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Quel destin

attend l'Autriche ?

République hydrocéphale, gouvernée par une minorité avec un dictateur le chancelier Dollfuss qui a pris le pouvoir sans coup d'Etat, elle oscille entre deux périls le brassard rouge et la croix gammée

Vienne, 24 mars.

DE ÏÎOTÏB ENVOYÉ SPtCIAL

En m'éveillant, à l'aube, en gare d'Innsbruck, je lus sur une notice du wagon-lit

« La République d'Autriche possède un territoire de 83.800 kilomètres carrés, avec 6 millions et demi d'habitants. Elle est à peu près de la même grandeur que la Suisse. Elle est, comme la Suisse, essentiellement un pays de tourisme. » Le train se remit en marche. Je tirai le rideau de la vitre la notice fut illustrée par un joli décor de l'opérette actuellement parisienne, l'Auberge du Cheval-Blanc.

J'arrivais entre deux saisons les skieurs étaient partis avec l'hiver et les alpinistes attendaient l'été. Quelques plaques de neige résistaient aux premiers feux du printemps. Les auberges, peintes à neuf et vernies par la rosée, apparaissaient posées sur les plateaux couronnant les sapinières en pyramides, comme l'allégorie de sucre au sommet du gâteau. Les personnages avaient déjà leurs costumes: culotte de peau au-dessus des genoux nus, veston gris à boutons d'or, une plume au chapeau. Une fille de ferme aux joues rouges s'avançait au bord de la voie comme sur le proscenium et je crus qu'elle allait chanter une tyrolienne. Mais j'étais dans une loge roulante et je n'avais pas pris de billet pour ce .spectacle. Mon ticket portait un autre titre en un seul mot Vienne

La pièce que j'allais voir jouer sur l'Opéra Central-Europe a été analysée au jour le jour par les critiques diplomatiques et, d'après les comptes rendus, l'intrigue me paraissait confuse.

Assurément, c'est un drame. Il y a du sang, de la misère et de la haine. La paix anxieuse qui nous a été accordée voici quin^jina.j'.est menacée à chaque péripétie. Si je veux développer mon image, j'ajouterai que l'intérêt est habilement soutenu par une action à surprises et à renversements, qui, d'un coup de théâtre à l'autre, tient le spectateur en haleine.

Les quealiona qu'on peut se poser L'Autriche va-t-elle donner à l'Allemagne ses 6 millions d'hommes et ses 83.000 kilomètres carrés, pour compenser exactement les hommes et les kilomètres enlevés à l'empire germanique par le traité de Versailles ?

L'Autriche va-t-elle se tourner vers le Danube et ressouder d'abord le premier chaînon coupé avec la Hongrie en attendant les autres ?. Que signifient les fusils d'Hirtenberg ? Pour qui devaient-ils être réparés et préparés ?. Contre qui seraient-ils chargés ?. Et comme nous ne savons quel sang ils pourraient verser, nous ignorons aussi vers quelle destination iraient les millions d'or français votés par notre Parlement. Soulageraient-ils la miaère ? Attiseraient-ils la haine ?. Pourquoi les Autrichiens se battent-ils aujourd'hui entre eux dans les villes et dans les campagnes ? Les armées des patriotes nommées Heimwehren vont-elles s'opposer aux armées de la défense sociale intitulées Schutzbund Les unes et les autres rencontreront-elles d'abord les armées du gouvernement et de la police ou les armées de la croix gammée ? Quelles alliances pourront être contractées entre ces diverses formations militaires ? Deux grands groupements se constitueront-ils pour simplifier la guerre civile ?. Et, lorsqu'il y aura une victoire, quelle sera sa répercussion ?. Quand un chef vainqueur surgira des batailles intérieures, vers quelle frontière inclinera-t-il ses lauriers ?

Vienne

Une république hydrocéphale Pour l'intelligence du sujet, la description des décors n'est pas inutile. Je m'éveillai ce matin dans l'Autriche « essentiellement touristique » et je découvre ce soir l'Autriche historique. Chacun sait que l'empire bicéphale a été remplacé par une république hydrocéphale. J'aperçois autour du front viennois les stigmates des lourdes couronnes et, sur le visage, les rides séculaires du magnifique destin. Une ville noble et vaste où, plus d'une fois, s'est décidé le sort du vieux monde. Ses palais, ses monuments, ses larges avenues témoignent de sa gloire et de son bonheur. Elle fut la rivale de Paris par son prestige politique elle demeure sa soeur en élégance et en beauté.

Vers ce cerveau convergeaient, il n'y a pas longtemps, les nerfs d'un immense et complexe organisme les industries, l'agriculture, le commerce, les sciences, les arts des provinces les plus lointaines, des bouches de Cattaro au lac de Constance, d'Innsbruck à Lemberg, de

Temesvar à Trieste. Dans une atmosphère de toua les climats, une culture de toutes les races, une activité de toutes les productions, Vienne respirait, pensait et vivait. La tête du géant sur le corps du nain a déjà surpris tous les voyageurs. Si peu inédite qu'elle soit, je dois enregistrer ma première impression de ce contraste. L'Autriche est devenue la sœur cadette de l'Helvétie. C'est un gentil pays de montagnes, agrémenté d'hostelleries où l'on boit du lait crémeux. Mais Vienne est restée la capitale d'une grande puissance moderne et l'héritière d'une grande histoire.

Louis ROUBAUD.

(La suite la quatrième page.)

Le beau temps remporte pour plusieurs jours Grâce à une hausse barométrique qui, en vingt-quatre heures, atteindra cinq millimètres sur la France et la Grande-Bretagne, la situation de l'anticyclône continental sera très renfor cée et la période actuelle de beau temps s'en trouvera consolidée. D'autre part, les dépressions de l'Océan Atlantique sont moins menaçaL s. Il fera donc beau aujourd'hui samedi et demain, dimanche sur toute la France. Quant à la température, elle était assez froide au matin du vendredi 24 sur nos régions parisiennes Nord, Nord-Est et Est où les gelées étaient générales aux alentours de 2°, mais le temps se radoucissait au cours de la journée, les autres régions jouissaier. d'une température plus douce et supérieure à +5° dès 7 heures du matin. Il est probable que, sous l'action d'un soleil printanier. la température v «'"do"clr A MAISONS LAFFITTE

Antenor, à M. J. Schwob remporte le prix Lagrange

LES MINISTDES TIENDRONT CET APRÈS MIDI

UN IMPORTANT CONSEIL Le conseil des ministres qui se tiendra aujourd'hui à 15 h. 30, à l'Elysée, sous la présidence de M. Lebrun, donnera lieu à d'importantes délibérations. MM. Daladier et Paul-Boncour, dans l'exposé de la situation extérieure générate, mettront leurs collègues au courant des récentes négociations de Genève, Rome et Paris.

Dans l'ordre de la politique intérieure, deux questions retiendront particulièrement l'attention du conseil le rectificatif à la loi de finances de l'exercice 1933. dont M. Lamoureux fera connaître le dispositif, après que le gouvernement aura arrêté ses décisions définitives sur quelques points restés litigieux, comme la question des anciens combattants le problème des chemins de fer, au sujet duquel M. Paganon a préparé un certain nombre de dispositions à réaliser immédiatement en attendant un projet de réforme profonde de l'organisation des grands réseaux et, enfin, le cas échéant, le programme des travaux publics à insérer dans le nouveau plan d'outillage national.

Mouvement diplomatique Les nominations de M. Bargeton comme directeur et de MM. Conlondre et Massigli comme directeurs adjoints sont aujourd'hui officielles

Le mouvement diplomatique, qui avait eu pour point de départ la nomination de M. Léger au secrétariat général du Quai d'Orsay, et celle de M. de La Boulaye à l'ambassade de Washington, est complété aujourd'hui, en ce qui concerne l'administra-

tion centrale, par les nominations suivantes, qui coïncident avec la réorganisation de la direction des affaires politiques, dont nous avons déjà exposé les raisons, en indiquant quels seraient les titulaires' des postes à pourvoir et de celui que l'on créait. M. Bargeton, ministre plénipotentiaire de 1" classe, sous-directeur d'Europe, est nommé directeur des affaires politiques et commerciales.

M. Coulondre, ministre plénipotentiaire de 21 classe, chef du service français de la Société des niions, est délégué dans les fonctions de directeur adjoint à l'administration centrale. M: Charveriat, conseiller d'ambassade, s o u s-directeur d'Asie • Océanie, est nommé sous-directeur d'Europe. M. Renon de la Baume, conseiller d'ambassade, sous-chef de bureau à l'administration centrale, est nommé sous-directeur des relations commercialea.

M. Pierre Comert, agrégé de l'Université, est nommé chef du service d'information et de presse du ministère des Affaires étrangères.

Le poste de sous-directeur d'Asie n'est pas encore pourvu, mais Il sera certainement attribué à un diplomate actuellement en Extrême-Orient. L'emprunt sera clos ce soir M. Georges Bonnet, ministre des Finances, rappelle que la clôture de la souscription à l'emprunt aura lieu samedi 25 mars au soir.

LE PROCÈS DE TRAHISON A LONDRES

Tout un jour le ministère public a soumis l'officier de highlanders à un rigoureux interrogatoire

Et l'on a soudain appris que « Marie-Louise » ne fut pas la seule des jeunes Berlinoises avec laquelle l'officier eut une intrigue

Le galant lieutenant révèle au conseil le nom d'une de ces « sweetheart »

(Voir Il la troisième page.)

Les réactions après le discours du Premier britannique

A LONDRES confusion, incertitude et contradiction A GENËVE surprise et anxiété

Londres, 24 mars.

DE NOTRE CORRESPONDANT FASTICULIE» M. Macdonald devait être reçu ce matin en audience par le roi George V. Bien que souffrant d'un léger refroidissement, le premier ministre s'est rendu à l'heure convenue au palais de Buckingham, mais, en arrivant, il a suggéré que l'entrevue pouvait ne pas être sans danger pour le souverain, qui relève à peine lui-même d'une indisposition causée par un refroidissement. Dans ces conditions, les autorités du palais ont décidé d'ajourner l'audience et le premier ministre est retourné à son domicile à Downing street. Les réactions provoquées à Londres par le débat d'hier à la Chambre des communes révèlent dans les esprits une grande confusion d'idées et, de la part des partis politiques, des positions incertaines et parfois contradictoires.

Même ceux qui s'instituent les défenseurs de la politique gouvernementale ne peuvent s'empêcher de reconnaître que les explications fournies hier aux Communes par M. Macdonald sur le projet italien de pacte à quatre sont vagues et obscures.

Ce projet rrcueUie, dans certalns milieux conservateurs et libéraux, une adhésion de principe plus ou moins ferme, mais il n'échappe à personnel qu'il existe une contradiction entre la constitution d'un directoire des quatre grandes puissances et l'assurance officielle que la collaboration desdites puissances doit s'effectuer dans le cadre et selon l'esprit de la Société des nations. Aux yeux des travaillistes, cette contradiction est même si fia- grante qu'elle suffit à justifier le rejet du projet de pacte.

Des réiervet d'ordre pratique

La mise en application de l'article du covenant, qui prévoit la revision des traités et qui parait être une des dispositions du plan italien, ne soulève pas d'opposition de principe, mais suscite des réserves d'ordre pratique. n ressort du discours de M. Macdonaid que, si un cas précis de revision des traité^ était soulevé, le plan ita- lien prévoit comment les Etats inté- ressés seront consultés..

Mais, observe-t-on, ces Etats, tels que par exemple la Pologne ou une nation quelconque de la Petite Entente, sont membres de la Société des na- tions et l'article 19 stipule que les questions de revision relèvent de l'as- semblée générale.

Comment, dès lors, concilier l'initiative des quatre grandes puissances qu'envisage le plan italien et l'assurance que leur action s'exercera dans le cadre de la S. D. N. ?

S'il faut entendre, comme c'est probable, ainsi que le relève le Manchester Guardian, que les quatre grandes puissances exploreront les difficultés politiques des traités, on se demande aussitôt à quel moment les organismes de la Société des. nations interviendront et à quel moment aussi ceux qu'il est convenu d'appeler les petits Etats seront admis aux discussions. On note, au surplus, que ceux-là mêmes qui préconisent la revision des traités reconnaissent qu'il serait sage de ne pas poser, pour l'instant. le problème des rectifications de frontières et de ne s'occuper que de la question de l'égalité de statuts réclamée par l'Allemagne. Cette égalité ne doit, se- lon les mots dont s'est servi hier M. Macdonald, être accordée que par étapes et, dans l'intervalle, il ne saurait être question de réarmement des puissances désarmées par les traités. Nouveaux griefs

Mais alors, déclare-t-on, pourquoi le plan de désarmement britannique dou- ble-t-il d'emblée l'effectif de la Reichs- wehr ? On a même vu que le comité exécutif de l'Union britannique de la Société des nations a adressé au gou- vernement une résolution adoptée à l'unanimité et demandant que l'Aile- magne hitlérienne ne soit pas libérée des restrictions inscrites dans les traités. Voici enfin un autre aspect, assez curieux, des positions prises par les partis. Les partisans de la politique d'isolement, qui ont toujours préconisé, depuis la guerre, que la Grande-Bre- tagne s'abstienne de participer à un pacte de sécurité continental dont la France et ses alliés auraient bénéficié, prennent aujourd'hui une attitude qui joue en sens inverse. Ils reprochent au premier ministre c d'avoir adhéré au pacte proposé par M. Mussolini sans s'être assuré, au préalable, de la coopération de la France. Ils lui font grief de se mêler d'affaires qui, de la Baltique à la mer Noire, n'intéressent pas la Grande- Bretagne et de courir le risque de s'aliéner sans profit des peuples avec lesquels elle n'a aucun motif d'entrer en querelle. i Embarras créé par l'incertitude des dispositions précises du plan italien, souci des uns de ne pas affaiblir la Société des nations, préoccupation des autres de ne pas accroître les respon- sabilités britanniques sur le continent, malaise général créé par la politique hitlérienne, adhésion de principe à une politique de revision des traités, désir

unanime de conjurer le péril de guerre et indécision quant au choix des moyens, telles sont les dispositions présentes d'une opinion publique essentiellement fluide et changeante. A GENEVE

Genève, 24 mars.

De NOTRE FNTOTÏ SPÉCIAL

La discussion générale sur le projet de convention de désarmement déposé par M. Macdonald s'est ouverte aujourd'hui dans une atmosphère a s s e z pénible et qui n'a pu manquer de frapper dès son arrivée le secrétaire d'Etat britannique, sir John Simon. Un malaise profond pèse sur la conférence et il faudrait être désormais doué d'un rude optimisme pour espérer qu'elle puisse, avant les vacances de Pâques, enregistrer le moindre résultat concret. Les orateurs peuvent se succéder, affirmer du bout des lèvres leur sympathie pour le plan du premier ministre, cela ne les empêche pas d'en souligner les lacunes et d'annoncer le dépôt de nombreux amendements les préoccupations générales sont ailleurs. On ne pense ici qu'à l'initiative italienne, aux entretiens qu'elle a provoqués à Rome et à Paris, et aux répercussions qu'elle est susceptible d'avoir en Europe.

-AHtert JULLIEN

(La suit» page.) POUR ET CONTRE On ne parle que de désarmement. Mais on ne parle pas du revolver. Mais on ne parle pas de désarmer les demoiselles galantes, les femmes jalouses, les amants exclusifs, les maris ombrageux, les violents, les buveurs et les fous. Le revolver, pourtant, devient un fléau social qui fera chez nous, bientôt, autant de victimes que la tuberculose. Le tevolver, aujourd'hui, est devenu un < ustensile de ménage d'usage courant et quotidien. Ce ne sont pas seulement les jeunes passionnés, les exaltés de l'amour ou de la haine qui jouent du browning. Le revolver a pénétré partout. Il y a encore beaucoup d'immeubles où il n'y a ni eau ni gaz. Mais revolver est'à tous les étages. Et tout le monde. maintenant, fait pan pan avec le revolver. De bons vieux ménages qui, en temps de dispute, se seraient jadis contentés d'échanger quelques potiches, voire quelques petits coups de balai. se « revolverisent aujourd'hui comme des jouvenceaux. Voilà le progrès on ne se chamaille plus, on ne se fait plus de scènes. On ne fait plus jaser les voisins. On se tue, tout simplement. C'est plus expéditif et ça fait moins d'histoires Que dirait le doux François Coppée s'il pouvait lire aujourd'hui nos faits divers. Ses héros familiers, le petit épicier de Montrouge et < le nommé. Jean Lefort » qui. comme on sait. était mécanicien sur la ligne du Nord », ont aujourd'hui leurs photographies dans les journaux. En .qualité de meurtrier ou en qualité de victime. Le drame hante tous le milieux et toutes les cervelles. Toutes les cervelles avar de les faire sauter. Les paisibles retraités les rentiers, les « bourgeois les bonnes dames qui ont leurs petits « chienchiens s et leurs canaris ne sont pas aujourd'hui moins solidement armés que les Grands Frisés de la Bastille. Et à la moindre occasion, et sous le prétexte le plus futile et pour un oui et pour un non, les revolvers surgissent et les coups partent. Ils partent! Partir, c'est faire mourir beaucoup

Avant-hier encore, dans un « .tranquille petit pavillon de Drancy » une c excellente femme a a tué à bout portant son excellent époux qui était justement oh Coppée retraité du chemin de fer du Nord.

.< Et quand on pense, m'écrivait l'autre jour un lecteur judicieux, que l'Etat, qui fait habituellement argent dc tout, n'a même pas songé encore. à imposer les revolvers Mais les briquets doivent être rigoureusement estampillés Si l'Etat ne veut décidément rien faire pour mettre fin à ces massacres, qu'il s'arrangt au moins pour en profiter. »

.On pourrait aussi, en imposant le revolver, frapper le drame conjugal ou extra-conjugal d'une taxe déterminée.Quelle source intarissable de profits pour l'Etat

Maurice Prax.

Attention ;i CE SOIR

avancez

vos pendules

C'est l'heure d'été

UN NEURASTHÉNIQUE TUE SA FEMME

A COUPS DE FUSIL 1 Le meurtrier menaçant les gendarmes de son arme, on ne put s'emparer de lui qa'après un siège d'une nuit, alors qu'il tentait de s'enfuir

Poitiers, 24 mars.

Il. XGTR8 CORRESPONDANT PARTICULIER Un drame de famille qui a fait quatre orphelins s'est déroulé la nuit dernière à Mirebeau.

Depuis deux ans environ habitaient, rue Rabotais, les époux Joubert, originaires tous deux de Betz-le-Château (Indre-et-Loire). Ils vivaient là avec ta plus jeune de leurs filles, Augustine, âgée de treize ans.

Trois autres enfants sont issus de leur mariage l'aîné, Joseph, dix-huit ans, élève au séminaire de Tours la cadette, Yvonne, quatorze ans, en pension à. Poitiers le plus jeune, JeanPierre, placé à l'orphelinat de Richelieu (Indre-et-Loire).

Le ménage était mal assorti. Le Mari, Jules, quarante-cinq ans, paresseux et aimant boire, ne travaillait que rarement. C'était la femme, née Joséphine Julia, quarante ans, qui, laborieuse et honnête, pourvoyait aux besoins de la famille elle allait en journée et était très estimée de ses patrons.

Le mari n'était pas seulement paresseux et buveur depuis la guerre, à la suite d'une violente commotion cérébrale occasionnée par l'explosion d'un obus, il ne jouissait pas de la plénitude de ses facultés mentales il était devenu très irritable et se plaignait de persécutions imaginaires. Il prétendait que des individus, qui convoitaient sa femme, la poursuivaient de leurs assiduités et de leurs menaces. Cela le rendait fort jaloux, d'une jalousie injustifiée, d'ailleurs, mal s qui le faisait injuste envers les siens. On ne pensait toutefois pas que cela le conduirait au crime.

Hier après-midi, Joubert, qui était allé travailler à la ferme de Douce, regagna son domicile, où il ne trouva que sa fille Augustine, avec l'aide de laquelle il prépara le dîner. Sa femme, qui était allée à Poitiers, rentra à 19 heures. On dîna, puis tout le monde Le drame

Vers 22 heures, des voisins, les époux Bagouin, entendirent un coup de fe't, suivi peu de temps après d'un second. Ils se levèrent et perçurent alors les appels au secours de la petite Augustine. Bientôt la fillette se réfugiait chez eux affolée, disant que son père venait de tuer sa mère. Des gendarmes, immédiatement pré- venus, se rendirent sur les lieux. Ils ouvrirent la porte de la- -maison où venait de se dérouler le drame. Mais à peine le seuil franchi, ils furent obli- gea de battre en retraite Joubert les mettait en joue avec son fusil et les sommait de sortir.

Toute la nuit, les gendarmes surveillèrent la maison. Au matin, vers 6 heures, comme ils s'apprêtaient à en tenter l'assaut, Joubert sortit par la porte donnant sur la rue et essaya de fuir. Il fut vite rejoint et, voyant les revolvers braqués sur lui, il se laissa docilement appréhender.

A l'intérieur de la maison, les gendames.. trouvèrent le fusil, chargé de deux cartouches, et, dans la chambre là coucher, le cadavre, étendu sur le lit, de la malheureuse Mme Joubert. D'après les premières constatations, Joubert aurait fait feu à quatre reprises. Il tira deux fois alors que sa femme était couchée les charges ne l'atteignirent pas et allèrent se perdre dans le mur. Rechargeant son fusil, Joubert tira de nouveau sur la malheureuse, qui, affolée, s'était levée. Une première charge lui sectionna le bras droit la seconde, faisant balle, l'atteignit dans le dos, la tuant net.

Le meurtrier est un homme de taille moyenne, à l'air maladif, et qui est tout hébété. Le visage enfoui dans ses mains, il pleure sans cesse. Il parait inconscient de son acte.

Interrogé par les gendarmes, Il répond par monosyllabes, incapable dp préciser le mobile et les circonstances dè son geste criminel. Il se borne à répéter que les gens qui lui veulent du mal l'ont poursuivi toute la journée et que c'était à cause de sa femme. Il faut voir là les raisons de ce drame navrant.

Le parquet de Poitiers s'est transporté cet après-midi sur les lieux, accompagné du médecin légiste. Nous croyons savoir que Joubert, transféré à Poitiers, sera soumis prochainement à un examen mental. A la deuxième page

UN LARGE DEBAT

AU CONSEIL MUNICIPAL SUR LA CRISE DE CHOMAGE

Les faux papiers de l'aviation

LA PITTORESQUE AUDITION DES GRAPHOLOGUES

ET EXPERTS EN ECRITURE Et on a encore entèndu un certain nombre de témoins

Journée principalement consacrée aux graphologues et experts en écriture.

Graphologue, M. Dupont-Ferrier a reçu un lot de papiers de M. Portais et il a conclu à l'identité, ^n attribuant à M. Weiller, avec U itefois des « réserves orales » de trois ordres de provenance, de quantité, de qualité. Plus tard d'autres experts, mais sur un dossier complété, ont abouti à d'autres conclusions.

MI Pierre Masse Conteste que l'expert ait fait des réserves.

Allons, monsieur l'expert, entre noue, jette enfin M' J.-Ch. Legrand, vous vous êtes trompé, dites-le

Voici maintenant M. Edouard de

Rougemont, autre graphologue, qui, lui aussi, au mois de mars dernier, a reçu la visite de M. Portais. Il s'agissait encore de comparer des textes Weiller authentiques à des textes Weiller douteux dus à Lucco et des textes J.-L. Dumesnil à d'autres textes J.-L. Dumesnil, douteux eux aussi. En ce qui concerne les pièces Dumesnil les chèques de la- Guaranty Trust fournis par de Lubersac, il s'agissait visiblement de faux.

En ce qui a trait, par contre, aux lettres Weiller, poursuit M. de Rougemont, j'ai pensé qu'il y avait identitt ou que peut-être M. Weiller avait à son service un « secrétaire de la main,. comme les rois en utilisaient I autrefois afin de s'épargner la fasti| dieuse besogne de la signature. Le! documents ne m'ont été confiés que très peu d» temps, et je n'ai pu procéder à de 'lamgs contrôlée. C'était la même spontanéité, la même rapidité.. J'ai rendu des conclusions affirmatives. Cette fois, M* Pierre Masse souligne

par un heureux détour cette honorable erreur

Vous êtes, monsieur de Rou&emont, connu de nous tous, et votre science ne se discute pas. Je constate alnsi que M. André Bouilloux-Latont et M. Portais se sont adressés à des sommités de la graphologie. La bonnt> fo:, la certitude qu'ils ont manifestées par la suite s'appuyait sur les avis les plus autorisés.

M* J.-Ch. Legrand obtient de M. do Rougemont cette affirmation

Pour imiter si parfaitement l'écriture de M. Weiller, il a fallu que le faussaire eût entre les mains de nombreuses pièces authentiques qui lui servalent de modèle.

Alors, l'avocat général, M. Siramy: Je n'accepte plus l'opinion d'un expert qui s'est si lourdement trompé! Ne nous égarons pas, reprend M* J.-Ch. Legrand. Voici ce qui résuite du débat le c secrétaire de la main » de M. Weiller, c'est Lucco!

Voilà le feu aux poudres Et sur

une question de M* Abrami, partie civile, l'affaire Dreyfus est évoquée Le bordereau que l'on a cru si longtemps de Dreyfus était, on le nait maintenant, d'Esterhazy. Et l'on a confondu l'écriture de l'un avec l'écriture de l'autre.

On ne reviendra au procès que sur une question de M" J.-Ch. Legrand

Eh bien! finissons-en, Lucco, répondez-moi Quelles pièces de comparaison, quel modèle aviez-vous sous léa yeux au moment où vous confectionniez les faux ?

Je les ai faits de mémoire

Le témoin, M. de Rougemont, ne croit pas que ce soit possible. Il essuie une nouvelle rebuffade de M. Siramy. Alors, M* Pierre Masse

M. de Rougemont s'est trompé. Il dit c Je me suis trompé. C'est là la marque du vrai savant.

M. Bourgain est l'expert commis par M. Brade, juge d'instruction, pour examiner le dossier. Il a conclu que les faux signés Weiller étaient de la main de Lucco et que les faux signés Lahure étaient de la main de Picherie: Mais vous avez déposé votre rapport, ironise M" Pierre Masse, trois semaines après les aveux et de Lucco et de Picherle. Votre tâche se trouvait ainsi singulièrement facilitée.

M. Philippe Henriot, député de la Gironde, et parent lointain de M. André Bouilloux-Lafont, apporte un témoignage en faveur de celui-ci, qu'il juge incapable d'une vilenie.

Le directeur de l'Aéropostale, M. Abel Verdurand, apprenant que le dossier circulait, a frissonné il a mis M. André Bouilloux-Lafont en garde contre Lucco. Mais il lui fut répondu qu'une enquête avait été faite et que l'on pouvait avoir toute confiance. M. Verdurand n'en resta pas moins troublé.

On assiste au défilé du personnel de l'Aéropostale, et tous les employés de MM. Bouilloux-Lafont rendent nommage à leurs directeurs.

M. Eugène Merle raconte comment Lucco lui communiqua les documents il ajoute

J'en étais heureux, car mon métier, précisément, consiste informer, poursuit le témoin.

J'al transmis ces papiers à Mme Hinau, envers q1:i avais contracté précédemment une dette de gratitude.. Mme Hanau, laconique, fit savoir qu'il fallait suivre les événements. Je vais m'y efforcer répondit M. Merle, Il revit donc Lucco, qui lui apporta d'autres documents, concer-