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Title : Discours philosophiques : le premier sur les causes finales : le second sur l'inertie de la matière ; et le troisième sur la liberté des actions humaines. Par M. Boullier

Author : Boullier, David-Renaud (1699-1759). Auteur du texte

Publisher : (Amsterdam)

Publication date : 1759

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : XXXVIII-271 p. ; in-12

Format : Nombre total de vues : 328

Description : Appartient à l’ensemble documentaire : GTextes1

Description : Contient une table des matières

Description : Avec mode texte

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k64847372

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, R-12253

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30142937p

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 27/02/2013

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DISCOURS PHILOSOPHIQUES.



DISCOURS PHILOSOPHIQUES: LE PREMIER

SUR LES CAUSES FINALES: LE SECOND

SUR L'INERTIE DE LA MATIERE; ET LE TROISIEME SUR LA LIBERTÉ DES ACTIONS HUMAINES.

Par M. BOULLIER.

A AMSTERDAM.

Et se trouve à P A RIS.

Chez GUILLYN , Quai des Augustins près du Pont S. Michel, au Lys d'Or.

M. DCC. LIX,



AVERTISSEMENT:

L A diversité des sujets com- - pris dans ce Recueil, dispense un Lecteur qui daignera jetter les yeux sur l'un des trois Discours qu'il renferme, de parcourir aussi les deux autres; il n'aura néanmoins, s'il veut bien les lire tous, aucune peine à s'appercevoir des mutuels rapports qui les lient. Toits trois ont le même but, s'appuyent des mêmes principes, & tiennent ensemble par la liaison qu'ont entr'elles les vérités importantes qu'on a rché d'y placer dans un nouveau jour.

Dans le premier Discours, j'établis, ce me semble, sur ses légitimes fondemens la preuve qui se tire des Causes finales en


faveur de l'existence de Dieu.

Pour en montrer toute la force, il falloit la creuser , pour ainsi dire, & l'analyser avec précision. Je m'y fuis cru d'autant plus obligé, qu'un mépris toutà-fait injuste de la part de quelques Savans d'aujourd'hui, la rabaisse au rang de ces argumcns populaires, qui ne sont pas de véritables démonstrations. Mépris qui. pour ne rien dire de trop fort, leur est moins inspiré par le goût du vrai, que par celui du para: doxe. Il pourroit bien venir aussi de ce qu'ils ne l'ont pas gflèz méditée. Avant que de la mettre en œuvre, disent ces Messieurs, il faut avoir démon- tré que l'ordre de l'univers n'est point l'effet d'une nécessité ,fatale:,. Que signifie ce langage ? Ils ne comprennent donc pas que cet ordre seul réfute le-


systême d'une telle nécessité, puisqu'il manifeste à la fois l'intelligence & le pouvoir d'un ouvrier libre ? Ils ne sentent pas, que par tout où la sagesse regne, la liberté y regne aussi ? Prétendre que les merveilles de la Nature ne prouvent point un Créateur, à moins qu'il ne foit prouvé préalablement qu'elles ne font point le résultat d'une aveugle fatalité, c'est comme si l'on soutenoit, que des corps par leur arrangement produiront un effet très remarquable & très utile , sans que l'on en doive conclure que personne ait arrangé ces corps ; ou comme si quelqu'un, pour être convaincu qu'une pendule est l'ouvrage d'un Horloger, exigeoit qu'on lui démontrât avant tout , que cette pendule n'e-


xiste point par elle-même. Hé de grace , Messieurs ! produisez-nous les raisons qu'il y a de croire que la pendule existe par elle-même , comme on vous produit celles qui prouv vent qu'elle n'existe point de la forte, & qu'elle est l'ouvrage d'un Horloger. En vérité, c'est un trait peu glorieux pour cet esprit philosophique dont se pique tant notre Siécle, qu'il s'y foit rencontré des gens , qui sans être Athées , tiennent pour suspecte la bon- té d'un argument, auquel tous les Siécles ont donné leur suffrage , & dont jusqu'ici l'évi- dence a frappé toutes fortes d'esprits.

Le second Discours qui roule sur l'inertie de la Matiere, tend à la dépouiller de toute aéti v ité > en la représentant


comme le sujet passif de l'action de Dieu , & ne lui laissant que la faculté de conferver le mouvement que cette action lui a une fois imprimé.

Ce. qui montre d'une part * que les loix du mouvement ne sont nullement arbitra ires , ainsi que beaucoup de Philosophes semblent l'avoir cru, mais parfaitement relatives à la nature des corps ; & qui dé l'autre fournit une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, parcequ'on y voit la nécessité de recourir à un premier moteur intelligent, à un esprit in- fini, à un pouvoir suprême dé qui émanent tous les autres pouvoirs, & dont la Providence gouverne avec sagesse ce que sa puissance a créé. De plus par ce caractere d'agent 9ou de principe de mouvement


& d'action, qui ne convient qu'aux esprits , j'établis sur des fondemens inébranlables la distinction essentielle des deux substances , esprit & matiere.

J'avoue que cette di/lincfcion me paroît la clé de la bonne Philosophie , & je la regarde comme un flambeau propre à dissiper par sa lumiere nombre de fantômes trop long - tems revérés.

Je m'attens bien que ceux d'entre les Philosophes qui refusent toute efficace aux causes secondes , trouveront mauvais d'entendre dire icique le mou- vement passe d'un corps à un autre en vertu de leur feule iner- rie,& fpns qu'il soit besoin d'une nouvelle action de Dieu. Mais si ces gens-là sont effectivement Philosophes, ils péseront mes raisons , sans avoir égard au


préjugé, non plus qu'au nombre des partisans que peut avoir leur doctrine. Que s'il faut à la mienne des autorités, j'en trouverai une illustre dans l'A uteur des Doutes sur le systême des causes occasionnelles.

Cet écrit profond & solide dans sa brieveté , étoit devenu fort rare (a). Un heureux hazard l'a fait tomber entre mes mains assez long-tems après la composition de mon Discours ; & ce n'a point été sans une extrême satisfaction que j'ai vu combien les raisonnemens de l' Auteur s'accordent avec les miens,& fervent à les appuyer.

Le Lecteur me permettra d'en citer ici quelques endroits, auxquels cependant il fera bon

(a) 11 reparoît dans le Tome IX des Oeuvres de M. de Fontenelle , dont M.

l'Abbé Trubletvient d'enrichir le Public.


de joindre de legers éclaircissemens. Il dit Chap. III, au commencement, qu'une cause véritable est celle entre laquelle & ¡On effet on voit une liaison nécessaire; ou si vous vouler , qui précisément parcequ'elle efl ou est telle, fait qu'une chose est, ou est telle. Cette définition a besoin d'un correctif. Elle mar- que très bien dans le sujet dont « est ici question ( celui du choc des corps, & de la communication des mouvemens ) la différence qu'il y a entre la cause occasionnelle du Pere Mallebranche, & la cause réelle de cette communication, telle que l'Auteur la conçoit & que de mon côté je l'avois aussi conçue. Celle-ci agit nécessairement, & est tellement principe de mouvement pour le corps qui reçoit ce mouvement, que l'on apperçoit une


liaison nécessaire entre lui 84 son effet. Mais on doit s'exprimer d'autre forte sur la eause libre, qui en rigueur mérite feule le nom de cause, étant le pouvoir d'agir. Il n'y a point entre ce pouvoir, & son action pu son effet, de liaison flécelïaire , puisqu'il est libre, & qu'il est pouvoir. Il y a seu- lement une telle proportion entre cette cause & l'effet , que cet effet ne peut-être que par elle , ÔC qu'il la suppose nécessairement ; tandis qu'elle , sans le produire nécessairement, n'a besoin que d'ellemême pour le produire, & le fait être quand il lui plaît, sans quoi il n'y auroit point de vraie production r & elle ne feroit point vraie cause. Car il est bien clair que tout ce qui fuit d'un principe nécessaire


coexiste à ce principe, & n'est point un effet produit. Au lieu que tout vrai effet est postérieur à sa cause, il commence d'être par la vertu d'une cause qui subsistoit avant lui. Entendez donc cette liaison nécessaire de la cause avec son esset en ce sens, que la cause ( lorsqu'il s'agit de la libre) produit son effet dès qu'elle veut, & par cela seul qu'elle le veut , & qu'il n'existeroit point sans elle. Qu'elle ne sauroit non plus avoir moins de perfection qu'elle n'en met dans son effet ; qu'elle en doit même avoir davantage. Il n'est vrai qu'en ce sens, que parceque la cause est , & est telle, l'effet existe. Le grand Philosophe, que je viens de citer, montre aullî admirablement bien, p. 71 , que dès qu'il n'est pas contre la grandeur & la


souveraineté de Dieu, que l'exiftence des créatures foie une vraie existence , il ne l'est pas non plus qu'il y ait en elles une vraie force distinguée de la tienne. - Rien de plus conforme aux principes sur lesquels roule tout mon discours.

Et c'ëft à quoi eu fient du prendre garde ceux qui dépouillent les causes secondes de toute efficace & de toute activité. J'observerai cependant, ., que dans les corps , ce qu'on nomme forcé mouvante , n'est pas un pouvoir proprement dit; ce n'est que leur nature même, subsistante en vertu de leur création, qui leur fait conserver & transmettre à d'autres .corps le mouvement une fois reçu , sans qu'il foit besoin pour cela d'une nouvelle action divine. Le même Phi


iolophe (a), pour expliquer comment dans les corps la force mouvante est différente de celle du premier moteur emploie la belle comparaison de la lumiere qui vient directement du Soleil, mais qui se rompt en traversant les corps transparens, & se réfléchit des corps opaques. » Qu'un corps.

» dit-il, envoye de la lumiere » en un certain lieu par rc- « fraction, ou par réflexion :, » ce n'ct f pas lui proprement » qui éclaire ce Iieu, c'et ftoa- » jours le Soleil qui seul à » produit & a pu produire » cette lumiere. Mais ce corps "na pas laissé de faire, comveritable, & pré- » cilement en vertu de sa na- m ture, que cette lumiere fut ici ou là.

(a) Douas, &c. Chap. VI.


"Il y a une différence dans M cette comparaison; c'est que » comme l'avion du Soleil » est naturellement détermi» née à poussèr la lumiere sur >5 la même ligne droite ; un M corps transparent ou opa» que qui détermine la lumier 55 re à prendre une autre ligne, 3) change quelque chose à l'ac,.

M tion du Soleil : mais l'action M par laquelle Dieu produit » le mouvement, n'est déter,J) minée qu'à produire tant de >i mouvement dans toute I3.

P) mafle de la matiere , & non » à en produire tant dans cha» que corps particulier ; 8c » par conséquent les corps » qui ne font que faire paffèr » du mouvement dans d'au- 2) très corps particuliers , ne » changent rien à Fanion d4 Dieu, en tant qwcllç est dé,


M terminée u. Je remarque là- dessus que toute action de Dieu sur les corps , en qualité de premier moteur 5 doit être conçue comme déterminée , foit qu'il remue toute la masse :t foit qu'il se contente d'en mouvoir une partie ; c'est - à - dire , de mouvoir certains corps y lesquels ensuite par le choc communiqueront leur mouvement a d'autres. C'est toujours alors une action semblable à celle des rayons du Soleil, une attion dont l'objet ell: immé.

diat & déterminé. Mais rien n'empêche que l'effet de cette action divine qui subsîste après ration même, lavoir ce pre- mier mouvement, ne se trans mette à d'autres corps , & qu'il ne foit diversement modi- fié ou altéré par le choc, en vertu de l'impénétrabilité &:


de l'inertie naturelle de la matiere ; à-peu-près de même que la lumiere du Soleil est reRé- chie , rompue, renvoyée d'un Jieu dans un autre , par les corps opaques & transparens.

Ce n'est point-là une résistance qu'éprouve l'action de Dieu; c'efturie modification que,conformément à sa volonté, l'ef- set de cette action reçoit de la nature même des corps, dont Dieu n'est pas moins l'auteur, qu'il i'est du mouvement. Con- cluons de tout ceci, contre le préjugé de nos sens 9 & c'est où tend mon fecond Discours, que le mouvement n'est point une action des corps, ni l'esset d'un pouvoir d'agir, ou de se mouvoir foi-même, qui lo- ge dans la matière ; mais que c'est l'effet du pouvoir qu'exercé un esprit y lorsqu'il agit fuir


la matiere ; effet visible que perpétue l'inertie de cette substance, & qui nous prouve la réalité de l'agent invisible & immatériel.

Enfin ceux qui nient que nous soyons libres, pourront voir dans mon troisieme Dis- cours , l'inutilité des efforts qu'ils renouvellent de tems en tems pour étouffer la voix de la nature & de la raison, en nous contefiant le plus beau de nos privilèges. 1 y a deux voies pour combattre le Fatalisme : l'une est de l'attaquer par ses conséquences ; l'autre , de ruiner les principes. En l'une & en l'autre maniere on n'a pas de peine à découvrir l'extravagance d'un tel systême. Pourroit-il en effet n'être pas absurde par ses consequen-


ces, puisqu'effaçant toute diftinétion, de-vice 8c de vertu, il anéantit d'un seul coup la Morale & la Religion ? puisqu'il rompt le plus puii/rla* nt lien, de la société humaine , en met* tant au rang dés pures chimeres les loix àc les mœurs ? J'oie bien defier ici la subtilité de ses partisans. Les rannemens.

les plus abstrus de leur prétendue Métaphysique ne sauroient empêcher que, ious le: règne de la necessite;, toute obligation ne disparoisse. Ils n'éluderont jamais cette con- séquence de leur doctrine, 6c leurs raisonnemens échouc ront toujours contre un axiome aulll évident lui seul que tous ceux de la Géométrie : A l'impossible nul n'efl. tenu. Les voilà donc placés dans un tec*


cible détroit : ne pas voir ces fuites évidentes & nécessaires de leur systême , ç'est avoir éteint en foi toutes les lumiè- res du bon sens ; les voir ÔC les admettre c'est avoir porté le libertinage à son comble.

Le cœur pour l'ordinaire est ici Complice des égaremens de l'es prit. On est libre, on fent qu'on rest, on manifeste cent fois par jour le [eririment intime Se W vraie convidion qu'on en a ; avec cela pourtant on a l'arc d'inventer des sophismes qui obscurcissent à l'esprit cette vérite ; & après s'être em barrafTé soi - même &: les autres dans le labyrinthe de ses propres raisonnemens, on y cherche un asyle contre les remords de la conscience ; & l'on est si sou, que sur la foi de cette


te vision creuse , on se flatte de n'être comptable de sa conduite ni à Dieu ni aux hommes.

Il peut donc être utile de combattre le Fatalisme dans ses principes, & de découvrir l'ablurdite de ce malheureux systême fous les différentes formes qu'on a sçu lui donner. Celle qu'il prend dans le Traité sur la liberté, divifl en quatre parties , m'a paru assez spécieuse & assez nouvelle, pour mériter qu'on s'at tachât à en démêler l'illusion.

Un sophisme nouveau , quelque foible qu'il puiilè être , c'est toujours pour la corruption humaine un prétexte de plus , qu'il importe de lui enlever. On connoît assez les paf- fions des hommes. On fait


qu'une ombre suffit pour leur persuader ce qu'ils souhaitent, & l'étrange talent qu'ils ont de réaliser leurs propres songes.

TABLE


TABLE } DES MATIERES.

DISCOURS SUR. LES CAUSES FINALES.

D,

CEU se manifefle par Ces œuvres

aux plus petits esprits comme aux plus grands. 'Eloge des Ouvrages intitules ; Théologie, physique , page i.

En quelfens on peut dire qu'une chose *s'efl faitepar hasard : 3810 Hazard ; opposé à deffem „• celui - là.

exclut l'idée de cause j celui-ci en suppose rtèceffairement une. Exem- ple. Un monceau -de pierres, oppo; fé ù la pucïure d'une mai/on ; 4.

Dans tout ut rangement industrieux, Vunité dùdeffein suppose celle de la cause 6

Premier exQm-ple-.lésPyramides d'EL&P** : • 7.


Ce L unité d'un tout j & de celle de ses parties p. '8.

Second exemple rune machine, 11.

,Si toute idée d'art naît d'une cause intelligente, à plus forte raison en doit naître uné production conforme à cet art" 121.1 Des agens aveugles peuvent lui servir d'infirumens j non en être la caufe9 13.

ÇombienV hypothese duAîonde deDefcartes différé de celle d'Epicurei 5.

Vpneide de Virgile n'a pu être l'effet d'une combinai/on fortuite de caractères j 16.

,$i d'un concours fortuit d'actions libres j & de desseins séparés j il en peut naître un tout régulier , 17hypothese ejl impojjîbïe j q pourquoi -' 20.

Pans un effet le pouvoir ne supplée jamais a Vintelligence1 Lazard j quand on applique ce mot à , un amas d'effits, yeut dire que cft amas ne renferme rien dont on n'ait rendu raison en expliquant à parc chacun des effets. Si leur concours n'çfl point par-la suffisamment ex- , glicjuê ç il suppose un deffein3 par


conséquent une cause intelligente pag. 18.

Les œuvres de la Nature forment une vraie démonstration de l'exijlenoe de Dieu y 29.

Le même argument présenté fous une autre forme y 30.

Différence de la cause premiere aux causes fécondés. Celles-ci ne voient pas tout çe qui est dans leurs effets , 31.

La cause d'une idée y ne ict communique point sans l'avoi,..) 3 6.

Objections contre les Causes finales 9 39RÉPONSES.

IC. S'il y a des rapports vagues que Von trouve comme on veut j il y en a de déterminés qui ne font point équivoques j 40.

2 e. Quoique certaines fins du Créa.

teur nous soient cachées , d'autres n'en font pas moins évidentes. Ce qui paroît inutile en foi j est la fuite nécessaire de choses très utiles j 42.

3e. Diftinclion entre les fins principales & les fins subordonnées ou ao ce (foires f 44


4c. L arl peut s'auier de la namre » sans que leurs différentes vues se confondant pag.

5 eLL er.reur d, nOtre imagination j si.

féconde en faux rapports > ne préjudicie point aux rapports réels qui fondent les causes fïnaks, 47 » Ce qu'on vient de dire de la Nature') applique- a la Providenee. En quoi & y rai P h ilofoph e diffère du Jift*nerflitieux j * Le calcul des chances, introduit mala-propos dans notre queflion. Le hasard n'a rien àdifputer à la cauft intelligente. Nul pari à faire entre celle-ci & celui-là ;-. 5 3.

Erreur d'un raisonnement de M. Nicole, les merveilles de la nature > prouvai a la fois l'intelligence & la liberté d4 leur auteur, terraient du même coup Epuure & Spinosa. Le hasard ne peut être exclus ici que la néceffué ne le foit y 6 L'ordre dans les corps efl incompati- ble avec la nêceffué, g.

L argument pris des causes finales ; opère la certitude qu'on nomme


TTIÉTAPHYAQUE, ^7* Cejl en même iems un argument populaire qui fè proportionne à toute forte d'efprks j 1. 68*

i ■. 11 DISCOURS SUR 1/1 SERTIR DE L A M A T I E R E, -«.

, , -',' _o.

Efprics "seuls principes d'aMion& de mouvement s 71* Peuvent agir réellement sur la matière par un pouvoir fubordomiê à celui de Dieu s 73Définition de l'inertie s 74* L'action du premier moteur prifuppd" se l'exifience de la matierej 75.

Que la conservation des êtres n'ejl point une création continuée, 77.

Le repos n'ejl pas plus naturel aux corps que le mouvement. Source de l'erreur qui noits persuade le contraire j 81.

Fausseté du préjugé j qu'un corps efi plus actif dans le mouvement - que dans le repos. L'un & fautre également produits par un agent extérieur ffe conferve dans. la matiere - vertu defon inertie.J 8 i,


La distribution qui se fait du mouvement par le choc , ni nefuppqfe d'aélion dans les corps., ni n'en exige une nouvelle de la part du moteur.2 pag. 87.

Forces mouvantes se mesurent par leur effet.2 89.

Tout mouvement suppose l'action d'un moteur qui sy appliquant au corps mu , y met quelque chose qu'elle ne met point dans les autres corps : mais la continuation du mouvement - ne demande pas un renouyellement de Vaction motrice, 9'1.

lilufion que nous font là - degus nos mouvemens fpentanéés., 93.

Parallele entre l'acle qui a créé Je s corps & celui qui les remue 3 96* En quelfens on peut dire que les corps p rejijtentj 96.

Pourquoi une action efi cenfle pénible. Peine effort, undance réfzflance, n'expriment que des sentimens de notre ame occasionnés par l état de notre corps 101.

Deux corps ne s'arrêtent après le choc j qu'en vertu de leur inertie , 1_°,)&


La cause efficiente peut n être que médiate, pag. 108.

Force dans les corps n'exprime que leur inertie. Dans un agent ce mot exprime un vrai pouvoir qui ne se perd point en s'exerçant & ne s'ajfoiblit jamais par sa propre action j 110 Exemple de deux agens donties forces se combattroient sans s'entredétruire j in* Action de Dieu sur les corps j n'eji pas moins réelle pour n'être pasimmédiate j 111.

Trois usages importans de la théorie precédente" 1 1 5.

Observations sur la dlJPute de Mef- fleurs Home & Steward touchant l'inertie, où l'on fait l'application des principes posés ci-dessus >117.

Toute étenduefinie est mobile;un Philosophe nefauroit le contester, 114.

Inconsîstence du systême de M. Home j 12.6.

Le changement de Jîtuation est bien une conséquence du mouvement -, mais il n'en fait pas l'ejfence117.

Le mouvement n'ejl point une fuite


ae aepLacemens inJlantanés tjui soient entrecoupés de petits repos: cess un état continu j qui peur se perpétuer n'a nul besoin d'une nou- yelle action 128.

Le pouvoir actif différencie effintiellement l'esprit d'avec la matiere" J 3 2..

Le pouvoir de commencer le mouvement ne saurait être une puissance méchanique 1 5.

Quua être ne peut agir où il n'est pas ; enquelfens cet axiome s'applique à l'action de la divinité, 1 35.

Qu aucune fubjlance ne sauroit avoir a la fois deux tendances opposées: autre axionu défendu & éclair ci 140.

Raisonnement de M. Steward contre la prétendue attraction des corps appuyé & mis dans/on jour, 144.

Examen abrégé dujyflême de l'attraction. Deux différentes manieres dentendre ceJjjlême" 149.

attraction dans le premier sens eg une idée absurde j 1 50, On ne diJPute point ici des effets,


mais de la cauje , 154.

S'il est vrai que l'intérieur des Jùbflances nous joit inconnu , 156.

LattracBon prise au fécond sens eji injoutenable 3 & pourquoi 3 159On doit bien Je garder de confondre la gravitation j ou la force centripete j qui est un fait, avec l'attraction qui n'est qu'une hypothese y ., 161.

Que lejyjlême de F attraction eji une pure hypotheje .) 164.

Qu'il n'explique point les phénomenes j 16e.

-Conclujîon• - 172.

Discours SUR la liberté 1 DES 1 ACTIONS HUMAINES.

La question sur la préscience de Dieu , indépendante de celle de lç. liberté. Détour artificieux d'un Au teur anonyme qut entrepar la premiere de ces quejltons dans l'examen de la fécondé-3 11&.

Dieu prévoit les effets des causes li, bres. Fausse comparaison de la - science d'un Astronome avec celle


ae uieu. Dieu, n a pas la préfcietâ ce en vertu de ce qu'il connoît tordre qui efl en toutes chosès, mais parcequ'en qualité de premiere eause, étant le maître des créatures il voit tout ce qui ejl dans les créatures y page 181.

Lafcience de PEtre infini a néce ,ffai-renient plus d'etendue que la nôtre.

Sa maniéré de comioÍtre,yariée silon les divers genres d'objets , 187.

Que nos actions font libres. Théorie sur la liberté, 1 89.

Notre ame considérée premierement en tant que c?ejl un esprit Elle eg tout enjemble un agent, & unfujet capable de pâtir & par sa propre action & par celle d'autrui, 190.

Ricn n'empêche qu'un eJPrit créénagiffefur des corps 191.

Ce que c est quun vrai pouvoir t 191.

L exercice du pouvoir de l'ame a moins d'étendue que le pouvoir même y 1 92.

.Bornes de cet exercice., Ce font nos perceptions 1-9-2.

Exemples qui le prouvent", 193.

Le pouvoir de l'amefoit qu'elle agijfc


rJur elle-mëme j joit qu'elle agisse au dehors3 a (es bornes pag. 194.

Secondement* L'ame ronfidérée en tant que cess un esprit uni à un -corps. En quoi confifle cette union.

Ellereffirre le pouvoir de Vame , & en limite en différentes maniérés l'exercice sans le détruire, 198.

Rouble sens du mot de liberté : il s'entend 1 du pouvoir interne & - physique par lequel Vame agit t 2 Q. de ce même pouvoir éclairé par les idées., & qui conjlitue l'état de la liberté prise dans un feris maral 100.

Différence entre un usage du pouvoir qui suppose celui de la raijon , & un usage conforme à la raison,,z o i..

D'op, vient que dan$certains états du cerveau Vame n'efl point libre , 202.

Parexemple durant le sommeil, i e l.

Pourquoi un Jlupide rfejtpas maître de se donner de l'efùrit 107.

Que le temperamment n'est jamais un obstacle insurmontable à la vertu > 210, Certaines pajjions réprimées tout - à(oup font une preuve que lç cerveau


obeit à Came, pag. 2Ir; Différence esséntielle entre les fous & les vicieux 212* Raisonnement de l'Anonyme ci - dessus contre la liberté 214.

En quel sens nous disons que l'ame est libre parfancjture j 21 S.

Ce qu'il jàut tendre par la dépendance ou nôtre .ame ejl du cerveau 220.

Il efl faux que les disPositions de celuici règlent les volontés de tame", 225.

Les deux principes - de l'Anonyme quoique vrais lui font inutiles 9 226..

Tout re, duire a. une feule cauje., marque très équivoque de la vérité d'un fyjlêmej 2l8, Ni l'influence du cerveau , ni celle des idées mêmes ne font sur la volonté l'effet des poids sur une ha lance j 2-2 Notre ame n'est point assujettie au cerveau pour vouloir j comme elle l'est pour voir, à l'organe de la vijîon j Zjlt Un aveu de VAnonyme touchant les


uemi-jtupiaes J iroit à revêtir le cetveau de ce pouvoir interne qu'il ôte al cerne 2.31.

j pag. 2 i.

Cas des songes examiné .J 2. J 3.

L'état de là veille , celui du sommeil 9 &c. différent autrement que du plus au moins , 2 35 Que nous avons un véritable empire i °. sur nos pensées : la condition des enfans y des fous, &c. ne prouve point le contraire, 2. 36.

2. o. Sur nos actions extérieures : le sentiment intime nous le prouve. Il n'est pas possible de nous méprendre au difeernement de la passîon d'avec Paétion, 2 Chimere de l'hypothese qui fait de la volonté un milieu nécessaire pour la la communication des mouvemens 241* Excèllent argument de M. de Fonrenelle pour prouver Vimmatérialité de notre ame > & sa liberté : il également Jbnple <S* démonflratif» On le développe, 244, Ne faire que ce que l'on veut faire c'est être libre, Diflinguel la né cet Jice d'avec la contrainte. Si la li-


berte eji incompatible avec cellelà , elle compatit très bien ayec celleciA *54* Toute délibération suppose un pouvoir.

actif j par conséquent libre , 255.

différence entre les raifotis de nos déterminations & leur cause. Nous pouvons ignorer celles-là j jamais nous n'ignorons celle -ci j 256.

J.a docbine du Fatalisme n'a point d'usages moraux ;y en vouloir chercher y c'ejl tomber dans des contrat dictions perpétuelles .J 258.

Çette doctrine est le renversement du langage & celui de toutes nos idées, 26.

les Fatalifles ne peuvent prétendre tirer quelqu'utilité de leur systéme qu'ils ne le démentent aussi-tôt j 6' qu'ils ne rentrent dans celui de leurs A dverfaires 265.

Ce Jyjlême ne dégrade pas moins les talens que la vertu ; il anéantit également les merveilles de PArt & çdles de la Nature ., 2-66.

:foncluflOn 2.6..

jponclujion j 265?»

fiû de la Table des Matières.

, , DISCOURS


DISCOURS

PANS LEOUEL ON EXAMINE d'ou la preuve de Cexflence d'un Dieu , prise des caisses finales" tire sa force & sa certitude.

Aut vero alia quæ natura mentis & rationis expers hæc efficere potuit,qua: non modo ut nerenr, ratione eguerunt sed intelligi qualia sint fine summa ratiotie,noii roffunt. Cic.de Naturâ Deorum. Lib. II, ?

DE TOUTES les preuves que nous avons de l'existence d'un premier Etre , la plus claire , la plus fenfi- ble , la plus proportionnée à toutes fortes d'esprits , c'ert sans difficulté celle que nous offrent les merveilles de la nature. On peut dire que cette preuve a l'avantage de réunir en sa.

faveur les deux extrémités du genre, humain, puisque les plus igonrans en len tent la force., & que plus on est éclairé, mieux on la fent. Si un fitn.

Pie coup d'œil, jetté sur l'univers suffit pour nous y montrer l'ouvrage d'une suprême intelligence ; à tue-

Dieu te manifeste pat ses œuvres aux plus p tits esprits comme aux plus grands.

Eloge des Ouvrages inti- tulés : Théo- logie -Tliyfique.


iure qu'on étudie la nature, qu'on en approfondit les loix , que l'on descend dans un détail plus particulier de ses moindres productions , la preuve de cette vérité se multiplie en quelque sorte, elle se reproduit fous de nouveaux jours , & son éclat augmenteau point, qu'il semble qu'il fail- le être devenu stupide pour ne s'y pas rendre. J'en appelle a ces Théologies Physiques qui ont paru de no.

tre temps (a) ; livres qui remplissent leur titre par les grandes idées qu'ils nous donnent de la Divinité ; livres incomplets cependant, & que l'on pourra grossir à mesure que l'histoire naturelle fera de nouveaux progrès.

Je ne fais donc pas, pourquoi certains Philosophes d'aujourd'hui , certaines gens du moins qui se sont fait un nom , & à qui l'on donne abusivement celui-là ; je ne fais, dis-je , pourquoi ils affectent demépriferce genre de preuve, en le traitant d'argument populaire, qui peut bien ren-

( a ) Voyez ce que M. de Fontenelle, grand Théologien en ce genre, dit de la Physique , dans la Préface de son Histoirt de l'académie Royale de* Sciences.


fermer un certain degré de probabilité , mais qui ne va pas jusqu'à la démonstration. Je n'examinerai point quelle est la source d'un pareil dégout, ni sur quoi ils fondent ce rafinement de délicatesse , qui doit faire , sans doute, grand plaisir aux Athées; je me propose uniquement ici d'analyfercet argument que nous fournissent les Causes finales, d'en démêler le principe , & d'en montrer la juste valeur.

Ceux qui nient que ce monde visible foit l'ouvrage d'une intelligence, doivent necessairement foutenir que le hazard l'a produit, lx.

qu'il est le résultat d'un concours fortuit d'atômes. Mais , qu'entendon par le hasard ? Il est de la derniere importance de fixer le sens de ce mot, que l'on emploie si souvent sans le bien entendre. Et c'est à démêler ces illusions qu'il nous cache, que je vais m'attacher principalement Je rencontre en mon chemin un monceau de pierres confusément entassées les unes sur les autres ; & quand je demande qui a mis là ce

En quel sens on peut dire qu'une chose s'est faite par lia- zard.


monceau ? on me répond que c'est le hazard. Je puis fort bien me payer de cette réponse : car on n'a point prétendu me dire que chaque pierre s'est transportée là d'elle-même. On n'a point exclus l'action des forces mouvantes celle des vents , des torrens , des hommes mêmes qui peuvent avoir jetté, ou laissé tomber ces pierres dans un même endroit.

En disant que le pur hazard a formé ce monceau, on. n'a rien voulu dire, si ce n'est qu'il ne faut point chercher d'autres causes de son exis- tence , , que les divers moteurs qui, dans l'ordre de la nature , ont été capables de rassembler ces pierres, & de les amonceler l'une sur l'autre.

En effet, l'idée du monceau n'ayant rien de difiinél: de celle des pierres

qui le composent, rendre raison de ce qui concerne chaque partie , c'est rendre suffisamment raison du tout.

Il n'en fera pas de même, si voyant une maison riante, commode , réguliéretnenr bâtie, on disoit qu'elle s'est formée là par hazard.

Hazard, op- posé à dessein celui là exclut l'idée de Cause ; celuici en suppose necessairement une.

Exemple. Un monceau de pierre comparé à la structure d'une JrJaifoD.


vous aurez * beau imaginer divers agens, qui taient rassemblé dans un même lieu les pierres, les vitrages , les plombs, les pieces de charpente , en un mot tout ce qui sert à la construction de cet édifice, vous ne m'aurez point rendu raison de son ex istence. Pourquoi ? C'est qu'ici l'idée du tout, est bien différente de celle des parties ; puisqu'on découvre entre les parties de ce tout, une liaison, une proportion, une subordination, une dépendance qui l'a proprie à un usage déterminé, & le rapporte évidemment à une certaine fin.

Il n'en est donc pas de la maison , comme du monceau de pierres, dont l'idée ne différant point de celle de toutes les pierres prises ensemble , s'explique par les diverses forces mouvantes que l'on connoit capables de transporter des pierres, & de les poser en un même endroit.

Ici, de plus , je découvre un plan, une combinaison de rapports concentrés dans un certain but ; voilà donc une nouvelle réalité, un effet, nouveau qui doit avoir sa cause à part


Assûrément dans l'édifice dont je parle , ce juste rapport des parties au tout, qui exprime un dessein, qui répond à un but , on ne dira pas que ce ne foit rien .C'est une réalité que mes yeux découvrent dans

l'objet, & que je n'y ai nullement mise. C'est non-seulement un effet qui doit avoir sa cause propre; mais, ( à quoi sur-tout il saur prendre garde ) c'est un effet qui ne peut se partager entre différentes causes, comme la production du monceau de pierres se partage entre les diftérens moteurs qui ont pu amonceler ces pierres. Il y a ici unité de dessein , unité d'idée, unité d'effet ; ce qui suppose une cause unique, qui ayant disposé la matiere sur laquelle elle agit, conformément au projet qu'elle avoir formé , est nécessairement une cause intelligente. Les manœuvres qui ont bâti la maison en élevant les pierres l'une sur l'autre, en posant les bois de charpente, &c.

ne font point censés les causes de la maison , comme les vents , les torrens , &c. l'étoient du monceau

Dans tout arrangement industrieux , l'unité du dessein prouve celle de la cause.


de pierre; ils ne peuvent être regardés que comme des instrumens mis en œuvre par l'Architecte, qui seul par son intelligence en ayant conçu le plan , & dirigé la bâtisse , y a pû mettre ce qui la distingue d'un pur amas de matériaux. En vain au reste, & peut être est - il superflu de le remarquer, en vain objecteroiton à ce que je dis de l'unité de la cause intelligente , que plusieurs pareilles causes peuvent concerter un même dessein; car un tel concert supposant dans toutes l'idée de ce dessein , avec la volonté d'y concourir, fait l'équivalent d'une feule cause intelligente, à laquelle toutes les autres obéiroient.

La feule régularité dansun ouvrage , sans aucune fin marquée à laquelle cet ouvrage se rapporte , prouve suffisamment un ouvrier.

Prenons pour exemple ce qu'il y a de plus simple , une des pyramides d'Egypte. De ces quatre côtés terminés en pointe , qui se coupent à angles droits, & qui répondent exactement aux quatre points cardinaux

Premier exemple. Les Pyramides d'Egypte.


de l'horison , il résulte un total; dont l'idée, très distincte de celle des énormes pierres dont cette pyramide est l'amas, ne souffrant point de partage, le rapporte à une cause unique & nécessairement intelligente. Il est bien sûr que ces causes aveugles, en quelque nombre qu'on les supposes ne remplaceront jamais celle là , & ne rendront point raison de l'effet ( a ).

La nature des composés , & des touts artificiels) si on la confidere bien , m'aidera beaucoup , ce me semble , à éclaircir ce raisonnement. Tout composé se refout en ses principes ou élémens; qui par

(a) Plaçons au même rang la beauté , qui dans un tout résulte de l'ordre & de la proportion des parties entr'elles C'est improprement qu'on nomma jeux de la nature,ou du harard, ces cristallisations qui aftèttem des figures régulières , ces rinceaux que produit la glace sur les vitres, l'empreinte de certaines pierres où l'on voit représentés des arbres,des feuillages, des fleurs ou d'autres figures, rout cela résultant de la configuration des sels, & des parties métalliques qui s'arrangent selon dr certaines loix e doit être regardé comme l'ouvrage d'un pinceau divin. Sur ces tinceaux dég lace on peut voir de curieuses observations dans l'excellente DijJe,.

tation sur la glace de M. de Mairan. Part. II. Sect.

IV. Chap. I.

De l'unité d'un tout , & de celle de de ses parties.


cela meme qu'ils sont les elemens , font essentiellement différents de lui, quoiqu'ils se rapportent à lui.

Par exemple une pierre est différente d'une maison; une planche l'est d'un navire ; un ressort de montre l'est d'une montre ; quoique ces di- vers élémens aient une forme rela- tive au tout, qui doit résulter de leur assemblage. L'analyse ne se subdivise point à l'infini ; elle s'arrête à certains élémens , lesquels se sont réunis pour le former. Je trouve donc là une double unité : unité dans cha- cune des parties intégrantes qui sont modifiées de la façon nécessaire pour composer le tout ; unité dans le tout qui en résulte.

Je dis 1°. unité dans les parties : car quoique chacune d'elles étant corps

foit divisible à l'infini ,chacune pourtant considérée non comme simple mafre, i-li ais comme douée d'une certaine forme relative au tout, est une., & non plusieurs. C'est une pierre , une roue, une piéce de charpente. C'est ain- si que la figure réguliere d'un cube d'un globe, fait que sans égard aux


parties dans lesquelles il est divisible , on l'appelle un cube j un globe.

Je dis que venant à recomposer ces élémens, à rassembler ces parties en les arrangeant dans un certain ordre, je retrouve encore unité dans le tout. Car elles forment une maison , un navire , une horloge , & n'en forment pas plusieurs.

Qu'on me dise à présent où est le principe de cette double unité? J'ose assûrer que vous ne le trouverez que dans l'art & dans l'intelligence de l'ouvrier ; qu'en un mot, il le faut chercher dans un esprit fabricateur de ces élémens, auteur de tout ce qui en résulte , & qui .J dans l'unité de sa perception indivilible, embrasse toutes ces formes régulières des parties intégrantes, avec leurs justes rapports à la perfection du tout. Sans l'intelligence, il y auroit eû si vous voulez des (a) masses éternellement divisibles ; mais il n'y auroit eu dans ces masses ni régularité , ni pro-

(a) La matiere ou l'étendue, érant e{fen.jellemeaf divisible à l'infini n'est ni comporé, ni nombre , elleest seulement masse ou grandeur.


portion, ni rapports mutuels , ni unité de dessein. On n'y auroit vu ni composé industrieux , ni élémens de ce composé , qui fussent à son ,égard, ce que les ( a) unités font au nombre qu'elles forment par leur collection.

Autre exemple. On me montre une machine de nouvelle invention.

J'étudie la façon dont elle est construite, le jeu de ses ressorts, & l'ef- set qu'elle produit; comme tout cela m'dl nouveau, & me surprend , je demande, qui est-ce qui peut avoir mis dans cette machine, ce qui excite en moi une idée que je n'avois pas; & qui peut être l'auteur de la chose que cette idée me représente , sinon un machiniste ! Je n'apperçois pas là simplement une mafib infornle, ou un simple amas de ressorts.

J'apperçois un tout, dont les pieces par leurs mutuels rapports, expri-

Ca) C'est là le vrai sens de l'aphorisme ; pondere mensura, numero. Deus omnia fair. Ecphantus célebrc PYI har Of'CÍI n dison, que les ti-nités ott nombres de Pythagore n'étoient que des a;ôme* ou ~corpodes. Voi le Clerc. Bibl. choisie. tom. 1. p.

78. irCuawothintellcft. Syfi.

Deuxième exemple, une machine.


ment un certain dessein. Dans l'ex.

pression de ce dessein , je vois je ne sais quoi d'indivisible, qui ne sauroit se partager en plusieurs causes, dont l'une en ait fourni la moitié, une autre le quart. Donc cet effet dépend d'une cause unique , laquelle n'a pû la produire sans avoir en foi l'idée qui lui correspond -' sans par conséquent, être intelligente.

Rendons s'il se peut la chose encore plus sensible. On ne sauroit dis- convenir que nos idées n'aient de la réalité, & qu'elles n'en aient à proportion des objets qu'elles représentent. Celle d'une statue, par exemple, en aura plus que celle exem p le , en aura plus que cel l e

d'un bloc de marbre ; celle d'une machine industrieuse qui présente à

mon esprit une certaine combinaison de rapports , en aura davantage encore. Si je prends l'idée d'une telle machine sur la description qu'on m'en fait, je juge avec raison que cette idée , dont je fais bien que je ne fuis point la cause , me vient nécessairement de quelqu'un qui l'avoit avant moi, c'est-à-dire d'un être

Si toute idée d'art naîtd'une cause intelligente , à plus forte raison en doit napitre une production conforme à cet art.


intelligent. Observez de plus que cette idée n'est point une idée simple, mais une combinaison d'idées.

Or cette combinaison pleine d'art, & dont je ne fuis point l'auteur, en doit avoir un hors de moi, & mê- me un auteur très habile. Substituons maintenant la machine même , ( car pour me la faire connoître , me la montrer vaut bien autant pour le moins que me la décrire) le raisonnement fera tout pareil j & je conclurai sans hésiter par rapport à l'auteur de la machine, à celui qui, par cela seul qui l'a faire , m'en donne l'idée , comme j'aurois conclu par rapport à celui qui la décrit, qu'il n'a pû me donner cette idée , sans l'avoir lui-même.

Ublervez j s'il vous plaît, que je ne nie point qu'un ouvrage industrieux ne puisse résulter d'un concours d'agens aveugles ; je dis seulement que ce concours lui-même ne fera jamais l'effet du hazard. Qu'un Artiste façonne son ouvrage de ses propres mains , ou bien qu'il l'exécute par l'entremise de divers llla-

Des agens aveugles peuvent lui servir, d'instrumens , non en être la cause.


nœuvres dont il dirige le travail, cela revient à un, & c'est toujours lui, dans le fecond cas comme dans le premier, qui, en qualité de véritable artisan , imprime à l'ouvrage cette régularité, cet art , ces proportions dont il avoit conçu l'idée. Les moteurs aveugles ont obéi en qualité d'instrumens ; mais l'intelligence qui préside à leur action, est celle qui a tout fait. Quand j'entends jouer sur la flutte des airs mélodieux , quoique je n'aie garde d'attribuer au hazard ces doux sons dont mon oreille est flattée, ce n'est point à dire que les causes aveugles ne les ont pas immédiatement produits ; mais toujours est-il sûr qu'elles ont été dirigées par l'intelligence d'un Muncien. C'est ainil que dans le celebre Faune de Vaucançon , des ressorts innombrables étant disposés avec un art infini pour faire exécuter à ce merveilleux automate les différents airs qu'il joue , l'intelligence de l'ouvrier y éclate doublement, puifqu'en y reconnoissant le Musicien, on y


admire beaucoup plus encore le machimiste. Ceci s'applique de lui-même aux merveilles de la nature.

Réalisons pour un moment ce que l'hypothèse de Descartes, a de plus romanesque & de plus hardi. Supposons que les feules loix du mouvement ayent pû régler l'harmonie des corps célestes, produire les as- tres , les plantes , les animaux. On n'en devra pas moins conclure (a), que l'auteur de l'univers est un ouvrier intelligent & souverainement fage. Car il est manifeste que des loix capables de régler si juste la figure, les combinaisons des corpuscules , enfin le dégré de mouvement néceiTàires. pour produire & pour conserver les astres, les plantes & les animaux , supposent dans celui qui a établi ces loix avec la connoissance de leur admirable fécondité , l'intention de produire par

Ca) C'est donc à tort que l'on accuse Descartes d'avoir pensé le contraire , fous prétexte que dans la physique , il réduit tout au méchanisme , & ne veut point qu'on ait recours aux causes finales pour l'explication des Phénomènes. L'illustre Derham, avec une candeur que ses compatriotes auroient bien dû imiter ,. fait la-dessus fou apologie. Voyez sa.

Physico-Theol. p. 271.

ComUcQf l'hypothèse du monde dl Descartes , differe de cefr le â'fpililKj


elles de pareils effets ; & qu'elles font fous sa main,ce que les maçons étoient fous celle de l'architecte , ou les ressorts fous celle du méchanicien.

Il est clair après cela que soutenir que le pur hazard, c'est -à- dire un concours d'agens aveugles , tels que les atômes d'Epicure , sans qu'aucune intelligence les ait mis en œuvre , a pu produire le monde avec les merveilles que nous y voyons, c'est admettre un effet sans cause , c'est soutenir la derniere des absurdités.

Finissons par un exemple , qui , tout rebattu qu'il est, éclaircit trop bien le * sujet que je traite, pour l'omettre ici. Quand je lis l'Eneide, j'ai fous les yeux une fuite de caracteres qui repondent à une fuite

d'idées : Je vois clairement que la premiere de ces fuites a été réglée sur l'autre, & que par conséquent, sans m'arrêter à l'imprimeur , cause immédiate mais aveugle de l'édition que j'ai en main , pour trouver la vraie cause de cette fuite de carac- tères , il faut remonter jusqu'à Vir-

l'Encide de Virgile n'a pû être l'effet d'une combinaison for- tuite de caracteres.


gile. Ceux qui fuppoferoient qu'un compositeur idiot, plaçant au hazard des caracteres d'imprimerie; auroit pû rencontrer une telle fuite , fuppoferoient une chose qui se contredit; savoir qu'un des plus ingénieux systêmes d'idées ., que l'intelligence humaine ait jamais formé, fût de lui - même sorti du néant.

L'Eneide dans ce cas, c'est-à-dire , le plus beau des poëmes , seroit un effet sans cause , un effet totalement disproportionné à sa cause.

Il en faudra dire autant du systême de merveilles que - nous offre l'uni-

vers, si l'univers n'a point d ouvrier.

Mais ne pourroit-il point se faire qu'une multitude d'agens libres , par le concours fortuit de leurs déterminations, eussent produit sans aucun concert un ouvrage régulier : ensorte que travaillant chacun de leur côté, dans des vûes particuliè- res & pour un différent but , il en resultât quelque tout industrieux qui auroit aussi son usage ? C'est-là, je pense, le dernier retranchement des partisans du hazard ; & pour ajoû-

Si d'un concours fortuit d'actions libres & de desfeins séparés, il en peut naî- tre un tout gulier.


ter ceci en passant, c'est aussi là ce que les ennemis de la liberté humaine objectent de plus spécieux contr'elle, prétendant que ce pouvoir d'agir comme il nous plaît, par la seule raison qu'il nous plaît, introduit le hazard , sinon dans les opérations de chaque agent (a) , parce qu'on doit toujours le supposer pourvû d'une lumiere qu'il aime à suivre, & se proposant par conséquent quelque but dans une suite d'actions; du moins - dit-on , dans le résultat de l'opération de plusieurs pareilles agens.

Car qui empêchera, que de divers desseins particuliers, librement choi-

(a) Tout agent libre, étant doué de perception , ses productions feront toujours proportionnées à son degré de lumiere. Il ne peut façonner sa matiere avec art, sans connoître cet art. Mettez le pinceau à la main d'un enfant, il barbouillera la toile ; vous ne verrez point sortir de ses mains un tableau digne tles Pouilins & des Raphaëls; c'est que le vrai agent a une idée de ce qu'il fait, & ne fait point au-delà de ce qu'il connoît. Deux obstacles empêhent les agens , qu'on appelle aveugles, mais qui ne le font jamais pleinement, d'exécuter certains ouvrage.

d'art : les ides qU il* n'ont pas, lX celles qu'ils ont.

Il est impossible qu ils exécutent ce dont ils n'ont point l'idée. Il dl: également impossible que dans leurs opérations ils ne se reglent pas sur certaines ^U T qu'ils n'obéitteat pas à certains sentimens, à certains gouts.


fis, & dont , par rapport à diverses circonstances, la détermination fera arbitraire, il n'en résulte un tout industrieux & régulier, qu'aucun de ces agens n'avoit en vue ? Je répons qu'une raison invincible l'empêche , savoir la nature même de ce tout, dont le dessein n'ayant rien de commun avec ces desseins particuliers , est lui - même un ef- set qui exige une cause qui lui soit propre , une cause supérieure à ces causes particulières , & qui quelques libres qu'elles soient, ait trouvé moyen de les diriger & de les assujettir à ses vûes. Ceci va s'éclaircir par un exemple. Un homme à dessein de bâtir une maison. Au lieu d'un homme , pour plus grande commodité , prenez un Ange.

Ce dessein est l'effet d'un choix libre, & quoique le choix une fois fait , la nature du dessein l'assujettisse à certaines régles , c'est-à-dire à mettre dans son ouvrage tout ce qui entre essentiellement dans le plan d'une maison , il reste le maître pour les circonstances, de la bâtir


petite ou grande, haute ou basse ; dans l'ordre dorique , ou corinthien,de l'orienter comme il lui plaît, de choisir tel ou tel emplacement.

On suppose à présent que plusieurs milliers de ces architectes invinsibles aient chacun à part formé un pareil dessein, sans se le communiquer mutuellement ; & on demande si de tous ces projets mis en exécution , il n'en pourra pas résulter une ville belle & réguliere , ayant ses rues tirées au cordeau , ses places, ses arsenaux, ses édifices publics ; en un mot tout ce que peut requerir , dans une ville considérable , la décoration ou le besoin ?

En ce cas nous aurons un effet très industrieux , qui se trouvera produit par le pur hazard.

J'ose répondre qu'on fait là une supposition impossible , & que de l'opération des architectes supposés, il n'en résultera jamais un pareil effet.

En voici la raison manifeste : c'est que cette ville dont on parle , ne demande pas moins une cause qui lui soit propre , que ne le demande

L'hypothèse est impossible: & pourquoi?


chaque maison. Cette ville n'est pas plus un simple amas d'édifices sans ordre , sans symétrie , sans liaison , sans dépendance les unes des autres , que chaque édifice particulier n'est un simple amas de pierres. Posons pour un moment que la ville existe - ; je veux que chaque édifice pris séparément , ait sa cause toute trouvée dans la volonté de l'architecte, qui est intelligente & libre tout a la fois; que l'intelligence ait réglé ce qui constitue l'essentiel d'une maison, fadiftribution en divers appartenons, &c. que la liberté à son tour ait déterminé les circonstances arbitraires de grandeur, de situation , &c. dont je faisois mention tout à l'heure ; il demeure toujours vrai dans l'hypothèse présente, que la ville même, en tant que ville, c'est-à-dire en tant qu'assemblage régulier de bâtimens disposés convena- blement pour l'habitation de tout un peuple, n'aura aucune cause assignable, puisqu'elle n'a été dans l'idée d'aucun des architectes, & que leur idée à chacun, celle conformément


à laquelle chacun d'eux a travaillé, étoit essentiellement différente de celle-là. Comme donc tout libres qu'ils étoient, ils n'ont pû exécuter chacun leur dessein particulier , sans avoir eu auparavant l'idée de ce dessein ; par la même raison ils n'ont pû concourir à bâtir une ville dont aucun d'eux n'avoit l'idée. Ils ne l'ont pû, dis je , à moins qu'une cause supérieure ne les ait elle-mê- me dirigés vers ce but à leur insû.

Belle image de la providence, donc la sagesse ne reluit jamais plus que dans le gouvernement des agens libres , lorsqu'elle se fert des passions des hommes , de leurs intérêts , de leurs vus particulières pour l'accomplissement de ces desseins , 8c qu'elle achemine la manœuvre des plus rafinés politiques, vers un bue qu'eux-mêmes ne connoissent pas.

N'attendons du pouvoir, que ce qu'il est capable de nous donner ; & si nous l'envisageons quelquefois abstraitement , que ce soit sans le séparer de ce qui par la nature des choses, lui est intimément uni, je veux dire de l'intelligence,


L' entassement quelconque de différents corps amassés confusément, n'excite à l'esprit d'autre idéeque celle d'un pouvoir capable de les rassembler. On conçoit, par exemple, qu'un amas de coquilles & de rocailles peut être l'effet d'un pouvoir aveugle , sans qu'il soit besoin d'y joindre de la raison & du dessein, Mais une grotte également construite, où les coquilles disposées avec art for- ment des pots de fleurs, des bustes , avec d'autres ornemens , a demandé plus que du pouvoir ; parce- qu'elle exprime un dessein, & que les arrangemens s'y lient avec une certaine idée,

Qu'en me promenant je tourne à droite plutôt qu'à gauche, cela ne suppose autre chose que le pouvoir que j'ai de remuer mon corps comme il me plaît, & quoiqu'en qualité d'être pensant, je fache alors ce que je fais , cette idée de ma détermination & de son effet les accompagne à la vérité , mais sans influer sur l'un ni fijr l'autre, de sans en rendre raison. En ce cas, le pouvoir seul dt cau~e & raison de son effet. Il

D, un eJ.

set,le pouvoir ne supplée ja.

mais à l'inné ligence.


n'en va pas de même lorsque plusieurs déterminations ou effets ont des rapports qui les lient à un dessein. Alors la cause est nécessairement intelligente , & le pouvoir joint à la raiion , est cette cause. Ma pensée va devenir plus sensible par un exemple. De vingt boëtes rangées sur une tablette , je prends la troisieme à gauche : jusques-là ce peut n'être qu'un pur effet de liberté ou de pouvoir. Que si je prends dix fois de fuite cette même boëte , l'on ne dira plus que c'est l'effet du seul pouvoir , mais du pouvoir dirigé par un dessein , déterminé par une raison, Non que le pouvoir ne subsiste le même pour chacun des dix choix, mais il y a plus ici que le simple choix, il y a réité- ration du même dix fois de fuite, ce qui emporte ordre , régularité , dessein, & demande plus que du pouvoir. Posons à présent que de ces vingt boëtes , dix neuf soient remplies de petits cailloux, & une feule de diamans. Si mon premier choix me fait rencontrer celle-ci, *■ rien , i..


n'empêche qu'il n'ait été aveugle, & le cas purement fortuit. Mais s'il arrive qu'à dix reprises, variant à toutes les fois le choix des boëtes, par rapport à leur pofirion , celle aux diamans me tombe toujours en partage, il est clair que ce n'est plus hazard , mais un choix dirigé par la connoissance de ce qu'il y avoit dans la boëtè : mon choix varié dix fois , & lié toutes les dix avec la boëte aux diamans, manifeste un motif, une raison qui sûrement a reglé l'exercice du pouvoir.

Raisonnons de la même maniere sur les architectes invisibles , que j'ai supposé doués du pouvoir de bâtir chacun sa maison où il lui a plû comme il lui a plû, mais qui n'ont point agi de concert; je soûtiens qu'il implique qu'une ville soit le resultat du seul pouvoir de ces architectes : car, que l'on y prenne garde, cette ville renferme beaucoup plus que le simple effet de leurs pouvoirs réunis, puisque c'est un tout régulier, qui doit avoir luimcme sa cause, savoir une puissance


reglée dans ion exercice sur l'idée de ce tour. Ce qui étoit possible séparément pour chaque partie , devient donc impossible pour le tout ; parcequ'il faut. plus que du pouvoir, pour réunir les agens , & les lier à un certain dessein. Afin que leur opération exprime au dehors ce dessein , ils doivent en avoir l'idée. C'est bien le pouvoir qui l'exécute; mais le pouvoir non dirigé ne fera jamais seul, cequ'il fera lorsqu'une idée le dirige ; & alors il se trouvera vrai, que ce qui ne s'exécute que par un pouvoir, il est pourtant impossible à ce pouvoir de le faire seul. La raison de ce paradoxe, je l'ai déjà dite. Diversifier les effets du pouvoir, & les lier en même tems à un certain ordre , suppose plus que du pouvoir ; cela suppose une idée de cet ordre, un but , un motif, une cause finale en un mot.

Concluons de tout ceci , que lorsqu'il s'agit de rendre raison d'un ouvrage régulier, & approprié a cer- taines fins, quel qu'ait été le con-


cours dagens qui a influé sur cet ouvrage, il faut toujours de nécessité remonter vers une cause unique & supérieure, laquelle en ayant eu l'idée, s'est servie des autres causes , comme d'autant d'instrumens pour le produire. C'est ainsi que dans une ruche , on voit les abeilles maintenir leur petit état dans une police admirable, & travailler comme de concert à des ouvrages dont la plus fine Géometrie a réglé les proportions. L'honneur de tant de merveilles n'est dÙ.) ni au hazard, ni à l'intelligence de ces infectes ; mais à une intelligence su- périeure qui leur donne leur tablature , & les assujettit à certaines loix.

Tout cela se démontre par cet axiôme : il n'y a point d'effet sans cause , point d'effet qui n'en ait une qui lui foit exactement proportionnée.

Des réflexions précédentes , on peut recueillir aussi la vraie signification du mot de hasard ; mot dont l'idée est opposée à celle de dessein, & qui, dans son usage légitime ,

Hazard , quand on applique ce mot à un amas d'effets, veut dire que cet amas ne ren-


28

Discours

désigne moins l'ignorance des causes , qu'il ne marque qu'on ne doit point chercher de cause spéciale à certains concours d'effets, lesquels ont chacun à part leur cause parti- culiere (a). Il n'y en a point dans le monde, si par le hazard on entend quelque chose qui échappe à la connoissance de la cause premiere , ou qui ne soit pas soumis à sa volonté , soit qu'elle opere la chose , soit

qu'elle le contente de la permettre ; mais il s'y en rencontre plusieurs , si on définit le hazard , un résultat, quelconque , soit de l'opération des causes méchaniques, soit de celle des agens libres, lorsque ce résultat ne marque aucun concert, ni n'exprime aucun dessein.Dire alors qu'un tel concours d'effets est fortuit, c'est déclarer qu'il ne nous offre rien de plus que l'amas de ces effets. Que si dans cet amas d'effets je découvre

(a) C'est le hazard qui fait que deux visages se ressemblent, & que deux esprits Ce rencontrent.

Cela veut dire que chacun des deux effets a f. cause, & qu'il n efl pas besoin d'une troisiéme , pour met- tre entr'eux la ressemblance ou l'égalité qu'on y observe. °

ferme rien dont on n'ait renù.: ,• vin,, e y > Il : à ~pa ï c..*Uèi des ftict;-. Si leur Coureurs ii'efl point par-là iufiSsaisissent ex- pliqué , il suppose un dessein, par conséquent une cause in- telligente.


des traces densibles d'art & de dessein, alors il en résulte un nouvel effet qui demande une cause spéciale; ôc il feroit absurde d'alléguer le hazard dans ce cas, puisque ce feroit admettre un effet sans cause , ou nier un effet qui existeroit réellement.

Voilà donc enfin l'existence d'un Dieu démontrée par les œuvres de la nature : car puisque l'univers ne rassemble pas feulement une infinité d'ouvrages industrieux , mais que c'est un tout immense que gouvernent les plus fages loix, un tour où regne l'ordre la proportion , l'harmonie entre les différentes parties qui le composent, il est manifeste qu'une intelligence en doit être le principe. Dès-lors s'évanouissent les songes de Lucrece & d'Epicure ; songes si avidement adoptés par l'incrédulité moderne. Car étant im- possible que des Anges dans l'hypothese imaginée tout-à l'heure, tout doués qu'ils fussent d'intelligence & de liberté , & quoiqu'ils eussent par devers eux pour ainsi dire les ma-

tes œuvres de la nature forment une vraie démonstration de l'existence de Dieu.


tériaux dont est composée une ville, aient pourtant pû en bâtir une ; il est doublemenr absurde de supposer que les atômes d'Epicure avec leur mouvement vague, qui seroit une espéce de liberté sans intelligence , aient par leur seul concours aveugle forme-l'univers.

Jusques ici je n'ai fait que remonter de l'ouvrage à l'ouvrier, en prouvant que tout effet qui porte des ca- racteres d'industrie & d'art, recla-

me une cause intelligente. On peut encore revenir à la même concluiÏon par une autre voie , en se fer- vant d'un raisonnement que j'ai gardé pour la fin, parcequ'il roule sur un principe plus abstrait. Je dis donc que l'uni vers, confidéré comme un assemblage d'êtres différents, qui ont entr'eux un arrangement quelconque , n'existe point tel nécessairement par lui - même. Dire que le monde existe par nécessité dans l'état où nous le voyons, c'est dire qu'il y auroit contradiction ; que dans notre systême solaire, par exemple, il se trouvât une planette de moins ou

te même argument presenté fous 4iiie autre forme.


une planette de plus ; c'est dire qu'il y auroit impossibilité que les diamètres de ces planettes , leurs distances au soleil, les tems de leurs révolutions , &c. fussent différents de ce qu'ils font en effet : propor- tions dont le seul énoncé révolte l'esprit. L'univers n'existant donc point nécessairement tel qu'il est , il doit avoir été produit par une cause, laquelle ayant fait choix de cet arrangement entre une infinité d'autres également possibles, & munis pour ainsi dire d'un droit égal à l'existence, a voulu par préférence faire exister celui-là. Comme qui dit possibilité d'une chose, dit un pouvoir capable de la produire ; de même qui dit l'existence d'une chose laquelle pouvoit n'exister pas , ou exister d'une autre maniere, suppose un agent, qui par son choix détermine l'existence de cette chose , & veut qu'elle foit de cette maniere , par préférence aux autres manieres possibles. L'univers a donc une cau- se libre. Mais , pensez -y bien, cette cause ne sauroit être li-


bre (a), qu'elle ne foit intelligente; Elle n'a pu choisir, entre les arrangemens & les assemblages possibles 3 celui qu'elle a voulu , sans connoî- tre cet assemblage déterminé, cet arrangement précis qui est l'objet de sa volonté & de son choix.

De plus, dès-là qu'une telle cause connoit son effet, elle ne peut rien ignorer de ce qui est compris dans cet effet.Je parle de la cause premiere qui a tout produir. Car d'ailleurs on voit tous les jours des causes intelligentes, faire naître des effets imprévus dont elles n'avoient point l'idée : ce qui vient de ce que n'ayant point produit les divers sujets sur lesquels

leur action s'exerce, elles ne con- noissent point assez la nature de ces su jets. Par exemple, un Chimiste en mêlant diverses liqueurs, y cause des effervescences , &c. à quoi il ne s'attendoit pas ; en combinant certains esprits s certains fels, il com-

(a) l'infini des possibles , qui par cela même font intelligibles , suppose évidemment une intelligence infinie & toute-puissante. ceux qui parlent tant de pouvoir aveugle , auroient dû prendre garde que le vrai pouvoir ne se conçoit point ailleuts que dans un esprit.

Différence de la cause premiere aux causes sécondes. Cellesci ne voyent pas tout ce 'Ji est dans leurs effets.


pose sans le savoir un poison, ou un remede. C'est que n'ayant point créé les sujets sur lesquels il opere , il n'est que la cause occasionnelle des changemens qui s'y produisent ; à peu-près comme un enfant qui par mégarde auroit mis le feu dans un moulin à poudre. Mais la cause de l'univers connoit tout ce qui est dans l'univers, elle fait tout ce qu'el- le y a mis , n'y ayant mis que ce qu'elle y a voulu mettre. Or comme dans ce vaste composé il y a ordre, symétrie , liaison , subordination , harmonie entre les diverses créarures ; comme il renferme une chaîne perpétuelle de causes & d'effets, de moyens & de fins: il s'enfuit, que la cause de l'univers y voit cette harmonie , cette subordination de causes 8c d'effets, de moyens & de fins; il s'enfuit de plus, qu'ayant voulu tout ce qu'elle y voit; l'ayant voulu dans l'ordre immuable que la raison éternelle prescrit, elle a donc ordonné les causes pour les effets, établi les moyens pour les fins, 8c qu'en un mot tout ce que la nature exprime


d'art & de sagesse dans les ouvra- ges , doit nécessairement être mis sur le compte de son auteur. Soutenir après cela que le soleil n'a point été fait pour nous éclairer , ni l'œil pour recevoir sa lumiere ; nier que l'air soit destiné à entretenir la vie des animaux, & les fruits de la terre à les nourrir ; prétendre (a) que nos organes n'ont point été construits pour la fin que leurufage manifeste, les pieds pour marcher, les ailes pour voler , &c. (b) -, c'est comme si on soutenoit que le rouage d'une montre n'a point été destiné par l'horloger qui l'a faite à régler la marche de l'éguille , & que quoiqu'il ait vu clairement les rapports de ce moyen à cette fin , ce n'a nul-

(a) Catera de genere hoc inter quœcunque pretanturt Omnia perversâ prapostera sunt ratione : Nil ideo quoniam natum est in corpore tu uti Possemus , fed quod natum est , id procreat usum, Lucret. de rerum nat. Lib. IV.

Jamais imagination poëtique , eut-elle plus d'extravagance que celle-là ? C'est faire l'homme plus habile que la nature, & l'effet plus excellent que sa cause.

(b) Certains insectes , dit-on , ont des ailes qui ne leur fervent point à voler. Cela prouvera tout au plus que des ailes peuvent en certaines circonf- tances avoir une autre usage ; mais non , que dans tous les oiseaux elles ne soient delline'es à ccl ai -là.


lement été celle quil s'est proposée.

Il paroit donc que soit qu'on remonte de l'effet à la cause , foit qu'on descende de la cause à l'effet, l'argument tiré des merveilles de la nature en faveur d'une cause in- telligente , est également démonstratif. Consideré comme un tout plein d'art & de symétrie , le monde en demande une intelligente , puisque la cause doit être proportionnée à l'effet. Envisagé comme un assemblage quelconque , il a certainement une cause ; mais cette cause doit être libre ; cette liberté suppose une pleine connoissance de son effet , avec la volonté de régler cet effet sur l'idée qu'elle en a conçue,& d'y mettre tous les rapports que notre esprit y découvre ; en un mot, de diriger les créatures aux diverses fins que leur nature nous indique.

On comprend assez que l'idée d'une première cause, qui, nécessaire dans son existence , détermine par son pouvoir tout ce qui ne l'est pas , doit exclure ces mouvemens indéterminés , ces concours fortuits d'à-


ômes , dont Epicure fait la bafe de un systême, puisque ni ces atômes, ni leurs mouvemens ne font indépendans d'elle. Sans toucher à ces deux points, mon premier raisonnement prouvait, que ce concours fortuit d'arômes n'a jamais pu produire un monde , & par-là en excluoit déjà le hazard : mais mon second raisonnement l'exclut plus parfaitement encore , en n'admettant aucun concours de causes, qui ne foit subordonné à la direction d'une cause premiere & unique, dont il est lui-même l'effet; aucun ordre de créatures , qui par l'excellence des fins auxquelles elles se rapportent, ne nous prêche la sagesse du créateur.

Que l'on me permette encore une réflexion qui vient à l'appui des raisonnemens précédens. Toute vraie cause,c'est-à-dire toute cause efficiente & libre, connôit son effet. Elle ne le produit tel , que parcequ'elle le veut tel, ce qui suppose qu'elle en a l'idée. L'auteur d'une œuvre in.

dustrieuse a donc su qu'il la faisoit 3 il en avoit donc l'idée. D'autre part

La cause d'une idée ne la communique point sans avoir.


celui qui m'a donné cette idée, ; ayant su qul me la donnoit, il a du I l'avoir lui-même.D'où je conclus que cette machine même, & l'idée que al Pr^e en la voyant, font également 1 e et d'une cause intelligente.

Ajoûtons que l'axiome , Nemo dat quod non habet , se vérifie plus exactement dans la communication des idées, que dans la production des substances. Celui qui a imprimé dans mon esprit l'idée de la InatÏerejr a su ce qu'il y imprimoit ; donc en me donnant l'idée de la matiere, il ne me communique que ce qu'il avoit déjà. Car il faut raisonner un peu autrement de la matiere , que de son idée. En créant la matiere, Dieu n'a proprement point donné ce qu'il avoit puifqu'il n'est point matiere , & que ce qui lui représente la matiere est différent d'elle , Ôc beauconp plus excellent qu'elle. Le nemo dat quod non habet s'applique donc là dans un autre sens, savoir celui-ci; que l'esprit créateur est nécessairement plus excellent que son ouvrage ; que la vraie cause a mieux


que ce qu'elle donne, & renferme plus de perfection que son effet. Car il est clair que celui qui a l'idée de la matiere , avec le pouvoir de la produire, est réellement plus parfait qu'elle. Cette tirade brute , insensible, est moins excellente qu'une nature qui renferme en foi le pouvoir de créer la matiere , & qui renferme par conséquent son idée.

Concluons de tout ceci, que la causa efficiente de l'univers est une cause intelligente. Car si elle n'a pû nous donner les idées des objets sensibles avec celle de l'art, de l'industrie, de l'harmonie que nous y découvrons, sans les avoir eues auparavant, à plus forte raison , sans ces mêmes idées n'a-t-elle pu produire ces objets pleins d'art, d'industrie,d'harmonie.

Rien n'ouvre un plus beau champ aux spéculations du vrai Philosophe , que cette étude des causes finales, où non content de se convaincre en général, que l'Auteur de l'univers est un être fage , il découvre de plus l'immense étendue de Ú.

sagesse. Mais comme le Pyrronif-


me ancien & moderne , a cpiuie ses efforts pour obscurcir l'évidence de cette preuve, il fera bon que je discute ici les principales objections qu'il aime à lui opposer.

S'il en faut croire certains raisonneurs , rien n'est plus équivoque que ce qu'on appelle cause finale.

Ne fait-on pas, disent-ils, de combien d'usages différents une même chose est susceptible? Nous ignorons si bien celui d'une infinité de créatures, que nous ne cessons de disputer sur les fins que s'y proposa le Créateur. Et dans combien de méprises ne tombe-t'on pas tous les jours sur ce sujet ? L'art humain tire de la nature mille secours qu'elle ne nous avoit pas destinés. D'ailleurs combien y découvre-t on de choses qui ne font réellement d'aucun usage ? Enfin notre imagination peut nous imposer en mille manieres à cet égard, en nous faisant trouver du dessein, de la fuite , des vues, où

il n'y en a réellement aucunes.

Tout ce qu'on dit là est très vrai ; il n'y a de faux que la conclusion qu'on

Objections contre les causes fink les.

Réponses


en tire. C'est ce que vont jnfti fier, si je ne me trompe, les observations suivantes.

1. J'observe en premier lieu, que s'il y a des rapports vagues, il y en a de déterminés & de fixes, sans que ceux-là nuisent le moins du monde à la consequence qui se tire de ceuxci. Un même outil est propre à divers usages ; les mêmes matériaux, les mêmes élémens font souvent par-

tie de composés, très divers : ce qui

n'empêche nullement que dans tel composé, la multiplicité de rapports concentrés dans un certain but, n'indique ce but exclusivement à tout autre. Ainsi la langue dans l'homme, si vous la prenez feule > a plus d'un usage : mais considerezla réunie avec le palais , les dents, le larynx , il n'est pas douteux que l'articulation des fons ne soit le but commun de ces organes joints ensemble. Chacun d'eux, pris à part, se prête à différents emplois, mais leur assemblage décide de celuici. Mettrez- vous sérieusement en question, si une montre est faite pour marquer les heures, un vaisseau

S'il y a des rapports vagues, que l'on tourne, comme on veut, il yen a de déterminés , qui ne sont point équivoques.


pour naviger sur les mers , un tableau pour nous réprésenter les ob- jets qui y font peints? Les œuvres de la nature n'ont pas moins , que celles de l'art , de certains caracteres fixes , qui , en déterminant leur effet , ne nous laissent aucun doute sur le but que l'ouvrier s.:y propose. A voir les diverses parties dont est composé l'œil , hésite - t'on un instant sur la fin de cet organe "i L'oreille est-elle moins faite pour recueillir les sons , que l'œil pour démèler & pour rassembler les rayons de la lumiere? Y a-t il lieu de soupçonner que ces merveilleux organes puissent faire entr'eux un échange de leurs fonctions ? ou qu'aucun des deux ait un but essentiellement dif- férent de celui que leur structcure nous indique? La raison nous dit, que les rapports des moyens à leur fin, ne font pas plus arbitraires que ceux de l'effet avec sa cause ; & que pour juger sainement du but d'un ouvrage, il n'y a qu'à bien connoitre l'ouvrage. Il est clair que les causes physiques font des moyens établis pour produire leurs effets; 8c


que les effets font des causes finales qui servent de motif à l'etablissement de ces moyens.

2. Notre ignorance sur les fins que s'est proposées le Créateur dans un grand nombre de productions , ne nous empêche nullement de les appescevoir dans un très grand nombre d'autres. Ce que la nature a d'obscur, ne sauroit effacer l'évidence de ce qu'elle a de clair , non plus que dans une lettre, quelques lignes, écrires en chiffres, ne détruisent point le sens ni ne me dé-

robent l'intelligence du reste de la lettre. D'ailleurs mille choses ne paroissent avoir absolument aucun ufahe , qui sont la fuite nécessaire de loix sagement établies. Par exemple, il ne sert de rien que la pluie tombe sur les rochers , sur les mers, sur les sables arides , je le veux ; mais en vertu des loix naturelles il falloit, & cela pour d'excellentes fins, que notre atmosphere fût continuel.

lement chargé de vapeurs , & que les vents les répandissent de tous côtés. Une fuite de cette disposition, c'est qu'il pleuvra sur les rochers U

Quoique certaines fins du créateur nous foicnr cachées,d'au- tres n'en font pas moins évidentes. Ce qui paroit inutile en foi, est la suite nécessaire de choses très utiles.


sur les mers. On demande pourquoi cette immense profusion d'œufs , de graines, de semences de toute espece , dont il ne vient à bien qu'une très petite partie ; & l'on ne voit pas que ce superflu résulte des fages loix établies par le Créateur, pour perpétuer dans l'univers les divers ; genres de plantes & d'animaux ; genres qui auroient coutu risque de périr par une infinité d'accidens , si sa magnificence n'avait répandu sur la face de la terre incomparablement plus de germes qu'il n'en doit éclore. Il y a de même dans l'univers certaines choses qui n'ont peut-être aucune utilité qui leur soit propre: elles ne renferment aucun dessein, mais on les doit regarder comme une fuite accidentelle des loix de la nature j c'est-à-dire des desseins de Dieu. Supposons que le soleil ait été produit en vertu des loix établies dans le monde de Descartes ; l'amas de matiere étherée i qui forme ce globe, & l'amas de fable qui forme une dune , font tous deux l'effet de la volonté de la premiere cause : mais avec cette dif-


serence, que le premier de ces ef- fets renferme des usages dignes de servir de motif à l'institution des loix dont il résulte , tandis que l'autre est un simple résultat de ces loix.

3. Outre la fin principale, il y en a d'accessoires , de subordonnées, qui n'entrent pas moins que cette premiere dans le plan de l'ouvrier, quoiqu'elles n'y tiennent pas le mê-

me rang. Si celle-là nous échape , celles-ci que nous saisissons ,* n'en font pas moins des preuves réelles d'art, de prévoyance, de dessein.

Il est très vrai, par exemple , que le cours des astres mesure nos saisons, & que leur clarté embellit nos nuits, quoique les astres aient sans doute de plus excellens usages.

Ceux-ci qui font accessoires, & qui nous regardent, n'en sont pas moins réels pour cela , ni moins compris dans l'intention du Créateur. Un homme habile fera quelquefois , comme on parle , d'une pierre cinq ou six coups : que ne fera donc pas l'infinie sagesse ? Quoiqu'il y ait loin de la fin principale aux fins subor-

Distinction entre les fins principales.

& les fins su- bordonnées ou accessoires.


données, cette premiere comprend les autres, loin de les exclure ; comme dans une machine , chaque ressort a son usage spécial, qui est reglé par la place qu'il occupe ; usage que l'on peut découvrir, sans avoir pénétré celui de la machine entiere, lequel resulte du jeu de toutes ses parties.

Assurément plus on y pense , & plus on voit qu'il n'est du tout point impossible qu'une œuvre industrieuse re rapporte à plus d'un usage; ni ue des moyens, qu'on dispose dans une certaine vue , fervent, chemin faisant, à en remplir quelques autres.

Cette multiplicité de fins n'est jamais l'effet du hazard. Car quoique des vues subordonnées puissent pour ainsi dire, être enclavées dans l'enceinte du dessein général, elles n'obscurcissent point pour cela celle 3U concourt tout l'assemblage des moyens. Elles l'obscurcissent d'autant moins, que l'intelligence infinie qui voit dans ses productions tout ce qui y est, & qui embrasse du même coup d'oeil leurs différents


rapports, a voulu sans doute ces usages accessoires , sans préjudice de celui qu'elle se proposoit principalement. Bien différente en cela des agens bornés, qui faisant plus qu'ils ne croient, & plus qu'ils ne veulent, ruinent souvent leurs propres desseins par les voies mêmes qu'ils ont prises pour les exécuter.

Dès qu'une intelligence sans bornes préside à tout, les ouvrages de la nature n'ont aucun usage réel qui n'indique l'intention du Créateur; & dans les pierres figurées, on ne doit pas moins reconnoître la touche du pinceau divin , que dans les couleurs de l'arc-en-ciel.

4. En s'aidant du secours de la nature, & se mêlant avec elle , l'arc n'en rend pas pour cela les fins équivoques. Seulement il se forme alors un composé de tous les deux, où celui-ci s'alliant à celle-là. se fraie de nouvelles routes pour atteindre une fin nouvelle : comme lorsque d'une grotte sauvage , l'art en fait une habitation commode ; lorsqu'un simple chalumeau se transforme fous

L'art peut s'aider de la nature, sans que leurs dif- férentes vues se confon- dent.


a main en une nutte melodieuse ; orfqu'il prend à son service les gens naturels, & que par des chenins détournés il les amene à ses lûics ; lorsqu'il se sert du vent pour aire aller des barques , tourner des noulins ; &c. ce mélange de la naure & de l'art, ne confond point eurs limites, ni n'empêche qu'on le discerne fort bien les fins probes de l'un & de l'autre. Et une preuve qu'il n'y a rien d'arbitraire à dedans , c'est que la nature va droit à son but sans le secours de art; au lieu que celui-ci pour ateindre le sien, est toujours obligé le changer ou d'ajouter quelque chose à la nature. C'est ainsi qu'aux avantages qu'elle nous procure par la réfraction des rayons, lorsqu'ils pafsent d'un milieu dans un autre, l'art en donnant aux verres ardens,à ceux des telescopes Ôc des microscopes , une certaine courbure déterminée y

en ajoute de nouveaux.

5. Les illusions de l'imagination ne portent pas plus d'atteinte à l'argument tiré des causes finales. On

L'erreur de notre imagi- tion si féconde en faux


fait combien en nous cette faculté est ingénieuse à suppléer à la vue , soit du corps, foit de l'esprit ; témoin ce qui se dit communément des nuages & du son des cloches.

Il arrive donc quelquefois aux Phy-

siciens , ce qui arrive à ceux qui s'occupent a déchiffrer de vieilles inscriptions que le tems a plus d'ademi effacées ; lesquels à l'aide de quelques lettres éparses, & de quelques traits informes , devinant plutôt qu'ils ne lisent, substituent fouvent leurs propres pensées à celle de l'auteur de ces inscriptions. On peut de même , pour avoir mal lii celles de la nature, attribuer à son auteur certaines vûes qu'il n'a point.

C'est ainsi qu'un pur caprice d'ima- gination , fait trouver dans des arrangemens confus, je ne fais quelle beauté. C'est ainsi que les admirateurs outrés des anciens, découvrent dans leurs écrits des finesses & des mysteres à quoi ils ne songerent jamais & qu'un esprit naturellement défiant, ira soupçonner du dessein , dans des propos en l'air , & dans des

rapports , ne préjudicie point aux rapports réels qui fondent les causes finales.


"U,, I.I;U-\.UUUt:s fortuites. De la mê- me source naissent les vi sions de ces forgeurs de systêmes en tout genre , qui ont le malheur de voir entre les objets des liaisons imagi- naires. De-là encore la superstition des songes & des présages. Nous prêtons alors aux choses, des rap.

ports qui ne subsistent que dans no- tre esprit , nous brodons , pour amis dire sur le fond de la nature.

Si les Physiciens ont quelquefois donné dans cette méprise : si en particulier les Anatomistes ont eu le malheur d'attacher à certains vaisseaux, à certains conduits, des usages qu'ils n'ont pas réellement : si sur de legers indices ; ils se sont trop pressés de faire honneur à la nature de méchanifmes imaginés par eux memes, leur erreur n'obscurcit en aucune forte les usages incontestables de tant d'autres par- nés du corps humain ; ces fausses merveilles n'offusquent point les ventables ;& pour nous être trompés sur certaines fins que nous met- ,.

tons gratuitement sur le compte de


la nature, ce n'est pas à dire qu'elle n'en manifeste un très grand nombre que nous ne saurions assez admirer , & qui publient hautement la sagesse infinie de son auteur.

Ce que je viens de dire de la nature, appliquons-le à la Providence. Que le superstitieux croie voir une intervention divine , où tout est dans l'ordre le plus commun, le vrai Philosophe n'en aura pas moins sujet en de certaines rencontres de s'écrier avec les Magiciens d'Egypte : c'est ici le doigt de Dieu. Ce qui décide alors ce vrai Philosophe, ce font des traces bien marquées d'un dessein & d'un but.

Au lieu que la prévention du fil4perstitieux lie par de faux rapports des effets, qui ont chacun leurs causes très indépendantes l'une de Pau- tre, & dont la rencontre peut avec une exacte propriété être nommée hasard, comme le monceau de pierres allégué plus haut. Qu'au sortir de chez moi j'aie entendu à droite le cri d'un corbeau, ou à gauche celui d'un hibou ; qu'un serpent,

Ce qu'on vient de dire de la nature appliqué à la providence, in quoi le vrai philosophe diffère du superstitieux.


Ôl qu'une belette ait traversé le chemin par ou je passois, quel autre rapport cela peut-il avoir avec un accident qui m'est arrivé dans ma route, que celui qu'y met l'erreur populaire ? Qu'a , je vous prie , l'apparition d'nne comète à démê- ler avec la mort d'un Potentat , ou la perte d'une bataille ? Ces incidens , qui se font entresuivis , quoique tant de fois ils aient paru l'un sans l'autre, n'ont pas la moindre relation qui les puisse rendre le présage ou la cause l'un de l'autre : aU8) cun dessein de providence ne les a liés, & leur concours ne mérite pas; plus de réflexion, que le passage d'un carotte dans la rue , au moment que je mets la tête à ma fenêtre.

Cependant quelques circonstances de plus, mises dans ce dernier exemple , m'obligeront à penser tout au- trement. Je suppose que, dans ce carosse apperçu par hazard , se trouve un parent qui vient a llle reconnoître. Il arrive des Indes , il me croyoit mon, il s'en alloit à plus de cent lieues & cette reconnoissance


imprévue fait changer ma fortune de face. Je ne balance point alors à, remercier le Ciel, & je crois voir clairement dans cette avanture une direction supérieure , parceque j'y démêle un certain but.

Un homme, qui passoit, est écrasé par la chute d'une maison. Comme cet accident, qui n'arrive sans doute que parceque Dieu l'a vou lu, & qu'il en avoit préparé les causes , ne paroît se lier à rien, je n'y fais pas d'autre réflexion. 1vi, si vous ajoutez que le même homme alloit de ce pas assassiner un Citoyen prêt à rendre un service des plus signalés à l'Etat, je vois d'abord , dans cet événement, une cause finale digne de la suprême Intelligence , & j'y reconnois son entre- mise : le salut de l'Etat, & la conservation de son bienfaiteur , intimement liés avec la mort violente de l'assassin, me montrent assez qu'à dessein la Cause suprême a enchaîné ces trois choses ensemble & que c'est en faveur des deux premieres, qu'elle a voulu la crpiueme. Rai-


lonnons de meme de certains phénomènes qui se détacheroient de l'ordre naturel, pour se lier à des vues morales , & convenons qu'en cas pareils se manifesteroit la même intelligence qui brille dans les œu-

vres de la nature.

Ceux qui ont eu recours au calcul , pour combattre les partisans d Epicure, n'ont pas assez compris j ce me semble -, toute la force de l'argument des causes finales, & n'en ont pas saisi le véritable principe.

Un Savant (a) Irlandois me paroît enrr autres s'être donné beaucoup de peine pour s'écarter du bon chemin. Voici à-peu-près la marche de son raisonnement. Il passe à l'adver- faire , 1 °. Les atomes errans dans 1 immensite du vuide. 20. Le mouvement indéterminé de ces atomes, ou leur agitation en tous sens. 3°. Leur rencontre mutuelle. Tout cela posé, il observe (b) que les arrangemens

Ca) Hutcheron, Inquiry concerning beauty , order. &c. Sét. V.

(ô) La limilarité des parties élémentaires des corps exprime seule un dessein, & par-là donne i ,excluiïon au hazard..

Le calcul des chances , introduit mal à propos dans notre quel* tion. Le hafard n'a rien à disputer à la cause intelli- gente.Nul pari à faire entre celle-ci & celui-là.


réguliers de la matiere sont aux irré.

guliers, comme l'unité est à l'infini.

,De-la,pauant par dégré aux structures régulières plus composées, comme celle des animaux, il trouve qu'il y a des infinis d'infini contre un à parier, en remontant à diverses puissances de l'infini, que le hasard n'amenera point la ftruure d'un seul animal beaucoup moins une espece entiere, iptiniment moins l'arrangement de çet univers.

La spéculation paroît ingénieu- se, mais après tout, c'est-là, ce jme semble , autant de calcul perdu. Car , si vous mettez une fois l'arrangement présent de l'univers du ( a ) nombre des infinies comfcinaifons possibles d'atômes, je dis poffihles vertu de leur mouvement indéterminé ; comme entre les possibles tout est égal, qui m'assufera que le hasard n'a point amené celle-là ? Il est du moins infiniment plus (b) probable, me direz- vous,

(a) Voyez Theorie des tourbillons, Cartesiens p.

4 8c suiv., où l'on fait voir que cela n'dl pas.

(a) Il n'y a là , dit Hutcheson , ubi supr. 59.

qu'une possibilité contre une probabilité si forte , qu'elle surpasse tout ce qui n'est pas démonstration tigoureufe.


que c'est une caule intelligente.

Point du tout, vous répondrai-je car le calcul sur la probabilité des &nances.n)est fyan, que lorsqu'il s'agit ,, d'un événement à venir, ou dont on n'est pas certain : comme de savoir, quelle probabilité il y a qu'un tel tirera le gros lot d'une Loterie, ou, si l'on en ignore le fort, qu'il l'a tiré, en effet. Il sera donc vrai, si vous voulez, qu'avant que l'univers fût formé, l'on pouvoir parier une infinité d'infinis contre un, qu'entre les combinaisons possibles d'atomes le hazard n'ameneroit point une structure reguliere moins encore celle qui existe actuellement tout comme on a pû parier tant, qu'un tel, intéreue à la Loterie, ne tirera point le gros lot : & pourquoi ? parceque la ftruaure dont vous parlez, ne se considere ici que comme un arrangement quelconque entre une infinité d'autres possibles. Mais dès qu'une fois cette Irructure existe, & qu'absolument parlant, le hazard a pû en avoir l'honneur , il n'y a plus rien à parier contre lui en faveur


de la cause intelligente, puisqu'on a d'avance admis une égale poffibiliré pour tous les deux. (a) En voici la raison très évidente, si je ne me trompe. C'est qu'entre deux causes quelconques , l'une n'aquiert plus de probabilité que l'autre , qu'à proportion du plus grand nombre de rapports qu'elle nous paroit avoir avec l'effet , parceque par ce plus de rapports, elle approche davantage, au moins à notre égard, d'être la cause vraiment proportionnée à cet effet : auquel cas elle exclut l'autre cause imaginée. Au lieu que si les geux causes ont également pû produire l'effet, comme on le suppose ici de l'intelligence & du hazard, alors elles sont toutes deux réellement proportionnées à l'effet, & l'une n'y a pas plus de rapports que l'autre. Donc il ne sauroit y avoir une plus grande probabilité en faveur de l'une des deux.

En vain donc se fonderait-on sur ce qu'on appelle loix du hazard. A proprement parler , le hazard n'a point de loix : il n'est rien hors de

(a) Hucchcson ubi suprà p. 64,


nous ; & relativement à nous, il ex..

prime ici l'ignorance des causes, & l'étendue des possibles dans un certain genre, en vertu de la différente influence possible de ces causes ignorées. On est éloigné de la certitude qu'un cas aura lieu, précisément d'autant de dégrés qu'il y a de cas possibles outre celui-là. Mais ce genre de probabilité qui mesure la vraisemblance de nos conjectures sur un effet à venir -' ne les lie point, lorsqu il est arrivé , à une cause plutôt qu'à une autre. Rien n'empêche d'attribuer un cas actuellement ar..

rivé , aux mêmes causes qui l'ont rendu possible avant qu'il arrivât; le peu de probabilité qu'il y a qu'il arrive, n'oblige nullement de supposer du dessein dans la cause qui l'a produit, ni ne donne à cet 1 dl. '1 r égar d aucune prérogative à la cause intelligente par-dessus l'aveugle. Il ell bien vrai que lorsque Pierre a * tiré le gros lot d'une Lrie , vous n'y soupçonnez point de fraude ; au lieu que vous y en soupçonnerez, s'il tire le gros lot dix fois de suite. Mai#


ce n'est pas le nombre des chances, qui fait cette différence. Car que ce foit sur cent billets, ou que ce soit sur cent mille millions , que Pierre ait tiré le gros lot j l'un & l'autre bonheur passera également pour un simple effet du hazard; au lieu que de le lui faire écheoir dix fois de suite, on n'attribuera point un tel bonheur au hazard , parceque cea donne l'idée d'un dessein , & que toute idée de dessein suppose de nécessité une cause intelligente.

Qu'il y ait pour un agent libre cent déterminations possibles , & qu'il soit indifférent pour le choix , ensorte qu'on le puisse regarder comme un agent aveugle à cet égard , car c'est à de telles déterminations aveugles que se réduit le fort proprement ainsi nommé , la probabilité de tel choix, ou de tel effet, sera commun à 99 ; mais ce peu de probabilité de l'effet, ce peu de :r;aison qu'on a d'affirmer qu'entre cent effets possibles, ce soit celuilà précisément qui aura lieu , ne détruit ni n'obscurcit son rapport


naturel avec la cause aveugle , lupposé que l'effet arrive effectivement.

J'en dis de même de tout résultat qui peut naître du concours aveugle de pareils agens. Qu'il y ait mille millions contre un à parier que le hazard n'amenera point une certaine combinaison , puisqu'après tout elle est possible 3 si elle arrive , il n'y aura rien à parier en faveur de la cause intelligente contre le hazard. Il en ira tout autrement, supposé que cette combinaison renferme de la régularité & du dessein ; alors rien-n'ed à parier pour le hazard, & tout pour la cause intelligente, parceque celle-ci feule est proportionnée à l'ef- set, au lieu que le hazard ne l'est pas.

C'est ce qui m'empêche de souscrire a cet endroit d'un très beau discours , mis à la fuite des Pensées de Pascal, fous ce titre : Qu'il y 17

des démonstrations d'une autre espe- ce , & aussi certaines que celles de la Géométrie, où l'on lit ces paroles.

» A quelque dégré qu'en plÜsse » pousser la difficulté d'un certain u hazard, comme, par exemple de

Erreur d'un raisonnement de M. Nicole.


» taire retrouver, du premier coup, » à un aveugle une Oraison de Ci» céron , après avoir brouillé les » caraéteres qui la composent, & » qu'il prendroit l'un après l'autre » au hazard ; il est certain que quoi- que cela paroisse extravagant i » proposer , un homme profond » dans la connoissance des nomH bres, déterminera au juste ce qu'il » y a à parier dans cette occasion, » n'y ayant point d'impossibilité w » réelle que cela ne puisse arriver.

Ibid. » Que l'on rencontre une u Oraison de Cicéron , en assem» blant au hasard des caracteres •*» d'imprimerie, il est visible que » cela se peut. Ce ne font que des ,>.) assemblages de corps, qui font w possibles dans l'infini.

Si l'on y prend garde , l'excellent Auteur de ce discours en accorde beaucoup trop. L'assemblage de caracteres dont il parle , est aussi possible que tout autre, je l'avoue: mais l'est-il à une cause aveugle?

(car il faut bien tou jours qu'il y en ait quelqu'une ). C'est -là ce que je n.i.e..


Aucun pan ne peut rouler liedelfus, y ayant impossibilité réelle pour un agent aveugle , d'être la cause, je dis la cause efficiente, la cause unique & totale d'un tel arrangement.

Quand on par le ensuite de dé- terminer au juste ce qu'il y a à pi- rier dans cette occasion , cela ne lignifie autre chose , si ce n'est qu'un Calculateur habile assignera en corrrï bien de manieres différentes ces caracteres peuvent être arrangés. Car sur ce nombre de combinai fons possibles , se mesure la probabilité d'une combinaison quelconque , ou ce qu'il y a à parier que cette combinaison aura lieu ; c'est-à-dire, de combien celui qui affirme qu'elle aura lieu, est loin d'avoir certitude de ce qu'il avance. Il est évident que dans tout cela il ne s'agit que d'un arrangement quelconque, qui n'est point au-dessus des forces d'une cause aveugle. Que si vous parlez d'une combinaison raisonnée , comme feroit la fuite de caracteres , qui représenteroit une Oraison de Cicé-


ron ~l'agent aveugle ne suffira plus, & il faudra, pour le produire, le secours d'une cause intelligente.

Comme alors il y aura plus dans l'esser, il faudra de nécessité qu'il y ait plus dans la cause , que le simple pouvoir d'arranger des corps ; il faudra celui de les arranger avec art relativement à de certaines vûes.

- Abandonnons donc cette métho- de tâtonneuse, qui regardant ces deux causes comme deux compétiteurs, veut discuter, à l'aide du calcul, leurs droits respectifs (a) : & disons hardiment, que l'arrangement actuel qui constitue l'univers, n'étoit point possible aux atômes, en vertu de leurs mouvemens prétendus indéterminés; il ne l'a été qu'en vertu d'un pouvoir capable de le produire. Ce pouvoir est essentiellement intelli- gent, puisque sans cela il y auroit esset sans cause , & qu'alors il faudroit dire , que tout ce-que le monde renferme de merveilleux, & qu'on peut bien appeller un merveilleux infini, seroit sorti de lui-même du fein ciu

(a) V. le Mém. sur la vie de M. de Moivre, dans le Journal Brit. Tome XVIII p. 30.


néant. M vous ajoutez de iurcroit à tout ceci , que l'hypothèse des Disciples d'Epicure n'est pas recevable , puisque les prétendus atomes avec leur mouvement font euxmêmes un effet qui dépend d'une premiere cause, & que la premiere cause est nécessairement intelligente , voilà l'Epicurien forcé dans ses derniers retranchemens , & son systême renversé de fond en comble.

Ceci ne suffit pas, réplique-t-on , il faut encore fermer la bouche au Spinosiste j qui prétend que cet art que nous admirons dans la nature, est un attribut nécessaire de son unique substance éternelle & infinie. Le peu que j'ai dit ci-dessus, pour prouver que le monde n'existe point tel qu'il est, nécessairement par luimême, est plus qu'il n'en faut contre un systême aussi fou que celui-là.

J'ajouterai feulement ici, que si la feule idée d'un arrangement quelconque exclut la nécessité, celle d'un , assemblage fait avec art, Jui donne doublement l'exclusion; puisqu'aulant que l'intelligence y brille , -

Les merveilles de la nature prouvant à la fois l'intelligence fie la liberté de leur Auteur , terrassent, du même coup, Epicure ic Spinosa. Le hasard ne peut être exclus ici, que la né- ceffité ne le soit.


tant la liberté s'y déclare. Plus uti moyen me montre de rapports qui le rendent exactement proportionné à sa fin,& plus j'y vois éclatter le choix d'un pouvoir éclairé, qui préfere ce qui convient à ce qui ne convenoit pas. Le Spinosiste n'est donc point reçu à dire : commencez par me prouver que le monde n'est pas nécessaire, & vous me prouverez errfuite par l'harmonie qu'on y voit regner qu'il y a un Créateur libre & îitge. Car par cette feule harmonie je lui prouve tout d'un coup, & l'existence de cet Ouvrier libre & sage, & la contingence du monde créé par lui. b En effet, il est également absurde de soutenir que cet ordre qui reluit dans l'univers soit nécessaire, ou de dire qu'il est l'effet d'une opération nécessaire.

1°. Cet ordre n'est point nécessaire, puisqu'il suppose un choix éclairé , par conséquent un choix , par conséquent encore une cause lt-

bre. Le plan de cet univers existe entre une infinité d'autres possibles,

L'ordre dans les corps est incompatible avec la nécessité.


il n'est donc point l'effet de la nécessité, laquelle n'admet point d'autres possibles que ce qui existe actuelle- ment. Comme plan quelconque, il présuppose un pouvoir libre, comme plan fage, Il. en suppose un in- telligent , qui non-seulemet a agi d'une certaine maniere , ayant pû également agir d'une autre ; mais , qui, après avoir comparé différens plans les uns aux autres , a exécuté celui qu'il lui a plu de choisir.

1 Q. Cet ordre n'est point non plus l'effet d'une opération nécessaire de quelqu'intelligence qu'on puisse supposer dénuée de liberté.

Dans les productions d'un tel agent, l'intelligence y entreroit pour rien.

Car son action étant nécessaire, n'auroit pour régie que sa propre nécessité, sans suivre aucun plan fourni par l'intelligence. En ce cas l'univers ne fera pas plus l'ouvrage de celle-ci , que si l'intelligence & le pouvoir se partageoient entre deux sujets séparés, & que le sujet intel- ligent eût l'idée de ce qu'opéreroit l'agent aveugle. L'on conçoit bien


que ce dernier peur opérer certains effets dans un certain ordre ; mais ce fera en qualité d'instrument 5 que le vrai agent dirige ; ce fera en qua- lité de machine que l'industrieux ouvrier aura disposée d'avance pour produire un tel effet. L'agent nécessaire est alors lui-même un effet mis en jeu par la cause intelligente & libre , pour produire d'autres effets dans un certain ordre. L'ordre qui brille dans ces derniers nous ramene donc à leur vraie & premiere cause, sans que l'interposition de l'agent aveugle obscurcisse le moins du monde leur double rapport avec l'intelligence & la liberté.

Au reste, je crois qu'on comprend assez que par l'ordre, que je regarde comme exclusif de la necessité , j'en- tends celui des arrangemens , des situations , des combinaisons des corps; ordre, qui supposant dans fou idée celle de différens possibles à l' infini, y renferme la contingence par cela même, & ne sauroit être que l'effet d'un pouvoir libre. Au lieu que cet autre ordre intellectuel


& moral, qui résulte de l'essence des choses, & de leurs rélations immuables, renferme la nécessité dans son idée , parcequ'il en exclut la possibilité de ce qui lui est opposé.

Abuser de l'équivoque , & sur ce qu'on a donné le même nom à des choses si dissemblables, en vouloir conclure que l'univers existe nécessairement tel que nous le voyons, ce feroit une chicane digne de mépris.

Concluons le , autant cet univers m'offre de caractères d'art & d'industrie , autant m'en offre-t-il de liberté & de puissance. Et c'est ce qui rend la preuve que nous traitons la plus excellente , comme la plus sensible de toutes.

1 On voit présentement ce qu'il faut répondre à ceux qui demandent (a) de quel dégré de certitude font susceptibles les argumens, tirés de la contemplation générale de cet univers, pour démontrer l'existence d'un

(a) C'est ce qui, l'année passée , a été proposé i Leyden pour le sujet du prix fondé par M. Stolp.

(J'écrivois ceci au commencement de l'année 17 5 li-1

L'argument pris des cau- ses finales opere la certitude qu'on nomme mèr taphysique.


Dieu. Tous ces argumens se réduisent à un seul, qui est revêtu du plus haut degré de certitude, supposé pourtant que la vraie certitude ait des dégrés. Mais par le plus haut dégré de certitude, j'entends celle qu'on nomme Métaphysique , celle dont le contraire est impossible & coniradicroire, comme il l'est, qu'il y ait un effet sans cause. Ce genre d'argument est au-dessus des démonstrations morales, qui doivent d'autant moins être employées à prouver l'existence d'un premier Etre, que 'la certitude morale suppose ellemême cette existence, comme il me feroit aisé de le montrer, si c'en étoit ici le lieu.

Reste à expliquer, en deux mots, comment il se peur qu'un argument aussi fennble~ aussi populaire que celui- là , soit pourtant un argument métaphysique. C'est ce qui ne fera pas bien difficile. Il est vrai que le seul nom de métaphyque épouvante, tant on est dans l'habitude de regar- der cette science comme une science abstraite, uniquement destinée à ser-

C'est en mê- me tems un argument populaire qui se proportionne à route sorte d'esprits


vir de pâture aux esprits subtils, & que son élévation met hors de la portée du vulgaire. Cependant qu'on prenne garde à deux choses : L'une, que les fondemens de la métaphysique font en même-tems les principes du sens commun. Que faut-il de plus que le simple bon sens, pour se convaincre qu'il n'y a point d'effet sans cause, qu'il n'y a point de cause qui ne foit proportionnée à son effet ? La seconde observation qu'on doit faire, c'est que chez les esprits les plus simples, l'application de ces princi- pes aux vérités dont ils ont besoin , se fait sans qu'eux-mêmes s'en apperçoivent. Ils sentent parfaitement la solidité de certaines preuves, dont ils feroient hors d'état de suivre l'analyse; & delà forte, sans beaucoup raisonner j ils acquierent des persuasions raisonnables. Il ne faut pas être fort habile pour lavoir qu'à l'œuvre on reconnoît l'ouvrier, & pour contempler dans les ouvrages de Dieu sa sagesse & sa puissance éternelle : ce qui n empêche pas qu'on ne doive


l'être un peu davantage, pour placer cette preuve dans son vrai jour, 8c pour la dégager des nuages dont une chicane impie s'efforce de l'obscurcir. Un esprit qui ne s'exerce jamais aux méditations abstraites, n'ira pas s'aviser que tout ce qui est fini est contingent; qu'il doit par conséquent avoir une cause ; que cette cause doit être libre ; qu'elle ne sauroit l'être sans être intelligente ; qu'étant intelligente, il faut de nécessité qu'elle connoisse & qu'elle ait voulu tout ce qu'elle a mis dans son effet.

Une telle route est trop roide & trop escarpée pour le commun des hom- mes; Mais dites-leur d'ouvrir les yeux pour voir le mouvement des astres , la végétation des plantes, l'industrie des animaux, la structure si variée de leurs organes. Faites- leur observer l'admirable correspondance qu'ont entr'eux les êtres qui nous environnent, ces loix auxquelles ils obéissent si ponctuellement, enfin l'harmonie universelle du: monde visible; ils n'hésiteront pas' Ui1 iflaaht' à reconnoître là de-


ualib uu principe intelligent oc libre, & se moqueront de quiconque traiteroit tout cela de purs effets du ha- zard ou de la nécessité.

Lorsqu'il s'agit de ruiner l'hypothèse de l'Epicurien, ou celle du Fataliste , & de faire triompher notre démonstration de leurs vaines subtilités, cette demonstration, je l'avoue, paroît d'assez difficile accès; & ceux qui la veulent suivre , tout étourdis de se voir dans un monde purement intellectuel, craignent de se perdre dans ses routes obscures.

Mais qu'on les replace dans le monde sensible, ils y retrouvent sans le savoir la même preuve , revêtue, pour ainsi dire, d'un corps qui la leur rend palpable,& de mille agréa- bles couleurs dont ils font frappés.

Chaque œuvre du Créateur est un nouveau miroir qui la leur réfléchit.

Enfin le concert de toutes ces œuvres ensemble, l'unité, l'harmonie de cegrand tout, leur montre, comme en œeft îi V a^ora^Ie intelligence , ^qui eA e l'ame.


i DISCOURS

SUR L'INERTIE DE LA MATIERE,

OÙ Von traite, par occafton, de la nature & des loix du mouvement -, de Veiffcace des Causes fecondes , du principe de limpuLJlon.) & de celui de l'attraction.

Nec quicquam , nisi pondus iners.

Ovid.

POUR peu que l'on examine avec soin la nature de l'efprit& celle de la matiere, l'on découvre entre les deux substances cette différence essentiel-

le, c'est que l'esprit renferme en foi un principe d'action & de mouvement , tandis que la matiere est purement passive & dénuée d'activité.

Je comprends ici fous le nom général d'Esprit , les Esprits créés , aussi bien que l'Esprit incréé & infini. La plus legere réflexion sur ce qui se passe en nous, ne nous permet pas de

Esprits, seuls princi pes d'actions & de mouvement.


de douter qu'il y ait des pouvoirs finis qui émanent du pouvoir infini.

Mais ces pouvoirs ou agens doivent avoir un objet de leur action , objet sur lequel ils exercent une efficace

proprement dite.

En effet , puisque par une sentiment intime nous connoissons no..

tre ame pour une substance acti- ve , qui est la vraie cause de ses propres déterminations, & qui est capable de se modifier elle- nême ; qui empêche que Dieu, en lui donnant ce pouvoir sur elle-même , ne lui ait aussi donné celui d'agir sur les corps, c'est à-dire qu'il ne lui ait fournis une certaine portion le matiere ?

Mais , objecte - t -on , c'est à celui - là seul à qui la matiere doit son existence, qu'il appartient d'a- gir sur elle pour la modifier. Je réponds que ceux qui parlent de la sorte, donnent trop hardiment pour axiome ce qui n'en est point un. U est certain, je l'avoue, JO. que le créateur de la matiere a nécenaire- ment sur elle un absolu pouvoir ;

Ils peuvent agir réellement sur la matiere par un pouvoir subordonné à celui de Dieu.


d'où il retire, 2°. qu'aucun autre être n'a de pouvoir sur la matiere, que celui qu'il a reçu du Créateur , c'est - à - dire un pouvoir dérivé du sien, & parfaitemeut fournis au sien, Mais s'enfuit il de-là qu'aucun être fini n'ait un vrai pouvoir de remuer la matière *, un pouvoir qui soit tel, que si Dieu laisse agir cet être selon la mesure de celui qu'il lui a com- muniqué , ce fera alors cet être & non pas Dieu , qui aura remué la matiere ? Il est , ou je me trompe fort, aussi facile de comprendre que mon esprit, en vertu d'un pouvoir donné de Dieu,agit sur une matiere qu'il n'a point créée, que de comprendre qu'en vertu de ce pouvoir, il agit sur lui-même pour modifier sa propre substance, qu'il n'a point créée non plus.

Les esprits sont donc par leur na- ture de véritables agens ; & quoique susceptibles, cela s'entend des esprits créés & finis, de modifications qui leur soient imprimées de dehors, ils ont, outre cela, le pouvoir, nonseulement de se modifier eux mê.

mes, mais aussi d'agir sur les corps

Définition de l'inertie.


& de les modifier. Au lieu que la mariere n'est capable que de pâtir, c'est-à-dire de devenir le sujet de l'action d'un agent, & de conserver les impressions qu'elle en aura une fois reçues. De cette passiveté ( qu'on me pâlie ce terme) résulte ce qu'on appelle l'inertie des corps ou la résistance qu'ils semblent opposer à tout c hangement dans leur état actuel

soit de mouvement, soit de repos.

Mais pour bien voir ce que c'est que cette inertie , de quel principe elle dépend, & quels en doivent être les effets, il faut observer d'abord que la matiere étant le sujet de l'opération de Dieu qui la remue, fubfiftoit déjà indépendamment de cette action, en vertu de celle qui 1 a tirée du néant. Si pour conserver cette matière, il eût fallu qu'à tout moment Dieu renouvellât l'acte qui l'a créee, alors quand Dieu la meut,ce ne seroit point un sujet qui reçût en foi l'Impression divine ; alors l'action sur Je sujet, se confondroit avec la création, sans cette renouvellée du sujet même:ce ne feroit plus une matiere à

L'action du premier moteur présuppose l'existence de la matiere.


qui Dieu imprimât le mouvemens, ce feroit une reproduction conti- nuelle de la matiere mue , c'est- dire une reproduction de la matiere & du mouvement tout ensemble. En ce cas Dieu n'agiroit pas plus sur la matiere pour la mouvoir , qu'il n'a agi sur elle pour la créer la con- tinuation du mouvement, ou plutôt le mouvement même, aussi bien que la conferyation de la substance mûe, se reduiroit à une action perpétuel lement renouvellée de la part du Createur. Mais si l'on conçoit une fois que la matiere doit continuer d'exister en vertu de l'acte créateur & après cet acte, il paroîtra clair que le mouvement une fois imprimé à la matiere, y doit subsister après que l'action qui le lui imprimoit a cessé, & que pour faire que ce mouvement celle, il est besoin d'une autre action opposée à la première , sans quoi la matiere n'auroit véritablement reçu aucun mouvement. L'inertie des corps, ou cette propriété qu'ils ont de conserver les modifications que l-aétiOR divine leur imprime, ré..


lutte donc de ce que la matiere, sujet essentiëllement inactif, n'a besoin , - pour continuer d'être ce qu'elle étoit, sa voir une masse étendue & solide, d'aucun nouvel acte diltinét, da celui qui l'aune fois tirée du néant.

Je n'ignore pas que l'opinion Scolastique, qui prétend que la conservation des creatures n'est autre chose qu'une création continuée, Ou une perpétuelle reproduction, a prévalu jusques ici dans les esprits) & que Descartes lui - même , ce glorieux réformateur de la Philosophie) ce grand destructeur desjgés) ne l'a point purgée de celui ci mais je lais aussi combien il est aisé de le détruire en raisonnant de la manière suivante.

Premierement, on doit mâvouer que l'acte créateur a un terme , & qu'il produit un effet réel, savoir l'être de la créature..

On doit reconnoître en fecond lieu, que cet acte opère , comme on parle, in indivisibili : que c'est un acte instantané, qui nadmet ni

Que la conservation des êtres n'est point une création con- tinuée.


succession de tems, ni progrès ; qui n'a ni commencement ni fin : car n'y ayant aucun milieu entre le néant & l'être, l'on ne peut dire ni conce- voir qu'une chose soit d'abord à demi créée, qu'elle forte à demi du néant, puisqu'elle en sorte tout-à- saie. ", Troisiemement, on doit convenir que l'cte conservateur "qui, comme on le prétend , renouvelle ou prolonge cette existence, n'est pas moins libre que celui de la création, & en est indépendant: Dieu , qui a déployé le premier pour créer > étant absolument maître de ne point déployer le sécond pour conserver.

Supposé maintenant qu'il refuse à la créature ce second acte, QU l'aste

con servateur, comme il est libre de le faire, qu'en arrivera-t-il ? La créa- ture, direz-vous, fejr>i anéantie.

Point du tout ; car comment le serat-elle, si elle n'a point existé ? Et ; comment aura-t-elle existé, si sots existence n'a rempli aucun tems, ôc !

n'a eu aucune durée ? Or il est clair qu'elle n'a eu aucune durée, puisque !


la duree est la permanence ou la continuation de l'être, à commencée du terme de la création. Entre le premier néant d'où elle étoit sortie, & le second où elle retombe, il n'y aura eu aucune durée , par conséquent aucune existence ; par conséquent encore l'acte créateur n'aura rien produit, il deviendra nul par le refus du second a&e.

Il me paroît clair en effet, qu'on doit raisonner d'un commencement d'existence, comme d'un commencement de ligne , qui n'est rien sans la ligne dont il fait le commencement, retranchez de cette ligne toute gran- deur, cette ligne s'évanouit. De me.

me l'être de la créature s'évanouit, s'il n'y a, en conséquence de l'acte créateur j aucunedurée de cet être , aucune quantité d'être, ou, ce qui revient à la même chose, si son exis- tence ne remplit aucun tems.

Que si l'on me répond que Dieu en tirant la créature du néant, a par cela même voulu qu'elle eût une certaine durée, l'on m'accorde précisement ce que je veux , qui est ,


qu'en vertu de l'acte indivisible de la création , la créature persevere dans l'existence ; qu'il lui suffit d'avoir une fois été créée pour continuer d'exister, & que si elle dépend de Dieu pour sa conservation, c'est parcequ'il dépend toujours de celui qui lui a donné l'être, de le lui ôter quand il lui plaira. Qui dit un ôter renouvellé, dit un premier acte qui a eu lieu indépendamment du second : un premier acte qui a son efficace propre , & dont l'effet est indépendant de l'effet du fecond.

Or cet effet du premier acte est une existence bornée, successive, com- posée de parties. Donc la durée de la créature étant l'effet nécessaire de l'acte créateur, n'a besoin elle-même i d'aucun nouvel acte. j Et qu'on ne s'imagine pas pou. i voir retorquer mon raisonnement, en disant que l'aâe positif, par le- < quel , felon moi , Dieu peut à tous les momens anéantir ce qu'il a créé , pourrait donc aussi ôter

toute durée à la créature , & par-la j réduire à rien celui de la création : j


car la chose n'est pas égale ; Dieu pouvant resserrer à l'infini (a) la durée de la créature , sans lui ôter - toute durée, & sans qu'il fût vrai par conséquent qu'elle n'a point eu d'être véritable. Au lieu que si l'on faisoit dépendre sa conservation d'une fuite d'accès pareils à celui qui l'a tirée du néant, en retranchant ces actes indépendans du premier, il est.

bien sûr qu'alors toute durée disparoîtroit, & que la création n'auroit

produit aucun véritable être.

Revenons à la matiere, & avan- çons à son égard un paradoxe que nous allons justifier tout-à-l'heure; c'est que , parlant à toute rigueur, dans l'instant de la création elle ne peut être censée ni en mouvement,, ni en repos. Non en mouvement parce que celui-ci, duquel résulte un changement perpétuel de situation , suppose une succession de momens.

Non en repos , parceque le repos n'est que la permanence dans la mê-

(a) En vertu de la divisibilité à l'infini , 01* peut retrancher à l'infini d'une quantité quelconque , sans l'anéantir. Et cela est aussi vrai de 1* quantité successive, qiu de la simultanée.

Le repos n'est pas plus naturel aux, corps que le mouvement.

Source de l'er- reur qui nous persuade lecontraire.


me situation, ou dans le conratl mutuel des mêmes parties durant plusieurs momens successifs. D'où vient donc que , quoiqu'à parler exactement, on ne puisse dire que la '1' 1 1 matiere ait été créée en repos , nous sommes enclins à regarder le repos comme son état naturel , comme celui qui a dû naturellement suivre de sa création ; après quoi nous concevons que la premiere action de Dieu sur elle fera de lui imprimer le mouvement ? Je pense qu'en voici la raison : c'est que nous confondons l'ordre de la nature , & celui du tems. Il est clair que toute action qui modifie un sujet, supposes'existence de ce sujet : car on ne modifie pas un rien , on n'agit pas sur un rien. Cela nous dispose à regarder la matiere, sujet de l'action de Dieu, comme existant antérieurement à cette action dans un certain moment, & Faction de Dieu se déployant sur elle dans le moment suivant. Mais comme nous ne saurions concevoir cette matiere, sans la regarder comme affectée de quelque mode, nous fom-


mes enclins a juger que ce mode est le repos, & que par conséquent le repos eH: un état naturel à la marient, un état qui convient à son inertie, & qui ne renfermant aucune attion 7 n'en suppose aucune non plus de la part de Dieu. Nous nous trompons en cela : le repos est un mode, ou un état auquel la matiere n'est pas moins indifférente qu'au mouvement. C'est le Créateur, qui, par ion.

action libre, la fixe comme il lui plaît à l'un ou à l'autre , au moment qu'il l'a créée, non en changeant son état,, puisqu'il n'y en a point eu d'antérieur, mais en lui donnant plutôt celui-ci que celui là ; ce qu'il fait par une attion, qui, sans être postérieure au sujet dans l'ordre du tems, l'est feulement dans l'ordre de

la nature.

La matiere n'étant donc point plus déterminée, par sa nature , au repos qu'au mouvement , se trou- vant d'elle-même , pour ainsi dire , indifférente à ces deux modes , c'efi: le Créateur qui, par son action sur elle y aura dû d'abord la fixer à l'un

Fausseté ItS préjugé qu'un- corps cil plus, actif dans le mouvement que dans le repos, l'un & l'autre également produit, par un agent extérieur * se


des deux ; & ce n'est que par une nouvelle action de sa part, qu'elle passera de l'un à l'autre; sa propre inertie lui suffisant pour garder celui qu'elle aura reçu.

Mais quoique le mouvement & le repos soient tous deux quelque chose de réel. & de positif, il y faut observer cette différence, que le mouvement par sa nature étant susceptible de degrés a l'infini , ce que le repos n'est pas, renferme en foi plus de réalité, & par conséquent requiert plus d'action & d'efficace que le repos ; non à la vérité de la part de la matiere, qui ne demeure pas moins passive étant mue, qu'é- rant en repos, mais de la part dit- Créateur. Il est visible que pour mouvoir un corps avec dix degrés de vitesse il faut plus d'action que pour le mouvoir avec cinq. De mê- me il en faut plus pour en détruire dix , que pour en détruire cinq , ou pour arrêter le mobile dans le pre- mier cas que dans le fecond. Ainsi à envisager le repas , non comme un mode qui succéde à un certain

conserve dans la matiere en vertu de son inertie.


dégré de vitesse, ( car alors on voit assez que l'action qui le produit sera.

proportionnée à ce degré), mais comme un premier état, où Dieu auroit fixé la matiere en la créant, il est clair qu'il demande moins d'action que la plus perite vitesse imprimée , & qu'il en demande pourtant quelqu'une. Car le repos étant quelque chose de réel, quoique d'accidentel à la matiere , & elle étant incapable de se donner ce mod e par preference à son contraire, il n'a pû y être mis que par la volonté libre lu Créateur.

Quoi qu'il en soit la matiere mûe i est pas moins inactive que la matiere en repos; elle ne continue même à e mouvoir,comme elle continue à se :enir en repos , qu'en vertu de son nertie ; & il ne faut pas une action noins positive ni moins énergique pour rallentir son mouvement, ni pour l'arrêter tout - à-fait, que pour le produire.

De plus, comment le mouve- ment dans la matiere seroit-il unection, puisque la matiere, en ant qu'elle est mûe j est néccL:


sairement passive ? C'est donc dans la cause du mouvement & du repos, dans celle du repos détruit, ou du mouvement détruit, que réside la vraie activité. Notre imagination n'en prête aux corps en mouvement que parceque de ce mouvement il résulte de continuels changemens de rapports. Elle n'en prête point aux corps en repos , parceque du repos résulte la permanence des memes situations. Mais prenez garde que lorsque le corps, une fois mû, continue à se mouvoir, il n'arrive aucun changement dans ce corps, qui ne fait alors que conserver son dégré de vitesse , c'est - à - dire le mode que Dieu lui avoir imprimé; mode dont l'essnce est de changer continuellement la situation du corps mû , à l'égard des corps ambians, & de la changer d'une manière uniforme : comme lorsqu'il continue d'être en repos, il ne fait, en vertu de ce mode, que se perpétuer dans la même situation. Pour imprimer, ou le mouvement à la matiere en >1 repos, ou le repos à la matiere en


mouvement, il faut donc également l'action d'un agent extérieur; mais ,- pour conserver dans chaque corps l'un ou l'autre mode , il ne faut que 7. l'inertie de la matiere.

Il ne faut qu'elle encore pour les transmettre d'un corps à un autre j & c'est à quoi je prie le lecteur de prendre bien garde.C'est en vertu de leur inertie , que les corps, venant à se choquer, partent successivement du mouvement au repos,d'une plus grande célérité à une moindre, & vicissim , suivant de certaines loix.

Il est bien certain qu'à proportion que Dieu imprimera plus de mouvement, ou qu'il en ôtera davantage au total de la matiere, il y aura plus d'action de sa part; mais de-là nous concluons faussement, que lorsqu'en vertu du choc ce mouvement augmente ou diminue dans une partie r il y a une nouvelle action. Et cette action, notre imagination ne manque point alors de l'attribuer aux corps eux-mêmes , tandis qu'ils ne sont par leur inertie que la cause occasionnelle de cette distribution

la distribu- tion qui re' fait du mouvement par lechoc, ni ne suppose d'ac- tion dans les corps, ni n'en, exige une nouvelle dt la part du moteur.


de l'effet de la premiere action.

Je dis cause occasionnelle, non au sens où le P. Malebranche employe ce mot, pour exprimer une regle purement arbitraire à laquelle Dieu veut bien lier son action ; mais au sens d'une raison(a) nécessaire qui se prend de la nature même du corps, lequel, en vertu de sa création au premier moment, continue d'exister au second , & d'être essentiellement quelque chose. d'inactif. Cette raison immuable fait celle de le distribution des mouvemens. Par exemple , une boule jettée avec tel degré de force se meut avec telle vitesse.

Cette quantité de mouvement, ou d'effet de la force mouvante, doit de nécessité se conserver dans la boule, vu son inertie : d'où il réful- 1 fera que cette boule venant à heur- 1 ter de biais contre un plan immo- j bile & parfaitement dur J s'en réflé- !

chira avec une portion de son mou- j

(a) Voyez en la preuve mise au plus haut dégré j d'évidence dans un Ecrit aussi solide & profond I qu'il est court, & qui a pour titre : Doutes sur le 1 Systême physique des causes occasionnelles, Cha- î pitre III. |


vement ; savoir celle qui dans la décomposition des forces répond à la direction parallele du plan : car pour ce qui regarde la direction perpendiculaire, ce qui s'oppose à la direction du mouvement, détruit le mouvement même. De-là résulte encore, qu'une boule venant à choquer d'autres boules en repos, elle leur communiquera son mouvement, ou tout entier, ou en partie, & cela proportionnellement à leurs masses respectives. Cette distribution du mouvement primitif, se fait suivant des loix relatives à la nature des corps , sans que Dieu.

soit obligé d'y intervenir par une nouvelle action ; quoiqu'il demeure toujours maître d'augmenter, de diminuer , de détruire ce mouvement , comme il a été le maître de l'introduire.

Il est clair que toute action ou force mouvante _, se mesure par son effet, c'est-à-dire par la quantité d'êtres changés , & par le dégré du changement j ou en d'autres, ter-

Forces mouvantes se mesurent par leur effet


mes (a), par la ma (Te multipliée par la vitesse. Ce que les Physiciens expriment aussi par le degré de résistance vaincue, & qui suppose dans la matiere une inertie proportionnée à sa maue y ou le besoin d'une efficace plus ou moins grande pour y produire ou pour y détruire le mouvement. Disons mieux, cela ne suppose que la masse même déjà existante au moment que Dieu agi sur elle, & réglant par son inertie l'effet de cette action felon de certaines loix. Dieu ayant une fois mi un corps, ce corps continuera de se mouvoir avec le dégré de vitesse qu lui a été imprimé, jusqu'à ce que par le choc d'un autre corps, son mou, vement, ou bien change de direc tion ou se communique tout en- tier, ou se partage , ou se détruise entierement. Ces transmissions, ce; modifications de mouvement ne de mandent, ni une action qui foi

(a) C'est ce que M. de Mairan a mis dans tr jour, auquel il seroit difficile de rien ajouter Voyez lu Mémoires de l'Académie Royale - de Scicatc».


propre à la matiere, ni une nouvelle action de Dieu, distincte de la remiere action motrice : elles font uniquement le résultat de cette premiere action combinée avec la passi: Jeté de la matiere , c'est-à-dire avec essence que Dieu lui donna en la réant, & qui n'a nul besoin d'un nouvel acte créateur pour lui être :onfervée. Quand je jette une bou1 e , en telle sorte que cette boule n pousse une autre, ni moi , ni la premiere boule n'agissons proprenent sur la seconde -, feulement la nature de ces boules, en qualité de > ubstances étendues & solides, renerme une raison nécessaire pourquoi PefFes de mon action , savoir la àteiïe que j'ai imprimée à la preniere boule , doit se partager aux leux. Concevez la même chose du crém ier moteur..

Observez, s'il vous plaît, que la production du mouvement est bien une adhon y mais que la continua:1 ion du mouvement n'en est pas une.

Pour qu'un corps commence à se nouvoir. il faut qu'un agent le meu-

Tout mou- vement suppose l'action d'un moteur, qui, s'appli- quant au corps mû y met quelque chose qu'elle


ve ; mais pour qu'il persévere dans, ce mouvement, cet agent n'est plus- nécessaire. Car la perséverance à le mouvoir, ou à être mû , n'est point une action ; c'est simplement la durée de l'effet produit par cette ac..

tion. Sans cela l'effet se confondra avec l'action même qui le produit, & l'action n'aura point d'effet. Le mouvement doit donc être conçu: comme un mode positif & réel im- primé à la matiere par l'agent qui la pousse,reçu par cette matiere & conserve chez elle, parceque son inactivité la rend incapable de produire chez foi le moindre changement, 6c de détruire ce que l'agent y a mis.

Si la vitesse avec laquelle un corps < efi: mû, avec laquelle il parcourt tant de pieds en tant de minutes, n'étoit pas un mode réellement (al!

appartenant à ce corps , & y fubfif- tant sans aucune nouvelle action, crff conséquence de celle qui l'a d'abord poussé, ou fait commencer à se mouvoir avec ce dégré précis de vitesse

(a) Dercartes a soutenu le contraire, Princ. di l, la Philos. Partie II, Art XXIX xxx. Mais ou

ase dire nc-lecroyoïrpaj.

fie met point dans le au tres cor ; mais la con- tinuation du mouvement ne demande pas un renouvellement de l'action motrice.


Je demande ce qu'il peut y avoir dans ce corps qui ne soit pas dans tous les corps environnans que je suppose ïtçe en repos ? Je demande en quoi 1 ragent qui meut ce corps agit plus lur lui que sur tous les autres, lesquels, en vertu de son mouvement, ne changent pas moins de situation son égard, que lui-même en change au leur ? La force mouvante que on conçoit d'une façon très claire appliquer à lui , non aux autres orps pour opérer ce changement le situation, met donc en lui quelle chose de nouveau qu'elle ne net pas dans les autres; elle y met m mode, en vertu duquel un tel hangement arrive, savoir une vielle qui appartient en propre à ce orps , & qui fert en lui de principe u changement de relations qui efc ommun & réciproque entre ce corps 5 ceux qui l'entourent : cette vites e, mode du corps, effet réellement produit en lui, s'y doit né- essairement conserver, puisqu'il

-.1 -- -a pas le pouvoir de la détruire, Le vrai moteur n'est jamais mû, C nous nie croyons ordinairement

Illusion que nous font làdessus aoc


le contraire, que parceque nous remuons notre corps à volonté, & que ce corps ainsi mû, nous le confondons avec notre moi , c'e a irt avec notre ame, avec notre substace active & mouvante. De-la & d, cette autre illusion si commune qu nous fait juger de Dieu par nous vient l'erreur de croire que Dieu meut les corps par une action conti nuelle qui sapplique à eux , & de nous imaginer que s'il cessoi pour. un seul moment d'agir su eux , ils cesseroient de se mou voir. C'est que toutes les fois qu tious mouvons notre bras , pa exemple , d'un mouvement égal l continu , ce mouvement ne dur

qu'autant que dure l'effort par le quel nous croyons le remuer. D'o nous inférons que la confervario de tout mouvement , suppose ur continuation d'action de la part d moteur sur le corps mu. Nous nou trompons beaucoup : l'effet de l'a s tion motrice dure après l'action » comme l'effet de l'acte créateur sui 1 siste après que cet acte a cessé, sa 1 quoi cet acte n'auroit rien produ I

mouvemens spontanés.


11 elt bien vrai que dans plusieurs les mouvemens que nous imprimons LUX corps étrangers à l'aide du no- re propre, il faut de notre part une éitération & une continuité d'acion, comme lorsque nous portons , que nous poussons, ou que nous raînons quelque fardeau ; mais lors qu'on se souvienne, i°. Que ous ne sommes pas une pure cause souvante qui commence ou qui tée le mouvement; nous ne faisons ue changer la direction du mouve- ment dans une matiere déja mue dépendamment de nous , savoir ans ces esprits animaux qui nous 1 1 1 rvent a exécuter toutes nos opé- ations : & il est vrai que notre ame souvent besoin pour cela d'une ontinuité d'efforts , ou d'actes réi- rés, comme pour marcher , par xemple, pour parler , pour faire es gestes s &c. 2°. On doit songer ue c'est à l'aide de cette matiere éja - en mouvement, que nous en n primons à d'autres corps : c'ell: onc abusivement, c'est par l'illu- on que nous fait une très défec-


rueuse analogie , que de notre ma niere de mouvoir 3 nous concluon à celle de l'agent qui donne vérita blement le mouvement à la matie re ; jugeant qu'il a besoin d'une con tinuité d'action pour perpétuer mouvement qu'il a une fois donné au lieu de penser que ce mouve ment persevere , en vertu de c

qu'il a été donné une fois.

Mettons-nous donc bien dans 1 tête , que comme pour annihiler 1 chose créée il faudrait un nouve acte contraire au premier ; de me me pour arrêter le mouvement d'u corps, il faut une action contrair

à celle qui lui a imprimé le mouve !

ment; à moins,& c'est-là une restric tion essentielle qu'on ne doit ja 1 mais perdre de vue , à moins que 1 j résistance d'autres corps en repos i venant à s'opposer à son mouvemen 1 ne le lui ôtent, ou ne le partager avec lui, en vertu de ce qu'on af | pelle leur vis inertiæ. 1 Ce mot de résistance, dont on i il fert volontiers en cette matiere , e i un de ceux dont le mal - entend cgar )

Parallele tntre l'acte qui a créé les corps & celui qui les (émue.

En quel tens on peut iice que les corps céfif tent.


,cguit: iouvent notre esprit en lui suggérant de fausses idées. Celle de résistance semble emporter avec foi quelque pouvoir, quelque activité dans le sujet qui résiste. Il semble supposer aussî de l'effort & du travail i dans l'agent qui surmonte cette résistance ou cet obstacle. On diroit qu'il y a la une collision de deux pouvoirs qui se choquent & s'entr'empêchent qui se consument ôc s epuisent l'un l'autre , ou en tout ou en partie, dans ce choc mu- tuel. Ce n'est pourtant point là l'i- dée qu'il faut prendre. Car de la part de la matiere , l'inertie, ou le pouvoir de résistance, ne diminue jamais. On peut le vaincre par des impressions de plus en plus fortes à l'infini, qu'il demeurera pourtant toujours le même. Et quant à l'agent, son pouvoir n'est nullement affoibli par sa propre action, ni par le degré de résistance vaincue. D'un cote la matiere ne déploie contre agent aucun pouvoir aébf; de l'au- tre, l'agent n'éprouve ni peine ni

C"Orl - - - - errort a ^nrxcr^ l'obftade, au moins

1 FI


dans la sphere de ion énergie.

Considérons d'abord le premier moteur. Ses volontés font efficaces par elles-mêmes, il ne sauroit trouver à son action de résistance propreInent dite. Car nul obstacle fini , ( & dans la matiere il doit toujours être conçu tel) n'a la moindre proportion avec une puissance infinie. Il ne lui en coute donc pas plus d'imprimer dix degrés de vitesse à une certaine masse , que de lui en imprimer un, ou de remuer une grosse masse qu'une petite. Il ne fait aucun effort; car jamais il n'y a d'effort, ni une action n'est censée pénible , que lorsqu'il y a quelque proportion entre la résistance & le pouvoir lorsque l'obstacle à vaincre épuise le pouvoir (a) ou consume enfin une certaine portion donnée du pou- voir total.

Considérons ensuite les agens bornés. Dans ceux-ci encore il y a

(h) Je prends ici le mot pouvoir dans le sens vulgaire, & selon les notions communes : c'est à quoi je prie le Lecteur de prendre garde ici & ail- htfs.


Ut:l'gle sans effort , par rapport a tous les actes de la pure volonté.

L'ame dans ses actions internes , dans ce que l'Ecole appelle actus immanentes, n'éprouve ni peine ni résistance aux changemens qu'elle produit en foi , lorsqu'elle se modisse elle-même. Que si elle a outre cela une sphere d'activité au dehors, son énergie, ou son action pour mouvoir les corps dans cette sphere, ne doit point trouver de résistance proprement dite, ni l'obliger au moindre effort, puifqu'en deça des limites de son pouvoir elle n'a qu'a vouloir pour exécutera qu au-delà.

elle ne peut rien. Concluons - en que ce qu'on nomme dans les corps pouvoir de résister, ou force d'inertie, se réduit à ceci, que tout effet étant necessairement proportionné à la cause , ou à l'efficace qui le produit, un plus grand effet demande plus de pouvoir, plus d'énergie déployée, plus d'action dans la cau- se de cet effet. Ainsi de plus grands changemens dans les modifications * matlere > plus de mouvemenc


produit ou détruit, tout cela suppose plus d'impression , plus d'action de la part du moteur.

Quand on dit après cela que la matiere résiste, cela signifie seulement, 10. qu'étant un sujet par sa nature inactif, incapable de se modifier lui-même, d'agir ni sur autrui ni sur soi , elle n'est capable que de pâtir, ou de recevoir les diverses impressions qu'un agent lui donnera de dehors. 2.0. Que continuant d'exister avec ses propriétés essentielles en vertu de sa création , ou de l'action toute puissante qui la tira du néant, elle demeure l par elle-même telle qu'elle étoit, elle conferve cet être lourd, cette nature inactive qui lui est propre ; tellement que son état actuel ne peut c hanger , à moins que de dehors ne vienne se déployer sur sa substance une nouvelle énergie , dont le degré se mesure par la quantité du changement opéré en elle. Ces idées ainsi éclaircies, tout ce que les meilleurs Physiciens nous enseignent touchant l'action mutuelle des corps, & la communica-


tion des mouvemens, n'aura plus la moindre difficulté.

J'ai observé qu'une action est censée pénible , dès qu'il y a quelque proportion entre l'obstacle & le pouvoir (a). Ceci demande d'être démêlé. Ce que que nous appellons pei- ne , effort , réjijîance j est un sentiment de l'ame ) dont notre corps est l'occasion 3 & que nous n'éprouvons qu'en agissant par l'entremise de ce

(a) Ce qu'on nomme dans les corps tendance, effort, conamen, ne suppose en eux ni action ni rien d'actif; il suppose feulement une disposition en vertu de laquelle un certain mouvement auroit lieu , si quelque obstacle ne l'empêchoit. Par exemple, quand une boule heurte un plan immobile, on dit qu'elle fait effort sur ce plan. Cela ne signifie autre chose , si ce n'est que , sans ce plan, la boule auroit poursuivi de se mouvoir en ligne droite , ou qu'elle auroit reculé ce plan , s'il n'eût pas été immobile : c'est-à-dire , que sans l'obstacle, l'action du moteur sur la boule auroit eu cet effet.

Plusieurs de nos Géometres d'aujourd'hui sont extrêmemenr sujets à donner dans ces fortes d'équivoques , où l'on confond les propriétés de la matiere avec celles de l'efprir. Pourvu qu'ils aient su calculer les masses & les vitesses, ou tracer exacte- ment les courbes que certaines directions font parcourir à certains mobiles, ils s'imaginent avoir rendu raison de tout. Ils décident hardiment sur les causes & sur les effets, sans songer qu'il y a d'autres objets au monde que ceux de la Géometrie, 8c qu'avant d'entreprendre d'en parler, il seroit bon d'avoir étudié leur nature.

Pourquoi une action est censée pénible ? Peine , effort , ten- dance , résistance, n'expriment que des sentimens de notre ame , occasionnés par l'état de notre corps.


corps sur d'autres qui nous sont étrangers. Que nous arrive-t-il quand nous voulons porter ou remuer quelque poids j fléchir ou brifer quelque matiere dure? Nous faisons un effort, en conséquence nous sentons de la peine & ensuite de la lassitude. En cette rencontre nous faisons usage de notre pouvoir, & en même tems nous en sentons les bornes. Mais ce simple sentiment des bornes de notre pouvoir, est quelque chose de très distinct de la sensation désagréable que nous appellons effort, peine, lassitude, quoique notre sensation , accompagnant alors l'exercice de notre pouvoir nous avertisse qu'il est borné. L'épreuve de cette différence est bien aisée. Car, si j'essaie de remuer une plume, un fétu , sans y toucher, en ne me servant que de ma feule vo- lonté , je sens alors parfaitement que mon pouvoir ne s'étend point jusques-là : cependant je n'éprouve alors ni peine , ni résistance , ni fati- uet Au lieu que j'en sens à porter, a remuer un fardeau : pourquoi ? c'est


qu'en ce dernier cas les membres de mon propre corps servent d'instrument a mon action. Mon pouvoir moteur ne déploie que par l'entremise des nerfs, des muscles, des esprits animaux. Or, comme ce systême de matiere feconde le pouvoir de mon ame, par un mouvement que mon ame ne lui a point donné , & qu'elle ne fait que diriger en vertu des loix de son union ; comme ce mouvement s'affoiblit & se détruit en tout ou en partie par la collision , par la résistance des corps étrangers, sur lesquels mon action se déploie, il arrive par la sage institution du Créateur , qu'un sentiment d'effort, de peine, de lassitude, dont est accompagnée la perte de ce mouvement dans les ressorts de ma propre machine , m'avertit des bornes de mon pouvoir : sentiment qui n'accompagne jamais celui de mon impuissance , lorsque ce pouvoir veut s'exercer sans l'entremise de mon corps qui ne m'est donne non plus que celui de la douleur, que pour m'engager à


veiller sur la conservation de ce corps, qui ne manqueroit pas de se détruire par le trop grand épuisement des esprits, ou la trop longue tension des nerfs & des muscles.

On observera que toutes les fois que je fais un pareil effort pour fourenir un poids, pour vaincre un obstacle, je me sens enclin à attribuer au poids, à l'obstacle qui me résiste, un effort opposé au mien. Illusion toute semblable à celle qui fair attribuer la chaleur au feu, & la cou-,, leur aux objets, ou qui leur prête des sentimens dont ces objets ne font que l'occasion, & qui s'excitent feulement dans mon ame à leur présence. Et comme l'effort que je fais suppose toujours chez moi une ac- tion , delà me vient l'erreur d'attribuer la résistance des corps ou leur inertie à un pouvoir actif de ces corps ; sur-tout lorsque venant à clio, quer ou d'autres corps ou le mien, ils y produisent quelque changement ; lorsqu'ils y arrêtent un mouvement qui y étoit, ou en excitent un qui n'y étoit pas. Au lieu qu'à


parler exactement, cette action mutuelle des corps les uns sur les autres n'est point une vraie action , mais seulement l'effet nécessaire de leur inertie ou de la propriété qu'ils ont de perséverer dans leur état ac- tuel, à moins qu'une force majeure ne le change.

Que deux boules de même grosseur & de pareille vitesse aillent à la rencontre l'une de l'autre sur une ligne qui passe par leurs deux centres, elles s'arrêteront a près le choc : nous les supposons ici dénuées d'élasticité. Pourquoi s'arrêteront-elles?

c'est que de part & d'autre l'obstacle à leur mouvement est égal, & que la force que chacune a de perséverer dans ion * état , combattant la force égale qui est dans l'autre , & en étant également combattue , ces forces se trouvent toutes deux également surmontées.

Au reste, ce n'est que par le défaut du langage que ceci peut avoir quelque obscurité, car il n'y a point là propre- ment deux forces, il n'y a que deux inlpuiJJànces) dont les effets ne pou-

Deux corps ne s'arrêtent après iechoc, qu'en vertu de leur inertie.


vant subsister ensemble , font auprés ou modifiés l'un par l'autre ; d'où résulte que ce mouvement est détruit dans les deux boules a & que le repos lui succede. Ce repos est le résultat de l'opposition des mouvemens, & ces mouvemens eux - mê- mes font l'effet d'un agent ou d'un moteur, qui les ayant produits par sson action efficace, n'a eu besoin d'en déployer aucune nouvelle pour les arrêter dans ce cas , comme il en auroit eu besoin , s'il avoit voulu les arrêter indépendamment du choc.

Par ce même principe d'inertie, on voit comment une boule en repos j reçoit d'une autre boule la moitié, le tiers, le quart de son mouvement ; comment l'autre boule en perd autant du sien , &c. Cette communication de mouvemens dans les boules, en vertu de l'inertie , ne suppose pas plus d'action que n'en suppose de la part d'un plan immobile , lorsqu'il réfléchit les corps qui le heurtent, l'impénétrabilité de ce plan.

Lorsque dans le choc deux corps


viennent a perdre leur mouvement , ou que l'un des deux acquiert la vitesse que l'autre perd, il arrive un effet nouveau, dont ni l'un ni l'autre de ces corps ne peut être censé la cause proprement dite ; ou pour m'exprimer en d'autres termes, ce nouvel effet ne suppose aucune vraie efficace dé- ployée de la part de l'un ni de l'au- tre corps. Car si cette efficace avoit lieu , ils seroient réciproquement effet & cause à l'égard l'un de l'autre : le corps qui perd son mouvement, seroit cause de l'acquisition que l'autre corps en feroit ; & celui qui le reçoit feroit également cause de la perte que l'autre en fait, ce qui est absurde. Disons donc que le mouvement acquis ou perdu par chaque corps, est un résultat nécessaire de l'inertie, qui s'oppose au changement dans tous les deux , & qui dans le cas du choc, partage entr'eux , aulIi également qu'il se peut , un changement d'état que le choc rend indispensable pour l'un & pour l'autre. L'auteur du mouvement dans ces corps est la vraie cau-


ic du changement qui leur arrive 1 leur nature passive en est feulement la raison.

Si un corps [ A l vient à en heurter un plus petit [ a ] ou à le chasser devant lui , en forte que dans ce choc [a] acquiere du mouvement y & [A] perde à proportion de celui qu'il avoit : ce double effet, ce double changement arrivé dans les deux corps , ne requiert point un nouvel acte du moteur, vû qu'il n'est que la conséquence nécessaire de l'acte qui avoit mis [A] en mouvement.

L'inertie de ces deux corps , & leur solidité, qualités qui n'ont rien d'actif, & qui confrituent leur nature , deviennent donc dans le choc -' la raison nécessaire de cette distribution du mouvement ; mais le moteur seul en est la cause ,. parcequ'il doit être censé la cause , non-seule- ment de l'effet immédiat de son action , mais aussi de ce qui résulte nécessairement de cette action.

Car que l'on ne s'y trompe pas y souvent la vraie cause, c'est-à-dire , l'efficiente, n'est que médiate , tan-

La cause efficiente peut n'être que mé- ,diate.


els-quie ce qui nous paroît la cause immédiate , n'est point efficiente..

Ainsi dans la communication des mouvemens, le corps choqué doit a Dieu, comme à la cause efficiente, qui n'est pourtant alors que médiate, le mouvement qu'il reçoit du" corps choquant, lequel à son tour est la raison ou la cause immédiate T mais non efficiente ou libre , de ce mouvement. Mais si l'agent libre est feule vraie cause du mouve- ment , comment , sans une nouvelle intervention de sa part, arrive-t il dans le cas du choc, que le mouvement se transpose, pour m'exprimer ainsi , de l'un de ces corps.

dans l'autre , ou même qu'il celle dans tous les deux ? C'est parceque la nature même des corps, est en pareil cas une raison nécessaire de certe destruction, ou de cette reproduction j & qu'alors, chose indubitable , toute paradoxe qu'elle est inertie des corps , ou leur répugnance au changement devient en eux le principe nécessaire de celui quils éprouvent. Ainsi sans nou-


velle action de la part de l'agent, la communication des mouvemens est le résultat de son action & l'ob- jet de sa volonté. Le choc de deux corps ne doit donc point être regardé comme l'effet immédiat de l'action qui les meut, mais comme une suite nécessaire du mouvement produit par cette action, & perpé- tué par l'inertie. Il en faut dire au-

tant des fuites du choc.

Il résulte aussi de nos observations précédentes , que la force , entant qu'elle signifie dans les corps cette inertie que nous regardons comme le principe de la communication des mouvemens, est quelque chose de bien différent de force prise pour le pouvoir actif , qui dans le moteur est vraie cause du mouvement. Au premier sens la force mouvante , ou le momentum du corps en mouvement, se confume en surmontant lobftacle, c'essà-dire , que ce corps perd autant de son mouvement qu'il en communique ; au lieu que dans l'agent le pouvoir actif ne se perd point en

Force dans les corps , n'exprime que leur inertie dans un agent. Ce mot exprime un vrai pouvoir qui ne se perd point en s'exerçant, & ne s'affoiblit jamais par sa propre action.


»cAciVanc,n ne le communique point au sujet sur lequel il s'exerce, par consequent ne s'épuise point.

Supposons , pour éclaircir ceci > qu'un Ange ait le pouvoir de remuer un certain systême de matière. Si ce mouvement se détruit par le choc d'une autre matiere, il pourra le lui rendre par une nouvelle impression, l'augmenter même par des impressions réitérées, sans parlà épuiser ses forces, ni éteindre son activité. Son pouvoir est bien renfermé dans une sphere qui le borne; mais par cela même qu'il est pouvoir, il est toujours également vi- goureux ; tout lui est aisé, & rien ne lui coûte dans sa sphere, comme rien ne lui est possible au-delà.

Après cela concevons deux esprits doués chacun d'un pouvoir égal de remuer une masse ; & qu'au même mitant que l'un veut la transporter vers l'Orient,l'autre veuille la trans- porter vers l'Occident. Entre ces deux actions contraires, qui s'empêchent l'une l'autre de produire leur effet, la masse restera immo-

Exemple ck' deux agens dont les forces se combattraient sans s'entredétruire.


bile. Dans l'action de ces deux ameni il n'y a point , à proprement parler, d'efforts , ni de forces qui s'entredétruisent. Chacun d'eux exerce son pouvoir , mais sans autre effet que d'empêcher celui du pouvoir de l'autre ; chacun en exerçant le fien, sent en même tems que l'esset en est arrêté , & que le mouve- ment qu'il vouloit produire n'est point produit. Mais dès que l'un des deux antagonistes cessera d'agir, l'action de l'autre jortira son plein effet, & la masse sera mue selon l'une des directions, sans que ce combat de pouvoir les ait épuisés ou diminués, il en est tout autrement de l'animal. Si ses forces s'épuisent » c'est parcequ'elles consistent dans un assemblage de corps mus, ou dans les * pouvoirs passifs d'une matiere, qui sert d'instrument au pouvoir aéhf de l'ame; mais ce pouvoir ac- tif subsiste toujours.

Dans la communication du mouvement, il est clair qu'il ne peut y avoir de différence entre le corps qui transmet, & celui qui reçoit le

Action de Dieu sur ls corps , n'en est pas moins réelle pour n'être pas immédiate.


mouvement, si ce n'est celle-ci, que le premier de ces corps a été mu avant le fecond, & que le fa- cond n'est mu qu'en conséquence de ce que le premier l'est ; que l'un est mu immédiatement par le moteur , au lieu que l'autre en est mu médiatement c'est - à - dire, par l'impulsion que le premier a reçue de ce moteur. C'est de lui seul que tous deux reçoivent ce mouvement, mais l'un feulement par l'entremise de l'autre. C'est un même effet de l'acttion du moteur _, lequel effet > sans augmenter, se partage & se distribue a différents corps, dont la nature commune exige dans se cas du choc , que l'un perde de son mouvement, & l'autre de son re- pos. Si avec un mail je chasse une boule, qui ne voit que c'est mon aébon) & non celle du mail qui la fait rouler ! Si le mail est alors principe immédiat & nécessaire du mouvement de la boule, moi seul , en qualité d'agent, j'en fuis la cause libre & efficiente.

De même l'action de Dieu sur chaque partie de matiere n'en


est pas moins réelle , pour etffc médiate , & Dieu n'en est pas moins l'auteur de tout son mouvement. Le seul bon sens doit nous convaincre qu'un corps ne sauroit être vraie cause d'un mouvement qu'il transmet à un autre corps, & ne le lui donne point véritablement , puisqu'en le transmettant il le perd ; au lieu que s'il le lui donnoit, ce feroit en vertu d'un pouvoir qui ne sauroit se perdre en s'exerçant, & qui, distrait de soneffet, auroit dû conserver le moument dans le premier corps , en même tems qu'il le communique au recond.

Enfin il y a une évidente contradiction à traiter le premier corps d'agent , lorsqu'il pousse l'autre corps, puisqu'il ne le pousse, que parceque lui - même est pouffé, cest-à-dire , passif. Je ne puis trop rappeller une vérité si mal connue, & pourtant si claire. Le vrai agent conferve * toujours cette qualité : en communiquant quelque chose au dehors, il ne perd jamais ce qu'il a. C'est ainsi que Dieu donne à la


matiere un mouvement qu'il n'a pas. Bien plus il crée des agens , sans cesser lui-même d'en être un.

Concluons par deux ou trois ob- servations générales. La premiere : c'ell: que les corps ne font point de vrais agens, à l'entendre dans toute la rigueur du terme. Le mouvement & l'activité font bien des idées rélatives & étroitement liées ensemble , mais qu'on ne doit jamais confondre. Càr autre est la matiere mue , autre le moteur qui la meut.

Le mouvement n'est donc point une aéèion; il n'est que l'effet , l'expref- ion , & pour ainsi dire, l'image de l'action du moteur. L'obscurité répandue sur le sujet que je traite , naît uniquement de ce que l'on a confondu l'effet avec la cause , le mouvement avec la force mouvan- te, la vitesse , ou le transport des corps d'un lieu dans un autre, avec l'action de l'esprit qui les transporte; de ce qu'on a , dis-je, confondu ces idées, sous prétexte que l'une conduit à l'autre, sans songer qu'elles appartiennent à deux êtres très dif-

Trois conséquences im portantes des raisonnemens d-dciiùa.


férens; l'un actif, l'autre purement passif; l'un spirituel, l'autre matériel.

Ma seconde observation ; c'est que le mouvement n'étant point une action dé la matiere, mais un pur mode de cette matiere mue > il suppose hors d'elle un moteur qui l'ait produit. Que l'on admette tant de chocs successifs qu'on voudra , pour expliquer la transmission du mou- vement d'un corps à l'autre, ce n'est là qu'une chaine de conséquences *, qui tient nécessairement à un premier principe, à une premiere raison , à une vraie cause efficiente du mouvement, qui l'aura librement produit & fait commencer dans la matiere à laquelle il est accidentel.

Cette vraie cause » ce premier moteur , ce pouvoir libre & suprême, ( car tous les pouvoirs limités nous, ramenent à celui-là) , ce ne peut être que Dieu.

Enfin ma troisieme observation générale : c'est que dans l'opinion scholastique que j'ai combattue » touchant. la durée des créatures il


a y a proprement ni agent, ni sujet <1 action hors de Dieu ; mais une action continuelle du créateur, la- quelle n'a aucun terme, & ne produit rien hors de lui. Car cette prétendue créature , qui a besoin d'être perpétuellement créée, & qui sans le secours de l'ade conservateur, se replongeroit dans le néant, n'est qu'une ombre d'être, un vrai néant, & non un être réel. Au lieu qu'en etablissant , que les créatures perséverent dans leur existence, en vertu du simple acte qui les a tirées du néant, on conçoit qu'il y a des esprits , substances actives , principes elles-mêmes de mouvement & d'action ; & qu'il y a une matiere sujet réel, tant de l'action de Dieu, que de celle de ces esprits, & qui, par sa passiveté , ou son inertie , con- serve en foi l'impression de cette action.

Quoique ce que l'on vient de lire put paroître suffisant, je n'ai pas cru devoir me dispenser d'y joindre encore quelques réflexions, à loccasion d'un article du Journal

Observations sur la dispute de M\i.!e8c Steward, tou- chant l'inertie , où l'on fait l'appli-


Britannique (a), ou notre question est traitée d'une maniéré Intéref- fante, & qui contient diverses ob- jections qu'il fera bon de résoudre.

L'Auteur de cet article, qui ne se déligne que par les lettres P. M., y rend compte d'une dispute émue n'agueres entre deux savans Ecossois, M. Home & M. Steward, au sujet du mouvement. M. Home regarde le corps comme un être actif; & son antagoniste , M. Steward, comme un être purement passif. Le premier pose comme un fait d'expérience que tout corps en repos résiste à la force qui le fait mouvoir , & que tout corps qui se meut, résiste à celle qui lui fait perdre son mouvement, en tout ou en partie.

Il soutient que dans l'un lX dans l'autre cas , cette propriété n'est pas une nmple inactivité , mais une véritable action, puifqu'elle diminue la force du corps, qui agissant sur l'autre , le fait changer d'état. Si le dernierécoit absolument passîs » il ne

(a) Journal Britannique. Juillet, Août 1754.

cation des principes pôas ci-dessus.


vu.. U1[-Il aUCune résistance.

mais ilfelaifèfroit aller à chaque im pulsion ,sans diminuer la force ( a du corps qui le pousse A cela M. Steward oppose, qu'en supposant un être étendu, inactif, impenetrable , & par conséquent mobile, cet être résistera à la force qui tend a le faire mouvoir. Supposez-le en repos, il ne commencera pas de soi-même à se mouvoir. Mais un être actif & animé un hom- me, par exemple, pourra le mettre en mouvement. Pour produire cet quelques dégrés de force. Il feroit abfurqe de prétendre que le même degré suffise pour pouvoir une même masse, avec différens dégrés de vitesse, ou pour irnprjmr la même vitesse à des rnalfesinégales. Or s'il faut un cer..

tain dégré de force pour mouvoir un corps en repos, avec une vitesse dueternainée, ce n'est pas, à propre-

(a) La force D'est nullement diminuee ; car (a) la force n'cft nullcment diminuee; car elle appartient au vrai moteur":. mais ¡'effet de cette force diminue dans UQ des corps mus) à proPQr- ion que son mouvcrnént se 1,4d m et à un autre :erp'


ment parier , que ce corps reime a l'action qui le meut; c'est que tout effet demande une cause qui lui foit proportionnée.

Mais , interrompt l'Abréviateur anonyme _, ce dégré de force ne fup- poje - t - il pas quelque réiffiance? & si l'on nomme résistance dans un effet, ce qui rend nècessaire un certain di- gré de force, que deviendra la dispute? On lui répond, que l'objet de la dispute est plus réel qu'il ne pense. Elle roule sur la question, si les corps ont, ou non , de l'activité. Or la résistance du corps à l'action qui le meut, n'a , selon M. Steward, & selon la vérité , rien de semblable à cette action , & n'emporte point activité ; il n'emporte que l'idée d'une plus grande quantité d'esset , à quoi doit nécessairement répondre plus d'adion , plus d'énergie dans la cause. Toute quantité de mouvement est l'effet d'une cause , le produit d'une force , c'est-à-dire, d'un pouvoir adtif : mais la distribution de ce mouvement qui se fait par le choc, ne requiert point une nouvelle


UVY.VI;UC; awion ae la cause ; il ré- futa du pouvoir passif qui est inhé- rêne a chaque corps, de conserver son état passiveté qui résistant au changement, fait que tant dans le corps choquant, que dans le choqué il s en produit un qui est le moin- dre qu il soit poilible, & qui par consequent distribue le mouvement entr'eux. La matiere par son inertie L evient donc , non cause proprement dite, mais raison nécefaire de cette distribution du mouvement produit par la cause. Le corps chojuant perd de son mouvement, le :orps choqué le reçoit. L'un & l'au- re demeurent également passifs [ans cette distribution. D'un côté e corps choquant n'a point de fore puisqu'il ne pousse qu'autant qu ell lui-meme poussé , ou mu, -l11 en cette qualité il est pure- ment passïfs. Le corps choqué n'agit oint non plus, pour ôter à l'autre n mouvement & se le donner: il 3 contente de recevoir celui que autre perd ; & cette communica- on naît de la passiveté de tous les


deux. Elle naït de ce que la loi du mouvement des corps est toujours conforme à leur nature, & de ce que Dieu , en opérant sur eux , ré- gie son opération sur l'enence pani- ve des corps ; car pour être passif, il faut être quelque chose, & il faut en même tems ne pas agir.

Et que l'on ne m'objecte pas, que la transmission du mouvement d'un corps à l'autre , ou même sa deftruc- tion dans l'un & dans l'autre , laquelle arrive quelquefois en vertu du choc, opérant un vrai changement dans ces corps , n'exige pas moins une nouvelle action, que l'augmentation de la quantité du mouvement en exige ; car il est claii que cette augmentation du mouve- ment dans le total de la matiere ne pouvant résulter du choc, & n'ayant point sa rai son toute trou vée dans Pinertie de la matiere est un effet qui demande une nou

velle aaion de l'agent ; au lieu qui la transmission du mouvement d'ui corps à l'autre , ou sa cessâtion dan tous les deux en vertu du choc ; !


n'est que le résultat de la premiere action du moteur combinée avec l'inertie de la matiere ; ensorte que le moteur agissant toujours sur celle-ci conformément à sa nature

cette nature inaétive, impénétrable, lourde & massïve devient cause :'est-à-dire , raison nécessàire, pourquoi l'impression du moteur passe l'un des corps à l'autre, ou bien se létruit dans tous les deux. Le mot ause en cette rencontre ne signifie loint un agent, il signifie une raison le ce qui arrive , au même sens [lie l'on dit que l'étendue solide les corps est la cause de ce qu'ils e se pénetrent point l'un l'autre.

/idée de cause, prise en ce sens, emporte ni attivité, ni énergie. Il st donc évident, par les termes cernes, que les effets du choc , en lnt qu'ils résultent de l'inertie e la matiere) ne lui supposent ulle aétiviré; quoiqu'en même :ms , en qualité de fuites nécessaies du mouvement imprimé par le.

moteur, on doive les attribuer au loteur comme à leur cause,en disant


que tels corps commencent, & que tels autres cessent de se mouvoir, parceque Dieu l'a voulu.

Sur ce que M. Steward avoit avance , qu'en supposant un être étendu, impénétrable, fini, on suppose un être mobile, l'Anonyme demande , si cette conséquence est évidente? je lui réponds qu'elle l'est.

Voici ma preuve. Une étendue im- pénétrable , finie, n'existe point nécessairement au lieu où elle est.

Cela posé il est clair que celui qui lui a donné l'existence, la peut trans- porter d'un lieu dans un autre : ce transport fera l'effet d'une action de Dieu sur cette portion d'étendue ; adtion qui lui fera parcourir successivement un certain espace , c'està-dire qui lui imprimera une cer- taine vireisse. Donc il est évident que l'être étendu est mobile. Joignez à cela que le corps est très certainement mobile', puisqu'il y a actuellement des corps mus ; 01 nous ne concevons le mouvement des corps, qu'autant que nous con.

cevons celui d'une étendue impéné Trable.

Toute éten- due finie est mobile. Un Philosophe ne doit point contester là- dessus.


Suivant M. Steward. , la continuation du mouvement d'un corps n'a d'autre cause que son inactivité qui le rend incapable de changer de lui-même son état. Il a raison car ce mouvement fui-meme est un état, une maniere d'être du corps, comme le repos., comme la figure.

M. Home lui logent au contraire que cette continuation du mouvement efÈ ment est une nouvelle preuve de l'a â oti du c~k ,, euve de l'action du cQps. R ne peut, dit-il commencer son mouvement de luimême j mais la cause qui a commencé a le muvoir cessant d'agir, l'effet devroit cesser. Point du tout : la cause cessànt d'agir, l'effet produit par inaction, continue, sans quoi la cause par son action n'auroit rien produit. Il faut, ajoute -1 - il une autre cause de cette continuation.) & cette cause est dans le corps qui (e meut. Mis en mouvement par une cause etrangere , il continue de Ce mouvoir par une cause inférieure. Il nomme cette cause , vis insita , & selon lui elle est différente de celle par laquelle le corps résiste à la cause mouvante. F iij


J'ose ici demander à M. Home s'il a bien l'idée de ce qu'il dit ? Et quelle est donc, s'il vous plait , cette cause interne , cette vis insita , qui, incapable de commencer le mouvement , se trouve capable par sa propre activité de le continuer , & pourtant est différente de l'inertie?

Par où cette prétendue cause se déduit-elle de la nature des corps ; Comment montrerez- vous qu'elle résulte de l'idée d'une étendue impénétrable? Mais, replique-t-il j II mouvement est une action continuée ce nJ efl pas un effet simple .) cJ efl une suite y dont l'un ne commence qUe là où l'autre finit; par conséquent II mouvement ne sauroit se soutenir fan une cause qui agisse continuellement C'est précisément ce qu'on lui nie La vitesse est un mode aussi simple que le repos & la figure : il ne peu non plus qu'eux se résoudre en de modes plus simples , ni en d'autre effets , dont il foit le composé. Ca qu'on nous dise un peu dans quel élémens, dont l'un commence o~ l'autre finit , se réfout un certai dégré de vitesse. Il est donc cla 1

inconsistenses du systême de M,Ho.

me.


que cette vitesse demeure toujours la même,quoiqu'elle change perpétuel- lement , mais d'une maniere uniforme, lesrelations de ce corps avec ceux qui l'envirennent, & lui fasse parcourir successivement dans un certain tems les parties d'un certain espace.

Prenez garde que cette mutation de relations est une conséquence nécessaire du mouvement de ce corps, - mais qu'il ne la faut point confon- dre avec le mouvement même. Le mouvement commencé , introduit bien dans le corps mu un mode nou- veau , ou un changement d'état ; mais ce mouvement continué ne change rien au corps mu ; c'est au contraire la permanence du même état, du même mode. Que s'il en résulte un changement réciproque de rapports entre ce corps mu & les corps ambiens , ce changement perpétuel de rapports, qui lui est commun avec des corps censés en repos , affecte si peu son état, qu'il resulte au contraire de sa permanence dans le même état, dans le même mode, dans le même dégré

Le changement de situation efl bien une conséquence du mouvement, mais il n'en fait pas l'esfencc.


de vitesse. De plus, si vous foutenez que l'action instantanée du moteur sur un corps, pour commencer de se mouvoir avec tel dégré de mouvement, n'a pas suff~ pour qu'il continuât à se mouvoir de la sorte; il en résultera cette étrange conséquence, que le moteur n'a imprimé à ce corps aucune vitesse, & n'a rien mu en effet.

La vérité est qu'on n'imagine la nécessité de ce renouvellement d'action , de la part du moteur , que pour avoir faussement conçu le mouvement comme une fuite de petits déplacemens instantanés, entrecoupés de repos ; en forte qu'à chaque instant il faille un nouvel acte pour faire quitter au corps mu la place où un précédent acte l'avoit mis , & où il resteroit en repos , si ce nouvel acte ne l'en tiroit, en le faisant passer d'une place à l'autre , & du repos au mouvement, par des mutations perpétuelles; ce qui ne sauroit avoir lieu que dans l'hypothèse des indivisibles, en supposant des atômes de tems , de matiere & d'es-

le mou- vement: u'est pOM.t l:)lC fuiLi de dépla- tcmtns inf- L;;tJnés. qd forent entrecoupés de petits repos : c'est un éc..; continu , qui pour se per pétuer n'a nul besoin d'une nouvelle action.


pace , auquel cas le mouvement ne feroit susceptible d'aucune diversité de vitesse: les dégrés de vitesse dépendant alors des intervalles de repos plus ou moins longs. Rien cependant de plus éloigné du vrai qu'une telle idée. Le mouvement est un état continu sans intervalle de repos, par conséquent san mutation, ou passage d'un état à l'autre, ni besoin d'un nouvel acte qui produise cette mutation. Cet état une fois introduit dans la matiere, y subsiste en vertu de son inertie , ou de l'impuissance où elle est d'agir, & de produire en foi aucun changement: car c'en feroit évidemment un, si , dès que le moteur cesse d'agir, le corps passoit du mouvement au repos.

L'Abbréviateur anonyme a raison d'observer ici , qu'il en est de la question présente, comme de celle qui regarde la durée des êtres créés , mais il se trompe , lorsqu'il traite cette derniere question de problê- me insoluble. On disputera la-dessus éternellement, dit-il & si je ne me trompe > on disputera sans fruit. La


lumiere nous manque & nous ne voyons clairement que ceci : ou Dieu a mis dans les créatures un principe de durée > ou il supplée a ce principe par une action continuée. Je lui ré- ponds que Dieu a mis dans ses créa- tures un principe de durée, par cela même qu'il leur a donné l'être, puisque sans cela il ne leur auroit rien donné, & n'auroit en effet cfee aucun être. On l'a déjà vû, si l'acte créateur ne suffit pas pour que la créature ait une durée , le terme de cet aéte fera le néant. Il faut raisonner de même du mouvement. Si ce mode , qui renferme la durée dans son essence , ne résulte pas de l'ade moteur qui remue le corps au premier instant, cet acte moteur n'aura rien mu. Ce que je dis du mouvement s'applique également au repos , autre mode qui comprend aussi sa durée dans son essence., comme le fait tout mode ou tout état d'un corps ; le repos n'exprimant qu'une permanence de rapports entre ce corps & ceux qui le touchent, aulieu que le mouvement exprime un


changement continuel de rapports , ou un contact successif de corps différens, lequel résulte d'une certaine vitesse du corps mu. Mais quoique de l'a vitesse il résulte un tel changement continu, elle n'en est pas moins un mode inhérent au corps, & qui y subsiste après qu'une fois Dieu l'y a introduit, tout comme le corps subsiste après que Dieu l'a créé, en vertu de ce qu'il l'a créé.

Le corps subsistant donc Ions ce mode qu'il a reçu , ne peut, faute d'activité propre, y rien changer; & c'eir IA ce qui s'appelle inertie.

Tout ceci pourtant, s'il en faut croire l'Anonyme, se réduit à une dispute de mots. » Que chacun , dit» il, explique ce qu'il entend par le « terme d'action & d'être actif, M.

m Steward ne reconnoît pour tel,que « celui qui peur exciter du mouve*» ment, soit en foi même , foit dans » un autre, sans l'aide d'un mouve» ment antécédent. Il fait entend re M qu'il ne teconnoît pour un être » actif, qu'un être qui pense : selon « lui une action méchanique n'en


» est point une , c'efi un état pure« ment passif. Mais suivant cette m explication , contré qui dispute» t-il ? Y a-t il quelqu'un qui fou» tienne sérieusement, qu'une bou» le, qui en choque une autre, » agit comme un être intelligent & »> libre ? N'y reconnoît-on pas, » malgré foi, une véritable machi- » ne ? On ne laisse pas de dire » qu'elle agit, & il faudroit ré- » former tout le langage pour par- » ler autrement. Agir est une ex» pression générale qui est équivau lente à celle de produire un essèt.

» Mais'il y a diverses actions. On » distingue les libres des machi- » nales on reconnoît celles qui » font les effets d'autres actions« En qualité d'effets, on peut les » nommer paJJiOflS ; mais les effets » qu'elles produisent leur méritent » le titre d'actions <«.

J'observe là-dessus , qu'il ne s'agit point précisément de savoir s'il n'y a de vrai agent que l'être qui pense.

Il s'agit de décider si la matiere est un véritable agent, & si l'idée d'une

Le pouvoir a £ Hfciitférencie essentielem,, n, "eîprir d'avec la ma- tkre.


substance essentiellement active, 8c celle d'une substance essentiellement passive, ne font pas deux idées distinctes. Il est certain qu'une véritable machine répond à la seconde de ces idées, & que ce n'est qu'abusivement que l'on dira d'une machine qu'elle agit. D'autre part, il n'est pas moins vrai que M. Home attribue à la matiere une vraie acti- vité (a) , une vis insita très distincte de l'inertie , & en vertu de laquelle elle perpétue le mouvement que Dieu lui a une fois imprimé. PluGeur Philosophes pensent comme ui , & je fuis persuadé qu'ils pensent mal. Certainement une action nachinale n'est point une ailion; :' ell se contredire dans les termes nêmes que de parler ainsi. Agir , .'et f produire un effet, & tout ce lui en produit véritablement un > est un agent. Mais l'effet que cet

(a) L'inertie de la matiere exclut en elle toute endance au changement de son état. Voy. Inqui- y into the nature ofhuman soul. Seét. I. p. 20. rre seroient-là deux tendances contraires, qui s'a- éantiroient l'une l'autre, 8c dont l'idée se co..

edit.


agent produit dans une certaine substance, par exemple , le mouvement que Dieu imprime à une boule , n'est point un agent ; cet effet ou mode, à l'égard duquel la boule qui la reçoit est passive , ne sauroit la rendre active, ou vraie cause d'un autre effet. Parler ainsi, c'est visiblement abuser des termes. On a beau en appeller à l'usage; le lan gage populaire en ceci est un langa ge erroné , qui ne tire point à con- séquences pour les Philosophes.

Monsieur Home, ibid. pag. z6i explique la gravitation par le pou.

voir interne qu'a un corps de se mci voir vers d'autres corps. L'Anonym ne désaprouve point cette opinion que son Antagoniste ne peut com battre, dit-il, qu'en prouvant qu'un telle propriété suppose la pensée ce qui n'est pas clair felon lui. Cet le seroit .) ajoute-t-il, si le mouv ment étoit produit j arrêté j modif d'une maniere arbitraire, car cet indiqueroit un agent libre. Mais si pouvoir de se mouvoir soi-même ( de mouvoir d'autres corps , s'exer


jeton une loi jixe & invariable, ce ne fera qu'une1 puissance méchanique } & personne n'a prouvé j que je fâche , qu'un être qui n'a pas la faculté de Penser foit incapable de cette jorte d'action.

On voit par ce discours de l'Anonyme , 1 °. qu'il regarde la liberté comme inséparable. de la pensée, ce que j'ai du penchant à croire ; au moins si l'on prend la liberté dans sa notion la plus générale : 2. o. Qu'il envisage le pouvoir de commencer le mouvement, ou le pouvoir interne de se mouvoir foimême , comme quelque chose de très différent de la liberté ; en quoi le ne puis me ranger à son opinion.

La preuve qu'il nous en donne , s'est que ce pouvoir de se mouvoir soi-même, n'est point produit, arrêté , modifié d'une maniéré purement arbitraire, mais qu'il s'exerce selon une loi fixe & invariable, & qu'il n'est par conséquent qu'une puissance méchanique. Mais j'en ippelle à toutes les personnes qui pensent , & je leur demande s'il

Le po-JTofr de commencer le mouvement , ne sauroit êtreune puissance méchailiqpe


leur est possible de le représentes un vrai moteur, un être doué de la puissance de commencer le mouve- ment , qui soit en même tems soumis, assujetti, pour commencer ce mouvement, à une loi fixe & invariable ? Je les prie de me dire si le vrai pouvoir de commencer le mouvement, (a) n'est pas auiIi le pouvoir de ne le commencer pas 5 Je leur demande si un vrai pouvoir peut être nécessité à agir, c'e adire , aéhf & passif en même tems,

(a) Tout vrai pouvoir de produire un effet, que l'effet ait lieu ou non , demeure également pou- voir pour C't effet ; il n'est pouvoir à son égard, qu'autant qu'il est , séparable de cet effet, 6c qu'il le produit, ayant pû ne le point produire. Celui qui est vraie cause de mouvement, fie qui dans cet instant commence à mouvoir , est précisément le mê.

me qui l'instant d'auparavant ne mouvoir pas.

Lorsque cette cause suffisante pour produire le mou- vement , le produit en effet , rien de nouveau ne survient que l'effet, c'est-à dire, le mouvement même. Ainsi, lorsqu'une boule en charte une au- tre , ce n'est point par aucun pouvoir qu'elle ait de mouvoir cette autre , c'est par une suite inséparable du choc. Elle est l'occation nécessaire, non la cause efficiente de son mouvement. Dans le choc de deux corps, entre celui qui communique, fie celui qui reçoit le mouvement , il y a donc le rap- port du principe à la consequence ; non celui du pouvoir à l'acte, ou de la conséquence propre ment dite à son effet.


ce au même égard ? M l'on a jamais oui parler d'une puissance interne de se mouvoir , dont le mouve- ment soit produit, arrêté, modifié par une loi ; ensorte que cette pull allw, ce qui se meut d'elle même, ne se meuve pourtant pas quand & com- ment il lui plait ? C'est à-dire, qu'au moment que d'ellemême elle se dé- termine à se mouvoir, elle soit pourrant mue par quelqu'autre moteur, qui selon une loi fixe & invariable la détermine au mouvement. L'Anonyme peut appeller cela, s'il le veut, une puissance méchanique, j'oserai moi l'appeller une pure contradiction.

Il me permettra aussi de ne lui point applaudir, lorsqu'il concerte ces deux axiomes : Qu'un tre ne sauroit agir ou il n efl pas -' & qu'aucune substance ne sauroit tenire activement en même tems vers deux côtés opposés. Voici par où il combat le premier de ces deux ixiomes. Quoique deux corps soient contigus , il n'est pas moins vrai que un est ou l'autre n'est pas j que sils étoient à un million de lieues l'un de


l'autre. Admirez la subtilité ! lorsqu'on dit qu'un corps ne sauroit agir où il n'est pas , qui ne fait que l'on n'entend point parler du lieu interne, de celui qu'il remplit, & d'où il exclut nécessairement tout autre corps , mais feulement du contact, pour dire que les corps n'agissent les uns sur les autres , qu'en se touchant; ce qui seul suflit pour renverser la doctrine de l'attraction.

Il répugne en effet au bon sens de dire qu'une chose agit où elle n'est pas, c'est-à-dire .J car il est

bon de s'expliquer net & de pré.

venir l'équivoque , dans un lieu dont elle se trouve aétuellemenr éloi.

gnée; & que par conséquent l'ac-

tion d'un corps s'étende au-delà de la surface qui le termine. Ce qu'on

nomme sphere d'aéh viré, doÎc être;

ou impulsion corporelle, ou im-

pression d'un agent spirituel. Mais il faut bien entendre cet axiome que rien n'agit ou il n'est pas, quand on l'applique à l'opération divine ; , de peur que séduits par notre imagination , nous ne concevions que ¡;

Qu'un être ne peut agir où il n'est pas. En q-jel sens cet axio- me s'applique à l'action de la Divinité.


Dieu est où il agit , de la même maniere que les corps font où ils agissent, cf efi: .à-dire -' que Dieu est érendu comme font les corps. Un corps n'est présent à un autre corps que parcequ'il touche sa surface (a) y & il n'agit sur lui que par ce contact mutuel. Or, comme la situation d'un corps entre d'autres qui le touchent , est proprement Ion lieu ; il s'enfuit qu'un corps n'agit que là où il est, & que selon le langag e de l'Ecole, non operatur indistans. Certainement Dieu n'a ni une étendue qui touche celle des corps, ni une étendue qui les pénetre. Il est bien vrai que son opération les pénétré , puisqu'elle agit, non sur les surfaces, mais sur les solides & dans le plus intime des corps. Il les voit, il agit en eux & sur eux d'une manière immédiate, il leur est présent , il les comprend dans son immensité. En opérant sur eux, il est donc la ou il agit, & bien plus parfaitement queles corps ne font où ils

(a) On voit assez que j'employe ici le mot l'agir dans l'usase vulgaire.


agissent. Car non-seulement il n'en est point séparé par l'interposition d'autres corps , laquelle mette entr'eux & lui aucun intervalle ; mais il n'en est séparé par les limites d'aucune surface. Outre cela il n'ell point à leur égard , tel que certains Philosophes conçoivent l'espace, savoir une étendue distincte du corps, & pénétrée par celle-ci. Car outre qu'une telle étendue se contredit, en admettant une pénétration de dimensions , c'est que ni cette étendue ne peut servir d'attribut à l'Etre infiniment parfait, ni quand elle seroit un de ses attributs, elle ne serviroit à expliquer son action sur les corps.

Par rapport au second axiome, l'Anonyme dit , que s'il n'y a aucune contradiction a supposer quun corps puissè être tiré en même tems vers deux cotes opposés il n'y en pas davantage a concevoir que ces deux forces opposées soient dans le corps même. Cela veut dire, si je ne me trompe , que s'il n'est pas contradictoire que deux substances existen

Qu'aucune substance ne sauroit avoir à la fois deux tendances op- posées. Autre axiome dé- fendu & é- clairci.


uall aes etats opposés l'un à l'autre, l'une en repos, par exemple, l'autre en mouvement, il ne l'est pas non plus qu'une feule & même subs.

tance existe a la fois dans ces deux états. Cependant qui ne voit que ces deux choses sont bien différen"es , & qli'autant que la première n facile à concevoir, autant la feconde est inconcevable. Si la tenlance d'un même corps vers deux points opposés en même tems, n'est pas une contradiction, le mouvement l'un corps qui iroit en même tems Orient en Occident, & d'Occi- ent en Orient, n'en fera pas une non plus.

Dire que le corps B, par exemple, end également, par une force qui i est innée , vers A & vers C, c'est out comme si l'on disoit qu'il n'a ucune tendance. Ces prétendues endances opposées , se détruisant une l'autre, & anéantissant l'effet une de l'autre, ne nous laissent à e Pnt que la simple idée du repos e ce corps. Ce que je dis des tenances internes, ne se vérifie pas 101ns de celles qui feroient impri-


mées de dehors par un agent, Supposez, que Dieu pousse un corps quelconque B , vers deux points opposés à la fois, A & C, c'est lui supposer deux volontés qui se contredisent , en détruisant mutuellement leur effet. Les deux prétendues volontés se réduisent à une feule , savoir, à celle de tenir le corps B dans un parfait repos. Deux agens peuvent bien pouffer un même corps en des sens contraires, auquel cas son repos fera l'effet accidentel de leurs impulsions opposées ; un seul agent peut de même donner des im- pulsions contraires aux deux corps, qui alors leur obéiront tous deux, ce qui pourra produire le cas du choc : mais attribuer à un m^ ême moteur deux impressions contraires à la fois sur un même Corps, cet' 1 évidemment peu songer à ce qU(.

l'on dit, & ne s'entendre pas loi.

même.

Concluons donc qu'un menu corps ne sauroit-avoir à la fois deu tendances opposées: ce qui n'empê che pas qu'il ne puisse recevoir à 1 fois deux impulsions contraires, e


LULLI;; UC-- yuelle que ce soit des deux qui l'emporte , elle fera mou- eoir ce corps d'un sens opposé à -elui felon lequel il se I-n, uvoir, -il obVei-iloit a l'autre impression.

Dans un Vaisseau qui fait route, in homme qui se promene de la >roue à la poupe, n'a qu'une seule endance attive & interne, savoir, elle de son ame qui fait mouvoir on corps de ce sens là ; quoique ce orps reçoive à la fois deux impulons , l'une de son ame, l'autre du r aisseau , laquelle est opposée à la remiere, & en détruit l'effet ou en )ut, ou en partie; de forte qu"'iJ ésulte de-la un mouvement plus ent selon l'une des directions (a).

L'exemple d'un homme qui pré•me volontairement son bras à un hirurgien pour être saigné , & qui ans. le même tems fent un fort retlrer>et fmalénon.

enchant à le retirer, est mal énon,.

& s'il l'étoit mieux, il ne comattroit nullement l'axiome. Un lulofophe a-t-il pû être capable

la) c'Ca cçlui qt; Cnlploic 1 Anon)'mc i Journal \1 -itanniiue , ubi suprà.


de cette meprise ! Il est taux qU( l'ame de cet homme ait deux tendan ces à la fois. Mais cette ame alternativement remuée par deux principe qui combattent, tantôt obéit à la raison qui lui ordonne de se faire saigner , & par conséquent de présente le bras , tantôt elle cede à la craint, qui la porte à le retirer. Ces motif: différens , felon que l'un ou l'autre est le plus fort, y causent ces ten dances alternatives. Elle ne les pas en même tems , ni ne fauroi les avoir. Que si ces différens mo tifs se présentent à la fois avec un égale force, l'ame restera immobi le , & dans une espece d'équilibre elle n'agira point elle fera aloi purement passive & ne reviendr active, que lorsqu'elle se déterm:

nera pour l'un des deux.

On ne fera pas fâché de vo comme raisonne M. Steward au si jet de la prétendue attraction d" corps. » Un corps demeurerait e » repos, s'il étoit seul , mais det corps s'approchent l'un de l'autr

3» Le même corps est attiré plus fo terne-

Raisonne.

ment de M.

Stéward contre la prétendue attraction des corps, ap- puyé & mis dans son jour.


y ul" une grande masse de matiere, que vers une moindre.

« Est-il convenable qu'un être [a intelligence, foItaou, d'une actri»vité qu'il regle & qu'il varie seIon la liruation, la distance, la grandeur d'un autre corps? Si l'on soutient que la chose est pos» sible, je demande par quelles ac- tioiis , par quel langage plus ex- » pressis un homme pourroit en convaincre un autre qu'il a de la raison & de l'intelligence

L'instance est assez pressante, comme on voit; cependant l'Anonyme

qui se porte comme arbitre dans le bien éloigné de s'y rendre. J'aurois cru, dit-il, que la régularité des ac- tions ddiir e-iill , queia régularité desac tions d une machine qui se meut dans les mêmes circonstances, indiquerait vrier ; mais marqueroit en même tems > que la machine elle-même est un agent brut, être inanimé. C'est par la liberté & le choix des aélons, que je distingue un animal d'une plan-


te. Si une pierre ne peut juivre les loix de la gravité , sans être animée par un principe intelligent , à plus forte raison chaque plante aura.

t-elle Ion ame.

Pour moi j'aurois cru, qu'il me soit ici permis de le dire , qu'un Ecrivain qui paroît d'ailleurs judicieux, se piqueroit de raisonner plus juste. Je conviens avec lui , que dans une machine la régularité de ses mouvemens, ou comme il lui plaît de l'exprimer , de ses ac- tions, ne marque en elle ni intelligence ni liberté; parceque de son méchanisme, librement produit par l'Ouvrier intelligent, résultent de nécessité de tels mouvemens. Mais dans chaque particule de matiere qui attire les autres , & en est réciproquement attirée selon les loix qu'écablissent les Attractionnaires, & que M. Steward vient d'exposer, où est, je vous prie, le méchanisme & la machine ? Il y a si peu là & de l'un & de l'autre, que les partisans de l'attraction opposent sans cette celle-ci au méchanisme, &


ru VIIL J.cuurs au premier de ces principes qu'à cause de l'impossibilité où l'on est, a les en croire, d'expliquer les phénomènes par le second. Toute machine est un composé qui applique & dirige les forces impulsives ou mouvantes, par rapporta la pro- duchon d'un certain effet. Or l'at- traction., comme ces Messieurs la conçoivent, ne suppose rien de tel ; & une masse informe de matiere qui attire & est attirée n'est certainement ni machine, ni plante, ni animal. L'attraction est elle-même chez eux une force interne émouvante, qui sans l'aide d'aucun méchanisme, suit exactement certaines loix.

Quand l'éguille d'une montre marque régulierement les heures on voit bien que les roues, le ressort, l'é- chappement de cette montre, font les principes de ce mouvement régu- lier. Mais si l'éguille se mouvoir ainsi délie-même, sans l'aide du ressort des roues &c on auroit raison de lui attribuer de l'intelligence, & de soutenir que la force interne qui lui imprime cc mouvement ré-


gulier, est un principe libre & rage'.

il en fera de même d'une pierre, qui, sans impulsion extérieure, sans l'aide d'aucun méchanisme de tourbillon, observera en tombant les loix de la pesanteur. En voici ce me semble clairement la raison.

Toute régularité dans les actions d'un mobile prouve la sagesse du moteur , qui ayant soumis ces opérations à des loix s'y propose un certain dessein. Mais si le mobile se trouve être en même tems le moteUf", comme le suppose le sentiment qui fait de l'attraction une propriété essentielle à la matiere , alors la régularité des mouvemens qu'il se donne à lui - même , fait évidem- ment preuve de sa sagesse ; & à cette même pierre qui, par un principe interne, fuit en tombant les loix de la pesanteur , vous ne pouvez plus lui refuser la qualité de libre & d'in telligente. Assurément il doit y avoir choix, liberté ôc par conséquent raison , dans toute substance , qui par un principe interne , non-seu- lement se meut mais regle ses mou-


vemens conformément à certaines loix. Car ce doivent être alors des loix qu'elle s'impose à elle-même y & qu'elle consent à suivre ayant sans doute des motifs qui l'y portent : ce font par rapport à elle des especes de loix morales.

Au reste il faut convenir que le savant Ecossois, en rejettant, comme il fait, par l'explication des effets de la gravité, toute adi. oti d'un fluide environnant , s'expose. à de fâcheuses retorsions de la part de son adversaire , puisqu'il n'y a gue- re moins de contradiction à ad- mettre, que le même agent pouffe à la fois un même corps selon des directions opposées , ( ce que la doctrine des atradions exige de toute nécessité ) qu'à supposer que ce corps ait de lui-même des tendances contraires.

Après tout ce que j'ai dit sur l'in- ertie de la matiere , & sur la nature & les loix du mouvement il ne fera pas mal-aisé de voir ce qu'il faut penser du systême de l'attraction. Il n'y a que deux manière.

ïxam«r1 abregé du sys- tême de l'attraction.

Deux différentes manie « tes d'entendre ce fyftcaw*


d'entendre ce systême. L'une , c;'di: d'admettre dans la nature des corps mêmes un principe inné, par lequel ils tendent tous à s'approcher les uns des autres en raison directe des masses, & inverse des quarrés des distances. L'autre , de dire que cette tendance est l'effet de l'impression du Créateur qui agit sur tous les corps conformément à cette loi.

Mais en bonne philosophie, l'une & l'autre de ces idées est insoutenable. La premiere, qui, foit dit en l'honneur de Newton (a) , n'est pas de lui , mais de ses Disciples, implique un tas d'incompatibilités : qu'est ce en effet que cette attraction qu'on suppose interne, universelle 8c par conséquent mutuelle entre tous les corps ? Direz vous que c'est une force par laquelle chaque masse en attire d'autres, c'est-à-dire , a le pouvoir d'agir sur ces autres masses, pour les obliger de s'approcher d'elle ? Mais cette force attirante dans

(a) On peut voir les questions qui font à la fin de son Optique , Se l'excellence Préface que M. de Mairan a mise à la tête de sa Dissertation sur I& glace, édit. de 174?.

L'attraction dans le pre- mier sens est incompréhensible.


mie masse , suppose qu'elle même n'est point attirée. On ne la con- çoit attirante, qu'autant qu'immobile elle-même , elle surmonte par sa propre action celle que d'autres masses voudroient déployer sur elle pour l'attirer, qu'autant que résistant à leur effort, elle le rend inéfficace : car il est bien clair qu'on n'a le pouvoir de tirer , d'entraîner quelqu'un vers soi, qu'autaut qu'on a celui de ne point ceder à l'effort qu'il fait pour nous entraîner nousmêmes , fc de sur monter cet effort.

Le pouvoir attractif est donc contradictoire dès qu'on le suppose réciproque. Aimerez-vous mieux soutenir que l'attraction est une tendance active des' corps les uns vers les autres ? Mais voici les inconvéniens qui résultent de cette idée. 1°. Elle fait de la matiere un véritable agent ; elle en fait une substance qui a le pouvoir de commencer le mouvement, ou de se mouvoir elle-même, & qui par consequent, ( j'ai prouvé cette conséquence tout-à-l'heure ), est douée


de choix & de liberté : supposition qui répugne à l'idée de la matiere , à sa passiveté, à son inertie essentielle ; supposition qui fait de la matiere un esprit, & de deux substances distinctes, & de genre différent , une feule & même substance. i°. Elle soumet dans la matiere ce principe de mouvement à des loix fixes, invariables, elle la nécessite à les suivre ; ce qui est contradictoire avec l'idée de liberté , de spontanéité & de choix. 3°. Elle suppose que chaque partie de matiere tend vers toutes les autres parties ; ce qui est admettre dans un seul & même corps, une infinité de tendances à la fois, différentes les unes des autres , & contraires les unes aux autres : ces tendances réciproques > puifqu'elles font opposées , se dé- truisent, s'anéantissent réciproquement. Rien en effet n'empêche d'ap- pliquer à l'attraction, qui ne peut être qu'une tendance au mouvement , le raisonnement que fait le Dr. Clarke contre Collins au sujet du mouvement même. Voici ses pa-


A.V!..;) , puur prouver que le mouvement n'existe pas nécessairement par sa propre nature. », Il est évi- » dent, dit-il, que cela n'est pas » parceque le repos qui est foi-i coil.

u traire n'enferme aucune contra- » diction ; & outre cela, parceque jl n y ayant point de mouvement » sans une détermination particu» liere d'un certain côté, & aucune « determiuation dans sa nature n'éu tant plus nécessàire qu'une autre, » un effort essentiel & nécessaire de mouvement, qui tendroit égaleJJ ment à toutes sortes de détermi- » nations, n'aurait jamais pu pro- '* duire aucun mouvement «. Recueil de diverses pieces par Mrs Leibnitz & Clarke, Tom. 1. p.38 3 r Il est clair que l'attraction , prise pour un pouvoir interne, qui pousse les corps en tous sens, & selon toute sorte de déterminations, est rui- née par ce raisonnement qui suppose que les tendances opposées s'entredetruisent.

4°. L'axiome qui dit que l'â réac- tion est égale à l'action nest


d aucun usage -, car il elt clair que celle-ci qui est inséparable de cellelà , ne suppose point deux agens mais un seul. Au lieu qu'admettre qu'une masse est tout ensemble attirante & attirée , c'est admettra en- premier lieu deux agens tels , que l'efficace de l'un est indépendants de celle de l'autre. C'est même admettre en fecond lieu deux pouvoirs , dont l'un paroît exclure l'autre ; le corps qui attire un autre corps, ne pouvant par cela même être attiré par cet autre, c'est-à-dire, ne pouvant lui commander & lui obéir à la fois Ce sont-là , si je ne me trompe , autant de contradictions y mais qui viendroit à bout deles compter toutes?

En vain nous allegue-t on qu'on ne doit point raisonner contre des siss, que ces pouvoirs de la matie- re font prouves par l'expérience r que les phénomènes les manifestent à l'il &c Je nie hardiment que l'attraction soit, un fait, & je soutiens qu'elle n'est visible ni aux yeux- du corps, ni à ceux de l'esprit. Des.

Cn ne dispute point ici des effets , mais de la cause.


yeux uu corps nous ne voyons que les corps & leurs mouvemens. Nous les appercevons selon di verses circonstances s'approcher, s'éloigner se tenir collés les uns aux autres -, ou s'en détacher &c. C'est ensuite et nous de découvrir par raisonnement la cause de ces di vers phénomènes , laquelle assurément n'est point un objet visible. Des yeux de notre esprit nous ne voyons point non plus l'attraction. Ce grand mot qu'on emploie pour désigner une cause, n'excite dans l'esprit aucune idée, ou bien nous en présente de contradictoires. Telle est celle d'une matiere qui se meut elle-même, qui agit sur une autre matiere sans la toucher, & cela à travers les plus- grandes distances ; telle encore est l'idée d'un corps, qui a à la fois une infinité de tendances opposées ; l'idée d'un vrai pouvoir qui fera tout ensemble, d'un côté libre & actif, de l'autre, passif & nécessité. Dire qu une masse en attire d'autres, ou dire que d'elle-même elle tend à se mouvoir vers d'autres massés; dire


enfin que deux masses s'attirent mtP~ tuellement , ou ce qui revient au même , que deux forces déploient leur efficace en se surmontant l'une l'autre, & cela sans s'entredétruire, ce font des langages également incapables de réveiller en nous la moindre notion claire & diftinae.

Vainement encore répliqueriez- vous avec Locke (a), que le fonds intime des substances nous est inconnu ( b ) ; & qu'ainsi de ce que l'idée d'un pouvoir comme celui de l'attraction, n'a rien de commun avec celle d'une étendue solide, il ne s'enfuit pas qu'un tel pouvoir ne réside point dans la matiere dont nous ignorons l'essence. Ce n'est-là pour vous qu'une très foible ressource.

Car ceux qui soutiennent cette thése de l'incompréhensibilité des subs- tances , n'en sauroient rendre aucune raison valable; leur pensée se

(a) Entend, humain, Liv. IV, chap 4. $ 12.

(b) Le D. Sam. Clarcke se mocque ouvertement de cette thèse, & démêle admirablement bien le sophisme des Matérialistes, lorsqu'ils s'en prévalent contre la spiritualité & la liberté de notre arleV. Demonstrar. of the being and attributs of God.

Jag. *^8-10;»

S'il est vrai que l'intérieur des subslances nous soit inconnu.


"Uull<llH a soutenir, qu'une chose que nous concevons clairement, doit être essentiellement liée avec une autre dont nous n'avons nulle idée, & à affirmer cette liaison intime, quoique nous ne l'apperce- vions pas, ni ne la puissions en aucune maniere concevoir. Mais je vous prie, de cette union fubftancielle que vous admettez entre une chose connue, & une autre parfaitement inconnue, ou en est la preuve ?

M'alléguerez - vous pour exem- ple le pouvoir attractif, qui fubfïf-" te , dites - vous, dans la matiere sans quon puisse le déduire d'aucune de - fes- propriétés connues ?.

C'est-là justement supposer ce qui est en question. C'est supposer, sans le moindre fondement, qu'un pouvoir non méchanique, tel que doir être l'attraction,loge dans cette substance étendue & solide qui nous est connue sous le nom de corps.

Hé! qui ne voit qu'en raisonnant de la sorte, l'on roule dans un cercle vicieux ? tantôt défendant l'attraction par ce principe, que l'ef-


fence de la matiere nous est incon- nue, & tantôt donnant, de ce mê- me principe l'attraction pour preu- ve. Mais pourquoi se plaire à supposer gratuitement ce qu'on ne voit point du tout ; savoir, que la cause de certains phénomènes j qui ne sauroient se déduire de l'étendue jointe au mouvement fasse avec cette étendue une feule & même substance ? Pourquoi dis-je aimer à supposer cela, plutôt que de recon- noître hors de la matiere un pouvoir immatériel qui agit sur elle, & qui en est aussi separé par ses attributs , qu'il s'en distingue par ses effets t. Prétendre que l'essence de la matiere nous est inconnue , parcequ'il nous aura plû de croire sans preuve que l'attraction, qui assurément n'est pas un principe méchanique, loge dans la matiere; c'est tout comme, si pour prouver la mê- me chose, l'on alléguoit l'industrie des animaux , qui n'est point non plus un principe méchanique ; c'est tout comme si l'on disoit, que nous ne savons pas bien ce que c'est


qu'une Ruee) parceque l'on le sera d'avance mis dans la tête que , sans que l'on fâche comment cette flute joint, à une certaine forme,le talent de la musique, & la faculté de jouer de très beaux airs (a).

Reste donc une sécondé maniere d'envisager l'attraction, en la réduisant à une impression immédiate du Créateur sur les corps ;, impression

en vertu de laquelle les corps tendent les uns vers les autres .suivant une- certaine loi manifestée par les phénomènes. Cette seconde maniére d'envisager ce systême , quoique sans comparaison plus raisonnable que la premiere, ne laine pas d'être combattue par de terribles difficul-

(a) Voyez l'Ecrit de M. Wolf intitulé Respon- fio ad imputationes Jahannis Freindii in Transactionibus Anglicanis. Num. nI'. p. 130 & seq.

jt On fait voir dans cette Réponse , avec beau.

il- coup d'évidence , que la force attractive , consiai déree comme un principe primitif, est , phyfi» quement parlant, absolument impossible , 8c » qu'il n'est pas même suffisamment prouvé qu'on- » puisse l'admettre comme un phénomene uni» versellement confirmé par l'expérience , dans » toute l'étendue de la matiere c4 Comme je n'ai jamais vû cet Ecrit, je me contente de rapporter ici en propres termes ce qu'en dit la Nouvelle-Bi- bliotheque Germanique, Tome XXI,

L'attraction.

prise au second sens est insoutenable, Se pourquoi.


tés. J'observe en premier lieu, que sous le nom d'attraction, elle re- vient à une veritable impulsion (a), C'est-à dire, à une action immédiate & continuelle du Créateur sur les corps , pour les pouffer réciproque.

ment les uns vers les autres. J'ajoute , que si vous comparez un tel systême avec celui du méchanisme, vous lui trouverez à l'égard de ce dernier de très grands désavantages.

19. II présuppose nécessairemens le vuide ; ce qui n'embrane pas de legeres difficultés, où je n'entrerai point ici, parce qu'elles ne font pas de mon sujet. 2.-. Par tout ce qui nous est connu , foit dans le moral , soit dans le physique, nous voyons que Dieu gouverne les différens être que sa main a formés , par des loix conformes à leur nature. Or, dans le systême de l'attraction, Dieu impose aux corps, ou plutôt à sa

(a) Je fais qu'à la rigueur, & dans le sens pro- pre , le mot d'impulsion marque le choc d'un corps qui en heurte un autre ; au lieu qu'il s'agit ici d'un esprit qui remue un corps. Mais nous manquons de termes pour exprimer cette derniere aâiofl , qui pw rapport i son, effet, est analogue à l'impulsion.


propre opération par rapport a eux, des loix purement arbitraires , & qui n'ont aucune proportion avec la nature des corps. Pourquoi, par exemple, établir le quarré des dif- tahces, plutôt que les di stances mê- mè,) ou telle autre puissance qu'on voudra, pour mesure de la force attractive ? On chercheroit en vain la raison de cela dans l'essence de la matiere. Au lieu que dans le systême du méchanisme, les loix du mouvement sont proportionnées à la nature des corps ; étant uniquement fondées sur l'inertie de la matiere , & sur sa mobilité, propriétés- qui se deduisent évidemment de son essence. 30. Un caraétere de sagesse qui brille dans toutes les œuvres de Dieu, c'est la simplicité de les voies, c'est la généralité 3 & tout ensemble la fécondité de ses loix.

Le systeme des attractions contredit évidemment cette réglé , puifqu'il charge la Divinité d'opérations composées & multipliées à l'infini„ & qu'on ne sauroit réduire à aUCUB principe simple. Le systême du rnéw


chanisme au contraire , des simples regles de la communication des mouvemens, & de la loi des tomv billons, déduit celles de la pesanteur, ainsi que d'habiles gens l'ont démontré (a). Une prodigieuse variété d'effets y émane du même principe. C'est ainsi que la loi d'un méchanisme très simple , faisant que l'horloge sonne & marque à propos les heures, dispense l'Horloger- de retoucher sans cesse à la sonnerie & aux éguilles.

Je n'ajoute plus qu'un mot en faveur de cette sorte d'esprits , que les grands noms modernes tiennent dans une espece d'esclavage ; c'est" que la gloire de Newton , & le mé- rite de ses découvertes , font choses: très indépendantes du systême des Attractionnaires. Toute cause est prouvée par son effet : ainsi la pesanteur dans notre systême solaire est démontrée par le rapport qu'il

(a) Voyez la Théorie des Tourbillons Carte- fiens. Les Partisans de l'attraction ne doivent avoir tien de plus presse que de renverser cette Théorie j.

s'ils le peuvent

On doit feien se gar- der de confondre la gra- vitation, ou la force centripete, qui est un fait, avec l'attrac- tion qui n'est qu'une hypothese.


y a encre les diitances des planetesau Soleil, & les tems de leurs révolutions ; c'est-à-dire il est prou- ve que la force qui retient les planetes dans leurs orbites, est la mê- me qui fait descendre les corps pesans , & qui les fait rendre vers le centre de la terre. C'est ce que l'il- lustre Philosophe Anglois a découvert & développé d'une maniere qui prouve la Supériorité de sou génie. Reste a savoir en quoi cette force consiste, & de quel principe elle dépend. Dépend-elle, 10. d'UD principe 1 méchanique c'est-à-dire en général , de l'impulsion ? On bien 10.: est-ce une force attracti ve qui soit innée à tous les corps > Est-ce enfin, ; o. une simple loi une impression du Créateur, qui.

les pousse tous les uns vers les autres en raison directe de leurs masles , & réciproque des quarrés de leurs distances ? Voilà trois hypo- theses entre lesquelles le Philosophe doit choisir. Je ne crains point de soutenir que les deux dernieres manquent de fondement légitime.


puisqu'elles étendent a toute matiere & à tout corps, une propriété que nous expérimentons dans ceux- là seuls qui circulent autour d'un centre ; & qu'à la force centripete , qui est de fait, elles substituent une ten.

dance mutuelle de tous les corps les uns vers les autres, qui est de pure supposition : supposition d'ailleurs li mal aisée à comprendre, & dont les inconvéniens se présentent de toutes parts.

Je prévois qu'on me trouvera bien hardi d'oser traiter le systême de l'attraction de simple hypothese , lui qui se glorifie depuis si long-tems de ne s'appuyer que sur des faits &C sur des principes d'expérience. Je ne fais d'autre moyen de me justifier là - dessus , que de pouffer encore plus loin la hardiesse, en prouvant, io. que ce systême est en effet une simple hypothese. 20. Que cette hypothese n'explique point les phénomenes.

I. Pour montrer que le système de l'attraction est une pure hypothese y je vais employer les propres termes

Le Systême de l'attraction est une pure fc/pocliefc


« un ae les plus passionnés Secta- teurs (a).

De-la (c'est-à-dire, du cours & M de la pesanteur des Planetes, donc » il venoit de parler) , il découle tJ une vérité incontestable , que cet« te gravitation n'est pas feulement » dans la masse totale de chaque » Planete, mais dans chaque partie » de cette masse, & qu'ainsi il n'y J, a pas un atome de matiere dans » l'univers qui ne foit revêtu de - » cette propriété Cf. Il ajoute un peu plus bas : Qu'on dise après cela que la gravitation, attraction est une qualité occulte, qu'on ose appeller de ce nom une loi universelle qui conduit à de si étonnantes découvertes. On se fouviendra que cette loi universelle est celle d'attraction en raison directe des 111alfes, & inverse des quarrés des distances. Qu'on retourne ensuite à la page 142, pour y lire ces paroles du même Auteur : Nous avertissons d'avance que V cette attraction qui fait graviter Il les Planetes sur notre Soleil, n'a81C point du tout dans les inê, (a) Elém. de la Pliiiofophie de Newtoq, p. »j.


•M mes rapports que l'attraction des « petits corps qui se touchent. Ce » sont même probablement des at- « tractions de genres absolument « différens. Ce sont de nouvelles & •* différentes propriétés de la lumiere & des corps, que Newton a « découvertes. Qu'on ne croie point M que la lumière et infléchie vers , le crystal & dans le crystal, fui« vant le même rapport ; par exem« ple, que Mars est attiré par le » Soleil. Page 174. Son attraction » ( celle du feu élémentaire ) vers si les objets qu'il touche, & sur la M surface desquels il réjaillit, n'a » nulle proportion avec la gravitaM tion uni ver selle de la matiere a.

Sur tout cela voici mon raisonne..

ment. Si l'attraction est un systême démontré , il le fera feulement en vertu de principes qui prouvent que tous les corps , sans en excepter un seul atôme dans l'univers s'attirent mutuellement en raison directe des masses , & inverse des quarrés des distances. En forte que si cette loi des quarrés n'est point prouvée pour


corps, l'attraction générale ne le fera point non plus ; & que S 11 se trouve des corps qui font exception à cette loi, on ne peut dire que l'attraction est démontrée comme clé générale des phénome..

nes. Or.) de l'aveu exprès de l'Au- teur, le feu & la lumiere sont cette exception manifeste. Ce sont pourtant la des corps ; ou si ce n'en sont pas, de quelque nature qu'on les suppose , de vrais corps tout au moins agissent sur eux. De-là j'ai droit d en conclure que le principe de l'attraction est un principe pure- ment hypothétique ; puisqu'on le fait agir selon différentes loix, pour le taire quadrer aux différens phénomènes. Dès-lors on n'est plus re- çu a soutenir, que lajnème loi qui produit la gravitation du systême planétaire, produit aussi l'ascension des liqueurs dans les tuyaux capillaires , l'arondissement des goûtes d'eau, le magnetisme, l'électricité, la cohesion entre les corps qui se touchent, la force de répulsion , les esservescences de certains sels, les


Sympathies, les antipathies. L atraction n'est donc qu'un mot vague, auquel on attache la signification qu'on veut; mot qu'on met indifféremment en la place des causes qu'on ignore. Il ne réveille plus l'idée d'une cause universelle, telle qu'est véritablement l'impulsion.

Dès que la force qui fait circuler les Planetes autour d'un centre, & qui fait tomber vers ce centre les corps pesans, n'est point celle qui refringe la lumiere dans les differens milieux, celle qui arrondit les gouttes d'eau, &c. il est peu raisonnable d'étendre cette propriété à toutes les parties de la matiere, sans excepter un seul atôme. Pour s'être toujours servi du même nom, l'on ne prouve point que par-tout la chose soit la même. D'ailleurs, de ce que les Planetes attirent leurs satellites , seIon une certaine raison, en deduire cette regle générale , que toutes les parties de la matiere s'entr'attirent dans cette même raison, c'est bâtir une hypothese purement gratuite , ne se trouvât-elle point démentie, - comme


tions. vu il VU, par mille exceptions.

II. On re nt i ra que cette hypoII. On sentira que cette livn. othèse n'explique point les phénomenes, pour peu que l'on prenne garde que toute graviration

celle des Planetes sur le Soleil celle des corps graves dans notre Atmosphère .J suppose un centre: au lieu que l'attraéèion , telle que les Philosophes Anglois l'admettent, n'en pourroit avoir aucun. Je conçois très bien un centre de figure , un centre de tourbillon ; mais pour un centre d'attraction dans une matiere dont toutes les parties s'attirant réciproquement , ont à la fois toutes les tendances imaginables, c'est ce que je ne puis concevoir. Je fais bien que l'effet, que l'on attribue à cette tendance, lorsqu'aucune force étrangere ne la combat, c'est de rapprocher les différentes masses, de les réunir en une feule & après les avoir ainsi reunies dempêher leur séparation. Mais supposons une infinité de molécules d'inégale grosseur ,

Cette fijrpothèfe n'explique point les Phénomè- nes.


qui soient dispersées dans le vui- de , & qui y flottent en toute liberté ; je demande , en premier lieu, pourquoi il est nécessaire que les plus petites s'approchent des plus grandes, en forte que toutes ces molécules viennent enfin à se réunir dans une feule masse. Je demande , en second lieu, qu'est-ce qui peut donner à toutes ces parties une tendance commune vers un centre , & pourquoi par leur arrangement elles doivent former un globe ? Ou même , en supposant ce globe déja formé , pourquoi chacune de ces parties doit peser vers le centre de ce, globe ? En effet, chaque molécule attirant toutes les autres, comme elle en est réciproquement attirée, & celle qui occupe le centre n'attirant pas plus celles qui l'environnent qu'elle n'est attirée par elles ; dans ce labyrinthe de directions opposées , on n'en sauroit concevoir une dominante > c'est-à-dire, une centrale ; & de ces tendances particu lières, qui se combattent l'une l'autre, il n'en résul-


JDLIIUIS une commune de tous les points du globe vers un seul.

iJ OU je conclus, que ni la figure des Planetes n'est l'effet de l'attrac- tion ni la force qui pouffe vers elles leurs satellites, & en général les corps graves, n'en sauroit être l'esset non plus. * qu'on m'alléguera la loi de l'équilibre, qui ne se trouve, ,, d nio l ecu l es que dans dit on, pour les molécules que dans la figure spherique. Mais je réponds - qu, pose l'attraction mutuelle, on , ne conçoit non plus d'équilibré , que. de tendance centrale : & que prétendre faire suppléer celui là à celle ci, tandis que celle-ci sert évi- demment de principe à celui - là,

ceiï s'engager dans un cercle vi- ,c est s'en g a g er dans un cerc l e vi cieux. Si certains corps en attiroient d'autres, sans être attirés eux-mê- mes , alors on n'aurait nulle peine à concevoir des centres, des forces centripetes , des équilibres , &c.

Mais dans la supposition d'une at- traction universelle & réciproque chaque corps est centre, & aucun ne l'est. Chacun rappelle tout à soi.


& par cela meme l' y rappelle inu- tilement; par conséquent point d'équilibre, puisque l'équilibre ne se conçoit que par une égalité de poids qui tendent vers un centre commun , ou du moins par une égalité de forces, dont les directions font déterminées vers quel- que point. Au lieu qu'une attraction répandue sur toutes les parties de la matiere, n'a ni tendance déterminée , ni centre commun.

Sur ce pied - là que devient l'attraction ? A quoi eft- elle bonne ?

Quel fera l'effet de ce ressort universes, qui devoit tout remuer dans la nature ? Ce fera de réduire toute la nlaife des @ corps à une éternelle immobilité.

Je ne crois pas qu'il en faille davantage pour rétablir l'impulsion sur les ruines de l'attraction.

Que s'il reste encore dans la na- ture nombre de phénomènes inex- plicables à tout méchanisme connu, je m'adresse aux personnes fetv fées & non prévenues, & les prie de me dire , s'il ne vaut pas mieux

Conclusion.


avouer qu'on ignore les causes Li) que d'en nommer d'inintelligibles j s'il ne vaut pas mieux admettre des myftetes dans U p;,y:i,,iW, que d'y admettre ci.s contradictions ?

E 1 l' V l ¡" 'Il' r ') 1 ,- J, ,. [' LI vcr!,;: •> r,ou> venir parler atiiourd Jim d Li!1 principe interne d'attraction ou de pc»aareur dans b, rc n'est ce pas ramener , sous d'autres noms, ces cames oc- cultes dont le Cartcùanifme nous ivo t si heur.urcm.-m; délivrés N'est - ce olp'-urcir b Ú(Tcf- se de Dieu ; juin d expliquée rien 3 rendre tout inexplicable ?

N'est-ce pas favoriser hautement le Pyrihonisme , Se montrer enfin qu'on aime mieux les ténèbres nue la lumière ? Cette conduite ne - suc ïamais celle d'un vrai Philosophe.

(a) Voyez f;t'ri!u' ^ur Incompatihil. de ra. &c. prétace, pa::;c: S. sur ¡cs Tuya,,I,,ç cavila,.re,l ,page ; 15.


DISCOURS <;' SUR

LA LIBERTÉ DES ACTIONS HUMAINES ;

Dans lequel -on recherche jujqu'oli notre Ame efl.foumi.Je à l'empire du cerveau.

Fatis avolfa voluntas.

Lucrtt.

r

7 u o i qu E REFPRIT de l'homme foit fait pour la vérité on découvre en -lui cependant une prodigieuse inclination pour la chimère. Jamais même il né montre mieux toute la subtilité dont il est capable, que dan5 Ia.i-4éf:enjfe des plus grossieres erreurs. C'est une rétiexion quêtai souvent faite avec surprise, & qui vient de se renouveller à la lecture.

d'un Traité de la libelté , par M.

divisé en quatre Parties (a).

(a) Ce Traité fait partie d'un Recueil intime y


L nomme est-il libre ? ou ne l'estil pas ? L'Auteur ananyme se propose. d'examiner cette question sur ses principes esentiels sans même avoir égard au préjugé du sentiment que nous avons de notre liberté, & sans s'embarrasser de ses conséqeences (a). On ne sauroit nier pourtant que ce lentiment intime que nous en avons, ne soit quelque chose de considerable & que les conséq uen- ces qui suivent des deux partis oppoles qu'onpeut mbrasser lâ-dessu, ne mentent d'être pesées.

.i En effet, notre sentiment intime ne peut non plus nous tromper que l'evidence ; c'est pour nous l'évidence même. Lorsqu'on se demande à soi-meme suis-je libre ? autant vaudroit-il se demander, est-ce que je luis un être intelligent ? est - ce que j'existe ? Il est certain que nous avons tous de notre propre intelli-

Nouvelles libertés depenser imprimé en France en 1743 , sous le faux titre d'Atufterdarn , & fupprimé dès qu'il parut.

(a) Traité de la Liberté t page 118.


gence , tk de notre propre existence un sentiment vif, intime, invariable. Si ce sentiment de notre existence nous prouve que nous exis- tons , & ne nous permet nullement de douter que nous ne soyons des êtres intelligens , un pareil senti- ment de notre liberté ne nous prouveroit-il pas que nous sommes des êtres libres ? Nous laisseroit - il sur cela le moindre doute ?

Pour ce qui est des conséquences qui coulent des systêmes opposés sur ce sujet, nous verrons bientôt s'il est vrai qu'elles soient peu dignes qu'on s'en embarrasse. Il n'est maintenant question que de suivre pied à pied le Traité de l'Anonyme, d'analyser ses raisonnemens , & de discuter à , fond la doctrine qu'il renferme.

Il faut convenir d'abord que le préliminaire de l'Auteur anonyme est des plus adroits. Il débute par traiter une question qui n'étoit pas directement de son sujet : celle de la préscience divine , & du moyen de la concilier avec les actions 4a

La question sur la préscience de Dieu, indépendante de celle de la li- berté. Détour artificieux .'un Auteur anonyme qui


VL\,;,). L- l- ce petit écart, il trouve le secret de faire deux choses, qui 1 amenent imperceptiblement à son but : Iune, de combattre la préscience de, Dieu, fous ombre de l'expliquer; l'autre, de se servir deia. pretendue science de l'avenir qu'il veut bien admettre en Dieu pour rumerta fierté de nos aérions; par ce, rai[onnement ad hominem; n'énonce pas, s'en rerofant poprJe [uppléer [ur l'intelligenc-du Leéteur : S'il y a une Providence Dieu prévoit nos aftloils : mais il iiefaliroit prévoir l'effet des causes quon appelle libres ; donc nos actions ne font point libres. U ,. lit -\" °: 'fTout ce qui concerne la préfcien..

ce divine dans la prelniere Partie du, Traité, roule Jilr l'argument qu'on va lire ?

» Voient ■ infailliblement les éclip- » si s, Dieu les prévoit aussi. Cette ! < pr éscience de Dieu, & cette pré-

(t te (a) Traité de ZR. Liberté Partie prerniere , paS e 111-117. * Parue premiere , p»~

entre par la premiere ds ces questions dans l'examen de la fécondé-


» science des Astronomes sur les, m eclipses, conviennent. en ce que » Dieu &: les Astronomes connoif» fent un ordre nécessaire & inva» riable dans le mouvement des » corps célestes , & qu'ils pré» voient par conséquent les eclip.

v ses qui sont dans cet ordre là. Ces « présciences différent, I° en ce « que Dieu connoic dans les mou» vemens célestes , l'ordre qu'il y a « mis lui-même$•& que les Astrow nomes ne sont pas les auteurs de » l'ordre qu'ils y connoissent. 2°. Era » ce que la préscience de Dieu est » tout-à fait exacte , & que celle ji des Astronomes ne l'est pas, par)) ceque les lignes des mouvemens « célestes ne font pas si régulières » qu'ils le supposent, & que leurs » observations ne peuvent pas être » de la derniere justesse. On n'y » peut trouver d'autrés cônvenan« ces , ni d'autres différences.

» Pour rendre la préscience des Af» tronomes égale à celle de Dieu, il » ne faudroit que remplir ces diffé- » rences. La 1ere ne fait rien d'elle-


» meme à la chose. Il n'importe pas» d'avoir établi un ordre, pour en* « prévoir les suites; il fui,,,Iit de con- »» noitre cet ordre aussi parfaitement - que si on l'avoir établi ; & quoi- « qu'on ne puisse pas en être lau- n teur sans le connoître, on peut len connoître sans en être l'auteur.

» En effet , si la préscience ne se n trou voir qu'ou se trouve la puis,;J lance, il n'y auroit aucune pré- science dans les Astronomes sur » les mouvemens célestes, puisqu'ils n'y ont aucune puifrance » Ainsi Dieu n'a pas la préscience ** en qualité d'Auteur de toutes cho- les, mais il l'a en qualité d'Etre qui connoît l'ordre qui est en toit» tes choses. Il ne reste donc qu'à » remplir la deuxieme différence » qui est entre la préscience de Dieu « & celle des Astronomes.

- » Il ne faut pour cela que supposer les Astronomes parfaitement « instruits de l'irrégularité des mort- » vemens célestes, & les observa- » tions de la derniere justesse. Il n'y » a nulle absurdité à cette supposi-


» tion. Ce feroit donc avec cette » condition qu'on pourroit assurer » sans témérité que la préscience des « Astronomes sur les éclipses , sen roit précisément égale a celle de Dieu, en qualité de simple pré3* science : donc la préscience de » Dieu sur les éclipses ne s'étendroit pas à des choses, où celle >1 des Astronomes ne pourroit s'é» tendre. Or il est certain que quel» qu'habiles que fussent-les Aftro»- nomes, ils ne pourroient pas prévoir les édipses, si le Soleil & la » Lune pouvoient quelquefois se >» détourner de leur cours, indépensé damment de quelque cause que » ce soit , & de toute régle. Donc » Dieu ne pourroit pas non plus » prévoir les éclipses ; & ce défaut M de préscience en Dieu ne vien3> droit non plus que d'où viendroit » le défaut de préscience des Astro« nomes : or le défaut de préfcien3» ce des Astronomes ne viendroit » pas de ce qu'ils ne feroient pas » les auteurs des mouvemens céles- »* tes, puisque cela est indifférent


u, kL id préscience ; ni de ce qu'ils ne connoîtroient pas assez bien « ces mouvemens, puifqu'on sup« pose qu'ils les connoîtroient aussi bien qu'il feroit possible 5 mais « le défaut de préscience en eux, » viendroit uniquement de ce que « l'ordre établi dans les mouve» mens celestes ne feroit pas néces» faire & invariable : donc de cette » même cause viendroit en Dieu « le défaut de préscience. Donc, , Dieu , bien qu'infiniment puif» sant, & infiniment intelligent « ne peut jamais prévoir ce qui ne W dépend pas d'un ordre nécessaire » & invariable : donc Dieu ne pré» voit point du tout les actions des M causes qu'on appelle libres. Donc » il n y a point de causes libres, ou « Dieu ne prévoit point leus ac» tions «.

J'ai mis ici tout au long le raison.

nement de l'Anonyme , de peur qu'on nie [oupçonnât de l'avoir affoibli en l'abregeant. Pour en démêler maintenant le sophisme , arrêtons-nous sur ces paroles de lapa-


ge 114. Dieu n'a pas la prdjcierzce,ell qualité d'A uteur de toutes c'hojès -' mais il l'a en qualité d'Erre qui COllllOlt L'ordre (l'ordre nécessaire & invariable y Voyez p. 116 ) qui est en toutes choses C'est en effet sur ce principe que roule uniquement sa comparaison de l'Astronome, & l'argument que cette comparaison lui fournit. Cet argument tombe , si le principe est faux , & si c'est le principe opposé que l'on doit admettre.

- Or il est faux que Dieu ait la préÍèierin qualité d'être qui connoîs un certain ordre invariable & né- cessaire. Il l'a en qualité d'Auteur de toutes choses) ou en conséquen- ce de ce qu'il en est l'Auteur, & que rien de ce qui a été, est , ou fera dans la creacure, ne peut être ignoré de celui qui l'a créée. Nulle comparaison à faire par conséquent de la préscience de Dieu avec celle de l'Astronome , qui lui-même n'a aucune science de l'avenir. Cal cu-

1er, predire les éclipses, n'est point savoir l'avenir; c'est feulement tirer des conséquences justes de certains

Dieu prévoit les effets des causes li- bres. Fausse comparaison de la science d'un Astrono- me avec celle de Dieu. Dieu n'a pas la pré science en ver- tu de l'ordre qu'il connoît en toutes choses, mais parcequ'il est le maître des créatures.


principes connus, c'est résoudre un problème de méchanique , c'est expliquer le jeu d'une machine qu'on a bien étudiée. Quand je dis que ma pendule , supposé que rien ne la dérange , sonnera demain midi , lorsqu'il fera effectivement cette heure- là, je ne pretends nullement ravoir l'avenir. La science de l'Astronome, par rapport aux éclipses, n'est pas autre chose. C'est la science d'un ordre établi de Dieu ; science qui , si elle est vraie fera exactement conforme à cet égard à celle de Dieu mais qui n'a rien de commun avec la préscience divine. Si Dieu prévoit avec infaillibilité les éclipses qui doivent arriver dans mille ans d'ici, ce n'en dont pas parcequ'elles font le résultat d'un ordre, dont on peut sans absurdité supposer la con- noiffance égale entre l'Agronome & Dieu ; mais parcequ'en qualité d'Auteur & Conservateur de toutes choses , il fait bien s'il a résolu que notre tourbillon solaire, que le So- leil , la Lune, avec la loi de leurs mouvemens, subsisteront dans mille


ans d'ici ; ce qu'assurément nul homme au monde ne fait d'une science proprement dite.

Il est bien vrai que toute science présuppose son objet, & qu'il faut par conséquent qu'une chose soit déja vraie, avant de pouvoir être prévue. Mais comme rien n'est vrai, ou n'existe hors de Dieu, que dépendamment de sa volonté , il s'enfuit de-la que Dieu seul connoît l'avenir , ou le prévoit infailliblement, en qualité de Cause suprême & de Maître des créatures , parce- que tout ce qui fera, ne fera en ef set, qu'en vertu de ce que Dieu veut l'opérer lui-même , ou permettre aux créatures, à qui il en a donné le pouvoir, de le produire par ce pouvoir qu'il leur a donné.

Admettonspour un moment l'hypo- these de quelques anciens Philosophes. Supposons que des Anges pré- fident au mouvement de nos Planetes, & que ces Anges puissent à volonté les détourner de leur cours indépendamment de toute régle.

Alors l'Astronome, quelque habile


quil soit , ne pourra prévoir les éclipses; mais Dieu qui fait l'avenir les pourra prévoir. Rien donc de commun entre Dieu & cet Astronome, par rapport à la science de l'avenir que Dieu a, & que l'Astronome n'a point, L'Astronome ne l'a point en qualité d'Etre qui connoît l'ordre, &c. parceque la connoif- sance de cet ordre & de ses résultats nécessaires ne lui donne point celle de l'avenir. Mais Dieu possede cette connoissance en qualité de souverain Etre & d'Auteur de toutes choses ; parcequ'en cette qualité il fait tout ce qu'il a résolu d'opérer dans ses créatures, tout ce qui est en elles sans qu'il y opére , tout ce qu'il veut bien à ellesmêmes leur permettre d'opérer; parceque Dieu fait, par exemple, ce qu'il a résolu d'opérer dans sa créature; il fait quelle fera la position actuelle de la Lune & de laTerre à l'égard du Soleil dans mille ans d'ici , supposé que lui seul dirige leur cours. Et suppose qu'il l'eût soumis à la volonté libre des Anges, il fa4


encore infailliblement quelle sera la position de ces Planetes ; parcequ'ayant donné un tel pouvoir aux Anges , ils n'en sauroient faire d'autre usage que celui qu'il leur permettra d'en faire ,& parcequ'il voit dans sa créature , non - feulement tout ce qu'il y fait mais aussi tout ce qu'il veut bien qu'elle - même fasse.

Quand après cela l'on demande sur quel principe Dieu pourroit prévoir les actions d'une cause que rien ne détermineroit ; & qu'on ajoute que ce second principe de préscience est absolument inconcevable , l'argument bien apprécié se réduit à ceci : Nous ne saurions connoître les futurs contingens , donc Dieu ne les connoît' pas non plus.

Ce que nous ne concevons pas ne sauroit être. La science de l'être infini a â aussi étroites bornes que les nôtres.

Je laisse à juger à tout esprit sage de l'évidence de ces assertions. L'A- nonyme s'y devoir fier d'autant moins, qu'il avoue , en commen- çant son Traité , que la nature de


la prelcience de Dieu lui est in- connue (a).

Mais, écoutons ce qu'il ajoute : » Il st aise de concevoir que Dieu ": prévoit infailliblement tout ce qui regarde l'ordre physique de » l'Univers , parceque cet ordre est ** nécessaire, & sujet à des régles » invariables qu'il a établies : voila » le principe de sa préscience. Mais.

« sur quel principe pourroit-il pré- M voir les actions d'une cause que n rien ne pourroit déterminer né- »» cessairement ? Ce fecond principe » de préscience qui devroit être dif- - férent de l'autre , est absolument ,' inconcevable ; & puisque nous en « avons un , qui est aisé à conce- voir il est plus naturel & plus » conforme à l'idée de la simplicité » de Dieu .) de croire que ce princiJJ pe est le seul sur lequel toute sa « science est fondée

Je lui répons , que @ des esprits fi- nis comme les nôtres n'ont nul droit de contester à l'Esprit infini une préscience qui leur est inconcevable, &

(a) Ubi suptâ, page 112.

À la science de l'Etre infini a necessairement plus d'étendue que la nôtre. Sa


cela sur l'unique fondement de cette.

incompréhensibilité. Au contraire , l'infinité même de l'entendement di- vin nous persuade qu'il doit avoir des manieres de connoître qui se proportionnent à tous les divers or- dres d'objets , quoique plusieurs de ces manieres nous soient inconceva- bles. Ceci ne blesse pas plus la simplicite de Dieu, que ne la blesse la multitude & la variété infinie des objets que son entendement renfer- me. me. Il n'est point , dit-il, de la grandeur de Dieu de prévoir des choses qu'il auroit faites lui même de nature à ne pouvoir être prévues. Mais qu'il en ait fait de cette nature, c'est précisément ce qu'il falloit prouver, &

ne le pas supposer sans preuve. C'est tout comme si vous disiez : il n'est pas de la grandeur de Dieu de connoître des choses qu'il auroit raitea de nature à ne pouvoir être connues.

On vous répondroit, en niant votre hypothese; en observant de plus que cette hypothese se contredit, puisque tout ce que Dieu a fait est né-

maniere de connoître variée selon les divers genres d'objects.


In;! v intelligible, du moins à Dieu qui 1 a fait.

Tirons donc des observations précédentes une conclusion directement opposéé à celle de l'Anonyme.

Au lieu de dire comme lui, il n'y a point de causes libres, ou Dieu ne prévoit point leurs actions, disons hardiment : s'il y a des actions libres, Dieu les prévoit. Reste à voir s'il y en a: question indépendante de celle de la préscience , & que nous allons , p £ Trne[ en suivant pas à pas notre Philosophe dans la seconde Partie de son Traité.

Mais de peur de nous égarer nous- mêmes , si nous entrions sans précaution dans la nouvelle route qu'il s'est tracée, il fera bon de faire rnar.

cher devant nous quelques principes qui nous servent de guides.

el t

Si l'on veut connoître en quoi consiste la liberté de nos actions, il faut envisager l'ame, qui est le siége de cette liberté, fous deux différens égards : 1° en en elle-même, en tant qu'elle est un esprit. II°. par rapport à son état d'union avec le corps.

Que nos actions font libres. Théorie sur la li- berté. -


I. Comme esprit, l'ame est une intelligence active. Car la pensée est inséparable de l'activité ; & l'on ne conçoit pas plus une vraie acti- vité sans aucune perception , que la perception sans aucune activité.

L'ame renferme donc en foi un principe de perception & un principe d'aaion. Mais pour être un agent, elle n'en est pas moins un sujet capable de pâtir, de recevoir des impressions,d'etre modifiée par quelque cause, c'est - à - dire de l'être, soit par quelqu'agent extérieur , soit par elle-même.

Toutes les trois que notre ame pen- se volontairement à une chose , qu'elle s'arrête sut un objet, qu'elle choisit , & se détermine, elle devient alors le sujet de sa propre action, elle agit pour pêtir ensuite, & s'étant modifiée par le pouvoir qu'elle en a , cette modification à

l'égard de laquelle elle devient passive, est un effet dont son pouvoir actif est la cause. Mais toutes les fois aussi que des idées s'excitent involontairement en elle , elle devient le

Notre ame considérée première- ment en tant que c'est un esprit. Elle est tout ensemble un agent te un sujet capable de pâ- tir , & par sa propre action & par celle d'autrui.


sujet de l'operation d' un autre agent, elle est passive à son égard , & voit son propre pouvoir surmonté ou 1:_! -

Ul™c par cette influence étrangere.

Outre ce pouvoir qu'elle exerce sur ee lî'ee"nnitme , on conçoit qu'elle peut avoir de plus celui de remuer la matiere & de la modifier. Si Dieu.1 lui a donné l'un , rien n'empêche qu'il ne lui ait aussi donné l'autre; & qu ayant reçu une espece dW pire sur ses propres pensées, qui sont de leur nature P'US «^l'entes que les modifications des corps, elle n'ait nuffi reçu quelque sorte de pouvoir sur celles-ci; pouvoir dont la sphere fera plus ou moins bornée.

'T'

Tout pouvoir étant séparable de l'acte, car si on ne le pouvoir con- cevoir "5 son a¿te, ce ne fe°" pas un pouvoir, est en même-tems suffisant pour produire cet acte, puis- que s'il ne l'étoit pas, Ce ne seroit plus un vrai pouvoir pour cet atle.

Donc tout vrai pouvoir est un pouvoir d'agir & de n'agir pas , un pou..

voir qui s'étend aux deux contraires.

Pour nier qu'un tel pouvoir existe

Rien n'em- pêche qu'un esprit créé n'agisse fuj; des corps.

Ce que c'est qu'un vrai pouvoir.


dans la naturedes choses, il faudroit donc nier aussi que quoi que ce soit ait été produit, ou ait commencé d'exister ; il faudroit nier qu'il y ait des choses contingentes (a), ou qu'il y en ait de possibles. S il y a des possibles , des contingens , des êtres qui aient commencé , certainement il y au monde un pouvoir tel que je viens de le définir.

Il faut distinguer dans l'agent intelligent, ou dans l'ame considérée simplement comme esprit, l'étendue du pouvoir même d'avec les bornes de ion exercice , qui sont bien plus resserrées que ce pouvoir. Il est sûr qu'en qualité d'agens libres, nous pouvons toujours plus que nous ne faisons actuellement. Nous con- noissons même en nous une infinité de pouvoirs dont on peut prédire avec certitude qu'ils ne se réduiront jamais en acte. On verra bientôt de quelle importance & de quel usage

est cette distinction.

Ge qui régie l'exercice de notre

(a) Voyez la Lettrefur le Fatalisme, dans le lour.

tiol des Savans , Septembre 17; 7.

pouvoir

L'exercice du pouvoir de l'ame a moins d'étendue que la pouvoir 148mc.

Bornes de cet exercice.

Ce sont nos perceptions.


pouvoir , & le circonscrit dans un certain cercle , ce font nos perceptions. Notre ame , y ayant toujours la perception distincte ou con- fuse de quelque objet, n'agit jamais dans une indépendance totale de ses idées, & sans que son action foit éclairée de quelque lumiere. Ce qui est si vrai, que notre ame n'agiroit point sur le corps qui lui est uni, si le sentiment qu'elle en a ne lui en donnoit une idée confuse. Toute opération suppose un sujet, & toute volonté un objet. C'est par ces limites,dans lesquelles se renferme l'exercice du pouvoir, que s'explique en général l'efficace des motifs qui nous font agir, & l'influence de nos jugemens sur notre conduite. Par-là s'explique encore l'infaillibilité de certains choix, desquels il demeure toujours vrai qu'on a le pouvoir de ne les point faire, mais dont on ne sauroit pourtant dire , posé telles ou telles circonstances, que peut-être

ne les fera-t-on pas. Ce même principe nous rend rai- son de notre impuissance à produire

t Exemples qui le prou- » vent.


sans aucune connoissance de l'art, certains ouvrages industrieux. Donnez à un enfant de quatre ans des caracteres d'imprimerie à arranger, il n'en fera jamais un livre. Mettez entre les mains de quelqu'un qui ignore les premiers élémens du dessein , une toile, une palette , des pinceaux , il ne peindra point un tableau. A celui qui de sa vie n'auroit touché aucun instrument, en vain lui présenteriez-vous un luth y il ne jouera point des airs sur ce luth. Ces diverses opérations supposent l'idée de l'art qui les doit conduire. Elles supposent des regles, des modeles , une étude , un exercice , une pratique assidue. Ce ne font pourtant là que divers mouvemens de la main , c'est-à-dire , autant d'aétes d'un pouvoir qui est le même dans tous les hommes.

Tous ces exemples nous prouvent que l'exercice du pouvoir a des bornes bien plus étroites que le pou- voir même , & que dépendant de l'habitude & de l'art , cet exercice se renferme dans les limites de nos

perceptions.

te pouvoir de l'ame, foit qu'elle agisse sur elle - mê- me,foit qu'elle agisse au dehors, a ses J»oflnc


: .ulcinenci exercice du pou- voir, mais le pouvoir même de l'ame a ses bornes. Par exemple, son pouvoir sur elle-même pour exciter en foi diverses pensées & pour se modifier, est borné par sa faculté de penser, qui ne la rend susceptihIe que d'un certain nombre d'idées & de modifications. De plus, ce pouvoir est évidemment borné puisqu'il peut être surmonté par d'autres pouvoirs supérieurs, & trouver hors de lui des obstacles qui l'arrêtent. Que par l'influence d'un agent extérieur quelconque , notre ame se remplisse de perceptions confuses, ou que les idées s'y succedent avec une certaine rapidité , dès-lors nous cessons de pouvoir raisonner ni refléchir. Que quelque sensation vive, comme de douleur par exemple , occupe la capacité de notre ame, nous ne sommes plus susceptibles de la moindre application.

Que cet agent extérieur lui imprime fortement l'idée d'un objet, & qu'il empêche d'autres idées de s'of- frir à elle, dès-lors la voilà hors


d'état de délibérer, de choisir. Car pour choisir il faut deux objets, & le moyen de faire un choix entr'eux, lorsqu'on n'en peut appercevoir qu'un? De même lorsqu'une conclusion raisonnable dépend de la comparaison de trois idées , le moyen de conclure juste , si quelque obstacle empêche que l'une des trois ne se réveille ! En tous ces cas le pouvoir naturel que l'ame a sur ellemême pour y faire naître des idées, se voit surmonté ou limité par un pouvoir supérieur.

En effet, de ce qu'un agent externe fera capable de modifier no- tre ame, & de lui imprimer des sensations & des idées indépendamment d'elle, ou même malgré elle , il s'ensuivra que son empire sur elle-même a des bornes, & que ces bornes le limitent sans le détruire.

Un pouvoir pour être un vrai pouvoir, n'est pas infini, puifqu'aucui^ pouvoir créé ne l'est. Il n'y a donc aucune contradiction à concevoir notre ame comme un agent, & ce" pendant comme un sujet suscepti-


UCi impression d'un autre agent : comme se mouvant par un pouvoir interne, & trouvant quelquefois des obstacles à l'exercice de ce pouvoir.

J'en dis aurant de celui que j'ai uppo e que le Créateur pourroit lui avoir donné sur la matiere pour la remuer & la modifier. Je conçois qu'un tel pouvoir feroit limité I une certaine portion de matiere , que même cette matiere n'y seroit soumise que fous de certaines conditions. Que pour la faire obéir à ce pouvoir, une certaine organisation seroit requise ; de sorte que ces conditions cessant d'avoir lieu , il cesseroit aufficôc de produire son effet; de même que fous l'archet du plus savant Musicien, l'harmonie d'un violon cesse, dès que ses cordes se relâchent- En général on comprend assez qu'un pouvoir commu.

nique est necessairement un pouvoir borné, & que cette Cause suprême qui le communique à d'autres agens, en détermine la me- sure.

Observons en passant qu'autre


chose est l'usage du pouvoir, autrfc chose est le pouvoir même. J'ai dit que nos perceptions limitent celui- là, mais c'est en laissant à celui-ci une toute autre étendue , par laquelle l'ame peut toujours cela mê- me qu'elle ne fera jamais. Au lieu que l'efficace d'un agent extérieur sur l'ame , ou l'obstacle qu'elle rencontre au dehors à son opération , rend notre ame véritablement impuissante à l'égard de cette impression pour la repousser, de cet obstacle pour le lever.

II. Après avoir envisagé l'ame, en qualité d'esprit , ou absolument en elle - même , maintenant considérons-la comme unie au corps, ou comme faisant la moitié d'un tout, dont le corps organisé fait l'autre moitié. Cette union , en vertu de laquelle certaines pensées dans l'ame , & certains mouvemens dans le corps se correspondent exacte- ment , consiste dans un certain empire de celle-là sur celui-ci, & dans une influence réciproque de celuici sur celle-là. L'ame domine sut

l'ame considérée en tant que c'est un esprit uni à un corps. En quoi consiste cette union.

Elle resserre le pouvoir de l'ame , & en limite l'exercice.


le cerveau par divers ébranlemens qu'elle y cause ; le cerveau à son tour par les impressions qu'il reçoit excite diverses pensées dans l'ame.

Ce concert est perpétuel, & ne souffre pas la moindre interruption. En forte que si l'ame n'a point de mou- vement qui n'ébranle quelques fibres du cerveau, le cerveau n'est jamais ébranlé, qu'il n'excite quelque pensée dans l'ame; & qu'il y a entre les deux substances un cercle de modifications réciproques.

Le pouvoir que l'ame exerce sur le corps a ses bornes. Car premierement il ne s'exerce que sur un systême particulier de matiere qui lui est uni, & qu'elle nomme son corps, sans s'étendre aux autres corps. Il n'en: même immédiat que sur une très petite portion de ce corps, appellée le sensorium.

En second lieu, tout ce qui altéré la disposition du cerveau, tout ce qui met obstacle aux mouvemens que l'ame a besoin d'y produire, ou qui lui imprime des mouvemens contraires à ceux que veut l'ame,


tout cela resserre le pouvoir qu'elle exerce naturellement sur le corps.

D'où il résulte que le pouvoir de de l'ame sur elle-même, ou sur ses propres pensées, est aussi resserré par le corps ; puisqu'en vertu de l'union, l'ame ayant besoin de l'entremise du cerveau pour exciter ou réveiller en foi de certaines idées , il arrive souvent que l'indisposition , l'altération de cet organe, ou l'impression que fait sur lui quelque cause extérieure , empêche l'ame d'avoir les idées dont elle a besoin, ou lui en donne qu'elle ne voudroit pas.

En tout ceci notre corps tient lieu de cet agent étranger que j'ai supposé qui limiteroit le pouvoir interne de l'ame , & qui la remplissant de perceptions confuses, y faisant rouler une succession trop rapide d'idées différentes, l'affectant d'une sensation trop forte , occupant sa ca..

pacité d'une idée dominante qui ex- clut toutes les autres , la rendroit absolument incapable de réflexion, de raisonnement, de délibération fy.

Double sens Wu mot de li- &.r«.


-- -".n. , wx ululoir l' mage de Ion pouvoir interne, par conséquent la dépouilleroit de sa liberté f entendant par liberté, non précisément ce pouvoir interne pour agir ou pour n'agir pas , qui est etrentlel à l'ame mais l'usage raisonnable de ce pouvoir, ou la faculté d-agir avec lumiere, de choisir entre des obiers connus , de se déterminer après avoir délibéré , & former un jugement sur l'action que l'on va faire.

L'lU reue, quand je parle d'un usage ralfolinable du pouvoir, n'entens pas précisément celui qui est conforme à la raison , mais celui qu'accompagne sa lumiere. Il y a des actions libres qui font déraisonnables , & d'autres contraires à celles-là, qui ne sont point libres.

Par exemple , un homme aptes de longues délibérations se jette dans la riviere, à deŒeill de s'y noyer: il fait librement une aélion déraisonnable. Ce même homme plon- gé dans l'eau se débat Se s'accroche à tout pour sauver sa vie : ce n'efl: plus la raison qui agit, car il n'est.

Différence entre un usage du pouvoir qui suppose celui de h raison, & un usageme à la raison..


plus libre ; c'est rinftinccqui lui est commun avec tous les animaux.

Dans ce dernier cas le pouvoir interne de l'ame se déploie bien ; mais il agit sans liberté , parcequ'il agit sans lumiere.

Concluons de-là que dans un cerveau bien organisé, & sur lequel quelque cause étrangère ne produit point de trop violens ébranlemens, l'ame est libre selon le dernier sens que j'attache au mot de liberté ; parce qu'alors, malgré son assujettissement au cerveau, qui est une fuite de l'état d'union , elle peut sans cesse se donner par son entremise les idées quelle souhaite , & écarter celles qu'il lui plait ; affoiblir certains sentimens, certaines passions, & en fortifier d'autres. Au lieu que durant le sommeil, dans le délire d'une fiévre , dans l'enfance, dans l'ivresse, pendant l'accès d'une violente passion, comme la peur, ou un em- portement de colere , l'ame n'est pas libre : avec la différence, que dans ce dernier cas c'est l'ame même qui est cause, au moins indirecte, du

D'où vient que dans certains états du cerveau l'ame n'ell point libre.


u.u.Y.I.'> cidL du cerveau, tandis que dans les autres cas, ce mauvais état est dû à des causes qui font étrangeres à lame. L'exemple qui fuit expliquera cette différence.

Un homme qui s'enivre est la vraie cause des extravagances que le vin lui fait faire, lorsqu'il a trop bu. Il devient responsable d'actions qui ont été libres dans leur principe. De même celui qui se livre aux premiers mouvemens de sa colere , & qui s'enivre , pour ainsi dire , de cette dangereuse passion .> en ébran- lant à certain point son cerveau , devient responsable des actions qu'elle lui suggere , bien qu'il n'en soit plus le maître. On lui impute à bon droit les fuites d'un incendie qu'il ne peut plus éteindre, après l'avoir lui-mê- me allumé.

On ne peut point dire qu'il n'y ait pour l'ame, dans ces différens états, qu'une différence du plus au moins, comme d'être entraînée par un mouvement plus violent, ou de l'être par un mouvement plus doux, puifqu'avec une bonne constitution


du cerveau l'homme est libre , cC qu'avec la constitution opposée il ne l'est pas. Non que l'ame en ce dernier cas ne conferve toujours le pouvoir interne sur elle même, qui en est inséparable, & de plus en gé- néral celui de remuer le cerveau: mais elle a perdu l'exercice raisonnable de ces deux pouvoirs, n'ayant plus celui de se servir de son cerveau, ou de le remuer de la maniere qu'il faudroit, pour se procurer les idées nécessaires, afin que son action foit raisonnée , ou moralement libre.

Notre ame agit donc toujours par un principe d'action, qui est indépendant du cerveau , puisqu'elle agit sur le cerveau même : mais il ne s'enfuit pas qu'elle puisse toujours surmonter les inclinations que le cerveau lui donne ; parceque n'ayant sur lui qu'un pouvoir borné, qui ne va pas jusqu'à en rectifier les désordres, ou à arrêter les ébran- lemens trop forts que lui cause quelqu'agent étranger, elle n'est point alors la maîtresse de se rappeller les


t'U.L\",I;,> 4u, serviroient de contre- poids à ces inclinations,ou de se procurer les différentes idées nécessaires pour agir par choix, & avec une li- berté morale. L'exercice du pouvoir qui, comme je l'observois tout-à- l'heure, a moins d'étendue que le pouvoir même, est alors trop limi- té par la disette de perceptions ; & cette disette naît de ce que l'ame, dont l'empire sur le cerveau est borne , ne sauroit alors le remuer com- me elle en auroit besoin , pour se procurer ces perceptions.

C' est-là précisément ce qui nous arrive durant le sommeil. Alors par quelque cause physique que ce puisse être , le cerveau dont les ressorts viennent à se détendre , se trouve disposé de maniere à ne point per- mettre d'un côté, que l'ame par son action le fasse servir à exciter en elle toutes les idées qu'il lui plaît & dans l'ordre qu'il lui plaît ; tandis que de l'autre il continue d'exciter dans l'ame diverses idées qui se lient au hazard , sans fuite & sans regle, au gré vague des esprits errans dans les cavités. L'ame, peu-

- QI. \,;.&.CJn'" pIe durant le sommeil ,,,;


dant que nous dormons, n elt pas plus capable de tirer du cerveau le service qui lui convient, que le meilleur Musicien ne l'est de jouer un air sur un clavessin désaccordé. Affectée de diverses perceptions dans ses rêves , si à leur occasion son pouvoir interne se déploie quelquefois, il agit sans aucune regle. Durant tout ce tems-là l'imagination l'entraîne , tandis que l'exercice de la raison & de la liberté demeure suspendu. Disons par proportion la mê- me chose des enfans, des foux, d'un homme qui est ivre , ou dans le délire d'une fiévre chaude ; tous états qui avec l'usage de la raison ôtent celui de la liberté.

Il est clair que l'union de l'ame & du corps, telle que nous l'avons établie , n'a rien qui répugne à la nature de ces deux substances, rien qui contredise ou détruise une feule des propriétés de l'une ou de l'autre : ce pendant de cette union il résulte que dans bien des cas plusieurs facultés de l'ame, comme la raison, la liberté, la mémoire, ne sauroient


se déployer; c'est-à-dire , que dans cette union, non-seulement le pou." voir même de l'ame est borné, mais que son exercice a des limites plus étroites que si elle étoit un pur esprit. En vain demanderiez-vous à une tête épuisée, du raisonnement, de l'application , de l'invention : pourquoi ? parcequ'une tête épuisée, remplissant l'ame de sentimens confus, n'y souffre aucune idée distincte. L'ame, qui en tant qu'elle est un sujet susceptible de pâtir , ne cesse jamais de dépendre du - cerveau , continue alors d'être modi- siée par le cerveau, sans conserver, toute active qu'elle est d'ailleurs , assez d'empire sur lui, vu le relâchement de ses fibres, pour le mo- difier à son gré. - -

Après ce qui vient d'être observé, l'on n'aura plus de peine à comprendre d'où vient que l'ame d'un stupide, quoiqu'elle ait le pouvoir de modifier son cerveau d'une certaine façon , ne sauroit pourtant y diriger le cours des esprits de maniere à guérir sa propre stupidité.

Pourquoi un stupide n'est pas maî- tre de se donner de l'ef prit.


Cette stupidité consiste à manques d'idées, au moins d'idées assez bien ordonnées, & assez distinctes. Or po- fé cet assujettissement réciproque de l'ame & du corps, dans lequel l'expérience nous apprend que consiste leur union ; posé de plus que le pouvoir de l'ame sur son organe a des bornes, prises , tant de la disposition plus ou moins favorable de l'organe même que de l'aétion possible d'un agent externe sur cet organe; posé enfin que les idées ne se réveillent dans l'ame que par l'entremise du cerveau ; il s'ensuivra de tout cela ensemble, que tel cerveau par le tissu de les fibres, la qualité de ses esprits animaux, &c. étant moins propre qu'un autre à procurer à l'a- me cet assortiment d'idées que l'on appelle le génie, & tel autre cerveau n'y étant point propre du tour, un homme , à qui ce dernier échoit en partage , demeurera toujours stupide ; & ceux dont les cerveaux font médiocrement bien disposés, demeureront des esprits médiocres j quoiqu'il faille avouer que dans


ceux-ci l'application, l'étude, les efforts réitérés , pourront plus ou moins vaincre l'obstacle , & en perfectionnant le cerveau, perfection- ner l'ame elle-même. Car la demie stupidité a évidemment ici tout l'avantage sur la stupidité entiere. Et c'est ce que j'appelle une influence indirecte de l'ame sur le cerveau.

Mais rien de tout cela ne forme contre la liberté une objection solide , puisque cette liberté, à la prendre dans un sens physique, n'est autre chose que le principe interne d'action qui est essentiel à l'ame , & qu'elle ne perd jamais ; & que prise au sens moral, c'est un pou- voir d'agir à la lumiere d'un certain cercle d'idées distinctes. Or tant ce petit cercle d'idées qui suffit pour la liberté morale,que l'autrecercle sans comparaison plus vaste,qui constitue ce qu'on nomme genie ou esprit, ne se réveille dans l'ame, qu'au moyen d'un organe dont ni la structure intime , ni même souvent les dispositions. accidentelles, ne dépendent de cette ame, laquelle n'exerce suc


celle-ci qu'une influence très indirecte & très éloignée , sans en avoir jamais aucune sur celle-là.

Une derniere conséquence à tirer de tout ceci, c'est que ce qu'on appelle le tempérament ( a ) , ne forme jamais à la vertu d'obstacles insurmontables. Qu'entendriez-vous en effet par une disposition matérielle qui porte au vice ? sinon de certaines traces plus profondes, de certains ébranlemens plus violens dans le cerveau, qui réveillent au fond de l'âme des idées criminelles, & lui présentent des attraits vicieux.

Mais alors de deux choses l'une ; ou bien l'ame affectée de ces idées qui lui fervent de motif au crime , sollicitée par ces attraits vicieux , peut par l'entremise du même cerveau, réveiller d'autres attraits , d'autres idées, d'autres motifs opposés, pour balancer , repousser affoiblir, ou étouffer les premiers, ce qu'elle

(a) On ne doit qu'à son temperament même les bonnes qualités ou le penchant au bien , & il n'en faut point faire honneur à une certaine raison dont on reconnoît en même-tems l'extrême foiblallè. Traité de la Liberté, page J",

Que le temperament n'est jamais un obstacle insurmontable à la vertu.


pourra sans doute, si le cerveau est en bon état; ou si elle ne le peut, il en faudra conclure que le cerveau est malade, que c'est celui non d'un vicieux, mais d'un fou, qui, privé de liberté , n'est dès - lors aucunement responsable de ses actions , ni capable d'en opérer de moralement bonnes ou mauvaises.

Si notre ame n'avait pas par ellemême sur le cerveau un pouvoir capable d'en changer les dispositions ; si l'efficace des motifs qui s'offrent à elle , n'étoit pas quelque chose de très distinct: de ces mêmes dispositions, lui arriveroit-il jamais de surmonter une habitude , d'arrêter un penchant, de calmer une passïon , de la calmer tout-d'un-coup, com.

me cela lui arrive quelquefois > Une impression qui domine dans le cerveau, impression d'orgueil par exemple , de colere, de crainte , d'amour, tendra-t-elle à se vaincre & à se détruire elle-même ? Fera-t-elle jamais naître d'autres impressions qui l'effacent? Concluons de-là, que

Certaine.

partions réprimées tout-à- coup , font une preuve que le cer- veau obéit à l'ame.


les dispositions matérielles,que vcnff nommez vicieuses, font donc bien des obstacles à la vertu, par les pensées, les sentimens , le,$ mouvemens divers qu'elles occasionnent dans l'ame qu'elles lui fournirent , si vous voulez, la matiere d'un combat fort rude , en forte qu'il en coû- tera pour les vaincre beaucoup de peines & d'efforts , mais qu'après tout elles ne nécessiteront jamais au vice.

Autant il est vrai que fous l'empire de la nécessité il n'y a ni vertu ni vice j autant l'est-il que la liberté feule fait le discernement des vicieux d'avec les foux. Le fou peut blesser autrui par des actions choquantes n ou lui nuire par des accès furieux, mais il ne sauroit offenser personne ; & si l'intérêt de la société veut qu'on le lie & qu'on le renferme , il ne mérite pourtant ni blâme ni punition. Au contraire le vicieux abuse d'une rai son dont il jouit; il s'écarte sciemment d'une regeé qu'il pouvoit & devoit fui- -

Différence essentielle en- tre les fous & les vicieux.


vie; il viole une loi qu'il connoît ou qu'il ne tenoit qu'à lui de con- noître. Lui seul donc est digne de punition & de blâme. Le vrai fou, celui qui l'est au sens littéral & physique , est un agent que la lumiere de la raison n'éclaire point. Ses égaremens ne le rendent que malheureux, & l'unique sentiment qui lui foie au 5 c'est celui de la pitié. Mais le vicieux , fou feulement dans le sens moral, parceque ses actions s'écartent des regles de la sagesse, devient à la fois malheureux & coupable.

Si fOlts la Premiere de ces qualités il est digne d'être plaine fous la fe- conde il mérite qu'on le blâme Be qu'on le punisse. Un seul point fait touce la différence entre ces deux hommes : le vicieux est libre, le fou ne l'est pas.

La petite théorie qu'on vient de voir , rapprochée du raisonnement de l'Anonyme , nous en découvrir sans peine l'illusion. Je ne puis mieux faire à présent que de le laisfer parler lui-même.


» Ce qui est dépendant (a) d'une chose , a certaines proportions avec cette chose là , c'est - à dire, qu'il reçoit des changemens quand elle en reçoit, selon la M nature de leur proportion. Ce qui est indépendant d'une chose, n'a aucune proportion avec elle en forte qu'il demeure égal quand M elle reçoit des augmentations & M des diminutions.

» Je supposè avec tous les MétaM physiciens, 10. que l'ame pense M selon que le cerveau est disposé, M & qu'à de certaines difpoution9 matérielles du cerveau., & à de certains mouvemens qui s'y font, m répondent certaines pensées de m l'ame.

» 2°. Que tous les objets fpiri-

u tuels , auxquels on pente, sais.

» fent des dispositions matérielles , » c'est - à - dire des traces dans le i » cerveau.

» 3°. Je suppose encore un cer- < U veau où soient en même tems :

(a) Traité de la liberté, Partie seconde , pag. ï

118-123.

Raisonnement de l'Anonyme conUc la liberté.


r-" '«aterienes.contraires & d'égale force ; les unes » qui portent l'ame à penser vertueusement sur un certain sujet

« les - autres qui la portent à penser » vicieusement. Cette supposition ■ » ne peut être refusée.

» Les dispositions matérielles con- > traires se peuvent aisément rencontrer ensemble dans le cer- » veau au même degré, & s'y ren, » contrent même nécessairement , » toutes les fois que l'ame délibere, & ne fait quel parti prendre.

« Cela supposé, je dis: ou l'une i, se peut absolument: déterminer ii dans cet équilibre des dispositions du cerveau , à choisir entre « les pensées vertueuses, & les pensées vicieuses; ou elle ne peut ab- » solument se déterminer dans cet *> équilibre.

Si elle peut se déterminer, elle » a en elle-même le pouvoir de se « déterminer , puisque dans son » cerveau tout ne tend qu'à l'indéo termination. Donc ce pouvoir


M qu'elle a de le déterminer , est « indépendant des dispositions du » cerveau. Donc il n'a nulle prov portion avec elles. Donc il de« meure le même , quoiqu'elles » changent. Donc si l'équilibre du cerveau subsiste, l'ame se déter» minant à penser vertueusement, » elle n'aura pas moins le pouvoir M de s'y déterminer, quand ce fera M la disposition matérielle à pen fer » vicieusement qui l'emportera sur M l'autre. Donc à quelque degré w que puisse monter cette disposi» tion matérielle aux pensées vi» cieufes, l'ame n'en aura pas moins » le pouvoir de se déterminer au » choix des pensées vertueuses.Donc M l'ame a en elle-même le pouvoir » de se déterminer, malgré toutes » les dispositions contraires du cer» veau. Donc les pensées de l'ame si font toujours libres.

» Venons au fecond cas. Si l'ame •> ne peut se déterminer absolu- ti ment, cela ne vient que de l'équilibre supposé dans le cerveau ; » Se


c<. l'on conçoit qu elle ne se dé» terminera jamais, si l'une des dif» positions ne vient à l'emporter » sur rature, & qu elle se détermi- ** nera nécessairement pour celle » qui l'emportera. Donc le pouvoir » qu elle a de se déterminer aux » choix des pensées vertueuses, ou u vicieuses, est absolument dépenJJ dant des dispositions du cerveau.

« Donc, pour mieux dire, Came n'a H en elle-même aucun pouvoir de se » déterminer, & ce font les difpofi- tions du cerveau qui la détermi- » nent au vice ou à la vertu. Donc » les pensées de l'ame ne font ja- mais libres.

» En rassemblant les deux cas , il « se trouve que les pensées de l'ame » font toujours libres, ou qu'elles » ne le font jamais en quelque cas » que ce puisse être. Or, il est vrai & » reconnu de tous, que les pensées „ des enfans , de ceux qui rêvent, » de ceux qui ont la fievre chaude, & des fous, ne font jamais libres.

Il est aisé conclut l'Anonyme j v de reconnoître le nœud de ce rai.


» sonnement. Il etablit un principe » uniforme dans l'ame , ensorte que 3.9 ce principe est toujours , ou indé» pendant des dispositions du cer M veau ou toujours dépendant. Au lieu que dans l'opinion commun ne , on le suppose quelquefois dé- v pendant, & d'autrefois indépen» dant Cf.

Que l'on applique à ce long discours les principes posés ci-dessus , tout ce qu'il contient de spécieux va s'évanouir. Il conclut de la dépendance dans laquelle l'ame est de son cerveau, contre la liberté de l'ame même. Mais , I. qu'entend-on , lorsqu'on dit que l'ame si: libre ?

II. Que faut-il entendre par cette dépendance où notre ame est du cerveau ?

I. Par libre, on entend un être actif qui porte en foi le principe de ses déterminations. Sur quoi j'observe trois choses. Premierement, que la liberté, prise pour le pouvoir interne d'agir ou n'agir pas, pour un pouvoir distinc de l'acte , & se suffisant à lui-même , est inséparable de l'a- me : c'est ce que je nomme liberté

En quel sens nous disons que l'ame est libre par sa nature.


physique, ÕC dans ce sens tous les actes spontanées chez les animaux font libres.

En fecond lieu , que le mot de liberté se peut prendre dans une si.

gnification plus étendue , pour marquer l'état de cette ame, lorsque , ayant l'idée distincte de plusieurs objets, elle peut délibérer enrr'eux, les comparer l'un à l'autre, & choisir celui qu'il lui plaît. Cet état de lumiere qui donne lieu aux actions bonnes ou mauvaises , s'appelle liberté morale. Le pouvoir physique ou interne de l'ame, est bien la racine d'une telle liberté, mais l'usage de la raison doit s'y joindre pour la rendre complette,& faire qu'un homme foit libre, au sens où l'on dit que les enfans, les fous, ceux qui dorment, &c. ne le font pas.

J'observe en troisieme lieu que ces idées qui font objet, occasion , motifs, regles d'action , ont sur l'ame,qu'elles éclairent ou qu'elles affectent, une influence plus ou moins grande; mais que n'étant point causes efficientes de l'action, leur in-


fluence sur l'ame n'est nullement celle des poids sur une balance (a).

Elles n'ôtent à l'ame aucun pouvoir qu'elle eût déja ni ne lui en communiquent aucun qu'elle n'eût au" paravant. Elles lui laissent toujours l'équilibre du pouvoir pour agir & pour n'agir pas & quoiqu'elles rendent en certains cas sa détermination certaine , quoiqu'en d'autres elles la rendent plus ou moins pro- bable, elles n'empêchent dans au- cun la détermination contraire d'être possible.

II. La dépendance où notre ame est du cerveau, consiste en ce que les impressions de celui-ci excitent dans celle-là diverses pensées , qui lui devenant involontairement présentes , occasionnent son a.él:ion , & la modifient diversement, sans altérer en elle le moins du monde son pouvoir interne, & sans la faire cesser d'être un agent capable de ne pas opérer ce qu'il opere, & d'opérer ce

(a) Contre ce que suppose l'Anonyme dans le saisonnement de la page 124 & 148, qui tombe absolument par-là,

Ce qu'il faut entendre par la dépendance où notre ame est du cerveau.


qu actuellement ii n'opere pas.

Je suppose avec tous les Métaphy- siciens , dit l'Anonyme , que l'ame pense selon que le cerveau efi disposé, & qu'à de certaines dispositions ma- térielles du cerveau , & à de certains mouvemens qui s'y font répondent certaines pensées de l'ame. Il dit la vérité, mais il ne la dit qu'à demi.

Il devoit ajouter avec tous les Mé- taphysiciens, que réciproquement à de certaines pensées de lame, ré- pondent certaines dispositions du cerveau, & que lame agit sur lui pour se procurer certaines idées , ce qui lui arrive toutes les fois qu'elle refléchir, qu'elle médite , qu'elle veut rappeller certains objets à fan souvenir. Il est donc bien vrai que le cerveau excite des perceptions dans l'ame , & l'ame à ion tour des mouvemens dans le cerveau ; mais ni les idées de celle-là ne font capables de remuer le cerveau, ni l'ébranlement de celui-ci ne fait vouloir l'ame.

Cela se comprendra facilement, si l'on confidere en premier lieu, que


notre ame , comme je l' observois ci-dessus , est à divers égards active & passive : passive dans ses perceptions involontaires , active dans l'at- tention qu'elle veut bien y donner; passive dans le plaisir & dans la dou- leur, active dans ses déterminations, dans ses choix , dans toutes les actions qu'elle commande au corps.

2°. Que l'ame lorsqu'elle agit, se regle d'ordinaire sur ces mêmes perceptions à l'égard desquelles elle est passive. 3°. Que ces idées s'excitent en elle par l'intervention du cerveau. 4°. Qu'entant que substance active, elle ne choisit pas seulement entre les objets de ses idées, mais que de plus elle oblige le cer- veau, pourvu qu'il soit bien disposé, à lui en fournir de nouvelles.

C'eil: ce qui lui arrive toutes les sots qu'elle fait usage de sa mémoire, de sa faculté de raisonner & de refléchir.

Après cela , quand on dit qu'une certaine disposition du cerveau ôte à l'ame sa liberté, on ne prétend pas qu'il dépouille lame du pouvoir inn>


terne qui lui elt essentiel; mais qu'en la privant de l'usage de la raison, il l'empêche d'être libre de cette liberté complette que j'ai appellée morale; c'est-à-dire qu'il la prive d'une lumiere dont elle a besoin , pour que son action puisse être qualissée de moralement bonne,ou mau- vasse. Dès qu'en conséquence de son union au corps, notre ame n'acquiert ses idées, & ne se les rappelle qu'au moyen du cerveau, estis surprenant que le mauvais état de celui ci suspende la liberté des opérations de celle-là ? Aussi-tôt que le ton des fibres se rétablit, voilà l'ame qui redevient libre de cette espece de liberté que n'ont ni l'enfant, ni le frénétique. La voilà remise en possession des idées nécessaires pour agir raisonnablement la voilà redevenue capable de les comparer, & de faire un choix entre leurs objets.

Le raisonnement de l'Anonyme porte tour entier sur ce qu'il a supposé, qu'à une certaine disposition du cerveau, répond nécessairement

U est faux que les dispositions du cet- veau reglent les volontés de l'ame.


une certaine volonté de lame, & à une disposition plus forte, une volonté plus forte , ce qui est absolument faux. Le cerveau ne fait autre chose qu'exciter dans l'ame des idées sur lesquelles l'ame se détermine ensuite. Qu'elles portent cette ame ou au vice ou à la vertu ( de la fa- çon s'e'ntend qu'un agent éclairé est porté à quelque chose par ses idées), ce n'est donc pas précisément a une disposition du cerveau qu'il ea it alors ou d'acquiescer, ou de rénfter, c'est à l'idée , à l'attrait, à la passion que cette disposition réveille dans l'ame. Son pouvoir subsiste toujours pour exciter divers mouvemens dans le cerveau, & produire diverses actions dans le corps : mais afin que ces aions soient morale ment libres, il faut que le cerveau fournisse à l'ame toutes les idées dont elle a besoin pour cela. Les actions de l'enfant, de l'homme en délire , font bien toujours de vraies actions, ce font bien des effets qui partent d'un pouvoir interne ; mais parceque ce pouvoir n'est point


éclairé , on dit que celui qui les fait n'est point libre. L'indisposition du cerveau refusant à l'ame les idées nécessaires, suspend alors l'exercice moral de la liberté, sans en inté- reiïer le principe physique, qui ne laisse pas de subsister toujours dans toute son indépendance. Que notre cerveau soit en bon état, ses impressions diverses exciteront donc bien dans notre ame les idées de la vertu & celles du vice, avec leurs accompagnemens; mais tant s'en faut que ce soit lui qui produise la volonté vertueuse ou vicieuse , que ces idées même de vice & de vertu , actuelle- ment présentes à lame ne la ne- cessiteront jamais à l'un ni à l'autre.

L'Anonyme auroit dû se souvenir que l'assujettissement réciproque des deux substances, suppose à certains égards une indépendance réciproque. Du côté de l'ame cette indépendance naît du pouvoir internepar où elle agit sur elle-même & sur le cerveau ; imprimant ou réveillant dans celui ci certaines tra- ces, & de plus produisant par lui les


actions extérieures. Du côté du corps, qui n'est doué d'aucune activité in- terne, cette indépendance naît de son inertie, laquelle bornant le pou- voir de l'ame, arrête son activité ; & qui peut-être par le sentiment des divers obstacles qui arrêtent cette activité , varie à l'infini ses sensations. Quoi qu'il en soit , on n'aura pas de peine à comprendre que le pouvoir de l'ame sur le cerveau ell réel , sans être absolu & illimité qu'elle remue le cerveau & s'en sert, sans pouvoir ni changer le tissu de cet organe, ni empêcher que des causes extérieures n'y croisent & n'y troublent son action par la leur.

Les deux principes que l'Anony- me met à la tête de sa prétendue démonstration, se trouvent donc très vrais , mais ils ne lui font d'au- cun usage. Ce qui est dépendant d'une chose a certaines proportions avec cette chose-là c'est-à-dire qu'il retoit des changemens quand elle en refoit.. Cela s'applique à l'ame, en tant qu'elle reçoit ses idées par l'entremise du cerveau : car quand le

les deux principes de l'Anonyme , quoique vrais, lui sont inutiles.


cerveau est mal disposé, l'ame reçoit moins d'idées ; elle les reçoit plus confuses, &c. Cela s'applique encore à la liberté prise dans le sens moral , puisqu'elle dépend des idées, & que celles-ci dépendent du cerveau. Ce qui est indépendant d'une chose , n'a nulle proportion avec elle, en forte qu'il demeure égal quand elle reçoit des augmentations & des diminutions. Ce fecond principe s'applique à l'ame , en tant qu'elle a un pouvoir interne d'agir.

Car que le cerveau foit bien ou mal disposé , ce pouvoir physique de l'ame qui est indépendant du cerveau , demeure le même. Le pouvoir qui fait que l'ame se détermine elle-même , comme unique cause de ses propres choix , que même elle remue le cerveau, subsiste donc indépendamment de lui,& dans quelqu'état qu'il soit; mais l'usage moral & raisonnable de ce pouvoir, dépendant des idées dont l'ame est pourvue , dépend par conséquent de l'état du cerveau. Il n'y a là dedans aucune difficulté.


En vain l'Anonyme prétend-il (a) que dans ce systême le principe n'étant pas uniforme, il faut qu'on l'abandonne , si tout le peut expliquer par un qui le foie, car il est faux qu'en effet son principe explique

tout. Il ne lui sert donc de rien d'être uniforme , si la fausseté de ce principe est prouvée ? De même que l'uniformité du principe ne fert de rien aux Matérialités, qui déduisent tout dans l'homme de la pure machine ni à Spinosa , qui réduit tous les êtres de l'univers à une substance unique. En fait de systême il s'agit bien moins de rapporter tout à une cause , que d'assigner la véritable, ou les véritables, s'il y en a plusieurs, comme il y a ici l'ame & le cerveau. » Si un poids, de cinq » livres (b) pouvoit n'être pas em- » porté par un poids de six, vous » concevrez qu'il ne le feroit pas M non plus par un poids de mille » livres. Car s'il résistoit au poids de « six livres,ce feroit par un principe

*«■) Ubi suprà pag. 124.

(b) Ubi suprà page 124, 125.

Tout ré- duire à une feule cause.

marque très équivoque de la vérire d'un systême.


indépendant de celui de la pefan- teur, & ce principe quel qu'il * fut n'auroit pas plus de. propor» tion avec un poids de mille li» vres , qu'avec un poids de fîx r » parcequ'il feroit d'une nature dif- » férente de celle des poids. Ainsi )" si l'ame résiste à une disposition ;a., matérielle du cerveau, qui la porte à un choix vicieux, & qui, « quoique modérée, est pourtant » plus forte que la disposition ma,,, térielle à la venu, il faut ue » térielle à la vertu, il faut que u lame résiste à cette même dispo» sition matérielle du vice , quand JJ elle fera infiniment au-dessus de - l'autre, parce qu'elle ne peut lui » avoir résisté d'abord que par un » principe indépendant des difpou sissons du cerveau, & qui ne doit » pas changer par les dispositions.

» du cerveau cc.

Quand l'Auteur nous parle de dis- positions matérielles qui portent à un choix vicieux, il feroit bon qu'il s'expliquât. Est-ce donc que ces dispositions matérielles poussent immédiatement la volonté ? Il est clair

Ni l'influence du cerveau, ni celle des idées mêmes , ne font sur la volonté l'esset du poids sur une ba* latice.


que non. Elles ne font que réveiller dans l'ame des idées , des attraits qui la pouffent; auquel cas son argument rentre dans celui que l'on tire de l'influence de l'entendement sur la volonté. Et s'il est une fois prouvé que quelle que foit cette influence de l'entendement, à quelque point de vraisemblance ou de certitude qu'elle porte la détermination qui la fuk> elle laisse toujours dans son entier le pouvoir interne d'agir & de n'agir pas , qui rend la détermination vraiment libre; si, dis-je, on a une fois prouvé cela , cet argument perd toute sa force. Car s'il y a de l'absurdité à prétendre, que des dispositions matérielles inclinent , comme autant de poids, une volonté toute fpiriruelle , il n'y auroit pas moins d'inconséquence à conclure de ce que notre ame a réellement le pouvoir de faire une action, qu'on ne sauroit donc jamais avoir certitude qu'elle ne fera jamais cette action.

Si l'ame, dit - il, pouvoit voir très clairement j malgré une disposi-,


tivn Ut L œu qui devroit affoiblir la vue -, on pourroit conclure qu'elle verroit encore malgré une dtfpojition de l oeil qui devroit empêcher entièrement la vision en tant qu'elle est matérielle (a).

Je réponds que notre ame, en vertu des loix de l'union , dépend de l'organe de l'œil pour voir les objets sensibles, comme en vertu des mêmes loix elle dépend des traces du cerveau pour se rappeller certaines idées. Il n'est donc pas étonnant que le plus ou moins de perfedion de l'organe rende la vision plus ou moins nette. Mais l'ame qui dépend du cerveau pour avoir des idées , n'est nullement nécessitée par elles à vouloir ceci ou cela ; elle est maîtresse de ceder à leurs sollicitations., ou de les repousser : elle ne dépend donc pas du cerveau pour être plus ou moins vicieuses, ou ver- tueuse.

On convient que Vame dépend absolument des dijpejitioîis du cer-

Ce) Ubi suprà pag. itf,

Notre ame n'est point assujettie au cerveau pour vouloir ,comme elle l'est pour voir à l'organe de la vision.

Un aveu de l'Anonyme touchant 1er demi stupi-


veau., ce qui regarde le plus ou moins d'esprit (a). D'où l'Auteur infere que si l'ame a le pouvoir de résister aux dispositions matérielles du • vice, elle a également celui de - - 1 ï * ,1. J

vaincre les dispositions matérielles à la stupidité. Je lui répons, que ces dispositions à la stupidité tiennent immédiatement à la dépendance où l'ame est du cerveau par rapport aux idées qu'il excite en elle : influence toute physique , & contre laquelle l'ame qui la reçoit ne peut rien, au moins directement. Au lieu qu'elle peut beaucoup par rapport à l'efficace morale des idées qui poussent au vice , puisqu'elle peut toujours s'abstenir de l'action vicieuse, à laquelle ces idées la sollicitent. Si le pouvoir interne de l'ame ne sauroit changer dans un demi-stupide l'organisation du cerveau , il peut pourtant, de l'aveu de notre Auteur, fortifier par le travail les dispositions favo- rables à l'esprit , & ainsi le faire croître précijément autant que le cerveau se perfectionne.

(a) Ibid. pag. 116,

des , iroit à revêtir le cerveau du pouvoir interne qu'il ôte à l'ame


Aveu bien remarquable qu'il nous fait, & que je ne fais pas trop com- ment concilier avec son principe fa- vori qu'énonce la pag. 131 ,que l'ame se determine toujours dépendamment des dispositions du cerveau , en quelque cas que ce puisse être. Dans celuici par conséquent, ce ne fera point l'ame qui, par aucun pouvoir interne & libre qu'elle ait , perfectionnera ion cerveau; ce fera le cerveau qui se perfectionnera lui-même. Celui du demi-stupide s'ôtera ses propres dit.

positions à la stupidité ; il jouira pour les vaincre de ce même pouvoir que l'Anonyme refuse à l'ame , & entrera lui-même en possession de cet-

te liberté dont on la dépouille.

Si l'ame eji en pouvoir de résister aux dispositions du cerveau lorsqu'elles sont foibles, elle est toujours li- bre dans les songes 3 &c. (a). Outre que ce nouvel argument pris des songes, roule sur le faux principe qui domine d'un bout à l'autre de cet écrit, savoir que le cerveau doa-

(a) Pag. 127,

Cas des forti ges examiné,


ne immédiatement à l'ame ses inclinations & ses volontés; j'applique à l'état de notre cerveau durant le sommeil , ce que j'ai observé sur les autres dispositions de cet organe; c'est qu'alors l'exercice de la li- berté morale est suspendu , quoique l'activité physique de l'ame puisse toujours le déployer. Celui qui rê- ve qu'il tue son ami, ou qui délibere en fonge s'il le doit tuer, n'agit point alors de la maniere qu'uo vrai meurtrier agit; il ne fait proprement qu'imaginer cette délibération & cette aaion, comme il l'imagineroit tout éveillé. Que si cet homme à son réveil ne veut plus tuer son ami, ce n'est point que la disposition du cerveau qui l'empêche de le vouloir, foit devenue plus ou moins forte; mais c'est que le réveil lui rend l'usage de la raison , en permettant au cerveau de fournir à l'ame une certaine quantité d'idées; & que la raison défend à un homme de vouloir tuer son ami.

Cela est plus conforme à la Physique , selon laquelle il paroît que l'état


ac J'CULI: j ae jOmmell) Goc. font des choses qui ne different que du plus ou du moins & qui ne doivent pas par consequent emporter une différence essentielle , telle que feroit celle de laisser a l'ame la liberté. ou de ne la lui pas laisser (a).

Quoique la Physique ne trouve pour le cerveau dans ces différens états qu'une différence du plus au moins; de leurs conséquences pour l'ame & de ce qui en résulte par rapport à l'homme entier, il naît des différences plus essentielles que la Morale connoît bien. Qu'un agent soit éclairé des idées dont il a besoin pour agir raisonnablement, ou bien qu'il ne le foit pas, cela change absolument son état, & ses opérations en prennent un caractere totalement différent. Un homme que le dérangement de son cerveau affedfce trop fortement d'une certaine idée, fuit en tout cette unique idée qui le frappe, & ne fait que des folies.

Cependant en la suivant il agit réel-

i*) Pag. xji.

L'état de la veille, celui du sommeil, &c, different au- trement que du plus an moins.


lement ; car toutes les idées du mon- de ensemble ne sauroient fuppléét le pouvoir interne de l'ame pour produire une action : mais dans cette action il n'observe aucune regle , étant privé de la liberté morale quoiqu'il ait toujours en lui le principe physique de la liberté. C'est comme un Musicien, qui ayant fous la main un instrument faux ou désaccordé , n'en sauroit tirer aucune harmonie. Est-ce l'art? est-ce la faculté de jouer qui lui manqué ?

nullement, ce font les tons requis ; tons que l'instrument ne rend pas.

De même il faut à l'être intelligent, pour pouvoir agir d'une maniere raisonnée & libre , une certaine quantité d'idées que le cerveau lui doit rendre.

L'Anonyme emploie la troisieme Partie de son Traité (a) à concilier avec son systême cet empire que nous prétendons avoir sur nos peiifées , & sur les mouvemens volontaires

f.tt) Partie troisieme, page 132. si [uive.

Que nous avons un vé- ritable empire sur nos pen- fées. La condition des enfans, des fous,


uc IlUUt: corps , ou plutôt à montrer que nous n'avons point cet empire. Il ne se sert d'aucun argument nouveau, se contentant de présenter fous un autre tour ceux que j'ai déjà réfutés.

I. Selon lui, nous n'avons aucun empire sur nos pensées. En effet sommes-nous maîtres de déterminer le mouvement des esprits, pour étouffer, faire cesser, continuer certaines pensées ? Si cela étoit, dit-il ; les stupides le feroient de devenir gens d'esprit (a) ; l'ame des enfans, celle des foux, de ceux qui rêvent, le feroit aussi. Cependant, de l'aveu de tout le monde, elle ne l'est point.

Je répons, 1°. que le cas du stupide concernant l'entendement plutôt que la volonté, n'entre point dans notre queftion& qu'à l'égard de celui qui ne l'est qu'à demi 3 l'Au-

(a) Si la nature de mon cerveau & de mes esprits me disposent à la stupidité, le seul pouvoir de diriger le mouvement de mes esPrits, ne me me/trat-il pas en état d'avoir, si je veux. beaucoup de discernment & de pénétration ? page ijj.

&c. ne prouve poinc le contraire.


teur a déja reconnu qu'il est capable de se perfectionner l'esprit, & par conséquent le cerveau , en y diri- geant le cours des esprits ; ce qui suppose une forte d'empire de l'ame sur le cerveau.

2.°. Dans les enfans , dans les fous , la liberté physique subsiste , au défaut de celle que j'ai appellée morale. Leur ame agit suivant son degré de lumiere -, c'est-à-dire, que si le cerveau agit sur elle, elle réa- git sur lui, & y fait couler les esprits relativement aux idées qu'elle en reçoit, ce qui la fait penser de la maniere dont pensent les enfans.

Elle est libre alors de pen fer à la façon des personnes raisonnables , comme un Musicien le feroit de chanter dans une extinction de voix, & un Ouvrier de travailler sans outils.

Je conviens que l'ame du fou, ni celle de l'homme qui dort, ne font point libres en ce sens, parceque dans ces deux cas, qui se ressemblent du plus au moins l'ame pâ- tit plus qu'elle n'agit, 'ôc dépend


des actions humaines 1.

plus du cerveau, que le cerveau ne dépend d'elle ce qUI faIt qu elle est involontairement affectée de diver- ses perceptions, sans pouvoir se donner celles quil lui plaîat. Durant le sommeil absolument sans activité; cependant elle n'est point libre, parceque le cerveau n'obéissant paine à son action.

ne lui fournit point alors de quoi agir raisonnablement. Dans un tel état il nous manque cette liberté qui rend lagent re[po[able' de sa.

conduite, parceque vû ~& qu'y apporte le cerveau la loi qui doit lui servir de regle ne peut plus étre consultée. S" P s"t p Ins

II. Suivant notre Auteur (a) , nous n'avons pas plus d'empire sur nos actions extérteures. Il nie cet empire, par la raison que tout ce qui Je fait volontairement n'est pas libre, à moins qu'on pût s'empêcher réellement ou effectivement de le vou- loir. Je le prie là- dessus de se consulter lui-même Pour moi je {a.is l bien que tout ce que je fais> parce-

(a) Ibid. page 137.

II. Sut nn.

actions extérieures , le sentiment in- time nous le prouve. Il n'est pas possible de nous méprendre au discernement.

de la passion avec Vaftion


que je le veux , je puis m'empêche de le faire. Par exemple , j'écris en ce moment, parceque je veux écrire, & je sens en moi non- seulement le pouvoir de m'en empêcher mais celui d'interrompre cette occupation commencée, & de la reprendre à mon gré. Quelque disposition de mon cerveau, qui me porte à vouloir écrire , je me sens le maître d'y résister. Je sens que l'ac- tion & la volonté d'écrire part immédiatement de moi, ou de mon ame : or mon cerveau n'est pas mon ame , n'est pas moi. Je sens que dans cette action , dans cette volonté d'écrire , mon âme agit & ne pâtit pas ; tout comme je sens au contraire qu'elle pâtit & n agit pas, lorsque j'ai la migraine, ou que j'entends un concert de musique. On ne trouvera jamais deux choses plus distinctes entr'elles , ni plus con- tradictoirement opposées que ne le font celles-là.

Dans l'exemple du fou (a) qui

(a) Ibid. pag. IO. tUe tue


lue quelqu un , je demande à l'Anonyme en quoi la volonté du fou est néceiraire pour l'exécution de ce meurtre , & pourquoi la disposition materill qui fait vouloir tuer , ne fait pas immédiatement couler les esprits dans les nerfs propres à remuer le bras ? Uame j dit - il à la page 139 est déterminée nécejjaire- ment par son cerveau à vouloir ce qu'elle veut, & Ja volonté excite né- cessairement dans son cerveau un mouvement par lequel elle l'exécute;

J'entens bien que l'on fait ici du cerveau la vraie cause eiffciente à qui l'ame fert d'instrument. Mais ce détour me paroît auez inutile & l'ame y joue un personnage dont on se passeroit fort bien. Pourquoi la mêler dans ce meurtre, puifqu'on ne lui lame pas plus d'a&ion qu'en auroit une sécondé boule poussée par une premiere contre une troisieme ? Qu'auroit de plus absurde la supposicion que l'Auteur soucient pourtant, pag. 141j ne pouvoir être admiJe, savoir que le bras du fou tuât indépendamment de sa volon-

Chimere de l'hypothese qui fair de la volonté un iTiiou nécesfairr pour la communica.

non des mou- vemens.


té; & que les hommes , devenus de purs automates,n'en exécutassent pas moins toutes les actions qu'on leur voit faire. Au contraire des deux hypotheses -' la plus naturelle & la plus simple est sans contredit celle qu'il rejette , puisqu il y a bien moins de peine à concevoir le mou- vement perpétué dans * une fuite de corps j dont le premier, une fois mis en mouvement , en mouvra d'autres ; que de concevoir qu'une vo l onté , c'est- d ire une pensee , foit le milieu nécessaire pour leur transmettre ce premier mouvement, & que d'établir une double impression nécessitante, premièrement du cerveau sur la volonté, ôc puis de la volonté sur le cerveau. Dans l'un & l'autre systême il fera également vrai que tout ce que les hommes font n'et f qu'un pur jeu de machine: mais avec cette différence, que dans celui de l'Auteur , la volonté de l'ame , pur ressort sélon lui, qui plié par le cerveau le plie a son tour, étant de son aveu quelque chose d'immatériel, est hétérogene aux


autres pièces de ce mechanisme 3 & dès-là parfaitement inutile.

Si notre ame étoit matérielle, on concevroit assez, comment sa volon- té nécessitée par cette disposition du cerveau, nécessiteroit à son tour les mouvemens du corps. Mais dès qu'on admet la spiritualité de notre ame, comme l'Anonyme paroît l'admettre , la prétendue chaîne se rompt. L'ame alors restera bien assujettie au cerveau pour les idées qu'elle en reçoit, & le cerveau réciproquement à l'ame pour les mou- vemens qu'elle y produit, quel que puisse être le nœud de cette mu- tuelle dépendance : mais l'ame étant une fois reconnue pour substance immatérielle, elle devient un agent éclairé , qui joint à des perceptions internes un pouvoir d'agir interne auui. Ses idées ne feront plus des ressorts qui la prenenc, ni des poids qui l'entraînent nécessairement ; ca.

feront des motifs qui l'exciteront à 1 âdtion j ce feront des raisons qui la persuaderont d'agir , c'est à dire, d'user d'une certaine façon du pou-


voir qu elle a. Dès-lors son aûion 1 tant sur elle- mênie , que sur le cerveau, fui vra de tout autres régler que celles de la méchaniqlle, c'tdl à-dire, qu'elle fera vraiment libre.

Ceci me rappelle un argument que l'illustre M, de Fontenelle me H: l'honneur de me communiquer , m'exhortant ( ?) beaucoup à le metrre en œuvre. L'occasion n'en sauroit être plus heureuse 3 ni plus favorable. On fait me disoit-il, que dans l'actioni des forces méchaniques , l'effet se proportionne toujours exactement à la cause : mais dans nos mouvemens volontaires ce principe n'a plus lieu. Une boule, par exemple , que j'aurai jettée , ne communiquera jamais à une séconde boule qu'un mouvement proportionné à celui que ma main aura imprimé à cette premiere. Mais que je dise à quelqu'un à l'oreille; il y a des Archers qui vous guettent au coin de la rue pour vous prendre ; aussi-tôt mon homme se met à sir

(si) lettre du ii Mars 1744»

Excellent argument de M de sontenelle pour prouver l'im- matérialité <le notre ame & sa liberté. Il est égalera tu iimpfe & démoinstraiffs.

On le développc.


a toutes jamoes. On voit bien qu'il n y a nulle proportion entre ce peu de mots , dits bas à l'oreille, ou, si l'on veut, l'ébranlement qu'ils causent au cerveau de cet homme, & l'impétuosité de la course qui en est, l'esser. Qu'est - ce donc qui s'interpose entre ces deux choses ? une idée de danger , 6c ensuite une volonté de fuir, laquelle imprime aux jam- bes ce mouvement violent. Or 1 cette idée qu'une foible imprefbon de l'air vient d'exciter, ct aéte de vouloir, qui fait à son tour sur le corps des impressîons si puisan- tes, démontre dans l'ame un principe interne d'action auquel le corps obéit. Le cerveau de cet homme a bien transmis à l'ame le son des mots dits à l'oreille ; mais c'est leur sens, c'est-à-dire , une perception toute spiritueîle , qui met l'ame en jeu ; & c'est l'ame qui par son pouvoir interne produit ce mouvement rapide des jambes. Nul enchaînement méchanique entre ces différentes choses , nulle dépendance matérielle » nulle nécessité par con-


séquens. Donc notre ame est imma- térielle ; donc nos ocrions volontaires ne dépendent point du cerveau ; donc elles dépendent de l'a- me , qui en devient la vraie cause par son pouvoir attis; donc elles font libres, & notre ame l'est auui.

Plus on méditera ce raisonnement, & plus on y verra la ruine entiere du systême de l'Anonyme.

L'ame , nous dit-il , (a) n'a en ellemême aucun pouvoir de se dètermi- ner , & ce font les dispositions du cerveau qui la déterminent. Dans le cas d'un équilibre entre les dispositions matérielles du cerveau elle ne se déterminera jamais si l'une des disposissons ne vient a l'emporter sur l'au- tre , & elle se déterminera nécessaire- ment pour celle qui l'emportera. Comme le cerveau meut Pame (b) j en forte qu'à son mouvement répond une pensée de l'ame , l'ame meut le cerveau en forte qu'à sa pensse répond un mouvement du cerveau. L'ame est déterminée nécessairement par son

(a) Traité de la Liberté ubi fUPfà, , p. i12*

je) Ibid. Pag. 13 8. s 5 2.


cerveau à vouloir ce quelle veut", <y sa volonté excite nécessairement dans son cerveau un mouvement par lequel elle l'exécute.

Mais posé de tels principes, je le prie de m'expliquer , comment je puis d'un seul mot rendre un homme gai ou triste, l'irrriter ou l'appasser ; le faire passer en un moment du découragement & de la terreur, à la joie & à l'espérance.

Je lui demande comment ce mot que je lui aurai dit, a pu suspendre chez lui une habitude invetérée ; comment il y calme sur-le-champ une passion, pour exciter la passion contraire ; comment lui-même il a pu l'arrêter tout court dans l'exécution d'un projet, & le porter à des adtions entièrement opposées à la disposition où il se trouvoit il n'y a qu'un in liant.

Dans tous les cas dont je parle , il est bien sur que rame non-seu- lement s'est déterminée malgré les dispositions contraires du cerveau, mais a changé ces dispositions. Et par où ce prodigieux changement-


est-il arrivé ? par quelques mots écrits dans une Lettre , ou dits à l'o- reille. Ces mots transmis par l'une ou par l'autre voie, n'ont produit cependant sur le cerveau qu'une impression très legere, & très incapable de changer ses dispositions régnantes. Seulement en qualité de signes ils ont fait naître une nouvelle pensée dans l'ame, cette pensée y a occasionné certaines volontés , & ces volontés à leur tour ont causé dans le cerveau des ébranle- mens , & dans tout le corps des actions qui y correspondent.

Suivons un peu la chaîne de ces effets. Le cerveau n'a d'autre influence dans tout ceci, que d'avoir transmis à l'ame l'image de certains caracteres & de certains fons, lesquels en qualité de signes y ont réveillé des pensées qui n'y avoient aucun rapport naturel. A la présence de ces pensées, l'ame a agi sur son cerveau pour en changer la dif..

position , & sur son corps pour lui imprimer certains mouvemens. Mais prenez - y garde, ce n'est point la


nouvelle perception excitée dans l'ame, qui par elle-même produit ces effets; car une perception, en tant que telle, n'agit point, ne produit aucun mouvement ni dans l'a- me , ni dans le corps. Un homme formeroit au-dedans de foi tous les jugemens, il feroit tous les raisonnemens imaginables, sans que cela le fît avancer d'un pas. La vraie cau- se de ces effets fera donc le pouvoir interne de l'ame, ce pouvoir naturel de se mouvoir elle - même , de se déterminer , & d'opérer sur le corps ; pouvoir par lequel elle donne au corps des impressions & des mouvemens qu'elle regle & qu'elle mesure sur la perception qu'elle a.

reçue , les rendant doux ou véhémens , lents ou rapides , fuivanc qu'il est besoin qu'ils le soient.

S'il est vrai que les dispositions du cerveau déterminent l'ame , ôc: que loin de vaincre ces dispositions, elle n'en puisse seulement romprel'équilibre, il fera donc impossible d'expliquer pourquoi cet homme, qui se promenoit avec vous trao*-


quillement dans la rue, sur un mot que l'on vient lui dire à l'oreille, se met à fuir à toutes jambes. Cela suppose de toute nécessité un agent qui, entant que libre , est maître de son action pour la regler à son gré ; & entant qu'intelligent, fait la proportionner à ses vûes. Cela suppose en un mot une ame immatérielle qui ne reçoit point ses ordres du cerveau , mais Les lui donne , & qui loin d'être nécessairement déterminée par lui à vouloir ce qu'elle veut, change par cela seul qu'elle le veut, les dispositions du cerveau.

Accordons, tant qu'on voudra > que le cerveau meut l'ame , de forte qu'au mouvement de celui-là répon- dent les pen fées de celle-ci ; dès que vous ôtez à l'ame son pouvoir interne & libre , il ne reste plus de milieu par où vous puissiez lier quelques mots dits à l'oreille de l'homme en question , avec le prodigieux changement qui arrive dans le cours de ces esprits, avec la fermentation de son fang & de ses hu-


meurs, avec le mouvement précipité de ses jambes : puisque ni l'ar- ticulation de quelques fons, qui par l'oreille frappe le cerveau , n'a a moindre proportion avec de pareils effets, ni l'idée que ces mots réveillent dans l'ame, n'est immédiatement & par elle même capable de les produire.

Car qu on s'en souvienne , la per- ception peur bien servir de motif & de regle à l'action , mais ce n'est point elle qui produit 1 action; ÔC î idée du plus grand péril laissera éternellement cet homme immobile, à moins qu'il n'y ait en lui un principe actif qui soit capable d'imprimer à ton corps, ou du moins d'y déterminer le mouvement, c'est àdire, à moins qu'il ne loit un être libre.

En effet, la feule idée du péril d'êrre saisi par les Archers, n'a pas plus d'efficace en foi, pour causer sa fuite précipitée, que l'idée d'un ami qui l'attend à quelque distance, n'en peut avoir pour lui faire simplement doubler le pas. Ces deux moi*-


vemens dont l'un est beaucoup plus rapid e que l'autre, font donc évidemment l'effet d'un pouvoir qui, maître ds son action, & libre de la varier à son gré, la proportionne à l'exigence des deux cas. Ces mouvemens raisonnés que vous attendriez en vain de quelque automate que ce foir, supposent a la fois de l'intelligence & de la liberté dans l'agent, & ne sauroient prouver l'un, qu'ils ne prouvent également l'au- tre.

Il est bien sûr d'un autre côté qu'un pareil agent est quelque chose d'essentiellement distinct de la matiere. Ainsi la preuve si solide & si simple que nous fournit cet exemple , avec un million de semblables, détruit deux erreurs du même coup, le Matérialisme & le Fatalisme.

» Il ne me reste plus , dit TAno* » nyme (a), en commençant sa qua» trieme Partie, qu'à découvrir la source de l'erreur où font tous » les hommes sur la liberté, & la.

4a) Partie quatrieme , pag. 142.


» cause au lentiment intérieur que u nous en avons. Tous les préju- m gés ont un fondement; & après- » l'avoir trouvé j il faut trouver « encore pourquoi on a donné » dans , l'erreur, plutôt que dans la « vérité

Ne viendra t-il point aussï quel- que Philosophe qui nous découvrira la source de l'erreur où font tous les hommes quand ils croient exister, la cause du sentiment intérieur qu'ils ont de leur existence, & pourquoi ils ont la - dessus donné dans.

l'erreur, plutôt que de croire, comme il est vrai , qu'ils n'existent point?

u Les deux sources de l'erreur N où l'on est sur la liberté, font que » 1 on ne fait que ce que l'on veut « faire, & que l'on délibere très » souvent si on fera, ou si on ne »> fera pas. Un Esclave ne se croit M point libre , parcequ'il sent qu'il « fait malgré lui ce qu'il fait, & qu'il connoît la cause étrangere » qui l'y force : mais il se croiroit « libre, s'il se pouvoit faire qu'il » ne connût point son maître *


» qu'il exécutât les ordres sans le M savoir, & que ces ordres fussent M toujours conformes à son incli- u nation cc.

Jamais comparaison ne fut moins juste. Que l'Esclave, dont on parle, agisse conformément à sa propre in- clination , ou quM agitle d'une ma- niere opposée ; qu'il ignore ou n'i- gnore pas les ordres de son Maître, dès qu'il agit, ou qu'il veut agir , il est libre de la lioerté que l'on combat ici. Dans les actions contraires à ion goût, il est tout aussi vrai qu'il l'est , qu'il est vrai qu'il ne 1 est pas lorsqu'il ne fait que ressentir un plaisir conforme à ce même goût. Quand il obéit aux ordres d'un Maître, il pourroit y désobéir. S'il obéit avec joie , c'est une circonstance heureuse de son a¿bon" qui n'en constitue point l'essence.

Que s'il le fait à regret, & par la crainte du châtiment, alors comme de deux maux il choisit le moindre , ce choix qui le fait agir d'une maniere opposée à son inclination , n'en est pas moins un choix , & par

Ne faire que ce que l'on veut faite, c'dl êlre libre Distinguez la nécesftté d'avec la contrainte. Si la liberté est incompatible avec celle-là, elle compâtit très bien avec clle'ci.


conséquent n'en efl pas moins libre.

On sait que l'on fait tout ce que l'on veut (a) , mais on ne sait point pourquoi on le veut j il n'y a que les Physiciens qui le puissent deviner.

Quand nous voulons une chose , il est faux en plus d'un sens que nous ignorions ce qui nous la fait vouloir. Notre volonté a ses motifs que pour l'ordinaire nous connoissons; motifs pris d'un bien réel, ou apparent. Elle a son principe que nous connoissons aussi, savoir notre ame

elle-même.

En second lieu, on a délibéré; ti. parce qu'on s'est fend partagé entre vouloir & ne pas vouloir j on a cru , après avoir pris un parti .J qu'on eût pu prendre l'alltre. La conséquence étoit mal tirêe., &c. Mais si l'on a mal cru, si le parti qu'on a pris est celui qu"on n'a pu s'empêcher de prendre , que sert de délibérer ? à

quoi bon s'en donner la peine ? Vous vous sentez partagé entre vouloir 6cK ne pas vouloir ? Hé bien tranquilli-

Cc)" Ibid. 144*

Toute HW bération sup- pose un pouvoir aâif, pat conséquent lit bre.


fez-vous. Il ne peut manquer de sur venir quelque chose qu'il n'y a que les PhyJîcLens qui puissent deviner, qui rompant cette égalité sans que vous vous en mêliez, déterminera nécessairement votre choix. Dites-le moi, je vous prie : quand une balance , après quelques oscillations , tombe du côté qu'elle est le plus chargée ,.

a-t-elle délibéré ? ne se mocqueroit- on pas de parler ainsi? Quiconque délibére entre deux partis , est véritablement maître de prendre lequel des deux il lui plaît ; il fait bien qu'aucun des deux ne le nécessire, & qu'il n'est question pour lui que de choisir le meilleur. L'équilibre même de ses volontés est tel, qu'il sent qu'à tout moment il le peut rompre. Et foit qu'il suspende son choix entre deux partis , foit qu'il pese les raisons de chacun, soit qu'il se détermine pour l'un des deux, un même sentiment l'accompagne dans tout cela , c'est celui de sa liberté.

Ce que l'Auteur ajoute , que si.

l'ame se déterminoit elle - , vae-;,

Différence entre les raisons de nos


elle en sauroit toujours la raison (a), n'est nullement vrai. Nous pouvons nous déterminer nous - mêmes, & pourtant ignorer les raisons de nos déterminations , c'est - à - dire leurs vrais motifs, lesquels se dérobent souvent à nous. Mais il est vrai que

l'ame ne se peut déterminer sans savoir la caisse qui la détermine. Aussi la fait-elle , puisqu'elle se fent & que cette cause est elle-même.

Dire après cela, que l'ame a cru se déterminer elle-même, parcequ'elle ignoroit le principe étranger de sa détermnarion; que ne fachant point que les dispositions du cerveau font naître toutes ses pensées & toutes ses diverses volontés , les ordres qu'elle a reçus pour ainsi dire de son cerveau, sont toujours con- formes à ses inclinations , puifqu'ils causent l'inclination même (b ) ; c'est-là disputer contre sa propre conviction; c'et f démentir ce sentiment intime contre lequel échouent toutes les subtilités des Philosophes,.

(a) Ibid. pag. I4J.

(b) Page 143,.

détermina- tions & leur cause. Nous pouvons ignorer cellelà : jamais nous n'ignorons celle-ci,


En vain l'Anonyme, p. 148 , pré- tend-il opposer la raison au sentiment: on a bien pû dit - il, par le sentiment intérieur juger de l'impé- tuosité ou de la douceur du mouvement mais on ne peut que par la raison juger de la nécessité & de la liberté. Car il n'est point ici question de perceptions confuses comme font celles des fons & des couleurs ; il est question d'un sentiment intime, simple, invariable, que no- tre ame a d'elle-même tel que celui qui lui fait dire : je fuis en ce moment quelque chose qui agit, 8c je n'en fuis pas une qui souffre. Tel que cet autre encore ; je pense , donc

je suis. -' ¿ ., L'Auteur finit par envisager son systême du côté de la morale. Ce morceau qui est très courr, & qui effectivement ne pouvoir être long , n'est pas ce que l'ouvrage renferme de moins curieux. On croiroit qu'il feroit difficile de tirer du Faralifme de bonnes leçons pour les mœurs ;

mais avec de l'esprit que ne tentet-on pas ? de quoi ne se flatte-t-on pas de venir à bout?

La doctrine du Fatalisme n'a point d'ufages moraux.

Y en vouloir chercher,c'est tomber dans des contradictions perpé- tuelles.


Il avoue que son systême (a) rend la vertu un pur bonheur, & le vice un purmalheur. Mais je ne vois point que cela foit vrai, à moins que le plaisir & la douleur ne fassent la différence de l'un & de l'autre ; à moins que la douleur ne foit inséparable du vice, & le plaisir de la vertu, chose que l'expérience dément. Il auroit parlé plus juste , de dire que ce systême anéantit & vice & vertu.

Il détruit toute la vanité & toute la présomption qu'on peut tirer de la vertu. Ajoutez qu'il détruit aussi l'horreur, la honte, le remords du vice. D'ailleurs étoit-ce la peine de guérir la vanité ? Elle n'est plus vice j dès qu'il n'y a plus de vices.

Il donne beaucoup de pitié pour les méchans sans inspirer de haine contr'eux. Pourquoi parler de haine contre les méchans, dans un systême où il n'y a point de méchans ? Mais pourquoi dire aussi qu'un certain sytême nous inspire de la haine pour

(a) Ibid. p. 148*


autrui , un autre de la pitié ? Aurcit..

on si-tôt oublié que ces, divers mou- Vemens dépendent, non de notre ame mais du cerveau qui la domine? Les criminels sont des monjlres qu'il faut étouffer en les plaignant.

Mais puisque, comme l'Auteur s'exprime en finissant , tout est compris dans un ordre purement phylique où les actions des hommes font i l'égard de Dieu la même chose que les éclipses, il n'y a plus de mons- tres au sens moral, & il n'y a garde d'en avoir, puisqu'il n'y a plus de morale. Ceux qUI ont le bonheur de pouvoir travailler sur eux - mêmes fortifient les dispositions naturelles qu'ils avoient au bien. Hé comment travailleront sur eux-mêmes, ceux.

à qui le cerveau seul, par ses dispositions matérielles , donne leurs inclinations, leurs volontés, leurs vices & leurs vertus ?

Ce systême ôte aux honnêtes gens un sujet de s'estimer & de mépriser les autres ; il les porte à souffrir les injures, &c. Je conviens , pourvu

que vous m'avouiez la fausseté du,


l Yllme, que l'erreur où il jette ceux qui l'adoptent J pourra produire chez eux quelque effet pareil : mais si par malheur il se trouvoit véritable , il n'en produiroit aucun : par- ceque les hommes alors, toujours également soumis à l'empire de leur cerveau , ne se corrigeroient point, & demeureroient ce qu'ils ont été.

J'avoue que la vérité que nous ve- nons de découvrir j est dangereuse pour ceux qui ont de mauvaises inclinations. Si c'est une vérité, je n'en conçois pas le danger ; si c'est une erreur , la chose fera différente.

Ce n'est pas, la seule matiere sur la..

quelle il semble que Dieu ait pris soin, de cacher au commun des hommes des vérités qui leur auroient pû nuire.

On est d abord tenté d'observer que l'ingénieux Auteur auroit donc s'abstenir de révéler celle-ci , du moins en termes si clairs. L'équité veut cependant qu'on ajoute que son systême, s'il a lieu, le mt i l'abri de tout reproche ; vû, que dans cette supposition , il n'a pû f exnpecher de vouloir écrire, & que


ce traité est un resultat inévitable des dispositions matérielles de son cerveau.

Ces observations particulières me jettent tout naturellement dans une plus générale. C'est que la doctrine de ceux qui osent nier la liberté de nos actions & les comprennent toutes dans un ordre purement phy- sique où elles sont à l'égard de Dieu la même chose que les éclipses ; cette doarine, dis-je, est le renversement du langage , parce qu'elle renverse le bon sens , ce sens qui est commun à tous les hommes, & change nos idées .les plus claires, nos sentimens les plus vifs, nos jugemens les plus simples, en de pures illusions.

Qu'on y prenne garde, toutes nos notions morales font essentiellement relatives à celle d'un agent li- bre , & d'un pouvoir pour les deux contraires. Toutes nos façons de parler les plus familières, celles dont nous pouvons nous passer le moins dans le commerce de la vie expriment une conviction intime de ce

Cette doctrine est le renverfemenr du langage & celui de toutes nos idées.


pouvoir qui eic en nous. Lors, par exemple , que ces Meilleurs nous avouent que leur systême est dangereux à certains égards , le préten- dant utile à d'autres, que signifient dans leur bouche les mots de dangereux & d'utile? Ne renferment-ils pas l'idée d un mal qu'il faut tâ- cher d'éviter, & celle d'un bien que l'on doit poursuivre ? Mais je demande encore ce que veut dire cet il faut, cet on doit, si réellement nous ne pouvons, ni ne pas faire ce que nous faisons, ni faire ce que nous ne faisons pas. Que signifie devoir , s'il n'y a pas une regle de nos actions? si avec cette regle il ne se trouve pas en nous un pouvoir égal de nous en écarter & de la suivre?

Quoique tout ce qui arrive dans le monde ait ses causes nécessaires il n'en est pas moins bon, ditesvous, de faire des loix, d'imposer des peines, &c. parcequ'elles servent de frein aux méchans & de digue à leurs pallions criminelles. Je ne com- prens rien à ce langage. S'il n'est point d'agens libres, je ne vois plus


ni méchans, ni crimes , ni peines y ni loix , ni obligation imposée à qui que ce foit de publier des loix , c'està-dire, d'employer certains moyens pour empêcher ceci, pour venir a bout de cela.

Ne me représentez donc plus j qu'il convient de réprimer le désordre j qu'il est bon de censurer le vice , d'exhorter les hommes à la vertu; que de fortes raisons y obligent. Me dire tout cela, c est arti- culer des sons, & rien davantage : car cetre convenance, cette obligation dont vous parlez, suppose évidemment deux choses : une regle qui discerne ce qui est bien d'avec ce qui est mal, & un pouvoir d'agir & de n'agir pas conformément à cette ré- gle; en forte qu'à la suivre on fait bien , & qu'on fait mal au contraire si on la viole ; choses qui ne peuvent avoir lieu, si nous ne sommes point libres & que la disposition de notre cerveau décide de notre conduite. Ces expressions, avec cent mille autres pareilles, dont le sens cil: relatif aux actions humaines, deviennent


tiennent inintelligibles j & parfai tement ridicules, si ces actions font réellement autant de pajifons, c çÇià-dire, si le Fatalisme est admis.

Il y a plus, les Fatalistes ne peu- vent prétendre tirer aucun usage de leur systême , qu'ils ne démentent aussitôt ce systême) & qu'ils ne rentrent dans le nôtre. Quand l'Ano- nyme nous affure que le sien n'ôte nullement l'espérance de corriger les vicieux , parcequ'à force d'exhortations & d'exemples on peut mettre dans leur cerveau des dispositions qui

les déterminent à la vertu ou ces paroles ne disent absolument rien,ou elles disent le contraire de ce qu'il a voulu démontrer ; elles supposent que c'est l'ame qui commande au cerveau dans toutes nos actions, & nosts le cerveau qui commande à l'ame.

En effet, si les ames humaines n'ont en elles - mêmes aucun pouvoir de se déterminer, & que ce soient uniquement les dispositions.

de leur cerveau qui les déterminent , je ne demande plus ce que fi*gnifient ces mots vice & vertu mais

Les Fatalïstes ne peu.

veut prétendre tirer quelqu'utilité de leur systême 9 qu'ils nelede.

mentent aussitôt, & qu'ils ne rentrent dans celui de leurs adver saires,


sans m'arrêter a céla, je suppose tJtt Prédicateur de la vertu, nécessairement déterminé lui même en tout par les dispositions matérielles de son propre cerveau, & je prie qu'on m'explique ÍÎ l'on peur , ce que si- gnifie l'espérance qu'il a de corriger les vicieux à force d'exhortations & d'exemples. Qui ne voit, que parmi des ames & des cerveaux, tous également , tous nécessairement déterminés , l'espérance de corriger autrui, est une chimere, & un mot vuide de sens, cette espérance supposant dans le Prédicateur le pou- voir inrerne d'exciter premièrement en foi , puis en autrui, certaines idées ; & supposant aussi dans les Auditeurs le pouvoir interne de se déterminer selon ces idées ; je dis- un pouvoir qui , chez le premier comme chez les autres soit très in-

dépendant du cerveau.

Enfin une derniere considération y dont l'Auteur de ce Traité auroit dû, ce semble, être plus touché qu'un autre , est que son systême ne dégrade pas moins les talens que-

Ce systême ne dégrade pas moins les talens que la vertu. Il a- néantit égale- ment les mes-


là vertu. Il anéantit tout ce qui SI gp-T pelle chez les hommes, iagenfe ) habileté , finesse d'em it beauté de génie, puisque tout cela aur^ déformais sa source, mais sa [ourcy unique , dans la différente modifir cation du cerveau, auque l les hom- mes dans toutes leurs pensées, comme dans toutes leurs actions feront pleinement assujeris. Qu'on me dise en quoi consiste le prix de ces qualités; qu'on me dise ce qui constitue le mérite des inventions de l'art, des productions du génie, ou; de ces mérveilleuses découvertes que l'on a faites dans les Sciences , si ce n'est pas un discernement éclai- ré , un choix prudent, qui suppose en celui qui choisit ainsi, autant de liberté que de lumieres, & des lu- mières perfectionnées par un bon usage de la liberté. Assurément beau qui nous charme dans les ou- vrages d'esprit, n'a pas moins ses modeles (k. les regles, que ce qu'oit appelle le bon moral ; & dans tout homme , qui travaille à l'enfanter, en étudiant ces regles & ces mo-

veilles de l'art & celles de la nature.


deles , il prouve une activité trèt libre. Comme l'on cesseroit d'admirer les œuvres de la nature, si l'on pouvoit se persuader qu'elles font l'effet d'une aveugle nécessité de même on devroit cesset de louer les Descartes, les Newton , les Malebranche , les Milton) les Corneille, & les Fontenelle, si dans ce qu'ils ont produit de plus exquis, ils n'ont fait qu'exécuter des ordres que leur donnoit leur cerveau, 6c si leur esprit, au bout du compte » se trouve avoir été l'esclave d'un peu de matiere modifiée. Dès-lors quiconque préféré ces rares génies- aux plus stupides d'entre les hu- mains , ne sauroit alléguer aucune raison de ce jugement, à moins qu'il ne dise que les dispositions de son propre cerveau l'y dérerminent.

L'Anonyme , qui semble, admettre l'immatérialité de l'ame, lorsqu'enfuite il la dépouille de sa liberté pour l'assujettir pleinement au corps,

s'accorde donc en ceci avec les Ma- térialistes , qu'il fait éclorre comme eux d'un principe aveugle les plus.


admirables effets de l'industrie humaine y puisque , felon lui, de simples dispositions du cerveau, né- cessairement enchaînées au branle universel de la matiere de l'uni vers, auront créé parmi nous les di vers chefs-d'oeuvres de l'art, & produit les plus illuitres monumens de la science & du génie. Nos idées, si vous voulez, en tant que modifications spirituelles , n'appartiendront point au cerveau ; mais leur ordre, leur choix, leur arrangement , en quoi gît tout le mérite des inventions humaines,lui appartiendront comme à son unique cause. Et si telle est l'origine des productions de l'art r on devine aisement quelle fera dans de tels principes celle des merveil.

les de la nature.

Voilà en racourci - car je suis bien foin d'avoir tout dit, quelles font ces conséquences dont notre Anonyme croit devoir peu s'embarrasser, lorsqu'il examine si l'homme est libre , ou s'il ne l'est pas. Il faut sans doute , pour les braver comme sont nos Fatalistes aujourd'hui , s'êl

Co«ciuiîol|^


tre muni d avance d'une inrrépidité peu commune. En effet, combattre tin systême par de telles conséquen.

ces, c'est opposer à ce systême des vérités claires ; & lui opposer de telles vérités, c'est le convaincre de n'avoir que l'erreur pour bafe, & de n'être appuyé que sur des sophismes, puisqu'une vérité ne contredit jamais d'autres vérités. J'ai plus fait pourtant, j'ai ruiné ces sophismes, en démêlant des choses qu'on affeaoit de confondre ; en distinguant par exemple le pouvoir interne de l'ame , d'avec la liberté prise dans le sens moral ; ses inclinations & ses volontés, d'avec les idées qui leur fervent de matiere & d'objet ; la dépendance réciproque de l'ame & du corps à de certains égards , d'avec la mutuelle indépendance qu'à d'autres égards ces deux substances conservent malgré leur union..

Il n'en falloit pas tant pour des esprits raisonnables. La liberté de nos actions déjà prouvée par le sentiment intime qui nous la manifeste, & par le témoignage de la conscien-


ce , est une idé e qui le mêle à toutes nos autres idées , qui se peint dans tous nos discours, qui s'unit, étroitement à tout ce qui nous afsecte, à tout ce que nous connoissons avec le plus de certitude. Appliquons donc au Fatalisme , ce qu'on a dit d'un dogme de différent genre , c'est que s'il étoit une vérité , elle auroit le privilege d'être l'unique, parcequ'elle détruiroit:

- i sa FIN..

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