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La note française à Washington sur la question des dettes

On connaît maintenant le texte de la note remise vendredi dernier par notre ambassadeur à Washington, M. Paul Claudel, au secrétaire d'Etat américain, M. Stimson, et dans laquelle le gouvernement français demande à celui des Etats-Unis « de procéder avec lui en toute confiance et amitié l'examen de la question des dettes n. Le ministère des Affaires étrangères a, en effet, communiqué hier soir ce document à la presse, et l'on ne peut que s'en féliciter. Très courte, très claire, conçue en termes aussi mesurés que cordiaux, cette note qu'on lira plus loin n'est pas seulement conforme en tous points à l'attitude extrêmement digne que notre pays a toujours observée dans cette délicate affaire, elle ne saurait donner prise à la moindre critique, à la moindre polémique. Notre excellent correspondant aux Etats-Unis, Pierre Denoyer, n o u s signalait hier que l'opinion américaine « accueillait moins mal qu'on aurait pu s'y attendre » notre démarche et celle du cabinet britannique. La publication du mémorandum français ne pourra qu'exercer à cet égard une heureuse influence et que rendre cet accueil à la fois plus compréhensif et plus favorable. Malgré l'absence voulue de toutes références aux multiples concessions consenties à l'Allemagne en matière de réparations, la liaison étroite et logique qui y est établie entre le moratoire Hoover de juin 1931, qui a détruit le plan Young, l'engagement moral de procéder à un rajustement des dettes, contenu dans le communiqué Hoover-Laval du 25 octobre 1931 lors du voyage du président du Conseil français à Washington, et le règlement intervenu à la conférence de Lausanne de juillet dernier ne peut en effet que donner à la masse du public américain le sentiment d'une responsabilité qui lui échappe peut-être, mais qui n'en existe pas moins et qui est considérable.

Il était difficile, en tout cas, de souligner d'une façon plus discrète et plus amicale cette responsabilité et de prouver én même temps d'une façon plus lumineuse la nécessité d'un nouvel effort d'un effort auquel participeraient aussi cette fois les EtatsUnis pour « mettre fin dans l'intérêt de tous aux difficultés économiques et financières qui entravent toujours la reprise des relations normales entre les Etats ».

De même il était impossible de présenter avec plus d'habileté et de tact la prolongation de la suspension des paiements dont le président Hoover a pris jadis l'initiative comme la condition essentielle, non seulement d'un examen utile et conscient des graves problèmes en suspens, mais d'une solution satisfaisante de la crise mondiale. actuelle. A la vérité, il n'y a pas, dans toute la note française, un seul mot qui puisse, si peu que ce soit, indisposer l'opinion publique américaine et gêner le gouvernement de Washington.

Quelle va être, dans ces conditions, la réaction de ce dernier ? On ne sau-

Sir Bonald Lindsay

rait le dire avec certitude avant que M. Hoover ait regagné la Maison Blanche et soit entré plus ou moins directement en communication avec son successeur, M. Franklin Roosevelt. On a peine à croire cependant que l'un et l'autre refusent de faire droit à une requête qui est basée sur l'équité la plus stricte et dont le rejet aurait pour conséquence immédiate il ne faut pas l'oublier non seulement de rendre instantanément nul et non avenu l'accord si péniblemeut obtenu à Lausanne, mais de replonger le monde dans le plus inextricable chaos politique, économique et financier. Il y a là une responsabilité qu'hésiter ont certainement à assumer aussi bien le président sortant que le président de demain.

Albert JULLIEN

LE TEXTE DE LA NOTE FRANÇAISE Voici le texte de la note française communiquée hier à la presse par le ministère des Affaires étrangères Gravement préoccupé des effets qu'exerce sur la crise mondiale le règlement des dettes intergouvernementales, le gouvernement français estime indispensable de s'adresser au gouvernement des Etats-Unis pour lui demander de procéder avec lui, en toute confiance et amitié, à l'examen de cette question.

En vue de parer, dans toute la mesure de leurs moyens, aux inconvénients que présentent les paiements afférents à ces dettes, les gouvernements européens se sont réunis à Lausanne, aux mois de juin et de juillet derniers. S'inspirant des directives qui ne trouvaient indiquées dans le communiqué publié en commun, le 25 octobre 1931, par le président Hoover et M. Laval, à la suite de leurs entretiens, et qui constituaient la suite logique de la proposition faite par le président des Etats-Unis, au mois de juin 1931, le gouvernement français, certain d'être en étroite communion d'idées avec le gouvernement américain, a volontairement consenti à Lausanne les plus lourds sacrifices, dans l'espoir d'apaiser les ressentiments subsistant entre les peuples et de contribuer à la fois à la restauration économique et à l'affermissement de la paix.

Quelque importants qu'aient été les

résultats de la conférence de Lausanne, il faut constater que les difficultés économiques et financières qui entravent la reprise des relation4 normaîes

M. Paul Claudel

entre les Etats, subsistent toujours et qu'un nouvel effort doit-être entrepris pour y mettre fin dans l'intérêt de tous. Les dispositions que la France a manifestées à Lausanne et à Stresa eont un sûr garant de l'intérêt actif qu'elle porte à la prompte restauration économique de l'Europe et de la contribution qu'elle entend apporter à la réalisation de cette œuvre. Elle n'est pas moine désireuse de coopérer au succès de la conférence économique et monétaire mondiale.

C'est dans cet esprit que le gouvernement française propose aujourd'hui au gouvernement américain de procéder, de concert avec lui, à un nouvel examen de la question des dettes. Comme cet examen devra, en raison des circonstances, nécessiter trop de temps pour qu'il soit possibles d'envisager une prompte conclusion, le gouvernement français demande que, conformément à ce qui a eu lieu Lausanne, il lui soit consenti une prolongation de la suspension des paiements qui permette de poursuivre et d'achever dans l'atmosphère de confiance indispensable l'examen des graves problèmes actuellement en ,suspens. Il est d'ailleurs persuadé qu'une telle mesure pourrait avoir la plus heureuse répercussion sur la crise monétaire qui menace un si grand nombre d'Etats.

Confiant dans la haute sagesse et les sentiments d'équité du gouvernement des Etats-Unis, le gouvernement français est persuadé qu'il sera entendu et se plait à espérer que la requête qu'il présente recevra un accueil favorable. LE TEXTE DE LA NOTE ANGLAISE Londres, 13 nov. (dép. Petit Parisien.) Le Foreign Office publie ce soir le texte de,la note que le gouvernement 'britannique a fait remettre le 10 novembre au gouvernement des EtatsUnis. En voici la traduction intégrale; 1° On se rappellera que, le 22 juin 1931, le gouvernement do Sa Majesté avait cordialement accepté le principe de la proposition faite la veille par le président des Etats-Unis tendant à ajourner pendant une année tous les paiements des dettes intergouvernementales. Le but de cette proposition, comme il a été défini à l'époque, était d'atténuer les difficultés résultant de la chute des prix, du manque de confiance en la stabilité économique et politique et d'aider au rétablissement de cette confiance

2° Les espoirs qu'avait, dès le début, éveillés l'initiative du président ne se sont malheureusement pas matérialisés et la crise économique qu'elle avait pour but de conjurer n'est pas terminée.

En effet, dès octobre 1931, le communiqué-publié à Washington, lors de la visite de M. Laval, reconnaissait « qu'avant l'expiration de l'année du plan Hoover un accord sur les obligations intergouvemementales pouvait devenir nécessaire pour couvrir la période de dépression des affaires l'initiative à cet égard devrait être prise à une date rapprochée par les puissances européennes principalement intéressées dans le cadre des accords antérieurs à la date du 15 juillet 1931 ». Aujourd'hui, nombreux sont les esprits pondérés, dans le monde entier, qui sont convaincus que la crise ne peut être surmontée que si l'on recherche d'autres mesures pour y remédier; (La suite à la troisième page.) SIR JOHN SIMON A PARIS Sir John Simon, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de GrandeBretagne, est arrivé hier à la gare du Nord à 17 h. 45, venant de Londres. Il a été salué à la gare par lord Tyrrell, ambassadeur d'Angleterre.

Après avoir dîné dans l'intimité à l'ambassade d'Angleterre, sir John Simon est parti le soir pour Genève. Le ministre anglais des Affaire étrangères n'a pas eu le loisir, ainsi que nous le laissions prévoir, de se rencontrer avec M. Herriot. que sa crise de rhumatisme oblige encore à garder

Sir John Stmon reçu par lord Tyrrell (à droite). à son arrivée à la gare du Nord. la chambre. Sir John Simon a d'ailleurs été mis au courant par lord Tyrrell des conversations que l'ambassadeur d'Angleterre a eues dernièrement avec le président du Conseil français.

Le problème du désarmement UNE NOUVELLE RÉUNION au quai d'orsay

DE lA delegation française 6ENÈVE

M. Herriot, qui la présidait, a procédé à une nouvelle lecture du plan français

Le président du Conseil, dont la crise rhumatismale est en voie de disparition, et qui reprendra aujourd'hui le cours de ses occupations en participant notamment au conseil des ministres qui se tiendra à l'Elysée, a réuni à nouveau hier matin, dans ses appartements privés du Quai d'Orsay, les membres de la délégation française à la conférence de réduction des armements.

Le but de cette réunion, à laquelle assistaient en particulier les ministres de l'Air et des Colonies, MM. Eau! Painlevé et Albert Sarraut; le président de la commission sénatoriale de la guerre, M. Messimy; MM. Henry de Jouvenel et Rio, sénateurs; M. Laurent Eynac, président de la commission de l'aéronautique de la Chambre, et M. Cassin, président honoraire de la Fédération des anciens combattants et mutilés, était de procéder à une dernière lecture du plan d'organisation française de la sécurité et de la paix.

De gauche à droite MM. Cassin, le général Messimy et M. de Jouvenel sortant des Affaires étrangères.

Cette lecture et la discussion à laquelle elle a donné lieu se sont prolongées jusqu'à 13 heures.

UN DISCOURS

DE M. PAUL-BONCOUR SUR LE PLAN FRANÇAIS Blois, 13 nov. (dép. Petit Parisien) M. Paul-Boncour, retenu à Paris le 11 novembre par les devoirs de sa charge, est parti hier soir pour déposer ce matin une gerbe au monument aux morts de la ville natale, SaintAignan (Loir-et-Cher).

Il a ensuite assisté, dans une com« fnune voisine, à Couffy, à un banquet d'anciens combattants, où il a prononcé un discours dont nous reproduisons les passages suivants -Depuis que le plan français soulève à l'extérieur comme à l'intérieur des mouvements profonds, et dans l'ensemble sympathiques, c'est la première fois que, hors Genève auquel il était destiné, je suis appelé à m'expliquer sur son origine et sur son but. Il me plaît que ce soit près des morts plus proches de ma terre natale, face à mes commettants, qui par deux fois, et pour me permettre d'accomplir plue librement la tâche à laquelle j'ai consacré ma vie depuis la guerre, m'ont fait des élections inoubliables, où j'al senti battre le coeur unanime de ma petite patrie.

Il est, ce plan, la consécration de la politique poursuivie à Genève depuis de longues années et à laquelle le pays, lors de ses libres consultations, et nos grandes associations d'anciens combattants ont donné des adhésions répétées. Il lie le désarmement et la securité internationale il organise la paix et fait dépendre de cette organisation de la paix les réductions que nous pouvons envisager. Mais, et pour la première fois, il indique nettement, loyalement, face au monde, ce à quoi nous sommes prêts si cette organisation est réalisée. J'ai trop souvent constaté les ravages de l'erreur commise quand, par de fausses prudences, et taisant nos réductions possibles, nous avons diminué la valeur de notre position sur la sécurité, et même perdu le bénéfice international des réductions, telle la loi d'un an, que nous réalisons de notre plein gré ou sous la pression des circonstances.

En me faisant l'honneur de me confier le ministère de la Guerre, tout en maintenant la continuation de ma délégation permanente à Genève, puis en me chargeant de préparer avec de dévoués collaborateurs un plan constructif dont la nécessité lui apparaissait évidente, le président Herriot nous a permis de faire apercevoir enfin, dans son ampleur et sa sincérité, la pensée française. Un grand espoir a ranimé des travaux qui semblaient compromis et dont l'échec serait le signal de la course aux réarmements, qui est toujours à délais plus ou moins éloignés la course à la guerre.

Pour l'avoir fait, en plein accord avec mon président du Conseil, j'ai s u b i des injures restées disponibles depuis la mort de M. Briand. Vous qui me connaissez depuis vingt-huit ans de vie politique, vous savez que jamais attaques ne m'ont fait fléchir. Je n'ai pas changé. Nous ne cherchons que l'accord de tous les Français, mais si certains veulent la bataille, nous la mènerons le pays dans ses masses profondes est avec nous.

Après le banquet, le ministre a inauguré la nouvelle école des filles et la cantine scolaire.

LE VOYAGE DE M. HERRIOT DIMANCHE A NANTES M. Edouard Herriot se rendra à Nantes dimanche prochain 20 courant. Il arrivera à 9 h. 4 et, à 9 h. 30, il sera reçu dans la salle du conseil municipal par le maire de Nantes.

A 10 b. 45, cour du château, aura lieu l'inauguration de la plaque commémorative à l'occasion du quatrième centenaire de l'union de la Bretagne à la France.

A 12 h. 30 sera servi un grand banquet au cours duquel le président du Conseil prendra la parole.

Un drame mystérieux à Compiègne UN JEUNE HOMME SE TUE APRES AVOIR BLESSE UN DOCTEUR DE LAIREGION Compiègne, 13 novembre.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Qui pourra jamais connaitre les raisons profondes du drame par lequel deux des plus honorables familles de la région de Compiègne sont aujourd'hui dans l'angoisse et le deuil ? Dans la nuit de samedi à dimanche, à Compiègne, sur la place du Palais, alors déserte, deux hommes sont. tombés sous les balles du revolver de l'un d'eux. Le mort emportera son secret dans la tombe, son décès ayant éteint l'action publique. Quant au blessé, s'il connut les motifs qui l'exposèrent au feu de son adversaire, il les taira certainement s'il parvient, comme on veut l'espérer, à se remettre de ses terribles blessures.

Pendant le bal

Le bal que donne chaque année, à Compiègne, l'Escadron Curely, société locale agréée pour la préparation militaire à la cavalerie, avait empli, samedi soir, d'une foule élégante, les grands salons du Palace-Hôtel, dont les fenêtres s'ouvrent sur l'austère place du Palais. Près de la double rangée d'ormes qui bordent la place s'alignaient les automobiles des invités, dont beaucoup étaient venus des envi- rons de Compiègne. Et, sous les lus- tres des salons, r<?3 toilettes claires des femmes et les dolmans rouges des officiers du régiment de spahis mettaient de larges taches lumineuses parmi les habits noirs et les smokings. Les danses se succédaient depuis plusieurs heures déjà, dans une animation joyeuse, lorsqu'un incident, resté inexpliqué pour ceux qui le remarquèrent, dressa, l'un en face de l'autre, M. André David, trente-cinq ans, fils du docteur David, de Chevincourt, près de Compiègne, et le docteur Albert Rodrigue, médecin à Betz, arrondissement de Senlis. On vit les deux hommes, un peu p&les, le regard dur, échanger quelques mots à mivoix, tout en conservant la correction d'attitude qui convient à des gens de parfaite éducation. Ils se séparèrent presque aussitôt et, quelques instants plus tard, le personnel de l'hôtel les vit, l'un après l'autre, traverser le vestibule et gagner la rue.

Quatre coupa de feu

Soudain, trois détonations, bientôt suivies d'une quatrième, attirèrent, de l'extérieur, l'attention des invités et suspendirent la danse. Les coups de feu avaient éclaté sous les fenêtres mêmes de l'hôtel, sur la place. On y courut.

Sur le sol, près de l'automobile de M. André David, Tes ded* hommes gisaient, ensanglantés, sur le sol. Le docteur Rodrigue avait une blessure vers l'épaule gauche et, de sa main droite, se tenait la région épigastrique. M. André David avait la tempe droite trouée d'une balle. A terre, près de lui, un revolver d'ordonnance moc!èle 92 qui lui appartenait et qu'il laissait toujours dans son automobile en' cas de fâcheuses rencontres au cours de ses rentrées nocturnes à Chevincourt. Ces constatations permirent à M. Lefaye, commissaire .de police de Compiègne, et à M. Béteil, procureur de la République que l'on alla quérir aussitôt vers 1 h. 30 de reconstituer autant que faire se pouvait la scène du drame. M. André David, ouvrant la portière de sa voiture, y avait pris l'arme et avait fait feu sur le docteur Rodrigue. Le premier projectile avait, sans doute, atteint à l'épigastre celuici, qui avait culbuté en avant; car une autre balle la seconde ou la troisième l'avait touché à l'épaule gauche, et, poursuivant sa trajectoire, avait traversé la cage thoracique pour s'arrêter dans l'abdomen.

Cette dernière précision fut fournie par l'examen médical dont le blessé fut l'objet à l'hôpital Saint-Joseph, où il avait été transporté d'urgence. Le docteur Woimant, médecin-chef, pratiqua aussitôt l'opération de la laparotomie. Quant à M. André David qui, voyant tomber son adversaire, s'était logé une balle dans la tête il fut conduit également à l'hôpital mais décéda en cours de route. Son corps fut transporté hier matin au dépôt mortuaire du cimetière du Sud.

Hier matin, prévenu téléphoniquement que son fils avait été blessé, le docteur David se rendit aussitôt de Chevincourt à Compiègne. On lui apprit avec les ménagements possibles la terrible réalité. Le père douloureux, surmontant sa détresse, s'en fut, au début de l'après-midi, à l'hôpital SaintJoseph, 1%-endre des nouvelles du confrère blessé par son fils.

Il s'y rencontra avec le père du docteur Rodrigue.

On peut imaginer ce que dut être la poignante entrevue des deux hommes qu'une atroce douleur accablait. Aux dernières nouvelles, qui nous furent données, hier soir, par la supérieure des religieuses affectées à l'hôpital Saint-Joseph, la respiration du biessé, assez pénible durant une partie de la journée, s'était améliorée. Le bulletin de santé portait toutefois ces seuls mots pronostic réservé. Le drame demeure inexpliqué

Quant aux raisons du drame, elles restent inexplicables aussi bien pour les familles elles-mêmes que pour tous ceux qui connaissaient M. André David et le docteur Rodrigue. Jamais les deux hommes n'avaient eu le moindre sujet de querelle et la tragédie qui s'est déroulée entre eux laisse tous leurs amis dans la stupeur.

Peut-être faut-il voir, toutefois, une explication possible à ce drame dans le fait que le docteur Rodrigue venait de se fiancer officiellement à une jeune Compiégnoise, Mlle Marie-Magdeleine Henry d'Aulnoy. Notre confrère le Messager de l'Oise publiait précisément hier, quelques heures après le drame, l'avis de ces fiançailles. M. André David en conçut-il vis-à-vis du docteur un ressentiment provoqué par l'effondrement d'un espoir qu'il caressait peut-être en secret?. C'est là une question que la justice elle-même n'aura pas lieu de poser. F. G.

LES El Hadjar et Arbuste font dead beat dans le prix

« Kl Hadjar » gauche) et « Arbuste » rentrent au pesage après leur victoire. I^es deux jockeys, Bonaventnre et Trémeau, se serrent la main. En bas M. Aumont, propriétaire d'< El Hadjar », et M"" J. Vasseur, propriétaire d'« Arbuste »

M. et Mme Poincaré

se sont installés à Hyères Toulon, 13 novembre (dép. Havas.) M. et Mme Poincaré sont arrivés par l'express, en gare de Toulon, à 7 h. 20. Tout souriant, l'ancien président de la République est allé au-devant de M. Mativat, sous-préfet, qui l'a salué au nom du gouvernement; du viceamiral Pirot, préfet maritime, ainsi que du maire et de plusieurs chefs de service.

A 7 h. 50, M. et Mme Poincaré sont partis en voiture pour Hyères. Le voyage a eu lieu par un temps superbe. L'ancien chef de l'Etat en a exprimé son vif plaisir et a déclaré qu'il espérait que son séjour sur le littoral améliorerait de plus en plus sa santé. Il a reçu à son arrivée à Hyères, de la part de la population, un accueil des plus chaleureux.

M. et Mme Poincaré, qui avaient fait choix, pour leur résidence, de la villa « Castel Pompomana entre Carqueirânne et la presqu'île de Giens, s'y sont installés dès leur arrivée. De nombreuses gerbes de fleurs leur ont été envoyées.

Les obsèques

de M. Henri Legrand Les obsèques de notre codirecteur, M. Henri Legrand, auront lieu demain mardi 15 novembre, à 10 heures précises, en l'église Saint-Ferdinand-desTernes, sa paroisse. On se réunira à l'église. Après la cérémonie religieuse, l'inhumation aura lieu u au PèreLachaise dans le caveau de la famille. Selon la volonté du défunt, aucun discours ne sera prononcé.

Le prochain conseil de cabinet Le prochain conseil de cabinet a été fixé à mercredi, 17 heures, au ministère des Affaires étrangères.

UN ATTENTAT A LAUSANNE FAIT QUATRE VICTIMES Genève, 13 novembre (dép. P. P.) Le calme paraissait complètement rétabli aujourd'hui à Genève et dans la Suisse romande, lorsqu'un nouvel attentat a été commis ce soir à Lausanne. Une bombe placée sous le porche de l'hôtel de ville a fait explosion vers 11 heures (heure suisse) et a blessé quatre passants dont une jeune fille. La détonation a été entendue de très loin et il en est naturellement résulté une légère effervescence, mais, néanmoins, l'ordre n'a pas été troublé. L'impression dans les milieux offlciels est qu'on se trouve en présence d'un attentat concerté entre les communistes dé Lausanne .et de Genève. La police de cette dernière ville a procédé dans la nuit à de nouvelles arrestations, et le nombre des individus incarcérés se monte ainsi à 21.

La ville est toujours gardée militairement.

Accompagné de délégations française et italienne, M. F. Marto Meuler est allé déposer ane couronne sur la tombe du Soldat inconnu italien, à Rome, aa nom de l'Association des écrivains combattants français.

POUR ET CONTRE M. Louis Donnet, mutilé de la guerre, amputé de la jambe droite, traversait le quai de Passy sur un passage clouté quand il fut renversé par une auto conduite par un chauffeur russe. M. Donnet eut la jambe gauche écrasée. Il est aujourd'hui menacé de la perdre et de se trouver ainsi cul-de-jatte.

Le tribunal, avant-hier, a condamné le chauffeur imprudent à un mois de ptisop avec sursis. Enfin, en attendant les résultats de l'expertise, il a alloué une provision de 20.000 francs à la victime. La nouvelle que je donne là n'est pas, hélas! sensationnelle. L'intensité de la circulation parisienne et routière nous a amenés à devenir fatalistes comme les musulmans. Nous aussi, nous disons: c Mektoub! r, nous et nos administrations Il est écrit que nous devons nous résigner à enregistrer chaque jour un certain nombre d'accidents de la circulation. Il est écrit qu'il doit y avoir chaque jour un certain nombre d'écrasés. Mektoub! Il y a seulement deux tout petits détails à noter et, au besoin, à retenir dans l'affaire hélas! d'une banalité toute quotidienne que je relate ici. Ces détails sont d'ordre chronologique. Ce sont deux dates tout simplement. C'est le 10 novembre que le tribunal a alloué une provision à M. Donnet.

Mais c'est le 10 janvier que l'accident s'est produit. Entre le 10 janvier et le 10 novembre, dix mois se sont écoulés, et pendant ces dix mois M. Donnet a dû se débrouiller comme il a pu. Grièvement blessé, il a dû, pendant dix mois, en fait de provision, se contenter de ses réserves de patience et de ses économies. Grièvement blessé, il n'a pas er seulement le souci de se faire soigner. Il a fallu aussi qu'il s'occupe de faire établir ses droits. Quand il en avait Bni avec son médecin, il n'avait plus qu'à délibérer avec son avocat.

Si le cas de M. Donnet était unique, je n'en dirais rien. Mais c'est le cas de tous les accidentés; c'est le cas de trop de justiciables victimes de la vitesse, écrasés par une auto allant trop vite. M. Donnet. lui. a été victime de la lenteur. Il s'est trouvé écrasé, une seconde fois, par une procédure qui ne marchait pas. Et ce n'est pas la justice même qu'il faut incriminer dans cette affaire désespérante. C'est qu'en marge de la justice il y a un maquis de la procédure. En marge de la justice, il y a le maquis des expertises, des contre-expertises, des rapports, des contrerapports. Il y a le maquis des constatations et le maquis des contestations. II y a une chicane privée qui s'attache à ralentir les travaux de la justice. C'est cette chicane tortueuse et inhumaine qu'il faudrait secouer un peu. Alors les justiciables n'auraient plus à se plaindre des lenteurs de la justice, qui est toute prête à aller vite.

Maurice PRAX.

Autour de l'affaire de l'Aéropostale Nos compagnies de navigation

Les cinq grandes, compagnies françaises de transport aérien sont, nous l'avons dit, subventionnées par l'Etat Chacune d'elles déborde largement le cadre de nos frontières, sauf, sans doute, l'Air-Union, qui assure les lir gnes de Londres et de Genève, mais dont deux des plus importants réseaux, Paris-Marseille et Marseille-TunisBône, se trouvent à l'intérieur de nos limites territoriales. Si l'on fait la statistique des pays étrangers survolés, c'est la C. L D. N. A. qui vient en tête avec les onze Etats de l'Europe centrale et des Balkans. La ligne subventionnée la plus longue est celle de l'Air-Orient, avec un parcours de 12.289 kilomètres, suivie de près par l'Aéropostale avec 12.048 kilomètres. Les lignes Farman, dont le réseau est le plus court de tous avec 3.053 kilomètres, ont innové un mode d'exploitation internationale^, par un système de collaboration effective avec des compagnies étrangères comme la Sabena (belge), la K. L. M. (hollandaise), la Lufthansa (allemande), l'A. B. A (suédoise), et la Duruluft (danoise). Ces compagnies françaises ont accompli un travail considérable. Elles n'ont pas été seulement les précieuses auxiliaires de notre activité internationale en portant, le plus loin, le symbole d'une France partout présente, elles ont contribué à rapprocher certaines colonies de la métropole, comme l'Indochine ou l'A. 0. F., certains continents de l'Europe, comme l'Asie ou l'Amérique du Sud. En dépit de la crise, 32.700 passagers ont pris place, l'an dernier, à bord de nos appareils. qui emportèrent, en outre, près de 1.700.000 kilos de fret et 187.000 kilos de courrier. La sécheresse de ces chiffres ne manque pas d'un singulier pouvoir d'évocation, et suffit à garantir l'avenir de semblables entreprises. Pour le présent, elles ne pourraient rien sans le concours financier de l'Etat, dont le rôle est à la fois de couvrir les frais énormes qu'entrainent l'infrastructure et l'exploitation d'une ligne, et de soutenir les initiatives qui doivent donner à notre aviation commerciale toutes ses chances de succès.

C'est depuis 1920 que l'Etat subventionne des entreprises de navigation aérienne. Mais les divers ministres qui se sont succédé à la tête du département de l'Air n'ont pu pratiquer, en douze ans, la même po:itique, pour la seule raison que l'aviation commerciale s'est développée hors de toutes proportions et contre toute attente, et qu'il a longtemps fallu moins prévoir que s'adapter. Le principe de la prime kilométrique a pu, dès le début, montrer de sérieux avantages. Il ne s'en est pas moins révélé bientôt insuffisant, diverses entreprises préférant utiliser un matériel qui leur permît de toucher une prime plus élevée au lieu de rechercher un matériel plus conforme aux services à assurer. C'est ce que me disait,' l'année dernière, M. J.-L. Dumesnil, peu après que la Chambre eût, par un vote, entérIné les nouvelles conditions de contrat proposées parle gouvernement. L'Etat attribue désormais aux compagnies une subvention forfaitaire, calculée suivant les besoins d'exploitation des lignes, et fixe à dix ans la durée des contrats conclus, avec revision quinquennale du forfait. En revanche, l'Etat reçoit un certain nombre qui ne peut être inférieur à 25 du nombre total d'actions de jouissance des sociétés exploitantes, et d'un nombre' de sièges au conseil d'administration équivalant à celui des actions qu'il détient.

Cette participation de J'Etat n'est pas destinée à entraver l'essor des compagnies, mais, au contraire, à lui apporter l'aide la plus efficace. Les rapports des commissaires du gouvernement et de la direction de l'aéronautique civile avec ces groupements

aérienne

La direction de l'aéronautique civile a dans ses principales attributions d'être l'organe de liaison entre l'Etat et les compagnies. On ne s'expliquera que mieux, dans l'affaire qui nous occupe, les rivalités, parfois ardentes, qui opposent certains industriels à certains fonctionnaires. Les sommes considérables qu'alloue l'Etat ont leur contre-partie dans un contrôle sévère des comptabilités et du fonctionnement technique des diverses compagnies, celui-ci assuré par M. Couhé,

M. Couhé

dont le poste d'inspecteur général de l'aéronautique civile et de la navigation aérienne a été créé l'an dernier, ainsi que par un ingénieur de l'aéronautique, adjoint au directeur. Les bureaux de l'avenue Rapp ont là une double tâche de préparation et de surveillance, qui leur assigne avec les compagnies aériennes une collaboration de tout instant. Il leur faut, aussi bien, veiller sur l'exécution des contrats qu'ils ont eux-mêmes élaborés, en gardant un rapport constant avec les commissaires du gouvernement attachés à ces diverses sociétés, comme il leur faut, si l'on entre dans le détail, homologuer les propositions de tarifs ou d'horaires, les projets d'extension de lignes qui leur sont soumis.