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du premier plan quinquennat LES SOUCIS DE LA POPULATION

000

Pendant h u i t

jours, je me suis

promené dans

Moscou. Un

étranger, p o u r

peu qu'il le désire,

y circule aussi

librement en 1932

Londres ou

à Paris.

Moscou, la

c ville aux deux

mille églises »

églises musées,

églises démolies,

églises closes.

Moscou, la ville

aux grands chan-

tiers. Le premier,

sur le bord de la

Moskowa, occupe

l'emplacement de

la cathédrale du

Sauveur, rasée

on y jette les

bases d'un palais

des Soviets. Le second, place de la Révolution, verra s'élever un hôtel pour étrangers 1.500 chambres pour le moins. Partout où c'est possible, on ajoute deux étages de briques aux immeubles. A l'est du Kremlin, dans le quartier des Ambassades, qui est aussi celui où habitaient les anciens boïards, on repeint au pulvérisateur des séries de maisons dont les murs s'effritaient. Le centre de la ville est asphalté la place Rouge, éclai-

Sur l*s rives de la Moskowa,

rée la nuit par des projecteurs des ouvriers redorent les coupoles du Kremlin. Un fonctionnaire me montre sur le plan le tracé des futurs « Champs-Elysées » de Moscou. Champs-Elysées ou non, le progrès, depuis l'an dernier, ne fait pas de doute, malgré les carreaux cassés, malgré le trompe-l'œil assez choquant de deux cents automobiles luxueuses qui transportent la faune des touristes, à toute vitesse, dans une ville où il faut être « du gouvernement » ou diplomate pour user d'un véhicule privé.

Habits décents, faits en série. L'été facilite bien des choses. Population ni mieux ni moins bien portante en apparence que dans n'importe quelle ville. Le long de la Moskowa, dans un beau site, parc des sports aux installations sommaires et au public sympathique. J'entre dans trois boutiques de la Petrowka impossible de trouver un morceau de savon. Mais les gens se lavent mieux qu'il y a quinze ans. Il est d'autres mystères plus profonds dans ce pays.

Moscou, ville la plus jeune d'Europe. Je questionne un journaliste soviétique, venu me demander « mon impression » « Et les vieux? Tous morts ? II sourit. « Nous avons besoin de jeunesse pour cette vie intense. » Les vieux ? Quelques-uns encore dans les queues à la porte des magasins. Les autres disparus, oubliés. On a son travail, si l'on n'est pas brouillé avec le régime. Et quel travail: toute la Russie à construire. Chacun gagne un peu de papier-monnaie. Ces gens sont donc heureux ? Que pensentils ?

Je vous entends d'ici « Vous voulez vous jeter dans les bras du Guépéou ?

Ce charmant Guépéou.

Certes, le Guépéou prospère. Ce corps « d'élite », qui reprit et perfectionna si brillamment les méthodes de l'Okhrana tzariste, est à la fois police secrète et sorte de; gendarmerie, préposée notamment au service des gares. Lorsqu'il devient trop difficile à se procurer une place dans le train, c'est le Guépéou seul qui vous tire d'affaire. Voyez >, a l'air de vous glisser l'agent, « tout m'obéit ici. On vous avait dit que vous alliez dans un pays retardataire. Regardez mon téléphone, il fonctionne. Mes bottes, elles sont cirées. Ma culotte, elle est toute neuve ». S'il dispose et cela peut arriver d'une automobiles le « Guépéou » s'enivre à l'idée de vous y faire monter. Je connais des touristes qui visitèrent la Crimée aux frais de la police. Quant à l'au-.tre partie de l'O. G. P. U., la police secrète, si redoutable qu'elle soit, compte néanmoins des personnages qu'il n'est guère plus difficile de reconnaître que les messieurs curieux dont le Directoire espagnol vous proposait la compagnie, il y a

peu d'années. Les uns, si vous êtes installé pour quelque temps dans une ville, viennent vous faire une visite d'ami et causer un peu avec vous on vide ensemble une bouteille de bière et l'on se quitte enchantés. Dans le Grand-Guignol russe, il entre une part d'enfantillage. Les autres hommes ou femmes vous abordent volontiers, c'est vrai, et le plus poliment du monde. Sur vingt Russes avec qui la conversation s'engage, il en est pourtant dix-huit ou dix-neuf qui désirent simplement s'épancher. Pierre FREDERIX.

(Lte suite d la deuxième page.) Le général Appiano cité à l'ordre de l'armée Le général de division Appiano, qui, après la mort du général Ferrie, succéda à ce savant comme commandant supérieur des troupes et des services de transmission du génie, était, lorsqu'il fut appelé à ces hautes fonctions, commandant supérieur du génie au Maroc.

Dans un ordre général numéro 16, le général de division Huré, commandant supérieur des troupes au Maroc, rend hommage aux grands services qu'il a t»ik£ùs en le citant à l'ordre de l'areaéev Cette citation, qui comporte l'attribution de la croix de guerre des T. 0. E. avec palme, est ainsi conçue Officier général de grande valeur. Collaborateur des plus précieux pour le commandement. A pu, grâce à son énergie inlassable, à ses belles qualités, d sa culture technique, arriver d bout de toutes les difficultés. A élaboré avec une rare distinction le programme routier d'une importance capitale dans les territoires nouvellement occupés par nos troupes. A été ainai pour beaucoup dans la réussite dea opérations engagées au Maroc depuis 1927. M. Edouard Herriot

s'est entretenu hier avec M. Beck Le colonel Beck, ministre des Affaires étrangères de Pologne, qui revient de Genève et rentre à Varsovie, est arrivé hier matin à Paris et a été salué sur le quai de la gare de Lyon par le personnel de l'ambassade de Pologne.

Dans le courant de la matinée, M. Beck, accompagné de M. de Chlapowski, ambassadeur de Pologne à Paris, s'est rendu au Quai d'Orsay, où il a conféré avec M. Herriot. L'entretien a porté principalement sur les travaux de la conférence du désarmement, ainsi que sur le pacte polono-soviétique qui vient d'être ratifié et sur le pacte franco-soviétique qui a été signé hier.

Déclarations de M. Beck

Avant de quitter le Quai d'Orsay, M. Beck a déclaré:

J'ai voulu mettre à profit mon court séjour à Paris pour voir M. Herriot, m'entretenir avec lui et ses collaborateurs. J'estime que cette entrevue était plus utile que jamais avant mon retour à Varsovie. Je suis reconnaissant à M. Herriot de m'avoir consacré une partie de son temps précieux pour examiner en commun les problèmes actuels et plus particulièrement ceux qui sont posés par la prochaine réunion de Genève des représentants des cinq grandes puissances.

Nous avons pu constater que nos idées étaient empreintes de la plus grande solidarité.

J'ai été également très heureux de rencontrer à Genève M. Paul-Boncour, votre ministre de la Guerre, qui est un de nos amis, et de pouvoir m'entretenir avec lui. (

M. Joseph Caillaux est élu président de la commission sénatoriale des finances

(Voir à la deuxième page.)

Les hommes du jour

M. NORMAN DAVIS Les cas sont fréquents chez nous d'hommes politiques et de diplomates qui. à la fin de leur carrière, deviennent membres de conseils d'administration ou conseillers techniques de grands établissements finan, ciers. M. Norman Davis. le représentant des Etats-Unis à la conférence de réduction des armements, qui, depuis samedi, est l'hôte de Paris, et qui vient d'avoir coup sur coup trois importants entretiens avec M. Herriot, est un exemple du contraire.

A vingt-quatre ans, ses études terminées, il s'est lancé dans les affaires, à Cuba, affaires de banque, exploitation de canne à sucre, entreprises commerciales diverses. Pendant quinze années, il a consacré au succès d un vaste trust groupant 'toutes ces entreprises, et dont il était président, toute son activité, toute son intelligence. Puis. brusquement, en 1917, changement à vue. L'homme d'affaires devient, sans transition, l'une des personnalités les plus importantes de l'administration Wilson.

Les Etats-Unis, longtemps indécis, viennént de faire cause commune avec les Alliés. En attendant qu'ils puissent participer effectivement à la grande tuerie, le gouvernement de Washington est assiégé de demandes d'emprunts par les pays qui. depuis trente mois, luttent de toutes leurt forces contre l'envahisseur. Il faut quelqu'un pour examiner ces demandes, pour conseiller le secrétaire d'Etat à la Trésorerie. C'est à M. Norman Davis, qui n'a pas encore quarante ans. qu'on fait appel.

Désormais, chaque fois qu'il faudra remplir en Europe une mission de confiance, nécessitant à la fois des connaissances financières et économiques approfondies et de sérieuses qualités de diplomate, c'est à lui qu'on la confiera. Représentant de la Trésorerie américaine à Londres et à Paris en 1918, il est, J'année suivante, nommé commissaire financier des Etats-Unis en Europe. Peu après le voilà membre de la commission de l'armistice, puis du conseil suprême économique. Le président Wilson vient en France pour les négociations de paix. Il se l'attache aussitôt en qualité de conseiller financier. On crée la commission des réparations. C'est à lui qu'on pense pour y représenter l'Amérique.

Très fin, aimable causeur, négociateur habile et averti, il réussit partout. Partout il a l'art de se faire des amis et, ce qui .est mieux, de les conserver. Il en fait. depuis tantôt six mois. "agréable expérience. Ses hautes fonctions de soussecrétaire d'Etat à la Trésorerie, puis aux Affaires étrangères, à Washington, où il fit pendant une assez longue période, de 1920 à 1921, fonctions de secrétaire d'Etat, ont eu beau l'éloigner d'Europe ou ne lui permettre d'y faire que des sé-

M. Norman Davts

jours relativement courts, soit comme membre de la commission de la S. D. N.. chargée de fixer le statut du territoire de Memel, soit comme représentant des EtatsUnis à la conférence économique de Genève de 1927, il a retrouvé, en effet; en France, comme en Angleterre et comme en Suisse, toutes ses anciennes amitiés. Aujourd'hui, bien qu'il n'ait que cinquante-quatre ans. ses cheveux sont d'un blanc de neige, mais le visage est resté aussi jeune que le regard est vif et malicieux et l'activité débordante. On a suivi, ces temps derniers, les efforts déployes par lui à Londres, à Rome, à Paris, non seulement pour ré-Jiudre l'épiaeux problème naval qui risque de re•nettre en question l'accord aiigio-améncano-japonais de 1930, mais pour assurer .la reprise prochaine de la çonferenc de Genève. On lui prédit pour le moment où M. Franklin Roosevelt arrivera à la Maison Blanche le poste de secrétaire d'Etat.

Ce serait, il faut l'avouer, un joli tour de force et un honneur peu banal que de faire la liaison entre l'administration Hoover qui l'a désigné comme délégué à la conférence du désarmement et l'administration démocrate qui lui confierait de la sorte le portefeuille des Affaires étrangères.

Et il ne se trouverait personne, parmi ceux qui l'ont apprécié, pour ne pas s'en féliciter.

Albert JULLIEN.

A la troisième page Une nouvelle entrevue entre MM. Norman Davis et Herriot.

La générosité de M. E. Herriot envers les pauvres de Tolède Tolède, 29 novembre (dép. Havas) La commission provinciale de protection de l'enfance a offert un repas à trois cents vieillards et enfants i pauvres.

Les frais de cet acte de bienfaisance ont été couverts avec le don fait par M. Herriot en faveur des pauvres de la ville lors de sa visite à Tolède.

LE PROBLÈME DES DETTES Le cabinet de Lentes a mis au point sa nouvelle note a Washington

Londres, 29 nov. (dép. P. Parisien.) Dans lé discours qu'il prononça à Birmingham à la fin de la semaine dernière, le chancelier de l'Eohiquier, M. Neville Chamberlain, prévenait le pays que le gouvernement allait devoir prendre une des décisions les plus délicates et les plus difficiles qu'il ait eues à envisager depuis son avènement.

Ce n'était pas là un avertissement de pure' forme, ainsi qu'en témoigne le caractère prolongé des discussions ministérielles reprises ce matin et poursuivies toute la journée sur le projet de note à envoyer à l'Amérique. S'il ne s'agissait que d'élaborer un document mettant en valeur les faits et les arguments qui militent en faveur d'un ajournement de l'échéance du 15 décembre, la note serait sans doute déjà prête, approuvée et peutêtre expédiée à Washington, mais le problème n'est pas seulement financier, il est aussi et surtout politique. Il est impossible, tout d'abord, de dissocier le plaidoyer en faveur d'une suspension des paiements de l'éventualité à laquelle il faudra faire face si l'Amérique persiste dans son refus. Le parti est virtuellement pris que, dans ce cas, l'Angleterre doit faire face à sa signature.

Soit, mais alors se pose la question du sort des accords de Lausanne. Les Etats-Unis, non seulement n'acceptent aucune liaison de droit ou de fait entre leurs créances et celles qui furent liquidées à Lausanne, mais ils n'admettent pas qu'entre leurs débiteurs européens subsiste la solidarité qui s'est établie entre eux en leur qualité de créanciers de l'Allemagne. La Grande-Bretagne, débitrice de l'Amérique et créancière tout à la fois de l'Allemagne et des autres créanciers de celle-ci, se trouve ainsi, du fait de l'attitude des Etats-Unis, dans une situation unique qui peut la contraindre à faire entre deux politiques définies un choix auquel jusqu'ici elle s'est refusée.

Sollicitée par Washington de faire cavalier seul, il parait difficile qu'elle s'engage dans cette voie sans rompre les accords auxquels elle a déjà souscrit avec ses débiteurs créanciers de l'Allemagne et avec celle-ci en vue de sauver l'Europe du chaos.

Mais semblable politique qui lui vaudrait des avantages certains et immédiats de la part des Etats-Unis n'aurait-elle pas pour résultat de précipiter

UN ENTRETIEN HERBEKT HOOVEji Q£DEN MILLS

New-York, 2N novembre.

DE NOTKB COBESSFONDANT PAETICULIEB M. Ogden Mills, à la fin du conseil des ministres de ce matin, est resté enfermé avec le président Hoover pendant près d'une heure et a discuté avec lui la question des dettes.

Le député Mc Fadden, de Pennsylvanie, interrogé par des reporters, a suggéré comme solution de troquer les dettes de guerre contre les Iles que l'Angleterre et la France possèdent dans les Antilles.

Cette extravagante proposition n'est naturellement pas envisagée comme sérieuse dans les milieux officiels. La livre sterling a continué à baisser aujourd'hui sur le marché de NewYork, entraînant un certain nombre de monnaies satellites, telles que celles da la Norvège et du Danemark.

Le franc aussi a été faible et est tombé juste à la limite du point où il devient profitable d'exporter de l'or.

L'ÉCHÉANCE DU 15 ÉVOQUÉE AU PALAIS -BOURBON

Le problème du paiement à effectuer l'Amérique, le 15 décembre, est passé cette semaine au premier plan de l'actualité parlementaire.

On sera peut-être surpris d'apprendre qu'il a été soulevé, hier matin, au Palais-Bourbon, à propos du cahier collectif de crédits supplémentaires de novembre. Il faut savoir que ce « colledit,» présente un intérêt particulier permettant la régularisation des dernières dépenses à la charge de l'exercice 1931-1932, il fournit le moyen de dresser le plus rigoureusement possible la situation de cet exercice. C'est ce qu'a fait le rapporteur général de la commission des finances, M. Lucien Lamoureux. On lit dans son rapport que « la suspension des paiements de l'Allemagne, consécutive au 1 moratoire Hoover, a fait perdre à notre budget, au titre de l'exercice 1931-1932, une recette de 1 milliard 200 millions de francs environ ». Ayant fait état de cette constatation, M. Louis Marin « attacha > grelot » en usant d'un artifice de procédure. Comme on le verra par le compte-rendu de la séance qu'on lira d'autre part, il opposa la question préalable à l'examen du r collectif » de façon à fournir à la Chambre, comme au gouvernement, l'occasion de se prononcer sur l'échéance du 15 décembre.

Tour à tour MM. Palmade et Malvy firent valoir combien était difficile de greffer un déb»t*Mir~les dettes sur l'examen d'un cahier de crédits collectifs. M. Moneelle qui présidait la séance, eut beau invoquer le règle, ment, et M. Paganon, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, promettre à la Chambre que M. Herriot ne la placerait pas devant le fait accompli, M. Louis Marin se montra tenace. M. Franklin-Bouillon l'appuya, non sans véhémence.

Mais M. Malvy trouva le « joint » pour régler l'incident. M. Louis Marin était l'auteur d'une proposition de résolution hostile à tout paiement Le président de la commission des finances prit l'engagement vis-à-vis du député de Nancy et de tous ses collé- gues que, dans les quarante-huit heu- res la commission serait prête à rapporter cette proposition et qu'il propo- j serait par conséquent d'en fixer lai discussion en séance publique au début de la séance d'après-demain ven- dredi.

l'Europe dans un chaos d'autant plus redoutable qu'il résulterait cette fois d'une action délibérée ?

Le gouvernement anglais est trop pénétré de ses responsabilités dans le monde et il a trop le sentiment de ses obligations envers l'Europe pour ne point explorer toutes les possibilités de la situation en vue de découvrir une politique intermédiaire.

C'est à cette tâche que, de toute évi- dence, elle s'efforce depuis trois jours et l'on comprend que, à l'heure de prendre une décision dont le chancelier de l'Echiquier a marqué publiquement l'extrême difficulté, il ait tenu à recueillir l'avis d'un de ses diplomates les plus subtils en la personne de lord Tyrrell, ambassadeur britannique à Paris.

La mise au point

de la note anglaise

Arrivé la nuit dernière à Londres, j lord Tyrrell a eu ce matin, de bonne heure, une longue conversation avec sir John Simon. Il s'est ensuite rendu auprès du premidr ministre avec lequel il a eu une importante conférence. A 14 heures, enfin, il a repris le train pour Paris, et l'on peut présumer qu'il mettra M. Herriot au courant des intentions du premier ministre. Ce soir, à 17 h. 30, le premier ministre, qui avait passé la journée en consultations avec MM. Baldwin, Neville Chamberlain, Runciman et sir John Simon, s'est rendu au palais de Buckingham où le roi, qui avait reçu hier le chancelier de l'Echiquier, lui a accordé une audience de plus d'une heure.

A son retour aux Communes, M. Macdonald a convoqué un conseil de cabinet qui s'est réuni cette nuit à 21 heures et a siégé jusqu'à 23 heures. Cette séance a été consacrée à l'examen d'un projet de note. La discussion a permis à chacun des ministres présents d'exprimer son avis sur les points à inclure dans le document, dont la mise au point se poursuivra demain.

M. Baldwin quittera Londres demain matin pour Glasgow. Dans la soirée, il prononcera dans cette ville un discours où il parlera, croit-on, de la question des dettes. Quant à M. Macdonald, on annonce que si le texte de la note est définitivement arrêté jeudi, il quittera probablement Londres pour Genève à 14 heures, en même temps que sir John Simon.

La lire, de même, a perdu du terrain.

On croit ici généralement que l'Angleterre fera le paiement du 15 décembre quoi qu'il arrive. On en voit le témoignage dans l'expédition sur NewYork de 15 millions de dollars d'or que l'Angleterre fera demain par le Majestic et le Paris.

On attend avec une rare anxiété. dans les milieux de Wall Street, de connaître la décision anglaise. On prétend que dans l'entrevue qui a eu lieu hier entre l'ambassadeur d'Angleterre, sir Konald Lindsay, et M. Ogden Mills, le secrétaire du Trésor américain a promis de lever le délai de quatrevingt-dix jours prévu dans l'accord sur les dettes et d'autoriser l'Angleterre à se prévaloir de sa clause de moratoire pour ajourner, le 15 décembre, le paiement de 30 millions de dollars de capital et ne verser que 65 millions de dollars d'intérêts.

Pierre DENOYER

C'est ce que M. Mâlvy lui-même annonça hier après-midi au cours de la conférence hebdomadaire des présidents des groupes et des grandes commissions.

Alors, M. Edouard Herriot réclama la parole et fit dans un profond silence, les déclarations suivantes Le gouvernement prend l'engagement de s'expliquer devant la Chambre avant qu'un acte décisif soit intervenu. Mais il demande toute liberté de poursuivre comme il l'entend les négocia- tions en cours, sans même révéler les procédures suivies. Si on l'interrogeait actuellement, il ne pourrait rien dire. ,On parle d'un débat pour vendredi prochain 2 décembre, mais à cette date je dois être à Genève pour la conférence des cinq. Sans doute mon départ, fixé à jeudi soir, n'est pas absolument certain parce que cette conférence des cinq peut n'avoir pas lieu le 2 le gouvernement anglais est très absorbé par les négociations relatives aux dettes, et M. von Neurath n'a rien fait savoir encote quant à sa venue qui dépend probablement de la reconstitution du cabinet d'Empire. Cependant je ne puis pas m'engager à être à Paris vendredi. (La suite à la troisième page.) Les incertitudes

de la crise politique à Berlin

Le général von Schleicher et 31. von l'apen

LE PRCTE DE NON-AGRESSION FflflNGO-SOVIÉTIQUE

A ÉjÉ SIGNÉ HIER

AU OUA^D'ORSAY

Les deux plénipotentiaires, M. Herriot et M. Dovgalevsky, ont prononcé à cette occasion des paroles pleines de cordialité

M. Herriot signe le pacte; gauche M. UovEalevsky, et debout, derrière M. Herriot, on Toit M. Berthelot

Le pacte de non-agression francosoviétique et la convention de conciliation qui y est jointe, dont nous avons publié dimanche une analyse, ont été signés hier après-midi au ministère des Affaires étrangères. Cette cérémonie très simple s'est déroulée en partie dans le cabinet du ministre, en partie dans le salon de l'Horloge illuminé du feu de tous ses lustres et de trois puissants sunlights.

Quelques minutes avant 17 heures, l'ambassadeur soviétique, M. Valerien Dovgalesky, arriva au Quai d'Orsay, accompagné de MM. Lachievitch, conseiller, Rosenberg et Gokoline, premier et deuxième secrétaire de l'ambassade.

Reçus par M. Carré, chef adjoint du protocole, ils furent immédiatement introduits dans le cabinet de M. Herriot où le président du Conseil se trouvait entouré de MM. Berthelot, secrétaire général du ministère Bargeton. sous-directeur d'Europe Alphand et Marcel Ray, directeur et directeur adjoint de son cabinet, et de divers fonctionnaires du ministère. Les porter s'étant refermées sur les plénipoteni tiaires et leurs collaborateurs, -c'est dans le secret lé plus diplomatique que M. Herriot. et M. Oovgaies*y, après qu'eurent été faiteè les présentations et: après quelques Instants de conversation, procédèrent à la signature des premiers exemplaires du pacte. Les autres qui étaient d'ailleurs tous pareils furent signés quelque? instants après dans le selon de l'Horloge, en pleine lumière, sur une tafte dorée, avec un porte-plume rouge. L'ambassadeur des Soviets veston noir, cravate grise, pantalon rayé signa le premier. Auprès de lui, M. Carré même tenue lui sou1 mettait les textes. Il signa en te^pmt le porte-plume par l'extrémité. M. Herriot complet bleu signa tenant le porte-plume à pleine main. Puis le président du Conseil, s'étant levé et tourné é vers le représentant de l'U. R. S. S., lut la déclaration qu'on 1 verra par ailleurs. M. Dovgalesky, son

MM. Dovsalevsky (a gauche) et Herriot se serrent la main après la signature regard clignotant derrière ses binocles, écoutait, appuyé au dossier d'un fauteuil..Quand M. Herriot eut terminé, il s'inclina eut lut sa réponse que M. Herriot entendit la tête directe et les talons joints.

Après quoi, les deux plénipotentiaires se serrèrent la main.

Micros, cinés, photos enregistraient à foison ces paroles et ces gestee historiques.

Après, quelques congratulations et salutations diverses, l'ambassadeur des Soviets, accompagné jusqu'à l'antichambre par M. Herriot, quittait le ministère avec ses collaborateurs. Il était 18 heures.

LE TRAITE SERA SOUMIS AUX CHAMBRES

Contrairement au bruit qui en a couru, le traite franco-soviétique sera soumis à la ratification des Chambres. La déclaration en a été faite hier dans les couloirs de la Chambre par le président du Conseil.

Ainsi l'émotion causée par l'engagement général souscrit de ne pas prendre contre les importations russes de précautions particulières ne se traduira pas, comme le bruit en avait couru, ,par le dépôt d'une proposition de résolutlon ou d'une demande d'interpellation. Lorsque la ratification du traité sera demandée aux Chambres, le gou| vernémént donnera les apaisements

Noël et Dagneaux condamnés à mort Après une rapide délibération, les jurés chargés de se prononcer sur le sort de René Dagneaux et Lucien Noël. les deux assassins du jardinier Pierre Getnigen, sont rentrés très graves à l'audience. fl suffisait de les regardeur pour lire sur leurs visages la décision qu'ils venaient de prendre les deux jeunes dévoyés étaient condamnés à mort.

Une fois lu le verdict entièrement affirmatif et ne comportant aucune circonstance atténuante, les deux accusés, ramenés dans la salle, apprirent quelle peine impitoyable les frappait. Ils ne firent montre d'aucune émotion. L'un des défenseurs, MI Dumoret, protesta seul contre la décision qui venait d'être Je ne comprends pas s'écria-t-il. Aucune preuve n'avait été apportée contre mon client Dagneaux. C'est incroyable

L'avocat général Lémant, qui avait requis la peine capitale, demanda simplement l'application de la loi. Et les formalités de l'audience suivirent leur cours on put voir les condamnés sourire, tandis que magistrats et jurés réunis délibéraient sur l'application de la peine.

La hachette, le bâillon en 1 espace un pan de rideau. la corde, le filin d'antenne, à propos de la lumineuse déposition du docteur Paul. avaient été présentés aux jurés au cours de l'audience. Impressionnant spectacle et qui ne fit que dresser les défenseurs, M" Chantepie et Dumoret, l'un contre l'autre. Mais on sait que tout accusé, en accablant son complice, s'accable lui-même. On aurait pu croire que Dagneaux et que Noël ne cherchaient I respéctivement qu'à se perdre

La soeur de Noël, Mme îelgnet, avait tenté, de son côté, une curieuse diversion, mais qui resta sans portée. Elle voulut révéler que Dagneaux avait frappé à l'aide d'un morceau de plomb l'infortuné Gernigen déjà moribond.

Ce détail, qui n'enlevait rien à la cruauté de l'assassinat au contraire semblait d'avance démenti par les résultats de l'autopsie. Il n'en fut tenn aucun compte. Et, sur la déposition de quelques témoins de moralité, M' Fernand Laurent avait commencé à plaider au nom de la partie civile. On sait à quel résultat devait aboutir le duel oratoire ainsi entamé. Et les parents de la victime ont obtenu le franc symbolique de réparation qu'ils avaient sollicité.

A l'issue de l'audience, les douze jurés ont signé un recours en ifrâce. Eugène QUINCHE

Tuberculeux et alcoolique un manœuvre

tente de tuer son amie puis se fait justice

Eveno et Mme Poirier

C'est un triste drame de l'alcoolisme et de la tuberculose qui s'est déroulé, hier après-midi, rue Jeanne-d'Arc, faisant deux victimes, dont l'une, heureusement. survivra a. ses blessures.

Au sixième étage de l'immeuble portant le n° 59 de la rue Jeanhe-d'Arc vivait, depuis plusieurs années. avec son amie Léona Poirier, âgée de qua- rante-sept ans, le manoeuvre Stanislas Eveno, né le 20 avril 1892 à Bignan (Morbihan). Le Breton avait, d'un précédent mariage, trois enfants, dont la plus jeune, Fernande, âgée de onze ans, vivait avec le couple Mme Poirier, veuve Caïn, un fils actuellement au régiment.

Voici deux ans et demi, Stanislas j Eveno, atteint de tuberculose, avait été admis à l'hospice de Brévannes, où Il avait fait un assez long séjour. Son caractère s'était, depuis lors, assombri et, pour se consoler, il s'était mis à boire de plus en plus fréquemment. Lundi soir, après le dîner, il était ressorti pour rentrer ivre et avait passé une partie de la nuit'à écçire des lettres. Il ne s'était couché qu'à 3 heures ;.du matin et avait prolongé son sommeil jusqu'à 14 heures.

Lorsqu'il se leva, Mme Poirier lui dit Tu devrais aller chercher du tra%rail

Mais il l'avait rabrouée avec humeur. Alors, je vais y aller moi-même déclara-t-elle..

Et elle se disposait à sortir du.logement lorsque, de la chambre OÙ'11'était allé, Eveno tira dans sa direction -un coup, de revolver dont, la balle manqua son but.

Mme Poirier, affolée, se rua sur le palier. Un second coup de feu l'atteignit au bras gauche. Elle s'engagea néanmoins dans l'escalier, pour fuir. Mais, comme elle arrivait au cinquième étage, son ami, penché sur la rampe. lui tira un troisième projectile qui blessa la malheureuse au crâne.

Cependant, des voisins alertaient le commissariat du quartier de la; Gare, dont le secrétaire se rendit sur les lieux avec des agents. Eveno, ayant regagné son logement, en avait refermé la porte et ne répondait à aucune sommation. Les policiers songeaient à prévenir la préfecture de police pour demander l'envoi d'inspecteurs protégés par des boucliers, lorsque survint le fils aîné du manœuvre, Martial Eveno, dix-neuf ans, que des amis étaient allés prévenir au numéro 19 du quai de la Gare, où U travaillait.

Papa, cria-t-il en frappant à la porte, ouvre donc c'est moj, Martial. Le silence persistant, le jeune homme décida d'enfoncer la porte avec l'aide des policiers. Lorsque la serrure eut sauté, il entra, le premier.

La première pièce était déserte. Gagnant la chambre, il aperçut alors son père, étendu sur le lit, une jambe pendante. A terre était tombé le revolver dont Stanislas Eveno, relevant ses vêtements, s'était logé une balle dans la région du coeur. La mort avait déjà fait son oeuvre.

Mme Léona Poirier a été admise à la Pitié, où son état n'est pas jugé 1 grave, le second projectile ayant seulement entamé le cuir chevelu.