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Les entretiens de Genève, Rome et Paris Ils ont fait l'objet d'un exposé de MM. Daladier et Paul Boncour à la commission sénatoriale des affaires étrangères

A Londres, M. Macdonald, dès son arrivée, a mis le cabinet britannigue au courant de ses démarches CE SOIR, UN GRAND DÉBAT AURA LIEU AUX COMMUNES

M. Macdonald et sir John Simon, ayant mis MM. Daladier et PaulBoncour au courant de leurs entretiens de Rome avec M. Mussolini, ont regagné Londres et la période qui va s'ou- vrir se traduira d'abord, pour les mi'nistres français, par un examen appro- fondi des propositions dont ils ont été saisis. Ce n'est qu'après cette étude détaillée que les gouvernements français et britannique pourront, en tonte connaissance de càuse, procéder utilement à de nouveaux et complets échanges de vues.

Dès maintenant, cependant, l'opinion étrangère, comme l'indiquent les dépêches venues des principales capitales, suit avec un intérêt parfois passionné le problème qui vient d'être posé.

C'est aujourd'hui que s'engagera un important débat aux Communes qui flxera l'attitude britannique sur la question.

MM. DALADIER ET PAUL-BONCOUR DEVANT LA COMMISSION

DES AFFAIRES ETRANGERES

DU SENAT

Dans la matinée d'hier, M. Daladier avait conféré avec M. Henry Bérenger, président de la commission sénatoriale des affaires étrangères. L'après-midi, le président du Conseil, avec M. PaulBoncour, s'est rendu devant la commission sénatoriale des affaires étrangères elle-même, réunie sous la présidence de M. Henry Bérenger. Il a été entendu, ainsi que le ministre des Affaires étrangères, sur la situation extérieure, et notamment sur les entretiens de Genève, de Rome et de Paris, à la suite du dépôt par M. Macdonald du nouveau plan britannique de désarmement et des entrevues consécutives qui ont eu lieu à Rome entre M. Macdonald et M. Mussolini, puis à Paris entre M. Macdonald et sir John Simon et. M. Daladier et M. Paul-Boncour. M. Henry Bérenger a demandé aux deux ministres de bien vouloir faire connaître à la commission les échanges de vues auxquels il a été procédé pour une collaboration plus étroite entre les quatre grandes puissances européennes membres permanents du conseil de la S. D. N. Il a également demandé aux deux ministres de préciser la position actuelle de Ja délégation française i la conférence du désarmement par rapport au plan constructif français, d'une part, et au nouveau plan britannique, d'autre part. Tflnfin, il leur a demandé de bien vouloir répondre au questionnaire qui avait été précédemment envoyé par la commission relativement aux relations franco allemandes et franco-soviétiques, à propos du pacte de non-agression et de la convention de conciliation.

Sur ces trois points, les membres du gouvernement ont répondu de la façon la plus complète, la plus précise, la plus loyale.

M. Daladier et M. Paul-Boncour ont fourni à la commission tous les renseignements désirables sur les récents événements, leur origine et leur évolution. Ils ont d'ailleurs fait remarquer que cette évolution est loin d'être terminée et Ils ont marqué leur confiance que les conversations nouvelles seront utiles à la détente européenne en empêchant la constitution de blocs rivaux. Ils ont affirmé leur volonté de voir les nouveaux entretiens s'inscrire dans les accords précédents, c'est-à-dire l'accord de confiance signé à Lausanne en juillet dernier, les accords de Locarno, le pacte de la S. D. N. I1s ont confirmé les directives de la politique extérieure française qui tend à concilier son indépendance et sa sécurité avec la solidarité européenne.

M. Bérenger a remercié les membres du gouvernement de leurs déclarations et il s'est félicité de la collaboration constante ainsi créée entre le gouvernement et les membres de la commission pour la bonne conduite de notre politique extérieure.

A LA COMMISSION

DES AFFAIRES ETRANGERES

DE LA CHAMBRE

La commission des affaires étrangères de la Chambre s'est réunie hier après-midi sous la présidence de M. Herriot. Elle devait procéder à la nomination du rapporteur de la proposition de résolution de M. René Richard tendant à inviter le gouvernement à mettre à la disposition des Etats-Unis les 20 millions de dollars montant de l'échéance du 15 décembre 1932.

Mais, à la demande de M. Moutet, la commission, sans préjuger de son opinion sur le fond, a décidé de demander d'abord au ministre des Affaires étrangères de venir lui exposer le point de vue du gouvernement sur la question des dettes de la France envers les Etats-Unis et l'attitude qu'il entend prendre à ce sujet.

Au nom de la sous-commission du désarmement, M. Bergery a fait ensuite un exposé sur les travaux de la conférence du désarmement et sur le plan britannique. Après une étude complète de ce plan, M. Bergery a conclu en déclarant qu'il avait l'espoir de voir perfectionner le contrôle international des armements constitué par les propositions de M. Macdonald. Au nom de la commission, M. Herriot a félicité M. Bergery de la clarté de son exposé. Puis, sur sa proposition, la commission a chargé sa souscommission du désarmement de lui faire, à sa prochaine séance, un exposé sur le projet de pacte de Rome.

UNE DELEGATION SOCIALISTE CHEZ M. DALADIER

M. Daladier a reçu hier soir la délégation des députés socialistes S. F. I. 0. désignée ia veille par le groupe pour demander au président du Conseil

Avant te départ du Bourget M. Macdonald s'entretient avee M. Pierre Cot

des éclaircissements sur, les divers problèmes extérieurs actuels et, notamment, la question des dettes qui va donner lieu à de prochaines délibérations à la Chambre.

L'ARRIVEE A LONDRES

DES MINISTRES ANGLAIS Londres, 22 mars (dép. Petit Parisien.) M. Macdonald et sir John Simon, qu'accompagnait miss Ishbel Macdonald, ont atterri à l'aérodrome de Croydon, venant de Paris, ce matin peu avant 11 heures. En arrivant à Downing Street à 11 h. 40, le premier ministre a trouvé le conseil de cabinet en séance et a entrepris aussitôt de faire à ses collègues une relation détaillée de ses conversations de Genève, de Rome et- de Paris.

Le cabinet s'est ajourné à 13 heures et a tenu ce soir, a la Chambre des communes, une deuxième séance d'une heure qui a été surtout consacrée à Texamen cfê la situation créée par l'arrestation dë sujets britanniques en Russie soviétique.

Lorsque M. Macdonald et sir John Simon sont entrés cet après-midi à la Chambre des communes, ils ont été accueillis par des applaudissements partis des bancs de la majorité. Cest demain, à l'occasion du vote en troisième lecture du Bill des fonds consolidés, que s'engagera, aux Communes, le débat sur la politique étrangère du gouvernement.

Le premier ministre parlera le premier. Il fera un exposé de ce qui s'est passé à la conférence du désarmement, expliquera la politique adoptée par la Grande-Bretagne à la conférence et donnera ensuite à l'Assemblée des informations sur la position du problème de l'organisation de la paix telle qu'elle résulte de ses entretiens de Rome et de Paris.

On ignore encore si sir John Simon retournera ou non à Genève cette semaine. Si un accord général s'établit pour que la conférence du désarmement ajourne ses travaux jusqu'après les fêtes de Pâques, le secrétaire d'Etat au Foreign Office restera à Londres. Mais on considère ce soir à Westminster que ce point n'est pas encore définitivement réglé.

Un journal anglais annonçait ce ma- tin que le pacte à quatre discuté à Rome entre M. Macdonald et M. Mussolini prévoyait la restitution à l'Alle- magne de certaines de ses anciennes colonies que le traité de paix attribua à l'Angleterre ou à divers dominions. Dans les cercles autorisés, on déclare que cette information est sans fondement.

(A la troisième page': les commentaires de presse dans diverses capitales.)

LE CONCOURS HIPPIQUE S'EST OUVERT HIERI

LE CHANCELIER HITLER VA PARLER AUJOURD'HUI AU lllll

DE LA POLITIQUE ËTRANGÈHE Ce discours tendrait à apaiser l'émotion causée dans divers pays par des mesures diverses prises récemment en Allemagne Berlin, 22 mars.

DE NOTEE ENVOYÉ SPÉCIAL

J'apprends de bonne source que le chancelier Adolf Hitler prononcera demain, à 14 heures, au Reichstag, un discours consacré aux problèmes de politique extérieure.

Etant donné que le « FUhrer » n'a pas encore exprimé ses vues, depuis qu'il est au pouvoir, sur les relations de l'Allemagne avec les autres puissances, cette déclaration est considérée, dans les milieux politiques allemands, comme une manifestation de la plus haute importance.

La déclaration serait destinée, me dit-on, d créer une impression d'apaisement, car on se montre fort inquiet ici de la mauvaise presse que les excès hitlériens et la suppression de la liberté d'opinion ont value d l'Allemagne, mëme dans des pays généralement bien disposés, comme l'Angleterre et l'Amérique.

Le discours du chancelier contiendrait d'importants passages relatifs à la France. On pense à Berlin que les paroles apaisantes de M. Hitler seront bien accueillies dans les capitales intéressées et ne manqueront pas d'y produire une détente. L. B.. LES VIOLENCES ANTISEMITES INQUIETENT LES ETATS-UNIS New-York. 22 mars.

DE NOTBE CORRESPONDANT PARTICULIER La situation, en Allemagne, donne de sérieuses préoccupations aux milieux politiques américains.

Les manifestations antisémites des nazis ont soulevé aux Etats-Unis une indignation qui a largement dépassé les milieux. israélites. Le département d'Etat a envoyé des instructions à son ambassade de Berlin pour se renseigner sur les excès rapportés dans la presse. On a appris ici avec un déplaisir marqué que les auteurs de violences diverses contre une dizaine d'Américains venaient d'être amnistiés. Les trois principales associations rabbiniques orthodoxes viennent d'ordonner un jeûne de tous les juifs américains pour lundi prochain en signe de protestation contre la persécution des juifs en Allemagne.

Les projets attribués au gouvernement d'Hitler dans le domaine politique suscitent également des inquiétud«s générales.

A la Chambre des représentants à Washington, le député Douglas a deposé une motion demandant au président Roosevelt de faire des représentâtlope au gouvernement de M. Hitlert pour l'inviter à suivre une politique plus humaine à l'égard des minorités religieuses et politiques en Allemagne. Le gouvernement américain a été invité par des organisations israélites à suspendre les reglements relatifs à l'immigration pour permettre aux juifs fuyant l'Allemagne de se réfugier aux Etats-Unia.

1ME. Fred I. Kestt qui vient d'être nommé directeur de la Fédéral Beserve Bank Bulletin de santé

du maréchal Franchet d'Esperey Tunts, 22 mars {dêp. Havas.)

Le bulletin suivant est publié sur l'état de santé du maréchal Franchet d'Esperey « Nuit bonne, température 36°7. Pouls 90. Excellent état général. »

Vers les terres hostiles

d'Ethiopie par Hena de MONFREID Nous quittons les plateaux cultivés pour descendre dans une large vallée à travers une brousse sauvage. La piste, assez bien tracée, est taillée en certains endroits à même la roche, au flanc d'escarpements vertigineux. Elle est à peine assez large pour le passage de ma voiture. Une rencontre serait un singulier problème, car l'une des deux autos devrait reculer pendant des kilomètres pour atteindre une place favorable à un croisement.

A mesure qu'on descend, les pentes s'accentuent et atteignent pour le moins du 25 avec des ressauts pour franchir les grosses roches, qu'il faut attaquer avec une certaine vitesse, sous peine de caler le moteur. En ces endroits, la voitur: se cabre; le capot, dressé devant le conducteur, masque tout puis, brusquement, elle pique du nez et il faut se cramponner au volant pour ne pas passer à travers la glace. Les tournants sont à angle aigu et généralement en sol déclive. Mais enfin on passe et la voiture arrive dans des régions où seul le mulet avait accès jusqu'à ce jour. Après mille mètres de dégringolade, voilà enfin le torrent. On le franchit dans les galets et les pierres roulés, avec de l'eau jusqu'au moyeu. En face se dresse un talus incliné à 45°. Dans le tonnerre du moteur emballé, on arrive à le gravir on en reste stupéfait. Ce n'est qu'à ce moment qu'il m'est possible de voir le paysage. Jusqu'ici, je n'ai vu que le sol de la piste des trous, des bosses, des quartiers de roches, des troncs d'arbres, etc. X. malgré sa confiance dans mon talent de chauffeur, n'a pas desserré les dents lui non plus n'a vu qu'obstacles et précipices.

La profonde vallée où nous venons de tomber car descendre serait moins exact s'ouvre assez large, comme un vaste cirque, dominée par des montagnes de plus de mille mètres.

(La suite à la quatrième page)

L'hommage de Paris

à Aristide Briand et à Paul Doumer M. Georges Lemarchand a déposé hier au conseil municipal un projet de ''évolution ayant paar objet la mise «n application des lois des 17 novembre 1918. 20 février 1920, 30 mars 1932, 29 novembre 1932, qui décident que les noms de Georges Clemenceau et du maréchal Foch, de M. Raymond Poincaré, d'Aristide Briaod et de Paul Dominer, qui ont bien mérité de la patrie », seront gravés, pour demeurer permanents, dans toutes lea mairies de France et dans toutes les écoles de la République ».

En ce qui concerne plus particulièrement la capitale, dit-il, il apparaît que cette inscription doit être placée dans la mairie centrale, en l'espèce l'Hôtel de Ville,, c'est d'ailleurs ce qui résulte d'une entente entre le gouvernement et le bureau du conseil de 1918. M. Lemarchand demande que ces plaques de marbre soient apposées dans une des salles ou dans un des salons de l'édifice municipal.

LES HOMMES DU JOUR Le baron Henri de Rothscbild Le baron Henri de Rothschild n'avait pas besoin, en véritk, qu'on publiât la nouvelle de sa généreuse donation à la Bibliothèque nationale pour figurer au premier plan de l'actualité. Il est de ces personnalités parisiennes qui, par l'étendue même de leur activité, ne cessent de faire parler d'elles. Médecin, sociologue, voyageur, collectionneur, auteur dramatique, ou directeur de théâtre, le baron Henri, comme on l'appelle familièrement, a depuis longtemps abordé tous ces domaines et il n'a pas dû qu'à son seul nom ou qu'à sa seule fortune d'y réussir avec quelque éclat Il avait d'ailleurs de qui tenir. Son père, le baron James-Edouard, avait réuni la plus belle bibliothèque d'histoire littéraire française. Il ne tarda pas à s'inspirer de son exemple.

L'inestimable collection d'autographes qu'il légue à la Bibliothèque nationale, il la commença comme il était encore sur les bancs de l'école. Heureuse précocité. Ce fut vers la même époque qu'Henri de Rothschild vint un jour trouver son père pour lui demander 80.000 francs. Il s'agissait d'acheter une terre. Le baron James signa le chèque sans mot dire. Mais il fut intrigué. Qu'était-ce donc que cette terre qui attirait son fils ? L'enquête qu'il fit mener l'édifia. Il ne s'agissait point de quelque parcelle de notre globe, mais bien d'une petite planète qu'avait découverte au fond du firmament un vieil astronome. Comme tant d'autres savants, cekii-ci était pauvre. Henri de Rothschild n'avait rien imaginé d'autre pour l'aider. Il eut une jeunesse fort studieuse. Externe des hôpitaux de Paris, où il fut l'élève de Périer et de Dieulafoy, il devint moniteur spécialiste à la Charité, puis chargé de cours à l'école d'infirmerie de la Salpêtrière. Au début du siècle, il fondait sa Polyclinique de la rue Marcadet, qu'il dotait de l'outillage le plus moderne, d'un laboratoire qui fut longtemps le modèle du genre et d'une bibliothèque qui ne comprenait pas moins de 15.000 volumes. Son activité médicale ne s'arrêta pas là. Il faudrait plus de place que je n'en dispose pour dire tout ce qu'on lui doit, de ses fondations pour l'étude du cancer, l'hygiène de l'enfance ou l'industrie laitière, au centre zootechnique de Vaux-de-Cernay qui aura tant contribué à l'amélioration de notre élevage. Comment ne pas rappeler aussi qu'il a doté de plus de deux millions l'Institut du radium et donné à la France la plus grande partie qu'elle possède du précieux métal ? Un siège à l'Académie de médecine et la cravate de commandeur de la Légion d'honneur ont récompensé une générosité qui n'a d'égale qu'un dévouement inlassablement dépensé pour toutes les oeuvres

LE PROCÈS DE TRAHISON A LONDRES

LES AUDITIONS DE TEMOINS SE SONT POURSUIVIES HIER TANTOT EN PUBLIC

TANTOT A HUIS CLOS

Ces dépositions ont principalement porté sur la documentation que recherchait l'accusé relativement à l'armement et aux tanks

Unc jeune femme appelée en témoignage a apporté pour tout éclaircissement. qu'elle prit le thé et diaa avec l'accusé

Le lieutenant BaWle Stewart

arrive la caserne de Chelsea

Londres, 22 mars.

DE NOTRE COBIBSPONDANT PARTICULIER La troisième journée du procès du lieutenant Baillie Stewart a été consacrée à l'audition de nouveaux témoins qui ont déposé les uns en public, les autres à huis clos.

Le lieutenant-colonel Fitzherbert a comparu le premier à la barre. On sait que c'est lui qui, le 22 janvier, reçut de l'inculpé la lettre que ce dernier signait pour la première fois de son vrai nom et dans laquelle il infor- mait Otto Wâldemar Obst et MarieLouise que ses rapports avec eux l'avaient mis dans une « situation terrible' x vis-à-vis de l'autorité militaire et qu'ils devaient être rompus. Le colonel Fitzherbert a déclaré qu'il n'avait jamais eu la moindre raison de douter de la loyauté et de l'intégrité de son subalterne, qu'il avait eu sous ses ordres pendant dix-huit mois, et qu'il lui avait toujours paru un officier énergique et intelligent. Le lieutenant-eoloaelr Raymond, instructeur au camp oTAlderahot, eut le lieutenant Baillie Stewart ses cours techniques depuis le mois de février 1932. H a donné certains renseignements sur le caractère des ouvrages de la bibliothèque. Aucun de ces livres n'est secret au sens propre du règlement.

Toutefois, le colonel Raymond en garde un certain nombre sous clé pour éviter qu'ils s'égarant et il ne s'en sépare que contre la signature de l'officier qui les demande. Le témoin n'eut donc jamais ses soupçons éveillés par les emprunts d'ouvrages techniques que le lieutenant Baillie e Stewart fit à sa bibliothèque, d'autant que l'inculpé préparait son examen en vue de sa promotion.

(La suite à la troisième page.)

de véritable humanité. Mais ce qu'on sait moins c'est que, depuis le docteur Henri de Rothschild est titulaire de la grande médaille des épidémies. Médecin aide-major de 1" classe, il avait créé le service dit des « brûlés aux armées ». Plus tard, il assumait la charge redoutable de la santé publique dans les régions libérées. Une rare modestie a longtemps caché la mission généreuse et féconde à laquelle. depuis près d'un demi-siècle, est attaché le baron Henri de Rothschild.

Mais les médecins, comme les grands artistes, ont leur violon d'Ingres. Pour le baron Henri, ce fut le théâtre. Voilà une trentaine d'années, il débutait par des essais qu'il signait déjà d'un pseudonyme. Mais tout s'apprend vite, surtout à Paris. Quand Henri Desfontaines eut livré son secret, le baron de Rothschild usa de son nom pour recourir plus tard au masque d'André Pascal. Qui ne respecterait cette coquettrie quand nul n'ignore le véritable auteur du Talion ou du Caducée. Dans ses pièces, le baron de Rothschild s'est plu à étudier des conflits d'âmes et de valeurs qui ont trouvé souvent en lui le peintre le plus âpre. Il a enfin dirigé ou commandité plusieurs théâtres avant d'en faire construire un rue Pigalle pourvu de la technique la plus originale et la plus actuelle. Divertissement de millionnaire, a-t-on dit à l'époque. Les quelques noms d'auteurs qui ont figuré à ses programmes, de Jules Romains à Jean Giraudoux, de Sacha Guitry à Alfred Savoir, n'auront pu que satisfaire les plus difficiles. Au reste André Pascal n'a jamais beaucoup encombré les affiches. On lui sait un nom de rue à Auteuil. C'est là qu'habite le baron Henri de Rothschild qui s'est ainsi réservé, et non sans esprit, cette première hypothèque sur la postérité. Maurice BouRDEr.

Il faut mettre fin à la concurrence anarchique des moyens de trans- port. et moderniser l'exploitation des chemins de fer.

Après l'effort de redressement financier que le gouvernement accomplit en vue de rétablir l'équilibre budgétaire, le problème du déficit des chemins de fer se pose à l'attention des pouvoirs publics avec plus d'acuité que jamais.

Le Parlement et le gouvernement auront à faire preuve de cleirvoyance et de courage dans le choix des solutions à adopter pour remédier à un déficit qui s'accroit chaque jour de 11 millions. Seules devront être retenues les mesures conformes à l'intérêt de la collectivité, c'est-à-dire celles qui sont susceptibles de remettre nos grands réseaux français sur le chemin de l'équilibre. Et, en cette matière, les considérations d'ordre technique devront dicter le choix des pouvoirs publics.

Tout le monde est aujourd'hui convaincu que, en dehors des économies d'exploitation, qui ont déjà atteint 1.500 millions en 1932 par rapport il. 1930, et de la réduction des charges fiscales et sociales, des mesures immédiates s'imposent en faveur de la coordination des moyens de transport et de l'assouplissement des règles centenaires qui entravent l'exploitation des chemins de fer. Le projet de réforme des chemins de fer que les compagnies ont exposé au mois d'octobre dernier nermet de dégager cette idée, jusqu'alors confuse, que les méthodes traditionnelles de l'exploitation ferroviaire doivent être modifiées, en vue de l'intérêt général.

Aujourd'hui, l'homme de la rue > et celui des champs qui assistent au passage de trains presque vides sur les petites lignes déplorent le développement anarchique des s divers moyens de transport et appellent de leurs vœux les remèdes profitables aux usagers et aux contribuables. Quels sont donc ces remèdes d'ordre technique et de bon sens qui trouvent un écho sympathique dans l'opinion? Ils sont fort simples.

Lorsque le réseau d'intérêt général a atteint, à la fin du xIx siècle, un développement que l'on pouvait considérer comme à peu près définitif, le chemin de fer était le seul moyen de transport puissant et rapide. Le rail a .,lors pu constituer une tarification particulièrement basse pour les matières industrielles, cela dans l'intérêt du développement économique du pays.

William BERTRAND,

Député,

Ttce-président de la commission

des travaux publics.

(La euite à la quatrième page.)

A Drancy, une femme tue son mari infidèle puis se fait justice Mécanicien retraité des Chemins de fer du Nord, M. Louis Eymard, âgé de cinquante-trois ans, habitait avec sa femme, née Virginie Lacaze, de six ans son aînée, un petit pavillon lui appartenant et situé à Drancy, 20, rue du Commandant-Baroche.

Le ménage semblait devoir passer là des jours calmes et heureux lorsque, il y a quelque temps. M. Eymard fit la connaissance d'une veuve avec laquelle il ne tarda pas à nouer d'étroites relations.

Mme Eymard ignorait son infortune lorsque, ces jours derniers, elle découvrit une lettre adressée à son mari et par laquelle sa maîtresse lui fixait un rendez-vous. L'épouse outragée exigea une explication et, depuis lors, des querelles, dont les voisins percevaient les échos, ne cessèrent de mettre aux prises les époux ennemis.

Hier, après te déjeuner, une nouvelle discussion éclatait entre M. et Mme Eymard. Elle atteignit bientôt un ton si élevé que deux voisins, MM. Emile Courtenille et Lucien Tréjean, habitant respectivement aux numéros 18 et 22, inquiets, sortirent, prêts à intervenir. Quelques instants plus tard, ils apercevaient le mécanicien traverser en courant le jardin qui précède son pavillon. Sa femme apparut derrière lui et, soudain, une détonation éclata. Le mécanicien s'abattit. Les témoins accoururent. Ils relevèrent le blessé et le transportèrent dans sa chambre où, bientôt, arrivait le docteur Berthy. Mais toute intervention devait être inutile. Atteint à la région lombaire, M. Eymard ne tardait pas à expirer. Cependant, la meurtrière, de qui, dans leur légitime souci de porter secours à sa victime, les voisins avaient négligé de s'occuper, sortait de la cuisine où elle s'était réfugiée. Quand elle eut aperçu le corps inanimé de son mari, elle devina ce qui s'était passé. Rentrant dans la cuisine, elle reprit son arme et se logea une balle dans la tête. La mort fut instan.tanée.

On avisa M. Luce, commfssaire de police de la circonscription. Quajjd il eut procédé aux constatations et

Les époux Eymard

reconstitué cette scène tragique, le magistrat fit transporter les deux cadavres à l'institut médico-légal.

Les nouvelles pièces en argent de 10 et 20 francs

Un oertain nombre de nouvelles pièces en argent de et de 20 francs doivent être mises en circulation très prochainement.

Le conseil de régence de la Banque de France doit se réunir aujourd'hui pour fixer la date exacte de cette émisaion.

LES FAUX PAPIERS DE L'AVIATION

Après la lecture des dépositions de M. Paul Painlevé, le défilé des témoins a repris

MM. Jules Gautier et Bourguignon ont apporté d'intéressantes précisions et l'audience a été levée sur un incident

M. Jules Gautier M, Bourguignon Des l'ouverture de la troisième audience, la parole est donnée à l'avocat général, M. Siramy, qut débute d'une voix grave

Nous sommes tous d'accord; messieurs, aussi bien du côté de la défen8e que de celui de l'accusation, pour regretter l'absence de M. Paul Painlevé, ancien ministre de l'Air. Cet illustre témoin ne peut venir ici ses médecins le lui défendent, car ilo entendent lui épargner la fatigue et l'émotion des débats. Je lirai donc lee trois longues dépositions faites par M. Painlevé au cours de l'instruction. Ces dépositions, dans leur essence, sont connues M. Paul Painlevé, qui a porté plainte pour faux, croit que l'accusé André Bouilloux-Lafont savait qu'il s'agissait d'un document apbery» phe. Le ministre a reçu la visite de l'administrateur délégué de l'Aéropostale. Ce jeune homme détenait un dossier « écrasant l'égard de M. Chaumié. Mais il refusa de le laie·ser aux mains de M. Painlevé. Il dési- rait que M. Chaumié fût mis ea demeure d'abandonner son poste, car ce fonctionnaire s'était rendu coupable, disait-il, de forfaiture et d*-cor* ruption. On sait que les documents]

M. Chaun**

furent remis au général Weygand et revinrent chez M. Painlevé, qui Més tenait pour faux.

Tout au long de ses déclarations, M. Painlevé é s'exprime avec une fort grande sévérité aussi bien envers M. Bouilloux-Lafont qu'envers Lucco. On entend ces mots c Ce dossier constitue une sorte de roman policier composé par deux complice3 fort an courant des choses de l'aviation et qui, non contrôlé, pouvait parfaite,ment troubler des personnes non averties. Et plus loin c M. BouillouxLafont me disait tenir ces différentes pièces de hautes personnalités et dont

Le colonel Bédempt M. Descluzeaux il répondait comme de lui-même. Il les tenait, en réalité, de Lucco. Voilà pourquoi il espérait qu'aucune enquête ne serait ouverte et que' M. Chaumié diffamé serait sacrifié sans scandale. Que va répondre M. BouillouxLafont ?

En ce qui concerne les sources des documents, commence l'accusé, M. Painlevé ne m'a jamais demandé de renseignements. J'ai menti une fois,, à, propos des origines des dossiers, et c'est au juge d'instruction. Je l'ai reconnu et je m'en suis expliqué. J'ai voulu, uniquement, donner l'alarme lorsque ces documente que je croyais authentiques m'ont été remis. Aujourd'hui, tout ce ce que j'ai entrepris, tout ce que j'ai' dit, tout ce que j'ai fait est retourné contre moi. Je ne comprends pas! Il ajoute

Que voulez-vous? J'ai couvert Lucco que je croyais un honnête homme, que je savais le collaborateur appointé du commisaire Faux-Pas-Bidet.

L'accusé reprend alors l'histoire de ses différentes démarches et prétend ainsi établir sa bonne foi.

Nous sommes en présence d'une déposition de M. Painlevé, universellement respecté dans le monde de la science et de la politique, déclare enfin M* Bonnet, et nous sommes en présence de la dénégation de M. Bouilloux-La- font, qui a pris un Lucco pour compagnon de vie. MM. les jurés apprécieront. M* Pierre Masse intervient

Il ne s'agit pas d'un désaccord sur les faits, marque-t-il, mais uniquement