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DOUZIEME ANNEE. N» «588 Journal Républicain Quotidien de la Bretigne & de l'Ouest

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Faubourg lontmartre.

A NANTES, i l'ACENCE HAVAS, 3, Plaça Félix-Fourni*.

A RENNES, aux Bureaux du Journal.

SOLDATS ♦̃♦

Ceux qui tombèrent au Maroc

L'opinion publique, qui rapproche dans un même sentiment de fierté nationale les soldats qui entrèrent dans Fez et les sportsmen qui, avec un bruissement d'aile, apportèrent a deux cités historiques la dernière invention d'un génie inépuisable, voudrait être aussi bien renseignée sur les combats d'Afrique que sur les vctoires de l'aviation. On cherche dans les journaux, sans les y trouver, des détails pittoresques et des anecdotes vécues. Les Il correspondants de guerre Il chôment. Aussi le livre du capitaine Paul Azan est-il le bienvenu. Le lecteur le feuillette sans se lasser. A travers oe récit vivant, illustré de précieu- ses photographies (1) il entrevoit les sil- houettas des soldats qui retrouvent sans effort les gestes héroïques de la première armée d'Afrique.

Les voici tous réunis pour la revue de Sidi El Haldi, au large de Ber Rachid. L'infanterie passe en colonne de bataillon. Chaque corps a son allure caractéristique, qui, phE encore que l'uniforme. le distingue, Les légionnaires marchent d'un pas et vigoureux, qui symbolise l'énergie latente de ces beaux soldats éprouvés et solides.

La valeur de cette troupe d'élite est caractérisée moins par le gang-froid dez grognards » sous le feu que par l'extraordinaire stoïcisme des blessés. Le soir de Sidi Daoud, le capitaine P. Azan va serrer la main aux blessés.

vlln légionnaire, nommé Albert, appartenant à la 13' compagnie du 2* étranger, me donne des détails sur sa blessure avec le sourire aux lèvres. Un autre, blessé Il la jambe, plaisante, ««agis; la fièvre.

..̃ïA quelques jours de là, l'offlcier d'étatmajor les retrouve à l'ambulance de Casablanca. L'un d'entre eux, qui a reçu une balle il l'oeil, Cavenago sort de la salle d'opérations « II en revient calme et indifMrent. comme d'une promenade .». Le 7 avril 1W8, le camp du général d'Aroade est XttiL au-dMsna de Settal AprlB l'aval aux armes des aentineCas. plus cJa. mot. plus même unàamt de-«he*al.Je me Un beau mot le légionnaire Moiean, blessé, refuse d'aller se faire panser Je n'ai pas le temps, et puis, ce n'est pas le moment d'allumet une bougie:

Quand on a vu passer et repasser dans les pages émouvantes du capitaine Azan ces fantassins barbus, holée et ridés, marcheurs tenaces tireurs redoutables, maçona habile*, qui reprochaient aftectueucement à leur général, le général d'Amade, de ne pas leur adresser assez souvent la parole et de ne point se laisser tutoyer sous le feu, on comprend mieux le récit du 23 mai dernier. On entrevoit ce vieux caporal qui, « pour ne pas laisser ses cigarettes à tous ces poilus », tend au lieutenant son fusil pour faire le coup de feu, reçoit trois balles tandis qu'il roule son tabac et s'écrie C'est dégoûtant On ne peut même pas fumer tranquillement, ici.

Mats ce que le lecteur cherchera dans le livre du capitaine Azan, ce n'est pas l'éloge militaire des derniers grands routiers Il, Il n'est plus Il faire. On tourne rapidement les feuillets déjà plus précieux où il nous montre spahis et turcos discutant avec les indigènes de la Chaouia, « pour 'eur démontrer les avantages dv protectorat franGais ». On va droit aux pages où l'auteur met en scène les conscrits de France. Comment l'armée de deux ans a-t-elle supporté te baptéme du feu ?

Elle a fait son devoir. Au cours du combat de M'Garto, l'officier d'état-major regarde manœuvrer une batterie de montagne

Le lieutenant d'artillerie s'installe dans un espace plus exposé, puisqu'il n'es! pas protégé «les coups de gauche par les murs de la ferme Il pninte. lui-même, ses pièces par la génératrice «ur**ieiire. tandis que les chefs de pièces et les servants, «ans se laisser émouvoir par les ha!les, exécutent la manœuvre comme au polygone. J'éprouve un grand sentiment de joie et de fierté voir ces camarades et ces soldats, si calmes sous le feu. et je vais me placer 6 droite de In section d'artillerie, pour conserver, avec mon nppareil. un souvenir de cette belle scène les deux piews de mnntaene 'et les mitrailleuses alicntes dans l'intervalle entre la ferme et la dépendance arrosent de projectiles le terrain en «v«nt. aux endroits où les petites fumées bleuatres ont révélé la présence de tireurs maroeeins.

Les hasards de la bataille ont amené le capitaine Azan à suivre de plus près les évolutions de la cavalerie que celles de l'infanterie. Par un scrupule qui lui fait honnemr, il n'a voulut parler que de ce qu'il a vu. Et le récit si complet du combat de Rfakha, qui coûta des pertes sensibles aux chasseurs d'Afrique, nous fait regretter les inévitables lacunes de ce précieux témoignage.

Le colonel de Luigné avait reçu l'ordre de tenir la crête du Rfakha, pendant que s'effectuait le ravitaillement du tram sur le plateau d'Ain M'Koun. La crête n'est séparde du plateau que par un seul ravin, très large. Il longues pentes vallonnées, L'effort o>* Marocaines ne tarde pas A se concentrer sur les quatre pelotons du 5' «hasseurs, aidés d'une poignée de goumiers et d'un peloton dw'îf. Les munitions s'épuisent. L'ennemi se rapproche. Il n'est plus qu'à 200 mètm. Les tirailleurs envoyés comme soutiens ne sont pas encore arrivés. Ile des'jfQ Souvenir de Casablanca, avec une 'Préface au général d'Amade, 1 vol. in-4 de XII-417 papas. orné de 4 cartes et de 173 pbotograpnMB.

cendent la pente du ravin. Il faut leur laisser le temps de gravir la côte et leur éviter une surprise qui pourrait être désastreuse. Seule, une charge peut contenir l'ennemi et donner quelques instants de répit. L'ordre est donné. Et par trois fois les chasseurs partant..

Ce sacrifice devait être sanglant, Un fossé invisible coupe le terrain et arrête l'élan. Or, sur la terre d'Afrique, un cavalier blessé ou démonté sait qu'il n'a plus sa tête sur les épaules, s'il est abandonné par ses frères d"armes. Le souci de oeux qui chargent n'est donc pas seulement d'atteindre l'ennemi, mais aussi de ne laisser aucun des leurs sur le terrain, où les piétons l'auraient bientôt dépouillé, décapité et mutilé. On entend souvent au bivouac les hommes se dire les uns aux autres ce Tu ne me lA.cheras pas, si je tombe tu ne me laisseras pas entre les mains de ces sauvages. » Ces prouesses, cette fratarnité d'armes morcellent le combat en une série de luttes individuelles qui ne peuvent se terminer qu'au désavantage des cavaliers. Enfin, une sonnerie, mal interprétée, rallia les chasseurs en arrière du terrain de la charge et abandonna aux fantassins, qui rampaient dans les herbes, les isolés.

Dans ce combat sanglant, les jeunes soldats du 5' et du 3* restèrent dignes de ceux qui tombèrent il Sedan. Le capitaine Azan s'en porte garant.

Le chasseur Sautot, « au risque d'un sort qu'il connalt n, offre son cheval au maréchal des logis (1). Et toi ? Peu importe. Vous d'abord, maréchal des logis. n Son camarade Gabé. « ne voulant pas laisser son sous-officier démonté, lui donna son cheval et son sabre. n

Le brigadier Pétrou ne veut pas abandonner les corps des chasseurs tués. Il rencontre le chasseur Martinelli. qui va au ralliement, et lui dit Il faut du renfort pour aller chercher les corps de Combe et de Rerlmron. Viens-tu î Je suis blessé, répond Martinelli. Mais cela ne fait rien. J'y vais.. Pétrou fait demi-tour. Martinelli se dispose à le suitre, loeeque son chevnl tombe, atteint d'une balle « Je ne puis me dégager. • Pétrou met de nouveau pied t terre. Au même moment, une balle tue Martinelli sous ses yeux..

Le cavalier Toinier, un enfant assisté, continue à charger avec deux balles dans la mâchoire et tombe épuisé.

Son évanouissement ne dure pas longtemps. Il est réveillé par la tlMeur du sang qui coule de ses horribles blessures et inonde sa poitrine. Il ouvre les yeux. Il voit ses camarades à cheval. Il bat des mains. Il applaudit il la charge 1 Ces conscrits sont dignes de leurs flciers.

Le lieutenant Crotel, du 3' chasseurs d'Afrique, blessé il la mâchoire, écrivit, le soir, sur l'araba où il était couché, un billet au crayon, éloquent dans son laconisme. J'ai copié ce billet, que j'ai vu entre les mains du maréchal des 1 logis Villet, auquel il était adressé. En voici les termes Aux hommes du f' peloton. A tous, bon courage et bonne chance. N'avez aucune crainte. Je suis heureux d'avoir payé le premier mon tribut. Sabrez dur et ferme l'occasion je serai neureux d'applaudir a vos succès. Je reste avec, vous de coeur. Vous le ltrez 6 tout le peloton réunis. Pauvre Crolel Il est allé mou.rir de ses blessures il l'hôpital d'Oran.

Le seul mot qui vienne sous ma phim'î est celui qui tomba des lèvres de Guillaume Il, pendant la charge de Margueritte et de Gallifet « Les braves gens n

Je voudrais que le livre du capitaine P. Azan trouvât des milliers de lecteurs. Puisse-t-il d'abord tomber entre les mains de tous ceux qui doutent des ressources de leur race Qu'ils aient l'énergie de feuilleter ces quatre cents pages, au lieu de gémir « sur les ruines matérielles et morales de leur temps ». La France a encore. des soldats, des hommes qui ont appris à regarder en face et qui savent mourir.

J'aimera.is surtout que ces Souvenirs de Casablanca fussent lus par quelques parlementaires. Il est inadmissible que ces soldats d'Afrique ne reçoivent pas les honneurs qui leur sont dus. Pourquoi les acclamations de la foule parisienne et les parades du- 14 Juillet leur sont-elles interdites ? Pourquoi tarde-t-on à rouvrir les portes des Invalides devant ceux qui y accrochent de nouveaux trophées î

Quand un officier rapporte du Tchad des drapeaux pris il l'ennemi, il est reçu en tapinois et paie le transport sur ses économies. Lorsqu'un légionnaire ou un marsoudn tombe, blessé, sur un champ de bataille avant d'avoir droit à la retraite, il reçoit de huit à dix pièces de vingt francs. Les invalides des batailles électorales sont mieux partagés. Pourquoi la III* République serait-elle moins généreuse que les Bonaparte ou les Bourbon Que l'on rouvre tautes les grandes portes des Invalides, timidement entrebâillées grAce à MM. Cîêmentel et Berteaux

Et, en attendant, allons lire le livre 'du capitaine P. Azan à nos enfants.

Moques BARDOUX.

Plus loin

Eli DEUXIÈME PAGE

L'affaire Dues aux as$iset.

A REmGS

Le prix du pain va diminuer.

(1) Quelques semaines plus tôt, les cavaliers de Kergorlay, Plas et Rousseau, du 3' chasseurs, s'étaient fait tuer, dans une circonstance aj>aloeue, pour sauver le lieutenant Picard.

A la veille dune crise minislérielle M. CAILLAUX CONTRE M. MONIS Dans les milieux politiques

l'impression unanime

est que le ministère Monis a vécu

on

Caillaux dans cette conviction qu'il était tout désigné pour la présidence du conseil. Aussi le ministre des Finances a-t-il tout fait depuis pour persuader à M. Monis qu'il devait se retirer, tandis qu'il multipliait à la Chambre ses démarches pour attirer à lui le plus -possible-de partisanes. « Mais M. Caillaux se- heurte à des réslstances. C'est d'abord.M. Monis, qui ne voit pas d'un bon œil cet héritier trop pressé, à qui 11 a joué le mauvais tour de le charger de patTMf devant la Chambre au nom du gouvernement dans le récent débat sur les délimitatloas. M. Monis pensait ainsi que si le ministère était mis en minorité sur cette question, M. Caillaux devenait impossible pour la prétsdence du conseil et même pour tout portefeuille dans le prochain cabinet D autre part, au Sénat, M. Clemenceau s'agite beaucoup. Il nous revient que ses chances auprès des radicaux seraient plus sérieuses que celles de M. Caillaux. Les radicaux, passablement inquiets de la détaveur grandissante dont ils sont l'objet dans le pays, très perplexes au sujet des mesures à prendre pour réprimer l'agitation qui se manifeste un peu partout, soit contre une loi, soit contre une autre, désirent un homme à poigne, qui sache rétablir l'autorité, au besoin avec la manière forte. Pour cette tache, M. Clemenceau paratt plus indiqué que M. Caillaux.

Quoi qu'il en soit, dans les couloirs de la Chambre, on ne parlait que des successeurs possibles de M. Monis, de sorte que M. Monis aurait pu dire comme l'autre Il n'est question quelle ma mort, là-dedans.. On est à peu près unanimes, en effet, à considérer le cabinet comme perdu, soit qu'il prenne les devants lui-même ou qu'il attende l'exécution qui semble lui être réservée au Sénat. On sait qpe demain le Sénat discute la délimitation. Si le gouvernement s'oppose à l'abrogation de la loi de 1908, il sera vraisemblablement mis en minorité Nous croyons savoir que, dans le conseil de cette après-midi, M. Monis a fait part à ses collègues de son intention de combattre la sUoptes'stori de la délimitation.

.s'est même joué A ce sujet une scène curieuse. Comme on se demandait qui prendrait la parole au nom du gouvernement, chacun de. se. défiler avec empressement. M. Steeg, qui ne serait pas fâché de voir M. Caillaux se noyer avec tout l'équipage, l'a invité, de sa voix la plus douce, à représenter le gouvernement devant le Sénat. M. Caillaux. qui avait parfaitement compris, a répondu d'une voix non moins sucrée que M. Antoine Perrier lui paraissait mieux désigné, en sa qualité de vice-oréstdet du conseil. Celui-ci voulut se décharger de ce soin sur M. Pams, qui avait l'oreille du Sénat •.

On s'est séparé sans prendre de décision.

en passan

Assez d'inertie! C'est le titre d'un article du Radical. Le Radicat est l'organe officiel du Comité exécutif du Parti radical et radical-socialiste. A la Chambre, ses amis possèdant la majorité ils la possèdent aussi au Sénat. Et nous avons un ministère radical homogène. Cependant le Radical est mécontent. Les choses ne vont pas comme, il voudrait; elles vont plutôt comme il ne voudrait pas. Il le dit. Non, il le crie. S'il était dans l'opposition au lieu d'être dans la majorité, il ne s'emporterait pas, semble-t-il, avec plua de violence contre le gouvernement. Ecoutez-le

C'en est vraiment trop. Après une courte période de calme, voici 1 Aube de nouveau en révolte et l'agitation revêt cette fois une forme plus grave encore que par le passé. Le drapeau rouge n'étant plus assez séditieux, ies mécontents ont arboré les couleurs allemandes: et des inscriptions font appel aux aigles impériales pour libérer le vignoble champenois. L'émotion du Radical est, sans aucun doute, le signe d'un bon naturel. Cependant je ne suis pas bien sûr qu'il ne se trompe pas quand il qualifie de « séditieuses » les couleurs allemandes. Jusqu'à présent, je ne connais de « séditieuses n que les couleurs du Pape, déclarées telles par un récent arrêt de la Cour de Cassation. De sorte que, légalement, les catholiques qui ont arboré, aux féte3 de Jeanne d'Arc par exemple, les couleurs pontificales sont sflrement fautifs mais que sûrement aussi les Champenois qui ont « fait appel aux aigles impériales » ne le sont pas. Et ceci est peut-être un peu bizarre, sinon même tout à fait grotesque, mais ce n'est pas à moi, c'est à la Cour de Cassation qu'il faut aller le dire.

Le Radical continue

Sans s'exagérer la portée réelle de pareilles manifestations, on peut déplorer la position humiliante où elles nous mettent devant 1 Europe. On peut surtout se demander si une poignée d'exclateuTB continuera impunément ce jeu dangereux, et narguera longtemps encore l'unit.' nationale à la face de ceux qui ont la tache de la défendre.

Il est inadmissible qu'avec des lois, une police et une armée, les autorités looales et le gouvernement lui-même soient impuissants a réprimer des abus 'ntolérables. Un pareil état de choses, s'il devait se prolonger, révélerait une désorganisation profonde dans le pays et une inexcusable inertie des pouvoirs public. Où allons-nous, et que veut-on taire T La rébellion est à nos portes l'heure presse d'pn finir avec l'anarchie et avec ses causes, en supprimant un système économique injuste. suranné et l'on délibère. sur la loi des rebraites 1

Le Radical ta est tout abaaourdi #-Et

cela, ajoute-t-il, au moment même où tant de problèmes redoutables surgissent. où tant de questions pressantes sollicitent l'attention des pouvoirs publics. n

Et quelles sont, s'il vous plalt, ces questions pressantes quels sont ces redoutables problèmes ?.

J'interroge le Radical, mais tout aussitôt un mot du Père Gratry me revient à la mémoire.

L'illustre philosophe chrétien s'efforçait un jour d'éveiller la vocation d'écrivain chez un jeune homme dont il avait remarqué les aspirations élevées et la belle intelligence. te Il faut écrire », lui disait-il. et J'essaierais bien volontiers, lui répondait l'autre. mais sur quel sujet ? » « Oh murmura Gratry, il n'y a qu'un sujet » De fait. pour Gratry la destinée de l'homme et le sens de la vie étaient le seul sujet qui valût la peine d'être étudié mais il est vrai que ce sujet-là en contient tant d'autres La préoccupation ou, comme on dit, la pensée de derrière la tête du Radical est infiniment moins compréhensive. Cela n'empêche pas qu'à la question et De quels problèmes redoutables voulezvous parler ? n il pourrait répondre, à la manière de Gratry « Oh 1 n'y a qu'un problème. Il

Cest, d'ailleurs, ce qu'il fait, ou peu s'en faut, dans l'article que je viens de citer. Car, après s'être indigné, comme on l'a vu, contre l'inertie du gouvernement et après avoir flétri les manifestations, en effet si tristement significatives, des vignerons champenois, il tourne court et déclare Le projet de loi pour la défense laïque, longtemps promis et toujours ajourné, vient enbn d'être déposé sur le bureau de la Ch&mbre il ne suffit pas de l'avoir renvoyé aux cartons d'une commission et ses auteurs n'auront fait de bonne besogne républicaine que le jour où ils auront obtenu sa mise en discussion immédiate.

Le voilà, le redoutable, le pressant problème dont la solution prime tous les autres

L'Aube crie « Vive l'Allemagne » et « l'on délibère. sur la loi des retraites Quelle folie Ge qu'il faut, c'est sans plus attendre, immédiatement n, dit le Radical, délibérer. sur les moyens de rendre obligatoires les manuels scolaires de MM. Aulard, Bayet et consorts. Ça, c'est de la bonne politique, de la « bonne besogne républicaine et le dernier mot du radicalisme. Saluons très bas cette éminente conception du rôle des pouvoirs publics et, pour qu'elle puisse enfin se réaliser dans son admirable plénitude,.souhaitons, avec le Radical « que la santé de M. Monis, dont l'abaenoe se fait, en ce moment, lourdement sentir lui permette de reprendre bientôt son poste de combat. n L'heure est grave, et si l'on ne veut pas que l'anarchie triomphe, il faut se hâter de mettre à la raison les Aubois en «boudent Il laa dériewox I B. D, L

avons-nous été faire au Maroc? Qu'y ferons-nous demain?

INTERROGE M. JENOUVRIER AU SÉNAT

Déclarations du ministre des Affaires étrangères

Paris, U juin. La discussion du budget qui jusqu'ici se poursuivait sans éclat va se trouver rehaussée aujourdhui par.le débat qui va s'engager à propos du Maroc.

NI. Cruppi,, qui est.le ministre interpellé, est un des premiers il. son banc il s'entre ient avec M. l'oincare, rapporteur du budget des affaires étrangères, et M. Clemenceau. MM. Ribot et Pichon se joignent au groupe. La séance est ouverte il. 2 heures 15. M. JENOUVRIÉR POSE DES QUESTIONS PRECISEB

M; Jehouvrier a la parole pour développer son interpellation.. « C'est avec une patriotique sollicitude, débute-t-11, que nous suivons les opérations engagées par nos troupes au Maroc.

« Un débat s'est institué récemment il. cette tribune au sujet de la politique marocaine du gouvernement depuis cette époque, plusieurs événements de grande importance sont intervenus le blocus de Fez, la constitution de deux armées marchant au secours de nos nationaux, enfin l'entrée des troupes françaises dans la capitale marocaine. ,NI. Jenouvrier. Tous ces faits méritent une discusion nouvelle j'ai pensé que l'atmosphère reposante du Sénat se prêterait admirablement il. u4 pareil débat. Mon but est modeste je me bornerai simplement il. poser il. NI. Cruppi les questions suivantes

Pourquoi sommes-nous allés au Maroc T Quels titres justifient notre occupation T Que faisons-nous aujourd'hui au Maroc î Qu'y ferons-nous demain î

L'orateur s'attache tout d'abord à justifier notre, intervention au Maroc. Il fait un historique de la question marocaine, des rapports que nous avons eus avec le sultan, des circonstances dans lesquelles fut signé l'acte d'Algésiras.

Il rend hommage au corps d'occupation, à notre armée d'Algérie, il. son ancien chef, le général Lyautey et il. M. Jonnart qui. dit-il, collabora activement faction militaire.

M. Jenouvmer

Tels sont nos droits acquis la (rentière marocaine.

POURQUOI LA COLONNE TOUTÉE

EST-ELLE RESTEE INACTIVE ?

M. Jenouvrier passe a la seconde question quelle est l'idée directrice qui a conduit les opérations effectuées au Maroc ?

M. Jenouvrier. Le gouvernement a voulu rester fidèle aux engagements pris par la France, notamment respecter l'intégrité du Maroc et rétablir l'ordre. Un corps fut organisé pour aller il. Fez. Le général Moinier ne s'est mis en marche que lorsqu'il fut sur de maintenir ses communications avec la côte. Il a bien mérité du pays.

Une autre colonne fut constituée sous le commandement du général Toutée. Qu'en a-t-on fait ? On l'a laissée dans l'inaction. Ce fut un tort de l'empêcher de franchir la Moulouya, même pour châtier les ennemis. Que devaient penser les Arabes de cette immobilité C'était pour eux le signe de l'impuissance.

L'orateur de droite estime que cette colonne aurait dû pousser jusqu'à Taza. Aucune clause de l'accord franco-espagnol n'empêchait cette marche. Elle a eu pour résultat de créer un formidable mouvement qui a abouti au débarquement des troupes espagnoles il. Larache. Cet acte est la violation manifeste de l'accord franco-espagnol de 190t, qui prévoyait le consentement de la France pour le débarquement des troupes espagnoles. Or l'Espagne ne nous a avisés de rien. Qu'allons-nous faire ? Si l'on veut que notre action soit bienfaisante, conclut l'orateur, il faut que les deux colonnes Toutée et Moinier se trouvent reliées. M. jENouvniER. Il faut qu'il v ait une grande route pacifiée, ouverte a toutes les na- tions allant de Casablanca à Om'rani, en pas- sant par Fez Ce sera le premier élément de la civilisation. Nous y ajouterons ensuite des rou- tes secondaires, mais cette première route sera la route des nations, et la reconnaissance de l'Europe l'appellera la route de la France. Le Sénat voit que mon interpellation a pour but de permettre au gouvernement de donner des précisions nécessaires. Si vous posez de nouvelles couronnes sur le front de la France, M. le ministre, ce ne sont ni mes amis ni moi qui seront les derniers à vous applaudir. {Applaudissements droite.)

M. ORUPPI JUSTIFIE NOTRE POLITIQUE Le ministre des affaires étrangères répond à M. Jenouvrier

Jamais une intervention militaire de la France ne fut plus noble; plus humaine. plus civilisatrice que notre intervention au Maroc débute M. Cruppi, qui justifie l'occupation de Fez par nos troupes. Si nous sommes allés à Fez, ce n'est pas en vertu de l'acte d'Algésiras, mais en raison du blocus de Fez, en raison du devoir de protection et d'humanité qui nous incombe là-bas. »

Le ministre expose rapidement les incidents qui se sont déroulés au Maroc et qui ont abouti à la formation de la colonne Moinier. Il montre que dans notre dernière intervention nous n'avons fait que nous conformer Il un principe posé par l'acte d'Algésiras, c'est-à-dire le resFect de l'intégrité de l'empire chériflen et de la souveraineté du sulfan. C'est cette considération

qui nous a fait mareffér sur Fez en passant par la Chaou'e et non par la Moulouya. Par cette dernière route, en effet, nous aurions été amenés a faire œuvre de conquête et l'on eût pu nous accuser de chercher à violer l'acte d'Alaésiras.

M. Powcaré. L'acte d'Alg<!siras reconnut la suzeraineté du suKan sur tout le Maroc on n'aurait donc pas violé cet acte en passant par la Moulouya La marche aurait été plus dUQcile, cela suffit.

POURQUOI NOTRE CONCENTRATION

SUR LA MOULOUYA

,NI. CRurri. Oui, mais nous répondions mieux à l'appel du «ullan.» venant de la Sm????V Pourquoi alors notre concentration sur la Moulouya ? Elle avait pour but de venir au secours de nos troupes Fez si la nécessité en était démontrée. Nous en avions le droit, cela est certain,niais il y avait une question de tactique, d'opportunité.

Après avoir indiqué que des résultats considérables au point de vue de la pacification des («bus et au point de vue économique ont été obtenus du côté de la Moulouya. le ministre entre dans le détail des opérations de la colonne de secours du général Moinier. Il montre comment en moins d'un mois, ce général a conduit ses troupes sous les murs de Fez.

M. Cbçppi. Ah si les soldats de quelque nation étrangère avaic.it accompli cet exploit, que d admiration n'aurions-nous pas pour oux et pendant que la colonne Moinier remplissait si vaillamment sa tâche, les commandants Urémond et Mangin, attaqués, assaillis chaque jour, aux prises avec les circonstances les plus critiques, faisaient tète de tous les côtés avec quelques poignées d'hommes on introduisait au Maroc des habitudes d'humanité inconnues dans ce pays envers les vaincus.

CE QUE LE GENERAL MOINIER

VA FAIRE A FEZ

M. Critpi. Voici le général Moinier à Fez;que va-t-il y faire ? Les instructions que le gouvernement lui a données sont les suivantesTout d'abord rétablir la sécurité à Fex, puis organiser une armée chérifienne suffisante pour garantir l'autorité du sultan Ensuite mettm fin à 1 intolérable système de fiscalité du maghzen, car c'est dans les abus de ce régime bnrbare que trouvent leur source les désordres les pillages qvl sévissent à l'état chronique dans certaines contrées. Cela fait, le général Moinier n'aura plus qu'à revenir vers Casablanca et châtier les Zaers pour leur attentat du H janvier Tel est notre objectif ouvrir le Maroc à fi civilisation, au commerce de toutes les nations. Le 6 avril dernier, le Sénat a bien voulu approuver mes déclarations nous avons eu depuis des faits accomplir. Nous avons fait notre devoir c'est à vous, dans votre esprit de justice, de les apprécier et de les juger, {Vifs applaudissements sur de nombreux: bancs.) QUE PENSE LE GOUVERNEMENT

DE L'ATTITUDE DE L'ESPAGNE ?

NI. Gaudin de Villaine, un des interpellateurs du mois d'avril, estime que le gouvernement aurait dû convoquer les Chambres avant de décider l'expédition. (Exclamations à droite La conduite de nos soldats a été admirable comme toujours, mais la responsabilité du gouvernement reste entière. Puisque nous sommes au Maroc, restons-y.

Que serions-nous allé faire au Maroc ? Que feront les Espagnols Il faut considérer que c'est par suite de l'inaction de la colonne Toutée que les Espagnols sont allos Il Larache ou 4 Et Ksar. Notre devoir et nos Jnt^rets nous commandent d'entretenir au Mardi 25.000 hommes. Sinon nous continuerons Il dépenser notre argent et nos forces au profit de 1 Espagne. .NI. de Lamarzelle partage l'avis de son collègue de droite Il estime que nous aurions tort d'exagérer le respect de l'acte d'Algésiras. M. Cruppi n'a pas dit un mot de la question la plus délicate. Comment le gouvernement apprécie-t-il la conduite de l'Espagne ?

L'Espagne a-t-elle toujours respecté l'accord franco-espagnol qui exige pour une action de sa part le consentement de la France. Nous, nous avons subordonné notre action à la volonté du maghzen. Si demain il exigeait que nous nous retirions, nous devrions le faire. L'interpellation a d'abord été close sans ordre du jour, mais M. Chautemps. sénateur de la Haute-Savoie, présente l'ordre du jour suivant « Le Sénat, approuvant les déclarations du gouvernement, passe à l'ordre du jour ».

Malgré les objections de M. Gaudin de Villaine, cet ordre du jour est adopté à mains levées.

L'accident de frey

Rome. 14 juin. Les médecins qui sol.gnent Frey espèrent qu'il n'y aura pas de complications, bien que le Blessé ait de la fièvre. Mme Frey est arrivée auprès de son mari. Frey a déclaré que la cause de son accident est surtout attribuable à l'intensité du brouillard dans lequel il se trouvait.

L'AVIATEUR FBET

Lorsqu'on le retrouva, l'aviateur n'était pas évanoui. On ne sait-pas encore si le blesa4 sera transporté à Rome ou à Paris.