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A Toulouse, M. Herriot fait acclamer a politique générale du gouvernement Le eongrês radical s'était ouvert par, une allocution de M. Maurice Sarraut et la lecture du rapport de M. Yvon Delbos; le débat a été engagé par de vives critiques de MM. Kayser et Bergery contre les directives du gouvernement tant au point de vue financier qu'au point de vue extérieur

C'est alors que M. Herriot répliqua avec une verve et une émotion qui déchaînèrent l'enthousiasme du congrès et déterminèrent le vote de l'entière confiance à la quasi-unanimité

Le congrès du parti radical est à peine commencé que déjà il peut être considéré comme terminé. Que s'est-il donc passé ? Tout simplement que le débat de politique générale a été vite transformé en séance d'interpellation et que le chef du grand parti de gauche, président du Conseil, a été amene à traiter en une fois de toutes les questions qui devaient faire l'objet de plusieurs discussions. C'est à son arrivée dans la salle des Nouveautés, vers 16 heures, que, retour de Madrid, M. Edouard Herriot a vu soudain se déchaîner un orage auquel il ne s'attendait pas, auquel personne ne pouvait s'attendre. Cet orage a été provoqué par deux jeunes. M. Jacques Kayser et M. Bergery, député de Mantes, mais surtout par ce dernier. M. Edouard Herriot ne devait pas prendre la parole aujourd'hui. Il avait l'intention d'intervenir demain daas le débat financier et après-demain dans le débat de politique extérieure. Attaqué, critiqué, il a fait connaître aussitôt qu'il entendait, dans un parti de libre discussion, s'expliquer au fond sur tous les points. Et le président du Conseil, dans un magnifique et émouvant discours, haché par les rafales d'applaudissements d'une assemblée frémissante, a obtenu un succès sans précédent. S'appuyant sur des faits, citant des documents irréfutables, il a réduit à rien l'argumentation cependant bien préparée de son principal contradicteur. Et qu'il s'agît de politique intérieure ou de politique extérieure, les fortes paroles du président du Conseil, du chef du gouvernement, « traduisaient si bien la pensée unanime du congrès que les quelques amis du député de Mantes n'osaient plus, en fin de discussion, esquisser le moindre geste. Et quand vint le vote des conclusions du rapporteur, M. Yvon Delbos, transformées somme toute en ordre du jour de confiance et d'approbation, c'est à l'unanimité moins sept ou huit voix bien timides que le congrès se prononça en acclamant de surcroit son chef aimé, indiscuté. M. Edouard Herriot a été ainsi l'objet d'une manifestation incomparable d'affection et d'admiration, d'estime et de confiance, qui compensera dans une certaine mesure les fatigues résultant d'une tâche lourde au possible. L'après-midi avait débuté dans le calme. M. Maurice Sarraut avait, dans une allocution vivement applaudie, indiqué nettement que le parti radical entendait demeurer lui-même, exercer le pouvoir avec comme but la réalisation du programme radical, et rappelé au passage que les plus grandes réformes avaient pu être votées, il y a plus d'un quart de siècle, sous le ministère du « père Combes » par l'union des gauches. C'était suffisamment clair. Mais pour ceux qui avaient pu avoir encore quelques doutes sur la tactique du parti valoisien, l'intervention de M. Yvon Delbos, rapporteur de la commission politique, mettait définitivement toutes choses au point. < Concentration préconisaient les uns, cartel » recommandaient les autres. Mais c'était avant les élections. Alors, il s'agissait pour le parti radical, se faisant une âme d'opposition », d'adopter une formation qui conduirait à la victoire.

Les élections législatives ont eu lieu, le parti radical est allé au combat drapeau déployé, il a triomphé. il est revenu avec un appoint supplémentaire de 50 d'élus; les élections sénatoriales ont eu lieu; seul le parti valoisien a gagné des sièges. Il entend donc exploiter la victoire, montrer au pays, selon le mot de M. Herriot, qu'il sait gouverner, qu'il sait administrer. Les délégués, encore imprégnés de cartellisme, s'ils avaient à choisir, préféreraient à coup sûr le cartel à la concentration; mais il n'en est pas question. Aucune collaboration ministérielle n'est possible avec les socialistes qui ne veulent pas en entendre parler, et puis n'est-il pan juste que le parti radical, le nius tort parti du Parlement, souscrive, sous la conduite de son chef incontesté et des meilleurs élus constituant un ministère radical la réalisation du programme radical ? Mais la concentration est recommandée dans la presse par certains élus radicaux, notamment M. Louis Proust, député d'Indre-et-Loire, président du comité Mascuraud.

Aussi M. Jacques Kayser est-il inquiet. Il désire que le parti se proniStee. Son vœu sera exaucé. M. Yvon Derbos a été formel: l'union des gauches, rien que l'union des gauches. Et comment pourrait-il, au surplus, être partisan d'une autre tactique dans la c citadelle du radicalisme s>, où, de tout temps, une telle formation fut préconisée ? M. Yvon Delbos, dont ie talent s'affirme de plus en plus, avait une tâche délicate, difficile. Il succédait, dans les fonctions de rapporteur, à M. Camille Chautemps, dont l'habileté manœuvrière et la culture sont grandes. Il s'en est fort bien acquitté Il a été aussi formel que le ministre de l'Intérieur l'avait été dans son discours du restaurant Bonvallet. M. Camille Chautemps n'avait-il pas dit c Ecartant d'inutiles controverses de tactique, le parti radical se montrera soucieux à la fois de maintenir, selon le vœu du pays, la plus sincère union des républicains et aussi de garder l'indépendance de sa doctrine et de son action il réalisera plus que jamais autour de son chef l'union profonde des esprits et des cœurs au eervice du pays, de la démocratie et

LES PASSAGES ESSENTIELS DU DISCOURS DE M, HERRIOT 000

Je veux que ce soit le parti radical qui fasse, cette fois-ci, le rétablissement financier du pays.

Ce n'est pas son intérêt égoïste que la France a défendu, mais celui de tous les peuples.

Autrefois, elle l'a défendu par la Déclaration des droits; aujourd'hui, elle le défend par l'organisation de la paix. de la paix. » Cette tactique est aujourd'hui celle du parti radical tout entier. M. Yvon Delbos terminait, il était près de 16 heures, quand un remous se produisit du côté opposé à la scène, remous suivi bientôt d'acclamations sans fin. M. Herriot faisait son entrée, longuement, très longuement, le congrès l'applaudit.

Courte intervention de M. Jacques

M. Maurice Sarraut

Kayser sur la tactique, puis interpellation violente quant au fond et parfois quant à la forme de M. Bergery. Celui-ci, s'emparant d'une phrase de M. Delbos, « nous approuvons notre

LE DISCOURS DE M. HERRIOT

Voici les grandes lignes du magnifique discours prononcé hier aprèsmidi au congrès du parti radical socialiste, à Toulouse, en réponse aux critiques de M. Bergery

J'accepte le dilemme, commence le président du Conseil choisir entre le gouvernement et la République ? Nous allons veir Le chef de la police? Je n'en connais qu'un, M. Chautemps. Celui de l'armée ? C'est M. Paul-Boncour. Je ne viendrai donc pas mêler au débat des questions de personne. Il n'y en a qu'une en cause la miènne. Le citoyen Bergery a invoqué le témoignage du citoyen Pelletan. C'est un homme que j'ai beaucoup fréquenté. C'est Waldeck-Rousseau qui l'a fait entrer dans le ministère Combes. Avec Waldeck-Rousseau, j'accepte l'analogie. On a invoqué des lettres d'électeurs. Sont-ce des radicaux ou des communistes ?

Cela dit, M. Herriot en vient à ce que MM. Kayser et Bergery ont déclaré sur la tactique et le programme. Il rappelle quelle a été.la situation au moment où il a formé son cabinet. Vieux radical, dit-il, j'essaie de faire la politique du parti radical, et de démontrer que c'est, comme disent les mathématiciens, une partie nécessaire et suffisante. Comment peut-on en vouloir à son chef d'avoir attiré à lui l'adhésion d'une partie importante de la nation ?

M. Herriot sait bien que son ministère n'aura qu'un temps. Sa seule ambition est de montrer que son parti peut bien gouverner.

Je n'ai point, dit-il, toute ma liberté de manœuvre, mais quand j'au-

M. Yvon Delbos, chargé du rapport sur la politique générale du parti

rai résolu, à mon propre péril, un certain nombre de difficultés, la plaine sera libre pour les autres.

L'assistance applaudit et les "bravos

chef, mais il est bien entendu que nous réservons notre droit de critique », attaque longuement l'œuvre gouvernementale de M. Herriot. Acerbe, M. Bergery, qui fut en 19*t le collaborateur du président du Conseil, attaque celui-ci au sujet de tout de sa politique intérieure, de sa politique financière, de sa politique extérieure. Soutenu seulement par quelques jeunes, M. Bergery fut copieusement hué par plus de quatre-vingt-dix pour cent des congressistes, mais le tempérament froid, faisant tête à l'orage qu'il avait lui-même déchaîné, le député de Mantes dit tout ce qu'il avait à dire. Il fallut, il est vrai. pour qu'il pût se faire entendre, toute l'autorité de M. Maurice Sarraut et celle de M. Edouard Herriot.

En ce qui concerne la politique fioancière, M. Bergery reproche surtout à son ancien « patron d'avoir proposé des mesures antidémocratiques en ce qui touche la politique extérieure, il lui fait grief d'avoir assuré à Lausanne la continuité de la po'itique précédente, d'avoir a Genève manqué l'occasion de faire reconnaître par les Etats-Unis le désarmement nécessaire de l'Allemagne, enfin de lier la sécurité au désarmement. M. Edouard Herriot, d'abord surpris par l'attaque brusquée de son ancien collaborateur, se montra bientôt prêt à la riposte, et quelle riposte Pauvre M. Bergery Il avait attaqué sans songer certainement que la contre-attaque serait aussi forte. Ceux qui ont entendu M. Edouard Herriot sont unanimes. Jamais le chef du gouvernement n'avait été aussi formidable; chaque phrase portait. Le chef du gouvernement a montré les difficultés de l'heure; il a dit ce qu'il avait fait, ce qu'il comptait faire, il l'a dit dans des termes d'une force telle que la salle était transportée. Les deux parties de son admirable discours, qui furent à coup sûr le plus applaudies, ont trait, la première, au programme financier:

Je veux, a-t-il clamé, que ce soit le parti radical qui fasse cette fois le rétablissement financier du pays. Et la, seconde au problème crucial du désarmement et de la sécurité. Le vote de l'ordre du jour était nécessaire, mais il n'ajoutait rien à la conclusion logique du grand débat. Sur tous- les points, il y a identité de vues entre l'homme d'Etat qui assume les responsabilités du pouvoir et son parti. M. Edouard Herriot, plus que jamais, est maître de l'heure. Charles MORICE

redoublent lorsque M. Herriot se flatte d'être un militant discipliné.

La tactique ? Je prends l'engagement, dit-il, de soutenir, si je tombe, celui qui essaiera de faire mieux que moi. Le programme ? On a parlé de mesures financières antidémocratiques, mais vous connaissez la situation plus de 12 milliards de déficit. Ce déficit porte seulement sur la partie compressible du budget, qui est de 33 milliards. Voilà le drame, pour, un président du Conseil qui a connu les angoisses de 1925 et de 1926. J'aurai» pu parcourir le pays en disant « Cette crise n'est pas notre faute, Il faut faire rendre gorge aux capitalistes. » J'ai cherché atténuer le déficit. Réformes antidémocratiques ? Et les mesures visant l'impôt sur le revenu ? Et la compression de 1.500 millions sur les dépenses militaires ? J'ai réduit nos effectifs de 43.000 hommes. Ce qu'il y a de grave, c'est qu'on s'acharne à fontnir, au dehors des armes contre ceux qui servent notre pays.

A ces seuls mots, des gerbes de bravos fusent de toutes parts. M. Edouard Herriot continue

Il ,faut ensuite que ces hommes eux-mêmes se rendent auprès des jeunes démocraties et assistent à des manifestations comme celles qui ont eu lieu hier à Madrid et qui n'auraient peut-être pas été possibles plus tard, car, à force de les critiquer, on finit par faire de ces paroles corrosives des drogues qui se répandent dans l'ensemble des nations.

Puis M. Herriot fait valoir combien la réussite des conversions a été une opération heureuse. n lui reste maintenant huit milliards à trouver. La répression de la fraude est le premier article de son programme.

Je ne serai pas assez Inche, ajoute l'orateur, pour dire qu'il faut épargner telle ou tell: catégorie de citoyens. On prétend que la réduction des traitements est une menace pour les ouvriers. Hélas Il y a bien longtemps que ceux-ci sont touchés. Je voudrais rétablir l'équilibre. Je viendrai devant le Parlement avec uii plan. Jusqu'au jour où je l'aurai déposé, j'étudierai toutes les su/f- "tions, mais quand je le sautiendrai, y lierai le sort même de mon gouvenement. Je me rappelle le passé. Lorsque mon travail sera clos, je veux que ce soit le parti radical qui fasse, cette fois-ci, le rétablissement financier du pays. Elevez vos esprits et vos courages. Voulez-vous qu'au désordre et au gaspillage succède le rétablissement ? Si vous répondez oui, dites le-moi, car la véritable façcn, pour un républicain, de faire son devoir, te n'est pas de flatter c'est de servir.

Les bravos devannent frénétiques. M. Herriot reprend

A ceux qui combattent nos projets dites c Que proposez-vous en dehors de cette révolution dont tout le monde parie, mais dont personne ne veut ? Il est si facile d'exciter par des mots les fouies ea proie à la misère Cond imnez iet rêves, ayez le courage de soutenir ceux qui se tiennent dans la réalité.

<£a «uiis i la deuxième page.\

TROIS MORTS LE GENERAL NÂULIN

Le général Naulin, membre du conseil supérieur de la guerre, qui était malade depuis deux mois, a succombé l'autre nuit à son domicile, 9. rue Victorien-Sardou.

(A, la 4' pagne la biographie du général.)

Me leôûzônIé DUC bâtonnier de Tordre des avocats de Paris

Le bâtonnier Léouzon le Duc est mort hier matin à Paris, dans son appartement de la rue Bonaparte. Il 'était alité depuis un mois, jour pour. jour..

iVoir à. la: quatrième page.)

M. LUCIEN PrIvOST maire du Xeanondissement

(Voir à la deuxième page.)

Les meilleurs ouvriers de Franci reçus à l'Elysée

M. Louis Tillit, établi depuis quarante-six ans à Aranjuer, et à qui M. Herriot a remis avant-hier la croix de chevalier de la Légion d'honneur. M. TiUlt est originaire du Caatal

Les élections allemandes LA SCISSION DES DROITES LES CARACTÉRISERA C'est maintenant von Papen qui est la bête noire de Hitler, et si les nazis passent dans le camp révolutionnaire, on peut a'atten· dre à tout

Berlin, 3 novembre.

D1 NOTRE ENVOT* SPÉCIAL

Hier encore tout baignait ici dans le calme le plus profond. Un Alle- mand spirituel de ma connaissance s'exclamait en me voyant Vous êtes revenu, c'est le premier symptôme électoral que j'aperçois. Mais aujourd'hui, dès l'aube, les rues de Berlin prenaient soudain un aspect insolite. Plus d'autobus, plus de trams, plus de métro.

Durant la nuit la grève des transports avait été déclarée. Le prétexte fut une question de salaires, mais à trois jours des élections cette grève ne saurait apparaître comme le fruit du hasard. Déclenché à l'instigation des cellules communistes et des organisations nazistes collusion étrange autant que symptomatique elle semble au contraire avoir nettement pour but de semer le désordre et la panique dans la capitale.

Au cours de la semaine qui précéda le 31 juillet, Berlin ne s'était pas départi de son calme apparent, mais l'atmosphère politique était néanmoins agitée d'indéniables remous Chacun se demandait avec angoisse, avec passion ou simplement avec curiosité quelle serait l'étendue de la victoire hitlérienne et ce qui en résulterait pour le présent et l'avenir du Reich. La journée électorale du 31 juillet fut dominée par une grande énigme. Une situation claire

Cette fois, ce n'est plus la même chose. S'il y a une grève, il n'y a point de grande énigme. Chacun sait que Hitler a fait son plein et que, désormais, le nombre de votes pour la croix gammée diminuera plutôt qu'il n'augmentera. De l'avis de certains, ce recul hitlérien serait même très sensible. En tous les cas, chacun sait que le chef des nazis passera plus que jamais à côté de cette majorité absolue dans le Reichstag qui lui aurait permis de prendre aussitôt le pouvoir et de s'y installer pour longtemps. Les hitlériens eux-mêmes n'attendent d'ailleurs aucun nouveau succès du 6 novembre et regrettent in petto les occasione perdues.

Hitler a manqué de cran. C'est en général une faute que la masse électoral, même allemande, ne pardonne pas. Il a surtout manqué de cran après le 24 avril, alors que les élections prussiennes l'avaient porté au pinacle devant un gouvernement en complet désarroi. A ce moment, Hitler ne faisait qu'un avec le torrent populaire et un geste audacieux n'aurait fait qu'accroître sa vogue inouïe. Un coup d'Etat des chemises brunes pouvait être tenté avec de sérieuses chances de succès car, du système BrUning. tout le monde était plus ou moins las. Ce coup d'Etat, on dit que certains chefs hitlériens y songent encore et que les troupes d'assaut nazistes, d'ores et déjà alertées, se prépareraient le réaliser au lendemain même des élections et plus précisément dans la nuit du 8 au 9 novembre. Je m'empresse d'ajouter que, pour le moment, il s'agit d'un simple bruit.

Lucien BOURGUES

(La suite la troisième page.)

POUR ET CONTRE Le chef du gouvernement français a reçu un magnifique accueil en Espagne, et je suis bien sûr que M. Edouard Herriot gardera un souvenir précieux des trop courtes journées passées à Madrid. La jeune République espagnole, si jeune et déjà pourtant majetire, comme je l'écrivais récemment, a accueilli avec une bonne grâce émouvante, avec un élan chaleureux le premier ministre de la République aînée. Ces manifestations si cordiales, si directes, si affectueusement ferventes auront, on veut l'espérer, d'heureux et durables prolongements. C'est une sûre et forte amitié qui doit lier la France et l'Espagne, une pacifique, tranquille et confiante amitié.

J'ai dit souvent, ici même, combien j'aime l'Espagne. Je l'aime, ayant eu la chance de pouvoir apprendre à la connaître. C'est un des plus beaux pays du monde, incontestablement un des plus pittoresques, un des plus attachants et des plus nobles. C'est aussi une grande et généreuse nation qui, en quelques années, a progressé de façon saisissante. L'Espagne. hier encore monarchique, est aujourd'hui une démocratie consciente, volontaire et hardie. Il serait temps, vraiment temps de briser tous les vieux clichés dont on s'est si longtemps servi quand on a voulu parler de l'Espagne. Il serait temps de renoncer aux plaisanteries surannées, aux castagnettes et aux « toros L'Espagne s'élève chaque jour. L'Espagne travaille, s'organise, s'équipe. Elle pourra peut-être, bientôt, donner des exemples, sinon des leçons. à quelques pays d'Europe.

Il était, bien facile de prévoir que la visite du premier ministre français en Espagne incommoderait, en Espagne et hors d'Espagne, certains éléments qui n'ont pour la France et les Français qu'une sympathie. agressive. Il était donc bien facile aussi de prévoir que cette visite déclencherait quelques manœuvres tortueuses, quelques intrigues malveillantes. Il n'eût pas été sans doute difficile d'opposer à ces billevesées une action préventive et énergique. Mais si cette action n'a pas eu lieu en temps voulu, cela n'a, dans le fond. aucune importance. Le peuple espagnol, qui est loyal et franc, et qui est d'une finesse admirable, a fait justice lui-même de tous les racontars stupides en acclamant, en M. Edouard Herriot, pacifique président du pacifique gou- j vernement français, notre pacifique pays,' qui déteste et maudit la guerre, qui est.: hélas! tragiquement qualifié pour la mau- dire et pour la détester 1.

• Maurice PfiAX.

La présidence des Etats-Unis LES DÉMOCRATES SEMBLENT L'EMPORTER SUR LES RÉPUBLICAINS Washington, 3 novembre.

DB NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER Le président Hoover a quitté Washington tard cet après midi pour ten- ter un dernier effort désespéré dans le Middle-West. Il part pour sa quatrième tournée vers ces Etats de l'Il- linois, du Michigan, du Wisconsin, du Minnezota qui constituent le cœur de l'Amérique, un coeur bien tiède pour M. Hoover et la'cause républicaine et qu'il est indispensable de conquérir pour triompher mardi.

A cinq jours des élections, le président et les leaders républicains font une suprême tentative pour forcer le miracle à se produire.

Washington est vide tous les ministres sont sur la brèche, donnant de la tête sur tous les fronts, multipliant les discours un peu partout. Au ministère des Affaires étrangères, ministère pourtant assez éloigné de la politique pure, on ne trouve ni le secrétaire d'Etat Stimson, qui n'a pas passé à son bureau plus de quelques heures en quinze jours, ni le sous-secrétaire Castie, ni le secrétaire d'Etat adjoint Rogers. Tous poussent à lai roue le chariot de M. Hoover qui parait bien embourbé.

Le président lui-même, ne recule devant aucune besogne on n'avait jamais vu un président faire une campagne aussi intense, même celle de M. Taft qui est restée célèbre, fut moins agitée. Au cours des trois prochains jours, M. Hoover doit parler vingt-huit fois.

Le- président a annoncé hier soir, qu'il terminerait cette campagne en Californie ou il possède à Palo-Alto, une maison. Il a déclaré qu'il ne se proposait pas de quémander leurs vo-

M. Frsaklin Boowvvlt

prononçant un discours

tes à ses voisins et amis, mais qu'il éprouvait un grand plaisir à aller voter chez lui. M. Hearst et ses créatures ne tiennent pas la Californie aussi bien qu'ils l'espéraient et M. Mac Adoo qui briguait un siège de sénateur avec l'appui du plus grand et du plus méprisé dès directeurs de journaux, américains, est signalé en mauvaise posture. Sans doute, la présence personnelle de M. Hoover sur les côtes du Pacifique ne peut que ranger plus sûrement la Californie derrière son drapeau.

Mais ce voyage qui fut longtemps considéré par le président et par ses conseillers comme inutile politiquement, prend une signification troublante aujourd'hui. Le petit ingénieur Hoover qui avait quitté la Californie dès la fin de ses études, qui roula à travers le monde pendant des années et pour un temps vécut à l'étranger plus qu'aux Etats-Unis, le politicien heureux qui fut porté au sommet du pouvoir avec une étonnante rapidité et qui fut happé par les préoccupations de sa charge au point qu'il ne trouva pas le temps une seule fois de retourner chez lui depuis son arrivée à la Maison Blanche, le président Hoover qui engage le combat le plus difficile et le plus désespéré de sa carrière, éprouve un attachement sentimental pour le pays enchanteur de son adolescence, celui où ses rêves de richesse et de grandeur prirent naissance, celui où il connut le premier et le seul grand amour de sa vie, celui où il revint d'Australie pour épouser la trépidante jeune fille qui, aujourd'hui, sous des cheveux gris, l'accompagne avec un sourire digne et triste dans sa dure campagne. M. Hoover éprouve le besoin de revenir dans l'atmosphère réconfortante du pays natal pour y attendre le verdict populaire du 8 novembre.

Pierre DENOYER

(La suite la troisième page.)

Des malfaiteurs visitent mais sans succès le bureau de poste de Joinville-le-Pont

Le bureau de poste de Joinville devant lequel sont les enquêteur* (.Voir à la quatrième page.),

AU CONSEIL DE GUERRE MARITIME DE CHERBOURGJ

Le commandant du Mesnil répond de la perte

du « Prométhée »

La plus grande partie de l'audience d'hier a été consacrée à 1 une savante discussion technique

Le commandant Couespel du Mesnil peudant son interrogatoire. Derrière lxi son défenseur

Cherbourg, 3 nov. (de Mot. env. spéc.) Si l'ombre tragique des soixantedeux morts du Prométhée ne hantait la salle du conseil de guerre maritime, on croirait assister à un examen au cours duquel le candidat du Mesnil, excellent élève, répond avec la judicieuse sérénité des forts en thème aux colles de l'examinateur, en l'espèce le capitaine de vaisseau de Carné, président du tribunal.

L'interrogatoire du commandant du Promettes est précédé d'une longue et parfois fastidieuse lecture, celle du très consciencieux rapport établi par le capitaine de frégate Desrez. Le ton de ce rapport est celui qui convient, à ce procès, qui est beaucoup plus celui d'un système technique de fermeture que celui d'un homme. n en résulte que la grande coupable, en la circonstance, c'est l'huile sous pression qui devait maintenir la fermeture des purges des ballast et qui n'a pas joué son rôle. Le lieutenant de vaisseau du Mesnil, pour qui le classique banc des accusés a été remplacé par une chaise, écoute sans émotion apparente les savantes démonstrations du commissaire rapporteur, lues d'une voix monocorde par le greffier.

Pourtant, lorsque le rapport en arrive au récit de l'accident lui-même et qu'il expose, dans un sobre et poi- gnant raccourci, les derniers instants du malheureux sous-marin, les paupières du commandant inculpé s'abaissent et voilent son regard. Sa figure pâlit. Ses lèvres tremblent légèrement. L'émoi qu'il s'efforce de contenir se lit malgré lui sur ses traits soudain altérés.

Les conclusions du rapport confir. ment d'ailleurs les déclarations du lieutenant de vaisseau du Mesnil, en ce sens qu'en évaluant à soixante secondes au maximum la durée totale de l'immersion brutale et imprévue du bâtiment, elle reconnaît implicitement que nulle force humaine n'était capable de l'enrayer.

L'interrogatoire

Invité à faire le récit de la catastrophe, le lieutenant de vaisseau du Mesnil s'explique avec simplicité. J'étais au carré des officiers. Je lisais un journal. J'ai entendu le premier bruit de chasse d'air. J'ai cru à un raté du Diesel et ne me suis pas inquiété. J'ai repris mon journal, l'ai encore parcouru un instant, jusqu'au moment ou j'ai perçu un remue-ménage sur le pont. J'ai pensé qu'il s'agissait d'un homme à la mer. Je suis monté sur le pont. J'ai vu les hommes qui fermaient les panneaux. L'eau montait rapidement. La mer m'a emporté.

Mais ce récit ne suffit pas au président. Celui-ci s'étonne que le réflexe du lieutenant de vaisseau du Mesnil ne l'ait pas conduit au poste central, cerveau et âme du sous-marin, plutôt que sur le pont. Il s'étonne qu'il n'ait pas pensé à l'éventualité d'une catastrophe. Il s'étonne que nul n'ait songé à donner le coup de klaxon qui est le signal d'alarme des sous-marins. Il s'étonne de beaucoup de choses.

Les réponses du commandant du Mesnil, sont assez n'e t te s, assez empreintes de calme' et de force d'2me.pour dissiper toute impression fâcheuse.

Les témoins

Et le défilé des témoins commence. Ce sont tout d'abord les rescapés. Le premier, l'enseigne Bienvenue, qui a donné l'éveil et ordonné de fermer les panneaux, mesuré'que'la rapidité de l'immersion rendit vaine, t.-vient confirmer la déposition de son commandant. Une constatation consolante résulte de ces déclarations, c'est que les victimes ont dû être prisés dans une énorme trombe d'eau et n'ont pas eu le temps de souffrir:-

Les témoins techniciens se succèdent, sans apporter plus de passion dans un débat qui devient purement académique.

L'émouvante déposition

du sauveteur des naufragés

Mais voici que l'on s'évade tout à coup de cette glaciale discussion. Le patron pêcheur Nicole, sauveteur des sept rescapés, sympathique et modeste, est appelé* raconter ce sauvetage. Le 7 juillet, vers midi, j'ai entendu crier c Au secours s Les naufragée étaient à un mille et demi de mon bateau. Je me suis porté vers eux. Ils étaient doux groupes accrochés à deux bouées. J'ai eu le bonheur de les recueiliir. Le lieutenant de vaisseau du Mesnil était à la première bouée. Quand j'ai voulu l'embarquer, il m'a dit « Sauvez mes hommes et laissez-moi. » II est monté à mon bord le dernier, quand tous ses hommes ont été sauvés. Sur ce bref et émouvant récit, l'audience est levée. Elle reprendra ce matin, pour le réquisitoire du capitaine de frégate Martin-Decaen, la plaidoirie du capitaine de vaisseau Gelis et le jugement. GaoC.

Léon Groc.