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Title : Dictionnaire universel des synonymes de la langue française : contenant les synonymes de Girard,... et ceux de Beauzée, Roubaud, d'Alembert, Diderot et autres écrivains célèbres.... Tome 1

Author : Girard, Gabriel (1677-1748). Auteur du texte

Publisher : E. Penaud (Paris)

Publication date : 1846

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30509725p

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 2 vol. (IV-XVI-444, 434-XVI p.) ; in-18

Format : Nombre total de vues : 492

Description : Avec mode texte

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k64240303

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, X-24187

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 17/12/2012

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DICTIONNAIRE UNIVERSEL

DES SYNONYMES

DE

LA LANGUE FRANÇAISE,

CONTENANT

Les Synonymes de GIRARD, Indiqués par le grand maître de l'Université de France, pour l'usage des collèges, et ceux de DEA UZÉE, ROUBEACD, D'ALEMBERT, DIDEROT, etc.;

Uaupcllc (Édition, Corrigée sur les éditions originales de chaque auteur, avec une table alphabétique.

TOME PREMIER.

PARIS.

E. PENAUD ET eUt, LIBHAIRES-ÉDITEURS, 10, RCE DU FAUBQURG-MOTMARTRE.

1810



DICTIONNAIRE

1 UNIVERSEL

- DES SYNONYMES.


.J

F ARIS. lui [T. d'ALEXAISDHE BAILLY, 10, rue (îu I'aub.-Mentrnartre.


DICTIONNAIRE UNIVERSEL

DES SYNONYMES

, DE

LA LANGUElFRANCAISEJ, , - CONTENANT

Les Synonymes de GIRARD, Indiqués par le grand-maître de l'Université de France, pour l'usage des conéges, et ceux de BEAUZÉE, ROUBEAUD, D'ALEMBERT, DIDEROT, etc.;

ttouuilU bition,

rrigée sur les éditions originales de chaque auteur,

avec une table alphabéliQue.

TOME PREMIER.

PARIS, EUGÈNE PENAUD ET (lE, LIBRAIRES-EDITEURS, 10, RIE DU FAUBOURG-MONTMARTRE,

1846



AVERTISSEMENT

SUR CETTE EDITION.

La richesse d'une Langue consiste-t-elle toujours dans la pluralité des mots ? Cela n'est pas vrai , si l'on entend une pluralité purement numérale, dit l'abbé Girard ; ce qui la constitue cette richesse, c'est leur diversité, telle que la nature nous l'offre dans ses productions. Ainsi une Langue n'est véritablement riche qu'autant qu'il y aura de valeurs et d'idées renfermées dans le nombre de ses mots. Cette vérité commune , mais sensible, peut nous faire sentir combien estimportante l'étude des SYNONYMES pour la Langue française. Peu riche par le nombre de ses mots, elle le devient par la variété de leurs signifieations. On peut donc parvenir à suppléer à son indigence , en déterminant par des distinctions fines , mais toujours vraies, la différence qu'offrent ses mots dans leur Synonymie.

Cette idée d'observer les différences des SYXOMYMES est fort ancienne. Dans toutes les Langues , les bons écrivains se sont toujours étudiés à assigner la véritable valeur des termes , à en marquer la différence. Mais il n'est pas toujours facile de saisir la juste distinction de ces termes , qui semblent d'abord présenter une même idée. Il en est dans toutes les Langues une foule qu'on appelle improprement SYNONYMES, qui se ressemblent par une idée commune, et qui sont néanmoins distingués l'un de l'autre par quelque idée accessoire et particulière à chacun d'eux. C'est pourquoi il est très-nécessaire de se rendre difficile et scrupuleux sur leur choix, et de ne point croire que ceux qu'on nomme SYNONYMES le soient dans toute la rigueur d'une ressemblance parfaite « S'il y avait des SYNONYMES parfaits , dit Dumarsais , il y » aurait deux Langues dans une même Langue. Quand on à » trouvé le signe exact d'une même idée , on n'en cherche pas » un autre. « (Trop. III, 12.) Et ailleurs : « Il y a des occasions où il est indifférent de se servir d'un de » ces mots qu'on appelle SYNONYMES , plutôt que d'un autre ; mais aussi il y a des occasions où il est beaucoup mieux de JI faire un choix. Il y a donc de la différence entre ces mots; ils » ne sont donc pas exactement SYNd'NYMES.» On voit donc par-là que , dans beaucoup d'occasions , il est nécessaire de savoir bien choisir les mots, de les placer à proSos pour.parler avec justesse. Mais il faut avouer que rc choix evientquelquefois embrassant pour les gens instruits coin*


me pour le vulgaire; parce que rien n'est plus aisé, dit M. B«mm lée, quede se méprendre sur des différences toujours très-délicates, et souvent assez peu sensibles.

Ce qui peut nous continuer combien ce juste choix des mots est important, et qiw; de tout temps on s'est occupé d'observer les différences des SYNONYMES , s;ins remonter chez les Grecs ,3 où l'on en trouverait des preuves abondantes, Cicéron lui -même n'établit-il pas en termes. très-.clairs le principe de Cette doc-.

trine fondamentale ? « Quelque approchante que soit , dit-il , » la signilication des mots , on a pourtant établi entre eux des » différences proportionnées à celles des choses qu'ils expri» ment. » (Topic. VIII, 34.)N'avons-nous pas dans Yarron, de Lingud latinâ , V ; dans les Commentaires de Donat et de Servius, etc., une foule d'observations très-judicieuses, qui toutes nous font voir la différence qu'il y a entre plusieurs mots que l'on prend communément pour SYNONYMES , et qui nous montrent la nécessité de choisir avec intelligence entre les mots qui paraissent avoir une Signification semblable ?

Quintilien avait trop de goût pour ne pas saisir cette idée lumineuse. Dans l'cndicit même où il apprécie plusieurs SYNO.NYMFS, dont l'idée principale est la plaisanterie, i1 dit : « Ou » se sert ordinairement de plusieurs noms pour exprimer la » même chose; cependant, si l'on examine tous ces noms les uns » après les autres, et qu'on les soumette à une rigoureuse ana» lyse , on verra qu'ils ont chacun une force et une significa- » tion particulière. « (Instit. Orat. VI, 3.) Que de citations on aurait à faire ici des auteurs anciens qui se sont livrés à l'étude des SYNONYMES de leur Langue , s'il, fallait les nommer tous!

Mais malgré toutes les recherches qu'ont pu faire les savans sur la Synonymie des Langues anciennes, ils nous laissent en-, core beaucoup à désirer sur l'utilité et l'importance de ce tra-j ▼ail, qui est toujours demeuré imparfait par l'incertitude et les lacunes qu'il laisse après lui. Ce ne peut être que dans les Langues modernes qu'il était possible d'assigner et de traiter avec justesse et exactitude leur Synonymie. Mais, sans parler ici des grammairiens des autres Langues modernes de l'Europe p' passons aux grammairiens français qui ont fait une étude raisonnée et réfléchie de la Synonymie de notre Langue.

Plusieurs écrivains français antérieurs à l'abbé Girard, tels que Ménage, Bouhours, Vaugelas, La Bruyère, Anrlry de Boisregard , etc., avantageusement connus par leurs observations, et leurs remarques finçs et judicieuses sur lalaugue françaisej marchant sur les traces des anciens, s'étaient occupés, en plu- sieurs occasions, des SYNONYMES de notre langue, et en avaient assigné les différences et la véritable signification avec açsev de succès. Mais ce n'était que comme des matériaux épars et sans ordre, et comme jetés au hasard, qui n'attendaient qu'une main habile etindustrieuse qui pûlles rassembler et en former.

un corps bien ordonné et dont toutes les parties fussent énrap-, port les unes avec les autres: ou plutôt, comme le dit Beauzée.' ce n'étaient que comme des germes isolés et échappés comme PU hasard et sans dessein ultérieur. Ils semblaient attendre


pour devenir féconds le coup d'œil d'un génie pénétrant qui sût généraliser des remarques particulières , et répandre dans le système entier de laLangue une lumièredontquelques rayons avaient à peine annoncé l'aurore. L'abbé Girard parut; et , se faisant à lui-même une manière de voir et de démêler les nuances distinctives des SYNONYMES , les exemples qu'il avait sous les yeux ne servirent tout au plus qu'à lui montrer sa tâche.

Mais il la remplit sans copier personne , et fut à lui-même son modèle. Son ouvrage fut regardé comme un livre classique.

Voici comme s'exprime cesavant écrivain dans sa Préface sur les SYNONYMES FRANÇAIS : « Tous les peuples illustres ont cul» tivé leur Langue. La française est peut-être celle qui a le plus » de disposition à la perfection, son caractère consistant dans » la clarté, la pureté, la finesse et la force. Propre à tous les 11 genres d'écrire, elle a été choisie préférablement aux autres » Langues de l'Europe pour être celle de la politique générale » de cette partie du monde, et parconséquent elle est la seule » qui a triomphé de la latine. Elle mérite donc notre attention, 11 et nous devons savoir gré à ceux qui la cultivent, soit par 11 des méthodes savantes puisées dans son propre génie , pour » en donner uneexacte connaissance, soit par des critiques ju-» dicieusès , pour conserver la,pureté sans en rejeter les nou» veaux avantages dont elle est susceptible , soit par des ae» quisitions utiles pour l'enrichir, sans défigurer l'usage établi.

» Mais combien serait-on redevable à qui pourrait la fixer et » arrêter les changemens que le pur caprice essaie d'y introIl duire! cela est au-dessus du pouvoir des particuliers; le sort » de tout ce qui est vivant ne lui permet pas tou jours de rester » dans le même état. Quelle que soit néanmoins la destinée de » notre Langue dans les siècles postérieurs , la crainte de son 1t altération ou de son anéantissement ne m'empêchera pas de » donner au public les observations que j'ai faites , etc.» Il est donc heureux que cette considération n'ait point détourné l'abbé Girard de donner en 1718, sousle titre de Justesse de la Langue française, les développemens de plusieurs SYNONYMES , auxquels il en a été ajouté beaucoup d'autres sous le titre de SYNONYMES FRANÇAIS. On sait que cet ouvrage, dès qu'il parut, obtint le suffrage unanime du public , et fixa l'attention des savans, dont plusieurs jugèrent l'auteur, t-n se présentant avec ce seul ouvrage , digne d'être admis dans le sanctuaire de l'Académie. « Il subsistera, dit M. de Voltaire (Siècle » de Louis XIV, t. I). autant que la Langue, et servira même à » la faire subsister. »

Malgré les défauts que l'on a reprochés à l'abbé Girard , et peut-être avec raison, son ouvrage n'en mérite pas moins les éloges que lui ont donnés les savans , et la réputation qu'il a obtenue. Il eut des imitateurs dans ce même genre d'écrire. Di-' derot, cFAlembert , Duclos , Dumarsais , s'essayèrent dans la Tnême carrière , avec plus ou moins de succès , mais toujours avec cette discussion intéressante qui ne manque jamais d'atta-' cher le lecteur. Reauzée , aussi savant logicien , et plus sûr peut-être que l'abbé Girard, son prédécesseur, s'occupa aussi de 1 étude des SYNONYMES , et les réunit à ceux de cet illustre écrivain. S'ils n'ont pas tout le développement qu'on desirerait


y trouver, on en est dédommagé par la solidité et la justesse des raisonnemcns.

Un autre grammairien non moins célèbre , l'abbé Roubaud , Tint ensuite. Il développa dans un ouvrage beaucoup plus étendu les ressources d'une érudition profonde, et s'est particulièrement distingué par ses recherches étymologiques , par lesquelles il explique les nuances de ces SYNONYMES ; et pour abréger son éloge, l'on peut dire que, s'il n'a pas eu pour but en écrivant de plaire et d'amuser, c'est qu'il s'est plus occupé de trouver la vérité et d'instruire.

C'est dans les ouvrages de ces trois habiles grammairiens que nous avons puisé les principaux matériaux de ce DICTIONNAIRE. Les SYNONYMES de Girard et de Beauzée ont été conservés dans leur entier; mais nous avons cru devoir supprimer dans ceux de l'abbé Roubaud une partie des racines et des étymologies , les exemples trop nombreux et les dissertations qui ne sont pas essentiellement liées au sujet.

Ce recueil étant reconnu pour être d'une utilité générale, et devenu livre classique, et indiqué comme tel par Son Excellence le Grand-Maître de l'Université de France, nous avons pensé que pour le rendre doublement commode et à la portée de tout le monde et pour son format et pour la modicité de son prix, nous ne pouvions mieux parvenir à ce but qu'en le donnant en deux volumes in-12.

IV. B. Chaque article de ces SYNONYMES est terminé par la lettre initiale du nom de son auteur.

G Girard.

B. Beauzée.

R. Roubaud.

D'Al. D'Alembert.

Dict. Ph.Dictionnaire Philosophique.

Anon. Anonyme.


TABLÉ ALPHABETIQUE.

NOTA. Les-chiffres indiquent les numéros des articleli,

A.

Abaissement. I Abaisser. 1,&6$Abandonnement. 3 Abandonner 4.

Abattement. M Abattre. 5 Abdioatiot. s Abdiquer.. e Ablibrrer. T Abilte. oeil AbjOect. 147 Abjection. 8 Abjurer. Ii toos Abolir. 9 Abolition. 999 Abominable. 10 Abondamment. 116 Aborder. u.es» Aé, HJ A [à 1'). u AIWatioD. AS, AMtwer. 9* Absolution. 19,99» Absorber. *i>Abweraw 61Ci AlMttactioa. snr AbMtait. i* Ar. 781,116* Académicien. is Adlldémiste. idj Accablement. te Atvaérer. 805 Aowpter. 97 »Aocô®( avoir). ir Aooident. 48fc?5* Acttdentellenan^ 18, Accompagner.. 19 Aconnpii. so Aoeountir. 818 Accord. 169" Aetmd(toickr dl. 146 AMorder. Il," Aoeotter. 680 Accoter. m Aomueher. 449 Aonoûe (faire). m

Accumuler. 69; Accusateur. sg" Accuser. 648 AcerMe. ft9l Achat. 45t Achtvér. i4> Acquiescer. 848 Acquitter. sm* Acre. s* Acreté. jtr» Acrimonie. i&> Acte. W Acteur. W Action. Actions (bonnes). I\"&Actuellement. IW Adage. 9\

Adhèrent so> Adhérer. s«e * Adhésion. 104.

Adjeetif. teY* Admettre. si, Administration.

58tfi9»*' Adorer. si, Adoucir. as Adres««t^-' Museo* Adroit. s s Adulatèorr usa1 Adversaire. 4St' Affable. etf Affectation. se All'ecté. m* Affècler. 57 Affection. mm AfferMer. stl Affèrmir. tts, Afféterie' 56 Affirmer. nr AffJiction. 40,390 Afflictiotiii Ma Affligé. 41 Affranchir. 41 Affreux. 43 Affront* 44 AmMé. 1904 "1..

1 1 Afin; >? itlt: Agir. éttP Agitation. rtf Agrandir. Mf Agréable. «¥. MAPAgréger. tIt; Agrément. <o<,~t~~ , Agrêtnëns. •' an:" ■ Agrftmitttir. 4W ; Ah. > sm" Aider. 1041" Aïeux. tpAiguillonner. 44âe Aiguiser. et ■ Aimable. toi* Aimer. tIOtfi 1 Aimerà, de (faire), A imer mieux, plut. Ifjl Ainsi: i»e,i»fc ; Ainsi que 3S* Air., SI s." Afs.' s8J AisEf.. S66 |Aisé; sv. "-, Atsear: {.f Ajouter. 5Tff A usteroent:,qt .1" Alarme. s~~ Alarmé. 6wâ Alentdtir. ist* à Aliéner. 1196 * Alimenter. C098 Aliments: 8*4 Allé (être). 69 Allégir. et Allégorie te, Alléguer. !C8 Alliance. 64?' Allures. er ■* Almanach. iS4- AJonger. 66Altercation. 29".

Altier. 6051 Amant.' 67,68'' Amasser. 6e Ambassadeur. W


Ambiguïté. qi Ame faible. 7a Amenuiser. et Amitié. 73 Amitié (démonstrations. témoignages d'j. 557 Amonceler. 69 Amour. 73, 74, 75 Amourette. 74 Amoureux. 67 Amphibologique 733 Amusement. est Amuser. 76 An. 77 Analogie. 968 Ancêtres. 78,79 Ancien. 1111 Anciennement. 80 Ane. si Anéantir. sa Anecdotes. 810 Aneise. 83 Angoisses. 1116 Animal. 84, «se Animer. t86,487 Annaies. 610 Année.' 77 Annexé. so Annuler 8S Antagoniste. 45i Antécédent. se Antérieur. M.

Antipathie. 697 Antiphrase. 87 Antique. 1111 Antre. 88 Apaiser. m Apercevoir Un Alphorisme. 139 Apocryphe. 89 Apologie. - 688 Apophthegme. 139 Apothéose. 90 Apparence. 494 Apparition. 1*17 Appas. us Appât. 99 APpeler. 93,810 Appétit. so* Applaudissement. 94 Application. 93 Appliquer. 96 Appointemens. 159 Apporter. 913 Apposer. 96 Apposter. 914 Apprécier. 97 Appréhender. 189 Appréhension. 39psgo Apprendre. 98,433,481 Apprêté. 99 Affréter. 100

Apprivoise. 937 Approbation. 101 Approcher. 17 Approfondir. 295 Approprier (s'). 102 Appui. 103 Appuyer. 104 Apre. 26,129 Arme. t06 Armes. 107 Armoiries. id.

Armure. 106 Aromate. 108 Arracher. 109 Arrogant. 1018,110* Arroger (ol. 101 Art. 783 Articuler. 947 Artifice. 34 Artisap, 110 Asile. lit AssePflt. 1090 Assez. fil Assiéger. age Assiette. 1070 Assister. 1041 Associé. 171 Associer. 115 Assujétir. 1090 Assujétissement. iu Assuré. 1109 Assurer. ils,ite Assurer quelqu'un. 970 Astrologue. 117 Astronome. id.

Astuce. 830 Atrabilaire. ns Atroce. bas Attache. ils Attaché. so, 119 Attachement. 11s Attacher. 7*1 Attaquer quelqu'un.

ito Attaquer Cs, à quelqu'un. id.

Attendre. 479 Attention. 191 Attentions. uo Atténuer. lis Attitude. sis Attouchement. nu Attraits. 113 Attribuer (s*). 10», m Attribuer. 114 Attristé. 41 Auberge. iso, lin Aucun. sis Audace. eoo Audacieux. 418 Augmenter. 46,87,197 Augure. lis Aussi 116,448

Austère. I*7,tî8,lî9 Auteur. 41s Authentique. 1078 Autorité. 130, îsi Autour. 139 Autrefois. se Avanie. 44 Avant. iss Avantage. 1175 Avantageux. 377 Avare. 119,134 Avaricieux. n.

Avenir. 837 Aventure. 481 Avérer. tiOO Aversion. 597 Avertissement. t31 Aveu. 116 Aveugle (àl ln Aveuglément. id.

Avidité. 933 Avilir. s Avis. 111,10118, Avoir. ni Avoir été. et Axiome. 139

B BABIL. lU Babillard. <41 Babiole. les Badaiid- 149 Badin. 157 Bafouer. 6it Bagatelle. 78t Baisser. 148 Balancer, 144 Balbutier. 148 Bande. 713,1164 Bandit. 118 Bannir. 491 Banqueroute. 148 Barre. 7" Bas. 147 Bassesse. 1,8 BataiUe. 148 Battre. 14#: t.

Battu. UN ¡ Bavard 14C BéatifleatloD. 180 Béatitude. a88 Beau. lui Beaucoup. 189, ib» Bégayer. 148 Bénéliee. lei Benêt. au Béni, e. la Bénignité. UI Bénin. 9" Beni, te. 1 m Berger. m


Besace. us Besoio. sso Bête. 84,136,187 Bérue. U8 Bien. 159, lies Bien (homme de). en Bienfaisance. 160 Bienfait. 161 Bienséance. so9 Bienveillance. 160 Biffer. 4U Bigarrur.. ses Bigot. 613 Bitba. 682 Bissac. iss Bizarre. bis Blessure. tes Blottir (se). t 117 Bluette. 163 Bois. 164 Boiler 165 Bon goût. t66 , Bonheur. t67, ics, 169, 521, 903 Bon sens. IGG,474 Bonté. 171.172,761 Bord. 173 Borner 1116 Boucherie. 766 Éoue. 724 Bouffi. 4si Boulevard. t74 Bourbe. 724 Bourg. 898 Bourgeois. 1195 Bourique. 83 Bourru. sis Boursoufflé. 451 Bout. 17S Bravoure, ssb, S84, ssb Bredouiller. 145 Bref. 176 Brillant. 408 Briser. tS9 Broncher. 1160 BrouiUer. 177 Broyer. 12s Brute. 84.166 But. 178 Butin. 848 C.

CiBALI. 179 Cabaret. - iso, 122s Cacher. isi,iiis Cacochyme. IISS Caducité. iss Cafard. 623 Capot. ; id.

Cuoler. * f 86 ; Calculer. iss

Calendrier. 184 Calme. HS4 Calmer. 91 Candeur. soe Canonisation. iso Canons. si4 Capable. 191 Capacité. iss Caprice. 620 Capricieux. * bis Captieux. 668 Caquet. 140 Caqueter. 675 Caresser. 186 Carnacier. 187 Carnage. 766 Carnivore. 187 Cas. 840 Cas (au, en). ij 188 Casser. -', 88,189 Catalogue. 716 Catastrophe. JS8 Caution.. 190 Caverne. 88 Célèbre. B09 Célébrité. 1008 Celer. 1116 Célérité. 951 Censure. 895 Cepenaant. 919 Certain. 191,1109 Certainement. 192 Certes. id.

Certitude (avec). id.

Cesser. 531 Chagrin. 40,194,590 Chair. 1206 Chaleur (la). soe Chance. 167 Chanceler. 19s Chancir. d" 196 Change. 19-.

Changeante. 709 Changement. i98,8oi, 1188 Chanteur. 199 Chantre. id.

Chapelle. 900 CbapeUeoie. id.

Chaque. 1145 Charge. soi, 507,846, 847 Charme. sos Charmes. us Charmille. - sos Charmoie. id.

Chasteté. soi, 917 Château. 74 s Châtier. sos Chaud (le). 3' so6 Chef. @w 1129 Chemin. ioss Cheoir. 207

Chérir. 49,209 Chétif. 2OV Cheval. 28T Choisir. tio,tit,tit, 855 Choix. ua Choix (faire). su Choquer. 115 Chroniques. ■*- 610 Ciel. ifl- su Cime. 1085 Circonférence. 1144 Circonlocution. 891 Circonspection, ti s, 410 Circonstance. sie, S40 Circuit. 114* Cité. sir Citer. ris Citoyen. "S Civil. en Civilité. si9 civisme. 110 Clairvoyant. 4M, 407 Clameur. *9* clarté. Mt,TM Clocher. MS Cloître. Mz clore. 225 crystere. 224 Cceur. su Cœur (de bon). ses Coeur faible. 72 col. »B5 Colère. ss6, S27 Colérique. id.

collection. sss Collègue. S42 Colloque. IH,5680 Colon. 48 Coloris. sso Combat. 148 Comble. Ion Comédien. M Commandement. 22s Commander. 858 Comme. 332 Commentaire. -878 Commentaires. 810 Commerce. Ut Commis. 230 Commisération. 901 Commodités. 88 Commun. sbt Compagnie. fi64 ComparaIson. to64 Compassion. 901 Complaire. 151 Complaisance. sst Complet. 460 Complexion. M* Compliqué. sa Complot. tu f


,Composé. op ,Comprendre. 4e Compter. ,I&S Conception. 474 Concerner. "6 Concevoir, "58 Concilier. a i Concis. su, "2 Conclure. 661 Conclusion. 834 Concupiscence. 155 ,Condescendance. ssa Condition. sis Condition (de). >37 .Conduire. 838, «01 Conduite. 987 Confédération. 04 Conférer. S89 Confession. 136 eonfier (se). Mo .Confirmer. U6 Confiseur. mi îouktirier. id.

(Conformation. <M9 Conformité. ,4012 onrrère. "41 Congratulation, 820 Conjecture. est 'Conjoncture. si6,840 Conjuration. 179 Connexion. 163 Connexité. id.

.Consacrer. laao Conscience. 887 .Conseil. 1.35 Conseiller d'honneur, honoraire. M* Consentement. 10 j, 845 869 Consentir. ut' Conséquence. lU Considération. « is,*47 1008,1010 Considérations. <48, 811 Consommer. 849 Conspiration. 179 Constance, 250, sas, 1094 Constant. 251,596 Consternation. 478 Constitution. e09 Consumer. 169 Conte. s fis Contenance. 343 Content. 54,1035 Contentement. as3, Ion Contention. 9.

Conter. soir Contestation. 3"9 Contexture. fise Contigu. 154

Coptinence. 20.4,, 937 Continu. as?

Continuation. X,55, 256 Continuel- «57,89# Continuellement. U4 £ Continuer.$58, s 59 Continuité. :25,5 Contraindre. ?60,86^, 85,1 Contravention. S48 Contre. 234 Contrefaçon. sçs Contrefaction. M.

Contrefaire. 688 Contrevenir. "6 COBtre-vérUé. 87 Contribution. 6156 Contristé. 41 Contrition. 867 Convaincre 868 Convenance. si9 Conversation. 270,271 Conviction. 271 Convier. 175 Convoiter. 1230 Convoitise. 235 Copie. 274 Copier. 628, uss copieusement. isg Coquetterie. 275 Cornes. t64 Correction. 176 Corriger. 117 Corrompre. mus Corruption. *43 Cosmogonie. 278 Cosmographie. id.

Cosrnologfe. fil.

éte. ns Côtés (de tons), sss Couler. 179 Couleur. 180 Coup (tout à, tout d'un). 881 Coup d'œil. 844 Couple. 18t Cour (de, de la), sss Courage. 8*5,884,885 Courir. MO Courre. id.

Courroux. 229 Coursier. sst Court. 470 Coutume. 888,4173 Courent. asa Couvert (à). 1$ Craindre. <89 Crainte. 59,890 Crapule. ,je!!, Créance. Ot Crédit. 29t Creuser. 890 Cri. <9t

Crime.

Cdûque. 899 Croire (faire). 399 Croître. 291 Croix. Crotte. 7.8# Croyance. 294,2» Croyez-vous qu'illo fera.qu'iUftfflssp*o.o Cultivateur. «8 Cupidité. 85S Cure. sot Curieusement, tow D.

D'AILLEURS. 341 Dam. 303 Danger. 303 Dans. 443 Darder. 697 Davantage. 9P7 Débat. 3ï9 Débauche. îsfs Débile. 5J4 Débonnaireté. 171 Debout. 398 Débris. 306 Décadence, 307, ôos Déceler. 317,348 Décence. 09, MO Décès. tjusi Décevoir. t ijBs Décider. 341 Décime. 34s Décimes. id.

Décisif. les Décision. 345 Décision des conciles. Sil Déclarer. an, I.

Déclin. sos Décombres. sos Découler. 430,94s Découragemez*. 18 Décoars. 101 Découverte. mi Découvrir.* 16, s 17,si« Décréditer. sao Décrépitude. ist Décret. III Décret.

Décrier. sao Dédaigneux. lots Pédam. <88 Dédale. 690 Dedans. 67i Dédier. laat Dédommager, 649 Défait- 1(80 Défaite. M(


Maut. sis, ess,-?6o, '1208 Défectuosité. '5IS,G38 Défendre. usa, GSB Défendu. 023 Défense. 524 Déférence- 25s, 1010 DéMper. 239 Dtffiainre. 771 Délier (se). 7TS Défilé. 355 Oégoùtant. 3*5 Déppratfer. stt* Degré. 326,-m Dégntser. isi, 327 Dehors. 494 Déification. 90 Délaisser. 3 Délateur. es Délectable. 47,53e DéNbérer. 528 Délicat. 329, 528 DéHeatesse. 528,5"29, ttOI Délice. 904 Délicieux. sso Délié. 329, 587,778 Délit. 517, 539 Délivrer. - 42,750 Demande, 331 Demander. 961 Démanteler. 336 Démarches. 6B Démêlé. 568,818 DémOler. 38e Démesuré. 630 Démettre (se). 6 Demeurant (au), 1115 Demeure. «96,1009 Demeurer. 333,534 démission. !

Démolir. 8,5$6 Démon- sei Démonstration d'amitié. 337 Dénigrer. 817 Dénombrement. 786 Dénonciateur. u Dénoûment. 338 Denrées. "62, 1160 Deuse. 339 Dénué. 34o Dépêcher. 603 Déplorable. 695 De plus. 341 Dépouiller une cA«*e.

442 &épouiller (se)d'wHf chose. îd» !'éPourvu, 340 Dépravation, 34s Déprimer. 3«t 1 Dépriser. ta.

1 Député. 70 Déraciner. 493 Deriver. 943 Dérogation. 345 Déroute. 521 Désapprouver. 346 Désastre. 7si Désert. 347 Déserteur. 348 Déshériter. 4S9 Déshonnête. 349,834 Désigner. 76» Désirer. ~«30 Désistement. s Désobéissance. BM Désoccupé. 3Bo Désœuvré. id.

Désolation. 390 Désoler. 971 Dessein. 178, 949, m* DestiD. M&y' «si, 601 Destinée. - s M détail. S54 Détails. Détestable. 10 Détester. t Détourner. m Détriment. use Détroit. Est Détruire, i 8,8e, 536 Devancer.. sse Devant. ns Devant (aller au), 815 Dévaster. en Développer. 40s Devin. 557 Devise. 4.

Dévoiler. sis Devoir. p. sa Dévot. 5S5 Dévotieux. id.

Dévotion. 995 Dévouement. 18, '118 Dévouer. Itt9 DextériLé. zùo Diable IGIt Dialecte. 696 Dialogue. 271, im Diaphane. 561 Diction. .tn Dictionnaire. ses Diffamant. 56.

Diffamatoire. id.

Différence. sels, sos, 1190 Différent. 367. SIS, 818 Différer. Ult Difficulté. 56.

Difformité. S70 1 Diffus. ,*ÏB,*7I Digne (être). 780 Dignité. me Mapidet. Mt

Diligence. s 1 Diligent. sïi Dlmes. 1 Direction. est

Discernement. 37* Discerner. trst Disciple. 424 Discontinuer. !

Discord. sri Discorde. idL Discours. t7e,siS Discrétion. z Disert. a" Disette. 888 Disparité. sec Disposer. 100 Disposition. 107t Dispute. 567,37* Dissimuler. ist Dissipateur. 941 Dissiper. 567 Distinction. sso Distinguer. ssi, sse Distraire. 3ss Distrait. la Diurne, 386 Diversité 365,380, mo Divertir. 76,383 Divertissement, ssi Diviser. 384 Divorce. zs r.

Divulguer. 518 Docile. SS.

Docte. 387,470,69* Docteur. ss* Doctrine, n, Domicile. 398,100 Dommage. lU, t fS.

Don..ri.v ssk donner. Double sens. it.

Douceur. 76% Douleur. S90, S91 Doute. 841 Douteux. 39t, 941 Doux. 134 Droit 'IfS, :SN Droit canon 39k Droit canonique. id.

Droiture. 98ft Duper. 1 lit Darable. nt Durant. Mt Durée.

E.

EBAHI. S99 Ebaubi.

Ebauche. < om Ebouler (s*) 4M


Ebullition. 402 Ecart (mettre à I'). 492 Ecarter. 429 Echar-je. 197 Echanger. 403 Echappé(avoir,être).

404 Echapper (s'). 1059 Eclaircir. 405 Eclairé. 406,407 Eclanche. «75 Eclat. 40S, 738 Eclipser. 409 Ecolier. 426 Economie. 410 Ecornifleur. 271 Ecouter. 457 Ecriteau. 4u Ecrivain. 412 Ecrouler (s'). 401 Eduquer. 413 Effacer. 414 Effectivement. 415 Effectuer. 972 Effervescence. 40s Effet (en). 415 Effigie. 416 Effrayant. 417 Effrayé. 60 EffrOI. 89, 1128 Effronté. 418,639 Effronterie. 600 Effroyable. 43,417 Effusion. 466 Egaler. 419 Egaliser. id.

Egards. 215,420,1010 Eglise. 1124 Egoïste(f). 421 Eh. s5û Ehonté. 639 Elaguer. 422 Elargissement. 425 Elargissure. id.

Election. 411 Elégance. 42s Elément. 936 Elève. 426 Elever. 413,7is Elire. an Elocution. 437 Eloge. 428 EloIgner. 429 Eloquence. 42s Eloquent. 378 Eluder. 559 Emanciper (SI. 719 Emaner. 430,942 Embarras. 451 Emblème. 459

Embrasement. 642 Embrouiller. 177

Embryon. 453 j

Emhùchc. 92 Emerveillé. 399 ! Emissaire. 434 Emolument. 562 Emonder, 422 Emouvoir. 1140 Emparer (s'). 11 <4 j Empéchement.569,839 Empereur. 1024 Empire. 130,435,436 j Emplette. 437 Emplir. 438 Emploi. 847 Employé. 230 Employer. 1173 Emporlé. 1214 Emportement 126 Emporter, 4:9,915 i Empreindre. 440 Emulaleur. 442 Emulation. 441,677 Emule. 442 En. 443 Enceindre. 462 Encbainement. 444 Enchainure. id.

Enchantement. 202 Enclore. 462 Encore. 445 Encourager. 486,487 Endroit. 722 Endurant 440 Endurer. 1089 Energie. 447 Enfant. 448 Enfanter. 449 Enfin. 450 Enflé. 451 Enfreindre. 266 Enfuir (s'). 1059 Engager. 832 Engendrer. 449 Engloutir. 13 Enjoué. s6o Ennemi. 452 Enoncer. 453 Enorme. sss Enquérir. 454 Enseigner. 455 Ensemencer. 1050 Entasser. 09 Entendement. 474 Entendre. 456,457 Entendre raillerie, la raillerie. 458 Entendu. 35 Enterrer. 664 Entêté. 459, 1130 Entêtement. 523 Entêter. 659 Entier. 460 Entier (en). 461 i-ntieretneot. M.

Entourer. 462 Entrailles. lUI Entraîner. usa Entretien. s 71 Envahir. 1174 En vain. 1181 Envie. 46s Envie (avoir, porter). >65, 1239 Envier. 464 Environner. 46a Envoyé. 70 Epais. 3S9,890 Epanchement. 466 Epargne..410,77» Epigraphe. 411 Epithète. 467 Epitome. Il Epitre. 461 Epouvantable. 43,417 Epouvante. 59,112a Epouvanté. 60 Etouffer. 478 Etre. 479 Epoux. 765 Epreuve. 493 Epurer. sss Equipage. 1149 Equitable. 686 Equités. 687 Equivoque. 7i, 735 Eriger. ltSs Errer. 469 Erreur. iss' Erudit. 479 Erudition. 728 Escalier. 471 Esclavage. 1058 Escorter. 19 Espérance. 47s Espérer. 47» Espion. 454 Espoir. 47* Esprit. 474,571 Esprit (faible). 72 Esquisse. 400 Essai. 491 Essor. 122t Est. 7 fi Estimer. 91 Etablir. 55s Etat. 236, 107i~ Eternel. 891 Etincelle. 163 Etonnement. 475 Etonner. nu Etroit. 480 Etudier. 484 Eumenides. 1154 Evader (s'). losa Eveiller. 481 Evénement. 48* ivêqu. aia


Eviter. sss Evoquer. 93 Exactitude. tlU,176 Excellent (être). 484 Exceller. id.

Excepté. 485,619 Excessif. 610 Exciter. 486,487 Excuse. 488 Exécrable. to Exécration. 637 Exéouter. 972 Exemples (imiter, suivre les). H04 Exemption. est Exhausser. us Exhéréder. 489 Exigu. 490 Exiler. 49 < Exister. 479 Expédient. u.

Expéditif. 572 Expérience. 493 Expliquer. 405 Exploit. 91-5 Expression. 798 Exprimer. us Extérieur. 494 Extirper. 495 Extraordinaire. 1088 Extravagant. 141 Extrémité. 175

F.

FABLE. SlSt Fabrique. 496 Face à face. 43 ib Face (en). id.

Facétieux. 497 Fâché. 41, 765 Facile. 55,498 Façon. 499,5oo Façons, soi Faction. soa Faculté. 920 Fade. nos Faillir. t07 Faillite. 146 Faim. 504 Fainéant 651 Fainéantise. 87s Faire. nos Faire aimer de, à. 506 Faire croire, accroire. 296 Faire savoir. 455 Faite. 1083 Faix. soi, 507 Fallaoieux. 508 Fameux. 509 famille. 510,96s

i Fanée. su Fange. 714 Fantaisie. 620 Fantasque. sis Fantôme. 1066 Fardeau. soi, 507 Farouche. 513,1039 Fasciner. 659 Faste. 759 Fastes. 610 Fastidieux. 515 Fat. 1086 Fatal. 1116 Fatigué. 704 Fatiguer. 706 Faune. aie Faut (il). 616 Faute.617,618,632, 760 Faveur. S94,881 Favorable. sis Fécond. sig Félicitation. 1110 Félicité. 168,831,903 Ferme. 151 Fermentation. 601 Fermer. sa 3 Fermeté. 322,1523,1094 Fertile. 619 Fictice. SS4 Fictif. id.

Fidélité. s 50 Fier. 877, 005, 1083 Fier (se). 240 Fierté. sss Figure.. 416,499 Flrets. 695 Filou. 703 Fin, 1'711, 1116, su Fin (à la). 450 Finaiement. id.

Financier. 956 Finesse. 34, S28, 529, 530 Fini. 873 Finir. 24, SÏI Flageller. 545 Flagorner. 186 Flatter. id.

Flatteur. 551 Flétrir. su Flexible. 533 Flots. 853 Fœtus. 433 Foi. S99 Faible. 534, 536, S46 Faible (ame, cœur, esprit). 7s Faible (être). 418 Faibles. 535 Faiblesses id.

Faiblesses (avoir des). 478 Foison {k\ 159 1

Folâtre. ln Fonaer. 538 Force. 461 Forcer. S60, sei, estForfait. su si Forme. 499 Fort. 1161, lUs Fortuitement, is Fortune. eot Fortuné. 840 Fou. au Fondre. 1139 Foudre (la, ie). us Fouetter. 84s Fougueux. 656 Fourbe. 344 Fourberie. id.

Fournir le, du, de - sel. 1541 Fragile. 846,547 Franc. 729,737 Franc (homme). 614 Franchisées, 549,7»7 1067 Frapper. 149 Frayeur. 59,898, liss Frêle. 547 Fréquemment. 109s Fréquenter. 550 Friches. 891 Fripon. ?ot Frivole. aIt Frugal. 10'71 Fuir. 15n Funérailles. sss Funeste. s 14 Fureur. ss* Furibond. sss Furie. SM Furies. id.

Furieux. 856,756 Fustiger. 64s Futile. su Futur. eM G.

GAGER. 11118 Gages. 1559 Gai. 860, 861 Gaillard. id.

Gain. 4 161 Galté. 679 Galant. 68 Galanterie 75,275 Galimatias. ses Garant. 190 Garantir. 116' Garde. ses Garder. 565,83» Gardien. 568 Gaspiller. cet


Général. tM8 <Générosité. S86 Génie.474, se», sto.trvi l©éa»<b««me4e}. «7 CeM. M* .ntil. 7*7 etse. ""8 Centil.. 573 OIbet.. «74 Gigot. 173 I01ron. mm Clisser. srs Cioire. 876 seul. 177 iCtuse..,.

Çtossai, re. -ses Cfouton. (T79 Ghmn. un Goinfre. t79 Gonflé. ftt Gorge. itsz Gouffre. mi Ooatu. iM Gonrmand. id.

Goût. tS9 Gont (bon). RI Gouvernement, sso, fair Grace. Mits8i(99» Grâce (de bonne), nos Graces. est Gracieux. -us, sis Grain. su Graine. id.

Grand. &toi Grand homme. 601 Grandeur d'ame. vm Gratitude. ma Grave. «87,5sst s&o Gravité. no, 895 Gré (de bon). sos Grief. DI Gros. ik Grossier. eu Grotte. 88 Guère. 897 Guérison. soi Gueux. 870 Guider. tsa, soi Guinguette. tua H.

HA, ISO Habjle.35,S9î, M: 894 Habile homme. 39s Babileté. nS,180 Habillement. 1203 Habit. id.

Habitant. 595 Habitation. 696 Habitude. 188

Haine. 397 Haïssable. sta Haleine. $99 Hameau. sos Hanter. sso Harangue. ï76 Harassé. -704 Hardes. sis Hardi. «is Hardiesse. 1600 lIasard. Bot Hasarder. cas Hiter. cas Hâtif. 6 Q4 Hausser. lit, 714 Haut. 605 Dautain. id.

Hé. su Hérédité. Bas Hérétique. toi Héritage. 408 BéroiCiLé. -608 Héroïsme. id.

Héros. cas Hésiter. 144 Hétérodoxe. 607 Heureux. Sto ) Heurter. 112 Histoire. 610 ; Historien. w !

Historiographe, U.

Ho, 430 Homme de bien. lIS" } Oit Homme de bon sens.

611 Homme de sens. iL Homme franc. 0*4 Homme ()') grand. 009 Homme ae génie. aot Homme d'honneur.6tt Homme (hebile). 894 Homme (honnête). an el If.

Homme honDéte. Id.

Homme (1') persollnel. &et Homme savant. tote Homme (savant), id.

Homme (!') vrai 814 Honnête. eu Honnête homme. ses, UM84 CHI, &..

„ Bon Bêle té. ose Honneur. 876.94a Bonneur (homme <r).

en Bonnir. 6*7 Honoraires. n.

BODerer. 51 Honte. 618 Hormis. 4S5.619 Horrible. 43

Hors. dftLItt îlôteL 745 Hôtellerie. nq, tilt Humain. 154 Humanité. lits 1 Humeur. «to

Hun»eur(ôtre 4!^b)4V7 ■ Humilier. s Hydropote. ift 1[ Hymen. en Hyménée. 49.

Hypocrite. ets Hypothèse. 4107 I. ,

Ici. GQ Mée. S04, tu. 887 Mee (dans 1% H6 Idiome. <99 Idiot. tn Ignominie. 688 forant. at Iftustre. - 8S0 Image. 4*5 Imagination. lm imaginer ua JmagiDel'('" id.

ftmbécille. sia Imiter.

Immanquable. 629 Imminent. 670 Immodéré. 630 Immoler. loso Immortel. sot Immunité. 8SI Imperfection, 8St, 54a .HOI Impertinent. 6wf 1086 Impétueux. est Impitoyable. est Implacable. 4L Impliqué. ses Impoli. est Important.. tot Imposition. 79c Impôt. %d.

Imprécation. est Imprévu. est Imprimer.

Improuver. set Imprudent. tôt Impudent. est Impudicité. sot Imputer. t24 iBtdvertaBM. Mt Inaptitude. Na Inattendu. est Intttention. Mt Iucapacité. «et Incendie. au incertain. sm, mi


taoertttade. 6ts InciLer. 487 laIclination. '3,6tt,M< incompréhensible. 666 Inconcevable. id.

(montant. 8S6 Inconstante. 709 lacroyaMe. cn Inculper. eft Incurable. 047 Itaouraloo.

Indécis. 674 Indélébile. - 858 .Indemniser. 8.' indicible. 6S4 Indifférence. 810 Indifférent. he Indigence. 888 jbdigent. in ladiquer. ," indolent. «81.799 Induire. "t Uguire a, en. est lbtfnstrie. en IbêNltIUle. tlft ineffable. est ineffaçable. «M ioeffectif. en inefficace. H.

inégalité. vu inénarrable. lu IMpéré. en inexorable. en inexprimable lU infaillible. 6 te infamant. lit infante. en infiRuer. ese Infeotlen. ne inférer. tçt InSwiile; iws Infidèle. «si infirme. iin infirmer. U Intlible.

informer. tlal informer (SI. 434 ingénuité. Bostoet ingrat à, envers, m inguérissable. ■ otr laliabiteté.. h.

Inhabité. 547 Inhibition. 5*4 labarner. «t Inimitié. IDifttelligibl.

Ioianction. ,< <M 1 'usa IDJurier. 667 Inopiné. T. 638 Inscription.'1 411 ; Insensé. 541 J Insensibilité, 650 J

> Insidieux. 699 f Insigne. tost t Insinuation. Mes Insinuer. est Insipide. sos Insolent. est 1 Inspiration. 1101 Instant. 8'°, 799 Instigation. nos Instituer. tsa Instruire. 4S3 Instruire (SI. 91 Instruit. 401 Instrument. , ses Insuffisance. H, en Insulte. 44 Insurgent. 87* Intégrité 9s9 Intellience. 474 Intentloo. use Intéressé. ne Intérieur. «7 t. 679 Interne. id.

Interroger. 969 Intestins. îsie Intrépidité. sts Intrinsèque. 67s Inutilement, IfSl Invectiver. 667 Inventer. en Invention. sis Inviter. m Inviter à dîner. lin Invoquer. 9S Irrésolu. *99, 674 irrésolution. eu irruption. «49 -.. - ioso X.

JABOTKa. en Jadis. 80 Jaillir. «79 Jalousie. 463, 87*1 Jamais (à, povA. ttS Jargon. - eog Jaser. CTS jme.

Joilldre. 880 <M,T<T Jonction. mt JoafBu. 940 lout. est Jounnfiet. - 888 Journée. 68t Joyau. est Jugement.574.474, «85 Juger. su Jurement. deoà;, loue Jurisconsulte. 684 Juriste. id, Juron. io55

Juste- et* Juste 818 Justesse. lM Justice. 894 «»» Justification. - ..t fortifier..***. fil w L. j U. Mt Labeur. tdst Labyrinthe 690, Lâche. 4M, 94* Laconique. 4oï tecs.

Ladre. T4l Laidear. s" Laine. eeé Lamentable. «9t Lamentation ..11

Lancer. eri: Landes. eeè Langage.

Langoureux. 700 Langue. ,. eM Languissant.. 700 :. , 700 Laquais. Ultl;.

Lares. 704 Largesse. 7te Larmes. 7, on Larron. 7 oc Las. 704 Lasciveté. os Lasser. ?M Lavent. n.

Le. c 797. 1(47 .I. ", u. '108 Léger. m, Légère. 7oa Légère (à la), no Légèrement- id.

Légiste. 6" Légitime 708 Lépreux. 7ti Les. 70* Lettre. n.

Lettre (à la). 787 Leurre.

Leurrer. un Levant. 71* Lever. 711,71« Libéralité. 7IC Liberté. 717 Libertin. 7je Licencier (se). 7 ta Licite. 708. 7I £ Lier. Ï

LjCU.

Lignée. ses Ligue. q Limer. 79s Limites. ilic Limon. 711


Lisière. 725 LISte. 786 Littéralement. 727 Littérature. 728 Livre. 749 Livrer. 730 Logement. m Loger. ns LoglS. 731,746 LOI. 319 Loisir. 732 Long-temps. 73s Longuement. id.

Lorsque. 754 Louange. 428 Louanges. 94 Louche. 735 Louer. 39, ti87 Lourd. 736 Loyal. 75T Lubricité. 705 Lucre. sot Lueur. 738 Lui. 1075 Lui-même. id.* Lumière. 738 Lunatique. 756 Lustre. 408 , Luxe. 79 M. j MACÉRER. 767 Machination. 758' Mafflé. 240 Magnanimité. 586 Magnificence. 739

IIalOt. 74 ( Maintenant. 105 Maintenir. 74s Maintien. 743 Maison. MO, 596, 745 746,963 Maison de campa- gne, des champs. 744 Mal. 391 Maladif. nss Maladresse. 747 Malaise. 7SI Malavisé. 748 Malcontent. 749 Malédiction. 641 Mal ré - 264 Malnabileté. 747 ! i lUalheur. 751 ( Malheureux. 751 ] Malhonnête. S49' ] Malice. 755 i j Malicieux. 754 1 lUalignité. 75s j Malin. 754 !

JttaJUUentionné. 770 : j

Maltôtier. 956 Maltraiter. 755 Manège. 753 Maniaque. 756 Manie. 1131 Manier. 1141 Manière. 500 Manières. si, soi Manifeste. 757 Manifester. 517,518 Manigance. 758 Manœuvre. 759 Manouvrier. id.

Manque. 760 Manquement. id.

Mansuétude. 761 Manufacture. 496 Marchandises. 761 Marche. '3 526 Marché. ,'} usa Mari. 763 Marquer. 7G4 Marri. „ r 765 Masquer. , 326 Massacre. 7C6 Mater. 7^7 Matière. '168 Matinal. 769 Matineux. id.

Matinier. id.

Mauvais. 209,734 Maxime. 139 Méchanceté. 753 Méchant. 73* Mécontent. ,; 749 Méconlens. 770 Médicament. 997 Méditation. 95 Méfiance. 771 MéUant. J, 851 Méfier (se). 771 Mélancolie. ->", 194 Mélancolique.' - 775 Mélanger. 774 Mêler. id.

Môme (de) que. 53a Mémoire. 775,998 Mémoires. 610 Ménage. 410,776 Ménagement. id.

Ménagemens. sis, 420 Mendiant. 879 Mener. 238, 89J ] Mensonge; 777 ] Mensonge(dire, faire ] un). 375 ] Menterie. 777 j Menu. 778 j Méprise. 158 Mercenaire. U05 Merci. 779 Mériter. 780 Merveille. 944 j

1 1 Mésaise. 7^1 lIlCsuser. 788 Métal. 85 Métail. id.

Métamorphoser. 784 Jllétier. 785 Mettre. 73g Mettre à l'écart. 419 Mignard. 781 Mignon. id.

Mince. 778 Mine. sa Ministère. 847 Minutie. 788 Miracle. 944 Mirer. 789 Misérable. 7M Misère. 788 Miséricorde. 779 Mitiger. 31 Mixtionner. 774 Mobiliaire. 790 Mobilier. id.

Mode. nsi Modèle. "74 988, H68 Modérer. „ as Modestie. lois Modifiable. 794 Modificatif. id.

Modification. id.

Modifier. id.

Moisir. f96 Molester. nos Moment. 79a Monarque. 1014 Monastère. tll Monceau. IltG Monde. 79S Monde (le beau, le grand). 794 Monologue. ioso Mont. 793 Montagne. id.

Montagneux. id.

Montée. 471 Montueux. 795 Moquerie., r* 79e Morne. josi Mort. net Mortifié. Vv Mortifier. 76t Mot. 797 798 Mou. 799 Moyen. 122a Mur. 8oa

Muraille. id.

Mutation. 801 Mutuel. 801 41 N.

NABOT. 80.


Ifall. 804 Naïveté. 808, 1067 Naïveté (une, la), SOS Narrer. 807 Nation. ses Naturel. 804,809 Nautoanier. 818 Navire. 810 Néanmons. 919 Nécessaire (U est). 818 Nécessite. 880 Nécessiteux. 879 Nef. 815 Négligent. 6si Négoce. 119 Nègre. su Néologie. sis Néologisme. id.

Net. sis Neuf. su Niais. 14s Nigaud. id.

Nippes. sis Nocher. 816 Noir. su Noircir- 817 Noise. 818 Nom. 819 Nomenclature. 726 Nommer. 810 Nonchalant. est Nonnain. sst Nonne. id.

Nonnçtte. id.

Nonobstant. >64 Notes. sas NotiOer. sss Notion. 887 Notoire. 757 Nourricier. 825 Nourrir. 824 Nourrissant. sss Nourriture. 1098 Nouveau. 814 Nuage.. 826 Nuancer. 827 Nue. 826 Nuée. id.

Nuer. 827 Nuit. 1125 Nul. 828 Numéral. 829 Numérque. id.

Nutritif. 825

0.

0. 850 OblatioD. 848 Obligation. 358 Obligeant. Ion

Obliger. 161,831,832 Obliger à faire,de faire.

833 Obreptice. 1097 Obscène. 834 Obscure. 835 Obscurcir. 409,849 Obscurité. 1125 Obséder. 838 Obsèques. 553 Observance. 837 Observation. id.

Observations. 148, Sil Observer. 838,996 Obstacle. 369,859 Obstiné. 459, itso Occasion. 840 Occurrence. id.

Odeur. 841 Odieux. 842 Odorant. 843 Odoriférant. id.

OEillade. 844 OEuvre. 845 OEuvres (bonnes). 170 Office. 846,847 Office (bon). 161 Officieux. 1057 Offrande. 848 Offrir. 389,930 Offusquer. 849 Oh. 830 Oiseux. 850 Oisif. id.

Oisiveté. 73s Ombrageux. 851 On. 852 On (11. id.

Ondes. 853 On doit. 626 On ne peut. 854 On ne saurait. id.

Opiner. 328 Opiniâtre. 459,1130 Opiniâtreté. sis Opinion. 1053,1055 Opprobre. 688 Opter. 855 Oraison., 576,856 Ordinaire. 857 Ordonner. 858 Ordre. 22s, 859 Orgueil. S60, nos Orgueilleux. 577 Orient. 712 Origiue. - 861 Oscillation. 1207 Ostentation. 864 Ouïr. 457 Ourdir. 862 Outil. 865 Outrage. 44 Outrageant. 864

Outrageux. 864 Outre cela. 141 Outré. 630 Ouvrage. 845,948 Ouvrage de l'esprit, d'esprit. ses Ouvrier. U.

P.

PACAGB. ses Païens. 57s Paire. ses Paix. Il" Palais. 748 Papelard. 877 Parabole. ses Parade. 869 Paradis. lUI Paradoie., 64s Parattre. 1049 Paralogisme. 870 Parasite. 871 Parcimonie 410 Pardon. 12,488,999 Pareil. 1 us Paresse. 87k Paresseux. est Parfait. so, 875 Parfum. 108 Parier. 158 Parler (mal). 750 Parler mal. id.

Parole. 797 Part. 874 Partager. 384 Parti. sos Partie. 874 Partisan. 956 Parts (de toutes), ISSS Parure. III Pas. 388,875 Passer. 876 Passer (se). id.

Pasteur. 878 Patelin. su Patelineur. id.

Patient. 446 Pâtis. 866 Patois. 699 Pâtre. 878 Patriotisme. sifr âturage. ses Pâture. id.

Pauvre. 879 Pauvreté. 880 Paye. 881 Payer. 881 Péché. 117 Peine. 40 Peine à faire, etc.

(avoir). 86*


Peine a laite, été.

avoir de hi). 883 Peines. s 98 Pénates. 7oa Penchant. ftu,8S4 Pendant. îm Pendant que. 881 Pénétrabre. 890 Pénétrant. 889 Pénétration. sas Pensée. 625,886,887, IfO.

'Pensées. 248 Penser. 896,888 "Penser à. 108S Tente. sm :Perçant. 881 Perception. M7, rosi Peremptoire. tllS 'Pères. 78 Perfide. sas 'Perfidie. aso Wril. Ï03 Périphrase. 891 'Perméable. «flo Permettre. 1133 Permis. ''110 Permission. 945 Permutation. 197 Permuter. to3 Perpétuel. 891 Persévérer. Mg 893 Persister. id.

Personnage. 194 Personnel (l'homme).

UI tpersonnes. 1171 Perspicacité. îosi Terspicuité. 221 'Persuader. *88,669 Persuasion. 972,9103 Perte. sos Pesant. 738 Pesanteur. 895 ftestiféré. 898 'Pestilent. id.

Pestilentiel. id.

Pestilentieux. id.

'Petit. 410 Peu. 897 Peuple. sos Peur. 59, 990, 898 r favole). tee Veut (on ne). est .Phébus. ses Pbysionomle. Il Hége. 81 Wété. yas Pilote. ils piquant. a»9 îarw- 97 Mo Mt. ici.

PitML soi Place. T2î Placer. 7se Pldte. , ma Plain. lm Plaindre. sos Plainte. eas Plaire. ssi Plaisant. <97 Plaisanterie. 796 Plaisir. 16*,903,9O» Plan (fairq, 1evemn% us Planche.. ss Plein. sos 'Pleurs. TOS Plier. BOB Ployer. ,-, fd.

Plus. 897 Plus (de). 3*1 Ptuaieurs. f55,nti Poids. SttS Poignant. 899 Point. 8Y5 Point du Jour (le). 009 Pointe du jour (la), id.

Poison. sas pofi. 516,910 Policé. id.

Polir. 7ss Politesse. si9 Poltron. 691 1 9ft Pontife. ois Porter. 487, si 3 Portion. 874 Portrait. aie Poser. 786 Position. (079 Posséder. <58 Poster. Dit Posture. 915 Potence. <74 Potentat. 1094 Poudre. 016 Pour. 817,918 Pour mol. 960 Pourquoi ('cl). llU, lUI Poursuivre. 19 Pourtant. 9f9 Pousser. 487 Poussière. 916 Pouvoir. 150, m(9to Précédent. 86 Précéder. 556 Précepte. 118 Précipice. ni Précis. 999.993 Précision. 685.994 Précoce. 904 Prédécesseurs. *79 Prédication. 911 Préférer. ai*

Préjudice. fld Pjëjugë. Mt Prélat. 9tt Prématuré. flOi Premier. 99» Préoccupation. 98 ! Préparer. t.

! Prérogative. 9.

Près. 9.

Présage. ft» 'J'trésent. 'Sa!

Présent (à). to 'Présentement. fIL 'Présenter. '99,9.

Préserver. mt Présomption. 860, osi Presque. 96t Pressant. 67b Presser. eofc Prétexte ( sous le, surie). est Prêtrise. »»* Prévention. ;.

Prier. tM 'Prier à, de dtner. 9S Primitif..18 Prince. 956, lotit' Principe. ssa Priser. St Privé. 837 Privilége. M8 Prix. DH, HU Probité. 959,940

Problématique. Mi i Procéder. Des Prochain. Ms Proche. Uf,!ftt.NS Prodige. 9141 Prodigue. 911 !

Production. 949 Proférer. 947 Profession. tïs Profit. 869, irrs 1 Prohibé. sis 1 Prohibition. ut Projet. 949 Proie. >943 Prolixe. 'lU Prolonger. les Promenade. 98o Promenoir. ii.

Prompt. Tri Promptement. iti9 Promptitude. 981,4980 !

Prononcer. 947 1 Propension. ssa 1 Prophète. ssi ; Propice. 51a J Propre. sic I Propre à, pour. Ma i Propres termel. tiiiii Proroger. les Prospérité. tlt, Ml


Prosternation. sss Prostration. id.

Protéger. sss Prouesse. ws Provenir..& Proverbe. "OSA Prude. 689 Prudence. •* IQSÊ Puanteur. fie' 660 pelie. 757 Publicain. 956 Publier. - • 3t8 Pudeur. 6tS Pudiciiéa 957 Puéril. ws Puissance. 13'1,910 Pulvériser. 122 Punir tt05 Purté. 957 Purger. 958 PUrifier. id.

Q.

QCALITÉ. 959 Qualité (de). i7 Quand. 734 uant à moi. 960 Iuanl. 9is uasi. 961 uerelle. S«7, sis uestion. 331 uestionner. 961 uinteux. 512 uotidien. 586

R.

RABAISSER. 1 Raccommoder. s s Race. 963 Raconter. 807 Radieux. 964 Ragot. 803 Raillerie. 796 Raillerie (entendre, entendre la). 438 Raison. 474 Ràle. 965 Ratement. id.

Rancidité. 966 Rancissure. id.

Rancune. 66s Rangé. 990 Rapetasser. 967 Rapidité. C 19.

Rapiécer. 007 Rapiéceter. id.

Rapport. 968 Rapport à, arec. 969 auïr, -III

Rassurerquelqu'un.970 Ratification. toi Raturer. 414 Ravager. 87-1 Ravaler. 2 Ravi. 5'4 Ravir. 109 Rayer. net Rayonnant. 964 Réaliser. 978 Rebelle. 975 Rebellion. 97* Rebours. loifl Récalcitrant. id.

Récent. su Recevoir. SI,9IB Rechigner. S76 Rechute. 977 Récidive. id.

Réciproque. 80i Réclamer. 978 Récolter. 979 Récompense. 938 Réconcilier. ss Reconnaissance. 980 Récréation. 981 Rectitude. 982 Recueil. 9S3 Recueillir. 979 Reculer. 984 Redouter. sso Réflexions. U8,8.ilt Réformation. 985 Reforme. 985 Refrogner. 976 Refuge. M 1 Regard. 844 Regarder. 986,1124 Régénération. 1000 Régie. 9*7 Régime. 580 Règle. 228, 988, 989 Réglé. 990, 991 Règlement. 989 Réglément. 991 Règne. 45 Regretter. 902 Régulier. 991 Régulièrement. 99s Rejaillir. 1 676 Rejouissance. 981 Réjouissant. 560 Relâche. 99s Relâchement. id.

Relations. 610 Relevé. 94 Religion. 995 Remarquer. 996 Remarques* 82* Remède. tU, 997 Remettre. 1001 Réminiscence. 778,998 Réadwon. ilb 9*9

Remoniter. - 1007 Remords. a* Rempart. îw Repli. 906 Rempiir. 48 Remporter leprix. 4$9 Renaissance. îooo Rencontre (aller à la). os Rencontrer.itoo4,iifl5 Rendre. ioat Renier. tous Renom. &t9 Renommé. 509 Renommée. 819,100s Renoncement. 1004 Renoncer. IOOS Renonciation. 1004 Rente. 100s Renverser. 5 Répandre. <201 Réparer., 1014 Repartie. fioos Repentant. 76s Repentir. 167 Rép ique. 1006 Répondant. 190 Réponse. 1006 Reprendre. 277 Représenter. 1007 Réprimander. 117 Réprouver. us Répudiation. M: Répugnance. 597 Réputation. *47,1008 Réserve. MT Résidence. 1009 Résolution. sis Respect. 10.10. un, 1198 Respirer. ion Ressemblance. 101s RessemblanL toi s Ressource. *9i Ressouvenir..7is,99s Restaurer. 1014 Reste (au, du.) S35 Rester. 954 Restituer. IOOS Rétablir. 1014 Retenir. 565 Retenue. toit Rétif. 1016 Retourner. 40t9 Rétrograder. 984 Rets. 195 Réussir. loto Réussite. 4d.

Rêve. MM* iwi« Revéche. lois Réveiller. aSI Révéler. MV"# Revendiquer. 87.


Revenir. 1019 Revenu. 100s Rêver. 888 Révérence. ioss, U98 Révérer. 31 Rêverie. lois Revêtu. 1204 Révolte. 974 Révolution. soi Révoquer. 85 Ridicule. losi, 1209 Rigide. ioss Rigoureux. iss Rigueur. 1060 Riote. sis Risible. 1021 Risque. 303 Risquer. 602 Rivage. 173 Rivalité. 441 Rive. 173 Rixe. sis Robuste. isis Roc. 103S Roche. id.

Rocher. id.

Rogue. ios3 ROI. ioî4 Roide. 1025 Rôle. 786,894 Roman. 251 Rompre. 189 Rondeur iosg Rosse. 287 Rét. 1027 Rôti. id.

Rotondité. ios6 Rouler. 279 Route. 1028 Royaume. 435 Rude. 127 Ruine. 306,307 Ruiner. 5 Ruines. 506 Ruse. 34j 530 Rustaud. 1029 Rustique. 633 Rustre. 1029 S.

SACCAGER. 071 Sacerdoce. 933 Sacrifier. 1030 Sagacité. 529, 1031 Sagesse. 1032, 103s Sain. 1034 Salaire. ssi Salubre. 1034 Salut. to7ls Salutaire. dOS4 Salutation. 1035

Sang froid; rassis (de.) 1036 Satisfaction. 253,1037 Satisfait. 1038 Satyre. 616 Saurait (on ne). 854 Sauvage. 1013, 1039 Sauver. S64 Savant. 470,594 Savant homme. 1040 Savoir. 569,728 Savoir (faire.) 455 Savoir l'aire. 653 Savoureux. 1041 Science. 728 Secourir. 1042 Secret (en). 1043 Secrètement. id.

Séditieux. 1044 Séduire. 1045 Sein. 1046 Seing. 1047 Séjour. 596 Selon. 1048 Semblable. 1013,1123 Sembler. 1049 Semer. t050 Sempiternel. 892 Sens. 683 Sens (bon). 166,474 Sens (double). it Sens froid, rassis (de). 1036 Sens (homme de bon). 613 Sensation. 887,1054 Sensibilité. 172 Sensible. t051 Sentence. 139 Senteur. 841 Sentiment. 1052, 1053, 1054 Sentinelle. 1182 Séparation. 380 Séparer. 381 Sépulcre. u34 Sépulture. id.

Sérieux. sss, 3S9 Serment. 1055 Sermon. 925 Serviable. n57 Service. ici Servir (se). 1173 Servitude. ioss Seul. 1171 Sévère. In, 128 Sévérité. 1060 Signal. 1062 Signalé. 1061 Signature. 1047 Signe. 1062 Signifier. 823 Silencieux. 1063

Silvain. 5'1 Similitude. 1064 Simplesse. 1065 Simplicité. id.

Simulacre. 1066 Sincérité. 549,1067 Singulier. 106s Sinueux. 1069 Situation. 1070, 1071 tOTI Sobre. 1073 Sociable. 1074 Soi. 1075 Soigneusement., t078 Soi-même.. 107» Soin. 1071 Solennel. 1071 Solde. ssi Solide. 1078 Solidité. id.

Soliloque. iosô Solitaire. 347 Sollicitude. 1077 Sombre. 855, tosi Sommaire. 11 Somme.. Ion Sommeil. id.

Sommet. ioss Somptuosité. 759 Son de voix. 1084 Songe. ion Songer. sss Songer (à). ioss Sophisme. 870 Sort. 202,352,601 Sot. 1086 Souci. 1077 Soudain. 1087 Soudoyer. ioss Souffle. 899 Souffrir. 10S9, 1133 Souhaiter. 1250 Soulever. 715 Soumettre. 1090 Soupçon. 1091 SOUpçoilneux. ssi Soupirer. 1230 Soupirer après. joli Souple. 533 Souplesse. 34 Source. 861 Sourire. 1093 Souris. id j Soutenir. 322,742 Soutien. 103 Souvenir. 775,99s Souvent. 109s ; Souverain. nos Spectre. f060 Splendeur. 738 1 Stabilité. 1094 Stature. im > Stérile. iots 1


Stipendier. 108S Stoïcien. 1096 Stoïque. id.

Strict. 680 Stupéfait. 393 Stupide. 157 Style. 4S7 Subit. 1087 Subiuguer. 1090 Sublime. t. 994 Suborner. 1015 SubreptIce. 1097 I Subside. 66 Subsistance. 1098, 1099 Subsistances. 1100 Subsister. 479 Substance. 1099 Subtil. ss7 Subtilité d'esprit. 1101 Subvention. 636 Succès. 1020 Succinct. 176,923 Succulent. ion Suffisamment. tif Suffisant. 1101 Suffoquer. 476 Suggerer. 168 Suggestion. nos Suite. 256 Suivant. 148 Sujet. 768 Sujétion. 114 Superbe. nos Superficie. 1110 Suppléer à une chose, une chose. 1106 Supplier. 934 Support. 103 Supporter. 1039 Supposer. 89 Supposition. 107 Supputer. 183 Suprême. nos Sur. 191, 1109 Surrace. nio Surmonter. 1179 Surplus (au). 35 Surprendre. 11 il, 1112 Surprise. 473 Surveiller. nos Survivre à quelqu'un, quelqu'un. 1113 Suspicion. 1091 Sustenter. - 814 T.

TAMTORNE. 1053 Tact. Il U YailIe. tus Taire. 1116 raJent. 1570, 911

Tandis que. sss Tapir (se). 1117 Tapisserie; ui8 Tarder. 1119 Tas. tiso Taux. 1121 Taverne. 180,1121 Taxation. 1121 Taxe. 636 Tel. 1123 Témoignages d'amitié. 337 Tempérament. 819 Tempérant. 1073 Tempérer. 33 Temple. il24 Temps. 398 r 398 Tendre. iosi Tendresse. 73 Ténèbres. lias Ténébreux. 835 Tenture. ms Terme. 798,1126 Termes propres. 1127 Termes (propres), id.

Terminer. 24 Terreur. 59,898, uîs Terrible. 417 Tête. 1129 Tète (dans la). soi Têtu. 459, 1130 Texture. 1132 Tic. f 131 Timidité. 431 Tissu. 1138 Tissure id.

Toison. 694 Tolérer. 1133 Tombe. 1134 Tombeau. id.

Tomber. 207 Tomber à, par terre 113S Tomber d'accord. S46 Tome. 1227 Ton de voix. 1084 Tonnerre. use Tordu. 1137 Tors. id.

Tort. 1158.1139 Tortillé. "■ id.

Tortu. id.

Tortué. 1137 Tortueux. 1069 Tôt. iti9 Toucher.986, t m, nie 1141 Toujours. H12 Tour. 1145,1114 Tourment. 45 Tourmenter. 1205 Tournure. lus Tout. 1149,1146,1147

Tout à coup. 251 Tout d'un coup. idj Tout le. 114e Tous les. id.

Toutefois. 919 Trace. noi Traduction. 1148 Trafic. 929 Train. ii49) Traîner. uso Traitant. 95ek Traite. lUI Traité. usa Traiter mal. 75S Trajet. usi.

Tramer. Sfti Tranchant. nsï Tranquillité. tisil Transcrire. liss Transes. use Transférer. 1157.

Transformer. 784' Transfuge. 348 Trangresser. 266 Translation. us* Transparent. 362 Transport. usi Transporter. 9is, us* Trapu. sos Travail. tus Travers (à, au). 1U9 Travestir. 327 Trébucher. U60 Trépas. 1161 Très. U6I Tribut. 638 Tristesse. 194, 390 Trivial. sst Troc. 19t Tromper. tiitg tics Trompeur. 301 Troquer. 40s Troupe. H64 Trouve. 5i6, sis, 67«t 1001, 1168 Tube. 1167 Tuerie. 768 Tumulte. 117T Tumul maire. usa Tumultueux. 1044,1 tes Turbulent. 1044 Tuyau. t 167 Type. lies u.

Uni. t IS.

Union. 1170 Unique. 1174 Univers. 79s K Universel. HI Urgent. 479 Usage. lift


Useï ii73 tJsurper. im Utilité. 1175 V.

VACANCES. n 76 Vacarme. 1177 Vacations. ii76 Vaciller. 195 Vagabond. 7is Vaguer. 469 Vagues. 853 Vaillance. ii78 Vaillant. id.

Vain (en). nsi Vaincre. 1179 Vaincu. tiso Vainement- usi Valet. 1182 Valétudinaire. uss Valeur. 225,285,1178 1184,1185 Valeureur. H7& Vallée. 1186 Vallon. id.

Vanité. 860 Vanter. us7 Variation. 198, HSS, US9 Vàriétô.«98, 565, i 189, U90 Vaste. loi Vedette. 119a Véhément. 634 Veiller à, sur, 1193 Vélocité. usi

1 Vénal. 1195 Vendre. 1196 Vénéneux. 1199 Vénération. 1T97,1198 Venimeux. 1199 Venin. 908 Véracité. 849 Véridique. 1131 Vérifier. 1200 Véritable. isss Vérité. 548,549 Verser. 1201 Version. lus Vertu. 940,1033 Vestige. flOt Vêtement. 1203 Vétille. 788 Vêtu. 1204 Veuvage. 1210 Vexer. 1205 Viande. 120e Vibration. 1207 Vice. 518, 632, 1208, 1209 Viduité. 12 ia Vie. 610 Vieux. isii Vigilance. 121 Vigoureux. 121s Vil 147 Vilipender. 617 binage. 598 Ville. si7 Viol. isis Violation. id.

Violement. id.

Violent. 634,1214 Violenter. s60,ssi

1 Viorer. -..

Vis-à-vis. lus Viscères. 1216 Viser. 789 Vision. I tln Visqueux. isi Vite. III.

Vitesse. esi, 119* Vivacité. IIH Vivres. noo Vocabulaire. ses Voeu. 1056 Vogue. iï2i Voie. 4028,1228 Voir. 1823, 1224 Voisin. 943 Voix (son, ton de).«os4 Vol. ms Volage. 536,709 Volée. 1225 Voleur. 703 Volonté. 1228 Volonté (de benne) 305 Volume. i2«7 Volupté. 904, flss Voter. 328 Vouer. fUO Vouloir. 1136 Vrai. 1231, usa Vrai (homme). eu Vues. 178 Vulgaire. est Z.

ZÉPBIR. ftss Zéphire. IlL

JIll DU DEVXIÈME KE DBaaDI YOLDV*.


DICTIONNAIRE ,-. -- UNIVERSEL

DES SYNONYMES

DR

LA LA NOUE FRANÇAISE.

A.

4. ABAISSEMENT, BASSESSE.

UNE idée de dégradation, commune à ces deux termes, en fonde la synonymie; mais ils ont des différences bien marquées.

Si on les applique à Pame, rabaissement volontaire où elle se tient est un acte de vertu ; rabaissement où on la tient est une humiliation passagère qu'on oppose à sa fierté, afin de la réprimer ; mais la bassesse est une disposition ou une action incompatible avec l'honneur, et qui entraine le mépris.

Si on applique ces termes à la fortune , à la condition des hommes. Vabaissement est l'effet d'un évènement qui a dégradé le premier état; la bassesse est le degré le plus bas, le plus éloigné de toute considération. L'abaissemellt delà fortune n'ôte pas pour cela la considération qui peut être due à la personne; mais la bassesse l'exclut entièrement : ainsi les mendians sont an-dessous des esclaves ; car ceux-ci ne sont que dans l'abaissement, et ceux-là sont dans la bassease.

On peut encore appliquer ces deux termes à la manière de s'exprimer, et la même nuance les différencie toujours.

L'abaissement du ton le rend moins élevé, moins vif, plus soumis ; la bassesse du style le rend populaire, trivial » Ignoble. (B.)


2. ABAISSEU, RABAISSER, RAVALER, AVILIR, HUMILIER.

Abaisser vient de bas, mot celtique, opposé a haut , lnnl au physique qu'ml moral : il signifie, à la lettre, pousser en bas, mettre plus bas, au-dessous; diminuer la hauteur d'une chose, et, par extension, sa valeur, son prix, sa dignité, son mérite, l'opinion qu'on en a. Porsenna, protecteur de Tarquin, abais& -sa hauteur devant le sénat de Rome, en demandant, par-ni ambassadeur, à traiter avec lui, dit Voltaire.

Rabaisser, c'est abaisser encore davantage, de plus en plus, avec effort ou redoublement d'action. L'envie, dit Boileau, ne pouvant s'élever jusqu'au mérite, pour s'égaler à lui, tâche à le rabaisser.

Ravaler est formé de val, qui descend, par opposition à bal, qui monte : avalesl le contraire d'amont.

Avilir est également tiré du celte ivaël, vil, abject, méprisable, opposé à bel, grand, noble, beau : il signifie jeter dans une abjection honteuse , rendre vil et méprisable, couvrir de honte, d'opprobre, d'infamie.

.HMm!Her vient du latin lmmus, terre : il signifie abaisser, jusqu'à lerre, prosterner, jeter dans un état de confusion.

Le sens propre de ces mois est assez déterminé par les explications précédentes: noirs ne les considérons ici qu'au figuré..

Abaisser exprime une action modérée : il convient surtout pour désigner un médiocre abaissement. Il faut bien que vous vous abaissiez jusqu'à ceux qui ne peuvent s'élever jusqu'à vous.

L'action de rabaisser est plus forte, et son effet plus grand: on rabaisse ce qui est beaucoup trop élevé , ou on rabaisse ce qu'on abaisse trop. En parlant de l'orgneil, de l'arrogance , de la présomption, des vices qui prétendent à une hauteur démesurée, on dit plutôt, par cette raison, rabaisser qu'abaisser. 1 L'action de ravaler produit, par un abaissement profond, un changement ou plutôt une opposition de situation , d'état, de condition : elle met entre la hauteur dont l'objet déchoit et la sorte de bassesse dans laquelle il tombe, un grand intervalle: ce qui suppose nécessairement qu'il était dans une assez grande élévation.

L'action d'avilir répand le mépris, attire la honte, imprime la flétrissure, elle fait plus que ravaler et humilier. Le grand homme peut être humilié, ravalé, mais non pas avili : sa gloire le suit dans l'humiliation , sa grandeur le relève quand on le ravale, sa vertu le défend de l'avilissement. De grands motifs nous engagent à nous humilier à nous râteler même, aucun à nous avilir.


On est abaissé par la détraction , rabaissé par ie m pris, ravalé par la dégradation, uvili par l'opprobre.

à L'homme modeste s'abaisse, le simple se rabaisse, le faible se ravale, le lâche s'avilit, le pénitent s'humilie. (R.) 5. ABANDONNEMENT, ABDICATION, RENONCIATION, DÉMISSION , DÉSISTEMENT. Vabandonnement, Y abdication et la renonciation se font, le désistement se donne, la démission se fait et se donne.

On fait un abaudonnement de ses biens, une abdication de sa dignité et de son pouvoir , une renonciation à ses droits et à ses prétentions, une démission de ses charges, emplois et bénéfices ; et l'on donne un désistement de ses poursuites.

Il vaut mieux faire un abandonnèrent d'une partie de ses revenus à ses créanciers que de laisser saisir et vendre le fonds de son bien. Quelques politiques regardent l'abdication d'une couronne comme un effet du caprice ou de la faiblesse de l'esprit, plutôt que comme une grandeur d'ame. Les lois et la justice maintiennent les renonciations dès particuliers; maiscelles des princes n'ont lieu qu'autant que leur situation et leurs intérêts les empêchent d'en appeler à la force des armes. L'amour du repos n'est pas toujours le motif des démissions, le mécontentement ou le soin de sa famille en est souvent la cause. Certains plaideurs de profession ne se mêlent des procès et n'y interviennent, que pour faire acheter le désiSc te ment.

il ne faut abandonner que ce qu'on ne saurait retenir, abdiquer que lorsqu'on n'est plus en état de gouverner, renoncer que pour avoir quelque chose de meilleur , se démettre que quand il n'est plus permis de remplir ses devoirs avec honneur, et se désister que lorsque ses poursuites sont injustes ou inutiles, ou plus fatigantes qu'avantageuses. (G.) - 4. ABANDONNER , DÉLAISSER.

A balldonner se dit des choses et-des personnes; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n'avons pas soin; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. On se sert plus communément du mot d'abçmdoHHerque de celui de délaisser. Le premier est également bien employé à l'actif et au passif; le dernier a meilleure grace au participe qu'à ses autres modes, et il a par lui seul une énergie d'universalité qu'on ne donne au premier qu'en y joignautquclque terme qui la marque précisément : ainsi l'on dit c'est un pauvre délaissé, il est généralement abandonné de tout le monde.


On est abandonné de ceux qui doivent être dans nos inté-èts; on est délaissé de tous ceux qui peuvent nous secourir.

Souvent nos parens nous abandonnent plutôt que nos amis.

Dieu permet quelquefois que les hommes nous délaissent, pour nous obliger à avoir recours à lui.

Quand on a été abardonnê dans l'infortune, on ne connait plus d'amis dans le bonheur; on ne compte que sur sa propre conduite, et i'on ne congratule que soi-même de tous les services que l'on reçoit alors de la part des hommes. Une personne qui se voit délaissée dans sa misère ne regarde la charité que comme un paradoxe qui occupe inutilement une quantité de vains discoureurs.

Il a été heureux pour certaines personnes d'être abandonnées de leurs proches; c'est par-là qu'a commencé la chaîne des évènemens qui les ont conduites à la fortune. Il y a des gens dont le mérite et le courage ont besoin d'être souj tenus, et d'autres qui ne les font valoir que lorsqu'ils se voient délaissés. (G.) 5. ABATTRE, DÉIOLlR, RENVERSER, RUINER, DETRUIRE.

Abattre veut dire mettre, jeter à bas ce qui était élevé, soutenu, idée propre de bast, bat: d'où bdton , ce qui porte, soutient.

Nous avons emprunté démolir du latin demoliri, dont la racine moles, qui signifie masse, grandeur, nous a donné les mots môle, meule, etc. Démolir veut dire abattre les différentes parties d'un édifice jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien sur pied, ou qu'il ne reste que les matériaux de la masse : il ne se dit que dans ce sens-là.

Renverser est le composé de verser, pris dans le sens de faire tomber sur le côté une charrette, un carrosse, des blés, -etc. : il veut dire jeter par terre , changer entièrement la situation d'une chose, mettre le haut en bas.

Du latin ruina nous avons fait ruine, ruiner : ce verbe signifie à la lettre, aller, choir en roulant, en se précipitant, tomber en ruines, en pièces, en morceaux. L'actif rainer n'est guère employé que dans le sens de désoler, dévaster,

ravager, ou de causer la perte d'une chose dans un sens figuré.

Détruire veut dire rompre, anéantir les rapports, les formes , l'arrangement des parties , la construction d'une chose, jusqu'à la ruine totale de l'ouvrage ou à la perte entière de la chose.

Résumons. L'idée propre d'abattre est celle de jeter à bas : on abat ce qui est élevé, haut. Celle de démolir est de rompre la liaison d'une masse construite : on ne démolit que ce qui est bâti. Celle de renverser est de coucher par terre ce qui était sur pied : on renverse ce qui peut changer de sens ou de direc-


tion. Celle de ruiner est de faire tomber par morceaux : on ruine ce qui se divise et se dégrade. Celle de détruire est de dissiper entièrement l'apparence et l'ordre des choses.

L'action d'abattre, volontaire ou nécessaire, est plus ou moins vive et forte ; elle se réduit quelquefois à un seul acte : vous abattez un arbre à coups de hache, et un oiseau d'un coup de fusil. L'action de démolir, fondée sur des convenances , est proportionnée à la résistance et successive : vous démolissez avec des instrumens les étages d'une maison l'un après l'autre, et enfin ses fondations. L'action de renverser tantôt volontaire, tantôt involontaire, est toujours forte et violente : on renverse une table sans le vouloir, en la heurtant rudement, et un rempart à coups de canon. L'action de détruire, libre ou nécessaire, est puissante et opiniâtre. Le temps détruit tout ; mais il se sert plutôt de la lime que de la faux. (R.) 6. ABDIQUER , SE DÉMETTRE.

C'est en général quitter un emploi, une charge. Abdiquer ne se dit guère que des postes considérables, et suppose de plus un abandon volontaire; au lieu que se démettre peut être forcé, et peut s'appliquer plus aux petites places qu'aux grandes.

Christine, reine de Suède, abdiqua la couronne. Edouard II, roi d'Angleterre, fut forcé à se démettre de la royauté. Philippe V, roi d'Espagne, s'en démit volontairement en faveur du prince Louis, son fils. (R.) 7. ABHORRER , DETESTER. Ces deux mots ne sont guère d'usage qu'au présent, et marquent également des sentimens d'aversion, dont l'un est l'effet du goût naturel ou du penchant du cœur, et l'autre, l'effet de la raison et du jugement.

On abhorre ce qu'on ne peut souffrir, et tout ce qui est l'objet de l'antipathie. On déteste ce qu'on désapprouve et ce que l'on condamne.

Le malade abhorre les remèdes. Le malheureux déteste le jour de sa naissance.Quelquefois on abhorre ce qu'il serait avantageux d'aimer ; et l'on déteste ce qu'on estimerait, si on le connaissait mieux.

Une ame bien placée abhorre tout ce qui est bassesse et lâcheté. Une personne vertueuse déteste tout ce qui est crime et injustice. (G.) 8. ABJECTION , BASSESSE.

L'abjection se trouve dans l'obscurité où nous nous enveloppons de notre propre mouvement; dans le peu d'estime


qu'on a pour nous ; tans le rebui qu'on en fat, et dans les situations humiliantes où l'on nous réduit. La bassesse se trouve dans le peu de naissance, de mérite, de fortune et de condition.

La nature a placé des êtres dans l'élévation et d'autres dans la bassesse; mais elle ne place personne dans l'abjection: l'homme s'y jette de son choix, ou y est plongé par la dureU d'autrui.

La piété diminue les amertumes de l'état d'abjection. La stupidité empêche de sentir tous les désagrémens de la bassesse de l'état. Il faut tâcher de se retirer de la bassesse ; l'on n'en vient pas à bout sans travail et sans bonheur. Il faut prendre garde de ne pas tomber dans l'abjection. te sage usage de sa fortune et de son crédit en est le plus sûr moyen.

Les secrets ressorts de l'amour-propre.jouent souvent dans une abjection volontaire, et y font quelquefois trouver de la satisfaction : mais il n'y a que la vertu la plus pure qui puisse faire goûter à une ame noble la bassesse de l'état. (G.) 9. ABOLIR , ABROGER.

Abolir se dit plutôt à l'égard des coutumes, et abroger, à l'égard des lois. Le non-usage suffit pour l'abolition, mais il faut un acte positif pour l'abrogation.

Le changement de goût, aidé de la politique , a aboli en France les joules, les tournois et les autres divertissemens brillants. De grandes raisons d'intérêt, et peut-être même de bonne discipline, ont été cause que la Pragmatique-Sanction a été abrogée par le Concordat.

Les nouvelles pratiques font que les anciennes s'abolissent.

La puissance despotique abroge souvent ce que l'équité avait établi.

On voit l'intérêt particulier travailler avec ardeur à abolir la mémoire de certains faits honteux ; mais le temps seul vient à bout de tout abolir, et la gloire et le déshonneur. Le peuple romain a quelquefois abrogé, par pure haine personnelle, ce que ses magistrats avaient ordonné de bon et d'avantageux à la. république. L'abolition d'une religion coûte toujours du sang, et la victoire peut n'être pas attachée, en cette occasion, à celui qui le répand , le persécuté y triomp] ant quelquefois du persécuteur; c'est ainsi que le christianisme a triomphé du paganisme par le martyr des premiers fidèles. L'abrogation d'une loi fondamentale est souvent la cause de la ruine, du prince ou du peuple,-et quelquefois de tous les deux. (G.) 10. ABOMINABLE , DÉTESTABLE , EXÉCRABLE.

L'idée primitive et positive de ces mots est une qualifi-


cation du mauvais au suprême degré. Exprimant par eux- mêmes ce qu'il" y a de plus fort, ils excluent tous les modifieâtifs dont on peut faire accompagner la plupart des autres épithètes.

La chose abominable excite l'aversion : la chose détestable, la haine, le soulèvement : la chose exécrable, l'indignation, l'horreur.Ces sentimens s'expriment, contre la chose abominable.

par des cris d'alarme, des conjurations; contre la chose détestable, par l'animadversion, la réprobation; contre la chose exécrable, par des imprécations , des anathèmes.

Ces trois mots servent, dans un sens moins strict, à marquer simplement les divers degrés d'excès d'une chose trMmauvaise ; de. façon qu'abominable dit plus que détestable, exécrable plus qu'abominable. Cette gradation est observée dans l'exemple suivant : Denys le tyran, informé qu'une femme très âgée priait les dieux chaque jour de conserver la vie à son prince, et fort étonné qu'un de ses sujets daignât s'intéresser à son salut, interrogea cette femme sur les motifs de sa bienveillance. « Dans mon enfance, dit-elle j'ai vu régner un prince détestable : je souhaitai sa mort; il périt : mais un tyran abominable, pire que lui, lui succéda ; je lis contre celui-ci les mêmes vœux : ils turent rémois : mais nous eûmes un tyran pire que lui encore; ce monstre exécrable, c'est toi. S'il est possible qu'il y en ait un plus méchant, je craindrais qu'il ne te remplaçât; et je demande au ciel de ne pas te survivre. »

L'exagération emploie assez indifféremment ces termes pour désigner une chose très-mauvaise , mais en enchérissant sur une de ses qualifications par l'autre , suivant la gradation précédente. Ainsi, détestable sera comme le superlatif de mauvais, abominable celui de détestable , exécrable celui d'abominable.

En matière de goût, d'art, de littérature, on se sert encore de ces termes, mais souvent hors de sens, et par une exagération ridicule. Ce langage outré et boursoufflé semble tenir à la frivolité de nos mœurs, qui se fait de grandes affaires des petites choses. (R.) 1 H. ABRÉGÉ, SOMMAIRE, ÉPITOMÉ.

L'abrégé est un ouvrage, mais la réduction d'un plus grand à un moindre volume : s'il est bien fait, son original court risque d'être négligé. Le sommaire n'est point un ouvrage ; il ne fait simplement qu'indiquer en peu de mots les principales choses contenues dans l'ouvrage : on le place ordinairement à la tête de chaque chapitre ou division, comme une espèce de, préparatoire. L'épitomé est, ainsi que l'abrégé} un ouvrage,


mais plus succmcl. : ce mot d'ailleurs est purement grec, et n'est employé que par les gens de lettres pour le titre de certains ouvrages.

On ne doit et l'on ne peut traiter l'histoire générale qu'en abrégé. J'ai vu des livres dont beaucoup de chapitres n'étaient pas plus longs que leurs sommaires. Il n'est peut-être pas d'èpitomè mieux fait que celui de l'histoire romaine par Eutrope. (G.) 12. ABSOLUTION , PARDON , RÉMISSION.

Le pardon est en conséquence de l'offense, et regarde principalement la personne qui l'a faite : il dépend de celle qui est offensée, et il produit la réconciliation quand il est sincèrement accordé et sincèrement demandé.

La rémission est en conséquence du crime, et a un rapport particulier à la peine dont il mérite d'être puni : elle est accordée par le prince ou par le magistrat, et elle arrête l'exécution de la justice.

L'absolution est une conséquence de la faute ou du péché, et concerne proprement l'état du coupable : elle est prononcée par le juge civil ou par le ministre ecclésiastique ; elle rétablit l'accuse ou le pénitent dans les droits de l'innocence. (G.) 13. ABSOUBER, ENGLOUTIR.

Qui connaît la différence qu'il y a entre la totalifé et l'intégralité , doit sentir celle qui se trouve ici. Absorber exprime, à fa vérité, une action générale, mais successive, qui, en ne commençant que par une partie du sujet, continue ensuite, s'étend sur le tout. Engloutir marque une action dont la généralité est rapide et intégrale, saisissant le tout à la fois, sans le détailler par parties.

Le premier a un rapport particulier à la consommation et à la destruction ; le second dit proprement quelque chose qui enveloppe, emporte et fait disparaître tout d'un coup. Ainsi le feu absorbe, et l'eau engloutit.

C'est, selon cette même analogie, qu'on dit, dans un sens figuré, être absorbé en Dieu, ou dans la contemplation de quelque sujet, lorsqu'on y livre la totalité de ses pensées , sans se permettre la moindre ùistraction. Je ne crois pas qu'engloutir soit d'usage au figuré. (G.) 14. ABSTRAIT, DISTRAIT.

Ces deux mots emportent, dans leur signification, l'idée d'un défaut d'attention ; mais avec cette différence que ce sont nos propres idées intérieures qui nous rendent abstraits, en nous occupant si fortement, qu'elles nous empêchent d'être attentifs à autre chose qu'à ce qu'elles nous représentent; au


lieu que c'est un nouvel objet extérieur qui nous rend distraits, en attirant notre attention de façon qu'il la détourne de celui à qui nous l'avons d'abord donnée,-ou à qui nous devons la donner. Si ces défauts sont d'habitude, ils sont graves dans le commerce du monde.

On est abstrait, lorsqu'on ne pense à aucun objet présent, ni à rien de ce qu'on dit. On est distrait, lorsqu'on regarde un autre objet que celui qu'on nous propose, ou qu'on écoute d'autres discours que ceux qu'on nous adresse.

Les personnes qui font de profondes études, et celles qui ont de grandes affaires ou de fortes passions, sont plus sujettes que les autres à avoir des abstractions ; leurs idées ou leurs desseins les frappent si vivement, qu'ils leur sont toujours présens. Les distractions sont le partage ordinaire des jeunes gens ; un rien les détourne et les amuse.

La rêverie produit des abstractions ; et la curiosité cause des distractions.

Un homme abstrait n'a point l'esprit où il est; rien de ce qui l'environne ne le frappe : il est souvent à Rome au milieu de Paris; et quelquefois il pense politique ou géométrie, dans le temps que la conversation roule sur la galanterie. Un homme distrait veut avoir l'esprit à tout ce qui lui est présent ; il est frappé de tout ce qui est autour de lui, et cesse d'être attentif à une chose pour le vouloir être à l'autre; en écoutant tout ce qu'on dit à droite et à gauche, souvent il n'entend rien, ou n'entend qu'à demi, et se met au hasard de prendre les choses de travers.

Les gens abstraits se soucient peu de la conversation; les distraits en perdent le fruit. Lorsqu'on se trouve avec les premiers, il faut de son côté se livrer à soi-même et méditer ; avec les seconds, il faut attendre à leur parler, que tout autre

objet soit écarté de leur présence.

Une nouvelle passion, si elle est forte, ne manque guère de nous rendre abstraits. Il est bien difficile de n'être pas distraits, quand on nous lient des discours ennuyeux, et que nous entendons dire d'un autre côté quelque chose d'intéressant. (G.) 15. ACADÉMICIEN, ACADÉMISTE. Ces deux personnages sont l'un et l'autre membres d'une société qui porte le nom d'académie, et qui a pour objet des matières qui demandent de l'élude et de l'application. Mais les sciences et le bel-esprit sont le partage de Y académicien ; et les exercices du corps, soit d'adresse ou de talens, sont du ressort de l'académiste; l'un travaille et compose des ouvrages pour la perfection de la littérature ; l'autre étudie et fexerce dans la science du cheval, de la danse, de 'escrime


et des autres qualités personnelles : on peut être en même temps académicien et acadêmisie. (G.) 16. ACCABLEMENT, ABATTEMENT, DÉCOURAGEMENT.

Accablement vient du corps et de l'esprit. L'accablement du corps vient de maladie on de faligue : l'accablement de l'esprit est un état de l'ame qui succombe sous le poids de ses peines.

Cet état dégrade l'homme, et laisse voir sa faiblesse. Il n'est point de maux ni de situation dans la vie auxquels il n'y ait du remède, et quand même il n'y en aurait p^s, ce set ait toujours une folie de s'en affliger, puisque cela ne servirait à rien.

? L'abattement, qui n'est qu'une langueur que l'ame éprouve à la vue d'un mal qui lui arrive, nous conduit quelquefois jusqu'à l'accablement, qui produit toujours le découragement.

Le découragement est aussi une faiblesse de l'ame, qui cède aux difficultés, et qui nous fait abandonner une entreprise commencée, en nous ôtant le courage nécessaire pour la finir.

(Dict. Ph.) n. AVOIR ACCÈS, ABORDER, APPROCHER.

On a accès où l'on entre. On aborde les personnes à qui l'on veut parler. On approche celles avec qui l'on est souvent.

Les princes donnent accès; ils se laissent border, et ils permettent qu'on les approche. L'accès en est facile ou difficile ; l'abord en est rude ou gracieux, l'approche en est utile ou dangereuse Qui a beaucoup de connaissances peut avoir accès en beaucoup d'endroils. Qui a de la hardiesse aborde sans peine tout le monde. Qui joint à la hardiesse un esprit souple et flatteur, peut approcher les grands avec plus de succès que d'autres.

Lorsqu'on veut être connu des gens, on cherche les moyens d'avoir accès auprès d'eux : quand on a quelque chose à leur dire, on lâche de les aborder : lorsqu'on a dessein de s'insinuer dans leurs bonnes grâces, on essaie de les approcher.

Il est souvent plus diflieile d'avoir accès dans les maisons JOurgéoises que dans les palais des rois. Il sied bien aux magistrats et à toute personne constituée en dignité d'avoir l'abord grave, pourvu qu'il n'y ait point de fierté mêlée. Ceux qui approchent les ministres de près, sentent bien que le public ne leur rend presque jamais justice, ni sur le bien, ni - sur le mal.

Il est noble de donner un libre accès aux honnêtes gens; > mais il est dangereux de le donner aux étourdis. La belle éducation fait qu'on n'aborde jamais les dames qu'avec un air de respect, et qu'on en approche toujours avec une sorte de hardiesse assaisonnée d'égards. (G. x


48. ACCIDENTELLEMENT, FORTUITEMENT.

Accidentellement, par accident. Fortuitement, par fortune ou cas fortuit. L'accident est pins malheureux qu'heureux ; accident seul, signifie malheureux : fortune se prend plutôt dans le sens contraire; vous direz quelquefois fortune pour bonheur : ainsi accidentellement sera plus convenable à l'égard d'nn évènement fâcheux : fortuitement à l'égard d'un événement favorable. Dans tous les cas, ce qui arrive accidentellement est un évè* nement qui survient contre votre attente. Ce qui arrive forfutfemeiit estun événement extraordinaire, qui parait être audessus de toute prévoyance, parce qu'il tient à des causes absolument inconnues. (H.)

49. ACCOMPAGNER, ESCORTER. On accompagne par égard, pour faire honneur, ou par amitié, pour le plaisir d'aller ensemble, Op escorte par précation, pour empêcher les accidens qui pourraient arriver, oq pour mettre à couvert de l'insulte d'un ennemi qu'on peut rencontrer dans sa marche.

C'est le désir de plaire ou de se procurer quelque agrément, qui fait agir dans le premier cas ; et c'est la crainte du danger qui détcnpine dans le second.

On dit, avoir avec soi une nombreuse compagnie, et une forte escorte.

Escorte s'entend toujours d'un nombre de personnes. Un homme seul accompagne, et n'escorte pas.

20. ACCOMPLI, PARFAIT.

Ces épithètes, dit l'abbé Girard , expriment l'assemblage et le concours de toutes les qualités convenables au sujet, de façon quelles marquent ses qualiifcations au suprême degré, et par conséquent n'admettent point dans leur cortège les modifications augmentatives. Mais accompli ne se dit qu'à l'égard des personnes, et toujours en bonne part, pour leur attribuer un mérite distingué ; au lieu que parfait s'applique non seulement aux personnes, mais encore aux ouvrages, et à toutes les autres choses, lorsque l'occasion le requiert. De plus, il s'emploie en mauvaise part, comme modificalion augmentative, pour grossir une qualité désavantageuse.

Toutes ces assertions sont fausses, ainsi que M. Beauzée l'a fort bien observé. « Quoi qu'en dise l'abbé G., accompli se dit également des personnes et des choses : comme on dit on homme accompli, une femme accomplie, on dit aussi une 5 femme d'une beauté accomplie, un ouvrage occupât : ces


exemples se trouvent dans le Dictionnaire de l'Académie, éditions de 1762 et 1856.

Il me semble aussi que l'auteur n'a pas saisi les véritables différences des deux épithètes. Fixons d'abord la valeur précise des deux ternies.

Les mots complet, complément, plein, remplir, etc., nous indiquent le sens d'accompli; c'est celui d'une chose complète, d'une mesure comble, de l'assemblage entier, de la plénitude. Ainsi l'idée d'assemblage est propre au mot ac:;::;;!-; et l'assemblage qu'il annonce est complet, plein, entier.

Parfait est le participe de parfaire, composé du verbefaire et de la proposition par, signifiant à travers, d'un bout.

à l'autre, entièrement. L'idée de ce mot est donc celle d'une chose entièrement achevée, bien faite d'un bout à l'autre, consommée. Nous disons qu'un ouvrage est fait et parfait.

Il n'y a rien à ajouteràcequiestaccompli, il n'y a rien à faire à ce qui est parfait. Un tout est parfait, lorsqu'il a toutes ses parties, toutes régulières, toutes exactemant accordées les unes avec les autres. Un tout est accompli, lorsqu'il est non-seulement parfait, mais fini et travaillé avec le plus grand soin jusque dans les plus petits détails, si plein ou si complet, qu'il n'en emporte pas davantage.

L'ouvrage parfait est donc celui qui réunit toutes les perfections qu'il doit avoir : l'ouvrage accompli est celui qui réunit toutes cellesqu'il peut avoir, par la raison que le motaccompli exige une multitude, un assemblage de choses, de rapports" de qualités et de perfections. (R.)

21. ACCORDER, CONCILIER.

Accorder, dit l'abbé Girard, suppose la contestation ou la contrariété. Concilier ne suppose que l'éloignement ou la diversité.

« On accorde les différends, on concilie les esprits.

» Il paraît impossible d'accorder les libertés de l'Eglise gallicane avec les prétentions de la cour de Rome : il faut nécessairement que tôt ou tard les unes ruinent les autres; car il sera toujours très-difficile de concilier lesmaximesdenosparlemens avec les préjugés du consistoire.

» On emploie le mot accorder pour les opinions qui se contrarient , et le mot concilier pour les passages qui semblent se J contredire.

» Le défaut de justesse dans l'esprit est pour l'ordinaire ce qUi empêche lesdocteursde l'école de s'accorder dans leurs disputes. La connaissance exacte de la valeur de chaque mot, dans toutes les circonstances où il peut être employé, sert beaucoup à concilier les autres.»


Accorder marque, comme son effet caractéristique, l'union étroite des rapports intimes, des fortes convenances , une conformité particulière , la correspondance, le'consentement, l'unanimité, etc. Concilier n'annonce qu'une simple liaison, la compatibilité, le rapprochement, l'attrait d'une chose vers l'autre , une disposition favorable , une sorte d'intelligence.

Vous avez concilié deux passages , dès que vous avez prouvé qu'ils ne se contredisent pas; mais pour accorder deux opinions, il faut au moins les faire rentrer, pour ainsi dire, l'une dans l'autre, de manière qu'elles semblent tenir au même principe, ou aboutir aux mêmes conséquences.

Deux choses qui s'accordent, vont bien ensemble, cadrent l'une avec l'autre, s'ajustent, s'assortissent, se marient fort bien..

Deux choses qui se concilient subsistent seulement ensemble, ne se repoussent pas, s'attirent peut-être l'une l'autre, s'allient même ensemble par de nouveaux moyens. L'accord exclut toute opposition et produit l'harmonie: la conciliation exclut la contradiction ou l'incompatibilité, et dispose à l'accord par des moyens doux et insinuans.

Conciliez d'abord les esprits, si vous voulez qu'ils s'accordent dans leurs délibérations.

On se concilie les cœurs par des paroles et des manières flatteuses; l'uniformité de senlimens les accorde: dans le premier cas, ils ne sont que disposés favorablement ; dans le second, ils sont étroitement unis. (R.) 22. ACCORDER, RACCOMMODER, RECONCILIER.

On accorde les personnes qui sont en dispute pour des prétentions ou pour des opinions. On raccommode les gens qui se querellent ou qui ont des différends personnels. On réconcilie ceux que les mauvais services ont rendus ennemis. Ce sont trois actes de médiation. Dans l'un , on a pour but de faire cesser les contesta lions, et pour y parvenir on a recours aux règles de l'équité ou aux maximes de la politesse; dans l'autre, on travaille à arrêter l'emportement et à apaiser la colère : on se sert pour cela de tout ce qui peut faire valoir les avantages de la paix et de l'union ; dans le dernier on a en vue de déraciner la haine et d'empêcher les effets de la vengeance. On est souvent obligé de faire jouer les autres passions pour vaincre l'obstination de celle-ci.

Accorder et raccommoder peuvent s'appliquer aux choses ainsi qu'aux personnes ; mais ils ne sont traités ici que par rapport à cette dernière application , qui est la seule que puisse avoir le mot de réconcilier. Leur signification générale et commune consiste donc à marquer l'action par laquelle on tâche de remédier aux brouilleries qui surviennent dans la société.


L'action d'accorder travaille proprement sur les manières, soit celles de la conduite, soit celles du discours, pour ramener des esprits aigris. L'action qu'exprime le mot raccommoder agit directement contre la passion et l'animosité, pour calmer des esprits irrités. L'action de réconcilier attaque les projets de la rancune, pour guérir des cœurs ulcérés.

Quoique les hommes soient plus fortement affectés par l'amour de la fortune que par celui de la vérité, l'accord en est pourtant plus aisé à faire dans les altercations qui proviennent de l'intérêt, que dans celles qui naissent des points de croyance. Ce n'est qu'après que le premier feu est passé qu'on peutopérerun raccommodement entre des personnes vivement piquées. La parenté rend, dans les inimitiés, la réconciliation plus difficile. (G.) 25. ACCUSATEUR, DÉNONCIATEUR, DÉLATEUR.

L'accusateur, intéressé comme partie , ou comme protecteur de la société civile, poursuit le criminel devant le tribunal de la justice, pour le faire punir. Le dénonciateur , zélé pour la loi, révèle aux supérieurs la faute cachée, et leur fait con- naître le coupable : il n'est point obligé à la preuve, c'est à ceux-là à faire ce qu'ils jugent à propos, soit pour s'assurer de la vérité, soit pour remédier au mal. Le déLateur, dangereux ennemi des particuliers , rapporte tout ce qu'ils laissent échapper, dans leurs discours ou dans leurs actions, de non conforme aux ordres ou à l'esprit du ministère publjç : il se masque souvent d'un faux air de confiance.

Il faut, pour se porter accusateur, être trèstasné du fait, en avoir des preuves suffisantes, et prendre un grand intérêt à la punition. Dès qu'on a la moindre connaissance d'une conspiration contre l'Etat ou contre le prince, on doit en être le dénonciateur ; autrement on en devient le cumplice. On regarde toujours le délateur comme un odieux personnage, sujet à donner une tournure de crime aux choses innocentes : les gens de celle espèce ne sont guère en crédit que dans les gouvernemens soupçonneux et tyramiiques.

Vii sentiment d'honneur, ou un mouvement raisonnable de vengeance ou de quelque autre passion, semble être le motif de l'accusateur ; rattachement sévère à la loi, celui dt dénonciateur ; un dévouement bas , mercenaire et servile, ou une méchanceté qui se plaît à faire le mal sans qu'il en revienne aucun bien, celui du délateur. On est porté à croire que l'accusateur est un homme irrité ; le déllonciateur" un homme indigné ; le délateur un homme vendu.

Quoique ces trois personnages soient également odieux aux yeux du peuple , il est des occasions où le philosophe ne peut e'empêchcr d'anprouver Yaccusateur et de louer le dénonci.


teur : mais le délateur lui parait méprisable dans toutes.

Il faudrait que l'accusateur vainquit sa passion, et quelquefois le préjugé, pour ne point accuser; au contraire, il a fallu que le denollciateur surmontât. le préjugé pour dénoncer. On n'est point délateur tant qu'on a dans l'aine une ombre d'élévation , d'honnêteté, de dignité. (G.)

L'abbé Girard a joint à ces deux mots celui d'accusateur.

C'est à la justice que s'adresse l'accusateur ; il en sollicite une juste et légitime vengeance; c'est une action particulière qui semble n'avoir pas le caractère odi-eux de celle du dernier.

Délateur, du latin delator, qui cherche, qui découvre, et dé- fère ou rapporte secrètement ce qu'il croit avoir vu, et souvent ce qu'il est intéressé à faire croire : il ne vit que de soupçons; son métier est de trahir ; et jusqu'au masque de l'amitié, tous les moyens lui sont égaux.

La délation fut l'arme des tyrans ; les bons princes ont fait quelquefois subir au délateur des châtimens exemplaires.

Le dénonciateur, du latin denvnciator, est celui qui annonce, qui manifeste, qui rend un fait public ; c'est celui qui défère à la justice, à la société un crime, un complot qui intéresse la sûreté publique ; c'est l'élan sublime de Cicéron contre Verrès et Catilina ; c'est l'action du ministère public qui veille au salut de la patrie. Le débiteur épie et dépose sourdement ; le dénonciateur se découvre : le premier est un lâche assassin qui profite de son crime ; le second est un champion généreux qui court les risques d'un combat à la suite duquel est la peine infligée aux calomniateurs La loi qui encourageait la délation par des récompenses est immorale; celle qui prescrirait la dénonciation serait impolitique. (R.)

24. ACHEVER, FINIR, TERMINER.

On achève ce qui est commencé , en continuant à y travailler. On fmit ce qui est avancé , en y mettant la dernière main. On termine ce qui ne doit pas durer, en le faisant discontinuer. De sorte que l'idée caractéristique d'achever est la conduite de la chose jusqu'à son dernier période ; celle de finir est l'arrivée de ce période; et celle de terminer est la cessation de la chose.

Achever n'a proprement rapport qu'à l'ouvrage permanent, soit de la main, soit de l'esprit. On désire qu'il soit achevé, par la curiosité qu'on a de le voir dans son entier. Finir se place particulièrement à l'égard de l'occupation passagère ; on souhaitequ'ellesoit fiaie, par l'envie de s'en donner une autre, ou par l'ennui d'être toujours applique à la même. Terminer ne se dit guère que pour les discussions, les différends et les courses.


Les esprits légers commencent beau couple choses sans en achever aucune. Les personnes extrêmement prévenues en leur faveur nedormeivt guère de louanges aux autres sans finir par uerrectif-satirique. Ne peut-on pas douter de la sagesse deces lois qui, au lieu de terminer lés procèsi ne servent qu'à les prolonger ? (G.) - -

25. A COUVERT, A L'ABRI.

A couvert désigne quelque chose qui cache ; à l'abri quelque ■ chose qui déffnd. Voilà pourquoi l'on dit, être & couvert dir soleil, à l'abri du mauvais temps ; être à couvert des poursuites de ses créanciers, à l'ubri des insultes de ses ennemis.

On a beau s'enfoncer dans l'obscurité,, rien ne met-à couvert des pousuites de la méchanceté ; rien ne met à l'abri des traits de l'envie. (G.) ; 26. ACRE, APRE.

Ces deux termes s'appliquent aux fruits, ainsi qu'à d'autres alimens : ils marquent dans le goût une sensation désagréable, et enchérissent l'un sur l'autre, de façon que le palais de la bouche est plus vivement affecté par ce qui est âcre que par ce qui est dpre. Le premier fait une impression piquante, qui peut provenir de la quantité excessive des sels ; le second dit.

quelque chose de rude dans.sa composition, et se trouve dans un défaut de maturité.

Apre se dit, au figuré, pour marquer l'excès d'ardeur ou d'avidité que l'on a pour, certaines choses. On dit d'un joueur qu'il est âpre au gain, au jeu.

Apre s'emploie aussi figurément, en parlant d'une personne dont les manières sont choquantes et rudes. (G.) 27. ACLUMONlE, ACRETÉ.

Acrimonie est un terme scientifique exprimant une qualité

active et mordicante qui ne s'applique guère qu'aux humeurs qui circulent dans l'être animé, et dont la nature se manifeste plutôt par les effets qu'elle produit dans les parties qui.en sont affectées, que par aucune sensation distinctive. Acrett est d'un usage commun, par conséquent plus fréquent. Il çon- 1 vient aussi à plusieurs sortes de choses : c'est non seulement une qualité piquante , capable, ainsi que l'acrimonie, "d'être une cause active d'altération dans les parties vivantes du corps animal; c'est encore une sorle.de saveur que le goût distingue et démêle des autres par une sensation propre et particulière que produit le sujet affecté de cette qualité. (G.)- 28. ACTE , ACTION.

« Action, dit l'abbé Girard, se dit indifféremment de tout ce.


qu'on Tait, commun ou extraordinaire ; acte se dit seulement e ce qui est remarquable. # « C'est plus par ses actions que par ses paroles qu'on découvre les sentimens de son cœur. C'est un acte héroïque que de pardonner à son ennemi lorsqu'on est en état de s'en venger.

» Le sage se propose, dans tousses actions, une fin honnête.

Les princes doivent marquer les diverses époques de leur vie par des actes de vertu et de grandeur. On dit une action vertueuse , et une bonne ou mauvaise action ; mais on dit un acte de vertu et un acte de bonté.

« On fait une bonne action en cachant les défauts de son prochain; c'est l'acte de charité le plus rare parmi les hommes.

« Toute le mérite de nos actions vient du motif qui les produit , et de leur conformité à la loi éternelle; mais toute leur gloire est due aux circonstances avantageuses qui les accompagnent et à la faveur qu'elles trouvent dans les préventions humaines. Quelques empereurs se sont imaginé faire des actes d'une insigne piété en persécutant ceux de leurs sujets qui , étaient d'une religion différente de la leur ; d'autres ont cru faire seulement par-là des actes d'une politique indispensable; mais ils ne passent tous que pour avoir fait en cela dt's actes de cruauté.

« Un petit accessoire de sens physique ou historique dis-

tingue encore ces deux mots ; celui d'action ayant plus de rapport à la puissance qui agit, et celui d'acte en ayant davantage à l'effet produit par cette puissance ; ce qui rend l'un propre à devenir attribut de l'autre : de façon qu'on parlerait avec justesse en disant que nous devons conserver dars nos actions la présence d'esprit, et faire en sorte qu'elles soient toutes des actes de bonté ou d'équité. »

L'acte est le produit de l'action d'une puissance. C'est par l'action qu'une puissance fait, actue, effectue.

On marque les degrés de l'action qui annoncent l'énergie ; on marque le nombre des actes, qui forme l'habitude. On dit une action vive, vehémente, impétueuse; le feu , la chaleur de l'action. Une puissance qui reste sans influence, sans mouvement, a perdu son action. On dit un acte , divers actes: d'une telle espèce. La répétition des actes d'avarice décèle l'avare. Nous appelons fou celui qui fait plusieurs actes de folie.

L'acte émane donc de la puissance : ainsi vous dites un acte de vertu, de générosité, d'équité, de magnanimité. L'action est le mode de la puissance : ainsi vous dites une action vertueuse , généreuse, équitable, magnanime. L'action vertueuse a telle qualité; l'acte de WJJIJ appartient à telle cause. --


L'action distingue tel ou tel genre de chose, et l'acte est l'exercice actuel de tel genre d'action, Ainsi l'action spécifiant proprement la chose, exprime l'idée de faire une chose; l'acte, n'énonçant proprement que le mouvement physique , n'emporte que l'idée simple d'agir.

Il résulte encore de là que l'action marque mieux l'inten tion, le dessein, et reçoit les qualifications morales plutôt que l'acte. Nous faisons des actes de foi, d'espérance, de charité; ces actes ne sont que des émissions, des déclarations, des aveux de nos sentimens, et non pas des actiolls. Nous péchons par pensée, par paroles, par action. La pensée n'est qu'un acte, et l'action est une œuvre. (R.) 29. ACTEUR, COMÉDIEN.

Dans le sens propre, on nomme ainsi ceux qui jouent la comédie sur un théâtre ; mais il n'est pas vrai, comme le dit le P. Bonhours, que, dans ce sens, ces deux mots aient absolument la même signification.

• Acteur est relatif au personnage que représente celui dont on parle : comédien est relatif à sa profession. Des amis , rassemblés pour s'amuser entre eux, jouent sur un théâtre domestique un drame dont ils se partagent les rôles : ils sont acteurs, puisqu'ils ont chacun un personnage à représenter ; mais ils ne sont pas comédiens, puisque ce n'est pour eux qu'un amusement momentané, et non Pei" une profession consacrée à l'amusement du public. Les jeunes gens qu'une institution un peu plus que gothique fait monter sur les théâtres de collège, sont acteurs, et ne sont pas comédiens; mais quelques-uns, qui sans cela seraient peut-être devenus d'hahiles avocats, de bons médecins, de pieux ecclésiastiques, sont devenus de mauvais romédiells. pour avoir été au collège de pitoyables acteurs, encouragés par des applaudisseniens imbécilles.

Dans le sens figuré, ces deux termes conservent encore h même distinction a boaucoup-d'égards.

Acteur se dit de celui qui a part dans la conduite , dans l'exécution d'une affaire, dans une partie de jeu ou de pl.-.isir : comédien, de celui qui feint bien des passions, des sentimens qu'il n'a point, dont la conduite est dissimulée et artificieuse.

Le premier terme se prend en bonne ou en mauvaise part, - selon la nature de l'affaire où l'on est acteur : le second ne se prend jamais qu'en mauvaise part, parce que la dissimulation , qui fait le comédien, est toujours une chose odieuse. (B.) 50. ADHÉRENT, ATTACHÉ , ANNEXE.

Une chose est adhérente par l'union que produit la nature,


ou par celle qui vient du tissu et de la continuité de la matière. Elle est attachée par des liens arbitraires, mais réels , avec lesquels on la fixe dans la place ou dans la situation où.l'on veut qu'elle demeure. Elle est annexée par une simple jonction morale , effet de la volonté et de l'institution humaine. -

Les branches sont adhérentes au tronc, et la statue l'est à son piédestal, lorsque le tout est d'un seul morceau. Les voiles sont attachées au mât, et les tapisseries aux murs. Il y a des emplois et des bénéfices annexés à d'autres pour les rendre plus considérables. > i 1.1 Adhèrent est du ressort de la physique, par conséquent tonjours pris dans le sens littéral.Attaché est totalement de l'usage ordinaire; il s'emploie assez communément et fréquemment dans le sens figuré. Aimexé tient un peu du style législatif, • et passe quelquefois du littéral au figuré. - t Les excroissances qui se forment sur les parties du corps animal sont plus ou moins adhérentes, selon la profondeur de leurs racines. Il n'est pas encore décidé que l'on soit plus fortement attaché par les liens de l'amitié que par ceux de l'intérêt , les inconstans n'étant pas moins rares que les ingrats. v Il semble que l'air fanfaron soit annexé à la fausse bravoure, et la modestie au vrai mérite. (B.) ■ •

- 51. ADMETTRE, RECEVOIR.

On admet quelqu'un dans une société particulière : on le reçoit à une charge. -

Le premier-est une faveur accordée par les personnes qui composent la société, en conséquence de ce qu'elles vous jugent propre à participer à leurs desseins, à goûter leurs occupations, et à augmenter leur amusement et leur plaisir.

Le second est une opération par laquelle on achève de vous donner une entière possession , et de vous installer dans la place que vous devez occuper, en conséquence d'un droit acquis , oit par bienfait, soit par stipulation.

Ces deux mots ont encore., dans un usage plus ordinaire, une idée commune qui les rend synonimes , et dont la différence consiste alors en ce qu'arfmeffre semble supposer un objet plus intime et plus de choix, et que recevoir paraît exprimer quelque chose de plus extérieur, et où il faut moins de précaution.

Ainsi on admet dans sa familiarité et dans sa confidence

ceux qu'on en juge digues : on reçoit dans les maisons et dans l les cercles ceux qu'on y présente.

Les ministres étrangers sont admis a l'audience du prince, et reçus à sa cour.

Mieux les sociétés sont composées, plus elles doivent avoir


attention à n'admettre que de bons sujets. Quoique la probité, la sagesse et la science nous fassent estimer , elles ne nous f nt pas néanmoins recevoir dans le monde : cette prérogative est dévolue aux talens et à l'esprit d'amusement. (G.)

52. ADORER, HONORER, RÉVÉRER.

Ces trois mots s'emploient également pour le culte de religion et pour le culte civil. Dans le premier emploi, on adore Dieu, on honore les saints, on révère les reliques et les images.

Dans le second, on adore une maîtresse , on honore les honnêtes gens, on révère les personnes illustres et celles d'un mérite distingué.

En fait de religion , adorer , c'est rendre à l'Etre suprême un culte de dépendance et d'obéissance; honorer, c'est rendre aux êtres subalternes, mais spirituels, un culte d'invocation ; révérer, c'est rendre un culte extérieur de respect et de soin à des êtres matériels, relativement aux êtres spirituels à qui ils ont appartenu.

Dans le style profane, on adore en se dévouant totalement au service de ce qu'on aime, et en admirant jusqu'à ses défauts; on honore par les attentions, les égards et les politesses : on révère en donnant des marques d'une haute estime ou d'une considération au-dessus du commun.

La manière d'adorer le vrai Dieu ne doit jamais s'écarter de la raison, parce qu'il en est l'auteur, et qu'elle n'a été donnée à l'homme que pour qu'il en fasse un usage continuel. On n'honorait pas les'saints , ni on ne révérait leurs images dans les premiers siècles de l'Eglise , parce que l'aversion qu'on avait pour l'idolâtrie, alors régnante , rendait circonspect sur un culte dont le précepte n'était pas assez formel pour ne point éviter le scandale et la méprise qu'il pouvait occasioner dans ces temps-là. (G.) 53. ADOUCIR, MITIGER, MODÉRER, TEMPÉRER.

Le propre d'adoucir est de corriger toute qm::,é désagréable au goût ; celui de mitiger est de corriger l'austérité ou autre qualité analogue ; celui de modérer est de corriger, ou plutôt de supprimer l'excès ; celui de tempérer est de corrigei ou de diminuer la force pour affaiblir l'effet. 0 Tous les moyens contraires à la qualité vicieuse adoucissent ; les modiifcations, les amendemens , la réforme, mitigent; le frein, la règle, la puissance, le temps, modèrent; les contraires , leur mélange, les contre-poids , les contreforces, tempèrent.

Vous adoucissez l'amertume de la douleur par l'expression naïve de cette sensibilité vraie, que le cœur du malheureux préfère au secours même. Vous miiigez l'austérité d'un insti-


lut par des dispenses qui le mettent plus à la portée oe l'humanité. Vous modérez la passion d'un homme aveugle, par une attention délicate à lui montrer l'objet tel qu'il est, tout autre qu'il ne le voit. Vous tempérez l'éclat de la gloire par la modestie qui la fait supporter.

L'abbé Girard a comparé ensemble adoucir et mitiger, mais appliqués seulement aux règles religieuses , et sans nous en donner les notions générales qui conviennent aux différentes manières de les employer.

Selon lui, adoucir, c'est diminuer la rigueur de la règle, pàr des dispenses ou des tolérances, dans des choses passagères et particulières, effet de la bonté et de la facilité du supérieur; et mitiger, la diminuer parla réforme des points rudes ou trop difficiles, au moyen d'une constitution constante, et en vertu d'une convention de tous les membres du corps. Ce qui est vrai, cZest qu'une règle s'adoucit par toute espèce de modération et de tempérament, quelle qu'en soit la cause, et qu'elle est mitigée, lorsqu'elle est adoucie, suivant les formes régulières , par l'autorité compétente. Ainsi l'on appelle ordres mitigés, ceux dont la règle primitive a été adoucie par une règle nouvelle. (R.) -

54. ADRESSE , SOUPLESSE , FINESSE, RUSE, ARTIFICE.

L'adresse est l'art de conduire ses entreprises d'une manière propre à y réussir. La souplesse est une disposition à s'accommoder aux conjonctures et auxévènemens imprévus. La finesse est une façon d'agir secrète et cachée. La ruse est une voie déguisée pour aller à ses fins. L'artifice est un moyen recherché et peu naturel pour l'exécution de ses desseins. Les trois premiers mots se prennent plus souvent en bonne part que les deux autres.

L'adresse emploie les moyens, elle demande de l'intelligence. La souplesse évite les obstacles ; elle veut de ladocilité.

La finesse insinue d'une façon insensible; elle suppose de la pénétration. La ruse trompe; elle a besoin d'une imagination mgéniense. L'artifice surprend ; il se sert d'une dissimulation préparée.

Il faut qu'un négociant soit'adroit; qu'un courtisan soit rouple: qu'un politique soit fin ; qu'un espion soit rusé; qu'un lieutenant-criminel soit artificieux dans ses interrogations.

Les affaires difficiles réussissent rarement, si elles ne sont traitées avec beaucoup d'adresse. Il est impossible de se maintenir long-temps dans la faveur, sans être doué d'une grande souplesse. Si l'on n'est pas extrêmement fin, l'on est bientôt pénétré à la cour jusqu'au fond de l'ame. Il n'est pas d'un galant homme de se servir de ruse, excepté en cas de représailles et en fait de guerre. On est quelquefois obligé d'user d'artifice,


pour ménager les gens épineux, ou pour ramener au point da la vérité des personnes fortement prévenues. ( Voyez l'article nesse. ruse.) (G.) 55. ADROIT , HABILE , ENTENDU.

Habile se dit de la conduite ; entendu, des lumières de l'esprit; et adroit, des gracés de l'action. Adroit, dans le discours malin, se prend quelquefois pour une honnête fripon.

( Dict. Ph. )

56. AFFECTATION, AFFÉTEIliE.

Elles appartiennent toutes les deux à la manière extérieure de se comporter, et consistent également dans l'éloignement do naturel : avec cette différence , que l'affectation a pour objet les pensées, les sentimens et le goût dont on veut faire parade; et que l'afféterie ne regarde que les petites manières par lesquelles on croit plaire.

L'affectation est souvent contraire à la sincérité : alors elle travaille à décevoir ; et, quand elle n'est pas hors du vrai, elle ne déplaît pas moins que la trop grande attention à faire parattre ou remarquer la chose. L'afféterie est toujours opposée au simple et au naïf ; elle a quelque chose de recherché qui déplaît surtout à ceux qui aiment l'air de la franchise : on la passe plus aisément aux femmes qu'aux hommes.

*0n tombe dans l'affectation, en courant après l'esprit; et dans l'afféterie, en recherchant les grâces. L'affectation et l'afféterie sont deux défauts que certains caractères bien tournés ne peuvent jamais prendre, et que ceux qui les ont pris ne peuvent presque jamais perdre. Il n'y a guère de petits-maitres sans affectation, ni de petites-maîtresses sans afféterie. (Encyclop. I. 157.) 57. AFFECTER, SE PIQUER.

Selon M. l'abbé Girard,affecter se dit des habitudes du corps, telles que la manière de parler, de marcher, de s'habiller, le ton, les airs et les façons : se piquer se dit desqualitésde l'ame , soit celles de l'esprit ou du cœur, ainsi que des talens naturels ou acquis, tels que l'esprit, le goût, l'équité, la beauté, le chant.

Dans l'une et l'autre acception, affecter n'est point le synonyme de se piquer. Avoir fort à cœur une prétention, c'est se piquer ; manifester ou jdéceler la prétention par des manières recherchées, étudiées, singulières, habituelles, choquantes, c'est affecter. On se pique en soi; on affecte au dehors. Celui qui se pique d'avoir une qualité, a telle opinion de lui-même; celui jui l'a ffecte, veut vous donner de lui telle opinion. Le premier croit être tel : le second veut le paraîtiu.


Il arrive sans aotile que ces deux sentimens se trouvent réunis, mais ils n'en sont pas moins diffcrens.

Vous vous piquez d'être homme d'honneur. et vous ne l'affectes pas, vous ne l'affichez pas, vous n'en faites pas gloire.

L'hypocrite affecte les vertus de l'homme de bien ; et certes il ne se pique pas de les avoir, à moins qu'abusivement on ne veuille dire qu'il a l'aie de s'en piquer, ou qu'il agit comme s'il t'en piquait.

On^oit et on dit qu'un homme se pique d'une chose, lorsqu'il est si sensible, si susceptible, si délicat sur cet article, qu'il se pique même du mot, du trait le plus léger qui lui fait soupçonner, imaginer qu'on n'a pas de lui la même opinion. (R.)

58. AFFECTION , DÉVOUEMENT.

Ces deux mots présentent l'idée de la bienveillance et de l'amitié.

Affection, latin affectio, action d'aimer. La syllabe affi, dans les mots français, indique ordinairement un redoublement de l'action du simple dont il est dérivé : ainsi, affamé, avoir plus de faim; affinité, plus de relation; affiner, rendre plus fin; afficher, rendre plus public; affectation, soin plus particulier , etc. Affection, dérivé d'afficere, toucher, faire impression, sert

au physique et au moral. C'est une sorte d'action continue, un sentiment profondément gravé, qui vous rend sujet, vous attache. C'est une passion douce, toujours en activité; sa terminaison l'annonce.

Dévouement, latin dévotio , est une sorte de consécration; c'est l'ouuli de soi-même.

L'affection a ses degrés, îe dévouement absolu n'en a pas.

L'affection est souvent ardente, impétueuse; elle prend le caractère de passion ; elle ne raisonne pas , c'est l'amôur.

Le dévouement est toujours le résultat d'un amour ardent, mais il ne faut pas conclure de là qu'il soit toujours une conséquence nécessaire de cet amour.

En abusant, si l'on veut, de l'expression, la politesse et l'usage nous comblent d'assurances d'affection, alors que nous sommes au moins indifférens. On nous assure d'un dévouement absolu, lors même nu'on Hons refuse une chose qui est juste, mais ne proscrivons pas ces formules, c'est un hommage continuel qu'on rend au sentiment qui doit unir les hommes. (R ; 59. AFFERMER. LOUER.

Ces deux mots signifient l'action par laquelle le propriétaire d'une chose en cède à un autre la jouissance et l'usufruit au moyen d'une somme par an.


Mais affermer ne se dit que des biens ruraux. et louer est destiné aux logemens, ustensiles, animaux. (G. )

40. AFFLICTION, èUAGRIN, PEIE.

L'affliction est au chagrin ce que l'habitude est à l'acte. La mort d'un père nous af/lige, la perte d'un procès nous donne du chagrin, le malheur d'une personne de connaissance nous cause de la peine, L'offlidion abat. le chagrin donne de l'humeur, la peine attriste pour un moment.

Les affliges ont besoin d'amis qui les consolent en s'affligeant avec eux : les personnes chagrines, de personnes gaies qui leur donnent des distractions; et ceux qui ont de la peine, d'une occupation, quelle qu'elle soit, qui détourne leurs yeux de ce qui les attriste, sur un autre objet. (Ellcycl.

l m. 51. AFFLIGÉ, FACHÉ, ATTRISTÉ, CONTRiSTÉ, MORTIFIÉ.

Leur service commun étant de présenter le déplaisir dont rame est affectée, ils tirent leurs différences de celles des \ènemells qui causent ce déplaisir.

Les deux premiers sont l'effet d'un mal particulier, soit qu'il nous touche directement, soit qu'il ne nous regarde qu'indirectement dans le personne de nos amis : mais le terme d'affligé exprime plus de sensibilité, et suppose un mal plus grand que ne fait celui de fâché. Il me semble aussi voir, dans une personne affligée, un cœur pénétré réellement de douleur, ayant un motif fort, et venant d'une chose à laquelle il ne parait point y avoir de remède : au lieu que dans une personne (dchée il n'y a souvent que du simple mécontentement, produit par quelque cluse de volontaire, et qu'on pouvait empêcher On est affligé de la perte de ce qu'on aime, d'une maladie dangereuse. d'un bouleversement de fortune : on est fâché d'une perte au jeu, d'une partie manquée, d'un contre-temps survenu , d'une indisposition. Ce qui afflige ruine les fondemens de la félicité, en attaquant les objets de l'attachement : ce qui fâche ne fait que troubler un peu la satisfaction, en contrariant le goût ou le système qu'on s'est fait

Attristé et contristé ont leur cause dans des maux plus éloignés @ et moins personnels que ceux qui produisent les deux précédentes situations. Ils paraissent s'opposer plutôt à la gaité et à la joie, qu'à la satisfaction particulière et intérieure. La différence qu'il y a entre eux ne consiste qu'en ce que l'un enchérit sur l'autre. Attristé désigne un déplaisir plus apparent que profond, et qui ne fait qu'effleurer le .œur. Contristé marque une personne plus touchée, et des maux plus grands et plus prochains. On est attristé d'une


maladie populaire, d'une continuation de mauvais temps, des accidens qui arrivent sous nos yeux, quoiqu'à des personnes différentes : on est contristè d'une calamité générale, des ravages que fait autour de nous une maladie contagieuse , de voir ses projets manques, et toutes ses espéranc évanouies.

Mortifié indique un déplaisir qui a sa source, ou dans les fautes qu'on fait, ou dans les mépris, les airs deliauteur et les ironies qu'on essuie, ou dans le succès d'un concurrent : l'amour-propre y est directement attaqué. Un auteur est toujours mortifié de la critique qu'on fait de son ouvrage, surtout quand plie est juste.

Les personnes sensibles s'affligent plus facilement que les indifférentes. Les petits esprits sont fâchés de peu de chose.

Ceux qui ont du penchant à la mélancolie s'attristent aisément.

L'ardeur de la passion et la vivacité du désir font qu'on est roitti-isfé quand on ne réussit pas. Plus on a de vanité, plus on a occasion d'être mortifié. (G.) 42. AFFRANCHIR , DÉLIVRER.

« On a ffranchit, dit l'abbé G irard, un esclave qui est à soi; on délivre un esclave qu'on tire des mains de l'ennemi. Dans le sens figuré, ajoute t-il , on s'affranchit des servitudes du cérémonial, des craintes puériles, des préjugés populaires ; on se délivre des incommodes, des curieux , des censeurs. Il Il est dit , dans l'encyclopédie, qu'affranchir marque plus d'efforts que d'adresse; et délivrer, plus d'adresse que d'efforts.

iiur quel fondement ?

Ne nous bornons pas à de simples allégations, qui n'instruisent point tant qu'elles ne sont pas justifiées.

Affranchir est, à la lettre, donner la franchise ; et délivrer, rendre la liberté.

On affranchit une terre d'une redevance, d'une charge, de toute servitude dont elle était grevée. On délivre un pays d'ennemis , de brigands, de tout ce qui lui est nuisible.

On affranchit d'une sujétion, d'un devoir, d'un droit, d'un tribut, d'un engagement, espèce de servitude qui nous ôte une liberté : on délivre d'un poids, d'un fardeau, d'une charge , d'un embarras, d'une entrave, d'un travail, autant de gênes qui nuisent à la liberté naturelle.

Le mot d'affranchir désigne un acte d'autorité, de puissance, etc. ; car il faut une puissance pour briser le joug que la puissance impose. Délivrer ne demande qu'une voie de fait, un acte tel quel, sans idée accessoire ; car on délivre par toutes sortes de moyens.

C'est pourquoi vous affranchissez votre esclave; il était à vous ; vous étiez le maître de retenir sa liberté ou de la lui re-


aneMre : et c'est pourquoi vous délivrez l'esclave d'autrui ; il a "4011 maître, il faut l'enlever ou le racheter.

Le baptême nous affranchit du premier lien du péché : la graoe-nous délivre dè la tentation. Dans le premier cas s il y a -changement de condition f et dans le second, changement de -situation. (R.) -355. AFFREUX , HORRIBLE, EFFROYABLE , ÉPOUVANTABLE.

Ces epithètes sont du nombre de celles qui, portant la qua..

lification jusqu'à l'excès, ne sont guère employées avec les adverbes de quantité qui forment des degrés de comparaison.

JEUes qualifient tputes les quatre en mal ,.m<lis en mal provenant d'une conformation laide? ou- d'un aspect déplaisant, Les deux premières semblent avoir un rapport pi us précisé" la difformité, et les deux dernières en ont plus particulièrement jàTênormité.

Ce qui est affreux inspire le dégoût ou l'éloignement; l'on a peine à en soutenir la vue. Une chose horrible excite f aversion ; on ne peut s'empêcher de la condamner. L'effroyable est capable de faire peur; on n'ose l'approcher. L'épouvantable iîause l'étonnement, et quelquefois la terreur : on le fait; et si en le regarde, c'est avec surprise.

Ces mots, souvent employés au figuré en ce qui regarde les mœurs et la conduite, le sont dussi à l'égard des ouvrages de Tesprit dans la critique qu'on en a faite. ( G. ) 44. AFFRONT, INSOLTE, OUTRAGE, AVANIE.

1?affront est un trait de reproche ou de mépris lancé en facè de témoins ; il piqueet mortifie ceux qui sont sensibles à l'honlieur. L'insulte est une attaque faite avec insolence; on la repousse ordinairement avec vivacité. L'outrage ajoute à l'insulte tin excès de violence qui irrite. L'avanie est un traitement humiliant qui expose au mépris et à la moquerie du public. Ce n'est pas réparer son honneur que de plaider pour un af-

fnJnt reçù: Les honnêtes gens ne font jamais d'iiisulte-à personne. Il est difficile de décider en quelle occasion l'outrage ;est le plus grand, ou de ravir aux dames par violence ce qu'elles * sefusent, ou de rejeter avec dédain ce qu'elles offrent. Quand -on est en butte au peuple, il faut s'allendre aux avanies, ou ne ..;Se point montrer. (G.) -.

45. AGITATION j TOURMENT. : - 'Tourineirt, dans un sens moral, est un malaise dont la cause est déterminée. Agitation est une inquiétude de l'ame jqui veut ïtre mieux et oui n'est iunaisbien. La vie des gens du monde -est aguee par ia rècnercne des plaisirs jxelle de thomine eit-


vieux est toumentèe des plaisirs d'autrui : il n'y a pas plus de remède à l'un qu'à l'autre.

On n'est qu'agité par la crainte ou l'espérance quand l'objet n'en est pas fort important : on est véritablement tourmenté s'il intéresse davantage. En général l'incertitude est toujours près du tourment, et J'agitation est toujours loin du , bonheur.

Le mut d'agitation est impropre, lorsqu'on parle d'un homme passionné : les passions ne connaissent guère que les tourment et les transports. Dire d'un amant qu'il attend un rendez-vous sans savoir si l'on viendra ou si l'on ne viendra pas, qu'il est dans Yagitation, c'est n'avoir jamais connu le tourment d'aimer.

Les ames faibles, près de qui tous les objets passent rapidement sans laisser de traces bien distinctes, peuvent être dans l'agitatilm : c'est un simple ébranlement qui ne va pas jusqu'à la secousse. Les ames fortes sont réservées aux tourmetis, comme les tempéramens robustes sont faits pour les grandes maladies.

Les esprits médiocres sont agités d'idées communes qui ne leur coulent guère que la peine de se ressouvenir. Le génie est tourmenté de sa pensée jusqu'au moment où ce qu'il produit lui parait au niveau de ce qu'il a conçu. (ANON.) 46. AGRANDIR, AUGMENTER.

On se sert d'agrandir lorsqu'il est question d'étendue ; cl lorsqu'il s'agit de nombre, d'élévation ou d'abondance, on se sert d'augmenter. On agrandit une ville, une cour, un jardin.

On augmente le nombre des citoyens, la dépense, les revenus.

Le premier regarde particulièrement la quantité vaste et spacieuse : le second a plus de rapport à la quantité grosse et multipliée. Ainsi l'on dit qu'on agrandit la maison quand on lui donne plus d'étendue par la jonction de quelques bâiimens faits sur les côtés : mais on dit qu'on l'augmente d'un étage ou de plusieurs chambres.

En agrandissant son terrain, on augmenfe son bien.

, Les princes s'agrandissent en reculant les bornes de leum Etats, et croient par-là augmenter leur puissance : mais souvent ils se trompent ; car cet agrandissement ne produit qu'une augmentation de soins, et quelquefois même c'est la première cause de la décadence d'une monarchie.

Il n'est pas de plus incommode voisin que celui qui ne pense qu'à s'agrandir. Un roi qui s'occupe plus à augmenter son autorité qu'à faire un bon usage de celle que les lois lui ont donnée, est un maître fâcheux pour ses sujets.

Toutes les choses de ce monde se font aux dépens les unes des autres : le riche n'àgrandit son domaine qu'en resserrut


ceux du pauvre; le pouvoir n'augmente jamais que par la di-

minution de la liberté ; et je croirais presque que la nature n'a fait des gens d'esprit qu'aux dépens des sots. -

Le désir de l'agrandissement cause, dans la politique, la circulation des Etats; dans-la police, celle des conditions; dans la morale, celle des vertus et des vices ; et dans la physique, celles des corps : c'est le ressort qui fait jouer ta machine universelle, et qui nous en représente toutes les parties dans une vicissitude perpétuelle, ou d'augmentation,-ou de diminution.

Mais il y a pour chaque chose, de quelque espèce qu'elle soit, un peu moins marqué jusqu'où il est. permis de s'agrandir; son arrivée à ce point est le signal fatal qui avertit ses adversaires de redoubler leurs efforts et d'augmenter leurs forces pour se mettre en état de profiter de ce qu'elle va perdre: (G.) , 47. AGRÉABLB, DÉLECTABLE.

Agréable convient non seulement pour toutes les sensations dont l'ame est susceptible, mais encore pour ce qui peut satisfaire la volonté, ou plaire à l'esprit ; au lieu que délectable ne se dit proprement que de ce qui regarde la sensation du goût, ou de ce qui flatte la mollesse :'ce.aeroier, moins étendu par l'objet, est plus énergique pour l'expression du-plaisir.L'art du philosophe consiste à se rendre tous les objets' agréables, par la manière de les considérer. La bonne chère ..j'est délectable,qu'aulant que la santé fournit de l'appétit. (G.) 48. AGRICULTEUR, CULTIVATEUR , COLON. - Le mot agriculteur a un sens plus étendu ; c'est lin pro-

priétaire qui fait valoir par lui-même et en grand. Celui de cultivateur a un sens plus borné; c'est un amateur de la cultivation qui s'adonne à un genre particulier de culture, comme les arbres, ou les fleurs, ou les plantes médicinales. On appelle colons ceux qui vont s'établir dans un pays étranger, et y fonder une colonie.

Ainsi, suivant la valeur propre des termes, l'agriculteur cultive l'agriculture ; le Cultivateur, la terre; le colon, le pays.

Le premier professe l'art en amateur, c'est son goût et son talent; le second l'exerce en entrepreneur, c'est son travail et son état; le dernier le pratique en homme de la glèbe; c'est sa vie. L'agriculteur est attaché à l'art; le sultivateur, à un domaine, à un genrede culture ; le colon, aux champs.

L'économie politique distingue les peuples agriculteurs des peuples ou chasseurs ou pastetirs.

L'économie civile distingue là classe des cultivateurs de celle des propriétaires et de la classe industrieuse. Les fiches cultivateurs font seuls les riches Etats.

L'économie rurale distingue les simples çolons des forfs


cultivateurs, et elle les voit à regret fourmiller, dans la décadence des empires, sur les ruines de ces dermers. Les pauvres colons, sans avances, sans lumières, sans ressources, font les Etats pauvres. (R.) 49. AIMER, CHÉRIR.

Nous aimons généralement ce qui nous plaît, soit personnes, soit toutes les autres choses; mais nous ne chérissons que les personnes, ou ce qui fait, en quelque façon, partie de la nôtre, comme nos idées, nos préjugés, même nos erreurs et nos illusions.

Chérir exprime plus d'attachement, de tendresse et d'attention. Aimer suppose plus de diversité dans la manière.

L'un n'est pas l'objet de précepte ni de prohibition ; l'autre est également ordonné et défendu par la loi, selon l'objet et le degré.

L'évangile commande d'aimer le prochain comme soi-même, et défend d'aimer la créature plus que le Créateur.

On dit des coquettes, qu'elles bornent leur satisfaction à être aimées; et des dévotes, qu'elles chérissent leur directeur.

L'enfant chéri est souvent celui de la faniille qui aime le moins son père et sa mère. (G.) 50. AIMER MIEUX, ATMER PLUS.

L'idée de comparaison et de préférence qui est commune à ces deux phrases les fait quelquefois confondre comme entièrement synonymes ; cependant elles ont des différenoes marquée..

Aimer mieux ne marque qu'une préférence d'option, et ne suppose aucun attachement ; aimer plus marque une préférence de choix et de goét, et désigne un attachement plus grand..

De deux objets dont on aime mieux l'un que l'autre, on préfère le premier pour rejeter le second; mais de deux objets dont on aime plus l'un que l'autre, on n'en rejette aucun; on est attaché à l'un et à l'autre, mais plus à l'un qu'à l'autre.

Une arne honnête et juste aimerait mieux être déshonorée par les calomnies les plus atroces, que de se déshonorer ellemême par la moindre des injustices, parce'qu'elle aime plus la justice que son honneur même. (G.) 51. AIR, MANIÈRES.

L'air semble être né avec nous ; il frappe à la première vue.

Les manières viennent de l'éducation; elles se développent successivement dans le commeree de la vie.

Il y a à toutes choses un bon air qui est nécessaire pour


plaire : ce sont les belles manières qui distinguent l'honnête, homme.

L'air dit quelque chose de plus fin ; il prévient. Les manières disent quelque chose de plus solide ; elles engagent.

Tel qui déplait d'abord par son air, plait ensmte. par ses manières.

On se donne un air. On affecte des manières.

Les airs de grandeur que nous nous donnons mal à propos ne servent qu'à faire remarquer notre petitesse, dont on ne s'apercevrait peut-être pas sans cela. Les mêmes manières qm siéent quand elles sont naturelles, rendent ridicules quand elles sont affectées.

Il est assez ordinaire de se laisser prévenir par l'air des personnes, ou en leur faveur, ou à leur désavantage ; et c'est presque toujours les manières, plutôt que les .qualités essentielles, qui font qu'on est goûté dans le monde, ou qu'on ne Test pas.

L'air prévenant et les manières engageantes sont d'un plus grand secours auprès des dames que le mérite du cœur et de l'esprit.

On dit composer son air, étudier ses manières.

Pour être bon courtisan, il faut savoir composer son air, selon les différentes occurrences, et si bien étudier ses manières, qu'elles ne découvrent rien des véritables sentimens. (G.) 52. AIR, MINE, PHYSIONOMIE.

L'air dépend non-seulement du visage, mais encore de la taille, du maintien et de l'action. Ce mot est plus fréquemment employé pour ce qui regarde le corps que pour ce qui regarde l'ame. L'air grave a beaucoup perdu de son prix; l'air avantageux en a pris la place.

La mine ne dépend quelquefois que du visage, et d'autres fois elle dépend aussi de la taille, selon qu'on applique ce terme ou à quelque chose d'intérieur, ou au seul extérieur.

L'humeur aigre n'est pas incompatible avec la mine douce.

Un homme de bonne mine peut être un homme de peu de valeur. -

La physionomie se considère dans le seul visage ; elle a plus de rapport à ce qui concerne l'esprit, le caractère et les événemensde l'avenir. Voilà pourquoi l'on dit une physionomie beureHse, une physionomiespiritneHe. La plupart des hommes ont leur ame peinte dans leur physionomie. (G.) 53. AIS, PLANCHE.

« Je ne connais point de mots pins synonymes que ces deux-

là, dit /abbé Girard. La différence de genre n'en produit au-


cune dans le sens littéral. Tout ce que j'aperçois de propre à en distinguer le caractère, c'est, dans le mot plallche, une plus grande étendue de signification, avec un certain rapport au service, qui fait qu'il ar des dérivés, et qu'on s'en sert dans 1 le sens figuré; au lieu que celui d'ais, privé de tout accessoire, n'est employé que dans un sens littéral, et même si rarement, qu'il paraît vieillir.

« On fait des ais de toutes sortes de bois. On passe le ruisseau sur une planche : le baptême est la première planche qui sauve l'homme du naufrage général causé par le péché d'Adam; et la pénitence est la seconde planche pour le tirer de sa chute particulière, et le conduire au port du salut.

« Il me semble, dit M. Beanzée, que le mot planche désigne principalement la forme longue el plane d'un corps; delà vient qu'il y a des planches de cuivre, el qu'en termes de jardinage, on appelle planche un espace de tetre plus long que large, et séparé d'un espace pareil par un sentier. Le mot ais ne peut se dire que de planches de bois, et il renferme en outre dans la signification l'idée spéciale d'une destination.

particulière. »

Je remarque que les relieurs, les imprimeurs, les fondeurg" les vitriers, appellent quelquefois, sans addition, ais des pièces de bois longues, larges et peu épaisses, qui leur servent à divers usages, ce qui sous-entend l'idée de service.

Ais est donc plutôt le mot propre et générique : la planche parait être une espèce d'ais d'une certaine largeur et d'uneè cerlakij longueur; sans quoi il faut modifier ce mot par un.

diminutif, et dire planchette ou petite planche.

Vais, considéré dans sa largeur, ou employé dans ce sens pour servir par sa surface même, comme dans une table, des tablettes, un plancher, etc., est proprement une plallche: s'il ne sert qu'à serrer ou contenir, s'il est placé de champ, il M'est qu'un -ais. Il me semble que c'est là le principal office des ais dans les arts que nous venons de nommer. Boileau dit fort bien que des ais serrés forment la clôture du cliantre dans le chœur; on dit : ren fermé entre quatre ais, pour dire, dans une bière. (G.) 54. AISE , CONTENT , RAVI.

Ils expriment la situation agréable de l'ame avec une sorte de gradation, ou le premier, comme plus faible , se fait ordi* nairement appuyer de quelque augmentatif. Cette gradation me parait avoir sa cause dans le plus ou moins d'intimité qu'ont avec l'ame les choses qui lui procurent de l'agrément.

Nous sommes bien aises des succès qui ne nous regardent qu'indirectement. L'accomplissement de nos propres désira f dans ce qui nous concerne personnellement, nous rend con-


tents. La forte impression du plaisir fait que nous sommes ravis. Lorsqu'on est affecté de basse jalousie, on n'est jamais fort aise du bonheur d'autrui. Il ne suffit pas toujours , pour être content, d'avoir obtenu ce qu'on souhaitait; il faut encore voir au-delà l'espérance d'un progrès flatteur. On est ravi dans un temps de ce qui ne touche pas dans un autre. (G.) 55. AISÉ, FACILE.

« Ils marquent l'un et l'autre, dit l'abbé Girard , ce qui se fait sans peine ; mais le premiercle ces mots exclut proprement la peine qui nait des obstacles el des oppositions qu'on met à la chose; et le second exclut la peine qui naît de l'état même de la chose. Ainsi l'on dit que l'entrée est facile, lorsque personne n'arrête au passage; et qu'elle est aisée, lorsqu'elle est large et commode à passer. Par la raison de cette même énergie, on dit d'une femme qni ne se défend pas, qu'elle est facile, et d'un habit qui ne gêne pas, qu'il est aisé.

« Il est mieux , ce me semble, de se servir du mot faciley en dénommant l'action; et de celui d'aisé, en exprimant l'événement de cette action; de sorte que je dirai d'un port commode, que l'abord en est facile, et qu'il est aisé d'y aborder. »

Facile suppose donc une intelligence; aisé s'arrête à l'opération : celui-ci n'a point d'atittes rapports; l'autre a un rapport particulier avec la puissance. Une chose est donc aisée en elle-même, quand elle nous laisse sans gêne , au large, à l'aise , avec liberté, commodément. Une chose est facile par rapport à nous, quand nous pouvons la faire, quand elle est faisable sans peine, sans effort, sans beaucoup de travail.

On dit qu'un habit est aisé, et non pas facile, lorsqu'il ne gêne pas.

Un chemin est facile, lorsqu'on le trouve sans peine; lorsqu'on y marche sans peine, il est aisé. Facile annonce , dans la première phrase, une opération de l'esprit; dans la seconde, aisé ne marque que l'exercice du corps.

Une chose ne nous parait pas facile, quand vous croyez y voir des difficultés ; quand elle a des difficultés, elle n'est pas aisée.

Les manières, les airs, une taille , sont aisés, c'est-à-dire que leurs inouvemens sont libres , dégagés, sans contrainte : le couir, l'humeur , le caractère , sont faciles, c'est-à-dire disposés à faire des actes de bonté, d'indulgence.

Tout est facile au génie, c'est une grande puissance j l'habitude rend tout aisé, elle exerce.

Il est souvent plus facile d'obtenir une grace de quelqu'un, qu'il n'est aisé de parvenir jusqu'à lui. (G.)


56. AISES, COMMODITÉS.

Les aises disent quelque chose de voluptueux, et qui tient de la mollpsse. Les commodités expriment quelque chose qui facilite les opérations ou la satisfaction des besoins, et qui tient de l'opulence.

Les cens délicats et valétudinaires aiment leurs aises. Les personnes de goût, et qui s'occupent, recherchent leurs commodités. (G.) 57. AJOUTER , AUGMENTER.

On ajoute une, chose à une autre. On augmente la même.Le mot ajouter fait entendre qu'on joint des choses différentes, ou que , si elles sont de la même espèce, on les joint de façon qu'elles ne sont pas confondues ensemble, et qu'on les distingue encore l'une de l'autre après qu'elles sont jointes. Le mot augmenter marque qu'on rend la chose ou plus.grande , ou plus abondante, par une addition faite de façon que ce qu'on y joint se confonde et ne fasse avec elle qu'une seule et même chose, ou que du moins le tout ensemble ne soit considéré, après la jonction, que sous une idée identique.

Ainsi l'on ajoute une seconde mesure à la première, et un nouveau corps-de-logis à l'ancien; mais on augmente la dose et la maison.

Bien des gens ne se font pas scrupule, pour augmenter leur bien, d'y ajouter celui d'autrui.

Ajouter est toujours un verbe actif; mais augmenter est d'usage dans le sens neutre, comme dans le sens actif.

Notre ambition augmente avec notre fortune; nous ne sommes pas plutôt revêtus d'une dignité, que nous pensons à yen ajouter une autre. (G.) 58. AJUSTEMENT, PARURE.

Ce qui appartient à l'habillement complet, quel qu'il soit, simple ou orné, est ajustement. Ce qu'on ajoute d'apparent et de superflu , est parure. L'un se règle par la décence et la mode ; l'autre, par l'éclat et la magnificence.

Un ajustement de goût est plus avantageux à la beauté que de riches parures.

Il faut être propre et régulier dans son ajustement, sans y paraître trop attentif. L'amour et la parure font l'occupation du commun des femmes. (G.) 59. ALARME, TERREUR, EFFROI, FRAYEUR, ÉPOUVANTE, CRAINTE, PEUR, APPRÉHENSION.

Termes qui désignent tous les mouvemens de l'ame occasionnés par l'apparence ou la vue du danger.


L'alarme naît de l'approche inattendue d'un danger apparent ou réel, qu'on croyait d'abord éloigné. ,

La terreur naît de la présence d'un événement, ou d un phénomène que nous regardons comme le pronostic et l'avanteoureur d'une grande calatrophe. La terreur suppose une vue moins distincte du danger que l'alarme, et laisse plus de jeu à l'imagination, dont le prestige ordinaire est de grossir les objets. Aussi l'alarme fait-elle courir à la défense, et la terreur fait-elle jeter les armes. L'alarme semble encore plus intime que la terreur : les cris nous alarment, les spectacles nous impriment de la terreur; on porte la terreur dans l'esprit, et l'alarme au cœur.

L'effroi et la terreur naissent l'un et l'autre d un grand danger ; mais la terreur peut être panique, et l'effroi ne l'est jamais. Il semble que l'effroi soit dans les organes, et que la terreur soit dans l'aine. La terreur saisit les esprits ; les sens sont glacés d'effroi : un prodige répand la terreur, la tempête glace d'effroi.

La frayeur nait ordinairement d'un danger apparent et subit : vous m'avez fait frayeur. Mais on peut être alurmé sur le compte d'un autre ; et la frayeur nous regarde toujours en personne. 3i l'on a dit à quelqu'un : le danger que vous alliez courir m'effrâyait ; on s'est mis alors à sa place. La frayeur suppose un danger plutôt subit que l'effrui, plus voisin que l'alarme, moins grand que la terreur.

L'épouvallie a son idée particulière; elle naît, je crois, de la vue des difficultés à surmonter pour réussir, et de la vue des suites terribles d'un mauvais succès. (Encycl. I. 227.) Le projet de la fameuse conjuration contre la république de Venise aurait épouvanté tout autre que le marquis de Bédemar , dont le génie puissant planait au-dessus de toutes les difficultés.

La crainte nait de ce que l'on connaît la supériorité de la cause qui doit décider de l'événement. La peur vient d'un amour excessif de sa propre conservation, et de ce que, connaissant ou croyant connaître la supérioiité de la cause qui doit décider de l'événement, on est convaincu qu'elle se décidera pour le mal. On craint un méchant homme; on a peur d'une bête farouche. Il est juste de craindre Dieu , parce que .-est reconnaitre sa supériorité infinie en tout genre, et, avouer notre faiblesse ; mais en avoir peur, c'est en quelque sorte Masphémer , parce que c'est méconnaître celui de ses attributs dont il semble lui-même se glorifier le plus, sa bonté toujours miséricordieuse.

L'apprehension est une inquiétude qui naît simplement de Fjncertitude de l'avenir, et qui 7oit le même degré de possibilité au bien et au mal.


L'alarme naît de ce qu'on apprend ; l'effroi, de ce qu'on voit- la terreur, de ce qu'on imagine; la frayeur, de ce qui surprend; l'épouvcmte, dece qu'onprésume ; la cmintt, de ce qu'on sait; la peur, de l'opinion qu'on a; et l.appréhe}lSioJ1,de ce q.u'OR attend. - -

La présence snhile de l'ennemi donne l'alarme: la vue dtI combat cause l'effroi ; l'égalité des armes tient dans l'appréhension; la pente de la bataille répond la terreur ; les suites jettent l'epouvante parmi les peuples et dans les 'provinces : chacun craint pour soi; la vue du soldat fait frayeuT; on a peur de sttn ombre. (Encyd. ibid.) 60. ALARMÉ, EFFRAYÉ, ÉPOUVANTÉ.

Ces mots désignent en général l'état actuel d'une personne qui craint, et qui témoigne sa crainte par des signes extérieurs. Épouvanté est plus fort qu'effrayé, et celui-ci qu'alarmé.

On est ftlarmè d'un danger qu'on craint ; effrayé, d'un danger passé qu'on a couru sans s'en apercevoir ; épouvanté. d'un danger pressant.

L'alarme produit des efforts pour éviter le mal dont on est menacé : l'effroi se borne à un sentiment vif 61 passager : l'épouvante est plus durable, et ôte presque toujours la réflexion.

(Encycl. Y, 442.)

61, ALl.iGIF., AMEl\t:lSIR, AlcnSER.

Termes communs à presque ton»; les arts mécaniques.

dl/fuir et amenuiser se disent généralement'de la diminution qui se fait dans tous les sens au volume d'un corps ; avec cette différence, qu'allegir se dit des grosses pièces comme des petites, et qu'amenuiser ne se dit guère que des petites.

On allégit un arbre ou une planche, en ôtant partout de son épaisseur; mais on u'awieuuûc que la planche, et non pas l'arbre.

Aiguiser ne se dit quelles bords ou du bord : des bords, quand on les met à tranchant sur une meule; au bout, quand on le rend aigu avec la lime, le marteau et le tranchant, selon la manière et la destination du corps. On aiguise un rasoir" une épingle, un pieu, un bâton.

On allégit, en diminuant sur toutes les faces un corps considérable : on en amenuise un petit, en le diminuant davantage par une seule face : on l'aiguise par les extrémités. Ainsi on allégit une poutre; on amenuise une volige; on aiguise um couteau par l'un de ses bords, un grattoir par les deux, une épée par la pointe, un bâton par le bout ou par les deux bouta, (nçycl II, 556.)


62. ÊTRE ALLÉ, AVOIR ÉTÉ.

Ces deux expressions font entendre un transport local : mais la seconde le double. Qui est allé, a quitté un lieu pour se rendre dans un autre ; qui a été, a de plus quitté cet autre lieu OU]) s'était réuni.

Tous ceux qui sont allés à la guerre n'en reviendront pamf.

Tous ceux qut ont été à Rome n'en sont pas meilleurs.

Céphise est allée à l'église, où elle sera moins occupée de Dieu que de son amant. Lucinde a été au sermon, et n'en est pas devenue plus charitable pour sa voisine. (G.) Il n'arrive pas qu'on dise, il a été pour il est allé, mais souvent ou dit il est allé pour ilaèté, ce qui est une faute assez cousidé. able. Combien de gens disent : je suis allé le voir, je suis allé lui rendre visite, pour j'ai été le voir.j'aiété lui rendre visite. La règle qu'il y a à suivre en cela, est que toutes les fois qu'on suppose le retour du lieu, il faut dire : il a été, j'ai été; et lorsqu'il n'y a point de retour, il faut dire : il est allé, je suis allé. (ANDKY.) 65. ALLER A LA RENCONTRE, AU-DEVANT.

On va à la rencontre ou au devant de quelqu'un, dans l'intention d'être plus tôt auprès de lui ; c'est l'idée commune de ces deux expressions, et voici en quoi elles diffèrent.

On va à la rencontre de quelqu'un, uniquement dans l'intention de le joindre plus tôt, ou pour lui épargner une partie du chemin : le premier motif est de pure amitié ou de curiosité, et suppose quelque égalité; le second motif est de politesse.

On va au-devant de quelqu'un pour l'honorer par cette marque d'empressement; c'est un acte de déférence et de cérémonie qui suppose que celui pour qui on le lait est un grand.

(R.) 64. ALLIANCE, LIGUE, CONFÉnÉRATION.

- Les liens de la parenté ou d'amitié, dit l'abbé Girard.

les avantages de la bonne intelligence, et l'assurance des secours dans le besoin, pour se maintenir, sont les motifs ordinaires des alliances. Les ligues ont pour but d'abattre un ennemi commun , ou de se défendre contre ses attaques.

Les confédérations se terminent à quelque exploit particulier.

« C'est entre les souverains que les traités d'alliance ont lieu ; on y stipule sans fixer de termes, dans l'espérance oa dans la supposition que le temps n'y altérera rien. On admet également dans les ligues des souverains et des particuliers; elles ne sont pas censées devoir durer perpétuellement. Il semble que les confédérations se forment plus souvent entre des particuliers; elles ne subsistent que jusqu'à l'entière exécu-


tïofi de l'entreprise, et souvent la trahison ou l'indiscrétioi en empêchent les suites. » (G-) Définissons les termes : lirons de leurs définitions leurs différences, et justifions-les par l'usage.

L'alliance est une union d'amitié et de convenance établie par des traités solennels entre deux ou plusieurs souverains, des nations, des États, des puissances.

La ligue est une union de desseins et de forces, ou plutôt une jonction formée entre plusieurs souverains, entre des partis, des particuliers puissants, parties traités ou des conventions, pour exécuter, par un concours d'opérations, une entreprise commune, et en partager le fruit. La con fédération est une union d'intérêt ef d'appui, contractée avec des conventions particulières entre,des corps, des partis, des villes, de petits princes, de petits Etats, pour faire ensemble cause commune, obtenir le redressement de leurs torts, défendre leurs droits par leur intelligence et leur concours, contre l'usurpation ou l'oppression.

L'alliance est une union d'amitié et de convenance ; on stipule dans les traités l'amitie comme l'alliance, et elle est fondée sur des rapports qui forment par eux-mêmes une sorte de liens. La ligue est une union de desseins et de forces; on y convient d'un projet, et on y règle les forces que chacun doit apporter à l'exécution. La confédération est une union d'intérêt et d'appui : on craint alors chacun pour soi, chacun ne peut pas assez pour soi ; on fait corps pour faire force.' C'est pourquoi confédération ne se dit proprement que dans le sens politique, taudis que les deux autres se prennent aussi dans un sens moral. Ainsi alliance signifie mariage, affinité spirituelle, accord ou mélange; ligue veut dire brigue, complot, cabale, faction.

Ligue et confédération ne s'appliquent qu'aux personnes; alliance se dit des choses. Pascal dit, l'alliance des maximes du monde avec celles de l'Evangile ; et Boileau, que c'est la parfaite alliance dé la nature et de l'art qui fait la souveraine perfection.

Alliance entre les gens de bien; confédération entre les malheureux; ligue entre les méchants. La vertu allie; le besoin confédéré ; le vice ligue. On s'allie pour jouir; on se con fédéré pour agir; on se Uque pour triompher.

Il y a dans l'alliance, accord ; dans la confederation, concert; et dans la ligue, une impulsion commune.

L'alliance unit; la confédération associe; la ligue rassemble.

L'amitié fait alliance; le patriotisme, confédération, - le schisme, ligue.


Les sages s'allient ensemble; les gens pruuems se confédt- rent; les opprimés se liguent. (R.) 65. ALLURES, DEMARCHES, Les allures ont pour but quelque chose d'habituel; et les di- marches, quelque chose d'accidentel.

On a des allures , on fait des démarches. Celles-ci visent à quelques avantages, ou à quelque satisfaction qu'on veut se procurer : celles-là servent à conserver on à cacher ses plaisirs..

Nous devons régler nos allures par la décence et la circonspection ; celles qu'on cache sont suspectes : c'est à l'intérêt et à la prudence à conduire nos démarches ; elles aboutissent plus souvent à l'inutilité qu'au succès (G.) - 66. ALONGER, PROLONGER, PROROGER.

Alonger, c'est ajouter à l'un des bonis ou étendre la matière.

Prolonger, c'est reculer le terme de la chose, soit par continuité, par délai, ou par production d mtldeHts. Proroger, c'est maintenir l'autorité, l'exercice, ou la valeur au-delà de la durée prescrite.

On alonge une robe, une tringle, un discours. On prolonge une avenue, une affaire, un travail. On proroge une loi, une assemblée, une permission, un congé. (G.) 67. AMANT, AMOUREUX.

H suffit d'aimer pour être amoureux. Il faut témoigner qu'on aime pour être amant.

On devient amoureux d'une femme dont la beauté touche le cœur. On se fait amant d'une femme dont on veut se faire aimer ; les tendres sentiments naissent en foule dans un homme amoureux, les airs passionnés paraissent avec ménagement dans les manières d'un amant.

On est souvent très amoureux sans oser paraître amant Quelquefois on se déclare amant sans être amoureux.

C'est toujours la passion qui rend amoureux: alors la possession de l'objet est l'unique lin qu'on se propose. La raison ou l'intérêt peut rendre amant; alors un établissement honnête ou quelque avantage particulier est le but où l'on tend.

Il est difficile d'être amoureux de deux personnes en même temps; il n'y a que la Philis de Scire qui se soit trouvée dans le cas d'être amoureuse de deux hommes, jusqu'à ne pouvoir donner ni de préférence ni de compagnon à l'un des deux.

Mais il n'est pas rare de voir un amant servir tout à la fois plu* sieurs maltresses, on en a même vu qui ont poussé le goût de la pluralité jusque dans le mariage. On peut aussi être amoureux d'une personne et amant de l'autre; on parle à


celle que l'intérêt engage à rechercher, tandis qu'on soupire pour celle qu'on ne peut avoir, ou qu'il ne convient pas tl'é, pouser. d.. l, à Co 1 d d' L'assiduité détermine l'occasion à favoriser les desseins d'un homme amoureux. Les richesses donnent à ïamant de grands avantages sur ses rivaux.

Amoureux désigne encore une qualité relative au tempérament ; un penchant dont le terme amant ne réveille point l'idée. On ne peut empêcher un homme d'être amoureux : il ne prend guère le titre d'amant qu'on ne le lui permette. (Encycl. I, 514.) J'ajoute, au hasard de rougir de la remarque, que le mot d'amant est substantif, que celui d'amoureux est adjectif, et qu'il n'y a que le b;is peuple qui dise mon amoureux, pour dire mon amant. Mais je dois cette déférence à un célèbre académicien , qui a observé que le rang de synonymes pourrait faire croire qu'on les met dans la même classe grammaticale dont l'instruction, n'ayant aucun rapport à la délicatesse du sens, et à la précision des idées, n'est nullement de mon district. (G.) 68. AMANT, GALANT.

Il me semble que le mot galant, dans le sens où il est synonyme avec amant, n'est plus si en usage qu'il l'était autrefois, et que celui-ci s'est seul emparé de la place. Je ne doute pas que la préférence ne vienne des idées accessoires qui les caractérisent, et qui représentent un amant comme quelque' chose de plus permis et de plus honnête que n'est un galant : car le premier parle au cœur, et ne demande que d'être aimé; le second s'adresse au corps, et veut être favorisé. On peut être l'un et l'autre sans aimer véritablement, et uniquement pardes vues d'intérêt. Une laide fille qui est riche est sujette à trouver de tels amants ; et une vieille femme qui paye peut avoir de pareils galants.

Un homme se fait amant d'une personne qui lui plait : il devient le galant de celle à qui il plait : dans le premier cas, il peut n'avoir aucun retour ; dans le second, il en a toujours. -

Les amants font honneur aux dames, et flattent leur amourpropre; elles ne les souffrent souvent que par vanité, et demandent en eux de la constance. Les galants leur font plaisir et fournissent matière à la chronique scandaleuse ; elles se les donnent par choix, et veulent qu'ils soient discrets.

Une fille bien élevée ne doit jamais souffrir auprès d'elle d'autres amants que ceux que ses parens agréent. Une femme adroite et prudente sait mettre son galant au rang des amis de son mari. (G.)


« On commence par amasser, ensuite on acntmitïg; c'est pourquoi l'on dit amasser du bien , accumuler des richesses. Au.

tant qu'il est sage n'amasser pour JOUIr, autant ya-t-iliie sottise à se priver de la jouissance pour uccumuïer.

L'amas est l'assemblage d'une certaine quantité de choses de même nature : on amasse du fruit, de l'argent, des provisions, etc. Le tas est un amas élevé et serré de certaines choses mises les unes sur les autres; on entasse sous sur sous, des IiHe, des marchandises avec ordre ou en désordre.

L'accumulation ajoute a l'entassement l'idée de plénitude, d'abondance toujours croissante ; on accumule des rlchesses,.- des héritages, des arrérages, crime sur crime. Le monceau ajoute à ces idées celle de volume, de grandeur, de désordre, de confusion ; on amoncèle toutes sortes de choses mêlées, des ruines, des cadavres.

, - Au figuré, la prévoyance amasse, l'avarice entasse, l'avidité insatiable accumule, et après avoir accumulé* elle amoncèle.

Qui n'amasse pas, s'expose à manquer de la chose; qui Yentasse, s'en prive; qui l'accumule, la dérobe; qui l'awwm-, cèle, la détruit. - l Amassons des connaissances. N'entassons pas l'érudition.

Accumulons tous les genres de preuves, si nous parlons à tous les gens d'esprit. Amoncelez les richesses, si vous voulez être toujours pauvre et malheureux. (R.) J' '--

70. AMBASSADEUR, ENVOYÉ, DÉPUTÉ.

Les ambassadeurs et les envoyés parlent et agissent au nom de leurs souverains, avec cette différence, que les premiers ontune qualité représentative attachée à leur titre, et que les seconds ne paraissent que comme simples minisires autorisés, et non représentans. Les députés peuvent être adressés à dés souverains ; mais ils n'ont de pouvoir et ne parlent qu'au nom de quelque société subalterne ou corps particulier.. Les fonctions d'ambassadeur et d'envoyé tiennent au ministre ; celles de député sont dans tordre d'agent.

La magnificence convient à l'ambassadeur. L'habileté dans la négociation fait le mérite de l'envoyé. Le tarent semble devoir être le partage du dèputë. (G.)

74. AMBIGUITÉ, DOUBLE SENS, BQUlVOQUR L'ambiguïté. a un sens général susceptible des diverses interprétations ; ce qui fait qu'on a peine à démêler la pensée de l'auteur, et qu'il est même quelquefois impossible ae la pénétrer au juste. Le double sens a deux significations naturelles et convenables : par l'une, il se présente littéralement, pour i x


être compris de tout te monde; et par l'autre, il fait une fine allusion, pour n'être entendu que de certaines personnes.

L'équivoque a deux sens : l'un naturel, qui parait être celui qu'on veut faire entendre, et qui est efffectivement entendu de ceux qui écoutent ; l'autre détourné, qui n'est entendu que de la personne qui parle, et qu'on ne soupçonne pas même pouvoir être celui qu'elle a intention de fai:.e entelldre Ces trois façons de parler sont, dans l'occasion, des subterfuges adroits pour cacher sa véritable pensée ; mais on se sert de l'équivoque pour tromper, de Yambiguité pour ne pas trop instruire, et du double sens pour instruire avec précaution.

Il est -bas et indigne d'un honnête homme d'user d'équivoque : il n'y a que la subtilité d'une éducation scolasiique qui puisse persuader qu'elle soit un moyen de sauver du naufrage sa sincérité; car dans le monde elle n'empêche pas de passer pour menteur ou pour malhonnête homme, et elle y donne de plus un ridicule d'esprit très-méprisable. L'ambiguité est peut-être plus souvent l'effet d'une confusion d'idées que d'un dessein prémédité de ne point éclairer ceux qui écQutenl : on ne doit en faire usage que dans les occasions où il est dangereux de trop instruire. Le double sens est d'un esprit fin : la malignité et la politesse en ont introduit l'usage; 1 il faudrait seulement que ce ne fût jamais aux dépens de la réputation du prochain. (G.)

72. AME FAIBLE, CŒUR FAIBLE , .ESPRIT FAIBLE.

Le faible du cœur n'est point celui de l'esprit; le faible de Yame n'est point celui du l'œur. Une ame faible est sans ressort et sans action ; elle se laisse aller à ceux qui la gouvernent.

Un cœur faible s'amollit aisément, change facilement d'inclinations, ne résiste point à là séduction , à l'ascendant qu'on veut prendre sur lui, et peut subsister avec un esprit fort ; car on peut penser fortement et agir faiblement. L'esprit faible reçoit les impressions sans les combattre, embrasse les opinions sans examen, s'effraie sans cause, tombe naturellement dans la superstition, i Encyc. VII, 27. )

75. AMITIÉ, AMOUR, TENDRESSE, AFFECTION, INCLINATION.

Ce sont des mouvemens du Cœ8r favorables à l'objet vers lequel ils se portent, et distingués entre eux ou par le principe qui le produit, ou par le but qu'ils se proposent, ou par le degré de force qu'ils ont.

Les deux premiers l'emportent sur les autres par la véhémence du sentiment, ce qui leur donne plus d'action , avec cette différence que l'amour agit avec plis de vivacité, et l'amitié avec plus de fermeté et de constance. Celle-ci triomphe quelquefois dans la concurrence, mais bien plus rarement que


I\nutr<^Qi prend toujours le dessus chez ItS"urnes vulgaires, et-ne souffre d'être dominée par l'amitié que chez les personnes œsentiellement raisonnables et vertueuses.

L'amitié se forme avec le temps, par l'estime,-par la convenance des mïEurs etjjar la sympathie de t'humeiïr. Elle se proposé cette douceur de la vie qui se trouve dans un commerce sûr, dans une Confiance bien placée, et dans une ressource assurée de consolation et d'appui au besoin. Sa conduite n'a rien dont on puisse rougir ; ses liens sont gracieux ; sa mani* festation est héi oïque. - L'amour se forme sans examen et sans réflexion i il est pour l'ordinaire, l'effet d'un coup d'oeil, et surprend îè ccêur au moment-qu'on s'y attend. le moins ; il se nourrît des'espérances flatteuses d'une parfaite satisfaction et d'une suprême volupté., suggérées parles sens : cherchant à se cacher, tl.s'

montre- involontairement; ses mouveméns sont quelquefois convulsifs, et paraissent, aux yeux des indifférens, tantôt ex.

travagans, tantôt. ridicules. C'est une cause assez fréquente de sottises pour soi-même, et d'injustices pour les autres. L'ami souffre l'amant; il n'en est point scandalisé, lorsque la conduite en est sage. Mais l'dmant est. toujours inquiet stfr l'ami: il le craint, il tâche de le ruiner ; et les novices, don-

nant dans le piège, perdent de solides amis pour se trop livrer à un amant jaloux qui les abandonne ensuite ; de sorte qu'as bout du .temps elles se trouvent privées, et de l'un et de faulre.

La tendresse est moins une action qu'une situationilu cœur.

Elle en rabat la fjerfé, en amollit le courage, et va quelquefois jusqu'à la faiblesse : les-femmes en sont plus susceptibles que les hommes. Son but paraît très désintéressé, toute l'attention s'y portant vers l'objet, sans retour sur soi-même. La sensibilité en fait le caractère ; la joie, -leslarmes -, en sont des suites assez fréquentes, et même les défaillances sont le cas et l'état où se trouve ce qui excite ces mouvemens de tendresse: .L'affection est moins forte et moins active que l'amitié J dt plus tranquille que l'amour : elle est la suite assez ordinaire' de la parenté et de l'habjtude; elle rend la société gracieuse pour le goût, qu'elle y fait prendre,*et en bannit la g-êne dU pur cérémonial. L'inclination n'est pas dans le cœur une situation décidée ni bten formée; c'est plutôt une disposition à aimer qui vient de quelque chose qui plaît dans l'objet vers lequel elle se porte, ef ce quelque chose est toujours à nos yeux un agrément ou du corps ou du caractère. Cultivée, elle peut devenir amouv ou amitiê, selon .le goût des personnes et des circonstances de leur état et de leurs mœurs. - -Le temps, qui ruine tout, fortifie l'amitié. Elle n'a guère d âtrtre terme que le tombeau, qui n'empêche pas même que


la personne qui ne peut plus la sentir ne puisse continuer d'en î être l'objet tant que son ami lui survit.

L'amour s'use en vieillissant. Il est périodique, parce qu'il ) est tout au goût, que l'habitude émousse, et que la variété i des objets rend le jouet du caprice. .- La tendresse n'existe qu'autant, que l'amour-propre se néglige. L'âge , en rappelant les vieillards entièrement à eux- mêmes, leur fait perdre la sensibilité pour les autres.

Le commerce habituel soutient l'affection ; l'absence continuée la réduit à rien ou à bien peu de chose.

L'inclination est une impression si légère, qu'elle passe presque au moment qu'on cesse de voir; et si le mérite de l'objet ou la découverte de quelque chose de flatteur la soutient, elle ne reste pas long-temps à se transformer en quelqu'un de ces autres sentimens que je viens de définir. (G.) 74. AMOUR, AMOURRETTES.

La différence qu'il y a du sérieux au badin à l'égard d'un même objet fait celle de l'amour et de l'amourette. Celle-ci amuse simplement, et celui-là occupe. -\

L'amour fait tout l'esprit ou toute la sottise de la plupart des femmes; les hommes d'un grand génie s'y livrent rarement, mais ils donnent souvent leur loisir aux amourettes. (G.) 75. AMOUR, GALANTERIE.

L'amour est plus vif que la -galanterie : il a pour objet la personne; il fait qu'on cherche à lui plaire, dans la vue de la posséder, et qu'on l'aime autant pour elle-même que pour soi; il s'empare brusquement du cœur , et doit sa naissance à un je ne sais quoi d'indéifnissablf qui entraîne les sentimens, et arrache l'estime avant tout examen et sans aucune information.

La galanterie est une passion plus voluptueuse que l'amour; elle a pour objet le sexe; elle fait qu'on noue des intrigues dans le dessein de jouir, et qu'on aime plus pour sa propre satisfaction que pour celle de sa maîtresse; elle attaqué moins le cœur que les sens , et doit plus au tempérament et à la complexion qu'au pouvoir delà beauté, dont elle démêle pourtant le détail, et observe le mérite avec des yeux plus connaisseurs ou moins prévenus que ceux de l'amour.

L'un a le pouvoir de rendre agréables à nos yeux les personnes qui plaisent à celle que nous aimons, pourvu qu'elles ne soient pas du nombre de celles qui peuvent exciter notre jalousie ; l'autre nous engage à ménager toutes les personnes qui sont capables de servir ou de nuire à nos desseins, jusqu'à notre rival même, si nous voyons jour à pouvoir en tirer davantage..

Le premier ne laisse pas la liberté du choix : il commande


d'abord en maître, et règne ensuite en tyran, jusqu a ce que ses chaînes soient usées par la longueur du temps, ou qu'elles soient brisées par l'effort d'une raison puissante , ou par le caprice d'un dépit soutenu. La seconde permet quelquefois qu'une autre passion décidé de la préférence : la raison et l'intérêt lui servent souvent de frein, et elle s'accommode aisément à notre situation et à nos affaires.

L'amour nous attache uniquement à une personne, et lui livre notre cœur sans aucune réserve, en sorte qu'elle le remplit entièrement, et qu'il ne nous reste que de l'indifférence pour toutes les .autres, quelque beauté et quelque mérite qu'elles aient. La galanterie nous entraîne généralement vers toutes les personnes qui ont de la beauté ou de l'agrément, et nous unit à celles qui répondent à nos empressemens et à nos désirs, de façon cependant qu'il nous reste encore du goût pour les autres.

Il semble que l'amour se plaise dans les difficultés : bien loin que les obstacles l'affaiblissent, ils ne servent d'ordinaire qu à l'augmenter : on en fait toujours une de ses plus sérieuses occupations. Pour la galanterie, elle ne veut qu'abréger les formalités : le facile l'emporte souvent chez elle sur le difficile.

Elle ne sert quelquefois que d'amusement. C'est peut-être par cette raison qu'il se trouve dans l'homme un fonds plus inépuisable pour la galanterie que pour l'amour ; car il est rare de voir un premier amour suivi d'un second, et je doute qu'on ait jamais poussé jusqu'à un troisième ; il en coûte trop au cœur pour faire souvent de pareilles dépenses : mais les galanferies sont quelquefois sans nombre, et se succèdent jusqu'à ce que l'âge vienne en tarir la source.

Il y a toujours de la bonne foi dans Yamour ; mais il est gênant et capricieux : on le regarde aujourd'hui comme une maladie, ou comme un faible d'esprit. Il entre quelquefois un peu de friponnerie dans la galanterie ; mais elle est libre et enjouée : c'est le goût de notre siècle.

L'amour grave dans l'imagination l'idée flatteuse du bonheur dans l'entière et constante possession de l'objet qu'on aime ; la galanterie ne manque pas d'y peindre l'image agréable d'un plaisir singulier dans la jouissance de l'objet qu'on poursuit : mais ni l'un ni l'autre ne peignent alors d'après nature; et l'expérience fait voir que leurs couleurs, quoique gracieuses, sont également trompeuses. Toute la différence qu'il y a, c'est que, l'amour étant plus sérieux, on est plus piqué de l'infidélité de son pinceau, et que le souvenir des peines qu'il a données, sert, en les voyant si mal récompensées, à nous dégoûter entièrement de lui : au lieu que la ga.

lanterie étant plus badine, on est moins sel,sible à la tricherie de ses peintures ; et la vanité qu'on a d'être venu à bout de ses


proj ets console de n'avoir pas trouvé le plaisirqu'on s'était figuré.

En amour, c'est le cœur qui goûte principalement le plaisir, l'esprit l'y sert en esclave, sans se regarder lui-même; et la satisfaction des sensy contribue moins à la douceur de la jouissance qu'un certain contentement dans l'intérieur de l'ame, que produit la douce idée d'être en possession de ce qu'on aime, et d'avoir les plus sensibles preuves d'un tendre retour.

En galanterie. le cœur, moins vivement frappé de l'objet, l'esprit plus libre pour se replier sur lui-même , et les soins plus attentifs à se satisfaire y partagenL le plaisir avec plus d'égalité : la jouissance y est plus agréable par la volupté que par la délicatesse des sentimens.

Lorsqu'on est trop tourmenté par les caprices de l'amour, on travaille à se détacher, et l'on deviens indifférent. Quand on est trop fatigué par les exercices de la galanterie, on prend le parti de se reposer, et l'on devient sobre.

L'excès fait dégénérer l'amour en jalousie , et la galanterie en libertinage. Dans le premier cas, on est sujet à se troubler la cervelle; dans le second, on est en danger de perdre la santé.

L'amour ne messied pas aux filles; mais la galanterie ne leur' convient nullement, parce que le monde ne leur permet que de s'attacher, et non de se satisfaire. Il n'en est pas ainsi à l'égard des femmes, on leur passe la galanterie, mais l'amour leur donne du ridicule. Il est à sa place qu'un jeune cœur se laisse prendre d'une belle passion: le spectateur, naturellement touché, s'intéresse assez volontiers à ce spectacle, et par conséquent n'y trouve point à blâmer; au lieu qu'un cœur soumis au joug du mariage qui cherche encore à se livrer à une passion aussi tyrannique qu'aveugle lui parait faire un écart, igne de censure ou de risée. C'est peut-être par cette raison qu'une fille peut, avec l'amour le plus fort, se conserver encore la tendre amitié de ceux de ses amis qui se bornent aux sentiments que produisent l'estime et le respectât qu'il est bien difficile qu'une femme mariée qui s'avise d'aimer quelqti' un de ce tendre et parfait amour, n'éloigne ses autres amis, ou qu'elle ne perde beaucoup de l'estime et de l'attachement qu'ils avaient pour elle. Cela vient de ce que, dans la première circonstance, l'amour parle toujours son ton, et jamais ne prend celui de la simple amitié : ainsi les amis, ne perdant rien de ce qui leur est dû, ne sont pas alarmés de ce qu'on donne & l'amant. Mais, dans la seconde circonstance, l'amour parle et se conduit sur l'un et l'autre ton; l'amant fait l'ami : de façon que les autres, s'ils ne sont écartés, sentent du moins diminuer la confiallce, voient changer les manières, et ont leur part de l'indifférence universelle qui naît de ce nouvel attachement ; ce qui suffit pour leur donner de justes alarmes; et plus leur amitié est délicate, noble et fondée sur l'estime-*


plus ils sont touchés de se voir ôter ce qu'ils méritent, pour être accordé le plus souvent à un étourdi que l'amour peint comme sage aux yeux d'une folle.

Le mystère est, pour une femme mariée, encore plus nécessai: e dans le cas de l'amour que dans celui de la galanterie, parce que, dans celui-ci, elle risque seulement la réputation de sa vertu; et dans l'autre, elle risque également celle de sa vertu et de son esprÏt;.car on dit alors qu'elle n'est pas plus sage qu'une autre , mais qu'elle est plus novice.

On a dit que l'amour était propre à conserver les bonnes qualités du cœur, mais qu'il pouvait gâter l'esprit ; et que la galanterie était propre à former l'esprit, mais qu'elle pouvait gâter le cœur. Vusage du monde justifie cet axiome en ce qui regarde l'esprit; l'amour lui Me et la liberté et le discernement, au lieu que la galanterie en fait jouer 'es ressorts. Pour le cœur, c'est toujours le caractère personnel qui en décide; ces deux passions s'y conforment dans les divers sujets qui en sont atteints : si l'une avait du désavantage à cet éard, ce serait sans doute l'amour, parce qu'étant plus violent que la galanterie, il excite plus la vindication contre ceux qui le barrent ou qui lui occEsionent du mécontentement ; et qu'étant aussi plus personnel, il fait agir avec plus d'indifférence envers tous ceux qui n'en sont point l'objet, ou qui ne le flattent pas. La preuve en est dans l'expérience : on voit assez ordinairement une femme galante caresser son mari de bonne grâce , et ménager ses amis; au lieu que ceux-ci deviennent insipides, et le mari un objet d'aversion, à une femme prise dans les filets de l'amour. On voit aussi plus de choix dans la galanterie ; c'est toujours ou la figure, ou l'esprit, ou l'intérêt, ou les services, ou la commodité du commerce, qui déterminent : mais dans l'amour toutes ces choses manquent quelquefois à l'objet auquel on s'attache, et ses liens sont alors comme des miracles, dont la cause'est également invisible et impénétrable.CG.) M. l'abbé Girard a traité ces deux mots comme synonymes; et il est certain que tous deux supposent la différence des sexes et l'inclination de l'un pour l'autre. Mais ils ont des différences si grandes et si marquées, que voici un écrivain qui prononce qu'ils ne sont pas synonymes. Sans adopter cette décision et «ans l'approuver, je me contenterai de rapporter ici les distinctions sur lesquelles on l'a fondée. (B.) La galanterie est l'enfant du désir de plaire, sans un attachement fixe qui ait sa source dans le cœur. L'amour est le charme d'aimer et d'être aimé.

La galanterie est l'usage de certains plaisirs qu'on cherche par intervalle, qu'on varie par dégoût et par inconstance. Dans l'amour, la continuité du sentiment en augmente la volupté, et souvent son plaisir s'éteint dans les plaisirs mêmes.


La galanterie, devant son origine au tempérament et à la complexion, finit seulement quand l'âge vient en tarir la source. L'amour brise en tout temps ses chaînes par l'effort d'une raison puissante, par le caprice d'un dépit soutenu, ou bien encore par l'absence; alors il s'évanouit, comme on voit le feu matériel s'éteindre.

La galanterie entraine vers toutes les personnes qui ont de la beauté ou de l'agrément, nous unit à celleà qui répondent à nos désirs, et nous laisse du goût pour les autres L'amour livre notre cœur sans réserve à une seule personne, qui le remplit tout entier; en sorte qu'il ne nous reste que de l'indifférence pour toutes les autres beautés de l'univers.

La galanterie est jointe à l'idée de conquête, par faux honneur ou par vanité. L'amour consiste dans le sentiment tendre, délicat et respectueux ; sentiment qu'il faut mettre au rang des vertus.

La galanterie n'est pas difficile à démêler ; elle ne laisse entrevoir, dans toutes sortes de caractères, qu'un goût fondé sur les sens. L'amour se diversifie selon les différentes ames sur lesquelles il agit; il règne avec fureur dans Médée, au lieu qu'il allume, dans les naturels doux, un feu semblable à celui de l'encens qui brûle sur Fantel.

Ovide tient les propos de la galanterie, et Tibulle soupire l'amour.

L'amour est souvent le frein du vice, et s'allie d'ordinaire avec les vertus. La galanterie est un vice; car c'est le libertinage de l'esprit, de l'imagination et des sens : c'est pourquoi, suivant la remarque de l'auteur de YEsprit des Lois, les bons législateurs ont toujours banni le commerce de galanterie que produit l'oisiveté, et qui est cause que les femmes corrompent avant même que d'être corrompues, qui dcnne;un prix à tous les riens, rabaisse ce qui est important, et fait que l'on ne se conduit que sur les maximes du ridicule que les femmes s'entendent si bien à établir. ( Encycl. XVII, 754.) On a prétendu que la galanterie était le léger, le délicat, le perpétuel mensonge de l'àmour. Mais peut-être l'Amour ne jure-t-il que par les secours que la galanterie lui prête : ne serait-ce pas, parce qu'elle n'a pas lieu entre les époux, que l'amour cesse?

L'amour malheureux exclut la galanterie; les idées qu'elle inspire demandent de la liberté d'esprit, et c'est le bonheur qui la donne.

Les hommes véritablement galante sont devenus rares : ils semblent avoir été remplacés par une espèce d'hommes avantageux, qui, ue mettant que de l'affectation dans ce qu'ils font, parce qu'ils n'ont point de grâce, et que du jargon dans ce qu'ils disent, parce qu'ils n'ont point d'esprit, ont


substitué l'ennui de la fadeur aux charmes de la galanterie.

( iïnq/cl., \U, 428.) 76. AMüSEH, DIVERTIR.

Amuser, c'est s'occuper légèrement l'esprit, de manière qu'on ne sente pas le poids du temps ou du travail : divertir, test occuper agréablement et plus fortement l'esprit, de matière qu'on ne sente, en quelque sorte, le temps que par une succession de plaisirs soutenus. Le temps passe, quand on s'amuse; quand on se divertit, on jouit du temps. Le plaisir qui nous amuse est léger et frivole ; le plaisir qui nous divertit <st plus vif, plus fort, plus senti.

M. d'Alembert a, selon sa coutume, parfaitement distingué les nuances qui séparent ces deux termes. « Divertir, dans la signification propre du latin, ne signifie autre chose que détourner son attention d'un objet, en la portant sur un autre; mais l'usage présent a de plus attaché à ce mot une idée de plaisir qu'on preud à l'objet qui nous occupe. Amuser, au contraire, n'emporte pas toujours l'idée du plaisir; et quand cette idée s'y trouve jointe, tflle exprime un plaisir plus faible que le mot divertir. Celui qui s'amuse ne peut avoir d'autre sentiment que l'absence de l'ennui ; c'est là même tout ce qu'emporte le mot amuser, pris dans sa signification rigoureuse : on va à la promenade pour s'amuser, à la comédie pour se divertir. On dira une chose que l'on fait pour tuer le temps, cela n'est pas fort divertissant, mais cela amuse; on dira aussi, cette pièce m'a assez amusé; mais cee autre m'a fort diverti.

a On ne peut pas dire d'une tragédie, qu'elle amuse, parce que le genre de plaisir qu'elle fait est sérieux et pénétrant, et qu'amuser emporte une idée de frivolité dans l'objet, et d'impression légère dans l'effet qu'elle produit : on peut dire que le jeu amuse, que la tragédie occupe, et que la comédie ivertit. » Ce qui amuse l'un divei tit l'autre, selon la manière dont ils sont l'un et l'autre affectés.

Un lecteur sage fuit un vain amusement, g-t sait mettre à profit son divertissement.

Boileau Avec des contes on vous amuse; avec des fêles on vous divertit.

On s'amuse de tout, mais on ne se divertit pas de tout. Il faut on bien peu d'esprit ou bien de l'esprit pour s'amuser de tout : il faut être bien malade d'esprit ou de corps pour que rien ne vous divertisse.

A force de se divertir, on devient incapable de s'amuser.


Les gros joueurs s'ennuient à jouer petit jeu; les liqueurs fortes ôtent le goût de toute autre boisson; 1 habitude, des grands plaisirs rend le plaisir insipide.

Le divertissement, s'il n'est pas assaisonné, dégénère en simple amusement.

« C'est une chose étrange, dit Pascal, que de considérer ce qui plaît aux hommes dans les jeux et les divertissemens. Il est vrai qu'occupant l'esprit, ils le détournent du sentiment de ses maux ; ce qui est réel : mais ils ne l'occupent que parce que l'esprit s'y forme un objet imaginaire de passion auquel il s'atlache. Qu'on fasse, ajoute-t-il, jouer pour rien, tel homme qui passe sa vie sans ennui, en jouant tous les jours peu de chose, il ne s'y échauffera pas et s'y ennuiera; ce n'est donc pas .l'amusement seul qu'il cherche ; un amusement languissant et snns passion l'ennuiera. II faut qu'il s'échauffe, qu'il se pique. qu'il se forme un objet de passion qui excHe son désir, sa colère, sa crainte, son espérance. »

Notre esprit, malgré nous, se répand au-dehors t sur d'autres objets aime à porter sa vue.

De là viennent ces jeux , ces divertissemens Que tout le monde cherche avec des soins extrêmes

Et qui ne sont au fond que des amusemens t Dont tous les divers changemens 1 Savent nous empêcher de penser à nous-mêmes.

On s'amuse assez bien seul; mais seul, on ne se divertit guère.

Les jeux tranquilles, sédentaires, froids, ne font guère qu'amuser; il faut quelque chose d'animé, de bruyant, de tumultueux pour divertir: des lectures nous amusent ; des danses nous divertissent. (R.)

77. AN, ANNÉE.

Un service particulièrement destiné au calcul est l'accessoire qui caractérise et distingue le mot an. Voilà pourquoi il se place ordinairement dans les dates avec les nombres, et qu'il se trouve rarement avec les épithètes qualificatives. Au lieu que le mot année est plus propre à être qualifié, et ne figure pas de si bonne grace avec les mêmes nombres. ,

Les années fertiles doivent, dans un Etat bien policé, empêcher la disette de se faire sentir dans les années stériles.

L'année heureuse est celle qu'on passe sans ennui et sans infirmité.

L'an me semble être un élément déterminé du temps; it est dans la durée ce que le point est daps l'etendue. De Il vient que l'on dit an, pour marnugr une époque. IIfneÍ -- -1 pour déterminer que - u une durée. Comme on considère


le point sans étendue, on envisage l'an. sans attention. & sa durée.

Mais Vannée est envisagée comme étant elle-même la duroo déterminée d'un an-et divisible en ses parties : l'année a douze mois, 365 jours, et quatre saisons. De là vient que l'on qualifie l'année par les événemens qui en ont rempli la durée.(B.) 78. ANCÊTRES, AÏEUX, PÈRES.

Ces expressions ne sont synonymes que lorsque, sans avoir égard à sa propre famille, on les applique en général et indistinctement aux personnes de la nation, qui ont précédé le temps auquel nous vivons. Elles diffèrent en ce qu'il se trouve entre elles une gradation d'ancienneté; de façon que le siècle de nos, pères a touché au nôtre, que nos aieux les ont devancés, et que nos ancêtres sont les plus reculés de tous.

Les usages changent si promptement en France, que, si nos pères revenaient an monde, ils ne reconnaîtraient point l'éducation qu'ils ont donnée à leurs enfans, et nos aïeux imagineraient que des étrangers ont pris la place de leurs neveux. Quelque respectable que soit ce que _nous tenons de nos ancêtres, il ne doit point l'emporter sur ce que dicte la raison.

Nous sommes descendans les uns des autres; mais si l'on veut particulariser cette descendance, il faut dire que nous sommes les enfans cte nos pères, les neveux de nos aïeux, et la postérité de nos ancêtres. '(B.) 79. ANCÊTRES, PRÉDÉCESSEURS.

Chacun de ces mots désigne ceux à qui l'on succède dans un certain ordre; et c'est la différence de cet ordre qui fait çplle de la signification des deux termes. Le premier est relatif à l'ordre naturel le second, à l'ordre politique ou social. Nous succédons à nos ancêtres par voie de génération ; leur sang coule dans nos veines. Nous succédons à nos prédécesseurs par voie de fait et de substitution ; leurs emplois ont passe de leurs mains dans les nôtres.

Les ancêtres d'un roi sont les hommes de qui il descend par le sang ; ses prédécesseurs sont les rois qui ont occupé le même trône avant lui. Ainsi les rois de France, depuis Philippe le Hardi jusqu'à Henri III, sont les prédécesseurs de

(1) Le lecteur me pardonnera si je lui rappelle à ce sujet cette, belle strophe d'Horace. (Od. lU, vj, 45.)

Damnosa quid non imminuit diest JEtas pareil tum, pejor avis tu lit Nos mquiores, mox daturos Progeniem vitiosiorem.


Henri IV, sans être ses ancêtres. Les princes de la maison, de Bourbon, en remontant depuis Antoine, roi de Navarre > jusqu'à Robert, comte de Clermontrf fils de saint Louis, sont les ancêtres de Henri IV, et non ses prédécesseurs sur le trône de France. (B.) 80. ANCIENNEMENT, JADIS, AUTREFOIS.

Ces mots désignent le temps passé, de façon qu'il ne tient plus au présent : mais anciennement le désigne comme reculé; jadis, comme simplement détaché, et n'est guère d'usage que dans le style familier de la narration ; autrefois le désigne nonseulement comme détaché du présent, mais encore comme différent pour les accompagnemens.

Il est aussi injuste de juger de ce qui se pratiquait anciennement par ce qui est aujourd'hui en usage , qu'il est ridicule de vouloir régler les usages présens par ce qui était observé. Jadis on pressait les convives à boire ; aujourd'hui on ne les y invite pas même. Les choses changent selon les circonstances ; ce qui était bon autrefois peut n'être plus à propos. (B.) 8<. ANE, IGNORANT.

On est due par disposition d'esprit, et ignorant par défaut d'instruction. Le premier ne sait pas, parce qu'il ne peut apprendre; et le second, parce qu'il n'a point appris.

L'dne a pu s'appliquer à l'étude, mais son travail a été inutile.

L'ignorant ne s'est pas donné cette peine.

A quoi bon parler science devant des ânes ? leurs oreilles ne sont pas faites pour ce langage. Ce n'est pas toujours inutiiement qu'on en parle devant des ignorans; ils peuvent profiter de ce qu'on dit.

Vdnerie est un défaut qui vient de la nature du sujet; et Y ignorance est un défaut que la paresse entretient. Celle-ci est moins pardonnable; mais celle-là rend plus méprisable.

Les dues, pour l'ordinaire, ne connaissent ni ne sentent pas.

même le mérite de la science; les ignorans se le figurent quelquefois tout autre qu'il n'est. (G.) 82. ANÉANTIR, DÉTRUIRE.

Ce qu'on détruit cesse de subsister, mais il en peut rester des.

vestiges; ce qu'on anéantit disparaît tout-à-fait. Ce dernier mot a plus de force que l'autre, de façon que Vanéantissement est une destruction totale.

Détruire s'emploie ordinairement, dans le sens littéral, pour les choses composées et faisant corps par l'union de leurs parues; anéantir ne se dit littéralement que.l'être simple aaa*-


les proportions de physique ; ailleurs, il a toujours un sens hyperbolique.

Le temps détruit tout. Conçoit-on que ce qui existe puisse être aneanti? C'est un plaisir de voir un orgueilleux anéanti par un plus superbe que lui. (G.) 83: ANESSE, BOURIQUE.

On donne l'un ou l'autre de ces noms au même animal, selon l'aspect sous lequel on en parle : ânesse le présente, dans l'ordre de la nature, comme bête femelle propre à la génération et à donner du lait, dont les ordonnances de médecine ont rendu l'usage fréquent; bourique le présente, dans l'ordre des animaux domestiques, comme bête de charge.

Le premier n'a point d'acception figurée; le second est quel-

quefois métaphoriquement appliqué aux personnes ignares et non instruites, soit hommes, soit femmes. (G.) 84. ANIMAL, BÊTE , BRUTE.

Il se trouve ici une différence réciproque dans l'étendue de la signification. Autant le premier de ces mots l'emporte sur le second dans un des districts du langage, autant, dans un autre district, le second l'emporte sur le premier; de sorte qu'ils deviennent généralement genre et espèce l'un de l'autre.

En langage dogmatique , animal indique le genre; et bête indique l'espèce.

En langage vulgaire, animal, se restreignant dans des bornes plus étroites, ne s'applique qu'à une partie de ce qui est compris sous le nom de bête, c'est-à-dire à celles d'une certaine grandeur, et non aux plus petites. On dirait donc : Le lion est un animal dangereux, la puce est une petite bête très incommode. Ces dénominations, employées au figuré, forment des invectives. Celle d'animal attaque la grossièreté des manières ou l'impertinence de la conduite : celle de béte attaque le manque d'esprit ou d'intelligence.

aBéte, dit M. Diderot, se prend souvent par opposition à un homme. L'homme a une ame, mais quelques philosophes n'en accordent pas aux bètes.

» Brute est un terme de mépris qui ne s'applique qu'en mauvaise part. Il s'abandonne à son penchant comme la brute.

» Animal est un terme générique qui convient à tous les êtres organisés vivans. L'animal vit, agit, se meut de luimême.

» Si on considère l'animal comme pensant, voulant, agissant, réfléchissant, on restreint sa signification à l'espèce humame, si on le considère comme borné dans toutes les fonc-


tions qui marquent de l'intelligence et de la volonté, et qui semblent lui être communes avec l'espèce humaine, on le restreint à la bête; si on considère la bête dans son dernier degré de stupidité, et comme affranchie des lois de la raison et de l'honnêteté, selon lesquelles nous devons régler notre conduite, nous l'appellerons brute. » ( Encyc.) Fixons l'idée rigoureuse de chacun de ces termes. L'animal est littéralement l'être qui respire : ce mot vient de animus, ame, souffle, respiration. La bête est l'être qui mange: ce mot vient de ed, es, est, manger. La brute est l'être qui broute : ce mot vient de la racine bro, brou, manger, broyer, restreinte à une manière particulière de manger.

Au figuré, nous renchérissons sur la qualification de bête, en disant bête brute, ou d'une personne qu'elle est bête à manger du foin.

Le mot animal désigne un règne particulier de la nature, par opposition à végétal et à minéral.

Le mot bete caractérise une classe d'animaux par opposition à l'homme.

Le mot brute indique les sortes de bêtes les plus dépourvues de sentiment et livrées à l'instinct le plus grossier, par opposition àTelles qui montrent de la connaissance, de l'intelligence, de la sensibilité.

Ces trois dénominations s'appliquent injurieusement à l'homme. Vous l'appellerez auimal, pour lui reprocher les défauts et les imperfections des purs animaux , mais surtout la grossièreté, la rudesse, la brutalité des manières et de la conduite. Vous l'appellerez bête, lorsque vous l'accuserez de déraison, d'incapacité, d'ineptie, de maladresse, de sottise, d'imbécillité. Vous l'appellerez brute dans le cas où vous voudrez peindre en un mot la déraison complète, l'extrême bêtise, la stupidité parfaite, et mieux encore l'aveugle brutafilé, l'impétuosité féroce, la licence effrénée des penchans et des moeurs. (R.)

85, ANNULER, INFIRMER, CASSER, RÉVOQUEIl.

Les deux premiers de ces quatre mots s'appliquent uniquement aux actes qui font règle entre les hommes, et les deux derniers s'appliquent non seulement aux actes, mais encore aux personnes.

Annuler se dit pour toutes sortes d'actes, soit législatifs, soit conventionnels. Cette opération se fait par une disposition contraire, provenant ou d'une autorité supérieure, ou de ceux mêmes dont l'acte est émané.

Une obligation réciproque est annulée par les parties qui se la sont imposée, lorsqu'elles en conviennent; mais si l'acte


d'obligation est authentique, il faut que celui qui hannule le æit aussi.

Infirmer ne se dit que des actes législatifs, ou jugemens prononcés par des juges subalternes; et le pouvoir d'ififirmer n'appartient qu'au tribunal supérieur dans le ressort duquel se trouve situé l'inférieur. Ce terme ne s'adapte point aux arrêts des cours supérieures ; aucun tribunal ne les infirme, niais celui d'en haut peut les casser. Les sentences du Châtelet et des présidiaux étaient quelquefois infirmées par les arrêts du Parlement.

Casser renferme une idée accessoire d'ignominie lorsqu'on le dit des personnes en place ; et lorsqu'il regarde les actes, il emporte une idée d'autorité souveraine. On casse un officier, un arrêt. Ce mot suppose toujours, par sa signification, l'exercice d'un pouvoir absolu, lors même qu'on s'en sert métaphoriquement dans cette expression , casser aux gages , qui s'applique souvent à un amant congédié , à un agent qu'on cesse d'employer, à un ami qu'on abandonne, et aux connaissances auxquelles on renonce.

Révoquer, c'est, quant aux personnes, leur ôter simplement, sans aucun accessoire d'ignominie, la place ou la dignité qu'on leur avait confiée; et, quant aux actes, c'est déclarer qu'ils perdent leur vigueur et restent comme non avenus. Le droit de révoquer n'appartient qu'à celui qui a le droit d'établir. On révoque un intendant, un procureur, une loi, les pouvoirs donnes pour agir ou parler en son nom. (G.) , 86. ANTÉRIEUR , ANTÉCÉDENT, PRÉCÉDENT. | Antérieur signifie particulièrement ce qui est, l'existence,

la manière relative d'exister : une édition antérieure à une autre existait auparavant.

Antérieur porte l'idée propre du temps plus avancé dans le passé, d'une priorité de temps appelée par cette raison antériorité. Par extension, il désigne une priorité de situation ou d'aspect. Nous disons la face antérieure d'un bâtiment, comme une époque antérieure.

Antécédent, quoique propre à marquer une priorité de temps, sert plutôt à indiquer une priorité d'ordre, de rang, de place, de position ou de marche, avec cette circonstance particulière, qu'il dénote un rapport d'influence , de dépendance, de conllexité, de liaison établie entre l'un et l'antre objet. Ainsi, en logique, il marque le rapport du principe avec la conséquence; en théologie, celui d'un décret, d'une volonté qui influe sur an autre décret, ou sur une action; en mathématiques , celui d'une induction d'un terme à l'autre; en grammaire, celui d'un mot qui entraîne un régime ou demande un complément.

Dans l'enthymène, le conséquent est tiré de l'antécédent; dans


la proposition grammaticale » l'antécédent a une liaison néces- BHue avec le sti6séqu«nt, elc.

Précèdent détermine une priorité ou de temps ou dordre, mais une priorité immédiate , de manière qu'un objet touche à J'autre sans aucun intermédiaire L'événement précédant est celui qui est arrivé immédiatement avant celui dont on parle; tandis qu'un événement antérieur est seulement arrivé auparavant , et n'a qu'une priorité vague et indéterminée.

Antèrievrvl précédent sont du langage ordinaire; antécédent n'est que du langage didactique. Ce dernier est quelquefois employé substantivement, et les autres sont de purs adjectifs. (R.)

87. ANTIPHRASE, CONTRE-VÉRITÉ.

Façons d'énoncer le contraire de ce qu'on veut faire entendre. Les érudits ont fait savamment antiphrase; le bon gaulois aurait dit bonnement contre-phrase, comme il a dit contre-vérité. SI vous dites d'un homme qui fait une lâcheté, que c'est un brave homme, l'ironie est dans les mots ou la qualification , c'est une antiphrase. Si vous remerciez, dans les termes ordinaires, un ennemi du mauvais service qu'il, vous a rendu y l'ironie est dans le fond même. des choses; c'est une contrevérité.

L'académie définit ainsi l'antiphrase et la contre-vérité : L'antiphraêe est une figure par laquelle on emploie un mot ou une façon de parler dans un sens contraire à sa véritable signification ; la conire-vèriiè est une proposition qu'on fait pour être entendue en un sens contraire à celui que portent les paroles. Votre intention fait donc la contre-vérité, et votre diction l'antiphrase. L'antiphrase est une figure, une figure de mots; la contre-vérité est une feinte, un jeu de pensées. Le savant connaît et découvre l'antiphrase ; le peuple - connaît et sent la contre-vérité. (R.) * 88. ANTUE, CAVERNE, GROTTE.

« Ce sont, dit l'abbé Girard, des retraites champêtres faites de la seule main de la nature , ou du moins à son imitation , lorsque l'art s'en mêle , et dans lesquelles on peut se mettre à l'abri des injures du temps. Mais l'antre et la caverne présen-i tent des retraites obscures et affreuses, qui ne semblent propres qu'à des bêtes fauves; au lieu que la grotte, n'excluant ni la lumière, ni même les ornemèns gracieux, quoique rustiques , peut être l'habitation de l'homme solitaire, et sert souvent à orner les jardins. Le mot de caverne parait enchérir sur celui d'antre, par la profondeur , par la clôture , et par un rapport plus formel à la férocité de celui qui peut y habiter. #


L'idée distinctive de Vantre est celle d'enfoncement, de profondeur ; son aspect intérieur offre d'abord l'obscurité, une épaisse obscurité, une horreur effrayante : sa propriété relative est de dérober à la vue, d'environner de ténèbres, d'ensevelir comme au fond d'un puits.

L'idée distinctive dje la caverne est celie de concavité, de voûte ou d'arc : son aspect intérieur offre d'abord un grand vide, un creux énorme, une large contenance et une clôture : sa propriété relative est de couvrir, enfermer, protéger ou défendre de tous côtés, mettre à couvert et à l'abri.

L'idée distinctive de la grotte est celle d'une cavité, d'un réduit qui n'est, par lui même, ni aussi noir et enfoncé que l'antre, ni aussi creusé et aussi vaste que la caverne : son aspect intérieur offre une petite caverne, qui, plutôt que d'effrayer et de rebuter, aura de l'utilité et des attraits : sa propriété relative est de cacher, d'isoler, de tenir à l'écart, de prêter un abri commode, une retraite solitaire, un lieu de repos, un asile susceptible, ou naturellement paré d'agiémens simples et rustiques. (R.) , 89. APOCRYPHE, SUPPOSÉ.

Ce qui est apocryphe n'est ni prouvé ni authentique. Ce qui est supposé est faux et controuvé.

Les protestans, regardent comme apocryphes quelques-uns des livres que l'Eglise romaine a mis dans son canon comme divins et authentiques. L'histoire apocryphe de la papesse Jeanne a été également réfutée et soutenue par des savans de l'une et de l'autre communion.

La donation supposée de Constantin a été long-temps un point d'histoire non contesté. Que de faits supposés, crus encore de notre temps, malgré nos prétendues lumières!(G.) ; 90. APOTHÉOSE, DÉIFICATION.

L'apothéose est la cérémonie par laquelle les empereurs romains étaient, après leur mort, transmis au nombre des dieux : c'est sur cette idée que quelqu'un a fait l'apothéose de mademoiselle de Scudéri, et que nous canonisons nos saints.

La déification est l'acte d'une imagination superstitieuse et craintive, qui suppose la divinité où il n'y a que la créature, et qui, en conséquence, lui rend un culte de religion. Les hommes, avant la rédemption, déifiaient tout, jusqu'aux bœufs et aux ognons.(G,) 91. APAISER, CALMER.

Le vent s'apaise, dit l'abbé Girard; la mer se calme. A l'égard des personnes, lorsqu'elles sont en courroux ou dans la fureur de l'emportement, il est question de les apaiser: mais il s'agit de les calmer lorsqu'elles sont dans l'émotion que produi-


sent la trop grande crainte du mal, la terreur et le désespoir. Ainsi le mot d'apaiser a lieu pour ce qui vient de la force ou de la violence; et celui de calmer, pour ce qui esl de trouble ou d'inquiétude. Une soumission nous apaise, une lueur d'espérance nous calme. (G.) Apaiser signifie, à la lettre, induire, ramener à la paix : et calmer. ramener le calme, rendre le calme.

Après que la colère d'un jaloux est apaisée, il reste toujours à calmer ses soupçons.

Apaiser, c'est ramener, rétablir, mettre, ou définitivement ou par degrés, la paix, c'est-à-dire l'ordre commun et convenable des choses,l' accord et l'harmonie entre lesobj ets,un calme entier, parfait, profond et permanent. Calmer n'annonce souvent qu'un calme léger et gradué, des adoucissemens, des modérations, des diminutions successives; enfin il exprime le calme, le repos, ce qui parait repos après le grand trouble, un calme qui n'est quelquefois qu'apparent, ou qui, quoique réel, peut être bientôt suivi de trouble et d'orage. Apaiser signifie littéralement arrêter, fixer; et calmer, laisser, diminuer, comme il a été dit.

Une tempête, un incendie, un orage , se calment ou se modèrent quelquefois, et se raniment ensuite avec plus de violence qu'auparavant; lorsqu'ils s'apaisent, qu'ils commencent à s'apaiser, ils se calment toujours de plus en plus; ils ne font plus que baisser, ils tirent à leur fin.

Les négociations calment les esprits; les conventions les apaisent.

Les paroles douces vous calment, une juste satisfaction vous apaise.

Vos soins ont calmé ma douleur; le temps l'apaisera. ( R. )

92. APPAT, LEURRE, PIÉGE, EMBUCHE.

On montre les deux premiers, et l'on cache les deux derniers dans la même vue.

L'appdt et le leurre agissent pour nous tromper : l'un sur le cœur, par les attraits ; l'autre sur l'esprit par les fausses apparences. Le piège et l'embûche, sans agir sur nous, attendent que nous y donnions : on est pris dans l'un, surpris par l'autre; et ils ne supposent de notre part ni un mouvement de cœur, ni erreur de jugement, mais seulement de l'ignorance ou de l'inattention. ( G. )

93. APPELER, ÉVOQUER, INVOQUER.

Nous appelons les hommes et les animaux qui vivent avec nous sur la terre. Nous évoquons les mânes des morts et les esprits infernaux, dont le séjour est censé être dans le sein de la tere. Nous invoquons la Divinité, les saints J les puissances


célestes, et tout ce que nous regardons comme au-dessus de nous, soit par l'habitation dans les cieux, soit par la dignité et le pouvoir sur la terre.

On appelle simplement par le nom, ou en faisant signe de venir. On évoque par des prestiges, soit paroles, soit actions mystérieuses. On invoque par les vœux et par la prière. L'usage d'évoquer les morts, dans le paganisme , n'était fondé que sur ce qu'on les croyait capables de répondre aux vivans. On invoque Apollon et les Muses : c'est exciter son imagination, et tâcher de la monter sur le ton de l'ouvrage qu'on entreprend.

On invoque aussi son ange gardien dans les dangers que l'on court. ( G. )

94. APPLAUDTSSFMENT, LOUANGES.

Quoique ces deux mots s'appliquent également aux choses et aux personnes, il me semble cependant voir dans les applau.

dissemens un accessoire qui les rend plus propres aux choses soit actions, soit discours ; et je remarque ,'dans les louanges, un rapport plus particulier aux personnes.

On applaudit en public, et au moment que l'action se passe, ou que le discours est prononcé. On loue,, dans toutes sortes de circonstances, les personnes absentes ainsi que les présentes, et non seulement en conséquence de ce qu'elles ont fait ou dit, mais encore en conséquence des talens qu'elles ont acquis, et des qualités, soit de l'ame, soit du corps, dont la nature les a gratifiées.

Les applaudissemens partent de la sensibilité au plaisir que nous font les choses; une simple acclamation, un bal tement de mains, suffisent pour les exprimer. Les louanges sont supposées avoir leur source dans le discernement de l'esprit, elles ne peuvent être énoncées que par la parole.

On est toujours flatté des applaudissemens, de quelque façon qu'ils soient donnés; il se trouve même des gens qui les recherchent par la voie des cabales. Il n'en est pas ainsi des louanges : elles ne plaisent qu'autant qu'elles paraissent sincères et qu'elles sont délicates; l'apprêt et la trivialité en diminuent le mérite ; on en craint de plus l'ironie. ( G ) 95. APPLICATION , MÉDITATION, CONTENTION.

Ce sont différens degrés de l'attention que donne l'ame aux objets dont elle s'occupe : de manière qtiatieîîtioii est le terme générique, et les trois autres énoncent des idées spécifiques.

Vapplication est une attention suivie et sérieuse ; elle est nécessaire pour connaître le tout. La méditation est une attention détaillée et réfléchie ; elle est indispensable pour connaître à fond. La contention est une attention forte et pénible ; elle est


inevitable pour demêlei les objets compliqués, et pour écarte* ou vaincre les difficultés.

L'application suppose la volonté de savoir; elle exige de l'assiduité à l'étude* La méditation suppose le désir d'approfondir; elle exige de l'exactitude dans les détails, et de la justesse dans les comparaisons. La contention suppose de la difficulté, ou même de l'importance dans la matière; elle exige une résolution ferme de n'en rien ignorer, et du courage pour .n'être ni effrayé des difficultés ni rebuté par la peine.

Le succès de l'applicatitm dépend d'une raison saine; celui de la méditation, d'une raison pénétrante et exercée; [ icelui de la contention, d'une raison forte et étenduè.

k Les jeunes gens, comme les autres, sont capables d'atten> lion : elle ne suppose ni acquis, ni suite, ni efforts : mais la lé- gèreté de leur âge et leur inexpérience les empêchent souvent d'avoir de l'application ; l'une, en mettant obstacle à l'assiduité de leur attention ; l'autre, en leur laissant ignorer l'intérêt qu'ils auraient à savoir. L'art des instituteurs consiste donc a mettre à profit les accès momentanés d'attention que montrent leurs élèves; à fixer, mais non à forcer la légèreté qui leur est essentielle; à saisir, même à faire naître les occasions de leur faire connaitre ou sentir combien il serait avantageux de savoir : si cela ne suffit pas pour les déterminer à l'application, il faut recourir à la ruse, et les y amener par des motifs pressans d'émulation. S'ils ne s'appliquent pas, comme on pourrait le faire dans un âge plus avancé, il faut les traiter avec indulgence, mais toutefois sans faiblesse : il ne serait pas juste de vouloir exiger d'eux des méditations profondes, puisqu'elles ne peuvent convenir qu'à des hommes faits, cultivés et exercés.

Ce serait bien pis de les mettre dans le cas de ne pouvoir se tirer de leur tâche qu'à force de contention; et malheureusement les livres élémentaires qu'on leur met dans les mains sont si mal digérés, si peu lumineux, si éloignés des vrais principes ; la plupart des maîtres qui osent se charger de les instruire ont si peu d'aptitude pour cette importante fonction, qu'il n'est g ère possible que les germes des talens ne se trouvent ou étouffés dès leur naissance par un trop juste dégoût, ou rendus stériles par des efforts prématurés. ( B. )

96. APPOSER, APPLIQUER.

On apposa le scellé. On applique un emplâtre sur le mal,, des feuilles d'or ou d'argent sur l'ouvrage, un soufflet sur la joue. Ainsi appliquer se dit pour la chose qu'on impose sur une autre par conglutination ou par forte impression. Apposer n'est gué du style de pratique ; ou s'il a quelque autre usage, alors il regarde ce qu'on adapte à une chose comme partie intégrante du tout. (G.)


97. APPRÉCIER, ESTIMER, PRISER.

Apprécier, c'est juger du prix courant des choses dans le commerce de la vente et de l'achat ; estimer, c'est juger de la valeur réelle et intrinsèque de la chose; priser, c'est mettre un prix à ce qui n'en a pas encore, du moins de connu.

Ces trois mots sont également d'usage dans le sens moral ou figuré, et ils y conservent à peu près les mêmes caractères de distinction que dans le littéral. On apprécie les personnes et les choses par la conséquence ou l'inutilité dont elles sont dans le commerce de la société civile. On les estime par leur propre mérite, soit du cœur, soit de l'esprit, On les prise par le cas qu'on témoigne en faire. Les personnes vertueuses ne sont pas appréciées à un haut prix, quoiqu'elles soient beau>coup estimées.

Celui qui rend le plus de service doit être le plus prisé. (G) 98. APPRENDRE, S'INSTRUIRE.

Il semble qu'on apprenne d'un maître, en écoutant ses leçons et qu'on s'instruise par soi-même en faisant des recherches.

Il faut plus de docilité pour apprendre, et il y a beaucoup plus de peine à s'instruire.

Quelquefois on apprend ce qu'on ne voudrait pas savoir; mais on veut toujours savoir les choses dont on s'instruit.

¡. On apprend les nouvelles publiques par la voix de la renommée. On s'instruit de ce qui se passe dans le cabinet, par ses soins et par son attention à observer et à s'informer.

Qui sait écouter, sait apprendre. Qui sait parler, sait s'instruire.

Il arrive souvent qu'on oublie ce qu'on avait appris ; mais il est rare d'oublier les choses dont on s'est donné la peine de s'instruire.

Celui qui apprend un art ou une science est dans l'ordre des écoliers. Celui qui s'en instruit a le mérite de maître.

Pour devenir hahite, il faut commencer par apprendre de ceux qui savent, et travailler à s'instruire soi-même, comme si l'on n'avait rien appris. (G.) 99. APPRÊTÉ, COMPOSÉ, AFFECTÉ.

Ces épithètes désignent quelque chose de recherché dans /air et les manières des personnes.

Apprété, ce qui a de l'apprêt, comme la toile gommée , la dentelle empesée, l'étoffe lustrée. Composé, ce qui est posé symétriquement , compas é, arrangé avec art. Affecté, ce qui est fait avec dessein, recherche, effort, exagération, d'une manière trop marquée où l'art se trahit.

L'homme apprêté veut se donner de la consistance et du


ustre; l'homme composé, du poids et de l'importance; 'homme affecté, des airs et du relief.

Le premier se travaille pour se faire valoir : c'est un rôle le théâtre. Le second se montre pour vous imposer ou en mposer : c'est un rô!e à manteau. Le dernier s'étale pour paaître : c'est la charge d'un rôle.

L'homme affecté ne veut que paraitre tel, qu'il le soit ou lu'i) ne le soit pas. L'homme composé veut paraître tel qu'il ;roit devoir être ou se montrer. L'homme apprèté veut paraître mieux et plus qu'il n'est en effet.

Vous reconnaîtrez l'homme apprêté, à sa raideur, à sa ontrainte, à sa recherché : il n'a ni la flexibilité , ni le noelleux. ni l'abandon qu'il faudrait avoir. Vous reconnaîtrez l'homme composé à sa gravité , à sa froideur , à sa lenteur, à sa réserve, au travail apparent de la réflexion,.ou à son air de circonspection : il n'a ni cette ouverture, ni cette mobilité, ni cette facilité qu'exigeraient les circonstances.

Vous reconnaîtrez l'homme affecté, à la charge , à l'excès , à l'effort, à la prétention, à cette sorte d'indiscrétion qui fait que la prétention se décèle : il n'a point la modération , le naturel, la retenue, la mesure qu'il convient de garder.

Il est difficile d'avoir beaucoup d'orgueil sans être composé, beaucoup de vanité sans être affecté, beaucoup d'amourpropre sans être apprêté.

On est principalement apprêté dans le discours ; composé dans l'air et la contenance ; affecté dans le langage et les manières.

La précieuse est apprêtée ; la prude, composée ; la minaudière, affectée.

Le pédantisme est apprêté; l'hypocrisie est composée; la coquetterie est affectée. (R.)

400. APPRÊTER, PRÉPARER, DISPOSER.

Apprêter, travailler à rendre une chose propre et prête pour sa destination : prest, presser, presse, prêt, près, marquent la hâte et la proximité ; apprêt marque l'industrie et le soin curieux. Préparer, travailler d'avance à mettre en état les

choses nécessaires pour une fin : pré veut dire en avant, d'avance ; parer, ou plutôt le latin parare , signifie proprement mettre; séparer , mettre à part; comparer , mettre une chose avant une autre, vis-à-vis d'une autre; se parer, se mettre en état de paraître. Disposer, travailler à poser et à arranger d'une manière convenable et fixe les choses dont on a besoin pour ses desseins ; dis marque la diversion , la différence, une nouvelle manière d'être ; poser signifie fixer en un lieu, asseoir.

On apprête pour faire ce qu'on va faire, on prépare pour *


être en état de faire ce qu'on doit faire; on dispose pour s'arranger de manière à pouvoir faire ce qu'on se propose de faire.

Le premier annonce une exécution ou une jouissance pro- chaine; le second , une exécution ou une jouissance future; le troisième, une exécution ou une jouissance projetée.

Il y a dans le mot apprêter une idée d'industrie et de recherche ; dans le mot préparer, une idée de prévoyance et de diligence ; dans le mot disposer, une idée d'intelligence et d'ordre. (R.) 401. APPROBATION, AGRÉNIENT, CONSENTEMENT, RATIFICA- ■ TION , ADHÉSION.

Termes qui énoncent tous le concours de la volonté d'une seconde personne à l'égard de ce qui dépend de la volonté d'une première.

Approbation est celui qui a le sens le plus général ; il se

rapporte également aux opinions de l'esprit et aux actes de la volonté, et peut s'appliquer au présent, au passé et à l'avenir.

Agrément ne se rapporte qu'aux actes de la volonté, et peut aussi s'appliquer aux trois circonstances du temps. Consentement et ratification sont deux termes spécifiques, relatifs aux actes de la volonté, mais dont le premier ne s'applique qu'aux actes du présent ou de l'avenir, et le second ne se dit qu'à l'égard des actes du passé. Adhésion n'a rapport qu'aux opinions et à la doctrine.

L'approbation dépend des lumières de l'esprit, et suppose un examen préalable. L'agrément, le consentement et la ratification dépendent uniquement de la volonté , et supposent intérêt ou autorité. L'adhésion n'est qu'un acte de la volonté, qui fait également abstraction des lumières de l'esprit et des passions du cœur, quoique la volonté ne puisse jamais y être déterminée que par'l'une de ces deux voies.

L'approbatioll simple des censeurs les plus exacts ne prouve pas qu'ils aient trouvé l'ouvrage bon ; elle certifie seulement qu'ils n'y ont rien vu qui doive en empêcher la publication , et qu'ils ne s'y opposent point. La conduite d'un homme de bien est digne de l'approbation et des éloges de ses concitoyens. Quand on a donné son consentement à un traité, soit avant qu'on le conclût, soit au moment qu'il se faisait, ou qu'on y a accédé depuis pour le ratifier, on est censé avoir donné son agrément, soit aux actes préliminaires qui étaient nécessaires à la conclusion, soit aux actes postérieurs autorisés par les clauses du traité. L'adhésion sincère à la doctrine de l'Eglise catholique est un acte de foi nécessaire pour le salut : au lien que l'adhésion à une doctrine qu'elle réprouve est un acte de schisme ou d'hérésie, incompatible avec le «ahit. (fk) ---


-1 102. S'APPROPRIER, S'ARROGER, S'ATTRIBUER.

C'est de faire de son autorité privée un droit quelconque, on du moins y prétendre.

S'approprier, se rendre propre, se faire une sorte de propriété, prendre pour soi ce qui ne nous appartenait pas. b'arroger, requérir avec hauteur, prétendre avec insolence , s'attribuer avec dédain ce qui n'est pas dû, plus qu'il"n'est dû.

S'attribuer, prétendre à une chose, se l'adjuger, se l'appliquer de sa propre autorité.

L'homme avide s'approprie; l'homme vain s'arroge; l'homme jaloux s'attribue.

L'intérêt fait qu'on s'approprie ; l'audace, qu'on s'arroge; l'amour-propre, qu'on s'attribue.

On s'attribue une invention, un ouvrage, un succès. On s'arroge des titres, des prérogatives, des prééminences. On s'approprie un champ , un effet, un meuble. On est assez communément disposé à s'approprier la chose qu'on trouve , quand on n'en connaît pas le maître ; à s'arroger comme un droit le service ou les hommages qui nous étaient volontairement rendus ; à s'attribuer un succès auquel on aura seulement contribué ou concouru. (R.) 105. APPUI, SOUTIEN , SUPPORT.

L'appui fortifie : on le met tout auprès, pour résister à l'impulsion des corps étrangers. Le soutien porte; on le place au dessous , pour empêcher de succomber sous le fardeau. Le support aide; il est à l'un des bouts pour servir de jambage. Une muraille est appuyée par des arcs-boutans. Une voûte est soutenue par des colonnes. Le toit d'une maison est supporté par les gros murs. Ce qui est violemment poussé, ou ce qui penche trop, a besoin d'appui.. Ce qui est excessivement chargé, ou trop lourd par soi-même, a besoin de soutien. Les pièces d'une certaine étendue qui sont élevées ont besoin de supports.

On met des appuis pour tenir les choses dans une situation droite ; des Soutiens, pour les rendre solides ; des supports pour les maintenir dans le lieu de leur élévation.

Dans le sens figuré, l'appui a plus de rapport à la force et à l'autorité; le soutien en a plus au crédit et à l'habileté; le support en a davantage à l'affection et à l'amitié.

On cherche , dans un protecteur puissant, de l'appui contre ses ennemis. Quand les raisons manquent,'on a recours à l'autorité pour appuyer ses senlimens. Ce n'est pas les pins honnêtes gens de !a cour qu'il faut choisir pour soutiens de la fortune, mais ceux qui ont le plus de crédit auprès


du prince. On ne se repent guère d'une entreprise où l'on se voit soutenu d'un habile homme. Des amis, toujours disposés à parler en notre faveur, et toujours prêts à nous ouvrir leur bourse, sont de bons supports dans le monde.

Le vrai chrétien ne cherche d'appui contre la malignité des hommes que dans l'innocence et la droiture de sa conduite ; il fait de son travail le plus solide soutien de sa fortune , et regarde la parfaite soumission aux ordres de la Providence comme le plus inébranlable support de sa félicité. (G.) 104. APPUYER, ACCOTER.

Quoique appuyer soit plus en usage, et qu'accoter ait vieilli, il me semble néanmoins que celui-ci se conserve encore lorsqu'il s'agit de tiges : on dit appuyer un mur , accoter un arbre , une colonne. (G.) Accoter se dit dans le style familier, en jardinage, en marine , dans le blason , etc. C'est un mot utile qui a son idée particulière. Appuyer est un mot très-usité dans le sens propre et dans le figuré ; il sert comme de genre aux mots accoter , accouder , adosser , et autres qui expriment différentes manières d'appuyer. On le considère encore comme synonyme de soutenir, tenir ferme, soit en tenant le corps par-dessous, comme la colonne soutient la voûte , soit en la soutenant pardessus , comme la corde soutient le lustre , etc. (R.) Cette différence dans l'usage, continue l'abbé Girard, m'en fait remarquer une dans la force et la valeur intrinsèque de ces mots : c'est qu'appuyer a plus de rapport à la chose qui souvent, et qu'accoter en a davantage à celle qui est soutenue.

Voilà pourquoi, dans le sens réciproque , on accompagne ordinairement le mot d'appuyer d'un cortège convenable, et qu'on laisse aller seul celui d'accoter. Cela paraitra et s'entendra mieux par l'exemple suivant. Pourquoi s'appuyer sur un autre , quand on est assez fort pour se soutenir soimême ? Les airs penchés du petit-maître lui donnent une attitude habituelle qui fait qu'il ne se place jamais qu'il ne Vaccote. (G.)

105. A PRÉSENT, PRÉSENTEMENT, ACTUELLEMENT, MAINTENANT.

A présent indique un temps présent plus ou moins étendu , par opposition à un autre temps plus ou moins éloigné , ou bien indéfini. Ainsi vous direz qu'eu remontant aux époques les plus reculées de l'histoire vous fi-ouverez l'usage des armoiries, ainsi que celui des monllaies, établis alors comme à présent. Vous direz de même, les principes de l'économie sociale sont à présent connus; ils rétabliront l'ordre, la justice., la

S


prospérité , l'âge d'or, lorsque Dieu enverra sur la terre un Sauveur. On dira également la force du corps gagnait jadis des batailles , à présent c'est le canon ; oui, sans doute , mais c'est la débilité des corps qui ruine les armées.

Présentement désigne un présent plus borné, plus limité t plus circonscrit ; il signifie à présent même , dans le moment, tout à l'heure , sous peu , sans délai, sans retard, exclusivement à tout autre temps qui ne serait pas plus ou moins prochain. Une maison est à louer présentement, dans le temps même où l'écriteau est apposé , pour le terme présent. Vos préparatifs sont tous faits, il n'y a présentement qu'à partir ; on part sans déiai.

Actuellement exprime un temps encore plus précis et plus court, le temps, le moment, l'instant où l'on parle, l'action se fait, où l'événement arrive. Ce mot s'applique fort proprement aux premiers temps , aux premiers commencemensd'un changement, d'une révolution, d'un état nouveau, puisqu'il n'emporte que la durée d'un acte ou d'une action qui s'effectue. Un malade est actuellement Ijors de danger , au moment où le danger cesse. Un homme d'Etat entre actuellement au conseil, où il n'était pas encore entré. Il arrive actuellement beaucoup de vaisseaux dans un port que la paix, la liber te de la navigation et celle du commerce viennent d'ouvrir.

Maintenant signifie littéralement pendant qu'on y tient la main , tt qu'on a les choses en main, qu'on est après. Il désigne donc la suinte ou la continuation d'une chose, la liaison ou la transition d'une partie à une autre, et, fort élégamment, l'opposition , le contraste de deux événemens successifs, de deux objets relatifs l'un à l'autre. Ainsi un orateur indique, par le mot maintenant, le passage d'une division à une autre.

Nous venons de considérer le beau côté de la médaille, voyonsen maintenant le revers. Tel est l'état où sont maintenant les affaires.

A présent est un mot très usité ; il a remplacé presque partout présentement ; mais il ne se dit qu'en prose, ou, tout au plus , dans des poésies légères , sermoni propiora : vous le trouverez même assez rarement employé par nos grands orateurs.

Présentement a perdu la vogue qu'il avait dans tous les genres de prose, et même dans l'éloquence. Les lettres de madame de Sévigné , et tous les ouvrages de ce genre , prouvent que c'était le mot ordinaire de la conversation. On l'emploie aujourd'hui si peu , que bientôt il sentira le vieux style.

Actuellement se dit pour présentement plus qu'il ne s'écrit,


peut-être parce qu'il a l'air didactique de l'adjectif actuel ; il a le mérite d'un sens précis.

Maintenant est un mot de tous les styles, familier aux poètes comme aux orateurs, et très souvent employé dans la signification commune à ses synonymes , par la raison que ceux-ci sont exclusifs de certains genres. (R.) 106. ARME, ARMURE.

Arme est tout ce qui sert au soldat dans je combat , soit pour attaquer , soit pour se défendre. Armure n'est d'usage que pour ce qui sert à le défendre des atteintes ou des effets du coup, et seulement dans le détail, en nommant quelque partie du corps : on dit, par exemple, une armure de tête et une armure de cuisse ; mais on ne dit pas en général, les ar- mures. on se sert alors du mot d'armes.

Ce qu'il y a de plus beau dans don Quichotte, n'est pas de le voir revêtu de ses armes , combattre contre des moulins à vent, et prendre un bassin à barbe pour une armure de tête.

On n'allait autrefois au combat qu'après avoir revêtu de son armure particulière chaque partie de son corps , pour empêcher ou diminuer l'effet de l'arme offensive ; aujourd'hui l'on y va sans toutes ces précautions : est-ce valeur? était-ce poltronnerie? Je ne le crois pas. Le goût et la mode ont décidé de ces usages, ainsi que de tous les autres. (G.) 107. 4RMES, ARMOIRIES.

Signes symboliques qui distinguent les personnes, les familles , les communautés , les peuples, etc. Ces symboles se peignaient, se gravaient, s'appliquaient sur les armes , sur le bouclier, sur l'écu, etc. De là l'usage de dire armes pour armoiries. Ce dernier mot est le nom propre de la chose; le premier n'est employé que dans une acception détournée.

Les Romains désignaient les armoiries par le mot insignia: mais ils donnaient aussi quelquefois le même sens au mot d'armes comme l'a fait Virgile , lorsqu'il décrit la fondation de Padoue : Armaque fixit Trota Æneiù. 1. 1.

Il est sensible que le mot armes ne doit pas être employé dans le sens d'armoiries , toutes les fois qu'il formerait une équivoque. Ainsi le blason est la science des armoiries, et non ciel le des armes: en général, armoiries estlemot propre de la science ; armes, celui de l'usage commun. (R) - 108. AROMATE, PARFUM.

Aromate, du grec X/S'ufAX d'i'f/5CO je porte , j'élève , et ec-ei odeur, senteur. Parfum, formé de fmn, fumée, vapeur, et de


par , à travers, entièrement. L'aromate est le corps d'où s'élève une odenr : le parfum est la senteur qui s'élève d'un corps. Tel est le sens primitif de ce dernier mot, comme son acception commune ; mais il se dit aussi du corps odorant , tandis qu'aromate ne se dit jamais de l'odeur même ou de la vapeur. L'aromate a un parfum ou une senteur ; et il est un parfum ou un corps propre à parfumer.. L'aromate exhale des vapeurs agréables; le parfum s'exhale, ou il est exhalé.

Pris pour le corps même qui parfume, le parfum est à l'aromate comme le genre est à l'espèce. Tout aromate est ou peut être parfum; tout parfum n'est pas aromate. L'aromate appartient uniquement au règne végétal : les parfums sont tirés des différens règnes. Les racines des végétaux , tels que le gingembre , l'iris de Florence ; les bois tels que l'aloës , le sassafras ; les écorces comme la canelle , le macis , le citron ; les herbes ou les feuilles , le baume, le basilic , ta mélisse; les fleurs , la violette, la Tose , le safran ; les fruits et semences , le girofle , le cumin , la baie de laurier ; les gommes ou racines, le storax, le benjoin , l'encens, la myrrhe , sont des aromates et des parfums. Le musc , la civette, l'ambre jaune ou succin ( du moins comme on l'a cru fort long temps )-sont des parfums et non des aromates. (R.)

409. ARRACHER, RAVIR.

Ces mots ont une origine commune : r, ra, et une foule de leurs dérivés marquent la rudesse, la force. Rac veut proprement dire, déchirer, briser; rap ou rau, prendre de force, entrainer avec impétuosité, dérober. L'a d'arracher exprime l'action de tirer à soi.

Arracher , c'est tirer à soi et enlever avec violence, avec peine un objet qui, retenu par un autre, se défend contre vos efforts. Ravir, c'est prendre, enlever par un tour de force ou d'adresse un objet qui ne se défend pas ou qui est mal défendu. On arrache un arbre, une dent, un clou enfoncé dans un mur; on ravit des biens, une proie, des choses mal gardées. La première action est plus lente et plus violente; l'objet résiste : la seconde est plus prompte et plus subtile, comme celle de dérober ; l'objet est en quelque manière surpris.

Ces deux mots conservent parfaitement au figuré leur idée propre.

Le soldat effréné nrrache la fille des bras de sa mère, et lui ravit l'honneur.

L'importunité arrache un consentement, la subtilité le ravit.

On ravit à une femme ses faveurs, plutôt qu'on ne les lui arrache.


Elien rapporte le conte suivant, tiré des fables Sybaritiques.

Un enfant, conduit par son pédagogue, dérobe une figue sè< che à un marchand, qu'il rencontre dans la rue; le pédagogue, en le reprenant aigrement de ravir le bien d'autrui, lui arrache la figue et la mange. Ce conte est l'abrégé d'une trèsgrande partie de l'histoire. (R.) HO. ARTISAN, OUVRIER. -.-.

L'un et l'autre sont gens de peine et occupés de la main.

L'artisan exerce un art mécanique ; l'ouvrier fait un genre quelconque d'ouvrage. Le premier est un homme de métier : le second un homme de travail. L'artisan professe, l'ouvrier pratique. Un particulier qui fait pour son plaisir de beaux ouvrages, au tour, par exemple, est un bon ouvrier, mais il n'est pas artisan. Cette distinction est visiblement fondée sur la valeur propre des mots; le mot d'ouvrier a donc un sens plus étendu que celui d'artisan. L'agriculture n'a pas des artisans, elle a des ouvriers. Du rapport qu'il y a entre l'ouvrier et l'oulnage, il est résulté qu'on dit figurément ouvrier quand il s'agit d'ouvrage d'esprit : Ces vers sont du on ouvrier ou du bon faiseur, et non du bon artisan.

.On se sert du mot ouvrier, lorsqu'on veut représenter les gens à l'œuvre, surtout quand ils sont en nombre et de différentes classes. Ainsi vousavez à votre château beaucoup d'ouvriers, soit artisans, comme maçons, menuisiers; soit artistes , comme peintres, sculpteurs. Il y a une moisson abondante, mais peu d'ouvriers;.il y a dans un atelier d'artisan beaucoup d'ouvriers employés.

Dans un atelier ou une boutique, le maître est plutôt l'artisan proprement dit ou par excellence; les compagnons sont les ouvriers; les ouvriers travaillent pour le maître, l'artisan en chef travaille pour le public : celui-ci est une espèce d'entrepreneur; les autres sont les gens de journée ou à gages.

Dans quel cas faut-il figurément employer l'un plutôt que l'autre ? c'est ce qu'on nous laisse à découvrir. Il me semble qu'artisan se dit communément pour auteury inventeur, créateur. ou celui qui règle, dirige, conduit la chose; et qu'ou- vrier signifie plutôt exécuteur, négociateur, agent, ou celui qui travaille, opère, met en œuvre les moyens. Ainsi je dirais plutôt qu'un homme est l'artisan de sa maison , de son malhetir, d'une calomnie, d'une fiction qu'il crée, qu'il invente.

qu 11 fabrique, qu'il forme ; et qu'il est 1 ouvrier d'une paix, d'une entreprise, d'une révolution, d'une .conjuration qu'il 1, négocie, qu'il réalise, qu'il poursuit, qu'il effectue : mais on ne se sert guère aujourd'hui, dans ces cas-là, que du mot artisan (R.) i


tH. ASILE. REFUGE.

Lieux où l'on se met en sûreté, à l'abri, à couvert.

Dès qu'on craint un danger, on cherche un asile : assailli d'un péril, on cherche un refuge. Il faut un asile pour le besoin ; dans la nécessité, un refuge. On se retire, on se sauve dans un asile: on se jette , on se sauve dans un refuge.

Un port est en tout temps un asile : dans la tempête, c'est un refuge. Le voyageur égaré cherche un asile; et poursuivi, un refuge. Le refuge suppose un grand danger : l'asile n'en exclut aucun.

Le favori d'Arcadius, le premier qui fit abolir le droit d'asile, ne tarda point à chercher un refuge contre la mauvaise fortune.

Préparons-nous un asile dans notre propre cœur, et un refuge dans les bras de la Providence.

Le juste a besoin d'asile, car il a toujours à craindre : le pécheur a besoin de refuge, car il est toujours menacé et poursuivi , du moins par sa conscience.

M. l'abbé Poule dit du vrai chrétien, dans son sermon sur la Foi, qu'il est l'asile de la veuve et de l'orphelin , et un refuge de miséricorde.

L'acte ne se prend que pour une retraite honnête et respectable , et il n'en est pas de même du refuge. La solitude est un asile pour les contemplatifs : les brigands ont des refuges comme les bêtes féroces. Les réduits où s'assemblent des foueurs, des vagabonds, des fainéans, s'appellent des refuges, et non des asiles. (R.) H2. ASSEZ, SUFFISAMMENT.

Ces deux mots regardent également la quantité : avec cette différence qu'assez a plus de rapport à la quantité qu'on veut avoir, et que suffisamment en a plus à la quantité qu'on veut employer.

L'avare n'en a jamais assez ; il accumule et souhaite sans cesse. Le prodigne n'en a jamais suffisamment ; il veut toujours dépenser plus qu'il n'a.

On dit, c'est assez, lorsqu'on n'en veut pas davantage : et l'on dit, en voilà suffisamment, lorsqu'on en a précisément ce qu'il en faut pour l'usage qu'on en veut faire: A l'égard des doses et de tout ce qui se consomme, assez, parait marquer plus de quantité que suffisamment : car il semble que, quand il y en a assez, ce qui serait de plus y serait de trop; mais que, quand il y en a suffisamment ce qui serait de plus n'y ferait que l'abondance, sans y être de trop.

On dit aussi d'une petite portion et d'un revenu médiocre.


qu'on en a suffisamment ; mais on ne dit guère qu'on en a assez.

Il se trouve dans la signification d'assez plus de généralité; ce qui, lui donnant un service plus étendu , en rend l'usage plds commun, au lieu que suffisamment renferme dans son idée un rapport à l'emploi des choses, qui, lui donnant un caractère plus particulier, en borne l'usage à un plus petit nombre d'occasions.

C'est assez d'une heure à table pour prendre suffisamment de nourriture : mais ce n'est pas assez pour ceux qui en font leurs délices.

L'économe sait en trouver assez où il y en a peu. Le dissipateur n'en peut avoir suffisamment où il y en a même beaucoup. (G.) 115. ASSOCIER, AGRÉGER.

«On associe, dit l'abbé Girard, à des entreprises : on agrége à un corps. L'un se fait pour avoir des secours, ou pour partager les avantages du succès; l'autre a pour effet de se donner un confrère , ou de soutenir sa compagnie par le nombre et le choix de ses membres. Les marchands et les financiers s'associent : les gens de lettres sont agrégés aux universités et aux académies, etc.» On associe à un corps, comme on y agrége. Les académies ont des associés; les facultés ont des agrégés..

Associer signifie littéralement unir en société ou à la société, lat. associare. Agréger signifie joindre au troupeau, à la troupe, lat. aggregare.

Les associés sont unis ensemble; ils constituent la société, la compagnie, le corps. Les agrégés sont joints au corps, à la compagnie, à la société; ils lui appartiennent.

Des physiciens appellent agrégés des amas de plusieurs choses qui n'ont point entre elles de liaison ou de dépendance naturelle, comme des tas, des monceaux de blé, de pierres.

Les commerçans et les banquiers appellent associés les particuliers qui se mettent en communauté et dans une dépendance mutuelle d'affaires, d'entreprises, d'intérêts.

Nous employons souvent le mot associer, lorsque celui d'agréger serait beaucoup plus convenable, en suivant l'idée primitive, propre, et bien marquée de l'un et de l'autre.

Associer exprime littéralement l'incorporation dans une vraie société à une communauté réglée, soit qu'elle se forme, soit qu'elle soit déjà formée. Agréger exprime une adjonction à une troupe, à une bande quelconque qui est déjà rassemblée* et qui peut l'être fortuitement sans règle : ce dernier ne renferme pas. comme le premier 3 les idées d'ordre et d'unioa intime.


Associer convient particulièrementaux personnes ; agréger auvient à toute multitude. (R.) 114. ASSUJETTISSEMENT, SUJÉTION.

Ces mots désignent la dépendance, l'obligation, la gêne ou a contrainte. La sujétion est littéralement l'action d'être mis, enu dessous; l'assujettissement est ce qui nous met, nous ient dessous. Cette différence est tirée de la valeur propre de :haque terminaison.

Le mot assujettissement se distingue par un rapport particulier à la cause, au principe, à la force, au titre, à la puissance qui nous assujettit dans un tel état, qui nous assujettit i t'tle ou à des obligations, à de& devoirs, à des nécessités contantes; et celui de sujétion, par un rapport spécial, à l'action, à la gêne, à l'obligation actuelle qui nous est imposée, à l'effet 1Re nous ressentons, à la soumission dans laquelle nous sommes tenus. Le premier désigne plutôt un état habituel dans lequel ait est fixé; le second, la situation actuelle-dans laquelle on se trouve. Les lois, les règles, l'autorité, Fempire, les coutumes, les bienséances nous imposent des assujettissEmens: les actes, les actions, les soins, les travaux, les devoirs imposés par les lois sont des sujétions. Par l'assiijettissemeiit, nous sommes sous le joug; et par la sujétion, nous traînons notie joug. L'as sujettissement exige et entraîne la sujétion. Un état habituel et forcé de sujétion est l'effet ou l'indice d'un ssujettissement.

La nature nous tient dans le plus constant et le plus grand, assujettissement par tous les liens qui nous attachent aux hommes et aux choses; et nos besoins sont des sujétions qui nous rappellent sans cesse que notre vie n'est, qu'un éternel assujettissement, où nous ne faisons que changer de çujeticus.

A l'égard du maître qui commande avec empire, la dépendance continuelle est un dur assujettissement. A l'égard d'une personne qu'on chérit, le service assidu n'est qu'une dpuçe Sïijétion.

Par la sujëtion, on est sujet; ce qui n'exprime que la dépendance, la soumission : par l'assujettissement, on est assujetti ; ce qui marque le joug, la contrainte. Un peuple est sujet à l'égard de son prince; un peuple vaincu est assujetti par la puissance victorieuse. -' > Le tin t sujétion n'annonce qu'une dépendance, une obligation, une assiduité vague et indéterminée, sans indiquer par lui-même à qui et à quoi l'on est sujet. Le mot assujettissement annonce une dépendance, une soumission, un dé-, vouement déterminé ou préparé par la préposition à, qui, dans la composition d'un mot , indique la sujétion à une chose, à une personne. On est dans la swètion dès qu'on n'est


pas à soi, à sa propre disposition ; on est dans Y assujettissement lorsqu'on est à quelqu'un, à une chose. La sujétion n'énonce donc que la situation ou l'état de la chose ou de la personne; l'assujettissement annonce de plus un rapport formel à ce qui assujettit la personne ou la chose. (R.) M5. ASSURER, AFFERMIR.

On affermit par de solides fondemens, ou par de bons ap- : puis, pour rendre la chose propre à se maintenir et à résister ; aux impulsions et aux attaques. On assure par la consistante, delà position, ou par des liens qui assujettissent, afin que *a chose se trouve ainsi fixe sans vaciller.

Au figuré, l'évidence des preuves et la force de l'esprit affermissent le sage dans sa façon de penser contre le préjugé des erreurs populaires. L'équité et les lois sont les seuls principes sur lesquels le citoyen puisse assurer sa conduite : les exemples peuvent quelquefois la justifier, mais ils ne l'empêchent pas de varier. (G.) 446. ASSURER, AFFIRMER, CONFIRMER.

On se sert du ton de la voix ou d'une certaine manière de dire les choses pour les assurer, et l'on prétend par là en marquer la certitude. On emploie le serment pour affirmer, dans la vue de détruire tous les soupçons désavantageux à la sincérité. On a recours à une nouvelle preuve ou au témoignage d'autrui pour confirmer; c'est un renfort qu'on oppose au doute, et dont on appuie ce qu'on veut persuader.

Parler toujours d'un ton qui assure, c'est affecter l'air dogmatisant , ou montrer qu'on ignore jusqu'où la sagesse peut pousser le doute et la défiance. Affirmer tout ce qu'on dit, c'est le moyen d'insinuer aux autres qu'on ne mérite pas d'être cru sur sa parole. Le trop d'attention à vouloir tout confirmer rend la conversation ennuyeuse et fatigante.

Les demi-savans, les pédans et les petits maîtres assurent tout ; ils ne parlent que par décisions. Les menteurs se font une habitude de tout affirmer; les juremens ne leur coûtent rien. Les gens impolis veulent quelquefois confirmer par leur témoignage ce que des personnes fort au-dessus d'eux disent en leur présence.

Nous devons croire un fait lorsqu'un honnête homme nous en assure, et que d'ailleurs il est. possible : mais il n'en est pas de même d'un point de doctrine; il est permis de contredire tout ce qui n'est pas évident. Les fréquentes affirmations ne font point passer pour véridique, et sont plus propres à jeter de la défiance dans ceux qui écoutent, qu'à s'en attirer la confiance. Il est de la prudence du sage d'attendre la confirmation


des nouvelles publiques avant que d'y ajouter foi, et d'être en garde contre les tricheries de la renommée.

La bonne manière défend de rien affirmer, que lorsqu'on en est requis dans le cérémonial de la justice; elle ordonne d'avoir soin de confirmer ce qui peut paraître extraordinaire, eu être sujet à contestation ; et elle permet, dans le discours, l'air et le ton assurant, lorsqu'on s'aperçoit que les personnes à qui Fon parle ne sont pas au fait de ce que l'on dit, et n'en jugent que par la contenance de l'orateur. (G.) H7, ASTRONOME, ASTROLOGUE. - J L'astronome connaît le cours et le mouvement des astres ; l'astrologue raisonne sur leur influence. Le premier observe J'état des cieux, marque l'ordre des temps, les éclipses, et les révolutions qui naissent des lois établies par le premier mobile de la nature, dans le nombre immense des globes que contient l'univers; il n'erre guère dans ses calculs. Le second prédit les événeaiens, lire des horoscopes, annonce la pluie, le froid, le chaud, et toutes les variations des météores; il se trompe souvent dans ses prédictions. L'un explique ce qu'il sait, et mérite l'estime des savans. L'autre débite ce qu'il imagine, et cherche l'estime du peuple.

i Le désir de savoir fait qu'on s'applique à l'astronomie. L'in *quiétude de l'avenir fait donner dans l'asirologie.

La plupart des gens regardent Yastronomie comme une science inutile et de pure curiosité, parce qu'apparemment ils ne font pas réflexion qu'ayant pour objet l'arrangement des saisons, la distribution du temps, la diversité et la route des mouvemetis célestes, elle aide à l'agriculture, met de l'ordre dans toutes les choses de la vie civile et politique, et devient un fondement nécessaire à la géographie et à l'art de la navigation. L'astrologie est à présent moins à la mode qu'autrefois, soit parce que le commun des hommes est plus déniaisé , soit parce que l'amour du vrai est plus du goût des habiles gens que J'envie d'éblouir et de duper le monde, soit enfin parce que le brillant de la réputation ne dépend pas aujourd'hui d" norrçbre dcs?ois, mais dn discernement dps s-'iges. (G.) r: 118. ATTACHÉ, Aï'fÀeHEIEiST, I)K VOUEIKELVIV ittfe f Quoique le mot d'attachement puisse quelquefois s'appliquer en mauvaise part, il es» pourtant mieux placé que les deux autres à l'égard d'une passion honnête et modérée. On a de 1 attachement à son devoir ; on en a pour un ami, pour sa famIlle, pour une femme d'iimneur qu'on estime. Celui a attache convient mieux lorsqu'il est question d'une passion moins approuvée , ou poussée a l'fxcès: on a de l'attache vU leu , on en a pour une mai : esse, quelquefois même pnH" .U\


petit animal. Le mot de dévouement est d'usage pour marqoer une parfaite disposition à obéir en tout. On est dévoué à soxl prince , à son niaitre , à son bienfaiteur , à une dathe qui a acquis sur nous un empire absolu. Les deux premiers expri- ment de la sensibilité et de la tendresse ; ils entrent souvent dans le langage (iii ecelir: le dernier marque de la docilité et du respect ; il appartient au langage du courtisan.

On dit de Yattachement, qu'il est sincère; de l'attache, qu'elle est forte ; et du dévouement, qu'il est sans réserve.

L'un nous unit à ce que nous estimons ; l'autre nous lie à ce que nous aimons ; le troisième enfin nous soumet à ia volonté -de ceux que nous désirons servir. (G.) Attache, estce qui attache , un lien : attachement , ce pat quoi on est attaché, une liaison. Attaché se dit au propre et au figuré; - attachement ne se dit qu'au figuré; il désigne un sentiment. L'attache vient de quelque cause que ce soit ; Yattachement vient du cœur. On tient à l'objet pour lequel on a de l'attache, on aime celui pour qui on a de l'attachement.

On a de l'attache pour la maison qu'on habite, et de Yat* lâchement pour les personnes avec qui l'on vit.

Une simple habitude avec une personne fait une attache; une liaison fondée sur le rapport des sentimens et des caractères est un attachement.

On a de l'attache à son sens, à son avis, à son opinion, à son sentiment, comme le disait fort bien Nicole.

L'attachement aux richesses a souvent produit l'attache au jeu.

Le hasard , l'intérêt, l'habitude , les convenances forment les attaches; la nature forme des attachemens. On a des atUtltemens: l'on se fait des attaches.

Considérez bien les hommes , vous verrez qu'iis sont plutôt conduits par leurs attaches que par leurs attachemens.

Nous vivons comme on vit, et non comme nous voudrions vivre.

Il reste encore dans les pères et mères quelque attachemeni aour leUfsenfans, et dans les enfans quelque attache pour leurs pères et mères : voilà nos familles.

Les personnes droites et sensibles n'ont guère d'attache sans attachement. ,

Il faut une bien forte attache et bien peu de véritable attachement, pour dire comme Martial, je ne puis vivre ni sans toi ni avec toi : c'est précisément ce qu'éprouvait Henri IV à l'égard de mademoiselle de Verneuil.

Un des grands malheurs du vice, c'est que l'attache en reste encore après que l'attachement a cessé : vous ne l'aimez plus, mais vous y tenez encore par mille liens que vous n'avez paf la force de rompre.


Le grand défaut du Français , dit Duclos , c'est d'être toujours jeune; c'est-à-dire capable d'attachemens vifs, et incapable d'une forte attache. (R.) 449. ATTACHÉ, AVARE, INTÉRESSÉ.

Un homme attaché aime l'épargne et fuit la dépense. Un homme avare aime la possession et ne fait aucun usage de ce qu'il a Un homme intéressé aime le gain, et ne fait rien gratuitement. L'attaché s'abstient de ce qui est cher; l'avare se prive de tout ce qui coûte ; l'intéressé ne s'arrête .guère à ce qui ne produit rien.

On manque quelquefois sa fortune pour être trop attaché , comme on se ruine en faisant trop de dépense Les avares ne savent ni donner ni dépenser; ils se laissent seulement extorquer par la nécessité ou par le besoin ce qu'ils tirent de leur bourse. Il y a des personnes qui, pour être intéressées, n'en sont pas moins prodigues ; elles donnent libéralement à leurs plaisirs ce que l'avidité du gain leur fait acquérir. (G ) 420. ATTAQUER QUELQU'UN, S'ATTAQUER A QUELQU'UN. *

Mais t'attaquer à moi, qui t'a rendu sr vain?

CORNEILLB Jouer des bigots la trompeuse grimace C'est s'attaquer au ciel.

BOILEAU.

«Cette façon de parler, s'attaquer à quelqu'un, pour dire attaquer quelqu'un, est très-étrange et très-française tout en-

semble; car il est bien pins élégant de dire s'attaquer à quelqu'un, qu'attaquer quelqu'un , dit Vaugelas, remarque485.» L'académie fait là-dessus l'observation suivante : CI S'attaquer à quelqu'im ne veut point dire attaquer quelqu'un, puisqu'on ne dit point : L'ayant trouvé impunément dans la rue, il s'attaqua à lui, mais il l'attaqua. Il se dit pour marquer la hardiesse que quelqu'un a d'entreprendre d'attaquer une personne plus considérable et plus imposante que soi.

Ainsi on dit fort bien : Il ne faut pas s'attaquer à des gens puissans.»

Cependant Molière, dans les Femmes savantes, acte IV, scène 5, fait dire à Philaminte , lorsque Clitandre et Tris.

sotin en viennent aux personnalités, On soùffre aux entretiens ces sortes de combats, Pourvu qu'à la personne on ne s'attaque pas.

Molière entend donc s'attaquer à dans le même sens que Vaugelas. -.


S'attaquer à quelqu'un a conservé ie sens de s'attacher à quelqu'un, s'en prendre à lui, avec l'idée particulière d'attaquer , choquer, provoquer , offenser, et dans un esprit de ressentiment, de haine , de vengeance , etc. Ainsi le verbe, joint au pronom personnel, diffère du verbe simple, en ce qu'il exprime un choix, une préférence, un ressentiment, une passion particulière, une volonté acharnée, qui fait qu'on s'en prend à quelqu'un plutôt qu'à d'autres, qu'on le prend pour l'objet de ses injures et de ses poursuites, qu'on s'attache, sans garder aucune mesure, à l'offenser, etc.

Un romancier du dernier siècle fait dire à un de ses personnages : Tibère n'Osa s'attaquer à ma personne, parce qu'il me crut assez aimé des soldats pour n'être pas attaqué impunément; c'est-à-dire, que Tibère n'osa se déclarer ouvertement son ennemi, et l'attaquer ouvertement comme tel, dans la crain!e de n'être pas le plus fort, ou pour éviter les risques d'une attaque à force ouverte.

En deux mots, attaquer n'exprime qu'une simple Attaque ; l'oppression , un acte d'hostilité. S'attaquer annonce une résolution décidée de prendre à partie, d'attaquer et de poursuivre quelqu'un qu'on rend responsable de quelque événement, ou pour un tort qu'on lui attribue.

Lorsque, par occasion, je censure les mœurs. je n'attaque personne, je m'attaque au siècle. Malgré les autorités qui établissent l'usage de dire s'attaquer à, je ne serai point surpris que des oreilles délicates en soient blessées. J'aurais quelque peine à l'employer dans un discours sérieux. (R.) 121. ATTENTION , EXACTITUDE , VIGILANCE. '* L'attention fait que rien n'échappe ; l'exactitude empêche qu'on omette la moindre chose ; la vigilance fait qu'on ne néglige rien.

Il faut de la présence d'esprit pour être attentif, de la mémoire pour être exact, et de l'action pour être vigilant.

Chez les Romains, un même hormne-éiait magistrat attentif, ambassadeur exact, et capitaine vigilant.

Un sage ministre a de l'attelliion à ne furmer ou à n'adopter que des projets avantageux à FEia) ; de l'exactitude pour en prévenir, tous les inconvéniens, et de la vigilance pour en procurer le succès.

L'auteur, pour bien écrire., doit être également attentif aux choses qu'il dit et aux termes dont il se sert, afin qu'il y ait du vrai et du goût dans ses ouvrages. Le commission-

naire , pour bien exécuter, doit être exact dans le temps comme dans la maniél e de faire les choses, afin que tout soit fait à propos et comme on le souhaite. Le général d'armée doit être vigilant sur les marches des ennemis et sur les


siennes, afin de profiter des avantages et de ne pas manquer l'occasion.

Il est du devoir de tous lespasteurs d'avoir de l'attention h procurer l'avantage spirituel de leurs troupeaux, de l'exactitude à les instruire des vérités salutaires de l'évangile, et de la vigilance pour les préserver du crime et de l'erreur: mais il est de la pratique de quelques-uns de n'être attentifs qu'à augmenter leur revenu temporel, de n'être exacts qu'à se faire payer leurs dîmes ou leurs honoraires, et de n'être vigilans que pour la conservation de leurs droits et de leurs prérogatives.

Nous devons avoir de l'attention à ce qu'on nous dit, de l'exactitude dans ce que nous promettons, et de la vigilance sur ce qui nous est confié.

L'homme sage est attentif à sa conduite, exact à ses devoirs, et vigilant sur ses intérêts.

Une femme coquette n'est attentive qu'à son miroir, exacte qu'à sa toilette, et vigilante que sur sa ,)arure.,(,G.) 122. ATTÉNUER, BROYER, PULVÉRISER.

Atténuer se dit proprement des fluides condensés ou coagulés.

Il faut fondre et dissoudre pour atténuer. Broyer et pulvériser se disent des solides. Broyer marque l'action de les réduire en molécules plus petites; pulvériser en marque l'effet. Il faut broyer pour pulvériser. (Dict. de Trévoux.) > * * ,.. 425. ATTRAITS, APPAS, CHARMES. (

Outre l'idée générale qui rend ces mots synonymes, il leur est encore commun de n'avoir point de singulier dans le sens dans lequel ils '«ont pris ici ; c'est-à-dire, lorsqu'ils sont employés pour marquer le pouvoir qu'a sur le cœur la beauté, l'agrément et tout ce qui plaît. A l'égard de leurs différences, il me semble qu'il y a quelque chose de plus naturel dans les attraits, quelque chose qui tient plus de l'art dans les appas, quelque chose de plus fort et de plus extraordinaire dans les charmes.

Les attraits se font suivre, les appas nous engagent, les charmes nous entraînent. Leecœur de l'homme n'est guère ferme contre les attraits d'une jolie femme ; il a bien de la peine à se défendre des appas d'une coquette, et il est impossible de résister aux charmes d'une beauté bienfaisante.

Les dames sont toujours redevables de leurs attraits et de leurs charmes à l'heureuse conformation de leurs traits; mais elles prennent quelquefois leurs appas sur leur toilette.

Je ne sais si ce que je vais dire sera goûté de tout le monde, mais je sens cette distinction, que je livre au jugement du lecteur ; et peut-être lui paraîtra-t-il, comme à moi, que les attraits viennent de ces graces ordinaires que la nature distri-


bue aux femmes avec plus ou moins de largesse aux unes qu'aux autres, et qui sont l'apanage commun du sexe ; que les appas viennent de ces grâces cultivées que forme un fidèle miroir, consulté avec attention, et qui sont le travail entendu de l'art de plaire ; que les charmes viennent de ces graces singulières que la nature donne comme un présent rare et pré-: cieux, et qui sont des biens particuliers et personnels.

Des défauts qu'on n'avait pas d'abord remarqués et qu'on ne s'attendait pas à trouver, diminuent beaucoup les attraits.

Les appas s'évanouissent dès que l'artifice se montre. Les charmes n'ont plus d'effet lorsque le temps ou l'habitude les ont rendus trop familiers, ou en ont usé le goût.

C'est ordinairement par les brillans attraits de la beauté que le cœur se laisse attaquer; ensuite les appas, étalés à propos , achèvent de le soumettre à l'empire de l'amour; mais s'il ne se trouve des charmes secrets, la chaîne n'est pas de longue durée.

Ces mots ne sont pas seulement d'usage à l'égard de la beauté et des agrémens du sexe, ils le sont encore à l'égard de tout ce qui plait : alors ceux d'attraits. et de charmes ne s'appliquent qu'aux choses qui sont ou qu'on suppose trèsaimables en elles-mêmes, et par leur mérite; au lieu que celui d'appas s'applique quelquefois à des choses qui sont et qu'on avoue même haïssables, mais qu'on aime malgré ce qu'elles sont, ou auxquelles les rapports secrets du tempérament nous contraignent de livrer nos actions, si la raison n'en défend notre cœur.

La vertu a des attraits que les plus vicieux ne peuvent s'empêcher de sentir. Les biens de ce monde ont des appas qui font que la cupidité triomphe souvent du devoir. Le plaisir a des charmes qui le font rechercher partout, dans la vie retirée comme dans le grand monde, par le philosophe comme par le libertin ; dans l'école même de la mortification comme dans celle de la volupté, c'est toujours lui qui fait le goût et décide du choix.

On dit de grands attraits, de puissans appas et d'invincibles charmes. L'honneur a de grande attraits pour de belles ames; la fortune a de puissans appas pour tout le monde; la gloire a des charmes invincibles pour les cœurs ambitieux. (G.) Les plus grands attraits se trouvent toujours dans l'objet de la passion dominante. Les appas les plus puissans ne sont pas ceux qui sont établis avec le plus d'ostentation. Les charmes ne deviennent véritablement invincibles que par la solidité du mérite et la force du goût. Attraits, ce qui attire, ce qui tire à soi. Le propre des attraits est donc de nous faire pencher, incliner, aller vers un objet.

Il est visible que cet effet est le premier degré d'intérêt


qu'inspire un objet aimable. Le mépris, la naine, la jalousie feront dire qu'une femme n'avait d'autres droits au rang où elle a été élevée, qu'un peu d'attraits peut-être, et beaucoup cT artifice.

Appas a beaucoup d'analogie avec appât, et elle est fondée sur une origine commune : l'un et l'autre viennent de pa, pat, i manger, nourriture ; d'où pâte, pdtèe, pâture, etc. Le propre des appas est d'exciter, comme lappdt, le goût et l'envie de posséder l'objet et d'en jouir. Les appas ont donc un plus grand effet que les attraits; ils sont plus puissans. Comme l'appdt trompe, les appas peuvent tromper ; et l'on est bien fun é-A dire, des appas trompeurs et perfides.

Appas ne peut jamais être pris en mauvaise part qu'autant qu'on y joint une épithète qui le flétrit. Il ne faut pas même imaginer que des appas trompeurs soient toujours artificiels on apprêtés.

Charmes est le même mot que charme, enchantement, avec une analogie bien sensible. Le propre des charmes est de nous frapper et de nous enlever par,une force secrète, mystérieuse, toute-puissante, irrésistible.

Ainsi les attraits préviennent favorablement, et nous attirent : les appas flattent le cœur ou les sens, et nous séduisent ; les charmes s'emparent en quelque sorte de nous, et nous enchantent.

Les attraits inspirent le penchant ou l'attrait; les appas, 10 goût et le désir ; les charmes, l'amour ou la passion, et l'en- tbousiasme. Si les attraits se font suivre, comme dit l'abbé Girard, les appas se font aimer et rechercher ; les charmes se font aimer, admirer, adorer. Avec des attraits, une femme est agréable ; même sans être absolument jolie, elle plaît : avec des appas, elle est séduisante par un genre Ge beauté ou pac des beautés animées; elle entraîne ou captive: avec des charmes, on ne demande pas si elle est belle; elle est plus que bell, elle ravit, elle transporte.

Il ne faut que certains traits intéressans ou piquans poqr avoir des attraits. Les appas consistent dans un assemblage frappant de traits ou jolis ou beaux, qui semblent attaquer le cœur et l'obliger à se rendre. La grace surtout, plus belle que la beauté, forme les charmes : les charmes et les graces sont également des je ne sais quoi, tout ce qu'on veut, ce qu'on sent : ce sont les grâces, ce sont les charmes.

Ce que nous avons dit des attraits, des appas, des charmes, par rapport à la beauté du corps, est assez clair et assez développé pour que le lecteur l'applique facilement à tout autre objet, ou physique ou moral. (R.) Les appas tiennent aux formes; les attraits doivent à l'esprit la plupart de leurs agrémens : il n'existe point de charmes qui


ne prennent leur source dans l'amabilité du caractère.

De beaux bras, une taille parfaite, font la plus grande partie des appas d'une femme ; des regards vifs, un langage aiiimé, l'expression de la gaîté, le ton de la coquetterie, peuvent ajouter beaucoup à ses attraits; le sourire de la bienveillance, le regard de la sensibilité, l'air de la candeur, de la simplicité, J de l'abandon, voilà ses charmes. On est ému des appas d'une femme, épris de ses attraits > touché de ses charmes. Une femme peut tromper sur ses appas ; on voit des attraits étudiés ; le naturel est nécessaire aux charmes.

Celle qui cherche à plaire doit oublier ses appas, se servir de ses a/traits et laisser agir ses charmes.

Celle qui aime, toujours mécontente de ses appas, néglige ses attraits et n'ose compter sur ses charmes.

Eu employant ces mêmes mots au singulier, on dit : l'appât du gain, l'attrait du plaisir et le charme de l'amour.

Le mot d'appas est devenu un peu libre, celui d'attroits un peu fade. On n'oserait parler à une femme de ses appas ; on se garderait bien, excepté en vers, de louer ses attraits : le mot de charmes devrait appartenir au langage de tous les sentimens du cœur ; mais l'amour se l'est approprié, et i'I n'aime pas à prêter ce qu'il possède.

On dit cependant les charmes de la vertu. Le mot de charmes exprime une idée plus pure que celui d'appas, et plus morale que celui d'attraits. (AON.) 424. ATTRIBUER, IMPUTER.

Ces deux termes expriment l'action de mettre une chose sur le compte de quelqu'un : la lui attribuer, c'est la mettre sur son compte par une prétention, un jugement, une assertion simple, comme sa chose propre, son effet direct, son ouvrage immédiat : la lui imputer, c'est la mettre sur son compte, en la rejetant sur lui, en lui en rapportant ou appliquant le mérite ou le démérite. On attribue plutôt les choses; on impute surtout le mérite des choses.

Les théologiens attribuent au démon les oracles du paganisme. La théologie enseigne que l'Eglise peut nous imputer les mérites surabondans des saints.

Vous attribuez un ouvrage à celui que vous en croyez l'auteur; vous imputez un événement à celui que vous en pré- jugez la cause plus ou moins éloignée, ou même indirecte ou accidentelle. Vous attribuez une faute à celui qui, selon vos : connaissances , l'a commise ou fait immédiatement commet- tre; vous imputez une mauvaise action à celui qui, selon vos: conjectures ou vos suppositions, en a été la première cause on le moteur.


On attribue la ruine des empires aux conquérans, à cause qu'ils la consomment ; il faut l'imputer au mauvais gouvernement; car il la cause : on ne renverse que les empires ébranlés.

On attribue les revers on ne sait à quoi, au sort ; on impute ses fautes à autrui, à qui l'on peut.

L'action compliquée d'imputer est, à raison de la nature, de la multiplicité et de la variété de ses opérations , plus susceptible que l'action simple d'attribuer des modifications et des qualifications qui annoncent un jugement plus hasardé ou plus arbitraire, qui rendent l'acte plus suspect ou plus criti- , que, et qui font prendre la chose en mauvaise part.

Si l'on attribue quelquefois légèrement, on impute gratuitement.

On attribue sur des vraisemblances : pour imputer, il faudrait des preuves.

L'opinion attribue. la partialité impute.

On attribue à l'un plutôt qu'à l'autre : pour laver l'un , on impute à l'autre.

- On attribue un fait positif, articulé : on impute aussi des choses vagues, indéterminées.

Il résulte de ces observations, ([n'attribuer se prend indifféremment en bonne et mauvaise part, et qu'imputer se prend plutôt en mauvaise part. On attribue une bonne comme une mauvaise action, des vertus comme des vices ; on impute une mauvaise action plutôt qu'une bonne, des vices plutôt que des vertus; mais il est faux qu'on n'impute absolument que les choses dignes de blâme, puisque les dictionnaires mêmes qui semblent établir cette règle la démentent, en ajoutant qu'on impute il bien, à gloire, il mërjie: et cette règle est contraire au sens propre du mot comme a l'usage , qui le consacre dans certains cas; par exemple, lorsqu'il s'agit de l'imputatioll des mérites de Jésus-Christ.

, Attribuer s'applique également au physique et au moral ; et l'on attribue un effet à des causes quclrouf/ues, comme une action aux personnes. Le flux et le rellux de la mer sont attribués à l'action combinée de la lune et du soleil. (n.) Augure, en latin augurium, est formé du mot avis, oiseau.

L'augure se lirait du chaut, du vol et autres actions des oiseaux.

Augure a été ensuite appliqué à toutes sortes de divinations et de conjectures sur l'avenir.

..,;. Présage, en latin prœsagium , vient du latin sagire. C'est, suivant Cicéron ( de Divinat. 551, sentir, discerner stibtile.


ment : présager, c'est pénétrer ou annoncer les choses avant 6*i'elles soient, l'avenir.

L'augure est simplement l'idée que nous nous formons de l'avenir d'après certaines données ; ou, si nous disons d'une chose que c'est un bon ou mauvais augure, c'est pour dire qu'elle est du bon ou mauvais augure. Le présage est également le signe, la chose qui annonce l'avenir; et la conjecture , le pronostic que nous tirons des objets.

Nous augurons, mais les choses n'augurent pas. Les choses présagent et nous présageons. On lire l'augure , on voit certains présages. L'augure est dans notre imagination, et non dans l'objet ; le présage est dans l'objet et dans notre esprit.

Ainsi le mot présage a deux acceptions différentes, et celui d'augure n'en a qu'une.

Le peuple a de tout temps regardé les phénomènes extraordinaires du ciel comme des présages, des signes, des avantcoureurs de grandes révolutions politiques ; et souvent en effet ces phénomènes ont été funestes par les augures malheureux que la frayeur en a tirés.

L'augure est plutôt fondé sur des rapports ou des motifs imaginaires, supposés , incertains, vagues, frivoles. Le présage est fondé plutôt sur des rapports ou des motifs réels, certains, connus, vraisemblables, plausibles. L'augure est une conjecture futile ou légère; le présage, une conjecture légitime ou raisonnable.

Le présage annonce un événement de quelque nature qu'il soit; l'augure, un événement heureux ou malheureux : le premier se rapporte au fait, le second au succés. L'augure roule sur les futurs coutingens, ou regardés comme tels, et quelque intérêt nous y attache;le/>résa</e embrasse toutes sortes d'objets, de quelque ordre, de quelque nature qu'ils soient, physiques ou moraux, nécessaires ou casuels, indifférens ou intéressans en eux-mêmes ou pour nous. Le présage est particulièrement certain ou incertain; l'augwe, bon ou mauvais. Un présage est de bon ou de mauvais augure. On augure bien ou mal d'une entreprise; on présage avec certitude ou avec vraisemblance. En générale, on considère plutôt dans le présage, la nature, la force, la réalité de ses rapports avec l'événement, ou des raisons qu'il en donne ; dans l'augure, ce qu'il y a de riant ou de sinistre, le bien ou le mal qu'on y attache, l'issue ou la fin agréable ou triste qu'il promet. (R.) <26. AUSSI, C'EST POURQUOI, AINSI.

Il est des cas où vous dites, aussi, c' est pourquoi, ainsi, dans le dessein de lier une proposition avec une autre. Par txemple, ce parvenu s'était élevé bien haut ; aussi est-il tombé bien bas ; c'est pourquoi il est tombé bien bas; ainsi il est


tombé bien bas ; alors leur signification est à peu près semblable. Il n'est personne qui ne sente d'abord, dans cet exemple, qu'aussi a quelque chosè de plus énergique , c'est pourquoi, quelque chose de plus raisonné, ainsi, quelque chose de pins modéré et de plus vague.

Selon l'abbé Girard, c'est pourquoi renferme dans sa signification particulière un rapport de cause et d'effet ; ainsi ne renferme qu'un rapport des prémisses et de la conséquence.

Le premier est plus propre à marquer la suite d'un évènement et d'un fait ; le second, à faire entendre la conclusion du raisonnement.

Pourquoi signifie par quelle raison; et c'est pourquoi, c'est par cette raison : donc sa propriété est de désigner le raisonfiemellt, et point du tout l'événement. Je raisonne et je conclus, lorsque je dis : l'ame est immatérielle, c'est pourquoi elle est immortelle. Si je dis, il fait beau, ainsi allons nous promener, je ne prétends pas faire un argument avec prémisses et conséquence ; car en disant qu'il fait beau , je ne prétends pas prouver logiquement qu'il faut aller se promener; je désigne seulement un rapport d'un fait ou d'un évènement avec un antre. C'est précisément le contraire de ce que prétend l'abbé Girard.

M. Diderot ajoute dans l'Encyclopédie, à la remarque de

l'tbhé Girard , l'observation suivante : « C'est pourquoi se rendrait par cela est la raison pour laquelle; et ainsi, par cela MMlt. La dernière de ces expressions n'indique qu'une condition. L'exemple suivant, où elles pourraient être employées toutes- deux , en fera bien sentir la différence. Je puis dire : Nous aron s quelque affa ire à la campagne, ainsi nous partirons lÙrnl/tll s'il fait beau; ou c'est pourquoi nous partirons demain s'il fait beau. Dans cet exemple , ainsi se rapporte à s'il fait beau , qui est la condition du voyage : et c'est pourquoi se rapporte à nous avons quelque affaire, qui est cause du voyage » Lemot ainsi doit exprimer la condition par lui-même , et indépendamment des accessoires. Je dirai - Mon ami est hors de danger , aiiisi je n'ai point d'inquiétude ; la condition de ma tranquillité, c est le bon état de mon ami.

La locution c'est pourquoi est suffisamment éclaircie : elle prime la raison , le motif, le principe ou la cause déterminante d'une chose : raison donnée dans le discours qui préîèdela phrase que cette locution commence. Dieu est bon , 'e8t pourquoi il nous envoie des maux qui nous rappellent à :ut. Dans tous ces exemples, c'est pourquoi indique que la ïflemière proposition est la raison de l'autre : c'est toujours m raisonnement très-facile à réduire en syllogisme.

Aussi et ainsi sont formés de si signifiant tant, telle-


ment, etc. comme dans ces exemples : Cet homme est si boit , cette femme est si modeste, que, etc. Une personne si ou aussi estimable, elc.Au-ssi revient a au-tant, au même point, à tel degré, à Ja même proportion ou mesure; et vous pouvez le résoudre par autant. Il désigne de même l'égalité, la partie entière , la correspondance parfaite.

Cet homme a été bien récompensé, aussi -avait-il bien mérité; il avait bien mérité, aussi est-il bien récompensé : autant qu'il avait mérité, il a été récompensé; autant qu'il a été récompensé, il avait mérité.

Ain-si, autrefois en-si, vaut autant que en tant, en tant que, tellement, en tel cas, en ce cas, dans cet état ou e même état de choses, et comme on l'explique, de cette manière , de la même manière ou sorte. Beaucoup moins précis dans son idée qu'aussi et autant, par conséquent beaucoup plus faible d'expression , il ne désigne dans les choses que la conformité, la ressemblance, l'analogie. Le hibou cherche l'obscurité; ainsi le méchant cherche les ténèbres. La colombe amollit le grain dont elle veut nourrir ses petits ; ainsi une mère tendre prépare et adoucit l'instruction qu'elle veut faire goûter à ses enfans.

Quelquefois les rapports sont plus marqués. Ainsi que la vertu le crime a ses degrés. La guerre a ses faveur s ainsi queses disgrâces.

Il en est de même lorsque ce mot établit une dépendance entre deux propositions. On dira: Un pécheur ( le bon larron ) s'est converti à l'heure de la mort, ainsi ne désespérez pas: un seul l'a fait, ainsi ne présumez pas : voilà un motif, une raison tirée d'un exemple. Le malheureux est une chose sacrée, ainsi vous devez le respecter religieusement: voilà une conséquence.

Le génie a le droit de créer des mots propres et les expressions nécessaires à ses pensées; ainsi Montaigne, La Fontaine, Coreille, Rossuet, forcent quelquefois la langue à suivre leur ,(nlÍe: voilà une sorte ae justification. Nous avons affaire dans le même quartier, ainsi allons-y ensemble; voilà une pure convenance. (R.) 127. AUSTÈRE, SÉVÈRE, nUDE.

On est austère par la manière de vivre , sévère par la manière de penser , rude par la manière d'agir.

La mollesse est l'opposé de l'austérité ; il est rare de passer immédiatement de l'une à l'autre ; une vie ordinaire et réglée tient le milieu entre elles. Le relâchement et la sévérité sont 1 deux extrêmes, dans l'un desquels on donne presque toujours; peu de personnes savent dis: inguer le juste miiieu , qui consiste dans une connaissance exacte et précise de la loi. Les fades complaisances sont l'excès opposé aux manières rudes,


les gens nés grossiers et d'une ame vile se dédommagent, de l'un de ces excès , où leur intérêt les plonge envers ceux dont ils espèrent quelque avantage , par l'autre excès , où leur nature! les porte envers tous ceux dont ils croient n'avoir pas besoin; mais la politesse à l'égard de tout le monde est le point de la bonne éducation.

Ce n'est pas pour soi qu'on est austère ; et l'on n'est rude que pour les autres ; maison peut être sévère pour soi et pour les autres.

Les saints se plaisent dans l'exercice de l'austérité; elle était autrefois le partage des cloîtres. Quelques casuistes affectent de se distinguer par une morale sévère ; cest une mode qu'on suivra jusqu'à ce que le goût soit usé. Il y a des gens assez brutes pour confondre les mœurs rudes avec la .noblesse des sentimens, et s'imaginer qu'une honnêteté soit line bassesse.

La vie austère consiste dans la privation des plaisirs et des commodités; on l'embrasse quelquefois par un goût de singularité, qu'on se représente comme un principe de religion. La morale trop sévère peut, également comme la morale relâchée, nuire à la régularité des mœurs. Le commandement rude fait hair le supérieur, et ne rend pas l'obéissance plus prompte ni plussoumise. (G.) .128. AUSTÈRE , RIGOUREUX , SÉVÈRE.

Austère, lat. austerus, opposé à unitis doux. Les Latins, dont nous l'avons emprunté, ne l'employèrent jamais que pour exprimer la dureté , soit au physique, soit au moral.

L'austérité naît des principes , des règles qu'on se fait ; nous disons une règle austère. Lorsque nous disons qu'un homme est d'une vertu at/stère, nous peignons celui à qui les plus rudes épreuves de la vertu sont familières ; car si la vertu porte avec elle l'idée du bon , elle a cependant des règles austères , en ce qu'elles exigent des sacrifices pénibles , sans lesquels elle ne serait pas vertu.

L'austérité marque plutôt des règles sévères de conduite dont elle ne s'écarte pas. Cette acception lui est propre dans tous les cas, et elle ne présente pas toujours les idées de vertu , car nous disons tous d'un scélérat, qu'il fut d'ailleurs austère dans ses mœurs. On est austère pour soi ; et lorsqu'on applique ses règles aux autres, on est près de la sévérité. LaBruyère a dit qu'un philosophe chagrin et austère effarouche et fait soupçonner que la vertu est d'une pratique ennuyeuse. Sévère, autre Illotlalin severus, asper se,dit aussi des personnes et des choses; il est en opposition avec benignus. L'homme sévère ne connaît que le principe et la règle, il est juste.

La sèvérit é exclut toute idée de condescendance; quand


nous l'appliquons aux principes , elle porte un caractère de vertu ; quand nous l'appilquons aux actions, elle porte un caractère de rigidité, elle est opposée à l'équité. Beaucoup d'hommes furent austères pour eux, sans être sévères aux autres ; d'autres sont sévères pour autrui, sans être austères pour eux-mêmes. On admire l'homme austère ; on craint l'homme sévère. On est austère par habitude; on est sévère par principe , par caractère.

Il faut de la sévérité dans la discipline militaire ; trop de sivérité éteint l'amour.

Rigoureux de rigidus , immitis, cruel, inflexible , est le Complément de sévérité : c'est celui qui fait profession de rigorisme. Tous les mots de cette famille rappellent l'excès; l'expression latine lui assigne un caractère de dureté qu'il a conservé de notre langue. L'homme sévère ne se départ pas de ses principes , l'homme rigoureux les exagère ; le premier blesse et le second tue. Il est des hommes qui ont le droit d'être sévères; mais en est-il qui puissent être rigoureux? (R.) 429. AUSTÈRE , ACERBR , APRE.

Acerbe est un terme de médecine : il ne se dit qu'au propre et à l'égard du goût. Austère est beaucoup plus usité au figuré qu'au propre, et dans le sens de dur , sévère, rigide, rude.

Apre est le mot vulgaire de tous les styles , et varie dans ses acceptions. Il se dit à l'égard du toucher , de l'ouïe , etc. ,

comme à l'égard du goût. Apre ou rude; froid âpre, chemin âpre; âpre ou ardent, âpre à la curée, âpre au gain, etc.

Ce qui est acerbe a besoin d'être adouci; ce qui est austère s besoin d'être mitigé, c'est-à-dire , d'acquérir la douceur propre et paticulière de la maturité. Ce qui est âpre a besoin d'être corrigé par quelque chose d'adoucissant et d'onctueux. (R.) 130. AUTORITÉ, POLVOIR, EMPIRE.

Il n'est pas ici question de toute l'étendue du sens de ces mots, tel qu'est, par exemple, celui dans lequel on les applique aux souverains et aux magistrats, mais seulement du sens qui marque en général ce qu'on peut sur l'esprit des autres. Cela bien démêlé, voici que je pense sur leurs différences.

L'autorité laisse plus de liberté dans le choix ; le pouvoir pa- ralt avoir plus de force; Y empire est plus absolu.

La supériorité du ranc- et de la raison donnent de l'autorité; c'est ordinairement par la persuasion qu'elle agit; ses manières sont engageantes, et nous déterminent en faveur de ce qui nous est proposé.

sont engageantes, L'attachement pour les personnes contribue beaucoup au pouvoir qu'elles ont sur nous ; c'est par des instances qu'il obtient ; son action est pressante, et fait que noui


nous rendons à ce qu'on désire de nous. L'art de trouver et de saisir le faible des hommes forme l'empire qu'on prend sur eux; C'est par un ton affecté qu'il réussit ; ses airs sont tantôt souples, tantôt imperieux, et toujours propres à soumettre nos idées à celles qu'on veut nous insinuer. L'autorité qu'on a sur les autres vient toujours de quelque mérite, soit d'esprit, de naissance ou d'état ; elle fait honneur. Le pouvoir vient pour l'ordinaire de quelque liaison, soit de cceur ou d'intérêt; il augmente le crédit. L'empire vient d'un ascendant de domination arrogé avec art, ou cédé par imbécillité ; il donne quelquefois du ridicule. '-: C'est à un ami sage et éclairé que n ous devons donner quelque autorité et quelque pouvoir sur notre esprit ; mais nous devons nous défendre tout empire autre que celui de la raison.

Les hommes cependant font souvent tout le contraire ; ils regardent les avertissemens que l'honneur et la probité forcent un véritable ami à leur donner comme une autorité odieuse qu'il affecte, ou comme un pouvoir qu'il s'arroge mal à propos, au préjudice de leur liberté, tandis qu'ils se livrent à l'empire d'un flatteur étourdi, quelquefois d'un valet, et souvent dune maitresse emportée, qui leur fait embrasser avec effronterie le parti de l'imposture, et suivre opiniâtrement les routes de l'iniquilé. (G.) lt1, (f„ î( HU; 131. AUTORITÉ, POUVOIR, PUISSANCE. *' Il se trouve dans le mot d'mitorité une énergie propre à faire sentir un droit d'administration civile ou politique. Il y a dans le mot depouvoir un rapport particulier à l'exécution subalterne des ordres supérieurs. Le mot de puissance renferme dans sa valeur un droit et une force de domination.

Çe sont les lois qui donnent l'autorité; elle y puise toute sa force. Le pouvoir est communiqué par ceux qui, étant dépositaires des lois, sont chargés de leur exécution ; par conséquent il est subordonné à l'autorité. La puissance vient du consentement des peuples ou de la force des armes; elle est ou légitime ou tyrannique.

On est heureux de vivre sous l'autorité d'un prince qui aime la justice, dont les ministres ne s'arrogent pas un pouvoir au-delà de celui qu'il leur donne, et qui regarde le zèle et l'amour de ses sujets comme les vrais fondemens de sa puissance.

Il n'y a point d'autorité sans lois ; et il n'y a point de loi qui donne, ni même qui puisse donner à un homme une autorité sans bornes sur d'autres hommes, parce qu'ils ne sont pas assez absolument ies maîtres d'eux-mêmes pour prendre ni pour céder une telle autorité, le créateur et la nature ayant toujours un droit imprescriptible qui rend nul tout ce qui ~e


fait à leur préjudice. Il n'y a donc pas d'autorité plus authentique, ni mieux fondée , que celle qui a des bornes connues et prescrites par les lois qui l'ont- établie ; celle qui ne veut point de bornes se met au-dessus des lois, par conséquent cesse d'être autorité, et dégénère en usurpation sur la liberté et sur les droits de la Divinité. Le pouvoir de ceux qui ont l'autorité en main n'est et ne peut jamais être exactement égal à la juste étendue de leur autorité; il est ordinairement plus grand que le droit qu'ils ont d'en user; c'est la modération ou l'excès dans l'usage de ce pouvoir qui les rend pères on tyrans des peuples. Il n'y a point de puissance légitime qui ne doive être soumise à celle de Dieu, et tempérée par des conventions tacites ou formelles entre le prince et la nation : c'est pourquoi saint Paul dit que toute puissance qui vient de Dieu est une puissance réglée, ou, comme d'autres interprètent ce passage, que toute puissance est réglée par celle de Dieu ; car il serait honteux de soutenir que saint Paul a prétendu par-là autoriser et rendre légitime toute sorte de puissance : cela ne pouvait pas tomber dans la pensée d'un homme raisonnable et d'un homme chrétien, à qui l'idée de la puissance injuste de l'ante-christ était présente et familière.

Une autorité faible qui manque de vigueur s'expose à être méprisée ; il est également dangereux de n'en pas user dans l'occasion comme d'en abuser. Un pouvoir aveugle, qui agit contre l'équité, devient odieux et prépare lui-même les justes causes de sa ruine. Une puissance jalouse qui ne souffre point de compagne, se rend formidable, réveille l'ardeur de ses ennemis , et prend par-là le chemin de sa décadence.

Je remarque particulièrement dans l'idée d'autorité, quelque chose de juste et de respectable ; dans l'idée de pouvoir quelque chose de fort et. d'agissant; et dans l'idée de iJUis.

sance, quelque chose de grand et d'élevé.

Il n'y a que Dieu qui ait une auiorilé sans bornes, comme il n'y a que lui qui ait un pouvoir infini.

La nature n'a établi entre les hommes d'autre autorité que celle des pères sur leurs enfans ; toutes les autres viennent du droit positif, et elle a même prescrit des bornes à celle-là, soit par rapport à l'objet, soit par rapport à la durée ; car l'autorité paternelle ne s'étend qu'à l'éducation et non à la destruction, quelle qu'ait été et soit encore la pratique de quelques peuples; et cette autorité cesse dès que l'âge met les enfans en -état de savoir user de leur liberté. Je ne crois pas qu'une raison pure et simple, entièrement dénuée du secours des passions, ait un grand pouvoir sur la conduite ni sur les actions de l'homme, parce qu'il me serubleque le pouvoir de la raison n'est établi et n'agit effectivement que pour balancer le pouvoir des passions entre elles, et faire que la plus avantageuse dans


l'occurrence l'emporte sur les autres: ainsi le pouvoir des passions est le véritable ressort qui nous fait agir , et qui nous détermine pour le bien comme pour le mal; et le pouvoir de la raison est un contre-poids qui sert à mettre en jeu ou à réprimer à propos tantôt l'un, tantôt l'autre de ces différens ressorts qui sont dans notre être pour le remuer, le pousser vers les , objets, le rendre sensible aux peines et aux plaisirs, et en faire un être véritablement vivant. Ce n'est pas seulement par la disposition des lois civiles que le mariage met la femme sous la puissance de l'homme : le différent partage que la nature a fait de ses dons entre les deux sexes est encore la cause et le fondement de la puissance du mari sur la femme ; car enfin les grâces et la beauté n'ont droit que sur le coeur ; elles en méritent sans doute l'attachement, mais la Fuissance est toujours l'apanage de la force et de la sagesse de l'esprit. (G.) -

L'idée propre d'autorité est celle de supériorité, d'ascendant, de domination d'empire. La preuve en est qu'elle se retrouve dans toutes les manières reçues d'employer ce mot, soit en matière d'administration, soit sous tout autre rapport. L'autorité n'appartient qu'au supérieur. Le mari est supérieur à la femme, comme le père au (ils : de là l'autorité de l'un et de l'autre. L'autorité de la raison, des preuves , des témoignages, des monumens, des auteurs, etc., annoncent l'ascendant, la prépondérance, l'empire qu'ils ont sur les esprits, le droit d'être crus.

Puissance, lat. potentia, désigne, par sa terminaison, l'existence, la réalité de pouvoir une chose. Pouvoir désigne, par la sienne, l'avoir, la possession , la faculté de jouir d'une puissance, de la chose : on le fait correspondre au latin potestas, qui marque la qualité stable, le titre incontestable de pouvoir jouir, exercer. L'idée propre de puissance est celle de force et de faculté, et c'est aussi ce sens qu'il conserve dans toutes ses applications. La puissance, potentia, dit Cicéron, est la faculté capable de conserver et d'acquérir. La puissance, dit-il encore, est dans la force et dans les armes.

Pouvoir a, comme nous venons de le remarquer, deux sens, tantôt réunis, tantôt séparés ; et ces idées sont relatives, l'une à celle d'autorité, l'autre à celle de puissance. Nous al- lons bientôt justifier cette assertion par l'usage. Avec l'autorité , le titre nécessaire, vous avez un pouvoir , le pouvoir juste et légitime, la voie de droit : avec la puissance, la force, vous avez un pouvoir, le pouvoir physique ou exécutoire, la voie de fait. Le premier de ces pouvoirs émane donc de l'autorité; le second de la puissance : l'un annonce l'autorité qui exerce son droit, et l'autre la pxiissance qui exerce son action.

Lepouvoir ordonne en vertu de l'autorité-: ! e pouvoir exécute


en vertu de la puissance. Vous aurez le premier de ces pouvoirs sans puissance, si vous n'avez pas les moyens efficaces d'exécution : vous avez le second sans autorité, si vous n'avez pas les titres nécessaires pour une exécution légitime. L'autorité délégué , distribue des pouvoirs ou le droit de faire: II puissance laisse un pouvoir ou le moyen et la liberté prochaine de faire. L'une a des mandataires, l'autre des exécuteurs. La puissance ne se partage pas; l'autorité ne se divise pas : si elles se communiquent, c'est par des pouvoirs particuliers. Enfin, dans le sens d'autorité, comme dans celui de puissance, la pouvoir a un rapport particulier à l'acte, une idée particulière d'efficacité, et le soin de l'exélution.

Citons quelques phrases qui établissent les diverses acception du mot pouvoir. Le pouvoir aes pères sur leurs enfans est de droit naturel : voilà le sens analogue à celui d'autorité. Il n'est pas au pouvoir de l'esprit humain de concevoir laprofondeur des mystères de la foi : voilà l'idée de puissance. La première chose qu'on demande aux ambassadeurs, c'est la communication de leurs pouvoirs : voilà le pouvoir délégué, et l'acte de délégation appelé pouvoir. Une procuration, une commission est un pouvoir. Un ministre a un grand pouvoir sur l'esprit du prince : voilà encore l'idée première de l'autorité, l'ascendant, l'empire. Un mineur n'a pas le pouvoit de faire son testament: voilà l'idée d"une puissance liee, qui n'est pas libre, qui ne peut pas se réduire en acte.

L'autorité git dans la domination ; lapuissance, dans les forces de tout genre ; le pouvoir, dans l'énergie de l'un et de l'autre.

L'autorité est le droit du plus grand; la puissance, celui du plus fort ; le pouvoir, l'agent de l'un et de l'autre.

L'autorité commande, puisqu'elle domine ; la puissance la garantit : sans la force pour se faire obéir, que serait le droit de commander ? Le pouvoir gouverne en déployant l'autorité qui commande, et en poursuivant l'obéissance avec l'appareil de la puissance qui fait obéir.

Le pouvoir suprême , dans toute son étendue, annonce l'autorité suprême armée de la suprême puissance.

L'autorité est une ; car ce qui est supérieur , comme l'au.

torité n'a point d'éal, et deux commandemens rendraient l'obéissance impossible. La puissance doit l'être; sans quoi il y aurait force contre force, puissance contre autorité, guerre.

Les différens pouvoirs partagés et répandus se réunissent dajpuf l'unité d'autorité et de puissance.

Le despotisme n'est point une autorité, puisqu'il est sans loi contre les lois essentielles de la société. Il est une puis.

tance, puisqu'il a des forces. Il n'a qu'un pouvoir qui détrqit l'autre; et, sans la réunion des deux pouvoirs, il n'y a point, à proprement parler, de gouvernement. t


Toute auwrité, c'est-à-dire toute grandeur, tout droit vient de Dieu. Toute puissance, c'est-à-dire toute force, toute vertu physique ou efticace vient de Dieu. Tout pouvoir ou moral et de droit, on physique et de fait, vient également de Dieu. (R.) 132. AUTOUR, ALENTOUR.

5 Autour est une préposition ; alentour est un adverbe.

Une mère a toutes ses filles autour d'elle, et non pas alen, tour d'elle. Un père s'arrête en un tel lieu, et tous ses fils : restent alentour et non pas autour.

On dit : les rochers d'alentour, les échos d'alentour. Les rochers qui sont autour de ce torrent ; les bois qui sont autour de cette montagne.* (Voy. MÉNAGE, Observ. sur la langue franç., chap. 157.) 153. AVANT, DEVANT.

L'un et l'autre de ces mots marquent également le premier ordre dans la situation ; mais avant est pour l'ordre du temps, et devant est pour l'ordre des places.

Nous venons après les personnes qui passent avant nous, Nous allons derrière celles qui passent devant.

Le plus tôt arrivé se place avant les autres. Le plus considérable se met devant eux.

Il se propose dàns l'école d'aussi ridicules questions sur ce qui a été avant le monde, qu'il se .fait dans le cérémonial de risihles contestations sur le droit de se placer devant les autres.

Je crois qu'il n'y a qu'à se bien instruire de ce qui a été avant nous , pour n'être pas tout-à fait ignorant sur ce qui doit arriver après. Qu'importe de marcher derrière ou devant les autres, pourvu qu'on marche à son aise et commodément ?

La vanité de l'homme lui fait chercher de l'honneur dans des ancêtres qui ont existé avant lui, tandis que son peu de mérite le fait travailler à l'avilissement de sa postérité. Son ambition lui t end incommode tout ce qui est placé devant lui, et suspect tout ce qui le suit de très-près. (G.)

154. AVARE , AVARICIEUX.

Il me semble qu'avare convient mieux lorsqu'il s'agit de l'habitude et de la passion même de l'avarice , et qu'avaricieux se dit plus proprement lorsqu'il n'est question que d'un acte ou d'un trait particulier de cette passion. Le premier de ces mots a aussi meilleure grâce dans le sens substantif, c'està-dire que la dénomination du sujet; et le second dans le selll adjectif, c'est-à-dire pour la qualification du sujet. Ainsi l'on dit: c'est un grand avare, c'est un avaricieuœ mortel.


Un homme qui ne donne jamais passe pour un avare Celui qui manque à donner dans l'occasion , ou qui donn trop peu, s'attire l'épithète d'avaricieux.

L'avare se refuse toutes choses. L'avaricieux ne se les donn qu'à demi.

Le terme d'avare paraît avoir plus de force et plus d'énergu pour exprimer ia passion sordide et jalouse de posséder sans aucun dessein de faire usage. Celui d'avaricieux parait avoin plus de rapport à l'aversion mal placée de la dépense , lorsqu'il est nécessaire de s'en faire honneur.

On n'emploie jamais qu'en mauvaise part et dans le senss littéral le mot d'avaricieux ; mais on se sert quelquefois dt celui d'avare en bonne part dans le sens figuré.

Un habile général ne paye point s.es espions en homme avaricieux ; et conduit ses troupes comme un homme avart du sang du soldat, qu'il craint de prodiguer, tIl est permis d'être avare du temps; mais il ne faut pas, pour le ménager , prodiguer sa santé. Ce n'est pas être libéral, que de donner un air avaricieux. (G.) 5 153. AVERTISSEMENT, AVIS, CONSEIL." * Le but de Vavertissemeni est précisément d'instruire ou de réveiller l'attention : il se fait pour nous apprendre certaines choses qu'on ne veut pas que nous iguorions ou que nous né.

gligions. L'avis et le conseil ont aussi pour but l'instruction ; mais avec un rapport marqué à une conséquence de con-

duite , se donnant dans la vue de faire agir ou parler : avec cette différence entre,eux , que l'avis ne renferme dans sa signification aucune idée accessoire de supériorité, soit d'état, soit de génie; au lieu que le conseil empo; te avec lui du moins une de ses idées de supériorité, et quelquefois toutes les deux ensemble.

Les auteurs mettent des avertissemens à la tète de leurs livres. Les espions donnent avis de ce qui se passe dans le lieu où ils sont. Les pères et mères ont soin de donner des conseils à leurs enfans avant que de les produire dans le monde.

L'homme d'église écoute l'avertissement de la cloche pour savoir quand il doit se rendre aux heures canoniales. Le banquier attend l'avis de son correspondant pour payer les lettres de change tiréessur lui. Le plaideur prend conseil d'un avocat pour se défendre ou pour agir contre sa partie.

On dit des avertissemens , qu'ils sont ou judicieux ou inutiles; des avis, qu'ils sont ou vrais ou faux; des conseils qu'ils sont ou bons ou mauvais.

L'avertissement étant fait pour dissiper le doute et l'obscurité, il doit être clair et précis. L'avis servant à déterminer, il «â


oit être prompt et secret. Le conseil devant conduire, il doit Ire sage et sincère.

Tel manque d'avis, qui est en état d'en profiter ; et tel en ecoit, qui ne saurait s'en prévaloir. Autant la vieillesse aime donner de conseils, autant la jeunesse a de l'aversion pour n prendre.

Il faut que l'averhssement soit donne avec attention , l'avis vec diligence, et le conseil avec art et modestie , sans air de upériorilé: car on ne fait point usage des uvertissemens placés liai à propos ; l'on ne tire aucun avantage des avis qui ne iennentpas à temps ; et la vanité , toujours choquée du ton le maitre, empêche de faire aucune distinction entre la sagese du conseil et l'impertinence de la manière dont il est donné, n sorte que tout n'aboutit qn'à faire mépriser le conseil et endre le conseiller odieux.

Une personne d'ordre ne manque jamais aux avertissemens font on a remis le soin à sa vigilance. L'amitié fait donner lVis de tout ce qu'on croit avantageux et agréable à son ami.

a sagesse rend extrêmement réservé à donner conseil : il faut oujours attendre qu'on nous le demandent quelquefois même 'en dispenser, malgré les sollicitations , parce qu'un salutaire onseil peut déplaire, et être rejeté avec de certaines façons lui exposent à la tentation de souhaiter , pour son honneur , Ille celui pour qui l'on s'intéressait d'abord ne réussisse pas ians ses entreprises. (G.) On donne le conseil de faire une chose , on donne avis ju'on l'a faite, on avertit qu'on la fera.

L'ami donne des conseils à son ami ; le supérieur des avis à son inférieur: la punition d'une faute est un avertissement de n'y plus retomber.

On prend conseil de soi-même; on reçoit une lettre d'avis ; on obéit à un avertissement de payer quelque impôt, on vous conseille de tendre un piège à quelqu'un; on vous donne avis nue d'autres en ont tendu, ce qui est un avertissement de vous tenir sur vos garues.

On dit, un conseil d'ami, un homme de bon conseil; un avis de parèns, un avis au public , l'avertissement d'un ouvrage.

L'avis et l'avertissement intéressent quelquefois celui qui les donne ; le conseil intéresse toujours celui qui le reçoit.

(D'AI.) 136. AVEU, CONFESSION.

L'aveu suppose l'interrogation. La confession tient un peu de l'accusation. On avoue ce qu'on a envie de cacher. On confesse ce qu'on a eu tort de faire. La question fait avouer te crime; la repentance le fait confesser.


On avorte la faute qu'on a faite. On confesse le péclié dans lequel on est tombé.

Il vaut mieux faire un aveu sincère que de s'excuser de mauvaise grâce. Il ne faut pas faire sa confession à toutes sortes de gens.

Un aveu qu'on ne demande pas a quelque chose de noble: où de sot, selon les circonstances et l'effet qu'il doit produire.

Une confession qui n'est pas accompagnée de repentir n'est' qu'une indiscrétion insultante.

C'est manquer d'esprit que d'avouer sa faute sans être assuré que l'aveu en sera la satisfaction ; et c'est une sottise d'en faire la confession sans espérance de pardon : pourquoi se déclarer coupable à des gens qui ne respirent que la vengeance ? (G.) 457. A L'AVEUGLE, AVEUGLÉMENT.

Cette forme de phrase adverbiale , à l'aveugle, composée d'une préposition et d'un adjectif féminin pris substantivement, est si commune dans notre langue, qu'il est convenable d'en faire sentir toute la force. On dit faire une chose à l'aveugle, agir à l'étourdie , parler à la légère , des ornemens à la grecque, une robe à la polonaise, etc. Dans ces locutions elliptiqnes , il y a un substantif sous-entendu, et c'est celui de manière. Un discours tenu à la légère est un discours tenu d'une manière légère, à la manière des gens légers.

«Ces deux expressions, également figurées, dit M. Beauzée, marquent également une conduite qui n'est pas dirigée par les lumières naturelles : mais la première indique un défaut d'intelligence, et la seconde un abandon des Jumières de la raison.

« Qui agit à l'aveugle , n'est pas éclairé ; qui agit aveuglément, ne suit pas la lumière naturelle: le premier ne voit pas, le second ne veut pas voir.

« La plupart des jeunes gens qui entrent dans le monde choisissent leurs amis à l'aveugle: si le hasard les sert mal, C'est un premier pas vers leur perte, parce que, livrés aveuglément à toutes leurs impulsions, ils en viennent insensiblement jusqu'à se faire un mérite et un point d'honneur de sacrifier l'honneur même plutôt que de. les abandonner.

« Soumettre aveuglément la raison aux décisions de la foi, ce n'est pas croire à l'aveugle, puisque c'est la raison même qui nous éclaire sur les motifs de crédibililé. »

Je crois, en effet, que celui qui agit à l'aveugle ne voit pas, et que celui qui agit aveuglément ne veut pas voir; mais peutêtre aussi qu'il ne peut pas voir, parce qu'il est aveuglé par quelque cause.


Celui qui fait une chose sans y regarder, la fait à l'aveugle, mais faute d'attention seulement. Celui qui n'entend pas les affaires ne peut se conduire par ses lumières propres; mais il doit suivre la lumière naturelle qui l'avertit de ne pas se livrer aveuglément au premier conseiller. Quelqu'un qui, pressé de s'en aller, reçoit sans examen la marchandise qu'on lui présente, la prend à l'aveugle : quelqu'un qui, libre de chobi.' entre deux partis, aime mieux qu'on le détermine que de délibérer lui-même, se laisse aveuglémefit mener.

Il ne faut pas croire à l'aveugle tout ce que vous dit un docteur ; il faut croire aveuglément tout ce que l'Eglise enseigne. Les personnes irrésolues finissent par agir à l'aveugle. Les petits esprits forts finissent par tout croirè aveuglément.

La différence que nous venons (Fétablrr entre aveuglément et à l'aveugle, les lecteurs l'appliqueront aisément aux adverbes et aux phrases adverbiales synonymes de la même forme. Ainsi vous dites que l'un agit étourdiment, et l'autre A l'étourdie. Le premier agit en étourdi, comme un étourdi qu'il est; le second agit à la manière des étourdis, comme s'il était un étourdi. L'adverbe tombe sur le fond de l'action, la phrase adverbiale sur la forme. Voy. Légèrement et à la légère, etc. (R.) 138. AVOIR, POSSÉDER.

Il n'est pas nécessaire de pouvoir dispé^er d'une chose, ni n'elle soit actuellement entre nos mains pour l'lrooir; il suffit qu'elle nous appartienne; mais pour lia posséder, il faut qu'elle soit en nos mains, et que nous ayons la liberté actuelle d'en disposer ou d'en jouir. Ainsi nous avons des revenns, quoique non payés, ou même saisis par des créanciers, et tous possédons des trésors.

On n'est pas toujours le maître de ce qu'on a; on rest de ce qu'on possède.

On a les bonnes graces des personnes à qui l'on plaît. On possède l'esprit de celles que l'on gouverne absolument.

,! Il n'est pas possible, quelque modéré qu'on soit, de n'avoir pas quelquefois en sa vie des emportemens : mais quand on ttt sage, on sait se posséder dans sa colère.

Un mari a de cruelles inquiétudes lorsque le démon de la jalousie les possède.

Un avare peut avoir des richesses dans ses coffres, mais il n'en est pas le maître ; ce sont elles qui possèdent et son cœur et son esprit.

Nous n'avons souvent les choses qu'à demi ; nous partageons avec d'autres. Nous ne les possédons que lorsqu'elles sont entièrement à nous, et que nous en sommes les seuls


mai rcs. Un amant a le cœur d'une dame lorsqu'il en est aime. Il le possède lorsqu'elle n'aime que lui. En fait de science et de talent, il suffit, pour les avoir, d'y être médiocrement habile ; pour les posséder, il y faut exceller.

Ceux qui ont la connaissance des arts en savent et en suivent les règles ; mais ceux qui les possèdent font et donnent des règles à suivre. (G.) • ■139. AXIOME, MAXIME, SENTENCE, APOPHTHEGME, APHORISME.

L'axiome est une proposition, une vérité capitate, principale, si évidente par elle-même, qu'elle captive, par sa propre force et avec une autorité irréfragable, l'entendement bien disposé : c'est le flambeau de la science.

La maxime est une proposition, une instruction importante , majeure, faite pour éclaircir et guider les hommes dans la carrière de la vie : c'est une grande règle de conduite.

La sentence est une proposition, un enseignement court et frappant, qui, déduit de l'observation, ou puisé dans le sens intime ou la conscience, nous apprend ce qu'il faut faire ou ce qui se passe dans la vie : c'est une espèce d'oracle.

Vapophthegme est un dit mémorable, un trait remarquable, qui, parti d'une ame ou d'une tête énergique, fait sur nous une vive impression : c'est un éclat d'esprit, de raison , de sentiment.

L'aphorisme est une notion, un enseignement doctrinal, qui expose ou résume en peu de mots, en préceptes, en abrégé, ce qu'il s'agit d'apprendre : c'est la substance d'une doctrine..

Vaxiome doit être clair, géométrique, d'une éternelle vérité. La maxime doit être certaine, lumineuse et d'une grande utilité. La sentence doit être concise et d'une tournure proverbiale. Vapophthegme doit être saillant, piquant, et dans l'à-propos dramatique. L'aphorisme doit être lucide, dogmatique, appuyé d'observations et de preuves dévelopDées.

L'axiome se présenté comme de lui-même à celui qui cherche la science, et le subjugue. La maxime recuite Ge robservation, des effets conslans et des rapports généraux que l'on ramène à un principe. La sentence semble se former d'une foule de vérités qui se confondent, se fondent en une seule exprimée par un trait 'énergique. Vapophthegme est comme inspiré par l'occasion, qui, par le choc, fait jaillir l'étincelle. L'aphorisme nnlt sous la plume du savant méthodique, qui, après avoir bien considéré, nettement conçu, heureusement démêlé, réduit ses recherches et ses découvertes à des divisions et à certains chefs ou points capitaux, -


Nous rappellerons puur exemple quelques axionles. Un corps est impénétrable à un autre corps ; ou bien deux corps ne peuvent occuper à la fois le même espace. deux choses égales à une troisième sont égales entre elles

Nous citerons également quelques maximes. Considérez la fin, envisagez le but. Connais-toi to-méme : inscription du temple de Delphes Voulez-vous, disent les Persans) faire croître le mérite, semez les récompenses.. ,

Les propositions suivantes peuvent être regardées comme des sentences. Le malheur est le grand maître de l'homme ; ou, comme dit l'adage grec, ce qui vous nuit vous instruit Les traits suivans sont rapportés parmi les apophthegmes. ,

On demandait à Léonidas pourquoi les braves gens préfèrent l'honneur à la vie ? Parce qu'ils tiennent la vie de la fortune, l'honneur de la verfit.

Les propositions suivantes tiennent de l'aphorisme. Les maladies, selon la doctrine d'Hippocrate, sont guéries par la nature, et non par les remèdes ; et la vertu des remèdes cou- sij/e à seconder la nature

B.

440. BABIL, CAQUET.

Ces termes expriment la démangeaison de parler, une intempérance de langue, la manie de parler sans rien dire, ou de ne dire que des choses vaines et superflues, dépourvues de solidité, d'utilité, de raison. Ils sont d'un grand usage dhns le discours familier, plaisant et critique.

Nicod remonte jusqu'à la tour de Babel, ou à la confusion des langues, pour trouver l'origine de babil. Cette étymologie est autorisée par Grotius, Pastel et plusieurs autres savans; Molière y fait allusion. ,.

C'est véritablement la tour de Babylone, Car chacun y babille et tout du long de l'aune. ,

Babil est une vraie onomatopée; l'imitation du bruit et de l'action de parler. Ra, bi, bal, appartiennent au dictionnaire de l'enfance, et distinguent des idées relatives à cet âge, et surtout aux organes de la parole.

Caquet est l'imitation du bruit de la parole. Nous disons

que Ips pif!<^ gtles perroquets caquètent. - 1 O!(:t.. abil aux femmes en généra), et le caquet

5


Le babil étourdit par sa volubilité et sa continuité. Vous direz, dans le .langage du jour, que le caquet assomme par ses répétitions et son éclat.

Le babil soutient les assemblées de jeunes personnes. Le caquet alimente ce qu'on appelle coteries.

Vous appliquerez, à plus forte raison , au caquet ce que La IFontaine dit du babil : Imprudence, babil et sotte vanité, J Et vaine curiosité, Ont ensemble étroit parentage ; Ce sont enfans tous d'un lignage.

On relève, surtout dans le babil, l'indiscrétion, et dans le caquet, la prétention.

Le babillard parle trop , il dit même ce qu'il devrait taire ; fi est pressé du besoin de parler, de caqueter ; il parle fort haut. il met de l'importance à ce qu'il dit, quoiqu'il ne dise que des riens ; il se fait un mérite de parler.

Le babil suppose une certaine facilité, et l'on prendra cette facilité pour du talent. Le caquet s'exprime avec un air d'assurance , et cette assurance donne de l'ascendant sur la tourbe des sots.

Arrêtez le babil de celle-là, vous lui ôtez tout son esprit ; rabattez le caquet de celle-ci, vous lui ôtez toute son importance.

Avec du babil, on parle de tout sans rien savoir; avec du babil et un peu de méchanceté, on se jette dans les caquets, et l'on tombe sur les personnes.

« Il y a, dit La Bruyère, une chose qu'on n'a pas vue sous le ciel, qu'on ne verra jamais : c'est une petite ville d'où l'on a banni les caquets, le mensonge et la médisance. (R.) 141. BABIL.LAUD f BAVARD.

Le mot primitif ba désigne la bouche , ses mouvemens, fa parole, ce qui lui est relatif. De là bab, enfant, en celte, en syriaque, etc. ; de là babil, bave. ele. , jargon de l'enfance, défaut de l'enfance. Le babillard et le bavard parlent trop ; ils ont la fureur de parler, ils choquent. Le premier mot exprime une abondance fatigante de paroles ; le second , un flux de bouche désagréable, défauts propres des enfans.

LeHiabillard parle trop, et dit des riens comme un enfant : le bavard en dit trop, et parle sans pudeur et sans égards comme un grand enfant. Il faut que le babillard parle; il faut que le bavard tienne le dé de la conversation. Celui-là dira tout ce qu'il sait, celui-ci, ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas.

le babillard est incommode ; le bavard est fâcheux.

Vous ne direz point votre secret à un babillard ; il est in-


considéré et indiscret : vous ne ferez point votre société d'un bavard; il est indiscret et impertinent.

Un enfant est babillard; un vieillard est plutôt bavard. Il n'y a que de la légèreté, de la futilité, de l'enfantillage dans le babillard: dans le bavard, il y a de la prétention, de l'importance, de la tyrannie. Les femmes sont plutôt babillardes, et les hommes bavards.

Le babillard a quelquefois de l'esprit ; il plaît, il amuse quelque temps; c'est un gazouillement agréable. Le bavard n'est pas sans sottise; il ne tarde pas à le prouver et à déplaire: c'est au moins un bourdonnement insupportable. Il y a utt joli babil ; mais il n'y a qu'un sot bavardage.

Le babillard jouera fort bien son rôle dans un coin avec son pareil ; pourvu qu'il parle, il est content : le bavard veut toujours être en scène et sans concurrent; il veut qu'on l'écouteet n'écoute pas lui-même.

Le babillard s'ennuie, s'il n'a rien à dire ; le bavard a toujours quelque chose à dire, et il ne cesse d'ennuyer. (R.) 1 142. BADAUD, BENÊT, NIAIS, NIGAUD.

Ces mots tiennent les uns aux autres par une idée communed'enfance ou de puérilité. Ba, be désignent en effet l'eiifance; né, iti, l'enfance, la petitesse, la nullité.

Badaud, qui fait sans cesse ba, qui bée, baye, a la bouche béante. Bade était en usage autrefois : il vient du latin badare,.

italien badar. Le badaud est toujours à admirer, à considérer, à béer, à bayer.

Benêt est celui qui est si bon, si bénin, qu'il trouve toute bon, tout bien, bene est ; il en est bête.

Niais , de ni, né, enfant, petit ; celte nith; oriental, nin y d'où nain. Ce mot imite parfaitement le langage niais (nia);.

d'où le latin nasnia, chanson à endormir les enfans.

Nigaud, c'est un grand niais, un grand innocent, qui ne- sait rien que de baguenauder, s'amuser à des bagatelles, latin nugoe.

Résumons. Le badaud est celui qui s'arrête de surprise, om par curiosité, devant tout ce qu'il voit, comme s'il n'avait jamais rien vu. Le benêt est celui qui, par une excessive bonhomie , ne fait rien de lui-même, et se prête à tout ce qu'on: veut. Le niais est celui qui, faute d'expérience et de connaissances, ne sait ni ce qu'il faut penser, ni ce qu'il faut dire, ni comment se tenir. Le nigaud est celui qui, par puérilité, par ineptie, reste toujours enfant, et ne sait ni se mettre à sw place , ni mettre les choses à la leur.

Vous reconnaissez le badaud à la manière presque stupide- dant il considère les objets, et à son ardeur empressée à voir tout ce qu'il n'a pas encore vu ; c'est un petit esprit. Vous Fe-


connaissez le benêt à une facilité et à une docilité extrême, qu; semble le rendre purement passif : c'est un pauvre homme.

Vous reconnaissez le niais à l'air simple, aux propos naïfs, aux gestes abandonnés, à la conduite franche de quelqu'un à qui tout est étranger, et qui va rondement devant lui : c'est un homme neuf. Vous reconnaissez le nigaud à un contraste frappant entre son maintien, ses goûts, ses discours, ses occupations, qui tiennent à l'enfance, et les convenances de l'âge, les bienséances de l'état, les circonstances de la position : c'est un grand enfant.

Le badaud est pris et séduit par des apparences.Le benêt est dupe et mené par le premier fripon. Le niais est surpris et ébahi par la nouveauté. Le nigaud est attiré et gagné par es hochets. (R.)

443. BAISSER, ABASSER.

Baisser se dit des choses qu'on veut placer plus bas, de celles dont on veut diminuer la hauteur, et de certains mouvemens de corps ; on baisse une poutre, on baisse les voiles d'un navire, on baisse un bâtiment, on baisse les yeux et la téle. Abaisser se dit des choses faites pour en couvrir d'autres; mais qui étant relevées, les laissent à découvert ; on abaisse le dessus d'une cassette, on abaisse les paupières, on abaisse sa coiffe et sa robe.

Los opposés de baisser sont élever et exhausser ; ceux d'abaisser sont lever et relever : chacun selon les différentes occasions où ils sont employés, et les divers sujets dont il est question.

Baisser est d'usage dans le sens neutre ; abaisser ne l'est pas. Ils se joignent également au pronom réciproque; mais alors le premier garde toujours le sens littéral, et le second prend toujours le figuré.

On baisse en diminuant. On se baisse en se courbant. On s'abaisse en s'humiliant, ou en se proportionnant aux personnes qui nous sont inférieures par la condition ou par l'esprit.

Les rivières baissent en été. Les grandes personnes sont obligées de se baisser pour passer par les petites portes. Il est quelquefois dangereux de s'abaisser, car on prend au mot notre humilité, et l'on nous méprise sur notre parole. Ce n'est pas en s'abaissant jusqu'à la familiarité qu'un- prince acquiert la qualité et la réputation de bon ; c'est par la douceur et la justice de son gouvernement. L'on n'est jamais bon maître, si l'on ne sait s'abaisser jusqu'au niveau de l'esprit de son écolier.

Le mot de baisser n'est jamais employé dans le sens figuré à l'actif, soit qu'il soit joint au pronom réciproque, ou qu'il y


ait un autre cas ; l'usage ne s'en sert en ce sens qu'au neutre : ainsi l'on dit que les forces baissent, quand on a passé quarante ans. Pour le mot d'abaisser, il a quelquefois à l'actif un sens figuré, et le bon usage nè l'emploie jamais autrement avec le pronom réciproquej il serait tout-à-fait déplacé, si on lui donnait alors le sens propre et littéral : on ne dit pas d'un dessus de coffre qu'il s'abaisse , on dit qu'il tombe.

L'adversité fait baisser l'esprit aux uns, et le réveille aux autres. L'homme sage et simple ne s'abaisse point, ni ne se soucie d'abaisser l'orgueil d'autrui. (G.) 144. BALANCER , HÉSITER.

Balancer vient du latin bilanx, littéralement bassin double, balance; instrument pour peser. C'est mettre différentes choses dans la balance , comparer leurs poids , leurs prix respectifs , délibérer sur les choses , être , comme la balance , dans un état de vacillation, tantôt vers un objet, tantôt vers l'autre.

Hésiter est le latin hœsitare, fréquentatif du verbe hcerere , grec ffjdv/v se fixer, s'attacher à , s'arrêter , demeurer dans le même état, rester en suspens, etc. C'est faire de vains efforts pour sortir d'une situation , ne pouvoir se résoudre à en sortir , y revenir sans cesse , n'oser ou ne pouvoir aller en avant, etc. Lorsqu'il y a des objets à peser , vous balancez, vous floUez, vous penchez tantôt d'un côté , tantôt de l'autre.

Lorsqu'il y a des obstacles à vaincre, vous hésitez, vous êes suspendu; au moment d'aller en avant, vous regardez en arrière: voilà les deux tableaux que ces mots nous présentent.

Dans le premiet cas, vous lit savez que faire; dans le secondt, vous n'osez pas faire. Tant que vous balancez , rien ne vous détermine : quand vous hésitez , quelque chose vous arrête.

Vous ne balancez plus , votre détermination est prise; mais, s'il faut l'exécuter, vous hésitez) vous manquez de résolution, de courage.

Le doute , l'incertitude vous font balancer. La crainte, la faiblesse vous font hésiter.

Les personnes sages , prudentes , circonspectes, posées , balancent; les gens paresseux, mous, lâches, lents, défians, hésitent.

De loin, le risque parait léger, on ne balance pas; de près*, c'est un danger grave ; on hésite.

Souvent on hésite- pour n'avoir pas assez balancé.

L'ignorant ne balance guère, il né doute de rien. Le téméraire n'hésite pas; il ne redoute rien.

Celui qui prend son parti sans balancer n'est pas toujours l'homme qui le suit sans hésiter.


Balancez lorsqu'il s'agit de délibérer: lorsqu'il ne s'agit plus que d'exécuter, n'hésitez pas. (R.) 145. BALBUTIER, BÉGAYER, BREDOUILLER.

Ba, hé, bi, bo , bu , comme premiers mots de l'enfance.

ont naturellement dû servir à désigner les vices de prononciation naturels aux enfans qui s'apprennent à parler. Quoique ces trois mots, tirés des mêmes racines, expriment trois défauts différens , il faut convenir que leur valeur matérielle a été confondue dans des langues différentes.

Celui qui balbutie ne parle que du bout des lèvres , laisse en quelque sorte tomber ses paroles, affaiblit diverses articulations , ne fait entendre très-distinctement que bb , ba , bu, formés des lèvres , ainsi que la liquide l résultant naturellement d'un mouvement vague de la langue , et le sifflement exprimé par lier, cier, dans balbutier: telle est la valeur matérielle et idéale de ce verbe.

Celui qui bégaye ne parle pas de suite, s'arrête surtout aux articulations gutturales, coupe et remâche les mots ou les syllabes, dénature certaines lettres , et travaille à retrouver la parole qu'il avait perdue. Il répète souvent les labiales b , bé, etc., il restera la bouche béante; il luttera contre l'obstacle que la lettre g, ou toute autre gutturale , lui présente ; et son hésitation SPfa rrip('¡palpTJIlIt marquée par éé, nye, comme dans la terminaison de bégayer, c'est ainsi que ce mot s'explique par sa décomposition.

Celui qui bredouille roule précipitamment ses paroles les unes sur les autres, les confond dans un bruit sourd , semble parler dans la bouche sans articuler, et ne fait entendre que bre ou ouil, ou autres semblables sons, et un parler bref (en celte bre ) et roulant: de là le mot bredouiller , bien propre à marquer la volubilité et la confusion. L'extrême mobilité de la langue qui s'embrouille , celle des lèvres qui n'attendent pas, avec trop peu d'ouverture de la bouche et des émissions de voix trop faibles, doivent naturellement produire cet effet.

La vieillesse, en émoussant les organes, fait balbutier; la suffocation , en coupant la voix, fait bégayer; l'ivresse, en brouillant et les idées et les organes , fait bredouiller.

Celui qui se méfie de ce qu'il dit, bègnye : celui qui ne veut pas qu'on entende ce qu'il dit, bredouille.

La timidité balbutie : l'ignorance bégaie : la précipitation bredouille. (R.) i46. BANQUEROUTE, FAILLITE.

L'un et l'autre termes signifient la cessation ou l'abandon de commerce et de paiement; mais banqueroute marque pro-


prement l'effet de l'insolvabilité; et le second, l'acte qui déclare l'insolvabilité ou la session. Faire banqueroute, c'est fermer boutique, disparaître du commerce, y renoncer de grd ou de force. Faire faillite, c'est manquer de payer aux échéances, se déclarer hors d'état de payer , et demander du temps. La banqueroute exprime littéralement la cessation commerce; la faillite, la chute du commerce.

La chute, la ruine du commerce entraine l'impuissance de le continuer. La cessation, la rupture du commerce laisse lieu à l'alternative , ou qu'on ne peut pas, ou qu'on ne veut pas le continuer. Le premier convient donc mieux pour exprimer la banqueroute volontaire, frauduleuse et criminelle ; le second, pour exprimer la faillite force, malheureuse, innocente; et c'est la différence principale que l'usage met entre ces deux mots. La qualification de banqueroutier est injurieuse ; celle de failli ne l'est point. Le premier agit, il fraude et fait perdre avec du temps: le second souffre, prend des tempérament, paie en entier et sans remise. (R.)

, 147. BAS, ABJECT, VIL.

Bas et abject, lat. abjectus, mis bas, abattu, etc., ne diffèrent que par les degrés: ce qui est abject est très-bas, dans une profonde humiliation; car abject ne se dit qu'au figuré. L'idée de ces deuxmots, relative à la hauteur ou à l'élévation, ne peut pas être confondue avec celle de vil (du celte tcael, qui n'a point de valeur ), relative aux prix des choses, au cas qu'on en fait. On est bas par la place, vil selon l'opinion , ou par l'appréciation des qualités. Il faut donc dire bus et abject, car celui-ci renchérit sur l'autre. On peut doncdire vil et abjut: car les deux idées sont différentes : mais on ne dira pas vil et bas , parce que bas , s'appliquant également aux prix des choses, dit moins que vil. Les denrées peuvent être à bas prix, sans être i vil prix. Ces deux termes , comme synonymes d'abject, ne doivent être employés ici que dans le sens figuré.

Ce qui est bas manque d'élévation ; ce qui est abject est dans une grande bassesse, ce qui est vil, dans un grand décrr.

On ne considère pas ce qui est bas : on rejette ce qui est abject : on rebute ce qui est vil. L'homme bas est méprisé; l'homme abject, rejeté ; l'homme vil, dédaigné.

Plus un rang est élevé , plus celui qui l'occupe paraît bas, S il n'en conserve la dignité ; tant il est vrai que l'homme ne peut être effectivement grand que par lui-même.

Un homme est bas , qui déroge à la dignité de son état. Un homme est abject, qui se ravale jusqu'à faire oublier ce qu'il est. Un homme est vil, qui renonce à sa propre estime et 1 Celle des autres.

Une profession est basse quand elle est abandonnée au


pauvre petit peuple: telles sont les professions mécaniques qui ne demandent ni talens ni avances, et qui n'obtiennent ni faveur ni considération. Une profession est abjecte quand elle rabaisse l'homme au-dessous de lui-même , et le réduit à des humiliations dures pour l'homme de cœur : telle est , par exemple , la domesticité. Une profession est vile lorsque l'opinion y attache une sorte d'infamie, ou qu'elle n'est exercée que par des hommes regardés comme infâmes.

Dans une condition basse , il faut paraître, par une modeste réserve, se souvenir toujours de ce qu'on est, et se montrer , par ses sentimens , digne d'un aulrp sort. Celui qui n'aurait pas abaissé sur vous ses regards vous accordera de la considération. Dans un état abject, il faut être humble, mais debout et ferme sur les ruines de sa fortune. Dans un état vil, il faut montrer, par une généreuse patience et par une inaltérable dignité , qu'il reste toujours assez d'honneur à qui la vertu reste.

Un sentiment bas est loin d'un grand homme ; un sentiment abject, loin de l'homme de cœur ; un sentiment vil, loin de l'homme d'honneur, comme la terre l'est du ciel.

Celui qui, par lâcheté, souffre les injures , est bas : celui qui les souffre par insensibilité, et sans rougir, est adjcct: celui qui les souffre par intérêt, avec une soi te de satisfaction, pour acheter la fortune à ce prix, est bien vil.

Le lâche flatteur qui n'a pas seulement le courage de se taire, est bas. Le grossier courtisan, qui ne sait que ramper, est abject. L'homme vénal, qui ne sait que vendre son honneur et sa conscience pour acquérir, est le plus vil des hommes. (R.) 448. BATAILLE, COMBAT.

La bataille est une action plus générale, et ordinairement précédée de quelque préparation. Le combat semble être une action plus particulière, et souvent imprévue. Ainsi les actions gui se sont passées à Cannes entre les Carthaginois et les Romains, à Pharsale entre César et Pompée, sont des batailles.

Mais l'action où les Horaces et les Curiaces décidèrent du sort de Rome et d'Albe, celle du passage du Rhin, la défaite d'un convoi on d'un parti, sont des combats.

La bataille d'Almanza fut une action décisive entre Philippe de France et Charles d'Autriche dans la concurrence au trône d'Espagne. Le combat de Crémone fit voir quelque chose d'assez rare; la valeur du soldat à l'épreuve de la suprise, les ennemis introduits au milieu d'une place, en enlever le com:Dalldant sans pouvoir s'en rendre maîtres, et des troupes se conduire sans chef contre le plus habile de tous les capitaines.


Le mot de combat a plus de rapport à l'action même de se battre que n'en a le mot de bataille ; mais celui-ci à des graces particulières, lorsqu'il n'est question que de dénommer l'action. C'est pourquoi on ne parlerait pas mal en disant, : qu'à la bataille de Fleurus le combat fut opiniâtre et fort chaud.

Les batailles se donnent, et seulement entre des armées d'hommes ; on les gagne ou on les perd. Les combats se donnent entre les hommes,et se font entre toutes les autres choses qui cherchent ou à se détruire, ou à se surmonter; on en sort victorieux, ou l'on y est vaincu.

La bataille de Pavie fut fatale à la France, qui la perdit, puisque son roi y fut fait prisonnier ; mais elle ne fut pas heureuse à Charles-Quint qui la gagna, parce qu'elle lui attira de puissans ennemis. Un général qui a eu occasion de donner plusieurs combats, et qui en est toujours sorti victorieux, doit autant remercier sa fortune que se louer de sa conduite : celui lui n'en a point donné sans être battu, ne doit point rougir, si ion malheur n'a pas été l'effet de son imprudence. Il se fait dans le roman de la Princesse de Cléves un combat continuel entre le devoir et le penchant, où aucun d'eux ne triomphe, et où tous deux succombent. (G.) 149. BATTRE, FRAPPER.

Il semble que pour battre il faille redoubler les coups, et que pour frapper, il suffise d'en donner un.

On n'est jamais battu qu'on ne soit frappé; mais on peut être frappé sans être battu.

On ne bat jamais qu'avec dessein : on frappe quelquefois sans le vouloir.

Le plus fort bat le faible, le plus violent frappe le premier.

On bat les gens, et on les frappe dans quelque endroit de leur corps. César, pour battre ses ennemis, commande à ses troupes de frapper au visage.

Le sage ait que les verges sont attachées au cou des enfans : il n'est donc pas permis à ceux qui en ont sous leur conduite de penser différemment ; mais il leur est défendu d'interpréter ces paroles autrement que de la crainte, et d'en étendre la maxime jusqu'à les battre réellement, rien n'étant plus opposé à la bonne éducation que l'exemple d'une conduite violente et d'un commandement rude : le précepteur qui frappe son élève se livre bien plus dans ce moment à l'humeur qu'au soin de la correction.

Le mot de frapper est un verbe actif qui, comme presque tous les autres verbes de la même espèce , reste toujours tel, et ne reçoit à cet égard aucun changement de valeur par la * onction du pronom réciproque ; c'est-à-dire que ce oronom,


placé sous le régime de ce verbe, sert alors à marquer un objet auquel se détermine l'action que le verbe exprime. Il n'en est pas de même du mot de battre; il cesse , par l'avènement de ce pronom réciproque , d'être verbe actif, et reçoit un sens neutre; c'est-à-dire que ce pronom ne sert pas alors à marquer un objet où l'action se termine, mais que son service se borne uniquement à former, conjointement avec le verbe , la simple expression de l'action , sans rapport à aucun objet dis. tingué d'elle-même ; car se battre ne signifie ni donner de) coups à un autre, ni s'en donner à soi-même ; il signifie sim plement l'action personnelle dans le combat, ainsi que le mou s'enfuir.

Le docteur Boileau a écrit contre la pratique monacale d( se frapper à coups de fouet, soutenant que cet exercice est in décent, et plus païen que chrétien.

La loi défend de se battre dans bien des occasions où celli de l'honneur l'ordonne : quel embarras pour ceux qui se trou; vent malheureusement dans ce cas ! (G.) 450. BÉATIFICATION, CANONISATION.

Ce sont deux actes émanés de l'autorité pontificale, par les quels le pape déclare qu'une personne dont la vie a été exenu plaire et accompagnée de miracles, jouit, après sa mort, dr bonheur éternel, et détermine l'espèce de culte qui peut lu être rendu.

Dans l'acte de béatification, le pape ne prononce qui comme personne privée, et use seulement de son autorité pou accorder à certaines personnes , ou à un ordre religieux, 1 privilége de rendre au béatifié un culte particulier, qu'on n peut regarder comme superstitieux ou répréhensible dès qu'i est muni du sceau de l'autorité pontificale.

Dans l'acte de canonisation, le pape parle comme juge après un examen juridique et plusieurs solennités, il pronono ex cathedrâ sur l'état du saint, et détermine l'espèce de cuit qui doit lui être rendu par l'Eglise universelle.

Ainsi le décret de béatification est un privilége qui aytoris quelques particuliers à déroger aux lois communes de l'Eglise en pratiquant un culte qui n'est point encore autorisé par 1; législation générale. La bulle de canonisation est une loi ge nérale, émanée de l'autorité pontificale, et qui concerne tou les fidèles. (G.) 151. BEAU, JOLI.

Le beati est grand, noble et régulier : on ne peut s'empé -.chr de l'admirer : quand on l'aime ce n'est jamais médiocre ment; il attache. Le joli est fin, délicat et mignon : on es toujours porte à le louer ; dès qu'on l'aperçoit, on le goûte


il plaît. Le premier lend avec plus de force à la perfection, et doit être la règle du goût. Le second cherche les graces avec plus de soin, et dépend du goût.

Nous jetons sur ce qui est beau des regards plus fixes et pins curieux : nous regardons d'un œil plus éveillé et plus riant ce qui est joli.

Les dames sont belles dans les romans. Les bergères sont iolies dans les poèles.

k Le beau fait plus d'effet sur l'esprit ; nous ne lui refusons pas IOS applaudissemens. Le joli fait quelquelois plus d'impres- , îion sur le cœur ; nous lui donnons nos sentimens. t | Il arrive assez souvent qu'une belle personne brille et charme es yeux, sans aller plus loin; tandis que la jolie forme de..

iens, et fait de véritables passions ; alors la première a pour .>.

larfage les éloges qu'on doit à la beauté ; et la seconde a pour lIe t'inclination qu'on sent pour ce qui fait plaisir.

Le teint, la taille, la proportion et la régularité des traits orment les belles personnes : les jolies le sont par les agrénens , la vivacité des yeux, l'air et la tournure gracieuse du isaire, quoique moins régulière. ---

En fait d ouvra gesd esprit, il faut, pour qu'ils soient beaux, ti'il y ait du vrai dans le sujet, de l'élévation dans les pen- ées, de la justesse dans les termes, de la noblesse dans l'exression, de la nouveauté dans le tour et de la régularité dans

1 conduite ; mais le vraisemblable, la vivacité, la singularité t le brillant suffisent pour les rendre jolis. Quelqu'un a dit ne les anciens étaient beaux et que les modernes sont jolis : '; : ne sais s'il a bien rencontré ; mais cela même est du nombre 4 es jolies choses, et non des belles.

t Le beau est plus sérieux, et il occupe; le joli est plus gai, ! il divertit : c'est pourquoi l'on ne dit pas une jolie tragédie,

tais on peut dire une jolie comédie. (B) -.

Qui dit de belles choses n'est pas toujours écouté avec at".

ntion, quoiqu'il mérite de l'être ; "la conversation en est lelquefois trop grave et trop savante. Qui dit de jolies choses it ordinairement écouté avec plaisir; la conversation en est toujours enjouée.

Le mot de brnu se place fort bien à l'égard de toutes sortes ! choses, quand elles en méritent l'épithête. Celui de joli ne .ilvient guère à l'égard des choses qui ne souffrent point de v e'diorrffe; telles sont la peinture et la poésie : on ne dit ni r l jaN piième. ni un joli tableau ; ces sortes d'ouvrages sont 'fltf.r, ou , s'ils ne le sont pas, ils sont mauvais. 1 Lorsque les épi t bètes de beau et joli sont données à l'homme.

'es cessent d'être synonymes, leurs significations n'ayant ! « rien de commun. Un bel homme est autre chose qu'un fi homme. Le sens du premier tombe sur la figure du corpt


et du visage ; et le sens du second tombe sur l'humeur et sur les manières d'agir. (G.) Si le beau, qui nous frappe et nous transporte , est un des plus grands effets de la magnificence de la nature, le joli n'est-il pas un de ses plus doux bienfaits?

La vue de ces astres qui répandent sur nous, par un cours et des règles immuables, leur brillanie et féconde lumière; la voûte immense à laquelle ils paraissent suspendus, le spec tacle sublime des mers, les grands phénomènes, ne portent à l'ame que des idées majestueuses : c'est l'effet naturel du.

beau. Mais qui peut peindre le secret et le doux intérêt qu'inspire le riant aspect d'un tapis émaillé par le souflle de Flore et la main du Printemps ? Que ne dit point aux cœurs sensibles ce bocage simple et sans art, que le ramage de mille amans ailés, que la fraîcheur de l'ombre et l'onde agitée des ruisseaux savent rendre si louchans ? Tel est le charme des grâces, tel est celui du joli, qui leur doit toujours sa naissance : nous lui cédons par un penchant dont la douceur nous séduit..

Il faut être de bonne foi. Notre goût pour le joli suppose un peu moins parmi nous de ces ames élevées et tournées aux grandes prétentions de l'héroisme, qui fixent perpétuellement leurs regards sur le beau, que de ces ames naturelles, délicates et faciles, à qui la société doit tous ses attraits.

C'est à l'ame que le beau s'adresse ; c'est aux sens que parle le joli: et s'il est vrai que le plus grand nombre se laisse un peu conduire par eux, c'est de là qu'on verra les regards attachés avec ivresse sur les grâces de Trianon, et froidement surpris des beautés courageuses du Louvre.

Le joli a son empire séparé de celui du beau : celui-ci étonne, éblouit, persuade, entraîne ; celui-là séduit, amuse et se borne à plaire. Ils n'ont qu'une règle commune, c'est celle du vrai. Si le joli s'en écarte, il se détruit, et devient mauiéré, petit, ou grotesque; nos arts, nos usages et nos modes sont aujourd'hui pleins de sa fausse image. ( Encyclopèd. VIII, 871.) Il y a des choses qui peuvent être jolies ou belles; telle est

la comédie : il y en d'autres qui ne peuvent être que belles; telle est la tragédie.

Il y a quelquefois plus de mérite à avoir trouvé une jolit chose qu'une belle. Dans ces occasions, une chose ne mérite le nom de belle que par l'importance de son objet; et une chose n'est appelée jolie, que par le peu de conséquence du sien : on ne fait alors attention qu'aux avantages, et l'on perd de vue la difficulté de l'invention.

Il est si vrai que le beau emporte souvent une idée de grand. que le même objet que nous avons appelé beau ne


nous paraîtrait plus que joli s'il était exécuté en petit.

L'esprit est un faiseur de jolies choses; mais c'est l'ame qui produit les belles. Les traits ingénieux ne sont ordinairement crue iolis: il y a de la beauté partout où l'on remarque du sentiment.

Un homme qui dit d'une belle chose qu'elle est belle, ne donne pas une grande preuve de discernement; celui qui dit qu'elle est jolie est un sot, ou ne s'entend pas : c'est l'impertinent de Boileau, qui dit que le Corneille est joli quelquefois.

(Encyclop. II, 481.) 452. BEAUCOUP, PLUSIEURS.

Ces deux mots regardent la quantité des choses ; mais beaucoup est d'usage, soit qu'il s'agisse de calcul, de mesure ou d'estimation; et plusieurs n'est jamais employé que pour les choses qui se calculent.

Il y a dans le monde beaucoup de fous qu'on estime, beaucoup île terrain qu'on néglige. et beaucoup de mérite qu'on ne connait pas. Parmi les personnes qui se piquent de goût et de discernement, il y en a plusieurs qui, ne regardant les objets que sous un seul point de vue, sans faire attention qu'ils en ont plusieurs, les dépouillent ensuite mal à propos de plusieurs qualités réelles, sur le seul fondement qu'elles ne les y ont point vues.

Le contraire de beaucoup est peu ; l'opposé de plusieurs est un.

Un critique de nos jours a dit qu'on n'avait point encore vu de chef-d'œuvre d'esprit être l'ouvrage de plusieurs; et j'ajoute que, pour rendre un ouvrage parfait, il faut l'exposer à la censure , de beaucoup de gens, même à celle des moins connaisseurs. ( G. )

455. BÉNI, E, BENIT, TE.

Ce sont deux participes différens du verbe benir; mais ils ont deux sens diftërens.

Béni, e, se dit pour marquer la protection particulière de Dieu sur une personne, sur une famille, sur une nation, etc., ou pour désigner les louanges affectueuses que l'on donne à Dieu, ou même aux instrumens d'un bienfait. Toutes les nations ont été bénies en Jésus-Christ. Les princes qui ne se croient sur le trône que pour le bien de l'humanité, sont bénis de Dieu et des hommes. La sainte Vierge est bénie entre toutes les femmes.

Bénit, te, se dit pour marquer la bénédiction de l'église, donnée par les prêtres avec les cérémonies convenables. Du pain bénit, un cierge bénit, une chapelle bénite, des drapeaux bénits, uneabbesse bénite t etc.


On petit (lire qneM'n a un sens moral et de louanges, et bénit un sens légal et de consécration. ", Des armes bénites avec beaucoup d'appareil dans l'église ne sont pas toujours bénies du ciel sur le champ de bataille. On dit eau bénite de cour, protestations faites comme celles des grands. (B.) - , f 1 c 154. BÉNIN, DOUX, HUMAIN. ri";

f' L 'f Bénin marque l'inclination ou la disposition à faire du bien, on dit d'un astre qu'il est béllÙl; on ledit aussi des princes: mais rarement des particuliers, excepté dans un sens ironique, lorsqu'ils souffrent les injures avec bassesse. Doux indique un caractère d'humeur qui rend très-sociable, et ne rebute personne; on s'en sert plus communément à l'égard des femmes, parce qu'elles tirent leur principale gloire des qualités convenables à la société, pour laquelle il semble qu'elles aient été faites. Humain dénote une sensibilité sympathisante aux mœurs ou à l'état d'autrui. On en fait un plus grand usage en parlant des hommes qu'en parlant des femmes, parce qu'ils se trouvent dans de plus fréquentes occasions de faire paraitre leur humanité ou leur inhumanité. r

La bénignité est une qualité qui affecte proprement la volonté dans l'ame, par rapport aux biens et aux plaisirs qu'on peut faire aux autres : ce qu'il y a de plus éloigné d'elle est la malignité ou le secret plaisir de nuire. La douceur est une qualité qui se trouve particulièrement dans la tournure de l'esprit, par rapport à la manière de prendre les choses dans le com merce de la vie civile : ses contraires sont l'aigreur et l'emportement. L'humanité réside principalement dans le cœurj elle le rend tendre, fait qu'on s'accommode et qu'on se prête aux diverses situations où se trouvent ceux avec qui l'on est en relations d'amitié, d'affaires ou de dépendance : rien n'y est plus opposé que la cruauté et la dureté, ou un certain amourpropre uniquement occupé de soi-même. !

Une mauvaise conformation dans les organes, et un défaut d'éducation dans la jeunesse rendent inutile l'influence des astres les plus bénins ; et le même instant de naissance fait voir en deux sujets toute la bénignité du ciel et toute la malignité de la nature corrompue. Il est certains tons si aigres, que les personnes les plus douces ne sauraient les supporter.

Eh! quelle douceur pourrait être à l'épreuve des apostrophes impertinentes de ces gens que le langage moderne nomme avantageux, qui croient trouver dans l'estime ridicule qu'ils ont d'eux-mêmes le droit d'une raillerie insultante? Le métier de la guerre n'exclut pas l'humanité ; et si l'on examinait bien la façon de penser de chaque état, on trouverait que le soldat,


les armes aux poing, est plus humain que le partisan la plume à la main.

Le prince ne doit pas pousser la bénignité jusqu'à autoriser l'impullilé du crime; mais il doit en avoir assez pour pardonner facilement ce qui n'est que faute , et pour gratifier toujours avec plaisir les sujets qui sont à portée de recevoir ses graces.' C'est par une conduite modérée , par des manières modestes et polies, que l'homme doit montrer la douceur de son caractère , et non par des airs féminins et affectés. La vraie humanitê consiste à ne rien traiter à la rigueur, à excuser les faiblesses, à supporter les défauts, et à soulager les peines et la misère du prochain, quand on le peut. (G.) 155. BESACE, BISSAC.

Longue pièce de toile, cousue en forme de sac, ouverte par le milieu, faite pour être portée de manière que les deux bouts pendent l'un d'un côté, l'autre de l'autre. L'on fait aussi des bissacs de cuir, etc.

En latin, bisaccus, sac double, sac à deux poches, à deux fonds, bissac. Pétronfi a dit bisaccium, besace , grand bissac par la vertu de la terminaison augmentative, ace.

Le gueux, le mendiant a une besace; il la porte sur ses épaules, un bout par devant, l'autre par derrière, et il y met ce qu'on lui donne, même tout ce qu'il a : c'est son trésor. Le ii , J'ouvrier pauvre a un bissac : il le porte en voyage, en nurse, sur lui ou sur une monture, et il y a mis des provisions, «cshardes, etc. : c'est son équipage.

Voilà pourquoi nous disons proverbialement de celui qui a m e îrramïe attache pour quelque chose, qu'il en est jaloux coniuie un gueux de sa besace. Nous disons familièrement d'un voyageur qui va sans attirail , sans bagage, sans suite, qu'il ne lui faut qu'un bissac.

C'est encore un proverbe, qu'une besace bien promenée nourrit son maître; comme si la besace était proprement un sac à mettre ie manger. Les moines mendians n'ont pas peu contribué à faire prévaloir, dans les villes, besace sur bissac, que les ciladins ont laissé dans les campagnes.

Dans le sens figuré, nous disons familièrement besace pour pauvreté, misère, mendicité; être réduit à la besace. Dans quelques provinces , bissac prend aussi cette acception ; mais ce mot paraîtra bien plus propre à exprimer la simplicité, la modération, l'allure naturelle et rustique des mœurs. (R. )

456. BÊTE , BRUTE, ANIMAL.

Béle se prend souvent par opposition à homme ; ainsi on dit : l'homme a une aine, mais auelaues philosophes n'en accordent point aux b****-


Brute est un terme de mépris qui ne s'applique qu'en Mau.

vaise part. Il s'abandonne à toute la fureur de son penchant, comme la brute. Animal est un terme générique qui convient à tous les êtres » organisés vivans. L'animal vit, agit, se meut de lui-même.

Si on considère l'animal comme pensant, voulant, agissant, réfléchissant, etc. , on restreint sa signification à l'espèce humaine : si on le considère comme borné à toutes les fonctions

qui marquent de l'intelligence et de la volonté, et qui semblent lui être communes avec l'espèce humaine, on le restreint à la bête. Si on considère la bêle dans son degré de stupidité, et comme affranchie des lois de la raison et de l'honnêteté, selon lesquelles nous devons régler notre conduite, nous l'appelons brute. ( Ejicyclop. , t. XI, p. 214.) 157. BÊTE , STUPIDE, IDIOT.

Ces trois épithètes attaquent l'esprit, et font entendre qu'on en manque presque dans tout, avec cette différence qu'on est bête par défaut d'intelligence, stupide par défaut de sentiment , idiot par défaut de connaissances.

C'est en vain qu'on fait des leçons à une bête , la nature lui a refusé les moyens d'en profiter. Tous les soins des maîtres sont perdus auprès d'un stupide, s'ils ne trouvent le secret de lui donner de l'émulation, et de le tirer de son assoupissement.

Ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on peut venir à bout d'instruire un idiot; il faut pour cet effet avoir l'art de rendre les idées sensibles, et savoir se proportionner à sa façon de penser, pour élever celle ci jusqu'au niveau de celle qu'on veut lui inspirer.

Il y a des bétes qui croient avoir de l'esprit : leur conversation fait le supplice des personnes qui en ont véritalliement, et leur caractère va quelquefois jusqu'à être très-incommode dans la société, surtout lorsqu'à la bêtise et à la vanité elles joignent encore le caprice : comment tenir contre des gens qui, ne comprenant ni ce qu'on leur dit, ni ce qu'ils disent euxmêmes , s'arrogent néanmoins une supériorité de génie, et qui, bouffis d'amour-propre, débitent des sottises commedes maximes , ou sont toujours prêts à se fâcher au moindre mot, et à prendre une politesse pour une insulte ? Les stupides ne se piquent point d'esprit, et en cherchent encore moins chez les autres : il ne faut pas non plus se piquer d'en avoir avec eux; ils n'entrent pour rien dans la société, et leur compagnie ne nuit pas à qui cherche la solitude. Les idiots sont quelquefois frappés des traits d'esprit, mais à leur manière, par une espèce d'éblouisscment et de surprise, qu'ils témoignent d'une façon singulière, capable de réjouir ceux qui savent se fair, des plaisirs de tout. ( G. )


<58. BEVUE, MÉPRISE, ERREUR.

Ils présentent l'idée d'une faute commise par légèreté, inadvertance ou ignorance.

Les gens d'un caractère ouvert, les hommes counans et de bonne foi, font tous les jours des bévues. L'homme adroit, rusé, qui a de l'expérience, pourra se tromper ; mais la bévue proprement dite est le partage de l'inexpérience, ou de la lçrèrelé, ou de la passion qui aveugle, et l'erreur en est le réullat. L'erreur tient plus de la fausseté du principe, et la oévue, de la fausseté de l'application.

On commet souvent une bévue par méprise, et ce sont deux àuies à la fois : il ne fallait pas se méprendre sur le choix des noyens et des personnes, et vous n'auriez commis ni méprise ii bévue. La méprise suppose un mauvais choix, et la bevue, 'insuffisance de réflexions.

Méprise est l'action de mal prendre, prendre une chose pour me autre.

Méprise suppose l'erreur dans le choix ; on se méprend en irenant l'un pour l'autre. S'il y a de l'imprudence dans le choix (ue je fais, si j'ai pu en prévoir les résultats , c'est une bévue; i je n'ai pu les prévoie, c'est une méprise. Alors la bévue est me faute, et la méprise un accident.

Erreur, du latin error, est un écart de la raison. C'est une lusse opinion qu'on adopte, soit par ignorance, soit faute l'examen, soit enfin par défaut de raisonnement.

La bév ue est un défaut de combinaison , la méprise un mauvais choix, l'erreur une fausse conséquence. L'erreur est le )artage de la condition humaine. Saint-Evremondditque nous etenons nos erreurs, parce qu'elles sont autorisées des autres, :t que nous aimons mieux croire que juger.

La bévue est en opposition à la prudence, la méprise l'est iu choix, et l'erreur à la vérité. (R.) 50. BIEN, BEAUCOUP; ABONDAMMENT, COPIEUSEMENT" A FOISON.

Tous établis pour marquer une grande quantité vague et ndéfinie, ils ne sont distingués entre eux que par certains apports particuliers que l'un a plus que l'autre à l'une des espèces de la quantité générale.

Bien regarde singulièrement la quantité qui concerne les lualifications, et qui se divise par degrés. L'on dirait donc IU'il n'est pas rare de voir des hommes qui soient en même emps bien sages pour le conseil et bien fous dans la conluite.

Beaucoup est à sa place lorsqu'il s'agit d'une quantité qui résulte du nombre, et qu'on peut ou calculer ou mesurer


comme quand on dit que beaucoup de gens qui n'aiment point et ne sont aimés de personne, se vantent néanmoins d'avoir beaucoup d'amis; que les années qui produisent beaucoup de vin, produisent aussi beaucoup de querelles parmi le peuple.

Abondamment renferme dans l'étendue de sa propre valeur une idée accessoire qui fait qu'on ne l'applique qu'à la quantité destinée au service dans l'usage qu'on doit faire des choses. Ainsi l'on dit que la terre fournit abondamment à l'homme laborieux ce qu'elle refuse entièrement au paresseux: que les oiseaux, sans rien semer, recueillent de tout abondamment.

Copieusement est un terme peu usité depuis qu'on évite ceux qui sentent trop la latinité. Il ne s'emploie avec grace que dans les occasions où il est question de fonctions animales.

Un homme qui mange et boit copieusement, est plus propre aux exercices du corps qu'à ceux de l'esprit.

Je ne saurais m'empêcher de faire remarquer que, lorsque bien et beaucoup sont employés devant un substantif, le premier exige toujours que ce substantif soit accompagné de l'article, au lieu que beaucoup e l'en exclut ; ce qui n'arriverait pas s'il n'y avait dans la forcede la signification quelque différence, qui autorise celle du régime. Celte différence , je crois l'avoir assez bien rencontrée dans les diversités spécifiques de la quantité. Car l'article indiquant en dénomination, et par conséquent emportant une sorte d'intégralité ou de totalité, il exclut le calcul ; raison pourquoi beaucoup ne s'en accommode pas, et que bien le demande, comme on le voit dans l'exemple suivant : Les dévots, en se piquant de beaucoup de raison, ne laissent pas que d'avoir bien de l'humeur. (G.) Beaucoup dénote purement et simplement une grande quantité vague et indéfinie de toute sorte de choses. Bien annonce , avec des particularités, une grande quantité surprenante ou très-remarquable. Abondamment désigne une grande quantité du productions ou de certains objets pris en grand, supérieure à la quantité donnée ou reçue pour l'usage nécessaire ou suffisant. Copieusement indique une grande quantité de certaines choses, et surtout d'objets de consommation, dans un cercle étroit excédant la mesure suffisante et ordinaire. A foison marque la très-grande quantité de productions ou de choses accumulées qui forment la volumineuse abondance, et semblent, en quelque sorte, pulluler ou ne point s'épuiser. (R.)

460. BIENFAISANCE, BIENVEILLANCE.

La bienveillance est le désir de faire du bien, la bienfaisance en est l'accomplissement, ou plutôt c'est l'action même. Ce sont deux vertus qui naissent de l'amour de l'humanité, et qui devraient être inséparables; mais, par malheur, elles sont


souvent désunies. Combien voit-on de personnes qui pensent beaucoup faire lorsqu'elles s'en tiennent à la bienveillancel C'est sans doute un sentiment que tout homme doit être flatté d'inspirer; mais il coûte si peu , qu'il n'est pas bien méritoire.

C'est de la difficulté que la vertu tire son éclat, et c'est par les efforts qu'elle fait qu'elle mérite des récompenses.

Rien ne dispose davantage à la bienveillance que de placer la nature humaine dans un jour favorable, d'envisager les hommes et leurs actions du plus beau côté, de donner à leur conduite une interprétation avantageuse, et de considérer enfin leurs défauts comme l'effet de leurs erreurs plutôt que de leurs vices. (Dici. Ph.) 164. BIENFAIT , GRACE, SERVICE, BON OFFICE, PLAISIR.

et Nous recevons, comme il est dit dans l'Encyclopédie, XI.

415, un bienfait de celui qui pourrait nous négliger sans être blâmé ; nous recevons de bons offices de ceux qui auraient eu tort de nous les refuser, quoique nous ne puissions pas les obliger à nous les rendre, mais tout ce qu'on fait pour notre utilité ne serai-t qu'un simple service, lorsqu'on est réduit à la nécessité indispensable de s'en acquitter. On a pourtant raison de dire que l'affection avec laquelle on s'acquitte de ce qu'on doit, méri'e d'être comptée pour quelque chose. »

et Je crois (dit M. Beauzéie) que ces trois termes doivent être « distingués d'une manière différente et plus précise. Ils ex« priment tous quelque acte relatif à l'utilité d'aulrui. Le mot « office n'a point d'autre signification sous ce point de vue.

« C est pourquoi il a besoin d'une épithète qui indique s'il est « pris en bonne ou mauvaise part, et l'on dit : rendre de bons « ou de mauvais offices, c'est un office d'ami. Les deux an« très sont toujours pris en bonne part. »

Le bienfait, dit M. Dticlos, est un acte libre de la part de son auteur quoique celui qui en est l'objet puisse en être digne.

Le propre du bienfait est de rendre meilleure la condition de celui à qui l'on fait ce bien, par un sentiment naturel qui nous porte à contribuer au bonheur de nos semblables.

Une grâce, continue cet auteur, est un bien auquel celui qui le reçoit n'avait aucun droit ou la rémission qu'on lui fait tlvue peine méritée. Le propre de la grace est d'être purement gTotuitet, et d'opérer la satisfaction d'autrui par un avantage ou réel ou apparent.

Un service, enfin , ajoute cet académicien, est un secours par lequel on contribue à faire obtenir quelque bien. Le propre du service est d'être utile à celui à qui on le rend, soit par soi même, soit par autrui.

> Le bon office est l'emploi de notre crédit, de notre médiation , de notre entremise, pour faire valoir, réussir. prospé-


rer quelqu'un. Le propre du bon office est de marquer d'une manière affectueuse, et d'inspirer, autant qu'on le peut, l'ira.

térèt qu'on prend à autrui.

Le plaisir est une de ces choses agréables ou obligeantes flue l'occasion nous présente à faire pour autrui, et que nous faisons sans cesse les uns pour les autres dans le commerce dela viecivile. Le propre du plaisir est de procurer un agrément, une commodité, un contentement, un plaisir à quelqu'un, : par l'envie que nous avons de lui plaire ou de lui complaire.

La bienfaisance ou la bonté généreuse verse des bienfaits.

La faveur distribue des grâces. Le zèle rend des services. La » bienveillance inspire de bons offices. La complaisance ou l'honnêteté civile fait des plaisirs. Reunissons ici, pour plus d'éclaircissement, quelques pensées de La Bruyère: « Donner, c'est agir, ce n'est pas souffrir de ses bienfaits, ni céder à l'importunité de ceux qui nous demandent si l'on a donné à ceux que l'on aimait ; quelque chose qui arrive, il n'y a plus d'occasion où l'on doive songer à ses bienfaits.

« Tels sont oubliés dans la distribution des graces et font dire d'eux, pourquoi les oublier, qui, si l'on s'en était souvenu , auraient faii dire, pourquoi tfen souvenir ? Il y a des hommes qui chargent une grace qu'on leur arrache, de conditions si désagréables, qu'une plus grande grâce serait d'obtenir d'eux d'être dispensé de rien recevoir.

« Combien d'esprit, de bonté de cœur, d'attachement, de services et de complaisance dans les amis, pour faire en plusieurs années bien moins que ne fait quelquefois en un moment un beau visage ou une belle main !

« Personne à la cour ne veut entamer, ou s'offre d'appuyer parce que, jugeant des autres par soi-même, on espère que nul n'entamera, et qu'on sera ainsi dispensé d'appuyer : c'est une manière douce et polie de refuser son crédit, ses offices et sa médiation à qui en a besoin. N'espérez pins de candeur, de franchise, d'équité, de bons offices, de bienveillance, etc., dans un homme qui s'est depuis quelque temps livré à la cour, et qui secrètement veut faire sa fortune.

« Les hommes ne s'attachent pas assez à ne point manauer les occasions de faire plaisir. Dans tous les plaisirs qu'on fait aux autres, il y a, faire bien, et faire selon leur goût : le dernier est préférable. »

Résumons nos idées dans des définitions, ou plutôt des notions précises, que nous rendrons plus sensibles en marquant les différences propres des termes dans l'examen de leur sens étymologique et reçu.

Le bienfait est un don ou uasacrifice que celui qui a, fait à celui qui manque. La grace est une générosité, une condescendance, une faveur de celui qui peut ce qui lui plait, au gri


de celui dont il lui plaît de faire acception, Le service est un tribut ou une corvée volontaire que le zéle impose, et dont il nous acquitte envers quelqu'un, dans le cas où il a besoin d'aide, d'appui, d'assistance, de secours. Le bon office est l'acte ou la démarche obligeante d'un homme officieux pour l'intérêl de l'homme qu'il en juge digne. Le plaisir est un soin que l'on prend volontiers pour le contentement de celui qui np saurait ou ne voudrait pas le prendre. (R.) 1; 462. BLESSURE, PfcAIE.

- La blessure est une marque faite sur la peau par un coup,

c'est-à-dire, par une cause exterieure. tue est l erret immédiat, le signe du coup qu'on a reçu. La plaie est une ouverture faite à la peau par quelque cause que ce soit, intérieure ou extérieure. Les Latins n'ont appelé plaga un filet qu'à raison de la multitude de trous, de vides, d'ouvertures, qui sont dans cette espèce de tissu.

Sans violer le sens littéral du mot, la blessure n'est quelquefois qu'une simple contusion, ou une meurtrissure qui n'a point entamé la peau. La plaie désigne proprement la solution de continuité ou l'ouverture faite à la peau, soit par le coup ou la blessure, soit par toute autre cause, comme la malignité des humeurs. Ainsi un bouton, une éruption cutanée, un ulcère forme des plaies. La plaie suppose toujours nécessairement une extension et une séparation produite dans les parties molles par l'activité des humeurs qui cherchent une issue à travers les tégumens.

Vous appelez figurément blessure, le tort, le dommage, le détriment, le mal fait par une action violente ou maligne, à l'honneur, à la réputation , au repos d'une personne. Les passions font aussi des blessures au cœur, .lorsaue leurs impressions sont assez profondes. Vgtis appellerez plaies de vives douleurs, de grandes afflictions, des pertes funestes, des caiamités, des fléaux, des maux beaucoup plus grands que de simples blessures; vous direz : les plaies de Jésus-Christ, les plaies d'Egypte, les plaies de l'Etat, etc. (R.) 165. BLUETTE, ÉTINCELLE.

Bluttte, petite étincelle, scintillula. tincelle, petit feu, petit trait ou éclat de feu, tel que celui qui sort du caillou frappé par le briquet.

Du mot primiliftall, feu, lumière, changé en ten, tin, zin, scint, les Latins firent scintilla, petite parcelle de feu, de lumière , étincelle. Bluettes tient à la même racine que les mots éblouir, éblouissement, et sans doute berlue. Dans Yéblouissement, vous croyez voir une grande quantité de bluettes volantes , copfuses et fugitives. Huet, Gébelin, et autres étymo.

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logistes, pensent que ce nom fait allusion, comme celui de bleuet, à la couleur de la chose. En effet, dit Huet, les étincelles qui sortent des fournaises, et du fer rouge quand un le bat, sont ordinairement bleues. Ménage avait formé ce mot de balucetta, diminutif de balux, mot latin d'origine espagnole, qui désigne ces petits grains luisans que l'on voit dans le sable. Ce n'était peut-être pas sans fondement, car en

languedocien, on dit bèlugue pour bluette ; ensuite il l'a dérivé de lux, lumière, par le diminutif imaginaire lucetta, comme : vous diriez lueur; ce qui n'est pas dépourvu de vraisemblance : , la bluette n'est qu'une lueur.

C'est proprement la bluette que vous voyez pâle et faible, luire et s'évanouir presque aussitôt, sans produire ordinairement d'autre effet, sans laisser aucune trace sensible d'ellemême , lorsque vous cherchez du feu sous la cendre pour le rallumer ; mais lorsque vous attisez et soufflez le feu pour le rendre plus vif, c'est l'étincelle que vous voyez ardente, éclatante même , jaillir, pétiller, ranimer les tlammes, et produir souvent l'incendie ou quelque autre grand effet, tel que ceuxe de Vétincelle électrique.

L'action de la bluette est passive, ellene vit un instant que pour elle; l'action de l'étincelle est active, elle vit peu, mais elle embrase.

En vertu de l'analogie reconnue entre l'esprit d'une part, et le feu ou la lumière, de l'autre, vous dites , au figuré, des bluetles, des étincelles d'esprit, en observant les mêmes nuances que dans le sens physique. La bluette prouve la présence du principe caché, et l'étincelle sa fécondité, ou son activité contrainte.

Vous ne direz pas des bluettes de génie , en parlant de ce Jeu qui excite l'enthousiasme du poète, ou de ce feu sacré qui élève la vertujusqu'à l'héroïsme, etc. j vousdirez. plutôt des ètincellest parce que les traits qui décèlent ces principes en portent toujours les grands caractères. (R.) 164. BOIS, CORNES.

Ces mots se confondent quelquefois, en zoologie , lorsqu'il s'agit de désigner les ornemens ou les défenses élancées sur la tête de certains genres d'animaux. En pharmacie, on appelle corne le bois de cerf. Au figuré, on dit souvent indifféremment bois ou corues.

Les bois et cornes diffèrent dans leur substance , dans leur forme, dans leurs accidens. La substance tie la corne a de l'analogie avec celle des ongles, et la substance du bois avec celle du bois végétal. Des bois de certains animaux, tels que le ccrf, la chimie tire des sels, et la médecine divers remèdes. Des cornes de divers quadrupèdes, l'industrie a fait une multitude


d'ouvrages connus, et autrefois jusqu'à des calices pour servir à la messe.

La corne est un simple jet, droit ou courbe en divers sens, lisse ou strié et cannelé, creux à sa base, et placé sur une proéminence de l'os frontal. Le bois est une tige rameuse, revêtue d'une écorce dans le temps de son accroissement, solide dans toute son épaisseur, divisée en rameaux, et en tout semblable à une production végétale.

La corne est permanente, elle ne tombe que par accident.

Le bois tombe dans une saison régulière, et ensuite il repousse.

Le cerf, l'élan , le daim, le renne, etc., ont des bois; le bœuf, le buffle, la chèvre, etc., ont des cornes.

La girafe, le plus bel animal de l'Afrique, a des cornes t mais pleines et solides comme les bois : elles semblent former ie nœud d'union entre les deux genres. (R.) 165. BOITER, CLOCHER.

La différence de ces deux termes parait être absolument inconnue, tant ils sont généralement confondus au propre. Tâchons de la découvrir, et de la fixer d'une manière précise par l'éti mologie.

Des savans ont cru trouver des rapports entre le mot boiteux et divers mots ou hébreux ou arabes ; mais ces rapports sont si légers et si vagues, qu'en les adoptant par une grande facilité d'esprit, nous n'en serions pas plus éclairés sur son idée distinctive. Par exemple, Guichard dérive ce mot de l'hébreu labat, qui, selon lui, signifie aller à rebours ou de travers, heurter, tomber, se hlittt. clocher (ciaudicare), etc.

Or, quand entre l'un et l'autre terme il y aurait un air de ressemblance beaucoup plus maïqué, aucune, de ces acceptions ne nous aiderait à distinguer boiter de clocher. M. de Gébelin pense que boiteux tient à boîte, par la raison que le boiteux a une hanche déboîtée. Je ne sais si ce mot ne tient pas au celte bot, qui signifie pied. Nous disons un pied bot ou contrefait ; nous aurions pu dire boiter, pour désigner une démarche contrefaite ou difforme.

Clocher ne vient pas du latin claudicare ; mais l'un et l'autre viennent de la racine clo, col, signifiant taillé, rogné, raccourci. Le c placé avant l, c-l, fait la fonction du d, dont la valeur propre est celle de couper, hacher, tailler. De clo, les Grecs firent xf~<, tronqué, mutilé; )().OIJCU, raccourcir, tronquer; les Latins en firent clausus ou claudus, claudicare; nous en avons fait clocher, cloper. Aussi clocher désigne un pied raccourci, un côté trop court, et il exprime la démarche qui en résulte.

Boiter est donc proprement marcher avec une sorte de va-


cillatrOfl, en se jetant d'un côté, de manière que e corps est ou paraît être déhanché, dégingandé, déboîté dans quelqu'une de ses parties inférieures; et clocher, marcher avec un pied raccourci ou en se jetant sur un côté trop court, de manière que le corps est ou parait être tronqué, mutilé, inégal d'un ou d'autre côté dans sa hase.

Clocher n'est pas moins employé au figuré qu'au sens pro- !

pre ; avantage qu'il a sur boiter. Suivant l'idée que nous ve- nons de donner du premier de ces mots, il indique alors également un défaut de justesse, d'égalité, de parité, de me. i sure, etc. Nous disons qu'un vers cloche, lorsqu'il n'a pas le rhythme requis ; ou que toute comparaison cloche, - parce que deux objets n'étant jamais parfaitement égaux ou pareils dans tous leurs rapports, la comparaison manque nécessairement d'une certaine justesse. Mais, attendu que clocher n'a point produit de famille, on dit qu'un vers qui pèche par là mesure est boiteux. On dit, avec Pascal, qu'un esprit est boiteux; lorsqu'il ne soutient pas sa marche, son raisonnement, ses vues, qu'il va bientôt de travers, bronche, s'égare.

On a dit. autrefois clop pour boiteux ; vous lisez dans un ancien Traité des Vertus et des Vices, les aveugles et les clops.

On dit encore quelquefois familièrement, duper, clopin, dopant, clopiner, diminutif de cloper, éclopé. Ces mots expriment la démarche pénible, mal assurée , chancelante, de quelqu'un qui traîne ses pas, sa jambe, son corps, comme unhomme affaibli par quelque blessure, un accident, une maladie. (R.) 166. BON SENS, BON GOUT.Le bon sens et le bon goût ne sont qu'une même chose, i les considérer du côté de la faculté. Le bon sens est une certaine droiture d'ame qui voit le vrai, le juste, et s'y attache; le bon goût est cette même droiture par laquelle l'ame voit le bon et l'approuve. La différence de ces deux choses ne se tient que du côté des objets. On restreint ordinairement le bon sens aux choses plus sensibles, et le bon goût à des objets plus finset plus relevés : ainsi le bon goût, pris dans cetteidée, n'est autre chose que le bon sens raffiné, et exercé sur des objets délicats et relevés ; et le bon sens n'est que le bon goût restreint aux objets plus sensibles et plus matériels. tEllCYclop., XV, 33.) Entre le bon sens et le bon goût il y a la différence de la cause à son effet. (La Bruyère, Caract., ch. 12.) 167. BONHEUR, CHANCK Termes relatifs aux événemensou aux circonstances qui ont rendu et qui rendent un homme content de son existence.

Mais bonheur est plus général que chance; il ambrasse presque


)us ces événemens. Chance n'a guère de rapport qu'à ceux ni dépendent du hasard pur , ou dont la cause, étant tout-àlit indépendante de nous, a pu et peut agir tout autrement ue nous ne le désirons, sans que nous ayons aucun sujet de ous en plaindre.

On peut nuire ou contribuer à son bonheur ; la chance est ors de notre portée : on ne se rend point chanceux, on l'est a on ne l'est pas. Un homme qui jouissait d'une fortune lion- ête a pu jouer ou ne pas jouer à pair ou non ; mais toutes ses jalités personnelles ne pouvaient augmenter sa chance. (Enfch, 111,86.)' 168. BONHEUR, FÉLICITÉ, BÉATITUDE.

Ces trois mots signifient également un état avantageux et ne situation gracieuse; mais celui de bonheur marque prorement l'état de la fortune capable de fournir la matière des laisirs, et de mettre à portée de les prendre. Celui de félicité qu'une particulièrement l'état du cœur disposé à goûter le laisir, et à le trouver dans ce qu'on possède. Celui de béa.

iude, qui est du style mystique, désigne l'état de l'imaginaon, prévenue et pleinement satisfaite des lumières qu'on roit avoir et du genre de vie qu'on a embrassé.

Notre bonheur brille aux yeux du public, et nous expose nivent à l'envie. Notre félicité se fait sentir à nous seuls, et uns donne toujours de la satisfaction. L'idée de la béatitude étend et se perfectionne au-delà de la vie temporelle.

On est quelquefois dans un état de bonheur sans être dans n état de félicité : la possession des biens déshonneurs, es amis et de la santé , fait le bonheur de la vie; mais ceqm n l'ait la félicité , c'est l'usage, la jouissance, le sentiment et goût de toutes ces choses. Quant à la béatitude, elle est le artago des dévôts : elle dépend , dans chaque religion, de la ersuasion de l'esprit, sans qu'il soit néanmoins besoin, pour îtefïet, d'en avoir ni d'en faire usage.

Les c-hosts étrangères servent au bonheur de l'homme ; irais faut qu'il fasse lui-même sa félicité, et qu'il demande à lieu la béatitude. Le premier est pour les riches, la seconde >ur le? sages, et la troisième pour les pauvres d'esprit et les?

tires à qui elle est promise dans le célèbre sermon sur lar ionique. (G.) 469. BONHEUR, PROSPÉRITÉ, »' Le bonheur est l'effet du hasard; il arrive inopinément a prospérité est le succès de la conduite r elle vient par egrés. Les fous ont quelquefois du bonheur-, les sages ne profèrent pas toujours. - L.'


On dit du bonheur, qu'il est grand ; et de la prospérité, qu'elle est rapide.

Le premier de ces mots se dit également pour le mal qu'on évite comme pour le bien qui. survient, mais le second n'est d'usage qu'à l'égard du bien que les soins procurent.

Le Capitule sauvé de la surprise des Gaulois par le chant des oies sacrées , et non par la vigilance des sentinelles, est un trait d'histoire plus propre à montrer le bonheur des Ro- i mains qu'à faire honneur à leur commandement militaire et cette occasion; quoique, dans toutes les autres , la sagesse dt la conduite ait autant contribué à leur prospérité que la valeuidu-soldat. (G.) 170. BONNES ACTIONS, BONNES ŒUVRES.

L'un s'étend bien plus loin que l'autre. Nous entendons pat bonnes actions tout ce qui se fait par un principe de vertu, nous n'entendons guère par bonnes œuvres que certaines actions particulières qui regardent la charité du prochain.

C'est mm bonne action que de sexiéclarer contre le relâche - ment des mœurs, et < e faire la guerre au vice; c'est une bonne action que de résister à une violente tentation de plaisir ou d'intérêt ; mais ce n'est pas précisément ce qu'on appelle une bonne œuvre. Soulager lesmaMieureux, visiter les malades, consoler les affligés, instruire les ignorans, c'est faire de bonnes œuvres. Ou fait, de bonnes œuvres quand on va visiter les prisons et les hôpitaux dans un esprit de charité.

Toute bonne œuvre est une bonne action ; mais toute bonne action n'est pas une bonne œuvre, à parler exactement. (Bou.

jours, Rem. nouv.. tome 11.) (G. )

\7\. BONTÉ, BÉNIGNITÉ , DÉBONNAIRETÉ.

La bonté est l'inclination à faire du bien : elle se divise en différentes sortes , ou reçoit différentes modifications sous di.

vers noms. Bornée au désir de vouloir faire du bien , elle est bienveillance. Elle est bienfaisance dans l'exercice et la pratique. Douce, facile, indulgente, propice, généreuse, elle est bénignité. Avec une grande ralililè. la plus tendre clémence, la patience, la longanimité, la mansuétude qui part du cœur et donne à ia douceur un nouveau charme, c'est la débonnaireté.

La bienfaisance ajtenl-blve fait tort dans le langage à la bénignité, quoique ce mot ne détermine que la nature de l'ac-

lion, tandis que celui de bénignité en désigne la manière et les IÃrconslances particulières.

La bienfaisance ne se présente point d'elle-même avec toute la douceur et les charmes de la bellignite.

JSîsijs avons acquis le mot bienfaisance, mais nous avons n6-


gligé celui le-b.cJ}ifJJ/i.tc cl presque entièrement perdu celui de drbolllwtrete, aussi familier du temps de Montaigne qtie elui de bjtllfaisalle l'est aujourd'hui. Le titre de débonnaire est certes un grand éloge; mais comme la très-grande boulé , la très-grande facilité , touchent à l'excès, à la faiblesse, on poussa jusque-là son idée, et on en fit un défaut. Un auteur ,;OIlle'nporain observe que, quand on appelle quelqu'un débonnaire, on ne sait si c'est pour le" louer ou le blâmer. Que raire donc d'un mot équivoque en matière grave ? on évite de employer, il se perd. Cependant déboimairetè est très-bon, iemêrne que bénignité;, s'il y a un moyen de les réhabiliter

l'un et l'autre, c'est d en faire sentir toute 1 energie.

Bonté est donc un mot générique : ce mot est d'un grand nage dans tous les temps pour désigner un point de perfeffion dans les choses. La bonté, dans le sens moral, était plutôt appeiee par les Latins bénignité ou beneficence, comme on ievoit surtout dans les Offices de Cieéron. La bénignité, selon eux, est une bonté libérale ; c'est-à dire aussi bienfaisante lans ce qu'elle fait, que gracieuse dans la manière dont elle le fait.

Debonnairetè répond au latin pietas : un historien dit que les Italiens ont surnommé le Pieux, à cause de sa dévotion, ce Louis que nous surnommons le Débonnaire, par des raisons lifférentes Mais le sens primitif de pins est celui de bon et iébonnaire, comme l'epios des Grecs, doux, bienfaisant. Débonnaireté indique l'effusion d'un cœur humain, doux , bienfaisant, innocent, mais relevé par l'idée d'une patience, l'une constance, d'une persévérance héroïque. La defJOllnail'ete est une bonté magnanime et inépuisable, qui, affermie, rehaussée par de pénibles épreuves, se répand avec une admirable facilité, dans toute l'abondance du cœm', Ainsi donc, la bonté porte à faire du bien; la bénignité à le aire noblement ; la débonn air été à le faire généreusement, en endant même le bien pour le mal.

La maxime propre de la bonté est de ne fait e que du bien ; effe de la bénignité, de le faire comme on aime à le recevoir; 'eUe de la dèl>o/IJ/(/ireté, de ne se rebuter jamais de le faire, quelque dégoût qu'on en essuie.

Labmlté attire, la bellignitécharme, la débonJlCtiretê confond.

Le bon Titus croit perdre le jour qu'il passe sans faire quellue bien. Le bénin Marc-Aurèle veut toujours traiter le peuple ivec la plus douce indulgence, pourvu qu'if parvienne à le reti1re meilleur. Le débonnaire Louis XII, tourmenté par l'huneur difficile de sa furime, compte pour rien, de souffrir i'wir femme qui aime son honneur et son mari.

Il faut savoir allier la justice avec la bonté, la fermeté avec la bénignité, la dignité avec la débomairetè. (R.)


472. BONTÉ, HUMANITE, SENSIBILITÉ.

Ces trois qualités sont semblables en ce qu'elles tendent toutes trois au même but, le bonheur des autres; elles diffèrent essentiellement entre elles par leur manière d'agir, et par le principe qui les fait agir.

La bonté est un caractère ; l'humanité. une vertu ; la sensibilité , une qualité de l'ame.

La bouté se montre dans tous les instans de la vie, dans tous les mouvemens, presque dans tous les traits du visage, L'hu.

manité ne se montre que dans quelques occasions. Un mouvement de haine, un moment de colère, peuvent défigurer la sensibilité. La bonté s'étend sur tout ce qu'elle connaît ; l'hue inanité, sur tout ce qui est; la sensibilité, sur tout ce qui l'émeut.

L'humanité cherche le malheureux; la bonté le trouve; la sensibilité court au-devant de lui.

L'humanité le soulage; la bonté le console et le plaint; h sensibilité souffre et pleure avec lui.

Le malheureux n'est pour l'homme humain qu'une partie de ce tout qui l'intéresse; il est pour l'homme bon une occasion de satisfaire son penchant; il est tout pour l'homme sensible.Le premier fera avec courage des sacrifices au bonheur des autres ; le second ne les sentira pas ; le dernier en jouira.

Le premier se rappellera le malheureux qu'il a secouru avec le sentiment que donne une bonne action ; le second l'oubliera après l'avoir soulagé ; son souvenir seul fera verser des larmes A l'homme slmsible, L'humanité ne s'exerce que sur les grands intérêts ; la bonté, sur les plus légers intérêts de ce qui l'entoure; l'homme sensible partage les moindres sensations de son ami, et celui qui souffre est son ami. L'humanité n'a aucun rapport avec l'amitié ; la bonté ne fait presque rien pour elle; la sensibilité en est l'ame.

La bonté n'est pas susceptible de haine, ce serait un effort trop pénible pour elle que de souhaiter du mal à un être qui sent; l'homme humain ne se permettrait pas un désii contraire au bien d'un de ses semblables; l'ame sensible Oioins calme, quelquefois inj uste, croit haïr; montrez-lui son ennemi malheureux, elle sentira bientôt qu'elle s'est trompée.

L'humanilé adoucira de tout son pouvoir un ministère de rigueur; la bonté en retranchera quelques parties; la sensibilité allégera, en les partageant, les peines qu'elle fera souffrir.

L'homme sensible souffre en faisant ce que l'humanité com-


tande; l'homme bon pense alors plus au bien qu'il fait qu'au lai que le malheureux a souffert.

L'humanité est "Incompatible avec la faiblesse : un caractère lible a quelquefois trahi l'ame la plus sensible, et ne nuit en ien à la bonté qui l'accompagne souvent.

; L'homme sensible peut affliger ce qu'il aime, sans aucun ut, sans autre cause qu'un mouvement de chagrin sou-.

ent injuste. L'homme humain n'affligera que pour son bien malheureux qu'il secourt. L'homme bon n'affligera jamais ersonne.

1 De ces trois qualités, l'humanité est la plus parfaite; la onsibilité est la plus aimable; la bonté est d'un usage plus gééral. _.1 Le plus beau de tous les caractères serait la bonté, éclairée t agrandie par l'humanité, réveillée et soutenue par la sensiiliié. (Anon.) u i 173. BORD, CÔTE, RIVAGE, RIVE.

Bord, du celte woard, élévation, borne, ce qui borde la artie la plus éloignée du milieu d'une étendue.

Côte, du celte cos, élevé, ce qui est au-dessus, ce qui jrnine, comme la côte, le coteau, la colline, dominent le allon, la plaine.

Rive, rivage, du primitif ru, eau.

Ces deux derniers mots expriment l'idée particulière de l'eau.

s sont tirés de son nom. Les deux premiers s'appliquent scu ment à l'eau, et, dans cette application, ils appartiennent l roprement à la terre. Le bord est, à l'égard de l'eau, cette Extrémité de la terre qui la touche, la borne, la borde.

,a côte est cette partie de la terre qui s'élève au-dessus de /eau , la commande, et y descend. La rive et le riva'je sont.

2S limites de l'eau, les points entre lesquels l'eau se renferme.

,e rivage est une rive étendue. On dit les bords indiens, les ords africains ; et les côtes de France, les côtes d'Angleterre : n dit au contraire, les rives de la Seine, et les rivages de a mer.

Le bord et la rive n'ont point on n'ont guère d'étendue; le ord moins que la rive. Les côtes et les rivages ont une étenlue plus ou moins considérable; les côtes beaucoup plus que es rivages. La côte a un bord, le rivage aussi ; on n'en attrime point à la rive.

La mer seule a des côtes. La mer, les fleuves, les grandes ivières ont seuls des rivages, si ce n'est en poésie. Les fleures, les rivières, toutes les eaux courantes ont des rives; on in donne quelquefois improprement à la mer.

Les boras et les côtes s'élèvent au-dessus des eaux : ils sont abordables, accessibles ou difficiles, escarpes. La rive


ei le rivllqe sont plutôt plats. Le rivage descend jusqu'à iieiir d'ean; la pente est douce. Par cette idée, ces mots semblent appartenir an verbe latin repo, ramper, incliner, pencher doucement, On dit le bord de la mer et le bord d une l'on laine.

Le bord est comme une digue qui contient l'eau, comme 12 bordurtf contient, le tableau qu'elle encadre et surmonte. La côte est une large et longue barrière qui l'arrête, la rejette, la rçpousse ; c'est la défense de la terre. La rive est le point de contact de l'eau et de la terre, ou un des bords du lit sur lequel les e ux coulent et se renferment d'elles-mêmes : une rive correspond toujours à une autre. Le rivage est le passage de i'eau à terre ou le point de communication de l'un à l'autre élément ; on le quitte quand on part. (R.) 1 H. BOULEVARD, REMPART.

Rempart, en italien Tiparo, en anglais rampart, peut venir de réparare, qui répare, recouvre, défend , protège, ou de part, défendre sa part, son partage, son bien , d'ou s'emparer, prendre pour sa part, et rernparer, former un rempart ; ou plutôt du celle ram, élevé, d'où l'anglais ramp, monter; en français mll/pe, plan incliné où l'on peut monter et descendre , et enfin rempart, construction élevée pour défendre, protéger et couvrir.

Boulevart ou boulevard, italien baluardo, anglais bulwark, paraît composé du celte bal, qui signifie élévation, grandeur, grosseur, lbtce, puissance, garde.

Cette étyinologie paraît infiniment plus naturelle et plus vraisemblable que celle de boule sur le ward et autres semblables. Djtin ce sens, boulevard est un rempart de gazon.

Le boulevard est donc ce qui garde, couvre, revêt les défenses déjà élevées pour la sûreté. C'est la fortification avancée qui prolége les autres, la terrasse destinée à la garde et à la conservation du rempart.

Le rempart présente donc une fortification simple, et le boulevard une fortification composée, compliquée, ajoutée à une autre, au rempart, , La grande muraille qui ferme un côté de la Chine ne passe que pour un simple rempart. Des places très-fortes, telle que Belgrade, qui couvre l'empire ottoman du côté de la Hongrie, seront regardées comme un boulevard.

Des chaînes de montagnes inaccessihles, telles que les Alpes, qui défendirent long-temps l'Italie des incursions des Gaulois , sont des boulevards naturels. Nous appelons rempart un simple mur, une barrière, tout ce qui met à l'abri, à couvert d'une action nuisible.

Le rempart couvrira, protégera un lieu, un canton. Le bou-

i,.


evard, pins fort et plus avancé, couvrira, protégera une fronière, un pays. Aux postes, aux entrées d'un Etat, il faut des oulevards. Aux places, aux postes moins importans, des rem- lart$ suffisent.

On donnerait peut-être une idée plus naturelle du rempart,' n traduisant littéralement parat rem, il défend la chose, et on étymologie sera parfaitement d'accord avec l'expressiontont nous nous servons au propre et au figuré, Nos places fortes sont des boulevards, et ont leurs boulearas. Nos places de l'intérieur ont aussi leurs boulevards; Gais à Paris et ailleurs, ce sont des promenades qui n'en ont onservé que le nom. (R.) 175. BOUT , EXTRÉMITÉ , FIN.

Ils signifient tous trois la dernière des parties qui constituent a chose : avec cette différence, que le mot de bout, supposant me longueur et une continuité, représente cette dernière parie comme celle jusqu'où la chose s'étend ; que celui d'extré* a ité, supposant une situation et un arrangement, l'indique omme celle qui est la plus reculée dans la chose , et que te not fin, supposant un ordre et une suite, la désigne comme :"'<' où la chose cesse.

Le bout répond à un autre bout; l'extrémité, au centre ; et a fill an cornmencemnt. Ainsi l'on dit, le bout de l'alléé.

'extrémité du royaume, la fin de la vie.

On parcourt une chose d un bout à l'autre. On pénètre de es extrémités jusque dans son centre. On la suit depuis son j' igine jusqu'à sa fin. (G.) -

V7*î. BREF, COURT, SUCCINCT.

Itref ne se dit qu'à l'égard de la durée; le temps seul est rref. Court se dit à l'égard de la durée et de l'étendue; la ma..

ièi e et le temps sont courts. Succinct ne se dit que par râp* porta l'expression; le discours seulement est succinct. Le long ist l'opposé des deux premiers, et le diffus l'est du dernier.

Des jours qui paraissent longs et ennuyeux forment néanmoins un temps qui paraît toujours très-bref an moment qu'il passe. Il importe peu à l'homme que sa vie soit longue on courte ; mais il lur importe beaucoup que tous les instans, s'il est possihle, en soient gracieux. L'habit long aide le maintien extérieur à figurer gravement ; mais l'habit court est plus Commode, et n'ôte rien à la gravité de l'esprit et de la con..

duite. L'orateur doit être succinct ou diffus, selon le sftjet qu'il traite, et l'occasion où il parle. (G.)


177. BROUILLER , umnOUILLEH, Brouiller, c'est proprement mettre le trouble, le désordre, la confusion dans les choses ; embrouiller, mettre les choses dans un état de trouble, de désordre, de confusion. Je m'explique : c'est le dérangement même des choses que vous voulez ou que vous exécutez quand vous brouillez : c'est au contraire J'arrangement même des choses qu'il s'agissait de faire, que vous prétendiez faire, quaud vous les embrouillez, Brouiller, c'est quelquefois ce qu'il faut ; il faut brouiller des drogues) des, œufs, etc. Embrouiller, c'est toujours le contraire de ce qu'il faut; on n'embrouille que par ignorance ou par malice.

Mais il est une différence plus sensible et plus décisive à remarquer entre ces termes. On brouille toute sorte de choses, tout ce qu'on mêle ou ce qu'on met pêle-mêle sans ordre: on n'embrouille qu'un certain ordre dejehoses, celles qui demandent figurément de la clarté. On brouille des vins, des pa- Í piers, das personnes, et on ne les embrouille pas. On brouille et on embrouille des affaires , des idées, des questions, un discours, ce qu'il s'agit de comprendre et de savoir: on les brouille, en y mettant le désordre; on les embrouille, en y jetant de l'obscurité. La mésintelligence et la discorde brouillent les affaires. Elles sont embrouillées, lorsqu'on ne peut les entendre ou les expliquer que difficilement. Ce qui est brouillé, n'est pas en ordre et d'accord ; ce qui est embrouillé.

n'est pas net et clair. Dans les choses brouillées, il y a des difficultés et des oppositions à lever; dans les choses embrouilléls, il y a des obscurités et des difficultés à éclaircir.

Quand la tète est brouillée, tout paraît embrouillé: voilà souvent pourquoi nous trouvons tant de choses obscures.

Celui qui n'a ni règle ni ordre dans l'esprit, ne fait que brouiller, comme dit l'Académie. Celui qui veut expliquer ce qu'il ne conçoit pas nettement, s'embrouille. (R.) 178. BUT, VUES, DESSEIN.

Le but est plus fixe ; c'est où on veut aller ; on suit les routes qu'on croit y aboutir, et l'on fait ses efforts pour y arriver.

Les vues sont plus vagues; c'est ce qu'on veut procurer; on prend les mesures qu'on juge y être utiles, et l'on tâche de réussir. Le dessein est plus ferme; c'est ce qu'on veut exécuter ; on met en œuvre les moyens qui paraissent y être propres; et on trdvaille à en venir à bout. Un bon prince n'a d'autre dessein, dans son gouvernement, que de rendre son état florissant par les arts, les sciences, la justice-et l'abondance; parce qu'il a le bonheur du peuple en vue, et la vraie gloire pour but.

Le véritabie chrétien n'a d'autre but que le ciel, d'autre


vue que de plaire à Dieu, ni d'autre dessein que de faire son salut.

On se propose un but. On a des vues. On forme un des- sein.

La raison défend de se proposer un but où il n'est pas possible d'atteindre, d'avoir des vues chimériques, et de former îles desseins qu'on ne saurait exécuter. Si mes vues sont jnstes l'ai dans la tête un dessein qui me fera arriver à mon but. (G.) c. 1 179. CABALE, COMPLOT, CONSPIRATION, CONJURATION.

La cabale est l'intrigue d'un parti ou d'une faction formée

'¡¡Olll. travailler, par des pratiques secrètes, à tourner à son ;ré 1rs événemens ou le cours des choses. Ce mot tient au prinitif cab, cap, affecté à ce qui rassemble, contient, renferme, îiiveloppe. L'idée naturelle et dominante de cabale est celle le prendre, accaparer, rassembler les esprits pour former un ¡arLi, et manœuvrer secrètement avec adresse.

, Le complot est le concert clandestin de quelques personnes mies ou liées pour abattre, détruire, par quelque coup aussi -Wicace qu'inopiné, ce qui leur fait peine, envie, ombrage, )bstacle. Ce mot vient de bal. pal, pel, rond, roulé ; d'où peote, peloton, ainsique pli, impliqué, compliqué, complice, etc.

L'idée dominante du complot est celle d'une entreprise compliquée, enveloppée, sourde, formée en cachette par deux ou plusieurs personnes, selon la valeur du mot CUIn com.

i La conspiration est l'intelligence sourde de gens unis de ientimens pour se défaire ou se délivrer, par quelque grand oup, de certains personnages ou de certains corps importons, juissans ou accrédités, dans l'Etat, et changer la face des choies, ou quelquefois aussi pour nuire à des particuliers, et même )our servir.-Ce mot, dérivé de spir, souffle. haleine, respiration, désigne un concours de gens qui respirent ou ti amont însemble tout bas une même chose. Son idée naturelle et do- ublante est donc celle d'un dessein formé dans le silence et lès ténèbres, par quelques personnes qui, animées d'une même passion, tendent ensemble au même but.

La conjuration est l'association, ou plutôt la confédération liée et cimentée entre des citoyens ou des sujets puissans ou armés de force, pour opérer, par des entreprises éclatantes et violentes, une révolution mémorable dans la chose publique.

Ce mot vient de juro, jurer ou s'engager par un lien sacré.

L'idée naturelle et dominante de conjuration est ceile d'une liaison resserree par les engagemens les plus forts, et, par-là même, par une importante entreprise.


Ces définitions frappent, pour ainsi dire, chacune de ces choses, d'une empreinte si particulière , qu'au lieu de les distinguer par des lignes de séparation, elles coupent, tranchent par des traits aussi forts que multipliés, leur ressemblance.

La cabale demande une certaine quantité de monde assez considérable pour former une troupe, un parti, une faction : elle se fortifie à mesure qu'elle devient plus nombreuse. Le complot se renferme entre quelques personnes, et même entre deux : plus il se communique, plus il se trahit. La conspiration veut, par la nature de ses entreprises, une ligue et bien plus de gens que le complot ; mais en craignant aussi la foule tu- • multueuse de la caoale, qui ne servirait qu'à l'affaiblir et à la détruire. La conjuration, d'abord contenue, comme une simple conspiration, dans un certain cercle de conjuraîeurs, est contrainte d'appeler à son secret et à son secours une foule de conjurés nécessaires à de grandes et périlleuses entreprises; de manière que plus elle devient redoutable par le nombre, plus elle a elle-même à redouter : c'est pourquoi le sort ordinaire des conj urations est d'être découvertes.

Je n'imagine point sur que] fondement il est dit dans l'Encyclopédie , que la conjuration est de quelques particuliers, et la conspiration de tous les ordres de l'état. J'ai déjà remarqué qu'on appelait même conspiration une trame relative à des particuliers , ce qui serait trop opposé à la grande idée qu'on voudrait donner de ce mot. Mais le mot de conjuration annonce toujours de grandes entreprises et de ,grands intérêts.

Les esprits inquiets , brouillons, turbulens, jaloux , ambitieux , vains, forment des cabales. La malignité, la méchancelé, la scélératesse, inspirent les complots. Les gens mai intentionnés, mécontens, malfaisans, mauvais citoyens, sujets indociles, forment des conspirations. Les désordres publics, l'amour effr éné de la domination ou de l'indépendance, le fanatisme de la liberté et divers autres genres de fanatisme , la crainte des lois et de leurs abus, tout ce qui mène à la révolte, inspire les conjurations.

La cabale a pour objet d'emporter la faveur, le crédit, l'ag.

cendant , l'empire; de disposer des grâces, des emplois, des charges, des récompenses, des réputations, des succès, en un mot, des événemens; enfin d'abaisser les uns, d'élever les autres. A la cour, elle fait et défait des ministres, des généraux, des officiers. Dans la république des lettres, elle étouffe la réputation des auteurs ou fait la fortune des ouvrages.

Dans les compagnies ou dans les corps, elle lutte contre la justice et le mérite. Dans le monde, que ne fait-elle pas ? Elle se trouve partout, elle se mêle de tout, elle trouble tout, états, gouvernemens, sociétés, familles, grands et petits.


Le complot a pour objet de nuire , et toujours ses vues sont criminelles. Des malfaiteurs font le complot d'assassiner un passant pour le dépouiller ; des délateurs, celui d'accuser un homme de bien pour obtenir les graces d'un gouvernement IQUpçonnenx et crédule; des traîtres, celui d'ouvrir les portes de la ville à l'ennemi pour obtenir le prix de la trahison; des ambitieux, celui de calomnier et de décrier un ministre pour lui succéder ; des Astarbé, celui d'empoisonner un Pygmalion pour ceindre du bandeau royal la tête d'un amant. Partout où il y a deux méchans , il n'y a ni personne, ni droit, ni autorité , ni puissance à l'abri d'un complot, c'est-à-dire, d'un , attentat sourdement cOllcerté.

La compiraiibn a pour objet d'opérer un changement plutôt en mal qu'en bien ; plutôt dans les affaires publiques que dans tes d-ioses privées ; plutôt à l'ëgard des personnes qu'à l'égard des choses; plutôt dans l'état actuel de la chose publique que dans la chose même ou dans sa constitution. Il nfc se prend pas toujours, comme celui de complot, en mauvaise part, H, es républicains bénissaient la conspiration de Brutus contre César peur la liberté, entreprise autorisée par les anciennes lois. La conspiration n'est alors qu'un concert, un concours ou même une influence des différentes causes qui conspirent au bonheur ou au malheur des personnes, à la gloire ou à la ruine de l'Etat. La conspiration regarde quelquefois les personnes privées ; ce qui la distingue essentiellement de la conjuration. Ainsi l'on cite communément des conspiration s pour ou contre un auteur, un plaideur, un candidat; on dira: la conspiration des passions qui nous trompent, etc,; ce qui indique un concours secret, insensible et quelquefois sans aucun concert ; tandis que la cabale est concertée, turbulente et factieuse. La conspiration n'a ordinairement en vue que les; personnes et un changement dans la face des choses. Albéroni forme une conspiration contre le régent de France, pour que l'autorité change de main. Les courtisans, les princes, la reine, le roi lui-même, en forment plusieurs contre Richelieu, pour se soustraire à son empire dur et absolu. La conspiration des poudres, vraie ou supposée, ne menace que le parlenyent actuel on les représentans actuels de la nation , sans oucher aux droits du peuple et à la forme même du gouvernement. On couspire ordinairement pour changer ceux qui régnent, ceux qui commandent, ceux qui gouvernent, ceux qUI participent à la chose publique, et en prévenant ce que le temps aurait fait sans la conspimtion. Au-delà, vous trouvez plutôt une conjuration qu'une conspiration, comme sans une assez forte ligne et avec des crimes bas, vous n'aurez qu'un complot. Cependant il y a quelquefois des conspirations qui 9 comme celle de divers seigneurs contre Charles-ie-Simple et


sa race, tendent aux mêmes fins que les conjurations ; mais c'est alors d'une autre manière, par d'autres moyens, avecdet différences, soit du côté des personnes, soit du côté des entre*prises. Je dois remarquer que, dans le cours de cet article, nous rapprochons autant qu'il est possible la conspiration de la conjuration..

La conjuration a pour objet d'opérer un grand changement, une révolution d'état ou dans l'état, soit à l'égard de la personne du souverain légitime, soit à l'égard des droits inviolables de l'autorité , soit dans les formes propres et caractéristiques du gouvernement, soit dans les lois fondamentales et constitutives. Catilina se propose, dans sa conjuration, de détruire les derniers des Romains et sa pairie, s'il ne parvient à l'asservir. La conj uration de Bedmar prépare la ruine de la république de Venise. La vie des plus grands personnages, la royauté, la religion de l'état, tout est menacé dans la conjuration d'Amboise. Rienzi veut rétablir , par sa conjuration, le tribunal et l'ancienne liberté de Rome contre la constitution présente de l'empire. Dans les entreprises constamment qualifiées de conjuration, je retrouve toujours les mêmes caractères à peu près , ou de semblables rapports.

La cabale va par des voies obliques et couvertes ; le complot, par des voies sourdes et ténébreuses; la conspiration, par des voies profondes et horribles ; la conjuration, par des voies ignorées et exécrables.

Il faut donc, dans la cabale, de l'art ; dans le complot, de l'intrépidité ; dans la conspiration, de la prudence ; dans la conjuration, de la têle et de l'audace.

La cabale est une intrigue à mener: le complot, un coup à frapper; la conspiration, un succès à préparer; la conjuration, une grande entreprise à conduire à travers de grands obstacles.

L'histoire du Bas-Empire n'est, pendant long-temps, qu'un tissu de cabales, de complots, de conspirations ; de cabales, qui ne font qu'agiter un trône chancelant pour en renverser les Césars; de complots, qui partagent le sort de leurs victimes couronnées entre le fer et le poison ; de conspirations précédées, suivies, punies ou vengees par d'autres conspirations, On n'y voit point de conjuration proprement dite, parce que l'Empire ne tient pas à l'Empereur, et que l'Empereur ne tient qu'à la cabale; que le droit n'a point la force ou la force le droit ; qu'il suffit d'un complot pour la révolution , et que la conspiration fait une déposition ou une élection légitime.

La cabale imite de loin la conjuration : le complot imite 'a conspiration de plus près. La conspiration et le complot n'ont, pour ainsi dire, qu'une explosion; le secret est leur force,


ia cabale et la conjuration ont de la suite ; elles se passent enfin du secret. La cabale mène au complot ; le complot à la conspiration ; la conspiration à la conjuration ; la conjuration à la révolte.

Si vous accordez quelque chose à la cabale , bientôt rien ne se fera que par cabale. Si vous n'arrêtez de bonne heure les complots, vous en serez le promoteur, le complice et enfin la victime Si les conspirations vous font trembler, p'ier, céder, vous deviendrez l'esclave de la conspiration. Si vous pardonnez la conjuration par un esprit de prudence et un sentiment de bonté , que ce soit en déployant le plein pouvoir de punir, que ce soit comme Louis XII pardonne aux Génois soumis, contrits, prosternés , dans l'ai lente de la peine, sous le glaive vengeur. (R.) <80. CABARET, TAVERNE, AUBERGE, HÔTELLERIE.

Ce sont tous lieux ouverts au public, où chacun pour son argent trouve des choses nécessaires à la vie.

Un cabaret est un lieu où l'on vend du vin en délai] à qui-

conque en veut, soit pour l'emporter, soit pour le boire dans le lieu même. Ce mot ne présente que celte idée.

Une taverne e-t, selon le sens accessoire que l'usage y a attaché, un cabaret où l'on n'a recours que pour y boire à l'excès, et s'y livrer à la crapule.

Une auberge est un lieu où l'on donne à manger en repas réglé, soit à titre de pension, soit à raison d'une somme convenue par repas.

1 Une hôtellerie est un lieu où les voyageurs et les passans sont logés, nourris et couchés pour de l'argent.

1 Quand on n'a pas de vin en cave, on peut en tirer d'un cabaret; c'est un dépôt formé par le désir du gain, pour subvenir aux besoins du public. Mais il n'y a que la canaille qui hante les taverlles; ce sont comme autant de rendez-vous ouverts à la débauche et aux désordres qu'elle enfante. Ainsi le mot de cabaret n'a rien d'odieux; celui de taverne ne se prend qweq mauvaise part, aussi est-il employé exclusivement dans les lois et dans les discours publics contre les ivrognes.

Les auberges sont destinées à la commodité de ceux qui, ne pouvant ou ne voulant pas avoir les embarras du mépage, sont bien aises d'y trouver réglément leur repas; et les hôtelleries, aux besoins des étrangers qui passent, et qui sont parlà dispensés de porter avec eux des provisions qui les surchargeraient L'appât du gain détermine la vocation des aubergistes et des hôteliers; mais l'esprit social approuve leur commel-ee. de façon que les étrangers ne savent pas bon gré à une nation qui ne leur a point préparé de pareils secours; ils la jugent moins sociable que les autres. (B.) - -


181. CACHER, DISSIMULER, DÉGlTISER, On cache par un profond secret ce qu'on ne veut pas manifester. On dissimule par une conduite réservée ce qu'on ne veut pas faire apercevoir. On déguise par des apparences contraires ce qu'on veut dérober à la pénétration d'autrui.

Il y a du soin et de l'attention à cacher ; de l'art et de l'habileté à dissimuler; du travail et de la ruse à déguiser.

L'homme caché veille sur lui-même pour ne se point trahir, par indiscrétion. Le dissimulé veille sur les autres, pour ne ; les pas mettre à portée de le connaître. Le déguisé se montre autre qu'il n'est, pour donner le change.

Si l'on veut réussir dans les affaires d'intérêt et de politique, il faut toujours cacher ses desseins, les dissimuler souvent, et les déguiser quelquefois : pour les affaires de cœur, elles se traitent avec plus de franchise, du moins de la part des hommes.

Il suffit d'être caché pour les gens qui ne voient que lorsqu'on les éclaire : il faut être dissimulé pour ceux qui voient: sans le secours d'un flambeau ; mais il est nécessaire d'être parfaifement déguisépour ceux qui, non contens de percer les ténèbres qu'on leur oppose, discutent la lumière dont on voudrait les éblouir.

Quand on n'a pas la force de se corriger de ses vices, on doit du moins avoir la sagesse de les cacher. La maxime de Louis XI, qui disait que pour savoir régner il fallait savoir dissimuler, est vraie à tous égards, jusque dans le gouvernement domestique. Lorsque la nécessité des circonstances et la nature des affaires engagent à déguiser, c'est politique; mais lorsque le goût de manège et la tournure d'esprit y déterminent, c'est fourberie. (G.) 482. CADUCITÉ , DÉCRÉPITUDE.

Caduc et décrépit, d'où caducité et décrépitude, sont des mots latins formés, le premier, du verbe cado, choir, déchoir, tomber, tomber en décadence, en ruine; le second du verbe crepo, craquer, rompre, crever, jeter son dernier éclat ou son dernier soupir. La caducité désigne donc la décadence, une ruine prochaine ; et la décrépitude annonce la destruction, les derniers effets d'une dissolution graduelle.Décrépitude se dit proprement de l'homme : et ne peut se dire que des êtres animés. Caducité se dit même de certaines choses inanimées : on dit la caducité d'un bâtiment d'une fortune, d'une succession, etc. Caduc se prend pour fragile, frêle. qui n'a qu'un temps, qui tire à sa fin, qui n'a point d'effet. Nous disons une santé caduque, c'est-à-dire, frêle, chancelante; et nous ne dirons pas une santé décrépite;


ar la décrépitude est une horrible maladie, manifestée dans oute l'habitude du corps dècrépjt.

L'nsage emploie proprement ces termes pour distinguer deux Iges ou deux périodes de la vieillesse.

Il y a une vieillesse verte, une vieillesse caduque, une vieilesse décrépite. La caducité est une vieillesse avancée et inirme, qui mène à la décrépitude : la décrépitude est une vieilesse extrême, et, pour ainsi dire, agonisante, qui mène à la nort. Les physiologistes distinguent les deux états par les caactères suivans. Dans le vieillard caduc, le corps se courbe, 'estomac se délabre, les rides s'approfondissent par l'exténuaion, la voix se casse, la vue baisse chaque jour de plus en plus, ous les sens s'émoussent la mémoire devient fautive, toutes es fonctions sont lentes et pénibles. Tout dépérit dans le vieilard décrépit; le corps s'affaisse, l'appétit manque absolument :omme la mémoire, la langue balbutie, tous les ressorts sont isés, les sens se perdent, la maigreur est effrayante, la circuation du sang se ralentit à l'excès, ainsi que la respiration ; out se dissout : le vieillard caduc achève de vivre, et le vieilard décrépit achève de mourir.

On dit que les vieillards sont plus attachés à la vie que les eunes gens; j'ai peine à le croire : non, ce n'est pas à la vie, :'est à la santé qu'ils tiennent davantage si nous mettons à iart plusieurs considérations morales. Le vieillard caduc, ainsi lu'un malade, ne songe qu'à la santé qu'il perd tous les jours, (u'il perd sans espérance, et avec laquelle il perd tout. Quant iu vieillard décrépit, s'il sent, il ne sent guère que la douleur, ,t s'attache-t-on à sa douleur?

Heureusement, dans la caducité, on se flatte encore; heu eusement, dans la decrépittlde, on ne sent pas tout.

Le fameux Vénitien Cornaro, né avec un tempérament trèsaible, éprouva les accidens de la caducité à l'âge de quarante ~ns; mais, par un régime frugal, fixé à douze onces de nouritare solide et à quatre onces de boisSGn, non seulement il iloigna la décrépitude, mais il arrêta la caducité; il poussa loin a vieillesse, et vécut plus de cent ans. (R.)

183. CALCULER, SUPPUTER, COMPTER.

Calculer, du grec x;ltl., pierre très-dure, lat. calculus, cal:uL, petite pierre. Les Grecs dannaient leurs suffrages, et es premiers Romains comptaient avec de petits cailloux; de à calcul et calculer.

Le calcul est proprement le moyen de procéder à un résulat : la supputation, l'application du moyen aux choses dont on iherche le résultat: le compte, l'état des articles à supputer, ou e résultat même du calcul.

Calculer, c'est faire des opérations arithmétiques ou des


applications particulières de la science des nombres pour parvenir à une connaissance, à une preuve, à une démonstration.

Supputer, c'est assembler, combiner, additionner des nombres donnés pour en connaître le résultat ou le total. Compter, c'est faire des dénombremens, des énumérations ou des supputations, des calculs ou des états, des mémoires, etc. pour connaitre une quantité, terme vague et générique.

Vous comptez dès que vous nombrez; un enfant compte < d'abord sur ses doigts, un, deux, trois : il ne suppute pas en- core tant qu'il ne peut pas dire un et deux font trois, un et trois font quatre, etc. ; à plus forte raison il est loin de pouvoir calculer par des divisions, des multiplications et des soustractions.

De ce que les Romains comptaient avec des cailloux, il n'est pas permis de conclure qu'ils n'avaient pas la connaissance du calcnl proprement dit. Parce qu'à chaque nouveau consulat ils enfonçaient un clou dans un mur du Capitole, vous n'avez pas raison de prétendre qu'ils ont été quatre ou cinq siècles hors d'état de supputer les temps pour faire un calendrier: ils avaient dès-lors une foule d'institutions sociales calculées.

Le calcul est savant ; il y a des méthodes savantes de calcul.

Le calcul est une science ; l'astronome calcule le retour des comètes; le géomètre calcule l'infini : on dit calculs astronomiques. algébriques, etc., calcul intégral, différentiel, etc.

Le compte est surtout économique, je veux dire relatif aux affaires d'intérêt, d'administration, de commerce, de finance : on compte la recette et la depense ; le seigneur compte ou ne compte pas avec son intendant. On dit les comptes d'un marchand, d'un régisseur, d'un caissier. La supputation entre dans les calculs et les comptes; c'est une opération déterminée et bornée de calcul. C'est pourquoi un chronologiste suppute les temps, en partant des termes connus pour arriver à un terme incertain : de même l'astronome suppute sur des tables pour fixer le temps, le moment du retour d'un phénomène.

On fait des supputations de temps, de dépenses, pour en avoir le résultat.

Tout homme a nécessairement h compter; il faut donc que tout homme, jusqu'au dernier plébéien, sache calculer jusqu'à un certain point. Celui qui sait calculer en finance se garde bien de supputer arithmétiquement le produit de l'impôt, selon la mesure de l'imposition : il sait que deux et deux ne font pas quatre, pas trois, et peut-être pas un. Il ne suffit pas, dans la vie, de calculer, il faut compter avec soi.

M. de Buffon, dans son arithmétique morale, a calculé aes îables pour nous guider dans diverses conjonctures où nous n'avons que le sombre flambeau de la probabilité pour nous éclairer; ces tables sont des comptes laits d'une utilité oingu-


lière pour l'économie de la vie humaine. D'après elle, vous n'avez plus qu'à supputer combien vous coûte nécessairement le jeu le plus égal, combien vous avez perdu d'avance à la loterie la plus favorable, combien vos espérances vous en imposent, votre cupidité vous abuse, vos coutumes vous nuisent, etc., et cela sans géométrie et sans algèbre.

Une bonne méthode, une juste application, voilà ce qui, dans le calcul, donne un bon résultat. Dans les supputation" des données certaines, un calcul bien juste, assureront la bonté du résultat. Dans les comptes économiques, ce sont la justesse du calcul, la fidélité des articles, qui donnent un bon résultat.

Supputer, ne se dit guère qu'au propre. On dit quelquefois calculer pour combiner, raisonner, réduire à la forme du calcul, etc. Compter signifie encore faire état, croire, se proposer, estimer, réputer, ainsi.que faire fond. (R.) 484. CALENDRIER, ALMANACH.

Les jours, placés dans les mois par ordre numéral, et dans les révolutions de la semaine par leurs noms et signés planétaires, avec les indications des fêtes et des pratiques du rit ecclésiastique, font tout l'objet du calendrier, L'almanach, plus étendu, pousse son district non seulement jusqu'à des observations astronomiques, et des pronostics sur les diverses lempéries de l'air, mais encore jusqu'à des prédictions d'événemens tirés de4'astrologie judiciaire : de plus, on donne aujourd'hui, sous le nom d'almanach, des notices où l'on peut observer les mutations de chaque année. (G.) 485. CAPACITÉ, HABILETÉ.

Capacité a plus de rapport à la connaissance des préceptes : et haoileté en a davantage à leur application. L'une s'acquiert par l'étude, et l'autre par la pratique.

Qui a de la capacité est propre à entreprendre. Qui a de J'habileté est propre à réussir.

11 faut de la capacité pour commander en chef, et de Y habileté pour commander à propos. (G.) 186. CARESSER, FLATTER, CAJOLER, FLAGORNER.

, Caresser vient, suivant l'opinion générale, de carus, cher ; C'est traiter comme un objet qu'on chérit, avec des démonstratiuns d'amitié, de tendresse, d'attachement, ou de tout autre sentiment favorable, avec des signes sensibles du plaisir qu'on ressent à voir. à recevoir l'obj et, comme de l'embrasser, de lui serrer la main , de le flatter par des gestes empressés. On caresse surtout les enfans en leur passant doucement la main sur le visage. '-


Flatter vient du son doux et coulant fl, spécialement employé à désigner les objets agréables et remarquables par leur douceur, et surtout le souffle, De là le latin flo, flare, flatum, Les flatteurs, disent nos anciens vocabulistes, après Nicot, soufflent toujours aux oreilles de ceux qui veulent les ouir : ils remplissent de va.iité et enflent de la bonne opinion de soU même ceux qui prêtent leurs oreilles et leur croyance à ce qu'ifc disent. C'est donc proprement souffler aux oreilles des choset qui enflent la vanité, des louanges qui émeuvent l'amourpropre. (Voyez Flatteur, Adulateur.) Cajoler, ou cageoler, vient, suivant l'opinion généralement reçue, de cage, par une métaphore tirée des oiseaux qui parlent ou chantent en cage, ou des moyens avec lesquels on les attire pour les prendre et les mettre en cage. Aussi ce mot a-fr il deux acceptions analogues à l'une et à l'autre de ces allusions. Il signifie proprement jaser, babiller comme des oiseaux , et il s'appliquait originairement aux enfans qui apprennent à parler. Il ne se prend plus que dans le sens-dè dire des douceurs, d'affecter des propos obligeans et agréables pour faire tomber quelqu'un dans le piège, sans paraître le mener à ce but.

Flagorner vient de la même source que flatter : on disait autrefois flageoler, sans doute de l'instrument appelé flageolet.

Orner entre très-bien dans la composition de ces verbes, puisqu'il signifie rendre brillant, parer, donner du relief, de l'éclat : et c'est un des moyens de la flatterie basse et grossière, appelée flagornage.

Flagorner, c'est proprement flatter comme ces gens qui font les bons valets, pour s'insinuer dans l'esprit d'un maître, en tâchant d'y détruire tous concurrens par de faux rapports : cette dernière idée, quoique fort négligée dans le langage familier auquel ce mot appartient, eslconsacrée dans tous le» diétionnaires.

Les caresses sont des démonstrations d'un sentiment affectueux ; les flatteries, des louanges mensongères, du moins par exagération ; les cajoleries, des propos galans ou flatteurs et légers; les flagorneries, des flatteries, ou plutôt des adulations basses et lâches, surtout par l'infidélité des rapports.

On caresse ses enfans, sa compagne, ses amis, ce qu'on aime , jusqu'aux animaux, ou ceux qu'on feint d'aimer : on flatte tous ceux qui peuvent servir ou nuire, les grands surtout et les gens accrédités, tout ce monde faux, corrupteur et corrompu , qu'on appelle grand monde. On cajole des tilles , des femmes, des vieillards, des gens faciles à tromper et à gagner.

On flagorne des maîtres, des supérieurs, des gens faits pour être courtisés par des valets.

Il faut du sentiment pour donner aux caresses le charme que n


la feinte ne suppléera jamais par des illusions. Il faut de la finesse, de la science du monde, et surtout cet air ingénu qui p semble laisser échapper les paroles sans y avoir songé, pour faire réussir, passer la flatterie, à moins que l'amour-propre du personnage ne vous dispense de ces conditions. Il faut de l'esprit et de l'art, de l'agrément et de la légèreté, pour prendre avec des cajoleries le faible des gens, et par-là les mener, A leur insu, dans le piège que vous leur tendez. Il ne faut que de la fausseté et de la lâeheté, de l'impudence, pour donner l'est sor à la flagornerie; car, quant au succès, il tient au génie et au caractère de celui qui la souffre.

f On a beau dire que le terme de flagornerie est populaire; c'est le mot propre pour caractériser les flatteries des courtisans qui, d'ordinaire, ne travaillent qu'à se supplanter les ? uns les autres, panégyristes outrés, obligés de renchérir sans cesse les uns sur les autres, sous peine de n'être pas en"", tendus ou d'être mal reçus : en venté ce mot serait diffidlement remplacé.

Il n'est pas hors de propos de rappeler ici la remarque de Bouhours sur le verbe caresser et la phrase faire des caresses.

Selon lui, faire des caresses ne se dit guère que sérieusement, et c'est traiter les gens d'un air qui marque l'amitié ou l'estime; au lieu que caresser se dit plutôt en badinant et à l'égard des enfans, à qui Ton fait de petites amitiés, Il est bien évident que faire des caresses n'a pas le. sens absolu, plein et entier qu'emporte le verbe caresser, qui exclut de l'action tout ce qui n'est pas caresses, et la remplit tout entière par des démonstrations affectueuses, même jusqu'à en combler.

187. CARNACIER, CARNIVORE.

Qualifications génériques des animaux qui se nourrissent de rhair. La doub!e terminaison du premier exprime, par la syllabe er, la capacité d'opérer ,cu l'action même , et par ac, la fierté, la ténacité, la constance , Y acharnement. La dernière partie du second exprime l'acte ou l'action de manger, du celte ou plutôt du mot primitif vor, /.or, manger.

Ainsi par sa valeur étymologique, Carnivore signifie qui mange de la chair; et camacier qui en fait sa nourriture. Le premier énonce le fait, la coutume ; et le second indique l'ap.

pétit naturel, l'habitude constante.

Les'naturalfstes, lorsqu'ils mettent ces deux mots.en opposition, observent que camacier se d'il proprement de l'animal que i la nécessité de nature force à se nourrir de chair, et qui ne ': peut vivre d'autre chose ; tandis que l'animal carnivore se nourrit bien de chair, mais il n'est pas réduit à cet unique aliment, il vit aussi des productions de la terre.


Le tigre, le lion, le loup, sont donc proprement des animaux carnaciers. L'homme , le chien , le chat, sont des animaux carnivores.

Les animaux carnaciers, avec un naturel farouche et un instinct sanguinaire, sont armés de griefs aiguës et de dents tranchantes, instrumens de meurtre. Les animaux carnivores avec des armes moins terribles et une âpreté moins ardente, participent, et à la férocité des premiers, et à la bénignité des frugivores.

Cependant les naturalistes eux-mêmes appliquent souvent l'épithète de carnaciers aux animaux qui ne sont rigoureusement que carnivores, à l'homme surtout. Aussi, ils définissent dans leur style, comme dans le style ordinaire, animal carnacier, celui qui fait de la chair sa nourriture capitale par son naturel même; qui la recherche et la préfère à toute autre; qui en mange beaucoup et habituellement. Le carnivore, il est vrai, aime aussi à se nourrir de chair; mais il n'est pas guidé par le même naturel, le même besoin, le même appétit et la même férocité.

Parmi les animaux carnivores, on appelle carnaciers ceux qui préfèrent la chair à toute autre nourriture, qui en mangent beaucoup et plus que les autres.

L'homme est, de tous les animaux purement carnivores, le plus carnacier.

La civette est naturellement carnacière, mais le besoin la rend frugivore: lorsque les petits animaux, oiseaux, volailles lui manquent, elle vit de fruits et de racines. Le cochon est naturellement frugivore, mais l'occasion le rend quelquefois carnivore ; il aime le sang, la chair fraîche ; il mange quelquefois des enfans, ses petits même.

Carnacier est le mot propre et vulgaire de la langue : carnivore est un mot savant, emprunté des Latins, pour distinguer les différentes classes d'animaux par leur nourriture.

Vous dites carnacier, pour qualifier purement et simplement un tel animal; vous dites un animal carnivore, pour l'opposer au frugivore.

J'ai écrit carnacier par ac, comme on l'a fait jusqu'à nous, au lieu de carnassier pas ass, comme on le fait aujourd'hui communément pour me rapprocher de l'étymologie, faciliter 1 intelligence du mot, et me conformer à l'analogie. Le mot ac, ag en latin ax, propre à exprimer la stabilité, l'habitude, la constance, la passion, l'acharnement, la force, est ordinairement conservé dans notre langue. Ainsi nous disons tenace,, contumace, effimce, vivace, etc. (R.)


488. AU CAS, EN CAS.

Ces deux locutions, dit M. Beauzée, annoncent également une supposition d'événemens. Elles diffèrent en ce que la première est d'usage lorsque l'événement supposé s'exprime en une proposition incidente exprimée par un que, et la seconde, lorsque l'événement supposé s'exprime par un nom, avec la préposition de.

On se permet quelquefois de dire en cas que; le P. Bouhours (Remarque nouv. t, J.) décide que l'on peut dire indifféremment au cas qu'il meure et en cas qu'il meure; le Dictionnaire de l'Académie semble autoriser cette décision. M. Beauzée la conteste.

Tâchons d'assigner d'une manière sensible et nette la valeur propre de chacune de ces locutions.

Au cas, pour il ce cas, signifie tel cas, ce cas-ci arrivant : la condition est spécificative et l'événement est plus positif.

En cas signifie en un cas, en certain cas : la condition est purement indicative d'un genre de cas, et l'événement est moins particularisé et plus incertain.

En cas suppose divers genres de cas possibles : au cas fait abstraction de tout autre casque le cas présent. Ainsi, lorsqu'il peut arriver plusieurs casdifférens, lorsque vous avez diverses alternatives àconsidérer, vous direz en cas ; et, tout au contraire vous direz au cas lorsque vous n'aurez qu'un événement en vue.

Deux personnes se font une donation mutuelle en cas de mort; en cas désigne la mort. de l'une ou de l'autre. Une personne fait une donation à une autre, au cas qu'elle décède avant celle-ci ; il ne s'agit là que d'un tel cas.

Vous dites en cas de malheur, en cas d'accident : il est clair que cette locution vague embrasse toutes sortes d'accidens ou de malheurs ; mais s'il faut particulariser tel malheur, tel accident, vous direz : au cas que telle chose arrive.

Ait cas n'étant relatif qu'à un tel éAéuement, l'incertitude est si la chose sera ou ne sera pas dans les circonstances données. En cas supposant la possibilité de divers genres d'événemens, l'incertitude est s'il arrivera une chose ou une autre.

En cas désignera plutôt un événement plus contingent ou plus éloigné; au cas, un événement plus prochain et dans l'ordre présent des choses: Ainsi vous dites : au cas qu'il vienne ou qu'il se porte bien, et non qu'il vînt et qu'il se portât bien, car alors vous diriez en cas. Je veux une chose au cas qu'on la veuille ; je la voudrais en cas qu'on la voulut.

En cas que se dit par ellipse, au lieu de dire en un cas celui que. (R.)


489. CASSER , ROMPUE BRISEH, Mettre de force un corps solideen divers morceaux ou pièces.

L'action de casser détruit la continuité d'un corps, de manière que deux ou plusieurs parties ne sont plus adhérentes les unes aux autres. L'action de rompre détruit la connexion de certaines parties, de manière qu'elles ne sont plus liées 1 s unes aux autres. L'action de briser détruit la masse et la forme du corps, de manière que les différentes parties tombent toutes en pièces, en morceaux, en poussière.

Ainsi, à la rigueur, on ne casse que les corps dont les parties, au lieu de s'entrelacer et de se maintenir les unes contre les autres, ne sont qu'adhérentes ou comme collées !es unes contre les autres par une sorte de ciment, et sont si raides et si dépourvues d'élasticité, qu'elles se quittent ou se séparent les unes des autres,plutôt que de ployer ou de se relâcher. On casse le verre, la glace, la porcelaine," la faïence, le marbre, et autres corps fragiles; mais on ne les rompt pas.

On rompt les corps dont les parties s'entrelacent, s'engrènent, s'enchaînent les unes les autres, si bien que, pour en séparer les parties susceptibles de plus ou moins de tension et de relâchement, il faut, pour ainsi dire, les arracher les unes aux autres en déchirant les liens qui les retiennent ensemble. On rompt le pain, l'hostie, un bâton, des nœuds, des fers et autres corps plians,; on ne les casse point; ou si on en casse quelques-uns, c'est d'ns des cas particuliers que nous expliquerons bientôt. En général, on rompt ce qui le et ce qui plie, On brise toute sorte de corps solides, dès qu'on les met en pièces par une action violente. Ainsi on hrisr une glace comme on brise ses liens: on brise une glace qu'on casse en mille morceaux; on brise les liens que l'on rompt, de manière qu'il n'en fete pas la plus légère apparence.

Mais dans l'application de ces mots, on a surtout l'g'ilrd à la manière d'opérer qu'ils désignent. Le choc r./w, les efforls pour ployer rompent, les coups violens ou rédoubles brisent.

On casse eu frappant, en choquant, en heurtant: un peu de plomb, comme dit Voiture au prince de Coude, casse la plus importante tête du monde. En frappant fortement sur une table, vous la cassez. Un homme emporté casse sa canne sur le dos d'un pauvre patient.

On rompt en faisant céder, fléchir, enfoncer, ployer sous Ir poids, la charge, l'effort, plus que la chose no le comporte.

En rapprochant avec force les deux bouts d'un bâton, vous le romprez à la fin. Vous romprez de même le pain, lorsqu'en appuyant fortement d'un côté, vous le détacherez de l'autre.

Si l'on abandonne son corps sur un roscau il rompra: un


iettve rompt sa digue en l'enfonçant ; les arbres rompent de a surcharge des fruitsqui font ployer leurs blanches. On rompt me lance sur une forte cuirasse. C'est sur ce rapport qu'est ondé le proverbe : Il vaut mieux ployer ou plier que rompre.

Jn essieu casse et se rompt : il casse lorsque, trop rigide pour l'loyer, une secousse, un cahot violent le fait éclater et fenIre comme un verre (le fer aigre est cassant) : il se rompt orsqu'après avoir fléchi sous la surcharge autant qu'il se pouvait, il faut que ses parties faibles et souffrantes se séparent.

Jn fil , une corde, un nœud, une soupente, cassent plutôt lU'ill ne rompent, quoique très-flexibles. par la raison que, oin de manquer parce qu'on les aura trop ployés, ils sont de-

venus, à force d'être trop tendus, si faibles et si semblables à les corps fragiles, qu'ils cassent, comme eux, au moindre îhoe, à la première secousse. On rompt un criminel à qui l'on 'MM les os; on ne dirait pas casser un criminel, parce que le mot, appliqué aux personnes et au corps humain, se prend ians des acceptions très-éloignées de celle-là, et que l'action le casser ne tombe pas sur toute l'habitude du corps, tandis }M ce supplice rompt en effet l'enchaînement des parties.

EDfin, rompre n'a quelquefois d'autre idée que celle de ployer m plier: ainsi l'on dit figurément rompre l'humeur, la volonté le quelqu'un ; un homme exercé, habitué, plié aux affaires, ast rompu aux affaires : on assouplit un cheval qu'on rompt.

* Un navire jeté sur un rocher par un vent impétueux, se brise. Un pilon èriseles émaux. La meule hrisele grain et le broie. On brise du chanvre, de la paille, avec un brisoir.

p L'action de casser a l'effet ultérieur de rendre la chose casté* vaine, inutile, impuissante, ou du moins insuffisante pour le service qu'on en tirait ou l'effet qu'elle produisait. Un pot cassé ne sert plus ou sert mal. Celui qui casse les verres les paie, parce qu'ils ne sont plus d'aucun usage. C'est cet effet particulier que l'on considère, lorsqu'on dit, au figuré, casser unarrét, casser un officier , acte ou coup d'autorité qui rend l'arrêt nul et sans effet ou qui met l'officier hors de service et sans emploi. De même un homme est cassé lorsque son corps ne peut plus bien remplir ses anciennes fonctions. On se casse la tête à chercher inutilement une vérité, une explication, une pensée.

Cette idée n'est point dans le mot rompre. On rompt un gâteau pour le manger ; on rompt ses fers pour reprendre sa liberté ; on rompt le fil de l'eau pour ne pas être entraîné ; on rompt un coup pour l'éviter : il est alors utile de rompre. L'action derompre a pour effet ultérieur d'empêcher la suite , la continuation, l'enchaînement, la durée des choses, soit en les faisant tout-à-fait cesser, soit par une simple interruption. Au figuré, on rompt des traités, des alliances, des engagemens ,


tout ce qui lie, de manière qu'on se délie et qu'on n'est plus ou qu'on ne veut plus être obligé : c'est une infraction coupable. Un mariage est rompu lorsque les négociations n'abou- tisseni pas à l'exécution. On rompt une trame de manière que le tissu ne peut plus se former.

Briser s'arrête à l'idée physique de réduire en pièces, morceaux, brins , débris, sans aucun autre rapport particulier ou physique ou moral. La colère fait briser une chose précieuse : l'industrie brise les grains pour en tirer de la farine et en faire ?

du pain. Ce mot n'a donc pas de caractère moral ou d'effet ultérieur désigne : aussi n'a-t-il guère , au figuré , d'emploi décidé que dans quelques phrases : brisons-là; ce qui marque fort bien qu'on ne veut plus absolument entendre parler d'une chose. 011 est brisé quand, par excès de fatigue , on est dan., l'impuissance de se remuer, comme si l'on avait le corps brisé. (R.) 190. CAUTION, GARANT, RÉPONDANT.

Les mots latins cavere, cautus, cautio, cautela, expriment l'idée de prendre garde , de se précautionner. Cautela est un ternie de droit. La caution est l'assurance, la sûreté que l'homme avisé, cautus, exige, et par métonymie, la personne même qui s'engage pour cette assuranoe. Garant est le celte ou tudesque, warren, detcar, garder; mot conservé dans l'anglais, l'allemand et autres langues du Nord. Garant, celui qui se charge de garder, de maintenir, d'assurer l'exécution d'un acte. Répondant, de spondere, promettre; en grecumvfi libation, parce qu'après les libations on prenait les dieux à témoin de sa promesse. L'initiale re marque le double engagement de celui qui s'oblige et de celui qui répond.

Le premier énonce l'effet de la prévoyance-et de la prudence ; le second marque l'autorité , la force , l'obligation; le troisième a trait à la bonne volonté , à la promesse libre , à l'engagement volontaire , solennel dans son origine et peutêtre seulement verbal. Le premier oblige envers, avec ou pour autrui; le second envers et contre; le troisième envers et pour.

La caution s'oblige, envers celui à qui elle cautionne, à satisfaire à un engagement ou à indemniser des malversations de celui qu'elle cautionne, si celui-ci manque de foi ou de fidélité. Le garant s'oblige envers celui à qui il garantit la chose vendue, cédée, transportée, à l'en faire, à ses risques et périls, jouir contre ceux qui le troubleraient dans sa possession, ou à l'indemniser. Le répondant s'oblige, envers celui à qui il répond) à réparer les torts ou à l'indemniser des pertes qu'il pourrait essuyer de la part de celui dont il rèpOJld.


Lt-hôss<.'ci's d'une compagnie sont cautions <es uns des autres, es rois sont les garans nécessaires des propriétés de leurs ijets. Les pères et mères sont des répondait s naturels de leurs lifiiiis mineurs et non émancipés.

La caution s'engage pour des intérêts on sous des peines pé.

mi;:ires; égarant, pour des possessions; le répondant, pour es dommages. Le premier s'engage à payer, le second à pourlivre, le troisième à dédommager. Celui-là engage sa forme et sa personne ; celui-ci, ses soins et ses facultés ; le derier, sa foi et ses biens.

La caution donne un second débiteur; le garant, un défenur ; le répondant , un recours. Le premier prend la même large que son cautionne, il le représente : le second prend il et cause pour l'acquéreur , il se fait fort contre toute oppomt : le dernier prend sur lui la peine ou le dommage pécuaire de son client, il supplée à son impufSsance.

On demande une caution à celui qui ne paraît pas solvable 1 assez sur; un garant on la garantie à celui qui n'offre pas sez de sûretés; un répondant à celui qui par Ini-même n'insre pas la confiance.

La confiance, à l'égard de la caution, est fondée sur sa riiesse; la confiance, à l'égard du garant, sur sa fidélité et s forces; la confiance, à l'égard du répondant, sur sa proie et ses moyens.

La caution est en matière civile; le garant, en matière cile ou politique ; le répondant en matière de police.

Hors des matières de droit et de justice, dans le discours ornaire, et dans des sens plus vagues, on se sert des mots de ution et de garant, très-peu de celui de répondant. Leur nploi est plus ou moins convenable, selon qu'on a plus m oins égard aux différences que nous venons de remarquer.

On se porte caution, ou gratuitement, ou par intérêt. C'est néreusement et sans intérêt qu'on cautionne son ami. C'est l'cément, de droit ou de fait qu'on est garant. Un vendeur rantit de droit ses faits et ses promesses. Une puissance est rante volontairement et de fait, des engagemens -que.,; autres puissances contractent entre elles dans des traités,

ri répond pour un autre de sa propre volonté et sans aucun otif d'intérêt. Si les lois forçaient quelqu'un de répondre,.

jrs on serait responsable et non répondant.

On est caution d'une personne; on est garant d'un fait; on pond d'un événement. Une homme accoutumé à mentir, A )mper, est sujet à caution, il a besoin d'une caution. Un it extraordinaire, peu vraisemblable, demande des garans, > garans les plus dignes de foi. Il faut avoir des motifs trèsissans pour répondre d'un événement futur, çasuel , iiirtain. (R. )


191. CERTAIN, SUR. ;1.-1 Certain se dit des choses que l'on peut assurer, sûr se dit de choses ou des personnes sur lesquelles on peut compter, aux quelles on peut se fier. Celle nouvelle est certaine, car ell me vient d'une voie très-sûre. On dit : un ami sur, un espiot sûr, et non pas un ami certain, un espion certain. m Certain ne se dit que des choses, à moins qu'il ne soit ques tion de la personne même qui a la certitude : je suis certain d ce fait, ce fait est très-certain. Cet historien est un témoi: très-sûr dans les choses qu'il raconte, parce qu'il ne dit rie dont il ne soit ceiiain ; mais on ne dit pas un historien certai pour dire un historien qui ne dit que des choses certaines.

Sûr se construit avec de et avec dans. Certain se construi avec de seulement. Je suis sûr de ce fait; sûr dans le corn merce. Je suis certain de son arrivée.

En matière de science, certain se dit plutôt que sûr. Le propositions de géométrie sont certaines. (Anon. ) 1 192. CERTES, CERTAINEMENT, AVEC CERTITUDE.

Ils n'avaient certainement pas assez d'énergie pour senti celle du mot certes, ceux qui auraient voulu le bannir de 1 jangue, ou du moins du beau langage : ils n'avaient donc pa été entraînés par le mouvement fort et rapide qu'il imprim au discours d'un Bourdaloue, lorsqu'avec l'assurance d l'homme qui sait avec la plus grande certitude. cet orateur va par cette transition/viveet pressante, achever ie triomphe d ses victorieux raisonnemens.

La phrase avec certitude désigne principalement, par un simple assertion, que vous avez lesmolifs les plus puissan pour assurer, ou les plus fortes raisons de croire et de dire un chose comme certaine en soi, ou dont vous êtes certain. L'ad verbe certainement est une affirmation qui désigne votre con viction, la persuasion où vous êtes, et l'autorité que vou voulez donner à votre discours par votre témoignage, plutÕ que.les raisons que vous pouvez avoir d'assurer ou d'affirmer Certes est une affirmation tranchante et absolue , qui annonci l'assurance fondée sur la certifude et la conviction la plus pro fonde, certifie la chose, emporte une sorte de défi, et voui défend, pour ainsi dire, d'élever un doute ou un soupçoi contraire. Vous savez une chose avec certitude, de sciena certaine, sans aucun doute; vous l'affirmerez certainement, sans crainte, d'une manière assurée; et certes, vous la garantissez en homme qui certifie, qui doit être cru, qui répond de la chose, qu'on n'aurait garde de contredire.

Avec certitude, certainement, certes, suivent la même gradation qu'avec vérité, vraiment, en vérité; mais ils ajoutent


l'idée de vérité celle de preuve. Ici, vous annoncez avec conince une chose vraie ou comme vraie; là, vous annoncez > ec assurance une vérité certaine ou Comme certaine. Cette fférence supposée, en vérité répond à certes, et se place de ême dans le discours, à la tête surtout et comme conjonc.

ln: vraiment répond à certaillement, et modifie comme lui verbe ou l'action : avec vérité réponit à avec certitude., et arque également une circonstance de la chose. (R.) 195. C'EST POURQUOI, AINSI.

C'est pourquoi renferme dans sa signification particulière t rapport de cause et d'effet. Ainsi ne renferme qu'un raptrt de prémisses et de conséquence. Le premier est plus proie à marquer la suite d'un événement ou d'un fait, et le send, à faire entendre la conclusion d'un raisonnement.

Les femmes, pour l'ordinaire, sont changeantes; c'est jurquoi les hommes deviennent inconstans à leur égard. Les ientaux les enferment, et nous leur donnons une entière erté t- ainsi nous paraissons avoir pour elles plus d'estime.

Rome est non seulement un siège ecclésiastique revête me autorité spirituelle , mais encore un état temporel qui comme tous les autres états, des vues politiques et des érêts à ménager; c'est pourquoi l'on peuttrès-aisémenlconudre ces deux autorités. Tout homme est sujet à se tromper; isi , il faut tout examiner avant que de croire. (G.) 494. CHAGRIN, TRISTESSE, MÉLANCOLIE.

Le chagrin vient du mécontentement et des tracasseries de vie; l'humeur s'en ressent. La tristesse est ordinairement ISèe par les grandes afflictions; le goût des plaisirs en est Eloussé, La mélancolie est l'effet du tempérament ; les idées nbres y dominent, et en éloignent celles qui sont réjouisites. L'esprit devient inquiet dans le chagrin, lorsqu'il n'a pas ez de force et de sagesse,pour le surmonter. Le cœur est ablé dans la tristesse, lorsque, par un excès de sensibilité , 'en laisse entièrement saisir. Le sang s'altère dans la melanie, lorsqu'on n'a pas soin de se procurer desdivertissemens des dissipations. (G.) ., 195. CHANCELER, VACILLER.

Ces mots expriment le défaut d'être mal assuré. Chanceler, st, à la lettre, courir la chance de cheoir, pencher, comme on allait tomber : vaciller , aller de çà et de là, comme va 1 petit rameau, une baguette, bacillum.

Ce qui chancèle n'est pas ferme : ce qui vacille n'est pas fixe.

! corps chancelant aurait besoin d'être assuré sur sa base : le.-


corps vacilhint aurait besoin d'être assujéti dans sa position.

Celui-ci est trop mobile, et celui-là trop faible.

Le corps de l'ivrogne chavcèle, et sa langue vacille.

L'esprit qui ne sait passe tenir dans le parti qu'il a pris, chanrèle: celui qui flotte d'un parti à l'autre sans se fixer, vacille. Le premier manque de fermeté pour résoudre, et d'assiette ; le second, de force pour prendre une résolution, et de constance.

Restez quelque temps debout sur une jambe , vous vacillerez ; et vous ne vacillerez pas long-temps sans chanceler, Cependant divers voyageurs ont vu , mais vu des peuples entiers d'hommes à une jambe, tels que ceux dont parlent Ctésias. Pline, Saint-Augustin , courir avec une vitesse et une sûreté merveilleuse ; il n'y a rien même d'impossible que quelqu'un n'ait vu.

Le témoin qui chancèle dans sa déposition est suspect : la bonne conscience rassure. Le témoin qui vacille dans ses dépositions est indigne de foi : la vérité ne varie point.

Nous trouvons dans l'histoire beaucoup de trônes chancelans ; nous n'y trouvons que des gouvernemens vacillans. (R.) 196. CHANCIR, MOISIR.

Termes qui expriment tous deux un changement à la surface de certains corps , qu'une fermentation intérieure dispose à la corruption. Chancir sedit des premiers signes de ce changement : Moisir se dit du changement entier.

Une confiture est chancie lorsqu'elle est couverte d'une pellicule blanchâtre : elle est moisie quand il s'élève de cette pellicule blanchâtre une efflorescence en mousse blanchâtre ou verdâtre.

Un pâté, un jambon, qui se chancissent, doivent être man ces promptement; cette chancissurese manifeste par quelque?

bouquets d'efflorescence blanchâtre, semés çà et là à la surface. Il y a des fromages pour lesquels la moisissure est un titre de recommandation ; on les dit alors PERSILLÉS , à cause (1e la couleur des bouquets de moisissure dont ils sont parsemés. (B.) H11. CIIANGR , TROC , ÉCHANGE , PERMUTATION.

Le mot de change marque simplement l'action de changet dans un sens abstrait, qui non seulement n'exprime pas, mais qui de plus exclut tout rapport (1) et toute idée accessoire

(1) Ceci ne parait pas exact; car changer est un mot relatif dont le corrélatif estpersister dansla possession. On ne peut en-


'est peut-être par cette raison qu'on ne l'emploie pas à déImmer directement aucune espèce ; car on ne dit pas le lange d'une chose : qu'on l'emploie néanmoins dans toutes s espèces, en régime indirect avec une préposition, pour inquer l'essentiel de l'acte; en sorte que , dans toutes les ocsions, on dit également bien perdre ou gagner au change.

?s trois autres mots servent à dénommer les espèces ou façons changer les choses les unes pour les autres, dont voici les fférences. Troc se dit pour les choses de service et pour tout qui est meuble ; ainsi l'on fait des trocs de chevaux, de joux et d'ustensiles. Echange se dit pour les terres , les per..

unes, tout ce qui est biens-fonds; ainsi l'on dit des échanges étals, de charges et de prisonniers. Permutation n'est usage que pour les biens et-titres ecclésiastiques; ainsi l'on rmute une cure, un canonicat, un prieuré, avec un autre iicfiee de même ou de différent ordre, il n'importe. (G.) Í <98. CHANGEMENT, VARIATION, VARIÉTÉ.

Termes qui s'appliquent à tout ce qui altère l'identité , soit )solue, soit relative, ou des êtres ou des états.

Le premier marque le passage d'te état à un autre : le send, le passage rapide par plusieurs états successifs ; le derer, l'existence de plusieurs individus d'une même espèce, us des états en partie semblables, en partie différens, ou un même indiyidu sous plusieurs états différens.

Il ne faut qu'avoir passé d'un seul état à un autre pour 'oir changé ; c'est la succession rapide sous des états difféns qui fait la variation: la variété n'est point dans les ac)ns ; elle est dans les êtres ; elle peut être dans un être conJéré solitairement; elle peut être entre plusieurs êtres consirés collectivement.

Il n'y a point d'homme si constant dans ses principes, qui en ait changé quelquefois ; il n'y a point de gouvernement li n'ait eu ses variations ; il n'y a point d'espèce dans la nare qui n'ait une infinité de variétés qui l'approchent ou l'éignent d'une autre espèce par des degrés insensibles. Entre s êtres, si l'on considère les animaux, quelle que soit l'essce d'animal qu'on prenne, quel que soit l'individu de cette ipèce qu'on examine , on y remarquera une variété prodindrc le terme change sans avoir l'idée de la chose qu'on a, et :lie de la chose pour laquelle on la cède (Encycl., III, tîn.) Ceci est très-bien observé, quant à l'expression. La pensée de lbhé Girard est que le mot change exprime un sensgrammacalement complet, et qu'en conséquence il n'a jamais de cÕmlément ou de régime : ce qui est vrai ; mais il fallait le dire ut plénum, pour ne pas donner lieu à l'équivoque qui. fonde i remarque de l'Encyclopédiste. (G.)


gieuse dans leurs parties, leurs fonctions, leur organise 4ion , etc. (Encycl., III, 132.) 199. CHANTEUR, CHANTRE.

Chacun de ces deux termes énonce également un homn Jui est chargé par état de chanter; mais on ne dit chantei que pour le chant profane, et l'on dit chantre pour le cha: d'église.

Un chanteur est donc un acteur de l'Opéra qui récite , ex cute, joue les rôles , ou qui chante dans les chœurs des tr.

gédies et des ballets mis en musique.

Un chantre est un ecclésiastique ou un laïque revêtu, dai ses fonctions, de l'habit ecclésiastique, appointé par un Chi ,pitre pour chanter dans les offices , les récits, les chœurs ( musique , etc., et même pour chanter le plain chant. (Elicl clop., III, 145, 146.) Chantre se dit encore figorément et poétiquement d'r poèLe: ainsi on dit le chantre de la Thrace, pour dire Orphét le chantre Tliéltain, pour dire Pindare. On appelle aussi figi rément et poétiquement les rossignols et autres oiseaux l, chantres des bois. (Dict. de l'Acad. rD 1762.) 200. ClfAPELLE, CHAPELLE NIE.

Ces deux termes de jurisprudence canonique sont synl nymes dans deux sens différens.

Daus le premier sens , ils expriment l'un et l'autre un éd fice sacré avec autel où l'on dit la messe. Mais la chapelle e une église particulière qui n'est ni cathédrale , ni collégial ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré, ni conventuelle; édifii isolé, entièrement détaché et séparé de toute autre églis( telle était à Paris, rue Saint-Jacques , la chapelle de Sain Yves. La chapellenie est une partie d'une grande église, aya son autel propre où l'on dit la messe: telle est, dans l'égli; paroissiale de Saint-Sulpice, derrière le chœur, celle de 1 Vierge, remarquable par sa décoration en marbre , et surtoi par sa belle coupole.

Cette distinction n'a guère lieu que dans le langage des a nonistes ; car, dans l'usage ordinaire, on désigne les deux el pèces par le nom de chapelle: la chapelle de la Vierge , 1 chapelle de la Communion, la chapelle des Fonts, etc.

C'est de cet usage vulgaire que naît entre les deux mot chapelle et chapellenie une nouvelle synonymie qui porte su on sens tout différent 'Dans ce second sens , la chapelle est l'édifice sacré où s trouve un autel sur lequel on dit la messe, et la chapelleni est le bénéfice attaché à la chapelle à la charge de certaine obligations. (B.)


201. CHARGE, TFARDEAU, FAIX.

La charge est ce qu'on doit ou ce qu'on peut porter : de le expression , proverbiale qui dit que la charge d un jaudet ,'{'st pas celle de l'éléphant, Le fardeau est ce qu'on porte : insi l'on peut dire , dans le sens figuré, que c'est risquer sa lace que de se décharger totalement du fardeau des affaires ur son subalterne. Le faix joint à ridée de ce qu'on porte elle d'une certaine impression sur ce qui porte ; voilà pouruoi l'on dit plier sous le faix.

On dit de la charge, qu'elle est forte; du fardeau, qu'il est ourd , et du faix , qu'il accable (4).

202. CHARME, ENCHANTEMENT, SORT.

Le mot charme emporte, dans sa signification, l'idée d'une orce qui arrête les effets ordinaires et naturels des causes,. Le not d'enchantement se dit proprement pour ce qui regarde l'ilusion des sens. Le mot de sort enferme particulièrement l'idée le quelque chose qui nuit ou qui trouble la raison. Et ils mar juent tous les trois, dans le sens littéral, l'effet d'une opéraion magique que la religion condamne,. que la politique suppose, et dont la philosophie ee moque.

Si cette opération est appliquée à des êtres insensibles elle s'appellera charme: on dit qu'un fusil est charmé; si elle est à un être intelligent, il sera enchanté ; si l'eturhmitement est long, opiniâtre et cruel, on sera ensorcelé.

[Ellf!Jclop., III, 210.) Les vititie conles diluent qu'il y a un charme pour empêcher l'effet des armes et rendre invulnérable. On lit dans les anciens romans que la puissance des enchantemens faisait subitement clianger de mœurs, de conduite et de fortune. Le peuple a cru et croit encore qu'on peut, par le moyen d'un surt, altérer le tempérament et la santé, rendre même extravagant et furieux, Mais les gens de bon sens ne voient point d'autre charme dans le monde que le caprice des passions à l'égard de la raison, dont il suspend souvent les réflexionset arrête les effets qu'elle devrait naturellement et nécessaire.,

(1) Dans VEncyclopédie, tome III, page 197, on a joint à ces trois mots celui de poids; mais la manière même dont on en parle pour le distinguer des autres est une preuve qu'il n'est pas synonime Charge fardrau, faix, désignent également ce qui est porté: c'est l'idée commune qui le*/ rend également concrets et synonimes; poids est un nom abstrait, synonyme à cet égard, de gravité et de pesanteuret tous trois désignent: abstraitement la qualité qui donne une tendance active vers lei centre de la terre. (G.)


ment produire .ts ne connaissent pas 11011 plus d'autre enchan tement que la séduction qui naît d'un goût dépravé et d'iun imagination déréglée : ils savent aussi que tout ce qu'on at J tribue à un sort malicieusement jeté n'est que l'effet ou d'un, mauvaise constitution , ou d'une application physique de cer taines choses capables de déranger l'économie de la circu lation du sang, et par conséquent propre à nuire à la sauté e

à bouleverser les fonctions de l'ame. (G.) ta 205. CHARMOIE, CHAUMJLLE. ! IJ , Ces deux termes ont la propriété commune de désigner uni -plantation ou une certaine quantité de charmes assemblés dan un même terrain : il y a donc entre eux une synonymie ap parente. Mais quand la différence des mots est si grande et s connue, qu'ils ne peuvent être et ne sont jamais mis à la placi j l'un de l'autre , ils ne sauraient être alors regardés comme sy nonymes, suivant l'explication donnée par M. d'Alembert 1 dans ses Elèmens de Philosophie. Il La charmoie est un lieu planté de charmes, et la charmilll, est un plant de jeunes charmes, tels que ceux dont on formt des palissades. ., La terminaison oie, oye, est ici la même que aie ou aye: nous appelons une plantation d'ormes ormoie et ormaie. La seconde terminaison est la plus commune. En matière de plantations et de bois, aye, aie, désignent proprement le lieu, le terrain planté, couvert de telle espèce d'arbres : saussaye, r Jieu planté de saules; cerisaie, terrain planté de cerisiers j houssaye, lieu couvert de houx ; oseraie, champ d'osiers, etc.

On appelle encore , dans quelques provinces, hortolaie ce que nous appelons hortolage. La terminaison aie est très-propre A désigner le terrain qui porte des bois. Futaye, futaie, désigne vaguement le terrain planté ou couvert de grands arbres. En ajoutant la terminaison au nom particulier d'un arbre, vous avez une espèce particulière de plantation. La connaissance de la valeur propre de ces terminaisons génériques nous aide à former les mots particuliers qui manquent à la langue, et à les former convenablement sur le modèle qu'elle-même nous donue.

La terminaison iIle indique la quantité de petites choses d'une même espèce : on dit ormille pour désigner de petits ormes, comme charmille de petits charmes , etc. Il, ille, dé- -

signent la petiiesse. (R.) 1 204. CHASTETÉ, CONTINENCE.

Deux termes également relatifs à l'usage des plaisirs de la chair , mais avec des différences bien marquées. r , , La chasteté est une vertu momie qui i'l SCI'it des règles à "s


a"e de ces plaisirs; la continence est une autre vertu qoi Itlerdit absolument l'usage. La chasteté étend ses vues Mr ,; ce qui peut être relatif à l'objet qu'elle se propose de ré• : pensées, discours, lectures, attitudes, gestes, choix dse tens, des occupations , des sociétés , du genre de vie par Dort au tempérament, etc. La continence n'envisage que la ation actuelle des plaisirs de la chair. (B.) el est chaste, qui n'est pas continent ; et réciproquement, st contillent, qui n'est pas chaste. La chastet est de tous r emps, de tous les âges et de tous les états ; la continence t que du célibat.

,'âge rend les vieillards nécessairement confinais; il est •; qu'il les rende chastes. (Encycl. III, 253.) , 205. CHATIER, LUNIZC. ",:' )n chdtie celui qui a fait une faute, afin de l'empêcher d'y itniber ; on veut le rendre meilleur. On punit celui qui a un crime, pour le lui faire expier : on veut qu'il serve .emple.

,es pères châtient leurs enfans. Les juges font punir lei faiteurs.

faut châtier rarement., et punir sévèrement.

,e châtiment dit une correction; mais la punition ne dit prément qu'une mortification faite à celui qu'on punit.

I est essentiel, pour bien corriger, que le châtiment ne ni ne paraisse être l'effet de la mauvaise humeur. La justice iande que la punition soit rigoureuse lorsque le crime énorme : les lois doivent la proportionner au crime; à qui vole ne doit pas être puni comme l'assassin. (EnXIII, 575. )

lien nous châtie en père pendant le cours de cette vie telle, pour ne pas nous punir en juge pendant toute une :'uité.

,e mot de châtier porte toujours avec lui une idée de sublination qui marque l'autorité ou la supériorité de celui cliâtie sur celui qui est châtié. Mais le mot de punir n'enuie point cette idée dans sa signification : on n'est pas tou> rs puni par ses supérieurs ; on l'est quelquefois par ses , ux, par soi-même, par ses inférieurs, par le seul événelllt des choses, parle hasard ou par les suites même de la faute on a commise.

.es pareils que la tendresse empêche de châtier leurs enfans ut souvent punis de leur folle amitié par l'ingratitude et le - ivois naturel de ces mêmes enfans.

1 n'est pas d'un bon maître de châtier son élève pour toules fautes qu'il fait, parce que les châtimens trop fréquens tnbuent moins à corriger du vice qu'à dégoûter de la vertu.


La conservation de la société étant le motif de la punition <j crimes, la justice humaine ne doit punir que ceux qui la d rangent"ou qui tendent à sa ruine.

H est du devoir des ecclésiastiques de travailler à l'extirp lion du vice par la voie de l'exhortation et de l'exempl mais ce n'est point à eux à châtier, encore moins à punir pécheur. (G.) t.. à

206. LE CHAUD, LA CHALEUR. ,tit., \,¡ Le vrai, le faux, le beau, le bon, etc. , ne sont pas préd ment la vérité, la fausseté, la beauté, la bonté ; ils repréa tent ces qualités comme subsistant dans des êtres idéaux abstraits , ou bien dans quelque sujet vague ou indétermi Le vrai est un objet caractérisé ou distingué par la vérité, bien une chose conforme à la vérité, ce qu'il y a de confor i à la vérité dans une chose.

Cette différence distingue généralement les adjectifs éri en substantifs, des noms qui expriment la qualité caracté tique ou distinctive. L'agrément ei Yutilité constituent Y agi ; ble et l'utile : l'utile et l'agréable ont en partage et en pro l'utilité et Y agrément.

L'ancienne philosophie a dit, le chtUd, le froid , le s l'humide, pour.désigner les élémensou. les principes des c ses. Le chuud est alors l'élément dont la chaleui est la qiia propre.

Nous disons le chaud pour désigner la température de l'i d'un lieu, d'un corps. La chaleur, à un certain degré , pro( cette température : la chaleur fait le chaud. La terminai eur, en latin or, est active.

Vous avez chaud lorsque vous éprouvez une chaleur ai forte; mais, quoique vous sentiez la chaleur,vous n'avez pas p cela toujours chaud. Il ne faut donc pas dire, avec quelq vocabulistes, que le chaud signifie la chaleur, Selon la ] nière commune de parler, le chaud veut une chaleur l sensihle. Vous direz, dans le discours ordinaire, un ch lourd, étouffunt, etc., et une chaleur ardente , brûlante, Le chaud est un air qui vous accable et la chaleur un feu vous dévore.

La chaleur, excitée dans l'air parles rayons du soleil M ( bant à plomb sur la terre, fait le chaud de l'été , du tem de la saison : le chaud ou l'air échauffé par cette cause, èchal à son tour les corps.

La chaleur se dit également au propre et au figuré, tai que la froideur se dit plutôt au figuré qu'au propre ( car n'ose pas dire la froideur de V hivery comme on dit la chai de l'été). Le chaud ne s'emploie guère au figuré que dans qi ques expressions métaphoriques ; mais le froid y est 1 : À


usité. On ne dira pas le chaud, comme on dit le froid an accueil

On dit métaphoriquement d'un homme artificieux et double, qu'il souffle le chaud et le froid. Considérez-le bien, et homme, il n'a jamais qu'une fausse chaleur ou une froin leuraffectée.

On dit d'une affaire, d'un combat, (Time mêlée, qu'il y faa hatld : c'est là surtout qu'on a tout à la fois besoin et de chaeur et de sens froid. Je dis sens et non sang froid, parce que lans ces occasions, le sang échaàffé ne peut pas être froid; liais la tète peut et doit étre froide et calme.

Le monde n'est plus qu'une mêlée où il fait toujours fort hand, tantôt pour les uns, tantôt pour les autres. Il faudrait nettre toute sa chaleur à fuir, s'il était possible. (R.) 207. CHEOlh, FAILLIR, TOMBER. 1 Cheoir, choir, ne se dit guère qu'à l'infinitif et au participe 7m : il ne se dit même guère que dans le style familier, quoirue Corneille l'emploie si souvent comme fin mot neblè et isité, quoique nous n'ayons que chute pour exprimer l'action !e tomber, quoique les composés èclieoir, décheoir, soient rès en usage. J'écris cheoir, décheoir, ëcheoir, avec un e, par a raison qu'outre le rapport étymologique que cette lettre indique, elle est nécessaire à la formation de divers temps des erbes composés et de leurs dérivés. On dit il échet, il èchéra, dèchèra, échéant, échéance , déchet, déchéance, etc. C'est onc une lettre nécessaire. On disait autrefois caer, comme en spagnol, au lieu de choir, du latin cadere.

Faillir ne se dit qu'à certains temps et au figuré: c'est ttmt- er dans une erreur, une faute, une méprise , une omission, n manquement, faire un faux pas, risquer de tomber, etc. Le Hin fallere, l'allemand fallen, l'anglais fall, etc., signifient )mber : de là les mots faux , faute ; défaut. etc. De faillir, ient défaillir, tomber doucement, insensiblement.

Tomber est le mot gothique tumba, onomatopée ou imitaon du bruit qu'on fait en tombant lourdement. Ce verbe a ris la place des deux autres, parce qu'il est régulier en entier u qu'il a tous les temps grammaticaux.

Cheoir désigne particulièrement un choc , un coup , unt npulsion qui fait perdre l'équilibre, renverse, porte de haut n bas : toutes ces idées sont renfermées dans ce mot. Faillir ésigne proprement l'action de tomber, d'aller en bas, hors e sens , par un faux pas , une faute, un défaut ; et c'est eil rfet le sens qu'il a dans toutes les manières usitées de l'emloyer. Tomber marque spécialement une chute lourde, brus" ue, bruyante, d'un lieu très-élevé, sans exprimer l'idée 4it


renversement, comme cheoir, ni celle de faute ou de manque ment, comme faéllir.

On tombe du ciel, des nues, de son haut, indication d'un grande chute ou d'une chute à grande distance. On ne fer pas cheoir la pluie et le tonnerre; ils tombent, à cause de 1 auteur et du bruit, sans idée d'équilibre. Quand on toml sur ses pieds, on n'est qu'abaissé et non renversé. Vous dire figurément faillir, quand il ne s'agira que d'une légère fautt d'une légère méprise, et plutôt tomber, lorsqu'il s'agira d'un faute lourde ou d'une erreur grossière.

Cheoir n'entraîne guère à sa suite qu'un des termesdel'ac !

tion , le lieu, l'état où l'on tombe : un homme est chu dan l'eau , dans la pauvreté. Faillir n'exprime que la chute ou 1 faute, sans aucun autre rapport : ou a failli, péché , manqu en ceci ou en cela. On dit également tomber sans aucune suite tomber d'un lieu dans un autre, termes de l'action ; tombe de son propre poids ; tomber d'inanition , causes de la chute etc. Ainsi toutes les circonstances d'une chute, d'une déca dence, d'une diminution et tous les rapports vous les exprime "tz par le veibe tomber. (R.) 208. CHÉRIR, AIMER.

Nous aimons généralement ce qui nous plaît, soit les per sonnes, soit toutes les autres choses : mais nous ne chérisson que les personnes ou ce qui fait en quelque façon partie de 1 nôtre, comme nos idées, nos préjugés, même nos erreurs ( nos illusions.

Chérir exprime plus d'attachement, de tendresse et d'affec thm. Aimer suppose plus de diversité dans la manière. L'u n'est pas objet de précepte et de prohibition ; l'autre est éga lemeiit ordonné et défi ndu par la loi, selon l'objet et le degre L'Evangile commande d'aimer le prochain comme soi-mém et défend d'aimer la créature plus que le Créateur.

On dit des coquettes, qu'elles bornent leur satisfaction être aimées; et des dévotes, qu'elles chérissent leur directeui L'enfant chéri est souvent celui de la famille qui aime 1 moins son père et sa mère. (G.) Aimer, c'est être attaché par goût, par sentiment. Chérir c'est aimer avec tendresse, prédilection. On aime de mill manières; il n'y a qu'une manière de chrir, Vous aimez l'objet qui vous est agréable , vous croyez qu'i peut contribuer à votre bonheur. L'objet que vous chérisse vous est précieux , vous sentez qu'il est nécessaire à votre fe licité , à votre existence peut-être.

Ce que vous aimez est un bien que vous voulez posséder celui que vous chérissez est un heureux que vous voulez faire La charité est l'amour le DIUS généreux et le plus pur.


'• On est quelquefois malheureux quand on aime, et c'est souvent malgré soi qu'on le rait, Le sentiment de chérir est toujours doux et ne laisse point de regrets; on y est porté volontairement et de grand cœur.

Il ne suflit pas qu'un prince aime son peuple, il faut qu'il le chérisse; il faut que le soin de le rendre heureux soit son Dro•pre bonheur.

209. CHÉTIF, MAUVAIS.

Le premier de ces mots commence à vieillir, et n'est pas l'un usage fort fréquent; il n'est pas néanmoins tout-à-fait suranné et il trouve encore des places où il figure; nous pouvons donc le caractériser, sans craindre de rien faire hors de propos. Quant au second mot, il n'est pas pris ici dans toutes ses significations, il n'est pris que dans celle qui le rend synonyme au premier; je veux dire, pour marquer uniquement une sorte d'inaptitude à être avantageusement placé ou mis in usage.

L'inutilité et le peu de valeur rendent une chose chétive; les défauts et la perte de snn mérite la rendent mauvaise. De !à vient qu'on dit, dans le style mystique, que nous sommes le chétives créatures, pour marquer que nous ne sommes rien à l'égard de Dieu ou qu'il n'a pas besoin de nos services; st qu'on appelle mauvais chrétien celui qui manque de foi Ml qui a perdu par le péché la grace du baptême. Un chétif sujet est celui qui, n'étant propre à rien, ne peut rendre aucun service dans la république. Un mauvais sujet est celui qui, se laissant aller à un penchant vicieux, ne veut pas travailler au bien.

Qui est chétif est méprisable et devient le rebut de tout le monde. Qui est mauvais est condamnable et s'attire la haine des honnêtes gens.

En fait de choses d'usage, comme étoffes, linges et autres objets semblables , le terme de chétif enchérit sur celui de mauvais. Ce qui est usé , mais qu'on peut encore porter au besoin, est mauvais ; ce qui ne peut plus servir et ne saurait être mis honnêtement, est chétif.

Un mauvais habit n'est pas toujours la marque du peu de bien. Il y a quelquefois sous un chétif haillon plus d'orgueil que sous l'or et sous la pourpre. (G.) 210. CHOISIR, ÉLIRE.

Je ne mets ces deux mots au rang des synonymes, que parce que notre Dictionnaire les a définis l'un pour l'autre.

Choisir, c'est se déterminer, par la comparaison qu'on fait des choses , en faveur de ce qu'on juge être le mieux. Elire, c'est nommer à une dignité , à un emploi, à un bénéfice, ou


à quelque chose de semblable. Ainsi le choix est un acte de discernement qui fixe la volonté à ce qui paraît le meilleur; et l'élection est un concours de suffrages qui donne à un sujet une place dans l'Etat ou dans l'Eglise.

Il peut très aisément arriver que le choix n'ait nulle part dans l'élection (1). (G.) 2H. CHOISIR, FAIRE CHOIX.

Choisir se dit ordinairement des choses dont on veut faire usage. Faire choix se dit proprement des personnes qu'on veut élever à quelque dignité, charge on emploi.

Louis XIV choisit Versailles pour le lieu de sa résidence ordinaire ; et il fit choix du maréchal de Villeroi pour être gouverneur de son petit-fils Louis XV.

Le mot de choisir marque plus particulièrement la comparaison qu'on fait de tout ce qui se présente, pour connaître ce qui vaut le mieux et le prendre. Le mot de faire choix mar- que pins précisément la simple distinction qu'on fait d'un sujet préférablement aux autres.

Les princes ne choisissent pas toujours leurs ministres; on n'a pas fait choix en tout temps d'un Colbert pour les finances ni d'un Louvois pour la guerre. (G.) 212. CHOISIR, PRÉFÉRER.

« On ne choisit pas toujours ce qu'on préfère; mais on préfère toujours ce qu'on choisit, dit l'abbé Girard.

« Choisir, c'est se déterminer en faveur de la chose par le mérite qu'elle a ou par l'estime qu'on en fait. Préférer, c'est se déterminer en sa faveur par quelque motif que ce soit, mérite, affection, complaisance ou politique, n'importe..

« L'esprit fait le choix. Le cœur donne la preférence. C'est par celte raison qu'on choisit ordinairement ce que l'on con- naît et que l'on préfère ce qu'on aime.

« La sagesse nous défend quelquefois de choisir ce qui paraît le plus brillant à nos yeux, et souvent la justice ne nous permet pas de préférer nos amis à d'autres.

« Lorsqu'il est question de choisir un état de vie, je ne crois pas qu'on fasse mal de préférer celui ou l'inclinalioa (1) Le mot d'élire renferme dans sa signification l'idée du choix, c'est ce qui le rend en effet synonyme de choisir : ce qui l'en distingue,.c'est l'idée accessoire de la destination à une place. ! Cette seconde idée semble ramener la synonymie entre élire et faire choix; mais ils ont aussi leur différence : il n'y a que le supérieur qu\ fasse choix d'rm.ssujçl: ; et c'el t le corps des sujets même qui en élit un a la pluralité des suffrages. (B.)


porte; c'est le moyen de réussir plus facilement et de trouver sa satisfaction dans son devoir.

« On choisit l'étoffe ; on préfère le marchand.

e Le choix est bon ou mauvais , selon le goût ou la connaissance qu'on a des choses. La préférence est juste ou injuste, selon qu'elle est dictée par la raison ou qu'elle est inspirée par la passion.

« Les préférences de pure faveur sont quelquefois permises aux princes dans la distribution des grâces; mais ils.. ne doivent jamais agir qu'avec choix dans la distribution des charges et des emplois.

« L'amour préfère et ne choisit pas : par conséquent il n'y a ni applaudissemens à donner, ni reproches à faire aux amans sur le bon ou le mauvais choix. Le mérite ne aoit pas non plus se flatter d'y obtenir la préférence, ni se piquer de ce qu'on la lui refuse : cette passion, uniquement produite et guiée par ungoûtsensitif, est toute pour le plaisir et rien pour l'honneur.

Nous choisissons ce qui nous parait plus agréable, ce qui nous plait davantage : nous préférons ce qui nous parait pins digne , ce que nous estimons davantage* Le goût nous détermine plutôlà choisir un objet ; la bonne opinion à le préférer.

C'est donc plutôt le cœur qui fait le choix elll'esprit qui donne la préférence. Le sentiment ne décide-t-il pas quelquefois les jeunes personnes dans le choix d'un époux? N'est-ce pas la raison qui les détermine à préférer le plus sage au pins aimable ? L'abbé Girard se corrige lui-même lorsqu'il dit que le choix est selon le goût que l'on a, et que la préférence doit être dictée par la raison. Cependant, comme il est certain que l'esprit, la raison et leurs motifs, peuvent influer sur le choix que l'on fait, ainsi que le cœur, le goût et leurs caprices, sur la préférence que l'on donne, définissons les termes, pour déduire de leur sens propre-les différences essentielles.

Choisir, c'est prendre une chose au lieu d'une autre : préfèrer, c'est mettre une chose au-dessus d'une autre.

Le choix a pour objet l'usage ou l'emploi de la chose. On choisit un livre pour le lire, un logement pour l'occuper, une profession pour l'exercer, un maître pour prendre ses leçons.

On préfère un livre à un autre qu'on juge moins bon, un lo- geinentàun autre qu'on trouve moins commode, une profession à une autre qu'on estime moins convenable, un maître à un autre qu'on croit moins habile. Le choix indique des vues pra iques; la préférence n'annonce proprement qu'un jugement spéculatif.

Louis XIV choisit le séjour de Versailles. Boileau préférait Racine à Corneillc.


On choisit une chose lorsqu'on veut la prendre: on la préfère à une antre lorsqu'on ne fait que juger de ses qualités.

Voilà pourquoi le choix est bon ou mauvais, et la préférence juste ou injuste. Le choix est bon ou mauvais, selon que l'objet est ou n'est pas propre à remplir la destination et vos vues : la préférence est juste ou injuste, selon que l'objet a ou n'a pas plus de mérite ou de valeur qu'un autre.

Lorsque l'abbé Girard dit que l'on ne choisit pas toujours ce qu'on préfère, mais qu'on préfere toujours ce qu'on choisit, ou c'est une contradiction formelle, ou il veut dire que l'on ne choisit pas toujours pour son usage ce qu'on préfère dans la spéculation, ce qu'on juge meilleur en soi; mais que l'on préfère toujours dans le fait, ou qu'on traite comme meilleur ce qu'on choisit.

Le choix suppose la délibération : on choisit une chose entre plusieurs autres, parce qu'on lui trouve les qualités requises pour remplir un objet. La préférence annonce la comparaison formelle: on préfère une chose à toutes les autres, parce qu'on lui trouve le mérite supérieur propre à la faire distinguer.

Nous disons faire un choix, et donner la préférence. Le choix se réfléchit vers nous: la préférence s'arrête sur l'objet.

Par le choix, nous faisons une emplette, une acquisition, une chose qui nous est favorable, nous faisons notre propre affaire.

Par la préférence, nous attribuons, nous accordons un avantage à l'objet ; il obtient, il reçoit cet avantage, cet honneur.

Voilà pourquoi nous faisons un choix et nous donnons la préférence. (R.) 215. CHOQUER, HEURTER.

Choquer et heurter expriment le coup plus ou moins fort que se donnent deux corps en se rencontrant, de manière qu'ils se poussent et repoussent, ou que l'un pousse ou repousse l'autre. Mais heurter, c'est choquer rudement, lourdement, impé..

tueusenient, violemment. Le choc peut être léger ; il n'en est pas de même du heurt (mot moins usité que le premier, mais dont je me sers pour abréger). On elulque les verres à table ; s'ils se heurtaient, ils se briseraient. Un vaisseau s'entr'ouvre en heurtant contre un rocher ; il aurait souffert moins de dommage s'il n'eut fait que choquer contre. Un objet nous choque la vue, un son nous choque l'oreille; nous ne dirons pas, pour désigner cette impression purement désagréable, que le son ou l'objet nous heurte l'oreille ou la vue. Des troupes qui se choquent préludent au combat ou le commencent; lorsqu'elles se heurtent, le combat est rude et violent au premier abord.

Vous choquez, par mégarde, votre voisin; un crocheteur qui va brutalement vous heurte. On ne choque pas à une porte, on y heurte, on y heurte en maître: il faut frapper fort pour être


entendu. Au figuré, un homme se choque de tout, la moindre hose le choque; on n'est pas heurté d'un rien, et on ne se heurte pas.

Le sens figuré de ces terines conserve toujours la même différence. Il n'y a qu'à désobliger à un certain point une personne, la traiter de façon à lui déplaire fort, même sans le savoir, pour la choquer: si vous allez l'offenser grossièrement, a blesser grièvement, la choquer rudement, vous la heurtes.

3n choque, on heurte la raison, le sens commun, les préjugés, es bienséances, l'honnêteté. Dans les Femmes savantes de Holière, Philaminte, choquée du mauvais langage de Martine, reut la chasser pour le crime d'avoir heurté les fondemens de

outesles sciences, la grammaire, qui régente jusqu'aux rois.

Dans le Misanthrope, le même auteur fait dire à Philinte, tct. I, se. II.

Cette grande roideur des vertus des vieux âges Heurte trop notre siècle et les communs usages; Elle veut aux mortels trop de perfection.

II faut fléchir au temps, sans obstination.

Prenez garde de heurter d'abord celui que vous voulez me1er r gardez-vous bien de choquer celui que vous voulez ranener. Si jamais il faut éviter avec le plus grand soin de heurer les gens, c'est lorsque vous avez à leur dire une vérité qui hoque. ,

Tel homme qui heurte tout le monde ne souffre pas qu'on e choque.

Toute affectation choque: toute personnalité heurte.

Lorsque, dans la dispute, les parties se choquent, elles finisent par se heurter.

L'amour-propre assez délicat pour se choquer sans motifs, st le même amour-propre grossier qui nous heurte sans aison.

Combien de gens, semblables à SganareIIe, se battent les tancs pour vous heuiter, qui n'oseraient vous choquer de ang froid!

Les faibles Wetitre- choquent; les forts s'entre-heurteni : cela evient au même.

Il est possible de ne heurter personne; mais, pour ne chouer jamais personne, comment faire?

Il faut combattre les opinions sans choquer les personnes.

fous les heurterez, si vous vous faites un plaisir de combattre eurs opinions.

Les mystères du christianisme ne choquent que l'orgueil de lotre faible raison ; mais ses maximes heurtent les passions l'une âme corrompue.

Au figuré, choquer indique la peine que la personne choquée


éprouve par le choc: heurter n'exprime que l'action de celui qui heurte. Ainsi l'on dit qu'une personne se choque, et non qu'elle se heurte. (R.)

2H. CIEL, PARADIS.

Nous employons figurément ces deux termes, dans le style religieux, pour désigner le lieu où les justes se réunissent à Dieu dans l'autre vie. L'élévation, la sublimité, c'est tout ce que l'on considère dans le ciel, quoique ce mot, comme le latin cœlum, le grec )t'ù, désigne proprement la forme concave de la chose. Le mot paradis, ou l'oriental pardès, signifie un jardin planté d'arbres fruitiers. Le paradis terrestre a suggéré l'idée d'un paradis spirituel.

Le ciel est le séjour propre de la gloire; le paradis, celui de la béatitude.

Le ciel est le tabernacle, le temple, le trone de la Divinité: là, les saints voient Dieu face à face, le contemplent, l'adorent et le glorifient. Le paradis est l'héritage, la patrie, la cité des bienheureux : là, Dieu verse sur les élus des torrens intarissables de biens, de plaisirs, de voluptés, de délices ineffables.

C'est Dieu qui fait le ciel; c'est le bonheur céleste qui fait le paradis. Le paradis est dans le ciel.

Il faut combattre pour gagner le ciel; la couronne de gloire y attend le vainqueur : il faut vivre saintement pour obtenir le paradis; la récompense des bonnes œuvres y est toute prête.

Mahomet a fait un paradis : mais ses promesses n'aboutis.

sent qu'à un paradis sensuel. (R.) 245. CIRCONSPECTION , CONSIDÉRATION, ÉGARDS, MÉXAGEMENS.

Une attention réfléchie et mesurée sur la façon d'agir et de se conduire dans le commerce du monde par rapport aux autres, pour y contribuer à leur satisfaction plutôt qu'à la sienne, est l'idée générale et commune que ces quatre mots présentent d'abord, et dont il me paraît que voici les différentes applications. La circonspection a principalement lieu dans le discours, conséquemment aux circonstances présentes, accidentelles, pour ne parler qu'à propos et ne rien laisser échapper qui puisse nuireou déplaire; elle est l'effetd'une prudence qui ne risque rien. La considération naît des relations personnelles , et se trouve particulièrement dans la manière de traiter avec les gens, pour témoigner, dans différentes occasions qui se présentent, la distinction on le cas qu'on en fait; elle est une suite de l'estime ou du devoir. Les égards ont plus de rapport à l'état ou à la distinction des personnes, pour ne manquer à rien de ce que la bienséance ou la politesse exige; ils sont les fruits d'une belle éducation. Les mènagemens regardent


proprement l'humeur et les inclinations, pour éviter de choquer et de faire de la peine, et pour tirer avantage de la société, soit par le profit, soit par le plaisir; la sagesse les met en œuvre.

L'esprit du monde veut de la circonspection quand on ne connait pas ceux devant qui l'on parle; de la considération pour la qualité et les gens en place; des égards envers ies personnes intéressées à ce dont il est question ; et des mènagemens avec celles qui sont d'un commerce difficile ou d'un système oppose.

Il faut avoir beaucoup de circonspection dans les conversations qui roulent sur la religion et sur le gouvernement, parce que ce sont matières publiques sur lesquelles il n'est pas permis aux particuliers de dire tout ce qu'ils pensent, si leurs pensées se trouvent opposées aux usages établis ; et que d'ailleurs elles sont confiées aux soins de gens à craindre et délicats. Ce n'est pos être avisé pour ses intérêts , que de négliger de donner des marques de considération aux personnes dont on a besoin dans ses affaires, ou dont on espère quelque service. L'on ne saurait avoir trop d'égards pour les dames ; ils leur sont dus, elles les attendent ; et ce serait les piquer que d'y manquer , d'autant qu'elles observent plus les moindres choses que les grandes. Tout ne cadre pas , et rien ne cadre toujours dans les sociétés, surtout avec les grands ; Icà mènagemens sont donc nécessaires pour les maintenir : ceux qui sont les plus capables d'y en apporter n'y tiennent pas quelquefois le haut rang ; mais ils en sont toujours les liens les plus forts, quoique souvent les moins aperçus (G.) 216. CIRCONSTANCE, CONJONCTURE.

Circonstances, dit M. Diderot, dans l'Encyclopédie, est relatif à l'action ; conjoncture est relatif au moment. « La circonstance est une des partcularités delà chose : la conjoncture lui est étrangère; elle n'a de commun avec l'action que laconteraporanéité. Les conjonctures seraient, s'il était permis de parler ainsi, les circonstances du temps ; et les circonstances seraient les conjonctures de la chose. »

La circonstance, considérée comme une partie, une particularité de l'action , n'a rien de commun avec la conjoncture, étrangère à l'action, et seulement contemporaine. Ces deux noms ne sont point alors synonymes, mais sans cesse nous disons les circonstances des temps, des lieux, des personnes, des choses relatives à un objei particulier ; c'est ce que nous appelons aussi conjonctures. Or, ces circonstancessonl hors de la chose , comme les conjonctures ; et les conjonctures ne lui sont pas absolument étrangères : l'un et l'autre de ces mots annonce la disposition, l'état particulier des choses qui doivent


influer sur l'événement, le succès. Circonstance signifie , à la lettre, l'état d'être autour, de circum el stare; et conjoncture, la disposition à se joindre, avec une chose, de t um et jungere.

La circonstance est donc ce qui environne ou accompagne la chose : la conjoncture, ce qui a du rapport avec elle ou de l'influence sur elle. Quand nous disons que les circonstances changent, qu'un homme se trouve dans une fàcheuse circol/stance, qu'une circonstance empêche d'agir , nous ne prétendons pas désigner un changement dans la chose même, ou la personne, ou l'action; ce changement est hors de la chose, mais il produit sur elle un effet particulier.

La conjoncture et la circonstance sont à la chose comme deux cercles concentriques à un point donne : la circonstance estle cercle renfermé dans la conjoncture. La conjoncture influe de loin sur l'événement : la circonstance touche, pour ainsi dire, à l'action. La conjoncture est un ordre de choses, une disposition de circonstances générales les moins prochaines, favorables ou contraires à la chose ; la circonstance, distinguée de la conjoncture, est une disposition particulière d'une chose qui favorise ou contrarie actuellement le succès. Les conjonctures sont disposées avant l'actiou et indépendamment de l'action : les circonstances sont avec l'action même. Il est difficile que le système ou l'ensemble des conjonctures change ; mais il arrive sans cesse des changemens dans les circonstances. La circonstance est une particularité de la conjoncture.

Les conjonctures préparent et présagent les succès d'une guerre. Une circonstance imprévue fait perdre ou g jgîu rune bataille.

Un bon esprit tire avantage des conjonctures, - nn esprit délié tire parti des circollstances. (R.) 217. CITE. VILLE.

Sans la connaissance de la signification primitive du mot cité, vous n'entendrez qu'avec peine beaucoup de traits de l'histoire ancienne. Les Carthaginois se plaignirent amère-, ment aux Romains de ce qu'on détruisait leur ville, après leur avoir promis qu'elle serait conservée. Les Romains répondirent qu'ils ne leur avaient promis que la conservation de leur cité. Il y avait chez les Germains beaucoup de cités , et point de villes. Dans les Gaules, il y avait presque autant de cités que de villes, etc..

La ville est l'enclave des murailles, ou la population renfermée dans cette enclave. La cité est le peuple d'une contrée, ou la contrée même gouvernée par les mêmes lois, les mêmes coutumes, les mêmes magistrats. La ville, les maisons et les murs de Cartilage rasés, la cité ou le corps civil restait encore.

Les BC\;f('ux, comme les Grecs et les Latins, avaient aussi


deux mots différens pour exprimer ces deux idées différentes.

Saint Augustin a décrit la cité et non la ville de Dieu cette cité est l'église ou l'assemhlée sainte.

La cite peut donc être dispersée dans plusieurs villes, ou villages ou provinces. César dit que toute la cité des Suisses consistait en quatre bourgs ou quatre cantons : la même idée est répétée plusieurs fois dans ses commentaires.

La ville est à la cité ce que la maison est à la famille, dans le sens propre et naturel. La cité peut être,répandue comme la famille : la ville est renfermée comme la maison.

A Sparte, la cité servait de mur à la ville, suivant le mot célébre d'un Lacédémonien. Lorsqu'à l'arrivée des Perses, les Athéniens abandonnèrent leur ville pour monter sur des vaisseaux, Thémistocle se flatta d'avoir sauvé, avec ses murailles de bois , la cité représentée par le corps des citoyens.

Les Romains qui, en détruisant les peuples , se détruisaient eux-mêmes , donnaient à différentes villes le droit de cité pour réparer les citoyens; ils ne réparaient pas les hommes.

La cité a des citoyens; la ville, des bourgeois. Le citoyen n'a que des droits communs à la cité, aux membres du corps politique ou civil : le bourgeois a des priviléges particuliers attachés au corps municipal, ou au domicile plus ou moins anciennement acquis dans la ville.

Ainsi, les villes libres de l'empire seraient proprement des cités, parce qu'elles se gouvernent par leurs propres lois et leurs magistrats.

Henri l'Oiseleftr. qui monta sur le trône en 920, doit être regardé comme le grand fondateur des villes en Allemagne ; et Henri V J qui commença son règne en H06, comme le grand instituteur des cités. A la première époque, les villes étaient privées de la juridiction municipale et de la liberté : à la seconde, elles commencèrent à acquérir le droit de cité, et même de souveraineté, sous le nom de villes immédiates oo sujettes de l'empire seul.

Ces idées distinctives ont été négligées , et le nom de cité a été particulièrement donné à la ville capitale ou au chef-lieu de la peuplade ; d'où les mots citadin, citadelle, etc. La ville cnpitale du peuple de Dieu est encore souvent appelée la cité sainte. Le quartier de Paris appelé la Cité est l'ancienne ville de Lutèce, chef-lieu de la nation parisienne. (R.) 218. CITER, ALLÉGUER.

On cite les auteurs ; on allégue les faits et les raisons. C'est pour nous autoriser et nous appuyer que nous citons : mais c'est pour nous maintenir et nous défendre que nous alléguons.

J'ai vu comparer les savans qui citent beaucoup et définis-

r


:;ent peu , à de gros magasins (îe marchandises étrangères ; et ceux qui s'attachent plus à définir qu'à citer, à des ouvriers illtelligens, propres à perfectionner ce qu'ils manient.

Les esprits scolastiques ont toujours des raisons à alléguer contre ce qu'il y a de plus clair: il n'y a point à gagner dans leur commerce ; vous ne recevrez que de mauvaises allégtion.

pour de bons ruisonnemens. (G.) 249. CIVILITÉ, POLITESSE.

Manières honnêtes d'agir et de converser avec les autres hommes dans la société. C'est, dit M. Duclos, l'expression ou l'imitation des vertus sociales : c'en est l'expression , si elle est vraie, et l'imitation, si elle est fausse.

Etre poli dit plus qu'être ciiiii. L'homme poli est nécessairement civil ; mais l'homme simplement civil n'est pas encore poli: la politesse suppose la civilité, mais elle y ajoute.

La civilité est par rapport aux hommes ce qu'est le culte public par rapport à Dieu, un témoignage extérieur et sensible, des sentimens intérieurs et cachés : en cela même elle est précieuse ; car, affecter des dehors de bienveillance, c'est cotifesser que la bienveillance devrait êire au-dedans.

La politesse ajoute à la civilité ce que la dévotion ajoute à l'exercice du culte public, les marques d'une humanité plus affectueuse , plus occupée des autres , plus recherchée.

La civilité est un cérémoni. I qui a ses règles, mais de convention : elles ne peuvent se deviner ; mais * elles sont palpables, pour ainsi dire, et l'attention suffit pour les reconnaître : elles sont différentes selon le temps , le lien , les conditions des personnes avec qui l'on traite.

La politesse, dit M. Trublel , consiste à ne rien faire, à ne rien dire qui puisse déplaire aux autres ; à faire et à dire tout ce qui peut leur plaire , et cela avec des manières et une façon de s'exprimer qui aient quelque chose de noble, d'aisé, de fin et de délicat. Ceci suppose une culture plus suivie et des qualités naturelles , ou l'art difficile de les feindre : beaucoup de bonté et de douceur dans le caractère ; beaucoup de finesse de sentiment et de délicatesse d'esprit, pour discerner promptement ce qui convient par rapport aux circonstances où l'on se trouve ; beaucoup de souplesse dans l'humeur, et une graaie facilité d'entrer dans toutes les dispositions, de prendre tous les sentimens qu'exige l'occasion présente, ou du moins de les feindre, Un homu-fe di, peuple, un simple paysan même, peuvent être civils ; il n'y a qu'un homme du monde qui puisse être poli.

La civilité n'est point incompatible avec une mauvaise


éducatIOn; la politesse au contraire suppose une éducation excellente, au moins à bien des égards.

La civilité trop cérémonieuse est également fatigante et inutile ; l'affectation la rend suspecte de fausseté, et les gens éclairés l'ont entièrement bannie. Lapofifesse est exemple de cet excès; plus on est poli, plus on est aimable; mais il peut tussi arriver, et il n'arrive que trop, que cette politesse si ainable n'est que l'art de se passer des autres vertus sociales m'ette affecte faussement d'imiter.

« Les législateurs de la Chine, dit M. de Montesquieu, voulurent que les hommes se respectassent beaucoup, que hacun sentit à tous les instans qu'il devait beaucoup aux mtres, qu'il n'y avait point de citoyen qui ne dépendIt à juelque égard d'un autre citoyen ; ils donnèrent donc aux égles de la civilité la plus grande étendue. Ainsi, chez le peuîle chinois, on vit les gens de village observer entre eux des rétémonies comme les gens d'une condition relevée; moyeli rès-propre a inspirer la douceur, à maintenir parmi le peuple a paix et le bon ordre, et à ôter tous Its vices qui viennent l'un esprit dur. En effet, s'affranchir des règles de la civilité, l'est-ce pas chercher le moyen de mettre ses défauts plus à 'aise? La civilité vaut bien mieux à cet égard que la politesse.

-A politesse flatte les vices des autres,' et la vivilitè nous em)êcIle de mettre les nôtres au jour ; crest une barrière que es hommes mettent entre eux pour s'empêcher de se corompre. »

Ceci n'est pourtant vrai que de cette poïitesit; t'rompeme, si brt recommandée aux gens du monde, et qui n'est, selon la 'emarque de M. Duclos, qu'un jargon fade,, pïein (fexpresiions exagérées, aussi vides de sens que de sentimens. « La rraie politesse , dit M. d'Alembert, est franche , sans apprêt, iairs étude, sans morgue, et part du sentiment intérieur de 'lé lité naturelle ; elle est la vertu d'une ame simple, noble it bien née ; elle ne consiste réellement qu'à mettre à leur aise ;eiix avec qui l'on se trouve. La civilité est bien différente; ïlle est l'eine de procédés sans attachement, et d'attentions lans estime. Aussi ne faut-il jamais confondre la civilité et la politesse : la première est assez commune, la seconde extrêmement rare : on peut être très-civil sans être poli, et très-poK Mm être civil. »

« La véritable politesse des grands, selon M. Duclos, doit etre de l'humanité ; celle des inférieurs, de la reconnaissance , gi les grands la méritent ; celle des égaux, de l'estime et des services mutuels. Qu'on nous inspire dans l'éducation l'humanité et la bienfaisance, nous aurons la politesse, ou nous n'en aurons plus besoin : si nous n'avons pas celle qui s'annonce par les grâces, nous aurons celle qui annonce l'honnête homme


et Ip citoyen ; nous n'aurons pas besoin de recourir à la faus selé : au lieu d'être artificieux pour plaire , il suffira d èlr bon : au lieu d'être faux pour flatter les faiblesses des autres il suffira d'être indulgent: ceux avec qui l'on aura de tel procédés, n'en seront ni enorgueillis, ni corrompus ; ils n'ci ; seront que reconnaissans et en deviendront meilleurs. (B.) 220. CIVISME, PATRIOTISME.

Ces deux mots présentent l'idée de l'amour de la patrie e de ses concitoyens.

L'usage vient de consacrer le mot de civisme, qui manquai à notre langue ; il est d'autant plus iniéressant d'en fixer 1 valeur, qu'il diffère de patriotisme, avec lequel on le confom trop souvent.

Civisme, dérivé de civis, citoyen, a pris la terminaisoi grecque 1'1p.«, qui signifie science, méthode ; comme si l'oi disait science du citadin, de l'habitant de la ville ; car ce mo et ses dérivés ne peuvent être pris que dans cette acceptioi particulière. C'est l'homme qui se dévoue à ses concitoyens les sert de tous les moyens qui sont en pouvoir.

Patriotisme, depatrius, avec la terminaison de son syno nyme, signifie profession d'amour de la patrie.

Le patriote est celui qui aime sa patrie, sa nation ; le patrio tisme est cette vertu mise en action. Le patriotisme se montr dans les conseils et dans les camps; il est au civisme ce qu l'homme public est à l'égard de l'homme privé.

Par quelle fatalité faut-il que les peuples soient toujour dupes du premier ambitieux qui se sert du mot patriotisme dont l'abus a si souvent découvert la magie ? Le prétexte d servir sa patrie éleva Périclès et les tyrans de Corinthe. 1 n'est pas de conquérant depuis Alexandre jusqu'à Attila, qu n'ait couvert ses projets de ce voile sacré. Le patriotism chassa les Tarquins de Rome, mais il garda l'autorité. Il arm les mains de Marius, et traça les listes des proscrits. C'est d ce nom que Sylla couvrit ses forfaits. Sylla. est peut-être li seul qui ait justifié ses crimes. C'est au nom et sous les dra.

peaux de Rome que César vainquit Rome et asservit l'univers tous les tyrans qui l'opprimèrent, tous sans exception , jus qu'à Cromwel, prirent le titre de protecteurs de leur patrie Le vrai patriote est l'homme paisible qui, dans une carrièfl moins brillante , offre à ses concitoyens un secours désinté ressé, et l'honore par des actes de civisme. C'est par l'exercict de toutes les vertus sociales qu'il se distingue; c'est l'hommi.

bon par excellence. (R.) -


22J. CLARTÉ, PERSPICUITE.

Ce sont deux qualités qui contribuent également à rendre in discours intelligible ; mais chacune a son caractère propre.

La clarté tient aux choses mêmes que l'on traite ; elle naît le la distinction des idées. La perspicuitè dépend de la matière dont on s'exprime ; elle naît des bonnes qualités du tyle.

Considérez votre objet sous toutes les faces ; écartez-en les tuages, l'obscurité ; sépare-le de touts les autres objets qui 'environnent, qui toi ressemblent, qui lui sont analogues ; xgninez-en toutes les parties , toutes les relations ; consilérez-le sans préventions, sans préjugés ; alors vous serez en lat d'en parler avec clarté.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement.

BUILEAU.

Si vous parlez votre langue dans toute sa pureté, si vousreherchez la propriété des termes, si vous mettez de la netteté ans vos constructions, si vous savez rendre vos tours pittoesques, soyez sûr que votre expression aura cette perspicuité esirahle que Quintillien regarde comme la première et la plus nportanie qualité du discours.

La clarté est ennemie du phébus et du galimatias; la persicuitc écarte les tours amphibologiques, les expressions loulies , les phrases équivoques. (B.) 222. CLOITRE , COUVENT, MONASTÈRE.

Cloître , lieu clos, de clo, clau, clore, fermer, serrer, en,riiier. Ce mot désigne certain lieu clos d'un couvent ou un nclos de maisons de chanoines ; et il se prend d'une manière énérale pour une maison religieuse. Couvent, autrefois conent, assemblée, lieu d'assemblée religieuse, du latin cum ou m et de venire, venir ensemble, s'assembler. Monastère, haitation de moines, du grec làjvcç seul, solitaire.

L'idée propre de cloître est donc celle de clôture ; l'idée ropre de couvent, celle de communauté ; l'idée propre de ionastère , celle de solitude. On s'enferme dans un cloître ; 1 il se met dans un couvent ; on se retire dans un monastère. -

elui qui fait avec le monde un divorce absolu s'enferme dans n cloître : celui qui renonce au commerce du monde se met ans un couvent : celui qui fuit le monde se retire dans un lonastère.

Dans le cloître, vous avez sacrifié votre liberté. Dans le cotcnt, vous avez renoncé à vos anciennes habitudes, vous conactez celle d'une société régulière, et vous portez le joug de réglé. Dans le monastère, vous êtes voué à une sorte d'exil, t vous ne vivez que pour votre salut,


Dans les anciens et vrais monastères , les religieux part geaient leur vie entre la contemplation et le travai) : lisent d friché la France. Lorsque les villes fondées ou agrandies p les défrichemens ont envahi et enclos les monastères , ils n'o plus, à proprement parler, forme que des couvens, où le coi mercedu monde a fait tomber le travail des moines.

Dans l'usage ordinaire, cloître se dit d'une manière absol et indéfinie : on dit le cloitre, pour désigner l'état monas que ; on entre dans le cloître ; on se jette dans un cloitr la mortification se pratique dans le cloître. On ne dit pas ds la même acception, le cloître des Bénédictins , comme on leur monastère; ou le cloître des Capucins , comme on dirit couvent. (R.) 223 CLORE, FERMER L'idée propre de clore est de joindre et de serrer ensemi les choses ou leurs parties , de manière à ne laisser entre el aucun vide, aucun interstice, pour bien cacher, couvi envelopper. Celle de fermer est de former une barrièr une défense , une garde à un passage, à une ouverture, manière que la chose soit fortifiée et assurée , pour préser des atteintes qu'on pourrait craindre, ou leur opposer t résistance.

En général , la clôture est plus vaste, plus rigoureui plus stable que la fermeture. Une ville est close de muraill un jardin est clos de murs : un champ l'est de haies. Un p sage est fermé , des portes sont fermées , une trappe 1' aussi. Un clos est un grand espace de terre fermé dans circuit.

• Le théâtre d'escrime delà chevalerie. fermé ou plutôt enfer par trois barrières, s'appelait champ-clos : ce dernier mot dique l'étendue de la clôture et celui de fermé, sa force. l' ferme ce qui est ouvert ou creux; on clôt ce qui était tout ( couvert et sans enceinte. La clôture est plus rigoureuse. Une fenêtre est fermée , pourtant elle peut n'être pas bien close. Il n'y a point de joi d'issue, de passage dans ce qui est clos; s'il s'y trouve des p sages, des issues, des ouvertures, on les ferme. Le propriéta de la maison est obligé de tenir le locataire clos et couve c'est-à-dire bien fermé de toutes parts. Votre bourse est ferm Je trésor de l'avare est vraiment clos. La nuit close est toi à-fait fermée ( car on ferme plus ou moins rigoureusemer Quand on a dit nuit fermaute, il faut bien dire nuit fermée. 1 livre est fermé, il n'est pas clos. Quand on ferme la bouch quelqu'un, il ne dit plus rien ; quand on la lui clôt, il n'a p rien à dire, il ne peut plus rien dire. On se sert au figuré clore plus souvent que de fermer, pour dire conclure, acl


ver , terminer, finir, etc. y clore une assemblée, un compte» un inventaire , etc. Les différentes manières d'employer les deux termes, soit au propre, soit au figuré, prouvent assez que clore dit quelque chose de plus sévère et de plus stricl que fermer Enfin la clôture est plus stable. Ce qui est clos, est fermé à demeure : ce qui se ferme, s'ouvre. On ouvre et on ferme es portes, les fenêtres, un coffre, les boutiques, les spectacles.

Mais les places closes et les choses employées pour ta clôture, les murs, les palissades, les haies, les cloisons, etc., ne s'ouvrent point ou ne sont point faites pour s'ouvrir et se fermer ilternativement. Vousfermfizvotrelettre qui doit être ouverte; nais ce qui ne doit pas être su, c'est lettre close. La main qui e ferme et s'ouvre ne se clôt pas ; il en est de même des yeux, les oreilles, dans le discours ordinaire. Cependant vous dites, e n'ai pas fermé ou clos l'œilde la nuit. Dans cet exemple on e sert de clore parce qu'il s'agit d'avoir les yeux fermés par 3 sommeil, pendant la durée de la nuit ou une assez longue urée. On dit fermer ou alore les yeux, pour désigner figuré- lentla mort. (R.) 224. CLYSTÈRE, LAVEMENT, REMÈDE.

Ces trois termes, synonymes en médecine et en pharmacie e sont point arrangés ici au hasard ; ils le sont selon l'ordre iironologique de leur succession dans la langue.

Il y a long-temps que clystère ne se dit plus. Lavement lui succédé ; et sous le règne de Louis XIV , l'abbé de Saintyran le mettait déjà au rang des mots déshonnêtes qu'il rerochait au Père Garasse. On a substitué de nos jours le terme e remède à celui de lavement. Remède est équivoque ; mais est par cette raison même qu'il est honnête.

Clystère n'a plus lieu que dans le burlesque ; et lavement ne dans les auteurs de médecine : dans leJangage ordinaire.

ri ne doit dire que remède. ( Encycl., 111,555.) 225. CŒUR, COURAGE, VALEUR, BRAVOURE, IWTKÉPIDITE. Le coeur bannit la crainte et la surmonte ; il ne permet pas e reculer, et tient ferme dans l'occasion. Le courage est imatient d'attaquer ; il ne s'embarrasse pas de la difficulté , et ntreprend hardiment. La valeur agit avec vigueur; elle ne îde pas à la résistance el continue l'entreprise, malgré les-opositions et les efforts contraires. La bravoure ne connaît pas peur; elle court au danger de bonne grâce et préfère l'honeur au soin de la vie. L'intrèpidité affronte et voit de sang oid le péril le plus évident ; elle n'est point effrayée d'une lort présente.

Il entre daijp J''dée des trois premiers de ces mots plut


de rapport à l'action, que dans celle des deux derniers ; el ceux-ci, à leur tour, renferment dans leur idée particulière un certain rapport au danger, que les premiers n'exprimeni pas.

Le cœur soutient dans l'action , le courage fait avancer : u valeur fait exécuter : la bravoure fait qu'on s'expose : l'intrépidité fait qu'on se sacrifie.

Il faut que le cœur ne nous abandonne jamais; que le cou rage ne nous détermine pas toujours à agir ; que la valeui ne nous fasse pas mépriser l'ennemi ; que la bravoure nt se pique pas de paraître mal à propos; et que l'intrépidit, ne se montre que dans le cas où le devoir et la nécessité y en gagent. (G.) 226. COLÈRE, COURROUX, EMPORTEMENT.

Une agitation impatiente contre quelqu'un qui nous obs tine , qui nous offense ou qui nous manque dans l'occasion fait le caractère commun que ces trois mots expriment. Mai la colère dit une passion plus intérieure et de plus de durée qui dissimule quelquefois et dont il. faut se défier. Le coui roux enferme dans son idée quelque chose qui tient de la su pcriorité, et qui respire hautement la vengeance ou la puni tion : il est aussi d'un style plus ampoulé. L'emportement n'es prime proprement qu'un mouvement extérieur qui éclate < fait beaucoup de bruit, mais qui passe promptement.

Le cœur est véritablement piqué dans la colère, et il a pein à pardonner , si l'on ne s'adresse pas directement à lui ; ma il revient dès qu'on sait le prendre. Souvent le courroux n' d'autre mobile que la vanité, qui exige simplement une sati faction; et parce qu'alors il agit plus par jugement que IIi sentiment, il en est plus difficile à apaiser. Il arrive assez ord nairement que la chaleur du sang et la pétulance de l'im; ginalion occasionnent l'emportement, sans que le cœur ni l'e prit y aient part : il est alors tout mécanique ; c'est pourqu la raison n'est point de mise à son égard ; il n'y a donc qu céder jusqu'à ce qu'il ait eu son cours.

La colère marque beaucoup d'humeur et de sensibilité celle de la femme est !a plus dangereuse. Le courroux marqi lieaucoup de hauteur et de fierté ; celui du prince est !e plus craindre. L'emportement marque beaucoup d'aigreur et d'il patience ; celui de nos amis est le plus désagréable et le pl dur à soutenir. (G.) »

227. COLÈRE, COLÉRIQUE.

Colère adjectif, qui est sujet à la colère : colériaue. q est enclin à la colére, ou qui porte à la colère. Le première signe proprement l'habitude, la fréquence des accès ; le c


cond , la disposition, la propension , .a pente naturelle à cette passion. Un homme est tolère, etil a l'humeur colérique. L'humeur colérique rend colère, comme l'humeur hypocondriaque rend hypocondre. Un homme peut être colérique sans être colère s'il parvient à se vaincre, s'il met un frein à son humeur.

Colérique ne se dit que didactiquement : cependant cette dernière observation prouverait combien il servirait à la précision du style dans tous les genres d'écrire.

Colère marque donc le fait. et colérique l'inclination.

La colère est un vice dominant dans l'homme colère , puisqu'il s'y abandonne sans mesure et sans réserve ; et peut-être ne sera-t-elle qu'un défaut dans l'homme colérique, qu'elle ne subjuguera pas, et n'emportera pas même.

En général, la terminaison ique signifie qui appartient à, qui a trait à : asiatique, qui appartient à l'Asie; philosophique, qui a trait à la philosophie; dogmatique, qui concerne le dogme, etc. (R. )

228. COMMANDEMENT, ORDRE, PRÉCEPTE, INJONCTION, JUSSION.

Les deux premiers de ces mots sont de l'usage ordinaire ; fe troisième est du style doctrinal ; et les deux derniers sont des termes de jurisprudence ou de chancellerie. Celui de commandement exprime avec plus de force l'exercice de l'autorité ; on

commande pour être obéi. Celui d'ordre a plus de rapport à l'instruction du subalterne; on donne des ordres afin qu'ils soient exécutés. Celui de précepte indique plus précisément l'empire sur les consciences; il dit quelque chose de moral qu'on est obligé de suivre. Celui, d'injonction désigne plus proprement le pouvoir dans le gouvernement ; on s'en sert lorsqu'il est question de statuer, à l'égard de quelque objet particulier, une règle indispensable de conduite. Enfin, celui de jussion marque plus positivement l'arbitraire ; il enferme une idée de despotisme qui gêne la liberté, et force le magistrat à se conformer à la volonté du prince.

Il faut attendre le commandement ; la bonne discipline défend de le prévenir. On demande quelquefois l'ordre ; il doit être précis. On donne souvent au précepte une interprétation contraire à l'intention du législatcur; c'est l'effet ordinairedu commentaire. Il est bon , quelque formelle que soit l'injonction, de ne pas trop s'arrêter à la lettre, lorsque les circonstances particulières rendent abusive la règle générale. Il me semble que les cours de justice ne sauraient trop prévenir les lettres de jussion, et que le ministère ne doit en user que trèssobrement. (G. )


2-JO. COMMERCE, NÉGOCE, TRAFIC « Le négoce regarde les affaires de banque et de marchan dises. Le commerce elle trafic ne regardent que les affaires de marchandises, avec cette différence, ce me semble, que le commerce se fait plus par vente et par achat, et le trafic par échange. » Ces notions, données par l'abbé Girard, sont bien légèrement hasardées.

Commerce, latin commercium, signifie à la lettre échange de marchandises, commutatio mercium : il est formé de cum, avec, ensemble, et de merx, mer ces, marchandise, qui vient de mar,marc, marque ; car les marchandises portèrentd'abord une marque, la marque du marchand ou d'une chose à vendre.

Le commerce ne se fit d'abord que par échange immédiat : pour en généraliser l'idée , on en fait un échange de valeurs.

Dans tous les sens, ce mot exprime un échange, une communication réciproque.

Négoce, latin negotium, est ordinairement composé par les étymologistes denec eiotium, privation de loisir, occupation.

Le négoce est une espèce particulière de travail d'affaire, d'occupation ; l'occupation, l'exercice, la profession du commerce.

Trafic est tiré, par Ménage, de l'italien traffico; nous l'avons bien plutôt pris, comme les Italiens, de trafficium, mot de la basse latinité, composé de tra, par-delà, au-delà, au dehors, loin; et de fac, faire, agir, travailler. Le trafic est le commerce, ou plutôt le transport fait d'un endroit à l'autre; - il a particulièrement désigné le commerce éloigné, lointain : on disait le trafic des Indes, etc.: mais on s'est plutôt arrêté à l'idée d'entremise, assez analogue au mot, et très-propre à désigner l'action du revendeur qui se met entre le premier vendeur et le consonimateurpour transporter de l'un à l'autre une marchandise, un objet de jouissance. C'est, par exemple, ce que fait le banquier; et la banque est déni¡!,' par les vocabulistes, trafic d'argent. On trafique 3ussi des papiers, etc. On appelle un billet trafiqué, celui qui a passé par plusieurs mains , etc. Cette observation achève de détruire toutes les notions rappelées au-commencement de cet arlicle.

Le commerce est l'échallge de valeurs pour valeurs égales, ou d'objets équivalens, et qui se paient l'un l'a itre, et non féchauqe du superflu contre le nécessaire ; car celui qui vendrait ie nécessaire pour acheter le superllu, ne ferait-il pas aussi un échange de choses vénales? Le négoce est le travail exercé au service du commerce, ou cette partie du commerce exercée par des gens. voués aux entreprises, aux soins, aux travaux de cette profession : c'est donc à tort qu'on dit le commerce, pour désigner le corps de ces agens, qui ne font pas en effet tout le commerce, mais qui servent le commerce: ce se-


ait olutôt lenèaoce. Le trafic est ce négoce qui fait nasser de eux en lieu*, ou de mains en mains , ou qui fait circuler tel u tel objet particulier de commerce, par des agens inlerméiaires placés entre le premier vendeur et le dernier acheteur.

.insi ce mot n'exprime qu'un service particulier du négoce orné à un certain genre d'industrie et de commerce, comme : commerce des soies, des lainages.

Le commerce est cette communication complète qui emrasse tous les échanges et toutes les sortes d'échanges qui se Int dans toute l'étendue de la circulation, depuis la prodnc- on jusqu'à la consommaI ion, depuis le cultivateur ou le pro..

riétaire qui vend la denrée de son cru , et qui est le premier jmmerçant sans être négociant, jusqu'au consommateur qui !rmine les échanges en faisant le dernier achat de la chose sur son usage. Le négoce n'est qu'un service particulier que ;ndent au commerce des agens, des personnes intelligentes, flairées et laborieuses, en épargnant aux producteurs ou ix fabricans et aux consommateurs la peine de se rapprocher s uns des autres pour leurs ventes et leurs achats, en calliant et balançant les moyens des uns et les besoins des aues, pour les accorder ensemble; en combinantet multipliant iême les échanges en divers lieux, en divers pays, pour mdre plus favorable le débit de la denrée ; en formant enfin s spéculations et exécutant les opérations nécessaires pour )nduire les objets d'un terme à l'autre, avec le plus d'écoomie et d'avantage possible. Le trafic, infiniment plus borné ans son industrie, dans ses lumières, dans ses entreprises, ans ses spéculations, dans ses opérations, consiste proprelent à acheter là une marchandise pour revendre ici cette lême marchandise avec profit; tandis que le tiégore atira sotlent fait, par un long circuit, et avec beaucoup de travail, lusieurs échanges différens pour arriver à la marchandise ne vous attendez.

Le commerce se prête à une infinité de divisions; commerce Itérieur, commerce extérieur, commerce maritime, commerce n gros, commerce en délail, grand commerce, petit cornterce, etc., commerce des denrées, commerce des marchanises, etc. Le négoce se prend ordinairement d'une manière énérique; mais il se prête aussi à des divisions, négoce en ros et en détail, etc.; mais surtout à des divisions iclatives tU à l'intérêt ou à l'art : bon négoce, négoce lucratif, négoce IIrOllllU, etc. Le trafic se fait aussi en gros et en tletai), etc., fiais avec spécification de telle ou telle marchandise, trafic l'argent, de papiers, de soieries de bonneteries, etc.

Le mot commerce sert toujours à designer une communicaion récipoque on de pensées, ou de lettres, de senlimens, l'intelligence, de services, de secours, ou chacun donne, re-


çoit, rend, etc. On dit le commerce du monde, de la vie; li commerce des savans, de deux amis, des époux, elc. Ce mo se prend en bien et en mal ; un commerce est licite ou illicite bon ou mauvais, innocent ou criminel, etc.

Négocier, négociation, s'emploient en bonne part dans le affaires publiques ou privées. On négocie un traité, une al liance, un mariage, un accommodement, etc. Le mot negoce, détourné de son acception propre, se pren( odieusement, comme si l'intérêt du négociant était toujour en débat avec l'intérêt des personnes qui traitent avec lui : ains l'on dit qu'un usurier fait un vilain négoce. En parlant de gens cachés et suspects, on se demande de quel négoce sont ce gens-là ?

Trafic est très-souvent employé pour désigner des pratique mauvaises et intéressées, comme si l'on ne voyait dans le Irafie que la vénalité ou une petite industrie, uniquement inspi rée par l'intérêt, et tendant au profit. On fait des trafics d'à - milié, de bienfaits, de louanges, de complaisances, de vertu d'amour, etc. : tout cela signifie rendre. On trafique de 1; vertu, de l'amour, dit La Bruyère; tout est à vendre parm les hommes. (R.) 230. COMMIS EMPLOYÉ. ;

Le commis a une mission, une commission; l'employé à unt fonction, un emploi, le commis répond à un commettant : l'em.

ployé à un chef. Le commis a ses instructions et les suit : l'em.

'P'oyé a des ordres, il les exécute Il y a des commis importans et très-importans : ceux-là gouvernent. Les employés sont gueux-et misérables, ceux-ci vexent.

On parle de la fortune des commis puissans. On plaint lE sort des pauvres employés.

Multipliez les affaires et les embarras, vous multiplierez le!

commis et vous augmenterez leur importance. Multipliez les prohibitions et les perceptions, vous multiplierez les employés et comblerez nos misères.

Les commis sont dans les bureaux, dans les cabinets, dans les hôtels, autour des caisses, aux portes, aux barrières, etc.(R.) 231. COMPLAIRE, PLAIRE.

Ces deux verbes expriment tous deux des actions agréables à ceux qui en sont l'objet.

Complaire, c'est s'accommoder au sentiment, au goût, à l'humeur de quelqu'un, acquiescer à ce qu'il souhaite, daM la vue de lui être agréable ; plaire, c'est effectivement être agréable à force de déférence et d'attention.

Le premier est donc un moyen pour parvenir au second;


t l'on peut pire que quiconque sait complaire avec dignité, eut hardiment espérer de plaire. (B.)

232. COMPLAISANCE, DÉFÉENCE, CONDESCENDANCE.

La complaisance ou le désir, le soin de complaire, est de se laire à faire ce qui plaît aux autres. La déférence ou l'attenon à deferer, et de se porter (ferre) volontiers à préférer à ses ropres senlimens l'acquiescement aux sentimens des autres.

a condescendance, ou l'action de condescendre, est de descende de sa hauteur pour se prêter à la satisfaction des autres, au su d'exercer rigoureusement ses droits.

Les uécessilés, les bienséances, les convenances, les offices, s agrémens de la société , de la familiarité , de l'intimité, figent àia complaisance : elle fait toute sorte de sacrifices de )s volontés, de nos goùls, de nos commodités, de nos jouisnces, de nos vues personnelles. L'âge, le rang. la dignité, le érite des personnes, nous imposent la déférence: elle subormne ou soumet à ces titres notre avis, nos opinions, nos ju-r mens, nos prétentions, nos desseins. Les faiblesses, les besoins s goûts, les défauts d'autrui, demandent delà condescendance: le fait que nous nous relâchons de notre sévérité ou des droits oureux de notre autorité, de notre supériorité, de notre 1U :rté, de notre volonté.

Un mari a de la complaisance et de la condescendance pour femme : la femme a de la déférence pour son mari ; ils ont m et l'autre de la condescendance pour leurs enfans. Nous )us devons tous de la complaisance les uns aux autres: nous ivons de la déférence à nos supérieurs : nous avons pour nos férieurs de la condescendance. Le fort a de la condescenince pour le faible: les petits ont de la déférence pour les ands : on doit avoir de la complaisance pour tous ceux avec li l'on vit.

Ces qualités annoncent de la bonté, de la douceur, de la milité dans le caractère, dans l'humeur, dans l'esprit ; mais complaisance marque particulièrement une bonté affeeeuse; la déférence, une douceur respectueuse; la condescenince, une facilité indulgente.

La complaisance est inspirée par le désir de plaire; et c'est moyen de plaire. La déférence marque une docilité réglée if la science des égards; elle rend les autres contens d'eux de nous. La condescendance tient à cette sorte d'aménité a se prête volontiers à des tempéramens; elle se plie pour lus embrasser.

L'auteur du livre des Mœurs dit que la complaisance est le condescendance honnête, par laquelle nous plions notre )Ionté pour la rendre conforme à celle des autres ; et qu'elle >nsiste à ne contrarier le goût de qui que ce soit dans tout


ce qui est indifférent pour les mœurs, à s'y prêter même au tant qu'on le peut, et à le prévenir lorsqu'on l'a su deviner.

La complaisance cherche à prévoir, à saisir, à prévenir le goûts et les désirs des personnes, sans doute : mais il n'en es pas de même de la condescendance; elle attend, résiste, mai se rend. La complaisance fait qu'on n'a de volonté que cell des autres; la condescendance fait qu'on ne tient pas à sa vc lonté, quand elle est opposée à celle des autres. La complaisance a beaucoup plus d'affection et de générosité que la cou descendance : si on la réduit à une pure condescendance, on 1 dénature au lieu de la définir.

La déférence a été mieux connue ou mieux sentie. L'usag est assez général d'y attacher l'idée d'une sorte d'hommag rendu au mérite et aux bienséances. D'Ablancourt nous d qu'on en a pour les personnes de mérite et de qualité; Por Royal, qu'il faut nous prévenir les uns les autres par des t< moignages d'honneur et de aéfërence; Saint-Evremont, qt le respect et la déférence naissent ae l'estime mutueile qt doivent avoir des amis.

255. COMPLIQUÉ, IMPLIQUÉ.

Les affaires ou les faits sont compliqués les uns avec t< autres, par leur mélange et par leur dépendance, Les pei sonnes sont impliquées dans les faits ou dans les affaires , lor qu'elles y trempent ou qu'elles y ont quelque part.

Les choses extrêmement compliquées deviennent obscures ceux qui n'ont ni assez détendue, ni assez de justesse d'espr pour les démêler. Quand on est souvent à la compagnie d< étourdis, on est exposé à se voir impliqué dans quelque fi cheuse aventure.

Les affaires les plus compliquées deviennent simples et ft ciles à entendre dans la bouche ou dans les écrits d'un hi bile avocat. Il est dangereux de se trouver impliqué, mên innocemment ,dans les affaires des grands; on en est toujours dupe; ils sacrifient à leurs intérêts leurs meilleurs serviteurs.

Compliqué a un substantif qui est d'usage ; impliqué n'en point; mais en revanche il a un verbe que l'autre n'a pas : o dit complication et impliquer ; mais on ne dit pas implication ni compliquer.

Rien n'embarrasse plus les médecins que la complication d maux , dont le remède de l'un est contraire à la guérison d l'autre. Il n'est pas gracieux d'avoir pour amis des personne qui vous impliquent toujours mal à propos dans les faute qu'elles commettent. (G.)


254. CONCLUSION, CONSÉQUENCE.

Ces deux termes sont synonymes en ce qu'ils désignentéga..

ment des idées dépendantes de quelques autres idées.

Dans un raisonnement, la conclusion est la proposition qui lit celles qu'on y a employées comme principes et que l'on DMMEPRÉMISSES; la conséquence est la liaison de la concItt* on avec les prémisses.

Une conclusion peut être vraie, quoique la conséquence soit usse : il suffit, pour l'une, qu'elle énonce une vérité réelle; , pour l'autre, qu'elle n'ait aucune liaison avec les prémiss. Au contraire, une conclusion peut être fausse , quoique conséquence soit vraie : c'est que, d'une part, elle peut loncer un jugement faux; et, de l'autre part, avoir une lison nécessaire avec les prémisses, dont l'une, au moins

inscecas, est elle-même fausse.

Quand la conclusion est vraie et la conséquence fausse, on lit nier la conséquence et on le peut sans blesser la vérité de conclusion : c'est qu'alors la négation ne tombe que sur la lison de cette proposition avec les prémisses. Quand, au con, aire, la conclusion est fausse et la conséquence vraie, on peut corder la conséquence sans admettre la fausseté énoncée ns la conclusion : ce qu'on accorde ne tombe alors que sur liaison de cette proposition avec les prémisses, et non sur valeur même de la proposition.

Pour un raisonnement parfait, il faut de la vérité dans tou> les propositions, et une conséquence juste entre les prémiss et la conclusion. La plus mauvaise espèce serait celle dont conclusion et la conséquence seraient également fausses : ne serait pas même un raisonnement.

La conclusion d'un ouvrage en est quelquefois la récapilation ; quelquefois c'est le sommaire d'une doctrine, dont mvrage a exposé ou établi les principes. Les diverses prositions qui énoncent cette doctrine fondée sur les principes l'ouvrage, sans y être expressément comprises , sont ce 'on appelle les conséquences. (B.) 255. CONCUPISCENCE. CUPIDITÉ , AVIDITÉ, CONVOITISE.

14 concupiscence est la disposition habituelle de !'ame à dé•er les biens , les plaisirs sensibles ; la cupidité en est le déviolent; l'avidité, un désir insatiable; la convoitise, un sir illicite.

La concupiscence est la suite du péché originel. Le renonment à soi-même est le remède que propose l'Evangile ntre cette matadie de !'ame. Ce renoncement, aussi inconnu a philosophie humaine que la nature de l'origine du mal m il est le remède, dispose généreusement le chrétien a


réprimer les emportemens de la cupidité, à prescrire des bo nes raisonnables à l'avidité, à détester toutes les injusticest la convoitise. (B.) 236. CONDITION, ÉTAT.

La condition a plus de rapport au rang qu'on tient dans 1 âifférens ordres qui forment l'économie delà république. L'ét en a davantage à l'occupation ou au genre de vie dont on fa profession.

Les richesses nous font aisément oublier le degré de noti condition , et nous détournent quelquefois des devoirs c notre état.

Il est difficile de décider sur la différence des conditions et d'accorder là-dessus des prétentions des divers états ; il y beaucoup de gens qui n'en jugent que par le brillant de la dt pense.

Quelques personnes font valoir leur condition, faute de bit connaitre le juste mérite de leur état. (G.) 257. DE CONDITION, DE QUALITÉ La première de ces expressions a beaucoup gagné sur l'ai tre; mais quoique souvent très-synonymes dans la bouche d ceux qui s'en servent, elles retiennent toujours dans leur pr( pre signification le caractère qui les distingue , auquel on e; obligé d'avoir égard en certaines occasions pour s'exprimf d'une manière convenable. De qualité enchérit sur de cou ditioll, car on se sert de cette dernière expression dans l'oi dre de la bourgeoisie et l'on ne peut se servir de l'autre qii dans l'ordre de la noblesse. Un homme né roturier ne fi jamais un homme de qualité ; un homme né dans la robe quoique roturier, se dit homme de condition.

Il semble que, de tous les citoyens partagés en deux pai tions, les gens de condition en fassent une et le peuple l'autre distinguées entre elles par là nature des occupations civiles les uns s'occupent aux emplois nobles, les autres aux emplo lucratifs : et que, parmi les personnes qui composent la pre mière portion, celles qui sont illustrées par la naissance soien les gens de qualité.

Les personnes de condition joignent à des mœurs cultivée des manières polies ; et les gens de qualité ont ordinairemen des sentimens élevés.

Il arrive souvent que des personnes nouvellement devenue de condition, donnent dans la hauteur des manières, croyan en prendre de belles; c'est par-là qu'ellesse trahissent, et fin: sur l'esprit des autres un effet tout contraire à leur intention Quelques gens de qualité confondent l'élévation des senti mens avec l'énormité des idées qu'ils se font sur le mérite d


la naissance , affectant continuellement de s'en targuer et de prodiguer des airs de mépris pour tout ce qui est bourgeoisie : c'est un aéfaut qui leur fait beaucoup plus perdre que gagner jans l'estime des hommes , soit pour leur personne, soit pour leur famille. (G.) K 258. CONDUIRE , GUIDER , MENER.

Les deux premiers de ces mots supposent dans leur propre valeur une supériorité de lumières que le dernier n'exprime )as; mais,en récompense, celui-ci renferme une idée de crédit ît d'ascendant tout-à-fait étrangère aux deux autres. On conluit et l'on guide ceux qui ne savent pas les chemins; on mène ;eux qui ne peuvent on ne veulent pas aller seuls.

Dans le sens littéral, c'est proprement la tête qui conduit, 'œil qui guide et la main qui mène.

On condtiit un procès : on guide un voyageur : on mène un infant.

L'intelligence doit conduire dans les affaires : la politesse loit guider dans les procédés : le goût peut mener dans les )laisirs.

On notis conduit dans les démarches, afin que nous fassions )récisément ce qu'il convient de faire : on nous guide dans les outes pour nous empêcher de nous égarer : on nous mène :hez les gens pour nous en procurer la connaissance.

Le sage ne se conduit par les lumières d'autrui qu'autant lu il se les est rendues propres. Une lecture attentive de l'Evangile suffit pour nous guider dans la voie du salut. Il y a de 'imbécillité à se laisser mener dans toutes ses actions par la vo,onté d'un autre; les personnes sensées se contentent de concilier dans le doute et prennent leur résolution par ellesmêmes. (G.) 259. CONFÉRER, DÉFÉRER.

On dit l'un et l'autre, en parlant des dignités et des honneurs que l'on donne. COli férer est un acte d'autorité ; c'est l'exercice du droit dont on jouit. Déférer est un acte d'honnêteté; c'est une préférence que l'on accorde au mérite.

Quand la conjuration dé Gatilina fut éventée, les Romains, convaincus du mérite de Cicéron, et du besoin qu'ils avaient alors de ses lumières et de son zèle, lui déférèrent unanimement le consulat : ils ne firent que le conférer à Antoine. (B.)

240. SE CONFIER , SE FIER. N Se confier ne désigne guère que faire une confidence; se fierf c'est proprement avoir de la confiance: le premier n'indique qp'un sentiment passager de l'ame et relatif aux circonstances;


l'autre exprime un sentiment absolu et indépendant de toute circonstance.

On se confie à tous ceux à qui l'on a fait des confidences; et comme une confidence ne prouve pas toujours pour celui à qui on la fait, on ne se fie pas à tous ceux à qui l'on se confie.

On se fie à la probité ; on se confie à la discrétion : à la cour il faut continuellement se confier et ne se fier jamais.

On se confie à son confesseur, et l'on ne s'y fierait pas toujours.

Les jeunes gens se confient leurs intrigues sans s'estimer : on estime toujours ceux à qui l'on se fie.

On peut dire à un homme dont on soupçonne la probité : Comme votre intérêt vous imposera silence, quoique je ne me fie pas à vous , je vais vous confier,. c'est-à-dire , quoique je n'aie en vous aucune confiance, je vais vous faire telle confidence. (Anon.) 241. CONFISEUR, CONFITURIER.

Tous deux ont rapport aux confitures. Le confiseur les fait, et le confiturier les vend.

Un homme nécessaire dans l'office d'une grande màison est un habile confiseur. Il ne serait ni bienséant, ni sûr, ni bien entendu de recourir sans cesse à un confiturier. (B.) 242. CONFRÈRE , COLLÈGUE , ASSOCIÉ.

L'idée d'union est commune à ces trois termes; mais elle y est présentée sous des aspects différens.

Les confrères sont membres d'un même corps religieux ou politique : les collègues travaillent conjointement à une même opération , soit volontairement, soit par quelque ordre supérieur ; les associés ont un objet commun d'intérêt.

Le fondement nécessaire de l'union entre des confrères, c'est l'estime réciproque ; entre aes collègues, c'est l'intelligence , entre des associés , c'est l'équité.

Il importe à notre tranquillité personnelle de bien vivre avec nos confrères, de captiver leur estime, de leur accorder la nôtre, et, s'ils nous forcent de la leur refuser, de garder au moins les bienséances.

Il importe au succès des opérations où nous sommes chargés de concourir, de nous entendre avec nos collègues : de leur communiquer toujours nos vues; de déférer souvent aux leurs, et, si nous sommes forcés de les contredire ou de leur résister , de le faire avec les plus grands ménagemens : la conduite de Cicéron à l'égara d'Antoine , son collègue dans le consulat, est un modèle de conduite en ce genre.

Il importe à nos propres intérêts de respecter ceux de nos


asgociès, de leur inspirer de la confiance par nos principes, de la confirmer par notre équité; et si. la perte n'est pas excessive, de faire même quelques sacrifices à leurs prétentions. (B.) 243, CONNEXION, CONNEXITÉ.

La plupart des auteurs confondent la signffication de cee deux termps Quelques-uns les distinguent, comme on peut la voir dans Richelet, l'Encyclopédie , Trévoux , etc.

Ces mots expriment le rapport, la liaison, la dépendance qui se trouvent entre certaines choses. La terminaison du premier, ion, marque l'action de lier ces choses ensemble : la terminaison du second, iie, marque la qualité des choses faites pour être liées ensemble.

Cette remarque donne l'explication d'une foule de mots uniquement distingués par l'une ou l'autre de ces terminaisons.

Il semble d'abord qu'elle s'accorde assez avec l'observation mivante de l'Encyclopédie. Le mot connexion, dit l'auteur de l'article, désigne la liaison intellectuelle des objets de notre méditation; celui de connexité, la liaison que les qualité* gxistant dans les objels, indépendamment de nos réflexions, constituent entre ces objets. Ainsi il y aura connexion entre les abstraits , et connexitè entre les concrets , et les qualités et les rapports qui font la connexité, seront les fondemens de la connexion; sans quoi, notre entendement mettrait dans les choses ce qui n'y est pas. (Encycl., III, 880.) Quelques gens prétendent, dit le Dictionnaire de Trévoux, qu'il y a quelque sorte de différence entre connexitè et connexion. Ils veulent que connexitè signifie une liaison et une dépendance naturelle qui se trouvent entre les choses, sans que nous y contribuions en rien de notre part, telle qu'elle est entre la physique et la médecine : au lieu que connexion ne signifie , selon eux , qu'une liaison qui est à faire, et à laquelle nous devons contribuer par notre art ; comme si IOn disait, par la connexion de ces deux propositions, vous verrez que l'une sert d'éclaircissement à l'autre.

Il n'y aurait donc pas une connexion naturelle et nécessaire, indépendante de toute opération de l'esprit, entre les idées de père et d'enfant, d'époux et d'épouse, de souverain et de sujet , de débiteur et de créancier, et ainsi de tant d'autres idées corrélatives. Il n'y aurait donc entre elles qu'une connexité comme entre des idées dont les rapports ne s<mt ni connus ni sentis.

Pour moi, je pense, la que connexion et connexité s'appli quent également à toute espèce d'objets entre lesquels il y a tics rapport., particuliers, de quelque nature que soient ces


objets et rapports ; 2° que la connexion ne consiste pas danl ces simples rapports, et que la connexitè peut exister sans elle; 5° que la connexion, qui souvent dépend de nos opérations.

en est aussi quelquefois indépendante, et qu'elle vient alori d'une sorte d'intimité naturelle entre les choses, ou de leui état naturel. La connexitè est la qualité ou la propriété na.

turelle, en vertu de laquelle la connexion a lieu ou peut avoir lieu.

Tout le monde s'accorde sur la signification. de connexitè ; et c'est une qualité, une propriété , une disposition des choses à se lier ensemble. La division est sur le sens de connexion, qui, comme nous l'avons dit, exprime l'action de lier des choses faites par leurs qualités et leurs propriétés pour être liées ensemble, ou par conséquent la liaison, la jonction, l'union produite par l'application d'une chose à l'autre, on parcelle d'un moyen qui les assemble selon leurs rapports, de quelque cause qu'elle provienne ; car il n'y en a aucune de déterminée, ni par la valeur propre du mot, ni par les inductions qu'on en peut tirer.

La connexitè présente des liens pour enchaîner les choses les unes aux autres, et la connexion les noue.

Deux idées ont de la connexite; leur cou h ea iou forme un jugement. Par le raisonnement , vous établissez la connexion entre des propositions qui n'avaient qu'une cOllnexité. Un principe a de la connexitè avec un autre ; l'antécédent a une connexion avec le conséquent, ou le corollaire avec la proposition démontrée. Entre deux vérités qui se rapportent par leur connexitè l'une à l'autre, la vérité intermédiaire fera la conllexion. La connexitè d'un certain nombre de vérités demande que leur connexion forme la chaîne qu'on appelle la science.

Il y a de la connexitè entre la géométrie et la physique; leur connexion est dans les mathématiques mixtes. La connexitè de l'astronomie avec la navigation est démontrée par la connexioti établie, par exemple, entre la connaissance des satellites de Jupiter et la détermination des longitudes. La connexion de la physique et de la théologie est sensible; leur COIII/exite est développée par lessavans. (R.) ï 244* CONSEILLER D'HONNEUR, CONSEILLER HONORAIRE.

Le conseiller d'honneur est un conseiller en titre, à la place duquel est attachée cette qualification ; le conseiller honoraire est un conseiller qui, après avoir rempli quelque temps cette charge, a obtenu des lettres de vétérance, et qui conserve les principaux honneurs de lacliarge, .:ms être tenu d'en remplir les fonctions


Un conseiller d'honneur est en exercice; un conseiller honor ,ire n'y est plus. (B.j

243. CONSENTEMENT , PERMISSION , AGRÉMENT.

Termes relatifs à la conduite que nous avons à tenir dans plupart des actions de la vie où nous ne sommes pas enrement libres, et où l'événement dépend en partie de nous, partie de la volonté des autres. (Encyclop. IV, 32.) Le contentement se demande aux personnes intéressées dans iffaire. La permission se donne par les supérieurs qui ont oit de régler la conduite, ou de disposer des occupations.

faut avoir l'agrément de ceux qui ont quelque autorité ou lelque inspection sur la chose dont il s'agit.

Nul contrat sans le consentement des parties. Les moines peuvent sortir de leur couvent sans permission. On n'acliert point charge à la cour sans l'agrément du roi.

On se fait quelquefois prier de donner son consentement à le chose qu'on désire beaucoup. Tel supérieur refuse des rmissions , qui prend pour lui des licences peu décentes.

agrément du prince devient difficile à obtenir vis-à-vis d'un ncurrent protégé. (G.) (6. CONSENTIR, ACQUIESCER, ADHÉRER, TOMBER D'ACCORD.

Nous consentons à ce que les autres veulent, en l'agréant et 1 le permettant. Nous acquiesçons à ce qu'on nous propose, i l'acceptant et en nous y conformant. Nous adhérons à ce li est fait et conclu par d'autres, en l'autorisant et en nous joignant. Nous tombons d'accord de ce qu'on nous dit, en l'aluant et en l'approuvant..

On s'oppose aux choses auxquelles on ne vent pas consent ir.

n rebute celles auxquelles on ne veut pas acquiescer. On ne end point de partTà celles auxquelles on ne veut pas adhérer n conteste celles dont on ne veut pas tomber d'accord.

Il semble que le mot de consentir suppose un peu de supériolé. que celui d'acquiescer emporte un peu de soumission; l'il entre dans l'idée d'adhérer un peu de complaisance ; et te tomber d'accorcl marque un peu d'aversion pour la dispute.

Les parens consentent à l'établissement de leurs enfans. Les irties acquiescent au jugement d'un arbitre. Les amans adèrent aux caprices de leurs maîtresses. Les bonnes gens ,mbent d'accord de tout. ( G. ) 247. CONSIDÉRATION, RÉPUTATION.

Il nefaut pas confondre la considérais navec la ripuiatiofJ, ille ci est, en général, le fruit des lalens ou du savoir-faire, îlle-là est attachée à la place, au crédit, aux richesses, ou, a général, au besoin qu'on a de ceux à qui on l'accorde. L'ab-


sence ou t'étoignemeut, ioin d'affaiblir !a réputation, lui souvent utile ; la considération, au contraire, est toute ex rieure et semble attachée à la présence.

Un ministre, incapable de sa place a plus de considéraii et moins de réputation qu'un homme de lettres ou qu'un î tiste célèbre. Un homme riche et sot a plus de considérati et moins de réputation qu'un homme de mérite pauvre.

Corneille avait de la réputation, comme auteur de Cinn et Chapelain, de la considération, comme distributeur c graces de Colbert. Newton avait de la réputation, comme venteur dans les sciences ; (t de la considération, comme < recteur de la Monnaie. ( Encycl., IV, 43.) Voici, selon madame de Lambert, la différence d'idées q donnent ces deux mots.

La considération vient de l'effet que nos qualités perso nelles font sur les autres : si ce sont des qualités grandes été vées, elles excitent l'admiration; si ce sont des qualités ; mables et liantes, elles font naître le sentiment de l'amitié.

L'on jouit mieux de la considération que de la réputatio l'une est plus près de nous, et l'autre s'en éloigne; quoiqi plus grande, cette ci se fait moins sentir, et se convertit rar ment en une possession réelle.

Nous obtenons la considération de ceux qui nous approche; et la réputation de ceux qui ne nous connaissent pas. Le ni rite nous assure l'estime des honnêtes gens ; et notre étoi celle du pllblic La considération est le revenu du mérite de toute la vif et la réputation est souvent donnée à une action faife au h; sard ; elle est plus dépendante de la fortune. Savoir protilt de l'occasion qu'elle nois présente, une action brillanie, ur victoire, tout cela est à la merci de la renommée : elle sechait des actions éclatantes; mais en les étendant et les célébran eHe les éloigne de nous.

La considération, qui tient aux qualités personnelles, e moins étendue ; mais comme elle porte sur tout ce qui nous ei toure. la jouissance en est plus sensible et plus répétée : el tient plus aux mœurs que la réputation, qui quelquefois n'e due qu'à des vices d'usage bien placés el bien préparés, o d'autres fois même à des crimes heureux et illustres.

La considération rend moins, parce qu'elle tient à des qui lités moins brillantes : mais aussi la réputation s'use, et a be soin d'être renouvelée. (Eneyrl., XlV, -161.) , 248. CONSIDÉRATIONS, OBSERVATIONS , RÉFLEXIONS, PENSÉES.

1 e terme de considérations est d'une signification pluséten due; il exprime cette action de l'esprit qui envisage un obje


is les différentes facrs dont il est compose. Ceiui ù.ubservtlIIIS sert à exprimer les remarques que l'on fait dans la société sur les ouvrages. Le terme de réflexions désigne plus parU- lièrement ce qui regarde les mœurs et la conduite de la vie.

lui de pensées est une expression plus vague, qui marque listinciement les jugemens de l'esprit.

Les Considérations de Montesquieu sur les causes de la indeur et de la décadence des Romains, annoncent un génie >fond et pénétrant. Les Observations de l'Académie française le Cid font voir beaucoup de sagacité. Les Réflexions de cite et de quelques autres historiens politiques sont souvent is ingénieuses qjue solides. Les pensées de La Rochefoucault it plus agréables que celles de Pascal; et quoiqu'à une prebre lecture elles paraissent superficielles, on en trouve nssi profondes, lorsqu'on les a bien méditées.

1 y a , dans les Considérations sur les ouvrages d'esprit, des ervations fréquenteset quelques réflexions: l'auteur souhaite : les pensées qu'on y trouve soient aussi justes qu'elles le ont paru. (Avertissement des Considérations sur les ouvrad'esprit.) .es considérations supposent de la profondeur, de la pénéion, de l'étendue dans l'esprit, et de la tenue dans ses rations. Les observations exigent de la sagacité pour dé!er ce qui est le moins sensible, et du goût pour choisir lui est digne d'attention, et pour rejeter ce qui n'en mérite nt. Les réflexions, pour être solides, doivent porter sur principes sûrs ; elles demandent de la finesse, mais surt de la justesse dans les applications. Les pensées étant deses à devenir la matière des considérations , à faire valoir observations, à nourrir les réflexions, supposent dans l'est les qualités nécessaires au succès des unes et des autres, )n l'occurrence.

les considérations de M. Duclos sur les mœurs de ce siècle, ieuclront les suffrages de la postérité comme elles ont méi ceux de notre âge par l'importance des observations qui

r servent de base ; par le goût de probité qui en caractérise réflexions, et qui en fait presque autant de principes pré- ux dans la morale ; et par une foule de pensées neuves, soes, agréables , et qui supposent dans l'auteur une étendue lumières peu commune. (R.) 249. CONSOMMER, CONSUMER.

Plusieurs, des nos écrivains ont confondu ces deux termes, oiqu'ils aient des significations très-différentes. « Ce qui a tiné lieu à cette erreur, si je ne me trompe, dit M. de Vaulas, est que l'un et l'autre emporte avec soi le sens et la siification d'ACHEVER : ainsi ils ont cru que ce n'était qu'une


même chose. Il y a pourtant une étrange différence el: ces deux sortes d'ACHEVER ; car consumer achève en déli 6ant et anéantissant le sujet ; et consommer achève en mettant dans sa dernière perfection et son accomplissem entier. » * Un homme consommé dans les sciences n'a certaines pas consumé tout son corps dans l'inaction ou dans les volités. e Quand on commence par consumer son patrimoine dans débauche, on ne doit pas espérer de consommer jamais

établissement honorable. 1 Il est nécessaire, pour consommer le sacrifice de la mes: que le prêtre consume les espèces consacrées. (B.) , 250. CONSTANCE , FIDELITE. - ; La constance ne suppose point d'engagement; la fidélité suppose un. On dit constant dans ses goûts, fidèle à sa paro Par la même raison, on dit plus communément fidèle amour et constant en amitié, parce que l'amour semble un < gagement plus vif que l'amitié pure et simple. On dit aus un amant heureux et fidèle, un amant malheureux et ce stant ; le premier est engagé, l'autre ne l'est pas. :

Il semble que la fidélité tienne plus aux procédés, la ce stance, aux sentimens. Un amant peut être constant sans êt fidèle , si, en aimant toujours sa maîtresse. il brigue les i

veurs d'un autre femme il peut être fidèle sans être cc stant, s'il cesse d'aimer sa maîtresse, sans néanmoins

prendre une autre. La fidélité suppose une espèce de dépendance : un suj fidèle, un domestique fidèle, un chien fidèle. La consian suppose une sorte d'opiniâtreté et du courage. Constant da le travail, dans les malheurs. La fidélité des martyrs à la re gion a produit leur constance dans les tourmens. & I Fidèle, fidus , qui garde sa foi. Constant, cum stans, q tient à ses premières volontés. (D' Al.) 251. CONSTANT, FERME, INÉBRANLABLE, INFLEXIBLE.

Ces mots désignent, en général, la qualité d'une ame qi les circonstances ne font point changer de disposition. L trois derniers ajoutent au premier une idée de courage , avi ces nuances différentes, que ferme désigne un courage qui r s'abat point ; inébranlable, un courage qui résiste aux obst, des ; et inflexible, un courage qui ne s'amollit point. «

Un homme de bien est constant dans l'amitié, fennedans II malheurs; et, lorsqu'il s'agit de la justice, inébranlable at menaces et inflexible aux prières. (Encycl, IV , 58.) i f


252. CtHTE, FABLE, ROMAN.

Un conie est une aventure feinte et narrée par un auteur inu. Une fable est une aventure fausse , divulguée dans le blic, et dont on ignore l'origine. Un roman est un composé une suite de plusieurs aventures supposées.

Le mot de conte est plus propre lorsqu'il n'est question que me aventure de la vie privée ; on dit : le conie de la Matrone r Sphèse. Le mot de fable convient mieux lorsqu'il s'agit d'un inement qui regarde la vie publique ; on dit la fable de la pesse Jeanne. Le mot de roman est à sa place lorsque la desption d'une vie illustre ou extraordinaire fait le sujet de la tion ; on dit : le roman de Cléopâtre.

Les contes doivent être bien narrés; les fables , bien inven's, et les romans, bien suivis.

Les bons contes divertissent les honnêtes gens ; ils se plaiit à les entendre. Les fables amusent le peuple ; il en fait des licles de foi. Les romans gâtent le goutdes jeunes personnes ; es en préfèrent le merveilleux outré au naturel simple de la rité. (G.)

253. CONTENTEMENT, SATISFACTION.

Ces deux termes désignent, en général, la tranquillité de ime par rapport à l'objet de ses désirs. (B.)

Le contentement est plus dans le coeur ; la satisfaction est us dans les passions. Le premier est un sentiment qui rend ujours l'ame tranquille. Le second est un succès qui jette Jelquerois l'ame dans le trouble , quoiqu'elle n'ait plus d'injiétude sur ce qu'elle désirait.

Un homme inquiet, craintif, n'est jamais content; un omme possédé d'avarice ou d'ambition n'est jamais satisfait.

Il n'est guère possible à un homme éclairé d'être satisfait e son travail, quoiqu'il soit content du choix du suiet.

Callimaque; qui taillait le marbre avec une délicatesse adlirable, était content du cas singulier qu'on faisait de ses ourages , tandis que lui-même n'en était jamais satisfait.

On est routent lorsqu'on ne souhaite plus, quoiqu'on ne )it pas toujours Satisfait lorsqu'on a obtenu ce qu'on souaitait.

Combien de fois arrive-t-il qu'on n'est pas content après 'être satisfait r Vérité qui peut être d'un grand usage en moale. (Eiieyel., IV, 111.) En effet, il n'arrive presque jamais que l'on soit content, tprès-avoir obtenu la satisfaction la plus entière d'une injure.

)n désire d'acquérir un bien, enfin il arrive ; on est satisfait, nais on n'est pas content ; il aurait été plus heureux d'être


content que suhsfait ; car, comme dit le proverbe , cvniei tement passe richesse. (B.) 254. CONTIGU, PROCHE.

Ces mots désignent, en général, le voisinage; mais le pri mier s'applique principalement au voisinage d'objets cons dérables, et désigne de plus un voisinage immédiat.

Ces deux terres sont contiguës ; ces deux arbres sont prochl l'un de l'autre. (D'Al.) 255. CONTINUATION, CONTINUITÉ.

Continuation est pour la durée; continuité est pour l'i tendue. - On dit : la continuation d'un travail et d'une action ; la cor tinuité d'un espace et d'une grandeur; la continuation d'un même conduite, et la continuité d'un même édifice. (G.) 256. CONTINUATION, SUITE.

Termes qui désignent la liaison et le rapport d'une chos avec ce qui la précède. On donne la continuation de l'ouvrage d'un autre, et 1 suite du sien. On dit : la continuation d'une vente, et la suit d'un procès. On continue ce qui n'est pas achevé; on donn une suite à ce qui l'est. (Encycl., IV, H5.) 257. CONTINUEL, CONTINU.

ii peut y avoir de l'interruption dans ce qui est continuel mais ce qui est continu n'en souffre point. De sorte que le pre mier de ces mots marque proprement la longueur de la durée quoique par intervalles et à diverses reprises ; le seconi marque simplement l'unilé de la durée , indépendamment d la longueur ou de la brièveté du temps que la chose dure Voilà pourquoi l'on dit, un jeu continuel, des pluies conti nuelles ; et une fièvre continue, une basse continue. (G.) Ces deux termes désignent l'un et l'autre une tenue suivie c'est le sens général qui les rend synonymes : voici en quoi ili diffèrent.

Ce qui est continu n'est pas divisé ; ce qui est continué n'est pas interrompu. Ainsi la chose est continue par la tenue de sa constitution ; elle est continuelle par la tenue de sa durée.

Le cliquet d'un moulin en mouvement fait nn bruit continuel, parce qu'il est le même , sans interruption , tant que le moulin tourne ; mais ce bruit n'est pas continu, parce qu'il est composé de retours périodiques séparés par des intervalles de silence ; il est divisé. (B.)


258. CONTINUER, PERSÉVÉRER. PrRSISTÉli.

Ces verbes indiquent tous trois un état de tenue dans la inière d'agir : le premier sans aucune autre addition ; et les ix autres, avec des idées accessoires qui les distinguent du :mier et entre eux. 1 Continuer, c'est simplement faire comme on a fait jusquej. Persévérer, c'est continuer sans vouloir changer. Persister1 st persévérer avec constance ou opiujâlreté. Ainsi, persister plus que persévérer, et perséverer, plus que continuer.

On continue par habitude; on persévère par réflexion; on rsiste par attachement.

L'homme le plus estimable n'est pas celui qui, après avoir tllracté l'heureuse habitude de la venu, continue de la prauer; tant qu'il n'est soutenu que par l'hahitude il peut core être séduit par des raisonnemens - captieux, ébranlé

r de mauvais exemples, détourne de la bonne voie par une ssion violente : il y a beaucoup plus à compter sur celui t i, connaissant les fondemens et les avantages de la vertu, orreur et les dangers du vice, persévère en connaissance de use à faire le bien et à fuir le mal : mais le comble du mée, c'est d'y persister, nonobstant la fougue des passions, malgré les persécutions des médians. (B.) JU. 859. CONTINUER, POURSUIVRE.

C'est ajouter à ce qui est commencé, dans l'intention arriver à la fin, et de faire un tout complet : le premier de s deux mots ne dit rien de plus ; mais le second suppose le les additions faites au commencement sont dans les éraes vues, ont les mêmes qualités, et se font de la même ain.

Ainsi l'on peut continuer l'ouvrage d'autrui, parce qu'il ne ut qu'f ajouier ce qu'il parait y manquer; mais il n'y a le celui qui l'a commencé qui puisse le poursuivre, parce n'un autre ne peut avoir ni toutes ses vues , ni les mêmes lies ; que chacun a son faire distingué de tout autre, et qu'il a interruptiondès que l'ouvrage passe dans des mains difféjntes.

Continuer marque simplement la suite du premier travail ; oursuivre marque, avec la suite, une volonté déterminée et uivie d'arriver à la fin.

Quand un discours est commencé, s'il vient à être interompu, et que celui qui le prononce ait pris part à l'interrnpion, ou que sans cela elle ait été longue , il le reprend pour ontinuer: s'il ne donne , ou s'il affecte de ne donner aucune ittention à l'interruption, il poursuit, parce qu'alors l'inter-


ruption est nulle par rapport à celui qui parle, et qu'il tei à la fin , nonobstant l'interruption.

On continue son voyage après avoir séjourné dans une vill dans une cour étrangère : on le poursuit nonobstant les da gers de la route, les difficultés des chemins, et les incomm dités de la saison.

Quand on a commencé, il faut continuer, autrement < court les risques de passer, ou pour étourdi, ou pour incoi stant. Quand on a bien commencé, il faut poursuivre pour i pas se priver du succès qui est dû au début. (B.) 260 CONTRAINDRE, FORCER, VIOLENTER.

Le dernier de ces mots enchérit sur le second, comme c Ini-ci sur le premier; et le tout aux dépens de la liberté, li est également ravie par l'action qu'ils signifient. Mais celi de contraindre semble mieux convenir pour marquer une a teinte donnée à la liberté dans le temps de la délibératioi par des oppositions gênantes, qui font qu'on se détermii contre sa propre inclination , qu 'on suivrait, si les moyei n'en étaient pas ôtés. Le mot forcer paraît proprement expr mer une attaque portée à la liberté, dans les temps de la d< termination, par une autorité puissante, qui fait qu'on ag formellement contre sa volonté, dont on a grand regret d n'être pas le maître. Le mot violenter donne l'idee d'un cou bat livré à la liberté, dans le temps de l'exécution même, pa les efforts contraires d'une action vigoureuse, à laquelle o essaie en vain de résister.

Il faut quelquefois user de contrainte à l'égard des enfans de force, à l'égard du peuple ; et de violence, à l'égard de libertins.

Le sexe le plus faible et le plus docile est celui qui aime 1 moins à être contraint. Il y a des occasions où l'on n'est pa fâché d'avoir été forcé à faire ce qu'on ne voulait pas. L'ar cienne politesse de la table allait jusqu'à violenter les convi ves pour les faire boire et manger. (G.) 26L CONTRAINDRE, OBLIGER, FORCER.

Ces mots désignent en général une chose que l'on fait con tre son gré. On dit le respect me force à me taire, la recon naissance m'y oblige, l'autorité m'y contraint. Le méritt oblige les indifférens à l'estimer, il y force un rival juste, il ] contraint l'envie. On dit, une fête d'obligation, un consenté ment forcé , une attitude contrainte. On se contraint soi même , on force un poste et on oblige l'ennemi d'en dé camper. (D'Al.)


262. CONTRAVENTION, DESOBEISSANCE.

Ces mots désignent en général l'action de s'écarter d'une hrtse nni esl commandée, La co>trave»Um est aux choses, a <f«Xissmire aux personnes. La coiiti (t-veiitioli ài un règlelent est une désobéissance au souverain. (Encycl. IV, ixl.) 263. CONTRE, MALGluL On agit contre la volonté ou contre la règle, et malgrè It\

L'homme de bien ne fait rien contre sa conscience, le scé- irai Jommet le crime maigre la punition qui y est attachte.

LesvAffl parlent souvent contre les intentions de leurs naître et malgré leurs dcfensœ h,.

La témérité tait enireprenure (;(J1I1I f' iw "t'PUO "aowv -- iccès; et la fermeté fait poursuivre l'entreprise, maigre les bstûcles qu'on y rencontre.

H est plus aisé de décider contre l'avis et le conseil d'un ige ami, que d'exécuter malgré la force et la résistance d'un uissant ennemi.

La vérité doit toujours être soutenue contre les raisonnetens des faux savans, et malgré les persécutions des faux ilés. (G.) 264, COTRE, MALGRÉ, NONOBSTANT, •=• I

Ces trois prépositions indiquent, entre le sujet et le COItt lément du rapport, des oppositions différemment caracrisées. ,

Contre en marque une de contrariété formelle, soit à l'éirdde l'opinion , soit à l'égard de la conduite. L'honnête )mme ne parle point contre la vérité, ni le politique contre s opinions communes. Quoiqu'une action ne soit pas contre loi, elle n'en est pas moins péché , si elle est contre la nscience.

Malgré exprime une opposition de résistance soutenue, soit ir voie de fait, soit par d'autres moyens, mais sans effet de part de l'opposant énoncé par le complément de la prépolion. Malgré ses soins et ses précautions, l'homme subit touurs sa destinée. L'ame du philosophe reste libre malgré les sauts de la multitude; et la raison l'éclairé malgré les ténè'es que la prévention répand autour de lui.

Nonobstant ne fait entendre qu'une opposition légère de la , .rt du complément et à laquelle on n'a point d'égard. La force Fait et fera le droit des puissances , nonobstant les protestams des faibles. Le scélérat ne respecte point les temples, il y mmet des crimes, nonobstant la sainteté du lieu, (friis princ, i8. XI., (G.) ,


265. CONTREFACTION, CONTREFAÇON.

Ces mots sont assez indifféremment employés à désigr rimitation d'un ouvrage, d'un livre, d'une marchandise dt la fabrication est réservée.

A la simple inspection des mots, on reconnaît que la « trefuction est rigoureusement l'action de contrefaire; et la ci trefaçon est l'effet de cette action ou la façon propre de chose contrefaite. L'action est de l'ouvrier. : la façon est da l'ouvrage.

Ainsi vous direz plutôt eontrefaction quand vous voudi parler du mérite de l'ouvrier , de sa faute, de son délit ; contrefaçon quand il s'agira de remarquer le mérite de l'( vrage, sa fabrication, sa qualité.

Les auteurs et les libraires se plaignent plutôt de la cont faction d'un livre, parce qu'ils regardent l'atteinte portée leur propriété. Le publie se plaint ordinairement de la cont façon d'une marchandise, parce qu'il n'a égard qu'à la m façon, la mauvaise qualité de la chose. Peut-être est-ce cette raison qu'en général on dit plutôt la eontrefaction d' livre et la contrefaçon d'une marchandise. (B.) 266. CONTREVENIR, ENFREINDRE, TRANSGRESSER, VIOLER.

Contrevenir, venir, aller contre , faire une chose contrair ce qui est prescrit, ordonné.

Enfreindre, latin infrinyere, composé de frangere, romp briser, rompre un frein, briser des liens.

Transgresser, latin irans, gradi, aller à travers, au-del passer outre, franchir les bornes, les limites.

Violer, latin violare, de vis , vi, force , violence , f; violence, faire outrage, commettre un grand excès.

Ainsi, à proprement parler, on contrevient, quand on contre la voie tracée : on enfreint, quand on rompt ce qui en transgresse, quand on sort des justes limites on w quand on perd tout égard pour les choses respectables.

Vous contrevenez à rordre, à l'ordonnance que vous n' servez pas. Vous enfreignez les lois, les engagemens auxqi vous étiez soumis ou assujéti. Vous transgressez les lois, préceptes, les commandemens faits pour vous arrêter et v contenir dans vos voies. Vous violez les lois, les droits, choses que vous deviez le plus respecter et honorer.

La contravention regarde spécialement l'ordre positif discipline, la police, l'administration. C'est contrevenir h sentence, à un arrêt, à un canon, à un engagement, qu ne pas les exécuter ou même de ne pas en remplir toutes conditions


litifraction concerne proprement l'ordre public on privé uel notre foi est spécialement engagée, les traités entre les erains, les conventions entre les particuliers , les engageis réciproques entre le prince et les sujets, les liens de ijétion à l'égard de Dieu, les vœux, les promesses, la pai. Le prince qui donne du secours aux ennemis de son , enfreint le traité d'alliance. Un sujet enfreint les lois dtf urne ; un roi, les priviléges des sujets.

1 transgression s'exerce dans l'ordre moral, et particuliè ont dans l'ordre religieux, à l'égard des lois naturelles, lois naturelles sociales, des lois ou des préceptes eccleiques, des lois ou des commandemens de Dieu. Toute la erilé d'Adam est punie de ce qu'il a transgressé le commentent de Dieu.

i violation attaqúe audacieusement, dans l'ordre essentiel a nature, des mœurs, de la société, de la religion, ce y a de plus pur, de plus innocent, de plus sacré , de plus.

)lable. La brutalité viole la pudeur. La barbarie viol? les s et les tombeaux. La perfidie viole le secret de l'amitié» tpudicité viole la sainteté conjugale. (R.)

267. CONTRITION, REPENTIR, REMORDS.

mtritioJl, lat. coniritio, de conterere , dérivé de la racine ruune aux langues celtiques, ter, ira, percer , déchirer, 'r, broyer, pulvériser. Contrition signifie déchirement, mént de cœur.

'pentir , de la racine pen, piquant, poignant. Le repentir a peine, le chagrin d'avoir fait une chose. -

emords, du latin morsus, morsure redoublée, ressentiment irant.

t contrition est la douleur profonde et volontaire qu'un r sensible ressent d'avoir commis le péché ou le mal, coné comme une offense faite à Dieu. Le repentir est le reamer et réfléchi d'une ame timorée qui a commis une faute ne ac'ion répréhensible, et qui voudrait la reparer. Le reds est le reproche désolant et vengeur que la conscience fait d'avoir commis un crime ou une grave transgression lois imprimées dans le cœur humain.

insila contrition regarde le péché ; elle est dans le cœur, ;s motifs les plus sublimes de la religion l'inspirent. Le ntir regarde toute espèce de mai ou d'action regardée nie mai ; il est dans l'aine ; la réflexion et l'expérience le gèrent. Le remords regarde le crime ; il est dans la conlice; il nalt en nous, pour ainsi dire sans nous, du crime ne.

l'est la contrition qui nous fait rentrer dans la bonne voie;


le remords tourne nos regards vers elle. Le remords nous montre, mais avec une espèce de désespoir.

La contrition est l'acte le plus touchant et le plushéroîi du cœur humain : il change , il détruit l'homme ; aussi es l'effet d'une grande grâce. Le repentir est l'aveu forcé de torts, de notre faiblesse ou de notre ignorance; il faut q paraisse, qu'il éclate, sinon il est sans mérite. Le remords un des plus grands malheurs et la plus terrible épreuve d< vie - il n'est rien de plus salutaire ou de plus mortel : len de la vie en dépend.

Le remords fait nattre le repentir dans l'ame du coupai le repentir, la contrition dans le chrétien.

Le repentir a souvent des motifs humains; la contrition que des motifs surnaturels : telle est la grandeur de la foi.

a quelquefois du repentir d'avoir bien fait, jamais de remor telle est la nature du bien.

Voyez dans l'Evangile les histoires du Publicain, de la maritaine, de la Madeleine, vous aurez une juste idée de contrition.

A la description des furies décrite par Strabon, vous rec naîtrez le remords.

Le repeixtir est représenté dans Lucien par une dame de deuil, qui pleure de honte et de douleur en portant ses gards vers la vérité. -

268. CONVAINCRE, PERSUADER.

La conviction tient plus à l'esprit, la penullsion au ca Ainsi l'on dit que l'orateur doit non seulement convainc c'est-à-dire prouver ce qu'il avance, mais encore persuad tâest-à-dire toucher et émouvoir.La conviction suppose des preuves ; je ne pouvais cr telle chose ; il m'en a donné tant de preuves qu'il m'en a < vaincu. La persuasion n'en suppose pas toujours : la ho opinion que j'ai de vous suffit pour me persuader que vou me trompez pas. On se persuade aisément ce qu'on désire: est quelquefois très-fâché d'être convaincu de ce qu'on ne > lait pas croire.

Persuader se prend toujours en bonne part ; co)iv(iiiici,, prend quelquefois en mauvaise part ; je suis persuadé votre amitié et bien convaincu de sa haine.

On persuade à quelqu'un de faire une chose ; on le convo de l'avoir faite ; mais, dans ce dernier cas, convaincre n prend jamais qu'en mauvaise part : cet assassin a été ( vaincu de son crime ; les scélérats avec qui il vivait avaient persuadé de le commettre. (d'Al.)


269. CONVENTION, CONSENTEMENT, ACCORD.

e second de ces mots désigne la cause et le principe du mier, et le troisième désigne l'effet. Exemple : Ces deux liculiers, d'un commun COllselltemellt, ont fait ensemble > convention, au moyen de laquelle ils sont d'accord, (EnI. IV, Wt.) ,a convention vient de l'intelligence entre les parties, et ruit l'idée d'èloignement. Le consentement suppose un droit le la liberté, et fait disparaître l'opposition. L'accord prot la satisfaction réciproque, et' fait cesser les contestais. (B.)

270. CONVERSATION, ENTRETIEN.

es deux mots désignent en général un discours mutuel re deux ou plusieurs personnes; mais avec cette différence : conversation se dit en général de quelque discours mutuel s ce puisse être ; au lieu qu'entretien se dit d'un discours tuel qui roule sur quelque objet déterminé. Ainsi on dit un homme est de bonne conversation, pour dire qu'il parle n des différens objets sur lesquels on lui donne lieu de 1er ; on ne dit point qu'il est d'un bon entretien.

Entretien se dit de supérieur à inférieur ; on ne dit point n sujet qu'il a eu une conversation avec le roi, on dit qu'il u un entretien : on se sert aussi du mot d'entretien, quand discours roule sur une matière importante. On dit, par :mple, ces deux princes ont eu ensemble un entretien sur moyens de faire la paix entre eux.

Entretien se dit pour l'ordinaire des discours mutuels immés, à moins que le sujet n'en soit pas sérieux ; alors on sert du mot de conversation : on dit les entretiens de Cicéi sur la nature des dieux, et la conversation du P. Canayç :c le maréchal d'Hocquincourt.

,orsqtte plusieurs personnes, surtout au nombre de plus deux, sont rassemblées et parlent entre elles, on dit elles sont en conversation, et non pas en entretien. (Encycl.

,465.) 74. CONVERSATION , ENTRETIEN, COLLOQUE , DIALOGUE.

Ces quatre mots désignent également un discours lié entre tsieurs personnes qui y ont chacune leur partie.

Le mot de couversation désigne des discours entre gens tux ou à peu près égaux, sur toutes les matières que prélte le hasard. Le mot d'entretien marque des discours sur s matières sérieuses, choisies exprès pour être discutées, et r conséquent entre des personnes dont quelqu'une a assez lumières ou d'autorité pour décider. Le mot de colloque


caraclérise particulièrement les discours prémédités sur c matières de doctrine et de controverse, et conséquemme entre des personnes instruites et autorisées par les partis c posés. Le terme de dialogue est général et peut égaleme s'appliquer aux trois espèces que l'on vient de définir, il i dique spécialement la manière dont s'exécutent les différent parties du discours lié.

La liberté et l'aisance doivent régner dans les convers tions. Les entretiens doivent être intéressans, et ne perd jamais de vue la décence. Les colloques sont inutiles, si parties ne s'entendent pas, et font plus de mal que de biei si l'on ne procède pas de bonne foi. Le fameux colloque Poissy fut également répréhensible par ces deux points. L dialogues ne peuvent plaire qu'autant que les différem parties du discours sont assorties aux personnes, à leurs p< sions, à leurs intérêts, à leurs lumières et aux autres circc stances qui, en concourant à établir la scène, doivent même temps y distinguer nettement chaque acteur.

Dans les sociétés de liaison et de plaisir , on tient des cc versations plus ou moins agréables, selon que la compagi est plus ou moins bien composée. Dans les assemblées acad miques, on a des entretiens plus ou moins utiles, selon que matière est plus ou moins intéressante , que les membres sont plus ou moins instruits, et qu'ils parlent avec plus moins de netteté. Dans les temps de trouble et de division, est bien dangereux de consentir à des colloques, parce q souvent ils ne servent que de prétextes aux brouillons , po satisfaire leurs intérêts personnels aux dépens de la véri qu'ils trahissent et de la tranquillité publique qu'ils saci fient, et que c'est à coup sûr un moyen de plus pour ranim la fermentation r par le rapprochement et le choc des cpinio contraires. Le dialogue doit être aisé , enjoué et sans appi dans les conversations ; sérieux , grave et suivi dans les fntl tiens; clair, raisonné, travaillé, éloquent même et pathéliq dans les colloques. (B.) 272. CONVICTION , PERSUASION.

Ces deux mots expriment l'un et l'autre l'acquiescement l'esprit à ce qui lui a été présenté comme vrai, avec l'idée a cessoire d'une cause qui a déterminé cet acquiescement.

La conviction est un acquiescement fondé sur des pi eu* d'une évidence irrésistible et victorieuse. La persuasion est 1 acquiescement fondé sur des preuves moins évidentes, quoiqi vraisemblables, mais plus propres à déterminer en intéressa le cœur qu'en éclairant réellement l'esprit.

La conviction est l'effet de l'évidence, qui ne trompe j mais ; ainsi ce dont on est convaincu ne peut être faux. 1


rsuasiol¡ est l'effet des preuves morales, qui peuvent trom;r t ainsi l'on peut être persuadé de bonne foi d'une erreur ès-réelle ; ce qui doit disposer tous les hommes , en ce qui s concerne , à ne pas trop abonder dans leur sens, et à ne ;daigner aucun éclaircissement, quelque fortement qu'ils ient persuadés de la vérité de leurs opinions ; et en ce qui ncerne les autres, à ne pas conclure des erreurs qu'ils ont optées, qu'ils soient de mauvaise foi, et que l'égarement : leur esprit ne vienne que de la perversité de leur cœur. ;

Dans la république romaine , où il y avait peu de lois, et 1 les juges étaient souvent pris au hasard, il suffisait preste toujours de les persuader ; dans notre barreau il faut les nvaincre : ce qui prouve, pour le dire en passant, que notre étorique ne doit pas être claquée sans restriction sur celle s anciens. 1 La conviction n'est pas susceptible de plus ou de moins, rce que c'est l'effet nécessaire de l'évidence , qui n'admet c-même ni plus ni moins. La persuasion, au contraire, peut "e plus ou moins forte , parce qu'elle dépend de causes plus moins multipliées, plus ou moins lumineuses , plus ou Mus efficaces.

Un raisonnement exact et rigoureux opère la conviction sur > esprits droits. L'éloqnence et J'art peuvent opérer la per.asioll dans les ames sensibles. « Les âmes sensibles, dit Duclos, ont un avantage pour la société ; c'est d'être per(HUeS des vérités dont l'esprit n'est que convaincu : la conction n'est souvent que passive ; la persuasion est active, il n'y a de ressort que ce qui fait agir. » (B.) 273. CONVIER, INVITER. '( Convier, formé comme convive, du latin vivere, vivre, et de m, ensemble, indique l'action de vivre, de manger ennable, et exprime celte d'y engager. Inviter, latin illvitare, rmé de in, en, dans, et de via, voie, indique l'action Iller dans la même voie, et exprime celle d'y appeler. Ou sait plutôt autrefois convoyer.

Convier signifie donc Htréralement engager à un repas ; mais, r extension , on l'applique à d'autres objets. Inviter signifie guement engager à une chose quelconque : mais , par une iplication très usitée, il se dit spécialement, quelquefois ême sans addition , à l'égard d'un repas.

Convier désfgnè le concours dont le mot inviter fait abraction. Le concours peut être des personnes qui sont con- , èes, ou des personnes, des objets qui invitent tous ensemble la fois.

CotiviPT exprime, dans sa vraie signification, l'action ami-

ile, familière, intime de vivre et de manger ensemble. II « ii ",à. ! l


ajoute donc cette circonstance au sens du mot inviter, L actio de convier est une invitation affectueuse, amicale, pressante engageante. - -..

On convie à un banquet, à un festin, à des noces où il y un nombre de convives. On invitera plutôt une personne à de jeûner, à dîner, à souper.

Les compagnies, les corps, sont conviés à une cérémonie, une fête. Un savant, un physicien est invité à une recherche à une expérience.

Le beau temps invite à la promenade, le beau temps et 1 bonne compagnie nous y convient.

Dans ces exemples, le nombre seul fait la différence des termes La fortune invite en montrant de loin des récompenses ; l, vertu convie, en plaçant la récompense dans l'action même Les motifs de la vertu sont en eux-mêmes bien plus puissan et plus pressans que ceux de la fortune.

Invitez seulement, mais ne conviez point avec promesse di bien se divertir : le plaisir est une surprime.

Inviter à faire le bien , en le faisant soi-même , c'est y con vier. L'exemple ajoute une grande force au discours.

Soyons ami, Cinna, c'est moi qui t'en com/je.

Substituez à ce dernier mot celui d'inviter, comme vous re froidirez ce sentiment ! comme vous gâlerez ce beau vers !

Cependant le mot convier, autrefois si justement préféré, pour son énergie particulière , au mot vague d'inviter, lui a presque partout cédé la place , même quand il s'agit d'exprimer son idée propre et naturelle. Serait-ce donc parce que c'est l'affection qui convie, et la politesse qui invite ? (B.) 274. COPIE, MODÈLE.

Le sens dans lequel ces mots sont synonymes ne se présentt pas d'abord à l'esprit ; le premier coup d'œil qui nous montre une copie faite sur un ouvrage qui en est l'original et un modèle servant d'original, met entre eux une différence totale et un éloignement parfait. Mais une seconde réflexion nous fait voir que l'usage emploie en beaucoup d'occasions ces deux mots sous une idée commune , pour marquer également l'original d'après lequel on fait l'ouvrage et l'ouvrage fait d'après f original : copie se prenant, ainsi que modèle, pour le premier ouvrage sur lequel on conduit le second ; et modèle se prenant, ainsi que copie, pour le second ouvrage conduit sur le premier ; de façon qu'ils deviennent doublement synonymes; c'est-à-dire, qu'ils le sont dans l'un et l'autre sens, dont l'institution ou la première idée semblait avoir fait à chacun d'eux son partage, avec les différences suivantes.

Dans le premier sens, copie ne se dit qu'en fait d'impres-


n , et du manuscrit de l'auteur sur lequel l'imprimeur iralie '; modèle se dit en toute autre occasion, dans la murale nme dans les arts. L'épreuve n'est souvent fautive que -ce que la copie l'est aussi. Tel imprimeur qui refuse une lIellte copie, en achète une mauvaise bien cher. Il n'est nt de parfait modèle de vertu. Je crois que les arts et les nces gagneraient beaucoup, si les auteurs s'attachaient s à suivre leur génie qu'à imiter les modèles qu'ils renitrent.

)ans ie second sens, copie se dit pour la peinture, modèle ir le relief. La copie doit être fidèle, et le modèle doit e juste. Il semble que le second de ces mots suppose la resiblance avec plus de force que le premier. Les tableaux Raphaël ont de l'agrément jusque dans les mauvaises 'ie. Les simples modèles de l'antique qui sont au Louvre figurent pas moins bien que les originaux des pièces dernes. (G.)

275. COQUETTERIE , GALANTERIE. ,

Chacun de ces deux termes exprime un vice qui a pour e l'appétit machinal d'un sexe pour l'autre.

-a coquetterie cherche à faire naître des désirs ; la galante, à satisfaire les siens. (B.) -a coquetterie est toujours un honteux dérèglement de l'est. La galanterie est d'ordinaire un vice de complexion.

Jne femme galante veut qu'on l'aime et qu'on réponde à désirs : il suffit à une coquette d'être trouvée aimable et de ser pour belle'. La première va successivement d'un enganent à un autre ; la seconde, sans vouloir s'engager, cherint sans nesse à vous séduire, a plusieurs amusemens à la ; : ce qui domine dans l'une est la passion, le plaisir ou l'in; êt; et, dans l'aulre, c'est la vanité, la légèreté, la fausseté.

.es femmes ne travaillent guère à cacher leur coquetterie; 's sont plus réservées'pour leurs galanteries, parce qu'il tible au vulgaire que la galanterie, dans une femme, ajoute 1 coquetterie; mais il est certain qu'un homme coquet a glque chose de pis qu'un homme galant.

La coquetterie est un travail perpétuel de l'art de plaire, jr tromper ensuite ; et la galaliterie est un perpétuel menIge de 1 amour. Fondée sur le tempérament, la galanterie s'occupe moins cœur que des sens, au lieu que la coquetterie, ne conissant point les sens, ne cherche que l'occupation d'une rigue par un tissu de faussetés. Conséquemment, c'est vice des plus méprisables dans une femme, et des plus lignes d'un homme. (Encycl., XVII, 7GG. La Bruyère.

iract., ch. 5.)


276. CORRECTION, EXACTITUDE Os deux termes, également relatifs à la manière depari ou d'écrire, y désignent également quelque chose de soigne de régulier.

La correction consiste dans l'observation scrupuleuse ( règles de la grammaire et des usages de la langue. L'exactitu dépend de l'exposition tiilèle de toutes les idées nécessaii au but que l'on se propose. (B.) La correction tombe sur les mots et les phrases, Vexac tude sur les faits et les choses.

L'auteur qui écrit le plus correctement, traduit mot à n de sa langue dans une autre, pourrait y être très-incorrert; qui est écrit exactement dans une langue , rendu fidèlemei est exact dans toutes les langues : la correction naît ( règles, qui sont de convention et variables d'une lang à l'autre, même d'un temps à l'autre dans la même langi l'exactitude naît de la vérité, qui est une et absolue. (Ena IV, 271.) 277. CORRIGER, REPRENDRE, RÉPRIMANDER.

Celui qui corrige montre, ou veut montrer la manière rectifier le défaut. Celui qui reprend, ne fait qu'indiquer relever la faute. Celui qui réprimande prétend punir ou m tifier le coupable.

Corriger regarde toutes sortes de fautes, soit en fait mœurs, soit en fait d'esprit et de langage. Reprendre ne se guère que pour les fautes d'esprit ou de langage. Réprimant ne convient qu'à l'égard des mœurs et de la conduite.

Il faut savoir mieux faire pour corriger On peut reprem plus habile que soi. Il n'y a que les supérieurs qui soient droit de réprimander.

Peu de gens savent corriger; beaucoup se mêlent de repr dre: quelques-uns s'avisent de réprimander suris autorité.

Il faut corriger avec intelligence, reprendre avec honi teté, et réprimander avec bonté et sans aigreur. (B.) 278. COSMOGONIE, COSMOGRAPHIE, COSMOLOGIE.

La cosmogonie est la science de la formation de l'unive La cosmographie est la science qui enseigne la constructio la figure, la disposition et le rapport de toutes les parties ( composent l'univers. La cosmologie est proprement une pl sique générale et raisonnée, qui, sans entrer dans les déts trop circonstanciés des faits, examine du côté métaphysiq les résultats de ces faits mêmes , fait voir l'analogie et l'uni qu'ils ont entre eux, et tâche par là de découvrir une par


s lois générales par lesciut lies l'univers est gouverné 1.

La cosmogonie raisonne sut "étal variabll du monde dans; temps de sa formation ; la cosmographie expose dans toti" r. 1 _*• i l'nniirâiv? fiinl fnpmo

parties etsesrciaiiousi cuiit aciuci uc i uiuïu.nv/m^u.v , la cosmologie raisonne sur cet état actuel et permanent. La imière est conjecturale j la seconde, purement historiquej la troisième, expérimentale.

)c quelque manière qu'on imagine la formation du monde,

ne doit jamais s'écarter de deux grands principes: i- cède la création: car il est clair que la matière ne pouvant donner l'existence à elle-même, il faut qu'elle l'ail reçue ; celui d'une Intelligence suprême qui a présidé non seulent à ia création, mais encore à l'arrangement des parties de natière en vertu duquel ce monde s'est formé. Ces deux iciprs une fois posés, on peut donner carrière aux con-

ures philosophiques, avec cette anenuon puurmni ue point s'écarter , dans le système de cosmogonie qu'on sui, de celui que la Genèse nous indique que Dieu a sui-vv s la formation des différentes parties du monde.

A cosmographie, dans sa définition générale, embrasse, f une on le voit, tout ce qui est l'objet de la physique. Ced'ant on a restreint ce mot dans l'usage à désigner la parle la physique qui s'occupe du système général du monde, ce sens, la cosmographie a deux parties: l'astronomie, 1 fait connaître la structure des cieux et la disposition astres ; et la géographie, qui a pour objet la description

a cosmologie est la science dit monde ou de l'univers con-* ré en général, eu tant. qu'il est un être composé , et poursimple par l'union et l'harmonie de ses parties ; un tout est gouverné par une Intelligence suprême, et dont les orts sont combinés, misenjeu, et modifiés par cette Ingetice. L'utilité principale que nous devons retirer de la iologie, c'est de nous étever, par les lois générales de la ire, à la connaissance de son auteur, dont la sagesse a li ces lois, nous en a laissé voir ce qu'il nous était nécesî d'en connaître pour notre utilité ou pour notre amuset. et nous a caché le reste pour nous apprendre à douter.

l. IV.272. 293 294.}

I* 279. COULER, ROULER, GLISSER.

es'trois mots expriment tous trois un mouvement de transn successif et cunlinu; mais ils ont chacun leur différence ) Cbs trois mors ont pour racine commune le nom grec momie : ajoutez-y 7ivo/*«t,.je nais, pour le premier, Mjedéarta, pour le second ; et Îsyoî, discours, raisonnement, r le troisième; voilà les trois étymologies complètes (B-Y


distinctive qui les empêche d'être confondus et pris l'un poi l'autre. (B.) Couler marque le mouvement de tous les fluides et même tous les corps solides réduits en poudre impalpable. Roule; c'est se mouvoir en tournant sur soi-même. Glisser, c'est mouvoir en conservant la même surface appliquée au cor sur lequel on se meut. (Encycl. IV, 526.) Ces mots s'emploient aussi métaphoriquement avec an logie à des différences toutes pareilles.

Couler se dit aussi du temps, pour marquer par compan son combien ses parties se suivent de près, et disparaisse rapidement : d'une période, d'un vers , d'un discours entie: pour indiquer qu'il ne s'y trouve rien dç rude, ni qui bles l'oreille ; que les parties en sont bien liées, et se succède naturellement, comme les eaux d'un ruisseau coulent d'une m nière natureile et agréabie sur un fond uni, et d'une peu

uniforme et douce. ,

Iiouler se dit de toute action qui se répète souvent sur même objet, de même qu'un corps roulant appuie souvent s les mêmes points de sa circonférence. Ainsi on roule de gran desseins dans sa lête, lorsqu'on en réfléchit souvent les pa ties : un livre roule sur une matière, lorsqu'il envisage 1 parties sous plusieurs aspects.

Glisser sert à marquer ce qui se fait légèrement et sans i sister, et ce qui se fait avec adresse, ou d'une manière impt ceptible. Quand on instruit la multitude, il faut glisser s: les points qui seraient plus propres à faire naître des difficult que des lumières : on ne saurait apporter trop de soin poi empêcher qu'il ne se glisse parmi le peuple des opinions e ronées ou séditieuses. L'image est sensible : un corps qui glts sur un autre , y passe rapidement, légèrement, et presque il perceptiblement, si la pente est favorable. (B.) 280. COU LEU , COLORIS.

La couleur est ce qui distingue les traits, et forme l'imai visible des objets par ses variétés. Le coloris est l'effet par culier qui résulte de la qualité et de la force de la couleur p rapport à l'éclat, indépendamment de la forme et du dessi La première a ses différences objectives, divisées par espèce et ensuite par nuances. Le second n'a que des différences qu lifîcatives, divisées par degrés de beauté ou de laideur.

Le bleu, le blanc, le rouge, sont différentes espèces deec leurs ; le pâle, le clair, le foncé, sont des nuances : me rien de tout cela n'est le coloris , parce qu'il est le tout enseï ble, pris en général, dans son union , par une sensation a straite et distinguée de la sensation propre et essentielle d couleurs.


Certains niouvemens de cœur répandent un coloris char) nt sur le visage des dames, et même de celles qui sont le tins bien partagées en couleur.

Les tableaux du Titien excellent par la beauté du coloris; , l'on dit qu'ils en sont redevables à l'art particulier que ce t ntre avait de préparer et d'employer les couleurs.

Les couleurs sont les impressions primitives que fait sur i il la lumière réfléchie par les diverses surfaces des corps : k sont elles qui rendent sensibles à la vue les objets qui com;ent l'univers. Le coloris est l'effet qui résulte de l'ensemble de l'assortiment des couleurs naturelles de chaque objet, ativement à sa position à l'égard de la lumière , des corps.

vironnans et de l'œil du spectateur : c'est le coloris qui disgue la nature et la situation de chaque objet.

Colorer, c'est rendre un objet sensible par une couleur terminée: colorier. c'est donner à chaque objet le cote qui lui convient. On colore une liqueur ; on colorie un Ileau. (B.) 281. TOUT A COUP, TOUT D'UN COUP.

Ces deux phrases adverbiales, employées indifféremment r plusieurs de nos écrivains, n'ont pourtant, si je puis rler ainsi, qu'une synonymie matérielle; et au fond il n'y MM une seule occasion où l'on puisse mettre l'une pour utre , je ne dis pas seulement sans pécher contre la justesse, lis même sans commettre un contre sens.

Tout d'un coup veut dire tout en une fois ; tout à coup signifie udaiueraent, en un instant, sur-le-champ.

Ce qui se fait tout d'un coup, ne se fait ni par degrés, ni à asieurs fois; ce qui se fait tout à coup, n'est ni prévu, ni tendu.

Tout d'un coup tient plus de l'universalité , et tout à coup de promptitude. Comme saint Paul était sur la route de Damas,, il se rendait pour exécuter contre les disciples de Jésusirist les ordres de la Synagogue, Dieu le frappa tout à coup une lumière très-vive, qui, l'éblouissant et le renversant ir terre, lui ouvrit les yeux de l ame ; et cet homme, qui tparavant ne respirait que fureur et sang, se trouva tout un coup instruit, touché, éclairé, rempli de zèle et de ulfité. (B ) 282. COUPLE, PAIRE.

On désigne ainsi deux choses de même espèce, mais avec es différences-qu'il faut remarquer.

Un couple au masculin, se dit de deux personnes unies enemble par amour ou par mariage, ou seulement envisagées


comme pouvant former cette union : il se dit de même d deux animaux uni pour la propagation. «

Une couple, au féminin, se dit de deux choses quelconqut de même espèce, qui ne vont point ensemble nécessairement et qui ne sont unies qu'accidentellement; on le dit même.de personnes et des animaux, dès qu'on ne les envisage que pa le nombre. 1 - « L Une paire se dit de deux choses qui vont ensemble par un nécessité d'usage, comme les bas , les souliers, les jarretières les gants, les manchettes , les bottes, les boucles d'oreilles les pistolets ; etc., ou d'une seule. chose nécessairement com posée de deux parties qui font le même service ; comme de ciseaux, des lunettes , des pincettes, des culottes., etc. 1 « Couple , dans les deux genres , est eolleclif ; mais au mas culin il est général, parce que les deux suffisent pour la des tination marquée par le mot ; au féminin il est partitif, parcl qu'il désigne un nombre tiré d'un plus grande La syntaxe va rie en conséquence, et l'on doit dire : a Un couple de pigeon est suffisant pour peupler une volière ; une couple de pigeon ne sont pas suffisans pour le dîner de six personnes. »

Une couple et une paire peuvent se dire aussi des animaux mais la couple ne marque que le nombre, et la paire y ajouti l'idée d'une association nécessaire pour une fin particulière De là vient qu'un boucher peut dire qu'il achètera une coupl de bœufs, parce qu'il en veut deux ; mais un laboureurdoil dire qu'il et-, achètera une paire , parce qu'il veut les atteler i

la même charrue. (B.) 285. DE COUR, DE LA COUff.

Ces deux expressions, qui servent à qualifier, par rappoi1 à la cour, ne doivent pas être confondues, ni employées indistinctement.

De cour est un qualificatif qui se prend en mauvaise part et qui désigne ordinairement ce qu'il y a de vicieux et de ré préhensible dans les cours. De la cour ne qualifie qu'en indi.

quant une relation essentielle à ce qui environne le prince. ** Un homme de cour est un homme souple et adroit, mais faux et artificieux, qui, pour en venir à ses fins, met en usage tout ce qui se pratique dans les cours des princes contre les règles de la probité et de la droiture. Un homme de la cour est simplement un homme attaché auprès du prince, ou par sa naissance, ou par son emploi, ou par l'état de sa fortune.

Une femme de la cour y est fixée par sa naissance ou par son état ; une femme de cour est une femme d'intrigues, qui n'est pas d'ordinaire une fort honnête personne. , !I Un page de la. cour est un jeune, gentilhomme attaché en ceUe qualité au service du prince ou d'un grand ; mais un


)age de cour est un effronté, qui ne respecte aucune biew éance.

On appelle proverbialement eau bénite de cour les vain Iromesses, les caresses trompeuses, et les complimens capieux et importuns ; et amis de cour, des amis sur lesquels l'on ie peut guère compter. (B.) 284. CpURAGE, BRAVOURE.

Le courage parait plus propre au général et à tous ceux qui ommandent; la bravoure est plus nécessaire au soldat et à out ce qui reçoit des ordres.

La bravoure est dans le sang; le courage est dans l'ame: la tremière est une espèce d'instinct, le second est une vertu; une est un mouvement presque machinal, l'autre est un seniment noble et sublime.

On est brave à telle heure et suivant les circonstances ; on du courage à tous les instans et dans toutes les occasions. La bravoure est d'autant plus impétueuse, qu'elle est moins éfléchie; le courage est d'autant plus intrépide, qu'il est aieux raisonné.

L'impulsion de l'exemple , l'aveuglement sur le danger, la jreur du combat, inspirent la bravoure ; l'amour de son deoir , le désir de la gloire, le zèle pour la patrie et pour son oi, animent le courage.

Le courage tient plus de la raison ; la bravoure est plus du empérament.

La bravoure est essentielle dans le moment d'une action ; aais le courage doit être durable dans Lout le cours d'une ampagne.

La braoom e est comme involontaire , et ne dépend point de lOUS; au lieu que le courage peut être bien persuadé, et s'acfuénr par l'éducation.

Cicérou se précautionnant contre la haine de- Catilina, nanquait sans doute de bravoure ; mais certainement il avait le l'élévation et de la force d'âme, ce qui n'est autre chose lue du courage, lorsque dévoilant sous les yeux du sénat la :onjuration de ce traître , il désignait tous les complices.

M. le comte de Turpin de Crissé ; Disc. prêl. de l'Essai sur :'art de la Guerre.) 285, COURAGE, BRA VODllE. VALEGR.

Chacun de ces trois termes'annonce cette grandeur et cette rorce d'ame que les événemens ne troublent point, et qui faif face avec fermeté à tous les accidens. (B.) Le mot vaillance paraît d'abord devoir être compris datl ce parallèle; mais, dans le fait, c'est un mot qui a vieilli, et


que valeur a remplacé: son harmonie et son nombre le font cependant employer dans la poésie..

Le courage est dans tous les événemens de la vie ; la brouvoure n'est qu'à la guerre ; la valeur, partout où il y a un péril à affronter et de la gloire à acquérir.

Après avoir monté vingt fois le premier à l'assaut, le bravt peut trembler dans une forêt battue de l'orage, fuir à la vue d'un phosphore enflammé, ou craindre les esprits. Le courage ne croit point à ces rêves de la superstition et de l'ignorance; la valeur peut croire aux revenans, mais alors elle se bat contre le fantôme.

La bravoure se contente de vaincre l'obstacle qui lui est offert, le courage raisonne les moyens de le détruire; la valeur le cherche, et son élan le brise, s'il est possible.

La bravoure veut être guidée, le courage sait commander et même obéir ; la valeur sait combattre.

Le brave blessé s'enorgueillit de l'être; le courageux rassemble les forces que lui laisse encore sa blessure pour servir sa patrie ; le valeureux songe moins à la vie qu'il va perdre qu'à la gloire qui lui échappe.

La bravoure victorieuse fait retentir l'arène de ses cris guerriers ; le courage triomphant oublie son succès pour profiter de ses avantages ; la valeur couronnée soupire après un noo- teau combat.

Une défaite peut ébranler la bravoure ; le courage sait vaincre, et être vaincu sans être défait; un échec désole la valeur sans la décourager.

L'exemple influe sur la bravoure ; plus d'un soldat n'est devenu brave qu'en prenant le nom de grenadier. L'exemple ne rend point valeureux quand on ne l'est pas ; mais les témoins doublent la valeur : le courage n'a besoin ni de témoins ni d'exemples.

L'amour de la patrie et la santé rendent brave; les réflexions, les connaissances, la philosophie, le malheur, et plus encore la voix d'une conscience pure, rendent courageux; la vanité nobleet l'espoir de la gloire produisent la valeur.

Les trois cents Lacédémoniens des Thermopyles , celui même qui échappa, furent braves : Socrate buvant la ciguë, Régulus retournant à Carthage, Titus s'arrachant des bras de Bérénice en pleurs, ou pardonnant à Sextus, furent courageux : Hercule terrassant les monstres. Persée délivrant Andromède, Achille courant aux remparts de Troie, sûr d'y périr, étonnèrent les siècles passés par leur valeur.

De nos jours, que l'on parcoure les fastes trop mal conservés et cent fois trop peu publiés de nos régimens, l'on trouvera de dignes rivaux des braves de Lacédémone. Turenne et Catinat furent courageux : Condé fut valeureux.


Enfin l'on peut conclure que la bravoure est le devoir da dat; le courage, la-vertu du sape et du héros; la valeur, le du vrai chevalier. (Ellcycl. XVI, 820.) 286. COURRE, COURIR.

bourre est un verbe actif; c'est poursuivre quelque chose ir l'attraper. Courir est un verbe neutre ; c'est aller fort e pour avancer chemin.

)n dit courre le cerf, courir à toute bride ; et il me semble e ce ne serait pas mal de dire, que pour courre les bénéis et les emplois, il faut courir aux ruelles et aux aunces. (G.)

287. COURSIER, CHEVAL, ROSSE.

le sont trois mots qui servent à réveiller l'idée de cet mal domestique qui est si utile à l'homme : en voici les ërences.

.e mot de cheval est le nom simple de l'espèce , sans auie autre idée accessoire : le mot de coursier renferme l'idée n cheval courageux et brillant; et celui de rosse ne préle que l'idée d'un cheval vieux et usé, ou d'une nature tive.

boursier et rosse peuvent se passer tous deux d'épithètes ; s cheval en a absolument besoin , pour distinguer un val d'un autre. ( Consid. sur les ouvr. d'esprit, p. 62. )

.a poésie, se proposant de peindre la belle nature, est en it et en possession de préférer le terme de coursier pour 1er d'un cheval de monture ou des chevaux d'un char..

mot de cheval au pluriel, ainsi que dans la prose, y déle ordinairement les cavaliers ; mais le mot de rosse n'est mise que dans le style familier ou dans le burlesque, à se de l'idée d'abjection qui est inséparable de celle d'inué, (B.) 288. COUTUME , HABITU.DE.

.a coutume regarde l'objet ; elle le rend familier. L'habitude ipport à l'action même ; elle la rend facile. L'une se forme l'uniformité , et l'autre s'acquiert par la répétition.

Jn ouvrage auquel on est accoutumé coûte moins de peine.

qui est tourné en habitude se fait presque naturellement, luelquefois même involontairement.

jn s'accoutume aux visages les plus baroques par l'habitudeles voir ; l'œil cesse à la fin d'en être choqué. Il n'eu est de même des caractères aigres ou brusques; le temps use tience. (G.)


289. CRAINDRE, APPRÉHENDER, REDOUTER, AVOIR PEE ï On craint par un mouvement d'aversion pour le mal, da; l'idée qu'il peut arriver. On appréhende par un mouvemt.

de désir pour le bien, dans l'idée qu'il peut manquer. On i doute par un sentiment d'estime pour l'adversaire, da l'idée qu'il est supérieur. On a peur par un faible d'esp pour le soin de sa conservation, dans l'idée qu'il y a danger. ■ <* Le défaut de courage fait craindre. L'incertitude du snct fait appréhender. La défiance des forces fait redouter. 1 peintures de l'imagination font avoir peur. - vLe commun des hommes craint la mort au-dessus de toi les épicuriens craignent davantage la douleur, mais les g< d'honneur pensent que l'infamie est ce qu'il y a de plu craindre. Plus on souhaite ardemment une chose, plus appréhende de ne la pas obtenir. Quelque mérite qu'un autt se flatte d'avoir, il doit toujours redouter le jugement public. Les femmes ont peur de tout, et il est peu d'homn qui, à cet égard ne tiennent de la femme par quelque < droit : ceux qui n' ont peur de rien sont les seuls qui font lit neur à leur sexe. (B.) f 290. CRAINTE, APPREHENSION, PEUR.

Ces expressions rappellent les divers états de l'ame qui livre aux impressions du danger.

La crainte est cette affection inquiète excitée dans l'ai par l'image d'un mal. Ce mot est pris en bonne ou mauvai part ; car s'il y a des craintes faibles et puériles, il y en a c sont justes; et celui qui ne craindrait rien ne serait pasr sonnable.

La crainte est en général une émotion fâcheuse qui jusqu'à troubler l'imagination. C'est l'apparence du mal ( la produit : elle est plus ou moins grande, selon que ni paraissons plus ou moins menacés; c'est un calcul de proi bilité.

L'homme craintif est celui qui exagère et perd de sa forci en raison de celle qu'il suppose à celui qui le menace ; c'est lâche qui ne connait que la peur et l'effroi : mais si la cran ne fait que réveiller la prudence, elle ne produit que la 1 leur; le plus brave en a ressenti les atteintes, et ne s'est p est imé vaincu pour cela.

Appréhension , du latin apprehendere, est l'acte de happe de prendre : c'est la première idée que l'esprit se forme d'u chose, sans en porter encore un jugement certain. On préjugt on prévoit le danger, l'on se tient sur ses gardes, et la craint qui est l'effet du jugement , commence. L'appréhension t


Jonc l'idée présente d'un danger : on appréhende les effets du onnfl"t'e r il y a possibilité qu'il vous frappe, c'esi ce qui ;e présente d'abord à l'imagination. On appréhende que la fièvre ne revienne au malade sans qu'il y ait des symptômes luffisans, mais on la craint lorsqu'elle est apparente. 1 Peur, du latinpavor. C'est l'effet d'une explosion subite, t'un coup d'un canon, par exemple, qui imprime une sorte le saisissement.

Je ne parlerai pas de cette sorte de peur qui ne nous permet las de catcr-er nos forces, en défigurant et en exagérant le langer. "- Il* La peur est une erreur des sens.

Faire peur à quelqu'un, c'est le surprendre, lui causer un souvement d'inquiétude. Lorsqu'on dit qu'un homme a peur e ht mort, ce n'est pas de l'acte qu'on parle, c'est de ce [fnelette Au nez camard, à la tranchante faux.

On a peur des esprits : c'est de ces esprits que l'imagiation peint, aux yeux du peuple crédule, des enfans et des •mines, armés de tous les moyens de nuire.

La peur est tellement l'erreur des sens, qu'on a de l'appré- enswntl des craintes fondées sans avoir peur. On cra yit Dieu, l il ne fait pas peur; les formes et les attributs qu'on lui rête excitent plutôt notre admiration.

L'Académie a fort bien observé qu'on se servait du mof tur par exagération, en plusieurs phrases, comme. j'ai pee e vous incommoder , peur de vous déplaire , etc. Cette ob;i valion parait confirmer l'acception. (R.) ( 291. CRÉANCE, CROYANCE.

L'Académie, dans ses Observations sur Vaugelas, déterline ainsi la valeur de ces termes : « Croyance, signifie ce qu'on uiL, opinion , sentiment, la confiance que l'on a en quelu'un. J'ai cette croyance; ce n'est pas là ma croyance; la oyance des chrétiens ; les peuples avaient croyance en lui.

rèance est ce que l'on conhe à quelqu'un pour être dit secrèiinent à un autre. Il lui envoya sa créance; et la lettre de réaHceestla lettre par laquelle on fait connaître qu'on peut jouter créance à celui qui est chargé de la rendre. »

Cependant la créance se prend aussi, comme croyance, our l'assentiment ou l'adhésion de l'esprit à une opinion.

ln dit, dans ee sens, la créance des juifs, des chrétiens, des ramines.

La croyance est une opinion pure et simple : la créancf est ne croyance ferme, constante, entière. Les vocabulistes con-


viennent que la créance est une croyance qu'on a pour de raisons solides ou apparentes. Vous donnez croyance à ni fait qu'on vous rapporte sans autorité: vous n'accordez votrt.

créance , une pleine croyance, qu'à des faits appuyés par dei autorités puissantes. L'évangile a votre créance ; vous n'ave; qu'une simple croyance à l'égard de plusieurs points de l'his toire. Dans la plupart des chrétiens, dit un auteur moderne l'envie de croire tient lieu de croyance ; niais la créance a tou jours ses motifs ou ses raisons.

La croyance n'annonce pas ou la conviction ou la persua sien qu'annonce la creance. Par la croyance, vous croyez peut être sans savoir pourquoi vous croyez : par la créance, vou croyez, parce que vous croyez avoir raison de croire. L peuple donne sa croyance à des choses indignes de créance On a de la croyance ou de la créance chez le peuple : de J: croyance, lorsqu'il vous croit ; de la créance, loisqu'ilcroi en vous. # La créance a trait au crédit ; la croyance en fait abstraction Sur votre parole, vous trouverez de la croyance : avec un lettre de créance , vous devez être cru. La créance porte don sur des titres et des motifs dont la croyance peut se passer.

La confiance n'est pas la même dans la croyance que dan.

la créance: dans la créance, c'est une vraie confiance, um confiance raisonnable, entière ou ferme ; dans la croyance, ci n'est, à bien parler , qu'une simple fiance, comme on disai autrefois, et il faut bien employer le langage le plus propre i se faire entendre.

Nous disons plutôt croyance dans le cours ordinaire de choses, et créance en matière grave, comme la religion , parc, que la religion est ce qu'on croit le plus fermement. (R.) 292. CRÉDIT , FAVEUR.

« L'un et l'autre de ces mots, dit Duclos, exprima) l'usage que l'on fait de la puissance d'autrui, et marques par conséquent une sorte d'infériorité, du moins relativemeu - à la puissance qu'on emploie.

« Ce qui distingue ces deux termes , c'est la fin qu'on & propose en réclamant la puissance ; obtenir un succès pou; autrui, c'est crédit ; l'obtenir pour soi-même, c'est faveur. )

(Considérations sur les Mœurs, etc., ch. 7.) , i Ne nous y trompons pas ; ce n'est là ni le crédit ni la faveur Le crédit est la facilité de déterminer la volonté de quelqu'ui suivant vos désirs, en vertu de l'ascendant que vous avez su: son esprit, ou de la confiance qu'il a prise en vous. La (dvell: et la facilité que nous trouvons dans une personne disposé à faire tout ce qui nous est agréable, en vertu du faible qu'elle a pour nous, ou d'une bienveillance qu'elle nous prodigue


Le crédit est une (acuIté, une force, une puissance que nous .erçons sur autrui ; il est dans nos mains : la faveur est un ntiment, un penchant, une faiblesse de celui qui se livre à us ; elle est dans son cœur. On dit la faveur du prince, la fy tir du peuple, et non le crédit du prince, le crédit du peuple rce que la faveur est la bienveillance même du prince, d& nple, qui se porte vers vous ; et que le crédit est l'ascendant ie vous avez vous-même, et dont vous usez sur le prince, r le peuple.

Crédit, du lat. credere, marque l'avantage que vous aveï être cru, de disposer de la créance, de la confiance de quel.'UII: Les justes du monde, dit Massillon, sont amateurs de vérité, je l'avoue ; mais ce n'est pas elle qu'ils cherchent, ist le crédit et la confiance qu'elle leur acquiert parmi les nnnies.

Le crédit s'acquiert; la faveur se gagne. Le crédit se gagne lelquefois, et la faveur se donne.

On acquiert du crédit par son talent, ses services, ses vers, etc. On gagne la faveur par des complaisances, la flattee, un dévouement servile, etc.

Un bon ministre acquiert du crédit sur un roi sage : un cour;an habile à satisfaire les goûls du prince gagne sa faveur..

Si le mérite n'est pas toujours en crédit, il y a pourtant dés 'oils incontestables; et la faveur ne suppose pas toujours.

faut de mérite.

Le crédit ne donne pas la faveur; mais la faveur donne lujours du crédit.

Richelieu. avec tout crédit, ou plutôt toute puissance ir l'esprit de son maître, était bien éloigné de la faveur.

uynes, Cinq-Mars, et autres favoris, avaient, par la faveur, eaucoup de crédit.

Il est vrai que quelquefois le crédit l'emporle sur la faveur.

Le crédit de Sully triompha souvent de la faveur des malesses; mais son maître était Henri IV.

Le crédit est une épreuve pour la vertu ; il enfle et ébranle.

La faveur est la plus fatale des épreuves; elle enivre et corompt. (!\.)

295. CREUSER, APPROFONDIR.

L'un et l'autre, dans le sens propre, marquent l'opération >ar laquelle on parvient à l'intérieur des corps, en écartant es parties extérieures qui y font obstacle ;- mais approfondir, :'est creuser plus avant, parce que c'est creuser encore, pour parvenir à donner plus de profondeur à l'excavation.

> Dans le sens figuré, il y a entre ces mots la même analogie ;tla même différence; ils marquent tous deux l'opération pal laquelle on parvient à découvrir ce qu'il y a dans une matièi%


de plus abstrait, de plus compliqué, de plus caché : mais creuser a plus de rapport au travail et à la progression lente det découvertes; approfondir tient plus du succès, et désigne mieui le terme du travail. *

On doit d'autant moins creuser les mystères de la religion..

qu'il est impossible de les approfondir, parce qu'il est à craindre que, piquée de l'inutilité de son examen , la raison, pai orgueil, n'aime mieux les juger faux que de les croire incom- « préhensibles. *

J'ai creusé autant que j'ai pu les principes généraux du langage : je ne croirai pas ma peine perdue, quand elle nt ,, servirait qu'à prouver que l'on doit et que l'on peut les appro-

fQndir. (B.) 294. CRI, CLAMEUR.

! Le cri est une voix haute et poussée avec effort par une per.

sonne. La clameur est un grand cri, souvent tumultueux. Clameui ajoute à cri une idée de ridicule par son objet ou par son ex ces. Le plus grand usage de ce mot est au pluriel, la clameta publique est un soulèvement du peuple contre quelque scélérat. Le sage respecte le cri public et méprise les clameurs des sots. (Gat., Encyclop. IV, 461.) 295. CRITIQUE, CENSURE. ;: Critique s'applique aux ouvrages littéraires; censure aux ouvrages théologiques, ou aux propositions de doctrine, ou aux mœurs. (Encydop. IV, 490.) Il me semble qu'une critique est l'examen raisonné d'un ouvrage , de quelque nature qu'il puisse être, et qu'une censure est la répréhension précise et modifiée de qui blesse la vérité ou la loi. Ainsi la critique peut s'étendre jusqu'aux ouvrages théologiques, et la censure peut tomber sur des ouvrages purement littéraires.

Dire d'un système qu'il est mal lié ou démenti par l'expérience; d'un principe de grammaire, de poétique ou de rhétorique, qu'il est faux, ou moins général qu'on ne prétend, c'est censure : prouver que la chose est ainsi, c'est critique. Il faut critiquer avec goût, et censurer avec modération. (B.) - 296. FAIRE CROIRE, FAIRE ACCROIRE. t Au jugement deVaugelas, accroire est un excellent mot, et faire accroire est, selon l'Académie, une fort bonne manière de parler. « Il y a, dit l'auteur des Remarques, cette différence entre faire croire et faire accroire, que faire croire se dit toujours pour des choses vraies, et faire accroire pour de6 choses fausses. Par exemple, si je dis, il m'a fait accroire


l'il nf/jouait point, je fais entendre qu'il ne m'a pas dit la vcic ; mais si je dis, il m'a fait croire une telle chose, je donne entendre qu'il m'a fait croire une chose véritable. »

Il est certain que faire accroire ne se dit que des choses ¡¡ses , il est faux que faire croire ne se dise que des choses aies. Croire signifie ajouter foi, donner croyance, preodre IlIrti'féritable, tenir pour vrai. Or. vous pouvez ajouter foi une chose fausse ; on peut vous la faire croire ou vous la per-j ader. Vous direz fort bien : il m'avait fait croire qu'il parle-i it pour moi, et il n'en a rien fait.

Yaugelas continue ainsi sa remarque : D'autres disent que différence qu'il y a entre faire croire et faire accroire n'est s tant que l'un soit pour le vrai et l'autre pour le faux, qu'en que faire aecrmre emporte toujours que celui de qui on le t a eu dessein en cela de tromper. » C'est le sentiment de académie.

Cette distinction parait plus vraisemblable, mais je ne la )is pas plus juste, et je m'en rapporte à l'exemple cité par icadémie. « C'est dans ce sens, ajoute t-elle, qu'on dit 'un homme s'en fait accroire, pour faire entendre qu'il prend lui des sentimens trop avantageux, qu'il s'attribue un M ite qu'il n'a pas. » Cet homme-là croit, à la vérité, une ose qui n'est pas - il se trompe, ou plutôt il s'abuse; mais, rtes, il n'a pas le dessein, il n'a pas formé le projet de se suader une chose qu'il croit fausse, de se tromper , de s'aiser ; car alors il ne s'abuserait pas, il ne s'en ferait pas croire; il saurait bien qu'il se ment à lui-même.

Il me semble que la signification du mot accroire n'a point 3 développée dans toute son étendue. Accroire signifie croire croire à quelqu'un, i sa parole, a soit témoignage, à son rap-

rt ; croire aux songes, aux sorts, aux sorciers, aux fables, x influences morales des astres; c'est-à-dire croire sans mo, sans raison, croire sur parole, légèrement, croire par crélité. Faire accroire, c'est faire croire à quelqu'un tout ce 'on lui conte, lui persuader , par sa propre autorité , ce 'on veut, lui faire ajouter foi à des choses qu'il ne doit pas iturellement croire, soit à cause du caractère de la personne li les dit, soit à raisun des choses même qu'il dit. L'Acadéie observe fort bien , dans son dictionnaire ; qu'en donner eu à garder, c'est en faire accroire. Or, on en donne à garder, land on debite des contes, des balivernes, des fariboles, 's choses ridicules, puériles, extravagantes, imaginaires.

n en conte de même à quelqu'un, quand on veut lui en faire rcroire, ou lui faire croire des choses indignes de foi. On fait •croireque lesvessies sont des lanternes. On s'en fait accroire, rsqu'on s'abuse sottement ou follement sur son propre mé- , te. Ainsi, faire croire signifie simplement persuader une


chose, obtenir la croyance de quelqu'un, lui inspirer de «onfiaiîce en vos discours. Faire accroire veut dire persua( des choses non croyables, ou bien abuser du crédit que l'oi sur l'esprit d'une personne, de sa crédulité, de sa simplici de sa confiance , de sa bonne foi, etc. (

M. Beauzée a très-bien remarqué, dans la nouvelle Eni clopédie, que ces deux expressions signifient déterminer croyance ; mais que faire accroire, c'est la déterminer sansfi tlement, pour une chose qui n'est pas vraie, et faire croit c'est simplement déterminer la croyance, avec abstraction toute idée de fondement et de vérité. Ainsi on ne peut fa accroire que le faux, ou ce qu'on croit faux i on peut fa croire également le faux et le vrai.

Le même auteur fait encore l'observation suivante. « Fa accroire ne peut s'attribuer qu'aux personnes, parce qu'il ; a que les personnes qui puissent agir de propos délibéré et al intention : faire croire peut s'attribuer aux personnes et i choses, parce que les personnes et les choses peuvent egalenu

déterminer la croyance, et que cette phrase fait abstraction toute intention. Les personnes font accroire le faux; les cho font croire faussement. » Il est certain que la première de expressions ne s'emploie qu'à l'égard des personnes, et qu't' indique du moins l'art ou le talent de persuader. (R.) 297. CROÎTRE, AUGMENTER.

a Les choses croissent, dit l'abbé Girard , par la nour ture qu'elles prennent : elles augmentent par l'addition qui fait des choses dela même espèce. Les blés croissent; la réco augmente.

» Mieux on cultive un terrain, plus les arbres y croisse et plus les revenus augmentent.

a Le mot de croître ne signifie précisément que l'agrand sement de la chose, indépendamment de ce qui le prodt Le mot d'augmenter fait sentir que cet agrandissement causé par une nouvelle quantité qui y survient. Ainsi, d que la rivière croit, c'est dire uniquement qu'elle devient p haute, sans exprimer qu'elle le devient par l'arrivée d'u nouvelle quantité d'eau : mais dire que la rivière augmen c'est dire qu'il y arrive une nouvelle quantité d'eau qui la 1 hausser. Cette différence est extrêmement délicate; c'est poi quoi l'on se sert indifféremment de croître ou d'augmenter beaucoup d'occasions où cette délicatesse de choix n'est nulle hnportance, comme dans l'exemple que je viens de i ter ; car on dit également bien que la rivière croît et que rivière augmente, quoique chacun de ces mots ait même son idée particulière. Mais il y a d'autres occasions où il es propos , et quelquefois même néceBqoire d'avoir égard à l'ifl


rticnlière et de faire un choix entre ces deux termes, selon" force du sens qu'on veut donner à son discours. Par exem-j > lorsqu'on veut faire entendre , en parlant des passions , IIt's sont dans notre nature; que ce qui nous sert d'alint leur sert aussi de nourriture et leur donne des furces, se sert élégamment du mot croire : ailleurs on emploie ni d'augmenter, soit pour les passions, soit pour les talens l'esprit.

> Toutes les passions naissent et croissent avec l'homme ; is il y en a quelques-unes qui n'ont qu'un temps, et qui, ès avoir augmenté jusqu'à un certain âge, diminuent ente, et disparaissent avec les forces de la nature ; il y en a utres qui durent toute la vie, et qui augmentant tours , sont encore plus fortes dans la vieillesse que dans la nesse.

L'amour qui se forme dans l'enfance croît avec l'âge. Le i courage n'est jamais fanfaron, il augmente à la vue du il. L'ambition croît à mesure que les biens augmentent.

Il est aisé de voir, par tous ces exemples, que l'un de ces !s a des places qui ne conviennent point à l'autre : car quelle ? la personne assez peu délicate en fait d'expressions, pour 1 1as sentir, par goût naturel du moins, si ce n'est par réion , qu'il est mieux de dire , l'ambition croît à mesure i les biens uugmentent, que de dire l'ambition augmente à iiire que les biens croissent? S'il n'est pas difficile de sentir e délicatesse, il l'est d'en expliquer la raison : il faut pour un peu de métaphysique, et avoir recours à l'idée propre je viens d'exposer du mieux qu'il m'a été possible. Car n les biens consistant dans plusieurs différentes choses qui éunissent dans la possession d'une seule personne , le d'augmenter, qui, comme on l'a dit, marque l'addition le nouvelle quantité , leur convient mieux que celui de tre, qui ne marque précisément que l'agrandissement ie chose unique, fait par la nourriture. Cette même force ignification est la raison pourquoi le mot croître figure parment bien en cet endroit avec l'ambition, puisqu'elle est seule passion à qui les biens de la fortune semblent servir - miens pour la soutenir et la faire agir avec plus de force et d'ardeur.

Les choses matérielles croissent par une addition intére et mécanique, qui fait l'essence de la nourriture propre ée le ; elles augmentent par la simple addition extérieure e nouvelle quantité de même matière. Les choses spiriles croissent par une espèce de nourriture prise dans un figuré ; elles augmentent par l'addition des degrés jusù elles sont portées.

L'œuf ne commence à croître dans l'ovaire que lorsque la


fécondité l'a rendu propre à prendre de la nourriture, el i! li't sort que lorsque son volume est assez augmenté pour causer ( l'altération dans la membrane qui l'y renferme.

» Notre orgueil croît à mesure que nous nous élevons, el augmente quelquefois jusqu'à nous rendre haïssables à tout monde. » (G.) 4 M. l'abbé Girard craint de paraître trop subtil dans cet a ticle, et M. Beauzée n'en est pas entièrement satisfail. Tâclioi donc d'éclaircir, de développer et de confirmer ou de reciifi ses idées. Croître vient du mot primitif crah, creh, qui désigne to ce qui est haut, élevé, gros, et qui hausse, s'élève, grossi Cette racine subsiste encore dans les dialectes celtiques: ( breton, crack signifie éminence, montée; crech, haut, le lm colline : nous avons crête, hauteur, sommet, elc. Le m croître, commun à une multitude de langues, signifie partoi grandir, s'élever, s'alonger, se fortifier: l'élévation est idée propre.

Augmenter vient de la racine aug ou auc, qu'on retrou aussi dans plusieurs langues ; lat. augere, etc., d'où peut-êl le mot avec , jadis adveck, auck, qui marque, comme au menter, la conjuiictipn , l'addition, la confusion; et aussi ava taye, davantage, mots quiprésententl'idéepropred'augmeiifc Quoi qu'il en soit, ce verbe , dans toutes les langues où il trouve, ainsi que tous les motsqui viennent de la mêmesourc marquent L'addition ou plutôt le plus dans quelque sens CF ce soit, en hauteur, en largeur , en volume, en profonden en nombre, en quantité, etc. ; tandis que croire n'énonceql certaines dimensions déterminées.

Ainsi, croître c'est proprement grandir ou s'élever, pouss on acquérir plus de hauteur ou de longueur, avec la co ni stance proportionnée, par la nourriture ou la conversion, substance, ou la génération, la production d'une nouve substance dans la chose même : augmenter , c'est s'agrarii dans quelque sens que ce soit, devenir plus considérai gagner ou acquérir en quantité quelconque, par l'addition, mélange, l'incorporation d'une matière ou quantité nouve dans la première.

4° Croître a par lui-même un sens déterminé et compte sans avoir besoin d'aucune addition quelconque pour êl parfaitement entendu. Augmenter n'a qu'un sens incomplet indéterminé, qu'il faut fixer par une addition expresse ou i diquée par le contexte. Il faut expliquer dans quel sens sous quel rapport la chose augmente : on sait que ia chose <j croît augmente en hauteur , en solidité, en grosseur.

Les plantes, les petits des animaux, croissent; vous voyez , dans ce mot seul, devenir plus grollds. Les denrt


ngmentent, c'est-à-dire le prix : le mal augmente, c'est-à-dire 3 force: il faut donc une idée accessoire pour en donner le D8.

On voit dans ces exemples et dans les suivans , que c'est même chose qui croit, et que c'est sa qualité qui augmente.

La rivière croit, c'est-à-dire qu'elle hausse : la rivière augente, c'est-à-dire qu'elle s'élève , grossit ou s'étend.

L'incendie croit lorsqu'il s'élève vers le ciel de plus gros nrbillons de flamme et de fumée , il augmente, lorsqu'il s'énd , qu'il gagne, qu'il attaque de nouveaux objets.

On peut inférer de là que, dans le sens figuré, le mot croire dira aussi particulièrement des objets auxquels on peut apiquer naturellement l'idée d'élévation ou de hauteur, et que mot augmenter conviendra aux objets qui feraient naître ie idée contraire.

Ainsi la générosité ne fait que croitre dans une grande ame, lâcheté ne fait qu'augmenter dans une ame basse.

Il est sensible que le mot augmenter, avec ta propriété qu'il d'exprimer aussi Yaugmentation en hauteur , peut-être sou'fit substitué à celui de CTottre; mais que croître restreint à rtaines dimensions , ne peut pas l'être également au verbe tgm enter.

2° « Les choses croissent, dit l'abbé Girard , par la nourrire qu'elles prennent; elles augmentent par l'addition qui s'y it des choses de la même espèce. » Sa distinction est juste ; ais il ne parait pas s'accorder avec lui-même lorsqu'il ajoute, te croitre ne signifie que l'agrandissement, et qxîaugmenter ¡signe l'accession d'une nouvelle matière. L'un et l'autre ipposent et indiquent une nouvelle matière ou une nouvelle iantité ; mais la différence est dans la manière de croître et augmenter, comme l'auteur l'explique encore lui-même i disant que Il Yaccroissement s'opère par une addition intéeure et mécanique, et l'atlgmentation par une addition exrlenrp. II 5" Le mot crottre annonce nn développement successif, le crue progressive , un accroissement gradué. Le mot augenter, sans exclure cette gradation et cette progression, ne exige pas et ne la suppose pas. £ insi, le premier est trèsien employé lorsqu'il s'agit de divers accroissemens, d'acroissemens déterminés, réguliers, périodiques, etc. ; le se3nd, lorsqu'il s'agit d'une augmentation simple, ou dedi.

erses augmentations vagues, irrégulières, accidentelles etc298. CROIX, PEINES, AFFLICTIONS. ""O<I!

Le premier de ces mots appartient au style pieux : sa valeur stla plus étendue des trois, renfermant dans son objet ceux es deux autres. Les peines diffèrent des afflictions, en ce que


celles-ci, moins ordinaires et plus fâcheuses, enchérissent si celles-là, qui, de leur côté, paraissent plus inséparables de nature humaine , et comme l'apanage de cette vie. Il semb que les croix soient distribuées par la Providence, pouréproi ver et faire valoir le mérite du chrétien; que les peines soiei des suites de la situation et de l'état où l'on se trouve; et ql les afflictions naissent des accidens causés par les circoi stances du hasard, roll par la méchanceté des hommes, ou Pi

une grande faute de conduite. (G.) 299. CROYANCE, FOI.

Ces deux mots diffèrent, en ce que le dernier se prer quelquefois solitairement, et désigne alors la persuasion ( l'on est des mystères de la religion. La croyance des véritt révélées constitue la foi.

Ils diffèrent aussi par les mots auxquels on les joint. L choses auxquelles le peuple ajoute foi ne méritent pas toi jours que le sage leur donne sa croyance. (Encycl., VI, 516 Ces mots signifient tous deux une persuasion fondée si quelque motif; et j'ajouterais volontiers une troisième difl rence aux deux qui viennent d'être assignées : c'est que croyance est une persuasion déterminée par quelque motif qt ce puisse êire, évident ou non évident ; et que la foi est ui -persuasion déterminée par la seule autorité de celui qui parlé. De là vient que l'on peut dire que le peuple ajoute f à mille fables dont il a la tête remplie, parce qu'il n'en e persuadé que 'sur la parole de ceux qui les ont contées ; ma on ne peut pas dire qu'un païen , qui, déterminé par lesra sons naturelles, et persuadé de l'existence de Dieu, ait foi de cette existence, parce que sa persuasion n'est pas détei minée par l'autorité de la révélation. (B.) 500. CROYEZ-VOUS QU'IL LE FERA, QU'IL LE FASSE?

M. Beauzée a inséré dans son Recueil des Synonymes jugement qu'a porté de ces deux phrases M. Àndri de Boisri gard, Réflexions sur l'usage présent de la Langue françaisi tome I. Il me sera donc permis d'examiner ici cette décisioi et, dans le cas où l'auteur n'aurait pas saisi les différend réelles qui distinguent ces deux manières de parler, de sul stituer à ces conjectures des conjectures au moins plus vra semblables.

« Ces deux expressions, selon l'exactitude de notre languE dit ce grammairien , sont très-différentes , quoique le peu?

ait coutume de les confondre.

« Quand je dis, croyez-vous qu'il le fera ? je témoigne parque je suis persuadé qu'il ne le fera pas; c'est comme si : disais : Est-il possible que v ous soyez assez bon pour croii


l'il le fera ? Êtes-vous assez simple pour vous persuader qu'il fera? * ,..

« Quand je dis au contraire : Croyez-vous qu il le fasse ? je nrque par-là que je doute véritablement s'il le fera; et c'est mine si je disais, je ne sais s'il le fera, qu'en pensez-vous l, es-moi là-dessus ce que vous en croyez.

« Voila en quoi consiste la différence de ces deux expresns. Il est inutile d'avertir que ce que j'ai dit du verbe faire doit faire entendre de tous les autres. » M. Andri a grand tort de reprocher au peuple de confondre ; deux phrases ; et l'on serait peut-être bien trompé si on u croyait. La première de ces phrases ne prend le sens qu'il attribue que quand la manière de la prononcer le lui nne.

Il existe entre ces phrases une différence grammaticaleJ/lez-vous qu'il le fera ? marque déterminément et exsivement une chose future, ou d'un futur contingent.

iyez-vous qu'il le fasse ? peut annoncer ou une chose future, une chose présente : car le subjonctif qu'il fasse répond ilement au futur et au présent de l'indicatif où il se forme.

es deux phrases diffèrent encore par les sentimens ticuliers qu'elles indiquent dans celui qui questionne.

ns l'une et dans l'autre il y a un doute supposé; mais doute n'est pas le même dans les deux cas. Quand vous demandez si je crois qu'il le fera, vous doutez s'il le fera ; st-à-dire , que vous n'osez croire qu'il le fera, que vous ignez qu'il ne le fasse pas. Quand vous me demandez si je isqu'il le fasse, vous doutez qu'il le fasse; c'est-à-dire, que is ne croyez pas ou ne pouvez pas croire qu'il le fasse.

Dans le premier cas, vous me demandez si je crois qu'il la a, pour vous former une opinion sur la mienne ; dans le seId, vous me demandez si je crois qu'il le fasse, pour corn er mon opinion avec la vôtre. Cette différence me paraît s-sensible et très-bien fondée. (R.) 501. CUllE, GUÉR1SON. On fait une cure , on procure une guerison. La première a is de rapport au mal et à l'action de celui qui traite le mae. La seconde a plus de rapport à la santé et à l'état dut ilade qu'on traite. On dit de l'une qu'elle est belle; alors 1ccès fait honneur à celui qu'il l'a entreprise : on dit de l'aue :, qu'elle est prompte et parfaite ; c'est tout ce qu'on doi sirer dans la maladie. On dit de toutes les deux, qu'elles il faciles ou difficiles.

Il semble que la cure n'ait pour objet que les maux opiàtres et d'habitude; au lieu que la guérison regarde aussi le?

aladies légères et de peu de durée.


Plus le mal est invétéré , plus la cure en est difficile. C'es souvent plus à la force du tempérament qu'à l'effet des re mèdes qu'on doit sa guérison.

Les maux incurables ne sont pas seulement ceux dont cure est absolument impossible, mais encore ceux dont or ignore la manière d'en procurer la guérison. (G.) D. "1 il

502. DAM , DOMMAGE , PERTE.

Le premier de ces trois mots n'est plus guère en usage quE parmi les théologiens, pour signifier les peines que le damnés souffriront par la privation de la vue de Dieu, c< qu'on appelle la peine du dam; ou dans cette phrase fami lière : c'est votre dam. Dommage diffère de perte, en ce qu'i désigne une privation qui n'est pas totale, ainsi on dit : 1 perte de la moitié de mon revenu me causerait un dommag, considérable.

Une perte se remplace ; un dommage peut se réparer. (D'AI.

503. DANGER, PÉRIL, RISQUE. « ,.

« Danger, dit l'abbé Girard , regarde le mal qui peu!

arriver. Péril et risque regardent le bien qu'on peut perdre; avec cette différence que péril dit quelque chose de plus prochain, et que risque indique , d'une façon plus éloignée, la possibilité de l'événement. De là ces expressions ; en danget de mort, au péril de la vie, sauf à en courir les risques. LE soldat qui a l'honneur en recommandation , ne craint poim le danger, s'expose au péril, et court tranquillement tous le risques du metier.

« Ces trois mots, dit M. d'Alembert. désignent la situa lion de quelqu'un qui est menacé de quoique malheur; aTei cette différence que péril s'applique principalement au eu où la vie est intéressée, et risque, au cas où l'on a lieu dl craindre un mal comme d'espérer un bien. Un général conri le risque d'une bataille pour se tirer d'un mauvais pas; et il est en danget de la perdre si les soldats l'abandonnent danf le p ril.

Danger vient de dam (dommage), dont les Latins et te Français ont fait damn, damnmn, damner (prononcer ddner) Or, le dani ou dommage exprime plutôt la perte, l'aitératiot d'un bien, que l'épreuve, le ressentiment d'un mal : il est dont faux que danger se distingue par cette première idée. Let théologiens entendent par la peine du dam, la privation d< la vision béatitique. Danger a été originairement employi


ml' désigner une terre s ujette à confiscation , des droits imiséssurunechose, des amendes, un homme qui n'est pas ,¡¡'e , etc. Or, toutes ces applications roulent sur la perte de ¡dl!;¡e bien. Quand on tirerait ce mot d'ang, anger, il jnifierait détresse ; et c'est aussi ce que produit la perte uiflrien. Si l'on dit en danger de mort, on dit aussi que la s d'un homme est en danger, ou qu'il est en danger de rdre la vie. Ainsi l'on dit sous peine de mort ou de la vie;.

îfin, l'Académie a défini le danger, ce qui expose à un alheur, à une perle, un dommage.

Péril vient de per-eo, passer à travers, périr, s'évanouir, rouver une grande peine. Le péril, latin periculum., est, à lettre , ce à travers quoi il faut passer : ce qui désigne une uation pressante, une rude épreuve que l'on fait; car perilum signifie également épreuve. expérience; et cette expé'nce est telle, que la chose peut périr, se perdre , s'évanouir, dissiper. Le celte pirill désigne un très-mauvais état.

Risque vient du celte ricq, glisser, bas breton ricgla et 9ca, languedocien resquia. dans le même sens; il désigne ne une situation glissante dans laquelle on peut tomber.

Le risque est un hasard: le hasard a deux chances, une favoble, l'autre contraire; aussi l'on dit qu'un jeune homme urt risque d'avoir cent mille livres de rente. M. d'Alembert justement observé que ce mot se prend aussi en bonne part; l'abbé Girard, qu'il n'indique que la possibilité de l'événesnt : j'aurais plutôt dit la probabilité. Voyez hasarder, squer.

Ainsi donc le danger est littéralement une disposition des oses telle, qu'elle nous menace de quelque dommage; le ril, une rude épreuve par laquelle on passe avec un grand IIger; le risque, une situation glissante dans laquelle on urt des hasards.

Le danger menace ou de près ou de loin : Iè péril est pré.

it, pressant, imminent et terrible: le risque expose plus moins. On craint le danger, et on le fuit ; on redoute le ril , et on se sauve ; on court le risque, et on se promet un n succès. (R.) * ) 504. DANS L'IDÉE, DANS LA TÊTE. < On a dans l'idée ce qu'on pense; on le croit, On a dans la e ce qu'on veut ; on y travaille.

Nos imaginations sont dans l'idée, et nos desseins dans tête.

Les courtisans se mettent aisément dans l'idée que le prince it faire leur fortune ; mais il en est peu qui se mettent dans tête de le mériter par des services marqués au coin de la rtu.


Le philosophe curieux, au défaut du vrai, où il ne pei pénétrer se forme dans l'idée un système, du moins vraisen tiable, sur la nature, l'économie, et la durée de l'univen Le politique ambitieux, incapable de goûter le repos, ne ces d'avoir dans la tête des projets d'agrandissement et d'éléva tion. (G.)

505. DE BON GRÉ, DE BONNE VOLONTÉ, DE BON CŒUR, D BONNE GRACE.

On agit de bon gré, lorsqu'on n'y est pas forcé ; de bonii toloiité, lorsqu'on n'y a point de répugnance; de bon cœur lorsqu'on y a de l'inclination; et de bonne grace , lorsqu'o témoigne y avoir du plaisir.

Ce qui est fait de bon gré, est fait librement. Ce qui est fa de bonne volonté, est fait sans peine. Ce qui est fait de bo cœur, est fait avec affection. Ce qui est fait de bonne grâce est fait avec politesse.

Il faut se soumettre de bon gré aux lois ; obéir à ses maîlrt de bonne volonté ; servir ses amis de bon cœur ; et faire plais, à ses inférieurs de bonne grâce. (G.) 506. DÉBRIS, DÉCOMBRES, RUINES.

Ces trois mots signifient en général les resies disperst d'une chose détruite ; avec cette différence, que les deux dei niers ne s'appliquent qu'aux édifices, et que le troisième snp pose même que l'édifice ou les édifices détruits soient consi durables. On dit, les débris d'un vaisseau, les décombres d'ui bâtiment, les ruines d'un palais ou d'une ville.

Décombres ne se dit jamais qu'au propre ; débris et ruine lie disent souvent au figuré;, mais ruine, en ce cas, s'emploi plus souvent au singulier qu'au pluriel. Ainsi l'on dit, le dépris d'une fortune brillante; la ruine d'un particulier, d l'Etat, de la religion, du commerce : on dit aussi quelque fois, en parlant de la vieillesse d'une femme qui a été belle que son visage offre encore de belles ruines. (Encycl. IV, 618.

507. DÉCADENCE, RUINE.

Ces deux mots diffèrent en ce que le premier prépare lt second, qui en est ordinairement l'effet. Exemple : la deca êence de l'Empire romain, depuis Théodose, annonçait si Aline totale.

On dit aussi des arts, qu'ils tombent en décadellce; et d'iint maison , qu'elle tombe en ruine. (Ellcycl. IV, 659.) 508. DÉCADENCE, DÉCLI, DÉCOURS.

Jcadence, du latin cadere, celte catt, choir, tomber; d'où déchoir, commencer à tomber, aller à sa chute. Déclin, du


lté clin, pente; d'où incliner, pencher, decliller, aller cil ote en descendant. Decours, du latin curro. cursus, courir;, )ù cours et décours, cours ou révolution tirant à sa fin.

La décadence est l'état de ce qui va tumballt: le déclin, tat de ce qui va baissaltt : le décours, l'état de ce qui va dérissanU On dit la décadence d'un édifice, des fortunes, des lettres, ; empires, des choses sujettes à des vicissitudes, exposées eur ruine : ces choses se dégradent et tombent..011 dit le :lindu jour., de l'âge, de la maladie, des choses qui n'ont une certaine durée, et qui s'affaiblissent vers leur tin : ces )ses baissent et passent. On dit le décours de la lune, de la ladie, des choses assujéties à des périodes d'accroissement de décroissement, et bornées à une révolution : ces choses croissent et disparaissent.

)ar la décadence, la chose perd de sa hauteur, de sa granir, de sa consistance. Par le déclin, la chose perd de sa , de sa vigueur, de son éclat. Par le décours, la chose d de son apparence, de son influence , de son énergie.

ja décadence amène la chute et la ruine. Le déclin mène à piration et à la fin. Le décours achève le cours et la révoon. -

ja décadence est plus ou moins rapide, comme l'élévation ; téclin, plus ou moins sensible, comme la pente ; le décours, s ou moins avancés, comme le progrès.

),;eadence ne se dit guère qu'au figuré; décours, au propre^.

lin seul au moral comme au physique. Neuville dit le déclin l'honnêteté, des mœurs, de la déoence, etc. (R.)

509. DÉCENCE, BIENSÉANCE, CONVENANCE.

ïécence, état ou façon de paraître qui duit, décore; rac.

, montrer r latin decet, qui est en état de paraître. Bienlice, état, manière qui est séante-, sied bien , est à sa place.

Ivenauce, état qui convient, cadre, va bien avec : de venire cum, venir, aller avec, s'assembler, s'assortir.

..a décence est, à la lettre, la manière dont on doit se ntrer pour être considéré, approuvé, honoré. La bien-, nce est la manière dont on doit être dans la société pour tre bien, à sa place, comme il faut. La convenance est la nière dont on doit disposer, arranger, assortir ce qu'on , pour s'accorder avec les personnes, les choses, les cil, Istances.

ja décence regarde l'honnêteté morale : elle règle l'extéIr selon les bonnes mœurs. La bienséance concerne l'honeté civile : elle règle nos actions selon les mœurs et les ges de la société. La convenance pure s'attache aux choses ralement indifférentes en elles mêmes ; elle règle des arran-


gemens particuliers selon les bienséances et les conjecture!

Une femme est habillée avec décenee, lorsqu'elle l'est sari immodestie; avec bienséance, lorsqu'elle l'est suivant so état, avec convenance, lorsqu'elle l'est selon la saison et le circonstances.

La décence est, en général, une et la même pour tous; ca il n'y a pas deux sortes de pudeur et de modestie. La bien séance varie selon le sexe, l'âge. la condition, l'état des per sonnes ; car ce qui sied à un homme, à un jeune homme, à Il militaire, n'est quelquefois pas séant pour une.femme, pou un vieillard, pour un magistrat. La convenance s'accommod aux conjonctures; car ce qui convient dans un temps , dan une occasion. à telles personnes, ne convient pas toujours et à tous. Il n'y a qu'une décence, on ne dit pas les décences. 1 y a la bienséance en général et les bienséances différentes o en distingue de plusieurs sortes. On dira plutôt les COlltlf nances que la convenance; la convenance même suppose n concours de choses qui se conviennent les unes aux autres.

310. DÉCENCE, DIGNITÉ, GRAVITÉ.

Ces trois lermes désignent également les égards qui règletl la conduite et déterminent, le maintien.

Ils diffèrent entre eux , en ce que la décence renferme le égards que l'on doit au public; la dignité, ceux qu'on doit; sa place : et la qravitè, ceux qu'on se doit à soi-même. (En cycl. XVII, 799.) 5H. DÉCIDER, JUGER.

Ces mots désignent en général l'action de prendre son part sur une opinion douteuse, ou réputée telle. Voici les nuance qui les distinguent.

On décide une contestation et une question ; on juge um personne et un ouvrage. Les particuliers et les arbitres déci dent : les corps et les maistratsjttgent. On décide quelqu'un; prendre un parti; on juge qu'il en prendra nn.

Décider diffère aussi de juger, en ce que ce dernier désigna simplement l'action de 1 esprit, qui prend son parti sur uni chose après l'avoir examinée, et qui prend ce parti pour lui seul, souvent même sans le communiquer aux autres ; au liet: que décider suppose un avis prononcé, souvent même sans examen. On peut dire en ce sens que les journalistes décident, et que les connaisseurs jugent. (Encycl., IV, .668. )

512. DÉCIME , DÉCIMES, DÎMES.

Ces mots désignent également une contribution payable -par les possesseurs des biens, et qui était originairement de la dixième partie des fruits.


Décime, an singulier, c'est la dixième partie des revenus !cclésiastiqtjes, qui était levée extraordinairement pour quelle affaire jugée importante à la Religion ou à l'Etat.

Décimes , au pluriel , est ce que les bénéfices payaient nnuellement à l'Etat sur les revenus de leurs bénéfices, ans aucune analogie déterminée entre les revenus et la conibmion.

Dime est la portion des fruits des biens laïques donnée annuelmelll à l'Eglise par les fidèles, ou aux seigneurs par leurs assaux. Quoique le mot semble indiquer la dixième partie, e n'est pourtant le taux des dîmes qu'en un très-petit nomre d'endroits ; il varie d'un lieu à un :autre et il n'y a 'uniformité que dans la quotité annuelle de chaque pa>isse. (B.) j **** 5i3. DÉCISION, RÉSOLUTION. t La décision est un acte de l'esprit, et suppose de l'exaen. La résolution est un acte de la volonté et suppose la dé)ération. La première attaque le doute , et fait qu'on se déare.. La seconde attaque l'incertitude, et fait qu'on se dérmine.

Nos décisions doivent être justes, pour éviter le repentir.

os résolutions doivent être fermes pour éviter les variations.

Rien de plus désagréable pour soi même et pour les autres, le d'être toujours indécis dans les affaires et irrésolu dans les

'fM renés.

On a souvent plus d'embarras et plus de peines à décider ir le rang et sur la prééminence que sur les intérêts solides et els. Il n'est point de résolutions plus faibles que eelles que ennent au confessionnal et au lit le pécheur et le malade ; >ecas»n et la santé rétablissent bientôt la première manière ! vivre.

Il semble que la résolution emporte la décision ; et que Ue-ci puisse être abandonnée de l'autre , puisqu'il nrrive leiquefois Qu'on n'est pas encore résolu à entreprendre une iose pour laquelle u~ x déjà decidé; la crainte, la timidité , 1 quelque autre motif, s'opposent à 'exéeution de l'arrêt ononcé.

Il est rare que les décisions aient chez les femmes d'autre ndement que l'imagination et le cœur. En vain les hommes ennent des résolutions ; le goût et l'habitude triomphent u jours de leur raison. En fait de science, on dit : la décision d'une question et la solution d'une difficulté.

C'est ordinairement où l'on décide le plus qu'on prouve le oins. Quoi qu'on réponde dans les écoles à toutes les difficuls, on en résout très-peu. (G.)


514. DÉCISIONS DES CONCILES, CANONS , DÉCRETS, Tous les articles déterminés par les conciles, dans les ma.

tières qui sont de leur juridiction, sont des décisiolls; et c'es un terme général, qui renferme sous soi deux espèces , les ca nons et les décrets.

Les cunolls sont des décisions qui concernent le dogme et 1: foi : les décrets sont les décisions qui règlent la discipline ec clésiaslique.

Les décisions des conciles ne sont pas toutes également obli galoires. Les canons , qui déterminent les articles de foi, e qui prononcent sur le dogme, sont obligatoires pour tous le fidèles, sans exception ni distinction de personnes ou de dignités ; et c'est en vertu de l'autorité du Saint-Esprit, don' l'assistance perpétuelle a été promise à l'Eglise, en mêm< temps qu'elle a reçu de Jésus-Christ la commission express.

et le droit exclusif d'enseigner toutes les nations. Mais le décrets des conciles même œcuméniques, qui regardent la dis cipline, n'acquièrent force de loi dans un Etat,qu'après avoir ét.

acceptés par le roi ou le Gouvernement, et par les prélats na.

tionaux, et publiés par l'autorité publique. En les acceptant, 1( Gouvernement et les prélats peuvent y mettre telles modifications qui leur paraissent nécessaires, pour le bien de l'Eglise et la conservation des droits de l'Etat.

Le concile de Trente n'a point été reçu en France : cependant il y est observé pour les canons qui regardent le dogme et la foi ; mais il ne l'est pas pour les décrets qui statuent sur ladiscipline. (Encycl. VI, 716.) 515. DÉCOUVERTE , INVENTION.

On peut nommer ainsi en général tout ce qui se trouve de nouveau dans les arts et dans les sciences. Cependant on n'applique guère le nom de découverte , et on ne doit même l'appliquer qu'à ce qui est non-seulement nouveau , mais en même temps curieux, utile, ou difficile à trouver, et qui par conséquent à un certain degré d'importance. On appelle seulement invention ce que l'on trouve de nouveau , et qui n'a pas l'un de ces trois caractères d'importance. ( Encycl. IV, 705.) Il me semble aussi que l'idée de la découverte tient plus de la science , et que celle de Y invention tient plus de l'art. Une découverte étend la sphère de nos connaissances ; une invention ajoute aux secours dont nous avons besoin. Comme les principes des sciences portent nécessairement sur des faits qui les établissent, et qui n'en sont que des cas particuliers, une découverte peut être due au hasard ; mais une invention ne peut être que le résultat d'une recherche expresse. (B.)


316, DÉCOUVRIR, TROUVER.

t Ces mots , dit M. d'Alembert, signifient en général acrir par soi-même la connaissance de ce qui est inconnu i autres.

Voici les nuances qui les distinguent. En cherchant à mvrir, en matière de sciences, ce qu'un cherche, on trouve vent ce qu'on ne cherchait pas Nous découvrons ce qui est s de nous; nous trouvons ce qui n'est proprement que dans re entendement, et qui dépend uniquement de lui : ainsi lécouvre un phénomène de physique, on trouve la solution îe difficulté.

Trouver se dit aussi de ce que plusieurs personnes chernt : et découvrir, de choses qui ne sont cherchées que par seul. C'est pour cela qu'on dit trouver la pierre philosole, les longitudes , le mouvement perpétuel, et non pas : iècouvrir. On peut dire en ce sens que Newton a trouvé le ème du monde , et découvert la gravitation universelle; •e que le système du monde a été cherché par tous les phiphes, et que la gravitation est le moyén particulier dont vton s'est servi pour y parvenir. Décottvrir se dit aussi lorsque ce que l'on cherche a beau3 d'importance ; et trouver, lorsque l'importance est ndre. Ainsi, en mathématiques et dans les autres sciences, loit se servir du mot découvrir, lorsqu'il est question de positions et de méthodes générales ; et du mqt trouver.

qu'il est question de propositions et de méthodes partières dont l'usage est moins étendu. On dit aussi, tel igateur a découvert tel pays, et il y a trouvé des habii. »

ne faut pas dire que les choses doivent être inconnues autres, pour les découvrir ou pour les trouver. Je découvre i chapeau que mes amis ont caché; je le trouve, si un dotique l'a ôté de la place où je l'avais mis : or , mes amis e domestique savaient où il était ; moi seul je l'ignorais.

mot découvrir n'a ce sens que quand il est question de dévrir à quelqu'un ; et ce sens est étranger à trouver, car on rouve pas à quelqu'un.

iècouvrir signifie, à la lettre, comme on l'a vu dans l'ar2 précédent, ôter de dessus une chose ce qui la couvre ; et t ver, c'est porter ses regards, mettre !a main sur une chose )n ne voyait pas. Ce mot vient du celte trou, demeure, hattion, et il marque l'action de parvenir au lieu, à la chose.

evient au latin invenire, venir dans, parvenir à ; comme ouvrir, au latin detegere, ôter le couvercle, la couverture, oit.

)n découvre ce qui est caché ou secret â soit au moral, soit


au physique : on trouve ce qui ne tombe pas de soi-même s les sens ou dans l'esprit. Ce que vous découvrez n'était pas sible ou apparent : ce que vous trouvez était visible ou ap rent, mais hors de votre portée actuelle ou de vos regar Une chose simplement égarée , vous la trouvez, quand vi arrivez à ia place où elle est ; mais vous ne la découvrez p. car elle est manifeste et sans enveloppe.

La terre a dans son sein des mines et des sources, on découvre; sur sa surface, des plantes et des animaux, on trouve. On découvre un voleur qui se cachait ; on trouve voleur qui fuyait. Colomb et Cook ont découvert de nouvee mondes ensevelis, po ir le reste de l'univers , dans un il mense Océan : ils ont trouvé dans ces contrées un nouve règne végétal, un nouveau règne animal, mais la même t pèce d'hommes.

On découvre des conspirations, des conjurations, des tram secrètes, et on ne les trouve point, parce qu'elles ne sont i apparentes.

On trouve une personne chez elle, un ami à la promenac des denrées au marché ; et on ne les découvre pas, car ils sont à découvert. -

Les ruines curieuses d'Herculanum ont été découvertes : on y trouve des monumens précieux des arts et de l'histoi ancienne de l'Italie. En découvrant on trouve: on trouve m découvrir.

L'usage, fondé sur le sens étymologique de ces mots, oi serve particulièrement la distinction suivante. Découvrir ati proprement des choses qui existent toutes formées ; et trom se dit particulièrement des choses dont il n'existe, à propn ment parler, que des élémens ou des matériaux à combine Le mérite de découvrir, est de lever les obstacles qui empêcha de voir ou de connaître la chose telle qu'elle est dans la ai ture ou en elle-même. Le mérite de trouver est surtout d'ea ployer des moyens particuliers pour former la chose.

n'existait pas, ou qui n'existait, s'il faut ainsi parler, qu'e puissance. Il faut de la subtilité, de la pénétration, de la prt fondeur pour découvrir; il faut de l'invention, de l'imigiri lion, de l'industrie pour trouver. Les exemples rendront cell distinction plus sensible..

Hervé découvrit la circulation du sang ; Toricelli, la pesan teur de l'air ; Huyghens, l'anneau deSaturne; Newton, lagra vitation universelle : l'Allemand Herschel vient de dècouxrx une nouvelle planète; toutes ces choses existaient, maiseï cliées, et la découverte n'a fait que les mettre au grand joar Mais la poudre à canon, l'imprimerie, la boussole, le raoye de ressusciter les asphyxiés, le secret de s'emparer delà foudre ou plutôt de la matière fuiminante et de la dissiper ; l'art d


oudre des vapeurs en pluie , en neige, en grêle , en givre; arts bienfaisans de suppléer à l'ouie, à la parole, à la Î le don de la parole transmis à des automates ; toutes ces iéuses créations de l'intelligence humaine ont été trouvées, IOn découvertes : elles n'existaient pas dans la nature ; il a u trouver ces choses ou les moyens de les exécuter.

iinsi l'on dit et l'on doit dire , trouver les longitudes , la rre philosophale, Je mouvement perpétuel, la quadrature cercle, parce qu'il est là question des choses qui ne sont , et c'est à l'esprit à ies créer en quelque sorte: mais on et on dira découvrir de nouvelles terres, de nouvelles conlationc, de nouvelles lois pTiysiques, de nouveaux phénoues, parce que tous ces objets existent indépendamment tienne opération de l'esprit.

..a géométrie a découvert les propriétés des différentes fies; la chimie découvre différentes propriétés des corps: propriétés sont dans les objets mêmes. Mais le géomètre tt, par ie raisonnement, la solution d'un problème: le miste trouv., par des combinaisons nouvelles, de nouveaux îèdes : la démonstration et le remède sont le fruit de leur rail.

)n trouve les raisons d'un fait ; elles consistent dans l'idée ; découvre les causes d'un effet, elles existent dans ia réalité.

fin la chose qu'on découvre existait, elle n'était quecachëe; is il y a de l'invention à trouver.

Xnfin, il parait très-indifférent, soit pour trouver, soit pour ouvrir, qu'une chose soit cherchée par une personne,ou plusieurs. Le navigateur qui ouvrira le passage de la mer Nord, le découvrira, tout comme Magellan a découvert le sage du Sud, quoiqu'on cherche le premier depuis plus de II siècles ; et l'on dit très-bien que Newton a découvert le tème du monde, après que tant de philosophes l'ont eu

nement cherché. Un artiste qui parviendrait a rendre le re malléable, trouverait certainement un beau secret, que utres le cherchent ou non; et l'on dit fort bien que Léibz et Newton ont trouvé de belles méthodes de calcul, sans ard à aucune sorte de concours. Je ne sais sur quoi cette ilinction peut être fondée. (R.) , 1 17. DÉCLARER, DÉCOUVRïR, MANIFESTER, RÉVÉLER, DÉCKLER. j Faire connaître ce qui était ignoré est la signification comune de ces mots. Mais déclarer, c'est dire les choses exprès de dessein, pour en instruire ceux à qui on ne vent pas l'ellos demeurent inconnues. Découvrir, c'est montrer soit de ssein, soit par inadvertance, ce qui avait été caché jus- , r alors. Manifester, e'est produire au dehors les sentimensin-


térienrs. Révéler, c'est rendre public ce qui a été confié sou secret. Déceler, c'est nommer celui qui a fait la chose, n qui ne veut pas en être cru l'auteur.

Les criminels déclarent presque toujours leurs compli, Les confidentes découvrent ordinairement les intrigues..

courtisans ne se manifestent pas aisément. Les confesseurs vêlent quelquefois, par leur imprudence, la confession des nitens. Quand on ne veut pas être décelé, il ne faut avoir cun témoin de son action. (G.)

518. DÉCOUVRIR, DÉCELER, DÉVOILER, RÉVÉLER, DÉCLAJRl 7 MANIFESTER, DIVULGUER, PUBLIER.

Apprendre à autrui, de différentes manières, différenl: thoses qui ne sont pas connues. ■

A la lettre , découvrir signifie ôter ce qui couvre ; décel, indiquer ce qu'on célait; dévoiler, enlever le voile ; révélé retirer de dessus le voile; déclarer, mettre au clair, au jou manifester, mettre sous la main. en évidence ; divulgue i rendre vulgaire, commun; publier, rendre public, fai connaître à tout le monde.

Ce qui était caché aux autres, on le découvre, on le lei communique. Ce qui était dissimulé, on le décèle en le rai portant ou en le faisant remarquer. Ce qui n'était pas app rent et nu, on le dévoile en levant ou écartant les obstacle; Ce qui était secrtl, on le révèle en le dénonçant ou l'annoll çant. Ce qui était inconnu ou incertain, on le déclare en l'ej posant et en l'appuyant d'une manière positive. Cequiétai ignoré ou obscur, on le manifeste en le développant ouverte ment ou l'étalant au grand jour. Ce qui n'était pas su , d moins de la multitude, on le divulgue en le répandant d côté et d'autre. Ce qui n'était pas public ou notoire , on l publie en lui donnant l'éclat ou l'authenticité qui parvient kl connaissance de tout le monde.

On découvre des choses nouvelles, et l'envie d'en instruir quelqu'un fait qu'on les lui dévoile. On aperçoit un homm qui se cèle , et l'envie de le desservir fait qu'on le décèle. 01 découvre un mystère : et l'envie de paraître ou de bien méritet fait qu'on le dévoile. On sait un secret, et l'envie d'en faire usage fait qu'on le révèle. On a une connaissance particulière, et l'envie de la faire valoir fait qu'on la déclare. On connaît le fond des choses, et l'envie de les faire pleinement et parfaitement connaître fait qu'on les manifeste. On a reçu quelque confidence , et l'envie de parler ou de nuire fait qu'on la divulgue. On a la possession ou la connaissance privée d'une chose, et l'envie que personne n'en ignore, fait qu'on la puMie. En morale, il y a du dessein ou de l'imprudence à découvrir ; de la malveillance, une sorte de trahison, soit volonm


re, soit involontaire, à déceler ; des motifs, de la prétention de la facilité à dévoiler ; des vues, un intérêt ou une inlidé.

i à révéler; un dessein formel. une volonté expresse à dé.

rer; une pleine franchise, une grande confiance, de l'april à manifester ; de la malice, de l'infidélité ou de l'indistion à divulguer ; de l'aftiche, de l'ostentation , quelque nd dessein à publier.

déclarer, dit l'abbé Girard, c'est dire les choses exprès et essein ; l'idée est vraie , mais secondaire et insuffisante : la laration annonce une démonstration claire, une action incitante, une volonté décidée. Découvrir , continue l'auteur, if. montrer , soit de dessein , soit par inadvertance : cela est ore vrai ; mais l'idée propre de découvrir n'est pas celle de ntrer; car quand on montre à quelqu'un ce qu'il ne voyait , ce qu'il ne savait pas, quoique la chose ne fut pas cachée, l'est pas la découvrir. On ajoute que manifester c'est prore au-dehors des sentimens intérieurs : mais c'est aussi les uvrir, les déclarer, etc. : si je dissimule une partie de mes timens, je ne les manifeste pas ; et quand Dieu manifestera !e sa gloire, ou se manifestera dans toute sa gloire , il ne :ira pas de sentimens intérieurs. Revéler, c'est selon le ne écrivain, rendre public ce qui a été confié sous le secret; is celui qui va révéler au prince une conspiration, ne la rend publique : celui qui révèle de grandes vérités qu'il a dévertes, ne révèle pas le secret d'autrui. Enfin l'abbé Girard que déceler, c'est nommer celui qui ne veut pas être cru leur d'une chose : cela n'est pas exact : le bout d'oreille qui èle l'âne ne le flomme pas ; encore moins le nomme-t-il ime auteur de quelque action : un geste , un regard qui èle vos sentimens présens, ne nomme pas et n'indique que n sentimens. Un homme qui se cèle ne cache pas pour cela nom; il ne s'agit pas de nommer l'auteur d'une chose, lorsBoileau veut reprocher àson esprit des défauts qu'il ne peut r.

leut-être m'objectera-t-on que quelques-uns de ces mots, que découvrir et publier, ne sont pas synonymes. Je réids, 1 Il qu'ils tiennent tous à une idée principale qui leur commune ; 2° que, si le titre les rapproche, l'explication permet pas de les confondre ; 3° que tous ces mots ennt l'un dans l'autre , de manière à former une chaîne que n'ai pas voulu rompre pour multiplier inutilement les ides. Si ce n'est pas là une raison, c'est du moins une exe. (R.)


319. DÉCRET, LOI. 1 Décret, du latin decretum ou discretum, de decefoxere ou discernere, exprime proprement l'action de discerner, de discuter et de juger; c'est un résultat d'opinions.

Ce mot nous a été transmis par les Latins avec toute sa force et ses diverses acceptions; c'est-à-dire, tantôt signifiant projet de loi, tantôt décision particulière. C'est dans ce sens que nous regardions les décrets des conciles, qui n'avaient force de loi qu'après avoir été vérifiés. C'est dans ce sens que nous regardions les arrêts des cours souveraines.

La loi est l'expression de la volonté souveraine. C'est sur ses bases que repose le bonheur public. Le décret n'est qu'un acte particulier , qui peut en certain cas déroger à la loi générale.

La loi n'acquiert son caractère que par le consentement exprimé du souverain. L'assemblée nationale rendait des décrets , c'est par l'acceptation qu'ils acquéraient force de loi.

Les autres législatures ont fait des lois, il n'y avait plus de sanction, d'acceptation. Le conseil des Cinq-Cents ne rendait que des décrets. C'était le conseil des Anciens qui leur donnait le caractère de loi.

Le décret, eu matière de justice distributive, diffère de la loi, comme l'effet diffère de la cause ; il n'est que l'application d'un principe manifesté par la loi. ■•» Décret se prend toujours au propre, parce qu'il a une acception déterminée qui le met au rang des puissances secondaires. Le mot loi au contraire, est pris au propre et au figuré.

(Anon.) J., 520. DÉCRIER , DÉCRÉDITFR.

Tous deux blessent la considération dont jouissait l'objet sur leque! tombe cette attaque. (B.) Le premier va directement à l'honneur; le second au crédit.

Ou décrie une femme, en disant d'elle des choses qui la font passer pour une personne peu régulière. On décrédite un homme d'affaires, en publiant qu'il est ruiné. +

On décrédite un ambassadeur, en disant qu'il n'a pas de pouvoirs absolus ; on le décrie, en disant que c'est un homme sans foi et sans parole., Le commun du monde se donne la liberté de décrier la conduite de ceux qui gouvernent. Si ce qu'on dit de nous est faux, aussitôt que nous nous en piquerons, nous le ferons croire véritable : le mépris de tels discours les décrèdite. (Bouhours, Rem. nouv. tome II.) La jalousie et l'esprit de parti ont souvent décrié les per-


tonnes pour venir plus aisément à bout de dêcréditer leurs opilions. (B.) Y 321. DÉFAITB, DÉROUTE. > Ces mots désignent la perte d'une bataille faite par une irmée; avec cette différence que déroute ajoute à défaite, et lésigne un armée qui fuit en désordre , et qui est totalement lissipée. (Encycl. IV , 734.) , 522. DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. 4 Ces trois mots signifient en général l'action de mettre quelin'un ou quelque chose à couvert du mai qu'on lui fait, ou qui ¡eut lui arriver.

t On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui peut l'être; m protège ce qui a besoin d'être encouragé.

, Un roi sage et puissant doit protéger le commerce dans ses Stats, le soutenir contre les étrangers , et le défendre contre ;es ennemis. On dit, défendre une cause, soutenir une entreprise , protéger les sciences et les arts ; on est protégé par ses supérieurs; on peut être défendu et soutenu par ses égaux. On îst protégé par les autres ; on peut se défendre et se soutenir )ar soi-même.

Protéger suppose de la puissance, et ne demande point d'action ; défendre et soutenir en demande ; mais le premier suppose une action plus marquée.

Un petit Etat, en temps de guerre , est ou défendu ouvertement , ou secrètement soutenu par un plus grand qui se îontente de le protéger en temps de paix. (Encycl. IV, 754.) 525. DÉFENDU, PROHIBÉ.

Ces deux mots désignent en général une chose qu'il n'est pas permis de faire, en conséquence d'un ordre ou d'une loi

positive. Ils diffèrent en ce que prohibé ne se dit guère que des choses qui sont défendues par une loi humaine et de police.

La fornication est défendue; et la contrebande proh ibél.

(Encycl. IV, 755.)

324. DÉFENSE, PROHIBITION, INHIBITION.

La racine du mot défendre est fend, rencontre. La défenst

est l'action d'éloigner, de repousser ce qu'on rencontre, ce qui vient nous heurter, ce qui offense; aussi défendre signifie t-il protéger , garantir.

Prohiber et prohibition, inhiber et inhibition, sont des composés du verbe latin habere, avoir, tenir. Prohiber signifie tenir en avant, au loin , et opposer une barrière , mettre un empêchement, défendre. Inhiber, signifie avoir eu, tenir en dedans et retenir, arrêter, défendre avec menaces. Valla et


plusieurs savans mettent entre les verbes latins prohibere et inhiber e, cette différence, que le premier annonce une défense générale de faire, soit de commencer , soit de continuer; et le second, la défense particulière de continuer, de récidiver, de persévérer.

La défense empêche donc de faire ce qui nuit ou offense; la prohibition, ce qu'on pourrait faire; l'inhibition, ce qui se fait irrégulièrement. La défense a donc une motif déterminé par la valeur propre du mot, celui d'empêcher de nuire, d'offenser, de blesser : la prohibition n'indique, par la valeur du mot, aucun motif, elle ne fait qu'éloigner, repousser, rejeter la chose. Quant à l'inhibition, elle ne fait que déployer l'autorité pour retenir et pour arrêter le cours d'une chose contraire à un ordre établi.

On défend ce qui ne doit pas se faire, ce qui est mauvais.

On prohibe ce qu'on pourrait laisser faire, ce qui était légitime. On inhibe ce qui ne peut pas se faire, ce qui n'est plus libre.

Dans l'usage, défense est le terme générique; il embrasse toutes sortes d'objets ; il appartient à tous les genres de style.

Prohibition est du style réglementaire ; il s'applique aux objets d'administration , de police, de discipline. Inhibition est du style de chancellerie; il s'emploie proprement dans le ressort de la justice; on le joint h défense, et avec raison, puisque la justice n'est censée empêcher que ce qui est mal et déjà défendu.

525. OOGOUTANT, FASTIDIEUX.

On qualifie ainsi tout ce qui nous cause une sorte de répugnance.

Dégoûtant va plus au corps qu'à l'esprit; fastidieux, au contraire, va plus à l'esprit qu'au corps. Ce qui esl dégoûtant cause de l'aversion ; ce qui est fastidieux cause de l'ennui.

Un homme est dégoùtallt, s'il est d'une laideur extraordinaire, s'il est crasseux, si son visage ou ses mains sont cicatrisés, infeciés de dartres, ou d'une espèce de lèpre, s'il se gratte indécemment, s'il mange avidement et malproprement, si ses habits sont en lambeaux , couverts de taches, ou même d'ordures; s'il sent mauvais : je veux dire qu'une seule de ces conditions le rend dégoûtant ; car, qui les réunit toutes, est horrible.

On appelle fastidieux, celui qui veut faire le plaisant mal à propos, qui rit le premier , qui parle trop, qui dit des choses frivoles, et qui s'applaudit de ses sottises ; en un mot, un homme ennuyeux, importun, fatigant par ses discours, par ses manières et par ses actions.

Le blanc et le rouge dont les femmes croient s'embellir, ne


ervent à la fin qu'à les rendre dégoûtantes; et les minauderies, iù elles mettent quelquefois tant d'art, les rendent fastidieuses.

I Quelquefois on se sert de dégoûtant avec relation à ce qui oncerne l'esprit : alors il conserve encore quelque chose de a première destination, en ce qu'il s'applique aux idées qui ont comme le corps de la pensée; et fastidieux s'applique en e cas à l'expression. « -., Les idées des choses qui sont dégoûtantes par elles-mêmes, : sont aussi, et rendent dègoûtans les ouvrages qui en sont hargés.

L'afféterie, le précieux, quelquefois même le trop d'esprit.

e servent qu'à rendre fastidieux des écrits que l'on croyait endre intéressans. (B.)

- 526. DEGRÉ, MARCHE.

Degré s'employait dans le dernier siècle pour signifier chaue marche d'un escalier; et le mot de marche était uniquenent consacré pour les autels. Nous aurions peut-être bien fait le conserver ces termes distinctifs, qui contribuent toujours à nrichir une langue. (Encycl. V, 929.) *

Degré est encore aujourd'hui synonyme de marche, selon le lictionnaire de l'Académie française, <762. Mais je crois que a premier est plus propre à indiquer la hauteur de ces diviions égales dans l'escalier, et que le second convient mieux iour marquer le giron de chacune de ces divisions.

Ainsi, les degrés sont égaux ou inégaux, selon que les hau- eurs en sont égales ou inégales; et les marches sont égales ou négales, selon que les girons en sont également ou mégalenent étendus.

On monte les degrés, et l'on se tient sur les marches. De à vient que ce dernier mot a paru consacré pour les autels, larce que les ecclésiastiques qui y servent se tiennent commulément sur les marcnts, et que l'on a peu d'occasions de s'arêter sur celles de tout autre escalier: mais, on dira aussi rès-bien que dans telle église l'autel est élevé de six ou dix tegrrs, parce qu'il ne s'agit là que de l'élévation. (B.) 527. DÉGUISER, MASQUER, TRAVESTIR.

L'abbé Girard distingue de la manière suivante les participes masqué, déguisé, travesti.

« Il faut, pour être masque, se couvrir d'un faux visage. Il uffit, pour être déguisé, de changer ses parures ordinaires.

)n ne se sert du mot travesti qu'en cas d'affaires sérieuses, orsqu'il s'agit de passer pour inconnu ; et c'est alors prendre m liahit connu et ordinaire dans la société, mais très-éloigné IL très-différent de celui de son état. - > CI On se masque pour aller au bal ; on se déguise pour venir


à bout d'une intrigue; on se travestit pour n'être pas reconn de ses ennemis. » Déguisement et travestissement sont ainsi traités dans l'El cyclopédie.

« Tous les deux désignent un habillement extraordinaire différent de celui qu'on a coutume de porter. Mais il sembi que déguisement suppose une difficulté d'être reconnu, et ql, travestissement suppose seulement l'intention de ne l'être pai ou même seulement l'intention de s'habiller autrement qued coutume.

«On dit d'une personne qui est au bal, qu'elle est dèguisêi et d'un magistrat habillé en homme d'épée, qu'il est travest «D'ailleurs, déguisement s'emploie quelquefois au figure et jamais travestissement. »

M. Beauzée fait la note suivante sur cette dernière assertior « Il me semble toutefois que c'est par un tour pareil de laI gage que l'on dit déguiser ses pensées, ses vues, ses démai ches, la vérité; et travestir un ouvrage, comme Virgile, 1 Henriade, Télémaque : ainsi travestir s'emploie au figui comme déguiser.» Déguiser est formé de guise, mode, façon, manière, allure et celui-ci est le teuton iveise, qui a le même sens. Travesti est composé de vestir, vêtir, et du celte ira, qui signifie tri vers, de travers, d'une nature opposée, en sens contraire.

Ainsi, travestir annonce rigoureusement et uniquement u changement dans les habits, ou un vêtement contraire au coi tume; tandis que déguiser souffre toute sorte de changemens ou toute forme contraire aux formes naturelles ou habituelle Déguiser, c'est dOÎc substituer aux apparences ordinaire et vraies des apparences trompeuses, de manière que l'objf ne soit pas du moins facilement reconnu. Travestir, c'est sul stituer au vêtement propre un vêtement étranger, demanièr que l'objet ne soit pas reconnu pour ce qu'il est.

On se déguise, afin de passer pour une autre personne, o se travestit pour paraître un autre personnage.

Le déguisement convient à l'espion ; le travestissement, a comédien.

Déguiser peut encore s'employer au figuré , à l'égard de c qui cache ou altère la vérité, la réalité. Travestir ne peut l'êtr qu'à l'égard ue ce qui peut être offert sous l'image du vête ment, comme l'expression, qui sert comme àrevêtirld pensée Ainsi, -s'approprier adroitement les pensées d'autrui, c'es déguiser ses larcins; traduire de manière a ne conserver ni 1 JlUrelé, ni l'élégance du style de son original, c'est le tra t'estir. (R ) -


528. DÉLIBÉRER, OPINER, NOTER.

Ces trois termes sont consacrés dans le langage des -comra-

tiies autorisées pour décider certaines aITaires: comme les ribunaux et cours de justice, les académies, les chapitres sé- uliers et réguliers, etc. : et ces termes sont tous relatifs à la iécision ; le degré de relation en fait la différence.

Délibérer, c'est exposer la question etdiscuter les raisons tour et contre ; opiner, c'est dire son avis et le motiver ; voter, t'est donner son suffrage, quand ii ne reste plus qu'à recueillir es voix. - f

) On êommenee par délibérer, afin d'examiner la matière ians tous les sens et sous tous les aspects ; on opine ensuite, ¡our rendre compte à la compagnie de la manière dont on enisaçe la chose, et des raisons par lesquelles on s'est déterninc à l'avis que l'on propose: on vote enfin pour former la iécision à la pluralité des suffrages.

La délibération est un préliminaire indispensable pour netire hu fait ceux qui doivent prononcer ; elle exige de l'atenlioh : les opinions sont une espèce de résultat formé dans :baflue tête , et qui, étant raisonné , devient une nouvelle ource de lumières et de motifs pour préparer la décision ; elle seconde opération exige du bon sens : enfin, la votation :st la dernière main que l'on met à la décision , et l'opéraion qui la conclut et l'autorise ; elle exige de l'équité. On 'coule la délibération , on pèse les opinion , on compte les coix. (B.)

;• , - 529. DÉLICAT, DÉLIÉ.

Une idée de finesse et d'habileté-semble constituer le fond

commun de ces deux termes, qui ont d'ailleurs leurs différences caractéristiques. (B.) Une pensée est délicate lorsque les idées en sont liées entre elles par des rapports peu communs, qu'on n'aperçoit pas d'abord, quoiqu'ils ne soient point éloignés , qui causent une surprise agréable , qui réveillent adroitement des idées accessoires et secrètes de vertu, d'honnêteté, de bienveillance, de volupté, de plaisir. Une expression est délicate lorsqu'elle rend l'idée clairement, mais qu'elle est empruntée par métaphore d'objets écartés, que nous voyons avec surprise et avec plaisir rapprochés tout d'un coup avec habileté. (Encycl. IV, 743.)

Un esprit délié est un esprit propre aux affaires épineuses, fertile en expédiens, insinuant, fin, souple, caché. Un discours délié est celui dont on ne démêle pas du premier coup d'oeil l'artifice et la fin. -


Il ne faut pas confondre le délié avec le délicat : les gens délicats sont souvent déliés; mais les gens déliés sont rarement délicats.

Répandez sur un discours délié la nuance du sentiment, et vous le rendrez délicat : supposez à celui qui tient un discours délicat quelque vue intéressée et secrète , et vous'ea ferez à l'instant un homme délié. ( Encycl. IV, 474.) Le délicat tient toujours à d'heureuses dispositions, n'a que des effets agréables, et plaît toujours : le délié tient à des dispositions indifférentes en soi, peut avoir de bons et de mauvais effets, et offense souvent. La sensibilité de Famé produit le délicat; la finesse de l'esprit, la souplesse, l'artifice, amènent le délié. Le mot délicat ne peut se prendre qu'en bonne part ; celui de délié se prend en bonne et en mauvaise part, selon les circonstances. (B.) 550. DÉLICIEUX, DÉLECTABLE.

Cicéron Tusc., livre IV, <8, définit la délectation une volupté répandue dans l'ame par l'onction pénétrante d'une sensation bien douce. La liquéfaction d'un corps doux et onctueux qui coule , se répand, s'attache , emplit, s'insinue , etc., est la figure sous laquelle ce philosophe nous présente ce genre de volupté. C'est ainsi que nous disons inonder, enivrer de délices. Il est à remarquer que la consonne 1 sert spécialement à désigner les fluides, on l'appelle liquide. De là le mot lac, lait: le lait et le miel servirent toujours à indiquer les jouissances les phis douces, ou les objets délicieux ; et le verbe lactare signifie attirer par un espoir doux et flatteur, ainsi qu'a Ua Uer, ce qui rappelle l'idée première de délice et de délectation.

Le délice produit, par sa grande douceur, par une sorte de charme, la délectation. Le délice est la cause du plaisir, ou le plaisir autant qu'il affecte l'ame de la manière la plus agréable, ou plutôt d'une manière voluptueuse. La délectation est le plaisir autant qu'il est senti, ou l'émotion voluptueuse causée dans l'ame par cette affection. L'objet délicieux portera dans l'ame le délice, ou un principe de délectation. L'objet délectable excitera dans l'ame la délectation ou le mouvement du plaisir.

Ces mots sont proprement faits pour être rapportés à l'organedu gont. Un mets est délicieux ou délectable. Par extension, ils embrassent tous les sens ; et par analogie, les plaisirs de l'ame. Mais tout est aujourd'hui délicieux Jusqu'à la fris.

fesse; et il n'y a presque plus rien de délectable. Quoique ces deux mots portent l'empreinte très-sensible d'une origine commune, et s'accordent manifestement dans leur idée capi-


tale, la plupart des lecteurs seront surpris que je les traite comme synonymes.

L'épithète délicieux affecte à l'objet lin attrait, des appas, un charme, avec un caractère particulier de suavité, sije puis ainsi parler , de finesse, de délicatesse : l'épithète délectable attribue à l'objet la propriété d'exciter le goût, d'attacher à la jouissance, de prolonger le plaisir, avec une sorte de sensualité, de mollesse et de tressaillement. Le buveur appelait autrefois délectable le vin que nos gourmets trouvent délicieux.

Vous savourez la chose délicieuse et la chose délectable; mais, en savourant la chose délectable, il semble que vous mâchez le plaisir ; tandis qu'en savourant la chose délicieuse, il semble jue vous en exprimez voluptueusement ce qu'elle a de plus fin et de plus délicat. (R.) 551. DEMANDE, QUESTION.

Ces deux mots signifient, en général, une proposition par laquelle on interroge.

Question se dit seulement en matière de doctrine ; une question de physique, de théologie. Demande, lorsqu'il signifie interrogation, ne s'emploie guère que lorsque le mot de répons.

( est joint; ainsi on dit : tel livre est par demandes et par réponses. Il est aisé de remarquer que nous ne prenons ici dw nande que dans le sens d'interrogation. C'est dans ce sensqut ,e mot est synonyme avec celui de question. (Anon.) 552. DE MÊME QUE, AINSI QUE, COMME.

De même que est toujours un terme de comparaison : mais 1 v a des occasions où ainsi que et comme ne le sont pas, tyant d'autres significations qu'on peut voir dans les dicionnaires, et qu'il n'est pas de ma tâche de rapporter ici, misque je ne dois traiter des mois qu'autant qu'ils sont synoIymes. Ceux-ci ne l'étant donc que comme termes de compaaison , c'est en ce seul sens que je les place dans cet ouvrage, t que je vais en faire la différence, qui est assurément une les plus délicates de notre langue, et des plus difficiles à lëmêler.

De même que marque proprement une comparaison qui ombe sur la manière dont est la chose ; ce qu'on peut nomner comparaison de modifications. Ailfsi que marque particuièrement une comparaison qui tombe sur la réalité de la hose ; ce qu'on peut nommer comparaison de faits ou d'aciOlJs. Comme marque mieux une comparaison qui tombe sur a qualité de la chose ; ce qu'on peut nommer comparaison de - ualifications. Je dirais donc, selon cette différence : Les rançais pensent de même que les autres nations, mais ils ne e conduisent pas de même, parce qu'il n'est précisément


question que d'une certaine manière de penser et de se conduire, qui est une modification de la pensée et de la conduite qu'on suppose en eux. Mais je dirais : Il y a des philosophe; qui croient que les bêtes pensent ainsi que les hommes, parce qu'il s'agit de la réalité de la pensée qu'on attribue là à h bête aussi bien qu'à l'homme, et non d'aucune modifîcatioi ou manière de penser, puisqu'on peut ajouter que , qUOiqlU ces philosophes croient que les bêtes pensent ainsi que le hommes, ils ne croient pourtant pas qu'elles pensent de mn".

qu'eux. Je dirais enfin, que les expressions d'une personne qui ne conçoit les choses que confusément ne sont jamaii justes comme celles d'une personne qui les conçoit clairement,!

parce qu'il est là question d'une qualité de l'expression, ot d'une qualification qu'on lui donne. Par cette même raison on dit hardi comme un lion, blanc comme neige, doux comnu miel ; et non pas ainsi que ni de même qu'un lion, etc. L'usag( est fixé à cet égard, même parmi ceux qui parlent le moinf bien. «

Lorsque ces mots sont placés à la tête de la comparaison alors elle a deux membres : le second, qui est la réductior de la comparaison, commence par le mot ainsi, si c'est ainsi que, ou comme qui se trouve à la tête du premier membre, mais si c'est de même que, ce second membre commence pai le mot de même. L'exemple suivant va rendre cette observalkw sensible.

De même que l'ambitieux n'est jamais content, de même U débauché n'est jamais satisfait; 4insi que l'ordonne la Providence , ainsi va la fortune des Etats et des particuliers, de; princes et des sujets. Comme les hommes vieillissent par h nombre des années, ainsi vieillissent les Empires par le nom bre des siècles : tout a un temps prescrit au-delà duquel il lit passe pas. (G.) y ¡ J 555. DEMEURER, LOGER. - - 0" Ces deux mots sont synonymes dans le sens où ils signi fient la résidence; mais demeurer te dit par rapport au lia topographique où l'on habite ; et loger, par rapport à l'édifice où l'on se retire. On demeure à Paris, en province, à fa ville, à la campagne. On loge au Louvre, chez soi, en hôte 1 garni. d .:1' d t à P ..1 1

Quand les gens de distinction demeurent à Paris, ils logen, dans les hôtels ; et quand ils demeurent à la campagne, ils le.

fient dans des châteaux. (G.) 354. DEMEURER, RESTER.

L'idée commune à ces deux mots est de ne pas s'en aller: et leur différence consiste en ce que demeurer ne présente qw


•i e idée simple et générale de ne pas quitter le lieu où l'on : et que rester a de plus une idée accessoire de laisser aller outres. -

faut être hypocondre pour demeurer toujours chez soi, ¡;: compagnie et sans occupation. Il y a des femmes qui j la politique de rester les dernières aux cercles, pour dis1 -er les autres de médire d'elles.

parait aussi que le second de ces mots convient mieux :,; les occasions où il y a une nécessité indispensabte de ne ibouger de l'endroit ; et que le premier figure bien où il y ; e liberté. Ainsi, l'on dit que la sentinelle reste à son î , et que le dévot demeure long-temps à l'église. (G.)

(j, AU DEMEURANT, AU SURPLUS, AU RESTE, DU RESTE.

J'ai toujours regret, dit Vaugelas, à l'occasion de la pre; e de ces façons de parler , j'ai toujours regret aux mots et termes retranchés en notre langue, que l'on appauvrit fiant ; mais surtout je regrette ceux qui servent aux liaindes périodes, comme celui-ci (au demeurant), parce que m en avons grand besoin, et qu'il les faut varier. » Il n'y a un écrivain qui ne partage ce sentiment.

s différentes manières de parler servent de transitions ..-j passer, d'une manière marquée, à quelque trait remar- :1e qui forme ou amène la conclusion ou la fin d'un '-Murs.

* demeurant est propre à désigner deux sortes de rapports ; n que les parties du discours ont entre elles, et celui qui se - ve entre les choses mêmes. Son idée est certainement celle imewre, d'arrêt, de stabilité. Ainsi employée comme oonnion, cette façon de parler désigne le résultat, la concluai, la fin, quelque chose de définitif, ce sur quoi l'esprit, cours s'arrête, se repose, demeure: comme liaison des 38, elle désigne ce que l'objet est en soi, dans le fond, ■imatre, en somme, d'après, avec, ou malgré ce quon 0 !

Mot donne de cette manière le dernier coup de pinceau Drtrait de son valet.

Sentant la hart d'une lieue à la ronde, Au demeurant, le meilleur fils du monde.

■t surplus suppose une série, une gradation, une cumulav de choses au-dessus desquelles on en ajoute quelque > ;, en outre, par réflexion, par complément, par surcroît.

i, après avoir rapporté les nouvelles qui se débitent. et disons qu'il peut y avoir d'y croire, vous ajoutez qu'an rlus vous ne les garantissez pas.


D. Diègue, après qu'il a sondé le cœur de son fils, expo!

l'affront qu'il a reçu, commande la vengeance, et pourtani Au surplus, pour ne te point flatter, Je te donne à combattre un homme à redouter.

Voltaire a épargné ce passage que Vaugelas indique dai «a censure de la phrase adverbiale, avec tous les égards duf un homme tel que Corneille. Les grammairiens ont remarqi qu'au surplus ne valait pas mieux qu'au demeurant: qu'iln* vait jamais été de bel usage , mais qu'il pouvait être enco quelquefois employé.

Au reste désigne , d'une manière vague ou sans idée acc< 6oire, ce qui reste à dire, un point, une observation qu'il il porte d'ajouter ou de rappeler, comme on le voit dans 1 exemples suivans.

Boileau, après avoir vanté, au nom de Longin, le ml veilleux talent d'IIypéride à manier l'ironie, dit : « Au resi il assaisonne toutes ces choses avec un tour et une grace i mitables. » Madame de Sévigné, en rapportant sa réponsf des offres très-obligeantes de Madame de la Fayette, termi de la sorte son récit : « Au reste, je lut donne ma parole n'être point malade , de ne point vieillir, de ne point rad ter, et qu'elle m'aime toujours malgré sa menace. »

Du reste diffère d'au reste, selon Bouhours, en ce que qu'il annonce n'est pas du même genre que ce qui précèr et qu'il n'y a point une relation essentielle ; au lieu qu'on sert d'au reste quand , après avoir exposé un fait et traité u matière, on ajoute quelque chose, dans le même genre ( a du rapport à ce qu'on a déjà dit. (R.) 556. DÉMOLIR, RASER, DÉMANTELER, DÉTRUIRE.

C'est abattre un édifice, de manière pourtant que cha( de ces mots ajoute à cette idée principale, qui leur est co mune, une idée accessoire, propre et distinctive.

On démolit par économie, pour tirer parti des matérk et de l'emplacement, ou pour réédifier : on rase par puniti' afin de laisser subsister un monument de la vindicte pul

que ; on démantèle par précaution, pour mettre une place h de défense ; on détruit dans toutes sortes de vues et par ton

sortes de moyens, pour ne pas laisser subsister.

Un particulier fait démolir ; la justice fait raser; un géné fait démanteler une place qu'il a prise, et pour cela il en i détruire les fortifications. (R.)


7. DÉMONSTRATIONS D'AMITIÉ, TÉMOIGNAGES D'AMITIÉ.

Il ne faut pas confondre entièrement démonstration avec témgnage en matière d'amitié. Démonstration va tout à l'extétir, aux airs du visage, aux manières agréables, aux causes , à des paroles douces et flatteuses, à un accueil obli.

i mt : témoignage , au contraire, est plus intérieur, et va au ide, à de bons offices, à des services essentiels.. C'est une uionstration d'amitié que d'embrasser son ami ; c'est un té"ignage d'amitié que de prendre ses intérêts, que de lui prë ii de l'argent. Les démonstrations d'amitié sont souvent fripes ; les témoignages d'amitié ne le sont pas d'ordinaire. Un nxami, un traître, peut donner des démonstrations d'amitié 'y a qu'un véritable ami qui puisse donner des témoignages i nitié. (BoullOur, nemarq. nouv., IL , 229.) Ces deux mots sont synonymes, est-il dit dans l'Encycl.

; , 822.) avec cette différence d'un usage bizarre, que le > nier dit moins que le second. Le père Bouhours en a fait oI!'efois la remarque; et le temps 11 a point encore changé plication impropre de ces deux termes. »

e père Bouhours a remarqué , comme on vient de le voir , u nuances qui différencient ces deux termes; mais il n'y a ■> arqué ni bizarrerie de la part de l'usage, ni application iiropre, et il n'a pas dû le faire. Démonstration vient de : Mrer, et veut dire l'action de montrer2 de caractériser, par.

teignes extérieurs et sensibles, ce qui est intérieur ou innible; et comme les signes sensibles n'ont aucune liaison ■ rssaire avec les objets insensibles qu'ils montrent, il n'est surprenant que les démonstrations d'amitié, comme le dit o:yclopédiste même, ne soient que de vaines montres d'atcement, d'affection. Mais le témoignage est un moyen d'é- ..r la vérité de ce qu'il atteste, qui supplée aux bornes de <3 intelligence , et qui, à de certaines conditions, a droit, ci de nous convaincre, du moins de nous persuader. Il tonc naturel que la démonstration extérieure prouve moins île témoignage ; ou qu'on ait appelé témoignages d'amitié ..tes qui paraissent la supposer plus nécessairement, en Ant le nom de démonstrations à ceux qui peuvent l'indiquer uement.

i commerce étroit de l'encyclopédiste avec les sciences irsreuses l'ayant accoutumé à regarder la démonstration ne la preuve la plus sûre, lui a fait oublier que le lanu didactique, ou n'influe point, ou n'influe que bien pe( m langage populaire. (B


558. DÉNOUEMENT, CATASTROPHE. Nous considérons ces mots dans leur rapport commun ave la conclusion d'une action dramatique. Le dénouement défai le nœud, comme le mot le porte ; la catastrophe fait la révolu tion, suivant le sens du grec wztxnpoy, subversion, issue événement tragique.

Le dénouement est la dernière partie de la pièce : la cataStrophe est le dernier événement de la fable. Le dénouement dt mêle l'intrigue; la catastrophe termine raclion.Ledénouemeni par des développemens successifs, amène la catastrophe ; 1 catastrophe complète le dénouement. Le dénouement fixe cours des choses ; la catastrophe en change la face.

L'art est dans le dénouement; l'effet, dans la catastrophe Le dénouement doit être rapide, sans que la catastrophe s( brusque. Le dénouement doit naître de l'intrigue même :

catastrophe doit sortir, comme d'elle-même, des mœurs et è la situation des personnages.

Si la catastrophe est nécessaire, et par conséquent altei due, il faut cacher avec soin les moyens du dénouement. I moyen employé dans Héraclius est adroitement envelopp dans le caractère équivoque d'Exupère ; et ce serait en effet comme on l'a dit, un chef-d'œuvre de l'art en ce genre, si jw qu'alors Léontine n'avait tenu, seule et sans la parlicipatio d'Exupère, tout le fil de l'intrigue, pour l'abandonner au de vouement.

Le plus parfait dénouement paraît être celui où l'action E décide par une catastrophe qui, avec la plus forte vraiseu blance, excite la plus vive surprise. Quoi de plus surprenai et quoi de plus vraisemblable que de voir Cléopâtre se r< soudre à boire la première dans la coupe empoisonnée, pou y engager, par son exemple, Antiochus et Rodogune? C'est I vraiment un coup de génie.

On reproche à Molière d'avoir trop négligé ses dénouemen: On pourrait reprocher à Racine d'avoir, dans plusieurs d ses pièces, affaibli l'effet de la catastrophe en la transportai hors du théâtre, pour ne pas l'ensanglanter, selon le précept d'Horace. (R.) 559. DENSE, ÉPAIS.

Le resserrement ou le rapprochement des parties forme 1 densité, l'épaisseur.

Dense est un terme de physique, et il ne s'emploie que dan le sens physique. Epais, d'abord espois, est un mot de tous les styles, mêm au figuré : homme épais (opposé à homme délié), comm uw étoffe épaisse. ,-


Vous considérez proprement, dans le corps épais, la pro.

fomleur ou l'espace d'une surface à l'autre du corps compare: une planche est épaisse d'un pouce; une muraille l'est de deux pieds. Vous considérez dans un corps dense la gravité on la pesanteur de la masse comparée avec le volume : l'or est rlIs dense que l'argent; le chêne, que le sapin : avec .me volume, le lingot d'or pèse beaucoup plus qu'un lingot d'argent. Il en est de même à l'égard du sapin.

Epais est l'opposé de mince ; dense est l'opposé de rare.

Nous supposons quelquefois des intervalles très-distincts et très-sensibles entre les parties d'un tout que nous appelons tpais. Une forêt est épaisse, une main de papier l'est aussi., Dans le corps que nous appelons dense, nous supposons peu de fiores ou des pores plus petits que dans d'autres corps : l'éhèuu est fort dense, eu égard au peuplier. L'eau est plus dense que l'air. (R.) 340. DÉNUÉ, DÉPOURVU.

L'homme déltué est comme nu, laissé nu, mis à nu. L'homme dépourvu est non pourvu, mal pourvu, manquant deprovisions.

Le premier de ces termes marque donc à la rtgueur la nudit.

un dépouillement, ou plutôt une privation entière et absolue; le second n'exprime, à la lettre, qu'un manque on une disette plus ou moins grande, par le défaut de provision de moyens.

Dël/ué ne se dit qu'au figuré ; dépourvu a les deux sens.

L'homme dénué de biens est dans la misère ; l'homme dépourvu est dans le besoin.

La Bruyère nous présente souvent des personnes entièrement dénuées d'esprit ; c'est la sottise pure. Il est moins-rare de voir des gens dépourvus de sens commun : ce sens est peutêtre moins commun que la déraison.

JJeli lié s'applique fort à propos à ce qui est propre, naturel, ordinaire à l'objet, comme le vêtement au corps: dépourvu se rapporte particulièrement à tout ce dont-on a besoin où coutume d'être pourvu ou de se pourvoir, de se prémunir, de se précautionner.

Un poème est dénué de. coloris; un discours est dénué de chaleur. Un peuple est dépourvu de lois; une place est dépourvue de munitions.

L'homme dénué de sagesse est, selon la comparaison d'un auteur chinois, comme une armée dépourvue de chef.

Combien de gens paraissent dénués de raison et de sensibilité, qui ne sont que dépourvus de lumières et de véritable instruction !

Dénué demande nécessairement après lui un régime ; car il n'est figurément affecté à aucun sujet qui indique nécessairement un genre de privation. Mais dépourvu, au propre, laisse


quelquefois son régime sous-entendu, à cause qu'il est assez annoncé par le sujet et par le reste de la phrase. Ainsi l'on dit fort bien un marché dépourvu, une maison dépourvue, une place dépourvue, parce qu'on reconnaît, sans autre explication, de quelles choses la place, la maison, le marché, sont dégar-

nis. Ainsi La Fontaine a dit, :

La cigale ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue.

(R.) 341. DE PLUS, D'AILLEURS, OUTRE CELA.

De plus s'emploie fort à propos lorsqu'il est seulement question d'ajouter encore une raison à celles qu'on a déjà dites ; il sert précisément à multiplier, et n'a rapport qu'au nombre.

D'ailleurs est à sa vraie place, lorsqu'il s'agit de joindre une autre raison de différente espèce à celle qu'un vient de rapporter : ii sert proprement à rassembler , et a un rapport particulier à la diversité. Outre cela est d'un usage très-convenable lorsqu'on veut augmenter , par une nouvelle raison, la force de celles qui suffisaient par elles seules : il sert principalement à renchérir, et a un rapport spécial à l'abondance.

Pour qu'un Etat se soutienne, il faut que ceux qui gouvernent soient modérés, que ceux qui doivent obéir soient dociles, et que deplus les lois y soient judicieuses. Il y aura toujours des guerres entre les hommes, parce qu'ils sont ambitieux i que l'intérêt les gouverne, que d'ailleurs le zèle de la religion les rend cruels. L'Ecriture sainte nous prêche l'unité d'un Dieu; la raison nous la démontre; outre cela, toute la nature nous la fait sentir. (G. )

542. SE DÉPOUILLER D'UNE CHOSE, LA DÉPOUILLER.

L'abbé de Choisy, dans la Vie de Salomon, dit : « Salomon, au pied des autels, dépouillait tout le faste de la royauté; et ce grand roi, qui faisait trembler tous les autres rois, tremblait lui-même devant la majesté du Dieu vivant. » Il dit aussi t Quand il s'était dépouillé de tous les embarras de la royauté, pour ne se laisser voir qu'à ceux qu'il honorait de sa familiarité , il était alors le plus aimable des hommes. »

,Bouhours doutait que l'expression dépouiller le faste fût bien établie; et il aurait mieux aimé dire se dépouiller du faste, comme des embarras. Dépouiller une chose, dans le sens de s'en dépouiller, est une expression reçue, autorisée par l'Aca.démie, adoptée par les bons écrivains, enregistrée dans les ictionnaires. Ce critique célèbre convenait qu'on disait quel*


lefols dépouiller ses habits, sa chemise; mais il n'en vouit tirer aucune conséquence à l'égard du figuré.

L'action de se dépouiller d'une chose porte directement sur sujet qui se dépouille : l'action de dépouiller la chose porte rectement contre l'objet dont on veut être dépouilli La preière de ces images attire principalement votre att< tion sur personne ; vous assistez en quelque sorte à son t spouilleent; par la seconde, votre attention est plutôt fixée sur la ose, vous verrez tomber sa dépouille. Si le prince se dé,uille de sa grandeur. vous le voyez tel qu'un homme privé; l la dépouille, vous la voyez s'évanouir. Cette distinction t peut-être en elle-même un peu nne, mais sans snblilité; r la différence est manifestement déclarée par la construction ammaticale des deux phrasés.

Ne croyez pas que, pour s'être dépouillé de l'appareil de sa - andeur, on en ait dépouillé l'orgueil.

Pour qu'un sot constitué en dignité ( ce qui arrive quelqueis) , et fier de sa dignité (ce qui doit naturellement arriver), dépouille de sa morgue, il faudrait qu'il dépouillât sa sote (et c'est ce qui ne peut arriver). (R. )

545. DÉPRAVATION, CORRUPTION.

Depravatio, depravare, mots latins, sont formés depravus, rtu, contrefait, mal fait, au physique et au moral. La déavation défigure, déforme, dénature : la corruption gâte, compose, dissout. Corruptio, corrumpere, autres mots lais, sont formés de rumpere, rompre, diviser, briser. Le comIsé corrompre marque l'altération, la désunion, la décomisition des parties.

Dépravation et corruption désignent le changement de bien i mal ; mais le premier marque physiquement une forte altétion des formes , des caractères sensibles , des proportions iiurelles ou régulières de la chose; et le second, une grande tération des principes, des élémens, des parties, delasubance de la chose.

La dépravation du goût donne de la répugnance pour les imens ordinaires , et l'appétence de choses mauvaises et lisibles. La corruption , au physique, produit un change- ent considérable dans la substance , et tend à la putréfaction i à la destruction de la chose. Le sens moral de ces mots suit ur sens physique.

Par la (lèpravation, vous marquez formellement l'opposion directe de la chose avec la règle, l'ordre, le modèle onné : par la corruption, vous désignez la viciation, la détéoration de la chose, et une fermentation tendant à sa dissoition : La dépravation donne à la chose une direction toute )ntraire à celle qu'elle doit avoir : la corruption travaille k


détruirè les qualités essentielles qu'elle doit avoir. La déprl ration est l'effet d'un vice qui, par sa force maligne, dérane détourne, pervertit, détruit les rapports nécessaires d choses : la corruption est l'effet d'un vice, qui, par son imp; venin, souille, gâte, infecte, dissout les principes vivifia de la chose. Ce qui se déprave perd sa manière propre d'êt et d'agir : ce qui se corrompt perd sa vertu et sa substance.

La force des inclinations déréglées et des penchans déso donnés produit la dépravation des mœurs; la fermentati, immodérée des erreurs et des passions en produira la corrul tion. Il faut redresser ce qui est dépravé ; il faut purifier qui est corrompu. La dépravation exprime plutôt les dérégl mensapparens et excessifs ; et la corruption, les vices interr et dissolus. "*1 Il résulte de ces observations une règle générale pour i pliquer à propos l'un ou l'autre de ces termes , jusqu'à pi sent peu entendus. Dépravation s'applique naturellement a I objets auxquels l'usage ordinaire joint les épithèles ou qualifications de droit, réglé, régulier, bien fait, bien ordom beau, parfait, et autres idées analogues ; et corruption, à ce auxquels il joint les qualifications de pain, pur, innocent, i tégre. bon, saint, et autres idées semblables.

Ainsi vous direz plutôt dépravation d'esprit et corruption coeur , parce que nous disons plutôt un esprit droit, bien fai et un eceur pur, innoncent. La corruption du cœur, dit Abad est la source de l'incrédulité: l'incrédulité est proprement u dépravation d'esprit. La corruption des sentimens produit dépravation des principes ; et, à son tour, la dèpraxaiiom principes produit la corruption des sentimens. Nous disons corruption de la chair et du sang, parce que nous disons n chair saine, un sang pur ; et nous ne dirons pas la dépravati de la chair et du sang ; car nous ne pouvons pas dire une ch droite, un sang juste, puisqu'il ne s'agit point de. leur conf - mationet de leur régularité. Nous disons une doctrine corro pue, par opposition à une doctrine saine. On dit, en matii, d'arts et de belles-lettres, la dépravation et la corruption !

goût, parce que le goût a ses règles, qu'il est ou- n' pas conforme à l'ordre naturel, qu'il est réglé ou dérégl et parce qu'on dit en même temps, un août sain, loi:

par, etc. (R.) 544. DÉPRISER, RÉPRIMER, DÉGRADER.

i Dépriser , priser moins ou peu, mettre une chose au-desso du prix qu'elle a. De prix, nous avons fait priser, mettre prix à la chose. Dépriser et mépriser sont les composés de < verbe : mépriser, ne faire aucun cas ; dépriser, faire peu de Ci estimer la cnose tort au-dessous cie ce qu'elle est eslImee.:


Déprimer, presser pour abaisser, pousser de haut en bas : ce verbe n'est point un composé de primer, car il signifie ôter, contester; refuser, non pas seulement la primaute, la supériorité, l'excellence, mais en général tout avantage dont on jouit dans l'opinion des autres. C'est le latin deprimere, composé de premere, presser, comme opprimere , exprimer, imprimere, etc., opprimer, exprimer, imprimer, etc. ne s'emploie que dans le sens figuré.

Dégrader, ôter un grade, rejeter dans un degré bas, on rang inférieur. Le sens propre de dégrader est de destituer, de déposer une personne constituée en dignité. On dit dégrader de noblesse, des armes, etc. Il signifie aussi détériorer, lais- ser dépérir, etc.

On dèprise une chose par un jugement défavorable , une offre désavantageuse , une estimation au rabais , qui la met fort au-dessous de son taux, lui ôte beaucoup de son prix réel on d'opinion, lui suppose une valeur inférieure. On déprime une chose par un jugement contraire à celui que les autres en portent, par des censures ou des satires, avec un dessein formé , une intention marquée de lui faire perdre la considération, la réputation, le crédit dont elle jouit, de rabaisser le mérite qu'elle a, de détruire la bonne opinion qu'on en a conçue. On dégrade une chose par un jugement flétrissant, avec une force, une puissance, une autorité qui la dépossède du rang qu'elle occupait, la dépouille des titres ou des qualités quil'élevaient à un ordre supérieur, lui ravit les distinctions qui la faisaient honorer.

Ainsi ces trois termes diffèrent, i0 par la manière dont le sujet agit et le moyen qu'il emploie ; 20 par l'objet particulier qu'il attaque, ou l'avantage qu'il conteste, 5° par l'effet qu'il opère ou qu'il se propose de produire. Sous chacun de ces rapports, le dernier enchérit sur le second, et le second sur le premier.

Dépriser indique une simple opinion dans la personne, le prix ou le taux aela chose, le rabais de ce prix: déprimer, une forte envie de nuire dans la personne , la bonne opinion établie de la chose, la destruction de cette bonne opinion : dégrader, une sorte d'arrêt ou une force majeure de la part de la personne, une distinction honorable dans la chose, la privation flétrissante de cet honneur. Dans ces explications, je dis personne, pour l'agent, le sujet agissant ; et par le mot chose, j'entends également la personne. Offrez un prix inférieur au marchand qui surfait sa marchandise , il se plaint que vous la dèprisez ; parlez sur un ton différent à un homme gâté par la louange, il se plaint que vous le déprimez ; si vous touchez à la gloire du héros que la cabale a couronné, il 60 plaint que vous le dégradez.


Le bon-homme qui ne se connaît pas se déprise. L'homme simple qui se voit exalté se déprime. L'homme bas et vil qui n'a pas les sentimens, les mœurs, l'esprit de sa dignité, se dégrade. (R.) t) j 545. DÉROGATION, ABROGATION, Ce sont deux actions législatives également opposées à l'autorité d'une loi, mais chacune à sa manière. La dérogation laisse subsister la loi antérieure; l'abrogation l'annule absolument. La loi dérogeant ne donne atteinte à l'ancienne que d'une manière indirecte et imparfaite : indirecte, en ce qu'elle en confirme l'expérience et l'autorité par l'acte même qui la suspend ; imparfaite, en ce qu'elle ne la contrarie que dans quelques points où l'une serait incompatible avec l'autre. La loi qui abroge est directement et pleinement opposée à l'ancienne ; directement, parce qu'elle est faite expressément pour l'annuler ; pleinement, parce qu'elle l'anéantit dans tous ses points.

Il n'y a que le législateur qui puisse déroger aux lois anciennes , ou les abroger. Les dérogations fréquentes prouvent, ou le vice de l'ancienne législation, ou l'abus actuel de la puissance législative. L'abrogation est quelquefois indispensable , quand les mœurs de la nation ou les intérêts de l'Etat sont changés.

L'usage des clauses dérogatoires dans les testamens a été abrogé par la nouvelle ordonnance qui concerne ces actes. (B ) 346. DÉSAPPROUVER, IMPROUVER, RÉPROUVER. *( Ces mots présentent des idées contraires à celle d'approuver, latin probare, mais par une opposition graduellement plus forte. Désapprouver, ne pas appruuver, n'être pas pour, juger autrement (des, dis, di diversement, autrement); improuver, être contre, s'opposer, blànier(iii, contre); réprouver, s'élever contre ; ,~e réprouver. s'élever contre ; rejeter hautement, proscrire (re adversatif). Improuver signifie attaquer , combattre ; et réprouver, condamner, proscrire.

On désapprouve ce qui ne parait pas bien , bon , convenable. On improuve ce qu'on trouve mauvais, répréhensible, vicieux. On réprouve ce qu'on juge odieux, détestable, intolérable.

Vous désapprouvez une manière de penser, une manière commune d'agir. On improuve une opinion dangereuse, une action blâmable. Dieu réprouve les méchans, les infidèles.

On désapprouve par un simple jugement, une voix, un avis. On improuve par des discours, des raisonnemens, des attaques. On réprouve par le décri, les condamnations, la proscription.


Aristide déclare que le dessein de Thémistocle serait utile la république, mais contraire au droit sacré des gens ; et, ar ce simple jugement, il se borne à montrer qu'il le dèsaprouve. Thémistocle convient, par son silence, que son desein peut être fortement improuvè : le peuple le réprouve unalimement.

La liberté désapprouve, elle a droit d'opiner ; la raison imrouve, elle a droit d'éclairer ; l'autorité réprouve, elle a dro; le proscrire.

L'homme simple et modeste se contente de désapprouver; homme suffisant et ardent se hâte d'improuver. L'homme im,érieux et immodéré ne sait que réprouver.

L'esprit de contradiction désapprouve si vous approuvez. La ivalité improuvera ce que vous recommanderez. La misanhrooie réprouverait ce Que vous excuseriez. (R.) 547. DÉSERT, INHABITÉ, SOLITAIRE.

Désert vient du latin deserere, délaisser, abandonner, néliger. Inhabité est l'opposé d'habité. Solitaire est formé de olus, seul. Ce dernier se dH des personnes comme des lieux : ne s'agit ici que des lieux.

Le lieu désert est donc négligé ; il est vide et inculte. Le ieu inhabité n'est pas occupé; il est sans habitans, même ans habitations. Le lieu solitaire n'est pas fréquenté ; il est ranquille, on y est seul.

Le lieu désert est plus ou moins vaste ; le lieu inhabité est Il us ou moins habitable ou inhabitable; le lieu solitaire est plus lU moins écarté ou éloigné des habitations.

Il manque au lieu désert une culture et une population rélandue. Il manque au lieu inhabité des établissemens et des lommes fixes. Il manque dans un lieu solitaire du monde, de a compagnie.

Les landes sont désertes, les rochers inhabités, et les bois :olitaires.

Vous trouverez dans les déserts des familles, des peuplales, mais rares, pauvres, nomades, barbares. Vous ne trouverez dans les régions inhabitées qu'une terre brute, sauvage, ;ans vestiges de société, sans aucun pas d'homme. Vous ne rouverez pas dans des recoins solitaires la foule des fâcheux* le bruit, la dissipation. «

On fuit dans les déserts pour fuir la société. On s'enfuira jusque dans des lieux inhabités pour se soustraire à la persécution. On se retirera dans un canton solitaire pour se délivrer du monde.

C'est une nouvelle vie, un nouveau monde ; c'est l'homme sauvage, la terre abandonnée à elle-même ; c'est l'affranchissement, l'indépendance qu'on cherche dans les pays déserts.


C'est la singularité, c'est un nouvel ordre de choses, c'est un nouvel aspect de la nature, qu'on va chercher dans une contrée inhabitée. C'est le repos, le calme; c'est la rêverie , la méditation, c'est soi qu'on va chercher dans un asile soli* taire. (R,)

548. DÉSERTEUR, TRANSFUGE.

Ces deux termes désignent également un soldat qui abaih donne sans congé le service auquel il est engagé ; mais le terme de transfuge ajoute à celui de déserteur l'idée accessoire de passer au service des ennemis.

Il n'y a pas de doute qu'un transfuge ne soit bien plus criminel et plus punissable qu'un simple déserteur; celui-ci n'est qu'infidèle, et le premier est traître : aussi le code militaire, excessif peut-être dans la mesure des peines qu'il prononce contre ces deux crimes, les a du moins proportionnées avec équité. (B.) ..,--'1 549. DÉSHONNÊTE , MALHONNÊTE. V^ Il ne faut pas confondre ces deux mots ; ils ont des signifi* cations toutes différentes. Déshonnête est contre la pureté; malhonnête est contre la civilité, et quelquefois contre la bonne foi, contre la droiture. Des pensées, des paroles deshonnêtes, sont des pensées, des paroles qui blessent la chas.

teté et la pureté. Des actions, des manières malhonnêtes sont des actions, des manières, qui choquent les bienséances du monde, l'usage des honnêtes gens, la probité naturelle, et qui sont d'une personne peu polie et peu raisonnable.

Un procédé déshonnête serait mal dit, s'il ne s'agissait pas de pureté; il faudrait dire un procédé malhonnête. Ce ne serait pas non plus bien parier que de dire une parole malhonnête pour une parole sale; et quelques-uns de nos écrivains qui disent, en ce sens-là, des chansons malhonnêtes, ne sont pas à suivre; il faut se servir, dans ces rencontres, du mot de déshonnête. '-.

Déshonnête, au reste, ne se dit guère que des choses; oia

ne dit guère, une femme déshonnête, un homme déshonnête, pour dire, une femme ou un homme impudique.

Malhonnête se dit égqjement des personnes et des choses. S

est difficile , a-t-on dit, qu'un malhonnête homme soit bon historien. On oublie plus aisément une réponse grossière, quoique malhonnête et désobligeante d'ailleurs, qu'une répartie fine et piquante.

Il faut dire à peu près la même chose de déshonnêtetè et malhonnêteté, que de désnonnéte et malhonnête, avec cette différence que malhonnêteté et deshonnêteté se disent des per- sonnes comme des choses.] -:-.


Il faut encore remarquer que, comme dêshonnête et malhonnête sont opposés à honnête, qui signifie tout à la fois une personne chaste et une personne polie, déshonnêtetè et malhonnêteté le sont à llOlInéteté, qui a aussi deux significations.

Car de même que nous disons cPune personne qu'elle est

honnête, pour marquer sa régularité ou sa politesse, nous.

primons l'un ou l'autre par le mot d'lwnnêteté. (BOUHOURS, Remarques nouvelles, t. II, p. 86. )

550. DÉSOCCUPÉ, DÉSŒUVRÉ.

Le sens propre de ces mots est clairement déterminé par leur rapport manifeste avec ceux d'occupation et d'œuvre.

L'homme dèsoccupé n'a point d'occupation : l'homme désœuvré ne fait œuvre quelconque. L'occupation est un emploi de ses facultés et du temps, qui demande de l'application, de l'assiduité, de la tenue. L'œuvre est une action ou un travail quelconque, qui nous exerce et ne nous laisse pas dans l'inaction. On est désoccupé quand on n a rien à faire, mais à proprement parler, rien de ce qui occupe. On est désœuvré lorsqu'on ne fait absolument rien, même rien qui amuse, parce qu'on ne veut rien faire; car c'est là le propre du fainéant.

L'homme dèsoccupé a du loisir : l'homme désœuvré est tout oisif.

On est souvent dèsoccupé sans être désœuvré. L'homme actif et laborieux , quand il est désoccupé ou sans occupation, ne demeure pas désœuvré ; il amuse son loisir par quelque exercice.

Il y a beaucoup de gens (je ne citerais pas pour exemple nn certain ordre de femmes), il y a, dis-je, beaucoup de gens dont la vie est toute désoccupée, quoiqu'elle ne soit nullement désœuvrré; ils agissent, mais que font-ils? Ceux qui ne savent pas employer le temps, le tuent, comme on dit.

La Bruyère dit qu'à la ville, comme ailleurs, il y aune classe de sottes gens; c'est celle des gens fades, oisifs, désoccupés; ils pèsent aux autres. Le temps, dit-il encore, pèse aux gens désoeuvés, et paraît court à ceux qui sont occupés utilement.

Je ne sais si, dans une prison, ce qu'il y a de plus pénible i c'est d'être privé de sa liberté ; mais je crois que ce qu'il y a de plus malheureux, c'est d'être désœuvré. Quel bien que de ne pas laisser dèsoccupès des gens privés de leur liberté, et de les intéresser à ne pas rester sans être occupés !

Un air de malaise, d'inquiétude, fait reconnaître l'homme dèsoccupé; un air de langueur et d'inertie, l'homme dèsœuvrii Le premier semble chercher quelque chose qui lui manque; le second attendra quelque chose qui l'anime.


L'ennui est la peine de l'homme désoccupé; et l'oisiveté, la punition de l'homme désœuvré.

Le mot de désoccupation, dit le Dictionnaire de Trévoux, s'applique à l'action de l'esprit comme à celle du corps; et celui de désœuvrement convient particulièrement à cette dernière sorte d'action. (R.) 551. DESTIN, DESTINÉE.

Ces mots désignent, par leur valeur étymologique, unechose stable, arrêtée, fixée, ordonnée, statuée, déterminée d'avance, de la racine, st, arrêter.

Pai la terminaison du mot, la destinée annonce particulièrement la chaîne , la succession , la série des événemens qui remplissent le destin. (Voyez Hymen, Hyménèe. ) De la formation et du genre des mots, il résulte aussi que le destin est ce qui destine ou prédestine: et la destinée, la chose ou la suite des choses , qui est destinée ou prédestinée.

Le Destin, le plus grand des dieux de la mythologie grecque, règle , dispose, ordonne d'une manière immuable. La destinée est le sort réglé, disposé , ordonné par les décrets immuables du Destin. Le Destin veut, et ce qu'il veut est notre destinée.

L'un désigne plutôt la cause, et l'autre l'effet.

Les Parques, secrétaires du Destin, suivant cette mythologie , gravent ses décrets sur le livre des destinées, et ce livre est l'histoire préordonnée de l'avenir.

Le Destin est conlraire ou propice ; la destinée, heureuse ou malheureuse. Tout cède au pouvoir du Destin, quoi qu'on puisse faire contre sa destinée. Le sage se soumet au destin, et remplitsa destinée. Nous nous plaignons de notre destinée* nous accusons le Destin de nos maux.

Le Soleil. eut dessein autrefois De songer à l'hyménée i Aussitôt on ouit, d'une commune voix, Se plaindre de leur destinée.

Les citoyennes des étangs.

Nous disons injure au sort.

Chose n'est ici plus ccnrmune; Le bien , nous le faisons; ?e mal, c'est la Fortuné On a toujours raison , le Destin toujours tort.

LA FONTAINE.

Les anciens philosophes entendaient par le destin, l'ordre, la série, l'enchaînement des causes, qui, en agissant les unes sur les autres, produisent des effets inévitables. Nous enten-


Ions principalement par desillée, l'ordre, la série, l'en:hatllement desévénemensqui déterminent la nature de notre ort.

Destin emporte une idée de fatalité, de nécessité, de pré- leslination absolue , de force invincible. Destinée rappelle idée d'une vocation, d'une destination particulière, d'une orte de prédestination par laquelle nous sommes appelés à n tel genre de vie ou de mort.

Ainsi, selon les lois physiques , inévitables, le destin de homme est de souffrir, la destinée de tel homme est le îalheur.

On dit unir ses destinées, s'attacher à la destinée de quelu'un , suivre sa destinée, finir sa destinée , etc. Toutes ce s lanières de parler prouvent que la destinée a un cours , e^ u'elle résulte d'une somme d'événemens , ainsi que je l'ai it d'abord.

Enfin, destin n'est communément employé que par les lètes, les orateurs, et dans les genres où il est permis de éer des personnages allégoriques : destinée est le mot du dis)urs ordinaire. Destin rappelle toujours une philosophie prône et une fatalité qui ne s'accordent pas avec nos idées chréennes; tandis que ces mêmes idées se concilient fort bien avec -lies de destination, et même de prédestination, qui distinient la destinée. (R.) 552. DESTIN , SORT.

Le destin s'applique plus ordinairement à une suite d'évémens enchaînés et nécessaires, le sort, à un événement isolé 1 momentané.

Le sort a quelque chose de plus petit et de plus passager que destin ; le destin est plus grand et plus immuable.

Le sort est aveugle et tient du hasard ; le destin semble )sséder quelques idées de science et de prévoyance: il paît descendre d'en haut, et les anciens en avaient fait un eu.

Delà, 1 e destin a un caractère bien plus imposantque le sort.

n résiste au sort, on peut échapper au sort; mais on se soumet i destin, on n'échappe pas au destin.

On dit les coups du sort et les arrêts du destin. Le sort paît tellement subordonné au destin, qu'on pourrait, je crois, tsarder de dire que les événemens du sort sont écrits dans le Ire du Destin.

Le mot destin convient mieux aux grands objets, et serait îproprement appliqué aux petits. Ainsi on dit, avec raison, sort d'une société, le destin d'un empire ; on ne dirait ni le !stin d'un papillon, ni le destin d'une rose; le mot de sort se- it plus dans leur proportion.


Tous les hommes n'ont pas le droit de dire mon destin; il , faut pour cela , jeter quelque éclat ou occuper un certain es- pace ; mais tout le monde pourrait dire, ma destinée, mon sort; car il n'y a personne qui n'ait sa destinée, puisqu'elle est la marche que le Destin a tracée à chacun des êtres.

Enfin, pour terminer par des exemples, un joueur invoque te sort; Alexandre brûlait de faire le destin du monde; un amant consulte le destin dans les yeux de celle qu'il aime, et il • ■ y trouve son sort.

Je voudrais que mon sort fut d'être aimé pendant ma vie, > et mon destin d'être célèbre après ma mort. (Anon.) 555. DE TOUS CÔTÉS, DE TOUTES PARTS.

De tous côtés parait avoir plus de rapport à la chose même dont on parle; et de toutes parts semble en avoir davantage aux choses étrangères qui environnent celle dont on parle.

On va de tous côtés: on arrive de toutes parts.

On voit un objet de toxts côtés, lorsque la vue se porte suc- cessivement autour de lui et le regarde dans toutes ses faces.

On le voit de toutes parts. lorsque tous les yeux qui l'entourent l'aperçoivent, quoiqu'il ne soit vu de chacun d'eux que par une de ses faces.

Le malheureux a beau se tourner de tous côtés pour chercher la fortune, jamais il ne la rencontre. La faveur auprèsdu prince attire des honneurs de toutes parts , comme la disgrace attire des rebuts. (G.) 554. DÉTAIL, DÉTAILS.

Les vocabulistes disent que détail, pour l'ordinaire, n'a point de pluriel. Bouhours applique même cette observation à son emploi figuré. On dit le détail d'une affaire; c'est un grand détail, etc., sans pluriel. Cependant ce critique ajoute qu'on peut dire les détails de plusieurs affaires, les détails de la finance, etc. ; mais que le plus sûr est de dire le détail de ces choses.

On dit incontestablement détails comme détail; mais il en est de ces mots comme de ruine et de ruines ; le pluriel a un sens différent du singulier.

Le détail est l'action de considérer , de prendre, de mettre la chose en petites parties ou dans les moindres divisions : les détails sont ces petites parties ou ces petites divisions telles qu'elles sont dans l'objet même.

Vous faites le détail et non les détails d'une histoire, d'une affaire, d'une aventure : vous en faites le détail en rapportant, .en parcourant, en présentant les détails de la chose jusque dans ses plus petites particularités. Vous n'en faites pas les détails , parce qu'ils existent par eux-mêmes dans la chose,


Indépendamment de votre récit. Le détail est votre ouvrage; c'est votre récit détaillé : les détails sont de la chose , ce sont les petits objets ou les objets particuliers qu'on peut détailUr ou considérer et employer en détail. Il y a dans la police, dans le commerce, dans le ménage dans la finance, mille petits détails, mille petites affaires, P le détail ou l'exposition détaillée n'aurait point de fin. Ut: jp nistre s'occupe en gros ou en grand des affaires ou des grandes affaires ; il laisse les détails ou les petites affaires, elles particularités des grandes affaires à ses commis : ses cODuaÍS lui en font ensuite le détail ou le rapport.

Ne vous chargez jamais d'un détail inutile nous dit Boileau, dans son Art poétique.

Il y a pour les récits , les descriptions, un grand choix de détails à faire. Hérodote , dit J. J. Rousseau, sans portraits, sans maximes , plein de détails les plus capables d'intéresser et de plaire, serait peut être le premier des historiens, si ces mêmes détails ne dégénéraient en simplicité. Plutarque exeelle par les détails.

Détail annonce la manière dont vous représentez les choses; et détails, les choses mêmes que vous représentez.

Quelquefois on dit indifféremment et bien, détail et détails mais sans que leur signification soit absolument la même, quoique les deux phrases reviennent à peu près à la même idée.

On dit beautés de détail, pour beautés qu'on trouve en détaillallt. ou beautés de certains détails; esprit de détail, ou propre à saisir et à régler les plus petits détails, etc. (R.) 355. DÉTROIT , DÉFILÉ , GORGE , COL , PAS.

Passage étroit : détroit n'a point d'autre signification. Le détroit est en général un lieu serré, étroit, où l'on passe difficilement, soit une mer ou une rivière resserrée entre deux terres', soit une langue de terre entre deux eaux, ou un passage serré entre deux montagnes. Les détroits de Magellan, de Le Maire , de Gibraltar , etc., sont des bras de mer. Les Thermopyles , les portes Caspiennes, les fourches Caudines, sont des détroits entres des montagnes. Les isthmes de Corinthe, de Panama, sont des détroits de terre entre deux mers.

Défilé vient de fil, file. C'est un lieu où l'on ne peut passer qu'à la file, à la suite les unsdes autres; un passage qui, comme le fil, a de la longueur sans largenr: c'est un terme de guerre.

Dans les-pays fourrés, montagneux , marécageux, il y a des défilés où les troupes ne peuvent se déployer, où elles ne passent de front qu'en petit nombre. On garde un défilé; 'on s'engage dans un défilé; on attend l'ennemi à un défilé; on esl pris dans un défilé.


Gorge signifie proprement l'entrée ou la partie du gosier que l'on voit quand la bouche est ouverte. Le G, son guttural, a servi, dès l'origine, à désigner la gorge de l'homme ; et, par analogie, telle autre capacité qui lui ressemble, et qui conduit à un passage ou canal tel que celui des alimens : ainsj l'on a dit la gorge pour l'entrée d'un passage dans les montagnes , ou même entre deux collines. On dit la gorge de Marly : on n'entre dans la Valteline que par une gorge.

Col désigne ce qui est long ou élevé comme une colonns.

un support-vide, creux comme une tige ;,le col ou le cou dei animaux. Le col, en géographie, est un passage long et étroit, qui, comme le cou de l'homme , s'élargit dessus et dessous, a l'entrée et à la sortie , ou qui aboutit de chaque côté à des capacités plus grandes. On entre dans le col d'Argeniières pour passer de France en Italie.

Pas est la marche, la démarche, l'enjambée; et c'est aussi un lieu où l'on passe, et un passage étroit. C'est donc à ce mot qu'appartient proprement l'idée de passage ; mais le passage est difficile à passer ou facile à garder, soit sur mer , soit sur terre : il n'est pas long ; ce n'est, pour ainsi dire , qu'un pas, mais un mauvais pas, ainsi que l'exprime 1 emal-pas du canal de Languedoc. On dit le Pas de Calais, le Pas de Suze., le Pas de IEcluse.

Ces explications rendent la différence des termes trop sensible pour que je m'y arrête plus long-temps. (R.) 556. DEVANCER, PRÉCÉDER.

Devancer, aller avant, devant, en avant (alltè). Précéder, s'en aller, passer (cedere, quitter, laisser une place), en avant, au-dessus, pré, en avant, premièrement.

A l'égard de ceux qui vont à un même but, le premier de ces mots désigne une différence d'activité et de progrès; et le second, une différence de place et d'ordre.

Vous devancez en prenant ou gagnant les devans , pour gagner de vitesse; vous précédez en prenant ou ayant le pas, de manière à être à la tête.

Dans une marche militaire , les coureurs devancent ; les chefs précèdent. Pour un combat, les plus braves précéderont, s'ilssont libres; les plus ardens et les plus impétueux devanterontHes autres.

Pour devancer, on va plus tôt ou plus vite; on va plus vite pour arriver plus tôt ou pour-aller plus loin. Pour précéder, en marche le premierpour ouvrir la marche ou pour frayer mTonte, ou par hasard.

Ainsi on dit figurément'dcrancer , et non précéder, pour surpasser en mérite , en fortune , en talent. Le disciple devance le maître et ne le précède pas.


On devanceà la course , au concours ; et on mporte l'avantage , on remporte le prix sur ses concurrens. On précède dans une marche, dans une assemblée ; et on prend le dessus ou le haut bout, on a le pas ou la préséance.

Celui qui sait mieux courir devance son compétiteur, et a le bénéfice. Celui qui, de droit ou de fait, est le premier en ordre, précède les autres et a la primauté.

Hésiode a précédé Homère ; il existait avant lui. "yITa devança Marius dans la tyrannie ; il y vint avant lui, et l'emporta sur lui.

La nuit a précédé le jour. L'aurore devance le soleil.

Les peuples qui jouissent d'un ciel serein, comme ceux de - la Chaldée, ont devancé les autres dans l'observation des astres. L'usage de compter par nuits aprècèdé, presque partout, celui de compter par jours.

L'instinct devance la raison ; le désir précède la jouissance. (R.) 337. DEVIN, PROPHÈTE.

Le devin découvre ce qui est caché. Le prophète prédit ce qui doit arriver.

La divination regarde le. présent et le passé. La prophéties pour objet l'avenir.

Un homme bien instruit, et qui connaît le rapport que les moindres signes extérieurs ont avec les mouvemens de l'ame , passe facilement dans le monde pour le devin. Un homme sage; qui voit les conséquences dans leurs principes , et les effets dans leurs causes, peut se faire regarder du peuple comme un prophète. (G.) , 538. DEVOIR, OBLIGATIONS.

« Le devoir, selon l'abbé Girard , dit quelque chose de plus fort pour la conscience ; il tient de la loi : la vertu nous engage à nous en acquitter. L'obligation dit quelque chose de plus absolu pour la pratique ; elle tient de l'usage : le monde ou la bienséance exige que nous la remplissions.

« Il est du devoir des conseillers de se rendre au Palais pour remplir les fonctions de leurs charges ; et ils sont dans l'obligation d'y être en robe. On manque à un devoir : on se aispensed'une obligation. Il est du devoir d'un ecclésiastique d'être vêtu modestement, et il est dans l'obligation de porter l'habit noir et le rabat. Les politiques se font moins de peine de négliger leur devoir que d'oublier la moindre de leurs obligations. »

Personne n'ignore qu'il y a des devoirs de bienséance el d'ulage, comme il y a des obligations -morales et légales. S'il y a devoir, il y a obligation : s'il y a obligation, il y a devoir. Il


ne faut donc pas distinguer le devoir de Yobligation par les différentes sortes de devoirs et d'obligations.

On entend par devoir, dit Trévoux , ce à quoi nous sommes obligés par la loi, par la coutume , par la bienséance. Ainsi, on dit les devoirs de la vie civile, de l'amitié, de la bienJéance.

Quelquefois on entend par devoirs ces bienséances arbitraires dont chaque peuple s'est formé un cérémonial à sa mode. L'obligation, disent les mêmes vocabulistes, est l'engagement où l'on est par rapport à différens devoirs qui regardent la religion, les mœurs ou la vie civile. Il y a des obligations de droit naturel, de droit civil, de droit divin, de conscience, d'honneur, etc., les obligations des pères, des enfans , d'un chrétien, etc.

La loi nous impose Yobligation , et l'obligation engendre le devoir. Nous sommes tenus par l'obligation, et nous sommes tenus à un devoir. L'obligation désigne l'autorité qui lie; et le devoir, le sujet qui est lié. Le devoir présuppose l'obligation.

Nous sommes dans l'obligation de faire une chose, et notre devoir est de la faire : c'est l'obligation qui nous lie, et c'est at devoir qu'elle nous lie.

L'obligation ne peut pas s'étendre an-delà de l'autorité dra supérieur qui commande ; le devoir, au-delà des facultés de l'inférieur à qui on commande. Il n'y a point d'obligation , si la chose n'a pu être ordonnée; point de devoir, si elle ne peut être exécutée.

Nos obligations naissent de notre constitution même; nos devoirs naissent de nos propres droits. Montesquieu dit fort bien que les lois sont les rapports des choses entre elles : les obligations déterminées par les rapports ne tendent qu'à développer , maintenir, concilier, perfectionner ces mêmes rapports pour l'intérêt propre et commun des choses; et nos de• voirs, comme nos droits, ne sont que l'application, le développement , le maintien , la conciliation de ces rapports poar notre intérêt propre qui produit l'intérêt commun , comme l'intérêt commun produit notre propre intérêt. (R.) 359. DÉVOT, DÉVOTIEUX.

De vot, vœu, voué, on a fait dévot, dévoué, de dévot, cU..

votion ; de dévotion, dévotieux. Le terme de dévotion, dit Fénélon dans ses OEuvres spirituelles, a été formé de parfaiU dévouement: aussi, ajoute-t-il, la dévotion exige non seulement que nous fassions la volonté de Dieu, mais que nous la fessions avec amour. Dèvotieur signifierait proprement parfait dévot, dévot dont la dévotion douce, tendre, affectueuse, respire et inspire l'amour : aussi était-iî agréable à saint François e Sales. J'ai souvent lieu d'observer que la terminaison eux


marque la paSSiOn, le penchant, l'habitude, le goût, la plénitude , la perfection, l'excès môme et l'étalage.

Le dévoîieux doit descendre aux plus petits objets, aux plus petits détails, aux plus petites pratiques de la dévotion, du culte. Pris en bonne part, il supposera la dévotion la plus scrupuleuse, el revêtue de ses formes les plus convenables et les plus touchantes. Pris en mauvaise part, ainsi que dévot sef prend quelquefois, il désignera proprement l'attention la plus!

minutieuse à de petites pratiques, et la recherche la plus 1 fectée dans les manières.

Montaigne dit que les Égyptiens étaient un peuple dévoîieux : en effet, ils étaient naturellement dévots, et surtout singulièrement attachés aux cérémonies du culte, et scrupuleusement fidèles à ses plus petites pratiques.

< Epicure n'était pas dévot, mais dans les temples il était fort iévotieux.

Le dévot n'a qu'une simple dévotion; le dévotieux a une dévotion plus sentie et mieux exprimée. Celle du premier peut être sèche, dure, austère, chagrine; celle du second sera toujours douce, attrayante, affectueuse, onctueuse. Le dèvotieux se distinguera du dévot, surtout par l'habitude extérieure, l'air, le ton, l'accent, la contenance propre à la chose. (R.)

360. DEXTÉRITÉ, ADRESSE, HABILETÉ.

> £ *Xa dextérité a plus de rapport à la manière d'exécuter les choses: Y adresse en a davantage aux moyens de l'exécution; et l'habileté regarde plus le discernement des choses mêmes.

La première met en usage ce que la seconde dicte, suivant le plan de la troisième. ,

Pour former un gouvernement avantageux à l'Etat, il faut de l'habileté dans le prince ou dans ses ministres ; de l'adresse dans ceux à qui l'on confie la manœuvre du détail ; et de la iextérité dans ceux à qui l'on commet l'exécution des ordres.

Avec un peu de talent et beaucoup d'habitude à traiter les affaires, on acquiert de la dextérité à les manier, de l'adresss pour leur donner le tour qu'on veut, et de l'habileté pour les epnduire.

La dexterité donne un air aisé, et répand des graces dans l'action. L'adresse fait opérer avec art et d'un air fin. L'habileté fait travailler d'un air entendu et savant.

Savoir couper à table et servir ses convives avec dexiiriti, mener une intrigue avec adresse, avoir quelque habileté dans ( tes jeux de commerce et dans la musique ; voilà, avec un pea de largon. sur quoi roule aujourd'hui le mérite de nos aimables gens. (Oj


561. DIABLE, DÉMON.

Diable se prend toujours en mauvaise part ; c'est un espri malfaisant, qui porte au vice, tente avec adresse, et cor rompt la vertu. Démon se dit quelquefois en bonne part; c'es un fort génie qui entraîne hors des bornes de la modération pousse avec violence, et altère la liberté. Le premier enferm dans son idée quelque chose de laid et d'horrible que n'a pa le second. Voilà pourquoi l'imagination, jouant de son mieu sur le pouvoir et la figure du diable, cause des peurs aux es prits faibles, fait qu'ils s'abstiennent d'en prononcer le nom et que, par une fausse délicatesse, ils substituent à sa plac celui de démon.

La malice est l'apanage du diable ; la fureur est celui d démon. Ainsi l'on dit proverbialement, que le diable se mêl des choses, quand elles vont de travers, par l'effet de quel que malignité cachée ; et l'on dit que le démon delà jalousi possède un mari, lorsqu'il ne garde plus de mesure dans s passion.

Les hommes, pour faire parade d'un fonds de vertu qu'il n'ont pas, et rejeter sur un autre leur propre méchanceté, al tribuent au diable une intention continuelle de les induire ai crime. Les poètes, dans leur enthousiasme, sont agités d'ui démon qui les fait souvent sortir des règles du bon sens et leur fait prendre le phébus pour le sublime du style poé tique. (G.) 562. DIAPHANE , TRANSPARENT.

Le mot grec fa signifie à travers, et fàvfc, lumineux, clair brillant. Le latin trans veut dire à travers; elparens, parais sant, apparent, manifeste.

Ainsi, suivant la valeur étymologique des termes , le corp diaphane est celui à travers lequel la lumière brille, et le corp transparent, celui à travers lequel les objets paraissent. L diaphanéitè annonce donc simplement qu'on voit lejour à tra vers, mais sans exclure la visibilité des autres objets, puisqu ia lumière les éclaire : la transparellce annonce la visibilité de objets, mais sans exiger absolument que toutes sortes d'ob jets paraissent à travers. Aussi l'usage autorise-t-il égalemen à dire que l'eau , le cristal, le verre, les glaces, etc., sont Ot diaphanes ou transparents.

L'eau de sa nature est diaphane : et'si le ruisseau clair et limpide.laisse voir le sable et le gravier sur lequel il roule, i sera transparent.

Des voiles, des treillages, des haies, des tissus, etc., son!

trallsparells, et non diaphanes. La gaze de Cos était si transparellte, qu'elle laissait voir le corps à nu. Elle n'était pas


fiaphaue, car elle ne permettait de voir qu'à travers les inervalles laissés entre les fils du tissu. ; La diaphanéitè des corps résulte, selon Newton, non de la

ectitude et de la quantité de leurs pores, mais d'une égale ensité dans toutes leurs parties. Leur transparence est l'effet u de la même cause , ou du défaut d'adhérence et de con-

exité de leurs parties entr'ouvertes. :

Diaphane est un terme de physique quelquefois adopté par i poésie; transparent est Te terme vulgaire et généralement mployé. Le premier ne se dira guère que dans le sens propre; f second se dit également au figuré. (R.) 565. DICTIONNAIRE, VOCABULAIRE, GLOSSAIRE.

Ils signifient en général tout ouvrage où un grand non?

re de mots sont rangés suivant un certain ordre, pour li.

trouver plus facilement lorsqu'on en a besoin; mais il y t îlte différence : i ° Que vocabulaire et glossaire ne s'appliquent guère qu'à ; purs dictionnaires de mots ; au lieu que dictionnaire en gé-

iral comprend, non-seulement les dictionnaires de langues, ais encore les dictionnaires historiques, et ceux des sciences des arts.

2° Que dans un vocabulaire, les mots peuvent n'être pas stribués par ordre alphabétique, et peuvent même n'être s expliqués. Par exemple, si on voulait faire un ouvrage ni contînt tous les termes d'une science ou d'un art, rapporr à différens titres généraux, dans un ordre différent de irdre alphabétique, et dans la vue de faire seulement l'énu.

ération de ces termes sans les expliquer. ce serait un voca* laire. C'en serait même encore un, à proprement parler, si tuvrage était par ordre alphabétique, et avec explication is termes, pourvu que l'explication fût très-courte, presque njours en un seul mot, et non raisonnée.

5° A l'égard du mot de glossaire, il ne s'applique guère l'aux dictionnaires de mots peu connus, barbares ou surans. Tel est le Glossaire ad scriptores mediœ et infimœ latilliis, du savant M. Ducange, et le Glossaire du même auttir 'ur la langue grecque. (Encllcl., IV, 969.) 304. DIFFAMATOIRE, DIFFAMANT, INFAMANT. �

Le premier de ces mots sert à marquer la nature des disurs ou des écrits qui attaquent' la réputation d'autrui. Les ix autres marquent l'effet des actions qui nuisent à la répu ûon de ceux qui en sont les auteurs ; avec celte différence, <e ce qui est diffamant est un obstacle à la gloire, fait perî l'estime et attire le mépris dea honnêtes gens ; que ce qui


est infamant est une tache honteuse dans la vie, fait perdre l'honneur, et attire l'aversion des gens de probité.

Plus on a d'éclat dans le public, plus on est exposé aux discours diffamatoires des jaloux et des mécontens. Qui a eu la sottise ou le malheur de faire quelque action diffamante, doit être très attentif à ne point se donner des airs de vanité.

Quand on a sur son compte quelque chose d'infamant, il faut Se cacher entièrement de tout le monde.

Les libelles diffamatoires sont plus propres à déshonorer ceux qui les composent, que ceux contre qui ils sont faits. Rien n'est plus diffamant pour un homme que les bassesses de cœur: et rien ne l'est plus pour les femmes que les faiblesses de galanteries poussées à l'excès. Il n'est, pour toutes sortes de personnes,, rien de si infamant que les châtimens ordonnés par la justice publique. (G.) 565. DIFFERENCE, DIVERSITE, YARIÉT, BIGARRURE. La différence suppose une comparaison que l'esprit fait des choses, pour en avoir des idées précises qui empêchent la confusion. La diversité suppose un changement que le goût 'cherche dans les choses , pour trouver une nouveauté qui le flatte et le réveille. La variété suppose une pluralité de choses non ressemblantes que l'imagination saisit, pour se faire des - images riantes , qui dissipent l'ennui d'une trop grande uniformité. La bigarrure suppose un assemblage mal assorti, "iJue le caprice forme pour se réjouir, ou que le mauvais goût Itiopte.

La différence des mots doit servir à marquer celle des idées. Un peu de diversité dans les mets ne nuit pas à l'économie de. la nutrition du corps humain. La nature a mis une variété infinie dans les pics petits objets; si nous ne l'apercevons pas , c'est la faute de nos yeux. La bigarrure de couleurs et les ornemens fait des habits ridicules ou d(

Théâtre. (G.) 566. DIFFÉRENCE, INÉGALITÉ, DISPARITÉ. -:..f Termes relatifs à ce qui nous fait distinguer de la supério rité ou de l'infériorité entre des êtres que nous comparons.

Le terme différence s'étend à tout ce qui les distingue; c'ei un genre dont l'inégalité et la disparité sont des especes. L'ini galité semble marquer la différence en quantité; et la dispa nié, la différence an qualité [ Eucycl. IY, 1057.) 567. DIFFÉRENT , DISPUTE , QUERELLE. La concurrence des intérêts cause les diffèrens. La contracté des opinions produit les disputes. L'aigreur, aes esprit1 Jst la source des querdies.


On vide le differcnt. On termine la dispute. bu apaise la querelle. ,

L'envie et l'avidité font qu'on a quelquefois de gros différais pour des bagatelles. L'entêtement, joint au défaut d'attention à la juste valeur des termes, est ce qui prolonge ordinairement les disputes. Il y a dans la plupart des querelles plus d'humeur que de haine. (G.) 568. DIFFÉRENT, DÉMÊLÉ.

Le sujet du différent est une chose précise et déterminé sur laquelle on se contrarie, l'un disant oui et l'autre non. Le sujet du démélé est une chose moins éclaircie, dont on n'est pas d'aceord, et sur laquelle on cherche à s'expliquer pour savoir à quoi s'en tenir.

Le concurrence cause des différens entre les particuliers.1 L'ambition est la source de bien des démêlés entre les puis- sances 1. (G.) 568. DIFFICULTÉ, OBSTACLE, EMPÊCHEMENT.

La difficulté embarrasse ; elle se trouve surtout dans les affaires, et en suspend la décision. L'obstacle arrête, etise rencontre proprement sur nos pas , et barre nos démarches.

L'empêchement résiste ; il semble mis exprès pour s'opposer à l'exécution de nos volontés.

On dit lever la difficulté , surmonter l'obstacle, ôter on vaincre l'empéchement.

Le mot de difficulté me paraît exprimer quelque chose qui naît de la nature et des propres circonstances de ce dont il s'agit. Celui d'obstacle semble dire quelque chose qui vient d'une cause étrangère. Celui d'empêchement fait entendre quelque chose qui dépend d'une loi, ou d'une force supérieure. ,

La disposition des esprits fait souvent naître dans les traités plus de difformité que la matière même sur laquelle il est question de statuer. L'éloquence de Démosthène fut le plus

(1) En rapprochant cet article du précédent, on n'est pas satisfait sur ce qui distingue le démêle et la dispute. DaMron et dans l'autre , il y a contrariété d'opinions': la chose n'est pas d'accord, et l'on cherche à s'expliquer pour savoir à quoi sela tenir. Quelle est donc la différence de ces termes?

Il mn semble qu'elle vient de celle des objets, en.ce que la dispute roule sur une matière générale et purement scientifique, et le démêlé sur une matière particulière, et qui peu t fonder des prétentions d'intéréts La dispute s'échauffe par le éesir de paraître plus habile : le démêlé s'anime par le désir de se faire ua droit : l'orgue:!, qui soutient la dispute, et l'aviditll qui est la véritable cause du deméli, font bientôt dégénérer une en querelle, et l'autre en un différent. (B.)


grand obstacle que Philippe de Macédoine trouva dans ses routes politiques, et qu'il ne put jamais surmonter que par la force des armes. La proche parenté est un empêchement au mariage que les lois ont mis et qu'elles peuvent ôter. (G.) 570. DIFFORMITÉ, LAIDEUR.

Ces deux mots soni synoymes , en ce qu'ils sont également opposés à l'idée de la beauté, quand on les applique à la figure humaine.

La difformité est un défaut remarquable dans les proportions ; et la laideur , un défaut dans les couleurs ou dans la superficie du visage.

« Il n'est pas indifférent à l'ame , dit Cicéron, d'être dans un corps disposé et organisé de telle ou de telle façon. » Sur quoi Montaigne s'exprime ainsi : « Cettuy-cy parle d'une laidettr desnaturée et difformité de membres: mais nous appelons laideur aussi une mésavenance au premier regard, qui loge principalement au visage, et nous desgouste par le teint, une tache, une rude contenance, par quelque cause souvent inexplicable, des membres pourtant bien ordonnés et entiers. Cette laideur superficielle, qui est toutefois la plus impérieuse, est.de moindre préjudice à l'état de l'esprit, et a peu de certitude en l'opinion des hommes. L'autre , qui d'un plus propre nom s'appelle difformité, plus substantielle, porte plus volontiers coup jusques au-dedans. Non pas tout soulier de cuir bien lissé, mais tout soulier bien formé, montre l'intérieure forme du pied : comme Socrate disait de sa laideur, qu'elle en accusait justement autant en son ame, s'il ne l'eût corrigée par institution. »

J'ajouterai que difformité se dit de tout défaut dans les proportions convenables à chaque chose; aux bâtimens, aux formes des places, des jardins , aux tableaux, au style, etc.; mais laideur ne se dit guère que des hommes ou des meubles.

Dans le moral, on dit l'un de l'autre , mais avec quelque égard aux différences du sens physique. Ainsi l'on dit, la difformité, et non la laideur du vice, parce que les habitudes vicieuses détruisent la proportion qui doit être entre nos inclinations et les principes moraux : mais on dit, la laideur, plutôt que la difformité du péché, parce que les péchés ne sont que des taches dans notre ame, qu'elles ne supposent pas une dépravation aussi substantielle que les vices, et qu'elles peuvent s'effacer par la pénitence. (B.) 571. DIFFUS, PROLIXE.

1 Défauts de style contraires à la briéveté. Je profiterai des observations que Marmontel fait sur ces défauts, dans la nouvelle Encyclopédie, au mot diffus. Il est très-vrai que l'idée propre


de diffus est de s'étendre en superficie ; et celle de prolixe, de se traîner pesamment en longueur.

Diffus, en latin diffusus, se répandre çà et là, aller de côté et d'autre : prolixe est le latin prolixus, prolapsus, fort lâche ou relâché, étendu en avant, fort prolongé. De Gibelin dit : qui traverse en avant, qui étend en travers, etc.

Ainsi, les écarts rendent proprement le style diffus ; les longueurs le rendent prolixe. Le défaut du diffus consiste à en dire beaucoup plus qu'il ne faudrait, par des accessoires superflus : le défaut du prolixe consiste à dire fort longuement comme par de vaines circonlocutions, ce qu'il aurait fallu dire en bref. Le diffus se répànd en paroles qui délaient la pensée dans des idées hors d'œuvre: le prolixe s'étend en mots qui délaient l'expression sans aucune utilité. Il y a, si je puis m'expliquer ainsi, une sorte de bavardage dans les discours diffus, et du verbiage dans le prolixe. Le premier dit trop de choses. Il me semble qu'ainsi caractérisés ces deuc défauts ne peuvent plus se confondre.

Le style de nos procureurs est prolixe, dit Marmontel ; celui de nos avocats est diffus. Cela doit être, quand on paie la longueur des écritures et l'abondance des paroles.

Je ne crois pas que diffus soit le contraire de plein. Le contraire de plein est vide: or, il y a plutôt surabondance ou superfluité dans le diffus, plein de choses qui ne sont ni essentielles , ni utiles à la pensée.

Le style diffus sera plutôt lourd que lâche: car l'effet naturel d'un attirail étranger et superflu est d'embarrasser et d'appesantir la marche.

Lâche est le contraire de serré, non de ferme. Vous reîdchez ce qui est trop serré : vous resserrez ce qui est trop lâche: Marmontel pense que diffus est le contraire de précis, et non pas de concis; et prolixe, le contraire de pressé. Girard et Beauzée estiment que l'opposé de concis est le diffus : le premier semble vouloir dire que J'opposé du précis est le prolixe, et le second le dit formellement.

Quel est donc le contraire de prolixe ? Je suis, avec Marmontel , pour pressé. L'idée propre de presser est de rapprocher, de joindre, de mettre près à près les choses, de manière qu'elles aient moins de volume, et qu'elles occupent peu d'espace.

Le style concis revient donc au style coupé, mais avec cette différence qu'il forme un genre, et un bon genre de style, au lieu d'une qualité, en quelque sorte accidentelle et même équivoque, et qu'il marque plutôt l'énergie du discours que coupé, qui n'en marque proprement que la forme. (R.)


572. DILIGENT, EXPÉDITIF, PROMPT.

Lorsqn'on est diligent, on ne perd point de temps, et l'on est assidu à l'ouvrage. Lorsqu'on est expéditif, on ne remet pas à un autre temps l'ouvrage qui se présente, et on le finit tout de suite. Lorsqn' on est prompt, on travaille avec activité, et l'on avance l'ouvrage. La paresse, les délais et la lenteur, sont les trois défauts opposés à ces trois qualités.

L'homme diligent n'a pas de peine à se mettre au travail ; l'homme expéditif ne le quitte point; et l'homme prompt en vient bientôt à bout.

Il faut être diligent dans les soins qu'on doit prendre ; expéditif dans les affaires qu'on doit terminer; et prompt dant les ordres qu'on doit exécuter. (G.) 575. DIRE UN MENSONGE, FAIRE UN MENSONGE.

Naturellement parlant on dit un mensonge, on ne le fait pas: car mentir, c'est parler contre sa pensée dans le dessein de tromper. Cependant faire un mensonge est d'un usage constant dans le discours ordinaire. On peut aussi remarquer que nous distinguons des mensonges d'action et des mensonges de paroles. Dire et faire des mensonges se trouvent dans les dictionnaires les plus modernes. Vous voyez dans un de ces ouvrages le mensonge officieux défini. Celui qui le fait pour faire plaisir à quelqu'un sans nuire à un autre; on le fait pour procurer la paix, pour obliger quelqu'un, pour prévenir quelque accident. Les Latins disaient également dire et faire, dicere et facere mendacium ; vous rencontrerez souvent le premier dans Cicéron ; le second dans Quintilien.

Le P. Bouhours croit que dire des mensonges peut signifier quelquefois rapporter des mensonges dont on n'est pas l'auteur ; au lieu que faire des mensonges signifie toujours qu'on en est l'auteur; et qu'ainsi un diseur de mensonges, tels que de faux bruits, ne ment pas en les contant, à moins qu'il ne les ait inventés : tandis qu'un faiseur de mensonges est proprement un menteur.

Les latins semblent avoir fait cette distinction; ils disaient en manière de proverbe : L'homme de bien se garde avec soin de faire des mensonges; l'homme sage d'en dire. Cependant dire des mensonges devient alors une expression équivoque ; car on ne sait pas s'il s'agit de mensonges de la personne même, ou de mensonges d'autrui.

La difficulté est de spécifier la différence entre dire et faire des mensonges, lorsqu'il est question devrais mensonges dont on est soi-même l'auteur. Dire, c'est" proférer; faire, c'est composer. Un oui ou un non, proféré contre sa conscience,


et-t un mensonge qu'on dit; une histoire controuvée, une fable arrangée est un mensonge qu'on fait.

Dire un mensonge c'est donc simplement avancer, proférer, débiter comme vraie une chose qu'on sait être fausse, dans l'intention de tromper. Faire un mensonge c'est fabriquer, combiner, composer un conte faux qu'on donne pour vrai, dans le dessein d'abuser. Les latins disaient en ce sens accommodare, compmere, conflare mendaciwn.

A dire un mensonge, il n'y a que de la fausseté ; il y a de l'artifice à faire un mensonge. (R.) 574. DISCERNEMENT, JUGEMENT.

Le discernement regarde non-seulement la chose, mais encore ses apparences, pour ne pas la confondre avec d'autres; c'est une connaissance qui distingue. Le jugement regarde la chose considérée en elle-même pour en pénétrer le vrai ; c'est une connaissance qui prononce. Le premier n'a pour objet qne te qu'il y a à savoir, et se borne aux choses préselltes; il en démêle le vrai et le faux, les perfections et les défauts, les motifs et les prétextes. Le second s'attache encore à ce qu'il y a à faire, et pousse ses lumières jusque dans l'avenir ; il sent le rapport pour la conséquence des choses, en prévoit les suites et les effets. Enfin, l'on peut dire du aïscememenl, qu'il est éclairé, qu'il rend les idées justes, et empêche qu'on ne se trompe en donnant dans le faux ou dans le mauvais; et l'on peut dire du jugement, qu'il est sage, qu'il rend la conduite prudente, et empêche qu'on ne s'égare, en donnant dans le travers ou dans le ridicule.

Lorsqu'il est question de choisir on de juger de la bonté et de la beauté des objets, il faut s'en rapporter aux gens qui ont du discmtemellt. Lorsqu'il s'agit de faire quelque démarche, ou de se délerminer à prendre un parti, il faut suivre le conseil des personnes qui ont du jtigeinmit.

Les arts et les sciences veulent du discernement ; il est pins ou moins délicat, selon la finesse de l'esprit et l'étendue des connaissances. Le gouvernement et la politique demandent du jugement ; il est plus ou moins sûr, selon la force de la raison et l'habitude de l'expérience.

Qui n'a point de discernement est une bête 1. Qui manque tout-à-fait de jugement est un étourdi. (G.)

(1) Dans l'article 474, l'auteur dit que la bêtise est l'opposé 3e l'esprit; ici, que qui n'a point de discernement est une bête : ainsi la bêtise est également l'opposé du discernement et de l'esprit, qui par-là sont confondus et deviennent de parfaits synonymes : ce qui n'est ni ne peut être vrai. Je crois que la bêtise est véritablement l'opposé du discernement, que la sot-


575. DISCORD, DISCORDE.

Malherbe, et plusieurs poètes avant et après lui, ont d discord pour discorde, ainsi que Vaugelas et autres gramma riens l'ont observé. Pourquoi ne serait-il pas permis de dit discord ou discorde, comme zéphyr ou zéphire ? Nous avor laissé perdre discord. Marmontel le regrette dans son cliscoui sur Vautorité de l'usage ; un orateur moderne l'a hasarde dau l'éloge funèbre d'un grand prince ( la lutte et le disent des pouvoirs étaient extrêmes). Faudrait-il le réhabiliter Oui, sans doute., s'il est utile, et s'il n'est pas purement t simplement le mot de discorde tronqué, sans idée parties rière.

Le discord est à la discorde ce qu'est la concorde à l'accord Discord n'est donc pas moins utile qu'accord de là concorde. L discord rompt l'accord ou l'harmonie des cœurs, des volontés des sentimens, etc. La discorde détruit la concorde ou le con cert et l'accord parfait et soutenu de tous les cœurs, de toute les voloniés, de tous les sentunens, etc.

Il est impossible qu'il ne s'élève quelquefois des discord, entre les personnes qui s'aiment le plus. Est-on long-lemp.

d'accord avec soi-même ? Mais on s'arrange, on s'accommode en se concilie.

La pomme jetée devant les déesses rivales excite entre elle an discord; elles se la disputent. Adjugée à l'une des trois elles brûlent du feu de la discorde, elles allument une guern épouvantable entre les Grecs et les Troyens. (R.) 376. DISCOURS, HARANGUE, ORAISON.

Le dernier de ces mots suppose toujours quelque appareil.

on quelque circonstance éclatante. Les deux autres n'exprr: ment ni n'excluent l'éclat; la harangue pouvant avoir sa place dans une occasion pressée et peu connue, et le discours étanl souvent préparé pour des occasions publiques et brillantes.

Je fais donc excuse à certains critiques, si je n'adhère pas au jugement qu'ils ont porté sur cet article, et si je ne pense pas, comme eux, que ce soit dans cette idée d'appareil que consiste la différence qui est entre la harangue et le discours. Ce n'est pas faute de docilité, c'est faute de persuasion : puisque les discours qu'on prononce aux réceptions des académiciens, dans les chaires, et en cent autres occasions, peuvent avoir l'appareil le plus éclatant, sans être ni harangues ni oraisons, et que, dans une conversation secrète, ou dans un tête-à-tête, on peut haranguer au lieu de discourir. Leur censure n'a été fondée tise l'est de l'esprit, et que l'extravagance l'est du bon sens.

Cette remarque doit influer sur l'art. 474 comme sur celui-ci. (B)


que sur ce qu'ils ont pensé que le mot de discours était placé dans le sens général, où il marque tout ce qui part de la faculté de la parole, et non dans le sens particulier d'un discours préparé. Mais quelle apparence qu'on puisse le prendre dans un autre sens que dans celui-ci, pour le mettre en comparaison et en faire un synonyme avec le mot de harangue? Ce préliminaire posé, voici comment je crois devoir caractériser ces mots : La harangue en veut proprement au cœur ; elle a pour but de persuader et d'émouvoir : sa beauté consiste à être vive, forte et touchante. Le discours s'adresse directement à l'esprit ; il se propose d'expliquer et d'instruire ; sa beauté est d'être clair, juste et élégant. L'oraison travaille à prévenir,l'imagination ; son plan roule ordinairement sur la louange ou sur la critique; sa beauté consiste à être noble, délicate et brillante.

Le capitaine fait à ses soldats une harangue pour les animer au combat. L'académicien prononce un discours pour développer ou pour soutenir un système. L'orateur prononce une oraison funèbre pour donner à l'assemblée une grande idée de son héros.

La longueur de la harangue ralentit quelquefois le feu de l'action. Les fleurs du discours en diminuent souvent les grâces. La recherche du merveilleux dans l'oraison fait perdre l'avantage du vrai. (G.) L'abbé Girard a beau dire que le dernier de ces mots est le seul qui suppose toujours quelque appareil ou quelque circonstance éclatante, les deux premiers n'expriment ni n'excluent réclat. La harangue est un discours élevé, public, pompeux, solennel, un discours d'apparat ; et le discours ( synonyme Ae harangue et d'oraison) ne peut être que le discours ora* toire, le discours d'éloquence distingué par les qualités ou les conditions propres à l'apparat. On harangue les princes, les grands, les troupes, le peuple , une grande assemblée, avec appareil et par un discours oratoire.

Discours marque proprement le genre de composition ; il y a plusieurs sortes de discours; le discours familier, le discours Jlistorique, le discours académique, le discours philosophique , etc. Il s'agit ici du discours oratoire, ouvrage de l'orateur, et c'est ce que l'abbé Girard aurait dû remarquer.

Harangue est composé de har, discours élevé, et d'ang, qoi aiguillonne, excite, presse, entraîne. C'est en vertu de ces caractères, que nous appelons particulièrement harangues, les discours des généraux à leurs troupes, rapportés par les anciens historiens comme s'ils avaient été prononcés. On appelle aussi de ce nom les hommages solennels rendus par un orateui à la tête, au nom d'un peuple, d'un corps, à des orinces, 4


des personnages constitués en dignité, et autres discours semblables : c'est proprement l'appareil et la pompe qui les érigent en harangues.

Oraison signifie discours oratoire. D'os, oris, les latins firent orare, parler, demander, supplier; d'où oratio, discours, prière, oraison. Il semble que le mot, dans cette acception, prend une teinte de la demande et de la prière. Il porte aussi une idée d'art, comme dans son sens grammatical dont nous parlerons plus bas : l'oraison a ses règles; enfin, c'est un mot technique. Il nous sert à dénommer les discours oratoires des anciens, les oraisons'd'Isocrate, d'Eschyne, de Démosthène, de Cicéron, ou autres composés à l'instar de celles-là dans une langue ancienne.

Le discours oratoire est l'ouvrage composé par l'orateur, se.

lon les règles de l'art, et sur un sujet important, pour parve.

nir à ses fins, pour une déduction de pensées et de raisonne» mens bien ordonnés, animés, soutenus, relevés par l'action de l'éloquence.

577. DISCRÉTION, RÉSERVE.

Discrétion regarde autrui; c'est une sorte de prudence et de modération. Discernement fait discrétion. Crainte, prévoyance , font réserve, et le tout fait prudence.

Discrétion fait que le plus souvent on se contient; réserve, qu'on s'abstient. On peut être trop réservé, on ne peut guère être trop discret ; il est plus facile d'être réservé que discret, de se taire que de ne dire que ce qu'il faut.

Discrétion, de discetnere, discerner, voir l'objet, le démêler , le saisir. C'est cette sorte de discernement qui sert à régler nos actions et nos discours. C'est la science des égards et de la conduite ; il n'est jamais pris en mauvaise part, même l'excès.

La discrétion consiste non-seulement à garder votre propre secret et celui d'autrui, mais à ne dire, n'entendre et ne faire que ce qu'il faut. Un zèle sans prudence n'est plus qu'indiscrétion; si l'homme discret ne trahit pas la vérité, souvent il ne la dit pas toute. La discrétion, en ce qui nous regarde personnellement, n'est que l'attention à nos intérêts, c'est esprit; elle est vertu quand elle est pour les autres.

w Réserve, du lat. reservare, rem servare, conserver la chose, mot-à-mot l'observer, la garder en réserve; c'est cette sorte de prudence qui ne vous permet pas de vous éloigner, de dépasser le point où vous êtes. L'homme discret sait ce qu'il peut dire, l'homme réservé, ce qu'il doit taire. L'un discerne les objets, l'autre ne les perd pas de vue. ( R. )


578. DISERT, ÉLOQUENT Ces deux termes caractérisent également un discours d'apparat. Le discours disert est facile, clair, pur, élégant et même brillant; mais il est faible et sans feu : le discours éloquent est vif animé, persuasif, touchant; il émeut: il élève l'ame; il la maîtrise.

1 Ces épithètes se donnent également aux personnes et pour les mêmes raisons. Supposez à un homme disert du nerf dans l'expression, de l'élévation dans les pensées, de la chaleur dans les mouvemens, vous en ferez un homme éloquent. (B. )

L'abbé d'Olivet dit (Bist. de l'Acad. fr. t. II.) que « M.

Cuteau de la Chambre, curé de Saint-Barthélemi, avait la mémoire prompte à retenir quand il apprenait par cœur, mais lente à lui rendre ses mots quand il déclamait; ainsi sa prononciation était sans force et sans grâce. Mais ce défaut n'avait lieu que dans ses discours d'apparat. Hors de là et pour les prônes qu'il faisait dans son église, il ne s'assujétissait point à sa mémoire : après s'être rempli du sujet qu'il voulait traiter, il se livrait à son talent qui était admirable pour le pathétique : un cœur facile à s'émouvoir lui fournissait abondamment ces grandes figures, ces tours animés qui sont les armes de la persuasion. Quand donc il récitait un discours fait à loisir, on l'admirait froidement; il n'y était que disert: et quand il faisait un prône sur-le-champ, on était près d'en venir aux larmes, il y était éloquent » -' 370. DISPUTE, ALTERCATION, CONTESTATION , DÉBAT.

Dispute se dit ordinairement d'une conversation entre deux personnes qui diffèrent d'avis sur une même matière; et elle se nomme altercation lorsqu'il s'y mêle de l'aigreur. Contestation se dit d'une dispute entre plusieurs personnes considérables , sur un objet important, ou -entre deux particuliers, pour uncaffaire judiciaire. Dçbat est une contestation tumultueuse entre plusieurs personnes. - La dispute ne doit jamais dégénérer en altercation. Les fois de France et d'Angleterre sont en contestation sur tel article d'un traité. Il y a eu au concile de Trente, de grandes eontestations sur la résidence. Pierre et Jacques sont en contestation sur les limites de leurs terres. Le parlement d'Angleterre est sujet à de grands débats. ( Encycl, ) 580. DISTINCTION , DIVERSITÉ , SÉPARATION.

Ces termes supposent plusieurs objets, et expriment une relation qui tient à cette pluralité.

La distinction est opposée à l'identité, il n'y a point de éiflinction où il n'y a qu'un même être. La. diversité est op-


posée à la similitude ; il n'y a point de diversité entre des êtres absolument semblables. La séparation est opposée à l'unité; il n'y a point de séparation entre des êtres qui en constituent un seul.

Il y a distinction entre l'ame et le corps, puisque ce sont deux substances différentes, et non la même; il y a aussi diversité, puisque la nature de l'un ne ressemble point à la nature de l'autre : mais pendant la vie de l'homme, il n'y a point de séparation, puisque leur union constitue l'individu.

Un auteur moderne a cité comme deux ouvrages différens celui de la Justesse de ta langue française, et les Synonymes * Jrançais de l'abbé GIRARD; mais c'est le même ouvrage, sous deux noms différens, et il n'y a point de distinction. Cependant il y a diversité, parce que ce sont deux éditions du même livre,' très - éloignées d'être semblables. Le second volume qu'on ajoute à celle-ci est nécessai rement distingué du premier, puisqu'ils ne sont pas de la même main, ni le même volume ; l'éditeur voudrait bien que l'on n'aperçût pas la diversité dans IQ composition, et surtout par rapport aux articles qui sont de lui; mais il sera content, si le public éclairé juge qu'on ne doit point séparer l'un de l'autre. (B.) 581. DISTINGUER, SÉPARER.

On distingue ce qu'on ne veut pas confondre ; on sépare ce "•u'on veut éloigner.

Les idées qu'on se fait des choses, les qualités qu'on leur attribue, les égards qu'on a pour elles, et les marques qu'on leur attache, ou dont on les désigne, servent à les distinguer.

L'arrangement, la place, le temps et le lieu servent à les séparer.

Vouloir trop se distinguer des personnes avec qui nous devons vivre, c'est leur donner occasion de se séparer de nous.

La différence des modes et du langage distingue plus les nations que celles des mœurs. L'absence sépare les amis sans en désunir le cœur. ,

Je n'oserais dire la même chose des amans; et c'est à l'é-

gard fie ceux-ci qu'on dit que les absens ont tort. (G.) 382. DISTINGUER, DISCERNER, DÉMÊLER.

Du primitif lin (jour, lumière), mot commun aux langue de l'Orient et à celles de l'Occident, et quelquefois changé en iiiig, etc., les Latins ont formé tingere, teindre, mettre de la couleur, donner"un éclat, et dislingere, distinguer, mettre une couleur particulière, mettre de la différence, faire une différence.

De la racine cer, enfermer dans une enceinte, les Latins


ont fait cerno, cerner tout autour, couper en rond, séparer de toute autre chose ; ainsi que voir, juger, montrer la chose de manière qu'elle ne soit pas confondue avec toute autre chose voisine, dans le sens du grec xflvCIJ et àiscernere, diviser, séparer une chose de tout ce qui en approche le plus, reconnaître, découvrir les signes qui empêchent de la confondre avec une autre chose.

> Demesc, mêler, mélange, parmi, entre; mot celte, oriental, grec, les Latins ont fait miscere, les Français mêler ; et nous avons dit, par opposition ou par extraction , démêler, défaire le mélange, éclaircir les choses embrouillées, mettre chaque chose à part, à sa place, en ordre.

Vous distinguez un objet par les apparences ; et lorsque vous avez assez de lumières pour le reconnaître , vous le discernez à ses signes exclusifs; et lorsque vous le distinguez de :out autre objet avec lequel il pourrait être confondu , vous e démêlez à des signes particuliers qui le distinguent dans a foule des objets avec lesquels il se trouve confusément mêlé.

F Dans l'obscurité ou dans l'éloignement, vous ne distinguez )as un objet ; vous ne distinguez pas si c'est un rocher ou un mage, un homme ou un animal, - du noir ou du brun : les raits de l'objet ne sont pas assez sensibles. Avec les mêmes tpparences, sous le même aspect, vous ne discernez point un )bjet d'un autre ; vous ne discernez point le similor de l'or , ine copie d'un original : les traits de l'objet sont trop équivoques. Dans la confusion, au milieu du désordre , vous ne lémêlez pas les objets : vous ne démêlerez pas les voix dans des ICclamations, les drogues dans une mixtion, les fils d'un fccheveau mêlé.

Il faut de la lumière , de l'intelligence, et une application :onvenable pour distinguer ; de la science, de la sagacité, de a critique pour discerner ; de l'habileté, du travail, un esprit l'ordre et d'analyse pour démêler.

Pour reconnaître les objets, il faut les avoir bien distingués.

Pour choisir entre des choses semblables, il faut savoir diseTller. Pour rétablir l'ordre des choses interverti, il faut les léméler.

A l'air d'une personne, on distingue, selon Mallebranche, 'estime qu'elle fait d'elle-même, ainsi que ses desseins sur 'estime des autres : le caractère de la personne bien connu, vous discernez les motifs de ses actions, comme à l'œuvre on liscerne la main de l'ouvrier ; sous quelque déguisement m'elle se travestisse , on la démêle ; le masque dont elle se couvre est comme une glace qu'elle aurait mise devant son portrait. (R.)


583. DISTRAIRE, DÉTOURNER, DIVFBTIR.

Distraire, lat. distrahere, tirer dans un sens, retirer de, attirer ailleurs. Détourner, tourner hors, hors de , donner tfn autre tour, changer le sens. Divertir, du vieux français vertit lat. vertere, tourner diversement, diriger vers un autre but, faire changer d'objet.

Il est sensible que l'action de distraire est plus faible, plus douce , plus légère que celle de détourner ou de divertir. Distraire n'exprime qu'une simple séparation , un déplacement, et même un dérangement ; tandis que détourner et divertir marquent une vraie révolution, un tout autre aspect, des changemens divers. Il est constant, par les mêmes applications et les acceptions différentes de divertir, qu'il marque im plus grand changement, une plus grande différence, un plus grand effet que détourner, puisqu'il se prend aussi pour enlever , dissiper, amuser, occuper ou employer entièrement d'une autre manière.

Au physique, on dira distraire , détourner, divertir des deniers, des papiers, des effets, etc. On tesdistrait en les ôtanl de leur place, en les séparant du reste, en les mettant à part; on les détourne en les mettant hors de portée, à l'écart, en les éloignant de leur voie ou de leur destination, en les employant à un autre dessein ; on les divertit en les supprimant, en se les appropriant, en les dissipant.

Rigoureusement parlant, on distrait la chose qu'on tire de sa place, d'une place où elle était fixée dans un état de repos, On détourne la chose qui avait un cours, pour lui cil donnei un autre, comme les humeurs du corps , le cours d'une rivière , etc. On divertit la chose qui avait une destination et un emploi particulier, et on la dérobe à cet emploi, on la soustrait , on frustre ceux qui en doivent profiter.

Au figuré, nous disons distraire, détourner, divertir d'un travail, d'une occupation, d'une entreprise , d'un dessein , etc.

Il suffit d'interrompre l'attention de quelqu'un pour le distraire de son travail : il faut l'occuper, du moins pendant un temps, d'autre chose pour l'en détourner; il faudrait le lui faire oublier ou abandonner, en l'occupant de toute autre chose pour l'en divertir.

Celui qui n'est que distrait est encore plein de sa chose, en pensant à un autre; il y reviendra bientôt. Celui qui est détourné n'est plus à sa chose ; mais, quoique une autre chose le tienne, il pourra facilement y revenir. Celui qui est diverti estloin de la chose; il est tout à une autre, il ne songe plus 4 son objet.

Une cause légère distrait; une cause forte, une sollicitation


importune , détournent ; des objets attrayans , des raisons dé' terminantes, divertissent.

L'esprit, naturellement inconstant et léger, se distrait de lui-même, s'il n'est fortement appliqué. Un homme curieux se détourne facilement dès qu'un nouvel objet le frappe: il porte et fixe sur lui son attention avide. Celui qui fait una chose avec la moitié de son esprit, ou sans être bien occupé , est bientôt diverti par le premier objet agréable qui peut rem-

plir son esprit tout entier.

Distraire convient bien lorsqu'il ne s'agit que d'une simple application de l'esprit ; d'un travail facile, de soucis légers, dont on se détache aisément. Détourner convient parfaitement lorsqu'il s'agit d'une grande occupation, d'une préoccupation forte, d'une résolution ferme à laquelle en ne renonce qu'avec une grande peine et comme par violence.

Divertir convient singulièrement lorsqu'il s'agit d'un état pénible, d'un profonde douleur, d'une mélancolie à laquelle in veut donner le change ou du relâche par des pensers doux 3t agréables.

Vous pouvez distraire d'un dessein une personne qui ne ait qu'y songer; vous l'en détacherez peu à peu. Vous devez iètoumer d'un mauvais dessein celui qui a résolu de l'exécu;er ; il faut qu'il l'abandonne tout-à-fait. Il faudrait divertir 'homme plein de tristes pensées ; mais vous ne pouvez guère lue l'en distraire insensiblement.

La vie de certaines gens n'est qu'une continuelle distraction; 1 n'est pas à craindre de les détourner y que font-ils ? ils ont ians cesse besoin d'être divertis, ils s'ennuient de tout comme reux-memes.

La distraction est à l'esprit ce que le repos est au corps. Une ète forte et indépendante ressemble à la nature , que vous ne lètournez de son cours qu'en l'assujétissant à ses propres loise jes perfides libéralités qui abusent les peuples, et ces jeut, xruyans qui les divertissent de la considération et du sentie lient de leurs maux, sont les présens d'un ennemi et les séluctions de la tyrannie.

i- L'amusement est bon lorsqu'il ne fait que distraire à pro)os, sans détourner du devoir, et sans divertir des soins iinwrtans. (R.) !

h, 584. DIVISER, PARTAGER.

* « L'un et l'autre de ces mots signifient que d'un tout on en ait plusieurs parties: mais celui de diviser ne marque précisénent que la désunion du tout pour former de simples parties ; st celui de partage r, outre celle désunion de tout. a de plus un :ertain rapport à l'union propre de chaque partie, pour en ormer de nouveaux tous particuliers.. - -

P


«La différence désintérêts divise les princes; celle des opinions partage les peuples.

: « On divise le tout en ses parties ; on le partage en ses parts * ni portions. Voilà pourquoi l'on dit diviser un cercle, partager un héritage. » (G.)

Diviser, du mot latin dividere, séparer les parties d'un tout.

Partager vient de partes agere, faire des parts ou portions.

L'abbé Girard a bien saisi la différence de ces deux- mots dans le sens propre. La division annonce in distribution d'un tout ou de plusieurs choses unies, en parties différentes, pour être mises ou seulement considérées à part. Le partage annonce la distribution d'un tout en tous ou en objets particuliers , pour être détachés et employés séparément. Le partage suppose la division, et va plus loin.

On divise l'année en mois, les mois en jours, la sphère en cercles, le cercle en degrés; et cette division n'est souvent qu'idéale. On partage le pain entre les convives, un héritage entre les cohéritiers, les bénéfices entre les intéressés, le bu tin entre les associés, etc. Le partage est réel, et la portion de chacun devient indépendante des autres.

Un orateur divise son discours en plusieurs points pour considérer une vérité sous divers rapports, et ces points sont liés les uns aux autres. Des puissances se partagent entre elles un pays hors d'état de se défendre ? pour en augmenter leur. empire, et chaque partie forme un corps indépendant des autres.

La terre n'était autrefois idéalement divisée qu'en trois grandes parties, qui tenaient pourtant l'une à l'autre. Les fleuves et les chaines de montagnes la partagent réellement en masses différentes, entre lesquelles on voit une certaine solution de continuité.

Le géomètre travaille à diviser géométriquement un angle en trois parties égales. Le peuple de Home poursuivit le partage des terres jusqu'à la ruine de la république. •« Vous divisez une somme en plusieurs sommes particulières.

Vous partagez vos secours entre les malheureux qui en sont le plus dignes.

Alexandre conquit le monde et ne forma pas un empire tout était divisé , rien n'était uni dans ses conquêtes : à sa mort, partagées entre ses capitaines comme des dépouilles, elles firent plusieurs grands rois.

C'est une question de savoir si la méthode moderne de diviser et de sous-diviser un discours oratoire est préférable à celle des anciens. Il semble en général qu'elle convient à l'instruction et nuit à l'éloquence ; ce qui fait dépendre le choix de l'effet qu'on se propose. C'est une question de savoir corna


nient les Francs partagèrent entre eux les terre\; de leurs conluêtes. Il est très-probable que l'armée victorieuse s'attribua seulement les domaines particuliers des Romains tués , pris m mis en fuite dans les combats , suivant la maxime assez rommiuie chez les barbares de cette époque, que le bien doit suivre le sort de la personne.

Au moral. ces mots ne conservent pas exactement les nèmes rapports distinctifs. La division indique alors la mésntelligence et l'opposition entre les personnes et les ch()es, Le partage n'emporte que la différence ou la.diversité.

Des esprits divisés sechoquent les uns les autres ; des esprits mrtagés s'élognent les uns des autres. Avec des vues croisées, )n se divise ; avec des vues diverses on se partage. Des préentions contraires nous divisent, des goûts différens nous Partagent.

Il y a partage dès qu'on est deux. Une poule survient, et il t a division entre les deux coqs.

Un conseil partagé ne sait pas résoudre, un conseil divisé te fail que troubler.

583. DIVORCE , RÉPUDIATION.

Divorce, lat. Divortium, exprime naturellement l'action )ropre du verbe divertere, divertir, tourner dans un autre ;ens, diviser, sépirer. Hépudiatioll, latin répudiation exprime 'action propre du verbe repucliare, l'épmher, rejeter, l'en..

royer; racine pud, bud, demeure , habitation ; d'où apud 1 :hez, dans la maison ; et repud, dehors, hors de la maison.

\.insi répudier est littéralement mettre hors de la maison, lomme le put auay des Anglais.

Ces mots sont employés à designer la rupture, la dissoution du mariage. Le divorce est proprement la séparation de leux époux; la répudiation , le renvoi de l'un par l'autre.

« Il y a (dit l'auteur de Y Esprit des Lois , liv. 16, c. 45), ette différence entre le divorce et la répudiation , que le divorce se fait par un consentement mutuel, à l'occasion d'une ncompalibilité mutuelle ; au lieu que la répudiation se fait )ar la volonté, pour l'avantage d'une des deux parties, indéîendamment de la volonté et de l'avantage de l'autre. » (R.) 586. DIURNE, QUOTIDIEN ; JOURNALIER.

Ces trois mots désignent tous un rapport à tous les jours, mais sous des aspects assez différens pour ne devoir pas être confondus.

Ce qui est diurne revient régulièrement chaque jour et en occupe toute la durée , soit qu'on entende par-là une révolution entière de vingt-quatre heures, suit qu'on ne désigne


que la partie tic celte révolution que le soleil ou toute aut étoile est sur l'horizon.

■' Ce qui est quotidien revient chaque jour, mais sans t occuper toute la durée, et sans autre régularité que celle e retour.

Ce qui est journalier se répète comme les jours, mais var 1 de même ; il peut en occuper, ou n'en pas occuper toute i « durée. Diurne est un terme didactique , parce qu'il n'appartiei qu'aux sciences rigoureuses d'apprécier les objets avec l'exa( titude que comporte la signification totale de ce mot. Ain 1 l'on dit en astronomie la révolution diurne de la terre, poi désigner sa révolution autour de son axe en vingt-quati heures.

Quotidien est un terme du langage commun, mais consacr à caractériser ce qui ne manque pas de recommencer chaqu tour, quoique accidentellement. C'est pdur cela que, dan 'Oraison dominicale , il est mieux de dire notre pain quoti ctien, que de dire notre pain de chaque jour , parce que no besoins, soit temporels, soit spirituels, renaissent en effe tous les jours ; « El pour marque, dit le P. Bouhours (4), qui le pain quotidien est une expression consacrée , c'est qu'elle passé en proverbe , pour exprimer une chose ordinaire ; c'es dit-on. son pain quotidien. » On appelle aussi fièvre quoti dienne une espèce de fièvre intermittente qui vient et cesa tous les jours, et suivie de quelques heures d'intermission.

Journalier.appartient absolument au langage commun, el

s'applique à toutes les autres choses qui se - repètent tous les ] jours avec des variations accidentelles. Ainsi l'on dit, l'expérience journalière, des occupations journalières, un travail journalier, pour marquer une expérience, des occupations, un travail, qui recommencent chaque jour; et l'on ne pour* rait pas y employer les termes de diurne ou de quotidien, qui excluraient l'idée de variation. Cette idée est si propre au mol journalier, qu'il s'emploie même pour la marquer uniquement; et nous disons une humeur journalière, les armes sont jourflalières, pour dire, une humeur changeante, les armes sont Sujettes à des variations. Quelquefois on dit journalier pour diurne, parce ce que l'on fait abstraction de la régularité; le mouvement journalier du ciel: mais on ne peut jamais dire journalier pour quotidien.

Le père Bouhours traite de bizarreries difficiles à expliquer, ces distinctions dont il me semble que je viens de rendre raison. Combien de fois les grammairiens ont-ils regardé comme des caprices déraisonnables de l'usage, des expressions

Ci) Remarques nouv. sur la langue française.


rès-fines dont ils n'apercevaient pas-ie fondement ! L'usage st plus éclairé qu'on ne pense. (B.) 581. DOCTE, DOCTEUR.

Flre docte , c'est être véritablement savant et habile ; être octeur c'est non seulement être habile homme , mais avoir onné de sa science certaines preuves par lesquelles on ait btenu ce titre.

Il faut néanmoins avouer que, depuis quelques années, on mis une autre différence entre ces deux mots, et qu'aujour'hui le mot de docteur est fort au-dessous de celui de docte : e qui est venu de ce que, dans un grand nombre d'habiles ens qui avaient ce degré, quelques-uns, ne soutenant pas leur om par leur science, se sont trouvés docteurs sans être doctes.

ela suffira pour ravaler un titre si beau; car c'est un vice qu'oa e guérira jamais, de juger du particulier en général dans les iiosesdésavantageuses. (Andry de Boisregard ; Réflexions sur ttsage present de la langue française , tome 1. (4)

588. DON, PRÉSENT.

La différence caractéristique de ces mots, quoique trèsnsible , n'a pas été mieux saisie par nos synonymistes, que e l'a été par les synonymistes latins celle de donum et de lunus. Ils sont tombés, les uns à la suite des autres, dans les lêmes méprises.

« Ces mots (dit M. d'Alembert dans l'Encyclopédie), signient ce qu'on donne à quelqu'un sans y être obligé. Le résent est moins considérable que le don. » M. Beauzée pense ue la première et principale différence des deux termes conste en effet dans cette proportion. Calepin avait dit que doUni. le don, s'applique aux choses plus considérables; et lunus, le présent, aux choses moins importantes.

Cetlesupposition me paraît gratuite; il y a des présens riches t magnifiques, et desdons modiques et légers. Un présent de ent mille écus, ou d'un écrin de diamans, est certes plus onsidérable que le doit d'une chaumière ou d'un quartier de srre.

M. d'Alembert ajoute que le présent se fait à des personnes noins considérables, excepté quand il s'agit de Dieu. M. Beauée juge que cette qualité n'est point essentielle au présent, et î pense comme lui.

M. d'Alembert dit lui-même que les princes se font mu.

uellement des présens par leurs ambassadeurs : il n'y a point i inégalité de personnes. Il convient qu'on dit les dons de

(t) Sur docte et docteur, voyez LA BRUYÈRE, Caract, ch. 2.


Dieu, les dons du Saint-Esprit: il ne peut y avoir une p! ,

grande infériorité dans celui à qui le don est fait.

Les rois et leurs sujets , les seigneurs et leurs vassaux , grands et les petits , se font également des dons et des prése les uns aux autres.

M. Beauzée pense que les véritables objets du don se ceux dont on transporte la propriété sans les déplacer; et objets du présent, ceux qu'on déplace pour en transporter propriété.

L'étymologie éclaircira le sens propre de ces termes ;, leur différence.

Don, dan, ihan, mot commun aux Hébreux, aux Celte aux Grecs, aux Latins, etc., exprime l'action de donner gr tuitement, ou la chose gratuitement donnée, par opposition ce qu'on donne pour prix, pour salaire, pour acquit, à tit onéreux. Présent signifie le don présent; ce qu'on présente < don, ce qu'on donne de la main à la main; prœsens quod ma) datur, dit quelque part Cicéron, par opposition à tout aut; don fait d'une autre manière. On a dit présent, pour un dt présent ou présenté, comme on dit le présent, au lieu t temps présent. Il en est de même du munus des Latins, qui manu datur ; car ce mot vient certainement de man, maij Pline, 1.55, c. 19, dit que les dons s'appellent munera lor qu'ils se donnent de la main. La loi 18, ff. de verb. signij distingue munus du présent, en disant que les dons sont fai par les absens, les munera envoyés, et les présens offerts ( d cuntur.:. prœsentia offerri). La signification propre du ml présent n'est donc plus douteuse. L'abbé Girard l'indiqua sans y songer, en disant que le mot donner marque plus pai faitement l'acte de volonté qui transporte actuellement la pre priété de la chose; fet que présenter désigne proprement l'at tion extérieure de la main ou du geste, pour livrer la chos dont on veut transporter la propriété ou l'usage.

Dans l'Orient, on n'aborde les princes que les mains chai gées de présens.

On fait des présens de noces; on présente une corbeille. L( époux futurs se font des dons mutuels par contrats; ils s'assi rent l'un à l'autre, pour l'avenir, des propriétés.

On fait don de son cœur, et on n'en fait pas présent; car o; cède l'empire sans livrer la chose.

L'usage de faire, à la nouvelle année, des présens à se proches, à ses amis, à ses patrons, etc., est si ancien et si gé néral, qu'il semble inspiré par la nature pour resserrer le liens d'une société intime. L'usage de faire , en mourant, de dons de toute espèce aux églises, devint autrefois si général e si sacré en France, qu'on en fit une des conditions nécessaire à la validité des testamens.


Les petits prcscns, dit le proverbe, entretiennent l'amitié; s dons immodérés , dit un ancien, font d'insolens ingrats. Puisque le don a pour but particulier t'avantage de celui à i on le fait, on fait plutôt don de choses utiles, puisque le ";,'ient est plutôt offert par le désir de plaire à la personne i l'agrée, on fait plutôt présent de choses agréables. Ainsi, us direz plutôt les dons de Cérès et les présens de Flore, vant la remarque de M. d'Alembert. Vous direz, eu égard utilité, 0 don du ciel 1 prévoyante sagesse! et vous dites, égard à l'agrément, présent du ciel 1 6 divine amitiet is ce n'est pas à dire, comme on l'ajoute, que le don soit lui-même d'une nécessité absolue, et le présent de pur èment.

Tous ces divers rapports accessoires, secondaires, accideni, sont et doivent toujours être, dans le langage, subordonà l'idée propre et primitive des termes; et c'est par cette e capitale qu'il faut juger de la régularité de leurs applicaîs. (R.) t 589. DONNER, PRÉSENTER, OFFRIR.

Jidée du don est le fondement essentiel et commun qui d synonyme, en beaucoup d'occasions, ia signification de L mots : mais donner est plus familier; présenter est toujours pectueux; offrir est quelquefois religieux. Nous donnons : domestiques; nous présentons aux princes ; nous offrons ieu.

)n donne à une personne, afin qu'elle reçoive ; on lui prê,te, afin qu'elle agrée; on lui offre, afin qu'elle accepte.

ous ne pouvons donner que ce qui est à nous ; offrir que lui est en notre pouvoir : mais nous présentons quelquefois lui n'est ni à nous ni en notre puissance, donner marque plus positivement l'acte de volonté, qui iisporte actuellement la propriété de la chose. Présenter ligne proprement l'action extérieure de la main ou du geste, iir livrer la chose dont on veut transporter la propriété on age. Offrir exprime particulièrement le mouvement dr îr qui tend à ce transport. Ainsi la valeur des deux der i rs mots a plus de rapport à la partie préliminaire du don 1 elle du premier en a davantage à ce qui rend cet acte pleinent exécuté : c'est pourquoi l'on peut fort bien dire qu'on isente en donnant, et qu'on offre pour donner ; mais on ne [t changer l'ordre de ce sens.

,es biens, le cœur, l'estime, se donnent. Les respects, le

fIn Îîcnit, les cahiers des états ou des délibérations se pré- i tent. Les services personnels s'offrent.

e n'est pas toujours la libéralité qui fait donner, l'intérêt , quelquefois beaucoup de nart. Ja manière de présenter


peut être plus agréable que le don même de la chose. On of plus souvent par pure politesse que par affection de cœur. (( 590. DOULEUR, CHAGRIN; TRISTESSE, AFFLICTION.

DÉSOLATION.

Ces mots désignent en général la situation d'une ame ( souffre. Douleur se dit également des sensations désagréab du corps et des peines de l'esprit ou du cœur : les quatre auti ne se disent que de ces dernières.

De plus, tristesse diffère de chagrin, en ce que le chag) peut être intérieur, et que la tristesse se laisse voir au deho La tristesse d'ailleurs peut être dans le caractère ou dans disposition habituelle, sans aucun sujet, et le chagrin a te jours un sujet particulier.

L'idée d'affliction ajoute à celle de tristesse ; celle de do leur, à celle d'affliction-et celle de désolation, à celle douleur.

Chagrin, tristesse et affliction, ne se disent guère en pf lant de la douleur d'un peuple entier, surtout le premier ces mots. Affliction et désolation ne se disent guère en p( sie, quoique affligé et désolé s'y disent très-bien. Chagrin, poésie, surtout lorsqu'il est au pluriel, signifie plutôt i quiétude et souci, que tristesse apparente ou cachée. (Encyt IV, 82.) 594DOULEUR, MAL.

Dans quelque sens qu'on prenne ces mots, le plaisir est to jours l'opposé de la douleur comme le bien l'est du mal ; m, ils ne sont proprement synonymes que dans le sens où ils ma quent une sorte de sensation disgracieuse qui fait souffrir; alors la douleur dit quelque chose de plus vif, qui s'adres précisément à la sensibilité ; le mal dit quelque chose < plus générique, qui s'adresse également à la sensibilité et Misante.

La douleur est souvent regardée comme l'effet du mal, j mais comme la cause. On dit de celle-là, qu'elle est aiguë ; < l'autre qu'il est violent. On dit aussi, par sentence philosi phique, que la mort n'est jamais un mal, mais que la doulet en est un. (G.) 592. DOUTEUX, INCERTAIN, IRRÉSOLU.

Ces trois termes marquent également l'état de suspension a d'équilibre dans lequel se trouve l'ame à l'égard des objel

qui fixent son attention.

Le doute vient de l'insuffisance des preuves, ou de t'inéga , li^ de vraisemblance entre les preuves pour et contre ; l'incer - titnde, du défaut de lumières nécessaires pour se décider; e


rrésohition, du défaut des motifs d'intérêt, ou de l'égalité ? :s motifs opposés.

Le doute produit l'incertitude ; et tous deux concernent l'esit, qui a besoin d'être éclairé : l'irrésolution concerne le eur, qui a besoin d'être touché. (B.) Douteux ne se dit que des cnoses ; incertain se dit des chos et des personnes; irrésolu ne se dit que des personnes; il arque de plus une disposition habituelle, et tient au caracre.

Le sage doit être incertain à l'égard des opinions douteuses, ne doit jamais être irrésolu dans sa conduite. On dit d'un it légèrement avancé, qu'il est douteux; et d'un bonheur gèrement espéré, qu'il est incertain : ainsi incertain se rapIrte à l'avenir, et douteux au passé ou au présent. (Enci, V, 90.) 595. DROIT, DEBOUT.

On est droit lorsqu'on n'est ni courbé m penché. On est bout lorsqu'on est sur ses pieds.

La bonne grace veut qu'on se tienne droit. Le respect fait lelquefois tenir debQut. (G.) 594. DROIT , JUSTICE.

Le droit est l'objet de la justice ; c'est ce qui est dû à chacun.

l justice est la conformité des actions avec le droit. c'est ndre et conserver à chacun ce qui lui est dû. Le premier est cté par la nature, ou établi par l'autorité, soit divine, soit jmaine; il peut quelquefois changer selon les circonstances: seconde est la règle qu'il faut toujours suivre ; elle ne vari^ mais.

Ce n'est pas aller contre les lois de la justice que de souter et défendre ses droits par les mêmes moyens dont on se rt pour les attaquer. (G.) 595. DROIT CANON, DROIT CANONIQUE.

Messieurs de Port-Royal, contre l'usage généraf de dire roit canon, hasardèrent droit canonique, appuyés par l'usage 3 dire en latin, jus canonicum.

C'est l'usage seul qu'on pourrait opposer aux novateurs, ir le changement était en lui-même plausible et régulier t roit canon est une locution étrange. Canon est substantif; or, est contre la règle qu'un substantif s'accole à un autre pour lire l'office d'adjectif.

Les constitutions ecclésiastiques, ou les décisions légitimes es conciles. des papes, en fait de moraie et de discipline, s'apelèrent canons, mot gree qui signifie règle. Un recueil de es institutions était intitulé Canons ou Canonts. Jamais les


pères de l'Église et les anciens docteurs ne joignirent au mo

canon celui de droit, ou plutôt celui de jus, parce qu'il em porte avec lui une idée de commandement, de contrainte, d coaction ; et que, sous, cet aspect, il ne leur paraissait pas con venir à l'esprit de l'Eglise, qui cherche à persuader par 1 douceur. Denis le Petit osa, dit on, le premier, dans le sixièm siècle, allier le nom de droit avec celui de canon, lorsqu'il pu blia sa collection de canons et de lettres des papes. L'usag d'appeler canon ce genre de règle fit ensuite dire, contre le règles grammaticales, droit canon.

Ainsi, le droit canon est proprement le droit appelé ou inti tulé canon. Cette explication lève l'irrégularité apparente dt la locution. Le droit canonique est l'espèce particulière d< -droit résultant des canons : canonique signifie qui appartien aux canons.

Le droit canon est le corps, le code, la législation même d& canons : le droit canonique est le sujet traité, la matièn éclaircie, la chose établie par les canons. Le droit canon,. c'esi ce qui règle, ordonne : le droit canonique, c'est ce qui est ré glé, ordonné. Le premier est ce qui nous impose le devoir; lt second, le devoir qui nous est imposé. Vous décidez par 1( droit canon une question de droit canonique. Ce qui est canonique a rapport à la loi, et le canon est la loi elle-même.

On dira le droit canon lorsqu'il s'agira de la chose, du droit, de l'autorité, de la science en général : on dira le droit canonique lorsqu'il s'agira de particularités, de détails, de recherches , de discussions, de considérations relatives à ce droit. (R.) 396. DURABLB, CONSTANT.

Ce qui est durable ne cesse point ; il est ferme par sa solidité. Ce qui est constant ne change pas ; il est ferme par sa résolution.

Il n'est point de liaisons durables entre les hommes, si elles ne sont fondées sur le mérite et sur la vertu. De toutes les passions, l'amour est celle qui se pique le plus d'être constante, et qui l'est moins. (G.) 397. DORANT, PENDANT.

* Ces deux prépositions ont pour idée accessoire le temps.

C'est par ce moyen qu'elies rapprochent ies choses, en ie ieur rendant commun, et les faisant arriver ensemble ; avec cette différence que durant exprime un temps de durée, et qui s'adapte dans toute son étendue à la chose à laquelle on le joint; que pendant ne fait entendre qu'un temps d'époque, qu'on n'unit pas dans toute son étendue, mais seulement dans quelqu'une de ses parties.


Les ennemis se sont cantonnés durant la campagne. La nrmi fait pendant l'été les provisions dont elle a besoin pen1 nt l'hiver. (Frais princ., Disc. XI.) (G.) 398. DURÉE, TEMPS.

Ces mots diffèrent en ce que la durée se rapporte aux cho- s, et le temps aux personnes. On dit la durée d'une action, lie temps qu'on met à la faire.

La durée a aussi rapport au commencement et à la fin de l elque chose, et désigne l'espace écoulé entre ce commencent et cette fin ; et le temps désigne seulement quelque part de cet espace, ou désigne cet espace d'une manière vague. *

tfi dit aussi, en parlant d'un prince, que la durée de son règne té de tant d'années, et qu'il est arrivé tel événement penlit le temps de son règne; que la durée de son règne a été urte, et que le temps en a été heureux pour ses sujets. (En..

i., v. no.) E.

599. ÉBAHI, ÉBAUBI, ÉMERVEILLE y STUPÉFAIT.

es termes sont familiers ; ébaubi est même populaire et ux S'ils expriment énergiquement divers genres de surses, faut-il les dédaigner ? La Fontaine et Molière s'en acnmodèrent.

Çous sommes ébahis par la surprise qui nous fait tenir la j tche béante, comme il arrive aux enfans et aux badauds, c l'air de l'enfance ou de l'ignorance prompte à admirer.

us sommes ébaubis par une surprise qui nous étourdit, nous oncerte, nous laisse à peine balbutier, et nous tient comme pendus dans le doute. Nous sommes émerveillés par une prise qui nous attache avec une espèce de charme, ou avec : vive satisfaction , à la considération d'un objet qui nous ait merveilleux, prodigieux, supérieur à notre intelligence, us sommes stupéfaits par une surprise qui nous rend imbiles, semble nous ôter l'usage de l'esprit et des sens, oame si nous étions stupides. (R.) 400. ÉBAUCHE, ESQUISSE.

'ermes techniques , qui annoncent l'un et l'autre quelque se de préliminaire et d'imparfait, qui tend à l'exécution n ouvrage. (R.) Jébauche est la première forme qu'on a donnée à un ouge : l'esquisse n'est qu'un modèle incorrect de l'ouvrage - me, qu'on a tracé légèrement, qui ne contient que l'esprit i l'ouvrage qu'on se propose d'exécuter, et qui ne montre it connaisseurs que la pensée de l'ouvrier.


Donnez à l'esquisse toute la perfection possible, et vous ferez un modèle achevé : donnez à l'ébauche toute la perf tion possible, et l'ouvrage même sera fini.

Ainsi quand on dit d'un tableau , j'en ai vu l'esquisse, fait entendre qu'on en a vu le premier trait au crayon, qm peintre avait jeté sur le papier : et quand on dit, j'en ai l'ébauche, on fait entendre qu'on a vu le commencement son exécution en couleur, que le peintre avait formé su L toile.

D'ailleurs le mot d'esquisse ne s'emploie guère que d les arts où l'on parle du modèle de l'ouvrage; au lieu que ce d'ébauche est plus général, puisqu'il est applicable à tout, vrage commencé, et qui doit s'avancer de l'état d'ébauch celui de perfection. '-.

Esquisse dit toujours moins qu'ébauche; quoiqu'il soitpe être moins facile de juger de l'ouvrage sur l'ébauche que l'esquisse. (Encycl. V. 212.) 401. S'ÉBOULER, S'ÉCROULER.

L'idée commune de ces mots est de tomber en ruines, s'affaissant et en roulant. S'ébouler est, à la lettre, tomber roulant comme une boule. S'écrouler, est tomber en roull avec précipitation et fracas.

Une butte s'éboule en se partageant par mottes, qui to ient en roulant sur elles-mêmes comme des boules : un cher s'écroule en se brisant et roulant dans sa chute impétut sement et avec fracas. Les sables s'éboulent, les édifices i eroulent. Les jardins suspendusde Sémiramis (belle expressif pour dire desjardins en terrasse) se seraient écroulés : une tite terrasse mal liée s'éboulera. Un bastion de terre sabll

Deuse s'éboulera de lui-même : il faudra du canon pour qu' bastion solide et revêtu s'écroule.

Celui qui creuse sous terre, court risque d'y être ense' par des éboulemells. Celui qui bâtit sur des fondemens ti faibles, court risque d'être écrasé par l'écroulement de maison.

Si vous êtes assis sur un siège de gazon, que craignez Y( quand il s'éboulerait ? Mais si vous tournez autour d'une m< tagne volcanique, tremblez que les rochers ne (écroulent.

vérité morale serait-elle défigurée par ces emblèmes ? (R.) 402. ÉBULLITION, EFFERVESCENCE , FERMENTATION.

Ce sont trois termes techniques qui ne sont point entiè ment synonymes, quoiqu'on les confonde aisément. M. Ho1 berg est un des premiers qui en ait expliqué la différence, qui en ait fait l'exacte distinction. (Encycl. V , 216.) L'èbullition est le mouvement que prend un liquide <


bout sur le feu , et i. se dit, en chimie , de deux matières, qui, en se pénétrant, font paraitre des bulles d'air.

L'effervescence est le mouvement qui s'excite dans une liqueur, dans laquelle il se fait une combinaison de substances , telles que des acides qui se mêlent, et produisent ordinairement de la chaleur.

La fermentation est le mouvement interne qui s'excite de lui-même dans un liquide , par lequel ses parties se décomposent pour former un nouveau corps.

L'eau qui bout est en èbullition ; le fer dans l'eau-forte fait effervescence ; et la bière est en fermentation. (Diction. de lAcad. sous cet trois mots.) La raison pourquoi on a confondu ces trois actions sous le nom de fermentation, est que les fermentations s'échauffent ordinairement, en quoi elles ressemblent aux effervescences, et qu'elles sont presque toujours accompagnées de quelque gonflement, en quoi elles ressemblent aux ébullitioîîs. (Eiicycl.

V, 247.) Le mot èbullition s'emploie dans un autre sens physique, pour désigner cette maladie qui cause sur la peau des élevures ou taches rouges. C'est une métaphore fondée sur la ressemblance de ces élevures de la peau avec les bulles qui paraissent à la surface d'un liquide qui est en ébullition.

Les mots effervescence et fermentation s'emploient aussi dans un sens figuré , mais en passant du physique au moral.

L'effervescence se dit du zèle subit et général des esprits, pour quelque objet déterminé vers lequel ils se portent avec une espèce de chaleur. La fermentation se dit de la division des esprits et des prétentions opposées des partis.

Il en est au moral comme au physique : l'effervescence des esprits peut être sans fermentation : mais il n'y a point de fermentation dans les esprits sans quelque effervescence. (B.) 405. ÉCHANGER , TROQUER, PERMUTER.

Ces trois mots désignent l'action de donner une chose pour une autre, pourvu que l'une des choses données ne soit pas de l'argent ; car, en ce cas , il y a vente ou achat.

On échange les ratifications d'un traité ; on troque des marchandises ; on permute des bénéfices.

Echauger est du-style noble; troquer, du style ordinaire et fumilicr; permuter , du style de palais. (Ellcycl. V, 230.) On échange particulièrement des marchandises, et, en général, des valeurs; c'est proprement ce que le commerce fait, il échange. L'abbé Girard assure qu'échange se dit des terres: dfS personnes, de tout ce qui est biens-fonds, par exemple, des. Etats. des charges, des prisonniers : comme si on ne


le disait pas également des denrées, des ouvrages d'industrie, et de toutes les choses mobilières. On troque sans doute des marchandises, mais proprement des choses de service , des meubles , des effets , des bijoux, des chevaux, des ustensiles., comme l'abbé Girard l'a observé après l'Académie et tous les dictionnaires. Selon le dictionnaire du Commerce, le marchand dit qu'il a troqué une marchandise contre une autre , lorsqu'il n'y a point eu d'argent déboursé. On dit aussi acheter une marchandise partie fomptant, partie en troc ; c'est-à-dire partie en marchandise.

Ainsi le troc se fait en nature , il exclut l'argent. Le commerce avec les sauvages se fait par troc.

il n'y a point de difficultés quant aux mots permuter et permutation j ils ne se disent qu'en matière bénéficia le, des titres let biens ecclésiastiques.

Changer et échanger sont naturellement à l'égard de ces auots comme le genre à l'égard des espèces. Ainsi, on change nn lot contre un autre, des tableaux contre des meubles , un heval borgne contre un aveugle : alors ce mot veut dire frouer. On dit, perdre ou gagner au change, au troc, à l'échange, lau marché. (R.) 404. ÊTRE ÉCHAPPÉ , AVOIR ÉCHAPPÉ.

Ces deux expressions, que l'on pourrait croire synonymes, he le sont nullement. Etre échappé a un sens bien différent de celui d'avoir échappé : le premier désigne une chose faite par t'nadvertance ; le second , une chose non faite par inadverance ou par oubli.

Ce mot m'est échappé t c'est-à-dire, j'ai prononcé ce mot !$ans y prendre garde.

Ce que je voulais vous dire m'a échappé ; c'est-à-dire, j'ai oubliéde vous le dire ; ou , dans un autre sens , j'ai oublié ce Que je voulais vous dire. (Enrycl. Y , 254.) Ce n'est que relativement à la mémoire ou à l'attention Bue ces deux expressions ont une différence si marquée : car, ilans le sens propre , on dit indifféremment, selon le diction naire de l'Académie, de 4762, le cerf a échappé, ou est jéchappé aux chiens.

Je crois néanmoins que dans ce cas-là même il y a un choix à faire: que quand on dit, le cerf a échappé aux chiens, c'est pour faire entendre que les chiens ne l'ont point atteint ou aperçu , et que quand on dit, le cerf est échappé aux chiens, c'est pour faire entendre que les chiens l'ont vu et serré de près, mais qu'il s'est tiré du péril par agilité ou autret. (B.)


408. ÉCLAIRCIR, EXPLIQUER, DÉVELOPPER.

On èclaircit ce qui était obscur, parce que les idées y étaient mal présentées : on explique ce qui était difficile à entendre, parce que les idées n'étaient pas assez immédiatement ; déduites les unes des autres: ou développe ce qui renferme plusieurs idées réellement exprimées, mais d'un manière si serrée , qu'elles ne peuvent être saisies d'une coup d'œil.

(Encycl. V, 268.) Un livre qui a besoin d'éclaircissement, pour être mis à la portée des contemporains qui parlent la même langue, 'prouve par là même que l'auteur possédait mal ou sa langue ou sa matière.

Il y a telle proposition qui paraît un paradoxe, parce qu'on n'en voit pas la liaison avec les principes reçus; vient-elle à être expliquée, la chaine devient si sensible, qu'on est presque honteux de n'avoir pas prévu l'explication.

Une définition bien faite comprend si bien toutes les idées, qui constituent l'objet défini. qu'il ne s'agit plus que de la développer pour donner de cer objet une connaissance com- plète et entière.

Les éclaircissemens répandent de la clarté ; les explications facilitent l'intelligence ; les développemens étendent la connaissance.

- Dans un livre élémentaire, il ne faut point d'autres éclaircissemens que l'applicalion des principes généraux aux exemples et aux cas particuliers : ces principes doivent sortir si évidemment les uns des autres, que toute explication devienne inutile : l'exposition doit en être faite ayec tant de méthode , que les dernières leçons ne paraissent être et ne soient en effet que des développemens des premières. (B.) 406. ÉCLAIRÉ , CLAIRVOYANT.

L'homme éclairé ne se trompe pas ; il sait. Le clairvoyank ne se laisse pas tromper ; il distingue.

L'étude rend éclairé. L'esprit rend clairvoyant.

Un juge éclairé connaît la justice d'une cause ; il est instruit de la loi qui la favorise ou qui la condamne. Un juge clairvoyant pénètre les circonstances et la nature d'une cause ; il est d'abord au fait, et voit de quoi il est question. (G.) 407. ÉCLAIRÉ , CLAIRVOYANT, INSTRUIT , HOMME DE GÉNIE.

Termes relatifs aux lumières de l'esprit. Eclairé se dit deç lumières acquises. Clairvoyant, des lumières naturelles : ces deux qualités sont entre elles comme la-science et la pénétration. Il y a des occasions où toute la pénétration possible ne


suggère point le parti qu'il convient de prendre; alors ce n'est pas assez d'être clairvoyant, il faut être éclairé ; et réciproquement , il y a des circonstances où toute la science possible laisse dans l'incertitude; alors ce n'est pas assez d'être: éclairé, il faut être clairvoyant. Il faut être éclairé dans les matières de faits passas, de lois prescrites , et autres semblables, qui ne sont point abandonnées à notre conjecture; il faut être clairvoyant dans tous les cas où il s'agit de probabilité, et où la conjecture a lieu. L'homme éclairé sait ce qui s'est fait; l'homme clairvoyant devine ce qui se fera : l'un a beaucoup lu dans les livres , l'autre sait lire dans les têtes. L'homme éclairse décide par des autorités, l'homme clairvoyant par des raisons.

Il y a cette différence entre l'homme instruit et l'homme tclairé, que l'homme instruit connaît les choses , et que l'homme éclairé en fait encore une application convenable : mais ils ont de commun que les connaissances acquises sont toujours la base de leur mérite ; sans l'éducation, ils auraient été des hommes fort ordinaires; ce qu'on ne peut pas dire de l'homme clairvoyant.

Il y a mille hommes instruits pour un homme éclairé; cent îiommes éclairés pour un homme clairvoyant, et cent hommes dairvoyans pour un homme de génie.

L'homme de génie crée les choses, l'homme clairvoyant en [déduit les principes, l'homme éclairé en fait l'application : l'homme instruit n'ignore ni les choses créées, ni les lois qu'on en a déduites, ni les applications qu'on en a faites; il sait tout, mais il ne produit rien. (Encycl. V, 269.) 408. ÉCLAT, BRILLANT, LUSTRE. :

L'éclat enchérit sur le brillant, et celui-ci sur le lustre. De sorte que c'est avec raison qu'on a critiqué l'expression d'un auteur qui a défini le JE NR SAIS QUOI, le lustre du brillant, et qu'on a remarqué qu'il aurait également bien dit le brillant du lustre; il aurait même mieux dit, s'il pouvait y avoir da mieux dans ce qui est absolument mauvais. Mais ces mots ne sont pas faits pour être sousle régime l'un de l'autre : on ne dit pas l'éclat du brillant, ni le brillant du lustre; encore moins le lustre du brillant, et le brillant de l'éclat. Il faut opter pour l'un des trois, selon le goût ou la force de ce qu'on veut exprimer; ou si l'on veut les appliquer tous au même sujet, il faut que ce soit sans régime et par forme de gradation, en disant, par exemple, d'une étoffe , qu'elle a du lustre, du brillant, et même de l'éclat. ", Les couleurs vives ont plus d'éciai que les couleurs pâles. Les couleurs claires ont plus de brillant que les couleurs brunes.

Les couleurs récentes ont plus de lustre que les couleurs usées.


n semble que l'clat tienne du feu, que le brillant tienne le la lumière, et que le lustre tienne du poli.

On ne se sert guère du mot lustre que dans le sens littéral.

pour ce qui tombe sous la vue; mais on emploie quelquefois lui d'éclat, et encore plus souvent celui de brillant dans le ;ens figuré, pour les discours et les ouvrages de l'esprit. Etant considérés dans un sens, il me parait que c'est par la vérité, a force et la nouveauté des pensées, qu'un discours a de l'éclat; lu'il a du brillant par le tour et la délicatesse de l'expression; 3t que c'est par le choix des mots, la convenance des termes, it l'arrangement de la phrase, qu'on donne du lustre à ce m'en dit. (G.) 409. ÉCLIPSER, OBSCURCIR.

Ces deux mots ne sont synonymes qu'au sens figuré; ils liffèrent alors en ce que le premier dit plus que le second. Le 'aux mérite est obscurci par le mérite réel, et éclipsé par le nérite éminent.

On doit encore observer que le mot éclipse signifie un obscurcissement passager, au lieu que le mot éclipser, qui en est lérivé, désigne un obscurcissement total et durable comme ians ce vers : Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier.

( VOLT. Encyez.,v. 298J 440. ÉCONOMIE, MÉNAGE, ÉPARGNE, PARCIMONIE.

Economie désigne une ordonnance, la juste distribution les parties d'un tout, le prudent et bon emploi des choses.

(Vinsi, on dit l'économie de la nature, de la Providence ; Yéco- nomie légale, évangélique ; l'économie politique, rurale; .'économie d'uu discuurs, d'un poème; Yéconomie du temps, les talens, etc. Son idée principale est donc celle d'ordre et l'harmonie en grand ; ménage se restreint aux choses domesLjques, à la dépense, au régime intérieur de la maison.

Epargne se dit proprement de la chose épargnée : je ne sais pas pourquoi le trésor public ne s'appelle plus épargne comme autrefois. On dit épargne de temps, de peine, etc. Parcimonie n'a qu'une idée précise et un emploi invariable. C'est une sorte de manière ou une attention très-particulière à épargner: L'épargne s'étend en général sur toutes les sortes de dépenses , sur lesquelles il y a des suppressions ou des réductions à faire.

La parcimonie s'exerce et s'attache aux plus petites dépenses ou aux plus petits retranchemens dans les grandes. L'Académie observe que ce mot n'est guère d'usage que dans le style Mutenu.

L'économie convient surtout aux fortunes considérables;


ménage, aux fortunes ordinaires; l'épargne, aux fortuni variables; la parcimonie, aux fortunes chétives.

C'est aux maris à être les économes des biens de la commi nauté ; c'est aux femmes à être ménagères,.

L'économie fait seule la richesse d'un Etat. Le ménage fa les maisons stables et honorables. L'épargne fait les fonds dt cas fortuits ou extraordinaires. La parcimonie fait le pécule dt pauvres.

L'économie ordonne souvent de grandes dépenses et e fournit les moyens. Le ménage a ses moyens bornés et II oblige à suffire à sa dépense. L'épargne gagne sur ses moyet et prolonge la dépense. La parcimonie tire un petit droit si tout objet de dépense et s'en fait un moyen. (R.) 4H. ÉCRITEAU, ÉPIGRAPHE, INSCRIPTION.

Il y a de la différence entre ces trois mots. L'écriteau n'e qu'un morceau de papier ou de carton sur lequel on écr quelque chose en grosses lettres, pour donner un avis au pu blic. L'inscription se grave sur la pierre, sur le marbre) ra des colonnes, sur un mausolée, sur une médaille, ou su quelque autre monument public, pour conserver la mémoir d'une chose ou d'une personne. (Encycl., V. 557.) L'épigraphe est une sentence courte, placée au bas d'un estampe ou à la tête d'un livre, pour en désigner le sujet o l'esprit. (B.) Les écriteaux sont faits pour étiqueter les boîtes des épi ciers, ou autres détailleurs , pour servir d'enseignes au maîtres d'écriture , etc. ; les inscriptions, pour transmettr "histoire à la postérité ; et les épigraphes, pour l'intelligenc une estampe ou l'ornement d'un livre. (Encycl., V, 557.

Il serait à souhaiter, comme l'abbé Dubos l'a fort bien re marqué, que les peintres, qui ont un si grand intérêt à nou faire connaître les personnages dont ils veulent se servir pou nous toucher, accompagnassent toujours leurs tableaux d'his toire d'une courte épigraphe. Les trois quarts des spectateurs qui sont d'ailleurs très-capables de rendre justice à l'ouvrage sont pas assez lettrés pour en deviner le sujet ; ces sujet ;JOnt souvent pour eux une belle personne qui plaît, mais qu parle une langue qu'ils n'entendent point; on s'ennuie bientô de la regarder, parce que la durée des plaisirs où l'esprit n< prend point de part est bien courte. (Encycl., Y , 794.) Poui ce qui est des sentences que l'on met à la tête des livres, ces épigraphes ne sont pas toujours justes, et promettent quelque fois plus que l'auteur ne donne : on ne court jamais de risque à en choisir de modestes. (Ibid.) La célèbre Phryné offrit de relever les murailles de Thèbes, à condition qu'on gravât à sa gloire cette inscription: ALEXAJ--


3ER DIRUIT, SED MERETRIX PHRYNE FECIT. (Alexandre a létruit les murs de Thèbes, et la courtisane Phryné les a ebàtis.) Voilà où le mot inscription est à sa place : mais ce n'est pas )ien parler que d'avoir employé ce terme dans une des bonnes raductions du nouveau Testament, où l'on s'exprime ainsi : ( Ils marquèrent le sujet de la condamnation de Jésus-Christ fans cette inscription, qu'ils mirent au-dessus de sa tête : CEJTJI-CI EST LE ROI DES JUIFS. » Il fallait se servir dans cet ndroit du mot écriteau au lieu d'inscription La raison du erme préféré par les traducteurs vient peut-être de ce qu'ils Int considéré l'objet plus que la nature de la chose : ce n'était éellement qu'un écriteau; les Juifs traitèrent en cette occaion l'innocence même comme le crime 1. (Ibid. 337.) 412. ÉCRIVAIN, AUTEUR.

Ces deux mots s'appliquent aux gens de lettres qui donnent u public des ouvrages de leur composition. Le premier ne se lit que de ceux qui ont donné des ouvrages de belles-lettres , u du moins il ne se dit que par rapport au style. Le second 'applique à tout genre d'écrire indifféremment ; il a plus de apport au fond de l'ouvrage qu'à la forme ; de plus, il peut e joindre par la particule de, au nom des ouvrages.

Bacille, Voltaire, sont d'excellens écrivains: Corneille st un excellent auteur. Descartes et Newton sont des auteurs élèbres : l'auteur de la Recherche de la Vérité est un écrivain u premier ordre. (Encycl., V, 372.) 415. ÉDUQUER, ÉLEVER.

Quoi qu'on en dise, éduquer est dans les formes et selon le énie de la langue. Il est si peu étrange, que tout le monde entend sans explication. Le mot éducation le suppose et l'in-

oque ; car l'éducation est littéralement l'action d'éduquer ; et est naturel et raisonnable d'emprunter du latin le verbe d'où 8 substantif est tiré, quand on a emprunté le substantif nême tiré de ce verbe.

Élever, employé à tant d'usages divers , n'a qu'une faible' nergie pour déterminer l'idée propre d'éducation, comme ducare chez les Latins. L'idée d'éducation serait propre u mot éduquer, comme il l'est au latin educare.

Elever se dit des animaux domestiques, ainsi que des tommes : éduquer ne s'applique qu'aux hommes. (R.)

(1) Le Père Bouhours avait marqué la différence des mots •criteau et inscription. (Remarq. nouv., t. II, p. 164). On n'a ait ici que l'étendre et y aiouter épigraphe. (B.)


414. EFFACER, RATURER, RAYER, BIFFER.

Ces mots signifient l'action de faire disparaître de dessus un papier ce qui est adhérent à sa surface. Les trois derniers, ne s'appliquent qu'à ce qui est écrit ou imprimé ; le premier peut se dire d'autre chose , comme des taches d'encre , etc. Rayer est moins fort qu'effacer ; et effacer que raturer. On raie un mot en passant simplement une ligne dessus ; on l'efface, lorsque la ligne passée dessus est assez forte pour em-

pêcher qu'on ne lise ce mot aisément : on le rature, lorsqu'on l'efface si absolument, qu'on ne peut plus lire, ou même lorsqu'on se sert d'un autre moyen que la plume, comme d'un canif, grattoir, etc.

On se sert plus souvent du mot rayer que du mot effacer, lorsqu'il est question de plusieurs lignes : on dit aussi qu'un écrit èst fort raturé, pour dire qu'il est plein de ratures, c'està-dire, de mots effacés.

Le mot rayer s'emploie en parlant des mots supprimés dans un acte, ou d'un nom qu'on a ôté d'une liste, d'un tableau, etc.

Le mot biffer est absolument du style d'arrêt ; on ordonne, en parlant d'un accusé, que son écrou soit biffé. Enfin, effacer est du style noble, et s'emploie en ce cas au figuré ; effacer le souvenir, etc. (Encycl., Y, 405.) ,,..

f:" 4.15. EFFECTIVEMENT, EN EFFET- î* Ces deux mots diffèrent : i0 en ce que le second est plus d'usage dans le style noble ; et le premier, dans la conversation ; 20 en ce que le premier sert seulement à appuyer une proposition par quelque preuve ; et que le second sert de plus à opposer la réalité à l'apparence. On dit : « Il est vertueux en apparence , et vicieux en effet. » (Encycl. V, 404.)

Je crois qu'effectivement peut très-bien être oppusé à fictivement, comme effectif l'est à fictif. Les exemples suivaus le prouvent.

Une armée de trente mille hommes , selon les rôles , n'est souvent pas effectivement de vingt mille. Mon portrait, c'est moi, mais ce n'est pas moi effectivement, ce n'est que ma représentation.

Effectivement est donc opposé à la fiction ou à la feinte ; il marque la réalité physique , l'existence effective. En effet peut s'opposer à l'apparence : il indique alors le fond des choses , leur état interne ou caché. Ainsi l'on dit que l'hypocrite, vertueux en apparence, est vicieux en effet ou dans le fond.

Effectivement est une affirmation ou une confirmation que la chose annoncée est, qu'elle est réelle, positive, effectuée.

En effet marque une preuve, une confirmation", une expli-


ation, un développement de la proposition, du raisonnement, u discours précédent, de quelque espèce que ce soit.

Effectivement est formé d'effectif, ive, qui effectue, réduit n acte, exécute, accomplit, etc. : il désigne donc proprement a production, la réalité, l'existence, rexëeution, l'accomlissement, la chose comme effective, ou la chose comme ffectuée.

En effet signifie proprement dans le fait, selon le fait, dans l vérité du fait ou des choses , véritablement, selon ce qui st : il désigne plutôt une vérité de fait, une vérité fondée SU,i u fait4 conforme à la chose ou à l'état de la chose , revera, omme disent les Latins, et par là il devient plus propre à.

ésigner la vérité de la proposition , tandis qu'effectivement est plus pour marquer la réalité de la chose même.

Je vous demande si en effet vous êtes guéri de votre malaie c'est-à-dire, s'il est vrai que vous soyez guéri : vous me ipondez que vous êtes effectivement guéri, c'est-à-dire que )tre guérison est effectuée et réelle. (R.)

416. EFFIGIE, IMAGE, FIGURE, PORTRAIT.

L'effigieest pour tenir la place de la chose même. L'image it pour en représenter simplement l'idée. La figure est ponr 1 montrer l'attitude et le dessin. Le portrait est uniquement )ur la ressemblance.

On pend en effigie les criminels fugitifs. On peint les images î nos mystères. On a fait des figures équestres de nos rois. On ave les portraits des hommes illustres. ,

Effigie et portrait ne se disent, dans le sens littéral, qu'à égard des personnes. Image et figure se disent de toutes sortes ; choses.

Portrait se dit dans le sens figuré pour certaines descriptions le les orateurs et les poètesfont, soit des personnes, -soit des iractères ou des actions.

Image se prend aussi dans le même sens ; mais le but qu'on propose dans les images poétiques , c'est l'étonnement et la irprise, au lieu que, dans la prose, c'est de bien peindre les îoses : il y a pourtant cela commun, qu'elles tendent à nouvoir dans l'un et l'autre genre 1. Enfin image se dit entre , au figuré, des peintures qui se font dans l'esprit par

(1) Le portrait, oratoire ou poétique, est une description déiliée de toutes les parties de l'objet qu'on veut peindre; on le it de propos délibéré. L'image ne peint qu'un trait, mais viîraent; elle paraît plutôt un coup de pinceau échappé par ha- ird que produit à dessein. Le portrait est un véritable tableau demeure, qui peut être considéré à loisir et en détail : l'image it un trait de ressemblance visojfrfiu* joais passager ; c'est


l'impression des choses qui ont passé par les sens. L'image de affronts qu'on reçoit ne s'efface point sitôt de la mémoire (Encycl. XIII, <53.)417. EFFRAYANT, ÉPOUVANTABLE, EFFROYABLE, TERRIBLE Ces mots désignent en général tout ce qui excite la crainte effrayant est moins fort qu'épouvantable; et celui-ci moin fort qu'effroyable, par une bizarrerie de langue , épouvani étant au contraire plus fort qu'effrayé r. De plus. ces troi mots se prennent toujours en mauvaise part ; et terrible peu se prendre en bonne part, et supposer une crainte mêlée d respect.

Ainsi, on dit, un cri effrayant, un bruit épouvantable, ui monstre effroyable, un Dieu terrible.

Il y a encore cette différence entre ces mots , qu'effrayai et épouvantable supposent un objet présent qui inspire de 1 crainte, effroyable, un objet qui inspire de l'horreur, soit pa la crainte, soit par un autre motif, et que terrible peut s'ap pliquer à un objet non présent.

La pierre est une maladie terrible ; les douleurs qu'élh cause sont effroyables ; l'opéra lion est épouvantable à voir, le seuls préparatifs en sont effrayalls. (Encycl. Y, 412.) 418. EFFRONTÉ, AUDACIEUX, HARDI.

Ces trois mots désignent en général la disposition d'ont ame qui brave ce que les autres craignent. Le premier dit plui que le second, et se prend toujours en mauvaise part, et k second dit plus que le troisième, et se prend aussi presqu( toujours en mauvaise part.

L'homme effrontéest sans pudeur; l'homme audacieux sans respect ou sans rétlexion; l'homme hardi, sans crainte La hardiesse avec laquelle on doit toujours dire la vérité n< doit jamais dégénérer en audace, et encore moins en effron terie.

Hardi se prend aussi au figuré: une voûte hardie. Effrontt ne se dit que des personnes ; hardi et audacieux se disent dei personnes , des actions et des discours. (Encycl. V , 412.) 419. ÉGALER, ÉGALISER.

Au jugement de M. de Voltaire, c'est un barbarisme de mot que de dire égaliser pour égaler les fortunes. Cependant comme une apparition momentanée. Il y a beaucoup de portraits dans La Bruyère. Les fables de La Fontaine sont pleines d'lma.

ges. (B.) (1) Il n'y a rien là de bizarre, puisque épouvantable est plu» fort qu'effrayant. Pourquoi seroit-il bizarre qu'effroyable dU plus que l'un et l'autre? (B).


égaliser est un mot français qui se trouve dans tous les dictionnaires , à là vérité comme un mot vieux. La critique même semblerait prouver qu'il n'est pas absolument inutile ; enfin.

il est resté au palais.

Egaliser a une idée propre bien distincte, et différente de l'idée propre d'égaler. Par sa simple terminaison verbale, égaler signifie proprement être ou mettre à l'égal d'un autre > etc.; et, par la terminaison composée, égaliser signifie rendre égal, plein, uni, semblable, pareil, etc.; comme aiguiser rendre aigu, volatiliser rendre volatil, etc. Les deux terminaisons sont très-différentes : l'une marque purement l'état de la chose,, ce qu'elle est ; l'autre une action, ce qu'on fait de la chose. Egaliser rend, à la lettre, les verbes latins exœquare , inœquare, etc. : égaler ne rend que la valeur du verbe simple œquare.

Dans sa valeur propre, le mot égaler a un sens exclusif; le mot égaliser ne saurait le suppléer. Ainsi l'on doit dire avec Vaugelas, qu'Alexandre s'était proposé d'égaler en tout la gloire de Bacchus ; avec La Bruyère , que Corneille ne peut elre égalé dans les endroits où il excelle, etc.

Égaler, lorsqu'il est secondairement pris et employé-dans le sens d'égaliser, exprime d'une manière vague et indéterminée. l'action de travailler à mettre de niveau sur la même ligne. Les Latins distinguent par les composés d'œquare, différentes manières d'égaliser, en retranchant d'un côté, ou en ajoutant de l'autre, ou en appareillant deux choses différentes, etc. Egaliser exprimera ces différentes manières, et en général l'intention , un soin particulier, un travail, le travail propre de faire disparaître les inégalités notables d'une chose, et particulièrement celui d'établir l'égalité entre deux choses qui sont faites pour être égales, et qui ne l'étaient pas; 04 encore celui de diviser une masse en portions égales; et c'est sous ce dernier aspect que les jurisconsultes nous le présentent en disant égaliser les lots, faire les parts égales. (R.) 420. ÉGARDS, MÉNAGEMENS, ATTENTIONS, CIRCONSPECTION.

Ces mots désignent en général la retenue qu'on doit avoir dans ses procédés. Les égards sont l'effet de la justice) les minagemens, de l'intérêt; les attentions, de la reconnaissance ou de l'amitié; la circonspection, de la prudence.

On doit avoir des égards pour les honnêtes gens; des ménagemens pour ceux de qui on a besoin ; des attentions pour ses parens ou ses amis; de la circonspection avec ceux avec qui l'on traite.

Les égards supposent dans ceux pour qui on les a, des qualités réelles; les ménagemens, de la puissance ou de la fai-


blesse ; les attentions , des liens qui les attachent à nous; la circonspection. des motifs particuliers ou généraux de s'en défier. (Encycl. V. 415.) M. d'Alembert joint à ces mots celui de circonspection. Il me semble néanmoins que circonspection marque proprement une qualité, ou l'exercice d'une qualité du genre de la prudence; au lieu que les égards, les ménagemens, les atteniionsf ne sont que des manières d'agir, des sortes de soins , des procédés qui tendent à témoigner à quelqu'un des sentimens convenables et favorables, surtout la crainte de faire quelque chose qui lui déplaise (idée commune de ces synonymes). On a des égards, des ménagemens, des attentions, et non de la circonspection, pour une personne : circonspection sera mieux considérée comme synonyme de retenue.

Égard est de la même famille que regard, comme l'Académie l'a obervé, avec le même sens propre et primitif; et Je regard n'est que la duplication de l'égard. On a dit an regard pour à l'égard. L'égard consiste proprement à regarder les personnes sous certains aspects ou certains rapports; à regarder à la manière dont il convient de les traiter à cet égard; à garder dans nos actions et dans nos procédés les mesures que la raison, l'équité, la bienséance, les convenances, nous prescrivent envers elles, à certains égards. Ainsi, par exemple , en considération de la pauvreté ou de l'infortune de quelqu'un, nous aurons pour lui des égards, et nous nous relâcherons de nos droits rigoureux contre lui.

L'idée de ménagement est de faire moins ( minas agere ) qu'on ne pourrait ; d'épargner, d'en user avec modération , réserve et retenue. Nous ménageons les personnes comme nous ménageons nos biens. Nous usons de ménagemens dans nos procédés, comme de ménage dans nos dépenses, en épargnant, en nous modérant, en nous contenant. Nous traitons les personnes avec ménagement, comme nous manions avec ménagement les objets ou casuels on dangereux, tels que des vases fragiles ou des armes tranchantes.

J'ai dit ailleurs qp'attelltion exprime l'actioll et l'effort d'un esprit tendu à , vers un but, un objet. Les attentions sont des marques et des témoignages de Vuttenlion particulière que l'on fait aux personnes dont on est occupé : elles consistent dans des soins officieux qui leur prouvent l'envie de leur procurer des agrémens et des avantage-;, de contribuer à leur satisfao.

tion , de leur plaire et de leur inspirer des sentimens favorables.

Il serait grossier et dur de manquer d'égards ; mal avisé ou brutal de manquer de ménagemens ; inconséquent ou malhonnête de manquer d'attentions lorsqu'il en faut.

Il y a la science des égards, que l'usage du monde nous apprend ; il y a l'art des ménagemens, qui exige surtout la con-


naissance des hommes ; il y a le choix des attentions, sar lequel la délicatesse ou la finesse de l'esprit nous éclaire. ( R. ) r L * 421. LÉGOÎSTF, L'HOMME PERSONNEL. J¡, L'égoïste ei Vhomme personnel onl été mis récemment sur le lhéâtre, et on les a regardés comme un seul et même personnage. K me semble néanmoins qu'avec un air de ressemblance, ts se-distinguent facilement par des traits bien marqués.

Végoîste est l'homme qui paile sans cesse de lui, ou qui lit ton jours moi, latin ego. L'homme personnel est celui qui rapporte tout à lui, à sa personne , ou qui n'est conduit que 3ar son intérêt personnel. Moi, est certainement de l'homme lui parle; ainsi l'égoïste parle de lui. Personnel exprime la jualiié de personne ou la personnalité : ce mot désigne donc a personnalité de l'agent.

Éyoïser signilie certainement parler de soi, se citer soinême à tout propos , ramener le discours ùsoi : c'est dans ce iens que les critiques ont reproché aux deux Scaliger d'égoïser lans leurs ouvrages comme dans les assemblées. MM. de PortHoyal ont inventé le mot d'égoïsme pour exprimer , dit-on, et excès d'ai iiotir,- et-opi-e qui consiste à parler trop de soi, à .e citer ou rapporter tout à soi.

Ainsi donc l'égoïste ne parle que de lui, et l'homme pèrsontel ne songe qu'à lui. Le premier se met toujours au milieu le la scène, et le second an centre des choses. L'un, tout occupé de lui-même, veut nous occuper de lui; l'autre, quelluefois occupé de vous, ne s'en occupe que pour lui. L'amour)ropre de l'égoïste est plus vain ; l'amour-propre de l'homme )er sonnet èst plus profond. Le premier est ridicule, le second ist redoutable. (R. ) .i 422. ÉLAGUER, ÉMONDER. R Élaguer signifie proprement couper, retrancher; émonder ignifie nettoyer, approprier. Leur signification usitée est relie d'éclaircir ou de dégarnir un arbre. Elaguer un arbre, :' esl en retrancher les branches superflues et nuisibles, soit à on développement, soit à la nourriture des branches féconles. É Inonder un arbre, c'est le rendre propre et agréable à la rue par la soustraction de tout ce qui le gâte et le défigure, )ois mort, chicot, mousse, gomme, etc. Émonder a surtout in objet d'agrément ; élaguer, un objet d'utilité..En dlaguaJlt, 'arbre, on le soulage; il en est plus fécond : en l'émondant, m le débarrasse ; il en est plus paré.

L'élagage tombe plutôt --Uf les grosses branches ; l'émoniâge sur les branches menues* L'arbre serait suffoqué et épuisé par les premières ; il est déparé et hérissé par les antres. i On dit figurément élaguer un discours, un poème, un ou-


vrage d'esprit, par la raison qu'il peut y avoir dans ces on vrages des inutilités, des superfluités, une vaine surabondanc4 qui en affaiblit ou en ôte le prix ; mais on ne dit pas les émon.

der, par la raison qu'il ne s'agit pas de les rendre propres e nets.

On dit èmonder des graines et autres choses semblables

que l'on n'élague certainement pas, parce qu'il ne s'agit qut e les monder, de les nettoyer, de les dépouiller de leur peau, de leur enveloppe, et autres parties nuisibles ou inutiles poui l'objet qu'on se propose. (R.) 425. ÉLARGISSEMENT, ÉLARGISSURE.

Tous deux annoncent une augmentation de largeur; mais le premier a rapport à la largeur de l'espace, et le second a celle de la matière.

Ainsi l'élargissement se dit de tout ce qui devient plus spacieux, plus étendu en largeur; d'un canal, d'une rivière" d'un cours, d'une promenade, d'un jardin , d'une maison , d'un.

chemin. Èlargissure se dit de ce qui est ajouté pour élargir, et ne se dit que des meubles et des vêtemens ; d'un rideau, d'une portière. d'un drap, d'une chemise, d'une camisole, d'une veste, d'une rooe, etc. (B.) 424. ÉLECTION, CHOIX.

Ces deux termes ont été comparés par l'abbé Girard , en tant qu'ils marquent l'action de se déterminer pour un sujet plutôt que pour tout autre.

Quelquefois ils se rapportent au sujet sur qui est tombée la détermination. Ce qui les distingue alors, selon le P. Bouhours, c'est qu'élection se dit d'ordinaire dans une signification passive, et choix dans une signification active : l'élection d'un tel marque celui qui a été élu ; le choix d'un tel marque celui qui choisit.

Après la mort d'Auxence, archevêque de Milan, les évô* ques et le reste du clergé s'assemblèrent pour lui nommer un successeur ; et le peuple, dont le consentement était requis, y fut appelé. Les ariens nommaient un homme de leur secte; les catholiques en voulaient un de leur communion. La dispute allait devenir une sédition, lorsqu'Ambroise, gouverneur de la province et de la ville, averti de ce désordre, vint à l'église pour l'empêcher. L'assemblée s'étant réunie tout d'un coup, demanda Ambroise pour son pasteur. Il eut beau représenter que le choix d'un évêque devait se faire par un mouvement da

Saint-Esprit, et nor. par un caprice populaire, il fut nommé; et l'empereur Valentinien, jugeant qu'on ne pouvait donner trop d'autorité à un homme de bien, agréa et confirma son élection.


M-0 L'élection, en quelque sorte miraculeuse, d'Ambroise pour le gouvernement de l'église de Milan, justifia le choix que le prince en avait fait pour gouverner la province. (B.) J r 425. ÉLÉGANCE, ÉLOQUENCE. 1 Je crois que l'élégance consiste à donner à la pensée un tour noble et poli, et à la rendre, par des expressions châliées, coulante et gracieuse à l'oreille; que ce qui fait l'éloquence est un tour vif et persuasif, rendu par des expressions hardies, brillantes et figurées, sans cesser d'être justes et naturelles.

L'élégance s'applique plus à la beauté des mots et à l'arrangement de la phrase. L'éloquence s'attache plus à la force des termes et à l'ordre des idées. La première, contente de plaire J ne chercllC, que les graces de l'élocution ; la seconde , voulant persuader, met du véhément et du sublime dans le discours.

L'une fait les beaux parleurs,et l'autre les grands orateurs.(G.) t "26. ÉLÈVE, DISCIPLE , ÉCOLIER.

Ces trois mots s'appliquent en général à celui qui prend des leçons de quelqu'un.Voici les nuances qui les distinguent: Un élève est celui qui prend des leçons de la bouche du maître. Un disciple est celui qui en prend des leçons en lisant ses ouvrages , ou qui s'attache à ses senlimens. Ecolier ne se dit, lorsqu'il est seul, que des enfans qui étudient dans les colléges : il se dit aussi de ceux qui étudient sous un maitre un art qui n'est pas mis au nombre des arts libéraux, comme la danse, l'escrime, etc. ; mais alors il doit être joint avec quelque autre mot qui désigne l'art ou le maître.

Un maître d'armes a des écoliers; un peintre a des élèves ; Newton et Descartes ont eu des disciples, même après leut mort.

Elève est du style noble; disciple l'est moins , surtout en C I , V. 557.) poésie ; écolier ne l'est jamais. (Evcticl., Y. 557.) Le terme d'écolier suppose que l'on reçoit des leçons réglées ou que l'on a besoin d'en recevoir, simplement pour apprendre ce que l'on ne sait pas : ainsi tous ceux qui ont des maitres pour en recevoir des leçons suivies sur quelque objet, sont écoliers ; l'âge n'y fait rien. Le terme d'élève suppose que l'on reçoit ou qu'on a reçu des instructions plus détaillées, pour pouvoir exercer ensuite la même profession, soit en la pratiquant, soit en l'enseignant : ainsi, les maîtres de danse, d'escrime, d'équitation , etc., ont des écoliers à qui ils enseignent de leur art ce qui est jugé convenable à une belle éducation; mais ceux qu'ils forment pour devenir maitres comme eux, sont leurs élèves. Le terme de disciple ne suppose que des adhésions aux senlimens du maître , sans rien indiquer de la manière dont on en a pris connaissance.


On enseigne des écoliers ; on forme des élèves ; on se fait dei * disciples.

L'état d'écolier est momentané ; celui d'élève est permanent celui de disciple peut changer. On n'est plus écolier quant on sait ce qu'on voulait apprendre, ou même quand on ne fai plus profession de l'étudier. On est élève, non seulement tandii que l'on est dirigé par des leçons expresses pour un état qu en est la fin, mais même après que l'institution est consommée On n'est disciple que par adhésion aux sentimens d'autrui : on cesse de l'être en renonçant à ces sentimens. Aussi saini Paul , après avoir été un disciple très-zélé de la Synagogue: l'abandonna et devint un disciple encore plus zélé de JésusChrist. (B.) 427. ELOCUTION, DICTION, STYLE. 1 Ces trois termes servent à exprimer la manière dont les idées sont rendues : avec' cette différence, que les deux derniers sont restreints à la manière de rendre les idées, abstraction faite des idées ; et le premier renferme les idées et la manière de les rendre.

Le style a plus de rapport à l'auteur ; la diction, à l'ouvrage; et l'élocution, à l'art oratoire. On dit d'un auteur , qu'il a un bon slyle, pour faire entendre qu'il possède l'art de rendre ses idées ; d'un ouvrage , que la diction en est bonne , pour exprimer qu'il est écrit d'une manière convenable à son genre ; d'un orateur, qu'il a une belle élocution, pour signifier qu'il écrit bien.

On peut dire de Balzac , qu'il a un bon style , mais que sa diction n'est pas assez conforme au genre qu'il a traité, et qu'enfin son élocution n'est pas toujours celle qui convient à 1 éloquence. (Considération sur les ouvrages d'esprit.) Il semble qu'à partir même des notions que l'on a posées ici comme fondamentales, le terme d'élocution est générique; les deux autres sont spécifiques, et caractérisent l'expression par les deux points de vue différens que l'on va marquer. (B.) Diction ne se dit proprement que des qualités générales et grammaticales du discours ; et ces qualités sont au nombre de deux ; la correction et la clarté. Elles sont indispensables dans quelque ouvrage que ce puisse être, soit d'éloquence, soit de tout autre genre : l'étude de la langue et l'habitude d'écrire les.donnent presque infailliblement, quand on cherche de bonne foi à les acquérir.

Style , au contraire, se dit des qualités du discours , plus particulières, plus difficiles et plus rares, qui marquent le génie et le talent de celui qui écrit ou qui parle : telles sont la propriété des termes, l'élégance, la facilité, la précision,


élévation , la noblesse , l'harmonie , la convenance avec le rjet, etc. Nous n'ignorons pas néanmoins que les mots yle et diction se prennent souvent l'un pour l'autre, surtout ir les auteurs qui ne s'expriment pas sur ce sujet avec une cactitude rigoureuse ; mais la distinction que nous venons établir ne nous parait pas moins réelle. Encycl. V, 520.) Le style de La Bruyère , plein de tours admirables et d'ex'essions heureuses et nouvelles, serait un parfait modèle en rite partie de l'art, s'il en avait toujours respecté assez les )rnes, et si, pour vouloir être trop énergique, il ne sortait is quelquefois du naturel. C'est ainsi qu'en tjuge M. l'abbé Olivet dans son Histoire de f académie française ; et j'ose outer que, quant à la diction, il s'y trouve quelquefois des urs incorrects et nuisibles à la clarté : mais ce jugement empêche pas qu'on ne doive regarder les Caractères du Théolraste moderne comme un livre excellent, même en ce qui ncerne l'élocution. (B.) 428. ÉLOGE, LOUANGE.

« Ces deux mots expriment également un témoignage honoble, conçu en des termes qui marquent l'estime. » (B.) « Ils diffèrent, à plusieurs égards, l'un de l'autre : louange, i singulier et précédé de l'article la, se prend dans un sens )solu; éloge, au singulier, et précédé de l'article le, se prend ins un sens relatif : ainsi l'on dit la louange est quelque- is dangereuse; l'éloge d'une telle personne est juste, oué, etc. »

Louange, au singulier, ne s'emploie guère avec le mot ie; on dit un éloge plutôt qu'une louange ; du moins, en ce IS, louange ne se dit guère que lorsqu'on loue quelqu'un une manière déiournée et indirecte; exemple : Tel auteur donné une louange bien fine à son ami. (J) « Il semble aussi que lorsqu'il est question des hommes, oge dise plus que louange; du moins en ce qu'il suppose plus e titres et de droits pour être loué. On dit (te quelqu'un qu'il été comblé d'éloges, lorsqu'il a été loué beaucoup et avec istice ; et, d'un autre, qu'on l'a accablé de louanges, lorsu'on l'a loué avec excès et sans raison (2).

(1) Je crois qu'en toute occasion on peut dire une loitang-, ès qu'on ajoute une épithète propre à spécifier : une louange ne, délicate, grossière, directe, indirecte, juste, injuste,délacée, outrée, etc.; il n'en est pas autrement du mot éloge. (B.) (2) Dans ces deux exemples, la différence vient des mots comblé t accablé, et non pas des mots éloges et louanges. On dirait gaiement comblé de louanges et accablé d'éloges; on trouve ï premier dans le Dictionnaire de l'Académip : la distinction ue l'on établit ici paraît donc nulle ou peu fondée. (B.}


« Au contraire. en parlant de Dieu, louanges signifie pï qu'éloge; car on dit les louanges de Dieu.

« Eloge se dit encore des harangues prononcées, ou d ouvrages imprimés à la louange de quelqu'un : éloge funèbr éloge historique, éloge académique.

« Enfin, ces mots diffèrent aussi par ceux auxquels on 1 joint : on dit : faire l'éloge de quelqu'un, et chanter les louang de, Dieu. (Encycl., V, 127.) « Il me semble que l'éloge est un témoignage honorab 1 rendu à quelque objet envisagé sous un point de vue partici lier; et que la louange est un témoignage honorable renc sans restriction.

«Voilà pourquoi nous chantons les louanges de Dieu, part que rien n'y est répréhensible ou médiocre ; et que nous doi nons des éloges aux hommes, parce qu'il y a du choix à fair< et que le bon y est mêlé de mauvais. C'est pour cela aus que la louange est dangereuse pour les hommes, parce qu'el: peut persuader faussement à leur amour-propre qu'ils soi irréprochables à tous les égards ; et que les éloges dispensés propos sont des avis indirects du choix que l'on fait dou louer. » (B.) L'éloge est le témoignage avantageux que l'on rend au me rite, le suffrage qu'on lui donne, le jugement favorable qu'oi en porte. La louange est l'hommage qu'on lui rend, l'honneu qu'on lui porte, le tribut qu'on lui paie dans ses discours L'éloge manifeste établit ce que la louange suppose, vante L'éloge est la raison de la considération , de l'estime, de l'ad miration qu'on a pour l'objet : la louange est l'expression, 01 plutôt le cri de ces sentimens, ou de tout autre sênlimenl favo rable. L'éloge met le prix au mérite ; la louange en est un récompense. L'éloge fonde la louange : la louange couronu l'éloge.

On dit qu'une action fait l'éloge d'une personne, ou que Il récit de ses actions suffit à son éloge : pourquoi ? parce qui nos actions déposent pour nous, attestent notre mérite, établissent nos droits. On ne dira pas qu'une action est la louangi d'une personne , ou que ses actions suffisent à ses louanges pourquoi ? parce que nos actions ne nous célèbrent pas , el qu'elles ne sont pas des hommages qu'on nous rend.

Il est des cas malheureux où l'homme le plus modeste est forcé de faire son propre éloge; il n'y en a point où l'on soit obligé de se donner des louanges. On fait son éloge par le simple récit et la justification de sa conduite : on se donne des louanges en parlant de soi avec ostentation, en se glorifiant.

On fait l'éloge et non pas la louange d'une personne : on fait son éloge comme on fait son histoire, son apologie. On ne fait pas sa louange. oarce que ce n'est proprement que l'es-


sion 1 de nos sentimens pour - personne est le su j et de .11. nnn ]'s\lvîot rlci 1 o Inii/vnno

roge, elle il CM p." l wjv* la L'éloge doit être vrai, impartial, judicleux .phlIoiophîque ;

uMnnê Mit etre une 1 aellcale, siuctae, urcauipc. u civyv lacé dans-la bouche de témoins clairvoyans, de gens rés de maîtres de Fart, de juges de méritej la louange BfrriH fionnhe de tout le monde. dans celle du peuple.

F celle même des enfans. - ".- mer Dieu, c'eatlebénir et le glorifier. (R.)

T429. ÉLOIGNES. , ÉCARTER , METTRE A L'ÉCART.

Les trois verbes ont rapport à l'action par, laquelle on

Se à faire disparaître quelque chose de sa vue, ou a en Iner son a,tlenlion. - - -'L' --- .h .3-

mloiqner est plus tort qu'écarter. un. prince aou eioigner ue Ues traîtres, et en écarter les flatteurs. - -

irter est plus-fort que mettre à l écart. On écarts ce dont fftse débarrasser pour toujours ; on met à l'écart ce qu'on Mi qu'on peut reprendre ensuite. Un juge doit écarter -prévention, et mettre à l'écart tout sentiment personnel.

rél. Y, 221.) -430. ÉMANER, DÉCOULER.

Émaner désigne proprement la source d'où les choses sorit; découler indique spécialement un canal par où elles ISsent: il découle-du sang par une blessure ; les odeurs émait du corps ; les pouvoirs particuliers émanent du trône : les Mtaits da prince découle/ri sur les peuples par le canal dçs qistres.,

Émaner se dit surtout des parties très-subtiles et très-dé-

es qui se détachent et s exhalent des corps par une transation insensible, ou par une voie semblable. Découler se des clioses qui coulent et se répandent par quelque ouver'e, d'une manière plus ou moins sensible. Il émâne des 'ps les plus durs une infinité de corpuscules invisibles qui épuisent la substance : il découle des veines de la terre 1 sucs qui forment les cristaux et les minéraux de toute Ice. La lumière émane du soleil ; le sueur découle du corps. Emaner n'indique souvent qu'un acte simple d'émissioh,

production ou de quelque autre opération semblable; iuler annonce un flux, -un écoulement suivi, une succes< L d'actes ou de choses. Nous disons qu'un tel arrêt est

ou sorti d'un ter tribunal; et qu'il découle d'un -prine lune foule de conséquencfs. Les théologiens nous ensëi■g que le Fils émane du Père ; que les grâces, découlent is cesse pour nous des trésors inépuisables de la taiséricorde âne (R ) - Il Il


431. EMBARRAS, TIMIDITÉ. H L'embarras est l'incertitude de ce qu'on doit dire ou faii la timidité est la crainte de dire ou de faire quelque chose mal. La timidité ne se montre pas toujours au dehors ; l'e barras est toujours extérieur : la timidité tient au caractèi fembarras aux circonstances On peut être timide sans ê embarrassé; et embarassé sans être timide. Ainsi on d cette personne est naturellement timide par circonspection par réserve ; mais l'usage qu'elle a du monde fait qu'elle 1 jamais l'air embarrassé : au contraire, cette autre person n'est point timide ; elle dit tout ce qui lui vient à la boucli mais personne n'est plus embarrassé qu'elle quand elle a

une sottise. (D'AI.) 452. EMBLÈME , DEVISE.

L'un et l'autre est la représentation d'une vérité intellt tuelle par un symbole sensible accompagné d'une légende ( en exprime le sens.

Ce qui distingue l'emblème de la devise, c'est que les paro de l'embléme ont toutes seules un sens plein et achevé , même tout le sens et toute la signification qu'elles peuv< avoir avec la figure; ce qui n'est pas vrai des paroles de devise, qui ne s'entendent bien que quand elles sont jointe la figure.

On ajoute encore cette différence, que la devise est un sy, bole déterminé à une personne, ou qui exprime quelq chose qui la concerne en particulier ; au lieu que l'emblêj est un symbole plus général..L'emblème suppose souvent u comparaison entre des objets de même nature: la devise poi sur une métaphore, et souffre que les objets comparés soit de nature différente. (B.) ( ., 433. EMBRYON , FŒTUS. ,¡.> * Embryon signifie en grec, comme fœtus en latin, ce qui < formé, produit dans le sein de la mère, le fruit du ventre, petits, la portée.

Plusieurs médecins ont donné le nom d'embryon au fart ou à l'animalcule pendant tout le temps qu'il est renferi dans le sein de sa mère : on appelle même embryotomie l'op ration par laquelle on coupe en pièces le fœtus mort, afin l'extraire de la jaatrica , etc.

Soit par une répugnant naturelle pour une parfaite syn nymie , ou par de frivole distinctions , soit à cause de l'u lité manifeste que la science trouva à désigner par des noi différons 1rs différens états d'un corps ar&ujéti à des rév lutio;î> déterminées, l'usa-r aujourd'hui asw généi


d'appeler embryon le corps brut et informe de l'animal, avant que la nature lui ait imprimé , par des linéamens sensibles, la figure propre à son espèce; mais lorsque toutes les parties de l'animal sont développées et apparentes , c'est le fœtus proprement dit.

Plusieurs anatomistes ont reconnu qu'au trentième jour, Y embryon était assez formé pour être regardé comme fœtus.

Dans la manière ordinaire de penser et de parler, nous attachons au mot embryon l'idée d'une extrême petitesse, relativement à' une mesure donnée de grandeur. Ainsi nous disons figu rément d'un très-petit homme que c'est un embryonf un avorton ; fœtus ne se dit qu'au sens propre.

Nous appliquons non seulement aux animaux, mais encore aux plantes et aux fruits, le terme d'embryon ; et c'est aussi lorsque les fruits et les plantes ne paraissent que d'une manière confuse dans les boutons des arbres ou dans les germes des semences. Mais nous n'employons celui de fœtus qu'en parlant des animaux ; tandis que les Latins , qui nous l'ont donné, s'en servaient aussi à l'égard du règne végétal. (R.) 434. ÉMISSAIRE , ESPION.

Émissaire, du latin emissarius, envoyé de ou par, indique celui qui est chargé d'une commission. Il diffère de l'envoyé ou de l'ambassadeur, en ce que ces derniers ont une mission publique et avouée ; qu'ils sont chargés de traiter , au lieu que l'émissaire est sans pouvoir. Son métier est de répandre des bruits, de fausses alarmes, de suggérer , de soulever: aussi ce mot n'est pris qu'en mauvaise part, ainsi que son synonyme.

C'est par des émissaires qu'on soulève un camp, une ville, une contrée ; c'est par des émissaires qu'on tâte , qu'on sonde la disposition des esprits. Agens actifs d'un complot, ils en ignorent souvent la profondeur; ils ne sont que subalternes.

L'habileté de celui qui les emploie consiste à bien choisir, et à ne jamais compromettre ses projets, alors même que ses émissaires ne réussiraient pas.

Espion est celui dont l'action est d'épier , latin expïorator, qui va à la découverte, qui perce, qui examine. Il y a des espions dans les camps, dans les arsenaux, dans les cours, dans les cabinets. En temps de guerre, en temps de paix , la politique inquiète les soudoie partout.

L'émissaire doit avoir le talent de l'à-propos ; il se montre et parle. L'espion n'a besoin que de voir ; ils se cache et se tait.

L'émissaire sème: les événemens qu'il a préparés sont la réponse à ses commeltans. L'espion vient recueillir; il emporte furtivement ce qu'il trouve, et se met en rapport avec celui qui l'emploie. Celui qui veut fomenter se sert d'émissaire ; celiujjui veut savoir se sert d'espiojis. Au demeurant. ces per-


sonnages sont aussi vils l'un que l'autre ; et entre leur métier ou tout autre , l'homme de probité est bientôt décidé.

A Sparte, le métier d'espion n'était pas vil ; c'était un dévouement, il faisait partie de l'éducation; mais il était gratuit. et l'on ne connaissait pas les émissaires. (R )

435. EMPIRE , RÈGNE.

Empire a une grace particulière lorsqu'on parle des peuple.

ou des nations : règne convient mieux à l'égard des princes

ainsi, l'on dit : l'empire des Assyriens et l'empire des Turcs ; le règne des Césars et le règne des Paléologues. Le premier de ces mOIs, outre l'idée d'un pouvoir de gouvernement ou de souveraineté , qui est celle qui le rend synonyme avec le second, a deux autres significations : l'une marque l'espèce ou plutôt le nom particulier de certains Etats, ce qui peut le rendre synonyme avec le mot de ROYAUME; l'autre marque une sorte d'autorité qu'on s'est acquise, ce qui le rend encore synonyme avec les mots d'AUTORITÉ et de POUVOIR. Il n'est point ici question de ces deux derniers sens, c'est seulement sous la première idée, et par rapport à ce qu'il a de commun avec le mot 'de règne, que nous le considérons à présent et que nous en faisons le caractère.

L'époque glorieuse de l'empire des Babyloniens est le règne de Nabuchodonosor; celle de l'empire des Perses est le règne jde Cyrus ; celle de l'empire des Grecs est le règne d'AlexanIdre; et celle de l'empire des Romains est le règne d'Auguste; ce sont les quatre grands empires prédits par le prophète [Daniel.

Donner à Rome l'empire du monde est une pensée fausse dans le sens littéral; et, quelque beauté qu'on y trouve dans e sens figuré, elle sent toujours la dépendance d'un esclave ui parle de ses maîtres, ou du moins de ceux qui l'ont été. Je e crois pas qu'un orateur russien ou chinois s'en servit en fraisant l'éloge des Romains. Nous-mêmes, nous ne nous en servons point en parlant de l'empire des autres nations sous a a puissance desquelles nous n'avons pas été, quoiqu'elles aient tetendu leur domination aussi loin et sur d'aussi vastes conrées que l'a fait Rome.

Louer un prince par le nombre des guerres et des victoires arrivées sous son règne, c'est saisir ce que la gloire a de brillant : le louer parla douceur, par l'équité et par la sagesse de son règne, c'est choisir ce que la gloire a de solide.

Le mot d'empire s'adapte au gouvernement domestique des particuliers aussi bien qu'au gouvernement public des souverains : on dit d'un père qu'il a un empire despotique sur ses mtans; d'un maître, qu'il exerce un empire cruel sur ses va-


sts ; d'un tyran, que la flatterie triomphe et que la vertu génit sons son empire.

Le mot de règne ne s'applique qu'au gouvernement public u général, et non au particulier. On ne dit pas qu'une femme st malheureuse sous le règne , mais bien sous l'empire d'un iloux. Il entraîne, même dans le figuré, cette idée de pouoir souverain et général : c'est par cette raison qu'on dit le ègne et non l'empire de la vertu ou du vice ; car alors on ne appose ni dans l'un, ni dans l'autre, un simple pouvoir parculier, mais un pouvoir général sur tout le monde, et en )ute occasion. Telle est aussi la raison qui est cause d'une xception dans l'emploi de ce mot à l'égard des amans qui se iccèdent dans un même objet, et de ce qu'on qualifie du nom e règne le temps passager de leurs amours, parce qu'on supose que, selon l'effet ordinaire de cette aveugle passion, chaun d'eux a dominé sur tous les sentimens de la personne qui est successivement laissé vaincre.

Ce n'est ni les longs règnes, ni leurs fréquens changelens, qui causent la chute des empires; c'est l'abus de l'aumté.

Toutes les épithètes qu'on donne à empire, pris dans le sens il il est synonyme avec règne, conviennent aussi à celui-ci ; tais celles qu'on donne à règne ne conviennent pas toutes à rnpire, dans le sens même où ils sont synonymes. Par exemle, on ne joint pas avec empire, comme avec règne, les épilètes de LONG et de GLORIEUX ; on se sert d'un autre tour de hrase pour exprimer la même chose.

L'empire des Romains a été d'une plus longue durée que empire des Grecs ; mais la gloire de celui-ci a été plus brilmte par la rapidité des conquêtes. Le règne de Louis XIV a lé le plus long et l'un des plus glorieux de la monarchie. (G.) 436 EMPIRE, ROYAUME.

Ce sont des noms qu'on donne à différens États dont les rinces prennent le titre d'empereur ou de roi : ce n'est pourmt pas cela seul qui en fait la différence.

Il me semble que le mot d'empire fait naître l'idée d'un îtat vaste et composé de plusieurs peuples; que celui de oyaume marque un Etat plus borné, et fait sentir l'unité de l nation dont il est formé. C'est peut-être de cette différence t'idées que vient la différente dénomination de quelquet tats, et les titres qu'en ont pris les princes : je remarque du aoins que si ce n'en est pas la cause, cela se trouve ordinaieinent ainsi ; comme on le voit dans l'empire d'Allemagne.

lans l'empire de Russie et dans l'empire ottoman, dont tout e monde connaît la diversité des peuples et des nations qui les imposent ; au lieu que dans les Etats qui portent le nom de


royaume, tels que la France , l'Espagne, l'Angleterre c Pologne , on voit que la division par provinces n'empêche que ce ne soit toujours un même peuple, et que l'uuite d Dation ne subsiste, quoique partagée en plusieurs cantons.

Il y a dans les royaumes uniformité de lois fondamenla les différences des lois particulières et de la jurisprudence sont que des variétés d'usage qui ne nuisent point à l'uniu l'administration politique :. c'est même de cette uniformité de la fonction du gouvernement., que les mots de roi el royaume tirent leur origine; c'est pourquoi il n'y a jan qu'un prince, ou du moins qu'un ministère souverain , (It que administré par plusieurs. Il n'en est pas de même dans empires : une partie se gouverne quelquefois par des lois 1 damentales très-différentes de celles par lesquelles une ai partie du même empire se gouverne. Cette diversité y roi l'unité de gouvernement ; et ce n'est que la soumission <1 certains chefs aucommandement d'un supérieur général fait l'union de l'Etat. C'est aussi précisément de ce droit commander que tirent leur étymologie les mots d'empereui d'empire; de là vient qu'on y voit plusieurs souverains, des rqyaumes même en être membres.

L'Etat romain fut un royaume tant qu'il ne fut formé o d'un seul peuple, soit originaire, soit incorporé; le nom d'e pire ne lui convint et ne lui fut donné que lorsqu'il eut som d'autres peuples étrangers , qui, en devenant membres de Etat, ne cessèrent pas pour cela d'être des nations différent, etsur lesquels les Romains n'étendirent qu'une domination commandement et non d'administration.

Un royaume ne saurait atteindre à l'étendue que peut av un empire; parce que l'unité de gouvernement et d'admin tration, sur laquelle est fondée le royaume, ne va pas si loi et demande plus de temps que le simple exercice de la suj riorité, et le droit de recevoir certains hommages qui suffise pour former des empires.

Les avantages qu'on trouve dans la société d'un corps p litique contribuent autant, de la part des sujets, à former d royaumes, que l'envie de dominer de la part des princes. J seule ambition forme le plan des empires, qui, pour l'ord naire, ne s'établissent et ne se soutiennent que par la fort des armes. (G.) 457. EMPLETTE , ACHAT.

Emplette emporte avec lui une idée particulière de la cho achetée ; et achat tient plus de l'action d'acheter : voilà pool quoi les épithètes qualificatives se joignent avec grace au pr< inier de ces mots. On dit, par exemple, une emplette utile une emplette de goût; ce qui ne conviendrait point au DIt


hat ; mais, en revanche, celui-ci parait être seul propre aux (jets considérables, tels que des terres, des fonds , des mains; an lieu que le mot d'emplette ne s'applique qu'aux objets moindre conséquence , ou aux choses d'usage et de service rlinnire, telles que des habits, des bijoux, et autres de cette sèce. (G.) 458. EMPLIR, REMPLIR.

Remplir signifie rigoureusement emplir de nouveau.

Selon la remarque de Val/gelas, on dit remplir un tonneau and on en a déjà tiré, et qu'on remplit ce qui est vide. Thots Corneille ajoute qu'on dit toujours remplir les tonneaux, et n ynsemplir, qnand, après qne le vin a bouilIiquelques jours, temps des vendanges. on yen remet pour les rendre pleins.

Remplir exprime donc l'action d'ajouter ce qui manque ur que la chose soit tout-à fait pleine. Emplir exprime proment l'action continue par laquelle vous comblez entièrent la capacité d'une chose. Remplir, c'est dont aussi uever d'emplir. Vous emplissez tout de suite une bouteille vin ; un étang se remplit d'eau par des crues successives.

Emplir se prend ordinairement à la rigueur de manière que vase n'est empli qlle quand il n'y reste point de vide. Remir se prend souvent dans un sens très-relâché, pour marquer ilement l'abondance ou la multitude.

Il semble qi:'emplir se dise proprement des vases, des vaisIIIX, des choses destinées à contenir de certaines matières.

mpfir se dit indifféremment de toute place occupée par la illitudeou parla quantité. Vous emplissez une cruche d'eau, verre de vin , vos poches de fruits ; vous remplissez une e de gravois, une basse-cour de fumier, un pays de menms. Le trésor du prince s'emplit p)ur se répandre sur la rfaee du royaume en dépenses utiles.

Selon Vaugelas, remplir se(iit d'ordinaire des choses imilérielles ou figurées ; comme , il a rempli tout l'univers de terreur de son )tom ; il a dignement rempli la place de ma* îtrat ; et emplir, des choses matérielles, et même liquides: iplir un tOllueau, emplir un vaisseau.

La vertu de ce mot n'est nulle part employée avec autant 'net gieet d'effet, que dans ce passage de Montaigne, liv. II, ap. XII, où, pour nous représenter par un seul trait l'imime éternité de Dieu , il dit que par un seul maintenant il iplil le toujours. Par un point, Dieu emplit l'immensilé tout lière. I! n'a que le présent, sans passé, s;ms avenir. On ne ut pas dire, quant à lui. il a élé ou il se)-a ; mais il est..

ites là Tem plir au lieu d'emplir, combien l'image est affaiblie décolorée 1 (R.)


459, EMPORTER, REMPORTER LE PRIX.

Emporter le prix, c'est obtenir une récompense, avantage , un honneur quelconque que l'on ambitionna Remporter le prix, c'est obtenir tel prix , la récompens la couronne qui avait été mise au concours. La première ( pression a quelque chose de vagus ; et la seconde, un c jet précis.

La Fontaine, en dédiant ses fables au Dauphin, dit qu a. s'il n'emporte le prix de son travail en parvenant à lui plaii il aura du moins 1 honneur de l'avoir entrepris. »

Dans une assemblée de femmes , Hélène emporta le pi de la beauté, les suffrages ; dans la dispute des trois déesst yénus remporta le prix, la pomme. (R.) 440. EMPREINDRE, IMPRIMER.

Empreindre signifie imprimer, par l'application d'un coi sur un autre, la figure, l'image , les traits sensibles de corps: vous imprimez un mouvement à un corps , des s< sations à un être animé , des leçons dans l'ame, etc. ; tou choses que vous ne sauriez rigoureusement empreindre, ( , elles n'ont pas de figure. Pour empreindre, il faut imprin de manière que l'impression laisse l'empreinte ou l'image la chose.

On imprime donc différentes choses de différentes manière mais les figures ou les formes seules sont empreintes avec ( sceaux , des cachets, des marteaux , des estampilles , etc., par les corps mêmes, figurés de manière qu'on y reconnaît < corps. En marchant, vous imprimez un mouvement à l'ai vos pas restent empreints sur la terre.

Dieu imprime en nous des principes d'ordre , de justice, bienfaisance : son doigt est empreint sur toutes ses œuvr< 60n image l'est sur l'homme.

La pfiysionomie, est l'empreinte du caractère; mais ce empreinte est sans cesse altérée par des impressions nouvel «t profondes. (R.) 441. ÉMULATION , RIVALITÉ.

Emulation ne désigne que la concurrence, et la rivalité d mote le conflit. Il y a émulation, quand on court la même c.

:fière; et rivalité, quand les intérêts se combattent. De émules vont ensemble ; deux rivaux, l'un contre l'autre.

L'èm%dation est un sentiment vif qui vous porte à faire genéreux efforts pour surpasser , égaler , ou même suivre ,près ceux qui font quelque chose d'honnête : la rivalité est : sentiment jaloux qui nous porte à faire tous nos efforts po l'emporter, de quelque manière que ce soit, sur ceux q


..rStllvem Je même objet. Deux nobles coursiers qui s'effort de gagner le frix de la vitesse, voilà l'emblème de l'émuon : deux animaux chasseurs qui se disputent une proie, fà l'emblème de la rivalité.

.'émulation excite, la rivalité irrite. L'émulation suppose Î VOUS de l'estime pour vos concurrens; la rivalité porte la ite de l'envie. L'émulation est une flamme qui échauffe; la zlité un feu qui divise. L'émulation veut mériter le succès, 1 l rivalité l'obtenir. L'émule tâche de surpasser son concurt, le rival supplantera le sien, s'il le peut. La rivalité radia palme que Vémulation emporte.

.es talens inspii ent l'émulation, et les prétentions , la riité. (R.) 442. ÉMULE, EMULAT EU II.

)n est émule de ses pairs ou de ses compagnons , on est .,.dateur de quelque personnage distingué. L'émule a desr j nies, l'émulateur a des modèles. L'émule tâche de surpasser Il émule ; l'émulateur, d'imiter son modèle. L'émule est acllement ce que l'émulateur voudrait être, un digne concur- t. Votre émule marche en concurrence avec vous ; votrer 5 ulateur marchesur vos traces. Votre émulateur voudrait acirir un mérite égal, ou même supérieur au vôtre ; votre ule a un mérite pareil au vôtre, et lâche d'acquérir un méî supérieur.

(1 arrive aux envieux du mérite de s'en croire les émules. La ire des grands hommes fait plus d'ambitieux que d'émuurs.

[1 faut avoir le germe du héros pour en devenir l'émular; il faut en avoir le succès pour en devenir l'émule.

L'émulateur, inspiré et guidé par les plus beaux modèles, nportera sur son émule.

On dit émule dans tout genre de travail et de concurrence : ulateur ne se dit que dans le grand, ou dans un ordre de Jses distingué. Un écolier , comme un ouvrier, un homme lettres, un capitaine, est l'émule d'un auteur ; un guerrwr, mme un savant, un ministre , un prince , est l'émulateur an personnage célèbre dans son genre. Le pantomime Hila t l'émule de Pilade ; Néron l'était des histrions ; Commode s gladiateurs ; Abailard le fut de saint Bernard : Montécuilli deTurenne. Thésée fut l'émulateur d'Hercule, Lycurgue lui de Minos; Charles "XII l'a été d'Alexandre.

Le mot êmulateur, quoique bien annoncé dans les dictioniires, paraîtra nouveau, singulier, emphatique à beaucoup 2 gens. Ce n'est point parce qu'il ne s'emploie que dans le yle soutenu; c'est parce que, dans le style soutenu même est aujourd'hui presque inusité. Divers mots remarquable


par la même formation ont eu beaucoup de peine à s étabK ou à se maintenir, quoique également recommandables p leur harmonie et par leur signification. Je citerai le mot co jurateur , quoiqu'il annonce, non pas un simple conjuré, ma un chef, un promoteur, un des plus ardens complices de conjuration. Quoi qu'il en soit, émulateur est on mot ulik beau, reçu, et différent d'otite. Les Latins disaient œmuhis cemulator dans les deux sens que nous venons de distingue Cicéronécrivait à Atticus, 1. 1 : « Servilills est Yémulateur* Caton. » (R.) 445. EN , DANS.

Lorsqu'il s'agit du lieu , dans a un sens précis et défini q fait entendre qu'un chose contient ou renferme l'autre , marque un rapport du dedans au dehors : on est dans chambre, dans la maison , dans la ville, dans le royaumf quand on n'en est pas sorti, ou quand on y est rentré. 1 a un sens vague et indéfini qui indique seulement en g néral où l'on est, et marque un rapport du lieu où l'on trouve à un autre où l'on pourrait être : on est en yitlf lorsqu'on n'est pas à sa maison; en campagne ou en provino quand on a quitté Paris. On met en prison , et l'on met dai les cachots.

Lorsqu'il est question du temps, dans marque plus partie lièrement celui ou l'on exécute les choses , et en marque pli proprement celui qu'on emploie à les exécuter. La mortant dans le moment qu'on y pense le moins , et l'on passe en t instant de ce monde à l'autre.

Lorsque ces mots sont employés pour indiquer l'état ou qualification, dans est ordinairement d'usage pour le senspa itcularisé, et en pour le sens général. Ainsi l'on dit, vivi dans une entière liberté, être dans une fureur extrême, tomb dans une profonde léthargie ; mais on dit, vivre en iibertt être en fureur, tomber en léthargie. (G.) 444. ENCHAÎNEMENT , ENCHAÎNURE r. Liaison de choses qui dépendantes les unes des autres forment une chaîne ou une sorte de chaîne. Enchaînement r se dit guère qu'au figuré, des objets physiquement ou met!

physiquement dépendans les uns des autres. Enchainure Il se dit guère que dans le sens propre des ouvrages de l'art. Dt anneaux, des fils, des cordons, et autres objets semblables entrelacés les uns dans les autres, forment une enchainnn des causes, des idées, des malheurs, et autres objets quicoï

(1) Voyez sur ces mots le synonyme de Beauzée, qui est absc lument semblable. (G. t. 2, n. 54.)


ment successivement de l'an à l'autre, forment un enchat-.

ment.

Les rapports que les sciences ont entre elles forment leur ■vilainement-, ils les enchaînent ensemble: la disposition même ii anneaux, qui entrent les uns dans les autres, est leur en- iciînure; c'est l'état de la chose tnchaîne. (R.) 445. ENCORE, AUSSI.

Encore a plus de rapport au nombre et à la quantité ; et opre énergie est d'ajouter et d'augmenter : quand il n'y en; )as assez, il en faut encore. L'amour est non seulement 1h ral, mais encore prodigue.

Áussi tient davantage de la similitude et de la comparaison ; valeur particulière est de marquer de la conformité et de galité dans les choses : lorsque le corps est malade, l'esprit st aussi : c% n'est pas seulement à Paris qu'il y a de la poli.

ise, on en trouve aussi dans la province. (G.) 446. ENDURANT, PATIENT.

Endurant, qui endure, qui souffre avec patience; avec COlle ince, des duretés, des inj ures, des outrages, des contradic- ms, des persécutions de la part des hommes. Patient, qui itit, qui souffre avec modération , avec douceur, sans agition, sans murmure, quelque genre de peine que ce soit.

atient est le genre; endurant est l'espèce. Patient a beaucoup acceptions selon lesquelles il n'est point synonyme d'endurant.

Il s'agit de vivre avec les hommes pour sentir la nécessité être endurant ; il suffit de vivre pour sentir la nécessité d'êe pahellt.

Il y a des personnes très-patientes à l'égard des maux qui 'Ill' arrivent par le cours de la nature; et fort mal endurantes l'égard de ceux qui leur viennent de la main des hommes.

,a nature est sur nous, il faut bien se résigner : les hommes Mit nos frères ; s'ils nous blessent, ils blessent ou notre cœur u notre amour-propre.

Job qui, dans les plus terribles angoisses, chante les louants de Dieu, est patient. David qui, entendant les malédictions le Séméi, défend qu'on le punisse, est endurant.

L'homme délicat et irascible n'est pas endurant, l'homme ensible et vif n'est point patient.

Le maître qui, par des confidences ou de toute autre malière, se met dans la dépendance de ses domestiques, s'oblige i être non seulement patient, mais endurant.

On dit malicieusement, pour désigner un lâche , que c'est un homme fort endurant. On dit d'un homme patient malgré lui, qu'il prend patience en enrageant. (R.) Endurer, c'est souffrir, non pas avec patience, mais avec *


'constance, des duretés, des injures, des persécutions. Si j' exclus la patience, c'est parce qu'elle appartient exclusiveme à l'homme patient, sans quoi ces mots seraient complèteme synonymes. La crainte, la faiblesse, la position dans laquei vous serez, pourront vous forcer d'endurer sans rien dir, quoique vous ne soyez pas patient par caractère.

Patient, est celui qui souffre avec modération quelque gens A noinA mip w snit - nVst vprtn - ('st longanimité.

On a dit que les martyrs avaient enduré les outrages et 1 tortures avec une patience admirable : on dit tous les jour endurer patiemment, et toujours patience vient corriger < qu'endurant présente de faiblesse ou d'impuissance.

L'homme endurant souffre et enrage; l'homme patient sou fre et reste calme. (Anon.) 447. ÉNERGIE, FORCE.

Nous ne considérons ici ces mots qu'en tant qu'ils s'appii quent au discours ; car dans d'autres cas leur différence saut aux yeux.

Il semble qu'énergie dit encore plus que force ; et qu'éncrgi s'applique principalement aux discours qui peignent, et a caractère du style. On peut dire d'un orateur qu'il joint 1 force du raisonnement à l'énergie des expressions. On di aussi une peinture éllergique, et des images fortes. ( Encycl Y, 651.) 448. ENFANT, PUÉRIL.

On applique la qualification d'enfant aux personnes, e celle de puéril à leurs discours ou à leurs actions : ainsi l'oi dirait d'un homme qu'il est enfant, et que tout ce qu'il dit es puéril. Le premier de ces mots désigne dans l'esprit un défau i de maturité , et le second un défaut d'élévation. Un discour: d'enfant est un discours qui n'a point de raison : un discour: puéril est un discours qui n'a point de noblesse. Une conduite d'enfant est une conduite sans réflexion , qui fait qu'on s'a muse à des bagatelles, faute de connaître le solide : une con.

duite puérile est une conduite sans goût, qui fait qu'on donne dans le petit, faute d'avoir des sentimens. (G.) 449. ENFANTER, ACCOUCHER, ENGENDRER. j La valeur commune et littérale de ces mots est de produire par voie de paternité ou de maternité, avec les différences qui suivent. Enfanter ne joint à cette signification générale aucune autre idée accessoire ; d'ailleurs on ne l'emploie que rarement et dans certaines occasions graves et sérieuses, où il est comme consacré : c'est ainsi qu'il est dit de la Vierge, qu'elle enfantera un fils qui sera nommé Jésus. Accoucher a uniquement

A


'pOl't à la femme, et marque précisément le moment, ou tôt l'action particulière de mettre l'enfant au monde. En11drer se dit également pour les deux sexes ; et ne bornant la force de la signification au seul instant de la naissance, l'applique indéfiniment à ce qui contribue à la génération.

radis la terre enfanta des géans ambitieux jusqu'à vouloir nalader le ciel ; aujourd'hui elle n'enfante plus que des êtres rapans. Nos dames n'accouchent pas plus heureusement de * 'açon des chirurgiens que de celle des sages-femmes ; c'est , :onduite dans les accidens, et non la main, qui décide de ( r sort. Il n'y a souvent qu'une impuissance respective entre ',ri et femme, chacun d'eux ayant les qualités propres à ch- ."drer avec toute autre personne.

)ans le style figuré, on se sert d'enfanter pour ce qui est <: prement ouvrage, soit de la plume, soit de la main. Le t d'accoucher y est employé pour les productions d'esprit, jours relativement à l'instant du travail qui les fait éclore : plus, il y conserve l'idée accessoire de difficulté, par simiide à celle qu'on a dans l'accouchement naturel. Quant au t d'engendrer, ce style le place ordinairement dans ce qui l'effet de l'humeur. Les exemples suivans en vont être la , uve.

:i y a plus de gloire à un auteur d'enfanter en toute sa vie seul volume qui soit bon, que d'en enfanter plusieurs maus chaque année. L'amour du gain, de concert avec celui la parure, enfantent les colifichets et tous les ouvrages fries de la mode.

Jn poète qui vient d'accoucher d'un sonnet ou d'une épi..

imme, n'a rien de plus pressé que d'en faire part au pablic.

l'on fait bien attention à la nature des synonymes et à la me de cet ouvrage, on verra qu'il a fallu que mon esprit à chaque article dans les travaux de l'accouchement pour ttre au jour les différences délicates que l'usage a bien fores et conçues dans son sein, mais que l'on ne s'était pa.

:ore avisé de développer et d'en faire accoucher sa plume.

On dit d'un homme facétieux qu'il n'engendre pas mélanie. Le jeu n'engendre des querelles et de la mauvaise huur que lorsque la cupidité en est l'ame au lieu d'un hon4e amusement. (G.) 450. ENFIN, A LA FIN, FINALEMENT. Enfin, en-fin, signifie en finissant, pour finir, pour con- ision , en un mot. A la fin signifie après tout cela, au bout compte, en dernière analyse, pour résultat des choses. nalement signifie en-fin ifnale, ou, comme on a dit, à la finale, c'est à-dire, pour dernière conclusion, définitiveent, selon la valeur du mot final, qui ne s'applique qu'à


certains objets. On dit une quittance finale y une sentence nale, etc, toujours pour indiquer une dernière opérati sans aucun retour ; mais ifnalement est vieux et populaire.

Suivant ces explications données ou reçues par les voca: listes, enfin annonce particulièrement, par une sorte de Ir sition, la fin ou la conclusion d'un discours, d'un récit, d raisonnement. A la fin annonce la fin ou le résultat des cho; des affaires, des événemens considérés en eux-mêmes. Fi lement annoncerait un résultat final ou une conclusion nl Enfin, c'est mon plaisir, je veux me satisfaire. Enfin qui est arrivé peut arriver encore. Ce mot ne .marque, d ces phrases et autres semblables, que la conclusion de quelq discours. A la fin, le masque tombe, et l'homme reste.

fin , tous les impôts retombent sur les propriétaires des ter Cette locution désigne le résultat propre des choses, sans ég au discours. Nos comptes sont ifnalement arrêtés ; vos rais sont finalement déduites; cet adverbe indique une chose tièrement consommée.

Enfin s'applique quelquefois aux choses, au lieu qu'à la ne peut guère s'appliquer au discours. Alors enfin ne sert ( indiquer la lenteur de l'événement arrivé après beaucoup temps, d'attente, d'incertitude : à la fin marque le terme quel aboutit, tôt ou tard, une suite d'événemens, sur: après et malgré des conditions, des accidens contraires, telles autres circonstances.

f" Enfin Malherbe vint ; et, le premier en France, r Fit sentir dans ses vers une juste cadence.

BOILEAU. < ? Enfin ne désigne là qu'une longue incertitude, un te long, un événement tardif. Dans les passages suivans, à la fin prime clairement l'effet produit, le résultat des diverses infli ces, la fin des difficultés et des contradictions, le rappor l'opposition du dénouement avec les événemens qui l'ont, cédé.

Mon courage à la fin succombe à mes douleurs.

GOMBAUD.

On m'a dit qu'à la fin toute chose se change. ".;À MALHERBE. Il est sensible que dans ces phrases enfin serait faible et suffisant, parce qu'il ne désignerait pas les rapports marq par l'expression à la fin, (R.) - y ait 451. ENFLÉ, GONFLÉ, BOUFFI, BOURSOUFFL^.

.: L'idée commune à tous ces termes est celle d'une élévati d'une extension qui augmente le volume ordinaire du cor


;t quiesfcausée, ou semble l'être, par l'eau, par l'air, par les humeurs, èlc.

1 En/lé offre l'idée du fluide qui est en, dans le corps. Gonflé )ffre l'idée particulière d'une forte tension, causée par une :rop grande plénitude, ce semble, dans un corps vide qui a a capacité de contenir plus ou moins de matière. ,

4 Bouffi offre l'idée d'une enflure grosse , mais avec quelque hose de flasque qui donne au corps un faux embonpoint, omme quand on enfle ou gonfle sa bouche , ses joues pour souffler, bouffer. Boursoufflè offre l'idée d'une enflure, surtout le la peau, du tégument, etc., celle d'un corps qu'on souffle 3t d'une bourse qu'on emplit, ou autre chose semblable.

Le mot enflé est comme le genre à l'égard des autres mots : il se dit de tout un corps qui reçoit une extension par les fI'IiJes. Un ballon est enflé par l'air qu'on y introduit : la voile îst enflée par fe vent : une jambe est enflée par une humeur.

Le mot gonflé convient proprement aux corps qui, dans le ide de leur capacité, reçoivent assez de matière pour s'enfler m point qu'ils semblent ne pouvoir pas en contenir davantage. Un ballon est gonflé, lorsqu'il est si enflé qu'on ne peut guère le souffler davantage. L'estomac, les joints, le ventre, sont gonflés, lorsque la peau est fort tendue ; mais les mains, les cuisses, les jambes, s'enflent et ne se gonflent point, parce qu'elles ne sont.point, comme ces autres parties du corps, vides en dedans, et disposées pour contenir diverses matières. - * Le mot bouffi ne s'applique qu'aux chairs qui,, par quelque indisposition, sont enflées de manière que l'on paraît être engraissé, mais toutefois avec un air malsain. Il se dit proprement du visage; mais on l'étend à toute l'habitude du corps.

t le mot boursoufflè se dit proprement des choses que l'on souffle pour leur donner un gros volume, et, par analogie , de celles qui ont, avec peu de matière, tant de volume qu'elles paraissent avoir été soufflesÓ Le bœuf que le boucher souffle pour détacher plus facilement le cuir de la chair, est bour-

soufflé. Les pâtisseries légères qui ont beaucoup de volume avec peu de consistance, sont boursoufflées. ,

t, Ces mots s'emploient dans des sens fignrés, et ils nous présentent encore alors les mêmes nuances. En morale, un homme plein de lui-même, d'orgueil, de vanité, de tout ce qui est, comme l'on dit, duvent, est enflé, .gonflé, bouffi.

1 Un style est enflé, bouffi, boursoufflè, mais il n'est pas gonflé.

Le défaut du style enflé, dit Boilçau, est de vouloir al!er audelà du grand : c'est plutôt d'excéder la mesure naturelle du tujet. Il est bouffi lorsqu'il sort tout-à-fait du sujet, et qu'en affectant beaucoup de grandeur et de force , il décèle beaucoup de faiblesse et de lâcheté. Il est boursoufflè lorsqu'il


n'est rempli que de mots, de grands mots vides de sens ci d'idées. (R.)

452. ENNEMI, ADVERSAIRE, ANTAGONISTE.

Les ennemis cherchent à se nuire; ordinairement ils S( haïssent, et le cœur est de la partie. Les adversaires font va loir leurs prétentions l'un contre l'autre ; ils se poursuivent souvent avec animosité , mais l'intérêt a plus de part à leui conduite que le cœur. Les antagonistes embrassent des partis opposés , ils se traitent quelquefois avec aigreur ; mai leur éloignement ne vient que de leur différente façon de penser.

Les premiers font la guerre, veulent détruire, et portent leurs coups jusque sur la personne. Les seconds contestent, veulent s'approprier quelque chose , et en priver le compétiteur; la cupidité est le motif ie plus fréquent de leur désunion. Les troisièmes s'opposent réciproquement à leurs progrès, et veulent chacun avoir raison dans leurs disputes; le goût et les opinions sont presque toujours l'objet de leurs débats.

Il y a des nations dont les sujets naissent ennemis de ceux de la nation voisine. Un riche plaideur est un adversaire plus à craindre que le plus éloquent avocat. Scaligeret Pétau furent dans* leur temps grands antagonistes. (G.) -.

455. ÉNONCER, EXPRIMER.

Énoncer, faire connaître, produire au-dehors. Exprimer, tirer le suc en pressant, rendre les traits de la chose, faire l'empreinte , représenter au naturel.

Vous énoncez votre pensée en la rendant d'une manière intelligible = vous Vexprimez en la rendant d'un manière sensible.

L'énonciation suit l'idée : l'expression naît de l'idée clairement et fortement conçue. On s'énonce avec facilité, avec netteté, avec pureté, avec régularité, en bons termes, en termes - choisis. On s'exprime de toutes ces manières, mais surtout avec force, chaleur, énergie , de façon à imprimer la chose dans l'esprit de l'auditeur.

Enoncer demande plutôt les qualités de l'élocution : son mérite est dans la diction ou le langage choisi. Exprimer demande les qualités de l'éloquence : son principal mérite consiste dans le parfait rapport des termes avec les idées, et de l'image avec la chose. Ainsi l'homme disert s'énonce ; l'homme éloquent s'exprime.

Le peuple s'exprime quelquefois mieux qu'il ne s'énonts parce qu'il sent vivement, et qu'il sait peu. (R.)


454. S'ENQUÉRIR, S'INFORMER.

« Le mot n'est pas noble (dit-on en parlant de s'enquérir) ; il paraît proscrit du discours ordinaire, admis tout au plus dans le jargon du palais. « Certes, cette proscription ne ferait honneur ni à notre goût ni à nos lumières. S'enquérir était du beau langage dans le dernier siècle : j'en ai la preuve dans les écrits des femmes qui fréquentaient la cour, et qui ont laissé une réputation littéraire. Il est bon et utile, car il tient à une grande famille , et il dit quelque chose de plus fort et de plus précis que son synonyme s'informer, mot qui ne conserve aucune trace de son origine , puisque le sens propre d'informer sst de donner la forme.

S'enquérir c'est faire des enquêtes ou des recherches plus )u moins diligentes, curieuses, étendues ou profondes , pour icquérir la connaissance, une connaissance ample ou exacte, )U même la certitude de la chose. S'informer, c'est seulement :herchef, demander des lumières, des éclaircissemens pour avoir ce qui est.

S'enquerir dit plus que s'informer ; comme quérir dit plus rue chercher, requérir que demander, etc. S'enquérir, en latin nquirere, c'est scruter, fouiller en dedans, dans le fond, intùs uœrere ; 'comme le remarquent les vocabulistes. En demanlant une chose à quelqu'un, on s'en informe; en la demanlant à plusieurs personnes, pour juger par leurs témoignages omparés , ou en pressant ou poursuivant de questions une ersonne instruite, un s'enquiert. Ce dernier verbe est l'es èce ; l'autre est le genre.

Ainsi celui qui questionne s'enquiert, celui qui demande 'informe. A force de s. enquérir, on découvre ; à force de s'informer, n apprend. (R.) 55. ENSEIGNER, APPRENDRE, INSTRUIRE, 'INFORMER , FAIRE SAVOIR.

Enseigner, c'est uniquement donner des leçons. Apprendre, 'est donner des leçons dont on profite. Instruire, c'est mettre u fait des choses par des mémoires détaillés. Informer , c'est vertir les personnes des événemens qui peuvent être de quelue conséquence. FaIre savoir, c'est simplement rapporter u mander fidèlement les choses.

Enseigner et apprendre ont plus de rapport à tout ce qui est ropre à cultiver l'esprit et à former une belle éducation; 'est pourquoi l'on s'en sert très à propos lorsqu'il est queslon des arts et des sciences. Instruire a plus de rapport à ce ui est utile à la conduite de la vie et au succès des affaires ; insi il est à sa place lorsqu'il s'agit de quelque chose qui re*


garde on notre devoir ou nos intérêts. Informer renferme particulièrement, dans l'étendue de son sens, une idée d'autorité à l'égard des personnes qu'on informe, et une idée de dépendance à l'égard de celles dont les faits sont l'objet de l'information; c'est par cette raisonque ce mot est à merveille lorsqu'il est question des services ou des malversations de gens employés par d'autres, et de la manière dont se comportent les enfans, les domestiques , les sujets, enfin tous ceux qui ont à rendre raison à quelqu'un de leur conduite et de leurs actions. Faire savoir a plus de rapport à ce qui satisfait simplement la curiosité, de sorte qu'il convient mieux en fait de nouvelles.

Le professeur enseigne , dans les écoles publiques , ceux qui viennent entendre ses leçons. L'historien apprend à la postérité les événemens de son siècle. Le prince instruit ses ambassadeurs de ce qu'ils ont à négocier : le père instruit aussi ses enfans de la manière dont ils doivent vivre dans le monde. L'intendant informe la cour de ce qui se passe dans la province ; comme le surveillant informe les supérieurs de la bonne ou mauvaise conduite de ceux qui leur sont soumis. Les correspondans se font savoir réciproquement tout ce qui arrive de nouveau et de remarquable dans les lieux où ils sont.

Il faut savoir à fond pour être en état d'enseigner. Il faut de la méthode et de la clarté pour apprendre aux autres ; de l'expérience et de l'habileté pour bien instruire, de la prudence et de la sincérité pour informer à propos et au vrai; des soins et de l'exactitude pour faire savoir ce qui mérite de n'être pas ignoré.

Bien des gens se mêlent d'enseigner ce qu'ils devraient encore étudier. Quelques-uns en apprennent aux autres plus qu'ils n'en savent eux-mêmes. Peu sont capables d'instruire.

Plusieurs prennent la peine, sans qu'on les en prie, d'informer les gens de tout ce qui peut leur être désasré.ible. TI y en a d'autres qui, par leur indiscrétion, font savoir à tout le monde ce qui est à leur propre désavantage. (G.) 436. ENTENDRE, COMPRENDRE, CONCEVOIR.

Se faire des idées conformes aux objets présentés, c'est la signification commune de ces mots; mais entendre marque une conformité qui a précisément rapport à la valeur des termes dont on se sert; comprendre en marque une qui répond direc* tement à la nature des choses qu'on explique ; et celle qu'exprime le mot de concevoir regarde plus particulièrement 1 ordre et le dessein de ce qu'on se propose. Le premier s'ap.

plique très-bien aux circonstances du discours, au ton dont on parle, au tour de la phrase, à la délicatesse des expres-


MGIIS; tout cela s'entend. Le second parait mieux convenir en fait de principes, de leçons, de connaissances spéculatives; ces choses se comprennent. Le troisième s'emploie avec grace pour les formes, les arrarigemens , les projets , les plans ; enfin, tout ce qui dépend de l'imagination se conçoit.

On entend les langues ; on comprend les sciences ; et l'on conçoit ce qui regarde les arts.

Il est difficile d'entendre ce qui est énigmatique, de comprendre ce qui est abstrait, et de concevoir ce qui est confus.

La facilité d'entendre désigne un esprit fin; celle de comprendre désigne un esprit pénétrant ; celle de concevoir désigne un esprit net et méthodique.

Le courtisan entend le langage des passions. L'homme docte comprend les questions métaphysiques de l'école. L'architecte conçoit le plan et l'économie des édifices.

Tout le monde n'entend pas ce qui est délicat, ne comprend pas ce qui est relevé, et ne conçoit pas ce qui est grand.

Il faut parler clairement à ceux qui n'entendent pas à demimot ; ne s'entretenir que de choses communes et sensibles avec ceux qui n'en peuvent pas comprendre de sublimes ; et mettre , autant que la conversation le permet, de l'ordre dans son discours, afin d'aider l'idée des autres à concevoir la nôtre. (G.) 457. ENTENDRE, ÉCOUTER, OUÏR.

Entendre, c'est être frappé des sons : écouter » c'est prêter l'oreille pour les entendre. Quelquefois on n'entend pas, quoiqu'on écoute, et souvent on entend sans écouter. Ouïr n'est guère d'usage qu'au prétérit ; il diffère d'entendre, en ce qu'il marque une sensation plus confuse : on a quelquefois oui parler sans avoir entendu ce qui a été dit.

Il est souvent à propos de feindre de ne pas entendre. Il est malhonnête d'écottter aux portes. Pour répondre juste, il faut avoir otti distinctement. (G.) 438. ENTENDRE RAILLERIE, ENTENDRE LA RAILLERIE.

Ces deux expressions ne sont 'point synonymes, et peutêtre , par cette raison, ne devraient-elles pas trouver place ici; mais elles se ressemblent si fort à l'extérieur, qu'il peut y avoir, pour bien des gens, autant de danger de prendre l'une pour l'autre, que si elles étaient synonymes en effet.

Les différences qui les distinguent peuvent donc conduire au même but, qui est de mettre en état de parler avec justesse. (B.) Entendre raillerie, c'est prendre bien ce qu'on nous dit, c'f est ne s'en point fâcher, c'est non seulement savoir souffrir les railleries, mais aussi les détourner avec adresse et les rç-

f


pousser avec esprit. Entendre la raillerie. c'est entendre l'art de railler; comme entendre la poésie 9 vt entendre l'art et le génie des vers. (Encycl., XIII, 'ïïtf./ On dit qu'un homme entend la raillerie, pour dire qu'il a la facilité, l'art, le talent de bien raillerj et qu'il entend raillerie, pour dire qu'il ne s'offense peint de ce qu'on lui dit en raillant. (Dictionnaire de l'Acad. , 4762.) Il y a des auteurs si amoureux de leurs pensées, qu'ils n'entendent point raillerie sur la contradiction, quelque mesurée qu'elle soit ; c'est qu'ils ont écrit pour être loués , et qu'ils jugent qu'ils ont manqué leur coup. Les moins emportés ont quelquefois recours à l'ironie et au sarcasme pour se vengcr; c'est qu'ils ignorent sans doute qu'il faut plus d'esprit et de talent pour bien entendre la raillerie que pour bien défendre une opinion vraie ou vraisemblable. Qu'ils n'écrivent que pour être utiles, ils seront moins contredits, ou ils seront moins sensibles ; cela revient au même pour leur amourpropre. (B.) 459. ENTÊTÉ , OPIIATRE, TÊTU , OBSTINÉ. Ces épithètes marquent un défaut qui consiste dans un trop grand attachement à son sens. Mais ce défaut, dans un entêté, semble venir d'un excès de prévention qui le séduit, et qui, lui faisant regarder les opinions qu'il a embrassées comme les meilleures, l'empêche d'en approuver et d'en goûter d'autres.

Dans un opiniâtre ce défaut parait être l'effet d'une constance mal entendue, qui le confirme dans ses volontés, et qui, lui faisant trouver de la honte à avouer le tort qu'il a, l'empêche de se rétracter. Dans un fétu, ce défaut vient d'une pure indocilité ou bonne opinion de soi-même, qui fait que, se consultant seul, il compte pour rien le sentiment d'autrui. Dans un obstiné, ce défaut me paraît provenir d'une espèce de mutinerie affectée , qui le rend intraitable, qui, tenant un peu de l'impolitesse , fait qu'il ne veut jamais céder.

Entélêet têtu désignent un défaut plus fondé sur un esprit trop fortement persuadé que sur une volonté trop difficile à éduire, et dont, par conséquent, le propre effet est de faire trop abonder en son sens : avec cette différence entre eux, que ]Y entêté croit et se persuade également les sentimens des autres comme les siens, et même après quelque sorte d'examen ou de raisonnement; au lieu que le têtu ne s'en tient qu'aux siens propres, et le plus souvent du premier aspect, sans aucune réflexion.

Opiniâtre et obstiné désignent, tout au contraire, un défaut 8lus fondé sur une volonté revêche que sur une conviction d'esprit, et dont l'effet particulier tend directement à ne se point rendre au sens des autres, malgré toutes les lumières , ij $


contraires : avec cette différence que l'opinidtre refuse ordinairement de se rendre à la raison par une opposition à céder qui lui est comme naturelle et de tempérament; au lieu que l'obstiné ne s'en défend souvent que par une volonté de pur caprice et de propos délibéré. (G.) 460. ENTIER , COMPLET.

Une chose est entière lorsqu'elle n'est ni mutilée, ni brisée, ni partagée, et que toutes ses parties sont jointes ou assemblées de la façon dont elles doivent l'être : elle est complète lorsqu'il ne manque rien, et qu'elle a tout ce qui lui convient.

Le premier de ces mots a plus de rapport à la totalité des portions qui servent simplement à constituer la chose dans son intégrité essentielle. Le second en a davantage à la totalité des portions qui contribuent à la perfection accidentelle de la chose.

Les bourgeois, dans les provinces, occupent des maisons entières ; à Paris, ils n'ont pas toujours des appartemens complets. (G.) 461. ENTIÈREMENT, EN ENTIER.

Vous désignez par là une exécution parfaite, une consommation totale, un achèvement absolu, une chose à laquelle il ne manque rien, d'où l'on n'a rien ôté, où il n'y a rien à ajouter.

Entièrement modifie le verbe, l'action exprimée par le verbe : en entier modifie la chose, l'objet sur lequel tombe cette action. Quand vous avez fait entièrement une chose, 1^ chose est faite en entier; il n'y a plus rien à y faire.

J'ai lu entièrement cet ouvrage, c'est-à-dire que ma lecture est achevée. Je l'ai lu en entier, c'est-à-dire, que j'ai lu l'ouvrage tout entier. Ainsi entièrement se rapporte directement à votre action ; en entier s'applique immédiatement à l'objet, l'ouvrage : de même vous avez entièrement payé votre dette, vous en avez fait le paiement entier ; vous avez payé votre dette en entier, vous l'avez payée tout entière.

S'il est souvent indifférent d'employer l'une ou l'autre de ces manières de parler , puisque le résultat parait être le même, il n'en est pas moins nécessaire quelquefois d'employer l'une des deux à l'exclusion de l'autre. Vous direz entièrement luand il s'agira de marquer l'étendue de votre action, et en mtier lorsqu'il faudra proprement déterminer l'étendue de l'effet ou de la chose.

Une personne change entièrement d'avis ; on ne dira.pas qu'elle en change en entier : c'est la personne qui change, et non l'avis. Elle en change entièrement, en ce qu'elle n'en con-


serve rien ; l'avis reste en entier, mais ce n'est pas celui de la personne.

La peste a cessé entièrement, et non en entier. La peste en elle-même ne se divise pas comme un tout qui a plusieurs parties ; mais son cours ou son action a plus ou moins de force, et passe par divers degrés d'affaiblissement jusqu'à son entière cessation.

En entier indiquera aussi ce qui se fait tout à la fois, en un seul coup, par un seul acte, tout ensemble ; tandis qu'entiérement désigne une succession d'actes ou une action dont les influences divisées se portent sur divers objets.

Une ville est entièrement engloutie par plusieurs secousses de tremblemens de terre ; par une seule ouverture subite de la terre, elle est engloutie en entier. (R.) 462. ENTOURER , ENVIRONNER , ENCEINDRE , ENCLORE.

Enclore, c'est enfermer une chose comme dans un rempart, former tout autour une clôture, de manière qu'elle soit cachée, défendue. Un parc est enclos de murs pour que les personnes n'y entrent pas et que le gibier n'en sorte point.

On fait enclore un jardin pour le mettre à l'abri des incursions , et même qu'on n'y soit pas vu. Défendre à un propriétaire d'enclore son champ, c'est lui défendre de garder son bien. Enclore ne se dit qu'au propre, et, comme le simple clore, est défectif.

Enceindre, c'est renfermer une chose dans une enceinte, l'entourer dans toute sa circonférence, comme d'une ceinture, de manière que n'étant nulle part ouverte ou découverte, d'un côté ses limites soient fixées, et de l'autre son accès soit défendu.

Ce mot, peu usité, ne se dit que d'une étendue assez considérable. Une ville est enceinte de murailles ; on fait enceindre de fossés une forêt. On a dit enceindre et non pas enclore un bois de troupes : la clôture est permanente et à demeure, Yenceinte peut être mobile et seulement tracée.

Les idées distinctives des deux verbes précédens sont bien marquées. Il n'en est pas de même d'environner et d'entourer: leur étymologie ne donne que l'idée générale et commune de mettre une chose autour d'une autre, de former un cercle autour de celle-ci, de la revêtir ou enfermer dans toute sa circon* férence. On entoure et on environne une ville de murs; et l'on dira de même enceindre et enclore une ville.

Après beaucoup de recherches et de réflexions sur la valeur et l'emploi des mots entourer et environner, je serais disposé à croire que ce qui entoure touche de plus près à la chose qu'il entoure, qu'il forme tout autour une chaîne plus serrée, qu'il a des rapports plus étroits avec elle ; tandis que ce qui enri-


ronne peut être plus ou moins élogllé, v-îus vague, moins continu, plus détaché et plus indépendant de ce qu'il environne.

Je me fonde sur certaines façons de parler usitées. Un anneau entoure le cloigt ; un bracelet entoure le bràs ; une bordure entoure un tableau ; des diamans entourent un portrait. On dit dans tous ces cas entourer plutôt qu'environner.

Ces deux mots s'emploient également au figuré; entourer s'y renfermera donc dans un cercle plus étroit, et il indiquera des rapports plus intimes ; environner, plus libre et plus pompeux embrassera un champ plus vaste, et conviendra surtout dans les grandes images. L'homme est environné de misères : le pauvre en est tout entouré. (R.) 463. ENVIE , JALOUSIE.

Voici les nuances par lesquelles ces mots diffèrent.

4° On est jaloux de.ce qu'on possède, et envieux de ce que possèdent les autres : c'est ainsi qu'un amant est jaloux de sa maîtresse; un prince, jaloux de son autorité. (Encycl., V, 758.) La jalousie est donc , en quelque manière, juste et raisonnable, puisqu'elle ne tend qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres..

(La Rochefoucauld.) La jalousie ne règne pas seulement entre des particuliers, mais entre des nations entières, chez lesquelles elle éclate quelquefois avec la violence la plus funeste : elle tient à la rivalité de la position, du commerce, des arts, des talens et de la religion. (Encycl., VIII, 459.) L'homme qui dit qu'il n'est pas né heureux pourrait du moins le devenir par le bonheur de ses amis ou de ses proches : l'envie lui ôte cette dernière ressource. (La Bruyère, Caract., ch. xj.) 2° Quand ces deux mots sont relatifs à ce que possèdent les autres, envieux dit plus quejaloux. Le premier marque une disposition habituelle et de caractère ; l'autre peut désigner un sentiment passager : le premier désigne un sentiment actuel plus fort que le second. On peut être quelquefois jaloux sans être naturellement envieux : la jalousie , surtout au premier mouvement, est un sentiment dont on a quelquefois peine à se défendre ; l'envie est un sentiment bas, qui ronge et tourmente celui qui en est pénétré. {Encycl., Y, 738.) La jalousie est l'effet du sentiment de nos désavantages comparés au bien de quelqu'un : quand il se joint à cette jalousie de la haine, et une volonté de vengeance dissimulée


par faiblesse, c'est envie. ( Connaiss. de l'esprit humain, page 85.) Toute jalousie n'est pas exempte de quelque sorte d'envit et souvent même ces deux passions se confondent. L'envie. au contraire, est quelquefois séparée de la jalousie, comme est celle qu'excitent dans notre ame les conditions fort élevées au-dessus de la nôtre, les grandes fortunes, la faveur, le ministère.

L'envie et la haine s'unissent toujours et se fortifient l'une Vautre dans un même sujet; et elles ne sont reconnaissables entre elles qu'en ce que l'une s'attache .à la personne, l'autre à l'état et à la condition.

Un homme d'esprit n'est point jaloux d'un ouvrier qui a travaillé une bonne épée, ou d'un statuaire qui vient d'achever une belle figure : il sait qu'il y a dans ces arts des règles et une méthode qu'on ne devine point ; qu'il y a des outils à manier dont il ne connaît ni l'usage , ni le nom, ni la figure ; et il lui suffit de penser qu'il n'a point fait l'apprentissage d'un certain métier pour se consoler de n'y être point maître. Il peut au contraire être susceptible d'ellvie, et même de jalousie, contre un ministre et contre ceux qui gouvernent, comme si la raison et le bon sens , qui lui sont communs av,ec eux > étaient les seuls instrumens qui servent à régir un Etat et à présider aux affaires publiques, et qu'ils dussent suppléer lux règles , aux préceptes , à l'expérience. (La Bruyère, CaTact., ch. xj.) 464. ENVIER, AVOIR ENVIE.

Nous envions aux autres ce qu'ils possèdent"; nous voudrions le leur ravir. Nous avons envie pour nous de ce qui n'est pas en notre possession ; nous voudrions l'avoir. Le premier est un mouvement de jalousie ou de vanité ; le second l'est de cupidité ou de volupté.

Les subalternes envient l'autorité des supérieurs. Les enfans ont envie de tout ce qu'ils voient.

Il me paraît qu'on se sert plus à propos d'envier pour les avantages personnels et généraux, mais qu'avoir envie va mieux pour les choses particulières et détachées de la personne. Ainsi l'on dit envier le bonheur de quelqu'un, et avoir envie d'un mets. (G.) 465. ENVIER, PORTER ENVIE.

C'est également désirer avec une sorte de chagrin ce qui est en la possession d'un autre; mais ces deux expressions donnent à cette passion des tournures différentes : on envie les choses et on porte envie aux personnes.

Voiture, dans une de ses lettres à M. Costar, s'exprime de


cette sorte. a Moi qui, en toute autre occasion , me réjouis de vos avantages plus que des miens propres, et qui ne vous envie pas votre esprit, votre science , ni votre réputation, je vous porte envie d'avoir été huit jours avec M. de Balzac. »

(Bouhours , Rem. nouv., tome I.) (G.) 466. ÉPANCHEMENT, EFFDSION.

Épancher, verser en penchant, en inclinant doucement, répandre goutte à goutte.

Effusion, écoulement abondant, débordement, profusion, prodigalité.

L'effusion est plus vive, plus abondante, plus continue que l'épanchement. Par une meurtrissure , il se fait un épanchement de sang ; il y en aura effusion par une large plaie.

Un épanchement de bile cause des incommodités ; l'effusion de la bile cause la jaunisse. Les libations usitées dans les sacrifices anciens se faisaient plutôt par épanchement que par effusion, c'est-à-dire, qu'on se contentait ordinairement d'épancher quelques gouttes de la liqueur, au lieu de l'épandre, ou, comme on dit à présent, de la répandre: Ces mots conservent leur différence au figuré. On dit souvent l'épanchement et l'effusion du cœur. Si les hommes connaissaient le plaisir des épanchemens de l'amitié, dit S. Evremont, ils le préféreraient à tous les autres.

Un cœur sensible cherche à se soulager par des épClnchemens; un cœur trop plein cherche à se decharger par des effusions.

," Les premières larmes d'une douleur long-temps concentrée provoquent leur affluence: les premiers épallchemens de l'ame provoquent l'effusion. 467. ÉPITIIÈTE , ADJECTIF.Du Marsais estime que l'adjectif est destiné à marquer les propriétés physiques et communes des objets, et qae l'épithéte désigne ce qu'il y a de particulier et de distinctif dans les personnes et dans les choses, soit en bien, soit en mal. Cette distinction ne pourrait regarder que les épithètes appellatives qui forment une dénomination, ou les épithètes patronimiques qui indiquent des rapports d'origine : comme quand on dit, Philippe le Long, Henri le Grand, Scipion l'Africain, etc.

Ces èpithètes 'forment des espèces de surnoms ou de prénoms.

Cet habile grammairien veut que l'adjectif se prenne dans le sens physique; et que, dans le sens figuré, il soit épithète.

Mais si vous dites, un fruit doux est agréable à manger, et il!

est agréable de traiter avec un homme doux; doux est, ce me semble, également adjectif dans le sens propre et dans le sens figuré. Il faut mettre 1 adjectif dans la phrase : vous pouvez y ', 1l,,'-


mettre ou n'y pas mettre l'épithète. On dit, une epithète oiseuse lorsque le mot est inutile : on ne dit pas, un adjectif oiseux; il ne serait alors qu'une èpithète. L'èpithète n'est que placée auprès du sujet : Y adjectif eslhé avec le sujet.

L'épithëte appartient proprement à la poésie et à l'éloquence : elles souffrent, elles exigent même une certaine abondance de paroles. L'adjectif appartient à la grammaire et à la logique; elles veulent qu'on dise tout ce qu'il faut, et qu'on ne dise que ce qu'il faut. L'tpithète et Y adjectif se joignent au substantif pour en modifier l'idée principale par des idées secondaires : mais l'idée de l'adjectif est nécessaire, elle sert à déterminer et compléter le sens de la proposition ; et l'idée de l'épühète n'est souvent qu'utile, elle sert à l'agrément et à l'énergie du discours. Retranchez d'une phrase l'adjectif, elle est incomplète, ou plutôt c'est une autre proposition : retranchez-en l'épithète, la proposition pourra rester entière, mais déparée ou affaiblie. Telle est la règle générale pour distinguer l'èpithète de l'adjectif.

M. Sulzer a fort bien distingué l'épithète, proprement'dite, du simple adjectif. « Il y a, dit-il, une autre espèce d'épithétes qu'on pourrait nommer grammaticales, parce qu'eUes ne sont que ce qu'on nomme, en grammaire , des adjectifs.

Celles-ci n'ont point de beauté esthétique, mais elles sont nécessaires à l'intelligence du discours; par exemple, enfant dté, esprit chagrin. Sans elles, l'idée principale n'aurait pas a détermination indispensable pour former un sens précis. »

L'adjectif détermine en quelque sorte le véritable sens du substantif. Quand on dit : l'homme sévère déplaît, la phrase a un sens parfait. Supprimez sévère, elle n'en a plus; iidétermine donc la valeur, il est adjectif nécessaire. (R.) 468. ÉPÎTRE, LETTRE.

Ces deux mots, synonymes par l'idée commune qu'ils ex priment, ne diffèrent que par les applications différentes qu'on en fait.

Lettre se dit généralement de toutes celles qu'on écrit d'ordinaire , surtout en prose, et de celles qui ont été écrites par des auteurs modernes ou dans des langues vivantes : ainsi l'on dit, les lettres de Balzac, de Voilure, de Madame de Sévigné, écrites en français ; les lettres du cardinal d'Ossat, du cardinal de Bentivoglio, écrites en italien; les lettres de Guévara, d'Antonio Perez, en espagnol; les lettres de Grotius, de Muret , de Jacques Bongars, en latin, etc.

Epttre, au contraire, se dit en parlant des lettres écrites par les anciens, dont les langues sont mortes : ainsi l'on dit, les èpiircs de Cicéron, de Sénèque, de Pline. Il est pourtant vrai que les traducteurs modernes ont dit lettTe.£ eu parlant Vf


de celles de Pline et de Cicéron. Le mot d'èpîtres est consacré surtout aux écrits de ce genre qui nous viennent des apôtres ; lesépîtres de saint Paul, de saint Jacques, de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jude : et l'on dit aussi, l'èpître de la messe, pour marquer la lecture qui s'y fait de quelque morceau de ces èpttres apostoliques, ou même, par extension, de quelque livre que ce soit de l'ancien Testament.

Dans le style moderne, on donne généralement le nom de lettres à toutes celles que l'on écrit en prose, de quelque ma-i tière qu'elles traitent, et avec quelque étendue qu'elles soient écrites ; il ne faut excepter que celles que l'on met à la tête des livres pour les dédier, et que l'on nomme épttres dédicatoires.

Mais on donne le nom d èpttres aux lettres écrites en vers, qui ont le caractère de celles d'Horace : ainsi l'on dit, les épîtres de Despréaux, de Rousseau.

Tout ce qui peut faire la matière d'un discours en forme peut aussi faire la matière d'une lettre; celui qui l'écrit doit donc, proportion gardée y se proposer, ainsi que l'orateur, d'instruire, de toucher et de plaire. Il y a des lettres de pur raisonnement ; d'autres, de sentiment; d'autres, de simple agrément : les premières exigent un style simple; les secondes, un style pathétique; les dernières, un style fleuri : mais toutes demandent du naturel.

Il faut croire, dit un auteur moderne, que l'estime et l'ami tié ont inventé l'épitre dédicatoire ; mais la bassesse et l'intérôt en ont bien avili l'usage.

On attache aujourd'hui à Yèpitre en vers l'idée de la réflexion et du travail, et on ne lui permet point les négligences de la lettre. L'pitre , comme la lettre, n'a point de style déterminé ; elle prend le ton de son sujet, et s'élève ou s'abaisse, suivant le caractère des personnes. (B.)

1 469. ERRER, VAGUER. '-Í1' Vaguer est presque inusité, quoique nous ayons sans cesse & la bouche vague, substantif; vague, adjectif; vagabond, extravaguer , etc. Les Latins, de qui nous l'avons immédiatement reçu, en font un fréquent usage en ce sens : et nons disons , pensée vague, discours vague, etc.

Vaguer, c'est errer d'une manière vague et vaine, à l'aventure , sans suivre aucune route déterminée, sans s'arrêter uuile part, sans but, sans dessein, sans raison ,-sans retenue.

Des peuples errans ne se fixent nulle part; ils changent souvent de lieu : des peuples vagabonds ne s'arrêtent pas; ils sont, ponr ainsi dire, toujours en course, sans fixer on terme à leurs monvemens. Celui qni erre, va sans savoir son chemin ; celui qui vague, tettoiijourssaiïssavoir où. Quand un erre, on est tantôt daJ»


un endroit, tantôt dans un autre; quand on vague, on est partout, on n'est nulle part. L'homme égaré erre; l'homme oisif vague. Sans boussole, vous errez; au gré des vents, voui vaguez. (R.) 470. ÉRUDIT, DOCTE, SAVANT, Ces trois termes spnt synonymes, en ce qu'ils supposent des connaissances acquises par l'étude.

L'erudit et le docte savent des faits dans tous les genres de littérature : l'érudit en sait beaucoup ; le docte les sait bien. Le docte et le savant connaissent avec intelligence : le docte connaît des faits de littérature qu'il sait appliquer ; le savant connaît des principes dont il sait tirer les conséquences.

Une bonne mémoire et de la patience dans l'étude suffisent pour former un erudit: ajoutez-y de l'intelligence et de la réexion, vous aurez un homme docte : appliquez celui-ci à des matières de spéculation et de sciences, et donnez-lui de la pénétration , vous en ferez un savant.

Si l'on peut employer indifféremment les termes d'èrudit el dedocte, c'est lorsqu'on ne veut indiquer que l'objet du savoir, sans 'rien dire de la manière dont on sait. Si les termes dE docte et de savant peuvent être pris l'un pour l'autre, c'est lorsqu'on ne veut désigner que la manière intelligente et raisonnable dont ils savent, et que l'on fait abstraction de l'objet du savoir. Mais les termes d'érudit et de savant ne peuvent jamais se mettre l'un pour l'autre, parce qu'ils diffèrent en tout point, et par l'objet, et par la manière : cette différence est.si grande, que savant est toujours un éloge; au lieu que l'on dit quelquefois, par une sorte de mépris, qu'un homme n'est qu'un èrudit.

Ces trois termes se disent des personnes : mais il n'y a que docte et savant qui se disent des ouvrages.

On dit d'un livre qui contient beaucoup de faits de littérature et grand nombre de citations, non pas qu'il est érudit, mais qu il est rempli d'érudition. On dit un docte commentaire , pour marquer que l'érudition y est employée avec discrétion et avec intelligence. Un ouvrage est savant quand or y traite les grands principes des sciences rigoureuses , 01 qu'on les y emploie pour la fin particulière qu'on se prfr pose. (B.) 471. ESCALIER , DEGRÉ, MONTÉE.

Ces trois mots désignent la même chose, c'est-à-dire, cettf partie d'une maison qui sert, par plusieurs marches, à mon ter aux divers étages d'un bâtiment, et à en descendre. Mai: etcalier est devenu aujourd'hui le seul terme d'usage ; degr, v .,¡.


e se dit plus que par les bourgeois, et montée , par le petit jBuple. (Encycl. Y , 229.) C'est peut-être marquer avec assez de justesse l'abus de ces 10is mots ; mais ce n'est pas en caractériser l'usage. Je crois je l'escalier est proprement la partie d'un bâtiment qui sert monter et descendre; que le degré est l'une des parties égales , l'escalier, qui sont élevées les unes au-dessus des autres, 'mr faire parvenir successivement du bas en haut, ou du lut en bas ; et que la montée est la pente plus ou moins douce ! Vescalier, ce qui dépend de la hauteur et de la largeur de iiacun des degrés. (B.) 472. EsrÉRER, ATTENDRE.

« Le premier de ces mots, dit l'abbé Girard, a pour objet succès en lui-même, et il désigne une confiance appuyée r quelque motif : le second regarde particulièrement le moînt heureux de l'événement, sans exclure ni désigner, par propre énergie, aucun fondement de confiance. On espère )btenir les choses ; on attend qu'elles viennent.

« Il faut toujours espérer en la bonté du ciel} et attendre, is murmurer, l'heure de la Providence.

« Plus on a de témérité à espérer, plus on a d'impatience à endre.

« Il semble aussi que ce qu'on espère soit plutôt une grace une faveur , et que ce qu'on attend soit plus une chose de voir et d'obligation. Ainsi nous espérons des réponses favo)les à nos demandes, et nous en attendons de convenables à 3 propositions. »

Espérer signifie, à la lettre, voir en avant, dans l'ave, et, par une restriction reçue, prévoir quelque chose leureux.

Utendre signifie être attentif, s'appliquer, avoir l'esprit du vers ce qui doit arriver.

\insi espérer indique primitivement un acte de prévoyance; attendre, une continuité d'attention. On espère, on se te, on aime à croire qu'une chose arrivera : on attend ce doit arriver, on y songe , on s'en occupe. On espère donc succès; on attend l'événement. Le succès qu'on espère est succès heureux; l'événement qu'on attend peut être lieuix ou malheureux. On attend l'événement même, de même on espère le succès en lui-même. Un accusé espère un junent favorable; et il attend son jugement.

* J'espère, dit l'abbé Girard, que mon ouvrage sera goûté public, et j'en attends un jugement équitable. » Ses espices ont été justifiées; son attente sera remplie. Pour moi, çpère que le public approuvera ma critique ; et j'attends un ement raisonné de nos maîtres pour m'y confirmer. (R.) -


, fbi * 473. ESPÉRANCE , ESPOIR.

On prétend qu'espoir est moins usité'en prose qu'en ver: cependant je l'ai trouvé chez les prosateurs autant que chez 1 poètes. Bouhours , en défendant ce mot contre Ménage, c plusieurs phrases où l'abbé Kegnier l'a employé dans s excellente traduction de Rodriguès. Mais il est d'un usa moins commun que son synonyme, par la raison qu'il ne s'i plique pas indifféremment, comme espérance, à toutes sor d'objets de nos désirs.

Ainsi l'espérance s'étend sur tous les genres de biens q nous déswrons obtenir, avec plus ou moins de penchant croire que nous les obtiendrons. Vespoir s'adresse proprerm il cette sorte de bien dont nous désirons le plus ardemmt la possession, et dont la privation serait pour nous un m heur. Le désir et la crainte qui accompagnent l'espoir s< toujours plus ou moins vifs : il n'en est pas toujours de méi dans l'espérance. L'espoir, tout détruit, mènerait au dés poir : le désespoir est évidemment le contraire de l'espo L'espérance trompée ne nous laisse souvent dans le co qu'un sentiment de peine. (R.) ..-, 464. ESPRIT , RAISON, BON SENS , JUGEMENT , ENTENDEMEI CONEPTION, INTELLIGENCE, GÉNIB. Le sens littéral d'esprit est d'une vaste étendue; il renfer même tous les divers sens des autres mots qui lui sont joi ici en qualité de synonymes, et par conséquent il est le f( dement du rapport et de la ressemblance qu'ils ont entre e Mais ce mot a aussi un sens particulier et d'un usage 100 étendu, qui le distingue et en fait une des différences cc

prises dans l'idée commune. C'est selon cette idée premi qu'il est ici placé, délini et caractérisé. J'ai cru ce prélimim nécessaire pour aller au devant d'une critique troo préciptl et pour mettre le lecteur au fait des caractères suivans.

L'esprit est fin et délicat, mais il n'est pas absolument < compatible avec un peu de folie et d'étourderie : ses prod tions sont brillantes, vives et ornées : son propre est donner du tour à ce qu'il dit et de la grace à ce qu'il fait.

raison est sage et modérée; elle ne s'accommode d'aucune travagance : tout ce qu'elle fait ne sort point de la règle ; discours sont convenables au sujet qu'elle traite, et ses acti ont toute la décence qu'exigent les circonstances. Le bons est droit et sûr ; son objet ne va pas au-delà des choses et munes; il empêche d'être la dupe des charlatans et des pons, et il ne donne ni dans le ridicule du langage affec n: dans le travers de la conduite capricieuse. Le jugement Johcle et clairvoyant; il bannit l'air imbécille et nigaud, I


Aisément au fait oes choses , parle et agit en conséquence de ce qu'on dit et de ce qu'on propose. La conception est nette et prompte; elfe épargne les longues explications, donne beaucoup d'ouverture pour les sciences et pour les arts , met de la clarté dans les expressions et rie l'ordre dans les ouvrages.

L'intelligence eM habile et pénétrante; elle saisit les choses ïbstraites et diffioiles, rend les hommes propres aux divers emplois de la société civile, fait qu'on s'énonce en termes corrects, et qu'on exécute régulièrement. Le génie est heureux ït féeond; c'est plus un don de la nature qu'un ouvrage de 'éducation : quand on a soin de le cultiver, on en est touours récompensé par le succès ; il met flll caractère et du goût lans tout ce qui port de lui.

Un galant homme ne te pique point d'esprit, s'attache A ITojr.de la raison, veille à ne se point écarter du bons sens, ravaille à former son jugement, exerce son entendement , iherche à rendre sa conception juste, se procure en toutes :hoses le plus d'intelligence qu'il petit, et suit son génie. La bêtise est l'opposé de l'esprît, la folie l'est de la raison, a sottise l'est do bon Sens, l'étourderie l'est du jugement, 'imbécillité l'est de l'entendement, la stupidité l'est de la onception, l'incapacité l'est de l'intelUg&vce, et l'ineptie l'est lu génie.

Il faut, dans le eommeroe des dômes, de l'esprit, ou du argon qui en ait l'apparence. L'on n'est obligé qu'à fournir le la raison dansles cercles d'amis. Le bon Itlltsconvient avec out le monde. Le jugement est nécessaire pour se maintenir talls la société des grands. L'entendement est de mise avec es politiques et les courtisans. La conception fait goûter les onversations instructives et savantes. L'intelligence est utile vec les ouvriers et dans les affaires. Le génie est propre avec es gens A projets et à dépense. (G.) 475. ÉTONNEMENT, SURPRISE , CONSTERNATION.

Un événement imprévu, supérieur aux connaissances ét ux forces de l'ame, lui cause les situations humiliantes qu'exiriment ces trois mots. Mais Vétonnement est plus dans les eng, et vient de choses blâmables ou peu approuvées. La urprise est plus dans l'esprit, et vient de choses extraordi, Ilires. La consternation est plus dans le cœur, et vient ae *• choses affligeantes.

Le premier de ces mots ne se dit guère en bonne part : le ; econa se dit également en bonne et en mauvaise part ; et e troisième ne s'empioie jamais qu'en mauvaise part. La )eauté d'une femme ne cause point d'ètonnement, et sa laideur «oduit quelquefois cet effet. La rencontre d'un ami, comme aile d'un ennemi, peut causer de la surprise. Un accident


jJni attaque l'honneur ou qui dérange la fortune , est capatl de jeter dans la COllstenwtioll.

L'donnement suppose dans l'événement qui le produit un idée de force ; il peut frapper jusqu'à suspendre l'action de sens extérieurs. La surprise y suppose une idée de merveil ïeux; elle peut aller jusqu'à l'admiration. La consternation en suppose une de généralité , elle peut pousser la sensibilit - jusqu a un certain abattement.

- Les cœurs bien placés sont toujours étonnés des perfidies ,quèlque fréquentes qu'elles soient. Le peuple est surpris d beaucoup d'effets naturels, dont il enrichit la liste des miracle ou des sortilèges. Dans les calamités publiques et dans le maux pressans on est consterné, parce qu'on manque d ressources, ou qu'on se défie de celles qu'on a.

Plus on est expérimenté, moins on est susceptible d'étonne ment, parce que les choses réelles donnent l'idée des possibles L'esprit supérieur trouve rarement un sujet de surprise, parc qu'il sait que ce qu'il ne connait pas n'est pas plus extraordi naire que ce qu'il connait, et que les causes cachées sont éga lement, comme les causes connues; des ressorts mécanique de la nature, ou des ordres absolus de celui qui la gouverne Le parfait chrétien et le vrai philosophe sont à l'abri de touti consternation, parce qu'ils connaissent la supériorité de li Providence et des causes premières , dont ils respectent le desseins et les effets par une entière soumission. (G.) 476. ÉTourFER, SUFFOQOER.

Otez la respiration , vous étouffes, en empêchant les pou mons de recevoir l'air et de le rejeter alternativement : su quelque organe de la respiration qu'on agisse, on suffoque en bouchant le canal de la respiration. La pression des poumon produit l'étouffement: la suffocation est produit par un em barras particulier dans la trachée artère ou dans les bronches Un fétu arrêté dans la trachée-artère suffoque. On étouff dans un air trop dense ou trop rare. Les noyés ne sont poin étouffés , comme on l'a cru, par l'eau qui entre dans les pou mons; ils sont suffoqués par l'eau, qui, pesant (' ! lté bouche le passage de l'air. Une violente colère su" v.. - ; uni déglutition précipitée étouffe.

Etouffer se dit dans un sens plus étendu dé ( "I\ chose qu'on fait périr, finir , cesser faute de commune, ion ave< l'air. Ainsi on étouffe le feu dans un fourneau. Les mauvaise herbes étouffent le bon grain. Suffoquer ne se dit que des ani maux, les seuls êtres qu'on croyait pourvus des organes de Je respiration.

Etouffer se dit figurément pour détruire, faire cesser, em §>âcher qu'une chose n'éclate. On étouffe un bruit, une affaire


merebeUion, etc. On étouffe ses passions, sessentimens, es remords, etc. Suffoquer n'est employé quedans ie seM propre. (R.) 477. ÊTRE D'HUMEUR , ÊTRE ETf HUMEUR. ,

Chacune de ces phrases signifie être en disposition, avec ette différence qu'être d'humeur se dit plus oïdinairement 'une disposition habituelle qui tient de l'inclination, do mpérament, de la constitution naturelle; et qu'étre en haxeur marque toujours une disposition actuelle et passagère.

Ainsi, quand on dit je ne suis pas d'hu/neur à rebuter les ens qui me demandent quelque chose ; il n'est pas d'humeur souffrir une insulte ; on entend par-là le tempérament, le îturel, une disposition ordinaire et habituelle : mais quand i dit, je ne suis pas en humeur d'écrire, de me promener, faire des visites , on veut dire seulement qu'on n'est pas sposé à tout cela dans le moment qu'on parle. ((Diftionnairq : l'Académie; Bouliours, Remarq. nouv. , tomel.) 478. ÊTRE FAIBLE, A yom DES FAIBLESSES.

Nous sommes faibles par la disposition habituelle de manier en quelque sorte, malgré nous, soit aux lumières de la.

ison, soit aux principes de la vertu. Nous avons des faiblesseg land nous y manquons en effet. entraînés par quelque use différente de cette disposition habituelle.

On est faible tout à la fois par la disposition du cœur et de sprit, et cette disposition constitue le caractère de l'homme ible. On a des faiblesses ordinairement par la surprise du iur ; ce sont des exceptions dans le caractère de l'homme qui des faiblesses. Personne n'est exempt d'avoir des faiblesses : ais tout le monde n'est pas homme faible.

On est faible sans savoir pourquoi, et parce qu'il n'est pas soi d'être autrement ; on est faible , ou parce que l'esprit i point assez de lumière pour se décider , ou parce qu'il st pas assez sûr des principes qui le déterminent pour s'y iir fortement attaché ; on est faible par timidité, par passe , par la mollesse et la langueur d'une ame qui craint igir , et pour qui le moindre effort est un tourment. Au ntraire, on a des faiblesses, ou parce qu'on est séduit par un îtiment louable, mais trop écouté , oli parce qu'on est enîné par une passion.

L'homme faible , dépourvu d'imagination , n'a pas même force qu'il faut pour avoir des passions: l'autre n'aurait int de faiblesse, si son ame n'était sensible ou son cœur ssionné. Les habitudes ont sur l'un tout le pouvoir que les ssions ont sur l'autre.

On abuse de la disposition du premier, sans lui savoir gré


de ce qu'on lui fait faire ; n'est qu'on voit bien qu'il ne le fai que parce qu'il est faible on sait gré à l'autre des faiblesse qu'il a pour nous, parce qu'elles sont des sacrifices Tousdeu, ont cela de commun , qu'ils sentent leur état, et qu'ils se 1 reprochent ; car, s'ils ne Ile sentaient pas, il y aurait d'un côt imbécillité. et de l'autre folie ; mais, par ce sentiment l'homme faible devient une créature malheureuse, au lie que l'état de l'autre a ses plaisirs comme ses peines.

L'homme faible le sera toute sa vie j toutes les tentative qu'il fera pour sortir de cet état ne feront que l'y plonger plu avant. L'homme qui a (les faiblesses sortira d'un état qui li est étranger ; il peut même s'en relever avec éclat. Tumme n'étant plus jeune, eut la faiblesse d'aimer Madame de (j** il eut la faiblesse plus grande de lui révéler le secret de l'Etal Il répara la première en cessant d'en voir l'objet; il répar la seconde en l'avouant. Un homme faible aurait fait le mêmes fautes, mais jamais il ne lesaurait éparé6S. (4). (Encyc t VII, 27, 28.) 479. ÊTRE EXISTER , SUBSISTR.

tAre convient à toutes sortes de sujets, substanes. 0 ?>aodes, et à toutes les manières d'être, soit réelles, &oit idéa les, b.*t qualificatives. Exister ne se dit que des substances et seulemejj» :)OUl' en marquer l'être réel. Subsister s'appliqu également aux substances et aux modes, mais avec un rappoi à la durée de leur être, que n'expriment pas les deux premiei mots. s On dit des qualités, des formes, des actions, de rarrane ment, du mouvement, et de tous les divers rapports, qui!

sont. On dit de la matière, de l'esprit, des corps el de tous W êtres réels, qu'ils existent. On dit des états, des ouvrages, dt affaires, des lois, et de tous les établissemens qui ne sont i détruits, ni changés, qu'ils subsistent.

Le verbe être sert ordinairement à marquer l'événement d quelque modification ou propriété dans le sujet ; celui d'exil ter n'est d'usage que pour exprimer l'événement de la sirapl existence ; et l'on emploie celui de subsister pour désigner u événement de durée qui répond à cette existence ou à cetl modification (2). Ainsi, l'on dit que l'homme est inconstant

(1) J'ai fait quelques changemens légers dans certain phrases, pour adapter le tout au but de cet ouvrage. L'auteu n'était que philosophe dans 1 J Encyclopédie: ici la philosophi doit se prêter aux vues de précision et de justesse qui soi l'objet de la comparaison des synonymes. (B.)

(2) L'auteur parle ici d'après sa doctrine particulière sur 1 verbe. D'après celle que j'ai établie dans ma grammaire géat raie, je dirais que le verbe être sert ordinairement à marqu.


lue le phénix n'existe pas; que tout ce qui est d'établissement nimain ne subsiste qu'un temps. (G.) , 480. ÉTROIT, STRICT. ;

On dit au physique étroit, et non pas strict, un habit troit ; une voie étroite, une étoffe étroite, etc.

Étroit sert aussi à désigner, au figuré, des relations intimes •u de fortes liaisons; alliance étroite, étroite amitié, corres(Ondance étroite, étroite familiarité, etc. Strict n'a point cette cception.

Mais on dit. le sens étroit ou strict d'une proposition, un roit strict ou étroit, un devoir étroit ou strict, une obligation tricte ou étroite, etc. Étroit signifie alors rigoureux, sévère, t c'est la signification propre de strict. Etroit est du discours rdinaire; strict est du style des théologiens, des philosophes, es jurisconsultes. Strict, comme terme dogmatique, est 'une précision plus rigoureuse qu'étroit. Etroit se dit par oposition au sens étendu, et strict par opposition au sens rel6hé. Le sens strict est très-étroit; c'est lesens Jeplus sévère. (R.) 481. ÉTUDIER APPRENDRE.

Étudier , c'est uniquement travailler à devenir savant. Aprendre, c'est y travailler avec succès.

On étudie pour apprendre; et l'on appi end à force d'étudier.

Les esprits vifs apprennent aisément, et sont paresseux à udier.

On ne peut étudier qu'une chose à la fois; mais on peut en pprendre plusieurs ; cela dépend de la connexion qu'elles ont vec celle qu'on étudie.

Plus on apprend, plus on sait ; et quelquefois plus on étudie, îoins on sait.

C'est avoir bien étudié que d'avoir appris à douter.

Il y a certaines choses qu'on apprend sans les étudier; il y a a d'autres qu'on étudie sans les apprendre.

Les plus savans ne sont pas ceux qui ont le plus ètudii.

lais ceux qui ont le plus appris.

On voit des personnes étudier continuellement sans rien Pl/rendre, et d'autres tout apprendre sans étudier.

Le temps de la jeunesse est le temps d'étudier : mais ce 'est que dans un âge plus avancé qu'on apprend véritabledent; car il faut que l'esprit soit formé pour digérer ce que ta ravail a mis dans la mémoire. (R.)

'existence intellectuelle, c'est-à-dire l'existence des idées dans 'esprit ; que celui d'exister exprime la simple existence réellfef :t celui de subsister, l'existeacc réelle continuée. (B)


482. ÉVEILLER , RÉVEILLER.

L'abbé Girard assure que « le premier de ces jnols est d'i !

plus fréquent usage dans le sens littéral, et le second dans sens figuré. » Bouhours avait observé que, dans le sens prll pre, ces mots se confondaient assez souvent, et que nos mei leurs écrivains ne les distinguaient pas trop; mais le secoi est peut-être employé davantage au figuré. Quoi qu'il eu soi une différence incertaine dans l'usage ne constitue pas ui différence réelle dans la valeur des mots.

L'abbé Girard ajoute que « l'un se fait quelquefois sans vouloir, et que l'autre marque ordinairement du dessein. » , j'entends bien cette phrase, elle établit plutôt l'identité qi la diversité de sens dans ces deux termes; car si l'un se fa seulement quelquefois sans le vouloir, il marque donc ord nairement du dessein; et si l'aulie ne marque qu'ordina rement du dessein, il se fait donc aussi quel(luefois sans voul ir.

Enfin il dit que « le moindre bruit éveille ceux qui ont sommeil tendre, et qu'il faut peu de chose pour réveiller un passion qui n'a pas été parfaitement déracinée du cœur. « J demande pourquoi, je demande quelle est la différence gt nérale qui résulte de cette application particulière, si elle e i liste. - - - - - -

Il vaut mieux entendre, sur cet article, Bouhours, qui répandu dans ses remarques une assez grande quantité d synonymes pour qu'il doive être compté parmi les synonj mistes , avec cet avantage particulier sur ceux qui l'ont suivi qu'il éclaircit la valeur des mots, ou confirme ses opinion par des exemples tirés des bons écrivains. j « Après y avoir fait réflexion, dit-il, il m'a semblé qu'o pouvait mettre quelque différence entre éveiller et réveiller que le premier se dit proprement par rapport à une lieur réglée, et le second, par rapport à un temps extraordinaire Je m'explique : Un homme qui a coutume de.se lever à cin heures du matin, et qui ne veut pas dormir davantage, dir à ses gens : Ne manquez pas de in'éveiller à cinq heures; e ces gens diront : Voilà cinq heures qui sonnent, il faut éveille Monsieur. Ainsi on demande : Monsieur est-il éveillé ? El m'éveillant, j'ai senti un grand mal de tête.

« Au contraire, une personne qui a une affaire importantl en tête, et qui attend des nouvelles avec impatience, dira, et se couchant : S'il vient des lettres cette nuit, qu'on ne man que pas de me réveiller. Et je dirais sur ce pied-là : Feu M. Il Prince, étant général d'armée, voulait qu'on le réveillât toute les fois qu'il arrivait un courrier. Je dirais aussi : Un granc bruit m'a réveillé ; je me suis réveillé en sursaut : car réveillet


emporte quelque ehose d'irrégulier et de subit, ou une affaire lui survient tout d'un coup , ou un bruit qu'on n'a pas accouumé d'entendre. Je dis là-dessus ce que je pense, et je laisse i juger au public si j'ai tort ou non, etc. »

L'auteur de cette remarque a mieux senti que discerné Iar aleur propre des deux termes. Ce n'est point par l'heure, 'est par les circonstances particulières du sommeil et de l'éeil ou du réveil que ces mots diffèrent; et c'est précisément raison de ces circonstances que ses applications sont justes.

Éveiller exprime l'action simple de tirer de l'état de somleil et d'amener à l'état de veille. Réveiller exprime, par la Irce connue de la particule re, la réitération ou le redoublelent d'action, de force, de résistance ; réitération, redoubleent, qui supposent que la personne, ou s'est rendormie, ou irmait profondément.

Ainsi, 0 on s'éveille, quand on s'éveille naturellement ou .! soi-même pour la première fois : si l'on s'endort de nouau, à la seconde fois on se réveille. Vous réveillez de même lui qui s'est endormi après que vous l'avez eu éveillé. Pour îrquer l'heure de votre réveil, sans autre circonstance, vous, "ez : Je me suis éveillé à cinq heures du matin. Si vous ulez marquer l'heure à laquelle vous avez coutume de vous Hller, vous direz : Je me réveille toujours à cinq heures.

tus demanderez qu'on vous éveille à cinq heures du matin ; lis si vous avez de la peine à vous éveiller tout-à-fait, if t qu'on vous réveille.

<\ussi en est-il de ces mots, au figuré, comme d'animer et ranimer. Eveiller, animer le courage, la haine, la colère, ;t les exciter, les inspirer, les provoquer, les allumer : les, eiller , les ranimer, c'est les exciter de nouveau, les rallur, les renouveler, leur donner de nouvelles forces. Vous illez, vous animez le courage d'un homme tranquille qui onge point au danger ; vous réveillez, vous ranimez le coue de celui qui l'a perdu ou qui le perd.

\èv eiller exprime donc particulièrement une alternative de uneil et de veille, une réitération d'actes, une habitude lessive de s'endormir et de s'éveiller.

° On éveille d'un sommeil léger, on réveille d'un sommeil 'ond. L'éveil, si je puis me servir de ce mot utile, estna1 ou facile ; le réveil est difficile et forcé. Pour éveiller i qui a le sommeil tendre, le moindre bruit suffit, comme serve l'abbé Girard ; quant à celui qui a le sommeil dur,, Ille réveiller ; car vous ne l'éveillerez qu'à force de l'ap> r, de le solliciter, de le secouer; redoublement d'efforts i relslance. (R.)


485. ÉVÉNEMENT , ACCIDENT, AVENTURE.

Événement se dit en général de tout çe qui arrive dans 11 monde, soit au public, soit aux particuliers, et il est le mo convenable pour les faits qui concernent l'état ou le gouver nement. Accident se dit de ce qui arrive de fâcheux, soit à w seul, soit à plusieurs particuliers ; et il s'applique égalemeD aux faits qui ne sont pas personnels comme a ceux qui le sonl Aventure se dit uniquement de ce qui arrive aux personnes soit que les choses viennent inopinément, soit qu'elles soier la suite d'une intrigue, et ce mot marque quelque chose qi tient plus du bonheur que du malheur. Il me semble aus que le hasard a moins de part dans l'idée d'événement qL dans celle d'accident et d'aventure.

Les révolutions d'état sont ,des événemens : les chutes d'< difices sont des accidens : les bonnes fortunes des jeunes gei sont des aventures.

La vie est pleine d'événemens que la prudence ne peut prl voir. La plupart des accidens n'arrivent que par défaut d'a tention. Il est peu de gens qui aient vécu dans le monde sa; avoir eu quelque aventure bizarre. (G.) 484. EXOBLLBR , ÊTRE EXCELLENT.

Exceller suppose une comparaison, met au-dessus de to ce qui est de la même espèce, exclut les pareils, et s'appliq à toutes sortes d'objets. Être excellent place simplement da le plus haut degré, sans faire de comparaison, souffre d égaux , et ne convient bien qu'aux choses de goût. Ainsi 1' dit que le Titien a excellé dans le coloris ; Michel-Ange da le dessina et que Silvia est excellente actrice.

Quelque mécanique que soit un art, les gens qui y exc, lent se font un nom. Plus un mets est excellent, plus il quelquefois dangereux d'en trop manger. (G.) 485. EXCEPTÉ , HORS, HORMIS.

Ces trois mots caractérisent également un rapport de séj ration. Excepté dénote une séparation provenant de non c< formité à ce qui est général ou ordinaire. Hors et hormis sél rent par exclusion : le dernier est d'un usage moint fréquei et me parait plus particulièrement attaché à l'exclusion ( regarde les personnes.

Aucun homme n'est exempt de passions, excepté le pari chrétien. La loi de Mahomet permet tout, hors le vin.

Hormis vous, belle Iris, tout m'est indifférent.

(Vrais Princ. Disc.X.)


486. EXCITER, ANUiER, ENCOURAGER.

Exciter, c'est inspirer le désir ou réveiller la passion. Animer, c'est pousser à l'action déjà commencée, et tâcher d'en empêcher le ralentissement. Encourager, c'est dissiper la crainte ou Ja timidité par l'espérance d'un succès facile, et faire prévaloir le motif de la gloire ou de l'intérêt sur les apparences du danger et sur les frayeurs de la poltronnerie, Il est des ames dures que les plus grandes misères d'autre ne peuvent exciter à la générosité, ni même à la compassion; et il en est de si tendres, qu'excitées par tous les objets qu'oa leur présente, elles en prennent les impressions; et n'étant véritablement rien par elles-mêmes, elles sont tour-à-tour ce qu'on veut qu'elles soient.

Que penser de ces gens affectueux qui, offrant partout leur médiation , ne font qu'animer les parties les unes contre les autres ?

Rien n'encourage plus le soldat que l'assurance, le propos ît l'exemple de celui qui le commande. Tel homme est encouragé par les premiers succès, et tel autre par les premières ofortunes : je compterais plus sur le dernier. (G. )

-587. EXCITER, INCITER, POUSSER, ANIMER, ENCOURAGER, AIGUILLONNER,PORTER.

La plupart de ces mots ne sont synonymes que dans le sens iguré, et ils y sont assez indifféremment employés l'un pour autre, parce qu'on n'en prend que l'idée commune, peut-être juvent faute d'en avoir saisi les propriétés distinctives.

Dans l'acception flgurée dont il s'agit, exciter, c'est pousvr vivement, presser fortement quelqu'un pour l'engager à )ursuivre un objet, ou à le poursuivre avec plus d'ardenr.

iciter, c'est s'insinuer assez avant dans l'esprit dé quelqu'un, le solliciter assez fortement pour le déterminer, l'altacher, entraîner, le porter à la poursuite d'un objet. Pousser, c'est îimer une impulsion, imprimer des mouvemens, forcer le nchant, prêter ses forces à quelqu'un pour le faire aller ou ancer plus vite vers un but. Animer, c'est inspirer une nivelle activité, communiquer un ferment, donner de la aleur, exciter une passion ou un sentiment vif dans l'ame quelqu'un , pour qu'il agisse avec empressement et avec llstaucc. Encourager, c'est aider la faiblesse, élever le mr, animer et