). — « Paroles allemandes », par J. Léotard.

— Cartes-postales photographiques sur la Grande Guerre.

L'Assistance aux Dépôts d' Éclopés, 11, rue de Berri. — ( La Guerre libératrice », par Millerand.

— « Première conférence au Dépôt d'Eclopés de la Courneuve », par le Géneral Malleterre.

II

Le Sens de la Guerre.

Ligue de l'Enseignement, 3, rue Récamier. — « Le Sens de la grande guerre t, par M. André Lebey, député socialiste de Seine-et-Oise. — « Les Commandements de la Patrie », par M. Paul Deschanel


président de la Chambre des Députés. « Toute la France debout pour toute la guerre », par M. Louis Barthou, ancien président du Conseil. — « Les Rai- sons de tenir i, par M. Léon Robelin, sëcrëtâtrë général de la Ligue de l'Enseignement. — « La Victoire ou la Mort », par M. Léon Bertnaut. -- « Où nous en sommes », par M. Edouard Driault, pré- dent du Comité Michelet. — « Le Devoir et l'Effort français » et « Pro Patria », par M. A. Millerand, ancien ministre. « Pourquoi nous nous battons D, par M. Ernest Lavisse. — « Pourquoi nous devons tenir? Comment nous devons tenir? » (tract).

Ligue Française, 237, boulevard Saint-Germain.

- « La paix que les Allemands voudraient taire » (tract), par Ernest Lavisse. « Les commandements de la Patrie » (tract), par M. Paul Deschanel. —

« Appel aux français» (tract), par Ernest Lavisse.

— « La France nouvelle (tract), par M. Maurice Croiset, administrateur du Collège de France. »

La Conférence au Village, 11, avenue de l'Opéra.

« Les Buts de l'Allemagne aiinbncës par les auteurs allemands ». - « Cë. qdt! voudrait les aumagne. Ce que nous n'accepterons jamais » (tract).

« Pourquoi tenir jusqu'au bout » irucf - à La Paix par la Victoire complète » (abbé Wetterlé) -- (tract) « La guerre est l'industrie nationale de la Prusse si {'d/flché). « Les leçons du Metisori^è i> (tract) — « N'oubliez pas » (tract).- « La Libérté et la Paix allemande » (tract. - « Aux ouvriers ».

« L'idée de sohdaritè implique l'idée de sacrifice », - « Ce qu'ils osaient appeler sans Annexions ni indémnités a. - « Les Allemands contr^ 1 ajjricuiiure française ». — Le masque républicain en Ailémagne ». - «. Boichevisme et guerre de cluse I). « Le pangermanisme rouge ». - « Appel à iltinion - Sacrée J.

L'information par le Négoce; 3, rue F¡',lDo.s-Íer - < Un peuple est deycnu par son prgueil l'éter- nelle menace du genre humain » (affiche),-« Pour quoi la paix ne peut être basée que sur la Victoire du Droit » (affiche). — « La Culture des peuples révé- lée par leur fcBHcëptitih du Droit » (alficht!J.

« Ltl Liberté du i'Éàclâtàgë, voilà l'ënjéù la guerre \àffh hte).

L'information à l' Etrctllgpr, 3, rue François-Ier. —

* Après trois ans de guerre j);4 Le Bilan de la paix blà nche j- « Pourquoi la paix ne peut être fondée sur la parole de l'Allbiitagrit4 » (alfichèl « Les bénéfices de guerre de l'Allemagne et la formule boche : ni annexions ni indemnités », par M. André Chéradame. « Pourquoi l'Entente doit vaincre » par M. Vuillaume (avec déssins). — « Des raisons es L'Effort de la Frafycè et ses alliés, 3, rue François I^r. t Le Oedilct piège : Les hiâricëiivres de paix de nos ennemis, Elles sont aussi ddttgereuses que leurs manœuvres de guerre» (tract).

Ligiik des Patriotes ; 4, rilë Sainté-Anne, « Françàfs, H'bublife pas. »

Le Journal du Soldat, 43; lobe de Ullé.. A ceux qui disent : Décidément c'est trop long » (tract).

L'Amitié CilJique, 21, rue Visconti. f Lectures » L'Aidé Illurale. 26, rue Sërpente — « Jusqu'au 1J8UI j, sëHé ddU £ ë Lii-iicHures.

Féderation tifS Amicales d'ItiStllhlPurk et d'Institulïfcësi 73, rue Notre Daliië - de - Nfazureliï. - « Adx EjiîîtutS lie France s (HlústrJ.

Société des Conférences populaires, 4, rue Rameau.

— « Tenir ! » — « La France d'aujourd'hui et la France de demain ». — « Les Entants pendant la guerre », conférences, 25 vues. — « Verdun », èbnfëhehfcës, 75 vueis Comité Michelet, 87. rue Saint-Lazare. « — Bulletin mensuel », explication des événements actuels par l'histoire. - E. Driault : « Plus rien d Allemand. »

:.- Cartes postales illustrées : « Plus rien d'aller mand.) — L'Histoire par l'Histoire. » — E. Driault : a: bi France Unanime. » — « L'apothéose de la France. » — « Le Comité: Commémoration de Valmy et de la Marne » (rentrée des classes de 1918).

Comité Catholique de propagande, 3, rue Garancière. — « La signification de la guerre », par M. Henri Bergson. — « Verdun », par Mgr Ginisty.

Bureau d 'études d'Information diplomatique, 3, rue l'rançois Ier. — f Lt- triomphe du militarisme en Allemagne. » « L'Influence néiaste de Tirpitz. » — Les Hohenzollern et le problème de là Démocratie en Allemagne. » — « Lg paix des sécurités militaires.» - « Le Traité de l'Ukraine avec la Quadruplace. »

- « L'annexionnisme sans annexion et le pangeimanisme êcoHohiiqtië. i

L'Alliance Universitaire française; 3; rtië Lecontede Lisle. — Bulletin mensuel. — La dislocation de l'Allemagne par la désannexion du HhlO. L'Allemagne - du Rhin au Volga. — Premier aveu d'un gros industriel fHénâri: les Rhénans se ralllëraient volontiers à la France. - A veu du gouvernement allemand : la désannexion du Rhin entraînerait fatalement la dislocation de l'Empire allemand (N° de janvier 1919). — Une enquete décisive sur la tjiiëSîitiii du Rliiti. Rittri celtique axe du monde. Les dix commandements du Rhin.(n° de février 1919).— L'appel des Hhénans à la France en 1866, d'après la cQt-re':;pbnd IFiCe du Général Du crot. - L'audacieuse légende d'une Allemagne invaincue et invincible; — Des Vosges à 1 Yser : une avenue de quatre cents kilomètres de tombeaux (N° de mars 1919). Comité de propagande socialiste pour la Dépense nationale, 142, rue Montmartre. « Du droit de la force à la force du droit », par Edgar Milhaud. —

1 L'Europe nouvelle a, par Paul Louis. — « Pdurquoi la France fait là guerre i, - par H. BouqfÍn.

« Lé militarisme allemand », par H. Bourgin.

Comité protestant français, 102, boulevard Arago.

- « Le Droit et la Force» f 240 serm -l s la JÜ~iië iëi4 és- - — « Le Droit et la Force 1) sermons allemands), par E. Ddiimei gUë^ Déviation de la Justice en Allemagne », par J. Flach. — « Formation de l'es- prit public enAllèmagire! »rpàrJ. Flîicli. «Réponse à l'appel allemand aux chrétiens évangéliques à l'étranger ». — « L'origine, les étapes Hisjkôriqiies desdroits de l'homme et des peuples », par M. Weiss. — « Honneur de France obigé », par André Weiss. - « D'une paix boîteuse et qd'ëlle nous ruinerait », par E. Dents.

Union des pêres et méréb de fdàiillè dont les fils sont morts pour la Patrtê; ift. rue LMBtté - et fjhel à tous les Français: sur les buts de ptfix « (lMêt).

« Conseil national des femmes, i, avenue Mâlakof. — Affiche — « Aux Françaises ».

La Française, 17, rue de l'Annonciation — « Journal du Progrès feminin. Sa collection de guerre.; » — Numéro spécial sur les Equivoques du Pacifis- me. 28 juillet 1917.

Ligue des pays neutres, 6, rue Gounod. — a La conception nouvelle de la ilëilii-aiitéj par A. F. Frangulis. — « L'avenir de là neutralité J; pat E. L; de


ia Barra. Manifeste des intellectuels et hommès pbtHfcjtles dû Pérou (section péruvienne).

Comité de Relations avec Pays Neutres) sous le pàtiôtinge de la Chambre de Commerce de Marseille). — « Point de vue français », p",r H. Brenier. — < Cari Spiteler », par E. Spenlé. — « La Roumanie », par Ch Guion. — « Révolution en Allemagne et paix prématurée », par L. Jousselin.

- A la veille du l, victoire. accepter. z-voùs une paix de honte et de misère? — « Lettres aux Tra- vailleur», pa L.J ussein.

Comité des Bouches du Rhône de l' Union: L'Allemagne demande la paix.

L'Assistance. aux dépôts. d'Eçlppès, Il, rue de Berri. — « Atitches murales (12 bahd. ësj ». — « A chanter sur la route », par Sauvrezis. — « Partes postales du 14, juillet ». - « cartes postales des prétentions allemandes ». —« Les forces amies », par Ch. Wagner — « Notre Histoire à, par F. Laudet. — « Les batailles françaises », par Hanolaux ».

— « Lettres aux soldats eclopes )" par R. Lavisse.

— « Le mot d'ordre » , par CH. Waghër. — « Les traits éternels de la France J, par M Barrés. « Un patribte, Dérbulédé », par RoéheBlàvë. Ou- vrages épuisés : « Vive la France >i, par Ch,

Wagner, et « Les motiis d'espérer », par le Commandant Camau j Association des Littérateurs indépendants, 29, rue Bonaparte. - Numéros spéciaux de propagande patriotique de la Revue des Indépendants. — Manifeste des revues littéraires françaises. — Carte-pos- tâle « Vive la France 1 » fil liH (;(fI.',I,i.t, «<y ju Comité de l'Effort de la France et de ses allies 3, rut- François 1er. — « L'Effort de la femme française », par L. Barthou. — « L'Effort moral de nos pays envahis », par Mme A. Reboux. « ï\Tos villes martyres rançaisesa, par E. Haraiicourt et A. Mi chel.- « L'Effort de l'Aviation et de nos aviateurs », par D. Viiicéitt: « Le Soldat IrànÇais ». par le général Malletèrre. — « La Conquête des colonies allemandes », par M Holthle.

L'information par le négoce, 3, rue François l".

« Le grand état-major allemand avait prémédité ses atrocités ». (Affiche).

Ligue Souvenez vous instituée pour perpétuer le souvenir des crimes allemands, 167, rde MontllHtrt ee. - Affiche en couleur de Gottlob: «Sôubenezvous; » - « livre rouge des atrocités allemandes, d'après les rapports officiels des gouvernements français, anglais et belge », avec 40 estampes hors texte de Domergue. - (c Bulletin de la Ligue Souvenez vans » —- Carte postale. — Timbre vignette.

— « Au Frisson des drapeaux », poèmes gù*-hrev par jacqifes Rfelsperger., — Affiche texte : « Avec les Assassins, etc., on ne discute pas, on les juge. »

— Affiches illustrées en couleurs, par Lucien JUllas Ch. Johas, Barière.

CbmiléSuiJêir: (Mirman; préfet, à Nancy - Brochure « Leurs crimes » (êdltee bài- Berger- 6r-t)c'hure ii Le ü r s N » (ëditéè pât- Be-' r g èrLetrault).

CbrHttë catholique de propagamie. 3, rue Gatdnciere. i L'Armée du crltnë », pàh M. Raoul MHrsY.

- - « La conduite des Allemands en Belgique el en France », paf H: Diivlghori. - « L'Alleriiàgrié s'acpar.!. de Béer. « L'Allemagne et la guerre par A. SëwVeur. - « rit, ëxanieh de fchnjJfciëHce A. S;~ti -~eur. - « Uli éia ,eh (le européende di, ë l'Ailemagiiè i), par P. Hazard. «Les afme. » - « Une victime du Pangeriria-

nisme, l'Arménie martyre », par E. Griselle. — « Réméréville », par Ch. Berlet. — « Le martyr du clergé français o, par E. Griselle. « En guérre: Impressions d'un témoin », par F. de Urition. - — « Journal d'un officier prussien », par H. hfrtHet: - tt La guerre lelie que l'eptcndent les Américains ët telle qUe i'enU fideht les Âlleni;inds », pdrNohton Princé. - « Les proeêd. s de guerre des A-1 e tn alids en lklgiq le P, par H Davignon. — « L'occupation alK'hi'tnde à Bruxelles, rëfcuriléè rHJr lis affiches allemandes D, par L. Dum nt- Wilden. — « Comment les Allemands font l'opinion M. par le hi&lhë — « I.a place df tlà gderre actuelle ddhs nbtre Histoire nationale P, par C. Jullan, pro esseur au Co}lêe France. — « La vraie France et l'évolution du Patriotisme », par C. Rocherblave.- « La France au-dessus de tout ».— « Lettres de combattants » par R. Narsy. - « Les s.ui boches », par André Beaunier. — « De Kant à Krupp », par l éori Daudet. — « Amende honor hle », par F.. Melgar. —

« Pro Patria », par Vidd Glraud. — « Pro Patria », par le même (2e scrie).

Comité des études et documents de guerre, jibrai riè Col n, boulevard Sfiint-MicHél, 103 — « Panger- manisme », par M Aridlér. — « Le- crimes àllëmfehds Í). par M Bédier ,— « Pràtt(lue et doctrines allemandes », pàh MM. Lavissé ët Àtidlëh. - « Vio- lation de neutralités i), par M. ,irtdre Wt>iss. « L'Allemagne au dessus de tout », par M. Ôurkeim.

Ligue des pays Tl,Julres, 3, rué (ouncid. — à Le devoir des rieiitr s et le to'rpilla^é iiii Ltixitaniu » par René Anema i tract i. - « De la neutralité et de ses ravages dans les grands et petits pays ». par Réné Anema, (tract traduit en anglais, en àllertitlnd, eH hollandais, en suédois, en ëspagridi et bu gteb), — « Appel aux neutres en faveur de N Bel- gique ? (section hollandaise).- « Lettre Cbloriel Théodore Ridsevëlt » (tract). - « Les îJgissëhients de l'AIH.rrlagne dans lès régions etivahies (protestation) ». — « Appel aux gouvernements neutres » — « Raf^jdrt.établissant découverte faite dans les jardins de légation (l'Al ièhiagne à Bucarest, de ciit^sës d'èip'lo^ifs et de ttjbës contenant des bouillons de Culture bacillaire destinés à propager en Roumanie le fcharbdH et la mocve »..(Louis fàedri; CaHos Ldrroridé. ët. A F.' Frangulis, rapporteurs). - c Les atrocités bulga- res en Macédoine orientale » <tracf). — La contri- bution dé guerre imposée par les Allemands à la ville de Lillfe » (rrotestation). < Le bombarde- ment illicite de Paris et de Londres », UraCIF.

« Appréciation des récentes déclaratifs de MM.

Stéphen Pichon, Lloyd George et Wilson d'iine part, du comte Hertling et du comté C/.ernin d'autre part. » — c La responsabilité de l'Allemagne au sujet de l'extermination des hatiorialitès opprimées en Turquie ». — « Le, cas de la Norvège au poirit de vue (Iüdroit iriternàticHüil », par À. F. Frangulis. « Véhérriëiite protëstàtidfi d'un artiste espagnol dontre le HdmbaHlëmerit îièriëti de Paris » (section espagrible). - « Les mèriéës dé la propa- gande àtletiHahdê h (sèctioH suisse).« Article paHi 15 aortf 1317 dans ië joUrrial OHze Zelfàiun- dijéheid » (dotre In<iépeildàhfcé), OrgtlHè dé là Ligue à la Haye et montrarit la nécessité du retour pur et simple de l'Alsace- LorràiHë à là France.

Comité de Reltitiôns avec les Paqs Néllires (Sons lé patronage de la Chambré dé Commerce de Marseille). ït Les neutres et la guerre sous-tnâribe i. r-

1


Dix manifestes des intellectuels des pays neutres sur la guerre ». — Pr~ testations des Savants de Lilles contre la barbarie allemande.

Ligue républicaine : Droit et Liberté, 77, rue Blanche. — « La Paix proposée, la Paix imposée » (tract).

L'Assistance aux Dépôts d'Éclooes, 11. rue de Berri, — « Deuxième contérence du Général Malleterre t.

La Conférence au Village, 9, avenue de l'Opéra.— « La brutalité allemande ».:.-. « Comment ils ont traité nos prisonniers ». — « N'oubliez pas ». « Ce que lut la domination allemande».

La Ligue Maritime Française, Association reconnue d'utilité publique (décret du 17 décembre 1905), Paris, 8, rue de La Boétie, Téléph. Elysée 87-34, publie les documents suivants : 1° Revue illustrée grand in-quarto, distribuée gra- tuitement à ses membres adhérents (3 fr. par an).

20 Suppléments techniques distribués gratuite- ment à ses membres sociétaires (10 tr. par an) et fondateur (50 fr. par an).

a) PUUt' l'amélioration de nos transports maritimes et fluviaux, par Maurice Rondet-Saint.

b) La loi de 1912 pour l'autonomie des ports et le Règlement d'administration publique de 1916, par Georges Lecarpentier.

c) La Marine Française pendant 40 mois de guerre navale, par le Vice-Amiral Besson.

d) Les dommages maritimes de guerre par Henri Talamon ; la réquisition des navires de comme ce Français; le port de Haïphong, par M. Bienaimé.

e) Le remorquage en mer et la construction en béton armé, par Paul Cloarec ; la Suisse et les voies maritimes françaises, par G. Lecarpentier; l'opinion Suisse et le canal du Haut-Rhône, par H. Hauser.

) L'Homme et la Mer : la science de la Mer par A. Ber gel, professeur à l'Institut Océanographique; Ce que voit un naturaliste au bord de ta mer. par L. Joubin, professeur à l'Institut Océanographique.

g) Les Crimes allemands sur mer: Hommage aux marins français, par A. Millerand, Leur Sedan, par M. Rondet Saint, Quatorze histoires de crimes, par Georges G.-Toudouze.

i) La Mer et la Guerre, par Voizot de Lerma et Jean Le Gouin.

3° Notre avenir est sur mer Revue Illustrée, inquarto, supplément scolaire de la L. M. F.

4° Du Poisson sur toutes les tables, brochure technique.

5° Les Réalités de la Guerre sur Mer, affiche en couleur 57-47, par Léon Halfner, peintre officiel du département de la Marine.

6° La même affiche réduite au quart tirage en noir.

7° Tract de propagande sur la Marine Française.

8° Le Livre de la Mer. manuel d'enseignement de la Ligue Maritime Française, par Georges G.-Toudouze, un volume de 80 pages, in-octavo, illustré de 92 gravures et cartes. Larousse, éditeur.

9° La France et les Etats-Unis dans la guerre de l'Indépendance Américaine, par Georges LacourGayet, membre de l'Institut.

10° L'Avenir de la France est sur mer, 1 vol. in-8° par Maurice Rondet-Saint, Plon, éditeur.

11° Choses de l'indo Chine contemporaine, 1 vol.

in 8°, par Maurice Rondet-Saint, Plon, éditeur.

12° Drames et Gloires de la Mer (1914-1917), un volume illustré grand in-octavo, par Georges G.-Toudouze, Chapelot, éditeur ; 13o La série des récits et souvenirs de la guerre maritime dont titres ci-dessous : a) La Chasse aux sous-marins ; b) Le Combat naval du Jutland ; c) La arde aux Océans; d) l'ierrik le mousse pêcheur de sous-marins; e) Le Forceur de blocus ; - /) Une Campagne en hydravion ; g) Le Crime du « Lusitania » ; h) La Defense du Pas-de-Calais ; i) L'Embouteillage de Zeebrugge, textes de Georges G.-Toudouze, illustres par Léon Hatlner et Sandy-Hook, peintres officiels du Département de la Marine.

14° Les Héros du Kléber, poème, par M. GasnierDupar.

5° Cartes postales : a) Listoire du Navire, 20 cartes par Albert Sebille peintre officiel du Département de la Marine.

b) Pour nos Marins, 16 cartes en photogravure.

c) Les Réalités de la Guerre sur mer, par Léon Haffner,- peintre officiel du Département de la Marine.

,. IV La Question d'Alsace-Lorraine.

« Comité l'Effort de la France et de ses alliés J, 3, rue François 1er. — « L'Effort alsacien-lorrain », par Benjamin Vallotton. « Notre Alsace et notre Lorraine ), par MM. l'ambassadeur Bompart, Ch.

Lorraine », l'abbé Wetterlé. « Comment l'Alsace Andler et l'ahbé \Vetterlé. - « Comment l'Alsace et la Lorraine ont protesté ». — « L'Inviolable Serment. »

L'Information par le négoce, 3, rue François Ier.- < Le respect des droits de l'homme garantit la paix du monde ». (Affiche).

Section photographique et cinématographique de l'armée, 3. rue François Ier. — ( L'Alsace et la Lorraine veulent rester française. »

L'information à l'étranger, 3, rue François Ier. —

« L' Alsace-Lorraine ». par Andler. — « Annexion et désannexion de l'Alsace Lorraine ».

Ligue Française, 237, boulevard Saint-Germain.

« La Lorraine et la France » (tract), par le chanoine Colin. — « L'Alsace-Lorraine et la guerre » (tract), par Anselme Frangél, ancien députe au Reichstag.

— « L'Alsace et la Lorraine, partie intég'ante du territoire français » (tract), par Emile Hinzelin.

Ligue républicaine d'Alsace-Lorraine, 3, rue Récamier. — c La question du plébiscite. Çe que doit être l'application du droit des peuples au problème d'Alsace-Lorraine », par P.-G. La Chesnais.

Union amicale d'Alsace-Lorraine, 28, rue Serpente.

- I. Brochures. « Pour l'Alsace-Lorraine ». « Les généraux alsaciens ». par Holmer - « L'art populaire en Alsace », par A. Laugel. - « Un poète alsacien », par L. Ambruster. — « L'Humour alsacien », par Petit Gérard. — « L'Alsace et la France J, par C. Pfister. — « Comment la République de Mulhouse s'est donnée à la France », par C Pfister. —

« Souvenirs d'un écolier alsacien », par L. W~gner.

— « La Marseillaise », par le baron de Dietrich. —

« L'Alsace-Lorraine pendant la guerre de 1870 », par M. Laugel. — « L'Alsace-Lorraine de demain »,


par M. Wetterlé. — « L'Alsace-Lorraine pendant la guerre », par M. Blumenthal. — « Notre Alsace ».

— « Le jour de gloire est arrivé. »

II. — Tracts. — «A nos fils d'Alsace qui son.

venus se battre pour la France », par C. Wagner — « Lettre aux soldats Alsaciens-Lorrains », par M. Wetterlé. — « Nos rères d'Alsace et de Lorraine », par L. Armbruster. - « Pas de plebiscite.» — « L'Alsace martyre ». — « L'âme alsacienne ».— - « Les généraux alsaciens ». — « En Alsace». —

« Françaises toujours et quand même ». — « Le fer de Lorraine. ))—< Timbres». — « Le départ du soldat ». - « Ce que tous les français doivent savoir ». - « Ce que les petits entants de France doivent savoir ». « La poupée Alsacienne-Lorraine ». — Atfiches, cartes postales, calendriers ».

Bureau d'études d'informations diplomatiques.

3, rue François Ier. — « Annexion et désannexion. »

Comité protestant français, 102, boulevard Arago — « Notre Alsace », par C. Jullian. — « L'Alsace et la France », par Ch. Wagner. — « Le. drame Alsacien-Lorrain », par B. Valloton. — « L'Alsace fidèle », numéro spécial du Bulletin protestant français. — « Causerie d'un patriote sur l'Alsace J, pr.r C. Wagner. — « Le droit et la volonté de l'Alsace-Lorraine », par J. Vienot. — « L'Alsace française », par C. Jullian.

Bureau d'Études d'Alsace-Lorraine, 19, rue de Bourgogne. — Brochures — « Hors des serres de l'Aigle », par le cap. Lorentz. — « Histoire d'une Fidélité », « Le Non! Non 1 Jamais ! des deux Compères ». par Robert Veyssié. - «Au Pay de la M reillaise », par A. de Dietrich. — « La Question du Plébiscite », par P -G. La Chesnais.— «Des Documents, des Vérités», par Maurice Barrés. — « Ce qu'il faut savoir de la question d'Alsace. Lorraine», par le cap. Leroy. « La Terre Fidèle », « L'Ame Alsacienne. Formation du caractere Alsacien », par A. Laugel.

Tracts illustrés en noir. — « Nos frères d'Alsace te de Lorraine » — < Le Plébiscite ». — « L'Ame Alsacienne ».— « Ce que les petits enfants de France doivent savoir de l'Alsace-Lorraine ». — « Femmes de France et d'Alsace, .femmes héroïques ! ». —

« Françaises toujours et Quand Même ! ». — « Ce que tous les Français doivent savoir ». — « L'AlsaceLorraine et la Victoire du Droit », par Edouard Schuré. — « Ces bons larrons! ». — « Le ter de Lorraine ».

Tracts illustrés en couleur. — « L'Alsace Française selon le Droit ». - « L'Alsace Française d'après les Allemands ». - « L'Alsace Française selon l'Histoire ». — « L'Alsace Française -selon l'amour ».

« Bons vins de Lorraine et d'Alsace : Bons vins français ». — « Les Cloches de Lorraine. ». —

« Les Cloches d'Alsace. J.

Affiches. - « Alsace et Lorraine », par Abel Truchet. — « La Pieuvre allemande ». « L'Attente », par Henri Boyer. — « L'Alsace Enchaînée » avec texte. 2 modèles, par Jonas. — « Debout les Morts pour la Patrie ! Voici lu France ! » (avec texte, par Jonas. « Les Alsaciens-Lorrains sont nos Frères» (avec texte).

Gravures en couleur. — « Les Trois Couleurs.

Quand Même ! », par Baldo. — « L'Oiseau de France », par Bettanier. — « Il est en France », par

Bettanier. — « Lueur de France », par Bettanier. — * « Annexé », par Bettanier. — « Départ pour la France », par Bettanier. - « Alsace Amérique », par Many-Benner.

Cartes postales en noir. - « En Alsace », « Le Vrai Plébiscite », par Scott.

Cartes postales en couleur. — Série de cinq sujets d'après Bettanier, avec legende en anglais et fran-

çais. — Cinq compositions originales de Willette, Jonas, G. Redon, A. Faivre, Ch. Michel, avec legendes.

Images d'Epinal, sur quatre pages, avec scènes anecdotiques pour les enfants, et légendes.

Calendriers 1918. — Série de quatre calendriers avec compositions originales en couleur, et déclarations des principaux hommes politiques trançais et alliés sur l'Alsace-Lorraine.

La Française, journal de progrès féminin, 17, rue de l'Annonciation, numéro spécial du 1er mars.

- C'est en Alsace, marche française de Pierre Chapelle, musique d'Albert Chantrier, illustrée d'une composition de Maurice Neumont.

L'Assistance aux Dépôts d'Éclopés, 11, rue de Berri. - i La Lorraine martyre », « L'Alsace-Lor- raine » « La France et les Alsaciens-Lorrains », par Hinzelin. — « Allocution sur l'Alsace et la Lorraine », par Welschinger. ,

La Conférence au Village, 9, avenue de l'Opéra. —

« Les Frontières de la France ». — La Rive gauche du Rhin ».

V

L'Effort des Allié».

Comité de l'Effort de la France et de ses alliés, 3 rue François 1er. — « L'Effort britannique », par M André Lebon. — « L'Etlort italien », par M. Louis Barthou. — « L'Effort du Japon », par M. Gérard, ambassadeur. — « L'Effort belge » par M. Marin, député. — « L'Effort canadien », par Mgr Baudril- lart. — « L'Effort canadien s, par M. Gaston Deschamps. — « L'Effort de l'Inde et de l'Union SudAfricaine », par M. J. Chailley. — « L'Eflort portugais», par M. Paul Adam. — « L'El,OI t russe », par M. Herriot. « L'Effort serbe », par M. Paul Labbé. « Le loyalisme et l'effort japonais », par M. Paul Labbé. — c Le Brésil », par P. Adam.

— « L'Effort de l'Afrique du Nord P, par Aug. Besnard. — < L'Effort colonial français », par A. Lebrun. — « L'Effort de Paris », par H. Robert.

Société des Conférences populaires, 4, rue Rameau. — « L'Effort britannique », conférences, 50 vues.

L'Information à l'Etranger, 3, rue François-1er. —

Livres en dé ôt : « L'Eftort de l'Angleterre ». par H. Ward. - « L'Angleterre et la guerre » par Chevrillon. — « L'Armee anglaise sur le Continent », par R. Puaux. — « Chez les anglais pendant la guerre », par F.-D. Davray. — « Les Canadiens en Flandre », par Aitken. — « Les Flandres en kaki », par Dreyer. — « Chez nos alliés britanniques », par Laurent. — « La Bataille navale du Jutland », par Guiheneuc.

Comité Protestant Français, 102, boulevard Arago.


• — « L'Effort anglais », par Steed. — « La violation dp la neutralité belge », par André Weiss.

Bureau des Etudes de l'Information Diplomatique: — « Ce que la France a tait pour ses alliés ».

La Française : numéro spécial du 27 juillet 1918, Hommage au service de guerre des femmes bri- tanniques.

VI Letide Amé'irîrain-e.

Comité l'Effort de la France et de ses alliés, 3, rue François-1er. — « L'Ecart charitable des Etats-Unis », par M. A. Millerand, ancien ministre. — « Les Amé ricains en France: lettre ouverte aux habitants des régions où vont séjourner nos nouveaux alliés. »— « L'Union de la France et de l'Ameriqué », par G. Hanotaux. — « La Fête de l'Indépendance américaineen France ». — « L'Effort politique et charitable de l'Amérique latine », par MM, E. Boutroux et Ch. Guernier.

L'Information à l'Etranger, 3, rue François-Ier. —

« Les Etats-Unis : leur intervention ». — « Lettre ouverte d'un soldat fiançais aux soldats américains : la Part de la France ». — « Ce que les Américains nous a! portent », par M. Maurette, — « La Guerre et les Etats Unis : Discours de M. Walter- Berry, président de la Chambre américa. e de Pa- ris, le 4 juillet 1917 ». — « Message des Universités, collèges et écoles américaines aux Universités, lycées et écoles de France ».

La Conférence au Village, 11, avenue de Opéra, — « Pourquoi les américains viennent à nous ? »

(affiche).

Bureau d'Etudes de l'Information diplomatique, 3, rue François-Ier. — « L'Aide économique des EtatsUnis ». — « Hesultats de la mission de guerre amé- ricaine en Europe ». — « Wilson contre Guillau- me Il ».

La française, journal du progrès feminin, 17. rue de l'Annonciation, numéro spécial. Hommage des françaises à l'aide des Etats-Unis (15 décembre 1917).

L'Assistance aux Dépôts d'Éclopés, 11, rue de Berri. « L'Intervention des Etats Unis », par J.

Reinach.

VII Prinelp» des lyatiwnwliton» Bureau d'Etudes de l'Information diplomatique. 3, rue François-ter. — « Mémoire adressé par le Club Yougo-Slave du Parlement de Vienne aux Délégations de Brest-Litowsk».— «Déclaration de la Constituante tchèque de Prague, le 6 février 1918 s. « Tchèques contre Magyars et Allemands d'Autriche ». — « La question flamande ».— « Le Mouvement en Autriche n'est pas définitivement termine ». — « Les Tribulations des ouvriers hollan- dais aux usines Krupp ».

Ligne des pays neutres. Une Ligue des nations comme garantie d'une paix durable est-elle possible? », par A. F. Frangulis.

L'Assistance aux Dépôts d'Éclopés, 11, rue de Berri- « L'Italie », par Laudet. — « La glorieuse Belgique J, par Roland de Marès (Onorqqea epuisésK Comité de l'Effort de la Frarce cl de sea alliés.

3, rue François 1er. — « La Pologne », par M. G (Leygues. — « La protestation des peuples martyrs.

Arménie, Belgique, Pologne, Roumanie.). » « L'Effort charitable de la Suisse », par M. Steeg.La Conférence au Village, 9, avenue de l'Opéra. —

« En quoi la Pologne intéresse la France ».

VUI La Production nationale. Les Rentric- tions. LeM Kcoiioniiei)* 1 il 'i'. - - i La Conférence au Village, 11, avenue de l'Opéra. f - « L'Allemagne contre l'Agriculture française » tract 425.000). — « La Paix et les salariés ». — « Patience et Travail ». — Il Agriculteurs français, où est votre avenir? »

Ligue des Patriotes, 4, rue Sainte-Anne, « Les dix commandements des consommateurs français pendant la guerre. ? — « Les dix commandements du consommateur allemand ».

La Vie moins chère, Ecole nationale des Economies et de l'Epargne, 19, quai Malaquais. - « Aux Françaises et aux Français ». — « Ce qu'il faut manger pour vivre ». — « Economie et hygiène du vête- ment et dt la chaussure ». — « Economisons le pain ». « Le combustible et le chauffage ». —

« Hygiène des boissons ». — « Les corps gras dans l'alimentation humaine ». -- t Le paquet du poilu, le paquet du prisonnier - « La viande dans l'alimentation ». — « Les remplaçants de la viande ».

— « Les légumes frais et les fruits frais dans l'ali- mentation humaine n. (Tracts avec menus et recettes pratiques). — « Les Equivalences alimentaires » (tract). — DPUX séries de caries postales : « Pour économiser la viande»; - « Pour remplacer le lait, les œufs, le beurre dans l'alimentation ».

Série de quatre cartes postales. — ( Economisez le combustible », Ligue Nationale des Economies, 36, rue Vaneau. —

« Economisons le pain ». — « Économisons le papier - « Pour économiser les tissus et les cuirs ».

— « Economisons le pétrole et l'essence ». — ( Economisons le charbon »., — « Economisons la viande » (tracts). — Une affiche : « Appel en faveur des économies).

-Fédérations des Grandes Associations Agricoles, Académie d'Agriculture, rue de Bellechasse. « Semons du blé » (tract illustré). — « Aux agriculteurs » (affiche) Œuvre des Pépinières nationales du Touring Club, 65, avenue de la Grande Armée. -- « Des légumes pour nos poilus et des arbres fruitiers pour nos régions dévastées par les Barbares ».

Ligue de l'Enseignement, 3, rue Récamier. —

« Serrons d'un cran notre ceinture », par M. Marcel Porte.

Bureçtu d'Etudes de l'Information diplomatique, 3, rue François-Ier,— « La nouvelle crise de la politique, alimentaire en Allemagne met en lumière l'incohérence et la corruption de l'administration impériale ». — « L'effort économique de la France pendant deux ans et demi de guere » (brochure). —

« Mesures prises par le gouvernement italien pour restreindre la consommation publique ». - « Les provisions qu'un Allemand a le droit d'avoir chez lui ». — « Les résultats du rationnement volontaire en Grande-Bretagne et les mesures projetées ». —


« Les décrets du 4 et du 5 avril 1917 sur le rationnement ces vivres en Grande-Bretagne ». — « Le problème alimentaire en Angleterre, avril-septembre 1917 P. « Les ordonnances alimentaires en Allemagne ». — « La situation alimentaire en Au triche ».

Comité Protestant Français, 102, boulevard Arago.

— « Rénovation du travail national », par M. Hauser.

Association Générale des Médecins de France, 5, rue de Surène. — « Le pain naturel », par le docteur G. Guelpa.

La Française. numéros spéciaux sur les restrictions, 28 avril 1917 et 1918. - Rubrique permanente de renseignements sur les carrières féminines. —

Tableaux guides dans les nos des 23 et 30 juin et 1er décembre 1917 et 1918.

Ligue Française, 237, boulevard Saint-Germain.

— « L'Agriculturé française » (brochure), par M. Louis Mangin, de l'Académie des Sciences. —

« La disette du blé. comment la conjurer » (tract) , L. Mangin. — « Les cultures nécessaires ) (tract), L. Mangin. — « La guerre économique de demain J) par André Lebon.

L'Assistance aux Dépôts d'Éclopés, 11, rue de

Berri. — « Affiches d'hygiène (14 bandes) ». —

( Conseils d'un vieil explorateur, » par Bonvalot.

- c Le médecin du combattant », par Binet. —

« Œuvres de guerre » Louis Pasteur. — « L'alcoolisme, » par F. Laudet. — « Antialcoolisme et repopulation » par Aubert.

Ouvrage épuisé : « Deux principes d'hygiene », par le Protesseur R. Blanchard.

IX

L'Or et la Guerre.

Ligue de l'Enseignement, 3, rue Récamier. —

« L'or, l'emprunt national, la victoire et la -paix P, par M. R. J. Lesire. — « La puissance économique et financière de la France P, par M. Marcel "Porte.

La Conférence au Village, 11, avenue de l'Opéra.

f La note à payer ». — « L'Allemagne peut payer ».

Société Nationale des Conférences Populaires, 4, rue Hameau - « L'emprunt de la victoire » (conférence). »

Ligue Républicaine Droit et Liberté, 77, rue Blanche.— « Un pessimiste et un bon Français causent de l'emprunt ».

Le Directeur-Gérant : LÉON ROBELIN.