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M. Litvinov nous parle '1 du pacte franco-soviétique IL EN FAIT RESSORTIR L'1MPO»TANCE\ AU POINT DE VUE DE LA PAIX. GÉNÉRALE

Moscou, 30 no.v. (de notre corr. part.) M. Maxime Litvinov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères dé l'U. R. S. S., a bien voulu me recevoir hier soir et faire des déclarations à l'intention des lecteurs du Petit PariRépondant à votre demande d'exprimer mon opinion sur la signa- ture du pacte franco-soviétique de nonagression, m'a-t-il dit. je ne puis' manquer de faire a:lusion à un événement analogue d'une grande impor- tance internationale qui a eu lieu, il y a à peine quelques jours. Je veux dire la ratification du pacte polono- soviétique. Ce document diplomatique, qui constitue un tournant dans les' relations entre l'U. R. S. S. et la Pologne, est chargé d'une profonde signification pour les deux Etats, mais sa signification augmente beaucoup au point de vue du maintien de la paix universelle, du fait que les fauteurs de guerre et les partisans d'une intervention antisoviétique ont placé leurs espoirs et établi leurs plans surtout sur la tension des relations entre l'U. R. S. S. et le plus grand de ses voisins à l'ouest, la Pologne, et, en fin de compte, sur un conflit armé entre eux. A ces espoirs et à ces plans vient d'être porté un grand coup, car l'U. R. S. S. et la Pologne, par :a conclusion du pacte, se sont dit l'une à l'autre qu'elles ont le désir et qu'elles prennent l'engagement de vivre en paix et d'établir entre elles des relations qui correspondent à leurs intérêts propres. Nous sommes convaincus que la conclusion du pacte établira entre la Pologne et nous de meilleures relations et ouvrira aussi la voie au développement des relations économiques à leur avantage mutuel. La signature du pacte franco-soviétique augmente la signification de la ratification du pacte polono-soviétique et réciproquement.

Un grand pas en avant

Dans la conclusion du pacte francosoviétique de non-agression, nous s voyons un grand pas en avant qui aura pour conséquence d'augmenter leur confiance réciproque et de dissiper les malentendus et préjugés qui entravaient et qui compliquaient les relations entre nos deux pays. Je dis <̃ malentendus et préjugés 2. parce que les intérêts réels de la Réjju.bllque française ne justîÈâtenf" en aucune, mesure l'attitude qu'elle avait adoptée de l'Union soviétique avant l'année 1924, c'est-à-dire avant la reconnaissance formelle de l'Union soviétique et en partie son attitude après la reprise officielle des relations. Les personnes et les groupes qui, en France, nous sont le plus hostiles ne peuvent affirmer avec quelque apparence de raison que les intérêts politiques ou économiques de la France et de l'U. R. S. S. se heurtent en quelque point du globe que ce soit. Ces personnes et ces groupes poussent habituellement à des actes hostiles à l'U. R. S. S., ou bien au nom de la défense des intérêts de tierces puissances amies de la France, pour lesquelles cependant l'Union soviétique ne constitue nullement une menace ou bien au nom de l'idée abstraite de défense du régime capitaliste. Des appels de ce genre proviennent souvent aussi d'autres pays, avec cette différence cependant que ces maneeuvres cachent des appétits impérialistes et des désirs d'agression de ces mêmes Etats. Malgré la solidarité du monde bourgeois, nous ne voyons pas que les intérêts nationaux spécifiques de la France exigent une lutte avec l'Etat soviétique. La conclusion du pacte de non-agression est la preuve que le gouvernement français actuel et les partis qui le soutiennent, par conséquent la majorité des Français, ont compris cette situation.

Les préjugés et préventions dont j'ai parlé étaient, dans une certaine mesure, le produit d'une propagande antisoviétique incessante, et qui dure depuis de longues années. Cette propagande était inspirée et menée en France, mais pas seulement par des Français. Elle poursuivait des buts parfaitement définis, en particulier celui d'élargir le fossé entre la France et l'U. R. S. S. dans l'espoir de faire entrer la France dans un bloc d'intervention antisoviétique. La signature du présent pacte, qui comprend une renonciation réciproque à l'agression, tant dans l'isolement que de concert avec d'autres Etats, condamne à l'impuissance toute propagande de ce genre si elle doit continuer dans l'Etat. En ce qui nous concerne, l'U. R. S. S. a toujours désiré l'établissement des meilleures relations avec la France, mais l'insuccès de ces efforts, naturellement, a provoqué en U. R. S. S. une réaction correspondante.

L'importance

des pactes bilatéraux

La signature du pacte doit préparer le terrain à une solution des questions déjà mûres des rapports économiques entre les deux pays. La France nous intéresse non seulement comme débouché pour nos matière» premières, mais aussi comme fournisseur éventuel de produits industriels que les constructions soviétiques et l'accroissement continuel des besoins de l'Etat et de la population peuvent absorber en quantité considérable. D'autre part. l'U. R. S. S. peut intéresser la France non seulement comme débouché possible, mais aussi comme source des matières premières qui lui sont nécessaires. L'incertitude des relations politiques et l'absence d'une base légale pour lea organisations commerciales soviétiques étaient un obstacle à la solution de ces questions. L'élimination d'un de ces obstacles ouvre la voie à des pourparlers destinés à l'élimination d'un autre obstacle.

Nous espérons que les pourparlers concernant un traité commercial et

31. Litvinov

les accords qui y sont liés iront maintenant à un rythme beaucoup plus rapide.

Georges LUCIANI

(La sttite à ia deuxième page.) POUR ET CONTRE Ce ne sera pas la révolution. Ce ne sera pas un tremblement de terre. Tout de même, le soir de demain 2 décembre sera un très grand soir. Et la nuit qui prolongera ce grand soir restera, certes, une nuit historique.

On le sait: demain soir, on dansera à la Comédie-Française. On verra a qui, depuis cent cinquante ans, ne s'était point vu.

On dansera, et la soirée et la nuit seront, malgré la crise, d'un éblouissant prestige, soirée et nuit seront corsées d'attractions comme seuls Paris et! les artistes de Paris peuvent en dispenser. On dansera et l'on ne jouera pas, ce soir-là, le Monde où l'on s'ennuie. Demain soir, dans le temple austère de la déclamation, on ne roulera pas les r, les r traditionnels de la pure tragédie classique et de la pure époque romantique. Tous les r seront des airs de musique. Les couples tourneront, pivoteront, tangoteront sur un parquet glacé, luisant. Et l'on dansera même français, puisqu'on dansera la Française. la nouvelle danse de France, qui a le,sang français.

Ce soir-là, les Burgraves seront priés d'aller se coucher dès la venue de l'ombre. On leur portera des tisanes s'il le faut. On leur gardera des petits fours. Des petits fours?. Je parle, bien entendu, de pâtisserie.

Demain soir,' notre vieux Théâtre-Français sera tout jeune, tout jeune. Aucun sociétaire ne songera à donner sa démission. On ne parlera pas de parts entières. On dansera. On rira. On entendra des vers charmants, des musiques légères et des mots d'esprit.

C'est au bénéfice de l'Association des artistes dramatiques que ce bal unique et sensationnel est donné. Cest pourquoi il faut en parler avec une faveur toute particulière. Toute la recette ira à l'Œuvre de Pont-aux-Dames, et le public ne sait peut-être pas quelles sont, par ces temps maussades, les charges matérielles et morales de cette oeuvre.

Le public ne sait peut-être pas quelle est l'étendue des misères qui se sont abattues sur le petit monde des comédiens. Des artistes fêtés, applaudis, en un temps célèbres, sont vite oubliés. Le torrent de la vie de Paris les emporte. Ils vivent cependant. Ils vivent parce que l'Œuvre de Pont-au-Dames existe. Sans cette oeuvre. ils mourraient de faim.

On dansera demain soir à la ComédieFrançaise. Et tous ceux qui peuvent le faire doivent être de la fête, de. la bonne fête charitable, élégante et si parisienne. Il faut que le bal de la Comédie-Française soit une réussite accomplie. Ce succès triomphal serait bien capable,, du reste, de donner un élan à la saison de Paris. qui languit pour le malheur de tous. Ce succès peut réveiller Paris et peut ranimer l'air de Paris.

Maurice Pbax.

DEMAIN } suite de l'enquête de M. Pierre FRÉDÉRIX

A LA SORBONNE, HIER, LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE RECEVAIT LA MISSION CITROEN «CENTRE-ASIE»

Pendant le discours de 91. André Citroën de gauche à droite, Il. Alexandre Hillerand, Mme Doumergue, Il. Albert Lebrun, Gaston Doumergue. Mme Citroën (Voir à la troisième page.)

LES CONVERSATIONS A Cl VONT-ELLES S'ENGAGER! DÈS DENIA GENÈVE? M. Macdonald, sir John Simon et M. Paul-Boncour partent aujourd'hui pour y prendre part Au cours du conseil de cabinet qu'il a présidé hier en fin d'après-midi, M. Edouard Herriot a entretenu ses collègues « des conditions dans lesquelles vont s'ouvrir, à Genève, les conversations préalables à la reprise des travaux du bureau de la conférence du désarmement

On sait que ces conversations, qui doivent avoir, au début tout au moins, un caractère purement officieux, ont pour but de trouver un terrain d'entente permettant au représentant du Reich de venir à nouveau participer aux délibérations de la conférence, où il n'a pas reparu depuis le vote de la résolution qui a clos, en juillet, la première phase de ses travaux. La condition mise à son retour était, on s'en souvient, la reconnaissance préalable à l'Allemagne de la « Gleichberechtigung :>, c'est-à-dire de l'égalité de droits en matière d'armements, reconnaissance préalable que le représentant de la France, M. Paul-Boncour, lors des entretiens des dernières semaines à Genève, s'est formellement refusé à discuter isolément. Le plan constructif déposé par le gouvernement français ne prévoyant l'égalité de statut pour le Reich qu'en liaison avec une série de mesures de sécurité. M. Paul-Boncour a nettement spécifié que les entretiens envisagés devraient porter également sur cette contre-partie indispensable.

C'est cette manière de voir yi, finalement, l'a emporté, M. von Neurath ayant accepté, sur les instances de sir John Simon et de M. Norman Davis, non seulement de discuter l'ensemble du problème, mais de ne plus exiger, pour ces conversations préli- minaires, d'assurances préalables. Il y a donc toutes raisons de penser que c'est sur cette base générale les échanges de vues de ces jours derniers entre MM. Herriot, Paul-Boncour et Norman Davis ont porté surtout sur des questions particulières que la négociation va s'engager.

Quand s'ouvrira t elle ? Jusqu'à présent on n'a reçu aucune indication précise de Berlin concernant le départ de M. von Neurath pour Genève. En revanche, une dépêche de Londres a annoncé hier soir que M. Macdonald et sir John Simon quitteraient Londres aujourd'hui même, à 14 heures, pour la Suisse. De son côté, M. Paul-Boncour a décidé de quitter Paris, lui aussi, dès ce soir, à 21 h. 50, de façon à arriver à Genève en même temps que les ministres anglais et âupouvoljfc. immédiatement prendre contact avec eux.

Il' est probable, d'autre part, que M. Norman Davis partira également par le même train, de sorte que, même si M. von Neurath était retenu quelque peu à Berlin par le développement de la crise politique, des échanges de vues pourront se produire dès vendredi. Quoi qu'il en soit, M. Herriot ne pouvant, ainsi qu'on le verra par ailleurs, quitter Paris avant demain soir, c'est seulement sam2di, au plus tôt, que commenceront les véritables conversations à cinq.

L'AVENTURIERE ALICE SCHUSTER EST TRANSFEREE A PARIS

Alice Schuster.

photographiée hier à la police judiciaire Ramenée de Cherbourg, où elle a été arrêtée dans les conditions que l'on sait, la pseudo-baronne et fausse dbmestique Alice Schuster est arrivée hier, en fin d'après-midi, à Paris, escortée de deux inspecteurs de la police judiciaire.

A. J.

Le Parlement et la question des dettes! M. Herriot a été entendu hier par les commissions des finances et affaires étrangères, auxquelles il a demandé d'ajourner à huitaine le débat sur la proposition de M. Louis Marin

M. Lamoureux, rapporteur général du budget, proposerai aujourd'hui à la Chambre d'accorder au chef du; gouvernement le délai légitime qu'il réclame UN LARGE DÉBAT AURA LIEU AVANT LE 15 DÉCEMBRE! LE PRÉSIDENT DU CONSEIL EN AYANT MANIFESTÉ LE DÉSIR

M. Edouard Herriot, ainsi qu'il avait été convenu, s'est rendu, hier aprèsm i d i devant la commission des finances, puis devant la commission des affaires étrangères de la Chambre, afin de leur exposer les raisons pour lesquelles 11 ne jugeait pas opportun d'engager, en pleine négociation, un débat sur l'échéance du 15 décembre. Les deux commissions ont été, l'une et l'autre, unanimes à donner gain de cause au président du Conseil et à accepter l'ajournement à la semaine prochaine de l'examen de la proposition de résolution que M. Louis Marin avait déposée avec demande d'urgence et de discussion immédiate et que. conformément au règlement, M. Malvy s'était engagé à rapporter dans les quarante-huit heures. En quittant la Chambre, M. Edouard Herriot a rega- gné le Quai d'Orsay où il a présidé un conseil de cabinet qui a précisément délibéré sur les pourparlers en cours. Le chef du gouvernement et le ministre des Finances. M. Germain-Martin, ont exposé, en effet, à leurs collègues les conditions dans lesquelles Ils poursuivaient l'étude de la question des dettes.

Au surplus, M. Herriot doit on l'a vu d'autre part partir pour Genève dans la soirée de demain vendredi. A son retour, il sera en mesure de faire connaître de façon exacte au Parlement la position prise par le gouvernement français. Le débat pourrait donc s'ouvrir devant la Chambre le vendredi 9 décembre au plus tard. La commission des finances a donc chargé M. Lamoureux de présenter aujourd'hui un rapport concluant â l'ajournement temporaire du débat sur la proposition de résolution de M. Louis Marin.

Reste à savoir ce que fera ce dernier ? M. Malvy est allé lui faire part des décisions prises par la commission LU f»wtm»g|Hii"pw un 1 débat immédiat. Le député de Nancy a déclaré au président de la commission des finances qu'il avait besoin de réfléchir avant de lui donner une réponse définitive.

Au cas où M. Louis Marin persisterait à refuser l'ajournement, il déposerait aujourd'hui une demande de discussion immédiate revêtue des cinquante signatures réglementaires. Un débat surgirait et M. Edouard Herriot serait amené à poser la question de confiance en faveur de l'ajournement à huitaine. Si, au contraire, M. Louis Marin finit par s'incliner, la Chambre pourra d'emblée se rallier aux conclusions du rapporteur de la commission des finances et aborder tout de suite le débat sur les interpella.tions de MM. Dommange et Scapini relatives aux

LA REPONSE ANGLAISE SERAIT REMISE AUJOURD'HUI A WASHINGTON

Londres, 30 novembre (dép. P. Paris.) Le texte de la réponse britannique à la note des Etats-Unis en date du 23 novembre a été définitivement arrêté ce matin, au cours d'une nouvelle séance de cabinet et M. Neville Chamberlain, chancelier de l'Echiquier, a déclaré cet après-midi aux Communes que le document allait être envoyé immédiatement à Washington. Il sera remis sans doute demain vers midi par sir Ronald Lindsay, ambassadeur britannique, à M. Stimson, secrétaire d'Etat américain, et M. Neville Chamberlain a indiqué qu'il serait publié dans un jour ou deux, c'est-à-dire apparemment vendredi.

Sur la teneur de la nouvelle note britannique, il va de soi que nulle information officielle n'a été fournie. On croit savoir toutefois que le gouvernement britannique, reprenant l'argumentation contenue dans sa note du 10 novembre, la développera en l'étayant de faits précis de manière à démontrer que le paiement du 15 décembre, avec les transferts qu'il implique, aurait des conséquences désastreuses pour l'économie générale du monde, pour celle de la Grande-Bretagne considérée au double point de vue intérieur et extérieur et pour celle des Etats-Unis qui ne seraient pas les moins atteints.

Il marquera également les difficultés que de telles perturbations économiques et financières ajouteraient à celles que présente déjà la conférence économique mondiale en projet. On lui prête enfin l'intention de souligner d'une façon toute particulière les fâcheuses répercussions politiques que peut avoir sur l'œuvre accomplie par la conférence de Lausanne tout retard apporté à un règlement satisfaisant du problème des dettes de guerre de l'Europe envers les Etats-Unis. Ce document, qui sera destiné autant au Congrès qui se réunit lundi et à l'opinion publique américaine qu'aux dirigeants de Washington, aura une certaine ampleur mais on juge ici que rien ne doit être omis de ce qui peut éclairer le peuple ^les Etats-Unis sur les dangers qu'il court en exigeant de ses élus qu'ils réclament le paiement des dettes européennes.

Contrairement à ce que certains journaux annonçaient ce matin, le gouvernement anglais n'envisagera pas dans sa note l'hypothèse d'un nouveau refus américain et. par suite, n'indiquera pas comment il agirait dans cette éventualité. Nul pourtant ne met en doute que le cabinet, après des discussions particulièrement âpres où le chancelier de l'Echiquier s'est montré hostile au paiement, a définitivement résolu de couvrir l'échéance du 15 décembre, si le gouvernement des EtatsUnis persiste dans son attitude première.

Sur le mode de paiement nulle décision n'a été prise et Il est prématuré d'indiquer que le versement sera tiii intégraletnetlt en or métallique errcc'rï

frais alloués aux banques pour la conversion des rentes.

Voici, au reste, un compte rendu détaillé des délibérations des deux commission

A LA COMMISSION DES FINANCES En ouvrant la séance de.la commission des finances, M. Malvy a remercié le président du Conseil d'avoir répondu à l'appel de la commission puis il a rappelé dans quelles conditions celle-ci avait demandé au gouvernement de ne prendre aucune décision sur le grave problème des dettes élément important du problème financier avant d'avoir été entendu par elle.

M. Malvy a indique ensuite pourquoi il avait cru bon de demander mardi le renvoi de la proposition Marin à la commission des finances en s'engageant à la rapporter dans les deux jours. Il avait considéré, comme contraire aux intérêts du pays, de laisser discuter cette question d'une manière incidente et confuse, cet important problème devant être abordé de front.

Prenant alors la parole, Il Herriot a tout d'abord fait le point de la situation actuelle en ce qui concerne l'échéance du 15 décembre, et il a rappelé les notes échangées récemment à j ce sujet entre les divers gouvernements intéressés. Il s'est engagé à revenir devant la commission des finances pour la renseigner sur les négociations en cours avant que le Parlement soit appelé à en délibérer. Il a fait valoir les raisons qui, à son sens, mili- tent en faveur de l'ajournement de la proposition de résolution de il. Louis Marin « Il faut laisser au gouvernement la responsabilité des négociations et le temps nécessaire pour les mener à bien.

Après que M. Germain-Martjn eut fourni des renseignements d'ordre fijnancier, M. Malvy, intervenant à nouveau, a examiné les deux attitudes que pouvait prendre le gouvernement ou bien celui-ci, après avoir poursuivi les négociations et réuni tous les éléments d'information nécessaires, prendra sa décision et viendra en faire part aux commissions et à la Chambre ou bien, après avoir mené jusqu'au bout ses i négociations. reviendra. devant la Chambre et collaborera avec elle pour .proposer à la Chambre la solution qui sera jugée la plus conforme aux intérêts du pays. M. Malvy s'est prononcé en faveur de cette dernière solution M. Vincent Auriol a indiqué que l'on devait tenir compte des répercussions qu'entraînerait pour la France l'attitude de la Grande-Bretagne, au sujet des paiements de 1933. Il a rappelé les faits historiques d'après lesquels l'Amérique a accepté de tenir compte de la capacité de paiement de la France.

MM. Paul Reynaud, Stern, de Tinguy du Pouët, Emile Borel, de Chappedelaine se sont déclarés favorables à un ajournement jusqu'à ce que le président du Conseil soit dans la possibilité de donner les renseignements nécessaires pour qu'on ne mette pas la commission devant un fait accompli. (La suite à la deuxième page.)

M. JSevilie Chamberlain

qu'il y ait un fort courant dans les milieux gouvernementaux en faveur de cette méthode.

AU BANQUET DE LA CHAMBRE DE COMMERCE INTERNATIONALE

De gauche à droite MM. ](ester, ambassadeur d'Allé magne I.ebreton, ambassadeur d« la Bépnblique argentine de Gaiiner d'Hestroy, ambastadtnr de Belgique Edouard ̃ '̃ HerriuC; FroiVein, président de la chambre de commerce internationale

Les hommes du jour LE. Un corps un peu épaissi par la cinquanI taine, un c-îne si soigneusement rasé qu'il en paraît verni, des lèvres minces dont la sévérité n'atténue pas l'ironie du regard, une physionomie qui décèle résolution, ténacité, souplesse, condimentëes d'une forte portion de mépris des individus, tel apparaît le général von Schleicher, l'homme du jour que les événements poussent au premier plan de la scène politique, un peu plus rapidement sans doute qu'il ne l'aurait désiré,

D'origine mi-hanséatique. mi-westphalienne, le ministte de la Reichswehr, comme le maréchal von Hindenburg et son fils, fait ses premières armes au 3* régiment de la garde à pied, à Potsdam, un de ces régiments selects qui assurent à leurs offiI ciers supérieurs les hautes relations profi1 tables, condition des ascensions rapides. Celle du général von Schleicher fut aertigineuse sans avoir jamais commandé de troupes il fut pendant ia guerre, à l'état-major, le coflaborateur du général Groener, au service des chemins de fer il était, à cinquante ans. général de divi.sion, grade le plus élevé que puisse conférer la Reichswehr. C'est le type achevé du général politicien.

Sa carrière militaire étant maintenant terminée, il n'a plus d'avenir que dans la politique et il est représenté depuis plus de deux ans comme l'Eminence grise du pouvoir exécutif, comme l'homme qui, jouissant de Ja confiance de l'actuel chef de l'Etat et tutoyant. dit-on, le kronprinz. tient fortement en mains les positions où se jouent le présent et l'avenir politique de l'Allemagne.

Le général von Sch;eicher fait peu de cas de l'intelligence, faculté qu'il trouve relativement fort répandue. Ce qu'il apprécie, c'est, comme on dit en allemand, le « caractère l'énergie inébranlable qui exécute, à fond et en dépit des obs- tacles, les plans. une fois conçus. Il méprise les irrésolus que le doute empêche de dormir. Lorsqu'il a pris une décision il repose, assure-t-il, d'un plus profond sommeil, malgré la gravité des événements auxquels cette décision peut donner lieu. A la différence du tempérament le plus

répandu dans le haut personnel de l'état-'major.allemand, le général von Schleicher ne parait pas être un risque-tout, un « hasardeur »,-ou. du moins, s'il passe aux actes, il a soigneusement préparé le terrain. Il use toutefois plus volontiers de la diplomatie que de la force c'est un habile plutôt qu'un brutal. Tout le monde le di: ambitieux sans que personne puisse connaître l'objet de son ambition. La version la plus répandue lui prête le désir de suc- céder au maréchal von Hindenburg à la présidence de l'Empire. Il est général, il est « von » et réunit ainsi les conditions de vénération exigées par une forte proportion de l'électorat allemand pour la présidence de l'Etat.

Il a la confiance de tous les partis de droite il est considéré sans défaveur par les catholiques, malgré son rôle probable dans le débarquement du chancelier Brüning- il est bien vu des nazis dont il a fait rétablir la milice il cherche des contacts dans les milieux syndicalistes ouvriers et, dernier chic sans doute peur un général noble allemand de l'an 1932,.se pare ouvertement de préoccupations sociales. Alors que pour tout haut militaire allemand la classe ouvrière n'a jamais été jusqu'ici que basse humanité, au fond méprisable, le général von Schleicher à déclaré, dans une allocution retentissante, que la Reichswehr ae serait jamais l'instrument de défense de certains intérêts égoïstes et il a bien voulu indure expressément parmi les éléments de la nation allemande son immense prolétariat. L'homme dont on parle aujourd'hui en Allemagne a-t-il des ambitions personnelles ? Veut-il succéder à Hindenburg et exercer, grâce au pouvoir exorbitant dont dispose en Allemagne le chef de l'Etat, une dictature légale dans l'Empire ? Ou bien n'est-il que l'instrument docile des monarchistes, le favori de la restauration? Les dieux seuls le .vent. Le général von Schleicher s'est complu jusqu'ici aux manoeuvres de coulisses; les événements le poussent, certainement malgré lui, sur le devant de la scène, à la pleine clarté de la rampe. Dans l'Alle. magne, si pauvre de personnalités politiques marquantes, un caractère enfin se dessine.

Camille Loutre.

A la troUiim* page La dépêche de notre correspondant de Berlin, Camille Loutre, sur la crise du Reich.

Le collectif de novembre définitivement adopté par les deux Chambres (Voir la deuxièma var;e.)

rapporteur général da budget sa Sénat La veuve d'un ancien député est tuée dans sa maison près de Landerneau

Brest, 30 novembre (dép. P. P.) Mme Isnard, veuve de l'ancien député du Finistère, vivait, dans une 1 propriété isolée, au Relecq-Kerhuon. Elle n'avait pas de relations et n'employait personne à son service.. Les voisins, qui ne savaient pas grand'chose d'elle, la considéraient comme une personne excentrique.

Depuis quatre jours, on ne l'avait pas vue dana le bourg où elle se rendait chaque matin pour effectuer divers achats. On s'inquiéta. Le garde champêtre fut prévenu et, ce matin, on découvrit chez elle la malheureuse, étendue dans sa cuisine. Le corps était recouvert d'un manteau, la tête ensanglantée et tuméfiée, les jambes et les bras ligotés avec des fils électriques. Le permis d'inhumer a été refusé. Le vol serait le mobile du crime.

Le parquet et la gendarmerie de Brest se sont rendus cet après-midi sur les lieux, où les rejoindra, demain matin, la brigade mobile de Rennes. LA CRISE

DE NOTRE MARINE MARCHANDE

Maintenant que se sont tues ou apaisées les polémiques élevées à l'occasion du congrès radical de Toulouse, peutêtre n'est-il pas inutile de saisir l'opinion de certaines questions d'ordre purement économique dont il eut, la louable initiative de s'occuper.

C'est ce que je veux essayer do faire aujourd'hui, dans les hospitalières colonnes de ce journal, sur un sujet qui, depuis quelque quinze ans que je siège au Parlement, a constamment fixé et retenu mon attention. Je veux dire notre marine marchande.

Tout d'abord je félicite les organisateurs du congrès d'avoir inscrit-ce sujet à son ordre du iour. fis s^vtni avec quel soin et quelle assiduité tes délégués du groupe radical socialiste de la Chambre à la commission de la marine marchande se penchent sur ce problème. Il était bon que le parti tout entier en fût instruit et pût renforcer de son adhésion et de ses décisions l'action vigoureusement poursuivie par ses élus dans ce domaine si important de l'économie nationale. Je n'exagère pas en le qualifiant d'important » puisqu'il est établi que notre marine marchande, non seulement fait vivre toute une population maritime dont la vaillance a été cent fois célébrée, mais encore assure la prospérité d'une foule d'industries annexes, les recettes de fret de l'armement étant, dans la proportion de 85 0/0, dépensées sur le sol national.

C'est ce qu'a compris mon excellent et distingué collègue Briquet en se chargeant du rapport devant le congrès. Très simplement, mais avec d'autant plus de clarté, empruntant aux chiffres et aux statistiques leur éloquence plutôt que de l'aller chercher dans une vaine- rhétorique, l'aimable député de l'Eure sut intéresser les congressistes à la situation, au sort et à l'avenir.de notre flotte marchande, et c'était particulièrement méritoire après les émouvantes journées consacrées à la politique intérieure et extérieure.

Il a montré que notre marine de commerce était en état d'infériorité par rapport à beaucoup de ses concurrentes. Il a aligné les chiffres impressionnants que voici 100.000 tonneaux de jauge brute désarmée au 1" janvier 1930; un million au 15 avri! 1932. Chacun déduira les misères' individuelles et collectives qui découlent de cet état de choses. N'oublions pas que 15.000 marins de tous grades sont débarqués, d'autres travailleurs sont menacés. Nous avons pu entendre l'écho de ces préoccupations tout récemment dans le discours prononcé à Saiht-Nazaire par M. Blancho, le jeune et dévoué député maire de cette cité, à l'occasion du lancement du Normandie, Il demanda en un langage aussi ferme que pressant « du travail » pour les milliers d'ouvriers qui venaient de construire le nouveau paquebot. Les ouvriers travailleront dans la mesure où l'armement prospérera. Ainsi, que ce soit de Saint-Nazaire. et par la bouche d'un député socialiste, ou de Toulouse et par les ordres du jour d'un congrès radical, il est une vérité qui demeure hors de constestation il nous faut une marine marchande puissante.

Sans doute la crise qu'elle subit ne lui est-elle pas particulière. Industrie éminemment internationale, elle devait, chez nous comme chez nos voisins, subir dès le début le contre-coup de la crise mondiale. Le développement extraordinaire du protectionnisme, dans tous les pays, devait lui porter un grave préjudice. Est-il une branche de l'économie qui ait, plus qu'elle, besoin, pour vivre, du libre-échange ?