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LE PETIT PARISIEN" EN YOUGOSLAVIE Un entretien avec le roi Alexandre

Radiogramme transmis par radio-France Belgrade, 11 janvier.

Du NOTRE ENV0Y4 SPECIAL

Alors, j'ai quitté mes trois fenêtres d'où j'apercevais un palais royal sans roi, un Parlement sans députés, un parc sans promeneurs, et j'ai suivi, dans la ville blanche et la campagne blanche, la route de Dédigné. J'ai franchi l'enceinte des casernes, l'enceinte du fossé, l'enceinte du mur. A la grille et le long de l'allée montante, des sentinelles saluaient. La nuit tombait. Dans le rayon du phare, j'apercevais de grands arbres de Noël poudrés par la vraie neige du ciel. A mi-hauteur de la colline, la maison du maréchal de la cour, par ses larges fenêtres lumineuses, éclairait d'autres arbres, d'autre neige. Enfin, la voiture s'est arrêtée sous un porche à colonnade* néo-byzantin. Deux valets en culotte et deux gardes encadraient l'aide de camp à pantalon rouge, l'épée au côté.

Ce palais sans étage, beaucoup plus vaste qu'il ne m'était apparu d'en bas, est une demeure à la fois coquette et grave, majestueuse, familière, où se succèdent les salons somptueusement intimes.

De: trois minutes en avance sur l'heure, j'attends exactement trois minutes dans la bibliothèque où sont collectionnés les évangiles manuscrits de Byzance. C'est autour de cette longue table à tapis vert que doit se réunir le conseil royal, sous la lumière de ces deux hautes lampes aux abat-jour géographiques, l'un plissé dans une mappemonde et l'autre dans une carte d'Europe. Devant les rayons où appariaissent les dos des belles reliures, voici une réduction de tracteur en bronze, un échantillon de minerai, un modèle de pièce d'artillerie l'agriculture, l'industrie, l'armée. Mais je n'ai pas le temps d'inspecter les lieux. Je traverse d'autres salons. D'autres portes s'ouvrent et se ferment derrière moi. Enfin l'aide de camp qui me précède s'efface devant l'entrée du cabinet de travail royal.

Alexandre I" de Yougoslavie est debout devant son bureau. Je ne l'avais jamais vu en relief et en couleurs. Son image sur l'écran des cinémas ou dans le cadre d'or au inur des antrehambres ministérielles est plus sévère, plus. sèche que le modèle. Elle n'a pas ees cheveux d'argent sur ce visage jeune, ni ces yeux extrêmement mobiles, ni ce sourire un peu sceptique et fatigué. Ce prince paysan et militaire est un descendant de Georges que les Turcs avaient surnommé « Kara x le Noir (le diable), pour la terreur qu'il leur inspirait. Kara Georges n'était lui-même qu'un paysan lors- qu'il prit les armes. Aujourd'hui la dynastie, à peine centenaire, n'est pas usée par les transfusions du Gotha, ses racines sont fraîches sous le tuf du champ neigeux autour de la ferme ancestrale.

N'étaient l'uniforme et la croix de l'Aigle blanc en cravate, mon hôte m'apparaîtrait plutôt comme un c self made man » parvenu au pouvoir ou à la célébrité par son propre génie c'est moins le roi que le dictateur.

Si je ne me surveillais, j'aurais peine à me conformer à quelques usages de cour. Mais nous sommes déjà dans les deux fauteuils auprès du bureau, les cigarettes sont allumées, le roi commence mon interview.

Il est curieux des impressions d'un Français qui respirait hier encore l'atmosphère d'encre fraîche des grands journaux parisiens et il veut regarder dans mes yeux son pays, les événements de son pays. Je m'efforce moi-même de confronter les deux images la Save vue de la Seine et la Save aperçue des jardins de Kalemegdan. Elles ne sont j^as calquées l'une sur l'autre. Mais déjà nous entrons dans le sujet. J'ai été surpris, me dit-il, par tant de bruit autour de quelques incidents banaux, individuels, comme il en survient souvent en tous pays, malgré la prévoyance de l'adminis̃- tration et qui sont d'ordinaire réglés en quelques mots ou conversations de consulats.

J'ai été surpris, mais nullement ému et je ne pense pas qu'un esprit averti aussi bien de ce côté de l'Adriatique que de l'autre ait pu accorder à cette petite affaire un intérêt en proportion de son artificielle sonorité.

Mon hôte parle d'abondance un français pur et nuancé, sans accent, avec des expressions familières. Il ne pèse pas ses mots et paraît plutôt échanger avec moi quelques idées sur un fait d'actualité qu'il pourrait juger objectivement. Je croirais un de mes compatriotes de la « carrière spécialisé dans les affaires de Yougoslavie, qui opposerait sa compétence à mes objections.

J'ai dû prononcer le mot « menace >.

Alexandre I" secoue la cendre de sa cigarette et m'interrompt.

La Yougoslavie n'offre aucune prise à la menace. Son attitude est passive. Nous ne réclamons pas, nous ne demandons rien. Pourquoi voulez-vous qu'on nous menace ? Et sous quel prétexte ?

Les Croates ?.

Mais les Croates de Dalmatie,

comme les autres et comme tous les Yougoslaves, ne demandent rien à l'extérieur.

J'ai dû prononcer, à propos de Trogir, le mot « protestation ». Je ne peux achever ma phrase

On ne proteste pas lorsqu'on n'a rien à revendiquer

Et, sur une dernière objection. Alexandre I" réplique avec un sourire

On ne peut s'en prendre à quelqu'un qui ne bouge pas, qui ne fait geste et ne dit mot. Nos seules initiatives sont amicales nous n'avons jamais perdu et nous ne perdrons jamais l'occasion de saisir la main offerte' ou de tendre cordialement notre main à l'éventuel ami. La. reconnaissante amitié qui nous pousse vers la France a été constatée par un traité, mais il n'a pas tenu à vous ni à nous que ce contrat de sympathie ne fût élargi l'on eût souhaité à Belgrade comme à,Paris que ce contrat fût tripartite.

Deux graves accidents d'aviation

font cinq victimes

Près de Bizerte, un hydravion militaire heurte une f Aaise et s'écrase au sol sur les sept occupant», quàTre- sont tués

Tunis, 11 janvier (dép. Petit Parisien.) tin grave accident d'aviation qui a coûté la vie à quatre personnes s'est produit ce matin aux abords du lac de Ferryville, près de Bizerte.

Un hydravion militaire de la base de Karouba, ayant à son bord sept personnes, revenait d'exécuter des exercices de bombardement lorsque, dans le goulet du lac, il fut pris dans une rafale. Sous la.violence du vent, le pilote ne fut plus maître de l'appareil dont l'une des ailes heurta une falaise et se brisa. La chute, inévitable, se produisit et quand on put dégager les occupants, on constata que quatre d'entre eux avaient cessé de vivre. On retira ensuite un cinquième occupant grièvement blessé et qui fut transporté d'urgence à l'hôpital ainsi, du reste, que les deux autres passagers dont les blessures sont moins graves.

La préfecture maritime- ne communiquera les noms des malheureuses victimes qu'après avoir avisé les familles. On sait seulement que, parmi elles, Hgurent deux officiers et un quartier-maitre.

A Alger, un hydravion postal tombe dans le port le radiotélégraphiste se noie

Alger, 11 janvier (dép. Petit Parisien.) L'hydravion F. A. 1. L. P., assurant le service Alger-Marseille, piloté par l'aviateur Feru, accompagné du mecanicien Deloustal et du radio Laget, a capoté ce matin, à 6 h. 45, dans la baie d'Alger.

Voici, d'après les déclarations du pilote Feru, comment l'accident s'est produit

Je venais de mettre mes moteurs plein gaz. Le vent soufflait violemment trois-quarta arrière, ce qui gênait mon départ, car les plans dteau ne me permettaient pas de me mettre face au vent. Une houle assez forte venait du large. Je lançais mon appareil, lorsqu'une lame Rt décoller l'hydro avant qu'il eût sa vitesse de sustentation. Il retomba juste au moment où une lame plus forte encore le prit par l'avant, donnant un coup de freln formidable. L'appareil piqua du nez. il se brisa en deux à la hauteur du redan. Mon camarade Deloustal et moi pûmes nous dégager et avons été sauvés par la vedette de l'Aéropostale.

La vedette de l'Aéropostale, qui assiste quotidiennent au départ de l'hydravion, se porta aussitôt au secours des aviateurs et réussit à prendre à son bord le pilote Feru et le mécanicien Deloustal. Malheureusement, le radio Laget, pris dans la carlingue, et qui n'avait pu se dégager, fut entrainé avec l'avant de l'appareil.

M. MAC GARRAH A PARIS

M. Mac Garrah, présidait de la Banque des Règlements Internationaux de Bàle. et sa femme. a leur arrivée hier à la gare Saint-Laiaro

Alexandre I" a parlé plus longtemps que ces courtes lignes ne le peuvent indiquer. La suite de notre conversation ne m'appartient pas. Toutefois, de cette seconde partie réservée de notre entretien, comme de la première, il m'est loisible de rapporter une impression

Ce roi en uniforme discute en civil il est très informé au dedans et au dehors du royaume. Son observatoire de Dédigné n'est point, dépourvu de télescopes, grâce auxquels l'horizon n'est plus limité à l'Adriatique ni au sept frontières. De cette altitude, avec ces lentilles, on peut apercevoir la Baltique et d'autres conflits dans le passé, le présent et l'avenir.

Je ne pensais pas que la colline de Dédigné fût aussi haute.

Lorsque j'ai redescendu la pente, dans la nuit et la neige, l'allée du jardin royal m'a paru plus raide qu'en montant et plus glissante. Louis ROUBAUD

Les hommes du jour ARMAND SCHILLER Notre.excellent confrère et ami Armand Schiller, secrétaire général honoraire de la rédaction du Témps, va être promu, par le ministre de l'Intérieur, au grade de commandeur de la Légion d'honneur. Cette cr¥v^Tër"fëc'onrperrse' toute \ar bette carrière* d'un homme de métier et met en vue un modeste. Mais Armand Schiller n'est pas seulement un maître journaliste, qui a donné jadis au Temps le meilleur de luimême il a contribué de tout son pouvoir à l'expansion de la mutualité dans notre profession, où les cigales sont nécessairement plus nombreuses que les fourmis. C'est ainsi qu'il a fondé en 1901 l'Association des secrétaires de rédaction, et par là étabti des liens entre gens qui poursuivaient le même rut, mais ne se connaissaient pas. Il a collaboré aux statuts de la Maison des journalistes il est viceprésident de l'Association des journalistes républicains administrateur de la Caisse générale des retraites de la presse française. On n'en finirait pas s'il fallait énumérer toutes les œuvres auxquelles il a apporté l'aide de ses lumières, de son zèle, de son prosélytisme.

Le Temps n'était pas, il y a cinquante ans, le grand journal parisien qui nous renseigne l'après-midi sur ce qui s'est passé dans le monde entier. Le local du n' 10 de la rue du Faubourg-Montmartre était étriqué à peine y avait-il une pièce où le directeur pouvait s'isoler avec les visiteurs de marque qu'il avait besoin de recevoir l'autre pièce était une soupente, réservée au secrétaire de la rédaction, qui travaillait dans le brouhaha, dans le vacarme des interpellations. Lorsque, en 1881, le journal émigra au 5 du boulevard des Italiens, puis, plus tard, rue des Italiens, le logement fut plus confortable mais, dans la première incarnation, le secrétaire de la rédaction n'était guère secondé il était tout, et ce tout n'était, hélas pas grand'chose Il avait été le premier à avoir une installation téléphonique mais quel pauvre appareil, dont les fils passaient pardessus les toits et reliaient le journal à l'appartement du directeur, Adrien Hébrard. situé rue des Mathurins La consigne du secrétaire de rédaction était de renseigner le patron sur*tous les faits importants qui allaient être publiés. Lorsque, en 1879, arriva la nouvelle de la mort du prince impérial, le jeune secrétaire de rédaction Armand Schiller, débordé, affolé, avait négligé de prévenir qui de droit. Ce fut une belle algarade lorsque Hébrard vint, l'après-midi, prendre possession de son fauteuil directorial Armand Schiller plaida 1 importance de ses fonctions, lourdes pour ses épaules de débutant peu s'en fallut qu'il donnât sa démission la presse y aurait perdu un de ses plus vaillants serviteurs.

Il était entré dans le métier comme apprenti typographe, formé par l'imprimerie paternelle comme étudiant en droit, et enfin comme rédacteur du courrier des théâtres. Il était, en même temps, critique musical de l'Audience, une petite feuille judiciaire, dont les autres collaborateurs étaient Henri Vonoven, Henri Bataille et Grosclaude, journalistes qui ont fait leur chemin depuis.

Quant aux rédacteurs du Temps. c'étaient alors Paul Bourde, Eugène Lautier, Angellier, et d'autres encore que j'oublie. Mais à côté de ces valeurs actives, à côté du Temps qu'on lisait, il y avait ce que j'appellerai le Temps qu'on ne voyait pas, le Temps parlé. C'était le salon politique, que fréquentait l'élite du nouveau régime, le Jockey-Club de la III* République. Combien, autour du tapis vert, entre la fumée des cigares et des cigarettes, ont été échangées d'idées, qui de là ont pris leur vol pour s'amplifier à la tribune de nos Parlements ou prendre corps dans nos cabinets ministériels Ce salon du Temps, c'était aussi le nid où étaient couvés les ministres de demain et plus d'un des causeurs d'alors échangea sa simple chaise de rédacteur contre le fauteuil de l'Excellence. Parmi toutes ces discussions, qu'Adrien Hébrard animait de

Après l'incendie de l' Atlantique » M. LÉOlilÊïïï EXPOSE AUX COMMISSIONS

COMMENT SERA ASSURÉE LA SEMÉ SU9 LES MES M. Léon'Meyer, ministre de la Marine marchande, a été entendu hier par les commissions parlementaires. Le ministre, après avoir indiqué les résultats de l'enquête ouverte à la suite de l'incendie du Georges-Philippar, leur a fait part des premiers résultats auxquels ont permis d'aboutir les constatations faites à propos de l'incendie de l'Atlantique.

Il a fait ensuite connaître les mesures qu'il compte prendre prochainement par décret pour développer la sécurité à bord des navires, notamment la lutte contre l'incendie. A la Chambre, sur la proposition de M. Henri Tasso, la résolution suivante a été votée à l'unanimité.

La commission de la marine marchande s'incline douloureusement devant les victimes de l'incendie de l'Atlantique et adresse à leurs familles ses respectueux sentiments de profonde condoléance.

Elle enregistre- style satisfaction l'hommage rendu par les pouvoirs publics au dévouement, au courage et à l'esprit d'abnégation du bateau sinistré.

Après avoir entendu le ministre de la Marine marchande dans sa communication sur le rapport de la commission d'enquête de l'incendie du Gnorges-Philippar et les premiers résultats de celle préconisée par ses soins sur le sinistre de l'Atlantique, elle décide d'en poursuivre un examen attentif et rigoureux.

La suite à la 5* page où l'on trouvera également le détail des mesures prises par le ministère de la Marine marchande et une expérience démonstrative de M. Otto.

son étincelant esprit qui voyait loin et que Jacques Hébrard soulignait de son bon sens, Armand Schiller avait aussi voix au chapitre et lançait une de ces reparties lumineuses qui résumait le débat. Mais, tout aussitôt, il lui fallait descendre à la composition pour « boucler » le journal et là, cravaté de la ficelle qui servait à auner la longueur de ses articles et de ses dépêches, il ne visait, dans la fièvre du travail, qu'à donner une « Dernière Heure complète..

Car, alors, la « Dernière Heure » du Temps était, pour ainsi dire, l'évangile de toutes les rédactions de Paris et des départements, la loi et les prophètes qui garantissaient la sûreté des dépêches de partout. Le mot d'ordre était Ne rien publier qui ne puisse être rigoureusement contrôlé, » Ce fut aussi la règle que M. Jean Dupuy adopta pour le Petit Parisien et qui a fait la force de notre maison. On voit qu'Armand Schiller avait été à bonne école ceci seul lui eût valu la cravate de commandeur qui lui échoit aujourd'hui. Comment ne l'avait-il pas encore ? Louis Schneider.

Le différend colombo-péruvien II n'est bruit, depuis quelques semaines, que d'un nouveau conflit sud-américain, d'une guerre imminente entre le Pérou et la Colombie, de l'armement en France d'une flottille colombienne qui remonte actuellement l'Amazone et dont l'arrivée devant la ville de Leticia déclencherait les hostilités; de l'envoi, enfln, au secrétaire général de la S. D. N., d'un mémoire qui a été transmis par lui aux membres du conseil et qui attire leur attention sur la gravité de la situation créée par le Pérou. Il y a beaucoup d'exagération dans ces rumeurs. Qu'un différend existe, ce n'est pas douteux, mais il est loin d'avoir le caractère qu'on lui prête et le but du mémoire colombien adressé à Genève est justement de mettre les choses au point.

Albert JULLIEN

(.La suite d la troisième page.)

I Le major général Kralenthal, qui serait nommé attaché militaire d'Allemagne 1 J'aria

Le rajustement budgétaire et financier

M. Henry Chéron a présenté au conseil des ministres un exposé détaillé de ses propositions, qui seront insérées dans le prochain projet de douzième provisoire

Ce projet, pour l'examen duquel M. Paul-Boncour demandera la procédure d'extrême urgence, sera déposé mardi sur le bureau de la Chambre

Le conseil des ministres, qui s'est tenu hier à l'Elysée, sous la présidence de M. Lebrun, s'est ouvert à 10 heures pour se terminer un peu après 13 heures.

M. Henry Chéron a présenté au conseil l'exposé détaillé de ses projets financiers. Il a demandé au gouvernement de se prononcer sur le rétablissement immédiat de l'équilibre budgétaire sans recours à l'emprunt, l'emprunt ne pouvant être admis, dans sa pensée, que comme moyen de consolidation de la dette flottante lorsque l'équilibre aura été rétabli. Le conseil a approuvé à l'unanimité cette proposition.

Puis M. Chéron a demandé au conseil de décider que le déficit budgétaire ayant été déterminé par les experts serait couvert, à concurrence de 5 milliards 326 millions, par des économies, et à concurrence de 5 milliards 423 millions par des aménagements fiscaux. Cette proposition a été également adoptée à l'unanimité. Le conseil a enfin décidé que l'en.semble des propositions du ministre des Finances ainsi approuvé serait inséré dans le prochain projet de douzième provisoire qui sera déposé mardi sur le bureau de la Chambre et pour lequel la procédure d'extrême urgence sera demandée.

QUELQUES INDISCRETIONS SUR LES MESURES PROPOSÉES Fidèle à sa promesse, M. Henry Chéron n'aura, jusqu'à la dernière minute, rien dévoilé de ses projets financiers. Les ministres seuls en ont eu connaissance et c'est seulement mardi, après avoir déposé sur le bureau de la Chambre le trait de~ses décisions, que l'on saura vraiment ce que le gouvernement va demander aux Chambres de voter.

Mais, sans recourir aux indiscrétions, qui ne sont parfois que des erreurs, on peut d'ores et déjà énumérer quelques-unes des mesures qui figureront dans le projet soumis aux Chambres.

Les 5.236 millions d'économies sont évidemment demandés aux parties prenantes du budget fonctionnaires,

MM. Daniélou et Meyer

pensionnés, anciens combattants; mais il serait imprudent d'indiquer les sommes attendues par telle ou telle mesure alors que le conseil des ministres a été seulement saisi de propositions et que la discussion continue entre le gouvernement et les représentants de ceux qui devront, dans ce domaine, consentir des sacrifices.

Quelles sont les mesures proposées ? On parle d'un recul de l'âge auquel peut être touchée l'allocation du combattant, de la revision de certaines pensions, de la suppression de la pension des veuves de guerre remariées, de l'application de l'impôt sur le revenu aux pensions de guerre. Mais, qu'on s'en souvienne, la plupart de ces projets figuraient dans le plan dressé par MM. Palmade et GarmainMartin.

Les 5.453 millions d'impôts nouveaux soulèvent des problèmes autrement compliqués. On se demande comment il sera possible d'appliquer ce nouveau fardeau sur les reins du contribuable qui, déjà, crie grâce et se plaint de la crise. Mais l'art financier ne consiste-t-il pas précisément à savoir choisir, dans le laboratoire de la pharmacopée fiscale, les remèdes les moins amers, et les plus susceptibles d'être avalés par le patient ? Ià encore on prête à M. Chéron bien des idées qui figurent déjà dans le budget déposé par M. Palmade. N'est-ce pas dans ce budget, d'ailleurs imprimé et distribué, que l'on trouve, à la rubrique des aménagements fiscaux, les 300 millions produire par la taxe sur le café, les 800 millions attendus d'un impôt appliqué aux transports sur route ?. Nous croyons savoir, par ailleurs, que toutes les mesures ainsi proposées par le précédent ministère n'ont pas été retenues par le ministre des Finances c'est ainsi qu'on aurait abandonné l'incorporation de la taxe successorale dans l'impôt sur les successions. D'autre part, il aemble peu probable que l'on attende un milliard de la répression des fraudes fiscales, et enfin, ne

MM. Faul-Bonconr et Chéron

serait pas question d'abaisser le degrèvement à la base des impôts sur le revenu. Le minimum non taxable serait toujours de 10.000 francs. On annonçait également une législation nouvelle s'appliquant aux sociétés, et un récent communiqué du ministre des Finances semblait peutêtre annoncer une mesure de cette nature. En réalité, on va seulement donner à l'administration de l'enregistrement les moyens matériels qui lui sont nécessaires pour exercer une surveillance plus complète.

Ce qu'il faut surtout retenir du plan de M. Chéron, déclare-t-on dans les milieux autorisés, c'est qu'il est simple et bien équilibré. On démande autant aux économies qu'aux impôts nouveaux on exclut tout emprunt. Il faut dire aussi que ce projet se tient dans les règles financières les plus strictes. Le projet de canisse des pensions, l'emprunt pour l'outillage national n'étaient, somme toute, et le Petit Parisien l'a déjà exposé, que des expédients adroits, destinés à franchir une mauvaise passe. M. Henry Chéron entend se passer de ces artifices puisqu'aussi bien il déclare vouloir un équilibre budgétaire absolu. L'Etat continuera donc à payer les pensions et il financera de ses deniers les travaux d'outillage.

Dans ses grandes lignes, le projet décide de réduire les dépenses excessives, de supprimer les dégrèvements inutiles de 1930 et d'adopter un certain nombre des taxes qui figuraient dans les projets de MM. GermainMartin et Palmade.

(La suite à Ia deuxième page.) LE CONCOURS BE L'INTERNAT EST ANNULE

M. Daniélou, ministre de la Santé publique, a fait connaître cette décision à la suite du conseil des ministres Le conseil de surveillance de l'Assistance pv6lique sera saisi ce matin de l'arrêté de M. Mourier

M. Daniélou a fait connaître hier matin au conseil des ministres la décision prise, d'accord avec lui, par le directeur de l'Assistance publique à Paris, annulant le concours de l'internat pour les hôpitaux de Paris, à la suite des fraudes qui s'y étaient produites.

Cette décision est conforme aux conclusions de l'enquête si minutieuse et si attentive que M. Mourter, secondé par l'inspecteur général Charles Durand, avait ouverte dès que les fraudes lui avaient été signalées, conclusions que dès vendredi matin nous faisions connaître sous ce titre le concours sera annulé. Nous aurions hésité à nous montrer si affirmatif étant donné, et nous ne l'avons pas caché, que le jugement ainsi rendu et qui, déclarons-le. était déjà à ce moment matérialisé sous la forme d'un arrêté décidant l'annulation, devait être soumis à l'appréciation du ministre de la Santé publique mais les témoins des efforts consciencieux avec lesquels M. Mourier avait poursuivi la solution de ce délicat et angoissant problème eurent raison de notre hésitation.

(La suite à la quatrtème page.) LA « BANDE » FAVERGE DEVANT LES ASSISES (Voir A la sixième page.)

Honoré et Henriette Ladureau

Faverge et Ernest Fourmentin

Marcel Fonrmentia et Jeanne Siraxd

LA MARQUISE DE NEDDE EST A DEMI ASSOMMÉE DANS SON APPARTEMENT PAR SON PETIT-NEVEU Après de calmes dénégations, l'enfant, qui a 15 ans et demi, s'avoue coupable

« Voilà dit-il, j'avais lu Fantômas. J'ai voulu en faire autant, pour voir. » LA VICTIME QUI EST AGEE DE QUATRE-VINGT-DEUX ANS EST DANS UN ETAT GRAVE Un de ces crimes d'enfant qui déconcertent la logique humaine parce qu'elle n'y retrouve aucun des habituels mobiles passion, intérêt, vengeance, alcoolisme ou folie a été commis hier après-midi. Sans doute voudra-t-on, pour l'expliquer, recourir à ces théories de la psychanalyse qui s'efforcent de projeter leur lumière sur le subconscient des enfants. Mais les moralistes aussi auront matière à discuter sur ce drame.

c Au secours

Mme Bellandini, concierge au n° 38 de la rue du Bac, entendait hier, vers 16 h. 30, des appels « au secours! » provenant du palier de l'entresol de l'immeuble.

Elle y monta aussitôt et trouva, la tête ensanglantée, s'appuyant au

La marquise de Nedde

chambranle de la porte de son appartement, la locataire, la marquise de Nedde, âgée de quatre-vingt-deux ans. Vivant seule en ce logis composé de trois pièces donnant sur la rue et d'une cuisine, la vieille dame recourait uniquement aux services d'une femme dé ménage qui,venait chaque matin vaquer aux travaux d'entretien et faire les commissions.

Soutenant l'octogénaire, la concierge la conduisit jusqu'à un fauteuil dans la salle à manger, puis courut aussitôt quérir un médecin voisin, le docteur Ablin, qui vint donner ses soins à la blessée. D'un coup d'oeil, en entrant dans la pièce, le praticien aperçut une flaque de sang devant le buffet, une chaise renversée ayant un pied brisé. « Il y a eu lutte, se dit-il; c'est une agression. Et, jugeant fort grave l'état de la blessée en raison de son grand âge, il envoya demander au commissariat de Saint-Françoisd'Aquin une ambulance pour transporter à l'hôpital une dame qui avait été attaquée chez elle.

« C'est Jacques.» »

Le secrétaire, du commissariat, M. Eaudier, se rendit aussitôt sur les lieux où le commissaire, M. Ventuéjol, le rejoignait peu après. La marquise de Nedde, ranimée par un cordial que lui avait fait prendre le médecin, put alors faire au magistrat le récit de l'agression dont elle avait été victime. C'est Jacques: mon petite-neveu. dit-elle, qui m'a assommée. II était venu, comme il le fait chaque jour, mr voir dans l'après-midi. Je ne sais plus s'il était encore là ou ressorti lorsque j'ai cru entendre du bruit dans la pièce voisine, qui est le salon. J'y suis allée et n'ai rien vu d'insolite. Mais, comme je passais devant le buffet pour venir me rasseoir dans mon fauteuil, j'ai reçu sur le crâne, par derrière, un coup violent, suivi de plusieurs autres. Etant tombée .à terre, à demi étourdie, j'ai vu Jacques se pencher vers moi, me tenant d'une main à la gorge en continuant de me frapper. J'ai perdu conscience un instant, puis, revenant à moi je me suis traînée jusqu'à la porte pour appeler à l'aide.

La grand'mère de l'enfant

Comme la marquise de Nedde achevait ce récit, on sonna à la porte. C'était une cousine de la marquise, Mme de Germent, grand'mère du jeune Jacques. Son émoi de voir sa parente avec un pansement autour de la tête s'accrut d'une douloureuse stupeur lorsqu'elle apprit, de la bouche même de sa parents, quelle effroyable accusation pesait sur son petit-fils. Ce n'est pas possible dit-elle. Je vais aller fe chercher.

Elle s'en fut aussitôt à son domicile, 51, rue de Verneuil, où elle vit avec sa fille, Mme Vaucamps, et le fils de celle-ci, le jeune Jacques, âgé de quinze ans et demi. L'enfant était rentré; elle le ramena aussitôt chez Mme de Nedde qui, entre temps, venait d'être transportée en ambulance automobile à l'hôpital lae'nnec.

Questionné par le commissaire, Jacques un petit blond au visage candide joua le plus complet étonnement.

Je suis venu, dit-il, voir ma tante au début de l'après-midi pour lui porter une bouteille de rhum, ainsi qu'elle m'en avait chargé. 'Mais je suis parti ensuite et je ne sais pas ce qui a pu se passer.

Le magistrat, examinant les vêtements de l'enfant un chandail beige et une culotte de golf grise, lui fit remarquer qu'ils portaient des traces de sang et lui en demanda la provenance.

Je ne sais pas. répondit Jacques. C'est peut-être un passant qui portait quelque quartier de viande et qui m'aura heurté dins la rue.

M. Ventuéjol fit alors ramener l'enfant au commissariat où il avait convoqué, pour l'entendre, la mère du