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Conclusion d'une grande enquête OU VA LE JRPON ? par Andrée VIOLLIS

J'allais quitter le Japon et venais m'embarquer à Kobé. C'était, il y a moins d'un demi-siècle, une simple agglomération de villages de pêcheurs aujourd'hui, en même temps que le port commercial le plus important du pays, c'est un grand centre industriel, avec de vastes ateliers de constructions navales et un millier de manufactures. Kobé, comme Osaka, sa noire et puissante voisine, offre un magnifique témoignage de l'œuvre du Japon moderne.

J'y avais assisté dans l'après-midi à une grande cérémonie militaire, une de plus Il s'agissait du débarquement des dernières troupes victorieuses, retour de Changhai, celles qui n'avaient point été expédiées tout droit sur la Mandchourie. Toute la ville les attendait, le long des voies conduisant au port écoles de garçons, en petites vestes étroites boutons de cuivre écoles de filles, en costumes marins à cols bleus bataillons de boy-scouts avec l'accoutrement et le sombrero connus sous toutes les latitudes sociétés de préparation militaire, d'anciens combattants, de réservistes, infirmières militarisées, délégations de tous les corps constitués. Tous, alignés sur plusieurs kilomètres, portant des bouquets, agitant des drapeaux, leurs jaunes visages aux larges pommettes animés de joie, leurs bouches ouvertes par des acclamations et des banzai ».

Du bateau où se tenaient serrés des milliers de soldats kaki, au port d'armes, j'avais vu descendre la civière du général Ueda, blessé à Changhai par la bombe d'un patriote coréen. Des officiers portaient ce brancard sur leurs épaules comme un pavois de triomphe. Et une fois de plus, tandis que le canon grondait, que clairons et tambours battaient aux champs, j'avais contemplé l'interminable défilé des troupes aux carrures solides, au mince regard aigu, au pas à la fois souple et lourd.

Le soir, le cœur serré, je me penchais à ma fenêtre, les yeux fixés sur le port dont les lumières clignotaient faiblement dans l'épaisse buée. La pluie de la « nyubai qui ne cesse guère pendant ces semaines d'été, tombait, intarissable et tiède. Dans la rue boueuse résonnaient, comme au passage d'un troupeau géant, les « gettas de bois et les

Le Rénéral Araki à côté de son portrait peint par M. Akada (à gauche)

hurlements rauques d'un cortège de dockers en grève. J'avais entendu, une heure plus tôt, leurs revendications désespérées j'avais noté les regards farouches dans les faces osseuses. L'autre armée. Tout était triste. Et, comme à mon arrivée, mais avec plus d'angoisse, je me demandais

Où va le Japon ?

Il faut comprendre, murmura une voix à mon côté.

C'était Ikki Miyama, ce jeune socialiste passé au fascisme, qui m'avait accompagnée.

Oui, je veux essayer de comprendre. Je me rappelle, je résume les faits qui ont nécessairement amené la crise actuelle du Japon.

Il y a soixante ans, ce grand peuple s'élançait avec une magnifique ardeur à la conquête de la civilisation occidentale il y appliquait ses belles qualités d'énergie, de '.endetté, de rigoureuse discipline et cet orgueil patriotique que de longs siècles d'isolement, de repliement sur soi-même avaient exalté et fortifié. Il apprenait et assimilait aussitôt toutes les inventions scientifiques du temps, s'initiait aux secrets du machinisme, les réalisait, créait et organisait avec une étonnante rapidité chemins de fer, postes et télégraphes, ports, industries il transformait son armée et sa marine, les dotait des armements et des équipements les plus modernes. Enfin il adoptait avec enthousiasme les institutions politiques, juridiques, les principes et les idées de l'Occident. (La suite 4 la sixième page.)

LES IMPOTS ––»– 1 sont en moins value de francs pour les sept premiers mois de l'exercice budgétaire

La moins.value du chiffre d'affaires est de 190.953.000 francs

pour le mois d'octobre

A la mémoire de Clemenceau LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET M. E. HERRIOT ONT ASSISTÉ HIER A L'INAUGURATION DE LA STATUE DU GRAND DISPARU Tour à tour, MM. de Fontenay et Georges Leygues ont prononcé l'éloge de l'organisateur de la victoire

Devant la statue de Clemenceau pendant la cérémonie

Trois ans jour pour jour après sa· mort, et par un jour gris, humide et froid tout pareil à celui où on le porta en terre. Clemenceau a reçu le vibrant

Mans la tribune officielle de gauche à droits MM. Leyjjues, Uerriot, Jeanneney, Lebrun et Bouisson

hommage de la foule parisienne, du gouvernement, de l'armée et des anciens combattants.

La cérémonie fut sobre et assez brève. Elle portait sa vraie signification dans l'émotion contenue de tous ceux qui y participaient.

Sur le rocher sauvage, sur la pierre rude et moussue où se dresse son âpre et vigoureuse silhouette, on avait, pour la circonstance, posé les fleurs qu'il préférait de magnifiques roses rou"g. Et tout autour du bronze vert qui semblait vivre étaient groupés en un parterre frissonnant, aux couleurs ternies dans la fumée des batailles, les drapeaux meurtris et déchirés des régiments dissous.

Sous les crépines d'or de la tribune officielle, au fronton de laquelle flottaient des faisceaux tricolores, il y avait, autour du Président de la République, M. Jeanneney, président du Sénat, qui fut un ami intime de Clemenceau, et M. Fernand Bouisson, président de la Chambre, qui fut son collaborateur au haut commissariat de la Marine marchande. M. Herriot, accompagné de M. Bollaert, avait t voulu associer le gouvernement à l'hommage rendu au chef du gouvernement de la guerre. Il y avait auprès de lui de nombreuses notabilités politiques et militaires, les ambassadeurs, les conseillers généraux et municipaux, etc.

A l'arrivée du Président de la République, qu'accompagnait le général Braconnier, tambours et clairons sonnèrent c aux champs Puis la musique de la garde exécuta la Marseillaise. M. Albert Lebrun, s'étant incliné devant le monument et les drapeaux qui l'entouraient, vint alors prendre place à la tribune officielle et M. de Fontenay, parlant d'une petite estrade voisine, salua le premier la grande mémoire du patriote que l'on célébrait.

Que fut Clemenceau ? Un bleu de Vendée, un bourgeois jacobin, dit justement M. de Fontenay, qui résume à grands traits, mais de façon magistrale, le rôle du Tigre dans la guerre. Il cite des passages de la déclaration ministérielle, puis du fameux discours « Je fais la guerre puis de l'allocution qui accompagna, le 11 novembre 1918, la lecture à la Chambre des clauses de l'armistice.

Dans sa péroraison, M. de Fontenay conjure les enfants désireux d'appren-

M. Leygues prononçant son discours dre nore histoire et les étrangers soucieux de connaitre notre pays de s'arrêter dans ce grandiose paysage où se dresse désormais la silhouette du Vendéen.

(La suite à la quatrième page.),

M. Pierre Benoit a pris séance hier à l'Académie française Une réception académique, pour le public qui peut y assister, cela évoque un peu l'histoire de l'Anglais qui vient voir dévorer le dompteur. Cette impression, on l'éprouvait hier aprèsmidi, peut-être plus qu'un autre jour. C'est qu'il s'agissait de M. Pierre Benoit, dont la personnalité et la jeunesse on est jeune à cinquante ans sous la Coupole composaient, en dehors de l'attrait ordinaire qu'offre une semblable manifestation, le plus sûr élément de curiosité.

Au vrai, l'auditoire n'était pas moins choisi que nombreux. Entendons par là qu'on y voyait de fort jolies femmes, dont les manteaux de fourrures je ne parle pas de ces illusoires petits chapeaux qu'exige la mode bravaient héroïquement une chaleur quasi tropicale, et les représentants de tous les mondes de l'esprit, noyés, sans doute dans une foule qui ne reconnaissait peut-être pas, dans cette barbe fluviale, le populaire attribut de M. Tristan Bernard, ni, dans ce mince visage barré de lunettes d'écaille, le président de la Société des gens de lettres, M. François Mauriac. On avait autant de mal à découvrir MM. de Monzie et Germain-Martin, celui-ci venu pour quelques instant seulement.

On est exact à l'Académie, par politesse autant que par tradition. A 2 heures très précises, le tambour d'un garde républicain fit entendre ses roulements. Salué par une ovation, M. Pierre Benoit, pénétra d'un pas alerte, en homme qui se sent déjà chez lui, suivi de ses deux parrains, MM. Marcel Prévost et Georges Lecomte. Puis, ayant pris place devant

M. l'ferre Benoit prononçant son discours entre ses parrains MM. Marcel Prévost (à gauche) et Georges Lecomte. On voit au premier plan M. Maurice Donnay le micro, car son discours allait être radiodiffusé, il considéra avec un peu d'émotion et de surprise c'était, devait-il dire plus tard, la première réception à laquelle il assistait la salle où il s'apprêtait à prononcer son remerciement. En face de lui, assises à l'ombre du grand Sully de pierre, sa mère et ses deux sœurs lui souriaient, fort émues aussi.

Quand chacun eut, non sans mal, réussi à se caser, quand on put apercevoir au bureau les trois habits verts et les trois monocles de MM. Henri de Régnier, André Chaumeix et René Doumic, secrétaire perpétuel de l'Académie française, la parole fut donnée à M. Pierre Benoit, qui se leva et commença de lire. Les feuillets tremblaient bien un peu dans sa main et la voix semblait au début se ressentir de quelque enrouement. Parfois, détathant son regard de son texte, M. Pierre Benoit faisait un rapide tour d'horizon. Il ne fut pleinement rassuré qu'aux premiers applaudissements, comme le dramaturge qui craint d'avoir raté sa première scène. Ce que fut ,n discours, il faudrait certes l'analyser assez en détail pour en souligner toute la variété et toute la poésie. Comme on dit communément, on y trouvait de tout, des sonvenirs, des portraits, des études, des vérités, souvent même assez rudes, beaucoup d'humour et tant soit peu d'émotion. Encore qu'il ne soit pas à J'âge où l'on aime à se raconter, M. Pierre Benoit se plut à tracer de son arrivée à Paris un charmant tableau qu'il faudrait citer tout entier. Il y était venu avec deux recettes, qui lui devaient permettre de vivre et d'escalader, le plus tôt possible, toute la série des cimes auxquelles il aspirait une agrégation d'histoire et une comédie en trois actes. Il ne passa pas la première et ne vit pas jouer la seconde. Mautice BOURDET

(La suite à la quatrième page.),

LES CREANCES AMERICAINES LE POINT DE VUE

DE M. HBipELT

SUHUJClHDDE

Df RtaEJLDES DETTES Ce point de vne diffère de celui de M. Hoover non sur le caractère certain et l'exigibilité des dettes, mais sur la procédure d'accord et sur ses modalités

Quant ci l'échéance dn 15 décembre, M. Stimson ne devant rentrer que dimanche, on n'attend pas de nouvelle initiative américaine avant réception de la note anglaise annoncée sur ce sujet

Washington, 24 novembre.

Du NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER Aujourd'hui, Thanksgiving Day, l'Amérique rend grâce au ciel pour les bienfaits dont il l'a comblée pendant l'année. Abondance de biens ne nuit jamais. Pourtant, si j'étais américain, je me demanderais s'il y a vraiment lieu de remercier le ciel pour avoir donné aux Etats-Unis non pas un, mais deux présidents qui publient presque

simultanément des communiqués diamétralement opposés sur la question des dettes de guerre et embrouillent ainsi singulièrement la question. Hier, dans un long mémorandum. M. Hoover suggérait au Congrès de créer une commjs'iftfu ? -ir *écouter les doléances des puissances ne pouvant pas payer leurs dettes et discuter éventuellement avec elles d'une réduction moyennant des compensations. Dans la soirée, M. Roosevelt donnait ses impressions des conversations qu'il avait eues à la Maison Blanche avec M. Hoover et M. Ogden Mills et déclarait sans ambages

Aucune action du Congrès n'a limité ou peut limiter le pouvoir constitutionnel du président d'entretenir des contacts diplomatiques ou des conversations avec les gouvernements étrangers. Les contacts les plus commodes et les plus effectifs peuvent être établis par l'intermédiaire des organismes existants et des moyens habituels aux relations diplomatiques. Cette déclaration du futur président a pour effet de retirer à M. Hoover toute chance de jamais faire approuver par le Congrès la constitution de ce corps baroque qui aurait à la fois traité des dettes, du désarmement et des tarifs. D'ailleurs, ses espoirs devaient être bien minces. Dès hier, dans la soirée, la plupart des leaders parlementaires interrogés par les agences de presse ne cachaient pas leur opposition à cet étonnant projet. On reste donc, aujourd'hui en présence de deux problèmes, l'un est le règlement d'ensemble des dettes qui ne pourra se faire qu'après l'inauguration de M. Roosevelt suivant les méthodes recommandées par lui l'autre est le paiement du 15 décembre. Pierre DENOYER

(La suite la troisième page.) HINDENBURG A ROMPU

A VECH ITLER Dans un communiqué, le président du Reich a déclaré nettement qu'il ne pouvait accéder aux exigences de Hitler, celles-ci devant conduire à une dictature de parti

Berlin, 24 nov. (dép. Petit Parisien.) La crise ministérielle allemande a conduit enfin à une situation nette. La rupture est complète entre la présidence et les nazis. Mercredi soir encore, tous les milieux politiques étaient persuadés qu'une entente demeurait encore possible entre Hindenburg et Hitler, puisque, selon les informations alors répandues sur le contenu supposé des lettres échangées entre la présidence et l'hôtel Kaiserhof, Hitler n'aurait pas demandé expressément la chancellerie pour luimême.

Or, comme le montrent les lettres publiées ce soir, Hitler n'a cessé au contraire et jusqu'au dernier moment non seulement d'exiger la chancellerie pour lui-même, mais de réclamer expressément aussi « les pouvoirs qui, dans une époque aussi critique, n'ont jamais été refusés non plus à un chancelier parlementaire ».

Ces deux prétentions, dont la seconde concerne le recours à l'article 48 de la Constitution, heurtaient de front la volonté présidentielle exprimée une fois de plus dans la lettre du secrétaire d'Etat à la présidence, docteur Meissner, où il était dit expressément, le 22 novembre, « qu'un chef de parti et à plus forte raison le chef d'un parti se réclamant du caractère exclusif de son action, ne saurait être chef d'un cabinet présidentiel ».

Ainsi donc, malgré la pression de ses leaders modérés et malgré le rappel des milieux industriels, Hitler n'a fait qu'une concession celle de ne plus demander, comme le 13 août, tout le pouvoir, mais d'en exiger seulement une part (il est vrai, la part du lion), mais sous sa propre chancellerie et avec la faculté de pouvoir user éventuellement du paragraphe dictatorial de la Constitution.

La décision du président La réplique présidentielle ne laisse rien à désirer sous le rapport de la netteté. Qu'on en juge

« Le président d'Empire ne croit pas pouvoir prendre devant le peuple allemand la responsabilité de confier les pleins pouvoirs présidentiels (article 48) au chef d'un parti qui s'est toujours réclamé de l'exclusivité de ses intentions, car un cabinet présidentiel conduit par M. Hitler se transformerait forcément (sic) en une dictature de parti avec toutes ses conséquences pour l'aggravation des opposition dans le peuple allemand. Le président d'Empire ne pouvait, en sa conscience, assumer une telle responsabilité. » Camille LOUTRE

(La suite d la troisième page.).

L'AFFAIRE DE L'AÉROPOSTALE .|IlMMIIIIIIIIIIIIIIIIlllllllllHHIIIIttllllllllllIIIIIIIIIIUIIIIIIIMIIHIIIIIIII(IUIHIIIHtHlltUIIUIl(IIIIIIIIIIIIlll>IUlllllUllllIllllllUlt>ltllMIHt Important et vif débat devant la Chambre M. Painlevé a brossé un vigoureux tableau des intrigues et des machinations qui ont entouré la déconfiture et le renflouement de l'Aéropostale Au terme de la première partie de son exposé, à la fin de la séance de l'après-midi, le ministre de l'Air s'est trouvé indisposé et le médecin lui a prescrit quelques heures de repos complet

En séance de nuit, après une manifestation d'unanime sympathie en hommage à M. Painlevé, le débat s'est poursuivi mouvementé et nourri d'incidents personnels MM. DELESALLE, P.-E. FLANDIN, J.-L. DUMESNIL, RENAUDEL, PERRIN ONT PRIS LA PAROLE

La Chambre a repris, hier aprèsmidi, l'ample et dramatique débat sur l'Aéropostale, ouvert vendredi dernier pa- les interpellations de MM. Renaudel et Gaston Martin. Elle l'a poursuivi en séance de nuit.

La journée a été consacrée à l'audition .Sis éeitx ministres compétents MM. René Renoult et Paul Painlevé. Sans empiéter, en quoi que ce fût, sur l'argumentation du ministre de l'Air, le garde des Sceaux a tenu à

M. Painlevé i la tribune

répondre aux observations d'ordre juridique formulées par les interpellateurs. M. Gaston Martin avait reproché au gouvernement de rester fidèle au principe de la séparation des pouvoirs mais que deviendrait la liberté « si le pouvoir de juger n'était pas séparé du pouvoir d'exécuter » ? M. Renaudel s'était plaint des lenteurs de l'instruction. Or M. René Renoult l'a déclaré au milieu de chaleureux applaudissements le juge d'ins- truction a fait son devoir, en toute indépendance l'affaire aura son épilogue en cour d'assises.

Quant au ministre de l'Air Il a prononcé un discours où l'on sentait vibrer, même à travers la simple narration des événements, la noble passion de l'homme intègre qu'indigne toute injustice, toute calomnie, toute basse machination.

L'affaire était complexe, les dossiers copieux. Mais M. Painlevé possède la méthode et la clarté du savant.

M. René Renoult

n a su si bien débrouiller l'intrigue, démêler les documents, aligner les dates, préciser les faits que le récit qu'il

M. Flandin

M. Delesalle

fit de toute l'histoire de l'Aéropostale fut un modèle d'ordonnance et de limpidité. Son succès a été considérable et les bravos ont crépité lorsqu'il a décelé le ressort caché de tout le drame MM. Bouilloux-Lafont, pour rester les maîtres de l'Aéropostale, voulaient se

débarrasser d'un fonctionnaire irréprochable, M. Chaumié.

Après un effort oratoire de deux longues heures, M. Painlevé, qui était allé, au milieu d'une atmosphère surchauffée, se rafraichir d'un verre d'eau, a été saisi comme on le lira plus loin d'un léger malaise. Les médecins ont eu raison de son Intrépidité et lui ont ordonné le repos. Mais la Chambre, répondant, à l'ouverture de la séance de nuit, à l'appel de M. Edouard Herriot et de M. Fernand Bouisson, n'a pas eu besoin d'entendre la fin du discours du ministre de l'Air pour lui témoigner par des applaudissements unanimes sa confiante sympathie.

A la reprise de 21 heures. l'Assemblée était haletante. Mis en cause par M. Delesalle, rapporteur du budget de l'Air, M. P.-E. Flandin s'apprêtait à répondre.

L'ancien ministre des Finances a répondu avec une énergie faite d'un magistral sang-froid. Après avoir réfuté les critiques par lesquelles on voulait l'atteindre, il a montré à quel point il était dangereux, dans les heures que nous vivons, de discréditer le Parlement et de ramener tous les problèmes politiques « à l'étiage du scandale ». Pourquoi l'extrême-gauche lui en veut-elle ? Parce qu'il a une volonté: lutter contre l'emprise socialiste tout en collaborant loyalement avec le parti radical ».

Pour avoir ainsi parlé, M. P.-E. Flandin a été salué par les très vifs applaudissements d'une importante fraction de l'Assemblée. Les acclamations n'ont paa été ménagées, non plus, à M. J.-L. Dumesnil, qui est intervenu pour une brève mise au point. Peu à peu le débat, émaillé d'incidents personnels, s'était animé, des rumeurs et des grondements s'étaient mêlés aux battements de mains; et la controverse prit une allure de plus en plus mouvementée lorsque M. Renaudel vint, du haut de la tribune, croiser, non sans véhémence, le fer avec M. Flandin.

A la deuxième page le compte rendu des débats.

UN PAS EN AVANT EST FAIT A GENEVE DANS LA PREPARATION DU DESARMEMENT M. von Neurath a décidé de prendre part, à son retour de Berlin, à des conversations à quatre ou à cinq où serait étudiée dans son ensemble la situation

Ces conversations s'engageraient jeudi ou vendredi et la présence prévue de MM. Herriot et Macdonald suffit pour en souligner l'importance

Genève, 24 novembre.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Après avoir piétiné pendant trois jours, les négociations menées par sir John Simon et M. Norman Davis ont enfin aujourd'hui fait un pas en avant. S'il en fut ainsi, toutefois, hâtons-nous de dire que ce n'est pas par suite d'une concession quelconque du représentant de la France. Nous avons, au contraire, le sentiment que c'est grâce à sa fermeté, approuvée et renforcée non seulement par l'opinion publique, mais par le gouvernement français tout entier.

Dans la matinée, en effet, M. PaulBoncour a rendu une série de visites. Il est allé voir successivement M. Norman Davis; sir John Simon, M. Benès, M. Politis, puis le baron Aloisi et, un peu plus tard. dans les couloirs de la S. D. N., où le président de la confé- rence du désarmement passe maintenant ses journées, il s'est rencontré avec M. Henderson. A tous, il a fait part de la communication téléphonique qu'il avait eue dans la soirée d'hier avec M. Edouard Herriot et au cours de laquelle le président l'avait informé de l'approbation complète, absolue, par le conseil de cabinet, de la position prise ici par lui touchant la reconnaissance de l'égalité de, droits de l'Allemagne.

Après avoir ainsi confirmé à ses interlocuteurs, avec une autorité accrue, le maintien de cette position, c'est-à-dire le refus de la France de laisser dissocier du reste de son plan ce qui en est la pièce essentielle, M. Paul-Boncour a ajouté que, si on jugeait utile de procéder d des conversations à quatre ou ci. cinq, afin de préparer dans le cadre de Genève tes travaux de la conférence de réduction des armements et en vue d'en h6ter la reprise, non seulement notir pays était prêt Il y prendre part, mais que M. Herriot était disposé à venir y participer si, de son côté, M. Macdonald faisait le voyage de Genève. Alhert JULLIEN

(La suite à la deuxième page.).

UN ÉPICIER

ET SA FEMME

ASSASSINÉS

DANS LEUR BOUTIQUE PRÈS DE MaNTARGIS Les assassins, qui savaient où trouver la petite fortune de leurs victimes, se sont emparés de 10.000 francs cachés dans une armoire

La police est sur la piste de deux individus qu'on croit étrangers et qui avaient été vus chez les malheureux commerçants peu avant qu'ils périssent auesi tragiquement

M. Marceron

A Courtempierre, près de Montargis, un épicier et sa femme, les époux Marceron, ont été sauvagement assassinés dans la. soirée de mardi. Le double crime, qui n'a été découvert qu'hier matin, a eu le vol pour mobile. Déjà la police est sur les traces de deux individus qu'on a tout lieu de supposer être les assassins. Ce sont deux étrangers, croit-on, qui ont été vus dans la boutique des malheureux commerçants peu avant l'heure où ceuxci périrent sous les terribles coups de leurs agresseurs. Un fait, pourtant, demeure troublant les deux suspects sont inconnus dans la région alors qu'il apparaît que les meurtriers des époux Marceron sevaient où se trouvait la petite fortune de leurs victimes. Leurs crimes commis, ils allèrent, en effet, tout droit à la place où les malheureux avaient déposé, dans une armoire, 80.000 francs de titres et 10.000 francs en espèces qui devaient être utilisés dès 14 lendemain pour un achat de tabac. Le^geux étrangers avaient-ils été renseignés par ùn complice ? Ou bien les commerçants eurent-ils l'imprudence de faire allusion devant eux à un prochain achat ? Quoi qu'il en soit, il semble bien que les enquêteurs sont sur la bonne piste. A la 51 page l'enquéte complète de notre envoyé spécial.

L'étudiant syrien aveugle Ares el Arès, arrivant à la gare de Lyon. A ses côtés, M. René François

Le Landru autrichien est condamné aux travaux forcés à perpétuité Vienne, 24 novembre. (dép. Havas.) Le tribunal de Lintz a condamné aux travaux forcés à perpétuité Leitgob, le Landru autrichien, qui assassina sept femmes.

« Le Thanksgiving Day »

M. PAUL REYNAUD

CHEZ LES AMERICAINS

M. rani Beynaud an banquet

{Voir à la cinquième page.),