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LA CATASTROPHE DE TOULON La commission a statué

« Il n'y a pas de coupables!»

Serait-ce qu'ils sont trop nombreux?

Gomme il fallait s'y attendre la commission d'enquête instituée par le ministre a ocnclu ou'il n'v avait pas de coupables.

Il ne pas à l'en croire d'un acte de mal^îanoe. il ne s'agit pas non P^VffîgSces. Tout le monde a fait son devoir du haut en bas de l'échelle,

« La poudre B est seule coupable Et tout de suite dans la crainte de chagriner le personnel des poudres, la commission sempresse de déclarer que la responsabilité de ce personnel n'est pas en cause.

Alors?

\lors il faudrait au moins conclure puisou'aussi bien on affirme par ailleurs que les expériences scientifiques auxquelles on soumet les poudres ne sont pas probante qu'il faut abandonner notre formule de composition de la C'est dans ce sens que concluait M. Y. Guyot dans ;m article que nous avons publié. Et c'est logiquo. Mais la commission n'a pas pensé si loin, elle n'a songé qu'à mettre tout le monde hors Le résultat 1e plus clair de cette attitude de la commission sera évidemment d'aocréditer d'avantage encore dans les esprits ce que le Temps appelle la hantise de la malveillance et c'est par là qu'elles porteront le plus grave préjudice moral à notre marine

Celle hantise et l'angoisse qu'elle fait naître en effet et il faut qu'elles soient vraiment trop évidentes pour que le Temps jusqu'ici hostile à l'hypothèse de la malveillance se prenne à revenir à une toute autre appréciation des Notre confrère écrit et l'article est à citer Mais du fait seul que le mot de « coupables •est prononcé, l'inquiétude causée par tous les sinistres de la marinc grandit, et le doute sur l'origine naturelle de ces sinistres s'affirme. L'idée se répand de plus en plus que des catastrophes si répétées ne se produisent pas sans intervention coupable.

Les nouvelles venant des ports militaires sont vraiment angoissantes. Hier on annonçait quon avait trouvé dans un convertisseur électrique du Mirabeau du verre pilé et de la limaille de fer quon a constaté qu'un joint de tuyau de noyage des soutes de ce cuirassé était plein, et par suite était une barrière à l'écoulement de l'eau- il y a quelques jours, on apprenait que la porte du bassin de Cherbourg s'était soulevée et que l'enu avait envahi le bassin, en faisant llolter un navire qui y était contenu; il y a une semaine, c'était un commencement d'incendie il la ca.le du Commnndant-Lucas, à Toulon. Et les accidents se succèdent, toujours plus inquiétants car on est bien forcé d'admettre qu'un incendie ne prend pas tout seul, qu'une porte qui supporte d'un seul côté la pression de plus:eurs mètres d'eau ne se soulève pas d'ellemême, nue l'ouvrier qui a ajusté au tuyau de n<\vaR« le joint plein a hien dû constater qu'il n'était rras évidé. et que si l'on a trouvé du verre pilé dan- un convertisseur, il a bien fallu un homme p^ur le broyer et l'y introduire. Aucun des trois « accidentes » n'a eu de suites Craves: mais il y en a d'autres dont les conôétfU"nces ont été'terribles. Et l'on en vient à se poser cette question troublante Pourquoi les saboteurs se borneraient-ils aux petits acci<l*n:s ? n

Parts vouloir parier de* catastrophes de Lapoubrrm et de 17<*no. pour lesquelles une convirt on unanime ne s'est pas faite. on peut citer J'incendie de la cale Vauban. à Toulon, en 1903 ou 1ÎKM: on dit que l'enquête allait inculper de hnuts syndicalistes elle ne fut pas oontinuée. En décembre 190G. également Il le navire-école brûlait; tout l'équipage, npr.1-* l'inrondie. répondit Il l'appel. sauf trois hommes dont jamais on ne put retrouver la mnindre trace, mis* bien sirr le navire incendié qu'à la frontière, oi) lmir sifrnelemo.n1 avait été p'nvoyé. Toulon encore, as lendemain due l'expiosjnn do Ylêvn. pendant le séjour de la comnr^'in d'enquête. les bâtiments de la vieille rord/rio étaient détruits par le feu. C'était à la combustiori spontanée de orvtons qu'on voulut nft.biw Viryvndi». En déblayant après le sinistnp. on dut con Mater que les colons n'avarient ws v^uln brûler c'était la cigarette de p-rrsonir'ws de la prison maritime qui avait mis le fm

Qu'on ne croie pas que ce genre d'incendie snit à Toulon. Il en eut un bizarre aur irv> rr,]o <fa omnf.ro-t<->rpin<r)T a Rochefort. il y a mHqwîs .-innées. Mais bien plus récemment *>n psî produ'f un tout giiiM étonnant à Brest nu mois de d«V«mbre dernier, une partie de l'nWipr c/mlral fa 1n flotte, près du bassin de P-"mtaniou. fut réduite en cendres. Le feu avait prie spontanément, parnîl-il. dans des douves le tonneaux ayant contenu de l'alcool, et l'on écarta immédiatement toute idée de malveillance. est vrai qup 1" même jour, ou plutôt la Tn'-m" nuit. il v avait un incendie au Nardouet. à Chprîvmrç. et dans orp cas le feu avait été mis par de l'bui'o bouillanTe.

On en trouverait bien d'autres, car nous n'ã'•'Wi<; fait qu» ptiwr les princfpaux. Mni: l'on n'on voi! pns moi.ri'<; que rVst a Chprbourp que la porte d'un bassin se anuléw» toute seule: que r'fxr1 h P.to<4 mi'il y a femyniation des douves fiihiiéo.; d'alcool: que Lortenï est responsable de In nos»» de joints pleins: qu'A Rochefort des cales brO'ont aussi bien nu'n Toulon, et que dans ce dernier port. on retrouve toute la série <jp«: n 'vident!; n oonstalés dans le> autres. O'.n cet fort inquiétant, parce que les sinistro: paraissant la m-Tnneie courante de tous les et que partout on peut soupçonner la malveillance. Il semble qu'il y ait à prendre des mesures énergiques: si on réclame l'expulsion des apaches de l'armée et de la marine, il v a «iiisf: une épuration faire dans les arsenaux, et' nous cjviyons que nous ne serons pas démen1i« ci nous disons qu'il y a dans l'arsenal de Rrest une cinquantaine d'anarchistes, antimili1flri<îtes nvé^s. on s'empresserait. de refuser l'entrée de l'arsenail au moment d'une déclaration de guerre.- D'autre part. il nous faut bien constater que toutes les enquêtes faites sur les sinistres que nous signalons sont restés sans résultat jama;s nn ne découvrit un coupable. Est-ce que 1n justice maritime est insuffisammAnt armée nnur onTiiôter et poursui\Te ? Nous l'ignorons. Mnis neut-étne. dans les cas de catastrophes ou .l'nrviidofits maritimes, vaudrait-il mieux procé3t comme on le fait en Angleterre ? Avant soute enquête maritime. il y a enquête du juge d» la couronne, qui recherche si dans le cas où il y a des victimes, il y a eu mort naturelle, ou flicidentelle. ou mort par imprudence ou crime. En ce qui concerne la Li6crté, l'enquête technique se poursuit, et l'enquête judiciaire n'est pas encore commencée. Cette dernière sera faite

d'ailleurs^par des marins, qui très naturellement seront influencés par l'enquête technique. Dans le cas du naufrage d'un sous-marin, le juge anglais a reconnu la mort des hommes comme accidentelle; mais en même temps il constata que la réserve de flottabilité du bateau était insuffisante. L'amirauté britannique dut tenir compte de la constatation du juge. Quoi quon puisse penser de la cause réelle de la catastrophe de la Liberté, on sent, et -NI. Delcassé l'a affirmé avec la plus grande énergie, qu'il faut que sans considération de corps, de personnes ou de théorises, tout soit fait « pour percer l'horrible mystère » qui pèse sur la marine.

ilne circulaire de M. Delcassé Le ministre de la marine vient d'adresser la circulaire suivante à les vice-amiraux commandant en chef les escadres

Paris, le 23 octobre 1911.

Des rapports émanant des escadres signalent l'inconvénient qu'il y a à réunir sur les bâtiments de premières ligne des hommes de mauvaise conduite.

Si mon prédécesseur a été amené à décider que ces hommes, ainsi que ceux ayant des antécédents judiciaires, et ceux réintégrés des corps d'épreuve, seraient destinés aux grands bâtiments des escadres où le commandement dispose, pour maintenir la discipline, de moyens d'action plus puissants que partout ailleurs, et d'une exécution plus rapide, c'est qu'il y avait des inconvénients majeurs à les embarquer à bord des bâtiments en campagne ou à les laisser sur les bâtiments en réserve ou dans les dépôts à terre.

Il n'en est pas moins vrai que leur présence à bord de nos bâtiments de combat soulève des critiquas légitimes et dès maintenant je fais rechercher une autre destination à leur donner. Mais la réglementation disciplinaire est loin de laisser le commandement impuissant vis-à-vis des hommes de mauvaise conduite. L'autorité dispose de moyens efficaces pour débarrasser les équipages des éléments mauvais dont la présence est jugée dangereuse. Les règlements confèrent, en effet. joute latitnde pour provogner l'envoi dans les sections spéciales des hommes dont TembRrauoment à tard des grands bâtiments des escadres a été motivé par leurs antécédentes.

Ceux de ces hommes qui. soü par l'effet d'une nature rebelle toute discipline, soit par leur mauvais esprit se montrent incorrigibles, doivent, ainsi que des circulaires antérieures le rappellent. être considérés comme se trouvant dam les circonstances exceptionnelles prévues au paragraphe 1'r de l'article 351 du décret du 17 juillet 1908, modifié le 23 décembre 1910, et sont susceptibles d'être destinés aux sections spéciales sans avoir préalablement encouru toutes les sévérités du pouvoir disciplinaire, quel que soit le temps de service qui leur reste à faire.

Vous voudrez bien rappeler aux commandants pla.oés sous vos ordres qu'ils ont pour devoir d'user largement de cette faculté et les assurer que je suis résolu à sanctionner, comme je l'ai. du reste, toujours fait, les propositions d'envoi aux sections spéciales formulées par les con- de discipline.

Par ailleurs, je vous rappelle qu'un décret en date du 23 décembre 1910 a déjà prévu la possibiLté pour l'avenir de résilier, après deux années de service. les engagements contractes par des marins dont la présence, aussi bien dans les services à terre qu'n bord des bâtiments d? combat. peut paraître danîrereu.v. et par ceux qui, en raison des condamnations qu'ils ont encourues, ne sont plus dignes de servir dans les équipages de la flotte.

Delcassé.

Une seule réflexion s'impose à la lecteure de ce texte Il faut que l'indiscipline et l'anarchie que nous avons dénoncées soient autre chose qu'un mythe pour que le ministre éprouve le besoin d'insister auprès des commandant; d'escadre sur la nécessité de débarrasser la marine des éléments mauvais.

Les déclarations

de M. Maissin

Rivalités- personnelles politiques >

Nous avons reçu d'un de nos amis, qui occupe dans l'administration des Poudres une situation lui permettant d'être au courant de la question, les très intéressantes déclarations suivantes, relatives aux accusations portées par M. Maissin devant le Conseil général du Finistère L'incident dont il s'agit ne serait au fond qu'un nouvel épisode de la lutte engagée depuis longtemps entre 'IL Maissin et son collègue de la poudrerie du Moulin-Blanc, M. Louppe. Il est de notoriété publique dans le Finistère que l'animosité la plus profonde et la plus aiguë règne depuis 20 ans entre MM. Maissin et Louppe. Cette animosité s'est encore accrue quand, au mois d'août 1910. M. Maissin fut remplacé par le Conseil général dans les fonctions de vice-président de cette assemblée par son collègue M. Louppe, directeur de la poudrerie du Moulin-Blanc.

Lors de l'explosion de l'Iéna, M. Maissin dénonça en effet au ministère comme cause de cette catastrophe le mauvais état de la poudre fabriquée par la poudrerie du Pont-de-Buis dont 'IL Louppe était alors directeur et qui formait l'approvisionnement de l'léna.

Ce rapport n'aurait nullement été étouffé » des enquêtes qui durèrent plus d'un mois auraient même été faites sur place par un contrôleur de l'armée (1) et par M. Bérard. directeur général des poudres au ministère de la Guerre général. L'affaire a-jrait été si peu étouffée que M. le contrôleur de l'armée afin d'avoir des renseignements complets et circonstanciers fit transporter, par des camions, de la poudrerie du Pont-de-Buis qu'il avait quittée. A celle du Moulin-Blanc où il exerçait maintenant ses fonctions, tous les dossiers devant permettre à Af. Louppe de fournir des explications oomplètes et précises.

S: le « rapport de M. Maissin ne fut pas étouffé lain de là. il existe au ministère de la Guerre un dossier complet il n'y fut donné, il est vrai. aucune suite par cette excellente raison. ajoute notre interlocuteur qu'aucune des accusations formulées n'avaient de (1) C'est l'officier supérieur dont parle M Maissin au conseil général. (Voir l'Ouest-Eclair de ce jour.)

ROUX ET MAYÂN

Ce sont deux adjoints de Marseille

L'un et tautre, umfiés,

comparaissent devant le Jury des BoucheS"du~Rhône

comme prévenus de concussion Aix-en-Pbovekce, Zi octobre. De temps à autre, des scandales plus ou moins retentissants éclatent à la mairie de Marseille. L'un deux amène aujourd'hui sur les bancs de la cour d'assises d'Aix-en-Provence deux adjoints au maire, MM Mayan et Roux, et deux directeurs de cirque, Court et Nicolas.

UNE HISTOIRE DE POTS DE VIN

Les frères Court et Nicolas, directeurs du cirque Egelton, sont locataires pour quatre ans d'un emplacement sur la place SainU-Michel, pendant la durée de la foire Saint-Lazare ? le loyer est de 18.000 francs, payable par semestre, le 15 avril et le 15 septembre.

Au commencement do lall, NI. Alfred Court adressa une demande régulière au maire de Marseille pour être autorisé à ouvrir son cirque avant l'époque fixée et pour obtenir une réduction sur le prix de la location il offrait 10.000 francs. Les services municipaux ayant donné un avis défavorable à la oouble demande, Court envoya son associé, NI. Nicolas, aux deux adjoints Mayan et Roux, avec mission de solliciter leur appui. Mayan signifia immédiatement à Nicolas qu'il faudrait lui verser une commission dont il fixa le montant, deux jours après, 3.000 francs. Nicolas en référa par dépêche à son directeur, absent. Le télégramme du 9 fé''lier, retrouvé à la poste, est ainsi libellé Court 88, poste restante, Paris. Peux avoir autorisation. Tout compris 6.000 francs en donnant pourboire 3.000 fr. Télégraphie ce que dois faire. Nicolas. »

Court s'étant procuré les 3.000 francs, se rendit avec Nicolas à la mairie où, pour la première fois, dans le cabinet de Mayan, il se trouva en présence de Roux ce dernier montra la lettre d'autorisation d'ouverture anticipée datée du 28 lévrier, dont il était détenteur, mais refusa de la remettre, à moins que Court n'élevât à 4.000 francs la oommission promise à son collègue Mayan. Court demanua réfléchir et, deux jours après, -Nicolas vint à la mairie remettre à Roux les 4.000 francs, en présence de Mayan. Il reçut en échange la lettre d'autorisation, que Houx détenait depuis plus d'un mois. Tels sont les faits exposés dans l'acte d'accusation.

LES DEBATS

On remarque dans l'assistance plusieurs hommes politiques marseillais, ainsi que Mme Roux, mère d'un des prévenus, Louis Roux, qui est avocat au barreau de Marseille.

Celui-ci est le premier interrogé il s'élève avec énergie contre les allégations des frères Court et nie les faits dont on l'accuse.

!\laya.'1 dit que son rôle se borna à aboucher son collègue avec les directeurs du cirque Egelton il nie avoir assisté dans le cabinet de Roux à la remise des fonds.

Les frères Court n'en maintiennent pas moins toutes leurs accusations et confirment ainsi que leur secrétaire, les faits consignés dans l'acte d'accusation.

Nicolas confirme que tout ce qu'il a dit à l'instruction est l'expression de la plus rigoureuse exact.itude il rappelle les démarches faites auprès de Ni. Joseph Mayan et indique que lorsque cet adjoint lui demanda de verser 1.000 fr. de plus pour obtenir le sursis de payement de Loyer, M. Louis Roux en sortant lui d't « Je suis écœuré de ce qui se passe, mais je ne puis faire autrement que de laisser les choses suine leur cour, car Mayan dirait que jai tout gardé. »

-NI. Roux proteste et assure n'avoir jamais tenu ce propos. Les débats dureront jusque demain.

fondement et qu'en outre et surtout, à la suite des constatations faites par la commission d'enquête, il semblait que l'explosion de l'Iêna. était due à la malveillance, comme il est bien probable, ainsi que le soutient si justement l'Ouest-Eclair, que la malveillance peut n'être pas étrangère à la cataslrophe de la Liberté. » Il est véritablement puéril, dans les circonstances présentes, de mettre en cause le service des poudres. Ce service fabrique la poudre B. M. d'après la formule inventée par l'éminent savant. NI. Vielle. Admettons que cette poudre manque de stabilité qu'on recherche une formule meilleure et le service des poudres fera mieux. 11 ne peut fabriquer que suivant les rèfiles qui lui sont prescrites. Qu'on décide de fabriquer les poudres à base de nitroglycérine au lieu de la nitrocellulose qui est instable, il le fera. Dans tous les cas, avant tout, comme le faü, avec tant de raisons Y Ouest-Eclair, qu'on recherche d'abord si la cause de la catastrophe de la Liberté ne peut être imputable h la malvejllance au lieu d'incriminer a priori le service des poudres.

Il conviendrait Pour compléter l'interview de M. le député Daniélou qu'a insérée l'Ouest-Eclair. d'ajouter que si NI. Louppe, déplacé au Moulin-Blanc pour de.s motifs absolument étrangers la catastrophe rie l'Iéna a conservé ses fonctions de maire et de conseiller 2énéral qu'il exerçait au Pont-de-Ruis (canton du Faou) de son côté Ni. Maissin a conservé ses fonctions de maire du Relecq et de oonseiller général du canton de Landerneau dont il était investi qaand il était au MoulinBlanc 'canton de Landorneau). C'est ce qu'a omis de dire M. Daniélou.

l'enquête judiciaire

PARIS. 24 octobre. On lit dans la Croix « A la suite de l'enquêle administrative, l'enquête judiciaire va être close. Un conseil de guerre sera constitué sans tarder pour juger le commandant Jaurès. C'est en effet un usage constant dans la marine, que tout officier dont le bâtiment est perdu comparaisse en justice, même si sa responsabilité est totalement dééagée.

Ce conseil de guerre, constitué a Toulon, aura à connaître des ordres donnés par M. Jaurès au moment de son départ en congé régulier et des raisons pour lesquelles le capitaine de frégate Joubert, devenu commandant, et le lieutenant de vaisseau Palaa, devenu second, étaient absents du bord en même temps. lui» (ifliiF Paris, 24 octobre. Le mouvement insurrectionnel prend l'extension que les dernières dépêches faisaient prévoir. Un télégramme de Sa.r.ghai fait connaître que la ville de Kiu-Kiang est tombée aux maius des rebelles ainsi que Nioutchang et Sinanfou. Nioutchang est la capitale provinciale du Kiang-Si dont Kiu-Kiang est le principal port sur le Yang-Tsé.

JUSTICE EXPÉDITIVE A Perpignan

on aurait condamné un détenu

sans même le faire venir à l'audience

PERPIGNAN, 24 octobre. On s'entretient beaucoup, au Palais de Justice, d'un incident judiciaire qui se serait produit au Tribunal de première instance. Un Espagnol, du nam de José Martinez, repris de justice, incarcéré pour infraction à un arrêté d'expulsion, aurait été condamné à 10 jours de prison sans avoir comparu devant les juges du tribunal correctionnel.

On assure que M. Bricout, diTecteur du personnel à la chancellerie, aurait ramarqué, au coure de son inspection des services judiciaires à Perpignan, que le mandat de dépôt délivré contre Martinez par le substitut, ne portait aucune mention d'écrou et que ce mandat n'nvait jamais été confirmé, alors que cette formalité doit être faite par le tribunal 24 heures après l'arrestation.

Martinez, porté sur certains registre du Palais comme ayant comparu devant le tribunal correctionnel à l'audience du 28 août 1911, n'aurait pas été jugé du tout et, pour se débarrasser do lui, le substitut, d'accord avec le procureur, ne lui aurait fait subir que dix jours de prison. Le nom de Martinez ne figurait pas sur le registre d^udience parmi les prévenus jugés le 28 août, ni sur le registre des notes d'audience, ni sur le registre de la maison d'arrêt.

CHOSES ET GENS

Mouvement administratif J'ai lu par désoeuvrement la rubrtque de l'Ouest-Eclair qui avait pour ütre « Le Mouvement administratif n. Autant il'1 comprends que notre excellent directeur la pubüe, autant j'admets qu'on s'obstine à ne pas la lire. Qu'est-ce que cela me fait que Malitorne cesse d'être souspréfet pour devenir préfet, ou que Pirouette cesse de n'être rien du tout pour devenir sous-préfet Pourquoi ne laisse-t-on pas tous ces braves garçons en placc ? Est-ce pour faire plaisir aux entrepreneurs de déménagements ?

6Lais il faut, parait-il, respecter tes usages qui veulent que les ̃soient choisis parmi les préfets, que tes préfets soieiit pris daite fa Corporation déa tous-préfets, et que les sous-préfets soi'vl tirés de la masse des citoyens qui n'étaient hier que de simptes citoyens.

Quel litre faut-il, en effet, pour étre sous-préfet ? Aucun. Quoi Tas même le certificat d'études primaires? Pas méme. Mais on l'exige des candidats cantonniers C'est vrai, mais il ne faut pas confondre un œuf avec un bœuf, ni un cantonnier avec un sous-préfet. Le sous-préfet est nommé par le ministre de l'Intérieur sans condition d'âge ni d'aptitude n. C'est une faveur. Un beau four il faut un souspréfet à Castelnaudary dans l'Aude; le ministre peut appeler son valet de chambre ou son cocher et lui dire n Mon garçon, fais te,s malles. tu vrts aller me représenter à Castelnaudary. rrcr,d' seulement un moi.s de congé pour lasser pousser ta moustache car si la profession n'érige pas d'aptitudes spéciales, il est cependant essentiel qu'un sons-préfet ait des moustaches à la pointe desquelles il puisse embrocher les coeurs au profit du gouvernement..

Voilà comment on fait des sous-préfets. Et quand il y a assez longtemps qu'un sous-préfet fait l'admiration de sa sous-préfecture, on le nomme préfet. Et quand il est fatigué d'être préfet on le bombarde trésorier-payeur général ou directeur de t'enregistrement, des domaines et du timbre qui ne peut pas se diriger tout seul. Sans doute le cocher qui devient sous-préfet, c! J- préfet qu'on nomme trésoricr-payeur ne- brillent pas essentiellement par leur talent comme le voudrait la Déclaration des Droits de l'Homme, mais sa uertu étincelle et éclate. Et la vertu consiste essentiellement, parait-il, à se mettre avec courage du côté du manche et aider ce, qui tiennent ce manche à frapper de toutes leurs forces sur ceua qui ne le tiennent pas

C'est ainsi que s'administre ce que les radicaur-socialistes appellent un gouvernement démocratique. Nous en concevons bien un autre, mais il parait que nous avons tort.

DtTPRÉ-RoBERT.

mMjftM En Angleterre LONDRES, 24 octobre. D'après les dernières impressions que je viens de recueillir. M. A$quith restera à la tête du gouvernement jusqu'à la fin de la session actuelle afin de mire aboutir les deux grands projets de loi actuellement en suspens le' bill sur les assurances et le home rule. Il parait certain qu'à la fin de la session M. Asquith sera nommé pair du royaume, abandonnant donc à cette époque la chambre des Communes. Il serait alors remplacé par M. Uoyd Geonge à la tête du cabinet.

L'accident du 'Suffren'

ce n'est qu'une simple maladresse Il

dsclare-t-on au ministère de la marine

PARIS, 24 octobre. Nous avons demandé au ministère de la marine quelle était la cause exacte du péril couru par le Suffren ».

Il s'est produit effectivement, nous a-t-on répondu, un regrettable incident à bord du t Suffren ». Mais, il a été fort exagéré. Il s'agit d'une maladresse, et rien que d'une maladresse. Dès qu'on s'est aperçu que les plaques des soutes de.l'avant du Suflren avaient chauffé, ces soutes. ont été inondées. Peut-être même cette mesure a-t-elle été prise avec un peu de précipitation L'incident s'est produit au moment où l'escadre appareidlaiit. L'amiral a laissé le t Suflren sur rade, pour débarquer les poudres noyées.

» Les soutes inondées ont été visitées avec le plus grand soin. On n'y a trouvé absolument rien d'anormal.

Bref, c'est un simple incident de manœuvre qui s'est produit.

Le navire, à l'heure actuelle, doit faire route pour r«j«tolre l'escadre •.

LES CONDITIONS DE L'ACCORD

Nous aisons un marché de dupes

Cette fois nom savons à quoi nous en tenir. Les conditions du marché sont connues et le prix dont nous paierons à l'Allemagne des droits qu'elle devait fatalement nous reconnaitre au Maroc est établi. Que ceux qui estiment que nous n'avons pas été roulés lèvent le doigt Il est vrai qu'on fait cadeau par dessus le marché d'un « bec de canard » I

On peut, écrivait hier un de nos confrères, se faire une idée de cessions demandées par M. de Kiderlen-Waechter en imaginant une énorme mola.ire, dont la base s'appuierait contre le Cameroun, et dont les deux racines se dirigeraient l'une sur l'Oubanghi, l'autre sur le Congo, la première seule atteignant le Congo belge. Tout compte fait nous sauvons les apparences mais nous cédons à l'Allemagne tout ce qu'elle désirait.

Je sais bien qu'elle demandait en plus le territoire compris entre la Sangha et la Lobay, entre les racines de la molaire mais à qui fera-t-on oroire qu'ainsi coupée des deux autres tronçons de notre colonie cette enclave conservera pour nous la moindre valeur. Si minces que soient les coupures, elles enserrent cette région et il est impossible que celle-c.i échappe à l'étreinte. Cette zone est en vérité destinée à être cédée à son tour.

Dans quelques années l'Allemagne renverra une canonnière à Agadir, nos diplomates nous expliqueront que le territoire aujourd'hui enclavé n'a aucune valeur et nous l'abandonnerons. La cession se fera en deux fois au lieu d'une.

Nous y gagnerons d'avoir, en attendant cette échéa.nce. des discussions aigre-douces avec nos voisins allemands, régulièrement tous les quinze jours. C'est un plaisir comme un autre et ce'a forme le caractère.

Depuis qu'il y a une géographie et des géographes, personne n'a encore vu de frontière dessinée de oette façon et il faut toute la science de diplomates du xx* siècle pour imaginer pareille absurdité et la pleutrerie d'un gouvernement radical pour sanctionner une pareille reculade.

Mais ce qu'il y a de plus grave dans cette conclusion du conflit franco-allemand, c'est l'intention qu'elle révèle chez nos voisins de l'Est de se tailler tôt ou tard un vaste empire colonial au travers de l'Afrique éejuatoriate. On dit en effet que l'accès à l'Oubanghi et au Congo a été de la part de Berlin la condition sine qua non de l'accord. Or cet accès n'offrirait qu'un intérêt médiocre si l'Allemagne n'avait pas le dessein de s'attaquer un jour ou l'autre au Congo belge.

Que nos bons radicaux toutefois se rassurent si leur régime dure encore quand cette éventualité se produira, ils ne seront pas pour autant t.roublés dans leur laborieuse digestion nous nous tiendrons coi et pour faire à nouveau l'économie d'une guerre nous donnerons aux Allemands en compensation le reste de notre Congo. On est pacifiste ou on ne l'est pas et quand on l'est. H. T.

Les puissances

sont déjà informées

Vienke, 24 octobre. D'après la Wiener Allgemeine Zeitung, les cabinets des grandes puissanoes ont déjà été informés de la solution favorable de la question des compensations dans l'affaire du Maroc.

Ayant le Conseil des ministre Paris. 24 octobre. Le conseil des ministres se réunira ce soir sous la présidence de M. Fallières, retour du Midi. Il prendra connaissance des dernières communications de M. Cambon

qui permettent de prévoir qu'à très bref délai l'accord pourra être signé sur les bases que nous avons exposées hier en dernières nouvelles. Il est probable toutefois qu'une nouvelle entrevue de M. Cambon et de Vl. de Kiderlen sera encore nécessaire pour régler quelques points qui seront discutés au conseil de ce .soir, notamment au sujet de la délimitation définitive de la partie du Bec de Canard qui devient française. Nous pouvons ajouter que la région du Togo mie l'Allemagne cède à la France est celle de Sa.-» sanné Mango.

Une protestation a lemande Berlk, ?4 octobre. Le bureau de la société coloniale allemande vient de manifester à nouveau contre l'accord franco-allemand. Les jour naux publfent la note suivante

Il ne convient ni il. !a dignité ni aux intérêts de l'empire allemand d'abandonner sans raison le situation politique et économique que raccord d'Algésiras avait assurée à l'Allemagne au Maroc. Nous courons le risque de perdre la consi» dération dont nous jouissons dans le monde mu. sulman. Les conséquences de cette perte seront fort sensibles sur le terrain économique. Nous devons exprimer le désir que le Maroc reste dans un état qui permette le libre développement de notre commerce et de notie industrie indépendamment des tendances colonisatrices de la France.

Nous protestons éwrçriqitement contre toute acceptation d'une compensation territoriale qui aurait pour conséquence des charges financiè'res. II cst inouï que la presse française demande au peuple allemand de renoncer sa situation au Maroc en échange de quelques lambeaux de mauvais terrains et exige en retour le pavement de plusieurs millions à des compagnies francaises et la cession du Togo ou rlu'nord du Cameroun. On ne peut donner satisfaction à de telles relamatioms.

D'autre part. dans le Berliner Tanehlatt. M. Tln'vxlore Wolff le gouvnmpment d'savoir mené les négociations avec une patente opiniâtreté et d'être resté étranger aux planés aventureux nourris par quelques personnalités de son entourage.. Le nviacteur en chef du journal bcrlinois espère que malgré le régime protectionniste en vigueur en France et à la faveur du rapprochement qui vient de s'opérer entre les deux pays, le commerce allemand saura trouver des points de contart intéressant son développement dans les colonies françaises, ce sera là, ajoute-t-il. la meilleure des compensations pour l'Allemagne ».

Une protestation

gui vient du Congo,

Paris, 24 ocfobrf. Dans un important discours prononcé à l'ouverture du conseil de gouvernement de l'Afrique équatoriale française, M. Merlin, gouverneur général, a fait al!usion en ces termes aux négociations fraieo-allemandes

Je ne saurais terminer, messieurs, sans me faire l'interprète de l'émotion que tous les Français établis ici ont ressentie aux récentes nouvelles qui nous sont parvenues d'Europe et doni la presse entière s'est faite l'écho. Je sais, pour avoir lu l'histoire du Congo, pour l'avoir éprouvé depuis 3 ans que je vis parmi vous, de quel patriotisme élevé vous êtes animés. Aussi suis-je assuré que vous êtes prêts, sans considération pour vos intérêts particuliers, à consentir d'un cœur résigné les sacrifices que la métropole pourrait avoir à vous imposer, à regret sans doute, mais dans le souci des intérêts généreux et de la grandeur et de l'avenir de la France. Il importe toutefois que ^ans les pourparler en cours et sur lesquels je dois vous dire que je n'ai aucune précision officielle, il ne soit pas perdu de vue que tous les sacrifices qui pou-raient être consentis aux dépens de l'Afrique équatoriale française sont des sacrifices d'importance pour la France.

Sans m arrêter aux considérations purement matérielles, sans noter que la métropole a consacré à ce pays 80 millions de francs et que les capitaux français v ont encagé d'autre part 100