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LA DICTATURE HITLÉRIENNE EN ALLEMAGNE

Les chances du Führer

Berlin, 31 mars.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

La dictature hitlérienne a pris possession de l'Allemagne, et c'est pour longtemps. Tout ce qui n'est pas hitlérien a dû filer doux ou se terrer. Tout a cédé, s'est incliné ou s'est courbé devant la force ou la violence.

Dans cette révolution, le magnétisme personnel d'Adolf Hitler a joué un rôle énorme. Le Führer peut se flatter d'avoir réveillé les instincts agressifs qui dorment âu fond de tout Allemand et qui valurent naguère aux Germains le surnom de barbares.

Quand les hitlériens de marque déclarent qu'ils n'ont pas d'intentions hostiles à l'égard de l'étranger, ils sont vraisemblablement sincères. Leur agressivité est pour le moment tournée vers les ennemis du dedans communistes, social-démocrates, israélites. Néanmoins, l'exemple d'Hitler et sa formidable propagande ont créé en Allemagne un nouveau type d'homme qui est tout le contraire du citoyen pacifique et conciliant que l'on trouve encore dans les pays libéraux.

L'hitlérien est un citoyen galvanisé à l'extrême, un sectaire farouche qui déteste tout ce qui n'est point de son bord et qui est prêt à piétiner quiconque s'oppose à sa volonté ou à ses idées. Un S. A. dans les rues de Berlin produit en ce printemps 1933 à peu près le même effet qu'un garde rouge, à Petrograd, en 1918. Partout où paraît le partisan, il sème la terreur ou, pour le moins, l'intimidation on n'ose s'écarter, mais on coule vers lui des coips d'oeil apeurés. Au milieu d'hommes qui n'ont que leurs mains pour se défendre et qui sont embarrassés dans leurs vêtements civils, le S. A. est l'être supérieur qui porte une tenue combative, des bottes impérieuses et un menaçant parabellum. Quand un S. A. pénètre dans un café avec son air dominateur, les consommateurs en compagnie se font aussitôt plus silencieux, les solitaires affectent un intérêt subit pour quelque illustré et ceux qui ont voté pour la croix gammée s'empressent de lever le bras.

Si cette domination brune se fait sentir fortement et partout dans la capitale, on imagine jusqu'où elle peut aller dans le cercle restreint d'une petite ville ou d'une bourgade. Là, à moins d'être soi-même nazi, on ne respire çlus du tout. En Russie, les rouges massacraient les blancs. En Allemagne, les bruns tuent rarement, mais ils soumettent les « suspects à une intense asphyxie moraie. Le mot d'ordre est bien simple en dehors de l'hitlérisme, il n'y a point de salut. Même les deutschnationaux qui ont ouvert l'accès du pouvoir aux nazis ne sont plus en odeur de sainteté. On a vu l'autre jour les Casques d'acier de Brunswick conduits au violon comme de vulgaires « sozis m. A mesure que les semaines passent, la tendance hitlérienne à détenir le pouvoir sans partage s'accentue de plus en plus.

Les ministres non-hitlériens du cabinet Hitler devront probablement, avant qu'il soit longtemps, se soumettre ou se démettre. M. von Papen, que la vice-chancellerie ne satisfait pas entièrement, espérait bien devenir président du Conseil de Prusse, mais le poste a été laissé vacant avec l'indication qu'il devrait être nécessairement occupé par un national socialiste. M. von Papen, qui n'est plus membre du parti catholique et navigue pour l'instant entre deux eaux, sait ainsi ce qui lui reste à faire pour demeurer persona grata.

Si cette métamorphose s'accomplit, il est possible que M. von Papen se voie finalement gratifié d'un portefeuille qu'il désire plus encore, celui de la Wilhelmstrasse. Dans ce cas, M. von Neurath retournerait à Londres. Quant aux Hugenberg, aux Seldte, ces représentants démodés de la vieille Allemagne ne sont déjà plus que des pantins aux mains de leurs collègues hitlériens.

Au sommet reste cependant un vieillard qui n'a rien d'hitlérien et qui, il y a queques crois encore, ne voulait pas entendre parler d'Hitler comme chancelier. Sa tête chenue a été couverte de fleurs à la cérémonie de Potsdam. Le Führer a-t-il jeté tant de fleurs pour l'endormir et l'étouffer ?.

Le maréchal Hindenburg est fort âgé il aspire depuis longtemps au repos. Cet automne déjà, on lui prêtait l'intention de se retirer dès que les graves questions politiques en suspens seraient résolues. Elles le sont. L'Allemagne a un dictateur. Le vieux président estimera sans doute bientôt que pour le troisième Reich deux maîtres c'est de trop. L'ascension prodigieuse d'Adolf Hitler n'est donc pas encore terminée. Son immense popularité, le plébiscite de dix-huit millions d Allemands le prédestinent à la première magistrature de l'Etat. Mais il n'est pas certain qu'Hitler lui-même et surtout ses prétoriens trouvent ce

titre suffisant. Quand il cherche des modèles, Hitler hésite entre Cromwell et Frédéric II. Il rêve en somme d'être une sorte de roi non couronné. Le titre de Reichsverweser (régent du Reich), ou quelque chose d'approchant, conviendrait autant à sa secrète ambition qu'à son extérieure modestie.

Dans son discours au Reichstag, le Führer a écarté l'éventualité prochaine d'une restauration monarchique. Il l'a fait autant pour couper court aux intrigues des Wittelsbach à Munich, qu'aux espérances des légitimistes prussiens. Hitler n'a jamais été monarchiste. Devenu dictateur, pourquoi travaillerait-il maintenant pour le kronprinz ? Le fils aîné du kaiser est le candidat des deutsch-nftionaux, mais il n'est pas celui .des hitlériens. La vérité est que la Vieille Allemagne oppose déjà le kronprinz à Hitler, espérant ainsi mettre un frein nouveau et définitif à ses aspirations de toutepuissance. Mais le chef des nazis a discerné le coup et saura certainement l'esquiver.

Au cas où ses vœux se réaliseraient, Hitler n'aurait plus rien à envier à M. Mussolini. Ou plutôt, c'est le duce qui pourrait considérer avec envie le Führer, son imitateur i germanique. qui n'aurait aucune ombre royale au-dessus de lui. Lucien BOURGUÈS

MOUVEMENT DIPLOMATIQUE

De haut en bas JIM. Gabriel Pâaux, d'Ormesson et Amé Leroy

Le Journa6 officiel publie aujourd'hui le mouvement diplomatique suivant

M. Gabriel Puaux, ministre de France à Bucarest, est nommé ministre de France à Vienne

M. Lefèvre d'Ormesson, chargé de la légation de Munich, est nommé ministre de France à Bucarest

M. Amé Leroy, consul, général de France à Genève, est chargé de la légation de France à Munich.

Deux tués, trois manquants

et neuf blessés dans un accident d'avion aux Etats-Unis

New-York, 31 mars (dép. Havas.) A Neodesha, dans l'Etat de Kansas, un avion transportant quatorze personnes, venant de Tulza (Oklahoma). est tombé.

Aux premières nouvelles on avait annoncé que onze des occupants avaient étj tués. Le bilan de l'accident est heureusement moins grave. Deux personnes ont été tuées, trois autres sont manquantes. Les neuf autres personnes sont blessées grièvement.

TENSION ANGLO RUSSE

Sir ˻mond Ovey, ambassadeur britannique

AU CONCOURS HIPPIQUE

Les entretiens de M.Titulesco

M.H. raul-Bnncour et Titulesco

aux Affaires étrangères

M. Titulesco a poursuivi hier la série d'entretiens inaugurée par lui jeudi et dont le dernier lui avait, en dlnant, permis de procéder à un complet échange de vues avec M. PaulBoncour.

Nous avons dit que la discrétion la plus absolue avait été observée par les deux intéressés sur cette conversation qui a porté sur l'ensemble des problèmes internationaux actuellement à l'ordre du jour et principalement sur la question du pacte à quatre mis en avant par MM. Mussolini et Macdonald.

Il nous revient que le ministre des Affaires étrangères de Roumanie a quitté son collègue français aussi satisfait que possible du tour d'horizon auquel il venait de procéder avec lui et qui lui a permis d'apprécier une fois de plus son esprit compréhensif, sa franchise parfaite, son absolue loyauté et sa fidélité aux méthodes de Genève. Hier matin, la première visite de M. Titulesco a été pour le président

du Conseil, M. Daladier, avec qui il avait pris rendez-vous pour 11 h. 30 au ministère de la Guerre et auprès de qui il est resté jusqu'à 13 heures. A son départ, le ministre roumain fut naturellement assailli de questions par les journalistes qui l'attendaient, mais, avec sa bonne humeur habituelle et quelques mots d'esprit, il réussit à éluder les plus embarrassantes. Tout ce qu'il consentit à dire, c'est la très vive satisfaction qu'il emporte également de son entrevue avec le président du Conseil, qu'un bref voyage à Bucarest l'avait, à son grand regret, empêché de rencontrer il y a quelques semaines à la S. D. N. lorsque M. Daladier était venu y écouter l'exposé du plan Macdonald.

Nous croyons savoir, en effet, que le mandataire de la Petite Entente s'est félicité tout particulièrement de sa longue conversation avec le chef du gouvernement et qu'il est rentré à son hôtel tout à fait rassuré par les paroles pleines de fermeté qu'il venait d'en-

M. Titulesco n'a pas seulement été très favorablement impressionné par la compréhension extrêmement claire que M. Daladier a de la situation des pays spécialement menacés par la revision des traités, mais aussi par l'affectueux intérêt qu'il leur porte et, enfin, par la similitude de vues quant à la tactique qu'il a constatée entre lui et M. Paul-Boncour.

Dans le courant de l'après-midi, le ministre des Affaires étrangères de Roumanie est allé au ministère de l'Instruction publique, où il a rendu visite à M. de Monzie, qu'il désirait entretenir des mêmes problèmes et gagner à la cause qui lui est chère. Puis il a vu successivement M. Pierre Laval et M. Pierre-Etienne Flandin, avec qui la conversation ne s'est pas cantonnée sur le seul terrain politique, mais s'est étendue également au domaine financier.

Hier soir, enfin, M. Titulesco a dîné en tête à tête avec son ami de toujours, M. Edouard Herriot, ami très cher qu'il a une joie particulière à rencontrer, dont il apprécie au plus haut point les avis et qu'il tenait à remercier plus spécialement de l'article très sympathique à la Petite Entente que l'ancien président du Conseil vient justement de consacrer au projet italo-britannique de pacte à quatre.

Pour aujourd'hui, l'homme d'Etat n'a pas encore définitivement arrêté son emploi du temps. Nous croyons savoir, toutefois, qu'il se propose de voir le ministre des Finances, M. Georges Bonnet, et le ministre de l'Intérieur, M. Chautemps.

M. Daladier a conféré hier avec M. Paul-Boncour

M. Daladier, président du Conseil, a conféré, à la fin de l'après-midi d'hier, avec M. Paul-Boncour, ministre des Affaires étrangères.

M. ET Mme POINCARÉ SERONT CE MATIN A PARIS Saint-Raphaël, 31 mars (dép. Huvas.) M. et Mme Raymond Poincaré sont partis cet après-midi par le rapide de 16. h. 45 pour Paris où ils arriveront demain à 8 h. 15.

Le président Poincaré a été salué par de nombreuses personnalités, notamment par le représentant de la municipalité. Il s'est déclaré pleinement satisfait de son séjour à Saint-Raphaël. Un wagon-salon a été spécialement réservé au président pour son voyage.

M»' Fanay Heldy M. et M». Franchonune

A. J.

M.MACDONALDAEUHIER UN NOUVEL ENTRETIEN AVEC M. NORMAN DAVIS Londres, 31 mars (dép. Petit Paris.) M. Norman ambassadeur extraordinaire du gouvernement des Etats-Unis en Europe, a eu aujourd'hui un nouvel entretien d'une heure et demie avec M. Macdonald et sir John Simon.

Comme hier, c'est sur les possibilités de réunir la conférence économique mondiale à la fin de mai ou au début de juin qu'a porté la discussion et il ne semble pas que les deux parties soient arrivées à un accord sur ce point.

C'est, du moins. ce que donne clairement à penser cette explication officieuse qu'il n'appartient pas aux deux gouvernements de prendre une décision concernant la convocation de la conférence. On confirme simplement ce que nous indiquions hier, à savoir que les conversations ont permis d'enregistrer un accord anglo-américain en vue de la réunion, dès après les fêtes de Pâques, du comité d'organisation de la conférence, comité dont, on le sait, sir John Simon est le président. Rappelons pour mémoire que ce co- mité a déjà exprimé l'avis qu'un délai de trois mois peut s'écouler entre l'envol des invitations et la réunion de la conférence. Nulle disposition n'a été prise pour l'instant en vue d'une nouvelle conversation entre M. Norman Davis et ses collègues britanniques, mais on laisse entendre qu'il est possible qu'un autre entretien ait lieu lundi avant le départ de l'ambassadeur américain pour Paris. Cela dépendra sans doute des instructions que, dans l'intervalle M. Norman Davis recevra de Washing- ton.

POURQUOI M. OTTO WELS CHEF DES SOCIAUX DEMOCRATES A QUITTE LE COMITÉ

DE L'INTERNATIONALE

SOCIALISTE

La démission de M. Otto Wels de ses fonctions de délégué de la sociale démocratie au bureau du comité exécutif de l'Internationale ouvrière socialiste démission annoncée hier dans le Petit Parisien est la conséquence de profondes divergences qui, pour n'avoir pas été rendues publiques, s'étaient manifestées depuis de longs mois au sein des organismes de l'Internationale entre la sociale démocratie et les autres partis socialistes. Ces divergences portaient sur la politique tant intérieure qu'extérieure que pratique la sociale démocratie.

On se rappelle que le 27 mars le bureau de l'Internationale, réuni à Paris, adoptait deux résolutions, l'une étant un manifesté contre la dictature fasciste et nazîsté, l'autre un refus de céder au « chantage de M. Coehring qui avait déclaré que la presse sociale démocrate d'Allemagne ne paraîtrait pas aussi longtemps que la presse socialiste des autres pays dénoncerait avec autant de véhémence le régime hitlérien.

C'est à la suite de la publication de ces deux résolutions que M. Frédéric Adler, secrétaire de l'Internationale ouvrière socialiste, dont le siège est à Zurich. a reçu du Partelvnrstand (comité directeur de la sociale démocratie) le télégramme suivant

« Berlin, 30 mars.

Les résolutions adoptées par le bureau de l'Internationale ouvrière socialiste sans invitation ni collabora- tion des représentants de l'Allemagne j donnent lieu à la démission de l'Internationale ouvrière socialiste d'Otto Wels. »

Les raisons invoquées dans ce télégramme ne sont-elles pas que des prétextes ? M. Wels savait ce qui devait se faire à Paris puisque peu auparavant, à Zurich, au comité exécutif, il en avait été délibéré et que des sociaux démocrates en avaient été officieuse- ment informés. Si dons il n'est pas venu j à Paris c'est qu'il ne l'a pas voulu. En effet, il est bien allé le 28 mars à Zurich où il a rencontré M. Adler qui ne voulait pas publier les résolutions avant de les lui avoir communiquées. Il n'est pas très difficile d'imaginer ce que M; Wels a alors demandé à M. Adler. D'après la lettre qu'à la même date ce dernier rédigeait à l'adresse du président de la sociale démocratie et dans laquelle il lui disait en substance Vous avez prétendu que les informations sur la terreur hitlérienne qui ont servi de base aux délibérations du bureau étaient fausses ou au moins exagérées. J'admets qu'il est difficile de toutes les vérifier il en reste cependant assez de certaines pour que le régime naziste ne puisse être excusé et pour que soient irrecevables les corrections que vous me demandez d'apporter aux résolutions prises par le bureau de l'Internationale », on peut donc valablement déduire que la sociale démocratie, tout comme la C. G. T. allemande, est en conflit avec l'Internationale socialiste à propos de l'attitude adoptée par ces deux organisations vis-à-vis du régime hitlérien. Maintenant, la démission de M. Wels signifle-t-elle que la sociale démocratie a, d'ores et déjà, quitté l'Internationale ? Non, parce que seul un congrès de la sociale démocratie pourrait vala- blement prendre une telle décision. Cependant, étant donné qu'il n'est pas probable qu'un congrès socialiste puisse se réunir en Allemagne, on peut considérer que la démission de M. Wels signifie la séparation de fait entre la sociale démocratie et l'Internationale ouvrière socialiste.

Le Parlement vote deux douzièmes provisoires

pour avril et mai] A la demande de M. Lamoureux, la proposition duquel s'est rallié M. Jacquier, rapporteur général de la commission des finances, la Chambre a voté hier non pas un, mais deux douzièmes provisoires, l'un pour avril et l'autre pour mai.

L'examen du projet ayant occupé les séances du matin et de l'aprèsmidi, le Sénat s'est réuni à 22 heures pour l'examiner à son tour et le renvoyer aussitôt au Palais-Bourbon, le vote définitif du projet devant être acquis aujourd'hui 1" avril.

A LA CHAMBRE

A la Chambre, la discussion générale avait duré toute la matinée, MM. Louis Marin et Franklin-Bouillon étant montés à la tribune, comme ils en avaient manifesté l'intention, pour soulever les divers problèmes de politique extérieure. MM. Daladier et PaulBoncour étant absents, le débat se borna aux discours du député de Meurthe-et-Moselle et de son collègue de Seine-et-Oise. Le gouvernement leur répondra M. Lamoureux l'a annoncé à l'occasion de l'examen du budget des affaires étrangères.

Interventions de MM. Marin

et Franklin- Bouillon

sur, la politique extérieure

Usant, pour prendre la parole et pour obtenir un vote, d'un artifice de procédure, M. Louis Marin avait posé la question préalable. Et il avait interrogé

Comment le ministre des Affaires étrangères concilie-t-ii notre désarmement « budgétaire » avec l'état troublé de l'Europe ?. Allons-nous à Genève laisser passer le désarmement avant la sécurité ?. N'est-ce pas détruire la S. D. N. que de consentir au quadrilatère ?. Quand on parle de l'article 19 du pacte, pourquoi oublie-t-on de parler de l'article 16 (assistance mutuelle) et de l'article 10 (intégrité territoriale des nations) ? Est-il bien opportun d'aller à la conférence économique sans avoir réglé la question des dettes et des réparations ?. Ici l'orateur affirme que notre refus de payer l'échéance du 15 décembre n'a pas influé sur nos échanges commerciaux avec l'Amérique. Mais M. Herriot lui signale la diminution « formidable » subie par le chiffre d'alfaires que nos compatriotes faisaient avec les

M. Franklin- Bouillon

Etats-Unis, et, très applaudi â gauche, Il ajoute

Il y a nombre de villes où l'on ne peut plus vendre une marchandise française. Voulez-vous, monsieur Marin, que nous interrogions les chambres de; commerce françaises aux Etats-Unis ? M. Marin conclut et, à la majorité de 401 voix contre 83, la question préalable est repoussée.

A son tour, M. Franklin-Bouillon regrette avec véhémence l'absence des ministres et leur reproche de n'avoir rien dit devant les commissions. Reproche tout à fait exagéré et injuste! coupe M. Berthod que les gauiches applaudissent après avoir interrompu avec vivacité M. FranklinBouillon.

(La suite à la deuxième page.) POUR ET CONTRE

Reculer pour avancer, c'est un mauvais principe. L'Allemagne, aujourd'hui, recule et jusqu'au fond du passé le plus obscur. Les persécutions méthodiques, froides et cruelles qu'elle engage contré les juifs du Reich soulèvent dans le monde tout entier une émotion et une réprobation unanimes. On ne pensait pas qu'en notre temps, qui, tout de même, devrait être un temps de civilisation au moins relative, des hommes pournient se voir traqués, poursuivis et frappés simplement à cause de leur naissance et de leur race.

Partout, les israélites se groupent pour tenter de défendre leurs frères menacés. Mais les chrétiens se joindront de grand cœur aux israélites. Les chrétiens ne condamnent pas avec moins de sévérité que les juifs les sévices sans excuse, sans raison, sans humanité, sans justice exercés contre des hommes qui sont des hommes comme les autres. On souhaiterait même qu'une voix s'élevât, de Rome, au-dessus de toutes les frontières terrestres, audessus de tous les débats politiques, pour rappeler à ceux qui s'égarent aujourd'hui les leçons du Christ. < Aimez-vous les uns les autres.

Parmi les juifs du Reich, pourchassés comme des bêtes sauvages, il est une élite de l'esprit et de la culture. Parmi ces juifs, il est d'anciens combattants, qui se sont battus pour l'Allemagne. vaillamment. Parmi ces juifs, il est de vieilles gens dont les enfants sont morts pour ce pays qui, aujourd'hui, les traite en parias avant de les faire conduire peut-être, demain, au massacre. Parmi ces juifs, il est. sans aucun doute, des industriels, des hommes d'affaire», des commerçants qui ont oeuvré pour l'Allemagne, qui ont, en Allemagne, créé de la richesse, de l'activité, du travail. Et ce sont ces juifs qui. maintenant, n'ont plus seulement le droit de respirer en Allemagne

L'iniquité est abominable. Et cette iniquité est, en même temps, une faute écrasante, une faute capitale qui va peser lourdement sur l'Allemagne. Il ne faudrait pas croire, en effet, que le peuple d'Israël. qui de tout temps a su être ingénieux, uni et patient, ne va pas se défendre, ne va pas défendre les siens. Il va se défendre puissam- ment, moralement, financièrement, écono- miquement, politiquement. Ainsi, nous pourrions presque trouver à nous féliciter de l'erreur commise par les hitlériens déchainéa si nous étions égoïstes et d'es- prit étroit. Mais nous n'avons pas l'âme si petite. Maurice PRAX.

LE BOYCOTTAGE DES JUIFS DU REICH S'OUVRE CE MATIN MAIS FINIT CE SOIR Si d'ici mercredi la propagande antiallemande à l'étranger n'a pas teué, le boycottage reprendra

Berlin, 31 mars.

D6 NOTEE CORRESPONDANT PARTICULIER Toute la presse allemande a consacré ses colonnes d'aujourd'hui à préparer le déclenchement du boycottage des israélites pour demain matin. II est mésne décidé que les patrons des maisons jnives devront, demain à 10 heures, payer deux mois d' appointements d'avance à leur perse. nel non juif et congédier sur-le-champ les emptoyés qui sont lenrs coreligionnaires. En raison de l'attitude particulièrement violente de la presse, on notait ce soir une certaine nervosité de l'opinion. Des retraites aux flambeaux avaient même commencé à circuler, sans doute pour marquer le début de l'offensive antisémite.

Mais, à 9 heures du soir, un coup de théâtre se produisit. Le ministre de la Propagande, Gœbbels, a réuni au palais du prince Léopold tous les journalistes allemands et leur a fait d'importantes déclarations.

Il a dit que le gouvernement constatait avec satisfaction que la propagande antiallemande à l'étranger était en recul, ce qui confirme que les juifs allemands ont la possibilité d'agir dans le sens voulu par le gouvernement. Dans ces conditions le cabinet d'Empire a décidé, comme il en avait l'intention de commencer le boycottage des juifs demain à 10 heures du matin et ceci avec la plus grande énergie et la plus grande discipline.

Toutefois ce boycottage ne durera que jusqu'à demain soir. A partir de demain soir, aura lieu une trêve jusqu'à mercredi 10 heures du matin. St d'ici mercredi la propagande antiallemande à l'étranger n'a pas complètement cessé, le boycottage reprendra avec la plus grande fermeté.

Le ministre a fait connaître en même temps que des instructions précises ont été données pour qu'aucune voie de fait ne soit exercée contre les Israélites. Tous les comités d'action locaux sont pleinement responsables de l'observation de cette consigne. Aucune banque ne fermera, car ces fermetures compromettraient les payements dans tout l'Empire. Aucun milicien naziste ne devra pénétrer dans une maison juive. Toute infraction à cet ordre sera sévèrement punie. Le public est prévenu de se méfier des agents provocateurs communistes qui pourraient, sous l'uniforme de milicien naziste provoquer des incidents. Ce changement d'attitude subit du gouvernement d'Empire est attribué, dans les milieux diplomatiques, à de pressants appels faits par les milieux conservateurs, économiques, financiers Ills et catholiques allemands auprès du maréchal-président von Hindenburg pour l'amener à dissuader le gouvernement de recourir à des mesures qui, poussées à fond, causeraient un effet désastreux dans l'opinion mondiale et pourraient donner lieu à des complications imprévisibles.

Le problème de la minorité juive en Allemagne reste posé dans toute son acuité, mais la décision prise ce soir, qui sera accueillie avec satisfaction par l'opinion mondiale, permettra peut-être de le résoudre d'une façon plus conforme au sentiment d'humanité et à la bonne renommée de l'Allemagne que par une action contre une minorité absolument désarmée et qui ne représente même pas un pour cent de la population.

Einstein confirme sa volonté

d'abandonner la nationalité allemande Ostende, 31 mars (dép. Havas.) Le professeur Einstein s'est installé avec sa famille à Coq-sur-Mer, pour y' faire une cure de repos. Le savant allemand, refusant de recevoir toute visite, l'agence Belga a pu, par l'entremise d'une personne amie de la famille, obtenir la réponse suivante sur le point de savoir s'il est exact que M. Einstein manifesterait l'intention de changer de nationalité.

M. Einstein est très affecté des ennuis causés à sa fille mariée qui est restée en Allemagne. Il a envoyé hier jeudi une lettre à l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles, lettre dans laquelle il dit renoncer à la nationalité allemande. M. Einstein s'est montré très étonné que la presse ait pu déjà en parler. RETOUR D'AMÉRIQUE

Le et sa femme photola gare Saint-Lazare. hier matin, à leur retour d'Amérique où le professeur vient de faire une tournéê de conférences[ A la quatrième paae LE CONTE

Un crime mystérieux à Cochin

UN SURVEILLANT DE CET HOPITAL ASSASSINE

A COUPS DE BARRE DE FER Il a été assailli dans une resserre contiguë aux lavabos du personnel alors qu'il se disposait à quitter son service

La victime a été dépoaillée du montant de ion traitement qa'elle venait de toucher

Les enquêteurs ont tout lieu de croire que l'assassin est un familier de l'hôpital

La victime et la caisse où se trouve L'instrument du crime

Un crime, dont le vol fut le mobile, perpétré l'autre soir à l'hôpital Cochin, a coûté la vie à un excellent employé de l'Assistance publique appartenant depuis vingt-quatre ans à l'administration. Le meurtre, découvert seulement hier matin, a été commis avec préméditation et une sauvagerie sans pareille. Il a rapporté 2.100 francs à l'assassin.

L'hôpital Cochin, dont les nombreux bâtiments s'élèvent rue du FaubourgSaint-Jacques, emploie une cinquantaine de surveillants chargés, à la fois, de veiller à la discipline des cours l'hôpital Cochin étant mixte et aux menus travaux d'entretien.

Parmi ces surveillant, M. JeanAlfred Bontrond, âgé de cinquanteneuf ans, né à Besançon, père de trois enfants et demeurant 13, rue de TerreNeuve, à Meadon, se signalait par son assiduité et son humeur affahle. Sous les ordres du surveillant-chef Medel, il travaillait depuis trois ans à l'hôpital Cochin, après avoir été employé à l'Hôtel-Dieu depuis 1909. Son service commençait à midi et prenait fin à 20 heures. C'était lui qui. avant de s'en aller, fermait à clef les lavabos et vestiaires des surveillants, situés au fond de la grande cour, à gauche des bâtiments de l'administration, puis il déposait ces clefs chez le concierge. Un crime sauvage

Or hier matin, à 6 h. 30, alors qu'ils venaient prendre leur service, les surveillants Bellanger et Baugé furent étonnés de ne pas trouver ouverte la porte des vestiaires. Entrant par un vasistas, M. Bellanger alla ouvrir une seconde porte à double battant afin de permettre à ses camarades de pénétrer à leur tour dans les locaux. C'est alors qu'il aperçut le trousseau de clefs dont se servait habituellement Bontrond pendant à la serrure d'une troisième porte fermant une grande salle de débarras. Attenante à cette salle se trouve une petite resserre dont la porte était fermée. Pressentant un malheur, M. Bellanger ouvrit cette porte pour reculer immédiatement, atterré par le spectacle qui s'offrait à lui. Affalé en avant, au milieu d'ouj ti'r de jardinage, la tête coincée entre un seau à sciure et un tas de bois, le malheureux Bontrond avait le crâne ouvert. Une large blessure béait, depuis le front jusqu'à la nuque. La cervelle s'était répandue: le sang avait giclé dans toute la resserre, maculant notamment farme ayant servi à perpétrer le crime, une tige de fer terminée par un boulon, que l'assassin avait jetée, une fois son forfait accompli, dans un seau de sciure.

M. Medel, surveillant chef, avertit M. Couteau, directeur de l'hôpital, qui prévint à son tour la police. Bientôt arrivaient sur les lieux d'abord M. Carrier, commissaire du quartier, qui fit les premières constatations puis MM. Guillaume, commissaire divisionnaire à la police judiciaire. et Moreaux. inspecteur prince pal; Guichard, directeur de la police judiciaire; le docteur Paul, médecin légiste; MM. Maser, substitut; Verdier, juge d'instruction: Pressard, procureur de la République, et Mourier, directeur général de l'Assistance publique.

Dépouillé de sa paye

Les magistrats recueillirent sur le théâtre du drame de premières déclarations. MM. Medei, Beh'ang-er et Baugé dirent avec quelle régularité la victime prenait et quittait son service, comment le corps avait été retrouvé. Ils précisèrent que M. Bontrond avait touché sa paye jeudi dans le courant de l'après-midi. Celle-ci s'élevait à une somme de 2.100 francs, comprenant les indemnités allouées au surveillant pour