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IMPORTANTE CONFERENCE RU QUAI D'ORSAY

SUR LE PLAN FRANÇAIS Une importante conférence a réuni hier, au Quai d'Orsay, dans la chambre de M. Herriot légèrement grlppé, les trois ministres de la Défense nationale MM. Paul-Boncour, Georges Lôygues et Paul Painlevé; le ministre des Colonies, M. Sarraut; le soussecrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, M. Paganon, et le président de la commission des affaires extérieures du Sénat, M. Messimy, qui, on le sait, est également délégué suppléant de la France à ta conférence de réduction des armements:

Le but de cette réunion, qui a duré de 17 heures à 20 h. 30, était, ainsi que nous l'avions fait prévoir, de procéder à l'examen du mémorandum rédigé par les techniciens de la délégation française et exposant, avec toutes les précisions possibles, notre plan constructif de sécurité et de réduction des armements. Nous croyons savoir que le texte établi par M. Massigli, le colonel Lucien, le commandant Deleuze et M. Jean Paul-Boncour, en tenant compte à la fois des observations formulées au cours des séances du comité d'études du conseil supérieur de la défense nationale et des réactions provoquées par l'exposé fait à Genève par le ministre de la Guerre, a été jugé très satisfaisant et adopté sans modification.

Dans ces conditions, ce texte pourra être, dès demain matin, soumis au conseil de cabinet et, dès lundi, au conseil des ministres, qui donnera son approbation définitive, de sorte qu'il sera peut-être possible de procéder, dès lundi soir au lieu de mardi, à Paris et à Genève, à la publication simultanée que nous avons annoncée.

Peut-être sera-t-il également possible de le déposer dès lundi après-midi entre les mains du président de la conférence du désarmement, M. Arthur Henderson. En l'absence de M. Paul-Boncour, qui ne compte rega- gner Genève que le 20 novembre, ce dépôt sera effectué par M. Massigli, qui représente actuellement la France au bureau de la conférence et grâce à qui on vient de réaliser, en ce qui concerne le contrôle, un très important progrès.

En raison de la discussion prochaine du rapport de M. de Madariaga sur l'aviation de bombardement, nos experts en matière d'aviation le colonel Mouchard notamment vont, en revanche, reprendre ces jours-ci le chemin de la Suisse. Ainsi que nous l'avons signalé hier, ce n'est que dans la semaine du 21 au 27 que le président du' Conseil; "ijtH flê'sïW vivement participer aux travaux de la commission générale, pourra, de soa côté, entreprendre le voyage de Genève, mais la date de son départ ne saurait être exactement fixée.

M. Benêt chez M. Herriot

Dans le courant de l'après-midi d'hier, M. Edouard Benès, ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, arrivé le jour même de Prague, s'est rendu au Quai d'Orsay où il a eu un entretien avec le président du Conseil.

M. Ed. Benès, qui vient de faire, devant les commissions des Affaires étrangères de la Chambre et du Sénat tchécoslovaques, un remarquable exposé de la situation actuelle de l'Europe en face du problème du désarmement et notamment de l'organisation de la sécurité et de la paix sur le continent européen, se rend pour quelques jours à Londres d'où il regagnera Genève 'où l'appellent ses fonctions de rapporteur général de la conférence de réduction des armements. Albert JULLIEN

La tornade aurait fait 1.500 victimes à Cuba Londres, 11 novembre (dép. Petit Par.). Suivant un message Reuter de NewYork, une tornade s'est abattue avanthier sur Cuba et a atteint son maximum de vélocité (360 kilomètres à l'heure) dans la province de Puerto Principe. Les résultats sont plus désastreux encore qu'on ne l'avait annoncé d'abord. Le nombre des morts atteint 1.500 et cefui des blessés serait considérable. Quant aux dégâts matériels, ils sont incalculables.

Dès maintenant, par les informations que possèdent les autorités, on sait que la province de Puerto Principe est complètement ravagée et que Santa Cruz del Sul et Camaguey ne sont plus guère qu'un amas de ruines.

Dans la première cité, la haute jetée qui la protège de la mer a été presque complètement détruite et la ville est inondée. Dans certains quartiers, l'eau a atteint un niveau de 6 à 7 mètres, ce qui leur donne l'aspect d'un vaste lac Ic dont les maisons, avec leurs cheminées qui émergent font l'effet de navires à demi engloutis.

l'iiXDAà'I LE DEFILE. A gauche à l'infanterie coloniale. A droite, en haut l'Ecole de Saint-Cyr:; en bas les drapeaux

La France entière a* fêté hier le 14e anniversaire de l'armistice L'EMOUVANT HOMMAGE AU SOLDAT INCONNU

1 LA MINUTE DE SILENCE DEVANT LA TOMBE DE L'INCONNU. De gauche à à droite M3I. Paul-Boncour, Jeanneney, A. Lebrun, Miellet, G. Leygaes et rainleve.

La France entière a fêté hier les* quatorze ans de la Paix. La principale cérémonie de cette journée du Souvenir et de l'Espoir a eu pour cadre la place de l'Etoile, où le gigantesque aimant de l'Arc de Triomphe attire e tant de foules pieuses et de pensées ferventes depuis qu'on a enseveli à ses pieds, il y a juste douze ans, les restes d'un soldat sans nom. En une minute de recueillement unanime, qui, pour la première fois, n'a pas été absolument silencieuse on y a entendu la sonnerie harmonisée des « taps » américains la nation tout entière a communié dans un sentiment profond de gratitude envers les héros qui ont assuré sa liberté et sa vie, et dont la difficile victoire a si magnifiquement promis la tranquillité éternelle au Monde. Le chef de l'Etat, les présidents des chambres, la plupart des membres du gouvernement, les représentants de Paris et ceux des nations étrangères, le parlement et les corps constitués assistaient à cette commémoration, dont l'armée fut l'élément le plus actif, mais où la foule immense, tout le sang de Paris reflué au TSJstrr », exprimait par -sa présence sa gratitude aux combattants de 19141918 et sa ferme volonté de ne plus jamais revoir le grand drame dont nos générations ne sont pas encore guéries.

Raympnd de NYS.

(La suite ia deuxième page.)

En haut M. Albert Lcbrnn et .M. Paiil- Bnncour saluent les anciens combattants. En bas, le Président de la Kt'-publique félicite le général Gouraud

LES DETTES DE GUERRE PARIS COMME LONDRES DEMANDE A WASHINGTON UNE PROLONGATION

DU MORATOIRE

Une conférence a eu lieu hier matin à ce sujet au Quai d'Ortay entre MM. Herriot, Germain-Martin, Etcallier et Bizot

Lorsque nous écrivions ici, il y a exactement deux mois, que la France n'avait pas à donner au gouvernement américain un préavis de trois mois afin de bénéficier d'un moratoire pour le règlement des intérêts de la dette venant à échéance le 15 décembre, nous avions bien soin d'ajouter cela ne préjuge en aucune façon la position que notre pnys pourra être nmené à prendre ultérieurement sur cette question.

Ce qui importait, en effet, à l'époque, c'était de ne pas soulever, en pleine période électorale américaine, cet embarrassant problème des dettes. L'accord Mellon-Bérenger, en n'exigeant te-préavis'que pour les échéances de capital, autorisait notre silence et nous aurions été malvenus de n'en pas profiter. Nous n'en restions pas moins tenus, cependant, par le « gentlemen's agreement » intervenu à Lausanne, en juillet, entre MM. Herriot et Macdonald, de procéder à des consultations et d'agir de concert avec le cabinet de Londres pour le règlement des dettes à l'Amérique. Cela était d'autant plus naturel que les deux pays avaient consenti, conformément aux suggestions américaines et comme conséquence du moratoire Hoover, une réduction considérable de leurs créances sur l'Allemagne au titre des réparations.

C'est ce « gentlemen s agreement x de Lausanne qui a commencé à jouer jeudi, 1 o r s q u l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington, sir Ronald Lindsay, est allé demander, au nom de son gouvernement, a M. Stimson une prolongation du moratoire couvrant, en ce qui concerne les dettes de guerre britanniques l'échéance du 15 décembre. Les élec- tions de mardi, qui ont consacré la victoire des démocrates, ayant désor- mais éclairci la situation politique, il n'y avait plus aucune raison d'ajourner une démarche que tout le monde d'ailleurs escomptait, aux Etats-Unis comme en Europe.

A Paris, naturellement, elle était attendue. Non seulement le directeur adjoint du mouvement des fonds au ministère des Finances, M. Bizot, dont nous avons signalé le récent séjottr à Londres, avait profité de ce voyage pour étudier tous les aspects du problème avec les fonctionnaires de la trésorerie britannique, mais le gouvernement de Londres avait, dès mercredi, communiqué à M. Herriot le texte de la note qu'il se disposait à faire remettre au secrétaire d'Etat américain.

On trouvera à la troisième page la suite de cet article et la dépêche de notre correspondant particulier à New.York sur la remise de la note anglaise à Washington et l'opinion dans les milieux officiels américains

A. J.

Après l'échauffourée de LA LOI MARTIALE EST PROCLAMÉE EN SUISSE Le prineipal instigateur aIe l'émeute, le conseiller national Nicole, a comparu hier devant la chambre d'instruction pui a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire

Genève, 11 novembre (dép. P. P.Y La loi martiale a été proclamée, par le Conseil' fédéral suisse, sur tout le territoire de la Confédération. Autrement dit, les troupes employées pour le maintien de l'ordre sont désormais considérées comme étant en service actif et toutes les personnes arrêtées pour incitation à la désertion, ou la rébellion, ou pour refus d'obéissance, ou pour atteinte à la sécurité de l'armée, seront déférées devant les tribunaux militaires. En outre, trois escadrons de cavalerie vaudois ont été mobilisés cet après-midi à l'arsenal de Morges. sur la route de Lausanne, et pourront, en cas de besoin, être amenés très rapidement à Genève. Le principal fauteur de l'émeute, le conseiller national Nicole, qui avait été arrêté hier, a comparu ce matin devant la chambre d'instruction, et celle-ci. a refusé la mise en liberté provi4oire en raison du caractère criminel de l'affaire.

Malgré les petites manifestations de protestation organisées hier soir dans quelques villes par j(Hr éléments extrémistes, le calme est actuellement rétabli. A Genève, tout est tranquille. Néanmoins des collisions sont encore possibles demain, lors des obsèques des victimes, et dimanche 13 novembre, date à laquelle les organisations patriotiques vont manifester chaque année au parc de Mon Repos, devant le monument érigé à la mémoire des sol- dats suisses morts en montant la garde aux frontières pendant la Grande Guerre, puis lors de la grève révolutionnaire de 1918.

Dans une séance qu'il a tenue hier après-midi, le Conseil fédéral suisse a pris acte de la décision du département militaire concernant l'ouverture

Léon Nicrfe, conseiller national suisse, immédiate d'une enquête. A ce propos, on précise de source offtcielle qu'au moment où l'ordre fut donné de tirer 22 soldats avaient déjà été blessés. Le comité du parti socialiste genevois a repoussé à une grande majorité l'idée de la grève générale préconisée par les éléments de tendance bolchevisante..

M. Dalimier entend secourir les travailleurs intellectuels victimes de la crise Dans ce but, il prend, avec l'aide dus Président de la République et du président du Conseil, des dispositions qui seront certainement efficaces

M. Dalimier

De toute évidence, si M. Edouard Herriot a confié à M. Dalimier la direction du ministère du Travail, c'est qu'il le savait tout particulièrement préparé à ce rôle. Le président Herriot n'ignorait pas, en effet, que la besogne qui allait incomber à l'ancien sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts était de même caractère que celle qu'il avait si heureusement accomplie rue de Valois durant quatre années de guerre.

Les conséquences des deux fléaux la guerre et la crise sont les mêmes. Dès lors; les remèdes qui ont si efficacement agi dans le premier cas paraissent indiqués dans le second. Et, puisque le médecin qui a fait ses preuves est toujours 'là, il était dans l'ordre de le rappeler.

Le 1" août 1914, dès le premier jour de la guerre, les théâtres fermèrent leurs portes à Paris et sur tout le territoire français. Les artistes ceux que la mobilisation n'avait pas tou- j chés se trouvèrent tout aussitôt privés de ressources. De même que les comédiens, les artistes peintres, les sculpteurs, les dessinateurs, qui ne purent vendre leurs oeuvres, connurent la gêne et la misère. Les musiciens et nombre de travailleurs intellectuels étaient pareillement frappés. Le mal était grand. Sans perdre de temps, M. Dalimier y fit face. Il prit des mesures qui lui permirent de secourir immédiatement toutes les catégories de travailleurs intellectuels dans la peine.

Léon FARAUT

(La suite à ta troisième page.)

Le marcheur G» Toussaint.- a gagné le Graid Prix de l'Armistice

1; athlète G. Toussaint, les bras chargés de fleurs, photographié après sa victoire :ntrc il. (ieorscs Leygues, ministre de la -Marin»-, et .VI. Julien Coudy, codirectcur du « Petit Parisien

LES CINQ PREMIERS

1. TOUSSAINT (C. N. Nancy) couvrant les 86 km. en 8 h. 9'

2. BKLHM1MK (P. C. Parisien) en 8 h. 15' 26"

3. CAP LOT (Monneret)

4. f TOCQUART (Nancy)

Du carrefour historique dont le cercle nu met une trouée de lumière dans les nobles futaies de la forêt de Compiègne, cinquante hommes sont partis hier matin, pour accomplir une fois de plus le geste symbolique de l'annonciation de la grande nouvelle. Il est 7 heures. Il fait grand jour. Une brume légère effiloche aux branches rousses ses derniers lambeaux. Le rail où s'arrêta le wagon de Foch, sert de ligne de départ. Les concurrents du Grand Prix de l'Armistice sont rangés le long .de cette barre d'acier. Jambes et bras nus frissonnent sous la bise. Une bizarre odeur pharmaceutique surprend mon odorat profane « l'em- jbrocation m'explique brièvement un habitué de cette fête du muscle et de la volonté.

Quelques recommandations du directeur de l'épreuve, M. Emile Anthoine; une minute de silence à la mémoire de ceux dont le sacrifice nous donna cette journée, divine une détonation; un drapeau qui s'abaisse. et les marcheurs sont partis.

Comme leur allure, au début, m'ap- parait étrange et saccadée Ce n'est pas de la course, certes, mais est-ce bien de la marche ? Les purs sportifs me rassurent. C'est de la marche et la plus orthodoxe qui soit. Au surplus, est-ce l'œil qui s'y accoutume ou le rythme qui se régularise ? Au bout d'un quart d'heure, l'impression d'étrangeté s'efface. Il ne reste qu'un sentiment d'étonnement admiratif pour la rapidité, la souplesse, le style .de ces athlètes.

Quelques-uns ont pris immédiatement la tête et mènent un train d'enfer. Je plains ceux qu'ils laissent en arrière. On me rassure pour eux. Les favoris se gardent bien de donner leur vitesse maximum dès le début. Ils se ménagent, suivent une tactique de sagesse, guettent les défaillances fatales pour gagner des places.

Mais voici Compiègne. Toute la ville est dehors. On acclame les marcheurs. La plupart d'entre eux sont connus du public. Les gagnants des épreuves précédentes sont familièrement interpellés. Toussaint, qui s'adjugea la première place en 1930 et en 1931, est le plus applaudi. J'entends soudain « Vas-y, Charlot » Et je constate que dans toutes les compétitions sportives, il y a toujours un Charlot Les concurrents sont très divers, quant à la taille, au poids, à la carrure, à l'âge. Il y a des petits bonshommes, hauts comme ça, et qui tricotent éperdument des jambes il y a des grands minces, aux muscles longs, sans un atome de graisse il en est qui ont l'air de conscrits et d'autres qui semblent des vétérans. Un grognard à moustache grise essaie 'de suivre l'allure de ses bleus. Malgré le handicap des années, il ne fait pas si mauvaise figure

Cependant, la prédiction des connaisseurs se réalise. A Verberie, Toussaint, qui était assez loin derrière les concurrents trop pressés, les dépasse sans effort apparent. Le voilà en tête il mènera jusqu'à la fin, au grand enthousiasme des spectateurs qui ne cessept de former la haie sur les quatre-vingt-six kilomètres du parcours.

Léon GROC

(La suite à Ia sixième page.) .y

Toussaint," dans la traversée d'Aubervilliers, arec son escorte d'enfants enthousiastes

En haut l'arrivée du vainqueur place de la Concorde. En bas Toussaint, à Senïis, dépose au monument aux morts une gerbe de fleurs

Le mystère de Cozance

ON DÉCOUVRE DANS UN BOIS LE CADAVRE DE MARIUS VACHET Lyon, 11 novembre (dép. Petit Paris.) Le mystère du hameau de Cozance, commune de Trept se corse d'un nouvel épisode dramatique. Le cadavre de Marius Vachet, le cultivateur disparu, vient d'être découvert par des chasseurs.

Rappelons brièvement les faits. Depuis dix ans, la famille Vachet, de Cozance, composée de deux frères et d'une sœur, était victime d'attentats multiples (incendies volontaires, sabotage de matériel agricole ou de récoites). Le plus jeune des frères Vachet, Marius, trente-deux ans, avait depuis longtemps formé le projet d'épouser une jeune fille du pays, Mlle MarieLouise Parent, mais, à chaque fois que les fiancés parlaient de fixer la date du mariage, les deux familles. recevaient des lettres anonymes, leamenaçant de mort ou d'incendie. Aussi les deux jeunes gens avaient attendu interminablement pour s'unir. Mais, le 31 juillet dernier, les deux familles se réunissaient à nouveau et pariaient de procéder prochainement à la cérémonie nuptiale.

Le 4 août au soir, Marius Vachet se rendait à Trept, à trois kilomètres de Cozance, pour aller faire quelques emplettes. Il ne rentra jamais chez lui. On soupçonnait un cousin germain de Vachet, François Durand, d'être l'auteur des lettres anonymes et des mystérieux incendies. Durand fut arrêté en juin dernier, mais le parquet le fit remettre en liberté pendant que M. de Rougemont, expert à Paris, examinait les lettres anonymes.

(La suite à la deuxième page.)

Autour de l'affaire de l'Aéropostale NE JUGEONS PAS

SUR QUELQUES VERRUES TOUTES SUPERFICIELLES L'ORGANISME TRES SAIN DE NOTRE AVIATION Le scandale de l'Aéronautique a affecté plusieurs organismes d'importance et d'autorité d'ailleurs inégales, et qui sont un peu comme certains classiques de seconde zone. Un en parle sans les avoir jamais lus. Certes, le promeneur qui remonte les Champs-Elysées, le soir, à l'heure ou l'avenue gronde et coule comme un fleuve entre les rives de feu, a pu remarquer, dans cette floraison de réclames lumineuses, une enseigne dont la synthèse l'aura séduit. Pour qui aime l'invitation au voyage, l'Aéropostale, c'est le départ foudroyant de l'Europe, l'Afrique qu'on effleure d'un coup d'aile, la magie de cette terre américaine qu'après la net de Christophe Colomb et les puissants steamers de nos compagnies maritimes découvre à son tour l'avion. S'il descend, un peu plus tard, l'avenue de l'Opéra, le même promeneur lira, au coin d'une rue, la promesse de neuf pays en cinq majuscules La Ç.I.D.N.A., c'est l'Europe Centrale à la portée de Paris, le beau. Danube bleu a une matinée de la Seine, la calle Victoriei à une journée de la rue de la Paix, Sainte-Sophie à vingt-quatre heures de Notre-Dame. Mais qu'on lui parle de la direction de l'Aéronautique civile ou de la Lufthansa, que saura-t-il ? Le ministère de l'Air a son siège officiel rue Saint Didier. C'est là qu'ira le profane, s'il n'a pris soin d'apprendre que, de tous les services aéronautiques, .ceux de M. Emmanuel Chaumié n'ont pas émigré, sont demeurés fidèles à l'avenue Rapp. Peur la Lufthansa, qui n'a pas son numéro de téléphone dans l'annuaire, il se rendra, s'il est renseigné, dans une rue voisine de l'Opéra pour y trouver la Société générale des transports aériens lignes Farman, aussi française d'aspect et d'esprit que le sont ses fondateurs et ceux qui la dirigent. Il y saura bientôt que cette société collabore quotidiennement avec la compagnie allemande par le système du pool c'est-à-dire car la suppression de toute concurrence, chacun usant, dans le survol du territoire étranger, de l'infrastructure de l'autre. Si le lecteur qui s'est passionné pour cette affaire veut être curieux jusqu'au bout, il se demandera encore quelles sont les attributions précises du service des renseignements généraux, qu'il risque aussi bien de situer rue des Saussaies, à la sûreté généi raie, que boulevard du Palais, à la préfecture de police. Mais l'une et l'autre recèlent pour lui autant de mystères. On lui a dit qu'il n'était pas facile d'y montrer le bout de son nez, moins encore d'y tendre l'oreille. On lui a parlé d'un commissaire dont le nom est, certes, de ceux qu'on n'ouj blie pas. De M. Faux-Pas-Bidet, il i n'ignore plus qu'il fut autrefois en mission en Russie, aux heures tragiques de la Révolution, qu'on l'arrêta, puis qu'on le libéra sur l'ordre de Trotzky qu'il avait connu en France, ,quand le leader bolchevick n'était pour nos services de police, que Leiba i Brownstein. Le procès du capitaine | Sadoul devant le conseil de guerre i d'Orléans, voilà sept ans, avait déjà fait la lumière sur toutes ces choses. Que sait-on de plus sur une activité que ta nature même des fonctions du commissaire devait, depuis, envelopper d'un voile ?

Reste le deuxième bureau. Ici, l'on aime à interroger. C'est sans doute que certaines appellations, surtout si elles sont brèves et simples, dégagent un singulier pouvoir d'évocation. Depuis l'affaire Dreyfus, le deuxième bureau a défrayé souvent la chronique. Certains se souviennent de ce qu'en a dit le commandant Esterhazy. Il joue, aussi bien, dans l'esprit du public, ce rôle un peu inquiétant de veiller sur la sécurité du pays avec des armes invisibles. C'est un état-major dont on n'imagine guère la besogne. On n'y voit point des officiers penchés sur des cartes, préparant des maI nceuvres, combinant des horaires, ce mode de stratégie étant, en vérité, le seul qu'on se représente communément dans l'ordre militaire. L'espionnage et le contre-espionnage sont, en revanche, de ces mots qu'on ne risque qu'avec prudence, comme l'artificier qui manie un explosif dont ü ignore le contenu. Une mission secrète évoque à l'ordinaire un lot d'aventures où le courage a sa part, autant, sinon plus, que la ruse. « Crocheter des serrures, acheter des domestiques et des filles, voler des lettres. » disait Esterhazy. Mais n'est-ce que cela ? On le croira volontiers si l'on ne pense pas à s'éclairer davantage. Ainsi le deuxième bureau, jalousement défendu à la curiosité publique, garde-t-il tout son mystère. Qu'un incident le ramène de sa tour d'ivoire au premier plan de l'actualité, il n'en restera pas moins ce, qu'il est, inaccessible, presque fabuleux d'apparence. Une puissance que des lois nous obligent à ne considérer que de loin, de l'autre côté du fossé.

Ce n'est pas tout. Il y a aussi l'aviation.

Entre toutes les manifestations du siècle, l'aviation ne s'est pas encore imposée au public comme l'automobile ou la radiophonie. Elle porte encore la marque du miracle. C'est grâce un truc, fait dire Jean Giraudoux à l'un de ses personnages, que des hommes se maintiennent dans l'air sur des machines. Tout le monde, ou presque, est de cet avis. On s'étonne encore que des aviateurs fassent le tour du monde sans une blessure, que des courriers aéronautiques partent et arrivent à l'heure, que des pères de famille commencent sérieusement de les préférer au train, au paquebot. Or l'aviation a sa crise de croissance. Elle est si jeune Il n'y a que vingt-quatre ans qu'Henri Farman bouclait le kilomètre. Et pourtant, elle s'est vite assagie; je veux dire qu'elle