Reminder of your request:


Downloading format: : Text

View 1 to 280 on 280

Number of pages: 280

Full notice

Title : Nouvelle grammaire française fondée sur l'histoire de la langue : à l'usage des établissements d'instruction publique / par Auguste Brachet,...

Author : Brachet, Auguste (1845-1898). Auteur du texte

Publisher : Hachette (Paris)

Publication date : 1874

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 1 vol. (XIX-248 p.) ; in-16

Format : Nombre total de vues : 280

Description : Contient une table des matières

Description : Avec mode texte

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k63281113

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, X-21877

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30153605p

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 16/10/2012

The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The estimated recognition rate for this document is 99 %.
For more information on OCR


AUG. BRACHET

NOUVELLE

GRAMMAIRE FRANÇAISE

HACHETTE ET C"





NOUVELLE

GRAMMAIRE FRANÇAISE


OUVRAGES DU MÊME AUTEUR Petite grammaire française, fondée sur l'histoire de la langue, à l'usage des classes élémentaires et des écoles primaires. Paris, Hachette. In-12, 1874.

Recueil de morceaux choisis des écrivains français du seizième siècle. Paris, Hachette. In-12, 1874.

Recueil de morceaux choisis des écrivains français du neuvième à la fin du quinzième siècle. Paris, Hachette. In-12, 1874. (Sous presse.) Dictionnaire étymologique de la langue française, avec une préface par E. EGGER, membre de l'Institut, professeur à la Faculté des lettres de Paris; 6e édition, Hetzel. 1 fort volume in-12 de 700 pages à 2 colonnes. Prix, broché, 8 francs; cartonné Bradel, 8 fr. 50 c.

Ouvrage couronné en 1870 et 1872 par l'Académie française, par l'Académie des Inscriptions et par la Société pour l'instruction élémentaire (grande médaille d'argent). Ce livre forme avec la Grammaire historique un cours complet d'histoire de la langue française.

Grammaire historique de la langue française, avec une préface par E. LITTRÉ, de l'Académie française; 10e édition, Hetzel. 1 volume in-12. Prix, broché, 3 fr.; cartonné, 3 fr. 25.

Ouvrage couronné en 1869 et 1872 par l'Académie française, l'Académie des Inscriptions et la Société pour l'instruction élémentaire (grande médaille d'argent).

A historical Grammar OF THE FRENCH TONGUE, by AUG. BRACHET, translated by W. KITCHIN, M. A. Oxford, at the Clarendon Press, 1868. - In-12. 3 sh. 6d.

Dictionnaire des doublets ou doubles formes de la langue française. Paris, Franck, 1868. In-8. 2 fr. 50.

Ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions.

Du rôle des voyelles latines atones dans les langues romanes.

Leipzig, Brockhaus, 1866. ln-8.

Étude sur Bruneau de Tours, trouvère du treizième siècle. Paris, Franck, 1865. In-8.

Grammaire comparée des langues romanes, par Frédéric DiEz, traduite par A. BRACHET et G. PARIS, tome I, 1873. 1 vol. in-8.

Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.


NOUVELLE

GRAMMAIRE

FRANCAISE

SUR L'HISTOIRF DL LA LANGUE

A L^J^AG^JT^GSÉTABLISSEMENTS D'INSTRUCTION SECONDAIRE

l'AR

AUGUSTE BRACHET Ancien Examinateur et Professeur à l'École Polytechnique Lauréat de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions Membre de la Société de Linguistique

-:::: Q ::=: --.

PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET CIE 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1874 Droits de propriété et de reproduction Ièlerves.



PRÉFACE



PREFACE.

En publiant cette nouvelle grammaire destinée à l'enseignement pratique du français dans les classes élémentaires de nos lycées1, je n'ai point à justifier le sous-titre qui l'accompagne : il est inutile aujourd'hui d'insister sur le rôle nécessaire de l'histoire dans l'enseignement usuel des langues.

L'usage présent, dans toute langue, dépend de l'usage ancien et ne s'explique que par lui : dès lors quoi de plus na.,.

turel que de faire servir l'histoire de la langue à l'explication des règles grammaticales, en remontant depuis l'usage actuel jusqu'au moment où elles ont pris naissance ? Outre l'avantage d'être rationnelle, la méthode historique en possède un autre : la mémoire retient toujours plus nettement ce dont notre esprit s'est rendu compte, et l'enfant se rappellera d'autant mieux les règles de la grammaire qu'elles auront déjà un point d'appui dans son intelligence. C'est cette méthode que les Allemands, toujours attentifs à éveiller le ju-

•I. Je publie simultanément à l'usage des enfants qui n'étudient pas les langues anciennes et des élèves des écoles primaires une seconde grammaire plus courte' t tout à fait à la portée des commençants.


gement de l'enfant, emploient depuis longtemps dans leurs écoles pour l'enseignement de leur langue nationale. C'est la méthode inverse qui avait été suivie en France jusqu'à ce jour. Au lieu d'intéresser l'enfant en lui donnant la raison de chaque règle, et l'explication de tous ces faits grammaticaux, si souvent en apparence bizarres ou incohérents, on lui avait présenté la grammaire française comme les articles indiscutables d'un code pénal, qu'il devait appliquer sans.les raisonner ni les comprendre. En réduisant ainsi la grammaire au rôle d'un insipide procès-verbal de l'usage, en ne faisant appel dans cet enseignement, tout mécanique et passif, qu'à la mémoire de l'enfant, au détriment de son intelligence, on avait fait d'une étude attrayante et curieuse un objet de dégoût et d'ennui.

Vainement, depuis vingt ans, bien des maîtres éminents, M. Egger à la Sorbonne, M. Baudry dans la Revue de ïInstruction publique, dénonçaient chaque. année la stérilité d'un tel enseignement. Vainement, dans une enquête ouverte en 1861 par l'administration sur les résultats de l'ensei-.

gnement grammatical, 243 instituteurs sur 1207 avouaient courageusement que cette étude était à peu près stérile, et demandaient une réforme complète sans pouvoir la formuler1. Il ne fallût rien moins -que la guerre de 1870 et

4. Voy. sur les résultats de cette enquête, le Manuel général de l'instruction primaire (t. III, n° 42, octobre 1866). — Voici quelques passages extraits des mémoires des instituteurs : « A un enseignement mécanique il faut substituer un enseignement rationnel (Eure). — On apprend trop par cœur (Calvados). - Les élèves récitent, mais n'exercent point leur intelligence (Ardèclie). - Le paysan sent que l'instruction est mal dirigée, qu'elle n'est pas assez pratique (Bas-Rhin). — L'enseignement est trop abstrait (Doubs). — Les méthodes étant défectueuses, les parents considèrent l'enseignement comme inutile (Pas-de-Calais). — Que l'enseignement devienne plus pratique (Somme). — L'enseignement est trop abstrait (Dordogne). —

L'enseignement est trop obscur (Nord). — L'enseignement actuel est trop théorique (Corrèze).


le patriotique cri d'alarme de M. Bréal 1, pour provoquer sur ce point une refonte partielle des programmes et des méthodes universitaires. Dans sa circulaire du 8 octobre 1872, le ministre de l'instruction publique, M. Jules Simon, annonçait que « l'enseignement de la grammaire ne se bornerait plus désormais à l'étude purement mécanique des règles, mais que ces règles deviendraient pour le professeur .matière à explications. » De toutes les réformes proposées palf M. Jules Simon, ce fut peut-être la seule que maintint en l'accentuant, l'année suivante, le conseil supérieur de l'instruction publique. Par sa circulaire d'octobre 1873, qui rétablissait sur presque tous les points l'ancien état de choses, la commission du conseil supérieur, composée de Mgr Dupanloup et de MM. Egger et Patin, décida cc que l'enseignement de la grammaire serait modifié, et que le professeur devait s'inspirer des recherches et des découvertes de la phi-' lologie comparée, pour donner aux élèves l'explication des règles préalablement apprises par cœur. »

Je n'ai donc point à défendre l'utilité de la méthode historique, puisque son application à l'enseignement du français est une doctrine officielle aujourd'hui. Mais elle ne s'est pas également imposée à l'opinion du public pédagogique, et bien des maîtres (oubliant qu'on doit toujours l'explication des choses qu'on enseigne) se refusent encore à l'adopter, soit par défiance de l'inconnu, .soit par attachement aux vieilles méthodes. Leur argument décisif, c'est que l'explication de la grammaire française n'est autre chose, disent-ils, que l'étude du vieux français, et que cette érudition est un objet de luxe pour des enfants qui ont tout juste sept années devant eux: pour apprendre le nécessaire. Ces défenseurs des intérêts de l'enfance s'exagèrent assurément la perte de temps : un

1. Dans son beau livre : Quelques mots sur l'instruction publique. Paris, Hachette, 4 872.


élève de septième apprend dans sa Grammaire française que notre langue forme son féminin en e ou son pluriel en s, ou qu'elle possède deux genres; il apprend dans sa Grammaire latine que les Romains avaient trois genres, ou qu'ils formaient leur féminin en a. L'année suivante, qui empêche le professeur de sixième de jeter un pont entre les deux idiomes, et de montrer à l'enfant comment les trois genres du latin se sont réduits à deux en français, ou que si notre langue forme son féminin en e muet (charmant, charmant e), et non pas en u ou en o, c'est parce que le latin formait son féminin en a (bonus, bon; bona, bonne) et que notre langue change toujours cet a en e muet à la fin des mots (porta, porte; i-osa, rave ; bona, -boiin e) ? 'H" Pourquoi le français forme-t-il son pluriel en s et non pas en b ou en m ? Parce que les substantifs français viennent de l'accusatif latin, qu'en latin la marque de ce cas était précisément un s au pluriel (rosas, les rose s; nidos, les nids; dolores, les douleurs), tandis que l'absence de s était la marque du singulier (rosam, la rose; nidum, le nid; dolorem, la douleur).

Si la grammaire historique rend aisément compte des règles, elle éclaircit aussi facilement les exceptions. Pourquoi les noms en al font-ils leur pluriel en aux ? Parce qu'à l'origine de la langue les noms en al formaient régulièrement leur pluriel en als : au temps de Hugues Capet, un cheval, un mal, étaient au pluriel des chevals, des mais. Plus tard, au temps de saint Louis, cet l s'adoucit en u devant une consonne, et de même que Val Girard (le vallon de Girard) est devenu Vau girard, et que les vieilles formes altre, albe, palme (du latin al ter, silba, pal ma) sont devenues autre, aube, paume, les terminaisons en als donnèrent aus, d'où des chevaus, des maus, qui sont plus tard devenus des chev aux et des maux, comme feu, bijou et caillou ont été feus, bijou s et caillous avant d'être feus., bijoux et cailloux..


Les grammairiens nous enseignent que certains noms tels que aide, élève, enseigne, manœUl're, etc., sont tantôt masculins, tantôt féminins, et ils se bornent à constater cet usage, comme s'il n'était susceptible d'aucune justification par le raisonnement. Au lieu d'énoncer sèchement la liste alphabétique de ces exceptions, n'était-il pas plus simple de soulager la mémoire de l'enfant par cette remarque que les substantifs abstraits aide, élève., garde, manœuvre, etc., sont toujours féminins quand ils marquent l'action d'aider (l'aide puissante, de Dieu), d'élever (l'élève productive des bestiaux), de garder (la garde des frontières), de manœuvrer ( la manoeuvre du navire), et qu'ils deviennent toujpuvs masculins lorsqu'ils désignent la personne qui accomplit ces divers actes (un aide de camp, un élève, un garde national, un manœuvre)?

Comment notre futur s'est-il formé? pourquoi est-il terminé en ai dans nos quatre conjugaisons? Parce qu'à la chute de l'Empire Romain, les terminaisons latines s'étant toutes assourdies, il y avait confusion pour les gens illettrés et pour le peuple entre des formes aussi peu différentes que léglt (il lit), leget (il lira), legat (qu'il lise), lege (lis).

Ces ipots, dont la prononciation ne différait que par des nuances délicates, étaient trop difficiles à distinguer pour l'oreille des Barbares. Dès lors on chercha, pour exprimer le futur, une forme plus grossière et plus saisissable, et on employa le verbe habere (avoir) avec l'infinitif du verbe : on trouve dans certains textes latins de la décadence scribère habeo (littéralement /'ai à écrire) pour signifier j'écrirai ; de même amare habeo (j'ai à aimer), c'est-à-dire j'aimer ai.

Voilà pourquoi notre futur français se forme, en joignant partout le présent du verbe avoir (ai, as, a, etc.) à l'infinitif du vetbe (je chanterai, je finirai, je rendrai). Pourquoi certains temps prennent-ils un t à la troisième personne du singulier dans la conjugaison interrogative (il


aime, aime-t-il? il aima, aima-t-il?)? Les grammairiens répondent sans hésiter que ce t est une lettre euphonique destinée à amortir le choc des voyelles qui serait trop dur dans aime-il, aime-on. Si le t est intercalé pour les besoins de l'euphonie, demandera aussitôt l'enfant, pourquoi peut-on dire alors il pourra-élire, il pourra-ondoyer, lorsqu'il n'est pas permis de dire pourra-elle? pourr a-on? Pourquoi l'hiatus des voyelles a-e, a-o, toléré dans le premier cas, est-il proscrit dans le second ?

La grammaire historique nous donnera la vraie solution de ce petit problème. En latin, le t est la lettre caractéristique de la troisième personne du singulier : (iniat, fini t, rumpit devinrent à l'origine en français: il aime t, il finit, il rompt). Naturellement le t final de il aimet était muet, comme l'est encore aujourd'hui celui de ils aiment : on prononçait il aime, comme nous prononçons il fini, il romp, tout en écrivant il fini t et il rompt. Ce t muet ne tarda pas à disparaître de la première conjugaison (dans la forme directe), vers le temps de Philippe Auguste; mais il persista dans la forme interrogative, parce qu'il devenait dans ce cas sensible et sonore : aime-t-il? Plus tard on oublia l'origine et la raison d'être de cette lettre ; on sépara ce t par un tiret du radical dont il faisait partie, et la vieille forme aimet-il devint vers le seizième siècle aime-t-il, qui n'est plus au milieu des formes modernes qu'un dernier vestige de la conjugaison du moyen âge.

Il n'y a rien dans tout cela qui dépasse le niveau moyen d'un élève de sixième, et l'on voit à quoi se réduit ce prétendu cours de vieux français, et combien il est exact de dire (comme les partisans des anciennes méthodes) qu'en donnant aux enfants la raison des règles, nous voulons transformer nos écoliers en philologues, et nos classes de grammaire en succursales de l'Académie des Inscriptions : autant vaudrait dire que le marin au long cours est un as-


tronome parce qu'il applique à la navigation les résultats pratiques de la science astronomique, ou que l'imprimeur sur étoffes est un chimiste parce qu'il profite des recherches faites par les savants sur les combinaisons ou la durée des couleurs. L'argument qu'on prétend tirer de la perte du temps est aussi peu décisif : d'ailleurs, l'intelligence venant en aide à la mémoire en double la force, et cette perte, si perte il y a, est plus que compensée pour l'enfant. Je ne me fais donc aucun scrupule de renvoyer les défenseurs de la routine au jugement sévère que portait sur ces méthodes vieillies M. Michel Bréal, professeur au Collége de France : « La grammaire « traditionnelle formule ses prescriptions comme les décrets « dune volonté aussi impénétrable que décousue ; la gram« maire historique fait glisser dans ces ténèbres un rayon de « bon sens, et au lieu d'une docilité machinale, elle demande « à l'élève une obéissance raisonnable. »

Il y a quarante ans, Burnouf (et c'est là une autorité que nos critiques ne renieront pas) ne s'exprimait point autrement, quand il répondait dans la préface de sa Grammaire latine aux professeurs qui lui reprochaient d'avoir appliqué à l'enseignement pratique du latin quelques-unes des découvertes de la philologie comparative :

« Mon livre est tout pratique, et j'ai eu soin de n'y rien mettre qui ne fût à la portée des plus jeunes intelligences. Toutefois si les règles que je donne sont simples, elles ne sont pas mécaniques.

Le temps n'est plus où l'on n'accordait au jeune âge qu'une mémoire toute passive. Les philologues versés dans la grammaire comparative trouveront que je n'ai pas poussé cette étude assez loin.

Si d'autres personnes croyaient, ait contraire, que certains détails où je suis entré n'étaient pas absolument nécessaires, je les prierais de remarquer d'abord que la mémoire ne retient sûrement que ce dont l'esprit s'est rendu compte ; ensuite, qu'un enfant auquel vous expliquez la raison des choses, vous en sait gré, et vous récompense de votre peine par une attention plus soutenue. Il est flatté de la


confiance que yotis avez dans son jugement ; l'émulation le ga--v gne, sa pénétration s'éveille, et vous le verres quelquefois compléter une théorie dont vous ne lui aurez indiqué que les premiers éléments. Je ne veux pas que l'on étale devant des commençants les curiosités de la science, mais je veux qu'on leur en découvre les principes, # etc.

(BURJrOUF, Grammaire latine, p. vn.) *

Je ne me suis point borné à donner, dans la limite du possiblel'explication des règles et des exceptions de la grammaire usuelle. J'ai également cherché à simplifier la syntaxe, et j'ai fait de mon mieux pour la débarrasser des puérilités scolastiques que les grammairiens philosophes y ont entassées à l'envi, depuis deux siècles, ainsi que des distinctions insaisissables dont ils surchargent, comme à plaisir, la mémoire des enfants.

Ce n'est point assez d'être obligé de dire ; Ce nouvel org ue est un des bonnes qui aient été faites en Europe, — ou les sottes gens resteront toujours des gens sots, .,- ou feu la reine est morte avant la feue impératrice, et tant d'autres bizarreries sur lesquelles il est impossible de revenir aujourd'hui : nos grammairiens, depuis Vaugelas jusqu'à GiraultDuvivier, sont inépuisables en subtilités de ce genre. On doit dire : Cette foule d'enfants encombrait la rue, mais une foule d'enfants couraient dans la rue; un déluge de pleurs

1, Il est en effet plus d'une exception que l'on ne peut justifier sans bortir des limites d'un enseignement élémentaire. Il est aisé, par exemple, de tracer dans les grandes lignes la théorie de formation de nos verbes irréguliers : rien de plus facile que d'expliquer pourquoi fillir fait au présent je ifnist tandis que dormir fait je dors. Mais il est impossible de donner la raison de chaque irrégularité particulière, à moins d'exposer préalablement à l'élève les lois de changement des lettres latines en français dans leurs moindres nuances) sans ce secours, comment expliquer pourquoi dans savoir l'a du radical est ai au prés. (iaif). u au prétérit (sus), a au subjonctif (sache)?


inondait son visage, mais une quantité de pleurs couvraient son visage, Les grammairiens contemporains renchérissent, comme il est naturel, sur cette inextricable législation, et grâce à leurs efforts, nos règles d'accord seront bientôt incompréhensibles, L'un décrète qu'on dira leur nourriture est saine, mais leur nourriture sont des ignames? L'autre nous explique gravement qu'il faut dire : La conscience de bien faire suffit à l'homme juste, mais la conscience de bièn faire sont les délices du juste.

Les successeurs dégénérés des scolastiques discutaient à l'infini pour savoir si un chien en laisse est tenu par l'homme ou par la corde qu'on lui a passée au cou, et comme deux négations latines valent une affirmation, ces logiciens intrépides jonglaient avec des négations tellement multipliées qu'il fallait employer des pois ou des fèves pour décider par leur nombre si la proposition était négative ou affirmative. Les discussions interminables des grammairiens sur les règles d'accord et sur l'analyse logique ne rappellent-elles pas ces luttes oiseuses de la fin du moyen âge? En vain M. Fortoul en 18541, M. Rouland en 18572, M. Duruy en 18663 ont voulu réagir contre l'abus de ces subtilités byzantines qui doit infailliblement hébéter l'enfant soumis à un tel régime : cette scolastique grammaticale reste encore, en dépit de toutes les circulaires ministérielles, la nourriture préférée d'un trop grand nombre de nos professeurs et de nos maîtres.

Tout en supprimant cet attirail métaphysique, j'ai donné d'autre part, pour rendre la grammaire plus réellement pratique, les règles de formation des différentes parties du discours. Quoi de plus stérile en apparence et de plus

t. Circulaire du 31 octobre.

2, Circulaire du 20 août.

3. Circulaire du 7 octobre.


dépourvu d'intérêt que la nomenclature des conjugaisons?

Quand vous avez appris à l'enfant comment on construit le squelette des flexions, et suivant quelles règles les verbes que nous possédons forment leurs temps et leurs personnes, il reste encore à lui apprendre comment on crée des verbes nouveaux et à quelle source il faut puiser pour augmenter notre provision. Pour lui montrer les ressources de la langue française, dites-lui, par exemple, que nous formons des verbes nouveaux à l'aide des noms et des adjectifs, mais que notre langue les distingue facilement les uns des autres en ne formant que des verbes en er (table, attabler; front, affronter; tas, tasser; jardin, jardin er) avec les noms, tandis que les verbes tirés des adjectifs appartiennent à la conjugaison en ir (grand, grandir; maigre, maigrir; brun, brunir; lourd, alourd ir, etc.). Dites-lui que, depuis l'origine de la langue, le français n'a point ajouté un seul verbe en oir ou en l'e au petit nombre de ceux que le latin lui avait légués, que ces deux conjugaisons, incapables de servir à former des verbes nouveaux, sont dites à bon droit conjugaisons mortes, par opposition aux deux conjugaisons en er et en ir que l'on peut appeler vivantes, puisque c'est par elles seules que le français a créé tous les verbes qu'il a formés depuis huit siècles. Cette simple distinction des verbes français en conjugaisons mortes et conjugaisons !'ipantes expliquera en même temps à l'enfant pourquoi, sur les quatre mille verbes de notre langue, les deux conjugaisons en oir et en l'e ne possèdent pas ensemble quatre-vingts verbes, tandis que la conjugaison en ir nous en offre trois cents et la conjugaison en er plus de trois mille. Rien n'est plus utile aussi pour donner à l'élève le sens précis des mots et des nuances qui les séparent, que l'étude des préfixes et des suffixes : comment d'un mot simple, tel que chanson, tire-t-on toute une famille de dérivés, tels que chansonn ier, chansonnette, chansonn er, et quel changement chacune de ces terminaisons apporte-t-elle


au sens primitif dp radical ? Cette étude constituera pour le maître et pour l'élève un exercice utile et attrayant qui, sous le nom d'analyse étymologique, prendra place dans nos classes à la suite de l'analyse grammaticale et de l'analyse logique1.

Nous avons dit les avantages multiples de la méthode historique et de son application à l'enseignement élémentaire du français. Mais cette méthode, précisément parce qu'elle est moins brutale que la méthode purement mécanique, offre aussi plus de dangers en des mains malhabiles. Croire que l'explication historique remplacera pour les enfants l'étude des règles, donner prématurément à ceux-ci une dose de science qu'ils ne peuvent porter, enfin leur transmettre des idées philologiques erronées, tels sont, pour n'en point signaler d'autres, les plus graves écueils de la méthode nouvelle.

Il faudrait bien peu connaître l'esprit de l'enfant pour s'imaginer qu'au début l'explication historique des règles pourra être aux élèves de quelque utilité, et qu'on remplacera un jour par la seule intelligence des faits l'effort nécessaire de la mémoire : croire que les commençants retiendront mieux les irrégularités du verbe envoyer, si on leur explique pourquoi le futur est enverrai, tandis que celui de nettoyer est nettoierai, serait la plus nuisible des erreurs. Ne demandez point à l'enfant pourquoi le fran-

4. Cette méthode de décomposition des mots, si précieuse pour rendre familières aux enfants les ressources de la langue, et que les Allemands emploient journellement dans leurs écoles, était jusqu'à ces dernières années si peu connue chez nous, qu'en 1865 un instituteur d'Alsace, que le Manuel général de l'instruction primaire (t. III, n° 42, 4 866) ne nomme pas, fut dénoncé par son inspecteur aux foudres ministérielles, pour n'avoir pas craint (horresco referons) : « d'enseigner, dit le rapport, des aperçus sur la terminaison des substantifs et des adjectifs, et sur le rapport de ces terminaisons avec le sens et le genre des mots. »


cais forme son pluriel en s, et non pas en b ou en m ; pourquoi son féminin en e, et non pas en o ou en u; pourquoi le féminin de chanteur est chanteuse, quand celui d'enchanteur est enchanteresse, et celui de spectateur, spectatrice? Toutes ces formes sont pour lui des faits qu'il accepte sans songer à les discuter, et qui ne provoquent dans son esprit aucun étonnement. Si vous attirez trop tôt son attention sur ces différences, l'enfant hésite, sa mémoire devient craintive, et se trouble sans profit pour l'intelligence. Quand l'élève possédera pratiquement et par le seul effort mnémonique les faits grammaticaux, alors, et seulement alors, il sera temps pour le maître d'éveiller par degrés la curiosité de l'enfant : pourquoi les adverbes de qualité sont-ils terminés en ment?

pourquoi le verbe neutre ne peut-il avoir de complément di-rect? pourquoi l'e qui est muet dans acheter devient-il un e ouvert dans j'achète, et redevient-il un e muet dans nous achetons? L'étonnement une fois né dans ces jeunes esprits, le maître satisfera avec discrétion leur curiosité, en commentant les explications en petit texte; que j'ai placées, dans cette Grammaire, à la suite des différentes règles. S'il est essentiel pour que l'enfant soit touché des lumières de la grammaire historique, de respecter au préalable les droits de la mémoire et de n'introduire les explications des règles que dans la révision du cours, il est une autre précaution tout aussi importante à observer : c'est de graduer les explications suivant l'intelligence de l'enfant et selon sa connaissance du latin : ce sera la tâche la plus difficile du maître que d'échelonner, depuis la classe de septième jusqu'à la quatrième, les éclaircissements historiques, en profitant chaque année de la connaissance plus familière de la langue latine, et en atteignant ainsi le but par des révisions annuelles et des retouches successives.

La curiosité chez l'enfant est un élément d'émulation trop rare et un ressort trop précieux pour que le maître le tienne


perpétuellement tendu ou le fatigue en lui faisant trop porter.

Il ne faudra point, suivant l'expression de Burnouf que nous citions tout à l'heure, étaler à des commençants les curiosités de la science, ni sacrifier le principal à l'accessoire en leur parlant des racines sanscrites ou de la conjugaison celtique à propos de l'accord du participe passé, N'oublions point que la philologie n'est pas ici le but, mais le moyen.

— S'il est difficile de proportionner la somme d'érudition à l'intelligence de l'enfant, et si ce dosage est peut-être pour le maître l'opération la plus délicate, il est plus important encore de ne livrer aux élèves que les résultats de l'érudition tout à fait assurés, et de proscrire avec sévérité les notions suspectes ou simplement douteuses. Certes, quand je publiai en 1866 ma Grammaire historique, pour engager nos professeurs et nos maîtres à substituer dans leur enseignement grammatical les explications aux simples affirmations, et à rendre plus rapide l'étude de la langue maternelle en soulageant ainsi la mémoire de tout ce que la raison peut lui enlever, j'étais loin de croire, je l'avoue, à un abandon aussi prompt et aussi radical de l'ancienne méthode purement mécanique.

Je comptais sans la furie qui nous porte d'un bond aux points les plus opposés, et qui fait qu'aujourd'hui, comme le remarque finement M. Bréal, cc la grammaire comparée, ne trouvant plus d'obstacle devant elle, paraît prête à inonder nos classes. » Maintenant que l'hérésie est devenue doctrine officielle, la méthode philologique n'a pas de défenseurs plus chaleureux que ceux-là mêmes qui dédaignaient de lui faire l'honneur de la discussion, et tel professeur qui m'accusait plaisamment, en 1866, de réclamer la création dans nos écoles primaires de cinquante mille chaires de vieux français, serait tout prêt aujourd'hui à enseigner aux enfants de huit ans les racines sanscrites ou les éléments de l'ancien perse. Dans leur ardeur de propagande, quelques


néophytes plus zélés encore ont fabriqué en toute hâte, et en puisant à des sources troublées, des livres dont l'intention est pure, mais dont l'érudition est assez plaisante. L'un nous apprend que « l'article a été inventé au treizième siècle par un chroniqueur nommé Villehardouin1 » et que cc depuis ce temps il n'a jamais varié; » que cc nous avons emprunté aux Italiens le participe passé du verbe être en transformant stato en esté, puis été., et qu'bn disait à l'origine je suis été, parce que l'italien dit sono stato. » L'autre, dans un livre fort répandu dans nos écoles primaires, veut prouver aux Al-

lemands que nous avons la tête plus philologique qu'ils ne le croient, et pour regagner le temps perdu, met -les -enfants au sanscrit dès la salle d'asile : Pourquoi être fait-il je suis? (Page 88, § 114.) Parce que la forme primitive de la première personne du présent de l'indicatif est asmi. Asmi se décompose ainsi as-mi. As est une racine attributive qui signifiait à l'origine souffler, respirer; mi, désinence ou terminaison personnelle, est une racine pronominale qui signifie moi. L'ensemble veut dire exactement souffler moi.

Pourquoi le verbe français change-t-il de terminaison aux différentes personnes de chaque temps ? C'est très-simple : § 115. Tout verbe appartenant à la seconde conjugaison principale indo-européenne ou aryaque se compose de trois parties 1° une racine attributive ; 2° une racine pronominale ou démonstrative; 3° une seconde racine pronominale qui représente la per-r sonne, et que nous nommons la désinence ou terminaison personnelle. Par exemple, le sanskrit bodhami, qui veut dire je sais, se décompose ainsi : bodh-a-mi. JBodh est la racine attributive et si-

i. Page 30; §431.


gnifîe savoir en général ; a est une racine démonstrative que nous pourrions traduire par là; mi est une seconde racine pronominale ou démonstrative équivalente à moi. Bodh-a-mi signifie donc littéralement savoir là moi. Les verbes de la seconde conjugaison principale sont les moins anciens, mais de beaucoup les plus nombreux. La racine démonstrative (a) qui entre dans ces verbes n'est pas toujours la même. On l'appelle la caractéristique: Dans les premiers temps de nos langues, pour conjuguer un verbe il suffisait de juxtaposer la racine attributive, la caractéristique et la désinence personnelle.

Au moment de la séparation des peuples aryaques ou indoeuropéens, le présent de l'indicatif du verbe aimer se conjuguait ainsi en l.atin: Singulier. Am-a-mi, am-a-si, am-a-ti; pluriel.

Am-a-masi, arp-a-tasi, am-a-nti.

Et voilà pourquoi votre fille est muette. Les Allemands ne seront-ils point jaloux de ce raffinement philologique ? Enseigner aux Français de neuf ans la conjugaison du latin préhistorique, quelque chose comme un latin plus vieux de dix ou quinze siècles que la ville de Rome, et que l'école philologique moderne a restitué par une patiente induction, comme Cuvier reconstruisait les animaux primitifs avec quelques débris des fossiles!

Le latin préhistorique et le sanscrit ne sont rien encore : il n'y a point de bonne philologie comparative sans un peu de celtique. Et que dirait-on à Berlin si nous oubliions d'y mettre le grec et les langues germaniques? Pourquoi prince fait-il princesse? « Parce que esse est une finale qui sert à former le féminin, et que cette finale vient du celtique et non du grec, comme on le croit communément (p. 35), « Pourquoi le participe passé de aimé est-il terminé en è ?

t Parce qu'il a perdu le t de amatum, et que le t est une lettre caractéristique du participe passé. Le participe bas-breton a la terminaison et dans tous les verbes, le participe allemand l'a aussi, et celle du participe anglais est ed. A quelques siècles en arrière,


il y eut donc un immense territoire pour lequel la forme du participe passé se trouvait la même; et jusqu'au dix-huitième siècle, l'ancien t final de aimé laissa des traces de son existence.

Pourquoi être fait-il je fus ? « Parce que fus représente le latin fu, le grec phu et le sanscrit thu, et dans cette dernière langue la racine thus signifie croître, pousser (§ 120). »

Notre grammairien passe-t-il du sanscrit ou du zend à la langue française, sa pénétration philologique ne l'abandonne pas, et lui réserve des découvertes tout à fait inattendues.

Nous croyions tous jusqu'ici que semi (dans les composés tels que semi-circulaire) est un mot invariable, jouant le rôle de préfixe et emprunté au latin par les savants vers la fin du seizième siècle. Notre philologue a changé tout cela : semi est un adjectif, il a un féminin, il a même un pluriel :

S 149. Les adjectifs nu et semi sont invariables quand ils précèdent le substantif, et sont variables quand ils le suivent. Explication historique : Nu et semi précédant le substantif variaient autrefois (!). On ne peut invoquer que l'usage en faveur de leur invariabilité.'

L'explication historique vaut la règle.

Nous ne pouvions passer sous silence cet amas d'excentricités philologiques, pour laisser à nos adversaires le facile triomphe de faire retomber sur la méthode historique cette double ignorance de toute philologie et de tout français.

Qu'aura-t-on gagné au change si, au lieu d'hébéter l'enfant avec les abstractions de la grammaire philosophique, on l'hébète autrement, mais aussi sûrement avec les racines « attributives de la conjugaison principale aryaque ou indoeuropéenne? Mieux vaut retourner à l'enseignement purement machinal des règles; car-ce n'est point davantage par


l'application d'une érudition mal entendue que « la grammaire cessera d'être une charge indigeste de la mémoire, pour devenir, dans la limite du possible, un exercice de la raison1. 35

Tours, 29 juillet 1874.

4. Baudry, Questions scolaireg. Paris, Hachette, 1873, p. 51.



INTRODUCTION



INTRODUCTION.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES SUR L'HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE DE LA LANGUE FRANÇAISE.

SOMMAIRE: (g -1-3.) Géographie de la langue française : 4. Provinces de France où l'on ne parle pas français. — 2. Pays étrangers où l'on parle français. — 3. Division de la France en deux régions : patois français, patois provençaux.

(g 4-4 1). Histoire de la langue française : 4. Introduction du latin en Gaule. — 6. Différence du latin populaire et du latin classique.

— 6. Naissance de la langue romane. - 7. Naissance du français, de l'italien, de l'espagnol; langue d'oc; langue d'oït et ses dialectes. — 8. Le dialecte français tue la langue d'oïl et la langue d'oc. — 9. Résumé de l'histoire du français populaire. — t o. Origine des mots étrangers et des mots savants. — i Statistique de la langue française.

1. GÉOGRAPHIE. — La langue française comprend tout le domaine de la France actuelle, à l'exception d'une seule province, la Bretagne, où un million d'habitants sur 1800 000 parlent une langue connue sous le nom de bas-breton et qui est d'origine celtique. A cette exception importante on peut encore ajouter trois petits groupes : le département du Nord, où 200000 habitants (sur 1200000) parlent la langue flamande, qui est d'origine allemande; — le département des BassesPyrénées, où 120000 habitants parlent le basque,


idiome fort ancien, dont l'origine est inconnue ; — enfin le département des Pyrénées-Orientales (ancienne province du Roussillon), où 130000 habitants parlent la langue catalane, qui est dérivée du latin.

2. Si le domaine de la langue française ne s'étend pas sur tout le territoire actuel de la France, en revanche il comprend à l'étranger plusieurs territoires importants, représentant un peu plus de 3 600 000 habitants, ainsi répartis : pour la Belgique 1 600 000 hab. ;

pour l'empire d'Allemagne 1 000 000 ; pour la Suisse française 400000; enfin 60 000 pour les Iles Normandes qui appartiennent à l'Angleterre.

A ces chiffres, il faut ajouter, hors d'Europe, les colonies anglaises du Canada et de l'île Maurice, qui ont conservé l'usage du français, sans parler de nos propres colonies (Algérie, Guyane, Sénégal, etc.). C'est un appoint d'un peu plus de 1 500 000 habitants à joindre au domaine linguistique français.

3. Au point de vue de la langue, la France se partage en deux régions, celle du nord et celle du sud ; on peut les figurer en traçant sur la carte une ligne qui irait de la Rochelle à Grenoble.

Au nord de cette ligne tous les gens cultivés parlent français, tous les paysans comprennent le français, mais parlent des patois qui sont très-rapprochés du français. Ces patois sont au nombre de quatre : à l'ouest le patois normand ; au nord-ouest le picard ; à l'est le lorrain; au centre et au sud-est de la région le patois bourguignon. A cause de leur analogie avec le français, ces quatre patois sont désignés par le nom collectif de patois français.

Au sud de cette ligne, dans la région du Midi, le


spectacle est tout différent : les gens cultivés comprennent et écrivent le français, mais emploient plus volontiers entre eux (même dans les grandes villes) leur patois qui est un idiome à part et aussi différent du français que l'est l'italien ou l'espagnol; quant aux paysans (malgré les, efforts des instituteurs primaires), ils ne parlent guère que ces patois, au nombre de quatre : le patois gascon, le patois limousin, le patois languedocien et le patois provençal, dont les noms indiquent assez dans quelles provinces ces idiomes sont respectivement employés. — On a donné à ces quatre patois le nom commun de patois provençaux, par opposition aux patois français parlés au nord de la Loire.

4. HISTOIRE. — Chacun sait que les premiers habitants de la Gaule (à notre connaissance) furent les Gaulois, Ijui parlaient une langue de la famille celtique, c'est-à-dire parente des idiomes que nous entendons aujourd'hui en France, dans la bouche des Bas-Bretons, — en Angleterre, dans l'Ecosse, l'Irlande et le pays de Galles.

Dans le premier siècle avant l'ère chrétienne, les Romains, sous la conduite de César, conquirent la Gaule, et la réduisirent en province romaine. Bien supérieurs aux Gaulois par la science et la civilisation, les Romains, quoique moins nombreux, imposèrent aux vaincus la langue latine avec le joug romain, de même que nous avons imposé le français aux Arabes d'Algérie; le vaincu (c'est comme une loi de l'histoire) quitte toujours sa propre langue pour adopter celle du vainqueur, quand celui-ci lui est supérieur en civilisation. C'est pourquoi, de même que les Celtes délaissèrent le gaulois pour accepter la langue latine, plus


tard les barbares germains, nos vainqueurs du cinquième siècle, abandonnèrent l'allemand pour adopter la langue de ces Gallo-Romains qu'ils avaient vaincus.

5. Mais cette langue latine que les soldats et les colons romains apportèrent en Gaule, ressemblait aussi peu à la langue latine classique de Cicéron et de Virgile que le français enseigné aux Arabes par nos soldats et nos colons algériens ressemble à l'idiome de Racine ou de Bossuet. A Rome, comme en France aujourd'hui, il y avait deux langues en présence : celle du peuple et des paysans, le latin populaire en un mot ; — celle des savants, des écrivains et des lettrés, que l'on désigne sous le nom de latin classiqije ou latin littéraire,. la première plus libre, la seconde plus raffinée, mais toutes deux employant souvent des mots différents pour exprimer la même idée : tandis que le latin classique, par exemple, disait equus pour signifier un cheval, le latin populaire disait caballus, d'où nous avons fait le français cheval.

6. C'est naturellement le latin populaire que les soldats romains apportèrent aux paysans gaulois, qui le transformèrent à leur tour en français, à force d'en altérer la prononciation. Il suffit de voir comment les Anglais qui parlent notre langue altèrent tous de la même façon la prononciation du français pour comprendre comment le latin mis dans la bouche des Gaulois fut altéré par eux tous d'une seule et même façon; et c'est précisément ce latin altéré que nous appelons français.

C'est à peu près vers le cinquième siècle, à la chute de l'empire romain, que le latin populaire ainsi transformé par la prononciation gauloise commence à apparaître comme une langue distincte que les savants du temps


appellent dédaigneusement lingua romana rustica (c'est-à-dire le latin des rustres, des paysans), d'où nous avons fait langue romane pour désigner ce nouvel idiome. A ce moment, l'invasion des Barbares renversait l'empire romain : dans cette tourmente, l'administration, les écoles, la justice, l'aristocratie, les lettres romaines disparurent, et avec elles périt le latin littéraire qui en était l'organe, et qui avait été créé par elles. Le latin littéraire ou classique, incompréhensible au peuple , devient alors rapidement la langue morte que nous voyons aujourd'hui confinée désormais dans le domaine des savants.

Le latin des paysans (la lingua romana rustica, la langue romane) reste maître de la Gaule, et devient le français dont nous avons en 842 le premier monument important dans les fameux Serments de Strasbourg, Au dixième siècle, avec la Cantilène de Sainte Eulalie, court poëme de trente vers, apparaît le premier usage du français comme langue poétique. A partir du onzième siècle, la Chanson de Roland et d'autres compositions importantes nous montrent la langue française pleinement arrivée au rang de langue littéraire.

7. De même que le latin populaire donna en Gaule le français, en Italie il devint l'italien, en Espagne l'espagnol. En France même, le latin populaire, la langue romane, se partagea en deux grandes langues selon les deux races rivales du nord et du midi. Au nord de la Loire, il donna la langue d'oïl ou français ; au sud de la Loire, il donna la langue d'oc ou provençal : ces noms bizarres proviennent de l'habitude, fréquente au moyen âge, de désigner les langues par le signe de l'affirmation oui : les termes de langue d'oïl


et de langue d'oc viennent de ce que oui était oïl au nord, oc au midi.

La langue du nord, la langue d'oïl était à son tour partagée au onzième siècle en quatre dialectes principaux : le dialecte normand, le picard, le bourguignon et enfin le dialecte français, qui n'était à l'origine que le dialecte de la province appelée Ile-de-France. (Au moyen âge on entendait spécialement par Français les habitants de l'Ile -de-France.) Ces quatre dialectes étaient égaux en pouvoir et en influence, parce qu'il n'y avait point comme aujourd'hui un centre unique, une capitale du royaume qui pùt imposer au pays le modèle du beau langage. Les ducs, soit de Normandie soit de Bourgogne, égaux des ducs de France (c'est-à-dire de l'Ile-de-France), se servaient respectivement dans leurs actes officiels du dialecte de leur province, normand ou bourguignon. Comment ces quatre langues se sontelles réduites à une seule, et pourquoi le dialecte de l'Ile-de-France, le français, a-t-il plus tard été adopté comme langue commune, plutôt que le normand ou le bourguignon ? Tant que les rois capétiens, humbles seigneurs de l'Ile-de-France et de l'Orléanais, restent dépourvus de toute influence hors de leur domaine royal (c'est-à-dire depuis le dixième siècle jusqu'au douzième), le dialecte français n'a, hors de ces deux provinces, aucune notoriété. Mais dès le douzième siècle les petits rois de France commencent à s'agrandir aux dépens de leurs voisins : ils s'annexent successivement le Berry (1101), la Picardie (1200), la Touraine (1203), la Normandie (1204), la Champagne (1361), et apportent avec eux, dans ces nouvelles provinces, le dialecte de l'Ile-de-France, le français, qui remplace alors dans chacune d'elles les dialectes indigènes,


et ne tarde point, étant la langue du roi, à être adopté comme un modèle de bon ton. Rebelle à cette invasion, le peuple seul, dans chaque province, garde son ancien dialecte et refuse d'accepter le français.

Cessant alors de s'écrire, les idiomes picards, bourguignons et normands tombent aussitôt du rang de dialecte (c'est-à-dire de langue littéraire écrite et parlée) à l'humble état de patois (c'est-à-dire d'idiome non écrit et seulement parlé). A cette date (le quatorzième siècle) où les dialectes des provinces tombent à l'état de patois tandis que le dialecte de l'Ile-de-France devient la langue commune du royaume, la langue d'oil est morte, et la langue française naît à l'histoire.

Les patois que nous trouvons aujourd'hui dans les campagnes de la Normandie, de la Picardie, de la Bourgogne ne sont donc point, comme on le croit communément, du français littéraire corrompu dans la bouche des paysans; ce sont les débris des anciens dialectes provinciaux que les événements politiques ont fait déchoir du rang de langues écrites à celui de patois.

8. La langue d'oïl avait disparu pour faire place au français : au sud de la Loire la langue d'oc s'éteignit aussi : la sanglante rivalité des Méridionaux et des hommes du Nord qui se termine par la guerre des Albigeois et la défaite du Midi, porta le coup de mort à la langue d'oc. En 1272 le Languedoc passe à la France et l'introduction du français suit de près cette annexion. On cesse d'écrire la langue d'oc, elle tombe du rang de langue littéraire à celle de patois, et les patois limousins, provençaux, languedociens et gascons qui persistent aujourd'hui dans nos campagnes du Midi, ne sont que les débris de cette langue


d'oc qui au temps des troubadours brilla d'un si vif éclat.

9. En somme, on voit que le français n'est nullement formé des débris corrompus du celtique, comme le croient encore quelques grammairiens attardés, et l'on peut ainsi résumer son histoire : Le latin populaire transporté en Gaule par les soldats de César étouffe promptement la langue indigène, le celtique, et donne naissance, par de lentes et insensibles transformations, à un idiome nouveau, la langue romane, auquel les Barbares ajoutent un certain nombre de mots allemands (tels que fief, sénéchal, baron, échevin, etc.) relatifs au régime féodal, à la guerre, à la chasse.

Cette langue romane se divise vers le huitième siècle en deux branches : la langue d'oc au sud de la Loire, et au nord la langue d'oïl, dont un des quatre dialectes, celui de l'Ile-de-France, supplanta peu à peu tous les autres et devint au quatorzième siècle la langue française.

10. A ce fonds ancien de la langue qu'on appelle le français populaire, sont venus s'adjoindre, du douzième au dix-neuvième siècle, deux catégories de mots nouveaux : 1° Les mots étrangers, importés par diverses circonstances politiques, dont les principales sont : au treizième siècle, les croisades et le commerce avec l'Orient qui ont introduit chez nous un petit nombre de mots arabes ou orientaux (caravane, sultan, derviche, alcool, sequin, etc.); -au seizième, nos guerres d'Italie et l'influence de la Renaissance nous ont apporté plus de cinq cents termes d'origine italienne (surtout de guerre et d'art, spadassin, brave, gabion, parapet, — costume, fresque, aquarelle, torse, galbe, etc.) ; — au


dix-septième, l'influence de l'Espagne sur la cour de Louis XIII nous donna quelques mots espagnols (mantille, duègne, matamore, hâbler, etc.), tandis que les guerres de l'Allemagne avec la France importèrent quelques termes militaires spéciaux (vaguemestre, schlague, bivouac, blockhaus, etc.) ; — enfin dans ce siècle, les relations d'industrie, de commerce, de société, furent la cause première d'une invasion de mots anglais qui se continue tous les jours, tels que whist, turf, spleen, tunnel, wagon, rail, coke, express, fashionable, budget, jury, etc. Pour l'explication de tous ces mots, je renvoie le lecteur à mon Dictionnaire étymologique de la langue française.

2° A côté du français populaire, qui est l'œuvre du peuple, — et des mots étrangers importés en France par les circonstances politiques, il faut distinguer une troisième couche de mots, celle qui a été créée par les savants depuis le onzième siècle et qui s'augmente tous les jours. Ce français des savants se compose de mots empruntés directement par eux, soit au grec (comme autopsie, aristocratie, microscope, cosmographie), soit au latin (comme relation, proportion, préméditation, précession, coordination, etc.). Cette importation de mots grecs et latins, postérieure à la naissance de la langue, a été surtout excessive au seizième siècle, où les érudits de la Renaissance forgèrent ainsi plusieurs milliers de mots nouveaux, mots mal formés et qu'après eux Malherbe et les grands écrivains du dix-septième siècle durent pour la plupart proscrire ou rejeter.

11. En terminant ces courtes notions sur l'histoire de notre langue, montrons par quelques chiffres dans quelles proportions ces trois éléments : français popu-


laite, — mots d'origine étrangère, — mots d'origine savante ou artificielle, - se sont réunis pour former la langue française. Nous prendrons pour base de ce calcul le Dictionnaire de VAcadémie française, qui contient environ 27000 mots; sur ces 27000 mots, 600 sont d'origine tout à fait inconnue, — 1000 sont des mots d'origine' étrangère empruntés aux langues modernes (italien, espagnol, anglais, etc.) et 14 000 mots sont d'origine savante, forgés par les érudits à l'aide du grec ou du latin. Tout cela fait un total de 15 600 mots; restent donc un peu moins de 12 000 mots qui composent ce que nous appelons le français d'origine populaire. Sur ces 12000 mots, 8000 environ, tels que pauvrette, faiblir, maigr ir, sont des mots créés directement par le français à l'aide des mots simples pauvre, faible, maigre, etc. Les mots simples qui sont le vrai noyau de la langue se réduisent donc à 4200 environ, dont 3800 sont d'origine latine, et 400 sont des mots allemands apportés par les Germains avec l'invasion barbare.

BUT ET DÉFINITION DE LA GRAMMAIRE.

12. Nous parlons à l'aide de phrases qui sont composées de mots, et les mots à leur tour sont composés de lettres.

13. La grammaire française est la réunion des règles suivies par la langue française pour assembler les lettres en mots, et pour réunir les mots en phrases. De là trois parties dans la grammaire : l'étude des lettres, l'étude des mots, l'étude des phrases.


LIVRE 1

ÉTUDE DES LETTRES



LIVRE I.

ÉTUDE DES LETTRES.

Chapitre I.

DE L'ALPHABET.

14. N«r^^pêrs à l'aide de mots qui servent à expri-

mer nos pensées. Ces mots sont formés d'un ou de plusieurs sons, que l'on représente dans l'écriture par des signes appelés lettres.

L'art d'écrire correctement tous les mots parlés d'une langue s'appelle orthographe, du grec ôpOcrfpaofa (écriture correcte). Pour que l'orthographe française fùt parfaite, il faudrait que chaque mot écrit fût composé d'autant de lettres qu'il y a de sons dans le mot parlé, c'est-à-dire qu'il faudrait que chaque son fùt représenté par une seule lettre, et que cette lettre lui fût exclusivement réservée, comme cela a lieu dans le mot vola, qui a quatre sons (v-o-l-a) rendus par quatre lettres; — mais- trop souvent, dans notre langue, on emploie plusieurs lettres pour exprimer un seul son : ainsi eau, qui n'a qu'un son (o), est composé de trois lettres; taureau est rendu par sept lettres, et il n'a cependant que quatre sons (t-o-r-o); preuve que notre orthographe moderne est mal faite, puisque beaucoup de lettres s'écrivent sans être prononcées ; tantôt au contraire la même lettre sert à exprimer deux sons, c'est-à-dire qu'elle est prononcée de deux manières différentes :


ainsi s a le son du z dans déserter (prononcé déserter), tandis que dans savoir s a un son tout différent.

Bien des fois on a essayé de refaire l'orthographe française et de conformer exactement l'écriture à la prononciation ; ces efforts ont toujours échoué devant la puissance de l'usage.

15. La réunion de toutes les lettres d'une même langue s'appelle alphabet. L'alphabet français est composé de 25 lettres, rangées dans cet ordre : a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, 1, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, x, y, z. —

Ces 25 lettres n'expriment pas tous les sons de la langue française ; il y a encore en français d'autres sons simples que nous exprimons en réunissant ensemble deux lettres de l'alphabet pour en former un groupe nouveau (ainsi, par exemple, ch est un son simple rendu par deux lettres).

Pourquoi notre alphabet suit-il cet ordre bizarre où les consonnes et les voyelles sont jetées pêle-mêle? Parce que notre alphabet nous vient du latin, langue dont l'alphabet était déjà disposé dans le même ordre. Les Romains tenaient leur alphabet des Grecs (sans doute par l'intermédiaire des colonies grecques du sud de l'Italie); les Grecs avaient reçu le leur des Phéniciens ; quant à l'alphabet phénicien, il venait très-probablement d'Egypte. Cet alphabet phénicien ne contenait que les consonnes, et ce furent les Grecs qui les premiers y insérèrent les voyelles, en transformant pour cet usage certaines consonnes aspirées que renfermait l'alphabet phénicien, et dont les Grecs ne faisaient pas usage. Ainsi s'explique le mélange actuel, dans notre alphabet français, des voyelles et des consonnes.

16. Tous les sons de la langue française sont divisés en deux classes : les voyelles et les consonnes.


CHAPITRE II.

DES VOYELLES PURES.

17. On appelle voyelle un son produit par le simple jet, par la simple émission de la voix, comme a, o, u.

Il y a sept voyelles en français : a, e, i, o, u, eu, ou.

Toutes les voyelles peuvent se prononcer seules, sans le secours d'audun autre son.

Le latin avait cinq voyelles a, e, i, o, u, prononcées comme en français, sauf e qui se prononçait comme notre è ouvert (dans après, cyprès) et u qui se prononçait ou (et qui a gardé cette prononciation en français dans loup de lupum, ours de u rsus, etc.).

Aux voyelles latines, le français a ajouté trois sons inconnus aux Romains : é fermé (dans aimé, pré, etc.), eu, et enfin notre son moderne u qui remonte à peu près aux temps mérovingiens, et qui est un adoucissement du son latin classique écrit u et prononcé ou.

Sans faire ici l'histoire complète du passage des lettres latines en français (pour laquelle je renvoie le lecteur à mon Dictionnaire étymologique), un court aperçu du sort de chaque voyelle latine accentuée en français est indispensable pour l'intelligence de ce qui va suivre.

De même qu'en français les voyelles sont longues (comme dans glte) ou brèves (comme dans petite), en latin il faut distinguer aussi les voyelles brèves (comme e dans p ëdem) , longues (comme ë dans ré gem), et en outre les voyelles placées devant deux consonnes (comme e dans terra); ces trois espèces différentes de voyelles donnent en français trois sons différents : en latin, ë bref par exemple donne ie (pied de pedem), tandis que ë long donne oi (roi de rëgem), et que e appuyé sur deux consonnes reste e (terre de terra)..

VOYELLES LATINES BRÈVES : a latin devient e ouvert : sel de sal, mer de mare, fève de faba. — ë latin devient ie : pied de pëdem, lièvre de lëporem, p ié ge de pëdica, fier de f ê rum. ï latin devient oi : poil de pHum, poire de pirum, soit de s ït, foi de fï dein. — o latin devient eu : neu f de novum, neuf de novem, meule de molla, Meuse deMosa. — u latin garde sa prononciation romaine ou : 1 ou p de lupum, j ou g de j ri gum, couve de cubo, ou de ubi.


VOYELLES LATINES LONGUES : à latin devient é fermé : aime de amatum, pré de prâtum, abbé de abbatem, vérité de veritâtem.

- ë latin devient oi : moi de mê, toile de têla, voile de vélum, roi de rëgem. — i latin reste i en français : nid de ntdum, vin de vîtium, ami de amicum, si de sic. — Õ devient eu : fleur de flôrem, seul de sôlum, heure de hôra, sauf devant les lettres m, n où il reste o : couronne de corona, don de dônum. — ù latin s'adoucit en français, perd lef son ou et donne notre u moderne : nu de nudum, pur de purum, mur de murum, dur de dürum.

VOYELLES LATINES SUIVIES DE DEUX CONSONNES : a latin persiste : arbre de arbor, an de annum, arc de arcum, chant de cantum.

— e persiste : terre de terra, fer de ferrum, herbe de herba, tête de testa. — i latin devient ë ouvert : sec de siccum, ferme de firmum, elle de illa, verge de vi rga. — o latin persiste : mol de mollis, port de portum, mort de mortem, cor de cornu. — u latin garde sa prononciation romaine ou : d'où de u nde, ours de u rsum, sourd de surdum, mouche de muscam, tour de turrim.

18. Toutes les voyelles peuvent être brèves ou longues, suivant qu'on les prononce vite ou lentement; ainsi a dans patte est bref parce qu'on le prononce rapidement, tandis qu'il est long dans pâte. De même :

e est long dans bête et bref dans jette i — g ite — petite o — côte — dévote u flûte — butte eu — heure — jeu ou — voûte — toute

On indique ordinairement les voyelles longues en français par le signe A que l'on appelle accent circonflexe , et que l'on place sur toutes les voyelles, sauf sur la voyelle eu qui reste sans marque spéciale , témoin heure, fleur, honneur, dans lesquels eu est long sans être marqué d'aucun signe qui le distingue de eu bref (dans jeu, feu, etc.).

L'accent circonflexe a été introduit en français par nos grammairiens du seizième siècle, qui l'avaient emprunté aux Grecs. Il


sert ordinairement à marquer la suppression d'une lettre. Ainsi le latin testa, bestia, festa, donna à l'origine le vieux français teste, beste, feste; cet s fut prononcé jusqu'au quatorzième siècle, puis il disparut, mais en allongeant la voyelle qui le précédait, et on eut alors la prononciation en ê : bête, fête, tête. Cependant, bien qu'il ne se prononçât plus, cet s persista plusieurs siècles encore dans l'écriture; toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie française, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, écrivent encore beste, feste, teste, et Bossuet, Racine, Boileau , etc., n'écrivaient pas autrement. Dans la première édition de son Dictionnaire (1694), l'Académie blâmait l'emploi de l'accent circonflexe, et elle ne céda sur ce point que plus de cent ans après.

19. Il est assez difficile de dire dans quels cas précis on sait en français qu'une syllabe est brève ou longue ; il y a cependant une règle pour toutes les avant-dernières syllabes : elles sont ordinairement brèves quand elles sont suivies d'une consonne double : patte, butte, trompette, belle, etc., sauf quand cette consonne double est rr : terre, serre, verre, qui sont longs.

20. Des sept voyelles a, e, i, o, M, eu, ou, les cinq premières sont représentées en français par une seule lettre; notre langue n'a pu exprimer les deux dernières (eu, ou), qu'en composant un groupe formé de deux lettres e et u, — o et u : ces voyelles ne sont composées qu'en apparence pour les yeux, mais non pas pour l'oreille, à laquelle elles offrent un son unique, eu, ou, aussi simple que celui de a ou de o.

21. Il n'y a rien à remarquer sur a et i; mais e, o, et eu nécessitent quelques observations.

22. La lettre e sert à marquer en français trois sons tout à fait différents et qu'on devrait en réalité considérer comme trois voyelles distinctes. E possède en effet : 1° Un son très-ouvert que l'on entend dans terre,


mer, enfer,'—succès, procès—et qui se forme en ouvrant fortement la bouche. On appelle cet e l'e ouvert; on le distingue ordinairement par le petit signe * que l'on appelle accent grave et que l'on place sur l'e (frère, père, succès, procès), —sauf quand l'e est suivi de deux consonnes (comme dans: peste, reste, fresque) ou qu'il termine le mot et est suivi d'un r sonore (comme dans: fer, ver, amer, cher, cancer, hier, hiver, enfer).— Ce son de e ouvert est aussi rendu tantôt par ai (comme dans: cl air, éclair, pair, chair, aire, - qui se prononcent réellement clère, père, chère, ère), tantôt par ei (comme dans: veine, peine, Seine, que l'on prononce vène, pêne, scène). Nous avons ici quatre manières (e, è, ai, ei) d'écrire le même son de e ouvert.

2° Un son aigu que l'on appelle e fermé et que l'on entend dans : aime, bonté, santé, et dans tous les mots terminés en er lorsque r y est muet : verger, rocher, parler, aimer. Cet e se forme en fermant fortement la bouche; il se marque ordinairement par le signe r que l'on appelle accent aigu. - Il faut noter que e fermé est toujours bref, et ne peut pas être long comme l'e ouvert (qui est bref dans fer et long dans tempête).

3° Un son sourd d'une nature particulière que l'on appelle e muet parce qu'il est le plus faible de tous nos sons français : c'est cet e que l'on entend à peine dans venir, tenir, et qui devient tout à fait nul dans appeler, élever, pèlerin, charretier, que nous prononçons en réalité ap 1er, e/Ver, peVrin, char'tier. L'e muet ne porte jamais d'accent.

Nous avons vu au g 17 que l'e des Romains était un è ouvert, et que la création de l'e fermé et de l'e muet était propre au français. Nous avons vu également au S 17 de quelles voyelles latines viennent en français e fermé et e ouvert. — Quant à l'e muet, il


provient de toutes les voyelles latines non accentuées; ainsi a, e, i, o, u latins non accentués peuvent tous s'assourdir en français en e muet, comme on le voit par rose de rosam, frère de fratrem, aime de amo, temple de templum.

Pour l'origine de l'accent grave et pour celle de l'accent aigu, voy. au S 56.

23. Rien à remarquer sur o bref (dévote, note); mais o long (apôtre, notre) a pour analogue au, eau.

De même que le son de è ouvert est exprimé à la fois par è (succès), e (enfer), ai (clair), ei (Seine), — le son de ô long est exprimé en français à la fois par o (votre, apotre) et par au ou eau (comme dans vautrer, épeautre, autel, beauté).

Le latin alter, alha, palma, b e/lum, devint d'abord a/tre, albe, palme, bel, dans notre vieille langue, qui plus tard adoucit l en u, d'où autre, au be, pau me, beau, dans lesquels au, eau sont prononcés o (de même que le latin au lui aussi a été prononcé puis écrit o en français dans or de awrum, çlcw de cl au sus, chose de eau sa, etc.).

24. Comme è ouvert et comme o, la voyelle eu est un simple son qui est représenté en français par trois formes différentes, savoir : eu (comme dans heure), œu (comme dans bceuf, sceur, ceuf), œ (comme dans œil), et enfin ue (dans accueille, cueille, orgueil, etc., qui se prononcent comme s'ils étaient écrits : accœuille, cœuille, etc.).

On a vu au 3 17 que o bref latin devient eu en français, comme dans neuf de novem; mais entre o et le français eu il y a les intermédiaires du français du moyen âge, qui sont ue au onzième siècle, puis oe au douzième, eu au quatorzième, comme on peut le voir dans mon Dictionnaire étymologique. Ainsi novem donna successivement nue f au onzième siècle, noe f au douzième, neu f au quatorzième.

Quelques mots, comme accue illir, sont restés à l'étage ue et n'ont pas suivi la transformation en eu; d'autres, comme as il, sont restés à l'étage oe contracté en œ; enfin les mots comme b oeu f, s oeu r, etc., sont un compromis entre l'orthographe du douzième siècle en oe, et celle du quatorzième en eu. De oe plus eu on a composé le groupe bizarre œu, qui a persisté dans les mots tels que sœur, cœur, etc.


25. Y doit être ajouté aux sept voyelles ci-dessus mentionnées. Entre deux consonnes (comme dans analyse, martyr, presbytère) il se prononce comme i. Entre deux voyelles il se prononce comme deux i : pays, abo/er, ne se prononcent pas pa-i-s, aboi-er, — mais pai-is, aboi-ier, c'est-à-dire que le premier des deux i va se joindre à la voyelle qui le précède.

Y entre deux consonnes vient du grec u : ainsi analyse vient de avaÀu(¡L; (même sens), — martyr de pLdfpTup (celui qui témoigne).

Y entre deux voyelles est une lettre française provenant d'ordinaire d'un c ou d'un g latin entre deux voyelles : ainsi ployer de plicare, noyer de necare, payer de pacare; ou bien l'y est inséré par euphonie entre deux voyelles pour empêcher un hiatus : ainsi cro y ant de cre(d)entem, écuyer de scu(t)arius, qui sans cela eussent été cro-ant et écu-er.

CHAPITRE III.

DES DIPHTHONGUES.

26. On appelle diphthongue la réunion de deux voyelles simples qui se prononcent par un seul jet, par une seule émission de voix, comme ui dans huileux.

Ui, composé des deux voyelles u et i, est une diphthongue.

Diphthongue vient du grec Siç, deux, et (pOiyyoç, son, deux sons prononcés d'un seul coup.

27. Le français forme des diphthongues à l'aide des quatre voyelles i, o, u, ou, que l'on fait suivre de l'une des voyelles de l'alphabet : ainsi i forme ia, ie, io (dans piano, piocher, pied) ; — o forme oa, oe, oi (dans moabite, moelle, roi); - m forme ue,ui (dans écuelle,


huile, suif) ; - ou forme oua, oue, oui (dans douanier, fouetter, oui, louis).

Les diphthongues françaises proviennent ordinairement de la chute de consonnes latines, comme dans écuelie de scu[t)ella, ou dans moelle de me(à)ulla , mots dans lesquels nous voyons la chute du t ou du d latin mettre brusquement en présence les deux voyelles qui par leur réunion formeront en français une diphthongue.

CHAPITRE IV.

DES VOYELLES NASALES.

28. Toute voyelle suivie de deux consonnes dont la première est m ou n (comme o dans tomber ou conter), est prononcée en partie par le nez, prend alors un son nasal (que nous entendons dans tomber, conter) et est appelée voyelle nasale.

Ces voyelles nasales étaient inconnues aux Romains, qui prononçaient toujours sonores les voyelles suivies de m et de n.

Notre langue ne les connaissait pas non plus à sa naissance; ce n'est guère qu'à la fin du onzième siècle que ces voyelles, qui, au temps de Hugues Capet, étaient sonores comme elles le sont encore aujourd'hui en italien, sont devenues nasales en français.

29. Il en est de même quand n ou m terminent le mot, comme dans an, en, vin, ton, un, daim, nom, etc.

30. Les principales voyelles nasales sont an, en, in, on, un, eun, que nous retrouvons dans pan, en, serin, mouton, importun, jeun. — De même que les voyelles, les diphthongues peuvent aussi devenir nasales; ainsi ia donne ian (y ian de), ie donne ien (chrét ien), etc.

31. Mais si n ou m sont suivies d'une autre voyelle, il ne se produit pas de voyelle nasale : ainsi an n'est


pas nasal dans parais, ni en dans mener, ni in dans finir, ni on dans monarque, ni un dans chacune, etc.

— Il en est de même quand n ou m sont suivies d'une seconde n ou d'une seconde m : ainsi an n'est pas nasal dans annuel; de même en reste sonore dans ennemi, on dans tonner, etc.

CHAPITRE Y.

DES CONSONNES.

32. L'alphabet nous offre dix-neuf consonnes b, c, d, f, g, h, j, k, 1, m, n, p, q, r, s, t, v, x, z, auxquelles il faut ajouter la consonne ch.

33. Plusieurs de ces consonnes expriment un même son : ainsi k, c, q rendent tous les trois le son dur du c (kakatoès, cavalier, qua lifier); — s et c ont le même son dans servir et cervelle; — j et g dans j'ai et geai, .Jo Ii et geôlier; - z et s dans zéro et déserteur (que l'on prononce déserteur).. D'autre part, plusieurs sons différents, comme le c dur qui est un k (camarade), et le c doux qui est un s (cervelle), n'ont qu'une seule et même lettre pour les représenter.

On appelle ces lettres consonnes, du mot latin consona (qui se prononce avec, à l'aide de), parce que les grammairiens anciens croyaient que l'on ne pouvait jamais prononcer une consonne sans le secours d'une voyelle.

34. Les consonnes sont produites par trois organes différents : le gosier, les dents, les lèvres, qui arrêtent la voix au passage, en lui faisant obstacle, et qui for-


ment ainsi trois sortes différentes de consonnes : les gutturales, les dentales, les labiales.

I. — Gutturales.

35. Les consonnes qui sont produites par le gosier, et qu'on appelle pour ce motif gutturales (du latin guttur, gosier), sont au nombre de six : c, k, q, g, j, ch, dont deux c et g ont un double son, dur devant les voyelles a, o, u (comme dans : camarade, corridor, cumuler; gamin, gobelet, guttural), - doux devant les voyelles e et i (comme dans : cerveau, cirer; germer, gibier); dans le premier cas, c et g sont appelés durs; dans le second cas, ils sont appelés doux.

Les Romains ne connaissaient pas le cft, qui est un son français né du latin ca (cAeval de caballum, chemin de caminum, cAenil de canile, cher de carum). Ils ignoraient aussi le c doux et le g doux : chez eux c avait toujours le son du k : Cicero, facere, celeberrimus étaient prononcés Kikero, fakere, keleberrimus; de même gemellus ou gibbosus étaient prononcés guemellus, guibbosus.

36. Les consonnes gutturales se divisent en deux groupes : 1° Celles qu'on ne peut pas prononcer sans le secours d'une voyelle, c'est-à-dire k, q, c dur et g dur.

C dur étant représenté à la fois par c, k, et q (camarade, kakatoès, qualité), le groupe se réduit donc aux deux consonnes c dur et g dur, dont la première (c) est appelée gutturale forte (comme dans : camp), et la seconde (g), qui a un son plus faible (comme dans : gant), est dite gutturale douce.

c dur vient du latin cc : secourir, desuccurrere, sec desiccum, bec de beccum, sac de saccum. — g dur vient, surtout au commencement du mot, soit d'un g latin, comme dans goùt de gustum,


goutte de gutta,- soit d'un v latin, comme dans guêpe de l'espa, gaine de pagina, gué de eadum, gui de ciscum.

37. — 2° Les consonnes gutturales forment un second groupe composé des consonnes que l'on peut prononcer sans le secours d'aucune voyelle, c'est-à-dire g doux, j, ch; mais g doux (dans geôle, geai, gérer) étant le même son quej (dans joli-, j'ai, Jérémiade), ce groupe se réduit à deux consonnes : y et ch. Ch est appelée forte, et y est appelée douce, le premier son étant plus dur que le second, comme on le voit par les mots chatte et yatte.

On a vu au S 35 d'où vient le ch français. Quant à j, il vient, tantôt d'un j latin, comme dans joug de jugum, juste de yustum, yanvier de januarius, — tantôt d'un i latin qui est devenu consonne : ainsi Dibionem, gobionem, devenus Dibjonem, gobjonem, donnent Dijon et goujon. — De même g doux vient tantôt d'un g latin, comme g émir de gemere, gendre de gener, géant de gigautem, — tantôt de i latin, comme dans déluge de diluvium, sergent de servientem, pigeon de pipionem, abréger de abbrev i are.

2. — Dentales.

38. Les consonnes qui sont produites par la présence des dents, et qu'on appelle pour ce motif dentales, sont au nombre de quatre : t, d, s, z.

Ces quatre consonnes nous viennent des Romains, qui prononçaient comme nous le t et le d, mais qui donnaient à leur s et à leur z un son différent du nôtre. S latin sonnait le plus souvent comme notre s doux (dans rose, position, zéro, zèle) : salutem, secundum, rosam, étaient prononcés zalutem, zecundum, rozam.

- Z latin, que les Romains avaient emprunté au grec t, sonnait dz: zodiacus, zona étaient prononcés dzodiacus, dzona. — Ti latin, devant une voyelle, sonnait ts : amicifia, nafionem étaient prononcés amikitsia, natsionem. De là vient notre prononciation française de ti en si (dans nation, portion, inertie. etc.).

39. Les consonnes dentales comprennent deux grou-


pes. Le premier est formé des deux consonnes t et d, qui ne peuvent être prononcées sans le secours d'une voyelle (tarder, tarder); dans ce groupe, t qui a un son plus dur (larder), est appelée la forte ; la seconde, d, qui a un son plus faible, est dite la douce (dard). —

Le second groupe, composé des, z (sellé, zélé), peut toujours être prononcé sans le secours d'une voyelle et comprend deux sons : 1° le s dur (savoir, seller, sureau), qui est la consonne forte et qui a d'ordinaire ce son en français (sauf quand s est entre deux voyelles, cloison, poison où il sonne z) ; 2° le s doux qui sonne z et est ordinairement écrit z (zéro, zodiaque, zélé), mais que l'on trouve ordinairement écrit s entre deux voyelles : poison, raison, cloison (que l'on prononce poizon, raizon, etc.).

T au commencement des mots provient d'un t latin simple (table de tabula, tenir de tenere, et au milieu des mots d'un t latin précédé d'une consonne : jeter de jactare, château de castellum, écrit de scrip tum. - D au commencement du mot vient d'un d latin simple (dire de dicere, deux de <^uos, dom de dominus), et ailleurs d'un d précédé d'une consonne : tard de tarde, sourd de sur dum, glan d de glandem. - S dur vient de s latin : seul de solus, sol de soluin, servir de servire. — S doux vient soit du latin c: plaisir de placere, voisin de vicinum, raisin de racemum, — soit du latin ti précédant une voyelle : raison de rationem, poison de potionem, tison de titionem.

3. — Labiales.

40. Les consonnes produites à l'aide des lèvres, et pour cette raison appelées labiales (du latin labia, lèvres), sont p, b, f, v, et se divisent en deux groupes.

41. Le premier est formé de p, b, c'est-à-dire des deux labiales qu'on ne peut prononcer sans le secours d'une voyelle (pan, banc; poulet, boulet). De ces deux


consonnes, la première, p, est dite forte (p ourrir, p orter) ; la seconde, b, qui a un son plus faible, est dite douce (ban, bourrer, bord).

P au commencement des mots vient du latin p : pain depanem, port de p ortus ; au milieu des mots, de p latin appuyé sur consonne : propre de proprium, étoupe de stuppa, complet de comp letum. - B au commencement du mot vient du latin b : bon de bonum, bien de benè; au milieu du mot, de b latin suivi ou précédé des consonnes r , 1: ar b re de ar b orem, ar b uste de ar b ustum.

42. Le second groupe (f, v) comprend les consonnes que l'on peut prononcer sans le secours des voyelles (fendre, vendre) ; la première, f, qui a le son dur (fer, forer), est dite forte; la seconde, v, qui a un son plus faible (ver, vorace, vaseux), est dite douce.

F (sauf à la fin des mots) vient de f latin (fable de fabula, faire de facere), ou de son équivalent e (faisan de ph asianus, /antôme de phantasma). A la fin des mots, il provient du v latin qui, dans ce cas, devient toujours f en français : bref de brel'em, neuf de noeum, clef de cla v em, nef de naeem, œuf de ocum.

Vau commencement du mot vient du latin l' (vain de vanum, vin de v inum); mais au milieu des mots il vient tantôt d'un p : rive de ripa, louve de lupa, saveur de saporem, neceu de nepotem; tantôt d'un b : devoir de debere, avoir de hahere, chepal de caballum, fève de faba.

4. — Liquides et nasales.

43. On appelle liquides les deux consonnes 1, r, du latin liquidus (coulant), parce que ces deux lettres se joignent facilement aux autres consonnes telles que p, b, c, g, pour former des groupes de lettres tout à fait coulants, tels que bl, pl, c/, gl (dans blanc, plaine, clameur, gloire), ou pr, br, cr, gr (premier, bruit, croire, grandir).

L vient ordinairement du latin t : langue de l ingua, dou/eur


de do orem). — R vient tantôt de r latin (mer de mare, cher de carus, amour de amorem); tantôt de 1: épître de l'pistoia, apôtre de aposto/um, titre de titu/um; tantôt de n, comme dans : diacre de diaconus, ordre de ordinem, pamp re de pampinus.

44. On appelle nasales les deux consonnes met n qui donnent aux voyelles, telles que a par exemple, un son particulier an (y an ter, m an ger), son qui se prononce en partie du nez, et que pour cette raison on appelle nasal (du latin nasus, nez). Nous avons étudié en détail ces voyelles nasales au S 28.M vient ordinairement de m latin : mer de m aref faim de fames, nom de no m en.

Nvient ordinairement de n latin ( nez de nasum, n ul de nullum, noix de nucem), mais aussi de m suivi d'une consonne (conter de computare, rançon de redemptionem, sorage de somnium), ou de m final : mon de meum, rien de re/n, ton de tuum, son de suu m, etc.

45. La liquide l et la nasale n se mouillent dans certains cas, c'est-à-dire qu'elles sont alors suivies (pour l'oreille) d'un i très-faible, que l'on entend par exemple dans campagnard, travailler. — L mouillé s'écrit par iU au milieu des mots (bailler, veiller) et par il à la fin des mots (trava il, vermeit). — N mouillé s'écrit par gn: vigne, campagne, etc.

Ill vient ordinairement du latin li ou le devant une voyelle : fille de fi/ia, famille de familia; paille de pa/ea, vaille de valeat; gn vient du latin ni : campagne de campania, cigogwe de ciconta, oignon de unionem.

5. — Résumé.

46. Nous avons passé en revue toutes les consonnes de l'alphabet, à l'exception de x et de h. C'est que x


en effet n'est pas plus une consonne simple que bl dans blanc ou cr dans craindre : luxueux, examen, exact, se prononcent lucsueux, examen, egzact, et nous montrent qu'en réalité x n'est pas un son nouveau, mais la réunion de deux sons (cs, gz), dont le premier est une consonne gutturale c ou g (voy. § 35), et dont le second est une consonne dentale s ou z (voy. § 38).

Cette présence de s ou z dans x nous explique pourquoi les mots terminés au singulier en x (heureux, voix, prix) ne changent pas au pluriel (heureux; voix, prix); il est inutile de leur ajouter un s, puisque leur x le contient déjà.

X vient tantôt de x latin : six de sex, soixante de sexaginta ; tantôt de c : voix de vocem, croix de cruc em, dix de decem, paix de pacem, noix de nucem.

47. H est la plus faible des consonnes, comme l'e muet est la plus faible des voyelles. Il y a deux sortes d'h : rh muette, lettre qui ne représente aucun son, et par-dessus laquelle l'élision de l'article le, la se produit (l'homme, l'habitude), comme si l'article était directement en présence même de la voyelle (comme dans l'obéissance, /'abaissement) ; — Y h aspirée, qui ne se fait pas plus entendre que rh muette , mais qui en diffère parce qu'elle empêche l'élision : le hèros, la h oulette.

Le h latin était fortement aspiré, à la manière du h allemand ou anglais. Cette aspiration se perdit en français, ce qui amena la disparition de h, comme dans avoir de habere, on de h omo, or de hora. L'ancien français écrivait de même 0 me de hominem, abit de Izabitus, eure de hora; vers le quinzième siècle, les latinistes et les clercs rendirent à ces mots le h latin, d'où homme, habit, Aeure; mais ils ne purent rendre à ces mots la prononciation latine du h que le français avait abandonnée dès l'origine.


48. En résumé, les consonnes françaises sont ainsi réparties :

CONSONNES CONSONNES que l'on prononce à que l'on prononce sans l'aide des voyelles. l'aide des voyelles.

FORTE. DOUCE. FORTE. DOUCE.

GUTTURALES. cdur(k) gAur cId jougdoux

DENTALES. t d s (c doux) z

LABIALES. p b f v

2 liquides : l, r. — 2 nasales : m, n. - 1 aspirée, h.

1 consonne double, x.

CHAPITRE VI.

SYLLABES. — ACCENT TONIQUE.

49. On appelle syllabe un ou plusieurs sons qui se prononcent sans interruption par une seule émission de voix. Ainsi ôté a deux syllabes, ô et té : la première composée seulement d'une voyelle (o), la seconde composée d'une consonne (t) et d'une voyelle (é).

50. On appelle syllabe muette celle qui est terminée par un e muet, comme me dans j'ai me.


51. On ne prononce jamais avec la même force toutes les syllabes d'un même mot; ainsi quand nous disons : march ez, cherch ons, nous prononçons la dernière syllabe plus fortement que la première, tandis qu'au contraire dans marche, cherche, nous appuyons sur la première, parce que la dernière syllabe est muette.

Cette élévation de la voix sur une syllabe particulière dans chaque mot s'appelle accent tonique, et la syllabe qui reçoit cette élévation de la voix, cet accent tonique, s'appelle la syllabe accentuée ou tonique.

En français, la syllabe accentuée est toujours la dernière syllabe du mot (mouton, cheval, aima), excepté quand le mot.est terminé par un e muet (table, aimable), auquel cas on reporte l'accent tonique sur l'avant-dernière syllabe : aima ble, lisible.

Le français a emprunté son accentuation au latin : en latin, l'accent tonique occupait toujours l'avant-dernière syllabe du mot (amdre, ifnire, labôrem) quand cette syllabe était longue (amiire, fillïrc, labÕrem); le français a conservé l'accent tonique sur la syllabe qu'il occupait en latin et il dit finir, aimér, labeur, en élevant la voix sur les mêmes syllabes que les Romains.

Quand, au lieu d'être longue, l'avant-dernière syllabe latine était brève, comme i dans portïcus, pertÏca, durabllis, les Romains accentuaient la syllabe qui précédait l'avant-dernière, et ils prononçaient portïcus, pértica, durâbilis. Pour conserver à son tour l'accent sur cette même syllabe, le français a été obligé de resserrer violemment ces mots latins, en supprimant toutes les voyelles qui suivaient en latin la syllabe accentuée : Ainsi, dans le cas présent, le français a supprimé l't bref de durab(ï)liJ, pér(tï)ca, pàr(ti)ciis, et il a dit durable, pérche, porche, arrivant par cette amputation des terminaisons latines à conserver l'accent tonique sur la même syllabe qu'il occupait en latin.

52. Il y a donc dans chaque mot une syllabe accentuée ou tonique, et il n'y en a qu'une. Les autres syllabes du mot sont dites inaccentuées ou atones. Ainsi dans aima ble, - ma est la syllabe accentuée, ai et ble


sont inaccentuées, sont atones: dans charretier, tier est accentué, char et re sont atones (on le voit d'ailleurs par la prononciation, puisque en réalité nous prononçons char'tier).

Atone vient du grec à (sans, privé de) et T6vog (ton, accent), qui est privé d'accent.

53. Quand un mot simple, tel que chandelle (qui est accentué sur elle), donne un mot dérivé tel que chandelier (qui est accentué sur ier), la syllabe elle, qui était accentuée dans le mot simple, devient naturellement inaccentuée dans le mot dérivé, et e perd alors dans chande-lier le son plein qu'il avait dans chande lie. Le français marque souvent cet affaiblissement du son de la voyelle en changeant la voyelle elle-même; ainsi ai, qui est accentué dans faim, clair, grain, devient inaccentué dans les dérivés (famine, clarté, gre.Il ier, gren etier) ; ai se change alors soit en a comme dans famine, clarté, soit en e muet comme dans grenier, gr enetier,, etc. De même, pour rendre sonore au présent de l'indicatif l'e muet des infinitifs app-e-ler, rej-e-ter, ach-e-ter, pe-ler, me-ner, tantôt le français double la consonne (j'appelle, je rej ette) et donne ainsi à l'e plus de sonorité, — tantôt il place un accent grave sur l'e : j'achète, je pèle, je mène. -

A l'origine de notre langue, le français distinguait les voyelles latines brèves, quand elles sont accentuées (comme e par exemple dans vënio, t ë neo), — des mêmes voyelles quand elles sont inaccentuées (comme e dans vèncre, tènére), — par le procédé suivant : il transformait ordinairement la voyelle accentuée en une diphthongue (e latin par exemple devenait ie) d'où : je viens (vënio), je tiens (teneo), — tandis qu'il gardait cet e intact quand la voyelle n'était pas accentuée, d'où venir (vënire), tenir (tenere), etc. Cette manière de distinguer la voyelle accentuée des voyelles non accentuées, le français l'appliqua ensuite aux nouveaux


mots qu'il créait : voilà pourquoi la diphthongue ie de chevalier, épicier, lièvre, sellier est devenue e dans chevalerie, épicerie, lé vrier, sellerie, et comment on n'a pas dit chevalierie, épicierie comme on disait cltevalie r, épicier, etc. Dans ces mots la diphthongue ie est accentuée, tandis que e ne l'est pas dans chevalerie, épicerie, etc.

CHAPITRE VII.

DES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES.

54. On appelle signes orthographiques certains signes employés dans l'écriture, soit pour désigner les changements d'une même voyelle, comme o et o, é et è, ai et aï, — ou la suppression d'une lettre, comme dans l'épée pour la épée; — soit enfin pour réunir deux mots en un seul, arc-en-ciel, pied-à-terre, etc.

55. Il y a cinq espèces de signes orthographiques : les accents, la cédille, le tréma, l'apostrophe et le trait d'union.

56. Les accents sont au nombre de trois : l'accent circonflexe ("'), l'accent grave (*), l'accent aigu ( 1).

Leur principal usage a été expliqué aux § 18 et 22.

Mais ajoutons ici que l'accent grave est employé en outre pour distinguer deux mots qui s'écrivent de la même manière : ainsi, a verbe et à préposition (il a donné un cheval à son frère) ; — la article et là adverbe (la mer est venue jusqtLe-là); — ou adverbe et ou conjonction (j'irai où il voudra, à Paris ou à Rome); — des article et dès préposition (la neige des montagnes fondit dès l'arrivée du printemps.

Ces accents, inconnus au vieux français, nous viennent du grec, auquel ils ont été empruntés par les grammairiens français du


seizième siècle, mais ils servaient en grec à un usage tout différent.

57. Il faut soigneusement éviter de confondre ces 1 accents grave, aigu, circonflexe, qui sont de purs signes d'orthographe,— avec l'accent tonique (dont nous avons parlé au S 49), qui est l'élévation de la voix sur l'une des syllabes d'un mot.

58. La cédille est un signe (u) que l'on place sous le c devant a, o, u, pour indiquer que le c doit prendre un son doux (façade, rinçure, façon) au lieu du son dur qu'il a régulièrement devant ces mêmes lettres (camarade, colibri, curé).

La cédille, qui date du seizième siècle, a été empruntée aux imprimeurs italiens, qui désignaient par zediglia un petit crochet en forme de z que l'on plaçait sous le c pour lui donner le son de z et l'empêcher de prendre celui du k. — L'italien zediglia vient de zeta (z) et signifie proprement petit z.

59. Quand on veut indiquer que deux voyelles qui se suivent doivent être prononcées séparément, on place sur la seconde le signe ( ) appelé tréma: ainsi uë dans ciguë (qui, sans cela, eût été prononcé cig, comme figue, ligue); de même aï dans haïr (qui eût été prononcé air, comme air, clair, flair, pair).

Le tréma remonte au seizième siècle, comme les accents orthographiques. Ce mot vient du grec Tpî)fJ.a (point, proprement trou).

60. L'apostrophe (') marque la suppression des voyelles a, e, z, à la fin d'un mot et devant un autre mot qui commence par une voyelle ou une h muette : /'épée, j'arrive, s'il vient, l'honneur, pour hl-épée, jearrive, si-il, le-honneur.

Ce signe fut inventé au seizième siècle. Ce nom a été emprunté au grec à7c6arxpocpoç (qui détourne), parce que l'élision de la voyelle


détourne, empêche le choc des deux voyelles et la naissance d'un hiatus discordant.

61. Comme son nom l'indique, le trait d'union est un petit trait qui sert à rapprocher, .soit les différentes parties d'un mot composé (arc-en-ciel, vis-à-vis, cheflieusoit le verbe de son sujet quand il en est suivi (irai-je? viendrez-vous?) ou de son régime (croyez-moi, venez-y).


LIVRE II

ÉTUDE DES MOTS



LIVRE II.

ÉTUDE DES MOTS.

62. De même que tous les êtres qui existent sur la terre sont rangés dans trois classes : les animaux, les végétaux, les minéraux, — tous les mots de la langue française sont rangés dans dix classes : le nom, l'article, Y adjectif, le pronom, le verbe, le participe, la préposition, l'adverbe, la conjonction, l'interjection. Tous les mots que nous prononçons en français rentrent dans une de ces espèces et sont ou des noms, ou des adjecti fs, ou des verbes, etc..; nous ne pouvons pas en employer d'autres.

63. Ces dix espèces de mots différents, dont la réunion forme la langue française, sont comparables aux différentes parties qui composent le corps humain; aussi les grammairiens appellent-ils ces dix sortes de mots les parties du discours, c'est-à-dire les parties de la langue. Nous allons successivement les passer en revue.

Sauf l'article que les Romains ne connaissaient pas, nous avons reçu du latin toutes nos autres parties de discours.


CHAPITRE I.

DU NOM OU SUBSTANTIF.

64. Le nom ou substantif est un mot qui sert à nommer des personnes ou des choses.

Le nom s'appelait chez les grammairiens romains nom substantif (nomen substantivum), c'est-à-dire nom qui désigne la nature, la matière, la substance d'un objet (par exemple, bois, pierre, etc.) par opposition au nom adjectif (nomen adjectivum, nom qui s'ajoute à.), mot qui ajoute en effet au nom substantif l'idée d'une qualité (blanc, noir, etc.). Les grammairiens français ont abandonné, bien à tort, ces dénominations; ils ont donné au mot nom le sens de l'expression nom substantif, employant ainsi un terme qui a un sens général, pour exprimer une idée particulière. Dire nom et adjectif au lieu de nom substantif et nom adjectif est à peu près aussi illogique que de dire un cheval pour un cheval noir et un blanc pour un cheval blanc. — Mais l'usage est trop bien établi aujourd'hui pour qu'on y puisse rien changer.

65. Il y a deux sortes de noms : les noms propres et les noms communs : le nom propre est celui qui ne convient, qui n'est propre qu'à une seule personne (comme Pierre, Paul, Louis) ou à une seule chose (comme le Rhône, la Loire); — le nom commun est celui qui convient, qui est commun à toutes les personnes semblables (comme soldat, marchand, enfant), ou à toutes les choses semblables (comme maison, cour, jardin).

66. Dans les noms, il faut considérer le genre et le nombre.


SECTION I.

DU GENRE DANS LES NOMS.

67. Le genre est la différence, la distinction que l'on fait entre les êtres mâles ou femelles. Il y a en français deux genres : le masculin, qui convient aux hommes et aux animaux mâles (comme le lion, l'homme, le père); le féminin, qui çonvient aux femmes et aux animaux femelles (comme la mère, la lionne).

Mais, en outre, on a donné par imitation le genre masculin ou féminin à des noms de choses qui ne sont ni mâles ni femelles : ainsi le château, le pays, le bois, sont du genre masculin, tandis que la lune, la cour, la grille,% ont du genre féminin.

Des trois genres que possédait la langue latine (le masculin, le féminin, le neutre), le français n'adopta que le masculin et le féminin. Disons en quelques mots comment le neutre latin disparut et d'où viennent, en français, nos masculins et nos féminins.

1° Les substantifs latins masculins sont ordinairement restés masculins en français: ainsi les masculins mund us, murus, filius, ont donné le monde, le mur, le fils. Il n'y a qu'une seule exception : ce sont les substantifs abstraits en or, qui sont tous masculins en latin (dol or, vapor, col or, terror) et qui sont tous devenus féminins en français (la douleur, la vapeur, la couleur) ; il n'y a en dehors de cette règle que honneur (honor), amour (amor), labeur (iabor), qui sont masculins. Encore honneur était-il féminin au moyen âge, de même que amour (comme le montre le dérivé amourette qui est resté féminin, et les locutions de belles amours, etc.).

Ces noms français féminins venant de noms masculins en latin chagrinèrent les latinistes et les pédants du seizième siècle, qui auraient bien voulu pouvoir restituer à nos mots français le genre du latin ; c'est ainsi que de labor ils tirèrent le labeur, et qu'ils essayèrent d'imposer à amour le masculin ; cette tentative échoua, mais c'est depuis lors qu'amour subit cette règle bizarre, qui lui donne le genre masculin au singulier, le genre féminin au pluriel.

2° Les substantifs latins féminins sont également restés féminins en français (rosa, la rose; luna, la lune; filia, la fille).


3° Les noms neutres latins se sont fondus en français, tantôt dans les masculins, tantôt dans les féminins. — Le peuple romain perdit très-tôt le sentiment des raisons qui à l'origine avaient donné à tel objet plutôt le neutre que le masculin, et il commença de bonne heure à supprimer le neutre, en le transformant en masculin. Cette faute, que les grammairiens romains signalent comme usuelle sous l'Empire, se rencontre fréquemment dans les inscriptions, où les graveurs ignorants mettent templus, membrus, braclii us pour templum, membrum, braclii um. De là les masculins français, le membre, le bras, etc. — Plus tard, à la chute de l'Empire, eut lieu, par la force d'analogie toujours croissante, une erreur plus grossière encore. On prit le pluriel neutre en a (foli a, cornua, pira,poma), pour un nominatif singulier de noms féminins de la première déclinaison (comme rosa). Ces mots, ainsi traités comme rosa, apparaissent alors dans certains textes du latin mérovingien avec des formes monstrueuses, telles que des accusatifs pluriels en as (pecoras, folias, etc.). De là viennent nos substantifs féminins, la feuille, la poire, la pomme, la corne, tirés des neutres folium, pirum, pomum, cornu. De là aussi le mot orgue (du neutre latin orgallum), qui était féminin dans le vieux français (une belle orgue, de grandes orgues). Au seizième siècle, les latinistes lui enlèvent le genre féminin et disent, pour rapprocher le mot du latin, un bel orgue, de beaux orgues. Une lutte s'établit alors entre l'ancien usage du peuple qui faisait orgue du féminin, et l'usage nouveau des savants qui donnait à orgue le genre masculin, lutte à laquelle les grammairiens mirent un terme en décrétant que orgue serait masculin au singulier, féminin au pluriel, comme on le verra au § 73.

68. Les noms féminins se forment ordinairement en ajoutant e muet au masculin: marquis fait marquise; ours fait ourse.

En outre, quand le mot est terminé, comme dans baron, chien, lio n, par un n qui assourdit la voyelle précédente (voy. ci-dessus § 32), l'e féminin fait disparaître le son nasal, et le n redevient sonore : baronn e, chienn e, lionne; mais dans ce cas n est ordinairement redoublé (baron, baronne).

Le latin formait son féminin en a : de lupus (loup), il tirait lupa.

(louve). Cet a est naturellement devenu e en français, comme dans porte de porta, rose de rosa, etc.


69. EXCEPTION. — Une vingtaine de substantifs forment leur féminin en ajoutant esse au masculin : nègre, négr esse, — maitre, maîtresse, — tigre, iigresse.

Ajoutée aux substantifs en eur, tels que pécheur, chasseur, cette finale esse ne donne pas pécheuresse, chasseuresse, mais pécheresse, chasseresse, dans lesquelles eur, cessant d'être accentué (voy. § 53), s'affaiblit en er, et la voix se reporte alors avec force sur la finale esse, qui devient la syllabe accentuée du mot.

On verra au § 103 l'histoire de cette finale esse qui, pour les mots en eur, a été remplacée de bonne heure par la finale euse : chanteur, chante use; buveur, buv euse.

70. Dans un très-petit nombre de cas, le féminin est plus court que le masculin : témoin la compagne, la taure, la coche, la cane, la dinde, la chiffe, la mule, la vieille, la mante, féminins de compagnon, taureau, cochon, canard, dindon, chiffon, mulet, vieillard, manteau (qui sont dérivés des féminins au moyen des finales et, ard, an, eau, etc.).

Il ne faut point conclure de ces exemples qu'il y a en français des masculins formés à l'aide du féminin. Cette apparente irrégularité à la règle qui tire tous les féminins des masculins, s'explique par l'histoire de la langue. Tous les féminins cités au 3 70 avaient dans le vieux français des masculins aujourd'hui perdus.

Ainsi on disait au onzième siècle un mal (du latin miilus mulet) et une mule (du latin mula mule) et le diminutif mulet (dérivé de mul, comme sac/lct de sac) signifiait seulement le petit d'une mule, son poulain. Plus tard, mul (qui signifiait ce que nous appelons aujourd'hui mulet) disparut, et le français fut obligé, pour retrouver à mule un masculin, de prendre le diminutif mulet en lui donnant toute l'énergie de sens qu'il possède aujourd'hui et qu'il n'avait point à l'origine de la langue.


Irrégularités dans le genre des noms.

71. Certains noms sont à la fois masculins ou féminins, suivant les circonstances.

72. Les substantifs abstraits garde, aide, manœuvre, élève, sont du féminin quand ils marquent l'action de garder (la garde des frontières), d'aider (l'aide puissante de Dieu), de manœuvrer (la manœuvre d'un navire), d'élever (l'élève productive des bestiaux), — et deviennent du masculin lorsqu'ils désignent celui qui accomplit ces divers actes (un garde-chasse, un aidechirurgien, un manœuvre, un élève).

73. Amour, délice et orgue sont masculins au singulier (un bel amour, — un délice enivrant, — un grand orgue), et féminins au pluriel (de belles amours, de joyeuses délices, de grandes orgues).

Nous avons donné au � 67 l'explication de ce fait singulier pour les mots amour et orgue. Quant à délice, il était toujours féminin dans l'ancien français, venant du pluriel latin féminin deliciæ; mais le mot latin offrait cette bizarrerie d'être neutre au singulier (delicium) ; c'est le souvenir de cette particularité grammaticale qui a engagé nos grammairiens du seizième siècle à donner à délice le genre masculin au singulier.

74. Gent est féminin au singulier (la gent criarde) et signifie la race, la fçJUle; - au pluriel, il signifie les hommes, et reste féminin quand l'adjectif le précède (les bonnes gens) ; mais il devient masculin quand l'adjectif le suit (les gens de ce pays sont bons). — Sauf pour le mot tout qui est toujours masculin, soit qu'il précède gens (tous les gens que j'ai vus), soit qu'il le sui ve (ces bonnes gens sont tous ennuyeux).

Gent (qui vient du latin gentem, nation) est du féminin et signifia


nation, peuple (c ù combien lors aura de veuves La gent qui porte le turban, » dit Malherbe) ; puis il perdit au pluriel cette signification (que toutefois nous retrouvons encore dans le droit des gens pour le droit des nations), et la remplaça par la signification d'hommes, d'individus (les gens de ce pays, les gens de mer, etc.).

De même que le féminin personne devint masculin (dans les locutions : Personne n'est bon dans ce pays, personne n'est venu), parce que personne ayant pris le sens d'homme, on oublia son genre propre, le féminin, pour y substituer celui de l'idée homme qu'il exprime, — de même on abandonna dans le mot gens le féminin qui était le genre propre de ce mot, pour le remplacer par le masculin, genre de l'idée nouvelle (homme, individu) que ce mot exprimait. C'est cette lutte entre les deux genres qui a donné au mot gens la double règle que nous venons d'expliquer.

SECTION II.

1 DU NOMBRE DANS LES NOMS.

75. Le nombre est la différence, la distinction que l'on fait entre une chose seule et plusieurs choses réunies.

76. Il y a en français deux nombres : le singulier, qui désigne une seule personne ou une seule chose, comme le lion, le livre; - le pluriel, qui désigne plusieurs personnes ou plusieurs choses, comme les lions, les livres.

Le singulier et le pluriel de notre langue viennent du singulier et du pluriel des Latins, et, en général, les substantifs français suivent exactement les nombres des substantifs latins dont ils dérivent. Quelques-uns seulement qui n'avaient point de singulier en latin, tels que lluptiæ, arma, ont pris en français les deux nombres: noce, arme. Quelques autres, qui possédaient en latin les deux nombres, n'ont gardé, au contraire, que le pluriel en français : mœurs de mores, ancêtres de antecessores (cependant Chateaubriand dit encore : un ancêtre).

77. RÈCLE GÉNÉRALE. — Pour former le pluriel des


noms, on ajoute s au singulier : l'homme, les hommes, le livre, les livres.

Les six cas de la déclinaison latine qui marquaient des nuances trop délicates de la pensée pour le langage populaire, se réduisirent d'abord à deux cas dans le latin mérovingien (le nominatif et l'accusatif), qui plus tard à leur tour se réduisirent en français, vers le quatorzième siècle, au seul accusatif. — Or, au singulier, l'accusatif latin (rosa m, nidu m, colore m) n'avait pas de s : c'est pourquoi rose, nid, couleur, n'ont pas de s au singulier; au pluriel au contraire, la marque distinctive du latin était s, et les accusatifs latins rosa s, nido S, colore S, donnèrent naturellement rose S, nid S, couleurs; voilà pourquoi s marque en français la différence du singulier et du pluriel, et pourquoi notre langue a employé pour cet usage SI et non pas telle autre lettre, m ou b par exemple.

78. Quand le nom est déjà terminé au singulier par un s (le fil s, le héros), le nom ne change pas au pluriel (des fil s, des héro s).

79. EXCEPTIONS. — Les noms terminés au singulier par au (bateau, château), ou eu (lieu, feu), et les sept mots suivants terminés en ou (bijou, caillou, ch ou, genou, hibou, joujou, pou).prennent x au pluriel (des bateaux, des feux, des bijoux, des cailloux, etc.).

Cette irrégularité est un reste de notre vieille langue. Notre orthographe, si précise aujourd'hui, était moins rigoureuse au temps de saint Louis, en ce sens qu'elle observait comme nous des règles très-fixes pour toutes les lettres qui se prononçaient, mais qu'elle se permettait beaucoup de liberté pour toutes les lettres qui ne se prononçaient pas (comme notre s du pluriel, qui est toujours muet : roses, fleurs). Aussi s muet était-il écrit au moyen âge indifféremment par z ou par x : on trouve lies pour nez, et vois ou voiz pour voi x. Un reste de cette liberté persiste dans les mots bijou, genou, etc :, que nous écrivons encore bijoux, geiiou x, tandis que nous écrivons clous et verrous : c'est encore par cette raison de l'équivalence ancienne des lettres muettes z5 x et s que les mots tels que ne2, voix, noi x ne prennent pas s au pluriel, et restent aussi invariables que les mots déjà terminés au singulier par un s véritable, tels que fils et héros. Voy. pour les détails le § 46.


80. Quand le nom est terminé au singulier par un x ou un z (voix, noix, ne 3), il ne change pas au pluriel (des voix, des noix, des nez).

Voy. aux § 46 et 79 l'explication de cette règle.

81. La plupart des noms terminés en al font leur pluriel en aux (le chev al, les chevaux, — le mal, les Hl aux), — de même qu'un petit nombre de noms en ail (un soupirail, des soupiraux), — un travail, des trav aux)

A l'origine de notre langue, au temps de Hugues Capet, al faisait régulièrement als au pluriel : un chev al, des chev aIs; un mal, des mals. — Plus tard, au temps de saint Louis environ, cet al s'adoucit en au (par un changement déjà expliqué au § 23) : de même que les vieilles formes françaises altre, albe, pa/me (du latin alter, alba, pa/ma) s'adoucirent en au tre, au be, paume, le pluriel als devint aus : chevals, chev aus; m als, maus. Pour le changement de aus en aux et de chevaus en chevaux, je renvoie au § 79.

Pluriel des noms composés.

82. On appelle nom composé celui qui est formé par la réunion : 1° soit de deux noms (comme un chat-tigre, un chou-fleur); - 2° soit d'un nom et d'un adjectif (comme une basse-taille); - 30 soit d'un nom et d'un verbe (comme un tire-bouchon) ; — 4° soit d'un nom et d'une préposition (un coutre-coup, un sous-pré fet), - — 5° soit d'un nom et d'un adverbe (un avant-coureur) ; — 6" soit de deux noms séparés par une préposition (un tête-a-tète, un pot-au- leu); — 7° soit enfin d'un verbe et d'un adverbe (un passe-partout)

Le pluriel se forme de trois manières différentes pour ces sept cas.

83. Pour les noms composés - soit de deux noms


(un chat-tigre), — soit d'un nom et d'un adjectif (une basse-taille), le pluriel se forme en ajoutant un s à chacun des deux mots : des chats-tigres, des basses-tailles.

84. Pour les noms composés, — soit avec un adverbe (un avant-coureur), — soit avec une préposition (un sous-préfet), — le pluriel se forme en ajoutant s au substantif (des avant-coureurs, des sous-préfets).

85. Pour tous les autres cas, le nom composé reste invariable au pluriel, sauf quelques exceptions que l'usage et le dictionnaire apprendront.

SECTION III.

FORMATION DES SUBSTANTIFS.

86. Nous avons vu suivant quelles règles les substantifs que nous connaissons forment leurs genres et leurs nombres : il nous reste à apprendre comment on crée des substantifs nouveaux et à quelle source il faut puiser pour augmenter notre provision.

La langue latine nous à transmis environ 2000 substantifs, à l'aide desquels JlOU\ en avons créé environ 8000 tout à fait nouveaux, qui ne correspondent à aucun original latin, et cet accroissement de l'héritage romain grandit tous les jours.

87. Notre langue crée des substantifs nouveaux à l'aide du substantif, de l'adjectif et du verbe déjà existants en français.

1. Substantifs tirés de substantifs déjà existants.

88. Le français crée des substantifs nouveaux, tantôt en ajoutant à d'autres substantifs çléjà existants une ter-


minaison nouvelle qui leur donne un sens nouveau : ainsi de cloche il tire un clocher, de rat il tire ratière, de lait il tire laitage. — Ces terminaisons er, ière, âge se nomment suffixes (du mot latin su ffixus, attaché après, cloué à) et l'opération par laquelle on attache, on cloue au mot simple une nouvelle terminaison pour lui donner un sens nouveau s'appelle dérivation, parce que l'on tire, l'on dérive de l'ancien mot un mot nouveau.

89. Tantôt aussi le français crée de nouveaux substantifs en plaçant devant les substantifs déjà existants un mot nommé préfixe, qui donne au substantif un sens nouveau : ainsi de lieutenant on forme, avec le préfixe sous, le mot sous-lieutenant. Le mot préfixe vient du latin prefixus (cloué devant).

90. Ainsi, d'un mot simple (tel que boutique), on peut tirer en français deux formes nouvelles : 1° un dérivé à l'aide d'une terminaison nouvelle dite suffixe, (ier dans boutiquier), et l'on appelle radical cette partie du mot simple qui ne change pas et à laquelle s'ajoute le suffixe ; — 20 un composé à l'aide d'un mot nouveau dit préfixe, que l'on place devant le mot simple (tel qu'arrière dans arrière-boutique).

1. — Liste des préfixes.

91. Le français, à l'aide des substantifs déjà existants, forme des noms nouveaux avec les préfixes contre, entre, avant, arrière, sous, sans, non (d'où les composés un contre-ordre, une entre-côte, un avant-coureur, une arrière-boutique, un sous-officier, un sans-façon, un non-sens).

Je ne parle, bien entendu, que des préfixes usuels et populaires,


laissant de côté les préfixes savants tirés du grec (voy. § 10), tels que pro (7ip6), épi (irzl), hyper (uizip), dans prodrome, épi graphe, hypercritique, qui n'ont point été admis par le français populaire et restent confinés dans l'usage savant.

92. Le français emploie en outre, pour former des substantifs composés, les trois particules mi, bis, vice.

— Mi signifie demi : la mi-carême, la mi-juillet, minuit (la moitié de la nuit). — Bis veut dire deux fois : bis aïeul (deux fois aïeul), bis cuit (gâteau deux fois cuit, gâteau recuit). — Vice signifie à la place de : vice-roi (qui remplace le roi), vice-amiral.

Mi vient du latin medius (qui est au milieu) par le changement de e latin en i français, comme dans merci de mer ce dent, venin de venenum, six de sex, etc.

Bis est le latin bis (deux fois). - Vice est le latin vice (qui tient la place de), et a donné l'ancien français vi que nous retrouvons dans ci comte, de vice-comitem (celui qui tient la place du comte).

II. — Liste des suffixes.

93. Le français forme des substantifs dérivés en ajoutant aux substantifs simples onze suffixes : ade, age, ain, ard, at, é, ée, er (ier), erie, esse, iste, que nous allons passer brièvement en revue.

94. ade exprime ordinairement une réunion d'objets de même espèce, comme colonnade, balustrade, barrie ade (réunion dé colonnes, de balustres, de barriques).

Pour l'histoire et l'origine de ade, voy. au § 125.

95. at marque la dignité, la profession : marquisat, général at, cardinal at, de marquis, général, cardinal.

Anciennement, on se servait non de at, mais de é,


qui avait le même sens : comté de comte, duché de duc, évêché de évèque.

Les Latins employaient au même usage le suffixe atus : consul atus (consulat, de consul) episcop atus (episcopat, de episcopus, évêque).

C'est ce suffixe atus qui est devenu régulièrement é en français populaire (d'où corn té, du ché, etc.) par le changement ordinaire de atus en é comme dans aime de amatus, chante de cantatus.

gouvern e de gubern atus, etc.

Ce suffixe' atus fut introduit de nouveau en français, vers la fin du moyen âge, par les savants et les clercs (voy. § 10) sous la forme moderne at.

96. age marque ordinairement : soit une collection d'objets de même espèce : herb age, feuillage, branchage, plumage (collection d'herbes, de feuilles, de branches, de plumes),—soit un état : veuvage, esclavage, apprentissage (état de veuve, d'esciave, d'apprenti), soit enfin simplement le résultat de l'action, brigandage, pèlerinage (résultat de l'action du brigand, du pèlerin).

.age vient du suffixe latin aticum qui s'est contracté en afcurn suivant la règle invariable de l'accent latin donnée au S 51. C'est ainsi que umbraticum (de umbra, ombre) a successivement donné umbrafcum, puis ombratge et enfin ombrage, - de même volaticum (qui vole) a donné vol âge.

97. ain, aine désigne : soit des personnes : chapelain (qui dessert une chapelle), châtelain (qui habite un châtel, un château), — soit des noms de nombres collectifs: quatrain (quatre), huitaine (huit), neuvaine (neuf jours de prières), douzaine, vingtaine, trentaine, - etc.

Ain vient du latin anus comme dans rom ain de ifo/wanus, hum ain de Iwm anus, sain de .s anus, m ain de m anus; en latin, le suffixe anus marquait le plus souvent les noms géographiques : Romanus, Germ anus, etc.

98. ard : on le retrouve dans bill ard, de bille;


brassard, de bras; cuissard, de cuisse; can ard, de cane; mouch ard, de mouche; èpinard, d'épine, etc., et au féminin dans moutarde, de moût (la moutarde est faite de graine de sénevé délayée dans du moût ou vinaigre), poularde, de poule, etc.

Ce suffixe ard est d'origine allemande et nous a été apporté par les Francs avec l'invasion barbare du cinquième siècle.

99. é : dans comté, duché, èvêché, etc.,de comte, duc, évêque. Pour le sens et l'histoire de ce suffixe, qui marque les dignités, voy. le suffixe at, au S 95.

100. ée marque la quantité contenue dans le simple : assiettée, gorgée, platée, potée, bouchée, signifient proprement plein l'assiette, la gorge, le plat, le pot, la bouche; — ée sert à marquer aussi diverses parties de la journée : matinée (matin), soirée (soir), Ce suffixe ée a été joint aux substantifs par imitation du suffixe ée étudié au § 123 et qui forme des noms à l'aide des verbes, comme l'arrivée de arriver, la veillée de veiller, etc.

101. er, ier, sert à former: 1° soit les noms des végétaux: poirier (poire), pomm ier (pomme), cerisier (cerise), citronnier (citron) ; — 2° soit les noms de métiers : potier (qui fait des pots), chamelier (de chamel, ancienne forme de chameau), huissier (gardien de l'huis, terme de notre vieille langue, qui signifie porte, et qui est resté dans l'expression judiciaire audience à huis clos, audience à portes closes, fermées, où le public n'entre pas); — 3° soit les noms de réceptacle : encrier, grenier, sablier (où l'on place l'encre, le grain, lesable).

Il faut remarquer que cette forme ier se réduit toujours à er après un ch ou un g : vacher (vache), porcher (porc), roch er (roc), arch er (arc), et non pas vach ier,


porchier, etc. — De même après g : mensonger, étranger, oranger, et non mensongier, étrangler, etc.

1er vient du suffixe latin arium, comme dans premier de prim arium, gren ier de gran arium, pommier de pomarillm, etc.

102. erie sert à former des substantifs : 1° soit avec les mots en eur (étudiés au S 127) : trompe rie (trompeur), flatt erie (flatteur), command erie (commandeur), hâblerie (hâbleur) ; — 2° soit avec les noms en er ou ier (étudiés au S 101) : vach erie (vacher), bouch erie (boucher), bergerie (berger), pâtisserie (pâtissier), hôtellerie (hôtelier), chancellerie (chancelier).

Par analogie, on a ajouté ce suffixe à des noms qui n'étaient terminés ni en eur, ni en ier : ébénist erie (ébéniste), lampiste rie (lampiste).

crie (comme on le voit dans flatterie de flatteur, ou de berge rie de berger) se réduit en réalité à ie, puisque sa première syllabe er (berg-tr-ie, flatt-er-ie) appartient au nom simple berg-er, flatt-eur.

On a vu au � 69 pourquoi flatteur donne flatterie et non flatteur ie, de même que chasse ur donne chasser esse et non chasseur esse.

— On a vu de même au § 53 pourquoi nous disons cheval erie, épicerie, de cheval ier, épicier, et non cheval ierie, épie ierie.

Ce suffixe ie (que nous retrouvons dans baronnie, félonie, de baron, félon) est le latin ia qui était inaccentué chez les Romains (puisque ce; suffixe disparaît dans les mots comme misère de miséria, audace de audacia, etc.), mais qui a été accentué par le latin de la décadence, à l'imitation du suffixe grec la dans 67)fAoxpa7i'a, démocratie.

103. esse s'ajoute aux noms masculins pour former des féminins : âne, an esse- tigre, tigresse; comte, comtesse ; prince, princesse.

Le latin employait à former certains féminins le suffixe issa de sacerdotem (prêtre), prophetam (prophète) il tirait sacerdot issa (prêtresse), prophét isa (prophétesse). C'est ce suffixe issa qui est devenu esse en français par le changement de i latin en e, comme dans me sse de m i ssa, cep de c i ppus, arête de ar i sta, crête de crista (changement étudié au § 17). Voy. pour eresse au 69.


104. ier. Voy. sous er, au § 101.

105. iste ne s'applique qu'aux personnes, et marque leur emploi : ébéniste (qui travaille l'ébène), modiste (mode), journaliste (journal).

Iste vient du latin ista, que les écrivains chrétiens de l'empire romain ont emprunté au grec lcr'tf¡ç qui a le même sens, d'où psalm ista (qui récite les psaumes), evangel ista (qui propage l'évangile), etc.

III. — Liste des diminutifs.

106. SUFFIXES DIMINUTIFS. — Il nous reste à étudier toute une classe particulière de suffixes, ceux qui marquent la diminution et servent à former des dérivés qui ont moins de force que le mot simple, et que l'on appelle pour cette raison des suffixes diminutifs : tels sont par exemple illon dans négrillon (petit nègre) ou eau dans chevreau (petite chèvre); négrillon, chevreau, qui diminuent le sens du simple nègre, chèvre, sont des diminutifs.

Les suffixes diminutifs, ou simplement les diminutifs qu'emploie habituellement le français pour former des substantifs sont au nombre de six : aille, as, el (eau, elle), et (ette, elet), on (illon, eron), ot.

107. aille diminue le sens du nom simple en y ajoutant une idée de dépréciation et de mépris : valet-aille (valet), ferraille (fer), tripaille (tripe), etc.

Aille vient du latin .., actila, qui avait un sens diminutif chez les Romains. Acula, contracté suivant la règle de l'accent latin (voy. § 51) en acla, a donné aille, comme macula donne maille, comme guhernac ulum donne gouvernail.

108. as, asse ajoutent au nom simple une idée de


dépréciation : plâtr as (plâtre), coutelas (de coulel, ancienne forme de couteau), paperasse (de papier),paillasse (de paille), etc.

sis vient de aceus, que l'on retrouve avec le sens dépréciatif dans quelques mots latins.

109. eau (au féminin elle) : chevreau (chèvre), dindonneau (dindon), lionceau (lion), baleineau (baleine), etc., et au féminin prunelle (prune), rond elle (rond).

Souvent même le français intercale entre le nom simple et la terminaison eau un nouveau diminutif, le suffixe et (voy. 5 110), ce qui donne ainsi au nom une double diminution : un jeune loup, par exemple, sera non pas un louveau, mais un louv-et-eau.

De même que bel est une forme plus ancienne que beau, de même ce suffixe eau était el à l'origine de la langue, d'où le féminin en elle, et cette vieille forme a souvent persisté à côté de la nouvelle dans les mots dérivés: ainsi châtelain, batelier, oiseleur, ont gardé la forme du vieux français châtel, batel, oisel, pour château, oiseau, bateau.

De même corbeau, sceau, monceau, cordeau, rondeau, agneau, chameau, grumeau, pommeau, anneau, créneau, tonneau, peau, appeau, chapeau, carreau) ruisseau, ciseau, museau, oiseau, bateau, château, couteau, mante au, marteau, veau, cerveau, claveau, écheveau, niveau, nouveau, jumeau, ont été dans l'ancien français: corb el, scel, monce 1, cordel, rond el, agnc 1, chame 1, grumel, pomme 1, anne 1, crénel, tonnel, p el, appel, chapel, carrel, ruissel, cisel, musel, oisel, batel, châtel, coutel, mantel, marte 1, veel, cervel, clavel, échevel, nivel, nouvel, jumel, — vieilles formes qui


subsistent encore dans les dérivés : encorbellement, sceller, amonceler, cordeler, rondel et, agnelet, chamelier, grumeler, pommelé, annelet, créneler, tonnelier; peler, appeler, chapelier, carrelage, ruisseller, ciseler, museler, oiseleur, batelier, châtelain, coutelier, mantelet, marteler, vêler, cervelet, clavelée, écheveler, niveler, renouveler, jumel\e.

Ce diminutif eau, autrefois el, vient du latin el/us, qui avait lui aussi un sens diminutif chez les Romains. De agnus (agneau), porcus (pourceau), avis (oiseau), les Latins formaient ngnellus (petit agneau), porcelllls (petit pourceau) , aueelllls (petit oiseau, etc.)

110. et, ette, marque la diminution, mais sans y ajouter aucune idée de dépréciation ou de mépris ; ainsi : jardine t (petit jardin), rouet (petite roue), livret (petit livre), sachet (petit sac), cochet (petit coq) ; de même avec le féminin ette: chansonnette (chanson), maisonnette (maison), fillette (fille).

Quand on veut marquer un degré encore plus faible que celui qui est exprimé par et, on ajoute à et le diminutif eau (chevreau, lionceau) qui était el dans le vieux français (comme nous l'avons vu au § 109); on intercale alors cet el entre le nom et le diminutif : ainsi tarte, goutte, bande ont donné, non pas tart-ette, goutt-ette, band-ette, mais tart-el-ette, goutt-el-eue, band-el-et e.

L'origine de et, ette est inconnue.

111. on est très-fécond comme diminutif: raton (petit rat), chat on (petit chat), ân on (petit âne), ourson (petit ours), fleuron (fleur), jambon (jambe). Mais le plus souvent on est toujours renforcé par un autre diminutif, qui est tantôt ill, comme dans carp-ill-on (petite carpe), barb-ill-oll (barbe), l/(Jgl'-ill-on (petit nègre),


cot-ill-oii (petite cotte) , crois-ill-on (petite croix), postill-on (de poste); tantôt er, comme dans mouch-ex-on (de mouche), puc-er-on (de puce), chap-er-on (de chape), forg-er-on (de forge), bûch-er-on (de bûche), vign-er-on (de vigne), quart-er-on (de quart).

Le diminutif on vient du latin onem, qui n'avait point chez les Romains le sens diminutif qu'il a pris en français. On retrouve ce changement de onem en Olt, dans lion de leonem, faucon de falconem, savon de saponem, etc.

Quant à ill dans ill-on, il représente le diminutif latin illus que nous voyons dans codicillus (proprement petit cahier, de codicem, cahier), anguilla, anguille (proprement petit serpent, de anguis, serpent). - Quant à er-on, il est composé de on, et du suffixe er étudié au g 101.

112. ot se retrouve dans : îloX, de île, angel ot de ange, ballot de balle, goulot de gueule, menotte de main, etc.

L'origine de ot est inconnue.

2. Substantifs tirés d'adjectifs.

113. Le français forme des substantifs nouveaux en ajoutant aux adjectifs les quatre suffixes esse, ise, ie, té.

— Ces noms, dérivés des adjectifs, sont tous du genre féminin : la faibl esse (de faible), la sottise (de sot), la maladie (de malade), la pauvreté (de pauvre).

De même en latin, les noms tirés d'adjectifs sont toujours du genre féminin: témoin jllst itia (la justice), de Justus (juste); lIeritas (la vérité), de ver us (vrai); gratitudo (la reconnaissance), de gratus (reconnaissant).

114. esse se retrouve dans hardiesse, finesse, largesse, vieillesse, petitesse, etc., formés des adjectifs hardi, fin, large, vieil, petit.

Esse vient du latin itia qui avait le même sens : tristes (tristitia),


justesse (justitia), niollewe (mollitia), paresse (pigritia). — Une autre forme de itia en français est ise, comme dans bêtiie, de bête, etc.

115. ise a formé bêtise, franch ise, soit ise, friandise, etc., de bête, franc, sot, friand.

Pour l'origine de ise, voy. au § 114.

116. ie dans maladie (de malade), félonie (de félon), ladrerie (de ladre).

Pour l'origine de ie, voy. § 102.

117. té se retrouve dans honnête te, pauvre té, fermeté, etc., des adjectifs honnête, pauvre, ferme.

Té vient du latin tatem, qui servait à former aussi en latin des substantifs à l'aide des adjectifs: vérité de veritatem, volonté de volun tatem, mortali té de mortali tatem.

Ces quatre suffixes esse, ise, ie, té ont tous les trois le même sens, et marquent la qualité exprimée par l'adjectif : la pauvreté est l'état de celui qui est pauvre.

3. Substantifs dérivés du verbe.

118. Le français forme des substantifs à l'aide des verbes de deux manières : 1° en employant les temps mêmes du verbe, ce qui arrive, par exemple, lorsque du participe présent tranchant (de trancher) nous tirons le substantif un tranchant; — 2° en ajoutant au radical du verbe diverses terminaisons ou suffixes, tels que ade (d'où promenade de promener), eur (d'où trompeur de tromp er), etc.


I. — Substantifs tirés des temps du verbe.

119. Les temps du verbe qui servent à former des substantifs en français sont au nombre de trois : l'infinitif, le participe présent, le participe passé.

120. Le français crée des substantifs masculins à l'aide du présent de l'infinitif : ainsi il dit le manger, le boire, le pouvoir, qui sont les infinitifs des verbes manger, boire, pouvoir; de là aussi le dîner, le déjeuner, le sOHper, le goûter, le vivre et les vivres, le sourire, le souvenir, etc.

Souvent même, le vieux verbe a cessé d'être employé comme verbe dans le français moderne, et ne persiste que par son infinitif devenu substantif; ainsi le loisir, le plaisir, le loyer, l'avenir sont le seul reste des vieux verbes de l'ancien français loisir (avoir le temps, licere), plaisir (plaire, placere), loyer (louer, locare), avenir (advenir, adlJenire).

121. Le français tire encore des substantifs nouveaux de l'infinitif du verbe (mais seulement de la lre conjugaison) en supprimant la finale er, qui est la marque de l'infinitif : ainsi notre langue tire un appel de appe l er, un égout de égoutter, un repli de replier, le galop de galoper, le début de début er, la purge de purger; on voit qu'ici le dérivé est plus court que son primitif. Il faut soigneusement éviter de confondre ces noms tirés du verbe avec les noms qui, au contraire, ont donné naissance à des verbes (tels que fête, qui a donné fêter).

Ces substantifs, dits verbaux, ont été tirés du verbe à l'imitation du latin de la. décadence qui tirait, par exemple, proba (preuve) de probare (prouver), ou lucta (lutte) de luctari (lutter). En français


c'est la première conjugaison seule qui fournit ces substantifs; les noms venus des autres conjugaisons sont tout à fait isolés (citons un ébat de ebattre, un rabat de rabattre, combat de combattre, accueil de accueillir, maintien de maintenir, etc.). — Repaire (lieu caché où les bêtes se retirent) est de même le substantif verbal du vieux verbe repairer (se retirer).

»

122. Le français crée des substantifs nouveaux à l'aide du participe présent : un vivant, le tranchant, un servant, le séant, des participes vivant (vivre), tranchant (trancher), servant (servir), séant (seoir).

A l'imitation du latin qui formait de même amantem (un amant) de amantem (aimant), participe présent de amare. De même aussi les vieux verbes français amer (aimer), mécroire (mal croire, croire des choses fausses, adorer des idoles) ont persisté seulement par leur participe présent amant, mecréant, devenu substantif ( un amant, un mécréant).

123. Le français crée des substantifs nouveaux à l'aide du participe passé : de reçu, dû, fait, réduit, participes passés de recevoir, devoir, faire, réduire, nous tirons un reçu, un dÛ, un fait, un réduit ; mais c'est surtout à former des substantifs féminins que sert cette dérivation : une tranchée, une volée, une entrée, une vue, une battue, une crue, une tenue, une revue, viennent du participe féminin de trancher, voler, entrer, voir, battre, croître, tenir, revoir, et notre langue possède plusieurs centaines de substantifs formés sur ce modèle.

Ce procédé nous vient du latin, qui créait de même des substantifs à l'aide des participes passés : de (ossa (creusée), participe de fodere (creuser), il tirait fOJJa (une fosse). — Souvent le verbe a disparu du français moderne, et le participe passé persiste sous la forme d'un substantif : ainsi le vieux français issir (sortir, exire) est resté dans issu, d'où l'issue.


II. — Substantifs tirés du verbe à l'aide de suffixes.

124. Le français forme des noms nouveaux en ajoutant au radical du verbe plusieurs terminaisons, plusieurs suffixes qui en modifient le sens : ainsi de abreuver, nous tirons abreuvoir; de éclairer, éclaireur, etc.

Les suffixes qui servent à tirer les substantifs des verbes sont au nombre de quatorze: ade, ance, eur (isseur, erme), euse (isseuse), is, ment, oir, on, aison (ison), lire.

— Quatre de ces suffixes, ade, ance, ment, ison (aison) marquent l'action exprimée par le verbe : ainsi l'action de glisser, de surveiller, de consentir, de guérir, de lier s'appelle la glissade, la surveillance, le consentement, la guérison, la liaison. — Trois autres suffixes, is, ure, on, marquent le résultat de l'action exprimée par le verbe : ainsi le résultat que l'on obtient en hachant, en blessant, en plongeant s'appellera le hâch is, la bless ure, le plonge on. - Enfin deux autres suffixes eur et oir servent à marquer : le premier, celui qui fait l'action (dans eur, celui qui danse; vol eur, celui qui vole); - le second, oir, l'endroit où se passe l'action (ainsi l'endroit où l'on dort est le dortoir, où l'onparle le parloir, etc.).

125. ade dans -.promen ade (action de se promener); de même glissade, embrass ade, rwade, fusillade, tirade, de glisser, embrasser, ruer, fusiller, tir er.

Ce suffixe, qui ne date que du seizième siècle et nous est venu de l'Italie (voy. § 10), représente l'italien ata (qui est le participe latin ata): ainsi des mots italiens cavalc ata (chevauchée), gamb ata (saut), nous avons formé cavalc ade, gamb ade. Quoique étranger, et inconnu à la vieille langue française, ce suffixe s'est ra-


pidement acclimaté chez nous, et est devenu aussi usuel que les autres suffixes populaires.

Le suffixe latin ata ayant déjà donné ée en français (am ata, aimée, comme on l'a vu au S 100), et nous étant revenu mille ans après sous la forme ade par l'italien, il en résulte que des formes telles que tir ade et tirée représentent au fond le même mot.

126. ance est le suffixe que le français ajoute au participe présent pour en former un substantif : de naiss ant, venge ant, obéissant, il tire naissance, vengeance, obéissance. De même croissance, surveillance, croy ance, alliance, des participes croissant, surveillant, croy ant, alliant.

Le latin tirait de ignorantem (participe du verbe ignorare) le substantif ignor antia ; de const antem (constare) le substantif const antia. Le suffixe alltia devenant régulièrement ance en français (constance, ignorance), notre langue a continué le procédé du latin, et forme des noms à l'aide du participe par le moyen de cette finale ance.

127. eur (iss eur) Ce suffixe eur ne s'applique qu'aux noms de personnes, et désigne toujours celui qui fait l'action marquée par le verbe : le chanteur est celui qui chante, le marcheur celui qui marche; de même danseur (dans er), gouverneur (gouvern er), aboyeur (aboyer), etc.

Pour toutes les conjugaisons, il suffit d'ajouter eur au radical du verbe: jongler, vendre, courir, recevoir, font jongleur, vend eur, cour eur, receveur : il n'y a d'exceptions que pour les verbes en ir qui intercalent iss entre le radical et la terminaison (comme fin ir, qui fait non pas je fin ais, mais je fin-iss-uis). Dans ce cas le groupe iss est aussi intercalé entre le radical et le suffixe eur : fin ir donne fin-iss-eur, non fin eur; de même salir, sal-iss-eur; guér ir, guér-iss-eur.

Le latin employait de même le suffixe tor, sor pour désigner la


personne qui agit: pisca tor (le pêcheur) de piscare (pêcher), salvator (le sauveur) de salvare (sauver), etc. Ces suffixes ayant donné régulièrement eur en français (pécheur de piscatorem, sauveur de salvatorem, gouverneur de gubernatorem), notre langue employa à son tour ce suffixe eur au même usage.

128. euse (isseuse), eresse, ice. Le suffixe eur étant réservé aux substantifs masculins, les féminins tirés des verbes se forment aujourd'hui avec le suffixe euse : chante ur, chante, use; dise, ur, dis eu se ; dorm eur, dorm euse.

Ce suffixe euse est assez récent dans l'histoire de la langue et ne remonte guère qu'au quatorzième siècle ; à l'origine de la langue le véritable féminin des mots en eur était eresse : péch eur, pécheresse; vengeur, venge resse ; chasseur, chaJJeresse; devineresse, défenderesse, demanderesse (voy. aux § 69 et 103). Plus tard ce suffixe fut remplacé par la forme euse : mais il a persisté dans cinq ou six mots; et tandis qu'on dit chanteur, chanteuse, on a gardé la vieille forme dans : enchanteur, enchant eresse.

Le suffixe er-esse est composé de eur (pour le changement de eur en er, voy. S 53), auquel on a ajouté le suffixe féminin esse étudié au S 103.

Quant à la forme euse, elle est calquée sur le latin féminin osa qui devient régulièrement euse en français, comme orem devient eur : amoureuse (amorosa), épin euse (spin osa).

Le latin avait en outre pour marquer le féminin une forme en trix, qui a donné trice en français dans les mots savants (voy. S 10) : accusatrice (accusatricem), impéra trice (imperatricem), et qu'on a employée comme suffixe féminin dans bienfaitrice de bienfaiteur, etc.

129. is. Ce suffixe marque le résultat de l'action exprimée par le verbe : hachis est proprement ce qu'on a haché; de même gâchis de gâche r, cliquet is de cliquet ex, coulis de couler, (pont-) levis de lever, logis de loger, abatis de abattre.

Pour l'histoire de ce suffixe, qui vient d'un type latin. aticills, je renvoie le lecteur à mon Dictionnaire étymologique.

130. ment. Ce suffixe marque le résultat de l'action


exprimée par le verbe et s'ajoute au radical du verbe, en intercalant une euphonique : ainsi de hurler, hurle-ment; d'abattre, abatt-e-ment; de vêtir, vêt-e-ment; de consent ir, consent-e-ment.

Font exception les verbes (voy. S 127 et S 128) en ir et en re qui intercalent iss entre le radical et la terminaison. Ainsi rugir et accroître, qui font à l'imparfait rug-iss-ais, accroi-ss-ais, font de même leurs dérivés en ss : rug-iss-ement, accroi-ss-ement, tandis que rendre et consentir font je rend ais, consent ais, et par suite rend e ment, consentement.

Ment vient du latin mentum, qui a le même sens, comme dans eerfimentum (vêtement), formé de l'infinitif vestire (vêtir), etc.

131. oir indique l'endroit où se passe l'action exprimée par le verbe: parloir, trottoir, comptoir(l'endroit où l'on parle, trotte, compte), ou l'instrument qui sert à accomplir l'action: rasoir, battoir, nageoire, mâch oire, êcum oire (ce qui sert à raser, à battre, à nager, à mâcher, à écumer).

Pour les verbes en ir dont nous avons parlé au § 127, on ne peut se borner à ajouter oir au radical du verbe; il faut intercaler iss : rôtir, pol ir font rot-issoire, pol-iss-oir, non rotoire, poloire, parce que ces verbes font à l'imparfait rot-iss-ais, pol-iss-ais.

Le latin employait de même le suffixe orium : dormit orium (l'endroit où l'on dort, dortoir), purgat orium (l'endroit où l'on purge ses péchés). Orium a régulièrement donné oir en français, comme historia, gloria ont donné histoire, gloire.

132. ison, aison. Ces suffixes marquent l'action exprimée par le verbe : guèrison de guérir, raison de li er ; mais il faut noter que ison est réservé aux verbes en ir, gain ison (garn ir), et que les verbes des autres


conjugaisons forment leurs dérivés en aison : pendaison (pendre), démangeaison (démanger), flottaison (flotter), etc.

Le latin exprimait de même par le suffixe tionem l'action du verbe: compara-tionem (action de comparer, de comparare), ven-ationem (action de chasser, de venari, chasser). Celte finale ationem devenant régulièrement aison en français : oewaison (venationem), comparaison (comparationem), le suffixe aison fut à son tour employé au même usage.

133. on forme des substantifs à l'aide des verbes de la première conjugaison, comme dans juron de jurer; plongeon, de plonger, etc.

Pour l'histoire et l'origine du suffixe on, voy. au § 111.

134. ure marque le résultat de l'action exprimée par le verbe : blessure de blesser, parure de pare r, serrure de serrer, allure de aller. On ajoute ure au radical du verbe, sauf pour les verbes en ir (voy. § 127), qui intercalent iss : mois ir, meurtrir, brunir, bouffir font moisissure, meurtrissure, brunissure, bouff issure, parce que l'imparfait de ces verbes est moisissais, brun issais, et non pas moisais, brun ais.

Le latin employait, pour le même usage, le suffixe t-ura: cult-ura (culture), pict-ura (peinture), de cultum, pict um, participes des verbes colere (cultiver), pingere (peindre).

CHAPITRE Il.

DE L'ARTICLE.

135. Quand on a designé par le mot cheval un certain animal, il reste à dire de quel cheval on veut parler;


dans ce but on place devant le nom un mot dit article, qui s'appelle article défini quand il s'applique à un objet déterminé, comme le cheval (dans cette phrase : le cheval de mon père est noir), et article indéfini quand il désigne un objet indéterminé, comme un cheval en général (par exemple : un cheval est toujours un animal utile).

L'article qui nous montre de quel cheval entre beaucoup d'autres on veut parler, est en réalité un adjectif démonstratif; voy.

d'ailleurs au § 137 comment le pronom démonstratif latin est devenu article en français.

SECTION I.

ARTICLE DÉFINI.

136. L'article défini a les deux genres et les deux nombres : au singulier le pour le masculin (le livre), la pour le féminin (la rose); au pluriel les pour les deux genres (les livres, les roses). t 137. Il s'accordeen genre et en nombre avec le nom, et est masculin ou fémihin, singulier ou pluriel, suivant que le nom qui le suit est au masculin ou au féminin, au singulier ou au pluriel : le cheval, la tour, les hommes.

Le latin classique n'avait point d'article ; c'était là une imperfection réelle, qui causait parfois plus d'une obscurité; aussi, vers la fin de l'Empire, le peuple commença à joindre aux substantifs le pronom démonstratif ille (ce, cet) pour la clarté du discours dans les cas où nous employons aujourd'hui le, la, les. Ainsi il disait illa ecclesia (proprement cette église), ille rex (ce roi), illa corona (cette couronne), pour dire simplement réglise, le roi, la couronne. On peut avoir une idée de cet emploi du pronom démonstratif comme article quand on le voit, sous nos yeux, fonctionner dans plusieurs patois. Ainsi le patois picard ne dit pas le curé, le maréchal, mais cK1 curc, clC marichau. (proprement ce curé, ce


maréchal), employant ainsi, comme le latin vulgaire, le pronom démonstratif pour servir d'article.

Illum, devenu dans le latin mérovingien illom, puis illo, a donné le vieux français lo, qui s'est adouci vers le onzième siècle en le; de même illam a donné la; et illos a donné à l'origine le vieux français los, qui s'est au dixième siècle adouci en les, comme lo s'est adouci en le, et jo en je.

138. L'article défini le, la, est sujet à deux changements : l'élision et la contraction :

139. Quand le, la précèdent un nom commençant par une voyelle (le-amour, la-envie), ou une h muette (/ehonneur, la-horreur), l'article perd sa voyelle, qui est remplacée par une apostrophe (voy. § 47) : l'amour, l'envie, l'honneur, l'horreur. Cette chute de la voyelle se nomme élision.

Elision vient du latin elisionem, qui veut dire écrasement; la voyelle élidée est en effet écrasée et remplacée par l'apostrophe.

140. Quand l'article masculin le, les, précédé des prépositions de ou à, se trouve devant un nom commençant par une consonne (à-le père, de-le père, à les pères, de les pères) ou par une h aspirée (à-le héros), l'article et la préposition se fondent ensemble en un seul mot : ainsi à le se change en au (au père, au héros), de le se change en du (du père, du héros), à les se change en aux (aux pères, aux héros), de les se change en des (des pères, des héros). C'est ce qu'on appelle la contraction de l'article défini.

A-le, est d'abord devenu al dans le vieux français, de même que de-le est devenu del. Vers le douzième siècle, 1 s'adoucit en u (comme dans aube de alba, autre de alter), et de même que étal, val sont devenus étau et vau (dans à vau-l'eau, rau girard, etc.), l'article al est devenu au par un changement étudié au § 81. De même del est devenu deu comme la vieille forme chevel (restée dans chevelure) est devenue cheveu. Plus tard deu s'est


contracté en du, par le changement de eu en u (comme dans les vieilles formes meu, bleuet, beUllallt, aujourd'hui mû, bluet, buvant). f De même que a-le est devenu successivement al puis au, le pluriel a-les donna le vieux français als et enfin ans. Aus devint ensuite aux par un changement expliqué au 3 79. De-les contracté en dels à l'origine s'est réduit au douzième siècle à des.

SECTION II.

ARTICLE INDÉFINI.

141. L'article indéfini' est au singulier un pour le masculin, une pour le féminin; au pluriel des pour les deux genres : un homme, une femme; des hommes, des femmes.

142. Devant les noms de choses qui ne se comptent pas, on n'emploie point un ni une, mais du et de la.

Ainsi on ne peut pas dire : donnez-moi un vin, une viande, comme on dit : donnez-moi une cerise ou une pommé; il faut dire: donnez-moi du vin, de la viande.

Notre article indéfini un, une vient du latin unus (un), ulla (une), qui avait déjà pris chez les Romains le sens de un certain. Les Latins avaient aussi pour unus un pluriel uni, unm, una (una castra, unse litteras) qui est resté en français dans les uns. quelquesuns; l'ancien français avait même pour le pluriel le féminin unes.

(On trouve au douzième siècle , dans le petit roman d'AucaJsin et Nicolette : unes grandes joues, unes grandes lèvres, pour dire deux grosses joues, deux grandes lèvres.)


CHAPITRE III.

DE L'ADJECTIF.

143. L'adjectif est un mot que l'on ajoute au nom pour exprimer la qualité d'une personne ou d'une chose, c'est-à-dire pour marquer comment est cette personne ou cette chose : ainsi quand on dit cheval noir, noir fait connaître comment est le cheval; noir est un adjectif.

Le français adjectif vient du latin adjectivus et signifie qui s'ajoute à. — Voy. pour plus de détails au S 6k.

144. Les adjectifs prennent les deux genres et les deux nombres.

SECTION I.

FORMATION DU FEMININ DANS LES ADJECTIFS.

145. RÈGLE GÉNÉRALE. - Pour former le féminin des adjectifs, on ajoute un e muet au masculin : méchant, méchante, — saint, sainte.

Le latin formait son féminin en a : bonus (bon), bon a (bonne).

A final donnant toujours e muet en français (divilla, divine; humana, humaine, etc.), cet e devint pour notre langue le signe distinctif du féminin.

146. Quand le masculin est déjà terminé par e (comme dans sage, maigre, large), l'adjectif ne change pas au féminin (sage, maigre, large).

147. Certains adjectifs ne se bornent pas à ajouter un e au féminin; ils changent en outre la dernière con-


sonne du masculin, soit en la redoublant comme crue 1, bon, net, qui font au féminin cruelle, bonne, nette,- — soit en l'échangeant contre une autre consonne, comme bref, jaloux, trompeur, qui font au féminin brève, trompeuse, jalouse.

D'autres adjectifs changent même la dernière syllabe du masculin; ainsi : fier, fou, nouveau font fière, roll e, no uv elle. Il faut étudier en détail tous ces différents cas :

148. Les adjectifs en el, eil, - en, on, - et, ot, c'est-à-dire terminés par /, — n, — t, et les adjectifs terminés en s (gras, gros, etc.), doublent au féminin la consonne finale l, n, t, s, avant d'aiouter l'e muet : cruel, cruelle, - pareil, pareille, — ancien, ancienne, — bon, bonne, — muet, muette, — vieillot, vieillotte, — gras, grasse, — gros, grosse, - épais, épaisse.

L'usage et le dictionnaire apprendront les principales exceptions à cette règle; bornons-nous à dire que les six adjectifs complet, concret, discret, inquiet, replet, secret ne redoublent pas leur t, et font complète, concrète, discrète, inquiète, replète, secrète.

On a vu plus haut la cause de ce redoublement des lettres finales.

- Quant aux mots complet, replet, etc. du latin comp/etus, repletus, etc., ce sont des mots introduits par les savants (voy. § 10) et qui, pour cette raison, ne se sont point pliés aux règles du redoublement qu'observe notre langue pour les mots d'origine populaire.

149. beau, jumeau, nouveau, — fou, mou font au féminin belle, jumelle, nouvelle, — folle, molle.

On sait que les mots beau, nouveau, fou, mou, jumeau viennent du vieux français bcl, nouvel, fol, mol, jumel, par un adoucissement de en u, que nous avons expliqué au � 109. Or ces mots bel;


nouvel, jumel, etc., étant terminés en l, doivent former leur féminin en elle (belle, nouvelle, etc.), suivant la règle du doublement de l étudiée au S 148. La même raison qui a fait conserver belle comme férpinin de beau, a maintenu éiUssi vieille comme féminin de vieux. Vieux était à l'origine vieil, dont le féminin est régulièrement vieille, comme pareil et vermeil font pareille et vermeille.

Quant aux masculins bel, nouvel, fol, mol, ils persistent encore dans un cas isolé et pour un usage spécial, lorsqu'ils précèdent une voyelle ou une h muette : on dit un bel homme, le nouvel an, le fol enfant, le mol édredon, par respect pour l'euphonie et-pour éviter le choc (ou, comme 011 dit, Y hiatus) de deux voyelles telles que beau homme, nouveau an, fou enfant, mou édredon.

150. Les adjectifs terminés en x changent x en s au féminin : heureux, heureuse, — jaloux, jalouse.

Quelques-uns redoublent même la consonne, et changent cet s en ss : faux, roux, font faussa, rousSe.

Il faut excepter les deux mots vieux et doux, qui font vieille et douce.

Pour le changement de x en s., voy. S 79. — Pour le redouble- ment de x en ss, voy. S 148; dou x, faux, roux, s'écrivaient au EQoyenâge don s, faus; rous, dont le féminin était fausse, rousse, comme celui de gras, gros est grasse, grosse : pour empêcher le s de gras de prendre au féminin le son doux du z (ce qui fut arrivé si l'on avait écrit grase), on conserva il s sa prononciation dure en le transciivant soit par ss (grasse, fausse), soit par son équivalent c doux (d'oq le féminin douce). Voy.

aussi au S 39. — Pour le mot vieux, voy. S 150.

151. Les adjectifs terminés en f (comme craintif, bref, neuT) forment leur féminin en changeant f en ve (craintive, brève, neuve).

Le français garde 'toujours intact le c latin quand il conserve vne voyelle après ce v (ainsi de l'iva il a fait cive, de nova il a fait neuee), tandis qu'il change toujours le v lalin en f quand il en fait la dernière lettre du mot : d'où vif de vieum, neuf de uocum, bœuf de bocem, œuf de ocum, serf de serl'um. Voilà pourquoi bref est au féminin brève et non hrèfe, pourquoi captif fait captive, et non captife, etc.


152. Quelques adjectifs terminés par un c sonore (publia, turc, caduc) forment leur féminin en changeant c en que (publique, turque, calque); les adjectifs terminés par un g (comme long) ajoutent au féminin ue (Ion gue).

On a vu au § 35 que c et g ont en français un son dur devant les voyelles a, o, u (canon, corps, curé, ga lon, gortt, Gustave), mais un son doux devant e (cerceau, cervelle, gémir) : si l'on avait seulement ajouté e à cadu c, public, turc, on aurait eu caduce, publiée, etc. qui auraient perdu le son dur du c; pour le conserver, tout en donnant au mot la marque du féminin, il était nécessaire de remplacer c dur par son équivalent qu; c'est pour la même raison que long fait long ue , non long e.

153. Mais, le plus souvent, les adjectifs terminés soit par iln c muet (blanc, franc, etc.), soit par un c sonore (comme se c) changent c en che au féminin : blanc, blanche, — franc, franche, — sec, sèche.

Le féminin des latins étant a (ion us, bon, bona, bonne), les adjectifs en eus (juridi eus, veridi eus, sic eus) deviennent ca au féminin (juridi ca, Jic ca, etc.) ; mais, comme nous l'avons vu au S 35, le latin ca 4 la fin d'un mot et précédé d'une consonne (ca, dans arca, par exemple) devient toujours che en français (arche de ar ca, perche de perça, mouche de mus ca, fourche de fur ca) ; l'ad- jectif masculin siccus donnant sec, le féminin sic ca devint naturellement jèche, comme vac ca donne va che et bue ca bouc/te.

154. Les adjectifs en eur (voleur, menteur, etc.) font ordinairement leur féminin en euse (vol eur, vol euse, — menteur, ment euse) ; sauf meilleur, maj eur et quelques autres qui forment leur féminin suivant la règle générale (donnée au S 145), c'est-à-dire qu'ils se bornent à ajouter un e au masculin (meilleure, majeure).

Voyez aux S 69 et 128 l'explication du changement de eur en euse au féminin, ainsi que celle du changement de eur en eresse


dans quelques mots, comme penseur, vengeresse, ou de teur en trice (dans accusateur, accusatrice, — conducteur, conductrice, etc.).

155. Les adjectifs terminés en er muet (léger, étranger, passager), c'est-à-dire dans lesquels er a le son de é fermé (comme on l'a vu au S 22), deviennent sonores au féminin (légère, passagère), et l'e fermé se change en è ouvert par la règle donnée au §22; d'où le féminin légère, passagère, étrangère.

— Il en est de, même des six adjectifs complet, concret, discret, secret, inquiet, replet (voy. S 148), qui font, pour la même raison, au féminin complète, concrète, discrète, etc.

156.. Les adjectifs terminés en gu forment leur féminin en guë.: aigu, aiguë; ambigu, ambiguë; c'està-dire qu'on place un tréma (voy. S 59) sur l'e muet.

Ce tréma sur l'e indique qu'il faut ici prononcer uë, et ne point confondre aiguë, amhiguë, etc., avec les mot% tels que bague, vague, bègue, aigue-maririe, etc., dans lesquels ue est tout à fait muet.

157. EXCEPTION. '—Les adjectifs français, comme on vient de le voir, ont tous un e muet au féminin. Il n'y a dans notre langue qu'un seul adjectif qui soit resté invariable : c'est grand dans les expressions telles que grand'mère, grand'roule, grand'messe, grandpeur, grand'peine, grand'chose et mère grand.

Nous avons souventrépété dans ce livre, qu'à l'origine de notre langue la grammaire française n'est que le prolongement de la grammaire latine; par suite, les adjectifs de l'ancien français suivent les adjectifs latins, c'est-à-dire que les adjectifs qui avaient chez les Romains nue terminaison pour le masculin (honus) et une pour le féminin (hona), avaient aussi deux terminaisons en français (hon, honne), et que ceux qui en avaient seulement une pour ces deux genres (comme grandis : homo grandis, femina grandis), n'en eurent aussi qu'une en français à l'origine : on disait au


treizième siècle une grand femme, une mère grand, une âme mortel (mortalis), une coutume cruel (crudelis), une plaine vert (viridis), employant ainsi la forme du masculin pour les deux genres, parce qu'en latin grandis, fortis, etc., n'avaient qu'une terminaison pour les deux genres.

Le quatorzième siècle, ne comprenant plus le motif de cette distinction, crut voir une irrégularité dans ce fait que grand et bon faisaient leur féminin l'un avec e, l'autre sans e; il imposa alors à tous ces adjectifs l'e au féminin, et écrivit grande, cruelle, vert G, mortelle, comme il écrivait bonne, longue, blanche, etc. L'ancien usage persista cependant dans quelques expressions usuelles, telles que grand route, grand mère, etc.; les grammairiens du seizième siècle, croyant qu'ici grand était une abréviation de grande, introduisirent à tort une apostrophe (d'où l'orthographe grand'mère), pour marquer la suppression de cet e (qui, en réalité, n'avait jamais existé).

SECTION II.

FORMATION DU PLURIEL DANS LES ADJECTIFS.

158. RÈGLE GÉNÉRALE. — Le pluriel des adjectifs se forme comme celui des noms, c'est-à-dire en ajoutant un s au singulier : grand, grands, — saint, saint s.

On a vu au g 77 pourquoi s est, en français, la marque du pluriel, et comment l'absence de s est devenue la marque du singulier.

159. Quand l'adjectif est déjà terminé au singulier par un s (gros, épais), l'adjectif ne change pas au pluriel (gros, épai s).

160. Quand l'adjectif est terminé au singulier par un x (heureux, glorieux.), il ne change pas au pluriel (heureux, glorieu x).

Voy. au g 80 l'explication de cette règle.

161. EXCEPTION. — Les adjectifs terminés en al ont


le pluriel en aux : loyal, loyaux, — légal, légaux, - égal, égaux.

Pour le changement de al en aux, voy. S 81. Les adjectifs fatal, glacial, tirés du latin dans les temps modernes par les savants (voy. S 10), forment leur pluriel en ajoutant un s (fatal, fatals); le Dictionnaire de l'Académie ajoute que amical, automnal, colossal, jovial, natal, naval n'ont pas de pluriel masculin ; enfin l'Académie garde le silence sur les adjectifs filial, initial, final.

SECTION III.

DEGRÉS DE SIGNIFICATION DANS LES ADJECTIFS.

162. Nous avons dit (S 143) que l'adjectif exprime la qualité d'une personne ou d'une chose : mais toute qualité est susceptible de trois degrés divers. Quand je dis : mon cheval est noir, — mon cheval est plus noir que le vôtre, - mon cheval est le plus noir de tous les chevaux, - j'exprime trois idées tout à fait différentes : le premier degré, où j'affirme simplement que mon cheval est noir, s'appelle le positif; le second degré, où je compare mon cheval à celui du voisin (mon cheval est plus noir que le vôtre), s'appelle le comparatif; le troisième degré, où j'affirme que mon cheval est le plus noir de tous les chevaux, s'appelle le superlatif.

Positif vient du terme positivus gradus, qu'emploient les grammairiens romains pour désigner le premier degré.

Comparatif et superlatif viennent aussi des termes comparalivus gradus (degré de comparaison) et superlativus gradus (degré de supériorité), que nous avons empruntés aux grammairiens latins.

163. Le comparatif se forme en ajoutant à l'adjectif : l'adverbe plus quand on veut marquer la supériorité (mon cheval est, plus noir que le vôtre), - l'ad-


verbe moins quand on veut marquer l'infériorité (mon cheval est moins noir que le vôtre), — l'adverbe aussi quand on veut marquer l'égalité (mon cheval est aussi noir que le vôtre).

Le latin marquait son comparatif par la désinence ior (prudentem, prudent; prudent ior, plus prudent), — et son superlatif par la désinence issimus (prudentissimlls, très-prudent). Or nous avons vu que la tendance du latin populaire, à la fin de l'empire romain, était toujours de remplacer les cas et les désinences par des prépositions ou des adverbes. De même que le latin abandonna les cas du génitif, du datif, etc., pour les remplacer par les prépositions de et ad, de même il remplaça les désinences ior du comparatif par l'adverbe magis (plus), et la désinence issimus du superlatif par l'adverbe maximè (très) : de prudentem il formait magis prudentem (plus prudent), maximè prudentem (très-prudent).

Le français adopta ce procédé, et forma ses degrés de signification à l'aide des adverbes moins, plus, très, etc., au lieu d'ajouter une terminaison à l'adjectif.

Notre langue a cependant directement hérité de cinq comparatifs latins; il est vrai que même en latin ils sont irréguliers : bon, mal ou mauvais, petit, dont le comparatif meilleur, l'ire, moindre, représente le latin, melior (meilleur), pejor (pire), minor (plus petit).

— En outre les deux comparatifs major (plus grand) et senior (plus vieux) sont restés en français comme substantifs dans maire et seigneur, mais ils ont perdu leur sens originaire.

164. EXCEPTIONS. — Les trois adjectifs bon, mauvais (ou mal) et petit forment irrégulièrement leur comparatif : Bon, comparatif meilleur, Mauvais, — pire, Petit, — moindre.

Voy. l'explication de cette irrégularité au § 163.

165. Le superlatif se forme en ajoutant à l'adjectif soit l'adverbe très (mon cheval est très noir), soit l'adverbe le JJIUS (mon cheval est le plus noir de tous les chevaux de la ville) : très marque ici que le cheval est


tout à fait noir ; le plus indique seulement qu'il n'y en a de plus noir dans la ville; on appelle, pour cette raison, la première forme de superlatif (très) le superlatif absolu (parce qu'il est sans comparaison avec d'autres objets), et la seconde forme (le plus), le sujTerlatif relatif, parce qu'il est le plus élevé (mais seulement par comparaison avec d'autres objets).

Pour l'origine du superlatif, voy. § 163.

SECTION IV.

FORMATION DES ADJECTIFS.

166. Le français forme des adjectifs par les mêmes procédés qu'il emploie pour former des noms (voy.S 86;' c'est-à-dire par composition (voy. S 88) et par dérivation (voy. S 88).

167. Il forme des adjectifs par composition, soit en groupant ensemble deux adjectifs simples (tels que aigre et doux) pour en former un adjectif composé (aigre-doux), — soit en plaçant devant les adjectifs simples un préfixe (voy. S 89) qui leur donne un sens nouveau, ainsi : mal-propre, mal-heureux, mal-honnête, composés des adjectifs propre, heureux, honnête, et du préfixe mal. Les préfixes les plus usuels sont : archi, anti, bien, demi, in, mal, sous, sur, ultra.

1. - Liste des préfixes.

168. archi indique un degré supérieur de qualité fou, archifou (qui est tout à fait fou), - pédant, archipédant, etc.

i


anti marque l'opposition : religieux, anti religieux (qui est contre la religion) ; — français, anti français (qui est contre les Français).

in marque le contraire de l'adjectif : guérissable, inguérissable, — ébranlable, in ébranlable, — trollvable, introuvable, etc.

ultra indique l'exagération : républicain, ultrarépublicain.

Bien que j'aie donné comme règle (§ 91) que je ne m'occuperais point dans ce livre des préfixes savants (tels que hyper, Ujpo, etc.) qui sont inconnus du peuple, j'ai fait une exception pour archi, anti, in et ultra, préfixes tout à fait entrés dans l'usage populaire, et qui servent chaque jour à des formations nouvelles.

Archi et anti viennent du grec dcpxt (au-dessus) et àv-ct (contre, opposé à); in et ultra sont les mots latins in (privatif) et ultra (outre, au delà).

169. Les adverbes bien, mal, demi, sous, sur, ajoutent à l'adjectif un sens trop clair pour que nous donnions ici autre chose que des exemples : Bien : bien heureux, ôzen aise, hienaimé, bienfaisant, etc. — Mal : mal heureux, malhonnête, malfaisant, malsain, t etc. — Demi : demi-épineux, demi-noir, etc. — Sous : sous-marin, etc. — Sur (signifie au-dessus de) : sur baissé, suraigu, sur humain (qui est tout à fait au-dessus de l'aigu, de l'humain), surfin (superfin). 0 Pour l'origine de ces préfixes, voy. ci-dessous au chapitre DE L'ADVERBE.

2. — Adjectifs formés par dérivation.

170. Le français forme des adjectifs nouveaux par dérivation (voy. § 89), à l'aide des substantifs (pierreux de pierre), des adjectifs (noiràtre


de noir) et des verbes déjà existants [tromp eur de tromper).

I. — Adjectifs dérivés de substantifs.

171. Le français crée des adjectifs nouveaux en ajoutant au substantif les terminaisons eux, ain, in, é, er, u.

172. eux, au féminin euse; ce sufifxe est le principal instrument à l'aide duquel le français forme sur les substantifs des adjectifs nouveaux : à l'origine eux marquait la qualité de l'objet : épineux (quî a des épines), pierreux (qui a des pierres). Mais ce sens primitif s'est élargi par la suite, et les adjectifs ainsi formés sont très-abondants: courageux (courage), goutteux (goutte), peureux (peur), souci eux (souci), dangereux (danger), etc.

Le suffixe eux vient du latin osurn qui a le même sens et servait de même à créer des adjectifs à l'aide des substantifs latins : gloriosum (glorieux), de gloria (gloire).

173. ain : monde, mondain, — ville, vilain, etc.

Pour l'origine de ain, voy. S 97.

174. é marque ordinairement la possession : aile, ailé (qui possède des ailes), '- âge, âgé, - alfait-e, affairé, - manière, maniér é, etc.

Le suffixe é'vient ici du latin .atus: alatus (ailé) de ala (aile), stellatus (étoilé) de stella (étoile), crist atus (crèté) de crista (crête).

Pour le changement de atus en é, voy. § 95.

175. er : mensonge, mensongçr, - bocage, bocager, - ménage, ménager.

Pour l'origine de er, voy. au S 101.


176. in : enfant, enfantin, — mer, marin, — sel, salin, etc.

in est le latin inus : divinus (divin), latinus (latin), etc.

177. u : fourche, fourchu, — tête, têtu - ventre, ventru, - bosse, bossu, — croc, croch u, - barbe, barb u.

Le suffixe u vient du latin lltus, qui marquait de même la possession : cornutus (cornu, qui a des cornes), dérivé de cornu (corne), de même can utus (chenu), etc.

II. — Adjectifs dérivés d'autres adjectifs.

178. Le français crée des adjectifs nouveaux à l'aide des quatre terminaisons : âtre, et, ot, aud, que l'on ajoute aux adjectifs simples pour former des dérivés qui ont moins de force que le mot simple : long, longuet, — doux, douceâtre, — court, courtaud, - vieil, vieillot, etc. — Nous avons vu au S 106 que ce genre de dérivé est appelé diminutif.

179. âtre. Ce suffixe marque d'abord la diminution, l'affaiblissement : blanchâtre (qui est un peu blanc), bleuâtre, grisâtre, verdâtre, puis du sens d'amoindrissement, de diminution, âtre arrive naturellement au sens de dépréciation et se prend en mauvaise part : bellâtre (qui est ridiculement beau), douce âtre (qui est hypocritement doux), etc.

Le suffixe .âtre, qui est astre au moyen âge, vient du latin de la décadence., .aster qui se prend de même en mauvaise part: poet aster (un mauvais petit poële). L'ancien français astre est devenu dire, comme pastre est devenu pâtre (voy. d'ailleurs S 18).

180. et (au féminin ette) marque la diminution :


aigret (qui est un peu aigre), longuet (un peu long), de même moll et (de mol, dans œuf mollet), foll et (de fol), etc.

Quand on veut marquer un degré encore plus faible que celui qui est exprimé par et, on intercale el entre l'adjectif simple et la finale et : ainsi de aigre on a d'abord tiré aigret, puis aigrelet; de même de maigre est venu maigret, puis maigrelet; de grand, rond, on a fait grandelct, rondelet.

Nous avons déjà expliqué au S 110 le sens et l'origine de cet el intercalé entre le radical et le suffixe et.

181. ot, au féminin otte, marque la diminution, la dépréciation, et se prend en mauvaise part : vieillot (de vieil, qui est vieux avant l'âge) , bellol (de bel).

Sur ot, voy. S 112.

182. aud marque également la dépréciation : sal aud (qui est sal), lourdaud (lourd), finaud (fin), courtaud (court), sourdaud (sourd).

Le suffixe .aud, qui était ald à l'origine de notre langue, est d'origine allemande, et nous a été apporté par les Francs, avec l'invasion barbare (voy. S 9). *

III. — Adjectifs tirés des verbes.

183. Le français crée des adjectifs nouveaux soit en adoptant le participe du verbe, soit en ajoutant aux verbes les trois sulfixes able, ard, if.

184. FORMATION PAR LE PARTICIPE.— Le français crée des adjectifs nouveaux en adoptant le participe du verbe; nous employons de cette manière soit le participe


présent : charmant (qui charme), dévorant (qui dévore), etc., soit le participe passé : connu (de connaître),poli (de polir), etc. Ces mots, ainsi devenus de véritables adjectifs, suivent naturellement pour la formationsoit du féminin, soit du pluriel, — les règles ordinaires des adjectifs : charmant, charmante, charmants, connu, connue, connus.

Dans certains cas, le verbe a disparu de la langue moderne, et il n'a persisté que par son participe présent devenu adjectif : ainsi le vieux verbe béer (ouvrir la bouche) est resté dans l'adjectif béant; l'ancien français galer (se réjouir) a persisté dans galant ; de même le verbe nonchaloir (ne se soucier de rien) ne subsiste plus que dans nonchalant.

185. able : compar able (que l'on peut comparer), souhaitable (que l'on peut souhaiter), remarquable (remarquer), recevable (recevoir), serviadAe (servir), etc.

Le suffixe .able vient du latin .abilis, qui a le même sens et qui forme (comme lui) des adjectifs latins en s'ajoutant au verbe: ainsi compar abilis (comparable) de comparare (comparer).

186. ard marque la dépréciation et se prend en mauvaise part : bavard de baver, pillard de piller, grognard de grogner, criard de crier, etc..

Pour l'origine de ard, voy. § 98.

187. if : hâter, hât if, — penser, pensif, — tarder, ,tardif, offenser, offerts if, — oppresser, oppress if, etc.

Le suffixe if vient du latin ivus, qui servait de même chez les Romains à former des adjectifs à l'aide des verbes : laudat ivus (laudatif) de laudare (louer), - purgat ivus (qui purge), de purgare (purger), etc.


CHAPITRE IV.

NOMS DE NOMBRES OU ADJECTIFS NUMÉRAUX.

188. Les adjectifs que nous avons étudiés jusqu'à présent marquent seulement la qualité des objets, non leur quantité. Lorsque nous disons trois chevaux noirs ou le deuxième livre, les adjectifs trois, deuxième n'indiquent pas la qualité du cheval, du livre, mais le nombre des chevaux ou le rang du livre : ces adjectifs sont, à cause de cela, appelés numéraux (c'est-à-dire qui marquent le nombre, du latin numerus, nombre).

189. Les adjectifs numéraux qui marquent le nombre des objets, comme trois, quatre, cinq, sont dits cardinaux. — Les adjectifs numéraux qui marquent le rang qu'occupe l'objet (comme troisième, quatrième, cinquième) sont dits ordinaux.

Les grammairiens latins distinguent ces deux espèces d'adjectifs numéraux par les termes de numeri cardinales (nombres fondamentaux, les nombres cardinaux étant en effet la base ae toute- numération), — et de numeri ordinales (nombres ordinaux, qui marquent l'ordinem, l'ordre, le rang).

1. — Adjectifs numéraux cardinaux.

190. Ces adjectifs, qui désignent le nombre ou la quantité, portent jusqu'à 10 les noms suivants : zéro, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix.

Nous avons pris la manière de compter des Romains, et leurs termes de numération : un (unus), deux (duo), tros (très), quatre (quatuor), cinq (quinque), six (sex), sept (septem), huit (octo), neuf (novem), dix (decem). Mais, dès le moyen âge, nous avons aban-


donné le système d'écriture des Romains (qui figurait les nombres par des lettres majuscules) pour adopter celui des Arabes qui exprimait les nombres par des chiffres. Or les mathématiciens arabes se servaient d'un signe appelé zéro qui n'a nulle valeur par luimême, mais qui, placé à la droite d'un chiffre, le multiplie par dix. C'est ce signe que nous avons adopté et avec lui son nom arabe zéro. (Voy. pour l'histoire de ce mot mon Dictionnaire étymologique. )

191. De 10 à 20, les adjectifs numéraux sont également formés d'un seul mot (onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize), sauf les trois derniers (dix-sept, dix-huit, dix-neuf), qui sont composés avec dix.

Voy. mon Dictionnaire étymologique pour le passage du latin au français dans douze (duodecim), treize (tredecim), quatorze (quatuordecim), quinze (quindecim), seize (sedecim). — Le latin exprimait 17, 18 et 19 de deux manières, tantôt par un seul mot : seplemdecim (17), duodeviginti (18), undeviginti (19), tantôt par trois mots distincts : decem et septem (17), decem et octo (18). decem et flovem (19), — et le peuple romain, nous le savons par le grammairien Priscien, employait volontiers la seconde manière, qu'il trouvait plus claire. Le français hérita de cette tendance, et exprima, à l'origine, 17, 18 et 19, par les vieilles formes dix et sept, dix et huit, dix et neuf, qui, vers le treizième siècle, se contractèrent en dix-sept, dix-huit, etc.

192. De 20 à 100, les dizaines s'expriment par un seul mot (vingt, trente, quarante, cinquante, soixante), sauf pour les trois dernières qui forment un mot composé (soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix).

Les cinq premières dizaines viennent directement du latin : viginti (vingt,, trigillta (trente), quadraginta (quarante), quinquaginta (cinquante), sexagillta (soixante). Pour les dizaines suivantes, nous avons remplacé septuaginta (70) par le composé français soixantedix; oetoginta (80), nonaginta (90) par deux formes qui méritent quelques explications.

Les peuples celtiques (comme on le voit encore par les patois de l'Ecosse et du pays de Galles) comptaient par vingt, disant par exemple dix et vingt pour 30 ; onze et vingt pour 31 ; deux vingts pour 40, etc. Lorsque les Gaulois, après la conquête romaine, furent


contraints d'abandonner ce système pour adopter la numération décimale des Latins, ils ne perdirent que difficilement l'habitude du système vicésimal : les peup'es pas plus que les individus n'abandonnent aisément la manière de compter à laquelle ils sont habitués, et les personnes qui parlent le plus facilement une langue étrangère, sont presque toujours obligées de recourir à leur langue maternelle lorsqu'elles veulent faire un compte de mémoire. C'est ce qui explique comment le système gaulois de compter par vingtaine persistait encore au moyen âge, où nos pères l'employaient pour exprimer un nombre pair de dizaines (120, 140, 160), etc., disant par exemple trois vingts pour 60, quatre vingts pour 80, six-vingts pour 120, sept-vingts pour 140, c'est à-dire trois fois vingt, quatre fois vingt, etc. Quelques traces de ce vieil usage ont persisté jusqu'à nous (sans parler de quatre-vingts) : ainsi l'hôpital fondé par saint Louis pour recueillir 300 aveugles se nomme encore aujourd'hui les Quinze-vingts (15 X 20 = 300); Bossuet et Voltaire ont employé six-vingts ans pour 120 ans.

193. Depuis 100 et au-dessus, on emploie les mots mille, million, milliard, etc.

Mille ne vient pas du latin mille qui a donné mil (comme ille a donné il), mais du pluriel millia. De même qu'en latin mille s'emploie pour un seul mi lier d'objets, et millia pour plusieurs milliers, le vieux français disait mil hommes et deux mille chevaux ; cette distinction de mil comme singulier et de mille comme pluriel s'est plus tard éteinte en français, non sans laisser de trace dans les expressions où l'on n'indique qu'un seul millier, telles que mil huit cent soixante, etc. - Million, milliard, sont dérivés de mille avec les suffixes on (voy. § 111) et ard (voy. § 98).

2. — Adjectifs numéraux ordinaux.

194. Ces adjectifs indiquent quel rang occupe l'objet, et se forment en ajoutant ième aux adjectifs cardinaux : ainsi de trois, troisième, — six, sixième, — sept, septième, - vingt, vingt ième, etc.

Quand l'adjectif cardinal est terminé par un e muet (quatre, onze, douze), on supprime, on élide cet e muet : quatr-ième, onz-ième, douz-ième, etc. — Neuf


change f en v et dit neuv ième. — Cinq prend un u avant ième : cinqu ième.

Ce suffixe ième, qui est iesme dans le vieux français, vient du suffixe latin esimus, qui servait de même à former les nombres ordinaux (l'icesimus, vingtième; tricesimus, trentième, etc.). Cenlésimus contracté suivant la règle de l'accent latin (voy. S 51) a donné centés'mus, d'où centiesme, puis centième.

Pour le changement de neuf en neu cième (comme dans neuve de neuf), voy. S 151.

Le français adopta à l'origine les adjectifs ordinaux latins : de primus (premier), secundus (deuxième), terlius (troisième), quartus (quatrième), quinlus (cinquième), etc., il tira prime ou premier, second, tiers, quart, quint, etc. On disait au onzième siècle: le tiers homme, la quarte lieue, pour le troisième homme, la quatrième lieue, etc. — Plus tard, notre langue adopta un autre système : au lieu d'employer des adjectifs ordinaux empruntés au latin, elle en tira de son propre fonds en ajoutant ième aux adjectifs cardinaux : d'où le système actuel (deux ième, trois ième, quatr ième, etc.) qui supplanta l'ancien vers la fin du moyen âge, sauf pour premier et pour second (qui persista parallèlement à deuxième). — Quant à prime, tiers, quart, quint, etc., ils ont disparu et ne subsistent aujourd'hui que dans quelques rares locutions : le tiers état, le tiers parti, Charles-Quint, de prime abord, de prime saut, c'est-à-dire le troisième état, le troisième parti, Charles cinq, de premier abord, de premier saut. La Fontaine a dit encore quart (Un quart voleur survint) pour un quatrième, et nous disons de même : l'indiscrétion d'un tiers (pour un troisième).

193. EXCEPTION. - Le premier nombre ordinal, qui devrait être unième et dériver de un (comme deuxième de deux, troisième de trois), est remplacé par premier (toutefois unième est employé en composition avec les dizaines : vingt-unième, tren,te-unième, etc.). Deuxième est aussi remplacé par second, mais seulement dans le cas où il n'est question que de deux personnes ou de deux choses. (L'ainé des deux frères est brun; le second est blond.) Voy. S 194.

196. Aux adjectifs numéraux il faut rattacher les


noms de nombre qui servent à marquer une certaine quantité, comme une di.zaine, une centaine; ils se forment en ajoutant aine aux adjectifs cardinaux : huit, huit-aine; douze, douz-aine; cent, cent-aine, etc.; la seule exception est mille qui fait mill-ier.

Pour le sufifxe aine, voy. § 97. — Millier est une exception, parce qu'au lieu d'avoir été formé par le français à l'aide de mille et du suffixe aine, il est directement venu du latin millarium (un millier) comme prem ier de prim arium.

197. Il faut y rattacher aussi les mots qui marquent les différentes parties d'un tout, comme le quart, le tiers, la moitié, le sixième, le huitième, etc. Ces mots se forment en ajoutant aux adjectifs ordinaux l'article le (ainsi, le douzième des impôts, — le vingtième de nos revenus), excepté pour les trois nombres: le tiers, le demi (ou la moitié), le quart.

Ces trois premiers nombres ont été empruntés directement au latin : dimidium (demi), tertius (tiers), quartus (quart). Nous avons créé les autres à l'aide des nombres ordinaux français, et en suivant l'analogie du latin, qui tirait de même quinta pars (le cinquième), sexta pars (le sixième), etc., des nombres ordinaux quintus (cinquième), sextus (sixième), etc.

198. Enfin, il faut encore ranger dans les noms de nombre ceux qui servent à multiplier, comme le double, le triple, le quadruple, le quintuple, le sextuple, le décuple, le centuple. Pour tous les autres nombres, on se sert du mot fois : sept fois, huit fois, mille fois, etc.

Les premiers nombres sont tirés directement des substantifs latins : duplum (double), triplum (triple), quadruplum (quadruple), centuplum (centuple).


CHAPITRE Y.

DU PRONOM.

199. Le pronom est un mot qui tient la place du nom. Dans cette phrase : « Paul est espiègle, mais il deviendra raisonnable, » il, que l'on met à la place de Paul, est un pronom.

Pronom vient du latin pronomen, qui se met à la place (pro) du nom (nomen).

200. Il y a cinq espèces de pronoms : les pronoms personnels, possessifs, démonstratifs, relatifs et indéfinis.

Ces cinq classes de pronoms nous viennent directement du latin.

SECTION 1.

PRONOMS PERSONNELS.

201. Dans cette phrase : « Je devine que tu viens de chez lui, » on distingue aussitôt trois personnages différents : je, tu et lui, qui sont les acteurs de ce petit drame. Ces acteurs ont des rôles différents, que nous trouvons marqués ici par trois mots distincts : le premier rôle (je) est celui de l'acteur qui parle de luimême; le second (tu) celui de l'acteur à qui l'on parle; le troisième (lui) celui de l'acteur dont on parle.

En termes de grammaire on appelle ces trois personnages, ou plutôt ces trois rôles, des personnes (du latin personæ, personnages de théâtre) : ces trois personnes grammaticales sont représentées par les pro-


noms personnels, qui désignent les êtres par le rôle qu'ils jouent dans cette courte pièce qu'on appelle une phrase.

202. Les pronoms personnels sont :

SINGULIER.

Première personne Je, me, moi.

Deuxième personne Tu, te, toi.

Troisième personne il, elle, lui, le, la, se, soi, leur.

PLURIEL.

Première personne Nous.

Deuxième personne Yous.

Troisième personne : Ils, elles, eux, les, leurs.

Ces pronoms servent tous pour les deux genres (sauf il, ils, eux, qui sont réservés pour le masculin, - elle, la, elles, réservés pour le féminin).

Tous ces pronoms viennent directement du latin ; les deux premières personnes, des personnes correspondantes en latin ; la troisième personne a été empruntée aux pronoms démonstratifs latins.

Je, au douzième siècle jo, au dixième io, au neuvième io et aussi eo dans les fameux Serments de Strasbourg de 8^2 (voy.

§ 6), vient du latin ego (je) ; par la chute du g, e(g)o devient eo, comme li(g)are est devenu lier : eo s'adoucit en io comme leonern en lion : io est postérieurement devenu ja (comme Dib io nem est devenu Dijon. Enfin, jo s'est adouci en je, comme nous avons vu au S 137 le vieux français lo, fa, co, s'adoucir en le, ce. — Me est le latin me (moi). — Moi vient de mi forme contractée de mihi (à moi), comme le latin nil est contracté de nihil : mi a donné moi, comme fidem, pirum, nigrum (voy. S 17) donnent foi, poire, noir.

— JVous est le latin nos (nous).

Tu, te représentent le latin tu (tu), te (toi). - Toi vient de tibi (à toi), comme soi vient de sibi. — Vous est le latin vos (vous).

Le pronom de la 3e personne latine is (il), ea (elle), a été abandonné par le français, sans doute à cause de son peu d'ampleur, et notre langue a emprunté sa 3e personne au pronom démonstratif ille (celui-là), illa (celle-là), illud (cela) : ille est devenu il, comme mille a donné mil; illa a donné elle, comme axi lia, aiss elle : de


même ils de illos, elles de illas; — eux vient de illos comme cheveux de cap illos. — On a vu au § 137 l'origine de le, la, les.

— Se est le latin se (soi) : soi est le latin siti (à soi). — Lui est le latin illihuic (à celui-ci) qui, contracté en illuic, se trouve déjà sous la forme illui dans une inscription romaine publiée par Muratori (2088, n° 6). Illui est devenu lui, comme i lIam est devenu la, comme i llorum est devenu leur par la chute de la première syllabe.

Quand le ne désigne pas les personnes, mais les choses (comme dans cette phrase : la Pologne périra, je le prévois), il signifie cela, vient du neutre latin illud (cela), et nous représente à peu près le seul débris du genre neutre que nous possédions en français. —

Ce qui nous explique pourquoi aux questions : « Éres-vous la mère de cet enfant? » ou « Êtes-vous la malade? » il faut répondre je la suis (c'est-à-dire je suis la personne dont vous parlez), — tandis qu'aux questions : A Êtes-vous mère? Êtes-vous malade? » il faut répondre je le suis (c'est-à-dire je suis cela, illud; c'est ce que je suis, ce que vous m'avez demandé; je possède la qualité de mère, ou l'état de maladie).

203. Il faut distinguer ces pronoms en deux classes: 1° ceux, comme me, te, se, le, /a, les, leur, qui se placent toujours avant le verbe et sans préposition : il me donne, il te défend, il se vante, nous leur disons, etc.; 2° ceux, comme moi, toi, soi, qui, employés comme régime, se placent toujours après le verbe, et sont précédés d'une préposition : il s'adresse à moi, il s'est vanté à toi, nous imposons à vous et a vos amis.

De même que le latin réservait ego, tu, pour le sujet, — et me, te, pour le régime, notre vieille langue observait rigoureusement cette distinction : elle employait je, tu, il, pour le sujet, — me, te, le, pour le régime direct, — moi, toi, soi, pour le régime indirect.

Tandis que nous disons, par une méprise étrange, moi qui lis, toi qui chantes, lui qui vient, mettant ainsi le régime à la place du sujet, — l'ancien français, fidèle au latin, disait correctement : je qui lis (ego qui lego), tu qui chantes (tu qui cantas), il qui vient (ille qui venit), etc. C'est seulement à partir du quatorzième siècle que s'obscurcit la distinction du sujet et du régime, et que la confusion commence; nous n'avons plus aujourd'hui de forme spéciale pour le sujet, puisque dans certains cas nous le rendons


par yc, tu, il (je loue, tu manges, etc.), et dans d'autres par moi, toi, lui (moi et votre ami sommes venus vous voir) : mais un débris de l'ancien usage est resté dans la formule de pratique « Je, soussigné, déclare. »

204. En sert à remplacer de suivi du pronom : au lieu de : f ai vu les magistrats et je vous parle d'eux, on dira : je vous en parle.

Leur sert de même à remplacer à suivi du pronom : au lieu de :j'ai vu les magistrats et j'ai dit à eux, on dira : et je leur ai dit.

On voit que en et leur sont de véritables cas des pronoms, puisque en remplace le génitif latin, et leur le datif (voy. au § 206 l'origine de leur).

Quant à en, dans le vieux français ent, il vient du latin indè (en, de là) comme souvent de sub indè.

SECTION II.

PRONOMS POSSESSIFS.

205. Les pronoms possessifs se divisent en deux classes : 1° un adjectif' possessif que l'on met devant le nom pour indiquer à qui appartient tel objet (mon cha peau, ton cheval, son bâton) ; il porte le nom d'adjectif (voy. S 143) parce qu'il ne peut s'employer seul, et doit toujours être suivi d'un nom.

2° Un pronom possessif(proprement dit) qui s'emploie seul et sert à remplacer le nom tout en marquant la possession (mon chapeau est plus beau que le vôtre; ton cheval est plus noir que le sien ; le vôtre, le sien, sont des pronoms possessifs, pronoms parce qu'ils servent à ne pas répéter le nom de l'objet, possessifs parce qu'ils indiquent en même temps à qui appartient l'objet.

En latin, le même mot faisait fonction d'adjectif possessif et de pronom possessif (p. ex. meus signifiait à la fois mon et le mien).


1. — Adjectifs possessifs.

206. Les adjectifs possessifs sont : 1° Quand l'objet appartient à une seule personne (mon chien) :

SINGULIER.

MASCULIN. mon, ton son. PLURIEL FÉMININ ma, ta, sa. (des 2 genres;

mes, tes, ses.

2° Quand l'objet appartient à plusieurs personnes en même temps (notre chien, nos chevaux) :

SINGULIER (des 2 genres) notre, votre, leur.

PLURIEL (des 2 genres) nos, vos f leurs.

Mon, ton, son, - ma, ta, sa, — mes, tes, ses viennent des pronoms possessifs latins meum (le mien), tuum (le tien), suum (le sien); — meam (la mienne), tuae(la tienne), suam (la sienne), — mes de meos (les miens), tes de tuos (les tiens), ses de suos (les siens).

De même : notre du latin nostrum (notre), — voire de vostrum, forme archaïque de cestrurn (votre) que l'on trouve dans le poëte Ennius. - Nos et vos sont les adoucissements des anciennes formes françaises nostre (notre), vostre (votre). — Leur, qui est lor dans le vieux français, vient du latin illorum (d'eux). — Illomm a donné leur comme illam a donné la, comme il las a donné les, par la chute de il, — et par le changement de o en eu qu'on retrouve dans honn eur de honorem, lab eur de laborem (voy.

aussi § 17).

Leur au moyen âge était invariable de genre et de nombre : leur frère, leur sœur, leur enfants. Le français moderne lui ajouta un s au pluriel par analogie et dit leurs enfants ; mais il n'a pas osé ajouter un e au féminin, et dire : leure sœur.

207. Mon, ton, son, quoique masculins (mon cheval, ton chapeau), servent dans certains cas pour les noms féminins (mon épée, ton âme, son humeur), lorsque le nom féminin commence par une voyelle ou un A muette


(âme, humeur), afin d'éviter le choc que produirait la rencontre de deux voyelles, si l'on disait ma-âme, maépée.

L'ancien français qui réservait rigoureusement mon pour le masculin, et ma pour le féminin, traitait ma, ta, sa (devant un nom commençant par une voyelle) comme nous traitons la, c'est-à-dire qu'il élidait l'a et disait m'ame, t'épée, s'amie (pour ma-ame, taépée, etc.), comme nous disons l'ame, l'épée, l'amie (pour la-ame, la-épée, la-amie). C'est vers le quatorzième siècle que cet usage de l'élision fut remplacé par l'usage moderne qui substitua ma, ta, sa à mon, ton, son. — Une trace du vieil usage persiste encore dans l'expression m'amour pour ma amour : « Allez, m'amour, et dites à votre notaire. J (Molière, Malade imaginaire), et dans m'amie (pour ma amie) qui s'est plus tard corrompu en ma mie, d'où ta mie, sa mie, etc.

2. — Pronoms possessifs.

208. Nous avons vu au S 205 la définition des pronoms possessifs proprement dits.

209. Les pronoms possessifs, quand on parle d'un objet possédé par une seule personne (<moi £ chapeau est plus beau que le tien), sont :

SINGULIER. PLURIEL.

MASCULIN le mien. les miens.

1re personne [ FÉMININ la mienne. les miennes.

2e personne. ( MASCUl.IN. le tien. les tiens.

2* personne

( FÉMI:'IIN la tienne. les tiennes.

3. personne. { MASCULIN le sien. les siens.

3' personne.

( FÉMININ. la sienne. les siennes.

Mien, tien, sien sont une forme adoucie de mon, ton, son.

Au moyen âge, les pronoms mien, tien, sien pouvaient être employés comme adjectifs, c'est-à-dire qu'on pouvait les placer entre l'article et le nom de l'objet possédé : on disait indifféremment


mon frère, ton vassal, ou le mien frère, le tien vassal, etc. De cette règle qui ne tarda point à disparaître, il reste quelques traces dans nos expressions modernes : un mien cousin, le tien propre, une sienne tante, etc.

210. Quand on parle d'un objet possédé à la fois par plusieurs personnes (leur cheval est moins beau que le nôtre), les pronoms possessifs sont :

SINGULIER. PLURIEL.

( MASCULIN. le nôtre. )

1r* personne i 1 - les nôtres.

( FEMININ. la notre. )

{ MASCULIN le votre. t les vôtres.

2e personne | ( FÉMININ la lIotre. ) 1 3e personne. MASCULiN. le leur. 1 les leurs.

3e personne ( les leurs.

( FÉMININ la leur. )

Pour l'étymologie de notre, vôtre, leur, voy. ci-dessus au § 206.

- Mais pourquoi cette différence d'orthographe entre notre et le nôtre, — votre et le vôlreÍ' Pourquoi dans le premier cas o est-il bref (voy. § 18), tandis que dans le second il est long et surmonté d'un accent circonflexe ? Le latin nostrum donna le vieux français nostre, qui remplaça régulièrement s par un accent circonflexe marquant l'allongement de la voyelle, d'où nôtre, comme teste, beste, tempeste, apostre sont devenus tête, bete, tempête, apôtre.

— Nàtre, xotre (dans le nôtre, le vôtre) sont donc les vraies formes; mais ces mots se sont allégés et abrégés, quand nôtre, vôtre précédaient immédiatement un nom, sur lequel se portait naturellement tout l'effort de l'accent tonique (voy. S 53) : au lieu de dire notre a me, qui eût été régulier, mais sans relief, on allégea l'adjectif pour reporter tout l'effort de la voix sur le substantif, d'où : notre âme. e

SECTION III.

PRONOMS DÉMONSTRATIFS.

211. Les pronoms démonstratifs sont des mots qui servent à montrer la personne ou la chose dont on parle : cet homme est moins grand que celui-ci.


212. De même que le pronom possessif se divise : 1° en adjectif possessif (mon cheval), qui ne peut s'employer seul et précède toujours un nom, et 2° en pronom possessif proprement dit (le mien, le tien), qui s'emploie seul et sert à remplacer le nom, —* de même le pronom démonstratif se divise 1° en adjectif démonstratif [cet homme, ce cheval), qui ne peut s'employer seul et précède toujours un nom ; et 2° en pronom démonstratif proprement dit (celui-ci est plus beau que celui-là), qui s'emploie toujours seul et sert à remplacer le nom.

En latin, de même que les adjectifs possessifs et les pronoms possessifs ne font qu'un (voy. § 205), il n'y a point de distinction entre l'adjectif démonstratif et le pronom (ille, par exemple, signifie à la fois cet et celui-là).

1. — Adjectifs démonstratifs.

213. Ils sont au nombre de trois : ce, même et tel.

214. Ce, marque du masculin (ce cheval), est au féminin cette (cette maison), au pluriel ces pour lès deux genres (ces chevaux, ces maisons). — Quand le nom commence par une voyelle ou une h muette, on emploie au masculin cet au lieu de ce : cet homme, cet omnibus, non ce homme, ce omnibus.

Ce, dans notre vieille langue ça, à l'origine ico, vient du latin ecce-hoc (c'est cela). — De même le pronom latin ecciste (celui-là) donna le vieux français icist au onzième siècle, puis icest, abrégé en cest (comme nous disons ci pour ici), d'où cet (sur lequel on a formé le féminin cette, comme nette de net).

215. Pour montrer si la personne ou la chose dont on parle est près de nous ou loin de nous, on ajoute après le substantif les deux adverbes ci et là : ci


pour marquer le rapprochement (cet enfant-ci est brun), et là pour marquer l'éloignement (cet enfant-là est blond).

Ci est abrégé de ici, adverbe de lieu. — Pour l'origine de ici et' de là, voy. au chapitre de l'Adverbe.

216. Même est adjectif démonstratif, et sert à exprimer la ressemblance ou la conformité : Les mêmes hommes sont venus ; f ai vu les mêmes chevaux hier.

Même, anciennement mesme et meesme, est à l'origine, au onzième siècle, medesme dans la Chanson de Roland, et medisme dans la Vie de saint Alexis, et vient, comme l'italien medesimo (même), du latin metipsimus, contraction de melipsissimus, que l'on trouve aussi sous la forme ipsissimusmet (dans Plaute), et qui signifie tout à fait le même.

217. Tel, adjectif démonstratif, marque aussi la ressemblance ou la conformité : Une telle méchanceté est incroyable ; Un tel enfant est rare.

Tel est le latin talis (tel).

2. — Pronoms démonstratifs.

218. Les pronoms démonstratifs sont au nombre de deux : ce et celui.

219. Ce ne s'applique qu'aux choses : Je ferai ce que vous demandez ; j'irai voir ce qui est arrivé. (C'està-dire la chose que vous demandez, etc.) Sur l'origine de ce, voy. § 214.

220. Celui peut s'appliquer aux personnes et aux choses : Ilion cheval est noir ; celui de mon père est blanc. Celui est au féminin celle; le pluriel est ceux pour le masculin, celles pour le féminin.


De même que le latin ecce-hic donna ici, le pronom masculin eccille (celui-là) donna le vieux français icel, — le féminin eccilla donna icelle (comme illa a donné elleq, - le pluriel eccillos donna Lceux (comme illos donna eux, et capillos, cheveux). — Icel, qui avait pour régime icelui (formé comme autrui de autre), disparut au seizième siècle. De même que ici se réduit à ci, — icelle, icelui, ceux se réduisent à celle, celui, ceux. La forme icelle a persisté néanmoins dans quelques formules de procédure. (De ma cause et les faits renfermés en icelle, dit Racine dans les Plaideurs.) 221. Nous avons vu (S 215) que l'on ajoute à l'adjectif démonstratif l'adverbe ci pour marquer le rapprochement, l'adverbe là pour marquer l'éloignement.

On ajoute également ces deux adverbes aux deux pronoms démonstratifs, pour marquer si la personne dont on parle est près de nous ou loin de nous : Ce donne alors ceci et cela, — celui (celle, ceux) donnent celui-ci, celui-là, — celle-ci, celle-là., — ceux-ci, ceux-là.

Pour ci et là, voy. S 215.

SECTION IV.

PRONOMS RELATIFS.

222. Quand nous disons : Le chêne que j'ai vu l'an dernier est mort; — L'homme qui vint me voir hier était misérable, — les mots qui, que nous avertissent que ce qui va suivre se rapporte à la personne ou à la chose dont on vient de parler, et sont appelés pronoms relatifs, parce qu'ils servent à marquer le rapport, la relation qui existe entre les deux membres de la

phrase.

223. Les pronoms re/atîfs, pojnt 1|ui, que, quoi,


dont, lequel : L'homme qui est venu; — la maison que je possédé; — ce à quoije réfléchis; /e tableau dont on m'a parlé; — le navire sur lequel j'ai navigué.

Qui, que, quoi viennent respectivement du latin qui, quam, quid.

Dont vient du latin de-lmde (d'où) : unde donna ont, qui signifiait où dans notre vieille langue : a le chemin par ont (où) l'on va. » — Undè joint à la préposition de devint dont, qui en vieux français signifiait d'où (<<: Il me demanda dont je venais »). Dont fut encore employé avec ce sens jusqu'à la fin du dix-huitième siècle : « Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir » (Racine, Bajazet); « Ma vie est dans les camps dont vous m'avez tiré a (Voltaire).

224. Qui, que, quoi, dont sont invariables; lequel varie en genre et en nombre (féminin singulier laquelle; - pluriel masculin lesquels, féminin lesquelles).

Lequel est composé de le (voy. § 137), et de quel, qui est le latin qualis (quel).

; SECTION V.

PRONOMS INTERROGATIFS.

225. Les pronoms dits relatifs servent également à interroger : qui êtes-vous? — que demandez-vous ?

- a quoi êtes-vous honP — voici deux accusés, lequel est coupable?

226. A côté des pronoms interrogatifs proprement dits, qui s'emploient seuls et servent à rèmplacer le nom, il est encore un adjectif interrogatif qui ne peut s'employer seul et précède toujours un nom : c'est le mot quel : quel âge avez-vous? — quel temps fait-il ?


227. Quel varie en genre et en nombre (singulier féminin quelle; pluriel masculin quels, féminin quelles).

Sur quel, voy. § 224.

SECTION VI.

PRONOMS INDÉFINIS.

228. Les pronoms indéfinis sont ceux qui désignent une personne ou une chose d'une manière vague, générale, indéterminée : quelqu'un est venu;- on nous l'a dit; —■ ne faites pas de mal à autrui.

229. Ils se divisent : 1° en adjectifs indéfinis (nul, tout, etc.), ainsi nommés parce qu'ils ne peuvent s'employer seuls, et précèdent toujours un nom (nul homme n'est infaillible, — tout être est mortel); — et 2° en pronoms indéfinis proprement dits (personne, on, rien, etc.), qui s'emploient seuls et servent a remplacer le nom (personne n'est venu, — rien n'est arrivé, — on m'a dit.).

1. Adjectifs indéfinis.

230. Ils sont au nombre de douze : chaque, aucun, certain, tel, quelconque, plusieurs, nul, tout, un, même, quelque, autre (chaque jour est précieux, — nulle créature n'est méprisable, etc.).

Aucun. Ce mot, qui s'écrivait au treizième siècle alcun, et alcjun au douzième, est un composé de alques, comme chacun est un composé de chaque, et quelqu'un de quelque. - ALlQUls donna en vieux français alque : aliqui venerunt, alque Ilinrent, disait notre ancienne langue. — Alque est donc l'équivalent de quelque, et alqun


(alqu'ull) l'équivalent de quelqu'un. L'histoire et l'étymologie d'aucun montrent que ce mot a un sens essentiellement affirmatif : Âvez-vous entendu aucun discours qui vous fit croire? Allez au bord de la mer attendre les vaisseaux, et si vous en voyez aucuns, revenez me le dire. Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé (la Fontaine, Fables, VI, 1). — Aucun devient négatif quand il est accompagné de ne : J'en attendais trois, aucun ne vint. — Mais il ne faut pas perdre de vue qu'en lui-même et de sa nature aucun est positif et signifie quelqu'un.

Autre, en vieux français altre, du latin alter. De même que cil avait pour complément celui, nul nullui, et cet ccttui — autre avait pour complément autrui qui veut dire proprement de l'autre, et qui par suite n'avait point d'article dans notre ancienne langue : on disait le cheval autrui ou mieux l'autrui cheval (alteri equus', pour : le cheval d'un autre.

Chaque. Les formes que ce mot a successivement revêtues sont, au treizième siècle ckasque et plus anciennement chesque, qui n'est autre que le latin quisque, lequel a donné tjuesque, puis chesque.

— Par l'addition du mot un, on obtient le composé chasqu'un, qui des le quatorzième siècle s'écrivait déjà chacun, et représente quisq ue-un us.

Nul, du latin nullus, avait pour accusatif nullui, comme cel, cet, autre étaient au cas-régime celui, cetui, autrui.

Même, déjà expliqué au � 216.

Tel, tout, un représentent le latin talis (tel), totus (tout), unus (un, au sens d'un certain).

Certain, du latin certus (certain).

2. Pronoms indéfinis.

231. Les pronoms indéfinis sont au nombre de sept : chacun, on ou l'on, autrui, personne, rien, quelqu'un.

On, qui était au douzième siècle om, et plus anciennement hom, n'est point autre chose que homo, et veut dire proprement un homme.

« ON lui amène son destrier, » c'est-à-dire un homme lui amène son destrier.

A l'origine les deux sens (homme et on) étaient confondus, et le mot om servait pour les deux cas : on disait au sens de homo : li om que je vis hier, est mort, — et au sens de dicitur : li om dit que nous devons tous mourir. La traduction moderne dans le premier cas est : Y homme que je vis hier, etc.; dans le second : 1 on


dit que, etc. On, comme on le voit, était originairement substantif; dès lors rien d'étonnant à ce qu'il soit précédé de l'article (l'on).

232. On peut encore employer seuls, et sans qu'ils précèdent un nom, certains adjectifs indéfinis, tels que nul, tout, tel, etc. (nul n'est irréprochable), qui deviennent alors pronoms indéfinis.

CHAPITRE VI.

DU VERBE.

SECTION I.

DÉFINITIONS.

1. Sujet. Verbe. Complément.

233. Quand nous disons le loup mange l'agneau, le mot mange, qui indique l'action accomplie par le loup, s'appelle verbe; le mot loup, qui indique par qui l'action s'accomplit, s'appelle sujet ; le mot agneau, qui indique celui qui supporte cette action, s'appelle complément.

Le verbe peut également exprimer un état : la maison est grande ; le père est malade. On peut donc définir le \erbe : un mot qui exprime l'idée d'une action ou d un état que l'on attribue à une personne ou a une chose. Cette définition incomplète est provisoirement suffisante, en attendant la définition plus exacte que nous apportera l'étude de la Syntaxe.

234. Le mot agneau est dit complément, parce qu'il complète, qu'il achève d'exprimer l'idée commen-


cée par lé verbe mange, en indiquant quel animal le loup a mangé. Il y a deux sortes de compléments : le complément direct, le complément indirect.

235. Le complément direct est celui qui complète la signification du verbe directement, c'est-à-dire sans le secours d'aucun autre mot : il aime son père. Son père est un complément direct.

236. Le complément indirect est celui qui complète la signification du verbe par un moyen indirect, c'est-àdire avec le secours de certains mots tels que a, de, etc., qu'on appelle prépositions : il obéit à son père, il dépenrl de son père. A son père, de son père, sont des compléments indirects.

2. Des cinq différentes espèces de verbes.

237. L'action marquée par le verbe peut être attribuée à une personne déterminée (comme le roi, le père; par exemple : le roi aime ses sujets, le père veille sur son fils); — ou bien cette action ne peut être attribuée à aucune personne, à aucun sujet déterminé (comme il pleut, il neige, il tonne, dans lesquels il n'y a pas de nom qui puisse remplacer il). Les premiers verbes, exprimant une action qui se rapporte à l'une des personnes du discours, sont dits verbes personnels; les seconds, exprimant une action que l'on ne peut attribuer à aucune personne déterminée, sont dits verbes impersonnels.

238. Les verbes personnels, ayant pour sujet une personne déterminée, se divisent en deux classes, suivant que le sujet fait ou supporte l'action : quand le


sujet fait lui-même l'action (je bats mon chien), le verbe est dit verbe actif; quand le sujet supporte l'action d'autrui ou la souffre (je suis mordu par mon chien), le verbe est dit passif.

239. Mais dans le cas où c'est le sujet qui fait luimême l'action dont il souffre (au lyeu de la recevoir d'autrui), comme dans je me mords, je me flatte,. le verbe est appelé verbe réfléchi, parce que l'action faite par le sujet retombe aussitôt sur lui, s'y réfléchit.

240. Il y a donc trois classes de verbes personnels : les verbes actifs, les verbes passifs, les verbes réfléchis.

241. Les verbes actifs nous présentent le sujet comme faisant l'action; mais on peut accomplir deux sortes d'actions. L'action faite par le sujet peut s'exercer sur un autre 'être qui la reçoit ou qui la souffre (comme dans cette phrase : le loup mange l'agneau); mais l'action peut aussi s'exercer seulement sur le sujet (comme dans : le loup dort, le loup court). Les verbes tels que manger, qui transmettent l'action du sujet au complément, sont dits pour ce motif verbes actifs transitifs (du latin transire, passer d'un endroit dans un autre) ; les verbes tels que dormir, courir, dont l'action reste tout entière dans le sujet, sans en sortir, sont dits verbes actifs intransitifs (c'est-à-dire qui ne transmettent point l'action à un complément).

242. On donne fréquemment aux verbes actifs transi.

tifs le simple nom de verbes actifs, — aux verbes actifs intransitifs, celui de verbes neutres. Ces dénominations de verbe actif, verbe neutre, sont inexactes,


mais leur usage est si ancien et si bien établi, qu'il serait difficile d'y renoncer, et nous continuerons à employer ces deux termes dans tout le cours de ce livre.

Les Romains appelaient neutres (en latin neuter ni l'un ni l'autre) les verbes ttls que courir, parce que ces verbes n'étaient pour eux ni passifs, ni actifs. Les grammairiens romains réservaient le nom d'actif au seul verbe que nous avons appelé ci-dessus actif transitif, c'est-à-dire au verbe qui transmet l'action du sujet au complément.

243. De cette définition il résulte que tout verbe actif a nécessairement un complément direct auquel il transmet l'action faite par le sujet, et que l'absence de ce complément direct est précisément la marque du verbe neutre.

244. En résumé, il y a en français cinq sortes de verbes : le verbe actif, le verbe neutre, le verbe passif, le verbe réfléchi, et le verbe impersonnel.

3. Radical. Terminaison.

245. Le verbe est toujours formé de deux parties distinctes: 1° une partie fixe, qui ne change pas, dite le radical du verbe; 2° une partie changeante et variable, qu'on nomme la terminaison : ainsi dans je march-e, nous march-ons, vous march-erez, le radical est march., qui exprime l'action de marcher, et les syllabes .e, .ons, .erez, qui suivent le radical et marquent les différentes nuances du sens, sont les terminaisons.

4. Nombres.

246. Les verbes, comme les noms (§ 40), ont deux


nombres : le singulier, quand il s'agit d'un seul (je marche, tu lis, il mange); le pluriel, quand il s'agit de plusieurs (nous lisons, vous marchez, ils finissent).

5. Personnes.

247. L'action qu'exprime le verbe peut être faite soit par la personne qui parle (je marche, nous mangeons), soit par la personne à qui l'on parle (tu manges, vous marchez), soit par la personne dont on parle (il lit, ils marchent). Le français marque ces changements de personnes, tant au singulier qu'au pluriel, en ajoutant pour chacun d'eux une nouvelle terminaison (e, ons, ez, etc.) au radical du verbe. Ces différentes terminaisons s'appellent en grammaire les personnes du verbe.

6. Modes.

248. Lorsqu'on parle d'une action faite ou à faire, on peut en parler de cinq manières différentes dites les cinq modes du verbe :

Mode est le mot latin modus (manière).

1° Soit d'une manière vague et indéfinie, comme en disant faire, remplir, sans indiquer ni quelle personne fait ou remplit, ni à quel moment on a fait ou on a rempli. Cette manière vague a reçu en grammaire le nom de mode infinitif.

Du latin modus (manière) infinitivus (vague, indéfinie).

2° Soit d'une manière précise qui indique que l'action


a lieu : je marche, tu lis; c'est ce que l'on appelle le mode indicatif.

Du latin modus (manière) indicativus (précise, qui indique).

* 30 Soit d'une manière impérative qui ordonne que l'action ait lieu : marchez, taisez-vous, finissez : c'est le mode impératif.

Du latin modus (manière) imperativus (de commandement, qui ordonne).

40 Soit d'une manière conditionnelle, c'est-à-dire que l'action aura lieu si une certaine condition est remplie : je marcherais plus longtemps si j'étais mieux portant. Je marcherais est au mode conditionnel.

Du latin modus conditionalls, qui a le même sens.

50 Soit d'une manière douteuse, incertaine, parce que l'action dépend d'une autre action : je veux que tu viennes. Que tu viennes est soumis au verbe je veux, et en dépend; c'est ce qu'on appelle le mode subjonctif.

Du latin modus subjonctivus (manière soumise à. dépendante de.).

249. En résumé, il y a donc en français cinq manières ou modes d'exprimer l'action marquée par le verbe : l'indicatif, l'impératif, le conditionnel, le subjonctif et l'infinitif. Notre langue distingue ces différents modes en ajoutant pour chacun d'eux une terminaison différente au radical du verbe.

Nos différents modes nous viennent du latin, à l'exception du conditionnel, qui a été créé par le français. Ce mode, que le latin


ne connaissait pas, était remplacé par l'imparfait du subjonctif. Les Romains confondaient dans amarem à la fois j'aimasse et faimerais.

7. Temps.

250. Les modes, les nombres et les personnes nous ont appris par qui et comment l'action est faite; il reste à savoir dans quel temps, à quel moment elle a lieu. Ou l'action se fait au moment où l'on parle (comme dans je lis), — ou l'action était déjà faite au moment où l'on parle (j'ai lu ce matin), — ou l'action se fera dans un temps futur ou à venir (je lirai demain) : ces trois moments s'appellent le présent, le passé, le futur. Le français marque chacune de ces époques différentes à laquelle a été faite l'action, par une forme particulière du verbe, que l'on nomme temps.

251. La différence des temps se marque soit en ajoutant simplement une terminaison nouvelle au radical du verbe (j'aim-erai, j'aim-ais), et alors le temps est dit temps simple,. - soit en ajoutant au participe du verbe (aimé) un autre verbe qui le précède (j'ai aimé, f avais aimé), verbe dont nous expliquerons plus loin la nature (voy. § 271), et ce temps, ainsi composé de deux verbes au lieu d'un, est dit alors temps composé.

252. La réunion de tous les temps d'un même verbe (à tous leurs nombres et à toutes leurs personnes) s'appelle conjugaison.

8. Conjugaisons.

253. Il y a en français cinq conjugaisons, que l'on distingue par la terminaison de l'infinitif : la première conjugaison a l'infinitif terminé en er, comme aim er.


La deuxième conjugaison a l'infinitif terminé en ir, comme fin ir (et l'imparfait de l'indicatif en iss-ais, comme je fin-iss-ais).

La troisième conjugaison est également terminée en en ir, comme sentir (mais l'imparfait de l'indicatif est toujours terminé en ais, comme je sent-ais), ce qui empêche de la confondre avec la conjugaison précédente, qui forme son imparfait en issais.

La quatrième conjugaison a l'infinitif terminé enoir, comme recevoir.

La cinquième conjugaison a l'infinitif terminé en re, comme rendre.

I. De ces cinq conjugaisons, la première en er vient de la conjugaison latine en are : am are, cantare, port are sont devenus aimer, chanter, porter, par le changement régulier de a latin en e, comme dans mortel de mortalis, nez, dennsus, etc. Depuis le quinzième siècle les savants y ont introduit des verbes en ère qui auraient dû figurer dans la conjugaison en air (comme on le verra ci-dessous), tels que absorber de absorhere, révérer de rellerere, etc.

II. La deuxième conjugaison en ir avec l'imparfait en issais a été forgée par le français à l'aide de deux conjugaisons latines. Des verbes latins de la troisième conjugaison en escere, tels que gemiseci-e, florescere (qui marquent l'augmentation graduelle de l'action, durescere, durcir de plus en plus), et qui font au présent gem isco (je gémis), flore SCO (je /loris) , le français a pris cette terminaison esco, isco (qui nous a donné is), par suite de ce besoin de renforcer les formes trop courtes du latin classique et de cette tendance à l'allongement que nous avons souvent signalés. De là cette forme is que l'on retrouve aux temps simples de toute cette conjugaison (fleuris, fleur-iss-ais, fleuriss e, fleurissant). Mais le français qui avait pris à ces verbes leur forme esco, isco (parce qu'elle était résistautte), rejeta leur infinitif éscëre accentué sur l'avant-dernière syllabe (parce qu'il était trop faible), et lui préféra l'infinitif long en ire de la 46 conjugaison latine : ainsi s'est formée Cette conjugaison hybride, dont l'infinitif est emprunté à la quatrième conjugaison latine et les autres temps simples à la troisième.

III. La troisième conjugaison française en ir, avec imparfait en


ais, est la reproduction pure et simple de la conjugaison latine régulière en ire: venire, venir vén\o, je viens; etc.

IV. La quatrième conjugaison en oir vient de la deuxième conjugaison latine en ère : det/GVe, habere sont devenus dev oir et avair par le changement régulier de ë latin en oi (comme dans roi de rëgem, 1 oi de lëgem, moi, toi, soi, de më, të, së, etc.).

V. La cinquième conjugaison en re vient de la troisième conjugaison latine en iJre: suivant la règle de l'accent latin (voy.

S 51), deféndêi-e s'est contracté en defénd're, d'où défendre; et par suite ëre s'est réduit à re en français.

254. Le français comprend (si l'on prend pour base le Dictionnaire de l'Académie) environ 4000 verbes simples (je laisse de côté les composés), dont 3600 se terminent en er; — 330 en ir (avec l'imparfait en issais); — 28 en ir (avec l'imparfait en ais); — 10 verbes en oir; — et 50 verbes en re. On voit que la lre conjugaison en er comprend à elle seule les quatre cinquièmes des verbes français.

255. Comme on le verra au S 412, notre langue crée des verbes nouveaux à l'aide des substantifs et des adjectifs, en ajoutant aux premiers la terminaison er : fète, fèt-er, — gant, gant-er, — lard, lard-er, — camp, camp-er; - en ajoutant aux seconds la terminaison ir : maigre, maigrir, — cher, chérir, — bleu, bleu ir, — pâle, pâlir. La première conjugaison en er forme des verbes nouveaux avec les substantifs, la seconde conjugaison en ir avec les adjectifs : ce sont donc des conjugaisons vivantes, puisqu'elles servent encore chaque jour à de nouvelles formations.

256. Les conjugaisons en oir, re (et 2e en ir) sont au contraire incapables de servir à former des verbes nouveaux, et depuis l'origine de la langue, le français n'a


pas ajouté un seul verbe en oir ou en re au petit nombre de ceux que le latin lui avait légués. Ces deux conjugaisons, qui sont restées stériles, peuvent à bon droit être appelées des conjugaisons mortes.

257. Cette simple distinction des conjugaisons en mortes et en vivantes nous explique aussitôt pourquoi 3900 verbes français (sur 4000) sont en er et en ir, tandis que les trois autres conjugaisons réunies ne comprennent guère plus de 80 verbes.

SECTION II.

FORMATION DES TEMPS SIMPLES.

258. Des cinq conjugaisons que nous avons énumérées, deux comprennent un trop petit nombre de verbes pour être étudiées dans le même détail que les autres : la 3e en ir (imparfait ais: partir, je partais), qui ne comprend que 28 verbes, — et la 4e en oir, qui ne comprend que cinq verbes réguliers (recevoir, percevoir, concevoir, décevoir et devoir). Nous n'étudierons ici que les trois conjugaisons régulières en er, — en ir (imparfait issais) et en re, nous réservant de parler-des deux conjugaisons en ir (imparfait ais) et en oir au chapitre des verbes irréguliers.

259. Les temps simples, avons-nous dit (S 251), sont ceux qui se forment en ajoutant simplement une terminaison au radical du verbe.

Ils sont au nombre de 11, à savoir 5 pour l'indicatif (le présent, l'imparfait, le prétérit, le futur, le conditionnel), 1 pour l'impératif (le présent), 2 pour le


subjonctif (le présent, l'imparfait), 1 pour l'infinitif (leprésent), et 2 pour le participe (le présent et le passé).

I. — Présent de l'indicatif.

260. Le présent, de l'indicatif marque que la chose est ou se fait au moment où l'on parle , comme je chante.

Le présent de l'indicatif se forme ainsi qu'il suit :

1 il ni Sing. Je chant e. Je fin is. Je romp s.

2. Tu chant es. Tu fin is. Tu romp s.

3. Il chant e. Il fin it. Il romp t.

PLUR. 4. N. chant on*. N. fin iss onl. N. romp ons.

2. V. chant ez. V. fin iss ez. V. romp ez.

3. Ils chant ent. Ils fin iss ent. Ils romp eut.

261. Remarquons qu'à la première personne les verbes en er n'ont pas de s (je chante), tandis que les autres conjugaisons ont s (je finis, je rends). Cette exception est un vestige de notre vieille langue; dans l'ancien français, la première personne n'avait jamais de s : on disait j'aime, je voi, je rend; vers le seizième siècle, on ajouta un s, par analogie avec l's de la 2e personne (tu chantes, tu lis, tu vois); mais la première conjugaison échappa à cette assimilation, et même pour les autres conjugaisons les formes sans s persistèrent longtemps après chez les poëtes : on trouve encore au dix-septième siècle je voi, je li, je croi dans La Fontaine, Molière et Corneille; au dix-huitième siècle Voltaire dit encore dans Alzire : « la mort a respecté les jours que je te doi.» A l'origine de la langue, le français n'avait pas de s, parce que


la première personne n'avait jamais de s en latin : amo, j'aim e, — credo, je cro i, — reddo, je ren d, tandis que cet s servait de caractère distinctif à la seconde personne : amas, tu aimes, — credis, tu crois, - reddis, tu rends, etc. On voit que notre s final moderne est contraire à l'étymologie.

262. A la 3e personne, toutes les conjugaisons ont un t (il finit, il rompt), à l'exception de la première (il aimé). Le vieux français, plus régulier, avait un t à la lre conjugaison, et disait il aimet, comme nous disons il finit, il rompt. Naturellement et dans il aime t était muet, comme ent dans ils aim ent. Quand on prenait la forme interrogative [aiment- ils F), il aimet devenait aimet-il ? Plus tard le t de il aimet disparut (parce qu'il était muet) et la forme se réduisit à il aime : mais t persista dans la forme interrogative (parce qu'il était, dans ce cas, sonore et euphonique); seulement on ne tarda pas à oublier l'origine et la raison d'être de cette lettre : on la sépara par un tiret du corps du mot dont elle faisait partie : et au lieu de la vieille forme aimet-il P on écrivit dès le seizième siècle aime-t-il P C'est cette confusion qui a donné naissance à ce qu'on appelle notre t euphonique.

Le t était en latin la lettre caractéristique de la troisième personne: videt, il voit, - legit, il lit, et par conséquent amat, il aimet ; on voit que ce t du vieux français était régulier et fondé sur l'étymologie.

263. Les trois conjugaisons forment toutes leur pluriel de même : ons, ez, ent. Il faut y joindre cette remarque que la conjugaison en ir place devant ces terminaisons la particule iss (fin-iss-ons, fin-iss-ez, fin-iss-ent), dont nous avons vu l'origine au 5 24*2. 4


264. Notons aussi que ent (ils chant-ent, finiss-ent, rend-ent) est muet dans ces terminaisons verbales, au lieu d'être sonore et accentué (comme dans souvent, auvent, argent).

1 Chantons, chantez, chantent viennent du latin cantamus, cantatis, cantant. Une fois.ces trois finales créées pour la première conjugaison, le français les a employées pour former le pluriel de nos autres conjugaisons, sans recourir pour ces dernières aux formes des conjugaisons latines correspondantes.

Ent est toujours muet dans les terminaisons plurielles des verbes, parce qu'en latin ant (am-mf) était de même inaccentué, et comme nous l'avons vu au § 51, toute voyelle latine inaccentuée, à la fin da mot, devient muette ou disparaît.

II. Imparfait de l'indicatif.

265. L'imparfait marque que la chose était ou se faisait en même temps qu'une autre : Il lisait lorsque j'entrai. L'imparfait exprime donc une action actuellement passée, mais qui ne l'était pas encore quand une autre -s'est"faite.

L'imparfait de l'indicatif se forme ainsi qu'il suit :

1 1 I il ni - i il in SING. i. Je chant ais. Je fin iss ais. Je romp ais.

2. Tu chant ais. Tu fin iss ais. Tu romp ais.

3. Il chant ait. Il fin iss ait. 11 romp ait.

PLUR. 4. N. chant ions. N. fin iss ions. N. romp ions.

2. V. chant iez. V. fin iss iez. Y. romp iez.

3. Us chant aient. Ils fin iss aient. Ils romp aient.

266. On voit que l'imparfait est le même pour toutes les conjugaisons (ais, ais, ait, ions, iez, aient), toujours avec cette remarque que la conjugaison en ir intercale


la particule iss entre le radical et la terminaison : je finiss-ais, tu ifn-iss-ais, etc.

Le latin cantabam, cantabas, cantabat, cantabamus, cantabatis, cantabant, a donné chantais (à l'origine chantai; sur s voy. S 250), — chant ais, — CIUlllt ait, — chantions, — chantiez, - chant aient. Mais cant ab am n'est pas devenu brusquement je chant ais; pour saisir cette transformation il faut savoir qu'à l'origine, au dixième siècle, le français disait cant ève (comme fèlle de faba), puis au onzième canteie et chanteie, au treizième siècle chantoi, au quinzième chantois (qui, prononcé cltantais dès le dix-septième siècle, persista cependant avec l'orthographe en ois jusqu'à Voltaire) ; c'est au dix-huitième siècle que la forme en ais .(chantais) apparaît : mais ce changement, opéré malgré l'Académie, ne fut sanctionné par elle qu'en 1835. Un siècle avant Voltaire, en 1675, un avocat obscur, Nicolas Bérain, avait déjà demandé cette réforme.

Une fois ce type en ais, .ait, ions, iez, aient, obtenu à l'aide de abam, on a appliqué, comme pour l'indicatif, cette terminaison de la première conjugaison aux autres conjugaisons françaises, sans chercher à leur donner des terminaisons dérivées des conjugaisons latines correspondantes.

III. — Prétérit.

267. Le prétérit ou passé défini marque que la chose s'est faite à une époque définie, c'est-à-dire précise et déterminée, mais qui est complètement passée au moment où l'on parle : Je chantai hier toute la soirée.

Le prétérit se forme ainsi qu'il suit :

1 il III S. 4. Je chantai. Je fin is. Je romp i,.

2. Tu cliant as. Tu fin is. Tu romp is.

3. Il chant a. Il fin h. Il rompit.

p. 1. N. chant âmes. N. fin îmes. N. romp îmes.

ï. V. chant âtes. V. fin îtes. V. romp îtes.

3. Ils chant èrent. Ils fin ireut. Ils romp irent.


268. Il faut noter ici, comme nous l'avons fait pour l'indicatif (S 262), que le t existe dans toutes les conjugaisons (il rompit, il finit, il reçu t), sauf dans la première, il aima. : mais cette forme n'est qu'un adoucissement de l'ancien français il aimat, qui a disparu vers le quinzième siècle, en persistant toutefois dans la forme interrogative aimat-HP que nous avons écrit plus tard aima-t-il P et ce. t est devenu, comme nous l'avons montré ci-dessus (S 262), ce qu'on appelle aujourd'hui notre t euphonique.

Le passé défini français vient du parfait latin : cantavi, chant ai,— cantàsli, chantas, — cantavit, d'abord chantat, puis chanta, ca/zfavimus, charitâmes; — cantastis, anciennement chantastes, puis chantâtes au seizième siècle, — cantarunt, chantèrent. — De même finivi a donné je finis, qui s'écrivait à l'origine sans s comme en latin ; sur l'histoire de cet s, voy. § 261.

IV. — Futur simple.

269. Le futur simple marque que la chose sera ou se fera : Je chanterai demain.

Le futu simple se forme ainsi qu'il suit :

1 il III

SmG. A. Je chant er ai. Je fin ir ai. Je romp r ai.

2. Tu chant er as. Tu fin ir as. Tu romp r as.

3. Il chant er a. Il fin ir a. Il romp r a.

PLUR. N. chant er ons. N. fin ir ons. N. romp r ons.

2. V. chant er ez. V. fin ir ez. V. romp r ez.

3. Ils chant er ont. Ils fin ir ont. Ils romp r ont.

270. On voit par ce tableau que le futur se forme dans toutes les conjugaisons de la même manière, c'est-à-dire en ajoutant à l'infinitif du verbe le pré-


sent de l'indicatif du verbe avoir (ai, as, a, etc.).

Je chanter ai équivaut donc littéralement à j'ai à chanter.

Les finales latines s'étant de bonne heure assourdies et éteintes (on trouve rosa, urbe, etc., pour rosatll, urh em, etc., dans un grand nombre d'inscriptions romaines), il devint très-difficile aux illettrés de distinguer à un certain moment l'imparfait amabat, par exemple, du futur amabit : le besoin de clarté fit donc chercher au peuple romain une forme nouvelle de futur : habere joint à l'infinitif du verbe marquait souvent le désir de faire quelque chose dans un temps futur (Cicéron a dit habeo ad te scribere pour fai à décrire) ; le peuple romain, développant cette tendance, composa avec hnbro un futur qui finit par supplanter la forme classique.

On trouve dans saint Augustin vrnire habet (il a à venir) pour il viendra, et ces exemples de futur composé de l'infinitif du verbe avec le présent de habere se multiplient dans le latin de la décadence. — On voit que le futur n'est pas à proprement parler un temps simple, c'est-à-dire venant directement d'un temps latin correspondant, mais bien un temps composé d'un verbe et d'un auxiliaire; mais les deux parties sont te!lement soudées aujourd'hui qu'il serait impossible de ranger le futur dans les temps composés.

V. — Conditionnel simple.

271. Le conditionnel simple marque que la chose se ferait moyennant une certaine condition : je chanterais si cela m était permis.

Le conditionnel simple se forme ainsi qu'il suit :

1 II III

SING. -I. Je chant er ais. Je fin ir aJs. Je romp r ais.

2. Tu cbant er ais. Tu fin ir ais. Tu romp r ais.

3. Il chant er ait. Il fin ir ait. Il romp r ait.

PLUR. 1. N. chant er ions. N. fin ir ions. N. romp r ions.

2. V. chant er iez. V. fin ir iez. V. romp r iez.

3. Ils chant' er aient. Ils fin ir aient. Ils romp r aient.

272. Le conditionnel se forme donc (comme le futur)


d'une manière identique pour toutes les conjugaisons, c'est-à-dire en ajoutant ais, ais, ait, ions, iez, aient à l'infinitif du verbe.

273. De même que le futur a été formé par l'adjonction du présent ai, as, a, etc. à l'infinitif du verbe, le conditionnel résulte de l'adjonction de l'imparfait avais, avait, etc. à l'infinitif.

VI. — Impératif.

274. L'impératif, qui marque le commandement de la personne qui parle à celle qui écoute, n'a point. de première personne du singulier : lorsqu'on se commande à soi-même, il est inutile d'exprimer le commandement. Voici les diverses formes de l'impératif: Point de 1rc personne au singulier, ni de 3e aux deux nombres.

1 II III S. 2. Chant e. Fin is. Romp s.

P. 1. Chant ons. Fin iss ons. Romp ons.

2. Chant ez. Fin iss ez. Romp ez.

« t

275. On voit que toutes les personnes de l'impératif sont empruntées aux personnes correspondantes du présent de l'indicatif. Il n'y a qu'une exception pour la première conjugaison, qui dit chant e sans s, tandis que finis, romps, reçois ont le s de l'indicatif (tu finis, tu romps). Mais le s de chante se retrouve exprimé, et reparaît lorsque l'impératif est placé devant un mot commençant par une voyelle, tel que y ou en : chante s-en une partie ; vas-y voir, etc.

Chante n'a point de s, parce qu'il correspond à l'impératif latin Qant a (chante)


VII. — Présent du subjonctif.

276. Le présent du subjonctif est formé ainsi qu'il suit pour les trois conjugaisons :

i il III SING. A. Que je chant e. I se. Romp e.

2. Que tu chant es. Fin isses. Romp es.

3. Qu'il chant e. Fin isse. Romp e.

PLUR. 4. Que nous chant ions. Fin iss ions. Romp ions.

2. Que vous chant iez. Fin iss iez. Romp iez.

3. Qu'ils chant ent. Fin iss ent. Romp ent.

Notre présent du subjonctif n'est autre que le présent du subjonctif latin : chante (cantem), chantes (canées), chante (cantet), chantions (cant emus), chant iez (cantetis), chantent (cante nt). L'ancien français pouvait distinguer l'imparfait de l'indicatif chantions du subjonctif chantions, parce que le premier comptait pour trois syllabes (venant de cant-a[blamus), tandis que le subjonctif (venant de çant-émlls) ne comptait que pour deux.

VIII. — Imparfait du subjonctif.

277. L'imparfait du subjonctif est ainsi formé pour les trois conjugaisons :

1 il ni SING. 4. Que je chant asse. Fin isse. Romp isse.

2. Que tu chant aises. Fin isses. Romp isses.

3. Qu'il chant ât. Fin ît. Romp ît.

PLuit. 4. Que nous chant assions. Fin issions. Romp inionl.

2. Que vous chant assiez. Fin issiez. Romp issiez.

3. Qu'ils chant assent. Fin issent. Romp issent.

Ce temps nous vient du plus-que-parfait du subjonctif des Latins (amavissem, amavisses, amavisset, etc.), mais par la forme contracte amassem, amasses, amasset (d'où aimasse, aimasses, aimast, et plus tard par la chute de s, aimât). Ici le t est resté à la troisième


personne du singulier parce qu'il était appuyé par une autre consonne.

IX. — Infinitif et participes.

278. Les trois infinitifs sont, comme nous l'avons déjà dit (S 253), er, et re (chanter, finir, rompre).

279. Le participe présent pour toutes les conjugaisons est ant (chantant, rompant), que la conjugaison en ir fait naturellement précéder de iss (fin want).

280. Le participe passé est é pour la première conjugaison (chanté), i pour la seconde (fini), u pour la troisième (rompu).

Nous avons vu au S 253 l'origine latine des infinitifs: — Le participe présent vient également du participe présent des Latins (cantantem, chant ant). — Les participes passés en é et en t viennent respectivement des participes passes latins (cant atum, chanté, et fil/ilum, fini, qui sont réguliers); quant au participe en u, il vient d'un participe en utus, que l'on trouve dans le latin de la décadence (certains textes latins des temps mérovingiens donnent battutus, battu). Sur le changement de utus en u, voy. � 177.

281. Le participe tient par sa nature à la fois de l'adjectif et du verbe, et tire précisément son nom de ce qu'il participe à la fois du verbe (parce qu'il marque un temps, lisant, ayant lu), et de l'adjectif (parce qu'il peut servir à qualifier un nom : un homme charmant, une romance chantée).

Pour plus de détails, voy. livre III, chapitre vi, section m.

SECTION III.

FORMATION DES TEMPS COMPOSES.

282. Nous avons vu que les temps simples marquent (dans le temps présent, passé ou futur) une action non achevée à l'époque dont on parle : je lis; je lisais quand


vous êtes entré ; je lirai quand vous serez parti. A côté de ces temps qui marquent que l'action n'est pas encore accomplie, il en est d'autres qui présentent l'action comme déjà faite, déjà achevée à l'époque dont on parle (j'ai lu Iiier;j'avais déjà lu quand vous êtes venu).

Ces temps qui indiquent que l'action est terminée, accomplie, parfaite, sont toujours formés de deux mots, à savoir le participe passé du verbe (lu) précédé d'une forme particulière (j'ai, j'avais, etc.), que l'on appelle auxiliaire parce qu'elle sert d'aide,« d'auxiliaire à la conjugaison. Les temps de ce genre, formés d'un auxiliaire suivi du participe du verbe, sont dits temps composés.

283. Chaque temps simple a pour correspondant un temps composé qui présente l'action comme entièrement achevée; ainsi au présent (je lis) correspond le parfait (j'ai lu); à l'imparfait (je lisais) correspond le plusque-parfait y avais lu quand vous êtes entré), ainsi nommé parce qu'il exprime doublement le passé, en marquant que la chose s'est faite avant une autre qui a eu lieu dans un temps passé ; au prétérit (je lus) correspond le prétérit antérieur (j'eus lu), qui marque que la chose s'est faite immédiatement avant - une autre qui a eu lieu dans un temps passé (quand j'eus lu' ce journal, je sortis); au futur simple (Je lirai) correspond le futur antérieur qui marque que la chose se fera avant une autre (quand j'aurai lu ce journal, je sortirai) ; au conditionnel simple (je lirais) correspond le conditionnel antérieur (j'aurais lu, j'eusse lu), qui marque que la chose se serait faite moyennant une certaine condition (j'aurais lu, si j'avais pu acheter des livres).


284. Pour former les temps composés, le français emploie deux auxiliaires, qui sont les verbes être et avoir (le premier signifie proprement exister, et le second posséder).

La différence la plus profonde qui sépare la conjugaison latine de la française, consiste en ce que le passif et plusieurs temps passés actifs sont exprimés en latin par des désinences (amaveram, am or), tandis qu'ils le sont en français par le participe du verbe, précédé d'avoir pour l'actif, et d'être pour le passif (j'avaisaimi, je suis aimé).

Cette création des auxiliaires pour le service de la conjugaison, qui semble, au premier abord, étrangère au génie de la langue latine, ne fut point un fait isolé ou une innovation sans précédents : elle existait en germe dans l'idiome des Romains ; Cicéron disait : De Cœsare satis ditlum habeo (pour dixi). — Habeas scriplum nomen (pour saripseras). — Quee haies institllta perpolies (pour - instituisti); — et on trouve dans César; Vectigalia parvo pretio redempta habet (pour redemit) — copias quas habebat paratas (pour paraverat). On voit donc,. au siècle d'Auguste, à côté de la forme synthétique dixi, scripseram, paravi, etc., poindre la forme analytique habeo dictum, habebam scriplum, habeo paratum, qui sera un jour celle du latin vulgaire et des six langues romanes ; cette seconde forme grandit à mesura que se développent les tendances analytiques de la langue, et, à partir du sixième siècle, les textes latins en offrent de nombreux exemples. Il en est de même pour les flexions de la voix passive : le latin vulgaire les remplace par le verbe sum joint au participe passé (sum amatus, au lieu d'amor). Dans les recueils de diplômes mérovingiens, on trouve à chaque page ces formes" nouvelles : Omnia quae ibi sunt a'specta (pour-aspectantur), — sicut à nobis praesente tempore est possessum (pour posseditur), — hoc volo ejse donatum (pour donari). Quod ei nostralargitate est concessum (pour conceditur), etc.

De même qu'elle avait abandonné dans la déclinaison les désinences des cas pour les remplacer par des prépositions (caball-i, dit cheval), la nouvelle langue abandonna dans la conjugaison les formes verbales des temps composés pour les remplacer par des auxiliaires, conséquence naturelle du besoin qui poussait , la langue latine à passer de l'état synthétique à l'état analytique.

285. Être et avoir ne sont auxiliaires que lorsqu'ils servent à conjuguer un autre verbe, c'est-à-dire lors-


qu'ils sont suivis d'un participe passé, et on ne peut leur donner ce nom lorsqu'ils sont employés seuls :j'ai un cheval, je suis roi, etc.

I. Conjugaison du verbe auxiliaire ÊTRE.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Je suis.

Tu es.

Il ou elle est.

Nous sommes.

Vous êtes.

Ils ou elles sont.

IMPARFAIT.

J'étais.

Tu étais.

Il ou elle était.

Nous étions.

Vous étiez.

Ils ou elles étaient.

PRÉTÉRIT.

Je fus.

Tu fus.

Il ou elle fut.

Nous fûmes.

Vous fûtes.

Ils ou elles furent.

FUTUR.

Je serai.

Tu seras.

Il ou elle sera.

Nous serons.

Vous serez.

Ils ou fillIfil5 seront.

PARTAIT.

J'ai été.

Tu as été.

Il ou elle a été.

Nous avons été Vous avez été.

Ils ou elles ont été.

TLUS-QUE-PARFAIT.

J'avais été.

Tu avais été.

Il ou elle avait été.

Nous avions été.

Vous aviez été.

Ils ou elles avaient été.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

J'eus été.

Tu eus été.

Il ou elle eut été. x Nous eûmes été.

Vous eûtes été.

Ils ou elles eurent été.

FUTUR ANTÉRIEUR.

J'aurai été.

Tu auras été.

Il ou elle aura été.

Nous aurons été.

Vous aurez été.

Ils ou elles auront été.


CONDITIONNEL

Je serais.

Tu serais.

Il ou elle serait.

Nous serions.

Vous seriez.

Ils ou elles seraient.

CONDITIONNEL ÂNTÉRIEUR.

J'aurais été.

Tu aurais été.

Il ou elle aurait été.

Nous aurions été.

Yous auriez été.

Ils ou elles auraient été.

IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Sois.

Soyons.

Soyez.

PARFAIT.

Aie été.

Ayons été.

Ayez été.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je sois.

Que tu sois.

Qu'il ou qu'elle soit.

Que nous soyons.

Que vous soyez.

Qu'ils ou qu'elles soient.

IMPARFAIT.

Que je fusse.

Que tu fusses.

Qu'il ou qu'elle fût.

Que nous fussions.

Que vous fussiez.

Qu'ils ou qu'elles fussent.

PARFAIT.

Que j'aie été.

Que tu aies été.

Qu'il ou qu'elle ait été.

Que nous ayons été.

Que vous ayez été..

Qu'ils ou qu'elles aient été.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que j'eusse été.

Que tu eusses été.

Qu'il ou qu'elle eût été.

Que nous eussions été.

Que vous eussiez été.

Qu'ils ou qu'elles eussent été.

INFINITIF.

PRÉSENT.

Ètre.

PARFAIT

Avoir été.


PARTICIPE.

PRÉSENT. PARFAIT.

Étant. Ayant été.

PARTICIPE PASSÉ INVARIABLE.

Été.

Histoire et origine des différents temps du verbe ÊTRE.

I. INFINITIF. Le verbe Esse était défectif en latin, et il empruntait six temps (fui, (ueram, fuero, fuerim, fuissem, forem) à l'inusité fucre. Eu franç;ai., le verbe être est composé de trois verbes différents : 1 ° Fuo, qui a donné le prétérit fus (fui), et le subjonctif fusse (fuissem) ; 2° Stare, qui a donné le participe passé été, vieux français esté (status) ; 30 Esse, qui a fourni tous les autres temps, et en particulier l'infinitif présent être, en vieux français estre.

Aux verbes défectifs tels que velle, posse, olferre, inferre, esse, qui étaient trop courts pour donner des infinitifs français, le latin vulgaire ajouta la désinence re et les assimila faussement aux verbes de la deuxième conjugaison. — C'est ainsi que dès le sixième siècle on trouve dans les textes mérovingiens volere (pour velle), potere (pour posse), offerrere (pour offerre), inferrure (pour in(erre), essere (pour esse). Essere, étant accentué ésstre, se contracta suivant la règle (voy. S 51) en ess'rc ; sr donnant str, ess're devint successivement cstre, puis être. Cette étymologie est d'ailleurs confirmée par la forme du verbe être dans les autres langues romanes, qui est éssere en italien, ser en espagnol, ser en portugais, esser en provençal.

A ceux d'ailleurs qui douteraient qu'essere ait jamais existé, il est aisé de répondre par des textes positifs. Dans le Recueil d'inscriptions romaines de Gruter (no 1062, 1), on lit cette épitaphe trouvée à Rome dans une église du septième sièrle : Cod eslis fui et quod sum essere ahetis, c'est-à-dire quod estis, fui : et quod sum, esse habelis (Ce que vous êtes, je le fus, et ce que je suis, vous aurez à l'être). Nous trouvons dans une série de diplômes carlovingiens, à l'année 8J0 : c quod essere dehnissent. JI; — à l'année 821 : « essere de benefîcio »; à l'année 836 : « quod de ista ecclesia Vulfaldo episcopus essere debuisset. D On trouve même cet allongement en re appliqué aux composés d'esse (tels quadesse, etc.), comme par exemple dans cette charte de 818: « quam ingenuus ad essere. »


Il est inutile de donner d'aulres preuves de ce fait, qu'être et essere sont un seul et même mot. Personne ne croit plus aujourd'hui qu'être dérive du latin stare. Comment stare eùr-il pu devenir être, puisqu'en latin l'acceut est sur sta (J/«VS)? D'jii lleuis comment stare s'accorderait-il avec le provençal esser, l'italien essere, l'espagnol et le portugais ser? Enfin on sait d'une manière précise que stare a donné en français ester, et il n'a pu donner autre chose. On dit ester en justice (slare in judicio). Ester est encore demeuré dans' quelques composés, tels que rester (re-stare); arrêter, en vieux français arrester (ad-re-stare).

II. PARTICIPE PRÉSENT : Étant. Il a été formé régulièrement de être, comme mettant de mettre. — III. PARTICIPE PASSÉ. Été, en ancien français esté, du latin status. — IV. INDICATIF PRÉSEKT. Du temps correspondant en latin : Suis (sum. Le vieux français disait sui qui est plus correct, l's final n'existant point en. latin). -.Es (es). - Est (est). — Sommes (siimus). — Êtes, en ancien français estes (estis). — Sont (sunt). — V. IMPARFAIT. Étals ne vient point du latin, mais il a été formé directement sur être, comme mettais sur mettre. — VI. PASSÉ nÉFINI. Du temps correspondant en latin : fus, en ancien français fui (fui), — fus, vieux français fuis (fuisti), — fltt (fuit), — fûmes (fuimus : l'accent circonflexe dans ce mot est une erreur du seizième siècle et une faute contre l'étymologie), — futes, ancien français fustes (fuistis), — furent (fuerunt). — VII. FUTUR. Serai, ancien français esserai. Notre futur étant une composition de l'infinitif du verbe et de l'auxiliaire avoir (comme nous l'avons dit § 270), esserai représente esserehabeo (esser-al). — VIII. SUBJONCTIF PRÉSENT. Du tem ps correspondant en latin : Sois, ancien français soi (sim), — sois (sis), soit (sit), — soient (sint). — Les formes soyons,. soyez, viennent de sitÍmus, siatis, et non de simus, sitis (qui n'auraient pu donner que soins, soiz). — IX. IMPARFAIT- Du plus-que-parfiiit latin : Fusse (fûissem), — fusses (fuisses), — fut, ancien français fuist (fiiisset), — fussions (fuissémus), —- fussiez (fuissétis), — fussent (fuissent).

— X. IMPÉRATIF. 'Ce temps ne se compose que de formes emprun tées au subjonctif (sois, qu'il soit, soyons, soyez, qu'ils soient).


II. Conjugaison du verbe auxiliaire AVOIR.

INDICATIF.

PRESENT.

J'ai.

Tu as.

Il ou elle a.

Nous avons.

Vous avez.

Ils ou elles ont.

IMPARFAIT.

J'avais.

Tu avais.

Il ou elle avait.

Nous avions.

Vous aviez.

Ils ou elles avaient.

PRÉTÉRIT.

J'eus.

Tu eus.

Il ou elle eut.

Nous eûmes.

Vous eûtes.

Ils ou elles eurent.

FUTUR.

J'aurai.

Tu auras.

Il ou elle aura.

Nous aurons.

Vous aurez.

Ils ou elles auront.

CONDITIONNEL.

J'aurais.

Tu aurais.

Il ou elle aurait.

Nous aurions.

Vous auriez.

Ils ou elles auraient.

PARFAIT.

J'ai eu.

Tu as eu.

Il ou elle a eu.

Nous avons eu.

Vous avez eu.

Ils ou elles ont eu.

PUJS-QUE-PARFAIT.

J'avais eu.

Tu avais en.

Il ou elle avait eu.

Nous avions eu.

Vous aviez eu.

Ils ou elles avaient eu.

PRETERIT ANTÉRIEUR.

J'eus eu.

Tu eus eu.

Il ou elle eut eu.

Nous eûmes eu.

Vous eûtes eu.

Ils ou elles eurent eu.

FUTUR ANTÉRIEUR.

J'aurai eu.

Tu auras en.

Il ou elle aura eii.

Nous aurons eu.

Vous aurez eu.

Il ou elles auront eu.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

J'aurais eu.

Tu aurais eu.

Il ou elle aurait eu.

Nous aurions eu.

Vous auriez eu.

Ils ou elles auraient eu.


IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Aie.

Ayons. 1 Ayez.

PARFAIT.

Aie eu.

Ayons eu.

Ayez eu.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que j'aie.

Que tu aies.

Qu'il ou qu'elle ait.

Que nous ayons.

Que vous ayez.

Qu'ils ou qu'elles aient.

IMPARFAIT.

Que j'eusse.

Que tu eusses.

Qu'il ou qu'elle eût.

Que nous eussions.

Que vous eussiez.

Qu'ils ou qu'elles eussent.

PARFAIT.

Que j'aie eu.

Que tu aies eu.

Qu'il ou qu'elle ait eu.

Que nous ayons eu.

Que vous ayez eu.

Qu'ils ou qu'elles aient eu.

PLUS-QUE-PARFAiT.

Que j'eusse eu.

Que tu eusses eu.

Qu'il ou qu'elle eût eu.

Que nous eussions eu.

Que vous eussiez eu.

Qu'ils ou qu'elles eussent eu.

INFINITIF.

PRESENT.

Avoir.

PARFAIT.

Avoir eu.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Ayant.

PARFAIT.

Ayant eu.

PARTICIPE PASSÉ INVARIABLE.

Eu.

PARTICIPE PASSÉ VARUBLK.

Eu, fém. eue.


Histoire et origine des différents temps du verbe AVOIR.

OBSERVATIONS GÉNÉRALES. L'A initial fthabere (avoir) a disparu dans la conjugaison française, comme dans orge de Aordeum, on de homo, or de hora, etc. Le b latin est devenu v : liabere = avoir, ha^ebam = avais, comme dans : prouver (probare), couver (curare), fève (faha), checal (caballus), etc. — I. INFINITIF PRÉSENT. Avoir, vieux français aycr, du latin habére. — II. PARTICIPE PRÉSENT. Ayant, du latin habéntem. Le b a disparu comme dans viorne (vi[ £ ]urnum), taon (ta[bJauus), etc. — III. PARTICIPE PASSÉ. Eu. Dans l'ancien français ài, aü ou aüt, et au onzième siècle avut, du latin habitum (devenu habutum dans le bas-latin.

Sur les participes en utum, voy. § 269).— IV. INDICATIF PRÉSENT.

Du temps correspondant en latin : Ai (liabeo), — as (luÍbes), — a, ancien français at (habet : le t de l'ancien français est étymologique), — avons, ancien français avomes (habémus), — avez (hahétis), — ont (habent). — V. IMPARFAIT. Du temps correspondant en latin : Avais, vieux français avoi et aveie (habéham : l'ancienne langue, toujours fidèle à l'étymologie latine, n'avait point d's à la première personne), — avais (habébas), — avait (habébat), — avions, ancien français aviomes (babebamus), — aviez (habebàtis), — avaient (habébant). — VI. PRÉTÉIHT. Du temps correspondant en latin : EliS, ancien français eu (habui), — eus (habuisli), — eut (habuit), -.eumes (lia [b] ni mus), — eûtes, ancien français eiistes (ha[b]uistis), — eurent (ha[h]uerunt). — VII. FUTUR. Aurai, en vieux français avrai, au douzième siècle averai, - qui est composé de l'infinitif aver (voyez ci-dessus S 270) et de l'auxiliaire ai, — reproduit habere-habeo.— VIII. SUBJONCTIF PRÉSENT. Du temps correspondant en latin : Aie.(habeam), — aies (habeas), — ait (habeat), ayonsr ancien français atomes (iia[b]eamus),— ayez (ha[b]eatis), — aient (haheant). - IX. IMPARFAIT. Du plus-que-parfait latii-i : Etisse (barh]úissem), - eusses (ha[h]úisses), — eut, ancien français eust, aüst (ha[b]uisset), — eussions (ha[b]uissémus), — eussiez (habuissétis), — eussent (ba[b]dissent).

SECTION IV.

VERBES ACTIFS.

286. Nous avons déjà défini le verbe actif au S 238 et donné au S 258 la division des trois conjugaisons fran-

1*


caises. La Sectioil II nous a appris la formation des temps simples; la Section 111, celle des temps composés et la conjugaison du verbe avoir qui sert d'auxiliaire aux verbes actifs. Il nous reste à grouper toutes ces parties séparées dans un tableau général qui présentera l'ensemble de la conjugaison des verbes actifs en français.

I. Première conjugaison. — Verbe AIMER.

INDICATIF.

PRESENT.

J'aime.

Tu aimes.

Il aime.

Nous aimons.

Vous aimez.

Ils aiment.

IMPARFAIT.

J'aimais.

Tu aimais.

Il aimait.

Nous aimions.

Vous aimiez.

Ils aimaient.

PRÉTÉRIT.

J'aimai. Tu aimas.

Il aima.

Nous aimAmes.

Vous aimâtes.

Ils aimèrent.

FUTUR.

J'aimerai.

Tu aimeras.

Il aimera.

Nous aimerons.

Vous aimerez.

Ils aimeront.

PARFAIT.

J'ai aimé.

Tu as aimé.

Il a aimé.

Nous avons aimé.

Vous avez aimé.

Ils ont aimé.

PLUS-QUE-PARFAIT.

J'avais aimé.

Tu avais aimé.

Il avait aimé.

Nous avions aimé.

Vous aviez aimé.

Ils avaient aimé.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

J'eus aimé.

Tu eus aimé.

Il eut aimé.

Nous eûmes aimé.

Vous eûtes aimé.

Ils eurent aimé.

FUTUR ANTÉRIEUR.

J'aurai aimé.

Ta auras aimé.

Il anra aimé.

Nous aurons aimé.

Vous aurez aimé.

Ils auront aimé,


éONDITlONNEL. CONDITIONNEL ANTERIEUR.

J'aimerais. J'aurais ou j'eusse aimé.

Tu aimerais. Tu aurais ou tu eusses aimé.

Il aimerait. Il aurait ou il eût aimé.

Nous aimerions. Nous aurions ou nous eussions aimé.

Vous aimeriez. Vous auriez ou vous eussiez aimé.

Ils aimeraient. Ils auraient ou ils eussent aimé.

IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Aime.

Aimons.

Aimez.

PARFAIT.

Aie aimé.

Ayons aimé.

Ayez aimé.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que j'aime.

Que tu aimes.

Qu'il aime.

Que nous aimions.

Que vous aimiez.

Qu'ils aiment.

IMPARFAIT.

Que j'aimasse.

Que tu aimasses.

Qu'il aimât.

Que nous aimassions.

Que vous aimassiez.

Qu'ils aimassent.

PARFAIT.

Que j'aie aimé.

Que tu aies aimé.

Qu'il ait aimé.

Que nous ayons aimé.

Que vous ayez aimé.

Qu'ils aient aimé.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que j'eusse aimé.

Que tu eusses aimé.

Qu'il eût aimé.

Que nous eussions aimé.

Que vous eussiez aimé.

Qu'ils eussent aimé.

INFINITIF.

PRÉSENT. PARFAIT.

Aimer. Avoir aimé.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Aimant.

PARFAIT.

Ayant aimé.

PARTICIPE PASSÉ.

Aimé, fém. aimée.


II. Deuxième conjugaison. *— Verbe FINIR.

INDICATIF.

PRESENT.

Je finis.

Tu finis.

Il finit.

Nous ifnissons.

Vous finissez.

Ils finissent.

IMPARFAIT.

Je finissais.

Tu finissais.

Il finissait.

Nous finissions Vous finissiez.

Ils finissaient.

PRÉTÉRIT.

Je finis.

Tu finis.

Il finit.

Nous finîmes.

Vous finîtes.

Ils finirent

FUTUR.

Je finirai.

Tu finiras.

Il ifnira.

Nous ifnirons.

Vous finirez.

Ils ifniront.

CONDITIONNEL.

Je finirais.

Tu finirais.

Il finirait.

Nous finirions.

Vous finiriez.

Ils finiraient.

PARFAIT.

J'ai fini.

Tu as fini.

Il a fini.

Nous avons fini.

Vous avez fini.

Ils ont fini.

PLUS-QUE-PARFAIT.

J'avais fini.

Tu avais fini.

Il avait fini.

Nous avions fini.

Vous aviez fini.

Ils avaient fini.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

J'eus fini.

Tu eus fini.

Il eut fini.

Nous eûmes fini.

Vous eûtes fini.

Ils eurent fini.

FUTUR ANTIRIEUR.

J'aurai fini.

Tu auras fini.

Il aura fini.

Nous aurons fini.

Vous aurez fini.

Ils auront fini.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

J'aurais ou j'eusse fini.

Tu aurais ou tu eusses fini.

Il aurait ou il eût fini.

Nous aurions ou nous eussions fini.

Vous auriez ou vous eussiez fini.

Ils auraient ou ils eussent fini.


IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Finis.

Finissons.

Finissez.

PARFAIT.

Aie fini.

Ayons fini.

Ayez fini.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je ifnisse.

Que tu finisses.

Qu'il finisse.

Que nous finissions.

Que vous finissiez.

Qu'ils finissent.

IMPARFAIT.

Que je finisse.

Que tu finisses.

Qu'il finît.

Que nous finissions.

Que vous finissiez.

Qu'ils finissent.

PARFAIT.

Que j'aie fini.

Que tu aies fini.

Qu'il ait fini.

Que nous ayons fini.

Que vous ayez fini.

Qu'ils aient fini.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que j'eusse fini.

Que tu eusses fini.

Qu'il eût fini.

Que nous eussions fini.

Que vous eussiez fini.

Qu'ils eussent fini.

INFINITIF.

PRÉSENT.

Finir.

PARFAIT.

Avoir fini.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Finissant.

PARFAIT.

Ayant fini.

PARTICIPE PASSÉ.

Fini, fiin, finie.


III. Troisième conjugaison. — Verbe ROMPRE.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Je romps.

Tu romps.

Il rompt.Nous rompons.

Vous rompez.

Ils rompent.

IMPARFAIT.

Je rompais.

Tu rompais.

Il rompait.

Nous rompions.

Yous rompiez.

Ils rompaient.

PRÉTÉRIT.

Je rompis.

Tu rompis.

Il rompit.

Nous rompîmes.

vous rompltes.

Ils rompirent.

FUTUR.

Je romprai.

Tu rompras.

Il rompra.

Nous romprons.

Vous romprez.

Ils rompront.

CONDITIONNEL.

Je romprais.

Tu romprais.

Il romprait.

Nous romprions.

Vous rompriez.

Ils rompraient.

PARFAIT.

J'ai rompu.

Tu as rompu.

Il a rompu.

Nous avons rompu.

Vous avez rompu.

Ils ont rompu.

PLUS-QUE-PARFAIT.

J'avais rompu.

Tu avais rompu.

Il avait rompu.

Nous avions rompu.

Yous aviez rompu.

Ils avaient rompu.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

J'eus rompu.

Tu eus rompu.

Il eut rompu.

Nous eûmes rompu.

Vous eûtes rompu.

Ils eurent rompu.

FUTUR ANTERIEUR.

J'aurai rompu.

Tu auras rompu.

Il aura rompu.

Nous aurons rompu.

Vous aurez rompu.

Ils auront rompu.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

J'aurais ou j'eusse rompu.

Tu aurais ou tu eusses rompu.

Il aurait ou il eût rompu.

Nous aurions ou nous eussions rompu.

Vous auriez ou vous eussiez rom pu.

Ils auraient ou ils eussent rompu.


IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Romps.

Rompons.

Rompez.

PARFAIT.

Aie rompu.

Ayons rompu.

Ayez rompu.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je rompe.

Que tu rompes.

Qu'il rompe.

Que nous rompions.

Que vous rompiez.

Qu'ils rompent.

IMPARFAIT.

Que je rompisse.

Que tu rompisses.

Qu'il rompit.

Que nous rompissions.

Que vous rompissiez.

Qu'ils rompissent.

PARFAIT.

Que j'aie rompu.

Que tu aies rompu.

Qu'il ait rompu.

Que nous ayons rompu.

Que vous ayez rompu.

Qu'ils aient rompu.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que j'eusse rompu.

Que tu eusses rompu.

Qu'il eût rompu.

Que nous eussions rompu.

Que vous eussiez rompu.

Qu'ils eussent rompu.

INFINITIF.

PRÉSENT.

Rompre.

PARFAIT.

Avoir rompu.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Rompant.

PARFAIT.

Ayant rompu.

PARTICIPE PASSÉ.

Rompu, fém. rompue.


287. Si l'on veut conjuguer ces verbes sous la forme interrogative, il suffit de déplacer le pronom en le mettant (dans les temps simples) après le verbe (aimez-vous ?), — dans les temps composés, en l'intercalant entre l'auxiliaire et le participe (ai-je aimé, avais-je aimé, aurai-je aimé? etc.). La conjugaison interrogative n'offre rien qui diffère (pour les terminaisons du verbe) de la conjugaison directe, excepté dans les deux points suivants ;

288. Quand la première personne du singulier se termine par une syllabe muette (f aime, que je puisse), cette syllabe devient accentuée (voy. S 51) quand le verbe est conjugué interrogativement (aime-je, puissé-je), et pour marquer ce changement, on remplace l'e muet par un é fermé (voy. § 22).

289. Quand la troisième personne du singulier se termine par une voyelle comme dans la première conjugaison (il aime, il va), on met entre le verbe et le pronom un t dit euphonique (aime-t-il, va-t-il?).

Nous avons vu au S 262 que ce prétendu t euphonique n'a point été inventé, comme on le croit communément, pour le besoin de l'euphonie, de l'adoucissement de la prononciation, mais que c'est un débris de l'ancien t de la troisième personne du singulier, qui a disparu de la première conjugaison, tout en persistant dans les autres.

290. Pour conjuguer les verbes dans la forme négative (avec la négation ne. pas, ne. point) il suffit d'intercaler ne entre le pronom et le verbe pour les temps simples (je ne veux pas, tu ne veux pas, etc.), et pour les temps composés, de compléter cette intercalation en plaçant le mot pas entre l'auxiliaire et


le participe (je n'ai pas voulu, je ri aurais pas voulu, etc.).

SECTION V.

VERBES PASSIFS.

291. Le verbe passif, comme nous l'avons expliqué au § 238, est celui qui exprime une action soufferte par le sujet (Fagneau a été mangé par le loup).

292. Tout verbe actif peut devenir passif, c'est-à-dire qu'il peut être employé sous la forme passive. Manger est actif dans : le chat mange la souris; il devient passif dans : la souris est mangée par le chat.

Nous avons vu au § 284 l'origine des verbes passifs français, et comment notre langue a abandonné les terminaisons des verbes passifs latins, pour les remplacer par l'auxiliaire être suivi du participe passé du verbe.

293. Il n'y a qu'une conjugaison pour le verbe passif; elle se compose de l'auxiliaire être suivi (à tous ses modes, temps et personnes) du participe passé du verbe que l'on veut conjuguer (je suis mordu, j'ai été mordu, je serai mordu, etc.).

294. Il faut avoir soin de faire toujours accorder, le participe avec le sujet du verbe (il est mordu, elle est mordue, ils sont mordus, etc.).


Conjugaison du verbe passif ÊTRE AIMÉ.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Je suis aimé.

Tu es aimé..

Il est aimé.

Nous sommes aimés.

Vous êtes aimés.

Ils sont aimés.

IMPARFAIT.

J'étais aimé.

Tu étais aimé.

Il était aimé.

Nous étions aimés.

Vous étiez aimés.

Ils étaient aimés.

PRÉTÉRIT.

Je fus aimé.

Tu fus aimé.

Il fut aimé.

Nous fûmes aimés.

Vous fûtes aimés.

Ils furent aimés.

FUTUR.

Je serai aimé.

Tu seras aimé.

Il sera aimé.

Nous serons aimés.

Vous serez aimés.

Ils seront aimés.

CONDITIONNEL.

Je serais aimé.

Tu serais aimé.

Il serait aimé.

Nous serions aimés.

Vous seriez aimés.

Ils seraient aimés.

PARFAIT.

J'ai été aimé.

Tu as été aimé.

Il a été aimé.

Nous avons été aimés.

Vous avez été aimés.

Ils ont été aimés.

PLUS-QUE-PARFAIT.

J'avais été aimé.

Tu avais été aimé.

Il avait été aimé.

Nous avions été aimés.

Vous aviez été aimés.

Ils avaient été aimés.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR J'eus été aimé.

Tu eus été aimé.

11 eut été aimé.

Nous eûmes été aimés.

Vous eûtes été aimés.

Ils eurent été aimés.

FUTUR ANTÉRIEUR.

J'aurai été aimé.

Tu auras été aimé.

Il aura été aimé.

Nous aurons été aimés.

Vous aurez été aimés.

Ils auront été aimés.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

J'aurais été aimé.

Tu aurais été aimé.

Il aurait été aimé.

Nous aurions été aimés.

Vous auriez été aimés.

Ils auraient été aimés.


IMPÉRATIF.

PRÉSENT.

Sois aimé.

Soyons aimés.

Soyez aimés.

PARFAIT.

Aie été aimé.

Ayons été aimés.

Ayez été aimés.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je sois aimé.

Que tu sois aimé.

Qu'il soit aimé.

Que nous soyons aimés.

Que vous soyez aimés.

Qu'ils soient aimés.

IMPARFAIT.

Que je fusse aimé.

Que tu fusses aimé.

Qu'il fût aimé.

Que nous fussions aimés.

Que vous fussiez aimés.

Qu'ils fussent aimés.

PARFAIT.

Que j'aie été aimé.

Que tu aies été aimé.

Qu'il ait été aimé.

Que nous ayons été aimés.

Que vous ayez été aimés.

Qu'ils aient été aimés.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que j'eusse été aimé.

Que tu eusses été aimé.

Qu'il eût été aimé.

Que nous eussions été aimés.

Que vous eussiez été aimés.

Qu'ils eussent été aimés.

INFINITIF.

PRÉSENT.

Être aimé.

PARFAIT.

Avoir été aimé.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Étant aimé.

PARFAIT.

Ayant été aimé.

PARTICIPE PASSÉ VARIABLE.

Aimé, Jèm. aimée.


SECTION VI.

VERBES NEUTRES.

295. Nous avons défini aux §§ 241-242 le verbe neutre, et indiqué la différence qui le sépare du verbe actif.

296. Les temps simples des verbes neutres sont les mêmes que ceux des verbes actifs. Les temps composés des verbes neutres sont formés, tantôt à l'aide de l'auxiliaire être (je suis arrivé), tantôt à l'aide de l'auxiliaire avoir (j'ai dormi). Les temps composés avec avoir ne différant point, comme forme, des temps composés du verbe actif (voy. S 286), il est superflu de donner un modèle de conjugaison neutre avec avoir. Nous nous bornerons donc à présenter un tableau de la conjugaison neutre avec l'auxiliaire être.

297. Il n'y a d'ailleurs que douze verbes neutres conjugués avec l'auxiliaire être (ce sont les suivants : aller, arriver, choir, décéder, éclore, entrer, mourir, naitre, partir, sortir, tomber, venir).

298. Dans les verbes neutres conjugués avec être, le participe s'accorde toujours avec le sujet du verbe : il est arriv é, elle est arrivée, ils sont arrivés, etc.).


Conjugaison du verbe TOMBER.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Je tombe.

Tu tombes.

Il tombe.

Nous tombons.

Vous tombez.

Ils tombent.

IMPARFAIT.

Je tombais.

Tu tombais.

Il tombait.

Nous tombions.

Vous tombiez.

Ils tombaient.

PRÉTÉRIT.

Je tombai.

Tu tombas.

Il tomba.

Nous tombâmes.

Vous tombâtes.

Ils tombèrent.

FUTUR.

Je tomberai.

Tu tomberas.

Il tombera.

Nous tomberons. ,

Vous tomberez.

Ils tomberont.

CONDITIONNEL.

Je tomberais.

Tu tomberais.

Il tomberait.

Nous tomberions.

Vous tomberiez.

Ils tomberaient.

PARFAIT

Je suis tombé.

Tu es tombé.

Il est tombé.

Nous sommes tombés.

Vous êtes tombés.

Ils sont tombés.

PLUS- QUE-PARFAIT.

J'étais tombé.

Tu étais tombé.

Il était tombé.

Nous étions tombés.

Vous étiez tombés.

Ils étaient tombés.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEua.

Je fus tombé.

Tu fus tombé.

Il fut tombé.

Nous fûmes tombés.

Vous fûtes tombés.

Ils furent tombés.

FUTUR ANTÉRIEUR.

Je serai tombé.

Tu seras tombé.

Il sera tombé.

Nous serons tombés.

Vous serez tombés.

Ils seront tombés.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

Je serais tombé.

Tu serais tombé.

Il serait tombé.

Nous serions tombés.

Vous seriez tombés.

Ils seraient tombés.


IMPÉRATIF.

PRESENT.

Tombe.

Tomhons.

Tombez.

PARFAIT.

Sois tombé. * Soyons tombés.

Soyez tombés.

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je tombe.

Que tu tombes.

Qu'il tombe.

Que nous tombions.

Que vous tombiez.

Qu'ils tombent.

IMPARFAIT.

Que je tombasse.

Que tu tombasses.

Qu'il tombât.

Que nous tombassions.

Que vous tombassiez.

Qu'ils tombassent.

PARFAIT.

Que je sois tombé.

Que tu sois tombé.

Qu'il soit tombé.

Que nous soyons tombés.

Que vous soyez tombés.

Qu'ils soient tombés.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Que je fusse tombé.

Que tu fusses tombé.

Qu'il fût tombé.

Que nous fussions tombés.

Que vous fussiez tombés.

Qu'ils fussent tombés.

INFINITIF.

PRÉSENT.

Tomber.

PARFAIT.

Être tombé.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Tombant.

PARFAIT.

Étant tombé.

PARTICIPE PASSÉ VARIABLE.

Tonibé, fém. tombée.


SECTION VII.

VERBES RÉFLÉCHIS.

299. Nous avons déjà défini au S 239 le verbe réfléchi.

300. Il faut distinguer au point de vue du sens les verbes réfléchis eu deux classes : le verbe réfléchi proprement dit, qui exprime une action qui se reporte, se réfléchit sur le sujet qui la fait (je me blesse, je me bats), et le verbe réciproque, qui exprime que les deux sujets accomplissent, mutuellement, l'un sur l'autre, l'action marquée par le verbe (Jean et Louis s'égratignent; le chien et le loup se battent).

301. Au point de vue de la forme, il faut encore distinguer en deux classes les verbes réfléchis : 1° le verbe réfléchi par nature [s écrouler, se cabrer, s""évanouir) ; 20 les verbes actifs (comme laver) ou neutres (comme nuire) employés sous forme réfléchie (je me suis lavé, je me suis nui).

302. Les verbes réfléchis se conjuguent dans tous les temps avec deux pronoms, l'un qui est le sujet (je), l'autre le complément (me); ces pronoms doivent toujours être de la même personne, puisque c'est le sujet qui supporte lui-même l'action qu'il accomplit (je me lave, tu te nuis, etc.).

On a aussi nommé ce verbe, verbe pronominal, parce qu'il se conjugue avec deux pronoms ; mais le terme de réfléchi est préférable, car il exprime mieux la véritable nature du verbe.

303. Les verbes réfléchis sont semblables, dans leurs


temps simples, aux verbes actifs, mais forment leurs temps composés avec l'auxiliaire être.

304. Le participe des verbes réfléchis s'accorde, quand le verbe est réfléchi par nature (S 301) : ils se sont repentis; quand le verbe n'est pas réfléchi par nature, mais seulement employé d'une manière réfléchie (§ 301), il s'accorde si le verbe est actif (ils se sont aimés), et reste invariable s'il est neutre (elles se sont plu).

Conjugaison du verbe réfléchi SE REPOSER.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Je me repose.

Tu te reposes.

Il se repose.

Nous nous reposons.

Vous vous reposez.

Ils se reposent.

IMPARFAIT.

Je me reposais Tu te reposais.

Il se reposait.

Nous nous reposions.

Vous vous reposiez.

Ils se reposaient.

PRÉTÉRIT.

Je me reposai.

Tu te reposas.

Il se reposa.

Nous nous reposâmes.

Vous vous reposâtes.

Ils se reposèrent.

PARFAIT.

Je me suis reposé.

Tu t'es reposé.

Il s'est reposé.

Nous nous sommes reposés.

Vous vous êtes reposés.

Ils se sont reposés.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Je m'étais reposé.

Tu t'étais reposé.

Il s'était reposé.

Nous nous étions reposés.

Vous vous étiez reposés.

Ils s'étaient reposés.

PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

Je me fus reposé.

Tu te fus reposé.

Il se fut reposé.

Nous nous fûmes reposés.

Vous vous fûtes reposés.

Ils se furent reposés.


FUTUR.

Je me reposerai.

Tu te reposeras.

Il se reposera.

Nous nous reposerons.

Vous vous reposerez.

Ils se reposeront.

CONDITIONNEL.

Je me reposerais.

Tu te reposerais.

Il se reposerait.

Nous nous reposerions.

Vous vous reposeriez.

Ils se reposeraient.

FUTUR ANTÉRIEUR.

Je me serai reposé.

Tu te seras reposé.

Il se sera reposé.

Nous nous serons reposés.

Vous vous serez reposés.

Ils se seront reposés.

CONDITIONNEL ANTERIEUR.

Je me serais reposé.

Tu te serais reposé.

Il se serait reposé.

Nous nous serions reposés.

Vous vous seriez reposés.

Ils se seraient reposés

IMPÉRATIF.

PRESENT.

Repose-toi.

Reposons-nous.

Reposez-vous.

PARFAIT.

(Inusité.)

SUBJONCTIF.

PRÉSENT.

Que je me repose.

Que tu te reposes.

Qu'il se repose.

Que nous nous reposions.

Que vous vous reposiez.

Qu'ils se reposent.

IMPARFAIT.

Que je me reposasse.

Que tu te reposasses.

Qu'il se reposât.

Que nous nous reposassions.

Que vous vous reposassiez.

Qu'ils se reposassent.

PARFAIT.

Que je me sois reposé.

Que tu te sois reposé.

Qu'il se soit reposé.

Que nous nous soyons reposés.

Que vous vous soyez reposés.

Qu'ils se soient reposés.

PLUS-QUE-PA RF AIT.

Que je me fusse reposé.

Que tu te fusses reposé.

Qu'il se fût reposé.

Que nous nous fussions reposés.

Que vous vous fussiez reposés.

Qu'ils se fussent reposés.


INFINITIF.

PRESENT.

Se reposer.

PARFAIT.

S'être reposé.

PARTICIPE.

PRÉSENT.

Se reposant.

PARFAIT.

S'étant reposé.

PARTICIPE PASSÉ VARIABLE.

Reposé, fém. reposée.

SECTION VIII.

VERBES IMPERSONNELS.

305. Nous avons vu, au S 237, que tous les verbes sont personnels, c'est-à-dire que l'action qu'ils expriment est toujours attribuée à une personne déterminée que l'on appelle sujet. Il y a cependant un petit nombre de verbes qui expriment une action que l'on ne peut attribuer à aucun sujet, à aucune personne déterminée : tels sont, par exemple, les verbes neiger et pleuvoir, qui expriment certains phénomènes de la nature. Ces verbes exprimant une action que l'on ne peut rapporter à aucune personne, à aucun sujet, sont dits pour cette raison impersonnels.

Comme ce genre de verbes ne possède qu'une seule personne, la troisième du singulier (il neige, il pleut), les grammairiens l'ont aussi désigné par le nom de verbe à une personne ou verbe unipersonnel.

306. Les verbes impersonnels ne s'emploient qu'à la troisième personne du singulier, et précédés du pronom


il, qui ne se rapporte à aucun sujet, et ne possède qu'un sens vague et indéterminé.

Cette forme du verbe impersonnel nous vient du latin, qui n'accordait également à ces verbes que la troisième personne du singulier. Le pronom il des verbes impersonnels n'est pas le même que le pronom il des verbes actifs; ce dernier, qui remplace une personne déterminée, vient de ille (celui-là) : le pronom il des verbes impersonnels signifie cela, et vient du neutre illud (cela) ; c'est pour cette raison que, dans ces verbes, le participe passé est invariable.

307. Cette troisième personne du singulier se conjugue régulièrement, comme la troisième personne correspondante du verbe actif.

308. A côté des verbes impersonnels par nature (comme il pleut, il neige), on peut employer impersonnellement les verbes actifs et les verbes neutres (il tombe de l'eau, il fait beau, il convient d'obéir), etc.

Conjugaison du verbe impersonnel NEIGER.

INDICATIF.

PRÉSENT.

Il neige.

IMPARFAIT.

Il neigeait.

[PRÉTÉRIT.

Il neigea.

FUTUR.

1 neigera.

CONDITIONNEL.

Il neigerait.

PARFAIT.

Il a neigé.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Il avait neigé PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR.

Il eut neigé.

FUTUR ANTÉRIEUR Il aura neigé.

CONDITIONNEL ANTÉRIEUR.

Il aurait neigé.


SUBJONCTIF.

PRESENT.

Qu'il neige.

IMPARFAIT

Qu'il neigeât.

PARFAIT.

Qu'il ait neigé.

PLUS-QUE-PARZAIT.

Qu'il eût neigé.

INFINITIF.

PRÉsENT.

Neiger.

PARFAIT.

Avoir neigé.

PARTICIPE.

PARTICIPE PASSÉ INVARIABLE.

Neigé.

SECTION IX.

VERBES IRRÉGULIERS.

309. Tout verbe qui, dans la formation de ses temps simples, se conforme aux règles que nous avons exposées aux §§ 258-281, est dit verbe régulier.

310. Tout verbe qui, dans la formation de ses temps simples, déroge aux règles données ci-dessus, est dit verbe irrégulier.

311. Le verbe irrégulier peut l'être de deux manières : ou il peut manquer d'un ou plusieurs modes, temps ou personnes des verbes réguliers, et il est dit dans ce cas verbe défectif (du latin defectivus, défectueux, impar fait), — ou il possède tous ces modes, temps ou personnes, mais en s'écartant, pour leur formation, des


règles prescrites, et il est alors verbe irrégulier proprement dit.

La qualité de défectif n'est pas un élément véritable de classification, puisque les verbes qui sont aujourd'hui défectifs avaient dans l'ancienne langue tous leurs temps et toutes leurs personnes ; d'ailleurs un verbe peut être défectif sans être irrégulier; être défectif est un accident historique qui peut frapper des verbes de toutes les conjugaisons.

312. Ce qui distingue essentiellement les verbes réguliers des verbes irrèguliers, c'est que dans les premiers le radical reste invariable et que les terminaisons seules changent avec les temps, les modes et les personnes (chant-er, chant-ons, chant-erai), tandis que dans les verbes irréguliers le radical ne s'écrit point de la même manière à tous les temps de la conjugaison (ten-ir, je tiens, — voul-oir, veuil-lez, je veux, — savoir, sus, sache, etc.).

313. Les irrégularités des verbes s'expliquent, comme la plupart des autres exceptions aux règles de la grammaire, par l'histoire de ces irrégularités; mais la théorie scientifique de la formation des verbes irréguliers dépasserait de beaucoup les limites d'une grammaire usuelle. Nous nous bornerons donc à en donner ici les éléments et à présenter les irrégularités que nous offre chacune des cinq conjugaisons françaises, en y joignant les explications les plus indispensables.

Voy. sur ces difficultés d'exposition de la théorie des verbes irréguliers, ce que nous avons dit dans la préface de ce livre.


1. Première conjugaison : ER.

314. Les verbes comme mener, lever, acheter, modeler, appeler, jeter, qui ont un e muet (ou, comme nous l'avons expliqué au S 53, un e inaccentué) à l'avantdernière syllabe de l'infinitif, prononcent cet e au présent de l'indicatif (parce qu'il est devenu accentué, voy.

S 53). Pour marquer que cet e est devenu sonore et transformer l'e muet en e ouvert, ces verbes emploient deux procédés : les uns marquent la voyelle d'un accent grave (je mène, lève, achète, modèle), les autres redoublent la consonne (j'appelle, je jette), et cet e conserve alors son orthographe devant toute autre syllabe muette : j'achèterai, lèverai, appellerai, je tt erai.

Pour plus de détails, voy. § 53.

315. La première conjugaison n'a proprement que deux verbes irréguliers : envoyer et aller.

316. Envoyer fait régulièrement envoyant, envoyé, j'envoyai, mais change cet y en i quand la diphthongue oi est accentuée (voy. S 53) : j'envoie, envoies, etc. ;

envoyer n'est à proprement parler un verbe irrégulier qu'au futur et au conditionnel : j'enverrai, j'enverrais (au lieu de j'envoier-ai, comme je nettoier-ai).

Envoyer était à l'origine entveier (du latin inde-viare, composé formé de via), et ce vieux verbe faisait au futur entveierai, puis enveierai, d'où est venu par une contraction postérieure enverrai.

317. Aller est un verbe doublement irrégulier, puisqu'il emprunte ses temps à plusieurs radicaux différents. Voici sa conjugaison :


Ind. Prés., je vais, tu vas, il va, nous allons, vous allez, ils vont; Imparf., j'allais, etc., nous allions, etc.; Prétérit, j'allai, tu allas, il alla, nous allâmes, vous allâtes, ils allèrent; Fut., j'irai, tu iras, il ira, nous irons, vous irez, ils iront. — Cond. Prés., j'irais, tu irais, il irait, nous irions, vous iriez, ils iraient. —

Impér., va, allons, allez. - Subj. Prés., que j'aille, etc., que nous allions, que vous alliez, qu'ils aillent; lmparf., que j'allasse, etc., que nous allassions, etc. Infin., aller; Part., allant, allé.

Aller a. emprunté ses temps à trois verbes latins différents : I. Les trois premières personnes de l'indicatif présent ont été empruntées au verbe vadere ; je vais (vado), tu vas (vadis), il va (ancien français il vat), vadit. — II. Le futur et le conditionnel (j'ir-at, j'ir-aw} proviennent du latin ire par la formation ordinaire du futur (voy.

S 270). — III. Tous les autres temps (allais, allai, allasse, aille, allant, allé) se rapportent à l'infinitif aller. Quant à ce dernier, qui était en vieux français aler et aner, il vient du latin mérovingien anare, qui n'est lui-même que l'adoucissement du latin classique adnare (venir; ce mot qui signifie proprement venir par eau, dans Cicéron, ne tarda pas à prendre une rapide extension de sens, et adnare signifie venir par terre dans Papias). — On peut faire la même remarque sur un mot analogue enare (venir par eau, nager, Cicéron), qui dans le latin classique exprime déjà l'action de venir n'importe par quel moyen, soit en volant : Daedalus. gelidas enavit ad Arctos, dit Virgile (Æneid., VI, 16), soit en marchant : Nous avons parcouru ces vallées : Enavimus has valles (Silius Ita..

licus). - Il est curieux que la même métaphore, de la navigation à la marche, ait aussi lieu dans le mot adripare, qui signifiait dans l'origine aborder à la rive (ripa), et qui a fini par prendre le sens général de toucher aff but et nous a donné le verbe arriver.

Pour aller de adnare ou anare au français aller, en passant par les formes intermédiaires aner, puis aler, le latin a subi un changement important, celui de n en i, changement que l'on retrouve en français dans orphelin de orphaninus (dérivé de orphanus).


2. Deuxième conjugaison : IR.

318. Nous avons vu (au § 253) qu'il y a deux conjugaisons régulières en ir : l'une (composée de plus de trois cents verbes) qui intercale iss entre le radical et la terminaison (fin-iss-ais); l'autre (composée seulement d'une vingtaine de verbes) qui se borne à ajouter directement au radical du verbe la terminaison simple (je sent-ais) ; nous avons laissé celle-ci de côté dans l'étude de la formation des temps simples (voy.

§ 258); nous étudierons ici en détail chacun des verbes qui le composent, en désignant cette conjugaison par le nom de conjugaison directe en ir.

L'intercalation de la particule iss (expliquée au § 253) n'est pas le seul caractère distinctif des deux conjugaisons en ir; fin-ir et sent-ir sont accentués l'un et l'autre (voy. � 51) à l'infinitif suf la terminaison (ir) ; mais à l'indicatif (il fin-it, il sent), fin-it est'encore accentué sur la terminaison, tandis que il sent l'est sur le radical. Cette différence d'accentuation provient de la différence de formation des deux verbes : gém-is est accentué sur la terminaison is, parce qu'en latin gem-isco était accentué sur la terminaison; il sent est accentué sur le radical, parce qu'en latin sentio, sentis, sentit étaient également accentués sur le radical. Les grammairiens ont donné aux verbes de cette dernière catégorie le nom de verbes forts, et ils ont donné celui de verbes faibles aux verbes accentués sur la terminaison.

4. Conjugaison avec ISS.

319. Cette conjugaison ne contient qu'un seul verbe irrégulier, et encore ne l'est-il qu'au participe passé.

C'est bénir, qui peut prendre, suivant le sens, au participe passé, l'une des deux formes bénit, béni (bénit quand il s'agit des choses religieuses, et béni dans tous les autres cas : pain bénit, nation bénie).


Les grammairiens prétendent que fleurir, à côté des formes régulières fleurissais, fleurissant, possède un second imparfait (florissais) et un second participe (florissant). Il n'en est rien : florissais et florissant sont les débris de l'ancien verbe florir, qui a disparu de la langue moderne, mais qui a vécu en français jusqu'à la fin du seizième siècle.

Enfin, il faut encore remarquer que le verbe haïr, qui est régulier à tous ses temps (ha-ïss-ant, ha-ï, ha-'iss-ais), adoucit son indicatif présent en ai (hais, hais, hait).

Les participes en i, comme fini, avaient à l'origine de la langue un t final (finit, du latin finitus) qu'ils ne tardèrent point à abandonner; mais ce t a persisté dans bénit, qui a survécu à côté de la forme plus moderne béni. — Florissant est un débris du vieux verbe florir qui représente le latin florere. Quant à fleurir, il a été tiré directement du mot fleur.

2. Conjugaison directe en IR.

320. Quelques verbes de cette conjugaison tendent à passer à la précédente; ainsi vêtir, qui fait régulièrement vêts, vêt-ais, vêt-ant, sortira un jour ou l'autre de sa conjugaison actuelle pour entrer dans la conjugaison en iss, par cette tendance naturelle à l'allongement des formes que nous avons souvent signalée. Montesquieu et Voltaire n'ont pas craint de dire vêt-iss-ant, et Lamartine a même employé vêt-iss-ais.

Il en est de même de saillir, qui faisait autrefois saill-ais, saill-ant, saill-i, et qui est entré aujourd'hui dans la conjugaison en iss: je saill-is, saill-iss-ais, saill-iss-ant. Mais les composés (assaillir, tressaillir) sont restés fidèles à l'ancienne conjugaison (tressaill-e,


tressaill-ant, tressaill-ais), et quelques-unes des anciennes formes du verbe simple (telles que saill-ant) sont encore restées en usage.

321. Les vingt et quelques verbes qui forment la conjugaison directe en ir se divisent' en trois classes, d'après la forme de leur prétérit : dormir, courir et tenir font au prétérit je dorm-is, je cour-us, je tins. La première classe comprendra donc les verbes qui font leur prétérit en is, — la seconde ceux qui le forment en us, — la troisième ceux qui forment leur prétérit en accentuant le radical du verbe (ten-ir, je tin-s, ven-ir, je vin-s).

Ces différences de formation s'expliquent, comme toujours, par la différence des formes latines originaires. Ainsi dormir et tenir font au prétérit l'un dorm-is (en accentuant la terminaison is), l'autre tins (en accentuant le radical), parce qu'en latin c'est la terminaison qui est accentuée dans dorm-ivi, tandis que dans tén-ui c'est le radical.

322. La première classe a le prétérit en is (dorm-ir, je dorm-is), et se divise à son tour en trois catégories, suivant la forme du participe passé — qui peut être i (dorm-i, bouill-i), u (vêt-u), ou enfin le radical du verbe (ouvr-ir, ouvert) : 1° La première catégorie forme son participe en i et comprend les treize verbes dormir, bouillir, cueillir, faillir, fuir, mentir, ouïr, partir, repentir, servir, tressaillir, sortir et leurs composés.

20 La deuxième catégorie forme son participe en u et comprend les deux verbes vêtir et férir, qui font vètu et féru.

3° La troisième catégorie comprend les verbes souffrir (souffert), offrir (offert), ouvrir (ouvert), couvrir


(couvert), acquérir (acquis), requérir (requis), conquérir (conquis), qui forment leur participe en accentuant le radical du verbe.

Ces différents participes ont également leur raison d'être dans la différence des participes passés latins. Sans parler du participe en u que nous avons déjà étudié au § 280, la différence de formation entre les participes en i, comme dorm-i (qui sont accentués sur la terminaison i), et les participes accentués sur le radical, comme couvert, vient de ce qu'en latin c'est la terminaison qui est accentuée dans dorm-itus, tandis que c'est le radical du verbe qui l'est dans cooper-tus (qui a donné couvert).

323. La seconde classe des verbes en ir comprend trois verbes, qui ont le prétérit en us (courir, mourir, qui font cour-us, mour-us, et gésir, dont le prétérit, aujourd'hui tombé en désuétude, était il jut).

Ils se divisent en deux catégories au point de vue du participe passé : la première forme son participe en accentuant le radical du verbe, d'où mort de mourir; la seconde forme son participe à l'aide de la terminaison u (cour-ir, cour-u, et gésir qui faisait anciennement géii).

324. La troisième classe des verbes en ir forme son prétérit en accentuant le radical du verbe (ten-ir, je tins), et son participe à l'aide de la terminaison u.

Elle ne comprend que deux verbes tenir (je tins, ten-u ) et venir (je vins, ven-u).

Sur cette formation, voy. pour le prétérit § 321, et pour le participe § 280.

325. Il nous reste à donner en détail les formes irrégulières de tous ces verbes : 326. Acquérir. - Ind. Prés., j'acquiers, tu acquiers, il acquiert, nous acquérons, vous acquérez, ils acquiè-


rent; Imparf., j'acquérais, etc., nous acquérions, etc.; Prétér., j'acquis, etc., nous acquîmes; Fut., j'acquerrai, tu acquerras, il acquerra, nous acquerrons, vous acquerrez, ils acquerront. — Cond. Prés., j'acquerrais, etc., nous acquerrions, etc. — Impèr., acquiers, acquérons, acquérez. — Subj. Prés., que j'acquière, que tu acquières, qu'il acquière, que nous acquérions, que vous acquériez, qu'ils acquièrent; Imparf1, que j'acquisse, etc., que nous acquissions, etc. — Infin., acquérir; Part., acquérant, acquis.

327. Bouillir. — Ind. Prés., je bous, tu bous, il bout, nous bouillons, vous bouillez, ils bouillent; Imparf., je bouillais, etc., nous bouillions, etc.; Prétérit, je bouillis, etc., nous bouillîmes, etc.; Fut., je bouillirai, etc., nous bouillirons, etc. — Cond. Prés., je bouillirais, nous bouillirions, etc. -Imp., bous, bouillons, bouillez. — Subj. Prés., que je bouille, que tu bouilles, qu'il bouille, que nous bouillions, que vous bouilliez, qu'ils bouillent ; Imparf., que je bouillisse, etc., que nous bouillissions, etc. — Infin., bouillir; Part., bouillant, bouilli.

328. Courir. — Ind. Prés., je cours, tu cours, il court, nous courons, vous courez, ils courent ; Imparf., je courais, etc., nous courions, etc.; Prétérit, je courus, etc., nous courûmes, etc.; Fut., je courrai, tu courras, il courra, nous courrons, vous courrez, ils courront. — Cond. Prés., je courrais, etc., nous courrions, etc. — Imp., cours, courons, courez.

- Subj. Prés., que je coure, que tu coures, qu'il coure, que nous courions, que vous couriez, qu'ils courent; Imparf., que je courusse, etc., que nous


courussions, etc. — Infin., courir; Part., courant, couru.

329. Cueillir. — Ind. Prés., je cueille, tu cueilles, il cueille, nous cueillons, vous cueillez, ils cueillent; Imparf., je cueillais, etc., nous cueillions, etc. ; Prétér., je cueillis, etc., nous cueillîmes, etc.; Fut., je cueillerai, etc., nous cueillerons, etc. — Cond. Prés., je cueillerais, etc., nous cueillerions, etc. — Impér., cueille, cueillons, cueillez. — Subj. Prés., que je cueille, etc., que nous cueillions, etc. ; Imparf, que je cueillisse, etc., que nous cueillissions, etc. — Infincueillir ; Part., cueillant, cueilli.

330. Dormir. Voyez Mentir.

331. Faillir. — Plusieurs temps de ce verbe, tels que le présent de V indicatif, Y imparfait et le futur, sont peu usités. — Ind. Prés., je faux, tu faux, il faut, nous faillons, vous faillez, ils faillent ; Imparf., je faillais, tu faillais, il faillait, nous faillions, vous failliez, ils faillaient ; Prétérit, je faillis, etc., nous faillîmes, etc. ; Fut., je faillirai, etc., nous faillirons, etc. — Impér., faille,

faillez. ■— Subj. Prés., que je faille, que nous faillions, etc. ; 1 mparr, que je faillisse, etc., que nous faillissions, etc. — Infin., faillir; Part., faillant, failli.

Les trois premières personnes du singulier je faux, tu faux, il faut, sont presque tombées en désuétude : on les retrouve encore dans les expressions : le cœur me faut (me manque) ; — au bout de Faune faut le drap, c'est-à-dire au bout de l'aune finit, manque le

drap (toutes choses ont leur fin).

332. Férir n'a conservé que le participe féru.

332. Férir n'a conservé que le partic i pe ru.

Férir, du latin ferire, frapper. Il est resté dans l'expression sans coup férir : « d'Harcourt prit Turin sans coup férir. JJ — L'ancienne


langue conjuguait complétement férir, et disait à l'indicatif présent je fier (ferio), tu fiers lferis), il fiert (ferit), qu'on retrouve dans quelques devises héraldiques. Ainsi la maison de Solar avait pour devise : « Tel fiert qui ne tue pas (Tel frappe, qui souvent manque son coup), etc.; à l'imparfait férais (feriebam), au participe férant (ferientem), etc.

333. Fuir. — Ind. Prés., je fuis, tu fuis, il fuit, nous fuyons, vous fuyez, ils fuient; Imparf je fuyais, etc., nous fuyions, etc. ; Prétérit, je fuis, etc., nous fuîmes, etc.; Fut., je fuirai, etc., nous fuirons, etc. — Cond.

Prés., je fuirais, etc., nous fuirions, etc. — Impér., fuis, fuyons, fuyez. — Subj. Prés., que je fuie, etc., que nous fuyions, que vous fuyiez, qu'ils fuient; Imparf. , que je fuisse, etc., que nous fuissions, etc. In fin., fuir ; Part., fuyant, fui.

334. Gésir (être couché). — Ce verbe n'est plus en usage à l'infinitif; on emploie seulement : il gît, nous gisons, ils gisent; il gisait ; gisant.

335. Mentir. — Ind. Prés., je mens, tu mens, il ment, nous mentons, vous mentez, ils mentent; Imparf., je mentais, etc., nous mentions, etc.; Prétérit, je mentis, etc., nous mentîmes, etc.; Fut., je mentirai, etc., nous mentirons, etc. — Cond. Prés., je mentirais, etc., nous mentirions, etc. — Impér., mens, mentons, mentez. — Subj. Prés., que je mente, etc., que nous mentions, etc. ; Imparf., que je mentisse, etc., que nous mentissions, etc. - Infin., mentir; Part., mentant, menti.

336. Mourir. - Ind. Prés., je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourons, vous mourez, ils meurent ; Imparf je mourais, etc.; nous mourions, etc. ; Prétérit., je mourus, etc., nous mourûmes, etc.; Fut., je


mourrai, etc., nous mourrons, etc. — Cond. Prés., je mourrais, etc., nous mourrions, etc. — Impér., meurs, mourons, mourez. — Subj. Prés., que je meure, etc., que nous mourions, que vous mouriez, qu'ils meurent; Imparf que je mourusse, etc., que nous mourussions, etc. — Infin., mourir; Part., mourant, mort.

337. Offrir.—Jnd. Prés., j'offre, tu offres, il offre, nous offrons, vous offrez, ils offrent; Imparf., j'offrais, etc., nous offrions, etc.; Prétérit, j'offris, etc., nous offrîmes, etc.; Fut., j'offrirai, etc., nous offrirons, etc. — Cond. Prés., j'offrirais, etc., nous offririons, etc. — Impér., offre, offrons, offrez. — Subj.

Prés., que j'offre, etc., que nous offrions, etc.; Imparf., que j'offrisse, etc., que nous offrissions, etc. — Infin., offrir; Part., offrant, offert.

338. Ouïr. — Ce verbe n'est usité qu'à Yinf. prés., ouïr; au part. pass., ouï; au prétérit, j'ouïs, tu ouïs, etc.; à l'imparf. du subj., que j'ouïsse, que tu ouïsses, etc.

Ouïr, du latin au(d)ire (entendre). Il se conjuguait complètement dans notre ancienne langue : j'ouis (audio), j'oyais (au [djiébam), futur j'orrai, participes oyant (au[d]iéntem), ouï (au [d]itus). Le futur orra, oublié aujourd'hui, existait encore au dix-septième siècle : Et le peuple lassé des fureurs de la guerre, Si ce n'est pour danser, n'orra plus de tamhours (Malherbe). L'imparfait oyais est encore employé plaisamment par J. B. Rousseau dans une épigramme : Par passe-temps un cardinal oyait Lire les vers de Psyché, comédie, Et les oyant, pleurait et larmoyait. — :Le participe passé subsiste en termes de palais : (Ouïe la lecture de l'arrêt..,, la lecture de l'arrét entendue.).

339. Ouvrir. Voyez Offrir.

340. Partir. Voyez Mentir.

341. Sentir. - Voyez Mentir.


342. Sortir. Voyez Mentir.

343. Souffrir. Voyez Offrir.

344. Tenir. Voyez Venir.

345. Tressaillir. — Ind. Prés., je tressaille, tu tressailles, il tressaille, nous tressaillons, vous tressaillez, ils tressaillent; 1 mparf, je trèssaillais, etc., nous tressaillions, etc.; Prétérit, je tressaillis, etc., nous tressaillîmes, etc.; Fut., je tressaillirai, etc., nous tressaillirons, etc.; Cond. Prés., je tressaillirais, etc., nous tressaillirions, etc. — Impér., tressaille, tressaillons, tressaillez. Subj. Prés., que je tressaille, etc., que nous tressaillions, etc.; Imparf., que je tressaillisse,etc., que nous tressaillissions, etc. — Infin., tressaillant, tressailli.

346. Venir. — Ind. Prés., je viens, tu viens, il vient, nous venons, vous venez, ils viennent; lmparf., je venais, etc., nous venions, etc.; Prétérit, je vins, etc., nous vînmes, etc.; Fut., je viendrai, etc., nousviendrons, etc. - Cond. Prés., je viendrais, etc., nous viendrions, etc. - Impér., viens, venons, venez. — Subj. Prés., que je vienne, etc., que nous venions, que vous veniez, qu'ils viennent; lmparf., que je vinsse, etc., que nous vinssions, etc. — Infin., venir; Part., venant, venu.

347. Vêtir. — Ind. Prés., je vêts, tu vêts, il vêt, nous vêtons, vous vêtez, ils vêtent; lmparf., je vêtais, etc., nous vêtions, etc.; Prétérit, je vêtis, etc., nous vêtîmes, etc.; Fut., je vêtirai, etc., nous vêtirons, etc.

— Cond. Prés., je vêtirais, etc., nous vêtirions, etc.— Impér., vêts, vêtons, vêtez. — Subi. Prés., que je vête, etc., que nous vêtions, etc.; lmparf., que je vêtisse,


etc., que nous vêtissions, etc. - Infin., vêtir; Part., vêtant, vêtu.

2. Troisième conjugaison : RE.

348. Nous avons vu au § 254 que cette conjugaison comprend cinquante verbes environ, sur lesquels vingt seulement suivent la conjugaison régulière dont nous avons donné le modèle au S 286 (rompre, rompant, romps, rompais, rompis, rompu). Les trente autres verbes sont irréguliers.

349. Les verbes irréguliers en re peuvent être rangés en deux classes, d'après la forme de leur prétérit; la première comprend les verbes qui forment leur prétérit en is (craindre, craignis), la seconde les verbes qui le forment en us (connaître, connus).

350. Les verbes de la première classe qui forment leur prétérit en is (craind re, craign is), se divisent en deux catégories bien distinctes, d'après la forme de leur participe passé : 1° La première catégorie forme son participe passé en ajoutant la terminaison i au radical du verbe (suivre, suivi).

2° La seconde catégorie forme son participe passé en accentuant le radical du verbe : rire, ri, — suffire, suffi, — nuire, nui, - conduire, conduit, - confi re, confit, - di re, dit, — écrire, écrit, — faire, fait, — oindre, oin t, - craindre, crain t, — joindre, joint, teindre, teint, — prendre, pris, — mettre, mis, •—> naître, né.

Nous avons déjà expliqué au § 322 que si le participe passé est accentué dans suiv-i sur la terminaison, tandis qu'il l'est sur le radical dans ri (de rire), c'est qu'en latin la même différence existait


dans l'accentuation : jec-utus, participe de sequi (suivre), est accentué sur la terminaison, ris-us, participe de ridere (rire), est accentué sur le radical.

351. Les verbes de la seconde classe forment tous leur prétérit en us et leur participe en u : conclure, conclu, conclu; plaire, plus, plm; paraître, parus, paru: boire, bus, bu; connaître, connus, connu; croire, crus, cru; croître, crus, crû- lire, lus, lu; moudre, moulus, moulu; paître, repaître, repus, repu; résoudre, résolus, résolu; taire, tus, tu; vivre, vécus, vécu.

Nous avons vu ci-dessus l'origine des formes us, u. Toutes ces formes irrégulières qu'on ne peut ramener à aucun type commun dans la formation française des temps, s'expliquent par la divergence des parfaits latins correspondants. Nous avons indiqué au S 318 et suivants les principes généraux de la formation des verbes irréguliers et la distinction des verbes en verbes forts et en verbes faibles qui lui sert de base. On ne pourrait aller plus avant sans sortir des limites d'une grammaire élémentaire ; il ne faut point oublier que le but de ce livre n'est pas de faire la grammaire historique de la langue française, mais bien d'utiliser, dans la mesure du possible, les notions fournies par la grammaire historique pour l'explication des règles et des exceptions de la grammaire usuelle.

352. Voici, par ordre alphabétique, les verbes que nous venons d'étudier, avec le détail de leurs irrégularités :

353. Absoudre. Voyez Résoudre.

354. Boire. — Ind. Prés., je bois, tu bois, il boit, nous buvons, vous buvez, ils boivent; Imparf., je buvais, etc., nous buvions, etc.; Prétérit, je bus, etc., nous bûmes, etc.; Fut., je boirai, etc., nous boirons, etc.

— Cond. Prés., je boirais, etc., nous boirions, etc. —

lmpér., bois, buvons, buvez. — Subj. Prés., que je


boive, etc.. que nous buvions, que vous buviez, qu'ils boivent; Imparf, que je busse, etc., que nous bussions, etc: — Infin., boire; Part., buvant, bu.

355. Braire. — Ce verbe ne s'emploie (dit l'Académie) qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du présent de l'indicatif, du futur et du conditionnel: braire, il brait, ils braient, il braira, ils brairont, il brairait, ils brairaient.

M. Littré trouve avec raison cet arrêt de l'Académie trop sévère, et propose d'employer toutes les formes du verbe qui existaient en vieux français (il brayait, il a brait, etc.). Braire avait dans notre ancienne langue le sens général de crier, s'appliquant aussi bien à l'homme qu'aux animaux, et c'est tardivement que ce sens s'est limité au cri de l'àne.

356. Bruire. — Ce verbe n'a que les formes suivantes: bruire, il bruit, il bruyait, ils bruyaient. Bruyant est plutôt aujourd'hui un adjectif qu'un participe présent.

357. Clore. — Ce verbe n'a que le participe passé, clos; les trois personnes singulières du prés. de l'ind., je clos, tu clos, il clôt ; le fut., je clorai, tu cloras, etc.; le cond. prés., je clorais, etc., et Yimpér. singulier, clos.

358. Conclure. - Ind. Prés., je conclus, tu conclus, il conclut, nous concluons, vous concluez, ils concluent; Irnparf., je concluais, etc., nous concluions, etc.; Prétérit, je conclus, etc., nous conclûmes, etc.; Fut., je conclurai, etc., nous conclurons, etc. Cond. Prés., je conclurais, etc., nous conclurions, etc. — Impér., conclus, concluons, concluez. — Subj. Prés., que je conclue, etc., que nous concluions, que vous concluïez, qu'ils concluent; Imparf., que je conclusse, etc., que


nous conclussions, etc. — Infin., conclure; Part., concluant, conclu.

t

359. Conduire. — Voyez Nuire.

360. Confire. — Ind. Prés., je confis, tu confis, il confit, nous confisons, vous confisez, ils confisent; IlJlparf., je confisais, etc., nous confisions, etc.; Prétérit, je confis, etc., nous confîmes, etc.; Fut., je confirai, etc., nous confirons, etc. — Cond. Prés., je confirais, etc., nous confirions, etc. — Impér., confis, confisons, confisez. - Subj. Prés., que je confise, etc., que nous confisions, etc.; Imparf., inusité. — Infin., confire; Part., confisant, confit.

361. Connaître. — Ind. Prés., je connais, tu connais, il connaît, nous connaissons, vous connaissez, ils connaissent; Imparf., je connaissais, etc., nous connaissions, etc.; Prétérit, je connus, etc., nous connûmes, etc.; Fut., je connaîtrai, etc., nous connaîtrons, etc. — Cond. Prés., je connaîtrais, etc., nous connaîtrions, etc. - Impér., connais, connaissons, connaissez.

— Subj. Prés., que je connaisse, etc., que nous connaissions, etc.; Imparf., que je connusse, etc., que nous connussions, etc. — Infin., connaître; Part., connaissant, connu.

362. Coudre. — Ind. Prés., je couds, tu couds, il coud, nous cousons, vous cousez, ils cousent; Imparf., je cousais, etc., nous cousions, etc.; Prétérit, je cousis, etc., nous cousîmes, etc.; Fut., je coudrai, etc., nous coudrons, etc. — Cond. Prés., je coudrais, etc., nous coudrions, etc. - Impér., couds, cousons, cousez. - Subj. Prés., que je couse, que nous cousions, etc.


lmparf. que je cousisse, etc., que nous cousissions, etc.

— Infin., coudre; Part., cousant, cousu.

363. Craindre. — Ind. Prés., je crains, tu crains, il craint, nous craignons, vous craignez, ils craignent; Imparf., je craignais, etc., nous craignions, etc.; Prétérit, je craignis, etc., nous craignîmes, etc.; Fut., je craindrai, etc., nous craindrons, etc. — Cond. Prés., je craindrais, etc., nous craindrions, etc. — Impér., crains, craignons, craignez. - Subj. Prés., que je craigne, etc., que nous craignions, que vous craigniez, qu'ils craignent; Imparf., que je craignisse, etc., que nous craignissions, etc. - Infin., craindre; Part., craignant, craint.

364. Croire. - Iiid. Prés., je crois, tu crois, il croit, nous croyons, vous croyez, ils croient; Imp., je croyais, etc., nous croyions, etc.; Prétérit, je crus, etc., nous crûmes, etc. ; Fut., je croirai, etc., nous croirons, etc.

— Cond. Prés., je croirais, etc., nous croirions, etc.— Impér., crois, croyons, croyez. —Subj. Prés., que je croie, etc., que nous croyions, que vous croyiez, qu'ils croient; Impar f., que je crusse, etc., que nous crussions, etc. — Infin., croire; Part., croyant, cru.

365. Croître. — Ind. Prés., je crois, tu crois, il croît, nous croissons, vous croissez, il croissent; Imparf., je croissais, etc., nous croissions, etc.; Prétérit, je ciùs, etc., nous crûmes, etc. ; Fut., je croîtrai, etc., nous croîtrons. - Cond. Prés., je croîtrais, etc., nous croîtrions, etc. - Impér., croîs, croissons, croissez.— Subj. Prés., que je croisse, etc., que nous croissions, etc.; Imparf., que je crusse, etc., que nous crussions, etc. - Infin., croître; Part., croissant, crû.


366. Dire. — Ind. Prés., je dis, tu dis, il dit, nous disons, vous dites, ils disent; Imparf., je disais, etc., nous 9-isions, etc.; Prétérit, je dis, etc., nous dîmes, etc.; Fut., je dirai, etc., nous dirons, etc. — Coud.

Prés., je. dirais, etc., nous dirions, etc. - Impér., dis, disons, dites. - Subi. Prés., que je dise, etc., que nous disions, etc. ; Imparf., que je disse, etc., que nous dissions, etc. - Itifin., dire; Part., disant, dit.

367. Eclore. — Ce verbe n'a que les formes suivantes : lnd. Prés., il éclôt, ils éclosent; Fut., il éclôra, ils éclôront. — Cond. Prés., il éclôrait, ils éclôraient.

— Subj. Prés., qu'il éclose, qu'ils éclosent. - Iiifiit., éclore; Part. pas., éclos.

368. Ecrire. - Ind. prés., j'écris, tu écris, il écrit, nous écrivons, vous écrivez, ils écrivent; Imparf., j'écrivais, etc., nous écrivions, etc.; Prétérit, j'écrivis, etc., nous écrivîmes, etc.; Fut., j'écrirai, etc., nous écrirons, etc. — Cond. Prés., j'écrirais, etc., nous écririons, etc. - Iinpér., écris, écrivons, écrivez. — Subj.

Prés., que j'écrive, etc., que nous écrivions, etc. ; Imparr, que j'écrivisse, etc., que nous écrivissions, etc.

— Infin., écrire; Part., écrivant, écrit.

369. Faire. — Ind. Prés., je fais, tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font; Imparf., je faisais, etc., nous faisions, etc.; Prétérit., je fis, etc., nous fîmes, etc. ; Fut., je ferai, etc., nous ferons, etc. — Cond.

Prés., je ferais, etc., nous ferions, etc. - lmpér., fais, faisons, faites. — Subj. Prés., que je fasse, etc., que nous fassions, etc.; Imparf., que je fisse, etc., que nous fissions, etc. — Infin., faire; Part., faisant, fait.


370. Frire. — Ce verbe, outre le présent de l'infinitif, a aussi les trois personnes singulières du prés.

de l'ind., je fris, tu fris, il frit; le fut., je frirai, etc.; le cond. pr., je frirais, etc.; la seconde personne singulière de Yimpér., fris; le part, pas., frit, frite. On supplée aux temps qui manquent en plaçant le verbe faire devant l'infinitif frire : nous faisons frire, vous faites frire.

371. Joindre. Voy. Craindre.

372. Lire. - Ind. Prés., je lis, tu lis, il lit, nous - lisons, vous lisez, ils lisent; Imparf., je lisais, etc., nous lisions, etc.; Prétérit, je lus, etc., nous lûmes, etc.; Fut., je lirai, etc., nous lirons, etc. — Cond. Prés.., je lirais, etc., nous lirions, etc. — Impér., lis, lisons, lisez. —■ Subj. Prés., que je lise, etc., que nous lisions, etc.; lmparf., que je lusse, etc., que nous lussions, etc.; — In fin., lire; Part., lisant, lu.

373. Luire.' — Ce verbe et son composé reluire font au participe passé, lui, relui. Ils n'ont ni passé défini, ni impératif ni imparfait du subjonctif: 374. Mettre. - Ind. Prés., je mets, tu mets, il met, nous mettons, vous mettez, ils mettent; Imparf., je mettais, etc., nous mettions, etc.; Prêt., je mis, etc., nous mîmes, etc.; Fut., je mettrai, etc., nous mettrons, etc. — Cond. Prés., je mettrais, etc., nous mettrions, etc. - Irnpér., mets, mettons, mettez.— Subj.

Prés., que je mette, etc., que nous mettions, etc. ;

Imparf., que je misse, etc., que nous missions, etc. —

Infin., mettre; Part., mettant, mis.

375. Moudre. — Ind. Prés., je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils moulent;


Imparf., je moulais, etc., nous moulions, etc.; Prêt., je moulus, etc., nous moulûmes, etc.; Fut. je moudrai, etc., nous moudrons, etc. - Cond. Prés., je moudrais, etc., nous moudrions. - Impér., mouds, moulons, moulez. — Subj. Prés., que je moule, etc., que nous moulions, etc.; Imparf., que je moulusse, etc., que nous moulussions, etc. — Infin., moudre; Part., moulant, moulu.

376. Naître. — Ind. Prés., je nais, tu nais, il naît, nous naissons, vous naissez, ils naissent; Irnparf., je naissais, etc., nous naissions, etc., Prètèr., je naquis, etc., nous naquîmes, etc.; Fut., je naîtrai, etc., nous naîtrons, etc. - Cond. Prés., je naîtrais, etc., nous naîtrions, etc.; - Impér., nais, naissons, naissez.

- Subj. Prés., que je naisse, etc., que nous naissions, etc.; Impar f., que je naquisse, etc., que nous naquissions, que vous naquissiez, qu'ils naquissent. Infin., naître; Part., naissant, né.

377. Nuire. — Ind. Prés., je nuis, tu nuis, il nuit, nous nuisons, vous nuisez, ils nuisent; Imparf., je nuisais, etc., nous nuisions, etc. ; Prétérit, je nuisis, etc., nous nuisîmes, etc.; Fut., je nuirai, etc., nous nuirons, etc. - Cond. Prés., je nuirais, etc., nous nuirions, etc. - Impér., nuis, nuisons, nuisez. — Subi.

Prés., que je nuise, etc., que nous nuisions, etc ; lmparf, que je nuisisse, etc., que nous nuisissions, etc.

- Infin., nuire; Part., nuisant, nui.

.378. Paître. — Ind. Prés., je pais, tu pais, il pa't, nous paissons, vous paissez, ils paissent; Impar f., je paissais, etc., nous paissions, etc. ; Fut., je paîtrai, etc., nous paîtrons, etc. - Cotid. Prés., je paîtrais, etc.,


nous paîtrions, etc. — Impér., pais, paissons, paissez.

- Subj. Prés,, que je paisse, etc., que nous paissions, etc.; — Infin., paître; Part., paissant. — Ce verbe n'a point de prétérit ni d'imparfait du subjonctif.

Repaître se conjugue comme paître, et a de plus un prétérit : je repus, et un participe passé : repu.

Le participe simple pu est resté comme terme de fauconnerie (un faucon qui a pu).

379. Paraître. Voyez Connaître.

380. Peindre. Voy. Craindre.

381. Plaire. Ind. prés., je plais, tu plais, il plaît, nous plaisons, vous plaisez, ils plaisent; Imparf., je plaisais, etc., nous plaisions, etc.; Prétérit, je plus, etc., nous plûmes, etc.; Fut., je plairai, etc,, nous plairons, etc. — Cond. Prés., je plairais, etc., nous plairions, etc. — Impér., plais, plaisons, plaisez.

— Subj. Prés., que je plaise, etc., que nous plaisions, etc.; Imparf que je plusse, etc., que nous plussions, etc. — Infin., plaire; Part., plaisant, plu.

382. Prendre. — Ind. Prés., je prends, tu prends, il prend, nous prenons, vous prenez, ils prennent; Imparf., je prenais, etc., nous prenions, etc. ; Prétérit,.

je pris, etc., nous prîmes, etc.; Fut., je prendrai, etc., nous prendrons, etc. — Cond. Prés., je prendrais, etc., nous prendrions, etc. — lmpér., prends, prenons, prenez. — Subj. Prés., que je prenne, etc., que nous prenions, que vous preniez, qu'ils prennent; lmparf, que je prisse, etc., que nous prissions, etc. — Infin., prendre; Part., prenant, pris.


383. Résoudre. — Ind. Prés., je résous, tu résous, il résout, nous résolvons, vous résolvez, ils résolvent; Imparf., je résolvais, etc., nous résolvions, etc.; Prétérit, je résolus, etc., nous résolûmes, etc.; Fut., je résoudrai, etc., nous résoudrons, etc. — Cond. Prés., je résoudrais, etc., nous résoudrions, etc. — Impér., résous, résolvons, résolvez. -Subj. Prés., que je résolve, etc., que nous résolvions, etc.; Imparf que je résolusse, etc., que nous résolussions, etc. — Infin., résoudre ; Part., résolvant, résolu ou résous (on dit encore brouillard résous en pluie).

384. Rire. — Ind. Prés., je ris, tu ris, il rit, nous rions, vous riez, ils rient; Imparf., je riais, etc., nous riions, etc.; Prétérit,' je ris, etc., nous rîmes, etc.; Fut., je rirai, etc., nous rirons, etc. — Cond. Prés., je rirais, etc., nous ririons, etc.—Impér., ris, rions, riez.

- Subj. Prés., que je rie, que tu ries, qu'il rie, que nous riions, que vous riiez, qu'ils rient; Imparf., que je risse, etc., que nous rissions, etc. — Infin., rire; Part., riant, ri.

385. Suivre. — Ind. Prés., je suis, tu suis, il suit, nous suivons, vous suivez, ils suivent; Imparf., je suivais, etc., nous suivions, etc.; Prétérit, je suivis, etc., nous suivîmes; etc.; Fut., je suivrai, etc., nous suivrons, etc.-Cond. Prés., je suivrais, etc., nous suivrions, etc.

- Impér., suis, suivons, suivez. - Subj. Prés., que je suive, etc., que nous suivions, etc.; Imparf., que je suivisse, etc., que nous suivissions, etc. — Infin., suivre; Part., suivant, suivi.

386. Taire. Voyez Plaire.

387. Traire. - Ind. Prés., je trais, tu trais, il trait,


nous trayons, vous trayez, ils traient; Imparf., je trayais, etc., nous trayions, etc.; Fut., je trairai, etc., nous trairons, etc. - Cond. Prés., je trairais, etc., nous trairions, etc. - Impér., trais, trayons, trayez.

— Subj. Prés., que je traie, etc., que nous trayions, que vous trayiez, qu'ils traient. - Infin., traire; Pnrt., trayant, trait. — Ce verbe n'a point de prétérit ni d'imparfait du subjonctif.

388. Vaincre. - Ind. Prés., je vaincs, tu vaincs, il vainc, nous vainquons, vous vainquez, ils vainquent; Imparf., je vainquais, etc., nous vainquions, etc.; Prétérit, je vainquis, etc., nous vainquîmes, etc.; Fut. je vaincrai, etc., nous vaincrons, etc. — Cond.

Prés., je vaincrais, etc., nous vaincrions, etc. — Impér., vaincs, vainquons, vainquez. - Subj. Prés., que je vainque, etc., que nous vainquions, etc.; Imparf., que je.vainquisse, etc., que nous vainquissions, etc. Inf., vaincre; Part., vainquant, vaincu.

389. Vivre. — Ind. Prés., je vis, tu vis, il vit, nous vivons, vous vivez, ils vivent; Impar f., je vivais, etc., nous vivions, etc. ; Prétérit, je vécus, etc., nous vécûmes, etc.; Fut., je vivrai, etc., nous vivrons, etc. Cond. Prés., je vivrais, etc., nous vivrions, etc. Impér., vis, vivons, vivez. — Subj. Prés., que je vive, etc., que nous vivions, etc. ; Imparf, que je vécusse, etc., que nous vécusssions, etc. - Infin., vivre; Part., vivant, vécu.

3. Conjugaison en OIR.

390. Nous avons vu au S 253 qu'en dehors des conjugaisons ci-dessus étudiées, il existe une cinquième


conjugaison en oir que nous avons omise à dessein dans l'étude des temps simples (voy. S 258), les verbes réguliers qui la composent n'é ant qu'au nombre de six : devoir, recevoir, percevoir, apercevoir, concevoir, décevoir.

391. Ces verbes, tous terminés en ev-oir, forment leurs temps de la manière suivante : ils suppriment la particule ev : 1° aux trois personnes du singulier et à la 3e personne du pluriel du présent de l'indicatif (je rec ois, tu recois, il reçoit, ils reçoivent) et du présent du subjonctif (queje reçoive, que tu reçoives, qu'il reçoive, qu'ils reçoivent); ainsi qu'à la seconde personne de l'impératif (reçois); — 2° au prétérit (je reçus, tu reçus, il reçut, nous reçûmes, vous reçûtes, ils reçurent), et à l'imparfait du subjonctif (que je reçusse, que tu reçusses, qu'il reçût, que nous reçussions, que vous reçussiez, qu'ils reçussent); — 3° au participe passé (reçu). A tous les autres modes, temps et personnes, ils gardent le groupe ev, et le radical recev est alors suivi de la conjugaison régulière en re (Indicatif présent : nous recevons, vous recevez; — Imparfait : recelais, ais, ait, ions, iez, aient; — Impératif : recevez, recevons; - Subjonctif : que nous recevions, que vous receviez; - Participe présent : recelant). Le futur se forme irrégulièrement, c'est-à-dire qu'au lieu d'être formé suivant la règle (voy. 5270) par l'adjonction de ai à l'infinitif (recepoir-ai, de recevoir, comme pourvoirai de pourv oir), on contracte l'infinitif et on donne au futur la forme recevrai, recevras, recevra, etc., de même au conditionnel, recevrais et non recevoir ais.

Toutes ces formes ont naturellement leur origine et leur expli-


cation dans les formes correspondantes du latin. L'indicatif présent est reçois parce qu'il correspond au latin recïpio : i latin bref devenant oi en français quand il est accentué (comme nous l'avons dit au § 17), recipio donne reçois; et ce même i quand il est inaccentué devenant e muet en français, recipiebam donne naturellement recevais non l'eçoivais. De même la diplithongue oi de l'infinitif recevoir est devenue e muet dans la composition recever-ai, d'où plus tard recevrai.

392. Les autres verbes en oir se partagent en deux classes : 1° la première forme son prétérit en us, son participe passé en u (valoir, valus, valu), mais diffère de la conj ugaison régulière en ce que le radical du verbe varie à chacun des différents temps : ainsi, savoir fait à l'indicatif sais, au prétérit sus, au subjonctif sache. On trouvera ci-dessous la liste détaillée de ces irrégularités.

2° La seconde classe comprend les deux verbes asseoir et voir qui ont le prétérit en is (ass is, v is), mais qui diffèrent au participe, le premier le formant en is (ass is), le second en u (v u).

393. Les verbes irréguliers de la conjugaison en oir sont les suivants : 394. Asseoir. — Ind. Prés., j'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez, ils asseyent; lmparf j'asseyais, etc., nous asseyions, etc.; Prétérit, j'assis, etc., nous assîmes, etc.; Fut., j'assiérai, etc., nous assiérons, etc.; on dit aussi : j'asseyerai, etc., nous asseyerons, etc. — Cond. Prés., j'assiérais, etc., nous assiérions, etc.; on dit aussi : j'asseyerais, etc., nous asseyerions, etc. — Impér., assieds, asseyons, asseyez.

- Subj. Prés., que j'asseye, etc., que nous asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseyent; Imparf, que j'assisse, etc., que nous assissions, etc. — Infin., asseoir;


Part., asseyant, assis. — Ce verbe se conjugue aussi de la manière suivante : Ind. Prés., j'assois, tu assois, il assoit, nous assoyons, vous assoyez, ils assoient; Jmparf., j'assoyais, etc.; mais cette manière n'a point passé dans l'usage écrit.

395. Choir. Ce verbe ne s'emploie qu'à l'infinitif, et dans un petit nombre de cas.

L'ancienne langue le conjuguait en entier (chois, chéais, cherrai, chut, chéant, chu). Le dix-septième siècle employait encore le futur cherrai : « Tirez la chevillette, et la bobinette cherra » (Perrault), — le prétérit chut : « Cet insolent chut du ciel en terre » (Bossuet, Démon. II, 2), — le participe passé chu : Nous l'avons, en dormant, madame, échappé belle, Un monde près de nous a passé tout du long, Est chu tout au travers de notre tourbillon. (Molière, Femmes savantes. )

396. Déchoir. — Ind. Prés., je déchois, tu déchois, il déchoit, nous déchoyons, vous déchoyez, ils déchoient; Imparf je déchoyais, etc., nous déchoyions, etc.; Prétérit, je déchus, etc., nous déchûmes, etc.; Fut., je décherrai, etc., nous décherrons, etc. — Impér., déchois, déchoyons, déchoyez. — Subj. Prés., que je déchoie, etc., que nous déchoyions, que vous déchoyiez, qu'ils déchoient; Imparf., que je déchusse, etc., que nous déchussions, etc. — Infin., déchoir; Part., déchu; point de part. prés.

397. Echoir. Ce verbe se conjugue sur déchoir. Il n'est usité qu'au part. prés., échéant; au part. pas., échu; au prés, de l'indic., troisième personne : il échoit; au prétérit, j'échus; au fut., j'écherrai; au cond. près., j'écherrais; à l'imparf. du subj., que j'échusse.

398. Falloir. — lnd. Prés., il faut; Imparf., il fallait; Prétérit, il fallut; Pas. indéf., il a fallu; Fut., il


faudra. - Cond. Prés., il faudrait. - Subj. Prés., qu'il faille; Imparf., qu'il fallût. - Infin., falloir; Part., fallu. i.

399. Mouvoir. — Ind. Prés., je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent; Imparf., je mouvais, etc., nous mouvions, etc. ; Prétérit, je mus, etc., nous mûmes, etc.; Fut., je mouvrai, etc., nous mouvrons, etc. -,Gond. Prés., je mouvrais, etc., nous mouvrions, etc. Impér., meus, mouvons, mouvez. — Subj. Prés., que je meuve, que tu meuves,, qu'il meuve, que nous mouvions, que vous mouviez, qu'ils meuvent; Imparf, que je musse, etc., que nous mussions, etc. - Infin., mouvoir; Part., mouvant, mû.

400. Pleuvoir. — Ind. Prés., il pleut; Imparf., il pleuvait; Prétérit, il plut; Fut., il pleuvra. — Cond.

Prés., il pleuvrait. — Subj. Prés., qu'il pleuve; Imparf., qu'il plût. — Infin., pleuvoir; Part., plu.

401. Pouvoir. — Ind. Prés., je peux ou je puis, tu peux, il peut, nous pouvons, vous pouvez, ils peuvent; Imparf., je pouvais, ètc., nous pouvions, etc.; Prétérit, je pus, etc., nous pûmes, etc.; Fut., je pourrai, etc., nous pourrons, etc. - Cond. Prés., je pourrais, etc., nous pourrions, etc. Iitipér., inusité. — Subj. Prés., que je puisse, etc., que nous puissions, etc.; Imparf, que je pusse,. etc., que nous pussions, etc. — Infin., pouvoir; Part., pouvant, pu.

402. Savoir. — Ind. Prés., je sais, tu sais, il sait, nous savons, vous savez, ils savent; Imparf., je savais, etc., nous savions, etc.; Prétérit, je sus, etc., nous sûmes, etc.; Fut., je saurai, etc., nous saurons, etc.— Cond. Prés., je saurais, etc., nous saurions, etc. —


Impér., sache, sachons, sachez.- Subj. Prés., que je sache, etc., que nous sachions, etc.; Imparf., que je susse, etc., que nous sussions, etc. - Infin., savoir; Part., sachant, su.

Savoir était dans l'ancien français saver, du latin sapere. Cette forme saper donna le futur saver-ai qui, contracté plus tard en savrai (comme recevoir en recevrai), devint au quatorzième siècle saurai, comme habere a donné aver-ai, puis avrai, et aurai.

403. Seoir. - Ce verbe, dans le sens d'être assis, n'est plus en usage. On l'emploie quelquefois au participe présent séant, et au participe passé sis, sise. Dans le sens d'être convenable, il s'emploie encore à certains temps et toujours à la troisième personne du singulier ou du pluriel : il sied, ils siéent, il seyait, il siéra.

404. Valoir. - Ind. Prés.,]e vaux, tu vaux, il vaut, nous valons, vous valez, ils valent; Imparf., je valais, etc., nous valions, etc.; Prétérit, je valus, etc., nous valûmes, etc. ; Fut., je vaudrai, etc., nous vaudrons, etc. - Cond. Prés., je vaudrais, etc., nous vaudrions, etc. - Impér., vaux, valons, valez. — Subj, Prés., que je vaille, que tu vailles, qu'il vaille, que nous valions, que vous valiez, qu'ils vaillent ; Imparf., que je

valusse, etc., que nous valussions, etc. - Infin., valoir; Part., valant, valu.

405. Voir. — Ind. Prés., je vois, tu vois, il voit, nous voyons, vous voyez, ils voient ; Imparf., je voyais, etc., nous voyions, etc. ; Prétérit, je vis, etc., nous vîmes, etc.; Fut., je verrai, etc., nous verrons, etc. —

Cond. Prés., je verrais, etc., nous verrions, etc. - Impér., vois, voyons, voyez. — Subj. Prés., que je voie, etc., que nous voyions, etc. ; Imparf ; que je visse, etc.,


que nous vissions, etc. - Infin., voir; Part., voyant, vu.

406.. Vouloir. — Ind. Prés., je veux, tu veux, il veut, nous voulons, vous voulez, ils veulent; Imparf., je voulais, etc., nous voulions, etc.; Prétérit, je voulus, etc., nous voulûmes, etc.; Fut., je voudrai, etc., nous voudrons, etc. — Cond. Prés., je voudrais, etc., nous voudrions, etc. — Impér., veuille, veuillons, veuillez. - Subj. Prés., que je veuille, etc., que nous voulions, que vous vouliez, qu'ils veuillent; Imparf., que je voulusse, etc., que nous voulussions, etc. lnfin., vouloir ; Part., voulant, voulu.

SECTION X.

FORMATION DES VERBES.

407. Le français forme des verbes par les mêmes procédés qu'il emploie pour former des noms (voy. § 86), c'est-à-dire par composition et par dérivation (voy. S 88).

I. — Composition des verbes.

408. Le français forme des verbes par composition, en faisant précéder le verbe, soit d'un nom : main tenir (proprement tenir avec la main), — soit d'un adjectif employé adverbialement ou d'un adverbe : mal traiter (traiter mal), — soit enfin d'un préfixe : défaire (dé.

et faire), surmonter (sur et monter).

409. Le français compose des verbes à l'aide d'un substantif et d'un verbe dans maintenir, cnlporter (le


colporteur est proprement celui qui porte un fardeau sur le col), vermoulu (qui est moulu, broyé par l'action des vers).

Les Latins formaient de même des verbes composés d'un nom et d'un verbe, par exemple manumittere, du substantif manus (main) et du verbe mittere.

410. Le français compose des verbes nouveaux à l'aide des préfixes placés devant un verbe déjà existant.

Ces préifxes, pour ne citer que les plus importants, sont : 11 contre (dire, contredire, —signer, contresigner); 2° entre (voir, entre voir, — ouvrir, entr ouvrir, — aider, s entr aider, — dévorer, s'entre dévorer); 3° bien (faire, bien faire) ; 4° mal (traiter, maltraiter, - mener, malmener) ; 5° més qui marque la dépréciation (allier, mésallier, — user, mésuser); 6° re qui marque le retour et la répétition (changer, re changer, — venir, revenir, - blanchir, re blanchir); 7° sur qui signifie audessus de (mener, sur mener, — chauffer, surchauffer) et qui indique l'excès.

Nous avons déjà étudié tous ces préfixes (à l'exception de re et de mès) aux chapitres du substantif et de l'adjectif. RE est le latin re, qui a le même sens, et marque le retour, le renouvellement, la réciprocité, la rétrogradation ou l'augmentation. — MES. est le latin minus (qui signifie moins, et aussi pas, point). Minus fut employé comme préfixe avec le sens dépréciatif dans la basse latinité.

On trouve par exemple minusfacere (pour signifier méfaire, malfaire) ; minusdicere donna successivement min'sdicere et misdicere, que l'on trouve dans les actes de l'époque carlovingienne : misdicere devint dans l'ancien français mesdire, puis médire, par la chute de s devant une consonne, chute que l'on retrouve dans méfier, méconnaître, méprendre, medire, méfaire, etc. (de fier, connaître, prendre, dire, faire), tandis que s persiste devant une voyelle, dans mésallier, mesestimer, etc.


II. — Dérivation des verbes.

411. Le français forme des verbes dérivés soit à l'aide de substantifs déjà existants, soit à l'aide d'adjectifs, soit à l'aide de verbes simples.

412. Le français crée des verbes nouveaux en ajoutant aux substantifs la terminaison de la première conjugaison er : barricade, fourrage, chemin, crayon, frisson, donnent barricader, fourrager, cheminer, crayonner, frissonner. Mais c'est plus spécialement avec la terminaison iser que se forment les mots plus récents : germanwer, napoléoniser, bonapartiser.

Le latin créait de même à l'aide des substantifs des verbes nouveaux appartenant à la première conjugaison : querelare, de querela (plainte" etc. — La terminaison iser vient du latin izare, issare, qui lui-même a été emprunté au grec. Ce suffixe, qui chez les Romains exprimait d'abord l'imitation (graecissare, imiter les Grecs ; fltticissare, parler à la manière athénienne), en vint assez vite à marquer simplement l'action (baptizare, action de donner le baptême, etc.), et c'est de izare qu'est venue la forme française iser.

413. Le français crée des verbes nouveaux en les tirant des adjectifs, — tantôt à l'aide de la terminaison ir Uaune, bleu, gros donnent jaunir, bleuir, grossir), — tantôt à l'aide de la terminaison ir et du préfixe a (grand, a-grand-ir; mince, a-minc-ir; maigre, a-maigr-ir, etc.).

Ir est l'infinitif latin ire (voy. § 253). Quant au préfixe a, il représente le latin ad, ci-dessus étudié.

414. Le français crée des verbes nouveaux à l'aide de verbes déjà existants, en employant les trois suffixes diminutifs ot, on, asse (voy. SS 108-112) qui donnent aux mots (comme nous l'avons vu S 106) un sens de dépré-


dation : cligner, clign-ot-er; trembler, trembl-of-er ; chanter, chant-onrc-er ; griffer, griff-orcn-er ; rêver, rêv-ass-er.

Pour l'origine de ces suffixes, voy. S 106.

CHAPITRE VII.

DU PARTICIPE.

415. Voy. pour la définition et l'étude des deux espèces de participes, SS 278-281.

CHAPITRE VIII.

DE L'ADVERBE.

416. L'adverbe est un mot placé près du verbe pour en préciser le sens : ce cheval court vite, cet âne marche lentement. Vite, lentement, qui marquent comment le cheval court ou comment l'âne marche, sont des adverbes.

L'adverbe peut se joindre non-seulement au verbe, mais aussi à un adjectif (des lois justement sévères), ou à un autre adverbe (ce cheval court très-vite).

adverbe vient du latin adverbium, composé de ad (à, auprès) et de verbùm (verbe). Il est facile de comprendre comment l'adverbe qui sert à modifier le verbe (le juge punit sévèrement) peut aussi servir à modifier un adjectif isolé (comme dans cette plir.tse : Sparte avait des lois justement sévères). Il suffit de regarder de plus pivi la première phrase (le ju^e punit sévèrement. c 'est-à-dire «


été punissant sévèrement), pour voir que l'adverbe porte, en réalité, non sur le verbe a été, mais sur l'attribut punissant, qui est un véritable adjectif.

SECTION I.

DU SENS DES ADVERBES.

417. Quand nous parlons d'une action telle qu'allery manger, etc., nous pouvons indiquer, préciser les circonstances qui l'accompagnent de huit manières différentes. On peut marquer: 1° le lieu, l'endroit où se passe l'action (j'irai là; tu viendras ici); — 2° le temps, le moment où se fait l'action (j'irai aujourd'hui ; tu viendras demain) ; 3° la manière dont se fait l'action (firai tristement; tu viendras gaiement); — 4° la quantité, c'est-à-dire le nombre de fois que l'action s'accomplit (j'irai peu ; tu reviendras encore) ; — 5° on peut se demander si l'action aura lieu (quand irai-je? pourquoi viendrais-tu ?)] — 6° on peut affirmer, assurer qu'elle a lieu (oui, j'irai; si, tu iras); — 7° on peut aussi nier, assurer qu'elle n'aura pas lieu (non, je n'irai pas; tu n'j viendras point); — 8° enfin on peut douter que l'action ait lieu (je viendrai peut-être ; il ira probablement).

De là en français huit espèces d'adverbes : ce sont les adverbes de lieu, de temps, de manière, de quantité, d'interrogation, d'affirmation, de négation, de doute.

I. — Adverbes de lieu.

418. Les principaux adverbes de lieu sont : ici, là, y, où, en, loin, ailleurs, deçà, delà, partout, çà, des-


sus, dessous, dedans, dehors, devant, derrière, etc. Ex. : 7e partirai d'ici pour aller partout où tu pomdras; restez là; allons ailleurs.

Les adverbes de lieu sont composés - on d'un seul mot, comme là, y, où, en; - ou de deux mots, comme dedans (de de et de dans), partout (depar et de tout), dessous (de de et de sous).

Les adverbes formés d'un seul mot viennent : 1° tantôt d'un seul mot latin, comme où de ubi (où), en de indè (de là), y de ibi (là); — tantôt de deux mots latins, comme ici de ecce hic (c'est ici), çà de ecce hac (c'est là), etc. Pour l'explication de tous ces changements, voy. mon Dictionnaire étymologique.

II. - Adverbes de temps.

419. Les principaux adverbes de temps sont quand,, puis, depuis, souvent, toujours, maintenant, jamais, aujourd'hui, demain, hier, jadis, lors, alors, longtemps, enfin, etc. —Ex. : J'irai demain et aussi souvent que tu le voudras.

Ces adverbes sont composés : ou d'un seul mot, comme hier, lors, quand, puis; — ou de deux mots, comme longtemps (de long et de temps), aussitôt (de aussi et de tdt), ensuite (de en et de suite).

Les adverbes formés d'ùn seul mot viennent : 1° tantôt d'un seul mot latin, comme hier de heri (hier), quand de quando (quand), .puis de post (puis) ; — tantôt de deux mots latins, comme encore de hanc horam (à cette heure), jadis de jam diu (il y a déjà longtemps), etc.

in. — Adverbes de manière.

420. Les adverbes de manière se forment à l'aide d'un adjectif féminin auquel on joint la terminaison ment: Il mourut courageusement (c'est-à-dire d'une manière courageuse); il vécut sagement (c'est-à-dire d'une manière sage).

On sait quelle est l'origine de cette formation adverbiale : les


suffixes latins è, ter, qui servaient à former les adverbes (prudenter, doctè, sanè), disparurent parce qu'ils n'étaient pas accentués, et pour créer une classe de mots, portant grammaticalement le signe de l'adverbe, la langue française dut avoir recours à d'autres suffixes : elle adopta pour cet usage le substantif mens, qui avait pris chez les écrivains de l'Empire le sens de manière, de fafon, etc. :

Jiona mente factum (QUINTILIEN), Devota mente tuentur (CLAUDlEN), iniqua mente concupiscit (GRÉGOIRE DE TOURS), etc. Cet ablatif mente joint à un adjectif ail féminin donna l'adverbe français en ment : Bona — cara - devota-mente, = Bonne — chère — dévote-ment.

421. Les adjectifs terminés en ent, ant, font leurs ad verbes en emment, animent: prudent, prudemment, - obligeant, obligeamment.

Les adjectifs qui avaient, chez les Romains, une terminaison pour le masculin et une pour le féminin (honus, bona), en avaient aussi en français une pour chaque genre (bon, bonne); ceux qui avaient en latin une seule terminaison pour les deux genres, n'en avaient aussi qu'une en français : ainsi grandis, ler-alis, prudens, regalis, viridis, fortis, abundans, etc., donnèrent en français les adjectifs grand, loyal, prudent, royal, vert, fort, abondant, etc., qui étaient de genre invariable dans notre ancienne langue. Il en résulte dans le cas particulier qui nous occupe, que les adverbes formés avec les adjectifs de la première catégorie (tels que bon, bonne) eurent toujours l'e féminin au radical : bonne ment, chèrement, dévote-ment, et que les adverbes formes avec les adjectifs de la deuxième catégorie (tels que grand, loyal, abondant, etc.) n'eurent jamais d'e au radical : au onzième siècle, on disait conformément à l'étymologie loyal-ment, grand-ment, fort-ment, abon-

dant-ment, etc. Le quatorzième siècle ne comprenant plus l'origine de cette distinction, et ne voyant plus pourquoi dans certains adverbes l'adjectif était au féminin, tandis qu'il restait (apparemment) au masculin dans d'autres, écrivit loyalement, vilement, grand ement, etc. Les adverbes tels que prudemment, obligeamment (formés de prudentment, obligeantment par une assimilation posté-

rieure de ntm en mm), sont un reste de l'ancien usage.

422. Le français forme encore des adverbes de qualité en employant dans certains cas l'adjectif simple [chanter juste, voir clair, parler bas), etc.

Ces adjectifs faisant fonction d'adverbes correspondent aux ad-


jectifs neutres, tels que facilè, benè, brevè, doctè que les Romains employaient comme adverbes. Le nombre de ces adjectifs employés adverbialement était bien plus considérable dans l'ancienne langue que dans la moderne. C'est ainsi qu'on disait au treizième siècle : aller lent, agir laid, aimer grand, etc. pour aller lentement, agir laidement, aimer grandement, etc.

423. Les adverbes de manière en ment ont, comme les adjectifs (dont ils dérivent), les trois degrés de signification : clairement, plus clairement, très-clairement.

424. Les adjectifs employés comme adverbes de qualité ont également les trois degrés de signification (chanter juste, plus juste, très-juste).

425. Les adverbes de qualité bien et mal forment leurs degrés de signification irrégulièrement : bien fait au comparatif mieux, au superlatif le mieux; — mal fait pis ou plus mal, - le pis ou le plus mal.

De même en latin benè (bien) a pour comparatif melius (mieux), et malè (mal) a pour comparatif pejus (pis).

IV. - Adverbes de quantité.

426. — Les principaux adverbes de quantité sont assez, trop, peu, beaucoup, très, tant, etc.

Assez (composé du latin ad et satis) signifiait à l'origine beaucoup et se plaçait après le substantif. On disait au moyen âge : Je vous donnerai or et argent assez (pour : beaucoup d'or et d argent), trop assez (pour beaucoup trop), plus assez (pour beaucoup plus), etc.

— De même assai en italien ; presto assai (praesto adsatis) signifie très-vite, et non assez vite.

Tant (tantum). Composé : Autant (vieux fr. al-tant, de aliud tantum).

Peu, du latin paucum, comme Eu de Aucum, feu de focum, jeu de jocum, etc.


Tellement (composé de telle et de ment; sur telle voy. S 230, et sur ment voy. 3 421).

Beaucoup (beau et coup). Cette locution est relativement récente dans notre langue et ne remonte qu'au quatorzième siècle. On disait plus souvent grand coup (pour beau coup), et surtout on employait l'adverbe moult (multum, que l'on retrouve dans multitude de multitudinem). Quant au mot coup, il est colp en vieux français, et colp n'est autre chose que colpus qu'on trouve dans le latin vulgaire avec le même sens. « Si quis alternm voluerit occidere, et colpus praeter fallierit, et ei fuerit adprobatum, 2000 dinarios. culpabilis judicetur. » (Loi salique, xvn, 1.) — Colpus, qu'on trouve aussi écrit colphus, est le latin côlàpkus qui signifie coup de poing, soufflet, et qui a pris le sens de coup en général.

Sur le changement de cÓlaplllls en col'phus, coVpus, voyez S 51.

V. — Adverbes d'interrogation.

427. Les principaux adverbes d'interrogation sont pourquoi? comment? combien? quand? etc.

Pourquoi est un composé de pour et de quoi. — Comment est composé de comme qui était com en vieux franc, et du suffixe adverbial ment étudié au 3 421. — Combien est de même composé du vieux français com (comme) et de bien. - Quand est le latin quando (quand ?).

VI. — Adverbes d'affirmation..

428. Les principaux adverbes d'affirmation sont oui, certes, vraiment, etc.

Certes est le latin certe (certainement). Sur vraiment, voy. S 421.

L'adverbe d'affirmation le plus important est oui, qui était oïl à l'origine de notre langue, comme on l'a vu à la page 8 de Y Introduction.

Dans notre ancienne langue, hoc [sous-entendu est] (c'est cela) avait donné o, l'A tombant comme dans or (hora), avoir (habere).

Au treizième siècle, dire ni o, ni non était l'équivalent de notre locution moderne ne dire ni oui ni non. — Le composé hoc-illud (c'est cela même) donna o-il, la consonne c disparaissant dans ho[c]illud comme elle avait disparu dans jo[c]are (jouer), pl/Cc \are Í


(plier), pre[clare (prier), etc. — Ce o-ïl (hoc illud) avait pour correspondant nen-il (non illud), devenu en français moderne nenni, comme oilest devenu oui. Quelques étymologistes attardés ont voul u dériver oui (ou mieux oïl) du verbe ouïr (audire), qui fait aujourd'hui oui au partie, passé : mais ils n'ont pas vu que d'un côté le participe passé de ouïr était toujours oit (auditus) au moyen âge, — et que notre adverbe d'affirmation était toujours oïl. Le changement de t en 1 serait un fait sans exemple dans l'histoire de notre langue : or, toute étymologie qui ne rend pas compte des lettres conservées, changées ou disparues est à rejeter. — D'ailleurs l'analogie de oïl (hoc illud) et de nennil (non illud) suffirait seule pour établir - définitivement l'étymologie de hoc illud.

VII. — Adverbes de négation.

429. Les principaux adverbes de négation sont non, ne, pas, point, goutte, personne, rien..

Non vient du latin non (non) qui sous une autre forme a donné le vieux français nen qui s'est abrégé en ne dans le français moderne. A côté des deux négations non et ne, nous possédons des locutions négatives dont l'histoire est pleine d'intérêt. Chacun sait que, pour donner plus de force à l'expression de nos jugements, nous les accompagnons volontiers d'une comparaison (pauvre comme Job, fort comme un lion, féroce comme un tigre, etc.), ou d'une estimation : « cet objet ne vaut pas un sou. » Les Latins disaient de même : ne pas valoir un as, une plume, une noix, un hilum (point noir de la fève). Delà l'expression ne-hilum, qui abonné ni-hil (rien) : « Nil igitur mors est, ad nos neque pertinet hilum. » (Lucrèce.) Les locutions adverbiales qui servent en français à exprimer la négation sont au nombre de cinq : pas, point, goutte, personne, rien, sans parler de mie, que l'on trouve encore employé jusqu'à la fin du seizième siècle : 1° Pas (du latin passus, un pas). « Ne point faire un pas. » — 2° Point (du latin punctum, un point). « Je ne vois point. t — 3° Mie : du latin mica, qui avait le sens de miette ; mica est devenu mie en français, comme urtica (ortie), vesica (vessie), pica (pie), etc. Mie fut employé comme négation jusqu'à la fin du seizième siècle (je ne le vois mic) ; et déjà chez les Latins, mica servait au même usage : Nullaque mica salis. (Martial.) — 4° Goutte. Du latin gutta, employé aussi au sens négatif par les Latins : « Quoi neque parata gutta certi consilii. # (Plaute.) Cette locution adverbiale, qui était autrefois d'un usage général (ne crain-


dre goutte, n'aimer goutte, etc.), est restreinte depuis le dix-sep-* tième siècle aux deux verbes voir et entendre (n'y voir, n'y entendre goutte). — 5° Personne (du latin persona), voy. sur ce mot déjà étudié, le § 74. — 6° Rien (du latin rem) était substantif dans l'ancien français et gardait le sens originaire de chose : la riens (res) que j'ai vue est fort belle. Une très-belle riens (res). — Joint à une négation, il signifie nihil, comme ne .personne signifie nemo : Je ne fais rien. — Cet emploi de rien est très-judicieux, et il ne perdit son sens naturel de chose, pour prendre celui de nihil (comme dans la locution f « on m'a donné cela pour rien »), que par l'habitude que l'on avait de construire ce substantif avec ne pour former une expression négative. C'est aussi par l'histoire du mot rien que s'explique ce passage de Molière dans lequel rien est à la fois négatif et positif: « Dans le siècle où nous sommes, On ne donne rien pour rien. » (École des femmes, II, 2.) Terminons par l'observation générale qu'à l'origine les locutions adverbiales pas, mie, goutte, point, etc., furent employées d'une manière sensible, c'est-à-dire placées dans une comparaison où elles avaient une valeur propre : Je ne marche pas, je ne vois point, je ne mange mie, je ne bois goutte, etc.

VIII. — Adverbes de doute.

430. Les principaux adverbes de doute sont peutêtre, probablement.

Peut-être est une ellipse pour cela peut être, ce qui nous explique pourquoi l'on peut mettre que après cet adverbe. (Peut-être que je viendrai, c'est-à-dire cela peut être que je, etc.)

-

CHAPITRE IX.

DE LA PRÉPOSITION.

431. Quand nous disons : il vient de Paris, nous réunissons les deux idées de venir et de Paris par un lien qui les rattache l'une à l'autre et marque leur


dépendance. Ce mot de qui sert à rapprocher, à mettre en contact, en rapport, deux idées isolées, s'appelle une préposition.

Préposition vient du latin prcepositionem préposition (de prce en avant et positionem, position).

432. La préposition est donc un mot invariable qui sert à unir deux mots en en marquant le rapport.

433. Les rapports exprimés par les prépositions sont au nombre de cinq. Ce sont les rapports : 1° de temps (avant, après, depuis, etc.); — 2° de lieu (à, vers, dans, chez, devant, derrière, etc.)" - 3° de manière ou de moyen (par, avec, sans, selon, etc.); — 4° d'origine ou de cause (de, par, pour); — 5° de tendance ou dyéloignement (envers, pour, contre, à, de, etc.).

434. Les prépositions sont formées tantôt d'un seul mot, comme à, de, dans, pour, par, sur (et sont dites dans ce cas prépositions simples), tantôt de deux ou de plusieurs mots, comme quant à, à cause de, vis à vis Se , au-dessus de, à l'égard de, etc. (et sont dites dans ce cas locutions prépositives).

I. — Formation des prépositions simples.

435. Le français a reçu du latin le plus grand nombre de ses prépositions simples, mais il en a formé luimême plusieurs, à l'aide des noms, des adjectifs et des verbes français.

S

Les prépositions simples que nous tenons directement du latin proviennent : 1° Soit de prépositions latines simples, comme contre (contra), en


(in), entre (inter), outre (ultra), par (per) , pour (pro), sans (sinè), sur (super) ; 2° Soit de la réunion de deux prépositions latines simples, comme avant (de ab et antè devant), envers (de in et de versus vers) ; 3° Soit de substantifs latins, comme parmi (per médium, littéralement par le milieu). Chez vient du latin casa (maison). La locution latine in-casa devint dans notre ancienne langue en chez; on disait au treizième siècle il est en chez Gautier (est in casa Walterii), La préposition en disparut au quatorzième siècle et on dit alors comme aujourd'hui : il est chez Gautier.

4° Soit de participes passés latins, comme près (du participe pressum, qui est pressé, serré contre, etc.).

436. La langue française a tiré de son propre fonds des prépositions nouvelles à l'aide des substantifs, des adjectifs et des verbes. — A l'aide du substantif, le français a créé la préposition malgré; à l'aide de l'adjectif la préposition sauf.

Malgré est composé de l'ancien adjectif français mal (mauvais) et du substantif gré (volonté). — Sauf est l'adjectif sauf (salvus) que nous retrouvons dans sain et sauf. Sauf mes intérêts, c'est-à-dire mes intérêts étant saufs.

437. Le français tire du verbe des prépositions nouvelles par l'impératif, le participe passé, le participe présent.

438. Les prépositions tirées de l'impératif français sont voici, voilà. Ces mots sont composés des ad'verbes ci et là (voy. S 418) et de voi, qui est l'ancien impératif du verbe voir. (Nous avons vu au S 275 qu'à l'origine l'impératif vois n'avait pas de s.) Voici le loup signifie donc proprement voyez ici le loup, ou le loup est ici, voyez-le.

Cette locution étant composée de l'impératif du verbe voir, et des adverbes ci, là, était séparable dans notre ancienne langue : Voi-me là (pour me voilà). Au seizième siècle Rabelais dit encore : « Voy me ci prêt, » (pour me voici prêt). Ne comprenant plus le sens de


cette locution, les grammairiens du dix-septième siècle décrétèrent que voici, voilà étaient prépositions, et comme telles, désormais inséparables.

439. Les prépositions tirées du participe passé sont (pour ne citer que les plus importantes) : passé, vu, excepté, attendu (passé ce moment, excepté cet homme, vu le danger que nous courons, attendu son infirmité).

Il faut y ajouter hormis, qui était dans le vieux français hor-mis, c'est-à-dire mis hors. Dans cette locution, le participe mis (missus) était variable ; on disait au treizième siècle : « Cet homme a perdu tous ses enfants, hors mise sa fille. » Au quinzième siècle, le participe mis s'est soudé à l'adverbe hors, et la locution hors mis est devenue à son tour une préposition.

440. Enfin le français a tiré des verbes durer, pendre, suivre, concerner, toucher, etc., par leur participe présent, les prépositions durant, pendant, suivant, concernant, touchant. — L'avocat mourut pendant le procès signifie littéralement tandis que le procès était pendant; durant sa vie, c'est-à-dire sa vie durant; durant le jour, c'est-à-dire pendant que le jour dure.

Le vieux français plaçait souvent le participe avant le nom auquel il se rapporte dans certaines tournures équivalentes à l'ablatif absolu des Latins : c L'esclave fut jeté au feu, voyant le roi, c'est-àdire, en présence du roi, le roi le voyant, vidente rege. » — « Une des parties vient à mourir pendant le procès, c'est-à-dire le procès étant pendant (pendente re). »

Ces inversions ne furent plus comprises après le seizième siècle, et, faute de connaître l'histoire de. notre langue, les grammairiens postérieurs prirent ces participes présents pour des prépositions.

Durant. C'est à tort que l'Académie voit une inversion dans sa vie durant; durant sa vie est au contraire l'inversion véritable.

Moyennant, participe présent de l'ancien verbe moyenner, donner les moyens : — « Il échappa moyennant votre aide » (votre aide lui en donnant les moyens).

Nonobstant (non obstante), c'est-à-dire n'empêchant pas.


Pendant (du verbe pendre). Pendant l'affaire (pendente re), l'affaire étant pendante.

II. — Formation des locutions prépositives.

441. Elles sont formées pour la plupart soit à l'aide de substantifs, soit à l'aide d'adverbes , suivis de la préposition de : ainsi les noms tels que face, force, cause, faute, milieu, etc., donnent les locutions prépositives en face de, à force de, à cause de, faute de, au milieu de, etc.; et les adverbes tels que loin, c/mtour, devant, etc., ont formé loin de, autour de, au devant de, etc.

Vis-à-vis est un composé analogue. Le vieux français vis (du latin visus) signifie visage, d'où la locution vis à vis, qui équivaut littéralement à face à face. r-

CHAPITRE X.

DE LA CONJONCTION.

442. La conjonction est un mot invariable qui sert à unir deux mots entre eux ou deux prépositions entre elles : Pierre et Paul sont frères; aimons Dieu puisqu'il est bon. — et, puisque sont des conjonctions.

Conjonction vient du latin conjunctionem (conjonction, proprement union).

443. Les conjonctions sont formées tantôt d'un seul mot comme.et, ou, ni, mais, etc., et sont dites alors conjonctions simples, tantôt de deux ou plusieurs


mots (tandis que, bien que, parce que) et elles sont dites alors locutions conjonctives.

I. — Conjonctions simples.

- 444. Les principales conjonctions simples sont car, comme, donc, quand, mais, - ni, or, si, qui ne sont réellement formées que d'un seul mot.

Car (du latin quare). Il avait conservé en vieux français son sens originaire de pourquoi. a Je ne sais ni car ni comment, » disaiton au treizième siècle. — Comme, vieux français cume, du latin quomodo. — Donc, du latin tune. — Et (latin et). — Ou (vieux français o, du latin dut). Sur le changement de au en o, voy. § 23. —

Quand (quando). — Que, vieux français qued, du latin quod. —Mais (du latin magis) avait autrefois le sens de plus. Cette signification a persisté dans la locution n'en pouvoir mais (n'en pouvoir plus), désormais. — Ni (latin. nec, vieux français ne). On trouve encore dans Molière ne plus, ne moins. — Or signifiait en vieux français maintenant, proprement à cette heure, du latin hora heure : or ditesmoi, etc., c'est-à-dire dites-moi maintenant. — Si (latin si). Composé : si-non. En vieux français les deux particules étaient séparables : « Je verrai, si lui-même non, au moins son frère. »

445. Il faut y joindre les conjonctions, telles que plutôt, puisque, néanmoins, cependant, aussi, ainsi, lorsque, qui sont en réalité composées de deux mots distincts, mais que l'orthographe moderne a réunis en un seul.

Aussi (vieux français alsi, du latin aliud-sic). — Cependant, de ce et pendant, littéralement pendant cela : « Nous nous amusons, et ce pendant la nuit vient. » — Encore (vieux français al/core, à cette heure, du latin hanc horam). — Lorsque (de lors et que). Cette locution est encore séparable : lors même que.

Néanmoins, vieux français néant moins, de néant et de moins.

- Néant (latin ne[c] éntem) signifie littéralement rien, non. C'est dans ce sens que la Fontaine l'a encore employé : « J'ai maiftts chapitres vus, Qui pour néant se sont tenus. » Néant-moins est l'équivalent- de ne pas moins cc Il est fort jeune et néanmoins sé-


rieux, c'est-a-dire, il n'en est pas moins sérieux. — Plutôt (plus et tôt). — Puisque (puis et que).

II. — Locutions conjonctives.

446. Les principales sont: au contraire, au moins, tandis que, alors que, sans que, dès que, avant que, après que, etc.

Voyez l'origine de ces locutions aux prépositions et aux adverbes correspondants.

CHAPITRE XI.

DE L'INTERJECTION.

447. L'interjection est un cri, une exclamation qui exprime les mouvements subits de l'âme : ah ! oh !

fi! hélas!

448. Les interjections sont formées : soit à l'aide des noms (paix! courage! patience!), soit à l'aide des verbes (soit! allons i suffit /), soit par de simples exclamations (ah! oh! etc.).

Si nous laissons de côté les locutions telles que paix! courage!

suit! etc., qui sont plutôt des propositions elliptiques (pour faites paix! prenez courage! que cela soit!) que des interjections proprement dites, il nous restera peu de chose à dire des interjections françaises, puisque les véritables interjections ne sont au fond que des exclamations ou des cris communs aux idiomes de tous les peuples (oh! ali !), etc. — Deux seulement, hélas! et dame! nécessitent que!ques explications : Hélas, que nos aïeux écrivaient en deux mots : hé! las! est composé de l'interjection hé! et de l'adjectif las (lassus, malheureux). On disait au treizième siècle : Cette mère est lasse de la mort


de son fils. — Hé! las que je suis! — Ce n'est qu'au quinzième siècle que les deux mots se soudèrent, et quliélas devint inséparable. - En même temps, las perdait toute son énergie primitives et passait du sens de douleur à celui de (atigue, comme cela et, arrivé pour les mots gêne et ennui, qui signifiaient à l'origine tourment et haine.

Dame ! Le latin DÓmllle-Deus, (d'où Dorn ne-Deus, voy. S 51) devint en français Dame-Dieu; on trouve à chaque page dans les textes du moyen âge : que « Dame-Dieu nous aide ! » Dame-Dieu, et simplement dame (c'est-à-dire Seigneur-Dieu), s'employait comme interjection; et l'exclamation Ah! dame, qui pour nous a perdu aujourd'hui toute signification, revient à dire ah! Seigneur.

4



LIVRE III

SYNTAXE



LIVRE III.

SYNTAXE.

449. Nous venons d'étudier successivement les dix espèces de mots dont se compose la langue française; il nous reste à montrer comment on peut assembler ces mots pour en former des phrases.

Cette partie de la grammaire qui étudie la manière d'assembler les mots en phrases se nomme Syntaxe.

Syntaxe vient du grec aûvraÇiç (arrangement, construction).

450. Nous ne pouvons exprimer une pensée (ou, comme disent les grammairiens, énoncer un jugement) sans faire ce qu'on appelle une proposition. Quand nous disons : Dieu est tout-puissant, L'ellfant aime ses parents, chacune de ces phrases forme une proposition.

451. La proposition peut être simple, comme dans Dieu aime les hommes, ou composée, comme dans Dieu, qui est clément, aime les hommes. Cette proposition est dite composée, parce qu'à la proposition prin-


cipale (Dieu aime les hommes) vient s'ajouter une proposition secondaire (qui est clément).

452. La syntaxe se divise donc en deux parties : la première apprend à assembler deux ou plusieurs mots pour en former une proposition simple; la seconde à assembler deux ou plusieurs propositions simples pour en former une proposition composée.

453. Ces deux parties de la syntaxe sont appelées, la première syntaxe des mots, là seconde syntaxe des propositions.


*

PREMIÈRE PARTIE.

SYNTAXE DES MOTS.

454. Nous avons dit qu'on ne peut exprimer une pensée sans faire ce qu'on appelle une proposition. Toute proposition renferme trois termes : le sujet, le verbe, l'attribut. Quand nous disons, par exemple, l" homme est bon, nous attribuons à l'être appelé homme la qualité de bon; nous affirmons que l' homme possède cette qualité. Le mot bon, qui désigne la qualité que nous attribuons à l'homme, est dit pour cette raison attribut; le mot est, qui nous sert à affirmer que cette qualité de bon existe dans l'homme, est dit vérbe ; enfiji l'homme, dont nous avons affirmé qu'il possédait la qualité marquée par l'attribut, est appelé sujet.

Ainsi le sujet de là proposition est ce dont on affirme quelque chose, le verbe est le mot qui marque cette affirmation, e.t l'attribut est ce que l'on affirme exister dans le sujet.

455. Dans toute proposition, le verbe et l'attribut s'accordent avec le sujet, c'est-à-dire qu'ils prennent le nombre, le genre ou la personne du sujet auquel ils se rapportent. Quand nous disons l'herbe est verte, est est à la troisième personne du singulier et verte au féminin du même nombre, parce que les deux mots est et


verte se rapportent à un même objet, l'herbe, qui est du genre féminin et du singulier. Si l'on compare la proposition à une petite troupe de soldats, on peut dire que le sujet est le chef, et que le verbe et l'attribut reconnaissent son autorité et portent un costume à ses couleurs.

Nous devons donc commencer la syntaxe par l'étude des règles suivant lesquelles a lieu cet accord des différents mots entre eux, quand on veut les réunir pour en former une proposition.

456. Quand nous disons l'herbe est verte, le mot herbe n'indique encore qu'une idée très-vague : nous savons que ce qui est vert, c'est l'herbe, non l'eau ou la terre, mais nous ne savons pas si c'est telle ou telle herbe qui est verte, si c'est l'herbe du jardin par exemple, ou celle de la prairie. Si, pour rendre plus précise cette idée trop générale, nous disons l'herbe du jardin est verte, le mot jardin qui vient compléter, éclaircir le mot herbe auquel il se rapporte, est dit pour cette raison son complément. Pour exprimer une idée à l'aide de mots réunis en proposition, il faut donc savoir comment on peut rendre cette idée plus ou moins nette en ajoutant à la proposition un ou plusieurs compléments qui l'éclaircissent ou la précisent.

457. La syntaxe des mots a donc pour double but de fixer pour chacune des dix parties du discours toutes les règles qui concernent l'accord et le complément.


CHAPITRE I.

SYNTAXE DU SUBSTANTIF.

I. — Accord du substantif.

458. Quand deux substantifs qui se suivent désignent la même personne ou la même chose, le second s'accorde avec le premier en genre et en nombre : le roi chevalier, la reine mère, les soldats laboureurs*, Clotilde, reine illustre.

459. Quand deux substantifs forment l'un le sujet, l'autre l'attribut d'une même proposition, le second prend toujours le genre et le nombre du premier : Turenne est un héros, Jeanne cTArc est une héroïne.

II. - Complément du substantif.

460. Lorsqu'un nom sert de complément à un autre nom, cet emploi est ordinairement marqué par les prépositions de ou à : un homme d'honneur, la maison de Paul, un oiseau de proie, — un fusil à aiguille, un chandelier à branches, un piano à queue.

Dans les expressions de ce genre qui marquent la possession, à signifie avec (fusil à aiguille, piano à queue, équivalent à fusil avec aiguille, piano avec queue). Outre la possession, à et de servent encore à marquer le rapport de la cause à l'effet, celui de la partie au tout, etc.

Les Romains marquaient par le génitif le rapport de possession : liber Pétri, le livre de Pierre. Nous avons vu au S 77 que le français, en réduisant à un seul cas pour chaque nombre les six cas de la déclinaison latine, dut les remplacer par les prépositions de ou à (que le latin vulgaire employait déjà pour cet usage, disant par exemple caballus de Petro, do panem acl Petro, pour le cheval de


Pierre, je donne du pain à Pierre). A l'origine, le français conservait cependant assez fortement le souvenir du génitif latip pour marquer le rapport de possession par la simple apposition des deux noms, apposition qui avait d'abord lieu en plaçant le nom du possesseur avant celui de l'objet possédé (liDeu intmi, pour les ennemis de Dieu, à l'imitation de la construction latine Dei inimici); il nous est resté des traces de cette inversion dans chiendent et chèvrefeuille, qui signifient proprement dent de chien, feuillê de chèvre. Plus tard le vieux français renversa l'apposition, et plaçant le nom du possesseur après celui de l'objet possédé, il dit (toujours sans préposition) Yépée le roi, la volonté Dieu, la maison Dieu, pour l'épée du roi, la volonté de Dieu, la maison de Dieu, et cet^e apposition subsiste encore aujourd'hui dans quelques expressions (la fête-Dieu; Y hôtel-Dieu, pour la fête de Dieu, l'hôtel de Dieu), et surtout dans une foule de noms géographiques (Château-Thierry, le Val Richer, c'est-à-dire le chdteau de Thierry, le vallon de Richer, etc.). —

L'ancien français marquait fréquemment aussi par la préposition à le rapport de possession, disant ta m'aison à Pierre, le jardin à Gautier pour la maison de Pierre, le jardin de Gautier. Cet emploi de à se retrouve encore aujourd'hui dans quelques locutions (la barque à Caron, etc.), et Molière a dit l'empoisonrteur au diable pour l'empoisonneur du diable.

461. On trouve aussi en, sans, autour, etc., également employés pour cet usagé : un homme sans fortune, une épée en acier, un voyage autour du monde.

462. Les infinitifs peuvent également servir de complément au nom : l'art d'écrire, la façon de marcher, etc. s* 463. Il faut soigneusement distinguer le cas où le nom et son complément sont unis par l'article (du) de celui où ils le sont par la préposition de : un palais de , roi et le palais .du roi n'expriment point la même idée : la première phrase est générale et qualifie un palais qui est d'aspect vraiment royal (cette maison est un vrai palais de roi) ; la seconde phrase au contraire est trèsprécise ét détermine à qui appartient le palais (cette maison est le palais du roi).


CHAPITRE II. SYNTAXE DE L'ARTICLE.

I. - Accord de l'article défini.

464. Nous avons vu au S 137 que l'article défini s'accorde avec le nom en genre et en nombre.

465. Quand l'article se rapporte à deux noms au singulier, il doit être répété devant chacun d'eux : le père et la mère (et non pas : les père et mère).

466. Quand plusieurs adjectifs unis par et se rapportent à un seul et même nom, il faut répéter l'article , si les adjectifs servent à qualifier des personnes ou des choses différentes : l'histoire ancienne et la moderne (non l'histoire ancienne et moderne); mais l'on dira correctement le brave et illustre Turenne, parce que les deux adjectifs qualifient la même personne.

467. On supprime l'article défini : 1° dans les proverbes ou sentences générales (Pauvreté n'est pas vice) ; 2° dans les énumérations, quand on veut donner à la phrase plus de rapidité (Rois, peuples, ennemis, tout tremblait devant lui).

II. — Accord de l'article indéfuii.

468. L'article indéfini se remplace par la préposition de devant les noms précédés d'un adjectif (par exemple, de bon pain); mais cet article persiste quand l'adjectif suit le nom (du pain excellent).


CHAPITRE III.

SYNTAXE DE L'ADJECTIF.

I. - Accord de l'adjectif.

469. L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte : Dieu est clément; le ciel est bleu ; les hommes sont mortels.

470. L'adjectif qui se rapporte à deux ou plusieurs, noms au singulier se met au pluriel (le chien et le cheval sont utiles); il prend le genre masculin si les noms sont au masculin, et le féminin si les noms sont au féminin (la fouine et la belette sont également dangereuses); — si les noms sont de différents genres, l'adjectif prend ordinairement le masculin (le roi et la reine sont généreux).

471. Quand deux ou plusieurs noms marquent une gradation, et qu'on veut plus spécialement fixer l'attention sur le dernier, on donne à l'adjectif le genre et le nombre de ce dernier nom (Gondé montra à Rocroy un courage, un sang-froid, une audace étonnante).

472. Lorsqu'un adjectif est composé de deux adjectifs (ou d'un adjectif et d'un participe) réunis par un trait d'union, les deux parties s'accordent avec le nom (des poires aigres-douces) ; il faut excepter mort, qui reste toujours invariable dans les adjectifs composés (une brebis mort-née).

473. Mais si le premier des deux adjectifs est employé adverbialement, il ne varie point, étant dès lors


un véritable adverbe, comme nous l'avons vu au S 422 : l'herbe est très clair-semée (c'est-à-dire très-clairement semée) ; ces personnages étaient court-vêtus (c'est-à-dire courtement vêtus).

474. Les adjectifs employés adverbialement (comme nous l'avons vu au S 422) ne peuvent point s'accorder avec le nom, puisqu'ils sont en réalité des adverbes, c'est-à-dire des mots qui de leur nature sont invariables (elle chante juste, cette fleur sent bon, etc.).

475. Nous avons vu au S 74 que le substantif gens veut au féminin les adjectifs qui le précèdent (de sottes gens) et au masculin les adjectifs qui le suivent (des gens sots).

Pour les détails de cette exception et l'explication de son origine, voy. § 74.

476. Plusieurs adjectifs, selon qu'ils sont placés avant ou après le nom, prennent une signification différente : un grand homme est un homme d'un talent éminent ou d'un génie supérieur; un homme grand est un homme d'une taille élevée; - un brave homme est un homme de bien; un homme brave est un homme courageux.

Il serait inutile d'insister plus longtemps sur ces distinctions de sens, qui sont plutôt du ressort de l'usage que de celui de la grammaire.

477. Les deux adjectifs nu et demi, placés avant le nom, sont invariables et s'unissent au substantif par un trait d'union (nu-pieds, llU-tête, une demi-livre, une demi-heure). Placés après le nom, ils s'accordent avec


lui en genre et en nombre (les pieds nus, la tête nue, une livre et demie, une heure et demie).

L'ancien français ne connaissait point cette règle, et l'on trouve encore au dix-septième siècle : il eit nus pieds, eïte est nuesjnmhes.

478. Vac^ectif feu, placé ^var\t Vartiçle% est invariable (feu la, rein,e) ; placq après, il s'accorde, en genre et en nombre avec le nonp, (la feue re4n4 II. — Complément de l'adjectif.

479. Deux adjectifs qualifiant un même nom doivent avoir comme complément la même préposition : ainsi on peut dire : ce fils inutile et cher à sa mère, parce que l'on dit être utile à quelqu'un, être cher à quelqu'un; mais on ne pourrait dire : ce- fils est utile et chéri de sa mère, parce qu'on ne dit pas être-utilede quelqu un; il faut, dans ce cas, déveJojDper la proposition et dire : ce fils est utile à sa mere e$i{ çri est chéri.

CHAPITRE IY. 1 SYNTAXE DES NOMS DE NOMBRE OU ADJECTIFS NUMÉRAUX. c'

I. — Adjectifs cardinaux.

480. Les noms de nombre cardinaux sont, ^variables (trois hommes, quatre femmes) ; il faut en excepter un, vingt et cent.

481. Un fait au féminin une (deux coffrets et une botte)


482. Vingt et cent ne varient point comme genre, mais ils peuvent, dans certains cas, varier comme nombre et prendre s comme marque du pluriel.

483. Vingt et cent, quand ils nç sont précédés d'aucun autre nombre, restent invariables (vingt hommes, cent chevaux).

484 Ngis si vingt et cent, sont précédés d'un autre nombre qui les multiplie (quatre-vingts hommes, deux cents soldats), ils prennent un s, sauf quand ils sont eux-mêmes suivis d'un autrenombre (quatre-vingt-trois, deux cent trente), auquel cas vingt et cent redeviennent invariables {cjuatre-virigt~\r^ tyommes, deux cent trente soldats)

485. Mille, invariable en genre et en nombre, change de forme quand il exprime la date de l'année, le millésime : on l'écrit alorspiil (mais seulement dans ce cas) : Van mil huit ççnt, soixajite-quatorzè. ; ençore ceWe orthographe ne s'applique-^-elle qu'aux années postérieures à, l'çrç chrétienne. Cf fait arriva çhez les U^breuoç Van du monde mille deux Glfnt quarante. v Nous avons -vu au § 193 l'origine du mot mil, qui n'est point, comme on le croit communément, une abréviation de mille.

II. — Adjectifs ordinaux.)

486. Le^ adjectifs ordinaux s'accordent, en genre et en nombre, avec le nom qu'ils déterminent (les premitres maisons ; /«seconde ville; la trentième année du règne de Louis XIV).

487. Nous avons vu (S 194) que les adjectifs ordinaux indiquent l'ordre, le rang (le dixième siècle, la ving-


tième année); mais par exception on emploie les nombres cardinaux pour désigner le rang d'un souverain dans une dynastie et les jours du mois (le deux avril, le trois juillet, non le deuxième avril, le troisième juillet; Charles XII, non Charles le douzième ; Napoléon trois). Toutefois l'adjectif premier fait exception dans les deux cas, ou plutôt représente seul la règle (Napoléon premier, le premier juillet) et n'a point été supplanté par un.

CHAPITRE V.

SYNTAXE DU PRONOM.

I. — Pronom personnel.

488. Quand le pronom remplace deux ou plusieurs noms de personnes grammaticalement différentes, il se met à la première personne s'il y en a une ; sinon il se met à la deuxième (vous, lui et moi, nous sommes fort âgés; — toi et lui, vous êtes malheureux).

489. Quand le pronom le représente un mot qui marque un état (tel que malade) ou une fonction (telle que reine), ou une qualité (telle que mère), il est invariable : Madame, êtes-vous malade ? Je le suis;'- Etesvous reine? Je le suis. — Etes-vous mère? Je le suis.

—Mais quand le représente un mot qui marque non un état ou une fonction, mais la personne qui les possède, il varie en genre et en nombre : Etes-vous la malade que l'on m'a recommandée? Je la suis. — Etes-vous la reine que' nous cherchons? Je la suis. — Etes-vous


les soldats qui ont battu hier l'eniiemi? Oui, nous les sommes.

On a vu au S 202 pourquoi le est invariable dans le premier cas, et variable dans le second.

II. — Pronoms et adjectifs possessifs.

490. Les pronoms possessifs le mien, le tien, etc., ne se rapportent qu'à un nom déjà exprimé (f achète votre maison et je vends la mienne) ; il n'est plus dans l'usage moderne de placer le pronom devant le nom de l'objet possédé (on dit donc : mon frère, non le mien frère; mais on dit encore par exception un mien cousin, le tien propre, une sienne tante).

Voy. l'explication de ces exceptions au 3 209.

491. Les adjectifs possessifs (mon, ton, son, etc.) se remplacent par l'article, quand il s'agit d'une chose inséparable de la personne, et quand le sens delà phrase indique clairement le possesseur. Il s'est cassé le bras (et non pas son bras); mais il faut dire il a perdu sa fortune, 492. Le nom de l'objet possédé (quand il appartient à plusieurs personnes) se met au singulier, si l'objet est possédé en commun : le père et la mère attendaient leur voiture; il se met au pluriel s'il y a autant d'objets possédés que de possesseurs : les ambassadeurs attendaient leurs voitures.

493. Quand l'objet possédé appartient à une personne (et non à un être inanimé), on emploie son, sa, ses : J'aime Henri, mais je connais ses défauts. —

Dans tous les autres cas, on emploie ordinairement en


suivi de l'article défini : Si je vous parle de ces fruits, c'tst que j'en connais la saveur.

III. — Pronoms et adjectifs indéfinis.

494. Les pronoms et les adjectifs indéfinis ne donnent lieu à aucune remarque particulière de syntaxe, sauf pour les mots tout, quelque, chaque, chacun et même.

495. L'adjectif tout n'offre, quand il est employé comme adjectif, aucune difficulté, et suit les règles ordinaires de cette partie du discours : tout homme, toute femme; j'ai vu tous les hommes; je ne puis vous accorder ceci, mais demandez-moi toute autre chose et vous l'obtiendrez (c'est-à-dire toute chose autre que celle que vous me demandez).

496. Nous avons vu au S 422 que les adjectifs peuvent être employés comme adverbes (parler haut, chanter juste, voir clair) : tout peut donc s'employer adverbialement, et il signifie alors tout à fait : je suis tout surpris (je suis tout à fait surpris). Jouant le rôle d'adverbe, tout devient natureHement invariable : elle est tout heureuse du succès de son fils; ces mères sont tout heureuses des succès de leurs fils (c'est-à-dire tout à fait heureuses). Londres est tout autre chose que Paris (c'est-à-dire une chose tout à fait autre). Seulement devant les mots commençant par une consonne (tels que surpris) ou une h aspirée (tels que honteux), on fait varier tout (comme un simple adjectif) pour adoucir la prononciation : elle est toute surprise, elle est toute honteuse.

L'ancienne langue faisait accorder tout avec son substantif, et ne


l'employait jamais adverbialement (du moins avec l'invariabilité).

Le dix-septième siècle l'écrivait toujours de même : Des choses toutes opposées dit La Bruyère, Je me suis livré à des tristesses toutes humaines (Massillon). L'usage actuel ne s'est établi définitivement que dans la seconde moitié du dix-huitième siècle.

497. Quelque, employé comme adjectif, suit les règles ordinaires de l'accord avec le nom qui le suit : quelques hommes; quelques ennemis que vôuS ayez, vous triompherez. Mais quand on l'emploie adverbialement, quelque signifie : 1° avec les substantifs, environ, à peu près ( f ai rencontré quelque vingt personnes; il vivait quelque cent ans après J. C., c'est-à-dire environ vingt personnes, environ cent ans); — 2° avec les adjectifs il a le sens de l'adverbe si (quelque puissants que soient vos ennemis,. c'est-à-dire si puissants que soient vos ennemis). Dans ces deux deiniers cas, quelque étant adverbe reste invariable.

, Sur l'origine de quelque, voy. § 230. Quelque, employé aujourd'hui adverbialement dans les expressions telles que quelque vingt ans, etc., était variable dans notre ancienne langue, et Corneille (Clit., II, 2) dit encore quelques huit jours.

498. Il ne faut pas confondre quelque (qui se construit avec son substantif) avec une autre locution 'adjective quel que, qui ne s'emploie jamais que séparée de son, substantif (et qui est toujours suivie d'un verbe au subjonctif pour exprimer le doute sur la personne ou la chose dont il s'agit) : quel que soit votre bonheur, quelles qu'aient été vos infortunes.

Il ne faut dobc point assimiler quelque, qui s'écrit en un seul mot, à l'expression quel que, quclie que (composée de quel. quelle, et de la conjonction qu qui n'est point du tout, comme le croient les grammairiens, l'adjectif quelque que l'on aurait coupé en deux.


499. Même varie quand il est adjectif, et reste invariable quand il est adverbe (c'est-à-dire quand il a le sens de de plus, aussi, encore). Il est adjectif par exemple dans : les mêmes hommes, les dieux euxmêmes sont étonnés. Il est adverbe dans : le citoyen doit obéir aux lois, même injustes.

Sur l'origine de même, voy. § 216. — Au dix-septième siècle on pouvait faire accorder même employé adverbialement : ainsi Corneille (Polyeucte, III, 2) parle Des blasphèmes qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes.

500. Chaque étant un adjectif et chacun étant un pronom, il ne faut point employer chaque sans le faire suivre de son substantif : Chaque pays a ses usages.

Ces villes ont chacune une citadelle. Il ne faut donc pas dire : ces fruits valent un franc chaque, mais un franc chacun.

Sur chaque et chacun, voy. § 230.

CHAPITRE VI.

SYNTAXE DU VERBE.

I. — Accord du verbe avec un seul sujet.

501. Tout verbe s'accorde en nombre et en personne avec son sujet : les hommes sont mortels, les enfants sont ignorants, le courage est une vertu.

502. Quand le sujet est un nom collectif, c'est-à-dire un nom qui marque une réunion, une collection d'objets de même espèce (une foule d'enfants, une multitude


(loiseaux, une nuée de sauterelles), le verbe se met ausingulier si l'on adopte pour sujet le nom collectif (par exemple nuée, dans : une nuée de sa'uterelles obscurcit Vair) ; il se met au contraire au pluriel si l'on adopte pour sujet le complément du nom collectif (par exemple barbares, dans : une nuée de barbares désolèrent le pays).

L'usage apprendra dans quel cas il faut mettre le pluriel, dans quel cas le singulier. Les règles invariables que les grammairiens prétendent établir sur ce point sont plus que douteuses.

503. Après les adverbes de quantité beaucoup, peu, moins, assez, trop, etc., suivis d'un pluriel, le verbe ne s'accorde jamais avec l'adverbe, mais toujours avec le nom : Beaucoup de personnes ignorent la gravité (le cette affaire. Peu de gens supportent la contradiction.

504. Le verbe être précédé de ce (c'est, c'était, etc.) reste au singulier quand il est suivi d'un ou de plusieurs noms au singulier, ou bien d'un pronom de la première ou de la seconde personne du pluriel. (C'est la pluie et le brouillard qui attristent VAngleterre.

C'est nous qui sommes les vrais coupables. C'est vous qui auriez du venir.) Quand ces noms sont au pluriel (ce sont les rois qui sont les chefs des peuples), ou quand ces pronoms sont à la 36 personne du pluriel (ce sont eux qui m'ont accusé), le verbe être se met au pluriel.

505. Les verbes impersonnels (ou employés comme tels) restent invariables, lors même qu'ils sont suivis d'un nom au pluriel (il tomba des milliers de projec-


tiles sur le champ de bataille; il vint plusieurs personnes).

Voy. au S 306 la nature particulière du mot il.

II. — Accord 4u verbe avec plusieurs sujets.

506. Le verbe qui a deux ou plusieurs sujets à la même personne du singulier se met à la mêmé personne du pluriel (le chien et le chat recherchent le voisinage de l'homme); mais si les sujets sont de personnes différentes, le verbe suit la même règle que les pronoms (voy. S 488), c'est-à-dire qu'il se met à la première personne du pluriel s'il y en a une (VOltS, lui et moi nous sommes heureux), et s'il n'y en a pas, il se met à la seconde (vous et lui, vous êtes coupables).

507. Il faut excepter de cette règle le cas où les sujets forment soit une énumération, soit une gradation (un regard, une parole, un serrement de main suffît pour relever le courage du malheureux).

508. Après l'un et l'autre, le verbe prend le pluriel (l'un et l'autre sçnt morts; l'un et l'autre guerrier sçjit de haute taille), mais l'un ou l'autre, ni l'un ni Vautre veillent le verbe au singulier (l'un ou l'autre a raison, mais lequel rJes. deux? ni l'un ni J'autre ne remportera la victoire).

509. Les conjonctions ou et ni apportent aussi quelques dérogations aux règles d'accord des verbes. Ni et ou veulent tantôt le verbe au pluriel (ni lor ni la grandeur ne nous rendent heureux; le courage ou le bonheur ont pu faire des héros), — tantôt ils le veulent au singulier (ni Jean ni Pierre n'a voulu travaillèr ;


la peur ou la misère lui a fait commettre une lâcheté).

L'usage apprendra à distinguer ces nuances.

III. — Accord du participe présent.

51 o. Le participe présent est toujours invariable.

Cette personne obligeant tous les malheureux est vraiment charitable; — l'orage, nous effrayant tous, redoubla.

511. Pris adjectivement, le participe présent est dit adjectif verbal et, comme tous les autres adjectifs, est soumis aux règles de l'accord. L'adjectif verbal exprime un état (L'obscurité est effrayante), tandis que le participe exprime une action (l'orage, en effrayant les animaux, dispersa tout le troùpeau).

Nos participes présents viennent des participes présents latins ; ceux-ci étant traités par les Romains comme de simples adjectifs, nos participes présents fuient toujours variables jusqu'à la fin du seizième siècle ; ce fut seulement en 1660 qu'Arnauld et Lancelot enseignèrent, dans leur Grammaire de Port-Royal, qu'il y avait lieu de distinguer dans les formes en ant un adjectif verbal déclinable et un participe présent indéclinable. Ce principe erroné (que Vaugelas avait admis en partie dès 1647) fut reconnu par l'Académie (dans sa séance du 3 juin 1679) et obtint dès lors force de lpi.

512. L'adjectif verbal, comme les autres adjectifs qualificatifs, est variable : la chaleur est écrasante ; les hurlements des loups sont effrayants.

IV. — Accord du participe passé.

4. Principes généraux.

513. Quand le participe passé est joint au substantif sans l'aide d'un verbe (comme dans : le mérite récom-


pensé, la vérité aimée, le bonheur passé), il est traité comme un adjectif, c'est-à-dire qu'il s'accorde toujours avec le nom en genre et en nombre (les mérites récompensés, les bonheurs passés, etc.).

514. Quand le participe passé est précédé du verbe être, il s'accorde toujours avec le sujet en genre et en nombre : il est ven u; elle est pen ue; ils sont ven us; elles sont venues.

515. Quand le participe passé est précédé du verbe avoir, et n'est accompagné d'aucun complément, il est toujours invariable; il a chanté, elle a chant é, ils ont chanté, elles ont chanté.

2, Participe avec l'auxiliaire ÊTRE.

516. Nous avons dit que le participe passé joint à l'auxiliaire être s'accorde toujours avec le sujet : la ville "est ouverte, le port est ferm é, ces fleurs sont épanouies.

517. Par conséquent, les verbes passifs, se conjuguant tous avec l'auxiliaire être (le roi est aimé), ont leur participe passé toujours d'accord avec le sujet (le roi est aim é, la reine est aim ée, les princes sont aimé s).

518. Il en est de même des quelques verbes neutres qui se conjuguent avec être (voy. S 297), tels qu'aller, venir, partir, arriver : conformément à la règle donnée au § 514, leur participe passé s'accorde toujours avec le sujet (il est venu, elle est venue, ils sont venus, elles sont venue s).


519. Dans les verbes impersonnels conjugués avec être (il est survenu un orage; il est arrivé des malheurs), le participe s'accordant avec le sujet il (§ 514) et celuici étant toujours invariable, il en résulte que le participe passé, dans les verbes de ce genre, ne change jamais.

Il est ici- invariable, parce qu'il représente, dans ce cas, non le pronom masculin ille (celui-là), mais le neutre latin illud (cela), d'où, tout naturellement, dans les locutions il fait chaud, Il neige, Il est invariable, et avec lui son participe passé. Nous avons déjà rencontré un autre débris du neutre latin en français, au S 202.

te 3. Participe avec l'auxiliaire AVOIR.

520. Tandis que le participe passé avec être dépend du sujet et varie avec lui, le participe passé avec avoir est toujours indépendant du sujet (j'ai vu le roi, ils ont vu le roi) et ne s'accorde qu'avec son complément (le roi que j'ai vu, les rois que j'ai vus).

521. Le participe passé avec avoir varie quand il est précédé de son complément direct et il s'accorde alors avec ce complément (les chevaux que j'ai vus ; les fleurs que j'ai coupées); mais il reste toujours invariable quand le complément qui précède est indirect (de tous ces malheurs f ai maintes fois gémi), ou quand le complément direct suit le participe au lieu de le précéder (j'ai vu la rose; j'ai vu des roses).

Dans notre vieille langue le participe avec avoir variait au gré de l'écrivain, même quand le complément suivait : il a achetée une ferme ou il a acheté une ferme (dans le premier cas achetée s'accorde avec ferme, dans le second acheté s'accorde avec un complément sous-entendu, cela : il a acheté cela, une ferme) ; on disait plus volontiers d'ailleurs, avec inversion, il a une ferme achetée.


A partir du seizième siècle, l'usage de l'invariabilité (quand le régime suit) commence à apparaître : quelques grammairiens (Palsgrave en 1530, Ramus, les Estienne) formulent déjà sur ce point des règles que le dix-septième siècle a fini par adopter en les modifiant. Mais on trouve encore à cette époque quelques traces de l'ancien accord du participe : il m à, droit dans ma chambre, une boite jetée, dit Molière dans Y École des maris, et Corneille, danjs les Horaces (V, 8) : le seul amour de Rome a sa main animée.

522. Les verbes neutres n'ayant jamais de complément direct (nuire à quelqu'un, gémir de quelque chose), le participe passé de ces verbes conjugués avec avoir est par suite toujours invariable. Cette mauvaise action nous a nui ; les mères ont gémi de tous ces malheurs.

*

523. Les verbes impersonnels conjugués avec avoir (il a neigé, il a plu, il a tonné), n'ayant point de complément direct, leur participe passé est nécessairement invariable. — Par analogie, on a étendu cette invariabilité au participe des verbes actifs employés comme verbes impersonnels (les grandes chaleurs qu'il a fait), bien que ces verbes aient un complément direct comme les verbes actifs proprement dits.

524. Les verbes réfléchis, comme nous l'avons vu au §301, peuvent être soit des verbes réfléchis par nature (s'écrouler), soit des verbes actifs (laver) ou neutres (nuire) que l'on emploie comme verbes réfléchis (se laver, se nuire). Suivant ces trois cas, le sort du participe passé est différent : 525. Les verbes réfléchis par nature (s'écrouler, s'évanouir, se cabrer, etc.) ont toujours leur participe passé variable, et s'accordent avec le pronom se qui représente le sujet (la jument s est cabrée; la malade


s'est évanouie; la maison s'est écroulée : c'est-à-dire la jument a cabré elle; la malade a évanoui elle, etc.), l'auxiliaire être dans ces verbes étant mis pour avoir, d'où l'accord, puisque le complément direct précède (voy. § 521).

526. Pour la même raison, les verbes actifs employés comme réfléchis accordent toujours leur participe [je me suis lavée, ils se sont lavés), c'est-à-dire ils ont lavé eux, — tandis que les verbes' neutres employés comme réfléchis (ils se sont nui) restent toujours invariables, puisque se représente ici un complément indirect (ils se sont nui, c'est-à-dire ils ont nui à eux).

527. Quand le complément direct suit, le participe du verbe réfléchi reste naturellement invariable : elle s'est brûlé le doigt (se est ici complément indirect, elle a brûlé le doigt à elle); cas qu'il ne faut point confondre avec le précédent où nous avons vu le participe s'accorder (comme dans elle s'est brûlée au doigt, c'est-à-dire elle a brûlé elle au'doigt, se étant ici complément direct).

528. Quand le participe est suivi d'un infinitif (ces femmes chantent bien : je les ai entendues chanter; - ces romances sont connues : je les ai entendu chanter à Paris), il s'accorde s'il a pour complément direct le nom ou le pronom qui précède, mais il reste invariable s'il a pour complément direct l'infinitif: ainsi le participe entendu varie dans cette pbrase : ces femmes, je les ai entendues chanter (parce que ce sont les femmes qu'on entendait chanter). J'ai entendu qui? ces femmes chanter. Ces femmes sont le complément direct d'm-


tendu, et comme ce complément précède, le participe s'accorde. Au contraire dans : ces romances je les ai entendu chanter à Paris, j'ai entendu quoi? chanter ces romances à Paris. Entendu ayant pour complément direct l'infinitif chanter, et ce complément étant placé après le participe, celui-ci reste invariable (voy. S 521).

529. Quand le (signifiant cela) précède le participe, celui-ci est toujours invariable: sa tranquillité n est pas aussi assurée quil taurait désiré (c'est-à-dire il aurait désiré cela, à savoir que sa tranquillité fut définitivement assurée).

Nous avons vu au § 202 que le (au sens de cela) est un débris du neutre latin, et que dès lors l'invariabilité du participe s'explique aisément.

4. Résumé.

530. En résumé, le participe passé, joint à l'auxiliaire être, s'accorde avec le sujet; joint à l'auxiliaire avoir, il s'accorde avec le complément direct s'il en est précédé, et reste invariable, si le complément direct est placé après le participe ou s'il n'y en a pas.

531. Nous avons vu successivement l'application de cette règle générale aux participes passés des verbes actifs (S passifs 517), neutres avec avoir (§520), neutres avec être (S 518), impersonnels avec avoir (S 523), impersonnels avec être (S 519), réfléchis par nature (§ 525), réfléchis par accident, soit neutres (S 526), soit actifs (S 527); enfin aux participes suivis d'un infinitif (S 528) ou précédés du pronom le (S 529).

«


V. — Complément du verbe.

532. Deux ou plusieurs verbes ne peuvent avoir un complément commun, que si ces verbes n'exigent pas des compléments de nature différente : L'enfant doit chérir et respecter ses parents : dans cette phrase, parents peut servir de complément à la fois aux deux verbes chérir et respecter, parce qu'on dit chérir 'quelqu'un, respecter quelqu'un; mais avec un verbe tel qu'obéir par exemple, qui ,veut un complément indirect (obéir à quelqu'un), on ne pourrait employer parents comme complément commun; on ne pourrait dire, par exemple : L'enfant doit obéir et respecter ses parents; il est alors nécessaire d'exprimer les deux compléments en disant : L'enfant doit respecter ses parents et leur obéir.

533. Quand un verbe a deux ou plusieurs compléments, ces compléments doivent être de même nature : on dira correctement : il aime à chanter et à dessiner,

ou il aime le chant et le dessiny mais on ne peut dire il aime le chant et à dessiner.



DEUXIÈME PARTIE.

SYNTAXE DES PROPOSITIONS.

I. — Définitions.

534. La première partie de la syntaxe nous a appris à assembler deux ou plusieurs mots pour en former une proposition simple : la seconde nous apprendra à réunir deux ou plusieurs propositions simples pour en former une proposition composée.

535. Il n'y a que deux manières de réunir les propositions simples pour en former une proposition composée : ou bien les propositions simples restent indépendantes, et l'on se borne, soit à les placer à côté l'uné de l'autre (je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu), soit à les réunir par une conjonction (Dieu est juste et sa bonté est infinie); — ou bien, des propositions simples, l'une dépend de l' autre, lui est soumise, ou comme on dit subordonnée, et on obtient alors une proposition composée de deux propositions simples, l'une principale, l'autre dépendante : L'homme sait que l'âme est immortelle est une proposition composée de deux propositions !-imp'es [f homme sait, et l'âme est immortelle), mais la seconde dépend de la première, qui est dite proposition principale.

536. Il y a donc deux espèces de propositions


composées, et il n'y en a que deux : 1° la première, composée de deux ou plusieurs propositions simples indépendantes l'une de l'autre (le roi est mort et son fils lui a succédé) ; 2° la seconde, composée de deux propositions simples dont l'une est principale et dont l'autre est dépendante ou subordonnée.

II. — De la proposition subordonnée.

537. On peut étudier toute proposition dépendante ou subordonnée à deux points de vue : 1° celui du sens, c'est-à-dire du changement ou des modifications que la proposition dépendante apporte au sens de la proposition principale; 2° au point de vue de la forme, c'est-à-dire de la manière dont la proposition dépendante est grammaticalement unie à la proposition principale : 1° Au point de vue du sens, je viendrai - quand il fera nuit, est une phrase composée d'une proposition principale (Je viendrai) qui affirme une action, et d'une proposition dépendante (quand il fera nuit), qui marque à quel moment se fera l'action indiquée dans la proposition principale.

2° Au point de vue de la forme, je viendrai - quand il fera nuit, est une proposition composée d'une proposition dépendante unie à la proposition principale par la conjonction quand.

538. Au point de vue du sens, les propositions subordonnées sont de deux sortes : 10 Les unes sont indispensables à la proposition principale pour en compléter le sens. Exemple : Il faudra - que vous veniez nous voir. La proposition subor-


donnée que vous veniez nous voir, donne à l'ensemble de la proposition son véritable sens, complète en un mot la proposition, d'où son nom de proposition subordonnée complétive.

2° Les autres se bornent à modifier la proposition principale en énonçant quelque circonstance accessoire, par exemple le temps, le lieu, la cause (J'irai quand vous serez à Paris; venez me voir, lorsque vous irez à la campagne). Quand vous serez à Paris, lorsque vous irez à la campagne, propositions dépendantes qui modifient la proposition principale par diverses circonstances secondaires de temps ou de lieu, sont dites pour cette raisôn propositions subordonnées circonstancielles.

539. Au point de vue de la forme, la langue française crée des propositions dépendantes et les unit à la proposition principale de cinq manières différentes.

540. La proposition dépendante est formée : 1° soit à l'aide d'un participe (Je lis - en marchant. Le coupable, - poursuivi par la justice, - sera bientôt atteint) ; — 2° soit à l'aide d'un infinitif (J'aime - à travailler); — 30 soit à l'aide d'une conjonction (Je sais - que - Dieu est bon); — 40 soit à l'aide d'un pronom relatif (Aimez Dieu - qui - vous protège) ; — 50 soit à l'aide d'un interrogatif (Savez-vous - où - vous allez?).

541. On a donc réparti en cinq classes les propositions dépendantes ou subordonnées, en leur donnant respectivement les noms de propositions participes, propositions infinitives, propositions conjonctives,


propositions relatives, propositions interrogatives.

Nous allons les passer brièvement en revue.

CHAPITRE I.

PROPOSITIONS PARTICIPES.

542. On appelle proposition participe toute proposition dépendante dont le verbe est au participe, soit présent (je lis - en marchant), soit passé (l'homme poussé par la faim - devient criminel). En marchant, poussé par la faim, sont des propositions participes.

543. Le participe peut occuper trois places différentes dans la proposition : 1° il peut se rapporter au sujet (l'homme - poussé par la faim - devient criminel) ; 2° il peut se rapporter au complément (plaignons l'homme - tombé dans le vice); 3° il peut, en apparence, ne se rapporter ni au sujet, ni au régime (tout étant fini, - nous nous séparâmes). On l'appelle, dans ce dernier cas, participe absolu.

544. Quand la proposition participe se rapporte au sujet et que celui-ci précède (l'enfant - ayant mangé des mets empoisonnés, - mourut sur-le-champ), on ne doit pas répéter le sujet devant le verbe. Il ne faut donc pas dire : l'enfant, ayant mangé des mets empoisonnés, il mourut sur-le-champ.


CHAPITRE II.

PROPOSITIONS INFINITIVES.

545. On appelle proposition infinitive toute proposition dépendante dont le verbe est à l'infinitif (il aspire - à régner; il aime - à travailler).

546. L'infinitif peut se rapporter, soit au sujet (le désir - de vaincre - le poussait aux combats), soit au régime (il travaillait par désir - de régner).

547. Le sujet du verbe à l'infinitif doit être le même que celui du verbe de la proposition principale (cet enfant s1 accoutume - à dormir - pendant le jour). Accoutume et dormir ont le même sujet. Mais on ne peut pas dire : on le renvoya sans avoir rien obtenu; car celui qui renvoie et celui qui n'a rien obtenu sont deux personnes distinctes. Il faut donc exprimer clairement ces deux sujets, et dire : on le renvoya sans qu'il eût rien obtenu, ou donner à la proposition composée un seul sujet par l'emploi du passif : il fut renvoyé sans avoir rien obtenu.

CHAPITRE 111.

PROPOSITIONS CONJONCTIVES.

548. On appelle proposition conjonctive toute proposition dépendante unie à la proposition principale par une conjonction (j espère que vous viendrez).

Que vous viendrez est une proposition conjonctive.


549. Nous avons vu au S 442 que les conjonctions sont de deux sortes : les conjonctions simples ou conjonctions proprement dites (quand, comme, si, car, etc.), et les conjonctions composées, appelées locutions conjonctives (à moins que, pourvu que, soit que, afin que, avant que). Il faut donc distinguer, dans les propositions conjonctives, celles qui sont formées à l'aide de conjonctions simples de celles qui le sont à l'aide de locutions conjonctives. t* 550. Le verbe de la proposition dépendante se met ordinairement à l'indicatif après une conjonction simple (je viendrai - quand - il vous plaira; je le ferai si - vous le voulez; j'agirai - comme - il vous plaira); — tandis qu'il se met au subjonctif après une locution conjonctive (je me lève - avant qu'il fasse jour; il marche bien, - quoiqu'il soit boiteux ; retenez-le - de peur qu' - il ne s'en aille). - Mais cette règle n'est point absolue et elle comporte un certain nombre d'exceptions que nous devons indiquer. > ■% I. — Emploi de l'indicatif.

f

551. Les verbes qui ont le sens de nier, de douter, de supposer, de croire, prennent l'indicatif quand la négation, le doute, la croyance s'affirment d'une manière absolue (Paul ignore que Charles est bien malade; je suppose que vous m'avez compris ; je crois que Charles est honnête; je sais que Pierre est venu). Dans tous les autres cas, ils prennent le subjonctif (je doute qu'il fasse beau ce soir ; je ne crois pas que Charles soit honnête ; je suppose que vous réussissiez).

552. Les verbes qui expriment la négation, l'interro-


gation et le doute prennent le futur quand ils sont précédés de la conjonction si. (Je ne sais s'il travaillera.

— Paul se demande s'il le pourra. — J'ignore si nous pourrons arriver à temps.) 553. Les locutions conjonctives qui suivent veulent toujours après elles l'indicatif : à mesure que, ainsi que, attendu que, aussi bien que, aussitôt que, autant que, de même que, depuis que, dès que, durant que, non plus que, outre que, parce que, pendant que, tandis que, tant x que, vu que.

554. Lés six locutions conjonctives : de manière que, de sorte que, en sorte que, si ce n'est que, sillon que, tellement que, se construisent tantôt avec l'indicatif, tantôt avec le subjonctif. Elles se construisent avec l'indicatif quand la phrase exprime un fait passé, positif, certain, absolu : Cet enfant s'est conduit de telle sorte que tous ses parents ont été contents. Elles se construisent avec le subjonctif quand la phrase exprime un fait futur, et qui pourrait bien ne pas avoir lieu : faites en sorte qu'il vienne, conduisez-vous de telle sorte que tout le monde soit content de vous.

II. — Emploi du subjonctif.

555. Nous avons vu aux SS 551, 552, dans quel cas le verbe de la proposition dépendante se met au mode subjonctif, mais nous n'avons point encore indiqué à quel temps du mode subjonctif on doit mettre ce verbe.

556. Pour le choix des temps du subjonctif, le verbe de la proposition subordonnée dépend toujours du verbe


de la proposition principale, et est soumis aux deux règles suivantes.

557. Si le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur de l'indicatif (je défends, je défendrai), le verbe de la proposition dépendante se met au présent du subjonctif quand l'action est encore à faire (je défends qu'il vienne, — je défendrai qu'il vienne) ; et au parfait du subjonctif quand l'action est déjà faite (je doute que vous ayez pu le faire, — je douterai toujours que vous ayez pu le faire.) 558. Si le verbe de la proposition principale est à l'un des temps du passé ou du conditionnel (je voulais, je voulus, j'avais voulu, je voudrais), le verbe de la proposition dépendante se met à l'imparfait du subjonctif quand l'action est encore à faire (je voulais qu'il vînt, j'ai voulu qu'il vînt, je voudrais qu'il vînt), et il se met au plus-que-parfait du subjonctif quand l'action est déjà faite (je ne savais pas que vous eussiez déjà étudié ce livre si complétement; — je n'aurais pas voulu qu'il eût fait cette déclaration).

559. Ces règles ne souffrent que deux exceptions : 1° Quand la phrase exprime l'idée d'une condition quelconque (le verbe principal étant au présent ou au futur de l'indicatif), le verbe de la proposition dépendante se met à Y imparfait ou au plus-que-parfait du subjonctif (le ne croirai jamais quil eût osé le faire, si on le lui avait défendu).

20 Quand la phrase exprime un fait permanent, qui se reproduit ou qui existe depuis longtemps, le verbe dépendant (quel que soit le temps du verbe principal) se met toujours au présent du subjonctif (Dieu a voulu


que l'homme éprouve sa puissance et non éprouvât sa puissance).

-560. Quand la phrase renferme deux propositions dépendantes avec si (Ma tristesse serait grande si Charles venait en France et s'il passait par Paris sans me voir), on peut remplacer le second si par que; mais dans ce cas, le verbe précédé de que se met au subjonctif (Ma tristesse serait grande si Charles venait en France et qu'il passât par Paris sans me voir).

CHAPITRE IV.

PROPOSITIONS RELATIVES.

561. On appelle proposition relative toute proposition dépendante unie à la proposition principale par un pronom relatif ( Craignons Dieu - qui - nous protège; J'aime l'enfant - qui - est courageux). Qui est courageux est une proposition relative.

562. Après un relatif, dans les phrases qui expriment la volonté, le désir, le doute, la négation, le verbe de la proposition dépendante se met au subjonctif (Je veux un serviteur qui m'obéisse; Je ne connais personne qui soit vraiment heureux).

563. Le verbe dépendant se met également au subjonctif quand le relatif est précédé du mot seul ou d'un superlatif (Votre frère est le seul - qui - soit habile; il est aussi l'homme le plus adroit que je connaisse).

564. Ces deux règles ne souffrent d'exception qu'au


cas où le verbe de la proposition dépendante renferme une affirmation absolue : J'ai rencontré un ouvrier qui m'a tiré (Tembarras ; achetez tous les meilleurs vins que vous trouverez, et expédiez-les-moi.

CHAPITRE V.

PROPOSITIONS INTERROGATIVES.

565. On appelle proposition interrogative toute proposition dépendante unie à la proposition principale par un interrogatif : Savez-vous qui je suis?

566. Dans les propositions interrogatives, le verbe se met à l'indicatifou au subjonctif, suivant que l'on considère comme certaine ou seulement comme douteuse la chose dont il s'agit : Croyez-vous donc que je sois si ignorantP Sait-il qu'il va à une mort certaine?

CHAPITRE VI.

RÉSUMÉ.

567. Toute proposition renferme trois termes (S 454) : le sujet, le verbe, l'attribut.

568. Le sujet est dit : 1° simple, quand il n'y en a qu'un (l'homme est mortel) ; 2° multiple, quand il y en a plusieurs (le loup et le chien ont une origine commune); 30 complexe, quand il a un complément (l'herbe


du jardin est verte) ; 4° incomplexe, quand il n'a pas de complément (l'herbe est verte).

569. L'attribut est dit : 1° simple, quand il n'y en a qu'un (l'homme est mortel); 20 multiple, quand il y en a plusieurs (il est grand et fort) ; 3° complexe quand il a un complément (il est incapable de marcher) ; 4° incomplexe, quand il n'a pas de complément (il est incapable).

570. On compte ordinairement dans une phrase autant de propositions qu'il y a de verbes : Quand il arriva, - son fils se jeta dans ses bras, - en pleurant); il y a dans cette phrase trois propositions, parce qu'il y a trois verbes. Mais dans certaines phrases qui ne renferment qu'un verbe au subjonctif (que Dieu vous assiste) ou à l'impératif (allez), ou sous forme interrogative (qui a dit cela?), il y a toujours un indicatif sous-entendu (je désire que Dieu vous assiste, je veux que vous alliez, je demande qui a dit cela), parce que dans les phrases de ce genre l'esprit conçoit en réalité deux propositions.

571. Il en est de même quand, pour rendre le discours plus rapide, on supprime l'un des verbes de la proposition composée (je l'aime comme mon frère, c'està-dire comme j'aime mon frère), et quelquefois même tous les deux : ainsi, au feu! signifie proprement allons au feu! c'est-à-dire il est nécessaire que nous allions au feu. Dans cette phrase sans verbe exprimé, il y a néanmoins deux propositions.

572. Le verbe de la proposition principale est toujours au mode indicatif, parce que l'indicatif est le mode


qui affirme et que toute proposition principale a pour but d'affirmer quelque chose.

573. Tout verbe à un autre mode que l'indicatif appartient à une proposition dépendante.

574. On peut étudier les propositions dépendantes ou subordonnées à deux points de vue : celui du sens, celui de la forme.

575. Au point de vue du sens, les propositions subordonnées se partagent en deux classes : les complétives (§ 537) et les circonstancielles (§ 537).

576. Au point de vue de la forme, les propositions subordonnées sont divisées en cinq classes : propositions participes (§ 542), infinitives (5 545), conjonctives (§ 548), relatives (§ 561), interrogatives (§ 565).


APPENDICE

DE L'ANALYSE



APPENDICE.

DE L'ANALYSE.

577. Les deux premiers livres (Étude des mots) nous ont appris la valeur propre de chaque partie du discours ; le livre III (Syntaxe) nous a montré comment les mots s'unissent et se combinent pour exprimer nos pensées.

578. Pour rendre plus familières à l'élève ces règles grammaticales, il faut l'obliger maintenant à faire l'opération inverse : il a appris à composer des phrases suivant les règles prescrites par la grammaire, il faut lui apprendre à présent à décomposer une phrase dans ses éléments simples, c'est-à-dire dans ses mots, pour lui montrer la valeur et l'importance de chacun d'eux.

Cette décomposition est appelée par les grammairiens analyse (du grec '(Xvd.ÀU(jtç, décomposition, résolution d'un composé en ses éléments).

579. Quand un être ou un objet se présente à notre esprit, nous l'examinons nécessairement aux trois points de vue de sa nature, de sa forme, de sa fonction : nous cherchons d'abord quelle est sa nature (si c'est une plante


ou un animal, si c'est un cheval ou un chien, etc.). -L Quand nous avons déterminé sa nature, nous nous demandons quelle est sa forme. Si nous savons, par exemple, que c'est un chien, en quoi diffère-t-il des êtres de même espèce? L'étude de la forme nous dira si ce chien est mâle ou femelle, jeune ou vieux, beau ou laid, gros ou maigre, etc. — Quand nous connaissons la nature et la forme de l'animal, il nous reste, pour que notre idée soit complète, à savoir quelle est sa fonction. Garde-t-il la maison ? est-il employé à la chasse ? tourne-t-il la meule ?

Quand nous avons une réponse à ces trois questions, nature, forme et fonction, notre idée de l'être ou de l'objet est complète.

580. La grammaire nous apprend de même à étudier les mots sous trois aspects : leur nature (s'ils sont, par exemple, adjectifs ou verbes, articles ou noms), leur forme (s'ils sont masculins ou féminins, singuliers ou pluriels), enfin leur fonction dans la phrase (servent-ils de sujet, servent-ils d'attribut?). L'analyse, qui décompose les différentes espèces de mots dont est formée une phrase, comprendra donc trois opérations : analyse de la nature des mots, analyse de la forme des mots, analyse de la fonction des mots.

581. Analysons, par exemple, cette courte phrase, la nouvelle princesse est maniérée, et étudions les mots : 1° Dans leur nature : la est un article défini (voy.

S 135) nouvel le un adjectif qualificatif (voy. § 143); princesse un substantif (voy. § 64) dérivé [du masculin prince par le suffixe esse qui sert (voy. § 69) à former des féminins; est est verbe (voy. S 284); maniérée est

il


un adjectif (voy. S 143) dérivé du substantif manière par le suffixe é qui sert à créer (voy. S 174) des adjectifs nouveaux à l'aide des noms. — Ce premier genre d'analyse est très-important pour nous habituer à connaître la valeur précise des mots et les changements de sens qu'apportent les divers préfixes ou suffixes.

2° Dans leur forme grammaticale : les quatre mots la (S 136), nouvelle (S 145), princesse (S 68), maniérée (S 145), sont au féminin singulier; est est la 3e personne du présent de l'indicatif du verbe être (voy.

S 285). Il est inutile d'ajouter que l'élève devra expliquer pourquoi le dernier e de maniérée sert à marquer le féminin (voy. S 145), et pourquoi le féminin nouvelle est irrégulièrement formé de nouveau (voy.

§ 149).

3° Dans leur fonction, c'est-à-dire leur rôle logique dans la phrase : la princesse est maniérée est une phrase composée d'une seule proposition (voy. S 454), puisqu'il n'y a qu'un verbe (voy. S 570); d'une proposition principale puisque ce verbe est à l'indicatif (voy. S 572). — Le sujet de la proposition (voy. S 567) est princesse, qui a pour complément (voy. S 456) l'adjectif nouvelle; — le verbe (voy. S 454) est est; l'adjectif maniérée forme l'attribut (voy. S 454), qui est simple (voy. S 569) et incomplexe (voy. S 569).

582. On appelle le premier genre d'analyse qui étudie la nature des mots, analyse étymologique; le second, qui étudie leurs formes grammaticales, porte

le nom d'analyse grammaticate-L le trois i ème, qui étudie leur fonction dans LrrpKrase, Appelle analyse logique. y



TAM#^ ^RHABÉTIQUE

IWIVOTIERES.

[Les chiffres indiquent les pages.]

A, prép., 187.

— mis pour de, 202.

A et Able (suffixe), 82.

Absoudre, 161.

Accents orthograph., 34.

— circonflexe, 18, 34.

- grave, 19, 34.

- aigu, 19, 34.

Accent tonique, 31.

Accord du verbe avec le sujet, 212.

— de l'attribut avec le su.

jet, 199.

— de l'adjectif, 204.

— du participe, 215.

Acquérir, 154.

Actif (verbe), 103, 128.

Ade (suffixe), 50.' Adjectifs, 67.

Formationduféminin, 67.

-Formation du pluriel, 82.

- Degrés de signification, 73.

- Formation, des adjectifs, 75.

Adjectifs dérivés deg su b- stantifs, 79.

- d'autres adjectifs, 80.

- tirés des verbes, 81.

Adjectifs numéraux, 83.

— cardinaux, 83.

— ordinaux, 85.

— employés comme adv., 204.

Adjectif (accord de 1'), 183.

— (complém. de f), 206.

Adjectifs démonstratifs, 95.

— possessifs, 92.

— indéfinis, 99.

Adjectif verbal, 215.

Adverbe, 179.

Adverbes (différentes espèces d'), 180.

- (adj. employés comme), 204.

Age (suffixe), 51.

Aide, 44.

Aigre-doux, 204.

Aille (suffixe), 54.

Ailleurs, 180.

Aimer, 129.

Ain, aine (suffixe), 51.

Ain (suffixe), 77.

Aller, 149.

— son histoire, 150.

Amour, 44.

Analyse étyinolog., 237.

- graminat., '237.

— logique, 237'.

Ance (suffixe), 62.

Anti (préfixe), 76.

Apostrophe, 35.

Apposition, 202.

Archi (prpfixe), 75.

Ard (suffixe), 51.

Ard (suffixe), 82.

Article, 63.

défini, 6%.

- indéfini, 66.

- (répétition de 1'), 203.

— (suppression de l'), 203.

As, asse (suffixe), 54.

Asseoir, 172.

Assez, 213.

Al (suffixe), 50.

Aire (suffixe), 80.

Attribut, 199.

— (accord de l'), 199.

Aucun, 99.

Aud (suffixe), 81.

Autre, autrui, 100.

Auxiliaires (verbes), 121.

— leur emploi dans les verbes neutres, 139 Avoir, 126.

— son hist., 128..

Beaucoup, sujet, 213.

Béni, bénit, 151.

Bien (préfixe), 76.

Boire, 161.

JJolliltir, 155.

Braire, 162.

Brui're, 162.

C'a, 97. 180.

Ce, sujet, 213.

Cédille, 35.

Celui, 96.

Celui-ci, celni-là, 97.

Cent, 207.

Certain, 100.

Cet, ce, cette, ces, 95.

C/¡aque, chacun,100, 212Chez, 188.

Choir, 173.

67, 95.

Clair-semê, 182.

Clore, 162.

Collectifs (noms), 212.

— sujets, 212.

Comment, 184.

Comparatif dans les adj., 73.

— dans les adv" 1 83.

Complément du verbe, 101.

J- direct, 102.

— indirect, 102.

Composés (noms), 47.

Conditionnel, (16.

Conduire, 163.

Confire, 163.

Conjonctions, 190.


Conjonctions simples, 191.

Conjoncti ves (locutions), 192, — (propositions), 227.; Conjugaisons, 107.

- leur histoire, 108.

- mortes, 110. J Connaître, 163.

Consonnes, 24* - gutturales, 25.

- dentales, 26.

- labiales, 26.

liquides et nasales, 28.

- (tableau des), 31.

Contraction, 65.

Contre, 187.

Coudre, 163.

Courir, 155.

Court-velu, 182.

Craindre, 164.

Croire, 164.

Croître, 164.

Cueillir, 156.

De, s.-ent. dans Fête-Dieu, 201.

De et duj 202.

Déchoir, 173.

Défectifs (verbes), 145.

Dehors, 180.

Délice, 44.

Demain, 181.

Demi, 205.

Demi (préfixe). 76.

Démonstratifs, 94.

Des et dès, 34.

Diphtliongues, 22.

Dire, 165.

Dont, 98.

Dormir, 156.

E, sa prononciation, 19.

E (suffixe), 52, 77.

Eau, elle (suffixe), 55.

Eau, elle (adj. en), 68.

Échoir, 173.

É clore, 165.

Écrire, 165.

El, elle (adjectifs en), 68.

Elision, 65.

En, 202,210.

En, enne (adjectifs en), 68.

Enseigne, 44.

Envoyer, 149.

Er (conjug. en), 149.

Er (suffixe), 77.

Er, ier (suffixe), 52.

Eric (suffixx), 53.

Esse (suffixe), 53, 5 7.

Et, eue (suffixe), 56, 80.

Et, ette (adjectifs en), 68.

Être, 122.

— son hist., 124.

Étyinologique( analyse ),236.

Eur, eure (adjectifs en), 70.

Eur, isseur (suffixe), 62.

Eur, euse (adjectifs terminés en), 70.

Eur, ice (adjectifs terminés en), 71.

Eur, eresse (adjectifs terminés en), 71.

Eux, euse (suffixe), 77.

Faillir, 156.

Faire, 165.

Falloir, 173.

Férir, 156.

Feu, 206.

Florissant, 152.

Formation des temps, 119.

— des verbes, 176.

Franc, 70.

Français (naissance du), 7.

Frire, 166.

Fuir, 157.

Futur simple, 115.

Garde, 44.

Genre dans les noms, 41.

— dans les adjectifs, 67.

Gens, 44.

Gésir, 157.

Grammaticale (iuialyse),236.

H, muette ou aspirée, 30.

Hair, 152.

Ici, 95.

If (suffixe), 82.

If, ive (ndjcct. en), 69.

Imparfait de Tindic., 113.

- du subj., US.

Jmpératif, 117.

Impersonnels (verbes), 104, 145.

- (synt. des), 213.

In (préfixe), 76.

Indéfinis (adj. et pron.), 99.

— (synt. des), 210.

Indicatif (dans la propos, subord.), 228.

Infinitif, U9, Infinitive (prop.), 2'27.

Ilitrod uctioll du latin er Gaule, 5.

Interjection, 192.

Interrogatifs (pron.), 98.

Interrogalive (conjug.), 135 — (propos.), 232.' Ir (conjug. en), 151.

Irréguliers (verbes), t47.

Is (suffixe), 63.

Iss (conjolg. avec), 151.

Iste (suffixe), 54.

Ison, aison (suffixe), 64.

Joindre, 166.

Là, 89.

Langue d'oïl et langue d'oc, 7.

La plupart, sujet, 213.

Le, la, les, articles, 65.

— pronoms, 90, 208.

-avec un part. passé, 218.

Leur, 92, 209.

Lire, 166.

Losrinue (analyse), 236.

Lui, 89.

Luire, 166.

L'un et l'autre, sujet, 214.

L'un ou l'autre, sujet, 214.

Ma/ (prefixe), 76.

Malgré, 189, Même, 96, 100, 213,] Ment (suffixe), 63.

Mentir, 157.

Mettre, 166.

Mille, 207.

Modes, 105.

Mon et mien, 92.

Mort-né, 182.

Moudre, 166.

Mourir, 157.

Mouvoir, 174.

Moyennant, 189.

Naître, 167.

Ne. pas ; ne. point, 185.

Negation (adv. de), 185.

Neutres (verbes), 103, 139.

- (conjug. des), 140.

Ni. ni, sujet, 214.

Ni l'un ni l'aune, sujet, 214.

Notn (du), 40.

- (accord), 201.

- (complém. du), 201.

Noms composés (plurieldes), 47, Nombre dans les noms, 4j.

— dans les adjectifs, 72.

- dans les verbes, 104.

Notre et notre, 92, 93.

Nouveau-ne, 182.

Nu, 205,

Nuire, 167.

Nul, 100, 101.

Numéraux-(adjectifs), 83,


0 (voyelle), 21.

Offrir158.

Oir (conjug. en), 170.

Oir (suffixe), 64.

On, sujet, 100.

OH, l'on, 100.

On (suffixe), 56, 65.

Orgue, 44.

Orthographe, 15.

Ot (suffixe), 57, 81.

Ouj 181, 191.

Ou (sujets unis par), 214.

Où (</'), dont, 98.

OUlr, 158.

Ouvrir, 158.

l'ailre, 167.

Par, 186.

Paraître, 168.

Participe (du), 119.

— présent, 119.

— (accord du), 215.

— passé, 119.

— (accord du), 215.

— dans les verbes actifs, 219.

— emploi avec àre, 215.

— avec un infinitif, 219.

— empl. avec a loir, 217.

Participe du verbe neutre, 218.

- du verbe impersonnel, 218.

- du verbe réfléchi, 218.

Participe (prop.), 226.

Participe absolu, 226.

Parties du discours, 39.

Partir, 158.

Passif (verbe), 103, 136.

Patois français, patois pro.

vençaux, 4.

Pays étrangers où l'on parle français, 4.

Peindre, 168.

Personnes grammaticales,88.

Personnels (pronoms), 88.

Personnels (verbes), 103.

Peu, 183, 213.

Peut-être, 186.

Plaire, 168.

Pleuvoir, 174.

Plupart (la), 215.

Pluriel des mots invariables, 48.

— des noms composés, 47.

Plus-que-parfait de l'ind., 120.

- du subj., 120.

Possessifs (pronoms), 91.

- (synt. des), 209.

Pouvoir, 174.

Premier-né, 182.

Prendre, 168.

Préposition, 186.

- (emploi de la), 187.

— (formation des), 187.

Prépositive (locution), 190.

Présent de l'indicatif, 111.

— du subjonctif, 118.

l'rélérit, 114.

Principale (proposition),223.

Pronom (du), 88.

Pronoms démonstratifs, 94, 96.

- illdéfinis, 9!1, 100.

- interrogatifs, 98.

- personnels, 88.

- possessifs, 91, 93.

- relatifs, 97.

Proposition (de la), 197.

- simple, 197.

- composée. 197.

- (synt. des), 223.

- dépelldantes, 223.

- subordonnées, 224.

- sub. ciri onstanc., 225.

Proposi tiolls (forma tion des), 225.

— (des cinq espèces de), Provinces de la France où l'on ne parle pas français, 3.

Quand, 191.

Que, 97.

Quel, lequel, 98.

Quelconque, quiconque, 99.

Quelque, 99, 211.

Quel que, 211.

Qui, sujet, 97, 98.

Quiconque. 100.

Quoi, 97.

Radical (dans les verbes), 104.

Re (conjug. en), 160.

Réciproques (verbes), 142.

Réfléchis (verbes), 103, 142, - (conjug. des), 143.

Relatifs (pronoms), 97.

Relative (propos.), 231.

Résoudre, 169.

Rire, 169.

Romane (naissance de la langne), 6.

Rompre, 133.

Savoir, 174.

Sentir, 158.

Seoir, 175.

Signes orthographiques, 34.

Son, sa, ses, 92.

Sortir, 159.

Souffrir, 159.

Sous, sur (préfixes), 76.

Statistique de la langue française, 11.

Subjonctif (présent du), 118.

— son emploi dans les prop.

subordonnées, 229.

Subordination des proposit., 224.

Suffixes (des), 50.

— diminutifs, 55.

Suivre, 169.

Sujet du verbe, 101.

Superlatif, 73.

Syllabes, 31.

Syntaxe, 197.

— des mots, 198.

— des propositions, 198.

Taire, 169.

Tel, 100.

Temps, 107.

-simples, 107.

- composés, 107.

- formation des temps si 111ples, 110.

- formation des temps composés, 119.

Tenir, 159.

Terminaison (dans les verbes), 104.

Tout, 210.

Traire, 169.

Trait d'union, 36.

Travail, 47.

Tréma, 35.

Tressaillir, 159.

Trop, 213.

U (suffixe), 80.

Vitra (préfixe). 76.

Ure (suffixe), 65.

Vaincre, 170.

Valoir, 175.

Venir, 159.

Verbe, 101.

— (sujets et complém.

101.

— personnel, (02.

- actif, 103, 128.

- passif, 103,136.

— neutre, 103, 139.

réfléchi, 103, 142.

- (synt. du), 213.

- impersonnel, 145.

- (accord du), 212.


Vrrbe (compl. du), 221.

Vêtir, 159.

Vingt, 207.

Vis-à-vis, 190.

Vivre, 170.

Voici, yoi/à. 188.

Voir. 175.

Vau loir, 176.

Voyelles, 17.

Y (voyelle), 22.

Y, adverbe, 181.

MX DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES.


TABLE\DES MATIÈRES.

INTRODUCTION.

Notions préliminaires sur l'histoire et la géographie de la langue française 3 But et définition de la grammaire française 12

LIVRE PREMIER. — ÉTUDE DES LETTRES.

CHAPITRE 1. - DE L'AT.PHADET.. , , , , , , , , , , 15 CHAPITRE II. - DES VOYELLES PUIIKS", , , , , , , , , , , , , , , 17 CHAPITRE III. - DESDIPHTHO\GUES. 22 CHAPITRE IV. - DES VOYELLES NASU.Ii,.;, , , , , , , , , , , , , , , , , , , 23 CHAPITRE V. - DES CONSONNES. , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , 24 1. Gutturates 25 2. Dentales.,. ",:.,.,.,. 26 3. Labiales 27 4. Liquides et nasales 28 6. Résumé 29 CHAPITRE VI. — SYLLABES. ACCENT TONIQUE. 31 CHAPITRE VII. — DES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES. , , , , , , , , , 34

LIVRE DEUXIÈME. — ÉTUDE DES MOTS.

Définitions. Parties du discours 39

CHAPITRE I. - DU NOM OU SUBSTANTIF.

Définitions 40 SECTION i. - Du GENRE DANS LES NOMS, ",. 41 1. Règle 41 2. Irrégularités 44 SECTION II. — Du NOMBRE DANS LES NOMS. , , .,.,. 45 1. Irrégularités 46 2. Pluriel des noms composés 47 SECTION Ill. — FORMATION DES NOMS 48 1 Par les noms 48 1 Avec préfixes 49 2. Avec suffixes 50 2. Par les adjectifs 57 3. Par les verbes. , ., .,. , ",,' 58 I. Avec les temps du verbe 59 II. Allee suffixes. , , , , ,,' , , , , , , , , , , 61

CHAPITRE Il. - DE 1 ARTICLE.

Définitions 6 II SECTtOKI.—AKTICt.EDKFIKI. 66 1. Singulier (élision) 67 2.Pluriet (contraction). 67 SECTION ii. - ARTICLE INDEFINI. , , , , , , , , , , , , , , 68


CHAPITRE 111. - DE t/ADJECttr.

Définitions 09 SECTION I. — Du FÉMININ DANS LES ADJECTIFS,. , , , , , , , , , , 69 1. Règ)e. 69 2. Exception 73 SECTION II. — Du PLURIEL DANS LES ADJECTIFS 74 A. Règte. 7t 2. Exceptiun. , ,..,..,., 74 SECTION ni. — DEGRÉS DE SIGNIFICATION é 76 4. Comp~tratif 75 2. Superlatif , , , > 76 SECTION IV. — FORMATION DES ADJECTIFS, , , , , , , , , , ,. 77 1. Composition i , 17 2. Dérivation ,. 78 4. Par les noms « 19 2. Par les adjectifs.. , , , , ¡ , , , , , , , , , , , , , 80 3. Parlesl'erbes.,. 81

CHAPITRE IV. — JSOMS DE NOMBRES.

Définitions 83 SECTIONI.——NOMBRES CARDINAUX. 83 SECTION Il. - NOMBRF .S ORDINAUX. , : , , , , , , ,.,., 85

CHAPITRE V. — DU PRONOM.

Définitions 88 SECTION I. - PRONOMS PERSONNELS.. , , , ".,..,.,,' 88 SECTION II. - PRONOMS POSSESSIFS 9f 4. Adjectif possessif, , , , , , , , , , , , , , , , 92 2. Pronom possessif 93 SECTION III. - PRONOMS DÉMONSTRATIFS M •). Adjectif démonstratif ■ • 95 2. Pronom démonstratif 96 SECTION IV. — PRONOMS RELATIFS • • SECTION V. — PRONOMS INTERROGATIFS" , , , , , , , , , ,. , ., 98 SECTION VI. — PRONOMS INDÉFINIS 99 t. Adjectifs indéfifiis , , , ",.,. 99 2. Pronoms indéfinis 400

CHAPITRE VI. — DU VERBE.

SECTION I. - DÉFINITIONS.<.-.-- 1 ()' ■i. Sujet. Verbe. Complément '•Ol 2. Des cinq espèces de verbes - • • ^02 3. Radical. Terminaison '•Oi 4. Nombres , , , , , , , , ," , , , , 404 5. Personnes *"5 6 Modes 4 05 7 Temps • 8. Conjugaison *07 SECTION Il. — FORMATION DES TEMPS SIMPLES. , ,.' *<0 1. Présent de l'indie~itif 414 2. Imparfait del'indicatif.-"--- 3. Prétérit * * *


4. Futur simple 4 *5 4. Conditionnel simple 4 4 6 6. Impératif 417 7. Présent du subjonctif 418 8. Imparfait du subjonctif ■US 9. Infinitif et participes 449 SECTION III. — FORMATION DES TEMPS COMPOSAS 449 1. Auxiliaire être 4 22 2. Auxiliaire avoir - 4 26 SECTION IV. — VERBES ACTIFS 4 28 1 Première conjugaison : Aimer 4 29 2. Deuxième conjugaison: Finir., , , , , , ,.,.. 4 34 3. Troisième conjugaison : Rompre. 4 33 SECTION V. - VERRES PASSIFS 3® SECTION VI. — VERBES NEUTRES 439 SECTION VII. — VERRES RÉFLÉCHIS > 4 42 SECTION VIII. — VERBES IMPERSONNELS ■•4 5 SECTION IX. — VERBES IRRÉGULIERS 4 47 4. Première conjtigaison (er) 4 49 2. Deuxième conjugaison (ir) , , , , , , , , , , , , , , , 454 1 Conjugaison avec iss 4 51 2. Conjugaison directe en ir 4 52 3. Troisième cor~jugaison (#-e) ., 4 60 Conjugaison en oir 4 70 SECTION X. - FORMATION DES VERBES 476 4. Composition 4 76 2. Dérivation 478 CHAPITRF VIT. — Du PARTICIPE 4 79

CHAPITRE VIII. — DE L'ADVERBE.

SECTION J. - Du SENS DES ADVERBE.S , , , , , , , ., 4 80 1 Adverbes de lieu 4 80 2. Ad verbes de temps 4 81 3. Adverbes de manière 484 4. Adverbes de quantité 4 83 5. Adverbes d'interrogation 4 84 G. Adverbes d'affirmation, , , , , ,',.,. 4«4 7. Adverbes de négation 4 85 8. Adverbes de doute 4 86

CHAPITRE IX. - DE LA PREPOSITION.

I. PREPOSITIONS SIMPLFS 4 87 II. PRÉPOSITIONS COMPOSÉES 4 90

CHAPITRE X. —— DE LA CONJONCTION.

I. CONJONCTIONS SIMPLES 4 91 II. LOCUTIONS CONJONCTIVES 492 CHAPITRE XI. — DE L'INf ERJECTION. 4 92

LIVRE TROISIÈME. — SYNTAXE.

Définitipns. 197


Première partie. — Syntaxe des mots.

£ nitioiis <99 CHAPITRE I. - SYNTAXE DU SUBSTANTIF.

I. ACCORD DU SUBSTANTIF. 201 II. COMPLÉMENT DU SUBSTANTIF; 2QI

CHAPITRE II. - SYNTAXE DE L'ARTICLE.

I. ACCORD DE L'ARTICLE DÉFINI. 203 II. ACCORD DE L'ARTICLE INDÉFINI. 203

CHAPITRE III. — SYNTAXE DE L'ADJECTIF.

I. ACCORD DE L'ADJECTIF.; 204 II. COMPLÉMENT DE L'ADJECTIF. , 206

CHAPITRE IV. - SYNTAXE DES NOMS DE NOMBRES.

I. ADJECTIFS CARDINAUX. L 206 II. ADJECTIFS ORDINAUX. 207

CHAPITRE V. - SYNTAXE DU PRONOM.

I. PRONOMS PERSONNELS. , 208 II. PRONOMS ET ADJECTIFS POSSESSIFS. ; 209 III. PRONOMS ET ADJECTIFS INDÉFINIS ',. 210

CHAPITRE VI. — SYNTAXE.DU VEBBE.

I. ACCORD DU VERBE AVEC UN SEUL SUJE.T-. 212 II. ACCORD DU VERBE AVEC PLUSIEURS SUJETS 214 III. ACCORD DU PARTICIPE PRÉSENT ■ 215 IV. ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ 215 4 Principes généraux a 1 s 2. Participe avec ÊTRE 2H6 3. Participe avec A VOIR.. , "," 217 4. Résumé. , .,-.,. 220 V. COMPLÉMENT DU VERBE. ; , - 221

Deuxième partie. — Syntaxe des Propositions.

4. Définitions 223 2. De la proposition subordonnée • 224 CHAPITRE I. — PROPOSITIONS PARTICIPES » — 226 CHAPITRE II. — PROPOSITIONS INFl-NITIVES. 227

CHAPITRE III. PROPOSITIONS CONJONCTIVES.

I. CONJONCTION AVEC L'INDICATIF - , - 228 II CONJONCTION AVEC LE SUBJONCTIF. i t' 1'.1' 229 CHAPITRE IV. — PROPOSITIONS RELATIVE^:,;^ 23'1 CHAPITRE V. — PROPPSITIONS INTERRO^ES,-. ■ 232 CHAPITRE VI. RÉSUMÉ /•©;/ R.VVKV 232

APPENDICE. — IFE3'4NAÀ4SE. I I DE L'ANALYSE 1 - * 235

FIN DE LA TABLE ^ËGP.ILS^ÈRESV

H 2851, — Typographie Laliure, rtf^de Paris.





EXERCICES v\ il SUR LA nouvelle grammage français: \| il * il I , DE M. AUGUSTE BRACHET ijl * il & 1 //ParM- DUSSOUCHET, professeur au lycéeCharlemagneU gU | 1 volume in-12 HlnfMu I PETITE GRAMMAIRE FRANÇAISE j N FONDÉE SUR L'HISTOIRE DE LA. LAKOT |jjl A l'usage des classes élémentaires et des écoleÎ H IH primaires, par M. Auguste BRACHET. 1 volume in-12. H|||l MORCEAUX CHOISIS - 11 DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS ||| DU IXe A LA FIN DU XVe SIÈCLE 11l|j| PAR M. AUGUSTE BRACHET. 1 volume ia-12. |j| MORCEAUX CHOISIS j j|j * des II | Recueil publié avec une introduction, des notes ,' j j il i\\ et un lexique, par lVI. Auguste BRACtlliT. 1 Mm volume in-12, cartonné. Jj |j| Paris, - Typographie Lahure