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Un mouvement d'opinion se dessine aux Etats-Unis en laveur d'une revision du problèmes des dettes Les démarches française et anglaise à Washington ne suscitent aucune réaction hostile, mais on espère que des compensations seront offertes par l'Europe à l'Amérique

New-York, 12 novembre..

DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICUI-IK8 Les premières réactions aux demandes anglaise et française relatives aux dettes de guerre commencent à paraltre dans la presse. Si on les analyse soigneusement, on peut en conclure que l'opinion publique américaine les. accueille moins mal qu'on aurait pu s'y attendre.

Le New-York Herald. Tribune écrit en particulier ce matin

L'annulation complète des" dettes de guerre alliées n'est pas plus désirabie que ne l'aurait été une annulation complète des réparations allemandes. Un réajustement- des dettes de guerre suivant la capacité :des alliés à les payer est aussi nécessaire. aussi inévitable qu'un réajustement des réparations le fut finalement ».

Le New York Evenmg Post, ce grand organe républicain du soir, qui ne fut pas toujours tendre pour la France, fait preuve, lui aussi, d'une compréhension et d'une modération louables. Après avoir signalé avec un peu d'ironie l'empressement des puissances européennes à soulever la question des dettes après les élections américaines, ce journal écrit

« On doit en convenir, une certaine revision est ngCessaire et il faudra agir promptement. Un délai sous une forme ou sous une autre des paiements dus en décembre ne serait qu'une manière d'éluder la question. Notre pays doit envisager la réalité qui est que les dettes ne pourront pas être payées intégralement, surtout depuis les accords intervenus entre les pays débiteurs pour réduire les paiements allemands au titre des réparations. Il doit considérer aussi le fait que, dans l'intérêt de la stabilité économique du monde comme dans l'intérêt de nos relations commerciales et politiques avec l'Europe, il faut trouver une solution de fond à tout le problème. Les dettes de guerre restent l'un des principaux obstacles à la mise en œuvre des forces qui permettront au monde de sortir de la dépression.

Naturellement, ce n'est pas de gaité de cœur que les Américains, qui ont à faire faes à des difficultés économiques considérables, déficits budgétaires-grandissasts malgré de lourds lmpôts nonveaux, envisagent la disparition ou la diminution des rentrées de fonds européens prévues normalement dans leurs estimations de recettes. Aussi ne saurait-on être surpris de voir exprimer l'espoir qu'en ouvrant des négociations sur les dettes les puissances européennes offriront aux Etats- Unis quelques compensations d'un ordre ou d'un autre.

Le même New-York Event.ng Post écrit

« Il est généralement entendu que toute concession que nous pourrions faire aux pays débiteurs reposerait de quelque manière sur le principe d'avantages à fournir à notre commerce extérieur. »

De même, le New-York World Telegram, dans son éditorial de cet aprèsmidi, écrit

« Les négociations relatives à la réduction des dettes envers l'Amérique,

Il. Stimson, secrétaire d'Etat américain ne doivent pas alarmer nos concitoyens quant au redressement économique de ce pays. Un accord sur les dettes peut être utilisé, si nos politiciens sont habiles, pour améliorer la situation des affaires chez nous et à l'étranger en stimulant le commerce

Sir John Simon, chef du Foreign Offlce extérieur et en réduisant les charges d'armements qui pèsent sur les contribuables ». Pierre DENOYER (La suite à la troisième page.),

MORT DE M. HENRI LEGRAND codirecteur dn"Petit Parisien" Un nouveau deuil frappe cruellement notre maison M. Henri-Léopold Legrand, codirecteur da Petit Parisien, a succombé cette nuit à

une embolie consécutive à une opération.

Parisien de Paris, âgé de cinquante-six ans à peine, M, Henri Legrand tombe en pleine maturité, alors que notre journal pouvait espérer profiter longtemps encore de sa clairvoyance avertie- et de sa grande expérience.

Après de solides études de droit, couronnées par une thèse de doctorat des plus, remarquées, il était entré au conseil d'Etat en qualité de maître des requêtes. Il dirigea tous les cabinets de M. Jean Dupuy, qui fut plusieurs fois ministre. Il fut, au ministère de l'Agriculture, directeur du cabinet de M. Ruau. Par la suite, il avait dirigé le cabinet de M. Pierre Dupuy, hautcommissaire à la Marine marchande. Promu conseiller d'Etat, M. Legrand devint directeur général du cabinet civil'de M. Maginot, ministre de la Guet*?. ̃ Il devait quitter l'administration 1 à la mort de M. Paul Ètapuy, pour devenir, sur la demande de M. Pierre Dupuy, cogérant de la Société des Publications du Petit Parisien et codirecteur de notre journal. La brillante carrière qu'il avait fournie au conseil d'Etat et dans les cabinets ministériels l'avait admirablement préparé à la direction d'une maison comme celle-ci. Ses profondes connaissances de juriste, son habitude des affaires administratives, ses relations étaient pour le Petit Parisien une force que nous éprouvions chaque jour. Le chef était un compréhensif et un réalisateur, d'une activité jamais lassée. L'homme était juste, d'une bienveillance rare, d'une courtoisie que lès plus humbles pouvaient éprouver. En peu de. temps, il avait su conquérir les sympathies, puis l'affection de tous. C'est dire combien sa perte est ressentie du haut en bas de ce journal.

M. Henri Legrand était le cousin germain de MM. Paul et Pierre Dupuy et de M. François Arago. Il était apparenté à MM. Pierre et Henri Tirard, les industriels bien connus. Mme Pierre Tirard est la sœur de celui que nous pleurons. Il était aussi allié à M. Paul Tirard, ancien haut-commissaire en Rhénanie.

Que tous les siens, que M: et Mme Pierre Dupuy et leurs enfants; Mme Paul Dupuy et ses- enfants, veillent bien trouver ici l'expression de nos condoléances `émues et de nos sentiments attristés.' Conseiller d' E t a honoraire, M. Henri Legrand était commandeur de la Légion d'honneur. La date des obsèques n'est ,pas encore fixée. Suivant la volonté du défunt, aucun discours n'y sera prononcé.

Le nouveau Reichstag sera-t-il dissous ?

La presse allemande envisage déjà cette éventualité difficilement conciliable cependant avec les dispositions de la Constitution

Berlin, 12 nov. (dép. Petit Parisien) Les journaux allemands de ce soir parlent de façon sensationnelle de l'éventualité d'une dissolution très prochaine du nouveau Reichstag et ceci avant même sa réunion.

Cette nouvelle, que l'officieuse Deutsche Algemeine Zeitung n'hésite pas à reproduire, semble plutôt avoir pour but d'intimider les partis politiques au moment où commencent les conversations des chefs de partis avec le chancelier. On conçoit difficilement la possibilité de mettre d'accord avec la Constitution la dissolution d'un Parlement qui ne s'est même pas encore réuni.

Le chancelier von Papen recevra demain M. Hugenberg, chef du parti nationaliste et le prélat Kaas, chef du parti centriste. Les autres réceptions suivront lundi.

Ce n'est que la semaine prochaine que l'on aura une idée des possibilités d'entente entre le cabinet actuel, et les fractions du nouveau Reichstag.

LE PROBLÈME DU DÉSARMEMENT Il Il Il .Il

Les ministres réunis en conseil de cabinet ont approuvé hier le texte du plan français

« Les ministres et sous-secrétaires d'Etat ont tenu hier, de 10 d 13 heures, au Quai d'Orsay, un conseit de cabinet, sous la présidence de M. Herriot. La séance du conseil a été entièrement consacrée à l'examen du te.zte du plan d'organisation de la paia qui sera soumia lundi matin au conseil des ministres pour approbation définitive. Tel est le communiqué qui a été fait à la presse à l'issue de la réunion des membres du gouvernement. Ce que ne dit pas cette note, c'est que le texte, qui avait été approuvé vendredi soir lors de la conférence tenue dans la chambre de M. Herriot, à laquelle participaient plusieurs des membres de la délégation française à la conférence de réduction des.armements MM. Paul-Boncour, Leygues, Painlevé, Paganon, Messimy, Appell et Laurent Eynac a été à nouveau discuté paragraphe par paragraphe et a, sur quelques points, été légèrement modifié avant d'être adopté dans son ensemble.

D'après les informations que nous avons recueillies, ces corrections, d'ailleurs peu nombreuses, affectent la forme plutôt que le fond et tendent surtout à éviter que puissent se produire des erreurs d'interprétation. Cest ce texte, quelque peu amendé, qui sera communiqué aujourd'hui lors d'une nouvelle réunion convoquée, comme la précédente, au Quai d'Orsay aux membres de la délégation française à la conférence de Genève, dont certains, comme MM. Lucien Hubert, de Jouvenel, François de Tessan, Pierre Cot et Paul Bastid, n'étaient pas présents à la discussion de vendredi.

(La suite à la troisième page.)

APRÈS L'ECHAUFFOUREE DE GENÉVE LA SUISSE SOUS LES ARMES

Dans les rues de Genève, mitrailleuse en batterie et patrouilles d'infanterie

Il faut aussi penser à cela. Il faut aussi vous réjouir à cause de cela. La fin probable, et probablement prochaine, du triste régime sec américain va délivrer le monde entier d'une obsession insupportable.

La prohibition morte, messieurs les gangsters vont; en effet, se trouver dans la fàcheuse obligation de mourir -euxmêmes ou, du moins, de changer de métier. Morte la bête, mort le venin Nous allons donc être débarrassés de toutes les histoires de bandits prestigieux, insolents, impunis, et, naturellement, milliardaires, que nous avons dû absorber par doses massives depuis que l'Amérique est sèche.

Ouf On ne va plus nous câbler les exploits formidables de ces flibustiers vainqueurs On va nous laisser tranquilles, enfin Nous allons, enfin, rester sans nouvelles de la petite seeur, du cousin' issu de germain et de l'ancien secrétaire adjoint d'A! Capone. Nous allons pouvoir penser à autre chose. Le cinéma va devenir apaisant et civilisé. Nous ne verrons plus, quand défileront les actualités sonores x, les policiers yankee poursuivre, dans des autos blindées, à 130 à l'heure, les puissants seigneurs de la contrebande.

Nous n'entendrons plus les pétarades simultanées et assourdissantes des pistolets automatiques et des fusils-mitrailleuses. Pan pan pan pan Ouf Des films aussi vont sans doute discrètement prendre congé de nous tous les films affolants, ahurissants, abêtissants, à la fois guerriers, policiers et « gangstériens a, dont la « prohibition » gardera l'humiliante responsabilité.

Une littérature, également, va trépasser. New-York et Chicago vont se trouver sans mystères. Il faudra donc que les terribles romanciers, qui ont pris charge de faire trembler les lecteurs, renoncent aux traditionnels bandits masqués et aux traditionnelles tueries dans les bouges traditionnels du Massachusetts Et il faut bien dire que le banditisme de la contrebande était devenu contagieux Et il faut bien dire que toutes les histoires abracadabrantes que la prohibition nous a values avaient fini par faire tourner, chez nous et ailleurs que chez nous, beaucoup de têtes des mauvaises têtes et des têtes folles. Chez nous, et ailleurs que chez nous, des Chenapans, des vauriens et des détraqués ont voulu singer les gangsters, ont voulu pratiquer les méthodes de banditisme américaines. Nous qui n'avons jamais perdu le droit de boire du vin, voire des liqueurs, nous avons eu nos simili-gangsters, nos faux .drames américains, nos bandits masqués, nos « mystères de Chicago < adaptés par des « terreurs du Sébasto » ej par de vulgaires apaches de province!

Nous osons espérer que ce banditisme « made in U. S. A. > va aussi passer de mode chez nous quand sera morte la prohibition qui est un régime tà prohiber pour toujours. Maurice PRAX.

Déclarations

de M. Matsuoka délégués du Japon a la Se De Ne

M. Yosuke Matsuoka, délégué du Japon à l'assemblée générale de la S.D.N., est arrivé hier matin à Paris, venant de Tokio par le Transsibérien. M. Matsuoka demeurera à Paris jusqu'au 18 novembre date à laquelle il se rendra à Genève afin de présenter les observations de son gouvernement sur le rapport de la commission

M. Matsuoka

envoyée. par la S.D.N. en ExtrêmeOrient.

Dans le courant de l'après-midi, M. Matsuoka a reçu les représentants de la presse.

(La suite à la troisième page.)

Genève, 12 novembre (dép. Havas.) Le moment critique de la journée devait être celui où, ayant accompagné les victimes de l'émeute à leur champs de repos, les cortèges auraient à se disperser.

La dispersion s'est faite sans dommage. Elle a été facilitée par le fait que les funérailles ne furent pas collec- tives. Les familles des victimes innocentes avaient réclamé les corps de leurs parents. Il y eut donc sur tous les points de la ville des obsèques suivies par des cortèges variant de 400 à 3.000 personnes. Tant de cérémonies mortuaires imprimèrent à la journée un caractère de tristesse Indicible. UNE HEUREUSE MAMAN

.urne neps, lemme a un gardien de la paix de Paris, photographiée avec ses trois tilles, trois jumelles, nées il y a quelques jours ainsi que nous l'avons annoncé

M. Dalimier, ministre du Travail, a inauguré hier la deuxième quinzaine des Grands Boulevards

Au centre M. Daltœter, ayant à m droite ïf. a* "Fontenay, président du «•oj&sell

Lesgrandes enquêtes du Petit Parisien" SOUSLEMASQUE JAPONAIS

La grande misère des paysans par Andrée VIOLLIS

Elle est si effrayante, cette misère, qu'elle a pris les proportions d'une catastrophe nationale si bien que tous les problèmes, pourtant aigus, que doit résoudre le gouvernement japonais auront à lui céder le pas.

Evidemment, elle n'apparaît pas au premier regard. Le touriste qui, à la saison des glycines ou des cerisiers en fleurs, fait les excursions rituelles autour de Tokio ou des autres grandes villes ne la discerne pas. Il ne verra nulle part ces êtres nus ou vêtus de loques, ces squelettes frissonnant de fièvre que l'on rencontre partout dans le sud de l'Inde, dans certaines régions de l'Indochine et dans des provinces entières de la Chine. Au printemps, les villages de la côte, autour de Yokohama et au pied du célèbre mont Fuji, avec leurs maisonnettes de bois clair dans des jardins fleuris, ont une gracieuse allure d'opérette, Leurs habitants sont pauvrement mais décemment vêtus, et leurs visages ouverts, souriants, leur accueil affable contrastent avec la mine souvent morose des ouvriers des villes. Mais, d'abord, ces régions du centre ne souffrent pas autant que les autres. Il y a ensuite chez le campagnard japonais une dignité, une antique et vaillante résignation qui le retiennent d'étaler une pauvreté dont il a l'habitude.

Quant à la campagne, elle est admirablement cultivée. Pas un pouce de terre n'est perdu. Les rizières déroulent le long des routes leurs nappes d'un vert vif et moelleux ou leurs sillons inondés, dans lesquels pataugent des travailleurs dont on n'aperçoit que le large chapeau de paille et les courtes jambes torses. Et il est pathétique de voir des champs, à peine plus grands qu'une salle à manger, portant une moisson de blé ou de seigle si serrée qu'elle parait déborder, si bien soignée qu'on la dira\t lavée à la main, échenillée avec des ciseaux à broderie. Soins émouvants qui, par leur excès, prouvent bien à .quel point cette terre est précieuse; n'est-ce pas ? Mais notre. touriste, ne distinguant que l'apparence, Invoque Virgile et s'en va persuadé que ces trop heureux paysans mènent une existence d'idjlle. C'est dans le Nord surtout, d'ailleurs, que sévit la misère. A plusieurs reprises, j'avais lu dans les journaux le suicide de familles entières de campagnards, et un Américain, membre d'une mission religieuse, au retour d'une enquête dans les provinces septentrionales, m'avait donné d'émouvants détails. Il était allé y faire, en avril, des distributions de vêtements et de grains. Des êtres émaciés, aux yeux caves, accroupis dans leurs loques, attendaient avec une patience désespérée la saison de la récolte. Deux mois encore Pourraient-ils jusquelà se passer de manger ?

La joie de ces pauvres gens était déchirante, me dit-il. Ils nous accueillaient comme si nous leur apportions la vie. Nous avons visité leurs maisons ou plutôt leurs tanières. Comme plancher, la terre battue. Point de fenêtres la lumière entre par la porte.; Aucun meuble, pas même de couvertures c'est du foin qui en tient lieu. Quelques grossières poteries. C'est tout ce qui compose le ménage, dans un climat qui, en hiver, est celui de la Sibérie. Tous ces malheureux ne demanderaient pas mieux que de travailler mais, les champs une fois ensemencés, il ne reste rien à faire. En hiver, ils transportent des troncs d'arbres de la montagne à la station de chemin de fer pour douze heures de travail, ils reçoivent leurs repas et les hommes sept à huit sen par jour, les femmes trois seulement (1). Comment des êtres humains peuvent-ils subsister dans de pareilles conditions? Andrée VIOLLIS.

(La suite à la quatrième page.)

̃ (1) Environ 0,75 et 0,25.

Le Karlsruhe à New- York New-York, 12 novembre.

DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER Le cuirassé de poche allemand Kartsruhe est entré à New-York aujourd'hui, salué par les coups de canon et accueilli par des délégations officielles américaines et allemandes.

C'est le premier navire de guerre allemand qui entre dans la ville depuis la guerre. Sa présence ici est un événement.

M. de Monzie, à Rouen célèbre le cinquantenaire dn lycée de Jeunes Mes (Voir d la deuxidme page.)

M. de l'Ion de dépose une gerbe de fleurs au monument de la Victoire.

M. Bollaërt succédera

à M. Paul Léon

à- la direction des beaux-arts (Voir la deuxième page.)

MM. Bollaërt et Paul Léon

Marcel Goujon, qai recéla des bijoux volés à la gare du Nord, est condamné à quatre ans de prison.

Pour la troisième fois, hier, it la cour d'assises, lé président Barnaud a recommencé à exposer le vol de bijoux commis, le 3 mars 1929, au bureau des postes de la gare du' Nord. Car c'est la troisième fais qu'on juge un individu accusé deà complicité dans s cette affaire. Mais ce dernier comparse, Marcell G o u j o n, chargé d'écouler 'une par- tie des émeraudes et saphirs dispa-, rus, a tenté de voler les voleurs.

Marcel Goujon

il a emporte un lot ae Joyaux estimé francs et, depuis lors, nul n'a plus entendu parler de lui On n'a pas oublié cette affaire un diamantaire parisien se trouvant à Londres, M. Hans Spira, expédia de cette ville, à sa propre adresse, en France, un lot de 1.879 émeraudes et de 379 saphirs. Ce paquet, assuré pour 670.000 francs, arriva en gare du Nord, où il fut détourné par un auxiliaire. Antoine Rouvès.

Originaire de Saint-Claude, Rouvès tenta tout naturellement de se mettre en relations avec des Jurassiens pour écouler le contenu du précieux paquet. Il s'adressa à Marcel Juhan, François Grisot, Marcel Poncet et Paul Delavenna, tous, ou presque tous, de la même région. C'est d'ailleurs ainsi qu'il se fit prendre. Il s'adressa enfin à un M. Génolin, lui aussi lapidaire à Saint-Claude, qui dénonça le coupable. Rouvès et Juhan ont été condamnés par le jury à quatre années de prison. Grisot, Poncet et Delavenna ont été acquittés. Mais il manquait toujours un lot de joyaux. Où était-il passé ? Rouvès et Juhan, dans un café voisin de la place d'Anvers, le confièrent à un inconnu,. qui l'emporta.' Et, trois années durant, on ne sut ce qu'étaient devenus l'homme et les pierres précieuses.

Cet homme, l'avocat général Honnart se dit certain de l'avoir identifié c'est Goujon Il y a contre l'accusé, d'ailleurs, plus que des présomptions. Il était venu place d'Anvers dans une voiture portant le numéro, 2657 R. B. C'était là, précisément, la voiture de son frère, mais dont, seul, il disposait librement.

Il y a mieux. Marcel Goujon habitait 10, rue du Chemin-de-E^r, à Courbevoie. Le jour même où furent arrêtés Rouvès et Juhan, il disparut. En s'en allant, il recommanda a la. concierge de dire qu'elle ne le connaissait pas. Une jeune femme vint chercher ses vêtements et les emporta dans deux valises. chargées sur un taxi. Le temps passa. La cour d'assises condamna Goujon, par contumace, à vingt ans de travaux forcés. On ne l'a retrouvé, par hasard, qu'en mai dernier.

Goujon, plaidez-vous aujourd'hui coupable ou non-coupable ?

Je ne connais absolument rien de cette affaire

Cet homme sur lequel les renseignements sont des plus fâcheux il a été condamné trois fois pour vol, et notamment pour vol d'automobiles va tout nier.

Rouvès, le condamné, remis en libert' après deux ans et demi de détention, se refuse, à la barre, à reconnaitre celui qui fut à la fois son complice et son voleur. Le président n'insiste pas. Il laisse deviner que, dans ce genre d'affaires. il ne saurait sans surprise en aller autrement. Sur quoi le défenseur, M* Pierre Weill, met les jurés en garde contre une erreur judiciaire.

Les jurés cependant n'hésitent guère et appliquent au receleur le même tarif qu'aux voleurs Marcel Goujon est condbmné à quatre années de prison.

Eug. QU1NCHE

Autour de l'affaire de l'Aéropostale LE VASTE CHAMP' DE L'AÉRONAUTIQUE CIVILE

LES BUREAUX DE L'AVENUE RAPP

L'immeuble de l'avenue Rapp où l'aéronautique civile a sa direction témoigne d'un curieux retard sur les services qu'il abrite. Là où l'on imagine volontiers, dans son architecture, une combinaison symbolique de la terre et du ciel, on ne trouve qu'un épais bâtiment dont les formes tourmentées précisent l'esthétique d'avant 1914. Ainsi apparaît, sous l'aspect :e moins propre à satisfaire notre fantaisie, la clé de voûte d'un édifice qui ne cesse de grandir et dont on peut prévoir qu'il forcera bientôt son cadre. Enorme édifice, en vérité, quand on songe que des bureaux de l'avenue Rapp dépendent tous les avions civils qui volent ou s'apprêtent à voler qu'on ne peut, sans leur concours, créer ni exploiter une ligne aérienne que le personnel navigant y a son statut, les routes de l'air leur infrastructure, l'aviation privée sa charte et que le budget qu'on y élabore chaque année résume à lui seul celui de tout un ministère.

C'est de l'avenue Rapp que partent ces fils tendus sur quatre continents. vingt-cinq nations et cinq grandes colonies ou protectorats. A cette heure, nos avions commerciaux sillonnent le ciel de toute l'Europe, & l'exception de l'U. R. S. S., de la Norvège, du Portugal et de trois Etats baltiques. En Asie, ils survolent l'Irak, la Perse, les Indes anglaises, l'Indochine en Afrique, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Rio de Oro espagnol. l'Afrique-Occidentale-Française e n Amérique du Sud, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay, le Chili. Nos lignes couvrent une longueur de 40.122 kilomètres, à peine 2.000 kilomètres de moins que le tour de la Terre par le plus grand cercle. Or il n'est pas un appareil français en service dans ces quatre coins du monde dont l'aéronautique marchande ne possède l'état civil. Elle sait son horaire, son itiné- g raire, l'ordre des transmissions par radio qu'il peut recevoir, l'identité de son pilote et de son mécanicien. Ainsi l'avenue Rapp est-elle aux écoutes de la Terre. Sur une carte, elle flgure ce cercle mystérieux dont on parle sous toutes les latitudes, à quoi songent, chaque jour, tous les inspecteurs, tous les chefs d'aérodromes, tous les agents des grandes compagnies. Pour le profane, c'est sans doute la matérialisation d'une grande œuvre dédiée à la conquête du moins matériel des éléments qui nous entourent: l'espace. Organiser l'aviation, c'était la ramener du ciel à la terre. Prise -sous- i'Angie de- l'administration assez considérable dont on l'a dotée, elle n'apparait plus comme un effort de libération de l'homme, comme un audacieux défi jeté à la nature. Mais on dira sans raison qu'à cette pratique elle s'est rognée les ailes. L'aviation commerciale française a trop longtemps souffert du désordre pour qu'on ne se réjouisse pas, aujourd'hui, de la savoir dans la voie normale de son développement. Depuis que, le 8 février 1919, Bossoutrot s'envolait du Bourget, sur un Goliath, avec douze passagers qu'il emmenait à Londres, où il atterrissait sans encombre qu'il revenait le lendemain, pour repartir quatre jours plus tard pour Bruxelles avec, cette fois, quatorze passagers, près de quatorze ans ont passé, 2t cette période héroïque n'est plus maintenant qu'un beau souvenir dont une ou deux photos, déjà jaunies, et quelques pages d'anthologie aéronautique nous rappellent, seules, la date. Il y avait à régulariser un exploit, à ordonner une audace. C'est l'œuvre de la direction de l'aviation civile et des divers animateurs de ce département dont M. Emmanuel Chaumié a pris la tête depuis août 1929.

Si l'aéronautique civile se trouve, en 1932, devant une besogne si vaste et si diverses; s'il lui faut, constamment, équilibrer le passé et le présent, ce qui s'impose depuis des années et depuis hier à peine, c'est qu'elle a dû épouser la vie capricieuse du ministère de l'Air, dont la forme définitive ne date que de 1928.

Maurice BOURDET

(La suite à la quatrième page.)

Le congrès des fonctionnaires s'est prononcé à l'unanimité pour la"résistance immédiate" L'assemblée a envisagé la éventuelle du travail

Au cours des débats qui se sont développés au congrès des fonctionnaires, tant sur les moyens d'action envisagés pour la défen3e des traitements que sur l'orientation syndicale, diverses opinions s'étaient afflrmées. On eut, à maintes reprises, l'impr-îss'.on que les points de vues différaient et que si tous les délégués, sans exception, considéraient qu'il fallait absolument écarter la menace qui pèse sur les traitements, tous n'envisageaient pas sous le même jour les moyens de défense. Mais lorsqu'il s'est agi de se prononcer'sur la résolution que la commission venait de remettre au point, l'assemblée tout entière donna l'impreaion quelle voulait, avant tout. montrer au gouvernement et au public que nulle divergence de vues n'existait pluj, que l'entente était parfaite, complète.

Le congrès eût volontiers adopté à main levée le texte qu'on venait de lui lire. Seulement. le bureau fédéral ne l'entendait pas ainsi. Il voulait un vote sérieux, contrôlé, et l'on se prononça par mandat. Lorsque le rapporteur de la commission de pointage fit connaître les résultats, de longs applaudissements saluèrent les chiffres indiqués sur 469 votants, 469 voix pour adopter le texte. Pas une abstention. Les délégués les plus optimistes n'en croyaient pas leurs oreilles.

La résolution sur l'orientation syndicale obtint le même succès. Et comme pour montrer quelle confiance les congressistes avaient en ceux qui devaient veiller à l'application dp^ décisions prises. il3 renouvelèrent le mandat des membres du bureau avec la même unanimité.

Dans la motion sur les c moyen