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Le Petit Parisien en Autriche VIENNE A PERDU SON INSOUCIANCE MAIS L'AUTRICHE NE VEUT PAS MOURIR Il est toutefois à souligner, fait-on remarquer à notre envoyé spécial, que si le gouvernement Dollfuss est résolument « neutraliste », il existe dans le cabinet des ministres qui le sont moins

Par ailleurs, la division du parti chrétien social et du parti social démocrate rend encore plus difficile la défense de l'idée « neutraliste

Le Parlement autrichien à Vienne

Vienne, 27 mars.

DE NOTRE ENVOYE SPÉCIAL

Le Ring, illuminé de printemps, ressemble aux boulevards de Paris pendant un pont du 15 août. Je cherche les Viennois dans les guinguettes de Gringinz. Les propriétaires des vignobles, au flanc du coteau, continuent « d'arborer x, malgré le malheur des temps. Arborer, c'est suspendre un arbre à sa fenêtre. La branche de sapin au seuil des maisons de viticulteurs indique toujours que l'on peut boire à l'intérieur le joli blanc de la dernière récolte, ce charmant heuriger clair et frais comme une eau de source

Mais il n'y a pas foule ce dimanche.

Je cherche encore les Viennois plus haut sur le Kobenzl, d'où l'on aperçoit, en panorama, la ville plus grande que Paris, le Danube, le canal. Tous les toits, tous les cloch ses,, tous les dômes, les grands ponts ferroviaires, les cheminées d'usine. Quelques promeneurs à chapeau vert et plumet de blaireau se gèlent sur la terrasse. Dans l'immense salle du château-restaurant. Les marchandes de « bretzels r, de saucisses chaudes, de pâtisseries feuilletées et de bimbeloteries électriques circulent entre les tables où fume la soupe à la moelle. Le gérant, désabusé, nous accueille. Installez.vous où vous voudrez, il y a des places partout

Ou sont les Viennois ?.

Quelques skieurs sont partis pour utiliser les dernières pistes blanches avant la fonte des neiges. Mais les chômeurs sont restés chez eux, faute d'argent.

Vienne a perdu son insouciance. On lit encore sur quelques enseignes l'annonce alléchante « d'un petit coup de vin qui vous coince le cœur ». Mais le cœur est coincé par autre chose.

Ce. matin, nous étions à l'Opéra devant un décor de catafalque pour commémorer Mgr Seipel.

« il faut que nous nous groupions, disait l'orateur, et que nous nous régénérions dans la m é m o i r e d'Ignace Seipel. Nous tous qui regrettons la grande Autriche, nous devons, avec l'aide de Dieu, reconstruire notre maison. »

Dans le silence religieux, les chœurs chantaient le Kyrie et le Crucifixus, l'orchestre de Clén-ent Krauss jouait la belle marche funèbre de la Symphonie héroïque de Beethoven.

Nous ne sommes pas gais ces jours-ci. Les Viennois savent être graves quand il le faut. On attend quelque chose, je ne sais quoi. Les typos avaient fait hier une courte grève de protestation. L'Officiel, la seule feuille publiée, annonçait que les meneurs seraient punis. Le droit de grève est-il supprimé ?

Non, m'explique mon compagnon, mais il suffit d'une ordonnance avec effet rétroactif. Une vieille loi de l'empire, insérée dans la charte républicaine, autorise le gouvernement à combattre ou prévenir tout danger d'ordre économique en cours de guerre, ou résultant de la guerre.

Par ce fil jauni, la dictature demeure attachée à la Constitution. Certes, le gouvernement n'est pas dupe de l'artifice. Un personnage autorisé et accrédité a bien voulu m'exposer patiemment l'ingénieux système de la légalité dictatoriale. Depuis que le troisième président du Natioualrat a oublié de clore les débats avant de démissionner et de convoquer les députés pour une prochaine réunion, la séance est considérée comme n'ayant pas été suispendue. Mais aucune séance n'est valable, ni d'ailleurs possible, sans présidence. Bien loin d'être dissous, le Parlement invisible prolonge depuis plus d'un mois ses travaux fictifs dans une discussion miette. Seul le chef de l'Etat peut désormais, d'accord avec le chancelier, prendre l'initiative d'arrêter cette séance des Danaïdes en bouchant

un trou de la Constitution autrichienne. Il lui suffirait d'emprunter à la Constitution française une bonde donnant au doyen d'âge le pouvoir de convoquer ses collègues. En attendant et l'on n'est pas pressé tous les actes législatifs ou exécutifs sont réglés par le vieux code du a danger économique de guerre ».

Chaque texte d'ordonnance comporte un certain nombre de circonlocutions rattachant les mesures édictées à un péril économique et guerrier.

Mon interlocuteur avait souri et avait interrompu plusieurs fois son laborieux développement pour préciser deux points.

Juridique Purement juridique Je vous présente seulement ici notre thèse juridique Louis ROUBAUD.

{La suite à la quatrième page)

LES NOUVELLES PIECES

DE 10 ET 20 FRANCS CIRCULENT La Banque de France les oârait dès hier matin au public™

ces pièces n'est qu'un froid reflet argenté, alors que les jaunets disparus brillaient de lueurs chaudes. Signe des temps difficiles qui sont les nôtres le nom royal des louis est maintenant donné à des piécettes d'argent. Mais foin des regrets superflus. Les guichets de la Banque de France échangèrent donc, dès hier, les nouvelles pièces, celles de 20 francs étant réservées aux clients présentant des liasses supérieures à 500 francs. On n'admettait d'ailleurs, en échange, que des billets de 50 francs et plus, pour éviter la lenteur des vérifications. On en vit également aux vitrines de maroquiniers avisés qui avaient profité de l'occasion pour mettre en montre des porte-monnaie desquels s'échappait un flot de pièces brillantes.

UN MEETING DE DEBITANTS DE VINS

tue vue de la lalle & droite, le. bateaux 1UL f irut, Codi et Grasset

La conférence du désarmement décide de s'ajourner au 25 avril

Genève, 27 mars.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

La conférence du désarmement a décidé ce soir de suspendre ses travaux jusqu'au 25 avril et, conformément à la résolution présentée par son rapporteur général, M. Benès, d'aborder ce jour-là l'examen, chapitre par chapitre et article par article, du projet de convention britannique qui devient désormais la base de ces discussions.

Tel est, en somme, le résultat de cette dernière journée où le désir unanime d'en finir a fait vraiment mettre les bouchées doubles.

Je vous disais hier qu'il restait encore six orateurs à entendre. A la fin de la matinée; ces six étaient devenus quinze. Heureusement, la plupart d'entre eux, cédant à de discrètes sollicitations, ont consenti à être brefs, ce qui a permis d'éviter le renvoi à demain sur la résolution finale. Toutes les interventions, d'ailleurs, avaient un but identique accepter dans ses grandes lignes comme base des futurs débats le plan développé le 16 mars par M. Macdonald en se réservant toutefois d'en combler les omissions ou d'y formuler des amendements.

De tous ces discours analogues dans .le fond, s'ils furent différents dans la forme, une demi-douzaine seulement sont à retenir ceux de MM. de Madariaga, Dovgalewsky, Massig-H, Bourquin, Nadolny, Raczinsky et, enfin, de sir John Simon, qui a fort habilement tiré la leçon du débat en esquivant les questions dangereuses.

Ces questions dangereuses, c'est le représentant de l'Espagne qui les avait posées en mettant courageusement sur le tapis après le délégué de la Turquie, mais plus nettement que lui le projet de pacte à quatre issu des conversations de Rome et dont le but serait de rendre possible un remaniement territorial de l'Europe.

M. Massigli n'avait pas caché, en effet, ce matin, que ce projet avait compliqué la situation, tout effort de ce genre ne pouvant, selon lui, s'accomplir que dana une atmospMre de paix garantie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Personne n'étant revenu à la charge, le secrétaire d'Etat au Foreign Office, qui désirait repartir et qui est effectivement reparti ce.sqir pour Londres, s'est soigneusement abstenu de faire la plu» légère allusion à ce sujet qui lut a déjà valu ici suffisamment de tracas au cours de ses conversations particulières.

De l'intervet*tion; de M. Dovgalewski nous ne retiendrons que les habitbettes surenchères soviétiques en faveur d'une réduction des armements à un chiffre aussi voisin que possible dé Zéro certaines réserves concernant les armements du Japon qui a justement annoncé aujourd'hui officiellement sa décision de se retirer de la S. D. N. et enfin quelques attaques touchant les parties navale et aérienne du plan britannique dont le représentant de VU. R. S. S. s'est plu à souligner les lacunes et les dangers. L'intervention de M. Massigli L'exposé critique le meilleur parce que le plus juste, le plus mesuré et le plus constructif a été de beaucoup celui de M. Massigli.

Dans un discours ramassé, parfait de forme et remarquablement bâti, le porte-parole de la France, après avoir rappelé l'hommage rendu par M. Daladier à la noblesse des sentiments qui ont inspiré l'effort de M. Macdonald, s'est attaché à montrer que cet effort avait principalement tendu à coordonner les conclusions qui se dégagent des travaux de la conférence.

Albert JULLIEN

(La suite d la troisième page.) M. MIELLET VISITE LA MAISON DES BLESSES DU POUMON

Les hommes du jour EINSTEIN

Le professeur Einstein vient de sortir de sa réserve accoutumée pour apprécier, avec une sévérité mélancolique, les excès de l'antisémitisme naziste. Il a dû vaincre, pour cela, cette horreur de l'exhibition, ce dédain du geste sensationnel. cette pudeur morale qui sont les siens et qui ne pouvaient céder que devaot sa passion de justice. Car ce savant est un homme sensible et tendre. Ce chercheur d'abstractions est ouvert à toutes les idées généreuses. L'algèbre à haute dose n'a ni desséché son esprit ni stérilisé son cœur. Il serait excusabl pourtant, d'oublier les hommes et leurs querelles, dans les sphères élevées où le conduit sa vertigineuse puissance créatrice. On raconte que, dès l'âge de cinq ans, en 1884, la vue d'une boussole le transporta d'une fièvre étrange et détermina en lui ce désir avide de connaître, qui devait plus tard le brûler d'une inestinguible ardeur. Comme jadis Blaise Pascal, il découvrit tout seul, encore enfant, cette géométrie euclidienne qu'il était destiné à bouleverser de fond en comble un sien onde lui ayant simplement énoncé le théorème de Pythagore. le jeune Albert Einstein, après plusieurs semaines de méditation, en imagina la démonstration. C'était un gamin d'humeur douce, contemplative, d'une ti-

midité ombrageuse.

Il assimila l'algèbre, l'analyse, le calcul intégral avec la facilité que l'on devine. « C'est une méthode de calcul pour paresseux », disait-il alors de l'algèbre, dont on sait quel extraordinaire usage il fit pour établir son éblouissante théorie. Dès 1905 à vingt-six ans il l'avait conçue. II en devait tirer plus tard les étourdissantes déductions qui firent son éclatante renommée. Mais déjà Henri Poincaré, le grand savant français, admirait ce jeune professeur « d'apercevoir, en face d'un problème, toutes les possibilités inng'nables r. Et déjà, également Einstein pouvait dire Il y aura une éclipse totale de soleil en 1919. Si mon système est vrai, on verra, sur les clichés photographiques, l'image d'une étoile qui. selon les théories classiques, devrait être cachSe derrière le soleil. Et cette image sera placée à tel point du cliché. » Quatorze ans plus tard, l'étoile, fidèle au rendez-vous, apparut. au point précis du cliché qu'avait désigné Einstein, lorsqu'il avait découvert la déviation de la lumière.

Ce fut à ce moment que le grand public commença de s'intéresser à cette théorie de'la' i 'advité, qui. rompait délibérément avec toutes les conceptions acquises depuis Aristote. L'attrait de la nouveauté ne suffit pas à expliquer cette curiosité passionnée. Certes, la lumière pesante, l'espac^-temps à quatre dimensions, le mariage intime de la masse et de l'énergie, la déformation des corps par la vitesse, tout cela pouvait séduire les savants. Mais comment la foule des profanes putelle manifester un si vif enthousiasme ? C'est que la recherche de la véritable figure du monde répond à un instinct élevé le désir de satisfaire ce tourment de l'inconnu, que le P. Sanson, lors d'une série de prédications demeurée fameuse, appela « l'inquiétude humaine Depuis toujours, l'homme qui pense et qui médite sur ce problème se heurta finalement à un mur inaccessible. Einstein a ouvert toute grande une fenêtre dans ce mur. Il nous a donné une vision nouvelle et hallucinante de cet univers à courbure variable. fini et pourtant illimité Il nous a montré les masses matérielles se contractant à mesure que leur vitesse est plus grande, et finissant par s'évanouir pour devenir de l'énergie pure, quand elles atteignent cette vitesse maxima de 300.000 kilomètres à la seconde qui est celle de la lumière. Il a établi que la gravitation n'est pas une force animant les corps, mais une propriété de l'espace qui les contient. Mais des volumes et des volumes ont été et sont écrits sur le système einsteinien. Il sera un jour à la portée du profane. Aujourd'hui, il est encore, selon la haute expression de Paul Painlevé .comme un vin trop fort, et qui grise les cerveaux que n'a pas entraînés suffisamment une forte discipline

Si la science profonde et magnifique du professeur Einstein est d'un abord difficile, le savant lui-même est le plus accueillant et le plus simple des hommes. Il fut sans doute le précurseur du pacifisme le jour qu'il refusa, au grand scandale de toute l'Allemagne en armes, de signer le fameux manifeste des quatre-vingt-treize intellectuels. Il est à présent un citoyen du monde. Le calcul intégral n'a pas étouffé en lui le sentiment artistique. Il est très épris de musique, et, violoniste remarquable, il lui arriva de prêter son concours à des concerte de charité. Ce grand savant est un homme bon et sage. Couvert de lauriers, titulaire du prix Nobel e' 1 21. docteur honoris causa de toutes les grandes universités du monde, admiré et fêté dans tout l'univers, il est resté semblable à l'adolescent timide et modeste qui faisait ses classes au lycée de Munie\. et qui apprenait sans tapage à résoudre ses premières petites équations alors qu'il portait en germe dr.no son cerveau ces autres équations, fulgurantes, qui devaient briser la vieille science et dessiner une nouvelle figure du monde Léon Gaoc.

Deux nouveaux douzièmes provisoires M. Lucien Lamoureux, ministre du Budget, a déposé hier sur le bureau de la Chambre deux douzièmes provisoires pour les mois d'avril et mai 1933.

Ajoutons que ces douzièmes provisoires ne sont pas « nus ». Ils renferment notamment des textes relatifs aux chemins de fer.

Un vol important à Strasbourg

Des timbres fiscaux d'une valeur de 25 millions ont été soustraits à la direction

de l'enregistrement

Strasbourg, 27 mars.

Du NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER L'étroite rue de la Toussaint, à deux pas de l'ancienne gare, compte parmi les plus tranquilles de Strasbourg. Différents services publics y sont installés. Au rez-de-chaussée de l'immeuble situé au numéro 7 se trouve la direction de l'enregistrement des domaines et du timbre du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

Le sixième étage est occupé par le comité départemental des combattants, militaires et réformés de la guerre; le syndicat des chasseurs en forêt du département ont leurs bureaux audessus. Pour accéder au bureau de l'enregistrement, on franchit une porte doublée d'une porte vitrée qui aboutit à un long couloir. A l'extrémité du couloir, sur une porte ordinaire, figure cette indication sur deux lignes magasin

Entrée interdite au public

Les bureaux proprement dits de la direction se trouvent assez éloignés de la porte d'entrée et ils donnent sur une rue parallèle à la rue de la Toussaint, rue des Mineurs. Une porte cochère permet d'ailleurs d'entrer dans la cour du bâtiment de l'administration.

Urte désagréable découverte

Les fenêtres qui s'ouvrent sur la rue de la Toussaint sont fermées par des volets de fer. Ce matin, vers 6 h. 30, le concierge de l'immeuble, M. Schaeffer. dont le confortable appartement donne sur la rue des Mineurs, fut surpris de remarquer, en arrivant dans le couloir, que de la lumière filtrait par la porte entrebâillée du magasin situé au bout du couloir. Il s'aperçut alors que la porte avait été enfoncée. Pénétrant plus avant, il trouva également enfoncée une seconde porte à double serrure qui séparait ce premier magasin d'un local aux fenêtres bardées de fer et dans lequel sont classées, sur des rayons, les différentes sortes de' timbres fiscaux.

Sans perdre de temps, il avertit immédiatement M. Weiss, directeur de l'enregistrement, qui arriva bientôt en compagnie de M. Robert, chef de :a sûreté, et de plusieurs inspecteurs. Si les serrures des deux portes des locaux avaient été forcées, on ne relevait, en revanche, aucune trace d'effraction sur les deux portes d'entrée donnant sur la rue des Mineurs et la rue de la Toussaint; une porte vitrée qui conduit dans la cour était également intacte.

Les malfaiteurs avaient d6 s'introduire avec de fausses clefs dans l'immeuble. Peu après arrivait M. Utz, comptable, qui se ma à dresser le bilan exact du vol; ce ne fut pas chose facile. Toutefois, un fait frappa immédiatement les policiers les timbres de 8. de 12 et de 60 francs, qui sont d'un usage assez rare, n'avaient pas été touchés. Par contre, les cambrioleurs avaient jeté leur dévolu sur quantité de vignettes de timbres mobiles fiscaux reliées dans des cahiers timbrés dont la valeur r s'échelonnait de 4 à 1.000 francs. Après deux bonnes heures de travail, le montant total du vol fut établi 500.840 timbres représentant une valeur globale de 24.996.000 francs avaient disparu. Si l'on tient compte du fait que cinquante mille de ces timbres pèsent en moyenne 5 kilos, c'est donc une charge de près de 50 kilos que les cambrioleurs avaient emportée.

Déclarations du concierge

Premier point à éclaircir le vol avait-il été commis dans la nuit de samedi à dimanche, dans l'après-midi de dimanche ou dans la nuit suivante ? Interrogé, le concierge Schseffer déclara qu'il avait encore effectué une ronde dimanche dans la matinée. N o u s nous sommes longuement entretenu avec lui et il n'a pu que nous répéter ce qu'il avait déclaré aux policiers.

Dimanche matin, M. Stop, directeur du comité départemental des blessés, et M. Dott, secrétaire du syndicat des chasseurs, sont venus voir leur courrier. Après leur départ, vers midi 15, je me suis assuré que les deux portes de la rue de la Toussaint étaient bien fermées. Au cours de la nuit je n'ai rien entendu et ce n'est que ce matin que j'ai découvert le vol. (La suite à la troiaième page.) Une fuite de gaz à Rennes suivie d'une explosion

fait trois morts et deux blessés Deux ouvriers de l'urine à Raz sont asphyxiée et un pompier eat brûlé vif Rennes, 27 mars (dép. Petit Parisien.) M. Caro, sous-chef d'atelier à la Compagnie du Gaz, et un ouvrier, M. Chesneau, étaient occupés, vers la fin de l'après-midi, à vérifier l'état des conduites de l'impasse du Bel-Air, lorsqu'ils s'affaissèrent subitement, asphyxiés par les émanations de gaz. Des voisins allèrent chercher des cordes pour remonter les deux victimes. La

première fut remontée, mais la seconde avait le bras coincé autour d'un tuyau coudé. A ce moment passait le sergent des pompiers Guihard, trente-sept ans, qui, après avoir adapté son masque à gaz, se porta au secours de l'infortuné gazier. Le sergent put saisir le corps inanimé de la seconde victime qui fut aussitôt remontée. Soudain, on vit le courageux sauveteur s'affaisser, son masque n'ayant pas fonctionné. Comme l'on s'empressait autour de lui, une explosion se produisit suivie d'une gerbe de flammes, et le malheureux pompier fut brûlé vif. Deux ouvriers, MM. Le Guilcher et Minguenet, qui s'apprêtaient à descendre dans l'excavation, furent assez grièvement brûlés aux mains et aux bras. Pendant ce temps, on transportait à l'Hôtel-Dieu MM. Caro et Chesneau. mais on ne put les ranimer.

Le préfet a reçu ce télégramme du ministre de l'Intérieur

« A la suite de votre communication téléphonique relatant la mort héroique du sergent Guihard des sapeurspompiers de Rennes. je vous informe que j'ai adressé immédiatement à la grande chancellerie une proposition de Légion d'honneur. Je vous prie d'être l'Interprète des condoléances du gouvernement auprès de la famille en joignant à titre personnel ma doulouzeuae sympathie.

Drame à Romainville UN

m SUR DEUX jeunes GENS ET SE BONI LA MORT Une de ses victimes, la jeune femme, succombe peu après. Le mari de celle-ci est à l'hôpital dans un état grave

Le drame qui s'est déroulé hier matin à Romainville est d'autant plus révoltant qu'à la jeunesse et à l'innocence des deux victimes dont l'une a d'ailleurs succombé s'oppose la totale indignité du meurtrier, un odieux trafiquant. Par un retour peu fréquent chez des hommes de cette sorte, ce misérable en était arrivé à s'éprendre réellement de celle dont il avait projeté de faire une nouvelle victime. Repoussé, le misérable voulut se venger, puis, satisfait et comprenant qu'il n'avait rien à espérer de la clémence des hommes, il se tua. Mais venons-en aux faits

Employés tous deux aux Papeteries de Romainville, M. Henri Broutet, né à Paris le 24 février 1905, et Mlle Camille Taisne, alors âgée de quinze ans, s'étaient connus au cours de leur travail. Ces relations cordiales firent bientôt place à un sentiment plus tendre. Malgré la jeunesse de la jeune fille, le mariage eut lieu il y a deux ans environ. Le jeune ménage alla habiter chez M. Broutet père, proprié-

Le. époux Broutet

taire d'un pavillon, 18 ter, roc Paul-deKock, à Romainville.

Très unis, les deux jeunes gens, qui avaient gardé leur emploi, ne se quittaient pour ainsi dire pas ét jamais le moindre nuage n'était venu altérer leur parfaite et tendre entente. Le malheur voulut, que le jeune homme introduisit à son foyer un ami dont il avait fait la connaissance avant d'accomplir son service militaire. C'était cependant un homme qui était son aîné de plus de vingt ans, un nomme Louis Schweitzer. Il exerçait officiellement, pourrait-on dire, la profession de tourneur, mais; tirait en réalité une grande partie de ses res- sources de la traite des blanches. On ne peut croire que le jeune Broutet ait jamais connu cet autre aspect de la vie de son ami. En effet, il n'hésita pas à le prendre comme témoin de son mariage et, quand les jeunes époux se furent installés, Broutet l'introduisit! chez lui. Schweitzer, qui habitait éga- j lement à Romainville un pavillon, 92, route de Noisy, était vite devenu l'intime du jeune ménage. Il semblait prendre un plaisir extrême en la compagnie des jeunes gens, les. tutoyant l'un et l'autre, les emmenant dans» les cinémas parisiens les plus cotés, au concert, et leur offrant à déjeuner ou à diner dans des établissements relativement luxueux. Il se montrait empressé auprès de la jeune femme, s'inquiétait de ses désirs et fréquemment lui posait, au. retour de ces parties de

Schweitzer

plaisir, des questions pleines de sousentendus « Aimerais-tu cette vielà ? >

(La suite la troisième page.) »

LE BUREAU DE LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES

Le comité de la Société des gens de lettres a élu hier son bureau. Voici M. Gaston Bageot (debout au centre), le nouveau président, entouré des vice-président», MM. H.-J. Magogr (à gauche), Lemonon (assis), le commandant Chack et Mme Camille. Marbo

Les faux

documents

due r aviation Où il est de nouveau qusition du déjeuner de M. BouillouxLafont avec M. Weigelt, directeur de la Lufthansa

LES DERNIERS TEMOINS ONT ÉTÉ ENTENDUS

Le général Daval M. Bran

Précédée d'une conférence entre le premier président de la cour, M. Nugène Dreyfus, et le président de la cour d'assises, la septième audience du procès s'est ouverte, hier après-midi. par une sévère admonestation du président Texier.

En raison des incidents regrettables qui se sont produits samedi, je me trouve aujourd'hui dans l'obligation de prendre, et en plein accord avec M. le bf'onnier, des mesures d'ordre exceptionnelles afin que MM. les jurés puissent suivre ces débats dans toute la sérénité désirable. J'ajoute que ei une manifestation quelconque devait se produire, je ferais Immédiatement évacuer la salle. Les membres du barreau qui s'y trouveraient en qualité d'auditeurs n'échapperaient pas à la mesuré; En terminant, M. texîer prie les avocats de la cause de ne jamais prendre la parole tous en même temps, ce qui ne manque pas de provoquer une regrettable confusion.

Le premier président, M. Eugène' Dreyfus, prend place lui-même derrière le président, Sfc Texier. De sqtte que tes débats s'engagent dans 'le calme. M' Pierre Masse n'en. débite pas moins par une question fort épineuse

néral, que. le 8 août. St Ie'Jprocureùr général de la République ait reçu 'la

Mile Mannequin Mlle Louent

visite de M. Maurice Bouilloux-Lafont? Est-il exact que l'ancien vice-président de la Chambre ait déclaré avoir c découvert la main de l'Allemagne dans l'affaire des faux de l'Aéropostale ? La réponse de ]iL, Siramy est très nette

Cette conversation a fait 1-Objet d'un rapport qui figure au dossier. M. Bouilloux-Lafont, lorsqu'on lui demanda s'il portait plainte, préclsa qu/il s'agissait d'une communication toute personnelle. Il ajouta qu'il ne pouvait se dessaisir des documents, mais que, d'autre part, son frère Marcel était parti pour Lyon, où il comptait les soumettre a M. Herriot Le procureur général, M. Donat-Guigue. répondit qu'il avertirait M. le garde des Sceaux ce qu'il fit et ajouta En ce cas. soyez prudent, monsieur Vous êtes allé au cinéma Menez-vous du mensonge photographique x

Sur l'impression assez vive-produite par cette réplique, M. Brun est rappelé à la barre. On compte, en sa présence, vider l'incident surgi samedi soir. Monsieur Brun, commence MJ -Le Coq de Kerland, est-il exact, à votre connaissance, que l'Aéroposta1e ait *u à Berlin un représentant couïmereial, M. Bauer ?

C'est exact

Et ce M. Bauer pouvait-il ae procurer les statuts -de la Lufthansa ?Sans doute.

C'est là un détail important. Car ces statuts portent nettement que les actions de la Lufthansa sont ntnzié- rotées de 1 25.000. Or les actions du mémorandum Lucco portent' des numéros tout différents. n eût donc été facile d'établir qu'il s'agissait de faux. M. Brun, malgré sa répugnance à s'occuper de cette affaire, a consenti. sur la demandé de M. Chaumié, à procéder de rapides vérifications. Il a obtenu, en moins de deux jours, des précisions qui ne laissent aucun doute sur la supercherie et a averti M. Painlevé.

Mais ce n'est là qu'un hors-d'oeu'VTe et une question de M* Le Coq de Kérland va nous ramener au cour du débat:

Il ne s'agit pas du mémorandun. seulement, monsieur Brun, il s'agit de l'accord projeté entre MM. BouilloUx Lafont et le docteur Kurt Weige2t directeur de la Deutsche Bank. S'agissait-il de contrats partiels, de pools ainsi que l'on dit en langage interna tional, ou de la cession d'actions de l'Aéropostale ?

Aucun doute: il s'agit bien d'ac tions qui devaient être vendues. Alors l'accuse, qui pour la première fois prend la parole sur cet incident, se lève et entreprend de se justifier S'il s'agit d'actions, précise-t-il. c'est que M, Weigelt, apparemment. aurait demandé à devenir actionnaire. C'est tout différent que s'il s'agissait de céder l'Aéropostale à l'Allemagne », ce qui eût été impossible l'autorisation d'une opération de ce genre, en vertu même des statuts, ne pouvait être donnée que par l'Etat.