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POUR LE RAPPROCHEMENT FRANCO-ITALIEN

Rome, 17 novembre.

Tout à l'extrémité d'un immense salon qu'il est inutile de décrire, tant de fois il a été décrit, campée solidement devant un long bureau presque net de paperasses, une masse puissante comme un bloc de pierre romaine, est penchée. Est-ce une statue ? Non C'est bien un être vivant. Le buste se dresse et c'est tout de même un bloc, tant l'homme impose par l'impression de force qui se dégage mais l'œil grand ouvert qui dirige son rayon sur les visiteurs s'éclaire de cordialité la s voix, qui sait, selon les circonstances, commander durement et, selon les foules, marteler âprement l'argument, se fait lente et douce pour accueillir avec un raffinement de courtoisie le directeur du Petit Parisien, M. Pierre Dupuy, et le signataire de ces lignes. M. Mussolini car on a bien compris qu'il ne pouvait s'agir que du « Duce » n'a pas eu l'occasion de recevoir depuis 1930 à deux reprises, il est vrai M. Pierre Dupuy mais la conversation s'engage comme si les entrevues précédentes étaient de la veille. Pour ma part, je ne songe d'abord qu'à capter en mes yeux attentifs l'homme qui est devant moi, dont la carrière et l'œuvre quel que soit le jugement qu'on veut porter sur elles sont les plus extraordinaires de notre.t&mps, et qui cause. tout simplement. Je l'écoute avidement, je le regarde. je le regarde causer comme, quelques jours. plus tard, je l'observerai en parade d'inauguration, immobile, traits tendus, un vrai masque de musée. César ? Non On ne recommence pas exactement l'Histoire. Mais « Duce c'est-àdire le Conducteur, le chef, avec son plein sens étymologique.

Je le regarde, je le contemple

comme je viens de le regarder, à Montecitorio, à la cérémonie parlementaire du dixième anniversaire de la prise de possession du pouvoir par le fascisme vainqueur, soit qu'assis au fauteuil de premier ministre, face à l'Assemblée, il concentre sur son personnage une curiosité hallucinée, soit qu'ayant escaladé la tribune comme il saute, cheval, un obstacle, il jette à une Chambre magnétisée, en phrases plus tranchantes que sonores, la parole qui enflamme, enthousiasme, envoûte et qui fera crépiter l'ovation.

Je le regarde, dis-je, causer, cet homme qui non seulement personnifie un régime, mais qui l'a fondé et qui de toutes les minutes que lui donne la vie n'en laisse perdre aucune aux dépens du travail de consolidation qu'il s'assigne à luimême et qu'il assigne à ses collaborateurs. Sous ce front haut, découvert, dans ses yeux qui se ferment comme pour dissimuler, par un réflexe instinctif, l'effort de concentration de la pensée et qui se relèvent, agrandis démesurément, comme pour la mieux livrer dans ce ton catégorique qui énonce un postulat ou une prétention et qui se nuance d'ironie ou de bonhomie pour les expliquer, derrière tous les jeux de physionomie qui illustrent, et son langage et ses silences car s'il parle (et avec quelle surveillance sur lui-même) il sait aussi écouter, écouter parfois comme s'il n'entendait pas et écouter aussi comme s'il devinait même ce qu'on ne dit pas derrière tout cela et en tout cela qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y a comme principe directeur ? J'oserai croire qu'il y a une ambition formidable, presque démesurée, c'est-à-dire échappant à la commune mesure, mais qu'on m'entende bien moins l'ambition personnelle des joies du pouvoir hélas les joies du pouvoir que l'ambition d'un ordre à fixer, de la puissance et de la durée de cet ordre.

Le fils du forgeron regardez son poing quand il le jette en avant, ce poing qui semble tenir enserrée une massue de fer le pauvre instituteur de village, le révolutionnaire qui dut se faire maçon pour gagner le pain quotidien, le militant fiévreux des batailles de congrès socialistes, l'orateur et le polémiste ardents des campagnes pour l'entrée de l'Italie dans la Grande Guerre, le soldat blessé des tranchées a forgé, instruit, cimenté, entraîné, déchaîné les « légions pour employer l'expression consacrée qui l'ont conduit, il y a dix ans, à Rome, et qui l'on élevé sur le pavois.

Allez semble-t-il vous dire. Allez voir si je suis bien le chef Si ce que mes légions et moi avons

construit est à la merci d'un coup de vent Si c'est un château de cartes ou si c'est au contraire un de ces palais romains qui ont bravé le temps

Ces paroles, je ne les lui ai pas entendu prononcer, mais je les ai lues sur son front, sur sa mâchoire, sur son menton implacable. Je les ai lues aussi, ces paroles de défi, dans les lueurs de ses yeux, vastes parfois comme tout un monde. La voilà bien l'ambition de l'ordre, de l'ordre tel que l'a établi le fascisme, le fascisme, phénomène proprement italien, qui procède d'une mentalité proprement italienne et que la mentalité proprement française, essentiellement démocratique, a tant de peine à concevoir et à admettre. Chaque peuple est maître de ses destinées. Comme l'a dit M. Herriot à Toulouse: « Les peuples sont libres de choisir leur régime intérieur. » Quand un régime nouveau se fixe dans une nation, les autres nations attendent: il y a d'abord ce que l'on appelle la reconnaissance de facto, c'est-à-dire qu'elles observent. Durera-t-il ou non ? Puis il y a la reconnaissance de jure, c'est-àdire que, ayant duré, il est reconnu juridiquement établi. En vérité, on n'a pas eu à les appliquer au système italien qui s'est purement et simplement superposé à l'ancienne organisation en la transformant par absorption, mais la question se pose de savoir s'il y a ou non à faire jouer une autre sorte de reconnaissance, une reconnaisance morale que j'appellerai la 'reconnaissance de amicitia ou, pour parler français, une amitié politique franco-itaw. lienne doit-elle être combattue ou écartée parce que l'Italie a cessé d'être, et que la France entend demeurer une démocratie libérale ? Poser la question, c'est la résoudre la résoudre par la négative.

Mais l'amitié,.ce que l'on appelle l'amitié, dans le domaine de la politique internationale, ne dépend pas seulement de la similitude ou de la différence des systèmes constitutionnels, ni même des affinités de race, elle est davantage à la merci de la similitude ou de la différence des intérêts tant politiques qu'économiques que les positions géographiques commandent.

On n'apprendra rien à personne si l'on constate que depuis un certain nombre d'années les relations franco-italiennes ne sont pas empreintes d'une tendresse excessive. M. Herriot a proclamé l'autre jour au congrès radical que l'on n'avait pas été toujours juste envers notre voisine. Les Italiens ne se sont pas fait faute, pour leur part, d'aiguiser leurs griefs et d'appuyer leurs pré- tentions coloniales, maritimes, commerciales et politiques. Les campagnes de presse se sont opposées, il y a eu des discours malheureux et ce n'est pas en France qu'il y en a eu le plus. Toujours est-il qu'à la faveur si l'on peut dire de ces querelles, l'atmosphère s'est peu à peu épaissie entre eux et nous jusqu'à nous donner figures de frères ennemis.

On a pu voir alors, dans les conférences ou dans les négociations internationales, l'ancienne alliée de la guerre soit faire cavalier seul, soit grouper derrière elle les petits Etats ex-ennemis, qui gravitent dans son orbite géographique, soit se ranger aux côtés de l'Allemagne revendicatrice dont, de ce fait même, elle encourageait l'effort de relèvement en ce qu'il a de provocant et de menaçant. Politique audacieusement réaliste et périlleuse, car si l'homme qui en tenait le volant n'en devait pas demeurer toujours le maître, elle pouvait déclencher de petites, voire de grandes catastrophes. Mais le ci: conducteur ne perdait de vue, à aucun moment, tout l'horizon selon l'obstacle, il ralentissait l'allure, inclinait en sens opposé ou même abandonnait la route semée de précipices pour recourir momentanément à une voie parallèle moins cahoteuse c'est l'histoire de l'attitude de l'Italie l'an dernier lorsque devant la menace de l'Anschluss, c'est-à-dire du rattachement de l'Autriche à l'Allemagne, elle fit front brusquement à nos côtés. Il nous est peut-être permis de noter que 1e Petit Parisien alors, en mai 1931, souligna l'ocrasion « que l'attitude de M. Grandi, écrivions-nous, correspondît à une politique tracée par M. Mussolini selon des desseins délibérés, sous le signe de l'intérêt italien, c'est ce qu'il serait vain de nier et c'est d'ailleurs cela même qui importe. Une politique qui ne serait qu'une manœuvre d'un jour n'aurait pas pour elle beaucoup d'avenir

mais ne perdons pas la leçon de cette attitude si finement nuancée par M. Grandi. L'effet qu'il a produit sera-t-il assez durable pour inspirer aux Italiens comme aux Français la volonté de compromis, d'arrangements et d'ententes propices à en faire non pas une exception, mais une habitude ? »

L'heure passa. Pourquoi? Inertie? Maladresse ? Laissons. Il y aurait trop à dire. Cambrée dans le prestige de sa renaissance, consciente de la valeur de son concours, l'Italie de M. Mussolini a continué son jeu hardi. La voici qui, maintenant, tient le large de la route, à distance de chacun, se portant du côté du Reich pour le principe de l'égalité des droits en matière d'armements et s'en éloignant, d'un geste non moins décidé, pour lui dénier tout droit aux réarmements.

Tout en laissant en mon esprit se dérouler ce cinéma des événements de la politique internationale, je regarde M. Mussolini, qui parle posément, directement, aimablement, mais prudemment aussi, en homme qui sait le poids des mots je me remémore le passage de son discours de Turin où il a invoqué pour tous les esprits réfléchis l'avenir d'une politique constructive de quatre grandes nations: Angleterre, Allemagne, France, Italie. N'est-ce qu'une phrase ? Est-ce un programme ? Et ce programme, quelle pensée le domine ? L'ambition de puissance qui est en lui, qui ne peut pas ne pas être en lui, s'est-elle tracé pour limite le renflouement de l'Europe désaxée, et presque rui-née, dans. une collaboration loyale avec les partenaires et particulièrement amicale avec la France ? Ces yeux doux qui regardent M. Pierre Dupuy quand ils parlent l'un et l'autre de la France sont ceux de l'homme qui s'est donné de toute sa vitalité pour jeter sa patrie dans ia guerre aux côtés des alliés. Mais ils savent se durcir pour envisager froidement le pour et le contre des choses en réaliste qui ne demande la « berceuse » qu'à son violon et non aux caresses des phrases. Soit Mais une constatation s'impose un rapprochement franco-italien, une jonction étroite des deux diplomaties, une entente confiante, sans pointe contre personne, sans préoccupation de prestige pour l'une au dommage de l'autre, en concordance avec la coopération franco-britannique, seraient, pour l'Italie autant que pour la France, pour la France autant que pour l'Italie « Que les vieux différends seraient alors facilement réglés » (Ça c'est une parole italienne) seraient, dis-je, pour la France et l'Italie, un bienfait, pour l'Europe, un gage de relèvement, pour les peuples, une certitude de désarmement progressif et de longue paix.

Un écrivain politique de droit terminait récemment une étude de la question je crois que c'est M. Delebecque par cette conclusion que nous avons notée « L'heure est venue d'agir, à la fois sans retard et sans précipitation, avec une tête froide et un jugement débarrassé d'idées préconçues, d'agir pour le bien de la France, de l'Italie, pour celui de la paix européenne. »

Elle est la nôtre.

Aux hommes d'Etat de ne pas décevoir l'espérance. M. Herriot, à Toulouse, a courageusement et noblement esquissé le premier pas. En cela il a, selon la formule classique, bien mérité du pays. Si chacun veut bien maintenant avancer le pied, on finira bien par se rencontrer Sinon Mais il ne faut pas de sinon

Elie-J. BOIS

NOTRE COMMERCE EXTERIEUI DES DIX PREMIERS MOIS IMPORTATIONS

24.593.417.000 franco

39.205.176 tonnea

EXPORTATIONS

16.264.512.000 francs

19.429.211 tonnea

EXCÉDENT DES ENTRÉES

SUR LES SORTIES j 8.328.905.000 franu

M. Nicolle a cessé la grève de la faim Genève, 17 novembre tdép. Havas.) M. Léon Nicolle, conseiller national, chef du parti socialiste genevois, arrêté à la suite des événements du 9 novembre, et qui, pendant deux jours, avait refusé toute nourriture, a recommencé à s'alimenter,

Le cabinet von Papen a remis sa démission au président du Reich qui l'a acceptée

L'échec du « gouvernement présidentiel » montre qu'un régime « autoritaire » ne pouvait se maintenir en Allemagne contre l'opposition de l'immense majorité de l'opinion

Berlin, 7 nov. (dép. Petit Parisien.) Le cabinet présidentiel SchleicherPapen, qui avait, au début de juin, succédé de façon inattendue et sensationnelle au cabinet Brtining, a remis aujourd'hui sa démission au chef de l'Etat qui l'a acceptée.

En cinq mois et demi de séjour au pouvoir, le « cabinet des barons comme l'appelait l'opposition, a, par des méthodes pour lesquelles on ne trouve que le qualificatif de cavalières, mis tous les problèmes sur le tapis et sans en résoudre aucun. Il a chassé de la Prusse le gouvernement et l'influence de Weimar, établi un plan de mise en marche économique dont on ne peut encore apprécier les résultats et lancé dans l'opinion l'idée d'une réforme de la Constitution.

Toutes ces initiatives, et surtout les procédés qui furent employés à leur propos, ont provoqué des mécontentements généralisés ainsi que des suspicions dans les Etats du Sud.

Au cours de brèves consultations avec les leaders de plusieurs partis du nouveau Parlement élu le 6 novembre, M. von Papen a pu se rendre compte

qu'il ne devait compter dans le Reichstag que sur l'appui des nationalistes de Hugenberg et des populistes de Dingelday, en tout sur 60 députés. Tous les autres partis nazis, catholiques bavarois, sans parler, bien entendu, des socialistes et des communistes, étaient résolument hostiles, particulièrement à la personne de M. von Papen, dont la chancellerie semble donc bien maintenant terminée. Les pronostics les plus sérieux, au début de l'après-midi, annonçaient que le maréchal-président, tout en acceptant la démission collective du cabinet, maintiendrait le gouvernement au pouvoir comme cabinet d'affaires. Mais le fait que le cabinet a dû envisager sa démission et que cette démission a été acceptée sur-le-champ signifie, au fond, un échec du système dit du -s: cabinet présidentiel ».

Sous la pression de l'opinion, un régime extra parlementaire, émanant de la présidence, doit disparaître. L'événement n'est pas sans importance pour l'avenir.

Sans qu'on puisse parler sérieusement de tendance démocratique vigoureuse en Allemagne, il est prouvé néanmoins qu'un, régime « autoritaire », comme se qualifiait complaisamment le cabinet démissionnaire, ne peut se maintenir durablement contre l'opposition de l'immense majorité de l'opinion.

Camille LOUTRE

(La suite à la troisième page.)

M. Pierre Benoit fut admis hier à la séance de l'Académie L'Académie a admis hier à sa séance ordinaire M. Pierre Benoit, après la lecture, en commission, de son discours de réception et de la réponse de M. Henri de Régnier.

La réception du nouvel académicien, qu'ont félicité ses confrères, aura lieu jeudi prochain. M. Henri de Régnier présidera, ayant à ses côtés M. René Doumlc, secrétaire perpétuel, et M. Chaumeix, remplaçant, comme chancelier, M. Henri Bremond absent.

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A VISITÉ LE SALON NAUTIQUE INTERNATIONAL 1

M. Albert Lebrun, entre M. Georgei Leygues (à sa gauche) et M. Bosengart (Voir p. 4),

La réduction des armements SIR JOHN SIMON

EXPOSE II GENÈVE

LE POINT DE VUE ANGLAIS SUR l'É6ALITÉ DES DROITS

Genève, 17 novembre (dép. P. Paris.) Après avoir pris connaissarce du plan const'ructif français, le bureau de la conférence du désarmement a entendu, aujourd'hui, le grand exposé annoncé depuis plusieurs jours, et dans lequel sir John Simon devait préciser à nouveau le point de vue du gouvernement britannique..

A la suite des divers entretiens qu'il a eus depuis son arrivée à Genève, et spécialement avec M. Henderson, le chef du Foreign Office a insisté sur le problème de c l'égalité des droits >. La grande préoccupation est, en effet, d'amener l'Allemagne à reprendre sa place à la conférence et à la commission générale qui doit se réunir vers la fin du mois.

Le but principal de son discours était donc d'amorcer les conversations qui s'engageront la semaine prochaine avec le ministre des Affaires étrangères du Reich, M. von Neurath, qui viendra à Genève pour représenter son gouvernement au conseil de la Société des nations. De là sa déclaration de principe sur l'égalité de droits {Gleichberichtigung ) Mais cette égalité, le représentant de la Grande-Bretagne ne la conçoit que dans le cadre d'une organisation collective de la paix et d'une réduction substantielle des armements, réductirtù impliquant un désarmement qualitatif et quantitatif et un contrôle effectif.

Voici les passages essentiels de l'exposé du secrétaire d'Etat britannique: Le plan français

II commence par remercier ses collègues, qui ont bien voulu donner aux représentants du gouvernement du Royaume-Uni l'occasion de formuler une déclaration d'ordre plus général que ne le permettrait normalement le programme immédiat des discussions:

Cette méthode, observe-t-il, a été appliquée utilement dans des circonstances précédentes, par exemple lorsque M. Gibson a exposé à la commission générale les remarquables propositions du président Hoover et encore lorsque l'autre jour, M. Paul-Boncour a développé le plan français, dont les détails figurent dans un document qui a été ensuite distribué et qui fait l'objet, de notre part à tous, de l'étude très approfondie qu'il mérite.

Les propositions françaises, dit sir John Simon, sont si détaillées et si étroitement coordonnées qu'il serait, ndn seulement imprudent, mais même impossible, de présenter des commentaires à son endroit au bout d'un aussi court l,apa de temps,

A tous égards, le plan français mérite d'être étudié de très près. Toutefois, je n'ai pas l'intention d'en parler aujourd'hui je me bornerai à. rendre hommage à la contribution si complète et si sincère que le gouvernement français a apportée à la solution de notre problème. Nous apprécions tous l'esprit qui l'a animé dans cette tâche et nous lui en sommes véritablement reconnaissants.

Sir John Simon continue en disant qu'il doit, dès le #but, indiquer nettement quel est le caractère de la contribution que le gouvernement du Royaume-Uni s'efforce d'apporter à l'œuvre commune.

Nous ne cherchons pas, dit-il, en ce moment à présenter un nouveau plan en face des projets détaillés qui ont été soumis par d'autres délégations, pour les concurrencer ou permettre des comparaisons. Nous espérons toutefois que ce que nous vous soumettons pourra contribuer, en conjonction avec les suggestions déjà formulées par d'autres gouvernements, à atteindre le but principal de la conférence, c'est-à-dire de parvenir à un accord international sur le désarme- ment.

L'égalité des droits

Mais, pour le moment, noue nous préoccupons d'une question préliminaire qu'il Importe, à notre avis, de résoudre d'une manière effective, avant qu'il soit posstble d'établir un plan quelconque.

Nous voudrions trouver les bases sur lesquelles on pourrait régler la question de la demande visant à l'égalité des droits.

Abordons de feront le problème, immédiat ses éléments objectifs peuniiit se résumer en quatre points. Pour simplifier mon exposé, je n'envisagerai que le ca,s de l'Allemagne, bien que, naturellement, des considérations du même ordre se pré,sentent pour l'Au,.triche. la Hongrie et la Bud,qarie. 1°) Le traité de Versailles est un instrument qui lie ses signataires. Comme tous ies autres traités, il ne saurait être écarté par un acte unilatéral. Il ne peut être modifié que par voie d'aeeord. Il s'agit ici, tout particulièrement, des articles relatifs au désnrmement et au développement de la conjiance qui, seule, rend le désarmement possible. (La suite à la troisième page.)

Le budget de la guerre présente pour 1933 une économie

de millions

'sur les dernières années' Il marque, en outre, la bonne volonté de la. France en matière de désarmement et d'organisation de la paix Le ministère de la Guerre a remis à l'impression le texte du projet de budget de ce département pour 1933. La matière est extrêmement abondante. Une fois sorti des presses, le projet formera deux volumes copieux. Les membres du Parlement, auxquels ces ouvrages seront ensuite distribués, prendront certainement à leur lecture un intérêt réel, car ils ne ressemblent guère aux rapports de même caractère qu'ils étaient accoutumés de lire. Depuis de longues années, en effet, on était habitué à voir croître d'une façon continue le chiffre des crédits affectés à chaque ministère. On expliquait que les demandes des services avaient été en forte progression, que l'application des lois votées entraînait également d'inéluctables augmentations et que, malgré l'effort de compression chaque fois réclamé par les ministres, il n'avait même pas été possible de réduire au niveau des dépenses de l'exercice précédent les propositions budgétaires de l'année. Certes, la nécessité d'adapter la valeur nouvelle de la monnaie les crédits de personnel et de matériel expliquait en partie cette hausse persistante. Mais il était difficile de distinguer ce qui, dans cette hausse, pouvait être légitime de ce qui ne l'était pas. En particulier, depuis 1928, le total des budgets de Défense nationale passait de 9.729 millions à 13.877 millions pour 1932 sur la base de douze mois.

(La suite d la deuxième page.) Le problème des dettes

LE PRESIDENT HOOVER SEMBLE SE RESERVER JUSQU'A SON ENTREVUE AVEC M. ROOSEVELT Mais déjà le Congris actuel apparait comme irrémédiablement hostile toute prolongation du moratoire New-York, 17 novembre.

DE NOTRE CORBESPONDANT PARTICULIER Tous les avis reçus par M. Hoover depuis son retour à Washington, hier matin, concordent à lui montrer le Congrès irrémédiablement hostile à une prolongation du moratoire des dettes de guerre. Les leaders les plus autorisés des deux partis sont unanimes. Aussi, quelles que soient ses préférences personnelles pour un nouveau délai, on considère désormais impossible qu'il recommande au Congrès une extension pure et simple du moratoire actuel.

A l'heure actuelle, la situation semble bien désespérée. Les gens avisés ont beau répéter qu'une revision des dettes est indispensable, qu'un défaut des grandes puissances nuirait aux Etats-Unis seulement, rien n'y fait. M. Thomas Lamont, principal associé de la banque Morgan, déclarait publiquement hier que les dettes de guerre étaient justes mais impossibles à recouvrer. Son autorité dans ce pays est incontestée. Pourtant on a l'impression que ses paroles n'auront auoun effet sur le Congrès.

Comment expliquer cette obstination et cet aveuglement du Congrès ? Avant de maudire l'Amérique, essayons de comprendre son point de vue. Le Congrès est hanté par la crainte qu'un nouveau moratoire accordé aux puissances européennes ne déclenche une avalanche de demandes de moratoires privés impossibles à repousser. Il ne faut pas oublier que les fermiers américains sont dans les dettes jusqu'au cou. Ils projettent d'organiser une marche de fermiers sur Washington pour le retour du Congrès le 5 décembre. Un premier contingent doit partir de Seattle dans quelques jours. Six autres détachements venant des autres points du pays se joindraient à eux.. Que demandent ces fermiers ? « Pas d'expropriation et un moratoire pour les dettes qu'ils ne peuvont pas payer ».

Pierre DENOYER

(La suite à la troisième page.) LES FRAUDES FISCALES Quatre demandes en autorisation de poursuite*

M. Jeanneney. qui présidait hier après-midi la séance du Sénat, a donné lecture d'une lettre du garde des Sceaux, transmettant la demande du procureur général tendant à des autorisations de poursuites contre trois sénateurs.

D'après des renseignements recueillis dans les couloirs du Luxembourg, il s'agirait de MM. Paul Jourdain, Viellard et Schrameck, dont les noms ont été prononcés par M. Albertin, lors de la discussion à la Chambre de son interpellation relative à l'affaire des fraudes fiscales.

Les demandes en autorisation de poursuites ont été renvoyées aux bureaux compétents.

D'autre part, à la fin de la séance de l'après-midi, hier à la Chambre, M. Moncelle, qui présidait, a annoncé qu'il avait reçu de M. René Renoult une demande en autorisation de poursuites contre un député. On assurait, au Palais-Bourbon, que cette demande, qui a été, ele aussi, renvoyée à l'examen des bureaux, viserait le docteur Péchin, député de Paris.

A L'INSTRUCTION

Le parquet du procureur de la République a réparti, hier, les 1.018 dossiers des fraudes fiscales entre les trente-huit juges d'instruction chargés de suivre les informations ouvertes. Les juges d'instruction ont immédiatement lancé les convocations. Les interrogatoires commenceront dès les premiers jours de la semaine.

Aux assises de Seine-et-Marne LE PDLDNflïS~JANlAK

QUI TUA SON ANCIEN PATRON ET SA PROPRE FILLETTE

EST CONDAMNÉ A MORT La scène tragique qui trouve, aujourd'hui son épilogue devant le jury de Seine-et-Marne, se déroula le 6 décembre 1931 à Pringy, où le Polonais Janiak tua un fermier de trente et un ans. M. Marcel Gillis et sa propre fillette, Janine, quatre ans et demi. Janiak, avait été congédié par M. Gillis qui avait conservé à son servi :e la femme du Polonais et sa fillette.

Janiak en conçut contre les fermiers un très vif ressentiment. Il passa un mois à Paris, puis revint en Seine-etOise et se fit engager comme manœuvre à Solsy-sur-Ecole.

De là, il put revenir facilement à Pringy où il terrorisait sa femme. Le soir du 5 décembre 1931, Janiak se présenta de nouveau à la ferme. Tout le monde était à table. Janiak enjoignit à sa femme d'avoir à le suivre sur-le-champ et chercha brutalement à l'entraîner. La malheureuse réussit à se réfugier au fond de la. pièce. Janiak tira alors son revolver et fit feu à deux reprises dans sa direction mais sans l'atteindre. C'est alors que Gillis prit courageusement la petite Janine dans ses bras et tenta de repousser l'agresseur hors de chez lui. A ce moment le Polonais, devenu furieux, tira sur lui. Atteint au-dessus du cœur, M. Gillis tomba foudroyé. Une autre balle frappa la petite Janine au ventre. Quelques secondes plus tard, le coupable disparaissait.

Quant à la petite Janine, elle fut transportée à l'hôpital de Meluu où elle expira peu après son admission. Ce ne fut qu'au bout de six jours que les gendarmes de Soisy découvrirent le meurtrier.

Après le long interrogatoire de l'accuse qui se défend mal, on passe à l'audition des témoins. Les dépositions de Mme Janiak et surtout de Mme Gillis sont fort émouvantes.

Dans un réquisitoire implacable, M. Marquet, procureur de la République, réclame le châtiment suprême. En vain, dans une éloquente plaidoirie, M' Laurence Martin tente d'obtenir quelque atténuation. Après une heure un quart de délibérations, le jury rapporte un verdict afflrmati'f et muet sur les circonstances atténuantes. En conséquence, Jean Janiak est condamné à la peine de mort. A l'unanimité, le jury a signé un recours en grâce en faveur du condamné.

AUX ASSISES DE LA SEINE Pour un brin de muguet Petesch a tué le mari de sa maîtresse

Petesch

Le crime reproché à Gaston Petesch, qui tua le mari de sa maîtresse, borgne et trépané de guerre. est apparu, hier à la cour d'assises, uniquement vil, stupide et haïssable.

Mauvais ménage, d'ailleurs, que celui de Combé, mari ivrogne et de sa femme habitant en hôtel, 20, rue Soyer, à Neuilly. Au début de mars, à l'usine où eHe travaillait, la femme confia à Petesoh, qu'efile avait été chassée de chez elle. Celui qui devait devenir meurtrier invita « cette femme martyrisée » à diner, et l'amena chez lui, place Voltaire, à Asnière.

Le couple vécut heureux moins de deux semaines. Puis la fugitive se mit à parlementer avec son mari et consentit à retourner à Neuilly. Mais elle posa une condition Petesch viendrait lui aussi vivre à l'hôtel de la rue Soyer. Le soir du 30 avril, on vendait dans les rues du muguet porte-bonheur. Combé rapporta à sa femme un petit bouquet blanc. Mais il la trouva déjà fleurie: Petesch, le premier, avait offert quelques brins à sa maîtresse. Eh bien tenta le mari, conciliant, accepte les deux bouquets!

Elle refusa net: celui de son amant lui suffisait. Une brusque colère le jeta sur elle et Petesch intervint pour les séparer. Mais cette escarmouche tourna court. Quelques instants plus tard, les deux hommes, réconciliés, trinquaient ensemble au débit voisin!

A leur retour, la femme avait disparu. On la découvrit enfin chez Petesch. Le mari voulut la battre. L'amant, de nouveau, s'interposa. Les deux rivaux en vinrent aux coups. Il y avait là, sur une table un couteau ouvert dont Combé s'empara. Petesch le lui arracha et tua le mari.

Le verdict sera rendu aujourd'hui. L'exposition des femmes peintres

SI.. Huyghe, eonservatour adjoint du musée du Louvre, représentant M. Mlstler, et (à gauche) JIm* 8 n s n e y présidente de 'exposition.