bpt6k627636s/f1


LE DÉBAT FINANCIER S'OUVRIRA CE MATIN Surtaxe exceptionnelle de crise ou prélèvement exceptionnel et provisoire? Les groupes de la majorité espèrent se mettre d'accord sur un texte qui pourrait rallier les gauches

C'est ce matin que s'ouvrira, à la Chambre, le débat sur le projet de redressement budgétaire rapporté par M. Jacquier, au nom de la commission des finances. Le texte qui sera soumis à l'approbation des députés diffère sensiblement de celui que le gouvernement avait adopté à l'unanimité et que M. Lamoureux, ministre du Bud- get, déposait, il y a quelques jours, sur ie bureau de l'Assemblée. Mais si l'aocord s'est établi, au sein de la commission, absolu, entre les membres de la majorité, il ne parait pas devoir te reproduire devant la Chambre entre les groupes de la majorité dont les commissaires sont cependant les représentants.

C'est à propos du texte tendant à l'établissement d'une « surtaxe exceptionnelle de crise », laquelle atteindrait surtout les revenus moyens, que la majorité de la Chambre ne partage pas la manière de voir de la majorité de la commission des finances.

Le texte litigieux a été substitué, on le sait, à la disposition gouvernementale qui prévoyait un a prélèvement exceptionnel et provisoire » sur les traitements des fonctionnaires. Le cabinet demandait ainsi deux sacrifices aux fonctionnaires celui que nous venons de rappeler et un second portant sur les indemnités. La commission a rejeté le premier et maimtenu le second en l'adoucissant.

La plupart des députés des circonscriptions rurales, en dehors de toute opinion politique, désirent que les mesures envisagées par le gouvernement en ce qui concerne les fonctionnaires soient votées.

D'autre part, la majoration dite € surtaxe exceptionnelle de crise grevant l'impôt général sur le revenu, soulève la réprobation des trois quarts de la Chambre.

En présence de ce double état d'esprit, les groupes de la majorité, décidés à faciliter la tâche du gouvernement, ont entamé hier des négociations auxquelles a pris part M. Lamoureux, ministre du Budget.

L'accord souhaité n'était pas réalisé dans la soirée d'hier, mais la tournure prise par les négociations permet de supposer qu'il pourra l'être sinon au moment où s'ouvrira la discussion publique, du moins à la fin de la matinée. La grosse majorité du groupe radical a été d'avis de revenir à un texte frappant les fonctionnaires et au besoin- les employés des services concédés, ainsi que tous les employés auxquels les administrations dont ils dépendent offrent des garanties suffisantes de stabilité.

AU' groupe socialiste il a été décidé qu'on s'en tiendrait aux dispositions de la commission des finances et qu'on se replierait, le cas échéant, sur un texte se rapprochant du projet gouvernemental.

En ce qui concerne l'attitude des députés S. F. I- 0., il convient de rappeler que l'intervention de la C. G. T. fut décisive lors du vote sur les projets Chéron.

Mais le projet du cabinet Daladier est moins sévère que celui du cabinet précédent. Et il y a tout lieu de penoer qu'une formule sera trouvée, qui permettra à la majorité de rester bloquée.

Il semble probable que le débat sera beaucoup plus long qu'on ne le supposait tout d'abord. On envisage maintenant qu'il faudra non seulement la journée d'aujourd'hui et celle de demain, mais, sans doute, celle de lundi.

A l'ouverture de la discussion, M. Taittinger, U. R. D., opposera la question préalable. Puis M. LouAs Marin, U. R. D., et M. Amidieu du Clos, action sociale et paysanne, demanderont l'ajournement.

D'autre part, dans la discussion générale, seize députés se sont fait inscrire MM. de Chappedelaine, gauche radicale Marcel Héraud, centre républicain de Lasteyrie, U. R. D. Oudin, centre républicain Nogaro, radical socialiste Herriot, rad. soc. Dalimier, rad. soc.; Bergery, rad. soc.; Piétri, républicain de gauche Fourès, centre républicain Jacquinot, centre républicain; Evain, centre républicain; Prosper Blanc, gauche radicale Schuman, démoorate populaire Camille Picard, radical socialiste Midol, communiste.

Enfin, trente amendements ont déjà été déposés.

L'effort de redressement financier comparé des trois projets

Ainsi qu'on le verra d'après ce graphique, l'effort de redressement financier prévu dans le projet Georges Bonnet-Lamoureux comporte 1.300 millions de disponibilités de plus que le projet Germain Martin-Palmade, et environ 1.500 millions de moins que le projet de M. Chéron. Le projet du gouvernement est donc intermédiaire entre les deux autres. La loi de finances permettra, après examen des recettes et des dépenses, de faire toutes rectifications utiles. On sait déjà que les recettes de janvier ont été favorables et que les moins-values constatées ces derniers mois n'ont pas persisté en jan'Vier dans la même proportion.

1. Projet Ger- 2. Projet 3. Projet I nain-Martin- de douzième de douzième Palmade Lamoureux Cheron t 4,3 milliard» 3,5 milliard. 7 milliards 1

LES COMMERÇANTS FERMERONT-ILS LEURS MAGbSINS JEUDI PROCHAIN ? Le comité de salut économique a décidé cette mesure, mais d'importants groupements commerciaux s'y opposent Le comité de salut économique s'est réuni hier après-midi au siège de l'Union des industries textiles, rue, Montesquieu, afin de fixer le jour dej la fermeture des magasins de Paris et, des départements, comme il avait été décidé lors du meeting de la salle Wagram.

De nombreux orateurs se sont fait entendre et, finalement, la date du jeudi 16 février a été adoptée. Pour protester contre les nouvelles mesures fiscales, les magasins des adhérents du

M. Nlcolle, secrétaire général du comité de salut économique

salut économique seront fermés de midi à 20 heures. Le comité a expédié plus de 4.000 télégrammes en province pour faire observer cette consigne. La Fédération nationale des contribuables s'est associée à la décision prise. L'un des dirigeants du mouvement a déclaré que l'approvisionnement de la population serait assuré et que le personnel des établissements de Paris, de la banlieue et de la province qui fermeront ne sera, pécuniairement, nullement lésé. Cette manifestation doit se dérouler dans le plus grand calme les adhérents a.u comité de salut économique,espèrent ainsi prouver leur ferme décision de voir aboutir leurs revendications.

La fermeture des magasins sera-t-elle générale ? Il est permis d'en douter, car d'importantes associations de commerçants sont absolument hostiles à cette manifestation.

Aussi bien, pour le prouver, MM. Victor Constant, vice-président de la Confédération des groupes commerciaux et industriels de France Georges Dreyfus, président de la Fédération des groupes de la région parisienne Bamberger, des groupes de Seine-et-Oise Imart, de la Confédération patronale des débitants de vins, hôteliers, restaurateurs Brinon, président de l'alimentation parisienne Georges Mius, président des commerçants détaillants Ernest Billiet, président de l'Union des intérêts économiques, se sont-ils rendus, en fin d'après-midi, chez M. Daladier, président du Conseil.

Déclaration de M. Billiet

L'entretien a duré plus d'une heure. A la sortie, M. Ernest Biliiet nous a fait la déclaration sulvante

Nous ne voulons pas participer à des mouvements de violence et de mauvaist; humeur dont le public serait la première victime.

En conséquence, les groupements que nous représentons, et qui réunissent plus de douze cent mille commerçants, déconseillent nettement la fermeture des boutiques et des magasins, ce qui ne veut nullement dire qu'ils approuvent de nouvelles mesures fiscales, le commerce étant déjà très lourdement frappé.

Nous sommes donc venus apporter au gouvernement le concours des hommes d'ordre dans le cas où il voudrait s'appuyer sur eux.

M. Da!adier nous a reçus avec une cordialité parfaite. Il a manifesté sa confiance dans l'esprit de mesure, de bons sens et de compréhension de leurs véritables intérêts des commerçants que nous représentons.

Le président du Conseil a montré combien il connaissait la gravité de la situation actuelle du commerce et de l'industric. Son tempérament et sa doctrine l'éloignent d'une aggravation des charges fiscales.

(La suite à la deuxième page.) présente ses lettres de créance

L'ambassadeur (à gauche) quitte l'Elysée après la remise de ses lettres de créance.

M* LE COQ DE KERLAND avocat et aviateur de guerre, est promu commandeur de la Légion d'honneur au titre du ministère de l'Air.

Parti, à la mobilisation, comme caporal d'infanterie, il fut démobilisé comme capitaine aviateur à l'armée Mangin.

UN IMPOT INJUSTE

QUI NE DOIT PAS ETRE VOTE Beaucoup de gens pensent sans le dire que le bon impôt est' celui qu'on ne paie pas soi-même et qui porte seulement sur les autres. Mais, à", ce point de vue, le meilleur impôt, l'impôt inespéré pour un commerçant, serait celui qui serait réclamé à son concurrent et pas à lui-même.

Il semble qu'un pareil impôt ne puisse, sous aucun prétexte, trouver place dans les finances d'une république. Pourtant la commission des finances de la Chambre vient d'en inventer un de cette espèce il s'agit d'une supertaxe de 6 0/0 sur les spécialités pharmaceutiques faisant de la publicité dans les journaux.

Les heureux bénéficiaires de la mesure proposée. seraient les fabricants des mêmes spécialités ne faisant pas le même genre de publicité, non pas que la plu- part d'entre eux soit ou des timides ou des modestes s'abstenant de toute réclame. Ils en font au contraire le plus généralement beaucoup par l'envoi à tous les médecins d'échantillons gratuits de leurs produits, ils en font aussi dans les journaux médicaux. Bref, les fabricants de cette deuxième. catégorie sont au même titre que ceux de la première des industriels et des commerçants. Pourquoi favoriser les uns au détriment des autres puisque les autres comme les uns sont soumis à un contrôle légal pour la salubrité des matières et des procédés employés par eux ?

Le législateur doit, par l'impôt, procurer des ressources à l'Etat, il peut soutenir par plusieurs moyens parfaitement légitimes certaines industries qui ont besoin de son appui. En aucun cas sa protection ne doit revêtir la forme d'une persécution contre une industrie concurrente de ceux qu'il veut soutenir et encore moins contre une autre catégorie de producteurs dans le cadre de la même industrie.

Les pires abus et les pires injustices pourraient être la, conséquence de pareils procédés. Le gouvernement a compris qu'il devait avant tout s'en abstenir il a exclu de son projet le système adopté par la commission. Il a bien fait. Il doit persévérer dans cette vote et, ijjaut sou-, haiter qu'il y soit suivi par la Chambre. Prendre l'argent là où il 'se trouve, a-t-on dit naguère. Evidemmént mais, pas à l'un pour le laisser à l'autre quand tous deux font même besogne et que celui qu'on projette d'épargner est aussi riche ou plus riche ou gagne souvent davantage que celui que l'on voudrait taxer.

Et puis, pour pouvoir prendre l'argent là où il se trouve, il faut commencer par ne pas l'en chasser en lui rendant la position intenable.

POUR ET CONTRE Tout le monde gémit; tout le monde se plaint. C'est que tout le monde, sans doute, a de tristes raisons de ne pas trouver la vie charmante.

Tout le monde se plaint. Toutefois, en dépit de la dureté des temps, il est des gens qui thésaurisent. De cette thésaurisation, qui augmente de joyr en Jour, il n'est pas permis de douter. Les billets de banque se raréfient. La circulation des billets devient étroite et serrée. Il est donc absolument certain que des Français, en cette crise des crises, en cette saison ingrate, trouvent le moyen de mettre de côté des billets de mille et des billets de cent. Mais comme tout le monde se plaint, il faut bien croire que les thésau- riseurs prennent part eux-mêmes au sinistre choeur des lamentations. Les thésauriseurs gémissent eux-mêmes. Ils gémissent et ils cachent jalousement sous de vieux édredons des francs papier en quantité massive. Ils gémissent en :hésaurisant. Ils thésaurisent en gémissant. fls gémissent peut-être parce qu'ils ont

1 peur des cambrioleurs. Peut-être parce qu'ils ont peur des incendies- Peut-être parce qu'ils estiment que leurs liasses de billets, dissimulées dans l'armoire à glace ou enfouies sous le plancher du grenier, ne constituent pas des matelas assez épais. Mais les thésauriseurs devraient plutôt gémir en prenant conscience de l'erreur qu'ils commettent en thésaurisant systématiquement, craintivement, rageusementIls entretiennent, ils aggravent la crise en faisant dormir tant d'argent. Il y a ainsi chez nous chez nous, c'est une façon de parler pas chez moi bien sûr des milliards qui ne se réveillent plus et qui restent tapis au fond de leur cachette, comme s'ils avaient abusé d'un soporifique. Et chaque Jour de nouveaux millions s'endorment, francs papier qui, brusque- ment, disparaissent de la circulation.' Comment veut-on que nos affaires matchent ? Comment veut-on que les échanges se développent ? Comment veut-on que les marchés s'accélèrent si les milliards dont le pays a besoin pour ses échanges. pour ses marchés, pour ses affaires s'adonnent aux stupéfiants? Si tant de milliards ainsi s'endorment sans ronfler le producteur, l'industriel, le commerçant, l'employé, l'ouvrier ne peuvent que pâtir. Donc tout le pays pâtit. Donc tout le pays s'appauvrit, tandis que les milliards endormis moisissent ou nourrissent les rat

Tout le monde dit: c Il n'y a pas d'argent! Et c'est vrai- Mais il pourrait y avoir un peu plus d'argent si les milliards endormis s'éveillaient. II n'y a pas d'argent pour le producteur, pas d'argent pour l'industriel, pour le commerçant, pour l'ouvrier.

Alors tout le monde gémit.- Alors la confiance s'évanouit. Alors les trésors papier accumulés par les thésauriseurs risquent de perdre leur valeur et leur prix. L'argent endormi endort, le pays, endort le travail, endort la richesse. Il finirait même par endormir les thésauriseurs. ̃; Mauricf Beax.

Le nouveau régime en Allemagne

repose sur un accord plutôt fragile

LE FRONT DE HARZBURG RETABLI SURVIVRA-T-IL AUX ELECTIONS ? Berlin, 10 février 1933.

Le lundi 30 janvier 1933, entre cinq et onze heures du matin, se sont déroulés, Wilheimstrasse.i à Berlin, des événements décisifs sur lesquels la lumière ne sera probablement jamais entièrement faite; mais qui donnent à l'Allemagne une orientation politique nouvelle aux conséquences incalculables le mouvement hitlérien, jusque-là visiblement en recul et qui appréhendait une dissolution du Reichstag suivie de nouvelles élections sous un cabinet von Schleicher a été admis (ou attiré) au pouvoir la coalition nationalo-naziste, d i t e front de Harzburg toujours considérée comme irréalisable, est avenue subitement une réalité. On sait que jusqu'au 30 janvier la tactique naziste était de rester résolument dans .l'opposition en attendant que s'use le cabinet von Schleicher et tout en profitant des désillusions qu'il devait apporter à l'opinion. Suspect de libéralisme, le cabinet von Sehleicher était, d'autre part, miné par les efforts conjugués de toutes les forces réactionnaires.et du haut patronat. En tête de l'assaut marchait l'Union agraire (Landbund) et certains milieux radicaux de l'industrie lourde, en un mot le parti i nationaliste (deutsch-national) dont le chef est Hugenberg et l'exécutant le plus audacieux l'ex-chancelier von Papen.

Camille LOUTRE

(La suite à la quatrième page.) DES IRRÉGULARITÉS ONT ÉTÉ CONSTATÉES DANS LES SERVICES

des assurances sociales

et de la main-d'oeuvre étrangère Des sanctions ont déjà été prises, d'autres suivront

La-commission d'assurances et de prévoyance sociales avait chargé son président, docteur Fié. d'un* enquête sur certaines! .irrégularités à elle signalées dans les services de* assurances sociales et de la maind'oeuvre au ministère du Travail. Le docteur. Fié a rapporté à la oommission les preuves qu'il a réunies touchant certains des faits signalés. M. Dalimier, qui dirigeait le département avant M. François Albert, avait lui-même fait le nécessaire pour que les coupables fussent immédiatement poursuivis. Un chapardeur de timbres a été écroué. D'autre part, des maisons atteintes par la'crise écono,mique avaient obtenu de longs sursis pour opérer le versement, non seulement des cotisations patronales, mais des prélèvements effectués sur les salaires.

Enfin, il aurait été découvert que, même sans constitution de dossiers, des cartes de main-d'oeuvre pour étrangers auraient été délivrées s moyennant rétribution. Le chef de service a été révoqué.

Un film allemand désobligeant pour la marine britannique

suscite des protestations à Londres Londres, 10 février'(dép. Havas.) La projection du film l'Aube rou,ge (Morgenrot), est destinée à trouver un écho à la Chambre dès communes. En effet, sir Charles Cayzèt, député conservateur, a déposé sur le bureau de la Chambre une demande d'interpellation à ce sujet. Il se propose d'attirer l'attention du secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères sur l'effet déplora- ble que peut avoir sur les relations anglo-allemandes la représentation d'un ftlm qui représente, sous un triste jour, un officier anglais, et demandera qu'une démarche soit faite dans ce sens auprès iu gouvernement allemand.

Londres maintient à 275 millions de livres la circulation fiduciaire • Londres, 10 février (dép. Hava8) flne décision du Trésor britannique, oubliée aujourd'hui, prolonge jusqu'au 1 Il mars l'autorisation pour la Grande- c Bretagne d'émettre des billets non gagés pour un montant total de 275 mil- ions de livres. LES FETES DE LOURDES i

Mgr Binet, légat du pape, et Mgr Gerlier n

EFFROYABLE CATASTROPHE DANS LA SARRE A Neunkirchen un gazomètre géant a explosé à 18 h. 30, causant mort et ruine dans ce centre minier et industriel de 40.000 habitants IL Y AURAIT UN MILLIER DE VICTIMES, DONT PLUS DE 200 MORTS Tant par la déf lagration que par la. pluie d'acier qui s*est abattue sur la ville, des centaines:' de maisons ont été détruites ou endommagées ef toutes les communications ont été coupées.

Un accident d'une extrême gravité s'est produit hier à Neunkirchen, dans le territoire de la Sarre, et a pris aussitôt les proportions d'une véritable catastrophe.

Un gazomètre géant a sauté, détruisant tout autour de lui, ensevelissant sous ses débris êtres humains et habitations,, faisant des centaines et peutêtre plus de mille victimes.

Le territoire de la Sarre est, comme on sait, administré par une commission de la Société des nations et est un centre minier de premier ordre. Neunkirchen est une ville de 40.000 habitants située à peu près au milieu du territoire, fort importante par ses mines et comme nœud de chemin de fer.

L'explosion fut d'une violence e inouïe. L'énorme masse du gazomètre, qui avait 85 mètres de haut et 45 mètres de diamètre, fut projetée dana les airs et retomba en pluie d'acier sur lea rues, les maisons, les usines et la gare de Neunkirchen,.

La déflagration a été si-farte qu'elle fut entendue dans des villes relativement lointaines, comme Mamnheim et Heidelberg.

La gare de Neunkirchen-Usines a été réduites en miettes. La voie ferrée a été arrachée sur une longue distante. Les communications Gélégra.phiques et téléphoniques ont été détruites et la cité sarroise, frappée d'horreur, s'est trouvée subitement isolée du monde.

La population ouvrière de Neunkirchen est en proie à la panique et au désespoir. Une explosion aussi formidable, qui se rapproche d'un cataclysme naturel, a, en effet, de quoi terrifier.

La France, qui, depuis le traité de Versailles, porte un intérêt aussi sincère que légitime aux Sarrois, ne manquera. pas de prendre une part émue à l'épouvantable épreuve qui acoable si cruellement la vaUtente et laborieuse population de la Sarre. PLUS DE 200 MORTS ? Berlin, 10 février (dép. Havas) Le nombre des personnes blessées par l'explosion de Neunkirchen s'éièveratt à plus de 1.000, dont plus de 150 seraient dans un état très grave. Le nombre des morts est inconnu, mais on redoute qu'il ne soit considérable

LES HOMMES DU JOUR HERMANN AICHER directeur du théâtre

des marionnettes de Salzbourg L'homme du jour. n'est, cette fois en dépit des préoccupations de l'heure ni l'Œdipe qui trouvera le maître mot d'un équilibre budgétaire délicat, ni l'homme politique capable de dissiper les nuages qui, de TExtrême-Otient jusqu'à l'Amérique, en passant par les Balkans, jettent sur le monde leur menace d'orage. C'est'I un jeune artiste autrichien qui s'en vient à Paris, avec quelques malles contenant ses marionnettes et ses décors. Il n'a jamais quitté avec elles, jusqu'à présent. cette ville de Salzbourg où il naquit voici trente ans. Il est à Paris parce que, au hasard d'un voyage, des Parisiens, charmés par le spectacle qu'ils virent en sa salle du Vieux-Borromaeum. surent le décider à venir nous montrer ses marionnettes et organisèrent eux-mêmes les représentations qu'il inaugurait hier dans la salle de l'Ecole nationale de musique, près de la place Malesherbes.

Il y a vingt ans que les Salzbourgeois

connaissent et applaudissent le théâtre de marionnettes, qui est une des célébrités de leur ville et que créa le professeur Anton Aicher. Il s'adonnait déjà, dans le privé et pour le plaisir des siens, aux représentations de marionnettes lorsqu'un voyage en Bavière lui fit voir, en public, les poupées du Mnnichois Schmidt. Cela lui donna l'idée d'organiser dans sa ville, où manquaient les distractions des grandes cités, un théâtre, qui s'installa d'abord dans la petite salle du Ca.ino, puis dans la grande salle de l'ancien lycée Borromée, où il est encore. Salzbourg n'était-il pas, d'ailleurs, le berceau de ce « Guignol > autrichien qui, sous le nom de Kasperl et parfois aussi de Hans Wurst, est le représentant plusieurs fois séculaire de l'humour du terroir dans les pays de langue allemande? Les voyages, qui forment la jeunesse, avaient quelque peu déformé la physionomie originelle du pauvre Kasperl, qui était devenu peu à peu un homme barbu, ivre et grossier, une sorte d'ilote, malgré tout sympathique. Avec sa finesse d'Autrichien du Sud, le professeur Anton Aicher sut refaire de lui un petit bonhomme jeune et aimable, un visage souriant et malin, qui pouvait être présenté sans inconvénients dans les meilleures sociétés.

L enfance d'Hermann Aicher s'écoula donc dans cette ambiance charmante, parmi des parents qui, à ses yeux, jouaient constamment à la poupée. Les petits personnages auxquels son père ajustait des fils. tandis que sa mère les habillait, furent pour lui des êtres familiers, des compagnons, des amis. Il jouait avec le docteur Faust, avec le diable, avec le petit Mozart né, lui aussi, à Salzbourg, avec les princesses à perruque poudrée de la cour de l'impératrice -Marie-Thérèse. Pour son àme enfantine, ce monde hoffmannesque et minuscule était plus vrai que le réel. Comment s'étonner, dés lors, qu'il dût lui vouer, lui aussi, toute sa vie? A neuf ans. aidant son père, il tirait les ficelles du magicien Colas, dans Colas et Bastien. Il continua ce jeu, qui était une vocation: si bien qu'après ses études et quelques années vouées à la sculpture il devait prendre la succession de son père. à la mort de celui-ci, survenue voici trois ans.

et ne dépasse la première estimation, qui s'élevait à 100 ou 200.

Une équipe qui se trouvait dans la mine de Neunkirchen au moment de l'explosion comprenait en effet 500 ouvriers.

L'usine de benzol qui se trouvait auprès du gazomètre continue à bruler. Les canalisations ayant été rompues par l'explosion du gazomètre, le benzol a pris feu et s'est répandu en flammes sur le sol.

Une panique extrême règne toujours dans la ville, aggravée par l'évacuation des quartiers avoisinant le lieu de l'explosion. La population erre a.u hasard. Les familles sont dispersées et des enfants en larmes circulent dans les rues qu'éclairent les lueurs du gigantesque brasier, en cherchant à retrouver leurs parents.

LES HOPITAUX REGORGENT DE BLESSÉS

Beriia, 10 février (dép. Havas.) Cinquante maisons, ont été complètement détruites pài* l'explosion du gazomètre de Neunkirchen. Les hôpitaux de Neunkirchen et des environs

barbe lègère apparente à celui d'un Musset sans tristesse, s'éclaire d'un regard très doux lorsqu'il nous dit, après avoir évoqué la disparition paternelle

Pourtant, rien n'est changé chez nous. C'est maintenant ma femme. Friedl. qui habille les poupées et moi qui les conduis, comme faisait mon père. Nous travaillons dans la joie, en famille. Notre troupe compte cinq manieurs de poupées, qui sont de mes parents nous devons à un ami, le comte Franz Schaffgoetsch, des décors nouveaux qui remplacent avantageusement les décors à portants, utilisés autrefois. Lorsque je ne suis pas occupé par le montage ou la sculpture de mes marionnettes, j'emploie mes loisirs à écrire des saynètes et des pièces pour elles. Et me voici les amenant à Paris pour nos débuts dans le monde, puisque nous n'avons jamais joué qu'à Salzbourg. Poète habitué à ses rêves paisibles, Hermann Aicher est comme éberlué de se trouver maintenant dans le tourbillon des voyages, pris par les faisceaux aveuglants de l'actualité. Peut-être vaut-il mieux ne pas l'effrayer en lui disant que cela n'est. sans doute, qu'un commencement ?. Franz Gravereau.

L'ENQUETE SUR L'INCENDIE DE L' « ATLANTIQUE »

M. Carle, juge d'instruction (Voir l'avant-dernière page.) a

sont déjà pleins de blessés et de toute la région les secours commencent 4 affluer dans la ville désolée par te sinistre. Le gazomètre qui a explosé avait 85 mètres de haut et contenait mètres cubes de gaz. Une usine de benzol qui ne trouvait à côté a sauté.

Lors de l'explosion, la masse d'acier que constituait l'immense gazomètre de 45 mètres de diamètre a été projetée à 800 mètres de hauteur et est retombée sur la ville en provoquait d'indescriptibles dégâts. i La gare de Neunkirchen, qui,«e trouve près du gazomètre, est coijnPlètement ensevelie sous les débris, les voies sont détruites jusqu'à une certaine distance, ce qui rend r&ni/vgo des secours beaucoup plus difficile.» Immédiatement après l'explosion, *» gendarmerie locale a établi des bakrages autour du lieu du sinistre -nW empêcher les familles des victime* ensevelies sous les décombres de.08 précipiter affolées au secours 4e--leuM parents.

(La suite A la troisième page.)

Bossoutrot et Ross-i partis d'Istres

pour le record du monde en ligne droite

ont atterri à Casablanca Les aviateurs français Boesoutrot .et Rossi, partis hier matin, à 7 h. 48, de l'aérodrome d'Istres, en direction de l'Amérique du Sud, ont été contraints d'atterrir hier soir, à 20 h. 20, sur l'aéEOdroime de Casablanca, après av{>ir vidangé une grande parfit de l«érs réservoirs d'essence. ̃».. Bossoutrot et Rossi avaient l' intention de s'attaquer au record du monde de distance en ligne droite que détiennent les Anglais Gayford et Nicholetta, avec 8.592 kilomètres pour leur vol Cranwell-Walttsh-Bay.

D'Istres à Barcelone, le vol du Joseph-Le Brix fut normal. Par la sutte, des vents contraires ralentirent sa marche, sa moyenne horaire ne dépuaa pas 130 kilomètres et en arrivant audessus du détroit de Gibraltar, l'équipage émit par T. S. F. un message dam lequel il annonçait que, par suite des difficultés, l'avion se poserait sur l'aérodrome de Casablanca. Ce qui fut fait sans Incident.

ïTp.ÎN-cia EST ARRIVE A RIO DE IaNEIRO Il doit en repartir ce matin pour Natal L'avion Arc-en-Ciel, le trimoteur ,de l'ingénieur René Couzinet, qui a accompli avec succès son voyage de démonstration France-Amérique du Sud, 'est actuellement sur le chemin du retour L'équipage, composé de Jean Mermoz, chef pilote du capitaine Carretter, pilote en second du capitaine M«41toux, navigateur Manuel radiotélégraphiste Jousse, mécanicien l'ingénieur Couzinet, a pris son vol, la nnit dernière à 3 h. 40 (heure de Paris) 'de Buenos-Aires.

A bord de l'appareil a pris pièce M. Verdurand, directeur de l'Aéropostale.

A 13 h. 57 (heure de Paris), l'avion se posait à Rio de Janeiro. A sa descente de l'appareil, l'ingénieur René Couzinet a déclaré que l'étape avait été effectuée dans de très mauvaises conditions, la pluie, le vent et la brume ayant rendu difficile la marche de i'aviqn, Les aviateurs perdirent vingt minutes à tourner autour d'un phare que leur cachait la brume.

Dans la soirée, le chef de l'équipatfe, lean Mermoz, a déclaré qu'il pensait pouvoir quitter Rio d* Janeiro ce matin à 6 heures (heure de Paris) à destination de Natal. L'AVIATEUR NOGUES: ?ART POUR L'AFRIQUE EN MISSION. D'ÉTUDES Le chef pilote Noguès, parti cle 'aérodrome de Toussus-le-Noble hier. L 9 h. 35. en compagnie du mécanicien Je StradJo, afin d'effectuer en Afrique m circuit d'études dont l'itinéraire tassera par Alger, Gao, Tombouctou, Dakar, Casablanca, a atterri à 12 h. 46 L l'aérodrome de Bordeaux-Mérignic. L'équipage, qui utilise pour ce voyage in monoplan de 280 CV, ne sera pas le retour avant le 15 mars.

L'escale à Bordeaux fut de courte [urée; A 14 h. 8, Noguès reprenait son oui eh direction de Perpignan où il il .tterrissait à 17 heures.. •